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Z

Z (Zède)

(d’Hautel, 1808) : Le peuple prononce Zèdre, et dit d’un homme tortu ; qu’il est comme un Zèdre.

Z’yeuter

(Hayard, 1907) : Regarder, guetter.

Zanzib

(France, 1907) : Abréviation de zanzibar, jeu de dés qui se joue sur le comptoir des marchands de vin.

Allons, viv’ment ! Va croustiller,
T’as une heur’ pour discutailler,
Lir’ ton journal et t’fair’ payer,
Au zanzib’, le coup d’l’étrier
Chez l’bistro q’tu veux engager.

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard.)

Zaouïa

(France, 1907) : Coin, encoignure. Mot rapporté par les soldats d’Afrique. La zaouïa, en Algérie, est un petit enclos où se trouve la tombe d’un marabout, d’un saint musulman, et, par extension, c’est une petite école d’instruction religieuse.

Zapar

(France, 1907) : Buisson ; patois basque.

Zarf

(France, 1907) : Tasse ; mot turc.

Par flots, des familles arrivent, les mères, les jeunes filles, et tranquillement asssis devant mon zarf de café à la turque, ma canne entre les jambes, les deux paumes et le menton dessus, à plein yeux je regarde s’approcher cette rareté de la rue et de la vie extérieure ici, — des femmes.
Ah ! la volupté de se rafraîchir le regard, d’être comme rapatrié dans la douceur du sexe ! On a beau penser, écrire et dire contre les femmes, ce sont elles qui créent l’atmosphère et font le sourire des choses.

(Alexandre Hepp.)

Zauber

(France, 1907) : Batter ; patois lorrain.

Ze-ze

(Delvau, 1867) : s. des deux g. Homme ou femme qui blèse, qui prononce Ze pour Je et parle Ze-ze. Argot du peuple.

Zeb

(France, 1907) : Le membre viril ; mot arabe rapporté par les troupiers d’Afrique. On dit aussi zebi ou zobi, même mot, avec le pronom possessif : mon membre.

Zèbre

(France, 1907) : Cheval ; argot des polytechniciens. Courir comme un zèbre, courir vite ; argot populaire.

(France, 1907) : Camarade de collège.

… Je pourrais
Avec mon air de rien, moi, vous citer des zèbres,
Et que vous oubliez et non des moins célèbres.

(Raoul Ponchon.)

Zèbre (seller son)

(Merlin, 1888) : Seller son cheval.

Zèbre (zef, zeb ou zif)

(Delvau, 1864) : Vit arabe, long, pointu et mince… « comme bouriquot… »

« Dit le Turco
Bono. »
Leila, tu le dis faible et ce grand point j’ignore
Je connais le moyen de rendre un zèbr’ hardi.

Em. Delorme. (Chanson arabe.)

Zeph

(France, 1907) : Vent. Abréviation populaire de zéphyr.

Zéph

(Rigaud, 1881) : Vent ; c’est l’apocope de zéphyr. — Se pousser du zéphyr, se sauver. — Rue des Quatre-Zéphs, rue des Quatre-Vents.

Zéphir

(Larchey, 1865) : « L’infanterie légère d’Afrique dont les hommes sont généralement désignés sous le nom de zéphyrs. »

Gandon.

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat indiscipliné ou bon pour les compagnies de discipline. Argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Soldat du bataillon d’Afrique.

Les zéphirs, qu’on nomme aussi joyeux, se recrutent dans tous les régiments d’infanterie et Cavalerie, et forment une petite légion fougueuse, irascible, hostile aux règlements, rebelle au devoir, qui approvisionne très consciencieusement les prisons et les conseils de guerre.

(A. Camus.)

(Merlin, 1888) : Soldat des bataillons d’Afrique.

(Virmaître, 1894) : Quand un troupier indiscipliné est envoyé on Afrique, aux compagnies de discipline, pour casser des cailloux sur les routes, il devient, de par son incorporation, un zéphir. Quand il fait un vent doux, on dit :
— Quel doux zéphir.
Quand un malpropre lâche une tubéreuse, c’est un sale zéphir pour celui qui est sous le vent (Argot du peuple).

Zéphirien

(Rigaud, 1881) : Qui a rapport aux zéphirs.

Jacques Durivet revint à ses souvenirs zéphiriens.

(A. Camus.)

Zéphirs

(Rossignol, 1901) : Soldats des bataillons d’infanterie légère d’Afrique où sont envoyés tous les jeunes gens ayant été condamnés avant le tirage au sort, de sorte que ces bataillons ne sont composés que de gens tarés. Dans le temps, celui qui avait été aux zéphirs ne s’en cachait pas, parce qu’à cette epoque on n’y incorporait qu’à la suite d’un conseil de guerre pour bris d’armes, vente d’effets ou autres delits, excepté pour vol. On les appelle aussi camisards. Ils chantaient une chanson dont je me rappelle les premiers mots :

Allons, camisards, Morbleu !
Narguons les hasards, Corbleu !

Zéphyr

(Hayard, 1907) : Soldat des bataillons d’Afrique.

(France, 1907) : Soldat des bataillons d’infanterie légère d’Afrique. C’est en 1831 que furent organisés ces bataillons avec des hommes de tous les régiments, infanterie et cavalerie, ayant subi une condamnation n’entraînant pas la dégradation militaire. Ces bataillons, qui étaient au nombre de trois avant la réorganisation de l’armée, avaient chacun leur surnom. Le premier s’appelait chacal ; le second, zéphyr ; le troisième, chardonneret. De ces trois surnoms zéphyr seul est resté ; chacal est devenu celui des zouaves ; quant à chardonneret, il a depuis longtemps disparu.

La plupart de ces soldats réfractaires ont d’excellents instincts, de vigoureuses qualités. Ils sont braves, spirituels, inventifs, plein de mépris pour le danger et toujours prêts aux entreprises extravagantes. Quelques-uns sont rétifs au joug, incorrigibles ; mais ceux-là même ont le mérite de la bravoure quand les balles sifflent et que le drapeau est menacé. Il y a parmi ces hommes des cœurs chauds, des bras dévoués, des intelligences élevées, et, pourquoi ne pas le dire, de véritables héros : Mazagran l’a prouvé.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin.)

V’là l’zéphyr qui passe,
L’joyeux, joyeux, joyeux !
Les laskars d’leur classe
Qu’ont pas froid aux yeux !

(Chant des Bataillons d’Afrique.)

Zer

(France, 1907) : Pomme ; argot breton.

Zériba

(France, 1907) : Enclos palissadé et parfois fortifié ; mot arabe rapporté par les soldats d’Afrique. Dans les Soudan, les zeribas servent à parquer les noirs capturés dans les guerres ou les chasses à l’homme.

Zerner, Zerver

(La Rue, 1894) : Pleurer.

Zéro

(d’Hautel, 1808) : Faire des queues aux zéros. Friponner, tromper dans un compte ; le surcharger, donner une forte valeur aux chiffres qui n’en ont qu’une médiocre.
C’est un zéro de chiffre. Se dit d’un homme sans capacité, d’un idiot.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans valeur, sans énergie, sans consistance, sans rien. Argot du peuple. On dit aussi Zéro en chiffre.

Zerver

(Halbert, 1849) : Crier ou pleurer.

(France, 1907) : Pleurer. Interversion de verser, sous-entendu des larmes.

Zest

(d’Hautel, 1808) : Être entre le zist et le zest. Être dans une condition médiocre ; n’être ni bien ni mal.
Zest. Est aussi une espèce d’interjection, et marque la promptitude, la précipitation. À peine est-il arrivé, zest ! le voilà parti.
On se sert aussi de ce monosyllabe dans un sens ironique. Vous comptez sur lui, zest !

Zeste

(d’Hautel, 1808) : Ce qui divise intérieurement les noix par quartier ; on donne aussi ce nom à un petit morceau d’écorce d’orange ou de citron.
Il ne vaut pas un zeste de citron. Se dit d’un homme inepte et sans talens.
Je n’en donnerois pas un zeste. C’est-à-dire rien du tout.

Zèze

(France, 1907) : Individu qui zézaie.

Zezette

(Virmaître, 1894) : Une petite absinthe. Dans les cantines de lavoir, les blanchisseuses qui ne crachent pas dessus s’offrent à quatre heure une petite zezette de trois sous (Argot des blanchisseuses). N.

Zézette

(France, 1907) : Petite absinthe ; argot des blanchisseuses.

Dans les cantines de lavoir, les blanchisseuses qui ne crachent pas dessus s’offrent à quatre heures une petite zézette de trois sous.

(Charles Viremaître.)

Zieuteur

(France, 1907) : Synonyme de voyeur.

Zif

(Delvau, 1867) : s. m. « Marchandise supposée dont certains industriels font intervenir le nom dans leurs opérations. »

(Virmaître, 1894) : Marchandises imaginaires (qu’un commerçant fait figurer sur son catalogue pour avoir l’air d’être bien assorti (Argot des bourgeois).

(France, 1907) : Marchandise imaginaire dont l’escroc solliceur de zif offre de prétendus échantillons pour duper les acheteurs.

Zif, Zig

(La Rue, 1894) : Marchandise imaginaire dont certains filous font intervenir le nom dans leurs opérations. Soliceur de zif, marchand vendant sur faux échantillon, ou escroc vendant une marchandise qu’il livrera d’autant moins qu’il a touché une avance sur échantillon.

Zig

(Rigaud, 1881) : Marchandise non conforme à l’échantillon. — Marchandise qu’un filou livrera d’autant moins qu’il aura touché une avance sur échantillon.

Zig à la rebiffe

(Rigaud, 1881) : Récidiviste, — dans l’argot du régiment.

(Virmaître, 1894) : Voleur bon enfant qui revient au bout de quelques jours à la prison. Il rebiffe, il récidive (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Récidiviste.

Zig ou Zigue

(Delvau, 1867) : s. m. Ami, camarade de bouteille, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux zigzags du lundi soir. Bon zigue. Homme joyeux, — mauvais mari peut-être, mauvais fils ou mauvais père, mais bon ami de cabaret et de débauche. C’est un zigue. Phrase consacrée par laquelle un ouvrier répond d’un autre ouvrier comme de lui-même.

Zig ou zigue

(Virmaître, 1894) : Un homme est un bon ou un mauvais camarade. C’est un bon zig ou un mauvais zig. (Argot du peuple).

Zig-Zag

(Delvau, 1867) : s. m. Boiteux, bancal, — dans l’argot des voleurs.

Zig-zag (se la briser en)

(Merlin, 1888) : Voyez Se tirer des pieds.

Zig-zig

(France, 1907) : Boîteux ; argot des voleurs.

Zig, bon zigue

(Larchey, 1865) : Bon compagnon.

Entrez, entrez, nous sommes tous ici de bons zigues.

Monselet.

Je suis un bon zig, il a l’air d’un bon enfant, nous nous entendrons.

Montépin.

V. Taf, Coller — On parle aussi en zigue. Paillet donne, entre autres, l’exemple suivant, p. 75 de ses Voleurs et volés : Cavale tezigue vers mesigue (accours vers moi).

Zig, Zigue

(Rigaud, 1881) : Camarade, ami. — Bon zig, zig d’attaque, bon camarade, camarade sur lequel on peut compter. — Le premier venu. Connais-tu le zig ? connais-tu l’individu ?

Zig, zigue

(France, 1907) : Bon compagnon, homme brave, camarade sur lequel on peut compter. Quand les ouvriers disent en parlant de quelqu’un : « C’est un zigue », c’est le plus bel éloge qu’ils puissent faire.

— Savez-vous si on s’est battu, place Clichy ?
— Toute la nuit !
— Toute la nuit ?
— Oui. Les Versaillais, à ce qu’il parait, n’ont pas trouvé de résistance sur les grands boulevards, et ils ont marché sur Montmartre plus tôt qu’on ne croyait. Mais la barricade a tenu quatorze heures. C’est des zigues, ceux qui étaient là !

(Catulle Mendès, La Maison de la vieille.)

Zig à la coule, individu malin, habile, qui connait son affaire.

Bien astiqués, après la soupe, en bande,
Chez le troquet on pinte, on liche sec ;
Chacun son tour ; on arrose, on commande,
Et l’on rigole en se rinçant le bec,
L’sapeur Beaupoil qu’est un zig à la coule,
Est en train d’faire un récit épatant,
V’là que soudain, quand tout l’monde se roule,
Pan !
De la retraite, soldats, voici l’heure,
Il faut rentrer !
Allons, troupiers, rentrons vite au quartier,
Le conscrit maladroit qui trop longtemps demeure
Et laisse passer l’heure
Sera puni par son sous-officier.

(Chant de la retraite.)

Zigue à poil, individu courageux.

C’était le bon temps, nom de dieu ; les ouvriers ambitieux n’avaient pas encore fait leur trou (Joffrin n’était que mécanicien), si bien que les zigues à poil ne se mangeait pas le nez. Ah ! mon petit, ça a bougrement changé depuis !

(Le Père Peinard, 1889)

Citons, au sujet du mot zigue, une observation de M. Génin : « Un fait d’argot des plus curieux, dit-il, c’est le synonyme que donne aujourd’hui le peuple à un mot (bougre) : « C’est un bon zigue » « Tu es un bon zigue » Or il se trouve que les zigues figurent à côté des Bulgares dans une chronique grecque, en vers politiques, des premières années du XIVe. Théodore Lascaris, écrit l’auteur, approvisionna ses forteresses et prit à son service, moyennant salaire, des Turcs, des Cumans, des Lains, des Zigues et des Bulgares. (Buchon, Chronique de Roumanie.) Comment peut être venue à des hommes du peuple de l’idée de cette maligne substitution des Zigues aux Bulgares ? C’est un trait d’érudition très raffinée ! Je ne vois d’autre explication sinon que ce mot et ce rapprochement s’étaient conservés au fond de la tradition populaire depuis la conquête de Constantinople et l’établissement des Français en Morée. Mais cette explication même donne beaucoup à réfléchir et montre combien le langage du peuple mérite l’attention des philosophes. » Terminons en disant que zigue n’est que la déformation de zingari, nom des Bohémiens.

Zigailler

(France, 1907) : S’agiter, remuer le corps comme si l’on sciait ou limait. Patois du Centre.

Zigard

(France, 1907) : Augmentatif de zigue.

Polyt’ c’est un copain à moi :
Un chouette, un zigard, un vieux frère,
Mais i’ chahut’ ma ménagère,
Et par moment, ça m’fout un froid.

(Aristide Bruant, Dans la Rue.)

Zigue

(Clémens, 1840) : Bon enfant.

(un détenu, 1846) : Garçon, bon enfant, ami.

(Halbert, 1849) : Un ami.

(La Rue, 1894) : Camarade, ami.

(Rossignol, 1901) : Bon garçon. Un bon chef est un zigue. Un bon camarade est également un zigue.

(Hayard, 1907) : Camarade.

(France, 1907) : Cheval ou jument de peu de prix. Cheval qui marche l’amble. Patois du Centre.

Zigue (bon)

(Merlin, 1888) : Luron, bon vivant, camarade. Montrez-vous-le, bon zigue, lecteur, en réservant un indulgent accueil à ce petit lexique.

Zigue-zigue

(France, 1907) : Mauvais couteau ; onomatopée. Patois saintongeais.

Ziguer

(Rossignol, 1901) : On raconte que c’est pour avoir zigué Ève que le papa Adam fut chassé du Paradis.

Zigzag

(Rigaud, 1881) : Boiteux.

Zigzig

(La Rue, 1894) : Boiteux. On dit aussi cinq et trois font huit.

Zinc

(Delvau, 1867) : s. m. Maladie vénérienne, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : s. m. Chic, — dans le même argot [des faubouriens]. Avoir du zinc. Avoir une brillante désinvolture.

(Delvau, 1867) : s. m. Voix métallique et solide, — dans l’argot des coulisses. Avoir du zinc. Avoir une voix sonore. On dit aussi Être zingué.

(Rigaud, 1881) : Argent. — Comptoir de marchand de vin. — Prendre un canon sur zinc.

Des poivrots, le coude sur le zinc, riaient au nez des petites.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Argent. Comptoir de marchand de vin. Syphilis.

(Virmaître, 1894) : Argent monnayé.
— J’ai du zinc dans ma profonde, nous pouvons aller de l’avant (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Le comptoir du mastroquet. Allusion au plomb qui couvre le comptoir. Boire sur le zinc, c’est boire debout.
— Viens-tu licher un glacis sur le zinc, j’ai dix ronds d’affure (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Comptoir de marchand de vins.

Je n’ai pas le temps, je veux bien accepter quelque chose, mais nous prendrons ça sur le zinc.

(Hayard, 1907) : Comptoir de marchand de vin.

(France, 1907) : Comptoir de marchand de vin.

Près des Halles centrales, dans un sous-sol, aux faibles lueurs des becs de gaz, entre le zinc du tenancier et un orchestre composé d’un piano, d’un violon et d’une basse, on voit des enfants s’agiter, polker, valser, et autour d’eux rôde une immonde clientèle d’érotomanes et de gagas. Les mères ou leur remplaçantes absorbent des saladiers de vin chaud, de punch au rhum, et, le long du Marché-aux-Anges, on heurte des mégères ivres, titubantes ou étendues sur le plancher, cuvant leur vin.
Mignonnes ouvrières, trottins, petits abandonnés des deux sexes, vagabonds et vagabondes, tous les oiseaux sans nid, autant de numéros de parisiens ; et les matrones des départements et de l’étranger y amènent de la marchandise, comme d’autres des animaux sur le marché de la Villette.

(Dubut de Laforest, La Traite des blanches.)

Le comptoir, à l’intérieur, donnait le sentiment de la proximité des faubourgs. C’était le zinc traditionnel, avec sa fontaine à eau couverte, ses bouteilles multicolores alignées derrière le patron qui, debout dès l’aube, en gilet à manches, hiver comme été, versait le marc, l’absinthe et le vin blanc aux ouvriers se rendant au travail.

(É. Zola, La Conquête de Plassans.)

Zinc des ratichons, Maître autel.

(France, 1907) : Voix métallique dans l’argot des chanteurs. Avoir du zinc, c’est avoir un organe vocal bien timbré.

Peut-être a-t-on choisi le zinc de préférence à tout autre métal, à cause de son rapprochement avec les verbe anglais to sing, chanter.

(Émile Gouget, L’Argot musical.)

(France, 1907) : Costume de gymnastique à l’École polytechnique, appelé ainsi dans l’argot des élèves parce que la toile en est de couleur grisâtre.

(France, 1907) : Argent, monnaie.

(France, 1907) : Élégance, chic.

— Je joue le rôle d’un pigeon du Jockey-Club qui se croit aimé pour lui-même… Il faut que j’aie du zinc ce soir.

(Philippe Auderbrand.)

(France, 1907) : Uniforme chamarré de haut fonctionnaire.

La soirée du ministre était fort brillante et les ambassadeurs, les ministres plénipotentiaires, les attachés militaires étaient là dans leurs costumes chamarrés. Les préfets mêmes avaient sorti leur frac, avec joie, car le préfet de la Seine s’était pavané depuis le matin dans le sien et on l’avait entendu s’écrier plusieurs fois :
— Enfin, j’ai donc sorti mon zinc ! Il ne sera pas dit que mes administrés ne m’auront pas admiré dans mon zinc.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel.)

Zinc (avoir du)

(Rigaud, 1881) : Avoir de l’aplomb, de l’élégance ; c’est avoir du chien à un degré de plus.

(Virmaître, 1894) : On ne dit plus chic, à ce qu’il paraît. C’est rococo. C’est bourgeois. Et quand une femme a du genre et de l’élégance, on dit qu’elle a du zinc. A. D. Avoir du zinc ne vient pas du tout de là. Les fonctionnaires, officiers de paix, commissaires de police et préfets portent des habits brodés d’argent ; les préfets surtout en ont sur toutes les coutures ; les jours de cérémonie, ils sortent leur zinc.
— As-tu vu le dabe des renifleurs, mince de zinc sur le rable (Argot du peuple). N.

Zinc (pantalon de)

(Merlin, 1888) : Pantalon de treillis.

Zinc (tomber un)

(Rigaud, 1881) : Prendre un verre de vin ou de liqueur sur le comptoir du marchand de vin. Mot à mot : avoir raison d’une consommation servie sur le comptoir de zinc.

Zinc des ratichons

(Virmaître, 1894) : L’autel du prêtre. En effet, pour célébrer la messe, il boit un coup de pive (Argot des voleurs).

Zingo

(Delvau, 1867) : s. m. Bon Zigue, — dans l’argot des marchands de vin.

(Merlin, 1888) : Comptoir de la cantine.

Zingot

(France, 1907) : Marchand de vin ; il débite sur le zinc. Argot populaire.

Zingué

(France, 1907) : Son que rend le verre heurté ou brisé ; patois lorrain.

Zinguer

(Rigaud, 1881) : Boire debout devant le comptoir d’un marchand de vin, vulgo sur le zinc.

Zinguer tout seul, c’est pas mon blot.

(La Muse à Bibi, Nocturne.)

(France, 1907) : Boire sur le zinc ; argot faubourien. Être zingué, être ivre.

Zingueur

(France, 1907) : Buveur, habitué des marchands de vin.

(France, 1907) : Entreteneur d’une fille, celui qui fournit le zinc, l’argent.

— Je t’engage donc à raconter tout ce que tu me racontes à ton zingueur ! Il te croira parce qu’il t’aime !

(Mémoires de M. Claude.)

Zinguir

(France, 1907) : Cingler un coup de fouet ; patois lorrain.

Zinguot

(Fustier, 1889) : Hangar, préau. Jargon de l’École de Saint-Cyr.

(France, 1907) : Abri, préau, hangar ; argot de l’École de Saint-Cyr.

Zioter

(Virmaître, 1894) : Regarder.
— Qu’a-t-il donc, le mec ? Il ne fait que me zioter (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Regarder. — « Je te vois zioter dans mon jeu. » — « Ziote un peu la belle fille. »

(France, 1907) : Regarder ; argot du peuple. (Ch. Virmaître.)

Zipper

(France, 1907) : Prendre, emporter, rafler ; patois d’Oléron.

Zir, zire

(France, 1907) : Impatience, dépit. Sans doute abréviation de déplaisir, à moins que ce ne soit une dérivation du latin ira, colère, avec addition du z euphonique. Patois du Centre.

Zite

(France, 1907) : Alouette des prés ; idiome béarnais.

Zizanie

(d’Hautel, 1808) : Au propre, ivraie, mauvaise graine qui croit parmi les blés. Au figuré, querelle, dispute, affaire contentieuse.

Zizi

(France, 1907) : Clampin, gringalet, enfant chétif ; patois du Doubs.

(France, 1907) : Trempette de vin sucré.

Mme Ledouillard. — Ah ! Ma chérie, comme tu arrives tard ! Veux-tu du thé, du porto, des sandwichs, un zizi, quoi ?

(Maurice Donnay, Chères Madames.)

Zizon

(France, 1907) : Embarrassé, emprunté, maladroit ; patois du Centre.

Zizonner

(France, 1907) : Gâcher, faire de mauvaise besogne ; patois du Centre.

Zobet

(France, 1907) : Jeune fille qui a un amoureux ; patois du Doubs. D’après Charles Rousset, ce mot viendrait d’un dialogue raconté dans le Messager boiteux de Strasbourg, vers 1869, entre un jeune amoureux et sa promise, laquelle s’appelait Zobet, dialogue que se répétèrent les paysans dans les veillées. Le dialogue est à peu près oublié, mais le nom s’emploie encore souvent. Ce nom n’aurait-il pas pour origine le mot arabe zobi, rapporté par les troupiers d’Afrique, signifiant mon membre, ma verge ; Zobet serait la jeune fille qui a un membre à sa disposition. Voir Zeb.

Zoguer

(France, 1907) : Heurter ; patois lorrain.

Zoïle

(Delvau, 1867) : s. m. Écrivain envieux, et même un peu calomniateur, — dans l’argot des académiciens et des apprentis écrivains, qui éternisent ainsi, sans s’assurer si elle est méritée, la mauvaise réputation dont jouit, depuis deux mille ans, le contempteur de l’Odyssée et de l’Iliade.

Zoko

(France, 1907) : Bœuf maigre ; personne laide et sans énergie. Patois du Doubs.

Zon (faire)

(Delvau, 1864) : Foutre.

Vous avez l’œil fripon,
Ma charmante voisine ;
Si vous ne faites zon…
Vous en avez la mine…
Et zon zon zon. Etc.

Lattaignant.

Zona

(Rigaud, 1881) : Fille publique, — dans le jargon des marchands juifs.

(France, 1907) : Prostituée ; argot des juifs.

Zonam solvere

(France, 1907) : Perdre sa virginité ; mot à mot : délier sa ceinture, allusion à la ceinture que portait les vierges romaines et qu’elles enlevaient le jour de leur mariage. Locution latine.

Zonier

(France, 1907) : Cabaretier ou maraîcher qui habite les baraques de la zone militaire parisienne.

Zonner

(France, 1907) : Bourdonner ; patois lorrain.

Zouave

(Delvau, 1867) : s. m. Pardessus de femme, à capuchon, taillé sur le patron du manteau des zouaves. On dit aussi Une Permission de dix heures.

Zouave (faire le)

(Merlin, 1888) : Faire le malin, le bravache ou l’imbécile.

Zouf

(France, 1907) : Coup sourd ; patois lorrain.

Zousill

(France, 1907) : Ivrogne ; argot breton.

Zousill hirr

(France, 1907) : Cidre ; zousill-tan, eau-de-vie ; argot breton.

Zousilla

(France, 1907) : Boire avec excès, s’enivrer ; argot breton.

Zousilladen

(France, 1907) : Boisson ; argot breton.

Zouzou

(Larchey, 1865) : Zouave.

Ils ne ressemblent en rien aux zouzous qu’on voit sur les boulevarts.

J. Noriac.

(Delvau, 1867) : s. m. Zouave, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Zouave.

(Merlin, 1888) : Zouave.

(France, 1907) : Zouave.

Que de beaux albums on ferait si on prenait à partie le moindre de nos régiments de zouzous ! Que de mains artistes pourraient, si elles voulaient, mettre un moment l’arme au pied, se servir d’un crayon charmant et reproduire les scènes qu’envieraient nos expositions et qu’elles regrettent quelquefois !

(E. Billaudel, Les Hommes d’épée.)

Zoze (boucle)

(France, 1907) : Pain bis ; argot des voleurs.

Zozo

(France, 1907) : Synonyme de clampin ; patois du Doubs. Voir Zizi.

(France, 1907) : Fripon, escarpe ; patois de l’Est.

Paris n’est plus qu’un immense théâtre où paradent de différentes manières, et avec des contorsions variées, les charlatans de la politique, les pitres de la littérature, les cabotins des arts, les vendeurs de mithridate du commerce, les acrobates de l’industrie, les tire-laine de la finance, les bateleurs, les turlupins, les truands, les zozos de tout poil et de toute dimension, pour attraper l’honneur, la liberté, les forces et les gros sous de la province.

(Est républicain : Ilotisme de la province.)

Zozotte

(Rigaud, 1881) : Argent ; — pour pézotte, — dans le jargon des souteneurs. — Mettre le doigt sur la zozotte, toucher à l’argent, voler de l’argent. — La zozotte à la Louis, l’argent de la maîtresse d’un souteneur.

(La Rue, 1894) : Argent.

(Virmaître, 1894) : Argent.
— Pas moyen de trimballer ma bidoche, j’ai pas de zozotte.
Zozotte
a aussi une autre signification dans le même argot :
— As-tu bien passé la première nuit de tes noces ?
— Mon cochon était tellement poivre qu’il a pioncé comme une marmotte toute la nuit.
— Alors, pas de zozotte ? (Argot des blanchisseuses). N.

(Rossignol, 1901) : Argent.

(France, 1907) : Argent. Zozotte à la Louis, argent que donne une prostituée à son souteneur. Mettre son doigt sur la zozotte, découvrir l’argent caché.

Zume

(France, 1907) : Osier ; patois basque.

Zupper

(France, 1907) : Appeler à haute voix, héler ; patois du Centre.

Dégage-toi, mon garçon,
Fous la fête !
Zuppe la gente Nanon,
Fous la fête,
Fous-la donc !

(Ribault de la Laugardière, Noëls nouviaux.)

Zut

(Larchey, 1865) : Non.

Zut et bran pour les Prussiens.

P. Borel, 1833.

Ah ben ! non, zut !… du flan ! Je ne veux pas rester à côté d’Adolphe.

Jaime.

(Rigaud, 1881) : Non ; ça m’ennuie. Au diable ! — Ah ! zut alors.

Zut pour le naturel.

(Clairville et Sirdiuâm, Le Mot de la fin.)

Le jour où j’aurai assez de cette chère amie, je lui dirai zut.

(X. de Montépin, Les viveurs de Paris.)

Il y a cinquante ans, pour donner plus de force au zut ! on ajoutait et bran : zut et bran, comme on dit aujourd’hui zut et crotte. Zut ne me paraît qu’une déformation du mot zeste qui lui-même n’est qu’un travesti de peste !

Et zeste, si quelqu’un vous pouvait prendre au mot.

(Destouches, Le Philosophe marié.)

(Virmaître, 1894) : C’est fini, je prends congé. J’en ai assez. Que mes lecteurs ne prennent pas ce mot dans un mauvais sens. Je voudrais qu’ils le traduisent de cette manière : — Au revoir !

Zut !

(Delvau, 1867) : Exclamation qui est une formule de refus ou de congé. Depuis 1865, on dit : Ah ! zut alors si ta sœur est malade ! C’est plus long, mais c’est plus canaille — et, à cause de cela, préférable.

(La Rue, 1894) : Non. Allez au diable. Vous m’ennuyez.

(France, 1907) : Cette exclamation employée si fréquemment aujourd’hui dans le langage familier, pour exprimer le dépit, l’ennui, l’incrédulité, se prononçait autrefois zot, diminution de Diablezot, qui avait la même signification. Suivante Furetière, la locution complète était au diable zot : « Vous imaginez que je vous crois, au diable zot ! » Zot me semble être la corruption de soit. Au diable, soit ! D’un autre côté, certains étymologistes, entre autre le comte Jaubert, prétendent que zut n’est autre que le vieux mot ut, corruption de l’anglais out, hors d’ici, qui s’est naturalisé dans le Bas-Berry lors des ravages qu’y exercèrent les envahisseurs. On lit dans le Roman de Rou de Wace :

Normanz escrient : Dex aïe !
La gent Englesche : Ut ! s’escrie.

Le z euphonique se serait joint au monosyllabe ut. Voir ce mot. Burnouf, au contraire, le fait venir du sanscrit suth, dédaigner. Au lecteur de choisir.

Le critique. — Ah ! cher ami, quelle joie vous me faites !…zut !… le joli mot si court, si prestement national, comme il résonne, délicieusement, à mes oreilles françaises !… Zut !… Comme je vous retrouve enfin dans ce mot bref et vibrant, tel un coup de clairon !… Zut !… Comme je m’y retrouve moi-même !… Zut ! Zut ! Zut !… Chercher ailleurs, dans de fabuleux pays, sur des terres mortes, de soi-disant émotions littéraires, alors que nous avons, chez, ce zut ! si joyeux et si clair, et si sublime, ce zut ! divin qui dit nos âmes, notre esprit, notre bravoure, notre gaité, nos croyances !… quelle aberration ! quelle folie ! quel crime !… Ah ! redites-le, redisons-le ensemble, ce mot lustral, et qu’il se répande de nos lèvres, dans toute cette salle, pour en laver les boues étrangères… et qu’il aille, tout droit, comme le défi de notre génie, frapper la face obscure, la face des ténèbres des Ibsen et des Bjornson !… Zut ! Zut ! Zut ! Ah ! ce zut ! cliquetis de nos épées, baiser de nos amantes, rire vengeur et triomphant de notre Paris !… Zut !
L’abonné. — Zut ! Zut !…

(Octave Mirbeau.)

— Marguerite ?
— Père…
— Viens un peu !
Mais Margot ne vint point. Jamais elle n’avait vu, à ce point, la pleutrerie du vieux. Elle se révoltait enfin et gueulait de toutes ses forces :
— Zut ! T’avais ma mère pour ça ; cours après !… J’en ai plein le dos, moi aussi, d’être ta femme…

(Montjoyeux.)

Zut, pour le qu’en-dira-t-on ;
Ici-bas nous sommes libres.
Les gosiers sont bons calibres
Si le crâne est de carton.

(Alfred Marquiset.)

Zut au ber… ger !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des gamins, par laquelle ils se défient à courir, à jouer, etc.

Zutant

(Fustier, 1889) : Ennuyeux.

C’est rien zutant d’n’être pas libre.

(Événement, août 1885.)

Zutisme

(France, 1907) : Situation d’esprit de quelqu’un qui se moque de toutes choses. Synonyme de je m’en-foutisme.

Schopenhauer, quand il avait larmoyé en ces écrits avec cette rare autorité qui en fait un précepteur dangereux pour la jeunesse, s’en allait tranquillement vider des pots de bière et trousser la cotte de la servante. Le maître allemand donnait en cela une belle leçon de zutisme aux pleurnicheurs français.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique