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T

Tabac

(d’Hautel, 1808) : Il ne prend pas souvent du tabac. Se dit en plaisantant d’un auteur qui ne multiplie pas les repos, les alinéa dans son ouvrage ; qui fait des chapitres de longue haleine.
On dit aussi dans un sens opposé, qu’il prend souvent du tabac, quand les alinéa y sont fréquens.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieil étudiant, — culotté comme une pipe qui a beaucoup servi.

(Delvau, 1867) : s. m. Ennui, misère, — dans l’argot des faubouriens. Être dans le tabac. Être dans une position critique. Foutre du tabac à quelqu’un. Le battre — de façon à lui faire éternuer du sang. Fourrer dans le tabac. Mettre dans l’embarras. Manufacture de tabac. Caserne.

(La Rue, 1894) : Ennui, misère ; être dans le tabac. Coups : Passer à tabac, brutaliser, bourrer de coups. V. Passer.

(Virmaître, 1894) : Misère.
— Je suis dans le tabac mistoufle (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Applaudissements, succès. Un artiste qui a des applaudissements, du succès, a du tabac.

Tabac (donner du, coller du)

(Rigaud, 1881) : Battre — Réprimander fortement.

Tabac (être dans le)

(Larchey, 1865) : Être dans une position critique. — Mot à mot : Être dans le à bas. — Jeu de mots.

Tabac (il y aura du)

(Merlin, 1888) : Il se fera du bruit. On aura du mal. Équivalent de : Ça chauffera.

Tabac (manufacture de)

(Rigaud, 1881) : Caserne.

Tabac (passage à)

(Rigaud, 1881) : Voies de faits auxquelles se livraient, encore au commencement de 1879, les agents de police envers certains prisonniers.

Tabac (passer au)

(Rigaud, 1881) : Maltraiter, brutaliser, bourrer de coups, — dans le jargon de la police.

Quand je suis arrivé au service de sûreté, j’ai demandé aux anciens la cause des cris que poussaient des prisonniers, et ils m’ont répondu : Ce sont des individus qu’on ligote fortement en leur demandant s’ils veulent casser du sucre. On appelle cela passer au tabac.

(La Lanterne, compte-rendu du procès de la Lanterne, déposition de M. Cousin, inspect. de police, 23 janv. 1879.)

M. Tard, inspecteur de police, déclare qu’en décembre 1876, il a vu amener un jeune homme de dix-huit à vingt ans qui refusait de donner son nom ; on lui a lié les mains si fortement que le sang a coulé, et comme il persistait à garder le silence, on l’a menacé de chauffer une barre de fer et de la lui passer sous la plante des pieds.

(Idem, idem.)

Tabac (un vieux)

(Merlin, 1888) : Un vieux soldat.

Tabac à deux sous la brouette

(Merlin, 1888) : Tabac de cantine, à prix réduit et de qualité inférieure.

Tabac à trois sous la brouette

(Rigaud, 1881) : Tabac de cantine, — dans le jargon des soldats.

Tabac de démoc

(Delvau, 1867) : s. m. Tabac fait avec les détritus de cigares ramassés par les voyous jeunes et vieux, dont c’est la spécialité.

Tabar

(Halbert, 1849) : Manteau.

(Larchey, 1865) : Manteau (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Manteau, — dans l’argot des voleurs. Ils disaient autrefois Volant.

(La Rue, 1894) : Manteau.

(Virmaître, 1894) : Manteau. Cette expression est connue depuis le XVe siècle (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Manteau.

Tabar ou Tabarin

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Manteau.

Tabar, tabarin

(anon., 1827) : Manteau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Manteau.

Tabatière

(Delvau, 1867) : s. f. Le podex, — dans l’argot du peuple. Ouvrir sa tabatière. Faire un sacrifice muet, mais odore, au dieu Crépitus. D’où : Quelle frise !

(La Rue, 1894) : Postérieur.

Tabatière (ouvrir la)

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à crepitus ventris.

Tabe

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Roi.

Tabernacle

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où l’on serre précieusement le dieu — des jardins.

Elle est belle, ma Joséphine ! elle a un chouette maître-autel !… un rude tabernacle !…

Tisserand.

(Rigaud, 1881) : Derrière, — dans le jargon des voyous. — Je te vas défoncer le tabernacle. — Ouvrir le tabernacle, sacrifier à crepitus.

Tablature

(d’Hautel, 1808) : Donner de la tablature à quelqu’un. L’inquiéter, l’embarrasser, lui donner du fil à retordre.

Table

(d’Hautel, 1808) : Piquer les tables. Pour dire, faire le parasite, aller de porte en porte pour chercher à diner.

Table (faire le tour de la)

(Rigaud, 1881) : En style de gastronome, c’est manger de tous les plats qui sont servis dans un dîner.

Table (se mettre à)

(Rigaud, 1881) : Dénoncer un complice.

Table rase

(Virmaître, 1894) : Faire un nettoyage complet dans une maison, liquider un arriéré, renouveler un personnel après avoir fait table rase (Argot du peuple).

Tableau !

(Boutmy, 1883) : Exclamation par laquelle on exprime la surprise ou la joie maligne que l’on éprouve à la vue d’un accident risible arrivé à un ou à plusieurs de ses confrères.

Tableau d’avancement

(Merlin, 1888) : Liste des hommes punis, déposée au corps de garde.

Tableau des idiots (être sur le)

(Fustier, 1889) : Être pourvu d’un conseil judiciaire. Jargon des clercs de notaire. On sait que dans chaque étude se trouve à la disposition du public, un tableau ou un livre sur lequel figurent les interdits, les prodigues, tous ceux enfin qui ne jouissent pas de la plénitude de leurs droits.

Tableau-radis

(Delvau, 1867) : s. m. Toile qui revient, invendue, du Salon ou de la boutique du marchand. Argot des artistes et des gens de lettres. On dit de même Livre-radis.

(Virmaître, 1894) : Toile que le marchand n’a pu vendre. Quand il revient à l’atelier on dit : mon tableau-radis. On en dit autant d’un livre : un livre-radis. Allusion au radis rose ou noir qui occasionne des renvois (Argot d’atelier).

Tableautier

(Boutmy, 1883) : s. m. Compositeur qui fait spécialement les tableaux, les ouvrages à filets et à chiffres.

Tableautin

(Delvau, 1867) : s. m. Tableau sans valeur.

Tabler

(d’Hautel, 1808) : Pour compter, faire fonds sur quelque chose.
On ne sait sur quoi tabler. C’est-à-dire sur quoi compter.

Tablette

(Delvau, 1867) : s. f. Brique, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Brique.

Tablier (droit de)

(Boutmy, 1883) : s. m. Bienvenue payée par les apprentis à leur entrée dans l’atelier. Cette coutume est tombée en désuétude à Paris ; mais elle est encore pratiquée, dit-on, en province, et particulièrement dans le nord de la France.

Tablier blanc

(Rigaud, 1881) : Bonne d’enfants. La dame aux Camélias du troupier.

Tablier de cuir

(Delvau, 1867) : s. m. Cabriolet, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Cabriolet.

(La Rue, 1894) : Cabriolet.

Tablier de sapeur

(Delvau, 1864) : Motte bien garnie de poils, noirs, blonds ou rouges, longs ou frisés… On dit aussi ; Barbe au con.

Clara, elle, avait une gorge superbe, des fesses splendides, et un adorable petit con, protégé par un formidable tablier de sapeur.

J. Le Vaixois.

Tablier lève (le)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot des bourgeois — d’une fille qui ne peut plus dissimuler sa grossesse. Intumescit alvus. Faire lever le tablier. Engrosser une fille ou une femme.

Tablier lève (son)

(Delvau, 1864) : Se dit d’une fille qui s’est laissé faire un enfant et qui ne peut plus dissimuler sa grossesse.

Tablotte, tablette

(La Rue, 1894) : Brique.

Tabourets dans la salle à manger

(Rossignol, 1901) : Celui qui n’a plus de dents n’a plus de tabourets dans la salle à manger.

Tac

(M.D., 1844) : Un emplâtre.

(La Rue, 1894) : Supériorité.

Tac-tac

(d’Hautel, 1808) : Un Nicolas tac-tac. Pour dire un nigaud, un homme sot et stupide, qui se mêle des petits détails qui concernent qui les femmes.
Tac-tac sert aussi à exprimer un bruit réglé, comme celui d’un pendule.

Tacet

(d’Hautel, 1808) : Garder le tacet. Ne point se mêler à la conversation générale ; faire le discret ; garder un profond silence.

Tache

(d’Hautel, 1808) : Une tache d’huile. Pour dire une gestion déshonnête, une faute grave qui porte atteinte à la réputation, à la renommée de quelqu’un.

Tache d’huile

(Delvau, 1867) : s. f. Accroc à une robe, déchirure d’habit, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais tour, — crasse impardonnable, ineffaçable, faite par un ami à son ami.

Tacher une femme

(Delvau, 1864) : Répandre à son intention — et quelquefois à son profit — un peu de liqueur séminale, en se branlant devant elle ou en la baisant en robe.

Mais d’là que j’ vous tache, mam’selle,
C’est la faute de vot’ bretelle :
Plus qu’ mon amour elle tenait.

Béranger.

Taconner

(Boutmy, 1883) : v. intr. Hausser une lettre ou un filet en frappant le pied à petits coups de marteau.

Tact

(d’Hautel, 1808) : Il a le tact. Pour dire, il est habile, exercé dans cette profession : le peuple se sert de cette locution dans le même sens que, il a le fil.

Taf

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Peur. Avoir le taf, avoir peur.

(Bras-de-Fer, 1829) : Peur.

(Delvau, 1867) : s. m. Peur, — dans l’argot des voleurs. Avoir le taf. Avoir peur. Coller le taf. Faire peur. On dit aussi Tafferie. Il n’y a pas à douter que ce mot ne vienne d’une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin : « Les fesses luy font taf taf, ou le cul lui fait tif taf, c’est-à-dire : Il a grand peur, il tremble de peur. » On dit aussi Taffetas. Avoir le taffetas du vert. Être frileux, avoir peur du froid.

(Virmaître, 1894) : Individu qui a peur de son ombre. Qui a le trac, qui serre les fesses à la moindre alerte (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Peur.

Je n’ose sortir la nuit, j’ai le taf, je suis tafeur.

(Hayard, 1907) : Peur.

Taf, taffetas

(La Rue, 1894) : Peur. Frisson.

Tafe

(Larchey, 1865) : Peur. — De l’ancienne locution les fesses lui font tif taf : Il a peur (Oudin, seizième siècle). — V. Chenu, Bayafe.

Ce n’est pas toi ni tes paysans qui nous f… le tafe.

Vidal, 1833.

Ce mot a pour diminutifs tafferie et taffetas. — Taffeur : Poltron.

Tafe, Taffe, Taftaf, Taftas

(Rigaud, 1881) : Peur ; fuite.

Le taf est cette impression étrange qu’éprouve le lièvre devant le chasseur, le soldat au premier coup de canon, et l’acteur au moment d’entrer en scène… Un soir qu’Harel le voyait (Frédérick Lemaître) vider une bouteille dans la coulisse : — Que diable faites-vous ? lui demanda-t-il ? — Je noie le taf, répondit Frédérick.

(Paris-Comédien.)

Un exemple de ce mot a été relevé par M. Fr. Michel dans les bigarrures et touches du seigneur des Accords, 1008. — À la Cour des Miracles (XIIe siècle), on appelait thafurs, les vagabonds. Les vagabonds n’ont jamais précisément brillé par le courage. Pourquoi thafur n’aurait-il pas fait taf, peur, et taffeur, poltron ?

Taffé

(M.D., 1844) : Avoir peur.

Taffer

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir peur, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Avoir peur. — Taffeur, tafeuse, poltron, poltronne.

Taffeur

(Delvau, 1867) : s. m. Poltron. Le Royal Taffeur. Régiment aux cadres élastiques, où l’on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves de couardise.

(Virmaître, 1894) : Poltron.
— Il est tellement taffeur que l’on ne lui fourrerait pas une feuille de papier à cigarette entre les fesses (Argot du peuple). N.

Taffouilleux

(Rigaud, 1881) : « Chiffonnier de la Seine, écumant ses bords, ramassant les épaves et volant au besoin. » (F. du Boisgobey.) Ce sont les anciens ravageurs d’E. Sue. Mot à mot : qui fouillent dans les tas.

(La Rue, 1894) : Chiffonnier des bords de la Seine.

Tafouilleux

(Hayard, 1907) : Chiffonnier.

Taie

(d’Hautel, 1808) : Une taie d’oreiller. Linge qui sert d’enveloppe à un oreiller ; et non une tête d’oreiller, comme on le dit continuellement.

Tailbin

(Larchey, 1865) : Billet de complaisance (Vidocq).

Taillage

(Rigaud, 1881) : Désertion momentanée de l’atelier, fugue d’un jour ou deux, — dans le jargon des apprentis. — Mot emprunté aux collégiens.

Taille

(d’Hautel, 1808) : Prenez garde, cela vous gâtera la taille. Manière ironique de parler à quelqu’un qui fait le précieux, le délicat, et qui ne touche à tout que du bout des doigts.

(Rigaud, 1881) : Terme de maisons de jeu.

Mais comme il (le croupier) ne peut tenir tout ce paquet de jeux à la main, il le taille ensuite avec de petits cartons en parties à peu près égales, prenant successivement, ensuite, dans le cours du jeu, les paquets partiels séparés par ces cartons.

(Les Joueuses, 1868.)

Tailler

(Rigaud, 1881) : Tenir la banque au baccarat.

Avoir une veine pareille et ne pas tailler !

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Bien tailler, gagner à la banque ; mal tailler, y perdre, mal connaître le jeu.

Tailler des bavettes

(Delvau, 1867) : v. a. Bavarder comme font les commères à la veillée, — dans l’argot du peuple, qui sait que les femmes déchirent plus de réputations à coups de langue qu’elles ne cousent de robes à coups d’aiguille.

Tailler des croupières

(Delvau, 1867) : v. a. Donner de l’inquiétude à son ennemi, le harceler sans cesse.

Tailler l’école, le collège

(Rigaud, 1881) : Faire l’école buissonnière ; aller galopiner, aller jouer aux billes au lieu d’aller en classe.

Tailler les morceaux à quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Limiter ce qu’il doit manger ou dépenser ; lui prescrire ce qu’il doit faire.

Tailler une basane

(Rigaud, 1881) : Exécuter le geste familier aux voyous, geste qui consiste à s’administrer une claque sur la cuisse et à relever vivement jusqu’au bas ventre la main, paume ouverte, les quatre derniers doigts battant l’air. L’expression appartient aux soldats de cavalerie qui ne craignent pas d’exécuter ce geste sur la basane de leur culotte.

Tailler une croupière

(Rigaud, 1881) : Surpasser, distancer moralement ou physiquement, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

Tailler une plume

(Virmaître, 1894) : Il est des employés qui se servent encore de plumes d’oie ; à la fin du mois, ils vont s’en faire tailler chez des spécialistes (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Les filles publiques n’ont pas besoin de canif pour tailler une plume d’oie.

Tailleuse

(Delvau, 1867) : s. f. Nom générique de la corporation des tailleurs.

Tailleuse de plumes

(Rigaud, 1881) : Fille qui boit de l’eau-de-vie à même la bouteille.

Taire son bec

(Delvau, 1867) : v. a. Se taire, — dans l’argot du peuple.

Tal

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Tapeuse du tal, fille publique qui en remontrerait à la femme de Loth. Taper dans le tal, faire rétrograder Eros.

(La Rue, 1894) : Le postérieur.

(Rossignol, 1901) : Voir troufignon.

(Hayard, 1907) : Postérieur.

Tala

(Fustier, 1889) : Elève de l’École normale ayant des principes religieux et pratiquant.

Talbin

(M.D., 1844) : Billet de banque.

(un détenu, 1846) : Portefeuille, billets de banque.

(Halbert, 1849) : Huissier.

(Delvau, 1867) : s. m. Billet de complaisance, — dans l’argot des voleurs. Talbin d’altèque. Billet de banque. Talbin d’encarade. Billet d’entrée dans un théâtre.

(Delvau, 1867) : s. m. Huissier, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Huissier, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Huissier. Billet à ordre. Billet de banque. Portefeuille.

(Virmaître, 1894) : Billet. Talbin d’altèque, billet de banque. Un billet de faveur pour un théâtre quelconque, se nomme un talbin d’encarade. Mot à mot : billet d’entrée. Los voleurs disent aussi de l’ordre du Parquet, de l’ordre de les écrouer à Mazas ou au Dépôt :
— Mince de biffeton d’encarade (Argot des voleurs). N.

(Virmaître, 1894) : Huissier. Allusion ce à qu’il talbine un prévenu ou un témoin pour l’assigner en police correctionnelle. Talbiner, synonyme d’assigner (Argot des voleurs) N.

(Rossignol, 1901) : Billet de banque.

(Hayard, 1907) : Billet.

Talbin, Tailbin

(Rigaud, 1881) : Billet à ordre, — dans le même jargon. Talbin de la carre, billet de banque. — Talbin d’encarade, billet de théâtre ; mot à mot : billet d’entrée. — Talbin de la sèche, billet mortuaire.

Talbine

(Halbert, 1849) : Halle.

(La Rue, 1894) : Halle.

Talbiner

(Halbert, 1849) : Assigner.

(Delvau, 1867) : v. a. Assigner devant le tribunal.

(La Rue, 1894) : Assigner.

Talbinier

(Halbert, 1849) : Hallier.

Taloche

(d’Hautel, 1808) : Pour, mornifle, soufflet, coup appliqué avec la main sur la tête.

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet ou coup de poing, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Molière.

Talocher

(d’Hautel, 1808) : Souffleter, donner une mornifle, un soufflet.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des soufflets.

Talochon

(Delvau, 1867) : s. m. Petite taloche.

Talon

(d’Hautel, 1808) : Se donner du talon dans le cul. Vivre librement ; prendre un ton au-dessus de sa condition ; faire le gros seigneur sans en avoir la fortune.
Il a l’esprit aux talons. Se dit d’un homme stupide qui manque totalement d’esprit et de jugement.
Montrez-moi les talons. Pour dire, retirez-vous ; allez vous-en.

Talon rouge

(Larchey, 1865) : Aristocrate. Le droit de porter des talons rouges était un signe de noblesse.

Tous les talons rouges de l’ancien régime qui trahissent le peuple.

1793, Hébert.

(Delvau, 1867) : s. m. Aristocrate. Être talon rouge. Avoir la suprême impertinence.

Talonner

(d’Hautel, 1808) : Tourmenter, accabler presser, solliciter vivement quelqu’un, le poursuivre à toute outrance.

(Delvau, 1867) : v. a. Presser, tourmenter ; poursuivre.

Talons courts (avoir les)

(Delvau, 1867) : Se dit de toute femme ou fille qui ne sait pas défendre assez vigoureusement son honneur, et qui succombe trop aisément.

(Rigaud, 1881) : Se dit d’une femme que le moindre souffle de l’amour renverse dans la position horizontale.

(Virmaître, 1894) : Fille ou femme qui succombe sans résistance. L’image n’est pas exacte ; ce fait ne se produit généralement que lorsqu’une lemme porte des talons hauts ; elle perd alors l’équilibre facilement (Argot du peuple).

Tam-tam

(Rigaud, 1881) : Vacarme ; dispute. Faire du tam-tam.

Tambouille

(Delvau, 1867) : s. f. Ragoût, fricot, — dans l’argot des faubouriens. Faire sa tambouille. Faire sa cuisine.

(Rigaud, 1881) : Ragoût de ménage ; cuisine sans prétention.

(Fustier, 1889) : Delvau donne à ce mot le sens de ragoût, de fricot, ce qui est exact ; tambouille s’emploie aussi chez les soldats d’Afrique qui appellent ainsi leur gamelle.

(La Rue, 1894) : Ragoût, fricot. La gamelle.

(Virmaître, 1894) : Ragoût, fricot. Faire la tambouille, faire sa cuisine. A. D. Tambouille : battre.
— Je vais te foutre une tambouille que le tonnerre de Dieu en prendra les armes (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Soupe, ragoût, portion.

Tambour

(Larchey, 1865) : Chien (Vidocq). — Allusion à son grondement.

(Delvau, 1867) : s. m. Chien, — dans l’argot des voleurs. Roulement de tambour. Aboiement.

(Rigaud, 1881) : Brigadier-fourrier, dans l’argot des dragons.

(Rigaud, 1881) : Chien. — Battre du tambour, aboyer.

(Merlin, 1888) : Brigadier fourrier.

(La Rue, 1894) : Chien.

(Virmaître, 1894) : Chien. Quand un étranger pénètre dans une maison, les aboiements réitérés du chien imitent le roulemeut du tambour. L’expression alarmiste, citée plus haut, est plus juste (Argot des voleurs).

Tambour (f… au clou comme un)

(Merlin, 1888) : Punir quelqu’un, le coller au bloc sans aucun égard, sans aucune indulgence. — V. Clique.

Tambouriner

(Delvau, 1864) : Jouir d’une femme, en frappant son ventre à coups de cette baguette qu’on appelle le membre viril.

Ma foi, s’il te perd sous ma jupe,
Nous le feront tambouriner.

(Chanson anonyme moderne.)

Tambourineur

(d’Hautel, 1808) : Je ne serai pas le valet du tambourineur. C’est-à-dire, je ne ferai pas cela sans y gagner quelque chose.

Tampon

(un détenu, 1846) : Poing.

(Larchey, 1865) : Poing.

Je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle.

Th. Gautier, 1845.

(Delvau, 1867) : s. m. Poing, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Poing.

Tampon (coup de)

(Rigaud, 1881) : Coup de poing.

Tamponner

(Rigaud, 1881) : Donner un coup de poing.

(Fustier, 1889) : Rudoyer.

Ah ! tu me tamponnes, s’écrie-t-il, je te reconnaîtrai à la prochaine.

(Figaro, 1880.)

(La Rue, 1894) : Rudoyer, frapper.

(Virmaître, 1894) : Donner ou recevoir un coup de tampon — un coup de poing. Allusion au choc de deux trains qui se tamponnent (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Battue.

Tamponner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se battre à coups de poing. On dit aussi Se foutre des coups de tampon.

(Rossignol, 1901) : Se battre.

Tamponner le coquillard (se)

(Fustier, 1889) : Se moquer de.

Tangente

(Delvau, 1867) : s. f. Épée, — dans l’argot des Polytechniciens. Ils l’appellent aussi : La tangente au point Q.

(Rigaud, 1881) : Épée, — dans l’argot des polytechniciens.

Tangente (une)

(Merlin, 1888) : Épée du génie.

Tangente, tangente au point q

(Larchey, 1865) : Épée. — Jeu de mots.

Le conscrit de l’École polytechnique est souvent absorbé avant d’avoir endossé l’uniforme et senti battre sur sa cuisse gauche l’arme que les élèves nomment une tangente au point q.

La Bédollière.

Tanière

(d’Hautel, 1808) : Pour demeure, logis, retraite.

Tannant

(Virmaître, 1894) : Assommant, ennuyeux. À Corbeil, on devait un dimanche jouer les Mousquetaires ; la troupe y donnait des représentations depuis environ un mois. L’actrice chargée des grands premiers rôles, était mauvaise à faire ronfler un bec de gaz. Au moment du lever du rideau, le régisseur dut faire une annonce. L’actrice avait dû partir précipitamment pour enterrer son père. Il annonça son départ ainsi : Madame X…, ne pourra jouer ce soir, elle est à Nantes, pour les obsèques de son père. Un loustic du parterre s’écria :
— Il y a longtemps qu’elle est tannante.
Ouf ! (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Assommant, ennuyant.

Tannant, e

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyeux, assommant, — dans l’argot des faubouriens.

Tanner

(d’Hautel, 1808) : Vexer, fatiguer, ennuyer, molester quelqu’un.
On dit d’un importun, d’un homme ennuyeux, insupportable, qu’il est tannant.

(Larchey, 1865) : Ennuyer, assommer. — On sait combien il faut fatiguer une peau pour la tanner. — Un poète du treizième siècle, Rutebeuf, dit déjà : « Quar le resveil Me tanne assez quand je m’esveil. »

Les communes de Flandre, qui déjà commençaient à tanner, et désiraient fort de retourner en leur pays, lui demandèrent congé.

1411, Monstrelet.

C’est insupportable. — Hein ! est-ce tannant.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : v. n. Ennuyer.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer par des redites. — Tanner le cuir, battre.

Tanner le cuir

(Larchey, 1865) : Rosser.

Si vous vous permettez, je connais une personne qui vous tannera le cuir.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre quelqu’un à coups redoublés. Au XVIIe siècle on disait : Faire péter le maroquin.

(Virmaître, 1894) : Battre quelqu’un. Allusion au tanneur qui bat la peau pour la rendre souple (Argot du peuple).

Tant

(d’Hautel, 1808) : Tant tenu, tant payé. Pour dire qu’un homme paie aussitôt qu’on lui livre la marchandise.
Tant plus que moins. Pour dire environ, à-peu-près.
Tant s’en faut qu’au contraire. Redondance, pour dire tout simplement au contraire.

Tant que terre

(Delvau, 1867) : adv. En abondance, beaucoup.

Tante

(Delvau, 1864) : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

Christophe.

(Larchey, 1865) : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.

(Larchey, 1865) : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »

1837, Vidocq.

Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.

Balzac.

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

Moreau Christophe.

Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.

(Rigaud, 1881) : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.

Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.

(J. Dementhe.)

(La Rue, 1894) : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.

(Virmaître, 1894) : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir chatte.

(Hayard, 1907) : Pédéraste.

Tanté

(un détenu, 1846) : Sodomiste pour son compte.

Tante (ma)

(anon., 1827) : Mont-de-piété.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mont-de-Piété.

(Bras-de-Fer, 1829) : Mont-de-piété.

(Halbert, 1849) : Mont-de-piété.

(Delvau, 1867) : Mont-de-Piété, — dans l’argot des petites dames et des bohèmes qui croient avoir inventé la une expression bien ingénieuse, et qui se sont contentés de contrefaire une expression belge : car au XIIe siècle, dans le pays wallon, on appelait un usurier mon oncle. On dit aussi Casino.

(Rigaud, 1881) : Nom donné, plus particulièrement, par les étudiants et les commis, au Mont-de-Piété. Comme l’argent qu’ils retirent d’un gage est presque toujours destiné à une partie de plaisir, c’est ma tante, la femme à mon oncle, qui est censée l’avoir fourni. Les ouvriers qui ne s’adressent à cet établissement que pour pouvoir subvenir aux besoins les plus impérieux, lui ont donné le sombre nom de « clou ».

(La Rue, 1894) : Le Mont-de-Piété.

Tante (une)

(Halbert, 1849) : Homme à vile passion.

Tantet

(d’Hautel, 1808) : Tantinet, diminutif, très-peu, un tant-soit-peu, si peu que rien.

Tantinet

(Delvau, 1867) : adv. Un peu, — dans l’argot du peuple qui emploie ce mot depuis quelques siècles. On dit aussi Tantet.

Tantôt

(d’Hautel, 1808) : À tantôt. Pour, à revoir.

Tap

(Virmaître, 1894) : Se disait autrefois des condamnés à être exposés publiquement et marqués au fer rouge. Travaux forcés à temps, T. F. T. Travaux forcés à perpétuité T. F. P. Faire le tapin c’était être exposé (Argot des voleurs). N.

Tap ou Tapin

(Delvau, 1867) : s. m. Poteau du pilori, — dans l’argot des voleurs. Faire le tapin. Être exposé. On dit aussi Faire le singe.

Tapage

(Delvau, 1867) : s. m. Amour, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Séduction exercée sur une femme. Est d’un degré plus relevé que le levage, en ce sens que la femme tapée songe moins à ses intérêts qu’au plaisir qu’elle aura.

(Rigaud, 1881) : Emprunt. — Fort tapage, emprunt d’une forte somme.

(La Rue, 1894) : Amour, séduction. Emprunt.

Tapageur

(d’Hautel, 1808) : Crâne, fanfaron ; bretteur qui plaît à exciter le bruit, le trouble et le tumulte.
Mettre son chapeau en tapageur. Le poser sens devant derrière.

Tapageur, euse

(Delvau, 1867) : adj. Éclatant, voyant, criard, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes. Couleurs tapageuses. Couleurs trop vives qui tirent l’œil et l’agacent. Toilette tapageuse. Toilette d’un luxe de mauvais goût, dressée pour faire retourner les hommes et « crever de jalousie » les femmes.

Tapagimini

(d’Hautel, 1808) : Bruit joyeux ; grosse gaieté.
Faire tapagimini. Faire orgie ; se divetrir d’une manière bruyante.

Tapamort

(Delvau, 1867) : s. m. Tambour, — dans l’argot des voyous.

Tapance

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse ou femme légitime, — dans l’argot des typographes. La tapance du meg. La femme du patron.

(Virmaître, 1894) : Maîtresse ou femme légitime. Les typographes nomment ainsi la femme parce qu’elle tape souvent à la poche ou… autrement. La tapance du mec, c’est la femme du patron.
— Elle est rien râleuse la tapance du mec, elle boufferait des cadratins à la sauce blanche (Argot d’imprimerie). N.

Tape

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Marque sur l’épaule. Avoir la tape, être marqué.

(M.D., 1844) : Exposition.

(Delvau, 1867) : s. f. Coup de la main, à plat ou fermée. Argot du peuple.

(Rossignol, 1901) : Le contraire de tabac. Une pièce qui n’a pas de succès est une tape. Au concert, une chanson qui ne porte pas est une tape. L’artiste qui sort de scène sans applaudissements ramasse une tape.

Tapé

(Delvau, 1867) : adj. Réussi, émouvant, éloquent, — c’est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et d’hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers et dans les pièces de ses dramaturges. Tapé dans le nœud. Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.

(Rigaud, 1881) : L’expression si populaire de « c’est tapé », pour « c’est réussi », nous la trouvons déjà en 1823 dans le Voyage à Sainte-Pélagie, d’Émile Debraux. — « En voilà un (un vers) : il m’a donné bien du mal, c’est vrai ; mais aussi comme c’est tapé ! »

Jupiter avait une bonne tête, Mars était tapé.

(Zola, Nana).

Un travail tapé, un discours tapé.

(La Rue, 1894) : Réussi.

(Rossignol, 1901) : Bien, joli, beau : c’est tapé.

Tape (en recevoir une)

(Virmaître, 1894) : Recevoir un coup ou le donner. Voir ses espérances s’effondrer. Recevoir une tape moralement (Argot du peuple).

Tapé à l’as

(Rigaud, 1881) : Tout ce qu’il y a de plus soigné.

Je vais vous fricoter un dîner, là… tapé à l’as.

(Auvier, Auguste Manette.)

Tape à l’œil

(Virmaître, 1894) : V. Œil au beurre noir.

Tape-à-l’œil

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui a une pétéchie sur l’œil ; chien blanc qui a du poil noir sur les yeux.

(Rigaud, 1881) : Chapeau mou, — dans le jargon du peuple.

Ils avaient des tape-à-l’œil flambant neufs, des pantalons à raies avec des pièces entre les cuisses.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Tape-cul

(Larchey, 1865) : Voiture non suspendue.

Font-ils des embarras avec leur mauvais tape-cul !

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. m. Planche en équilibre sur laquelle on se balance à deux. Argot des gamins.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Manœuvre sans étriers.

Tapé, retapé, tapé dans le nœud

(Larchey, 1865) : Émouvant, frappant, réussi.

Aussi a-t-on fait plusieurs couplets sur tous les ministres dont le portrait est bien tapé.

1742, Journal de Barbier.

C’est un peu tapé dans le nœud.

La Bédollière.

Une manière de sentiment bien r’tapé.

Vadé, 1755.

Tapecul

(Delvau, 1867) : s. m. Voiture mal suspendue qui secoue les voyageurs.

Tapedur

(Larchey, 1865) : Serrurier (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Serrurier, — dans l’argot des voleurs.

Tapée

(d’Hautel, 1808) : Pour charge, amas, fardeau ; réunion abondante de plusieurs choses.
Une bonne tapée d’ouvrage. Pour dire, une grande quantité d’ouvrage.

(Larchey, 1865) : Grosse réunion. — Usité dès 1808.

(Delvau, 1867) : s. f. Foule, grande réunion de personnes, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Foule. Une tapée, un tas. — Nous avons boulotté une jolie tapée de moules.

(Virmaître, 1894) : Foule, grande réunion de personnes. A. D. Tapée veut dire beaucoup, il est vrai, mais ce n’est pas le sens que lui donne le peuple. Tapée se dit d’une jolie femme :
— Elle est tapée.
Une phrase bien écrite ou bien dite :
— C’est tapé (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Abondance, affluence.

Taper

(d’Hautel, 1808) : Taper de l’œil. Pour dire, se laisser aller au sommeil ; dormir profondément.
Taper. Pour, répliquer ; riposter avec vivacité.
Voilà un mot bien tapé, une réponse bien tapée. Pour dire, bien appliquée ; une riposte vive et piquante.
Taper. Pour, battre, talocher, cogner ; châtier quelqu’un.

(un détenu, 1846) : Fermer, frapper. Taper le chasse : fermer l’œil, c’est-à dire dormir.

(Delvau, 1867) : v. a. Frapper, battre.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Permolere uxorem, quamlibet aliam, — dans l’argot des typographes.

(Delvau, 1867) : v. a. Demander de l’argent, — dans l’argot des ouvriers. Taper son patron de vingt francs. Lui demander une avance d’un louis.

(Delvau, 1867) : v. n. Prendre sans choisir, — dans l’argot des faubouriens. Taper dans le tas. Prendre au hasard dans une collection de choses ou de femmes. Taper sur les vivres. Se jeter avec avidité sur les plats d’une table ; manger gloutonnement. Taper sur le liquide. S’empresser de boire.

(Rigaud, 1881) : Séduire à première vue une femme. — Elle est tapée, elle en tient. C’est une abréviation de taper dans l’œil, mais applicable seulement a une femme.

(Rigaud, 1881) : Étourdir, porter au cerveau. — Le vin tape sur la coloquinte.

(Rigaud, 1881) : Emprunter. Pour certaines gens, une demande d’argent à laquelle ils ne peuvent se soustraire équivaut à un coup qui les frappe… d’épouvante ; de là taper.

Il songea un instant à taper Théophile, mais il était déjà son débiteur de dix louis.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(La Rue, 1894) : Séduire. Étourdir. Emprunter.

(Virmaître, 1894) : Taper quelqu’un, lui emprunter de l’argent. On lui refuse en lui disant également :
— Tu peux te taper.
Synonyme de : Tu peux te fouiller (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Emprunter.

Je n’ai pas d’argent, je vais taper mon ami pour qu’il m’en prête.

Taper (s’en)

(Rigaud, 1881) : Boire énormément.

Allons-nous nous en taper !… je vous donnerai l’exemple.

(Scribe, l’Honneur de ma fille, 1836.)

Taper (se)

(Fustier, 1889) : Se voir refuser quelque chose ; s’en passer. — Se masturber.

(La Rue, 1894) : Se voir refuser un objet ou ne pouvoir se le procurer.

Taper à tour de bras

(Virmaître, 1894) : Cogner vigoureusement.
— J’ai beau taper ma femme à tour de bras, quand elle me fait un impair, elle me gobe tout de même (Argot du peuple).

Taper dans l’œil

(Delvau, 1864) : Commencer à plaire à quelqu’un — ou à quelqu’une ; — séduire par la grâce, l’esprit, la parole ou le geste.

Ma petite poulette.
Dans la rue Montorgueil,
Ton p’tit nez en trompette,
Il m’a tapé dans l’œil.
Laïtoit, ete.

Al. Dalbs.

(Delvau, 1867) : v. a. Séduire, — en parlant des choses et des femmes.

(Rigaud, 1881) : Fasciner, produire une vive impression. — Cette femme m’a tapé dans l’œil.

Taper dans le mille

(Rigaud, 1881) : Réussir. Donner du pied au derrière. — Bing ! en plein dans le mille. Allusion au jeu de Siam, au tir à la cible.

Taper dans le tas

(Delvau, 1864) : Étant donné que : — le théâtre représente un atelier de brocheuses, de modistes ou de couturières. En vrai bandeur, vous faites votre choix ; mais ne voulant pas faire four, vous tapez d’abord la plus facile, qui a bientôt une confidente que vous tapez aussi. La deuxième excite la curiosité d’une troisième, d’une quatrième, et… vous arrivez a réaliser le proverbe : Qui en a vu une, les connaît toutes.

(Delvau, 1867) : Avoir de la rondeur dans les allures, de la franchise dans le caractère.

(Rigaud, 1881) : Prendre au hasard. — Frapper au hasard.

(Virmaître, 1894) : Prendre une femme au hasard. Taper dans le tas : attaquer un ouvrage avec vigueur. Taper dans le tas : frapper dans le tas d’une bande de rôdeurs qui vous attaquent (Argot du peuple).

Taper de l’œil

(Larchey, 1865) : Dormir.

Il y avait plus d’une heure que je tapais de l’œil quand je m’entends réveiller.

œuvres badines de Caylus, 1750.

Taper dans l’œil : Séduire.

(Delvau, 1867) : v. n. Dormir. L’expression est plus vieille qu’on ne serait tenté de le croire, car on la trouve dans les Œuvres du comte de Caylus (Histoire de Guillaume Cocher).

(Rigaud, 1881) : Dormir.

Taper de la patte (?)

(Rossignol, 1901) : Voir ripper. Les lapins tapent de la patte.

Taper quelqu’un

(Hayard, 1907) : Lui emprunter de l’argent.

Taper sur la boule

(Larchey, 1865) : Enivrer, battre.

Dans l’gosier comme ça coule, Comme ça tape sur la boule.

J. Moinaux, Ch.

Ce scélérat de vin de champagne avait joliment tapé ces messieurs.

Festeau.

(Delvau, 1867) : v. a. Griser, étourdir, à propos d’un liquide.

Taper sur la giberne

(Larchey, 1865) : Taper sur le derrière. — Allusion à la place ordinaire de la giberne.

Je lui détache un coup de pinceau sur la giberne.

Monselet.

Taper sur le ventre, sur la baraque (se)

(Rigaud, 1881) : Sacrifier au jeune Onan.

Taper sur les vivres, sur la bitture

(Rigaud, 1881) : Manger avec voracité. Taper sur la boisson, boire avec avidité.

Taper sur les vivres, sur la boisson

(Larchey, 1865) : Manger et boire avidement.

D’avoir trop tapé sur l’pichet, Qu’en avaient plein la gargamelle.

Chansonnier, 1836.

Tapette

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fer rouge avec lequel le bourreau marque les condamnés.

(Delvau, 1867) : s. f. Verve, entrain, platine. Avoir une fière tapette. Être grand parleur, — ou plutôt grand bavard.

(Delvau, 1867) : s. f. Individu faisant partie du troisième sexe.

(Rigaud, 1881) : Faux poinçon servant à marquer les objets d’or et d’argent. (Fr. Michel.)

(Rigaud, 1881) : Bavard. — Jeune tante. De quatorze à vingt ans c’est une tapette, de vingt à… c’est une tante.

(Merlin, 1888) : Voyez Platine.

(La Rue, 1894) : Bavard. Signifie aussi tante. V. ce mot.

(Virmaître, 1894) : Pédéraste passif, il se fait taper dans le tas (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Homme qui parle sans cesse.
— Il en a une rude tapette.
On dit aussi : forte platine (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui parle sans cesse a une bonne tapette.

(Rossignol, 1901) : Celui qui prend n’importe quelle cuiller pour mettre dans son pot à moutarde, est une tapette. Voir Chatte.

(Hayard, 1907) : Pédéraste.

(Hayard, 1907) : Langue, homme de mœurs douteuses.

Tapeur, tapeuse

(Rigaud, 1881) : Emprunteur, emprunteuse de profession. Il y a des gens qui n’ont pas d’autre moyen d’existence. Longtemps le passage Jouffroy et la partie du boulevard comprise entre les rues du faubourg Montmartre et Drouot ont été de préférence fréquentés par les tapeurs. (V. les Soupeurs de mon temps, par Roger de Beauvoir, Portrait du marquis de Saint-Cricq.)

Tapeuse

(Fustier, 1889) : Prostituée qui, sans faire payer ses services, emprunte aux clients des sommes plus ou moins élevées qu’elle ne rend bien entendu jamais. (Réveil.)

Tapeuse du tal

(La Rue, 1894) : Prostituée.

Tapez-moi ça

(Fustier, 1889) : Le tapez-moi ça, désigne dans le langage plus que familier cet objet de toilette qu’on nomme une tournure.

Voici que nous sommes toutes contraintes de porter la tournure, l’ajustement qu’on a appelé irrévérencieusement le tapez-moi ça.

(Gil Blas, octobre 1885.) On dit aujourd’hui nuage, v. Supra.

Tapin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet militaire ; apprenti tambour ; mauvais et petit tambour.

(Larchey, 1865) : Tambour. — Mot à mot : petit tapeur (de caisse). — Usité dès 1808.

Le tapin qui tambourinait en tête de l’escouade.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Tambour, — dans l’argot des troupiers. Le mot a au moins cent ans de bouteille.

(Merlin, 1888) : Tambour. — Celui qui en bat.

(La Rue, 1894) : Tambour.

(Rossignol, 1901) : Celui qui bat du tambour.

Tapin, Tape-à-mort

(Rigaud, 1881) : Tambour.

Tapiquer

(Delvau, 1867) : v. n. Habiter, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Habiter.

(Virmaître, 1894) : Habiter (Argot des voleurs).

Tapis

(Halbert, 1849) : Café.

(Delvau, 1867) : s. m. Conversation, causerie, — dans l’argot des bourgeois. Être sur le tapis. Être l’objet d’une causerie, le sujet d’une conversation. Amuser le tapis. Distraire d’une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaret, auberge, hôtel, — dans l’argot des voleurs, qui se servent là d’un vieux mot de la langue romane, tapinet (lieu secret), dont on a fait tapinois. Ils disent aussi Tapis franc, c’est-à dire Cabaret d’affranchis. Tapis de grives. Cantine de caserne. Tapis de malades. Cantine de prison. Tapis de refaite. Table d’hôte.

(Rigaud, 1881) : Auberge, cabaret. — Tapis vert, table de jeu. — Tapis de grives, cantine militaire. Tapis de dégelés, la Morgue. Tapis de refaite, table d’hôte. Tapis bleu, le ciel.

(La Rue, 1894) : Cabaret. Tapissier, cabaretier.

(Hayard, 1907) : Débit où se réunissent les malfaiteurs.

Tapis (être au)

(Rigaud, 1881) : Ne plus avoir le sou pour jouer, regarder les autres jouer, — dans l’argot des vieux joueurs.

Quand nous voyons un homme au-dessous de toutes affaires, nous le disons estre réduit au tapis, manière de parler que nous empruntons aux joueurs.

(Pasquier, Recherches, liv. VIII, ch. 47.)

L’on en voit qui, de pauvres qu’ils ont esté, ou par procès, voyages ou guerres, sont au tapis.

(Brantôme, Vie des dames galantes.)

Tapis bleu

(Delvau, 1867) : s. m. Paradis, — dans l’argot des faubouriens, qui voient par avance le dedans du ciel semblable au dehors.

Tapis brûle (le)

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot des joueurs, pour exciter quelqu’un à se mettre au jeu.

(Rigaud, 1881) : Terme des joueurs lorsqu’ils ont hâte de commencer une partie.

Tapis de malades

(Virmaître, 1894) : Cantines des prisons (Argot des voleurs). V. Cargots.

Tapis de pied

(Delvau, 1867) : s. m. Courtisan, — dans l’argot énergique du peuple, qui sait que les gens qui veulent parvenir essuient sans murmurer, de la part des gens parvenus, toutes les humiliations et toutes les mortifications. Il dit aussi Lèche-tout.

Tapis du commandant de place

(Merlin, 1888) : Les fortifications.

Tapis franc

(Clémens, 1840) : Maison de receleur.

(M.D., 1844) : Maison rendez-vous des gens de mauvaise vie.

(Larchey, 1865) : Cabaret. — Franc fait allusion à la clientèle qui est composée d’affranchis ou voleurs. — Tapis est une abréviation du vieux mot tapinet : lieu caché. V. Roquefort. — V. Empoivrer, Crosser. — Tapis de refaite : Table d’hôte. — Tapis de malades : Cantine de prison. — Tapis de grives : Cantine de caserne. — Tapis vert : Prairie. — Tapissier : Cabaretier. V. Baptême, Ogre.

Tapis vert

(Delvau, 1867) : s. m. Tripot, — dans l’argot des voleurs et des bourgeois. Jardiner sur le tapis vert. Jouer dans un tripot.

Tapis-franc

(Halbert, 1849) : Cabaret du plus bas étage.

Tapis-vert

(Halbert, 1849) : Café où se réunissent les voleurs.

Tapis, tapis d’endosse

(Rigaud, 1881) : Châle, dans le jargon des voleurs ; mot à mot : tapis pour le dos.

Tapissage

(Hayard, 1907) : Arrestation.

Tapisserie

(d’Hautel, 1808) : Faire tapisserie. Se dit par raillerie, en parlant des femmes âgées, des mamans, qui, au bal, ne font plus que regarder danser.

(Delvau, 1867) : s. f. Femmes laides ou vieilles qu’on n’invite pas à danser, — dans l’argot des bourgeois. Faire tapisserie. Regarder faire, ou écouter parler les autres.

(Rigaud, 1881) : Figurante du grand monde. — Femme que l’on invite pour faire nombre, femme que l’on n’invite jamais à danser. — Faire tapisserie.

(La Rue, 1894) : Femme que, dans un bal, personne n’invite à danser.

Tapisserie (avoir de la)

(Delvau, 1867) : Avoir beaucoup de figures en main, — dans l’argot des joueurs.

Tapisserie (faire)

(Larchey, 1865) : « Se dit par raillerie des femmes âgées qui au bal ne font plus que regarder danser. » — d’Hautel. — Rangées sur la banquette, le long du mur, elles font corps avec la tapisserie.

Tapissier

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaretier.

Tapissier, Orgue tapissier

(Rigaud, 1881) : Aubergiste, cabaretier, logeur. Tapissière, cabaretière, logeuse en garni.

Tapon

(d’Hautel, 1808) : Mettre tout en tapon. Pour, ramasser malproprement tout en un tas ; chiffonner, bouchonner une étoffe quelconque.
Elle est tout en tapon. Se dit d’une personne courte et replète, qui se met en peloton.

(Delvau, 1867) : s. m. Amas de choses, — et spécialement d’étoffes, de chiffons. Argot du peuple. Mettre sa cravate en tapon. La chiffonner, la mettre sans goût, comme si c’était un chiffon. L’expression sort évidemment du vocabulaire des marins, qui appellent Tapon une pièce de liège avec laquelle on bouche l’âme des canons pour empêcher l’eau d’y entrer.

Tapoter

(d’Hautel, 1808) : Manier indiscrètement et fréquemment quelque chose ; tripoter, donner de petites taloches, de petits coups avec la main ; claquer.

Tapoter du piano

(Delvau, 1867) : Toucher médiocrement du piano. Argot des bourgeois.

Tapoteur de piano

(Delvau, 1867) : s. m. Pianiste médiocre.

Tapoteur, tapoteuse de piano

(Rigaud, 1881) : Joueur, joueuse de piano qui martyrise et l’instrument et l’auditoire.

Tapoteuse de piano

(Delvau, 1867) : Femme qui fait des gammes.

Tapotoir

(Rigaud, 1881) : Piano, — dans le jargon des soupeuses.

Garçon, donnez-nous le cabinet du tapotoir.

(Ces dames du Casino, 1862.)

Tappe

(Clémens, 1840) : Échafaud où l’on expose.

(Delvau, 1867) : s. f. La marque qu’on appliquait avant 1830 sur l’épaule des condamnés aux travaux forcés.

Tappe (la)

(anon., 1827) : La fleur-de-lis.

(Bras-de-Fer, 1829) : La fleur de lis.

(Halbert, 1849) : La marque.

Taq

(Halbert, 1849) : Haut.

Taque

(Halbert, 1849) : Haute.

Taquer

(Halbert, 1849) : Hausser.

(Delvau, 1867) : v. a. Hausser, — dans l’argot des voleurs.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Frapper avec le marteau sur un morceau de bois nommé taquoir, pour égaliser le niveau des lettres d’une forme en baissant celles qui pourraient remonter. Par ext. et au fig., frapper quelques coups légers avec le composteur sur le bord de la casse, quand un compositeur conte une piau. C’est une façon de protester contre ce qu’il dit ; c’est un diminutif de roulance.

Taqueté

(Rigaud, 1881) : Terme chorégraphique.

C’est la vivacité, la rapidité, ce sont les petits temps sur les pointes : c’est Essler.

(Ch. de Boigne.)

Taquine

(Halbert, 1849) : Hauteur.

Taquiner le bouton

(Delvau, 1864) : Soit de la gorge, soit du clitoris. Promener habilement l’index sur l’extrémité du sein ou du clitoris d’une femme afin de la faire bander et jouir.

La gauche, autour du cou bien doucement passée,
Taquine le bouton de la gorge agacée.

L. Protat.

Taquiner le carton

(Virmaître, 1894) : Jouer aux cartes. Je ne sais pas si les cartes sont taquinées d’être battues, mais le joueur l’est rudement quand il perd (Argot du peuple). N.

Taquiner le goujon

(Virmaître, 1894) : Le pêcheur à la ligne taquine le goujon. Il est en effet taquiné d’être pris à l’hameçon (Argot du peuple).

Taquiner le hanneton

(Delvau, 1864) : Branlailler un homme, dont le membre ne sait pas trop ce qu’il veut, à ce point qu’il donnerait de la-tête aussi bien dans un con que dans un cul.

… Le Suédois, dit-on, Aime qu’on lui taquine un peu le hanneton.

L. Protat.

Tarabuster

(d’Hautel, 1808) : Rabrouer, relancer ; brusquer quereller quelqu’un d’une belle manière ; l’interrompre par de fréquentes importunités.

Taraudée

(Virmaître, 1894) : En mécanique, tarauder un écrou ou un boulon, c’est faire un pas de vis. On a appliqué cette expression pour dire que l’on bat quelqu’un.
— Je lui ai foutu une rude taraudée.
— Je vais te tarauder les côtes (Argot du peuple). N.

Tarauder

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Frapper, donner des coups.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire un bruit agaçant en remuant mal à propos des meubles, en secouant des tiroirs, etc. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, donner des coups, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Battre, se disputer.

Tarauder (se)

(Rigaud, 1881) : Se disputer.

Tard-à-la-soupe

(Delvau, 1867) : s. m. Convive qui se fait attendre, — dans l’argot du peuple.

Tardif (le)

(M.D., 1844) : Le soir.

Tarenne, brisés

(Clémens, 1840) : Échelle de voleur.

Targette

(Rossignol, 1901) : Nez.

Taroquage

(Virmaître, 1894) : Piquer les cartes d’un signe imperceptible. Ce truc fut employé pour la première fois, par le fameux grec Garcia (Argot des grecs).

Taroque

(Larchey, 1865) : Marque. V. Détaroquer.

(Delvau, 1867) : s. f. Marque du linge, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Marque du linge.

(La Rue, 1894) : Marque du linge.

(Virmaître, 1894) : La marque du linge. Quand les voleurs ont dévalisé la voilure d’un papillon, ils détaroquent le linge pour le revendre aux meuniers (Argot des voleurs). N.

Taroquer

(M.D., 1844) : Marquer.

(Delvau, 1867) : v. a. Marquer.

(Rigaud, 1881) : Marquer du linge.

Taroquer son santre

(Clémens, 1840) : Signer fon nom.

Tarre

(Rigaud, 1881) : Pour tire. — Vol à la tarre. (L. Larchey)

Tartare

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti ; médiocre ouvrier, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi Chasseur.

(Delvau, 1867) : s. m. Fausse nouvelle, canard politique, — dans l’argot des journalistes et des boursiers. Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l’Alma fût connu, le bruit courut, — et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir — qu’un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d’Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.

(Rigaud, 1881) : Garçon de salle chargé d’empêcher de sortir, entre deux classes, les élèves externes qu’une pension envoie au collège.

(Rigaud, 1881) : Second ouvrier tailleur, ouvrier qui aide le bœuf.

Tarte

(Larchey, 1865) : Qualité bonne ou mauvaise (Vidocq).

(Delvau, 1867) : adj. Qualité bonne ou mauvaise d’une chose, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Mauvais, faux.

(Virmaître, 1894) : Chose de mauvaise qualité. Les faux-monnayeurs sont des mornifleurs-tarte. Ils écoulent de mauvais argent. Allusion aux tartes faites avec de la vieille graisse et de la farine avariée que l’on vend dans les têtes foraines (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Gifle.

(Hayard, 1907) : Coup.

Tarte bourbonnaise

(Delvau, 1867) : s. f. Résultat du verbe alvum deponere, — dans l’argot du peuple, qui a la plaisanterie fécale. Il a pour excuse l’exemple de Rabelais (Pantagruel, liv. II, chap. XVI).

Tarte, Tartelette

(Rigaud, 1881) : Mauvais, faux, — dans le jargon des voleurs.

Tarter

(Rossignol, 1901) : Gifler.

Tartine

(Larchey, 1865) : Elle avait le défaut d’employer de ces immenses phrases lardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l’argot du journalisme.

Balzac.

Pardonne-moi la longue tartine que je viens de te faire avaler, et sur laquelle j’étale depuis une heure les confitures de mon éloquence.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. f. Article bon ou mauvais, mais surtout mauvais. Argot des journalistes. Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse. Débiter des tartines. Parler longtemps.

(Rigaud, 1881) : Long couplet de prose ou de vers, — dans le jargon des comédiens. — Long, filandreux et soporifique article politique, — dans le jargon des journalistes. Allusion à la longue tranche de pain enduite de confiture.

(Hayard, 1907) : Chaussures.

Tartiner

(Larchey, 1865) : Tu n’as pas assez de style pour tartiner des brochures.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Écrire des articles. Tartiner une brochure. La rédiger.

(Rigaud, 1881) : Écrire un long article pour ne rien dire.

(Rossignol, 1901) : Écrire.

Tartines

(Halbert, 1849) : Souliers.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Souliers éculés, pantoufles, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Vieux souliers.

(La Rue, 1894) : Vieux souliers.

(Virmaître, 1894) : Souliers avachis et éculés.
— Ah ! mon vieux, quelles sales tartines (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Longue lettre, long rapport.

Il y en a une tartine !

Tartinier

(Rigaud, 1881) : Rédacteur qui fait la tartine dans un journal.

Tartir

(anon., 1827) : Chier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chier.

(Delvau, 1867) : v. n. Levare ventris onus, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Aller à la selle.

(Virmaître, 1894) : Vider ses intestins. Quand la marchandise est molle, elle s’aplatit en rond, comme une tarte, dont, d’ailleurs, elle a la couleur. Dans le peuple, on dit :
— Je viens de faire une tarte bourbonnaise.
Encore un emprunt à Rabelais (Argot des voleurs).

Tartir, tarter

(La Rue, 1894) : Aller à la selle.

Tartire

(M.D., 1844) : Poser culotte.

Tartouffes

(Clémens, 1840) : Menottes.

Tartouffes, tourtoure

(La Rue, 1894) : Menottes.

Tas

(d’Hautel, 1808) : Il feroit rire un tas de pierres. Se dit exagérément d’un homme dont l’humeur est joviale, bouffonne, agréable et plaisante.

(Rigaud, 1881) : Personne sans énergie.

(La Rue, 1894) : Personne sans énergie.

Tas (être sur le)

(Virmaître, 1894) : Être à l’ouvrage.
— Nous avons un tas de besogne pour beaucoup.
— J’ai un tas de choses à vous écrire, pour quantité.
— Ma marmite est sur le tas.
Pour indiquer qu’elle est couchée avec un miché (Argot du peuple et des souteneurs). N.

Tas (faire un)

(Rigaud, 1881) : Aller copieusement à la selle.

Tas (prendre sur le)

(Rigaud, 1881) : Prendre en flagrant délit de vol.

Tas de pierres

(Delvau, 1867) : s. m. Prison, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Boîte aux cailloux.

(Rigaud, 1881) : Prison.

Tas-de-pierres

(La Rue, 1894) : Prison.

Tasse

(d’Hautel, 1808) : Boire un coup à la grande tasse. Pour, se noyer ; se jeter à l’eau.

(Rigaud, 1881) : Verre de vin, — dans le jargon des typographes. — Le temps d’aller boire une tasse.

(Rigaud, 1881) : Pot-de-chambre, — dans le jargon du peuple.

Passez-leur-z’y une tasse !

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(Boutmy, 1883) : s. f. Verre, demi-setier. Allons prendre une tasse, allons boire un verre.

(Hayard, 1907) : Nez.

Tasse (la grande)

(Larchey, 1865) : La mer.

C’est vrai qu’un peu plus vous buviez à la grande tasse.

Ricard.

(Rigaud, 1881) : La mer. — Boire à la grande tasse, faire naufrage, se noyer.

(La Rue, 1894) : La rivière. La mer.

Tasseau

(Hayard, 1907) : Nez.

Tasseau, Tube

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon des voyous. — Se sécher le tasseau, se vider le tube, se moucher. — Se piquer le tasseau, se coiffer le tube, se soûler.

Tasso

(Virmaître, 1894) : Nez.
— Je vais te bouffer le tasso (Argot du peuple). V. Blaire.

(Rossignol, 1901) : Nez.

Tata

(Delvau, 1867) : s. f. Tante, — dans l’argot des enfants. C’est également le mot qu’ils répètent le plus souvent pour appeler leur père. On le retrouve jusque dans les épigrammes de Martial.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme plus bavarde que ne le permet son sexe ; belle diseuse de riens ; précieuse ; mijaurée. Faire sa tata. Se donner de l’importance ; être une commère écoutée.

(Virmaître, 1894) : Les enfants, les petites filles disent de l’une d’elles qui fait des manières :
— Elle fait sa tata.
Dans le mondes des équivoques une tata, c’est le passif.
Il existe un chanson sur ce sujet :
C’est nous qui sommes les tatas (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir chatte.

Tate-minette

(Halbert, 1849) : Sage-femme.

(Virmaître, 1894) : Sage-femme (Argot du peuple).

Tâte-minette

(Rigaud, 1881) : Sage-femme. (L. Larchey)

Tate-poule

(Delvau, 1867) : s. m. Innocent, et même imbécile. Se dit aussi d’un Homme qui s’amuse aux menus soins du ménage.

Tâter

(d’Hautel, 1808) : Je n’ai point tâté de ce mets. Pour, je n’en ai pas encore mangé.
Il n’en tâtera que d’une dent. Pour, il n’en aura pas du tout.
Tâter le terrain. Pour dire, agir avec pudeur et circonspection.
Tâter le pouls à quelqu’un. Pour, le sonder essayer de connoître ses sentimens, ses dispositions.
Tâtez-vous là-dessus. Pour, consultez-vous ; voyez ce que vous avez à faire.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Peloter.

Tateur

(Fustier, 1889) : Fausse clef.

(La Rue, 1894) : Fausse clé.

Tâteur

(Delvau, 1867) : s. m. Peloteur.

Tateuse

(Virmaître, 1894) : Fausse clé. Ce nom indique bien l’action ; avec une fausse clé, si bien faite soit elle, il faut que le voleur tâte la serrure avant de l’ouvrir (Argot des voleurs).

Tâtez-y

(Delvau, 1867) : s. m. Croix à la Jeannette, ou petit cœur d’or qui pend sur la gorge des demoiselles et même des dames.

(Rigaud, 1881) : Petit bijou en forme de cœur que les jeunes personnes portent sur la poitrine, à la naissance de la gorge.

Tatillon

(d’Hautel, 1808) : Pédant ; freluquet qui fait le serviable, l’empressé ; ce que l’on appelle vulgairement et inciyilement, un petit Foutriquet.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme méticuleux à l’excès, s’occupant de riens comme s’ils étaient importants et négligeant les choses importantes pour des riens. Argot du peuple. On dit aussi Tatillonneur. L’expression a une centaine d’années de bouteille.

Tatillonnage

(d’Hautel, 1808) : Soin et détail minutieux ; tracasserie ; petite subtilité qui n’aboutit à rien.

Tatillonner

(d’Hautel, 1808) : Se mêler mal-à-propos des plus petits détails ; tracasser, fureter, fouiller partout.

(Delvau, 1867) : v. n. S’occuper de choses qui n’ont pas d’importance ; faire la mouche du coche.

Tatouille

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Grêle de coups.

Tatouiller

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, donner des coups.

Taude

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope de Taudion, — dans l’argot des voyous.

Taude rupine

(M.D., 1844) : Maison bourgeoise.

Taudion

(d’Hautel, 1808) : Pour cloaque, logis misérable, sale et malpropre ; lieu de débauche et de prostitution.

(Larchey, 1865) : Petit logement.

J’ai vendu ce que j’avais pour payer le taudion où nous couchons.

Lynol.

(Delvau, 1867) : s. m. Endroit quelconque ; logement malpropre, taudis. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Pour taudis ; méchante petite chambre, sale cabinet meublé.

J’ai tout mis au clou pour becqueter et payer le taudion où nous couchons moi et Jenny.

(Encore une industrie inconnue.)

Puis il l’appela et la fit monter dans sa chambre, un taudion formé de lattis et plâtre.

(Huysmans, Marthe.)

(La Rue, 1894) : Taudis, mauvais logis.

(Virmaître, 1894) : Chambre malpropre, infecte.
— N’entrez pas dans mon taudion, un chat n’y trouverait pas ses petits.
— Sa chambre est un taudis.
On dit aussi un chenil (Argot du peuple).

Taule

(Bras-de-Fer, 1829) : Bourreau.

(Delvau, 1867) : s. m. Le bourreau, — d’après Victor Hugo, à qui j’en laisse la responsabilité.

(La Rue, 1894) : Bourreau. Maison.

(Hayard, 1907) : Demeure, domicile, chambre.

Taule (le)

(Rossignol, 1901) : Le bourreau.

Taule ou tole

(Virmaître, 1894) : La maison. Les maîtres de maisons de tolérance sont appelés des tôliers. C’est une allusion à la tôle qui barde les portes de ces maisons dans quelques villes de province, pour les défendre contre les tapageurs. C’est tôle qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

Taule ou Tôle

(Delvau, 1867) : s. f. Maison, — dans l’argot des voleurs et des voyous. C’est la piaule, moins les enfants.

Taule, Toile, Tollart

(Rigaud, 1881) : Bourreau, — dans l’ancien argot. — Charlot, sous la Révolution. — Béquillard, après la Révolution. — Le Mecque de la camarde, de nos jours.

Taule, tôle

(Larchey, 1865) : Maison.

Dans une tôle enquille en brave, fais-toi voleur.

Vidocq.

Au moyen âge, taule signifiait table. — V. Pavillonner.

Taupage

(Larchey, 1865) : Égoïsme. — Tauper : Travailler. — Taupier : Égoïste (Vidocq). — Allusion à la nature active et solitaire de la taupe. — Le travail des malfaiteurs n’est-il pas un vrai travail de taupe ?

(Delvau, 1867) : s. m. Égoïsme, existence cachée, — dans le même argot [des voleurs et des voyous].

(Rigaud, 1881) : Égoïsme. (Fr. Michel.)

Taupe

(d’Hautel, 1808) : Il est allé au royaume des taupes. Pour dire que quelqu’un a terminé sa carrière ; qu’il n’est plus de ce monde.
Noir comme une taupe. Manière exagérée pour dire mulâtre ; extrêmement basané.
Taupe. Terme de mépris qui signifie courtisane ; et vile prostituée.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille de mauvaises mœurs, — dans l’argot peu chrétien des bourgeois. On dit aussi gaupe.

(Rigaud, 1881) : Maîtresse d’un souteneur. Terme méprisant à l’adresse d’une femme.

Tauper

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Battre, Accabler de coups, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Tauper dessus.

(Delvau, 1867) : v. n. Travailler, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Travailler.

(La Rue, 1894) : Travailler. Taupiner, assassiner.

(Virmaître, 1894) : Travailler. L. L. Tauper veut dire accoster. Quand les compagnons faisaient le tour de France, et que deux marchaient en sens inverse sur la grande route, ils s’interpellaient :
— Tope, pays, quelle vocation ?
— Serrurier.
— Passe au large.
S’ils étaient du même métier, ou de la même société, ils fraternisaient, autrement ils se battaient.
Cela s’écrit toper et non tauper. Toper veut aussi dire : conclure.
— Affaire faite, tope-là (Argot du peuple).

Taupes de rempart

(Merlin, 1888) : Expression ingénieuse désignant les soldats du génie, chargés de creuser les tranchées et surtout les mines.

Taupier

(Delvau, 1867) : s. m. Égoïste.

Taupin

(Larchey, 1865) : « Le simple taupin, le candidat qui se présente à la colle d’admission à l’École polytechnique, possède déjà des connaissances supérieures. » — La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Candidat à l’École polytechnique, — peutêtre parce qu’on a remarqué que la plupart des jeunes gens qui se destinent à cette école, travailleurs plus acharnés que les autres avaient de bonne heure la vue aussi faible que celle des taupes. Taupin carré. Taupin de 2e année. Taupin cube. Taupin de 3e année.

(Rigaud, 1881) : Élève du cours des mathématiques spéciales. Les taupins se divisent en trois classes : le Bizut, élève de première année ; le Carré, élève de deuxième année, et le Cube, élève de troisième année. Le Carré passe pour être quatre fois plus abruti que le Bizut et le Cube neuf fois plus, — dans le jargon des élèves de mathématiques spéciales.

(Rigaud, 1881) : Nom donné à l’artilleur, — dans le jargon du régiment. Allusion à la taupe qui passe pour avoir la vue basse. Nombre d’officiers d’artillerie sont dans ce cas et portent lunettes. M. L. Larchey donne encore ce nom de taupin au soldat du génie.

(La Rue, 1894) : Soldat du génie.

Taupin vaut Marotte

(Delvau, 1867) : Se dit ironiquement — dans l’argot du peuple — de deux personnes qui ont les mêmes vices ou la même laideur physique. On dit aussi Taupin vaut Taupine.

Taupine

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, noire de peau ; excessivement brune, basannée ; visage hâlé du soleil.

Taupiner

(d’Hautel, 1808) : Manier brusquement et sans soin ; tripoter, patiner ; bouleverser quelque chose.

(Fustier, 1889) : Assassiner.

Taupinière

(Rigaud, 1881) : Cours de mathématiques spéciales, — cours préparatoire pour l’admission à l’École Polytechnique.

Taze

(La Rue, 1894) : Nez. La prison Mazas.

Te deum raboteux

(Rigaud, 1881) : Scène de ménage avec accompagnement de coups de poing. — Faire chante ? Un te deum raboteux à la bourgeoise, battre sa femme jusqu’à ce qu’elle crie.

Teigne

(d’Hautel, 1808) : Cela tient comme une teigne. Se dit d’une chose qui est difficile à enlever ; qui est très-adhérente.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme acariâtre, hargneuse dont on ne peut pas se débarrasser. On dit aussi Gale.

(Rigaud, 1881) : Méchant, taquin et, vulgairement, méchante teigne.

(Hayard, 1907) : Méchant.

Teinté

(Larchey, 1865) : Enluminé par l’ivresse.

Teinté (être)

(Delvau, 1867) : Commencer à être gris, — dans l’argot des ouvriers.

Teinturier

(Larchey, 1865) : « Tous les hommes politiques ont besoin d’avoir auprès d’eux des sous-hommes politiques ou des supérieurs qu’ils consultent, qu’ils laissent écrire ou qu’ils s’assimilent… Dans le style des affaires publiques, ceux qui exercent cette influence s’appellent des teinturiers, parce qu’en effet ils se chargent de donner de l’étoffe à des hommes d’État des couleurs différentes. » — Roqueplan. Il y a aussi des teinturiers littéraires. On lit dans les mémoires secrets (25 sept. 1775) :

La comtesse de Beauharnais a fait présenter une comédie. Elle a été reçue : on ne doute pas que le sieur Dorat ne soit son teinturier.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de lettres qui met en français un travail littéraire fait par un illettré, et lui donne du style, de la poésie, de la couleur. Il y a aussi les teinturiers politiques, c’est-à-dire des gens supérieurs que les hommes d’État inférieurs s’attachent par tous les moyens pour profiter de leurs lumières et s’assimiler leurs talents. Voltaire a employé ce mot, très clair, très significatif.

(Rigaud, 1881) : Manœuvre de lettres, chargé de corriger, de faire même l’œuvre d’un autre et qu’un autre signera. Voltaire a été le teinturier de Frédéric le Grand.

Une espèce de petit-collet, teinturier, chargé de soumettre le génie de madame aux règles de la syntaxe.

(Jouy, Guillaume le franc-parleur.)

(La Rue, 1894) : Avocat. Homme de lettres qui revoit, corrige et met en français le travail d’un autre avant sa composition.

Tel

(d’Hautel, 1808) : Tel croit être sain, qui porte la mort dans son sein. Jeu de mot dont le principal mérite est de donner un exemple homonyme.

Télégraphe

(La Rue, 1894) : Signes convenus entre malfaiteurs. Signes entre grecs pour indiquer le jeu de l’adversaire.

Télégraphe (faire le)

(Fustier, 1889) : « À cette énumération il faut ajouter le truc du télégraphe qui s’emploie pour tous les jeux de cartes. Faire le télégraphe, envoyer le duss ou le sert (V. Delvau, Sert), c’est faire connaître au complice qui tient les cartes, le jeu de la victime derrière laquelle on se tient à cet effet en paraissant prendre un grand intérêt à sa partie. »

(Henri IV, 1881.)

Télégraphe sous-marin

(Rigaud, 1881) : Langage des pieds en omnibus, au théâtre, à table.

Témoins à décharge

(Delvau, 1864) : Les deux roustons, qui, lorsque le vit est en cause, ont de quoi le faire décharger. Suivant les témoins à décharge, Le vol doit être récusé. — Les imposteurs ! répond Glycère, N’écoutes pas leurs faucs rapports, Ils n’ont rien vu, c’est bien sincere, Car tous les deux étaient dehors… L’abbé… avoit en ses jeunes, ans perdu ses deux témoins instrumentaires… en descendant d’un bellooief : c’est un prunier sauvage… (Contes d’Eutrapel.) Les dames rirent assez de Castor, qui était resté sans témoins.

P. de Larivet.

Tempérament

(d’Hautel, 1808) : Il a un bon tempérament de croire cela. Se dit ironiquement à quelqu’un qui fait des propositions ridicules ; et dans le même sens que, Il a un bon foie.

(Delvau, 1864) : Ardeur amoureuse.

Qui sait, hélas ! si ton, tempérament
Ne trahit pas ton malheureux amant.

Voltaire.

Né avec un tempérament de feu, je contras a peine ce que c’était qu’une belle femme que je l’aimai.

Diderot.

Pine-moi plutôt un de ces grands drôles
Qui crevant de tempérament,
Larges des reins et des épaules :
C’est dit nanan.

E. Debraux.

Tempérament (à)

(Rigaud, 1881) : Payement par fraction de mois en mois. — Acheter à tempérament, acheter avec la faculté de payer tant par mois. Ce genre d’opération est très usité entre filles galantes et marchandes à la toilette. Ces dames, qui ont le petit mot pour rire, appellent encore ce mode de payement : « À tant par amant ».

Elle leur avance les sommes nécessaires, qu’elles remboursent à tempérament.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Tempêter

(d’Hautel, 1808) : Faire du bruit, criailler, se laisser aller à la colère et à l’emportement ; faire tapage, et souvent pour peu de chose.

Temple

(Delvau, 1867) : s. m. Salle de réunion, — dans l’argot des francs-maçons.

(Delvau, 1867) : s. m. Manteau, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Vêtement d’occasion c’est-à-dire acheté au Temple.

Temple de cypris

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où nous faisons tous nos dévotions à genoux, de la langue et de la queue.

Lors il n’y a tétons ni fesse rebondie,
Cuisse, ventre, nombril, ni temple cyprien.
Que je ne baise, et tâte, ou retâte au manie.

Templier

(d’Hautel, 1808) : Boire comme un Templier. Boire avec excès, faire débauche de vin ; parce que, dit-on, les chevaliers de cet ordre dans le temps de la décadence de leur société, s’adonnoient à toutes sortes d’excès.

Temps

(d’Hautel, 1808) : Coup-de-temps. Expression populaire qui présente l’idée d’une chose faite avec finesse et dans un mauvais dessein ; coup de jarnac, mauvais tour.
J’ai vu le coup-de-temps. Pour, je me suis aperçu du tour qu’il vouloit me jouer.
Un temps de demoiselle. On appelle ainsi un temps, où il ne fait ni pluie, ni vent, ni soleil.
Il fera beau temps quand j’irai le voir. Pour, je me garderai bien dorénavant d’aller le voir.

Temps (voir le coup de)

(Larchey, 1865) : Prévoir à temps pour parer. — Terme d’escrime. — V. d’Hautel, 1808.

Temps de bûche

(Delvau, 1867) : s. m. Époque qui précède les examens, — dans l’argot des étudiants.

Temps de chien

(Delvau, 1867) : Mauvais temps, pluie ou neige, — temps à ne pas mettre un chien dehors. Argot du peuple.

Temps de demoiselle

(Delvau, 1867) : s. m. Quand il ne fait ni pluie ni soleil, ni poussière ni vent.

Temps salé

(Delvau, 1867) : s. m. Temps chaud, qui fait boire.

Tenante

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chopine, bouteille.

(Rigaud, 1881) : Chopine ; et particulièrement, chopine d’eau-de-vie.

Tenante, tezière, tezignard

(Halbert, 1849) : Toi.

Tenante, tezière, tezignard, tezingand

(anon., 1827) : Toi.

Tendeur

(Virmaître, 1894) : Homme qui est toujours prêt à satisfaire une femme gourmande et passionnée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir rippeur.

Tendre

(d’Hautel, 1808) : Tendre comme rosée. Hyperbole qui s’emploie pour dire qu’une viande est extrêmement tendre, qu’elle est bien mortifiée.
Jeune femme, pain tendre et bois vert mettent la maison à l’envers. Le premier des trois articles suffit seul pour produire ce nuisible effet.

Tendre (?)

(Rossignol, 1901) : Il faut tendre pour ripper.

Tendre la perche

(Delvau, 1867) : v. a. Venir en aide à quelqu’un qui se trouble dans une conversation ou dans un discours.

Tendre sa rosette

(Delvau, 1864) : Se laisser enculer par un homme.

Tendresse

(d’Hautel, 1808) : Le peuple dit en parlant d’une viande mortifiée, qu’Elle est d’une tendresse extrême ; c’est tendreté qu’il faut dire.

Tendron

(Delvau, 1867) : s. m. Grisette, jeune fille à laquelle il est permis de manquer de respect, — dans l’argot des bourgeois.

Tenir

(d’Hautel, 1808) : Il est bon par où je le tiens. Se dit en plaisantant d’un enfant espiègle, égrillard, vif et malicieux.
Se tenir les côtes des rire. Rire à gorge déployée, d’une manière démesurée.
Tenir quelqu’un dans sa manche. Pouvoir en disposer souverainement, pouvoir compter sur lui.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. L’amuser par de vaines promesses, le tromper par de fausses espérances.
Tenir le bon bout. Pour dire être nanti, avoir ses sûretés ; pouvoir faire la loi aux autres.
Il n’y a rien qui tienne. Pour dire aucune considération ne peut empêcher cette résolution.

(Fustier, 1889) : Argot théâtral. Tenir l’affiche, se dit d’un auteur qui a du succès et dont les pièces reparaissent souvent sur l’affiche.

Voici maintenant dix-sept ans bien comptés qu’il (M. V. Sardou) tient l’affiche, comme on dit dans le familier langage des coulisses.

(Revue des Deux Mondes, 1er mars 1877.)

Tenir (en)

(Larchey, 1865) : Aimer d’amour.

Est-ce de l’amour ? Alors, il faut qu’elle en tienne furieusement, puisqu’elle fait de tels sacrifices.

Ricard.

(Delvau, 1867) : Avoir de l’amour pour quelqu’un, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Être amoureux. — Je crois qu’elle en tient pour lui. — Être trompé par sa femme. Mot à mot : tenir des cornes. — Et vous dites que sa femme l’aurait… Il y a beau jour qu’il en tient.

Tenir à 40 sous avec son croque-mort (se)

(Delvau, 1867) : Se débattre dans l’agonie, ne pas vouloir mourir. Cette expression, aussi cynique que sinistre, est du pur argot de voyou. Si je ne l’avais entendue de mes oreilles, je l’aurais crue inventée.

Tenir à quatre (se)

(Delvau, 1867) : Se contenir tout en enrageant ; ne pas oser éclater. Argot du peuple. On dit aussi Être à genoux devant sa patience.

Tenir bien sur ses ancres

(Delvau, 1867) : v. n. Être en bonne santé, — dans l’argot des marins.

Tenir la chandelle

(Delvau, 1864) : Avoir des complaisances honteuses pour un commerce de galanterie ; se faire maquereau.

Quand vous venez, à Fabrice dit-elle,
Me faire tenir la chandelle
Pour vos plaisirs jusque dans ma maison.

La Fontaine.

À son destin j’abandonne la belle,
M me voilà ; des esprits comme nous
Ne sont pas faits pour tenir la chandelle.

Parny.

Tu m’as pris pour un imbécile… Comment ! moi j’irais tenir la chandelle !

Jaime fils.

(Delvau, 1867) : v. a. Être témoin du bonheur des autres, sans en avoir sa part ; servir, sans le savoir, ou le sachant, une intrigue quelconque. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Manger son pain sec au fumet du bonheur d’un couple. Variante : Marquer les points.

(La Rue, 1894) : Servir une intrigue. Être témoin du bonheur d’un autre.

(Virmaître, 1894) : Mari complaisant qui sait que sa femme le trompe et qui accepte ça très tranquillement. L’amant de cœur d’une fille entretenue. Ils tiennent la chandelle (Argot du peuple).

Tenir la corde

(Delvau, 1867) : v. a. Être le succès, le héros du jour, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunte cette expression aux sportsmen.

Tenir sur les fonts

(Delvau, 1867) : Déposer comme témoin contre un accusé, — dans l’argot des voleurs. (V. Parrain.)

Tenir une maison

(Delvau, 1864) : Avoir un bordel, qu’on autorise seulement les femmes à tenir, a leurs risques et périls : seul commerce qui aille bien ! Tu connais pas Morin, qu’est de la police ?… qui vit à Rouen, rue Ricardière, cont’ la rue aux Ours, avec eune femme qui tient eune maison.

H. Monnier.

Ténor

(Fustier, 1889) : Argot de journaliste. Écrivain qui rédige habituellement l’article de tête du journal.

Tenue

(Delvau, 1867) : s. f. Assemblée, réunion, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Convent, — mais surtout à propos de réunions d’un caractère particulier, plus solennel que les tenues. Tenue d’obligation. Jour fixé pour les assemblées de la loge. Tenue extraordinaire. Réunion pour une fête d’adoption, pour une réception d’urgence, etc.

Tenue (rentrer en grande)

(Merlin, 1888) : Avec son pompon, gris.

Ternaux

(Larchey, 1865) : Châle de la fabrique Ternaux.

Elle prit un schal de coton ; — le ternaux était au… Mont de Piété.

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. m. Cachemire français, — dans l’argot des lorettes, qui ne savaient pas que ce nom de choses est un nom d’homme, celui d’un industriel qui le premier en France entreprit de fabriquer des châles avec la laine d’un troupeau de chèvres du Thibet amenées en 1818 à ses frais.

(Rigaud, 1881) : Cachemire qui n’a rien à voir avec son frère des Indes. Châle français ; le rêve des portières, la cauchemar des élégantes.

Terrasse

(Fustier, 1889) : La partie du trottoir envahie par les tables et les chaises de MM. les cafetiers.

Terre

(d’Hautel, 1808) : Il a peur que la terre ne lui manque. Se dit par ironie d’un homme qui se lamente les mains pleines, qui tremble à chaque instant que l’argent ne vienne à lui manquer.
Cette parole n’est pas tombée à terre. Pour dire qu’on l’a relevée, qu’on y a risposté vigoureusement.
Aller terre à terre. Se comporter avec prudence, ne pas sortir des bornes de sa condition.

Terre-Neuve (banc de)

(Rigaud, 1881) : Partie du boulevard comprise entre la Porte Saint-Denis et la Madeleine, — dans le jargon des souteneurs.

Les macs disent par abréviation : Aller au banc ; c’est aller à la recherche d’une femme. Le soir il viendra voir le défilé du banc de Terre-Neuve ; il trouvera là son affaire dans les prix doux.

(Le Sublime.)

Le poisson s’est fait pêcheur. Il va à Terre-Neuve pêcher une morue.

Les mœurs des maquereaux sont assez connues pour qu’il ne soit pas besoin de vous apprendre qu’ils fraient de préférence avec les morues.

(Tam-Tam du 6 juin 1880.)

Terreau

(Delvau, 1867) : s. m. Tabac à priser, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.

(Rigaud, 1881) : Tabac à priser.

Terrer

(Larchey, 1865) : Tuer. — Mot à mot : enterrer.

Dans dix ans je reviendrai pour te terrer, dussé-je être fauché.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot des voleurs, pour qui c’est une façon de mettre en terre les gens qui les gênent. Le patois normand a Terrage pour Enterrement.

(Rigaud, 1881) : Guillotiner.

(La Rue, 1894) : Tuer. Guillotiner.

(Virmaître, 1894) : Tuer. Mot à mot : préparer les gens pour la terre. C’est cette expression qui a donné naissance au mot enfouissage pour les libre-penseurs qui ne passent pas par l’église (Argot des voleurs et du peuple). N.

Terreur

(Virmaître, 1894) : Nom donné aux maquereaux dans les anciennes banlieues de Paris ; il y a généralement une terreur par quartier (Argot des souteneurs).

Terreur (la)

(Rigaud, 1881) : C’est le surnom que donnent au plus fort d’entre eux les souteneurs d’un même quartier. Il y a la Terreur de Montrouge. et la Terreur de Vincennes, la Terreur de Belleville et la Terreur de Grenoble, etc..

Terreuse

(La Rue, 1894) : Bouteille. On dit aussi rouille, rouillarde.

Terreux

(d’Hautel, 1808) : C’est un cul terreux. On appelle ainsi par mépris, la fille d’un fermier, ou une fille de campagne, qui dans un état plus élevé, oublie sa première condition. On dit aussi Un cul terreux. Pour dire qu’une femme est riche en fonds de terre.

Terrière

(Virmaître, 1894) : Raccrocheuse qui pousse son persil dans les terrains vagues (Argot des souteneurs).

Terrinière

(Clémens, 1840) : Fille publique qui fouille dans les poches et qui vole ses amants.

(La Rue, 1894) : Fille publique et voleuse.

Terrion

(Delvau, 1867) : s. m. Habitant du continent, — dans l’argot des marins. On dit aussi Terrien.

Tesière

(Rigaud, 1881) : Toi. Et les variantes : Tésigo, tésigue, tésingard.

(Virmaître, 1894) : Toi. Il y a plusieurs variantes de ce mot : tesigue, tesigo et tésingard. Tesière est l’expression la plus usitée.
— La Môme-Livarot a un béguin carabiné pour tesière (Argot des souteneurs).

Tésière

(Delvau, 1867) : pron. pers. Toi, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Tésigue, Tésigo et Tésingard.

Tésière, tèsigo, tézignères

(La Rue, 1894) : Toi.

Tesson

(Delvau, 1867) : s. m. La tête, — dans l’argot des voyous. Nib de douilles sur le tesson. Pas de cheveux sur la tête.

(Rigaud, 1881) : Tête. — Mauvaise tête. Faire son tesson, n’en faire qu’à sa tête.

Testicules

(Delvau, 1864) : Les témoins du duel amoureux. Voir Témoins à décharge.

Tétais

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Seins, — dans l’argot des enfants, qui conservent longtemps aux lèvres, avec les premières gouttes de lait bues, les premiers mots bégayés. Ils disent Tettes.

Têtard

(Halbert, 1849) : Homme de tête.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Entêté, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Têtu, entêté.

Tétasse

(d’Hautel, 1808) : Mot trivial. Sein sans fraîcheur, gorge dénuée de charmes.

(Delvau, 1864) : Mot grossier signifiant une mamelle pendante. Les tétons deviennent tétasses.

G. Coquillart.

Cette mère des gueux, cette vieille carcasse
D’un linge sale et noir resserra sa tétasse.

Théophile.

Tétasses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Seins de fâcheuse apparence, — dans l’argot irrévérencieux du peuple, qui dit cela depuis longtemps comme en témoigne cette épigramme de Tabourot des Accords :

Jeannette à la grand’ tétasse
Aux bains voulut une fois
Enarrher pour deux la place :
On luy fit payer pour trois.

On dit aussi Calebasses.

(Rigaud, 1881) : Seins de la Vénus Hottentote ; grands pendards, selon l’expression de Voltaire.

(Virmaître, 1894) : Seins qui pendent jusque dans les bas de celles qui les possèdent (Argot du peuple). V. Calebasse.

Tétassière

(Delvau, 1867) : s. f. Femme dont la gorge n’a aucun rapport avec celle de la Vénus de Milo. L’expression se trouve aussi dans Tabourot.

Tête

(d’Hautel, 1808) : Chercher des poux à la tête de quelqu’un. Lui faire une mauvaise querelle, lui chercher noise sans sujet, sans fondement, à dessein de s’en débarrasser.
Des raisons qui n’ont ni cul ni tête. C’est à-dire dénuées de sens commun ; de mauvaises allégations.
Laver la tête à quelqu’un. Le gronder, le vespériser, lui faire de vifs reproches.
La tête me fend. Pour, j’ai un mal de tête excessif.
Jeter une marchandise à la tête de quelqu’un. L’offrir à vil prix, pour s’en débarrasser ; moyen qui ne réussit pas toujours à Paris, où l’on n’estime que les choses d’un prix élevé.
On voit bien à ses yeux que sa tête n’est pas cuite. Pour dire qu’un homme a trop bu d’un coup ; que le vin lui a tapé à la tête.
La tête a emporté le cul. C’est-à-dire, le fort a entraîné le foible.

(Delvau, 1867) : s. f. Air, physionomie. Avoir une tête. Avoir de la physionomie, de l’originalité dans le visage.

(Delvau, 1867) : s. f. Air rogue, orgueilleux, prétentieux, de mauvaise humeur. Faire sa tête. Faire le dédaigneux ; se donner des airs de grand seigneur ou de grande dame.

Tête (faire sa)

(Larchey, 1865) : Prendre de grands airs.

Tu y gagnes d’avoir l’exercice une fois de plus par jour pour apprendre à faire ta tête.

Vidal, 1833.

(Rigaud, 1881) : Faire des embarras ; prendre des airs importants.

Ça veut faire sa tête et ça ne sait pas seulement lire.

(V. Rozier, Les Bals publics à Paris.)

Tête (forte)

(Merlin, 1888) : Soldat indiscipliné.

Tête (se faire une)

(Rigaud, 1881) : Se grimer ; prendre la physionomie particulière au personnage que l’acteur représente. Les mouchards et les comédiens habiles excellent dans l’art de se faire une tète.

Tête à corvées

(Rigaud, 1881) : Imbécile, tête d’idiot, — dans le jargon du régiment.

Tête à l’huile

(Fustier, 1889) : Chef de la figuration dans un théâtre.

Tête carrée

(Delvau, 1867) : s. f. Allemand ou Alsacien. On dit aussi Tête de choucroute.

(Rigaud, 1881) : Allemand.

(Virmaître, 1894) : V. Alboche.

(Rossignol, 1901) : Tous individus nés où l’on parle l’allemand.

Tête carrée, tête de choucroute

(Larchey, 1865) : Allemand.

Tête d’acajou

(Delvau, 1867) : s. f. Nègre.

Tête de bois

(Virmaître, 1894) : Visage peu expressif. Dans le peuple, on dit aussi : il a été sculpté dans un marron d’Inde, quand l’individu à qui cette expression s’adresse est laid à faire peur (Argot du peuple).

Tête de buis

(Delvau, 1867) : s. f. Crâne complètement chauve.

(Rigaud, 1881) : Crâne dénudé.

Tête de carton

(Virmaître, 1894) : Visage sans expression. Allusion à la poupée (Joséphine) des modistes (Argot du peuple).

Tête de choucroute

(Virmaître, 1894) : V. Alboche.

Tête de holz

(Delvau, 1867) : s. f. Allemand, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui croient que les braves Teutons ont la tête dure comme du bois.

Tête de patère

(Fustier, 1889) : Variété de souteneur.

(La Rue, 1894) : Souteneur.

Tête de pioche

(Virmaître, 1894) : Individu à la tête dure qui ne veut rien apprendre. Allusion à la dureté de l’acier trempé de la pioche (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Voir tête carrée.

Tête de pipe

(Fustier, 1889) : Idiot. La variante est : moule à chenets.

(La Rue, 1894) : Visage laid ou contrefait.

Tête de Turc

(Delvau, 1867) : s. f. Homme connu par ses mœurs timides et par son courage de lièvre, sur lequel on s’exerce à l’épigramme, à l’ironie, à l’impertinence, — et même à l’injure, — assuré qu’on est qu’il ne protestera pas, ne réclamera pas, ne regimbera pas, et ne vous cassera pas les reins d’un coup de canne ou la tête d’un coup de pistolet. C’est une expression de l’argot des gens de lettres, qui l’ont empruntée aux saltimbanques.

(Rigaud, 1881) : Dynamomètre vivant, souffre-douleur, mystifié, bouc émissaire.

Tête de veau

(Rigaud, 1881) : Individu chauve. — Figure pâle et grasse ; et, encore, tête de veau lavée, par allusion aux têtes de veau trempant dans les baquets des bouchers.

(Rossignol, 1901) : Celui qui n’a plus ou peu de cheveux.

Tête mobile

(Merlin, 1888) : Officier de tir, — par allusion à la pièce du fusil qui porte ce nom.

Tête qui dépasse les cheveux (avoir la)

(Rigaud, 1881) : Être chauve.

Tête-à-tête

(Delvau, 1864) : Conversation à deux, qui a lieu n’importe où, dans une chambre, dans un fiacre, sur l’herbe, sur une chaise, — et la plus éloquente, puisqu’on n’y parle pas, ou qu’on y parle peu, et qu’en revanche on y agit beaucoup. J’eus pourtant malgré tout cela quelque tête-à-tête impromptu avec Sa Grandeur. Il est si doux d’escamoter de temps en temps quelque chose d’une rivale qui en fait autant.

Tête-bêche (faire)

(Delvau, 1864) : Se placer de façon que la tête de l’homme soit entre les cuisses de la femme, a la hauteur de son con, qu’il gamahuche, et que la tête de la femme soit entre les cuisses de l’homme, à la hauteur de sa pine, qu’elle suce.

Mais quand parfois il trouvé une motte bien fraîche,
Ce qu’il aime avant tout, c’est faire tête-bêche.

L. Protat.

Téter

(Delvau, 1867) : v. n. Vider une bouteille, dans l’argot du peuple, qui prétend que le vin est « le lait des vieillards ». Oui, des vieillards — et surtout des adultes.

(Rigaud, 1881) : Boire. — Donnez-y donc à téter à ce soulot et qu’il ne gueule plus !

Téter une goutte

(Virmaître, 1894) : Faire téter une goutte, à quelqu’un : le battre. Boire une goutte : se noyer. Au régiment quand un soldat est atteint de la nostalgie, les camarades lui disent :
— Tu voudrais bien aller téter une goutte.
Téter une goutte,
boire un verre sur le zinc (Argot du peuple). N.

Têtes de clou

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Caractères déformés par un long usage. Argot des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. f. pl. Vieux caractère usé, bon à mettre à la fonte.

Têtes de clous

(Virmaître, 1894) : Caractères usés, qui n’en peuvent plus.
— Il est rien dégueulbif, le canard que nous composons avec des têtes de clous (Argot d’imprimerie).

Têtes de veau

(Rossignol, 1901) : Les militaires condamnés à une peine de travaux publics, à la suite d’un conseil de guerre. Tête de veau, parce qu’on leur laisse toute la barbe et qu’on leur rase la tête.

Tétines

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Gorge avachie, — sumen plutôt qu’uber. Argot des faubouriens. Nous sommes loin du

Tétin, qui fait honte à la rose,
Tétin, plus beau que nulle chose,

de Clément Marot.

Téton de satin blanc tout neuf

(Rigaud, 1881) : Sein de jeune fille. L’expression est de Marot. Elle est encore usitée de nos jours.

Des nichons lui étaient venus, une paire de nichons de satin blanc tout neufs.

(E. Zola, L’Assommoir.)

Tetonnière

(Delvau, 1867) : s. f. Femme ou fille que la Nature a richement avantagée, — dans l’argot du peuple, fidèle à sa langue nourricière.

Tétonnière

(Delvau, 1864) : Femme amplement pourvue de mamelles.

Dans le cabaret où ils soupaient servait une grosse tétonnière d’Andalousie.

Pigault-Lebrun.

(Rigaud, 1881) : Femme aux puissantes mamelles. Femme digne de jouer les Junons à la ville, au théâtre et aux champs.

Tétons

(Delvau, 1864) : La gorge d’une femme.

Sur un col blanc, qui fait honte à l’albâtre,
Sont deux tétons, séparés, faits au tour,
Allant, venant, arrondis par l’amour.

Voltaire.

Donne-moi tes tétons.

La Popelinière.

Comme le gland d’un vieux qui baise
Flotte son téton ravagé.

(Parnasse satyrique.)

Si son cœur est de roche.
Ses tétons n’en sont pas.

J. Duflot.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. La gorge de la femme. Tétons de satin blanc tout neufs. Virgo pulchro pectore. C’est un vers de Marot resté dans la circulation.

Tettes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Seins, — dans l’argot des enfants. Ce sont autant les mamillæ que les papillæ.

Têtue

(Halbert, 1849) : Épingle.

(Delvau, 1867) : s. f. Épingle, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Épingle.

Têtue, Tiquante

(Rigaud, 1881) : Épingle.

Teurtousses

(Clémens, 1840) : Toiles.

Tezière

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Toi.

Tezière, tezingand

(Bras-de-Fer, 1829) : Toi.

Tezigue

(Larchey, 1865) : Toi. V. Bonne, Coquer.

Tézigue

(Rossignol, 1901) : Toi.

Thé de la mère Gibou

(Delvau, 1867) : s. m. Mélange insensé de choses et de mots ; discours incohérent ; pièce invraisemblable. Argot des coulisses.

Théâtre de la nature

(Delvau, 1864) : Le con, où le vit a ses entrées comme acteur ou protecteur, en payant soit de son argent, soit de sa bonne mine. Ce théâtre a pour avant-scènes deux colonnes de marbre blanc ; il ne possède qu’un seul décor, lequel représente un buisson avec une fontaine au milieu. Le trou du souffleur est par derrière, ainsi que l’orchestre, composé d’un seul musicien qui exécute avec un instrument à vent une ouverture sur les motifs de : sentir avec ardeur. Quand l’acteur principal entre en scène, il a toujours l’aspect dur et imposant ; il a avec lui deux confidents, deux amis inséparables qui l’attendent dans la coulisse. Quand l’acteur quitte la scène, il est triste et abattu… il pleure. La directrice est libre de donner plusieurs représentations de suite, et, pour peu que l’acteur principal la trouve aimable, et à son gré, plein de verve et d’éloquence, il rentre en scène avec un nouveau transport, — à moins de raisons majeures. — Tous les mois, le théâtre fait relâche. Il l’annonce par une affiche rouge sur laquelle tort applique une bande blanche. Pendant ce temps, l’acteur est libre de donner des représentations en ville, mais, gare à lui… Souvent il se fatigue, revient malade… Alors la directrice se plaint et l’administration coule ! Nota ; La directrice accorde quelquefois des entrées de faveur.

Théâtre rouge

(Delvau, 1867) : s. m. La guillotine, — dans l’argot des révolutionnaires un peu trop avancés. « Demain, relâche au Théâtre rouge, » écrivait à Lebon Duhaut-Pas, un de ses émissaires.

Théière

(Hayard, 1907) : Urinoir.

Thémis

(Delvau, 1867) : s. f. La Justice, — dans l’argot des Académiciens.

Théorie dans les coins (savoir sa)

(Rigaud, 1881) : Savoir parfaitement sa théorie, — dans le jargon des soldats.

Thésauriser

(d’Hautel, 1808) : Amasser des trésors.
Le peuple dit trésoriser, par imitation du mot trésor.

Thêta X

(Delvau, 1867) : s. m. Élève de seconde année, — dans l’argot des Polytechniciens. On l’appelle aussi Ancien.

Thomain

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais rôle, — dans l’argot des coulisses, où l’on a trouvé sans doute panne bien usée.

(Rigaud, 1881) : Rôle effacé, bout de rôle, — dans le jargon des comédiens.

Thomas

(d’Hautel, 1808) : À la Saint-Thomas, les jours les plus bas. Manière proverbiale de dire qu’à cette époque on s’aperçoit sensiblement du décroissement des jours.

(Larchey, 1865) : Pot de chambre. V. Goguenot.

Parmi les consignés occupés à passer la jambe à Thomas (vider les baquets d’urine).

La Bédollière.

Équivoque sur les mots vide Thoma de l’hymne populaire de Pâques.

(Delvau, 1867) : s. m. « Pot qu’en chambre on demande », — dans l’argot du peuple. Passer la jambe à Thomas. Vider le goguenot. La veuve Thomas. La chaise percée.

(Rigaud, 1881) : Pot-de-chambre haute forme. Allusion au verset de l’hymne de Pâques : Vide Thomas, vide pedes, vide manus. — La mère Thomas, la veuve Thomas, chaise percée. — Avoir avalé Thomas, avoir l’haleine fétide.

(Boutmy, 1883) : Nom générique sous lequel on désigne, dans quelques imprimeries de province, l’ouvrier typographe et spécialement le pressier. Il existe une pièce de théâtre qui a pour titre Thomas l’Imprimeur.

(Merlin, 1888) : Voyez Jules.

(La Rue, 1894) : Tinette. Vase de nuit. On dit aussi Jules.

Thune

(anon., 1827) : L’aumône.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Aumône.

(Halbert, 1849) : Pièce de cinq francs.

(Larchey, 1865) : Argent. V. Bille.

(Delvau, 1867) : s.f. Pièce de cinq francs, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Thune de cinq balles.

(Rigaud, 1881) : Pièce. — Thune de cinq balles, pièce de cinq francs. Thune de camelotte, pièce d’étoffe.

(Rossignol, 1901) : Pièce de 5 francs.

(Hayard, 1907) : Pièce de cinq francs.

Tic

(d’Hautel, 1808) : Il a un mauvais tic. Pour dire une habitude désagréable, pernicieuse.

(Delvau, 1867) : s. m. Manie, toquade, — dans l’argot du peuple. L’expression a des cheveux blancs.

Tic-tac

(d’Hautel, 1808) : Pour exprimer le bruit produit par un mouvement réglé, comme celui d’un pendule.
Nicolas Tic-tac. Sobriquet injurieux, pour dire un tatillon, un furet, un homme qui se mêle de tout.

Tiche

(Delvau, 1867) : s. f. Bénéfices plus ou moins réguliers, — dans l’argot des commis de nouveautés.

(Rigaud, 1881) : Profit, — dans le jargon des commis de la nouveauté.

(La Rue, 1894) : Profit, Aubaine.

(Virmaître, 1894) : Bénéfices. Synonyme de guelte. Prime que les directeurs de magasins de nouveautés donnent aux commis qui parviennent à vendre de la marchandise avariée ou des rossignols. Tiche, en ce cas, est de la même famille qu’affure (part de vol) (Argot des calicots).

Ticket

(Delvau, 1867) : s. m. Billet de chemin de fer, — dans l’argot des gandins, anglomanes par genre. Pourquoi alors ne disent-ils pas aussi single ticket (billet simple) et return ticket (billet d’aller et de retour) ?

Ticquage

(Rigaud, 1881) : Mouvement de haut en bas exécuté avec la main qui tient les cartes et aussitôt réprimé. — Le ticquage indique aux autres joueurs que celui qui l’a fait a pris le point sept au baccarat pour le point de huit.

Ticquer, Ticker

(Rigaud, 1881) : Faire le mouvement, aussitôt réprimé, d’abattre ses cartes, — dans le jargon des joueurs.

Une émotion violente leur contractait le cœur, lorsque, tickant par distraction, il faisait le geste d’abattre.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Tierce

(Rigaud, 1881) : Agents de police en nombre, — dans le jargon des voleurs. — Caletons, il y a de la tierce, sauvons-nous, il y a beaucoup d’agents de police.

(Fustier, 1889) : Argot de bagne. Bande d’individus.

(La Rue, 1894) : Bande d’individus. Clique. Se dit aussi en bonne part : la tierce élégante. Il y a de la tierce, la police est en nombre.

(Hayard, 1907) : Bande, association.

Tierce (la)

(Virmaître, 1894) : Association de faux monnayeurs ; comme ils sont généralement trois : le fabricateur, l’émetteur et un complice de réserve, de ce nombre, la tierce (Argot des voleurs).

Tierce Major

(Rigaud, 1881) : Tierce majeure, au jeu de piquet.

Tiers et le quart (le)

(Delvau, 1867) : Celui-ci et celui-là, les premiers venus, — unusquisque. Argot des bourgeois. Médire du tiers et du quart. Médire de son prochain.

Tiffes

(Fustier, 1889) : Cheveux.

(Virmaître, 1894) : Les cheveux. Tiffe est une corruption de tignasse (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Les cheveux.

(Hayard, 1907) : Les cheveux.

Tignasse

(d’Hautel, 1808) : Une tignasse. Mauvaise perruque.

(Delvau, 1867) : s. f. Chevelure abondante, épaisse, bien ou mal peignée, — dans l’argot du peuple, pour qui ces chevelures-là sont autant de nids à teigne. A signifié au début Perruque. On dit aussi Tignon.

Tigne

(Delvau, 1867) : s. f. Foule, — dans l’argot des voleurs. S’ébattre dans la tigne. Chercher à voler dans la foule. Signifie aussi Réunion, Cénacle. Quelques Vaugelas de la Roquette veulent qu’on écrive Tine.

(La Rue, 1894) : Foule. Tigner d’esbrouffe, voler dans un rassemblement.

Tigne, tignasse

(Larchey, 1865) : Chevelure en désordre. — Du vieux mot tigne : teigne. V. Aplomb.

Tigne, Tine

(Rigaud, 1881) : Rassemblement, foule, — dans le jargon des voleurs.

Tigner d’esbrouffe

(Rigaud, 1881) : Voler à la faveur d’un rassemblement.

(Virmaître, 1894) : V. Riffe.

Tignogner

(d’Hautel, 1808) : Peigner, friser les cheveux.
Se tignogner. Se prendre aux cheveux, se quereller, en venir aux voies de fait.

Tignon

(d’Hautel, 1808) : Les cheveux de derrière, ce que l’on appelle ordinairement chignon.

Tigre

(Larchey, 1865) : Groom.

Leur chapeau à cocarde noire, leurs bottes à retroussis, leur veste bleue et leur gilet bariolé, couvrent des gamins arrachés au plaisir de la pipoche.

A. Deriège.

Tigre :

Le rat débute et danse un pas seul ; son nom a été sur l’affiche en toutes lettres ; il passe tigre et devient premier, second, troisième sujet.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Groom, petit gamin en livrée, — dans l’argot des fashionables.

(Delvau, 1867) : s. m. Rat, qui commence à sortir de la foule et devient troisième, puis second, puis premier sujet de la danse. Argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Élève de la danse à l’Opéra, qui a eu la chance d’être remarquée sous plus d’un rapport. Le tigre est la seconde incarnation du rat ; c’est un rat qui a fait son chemin.

(Rigaud, 1881) : Urinoir des étages dans les casernes. — Pourquoi tigre ? Est-ce parce que ce récipient est altéré… d’urine comme le tigre est altéré de sang ; ou encore parce que les parois en sont tachetées.

(La Rue, 1894) : Groom. Élève de la danse, à l’Opéra, un degré plus haut que le rat.

Tigre à cinq griffes

(Rigaud, 1881) : Pièce de cinq francs.

Quand le café était pris, un de la bande se détachait pour aller à la chasse du tigre à cinq griffes.

(Paris-Bohême, 1854.)

Timbale (décrocher la)

(Rigaud, 1881) : Surpasser, remporter un avantage sur ses rivaux, sur ses concurrents.

Celui qui a décroché la timbale lyonnaise ne vaut pas mieux comme opinion que l’ex-pensionnaire de Clairvaux.

(Le Triboulet, du 13 juin 1880.)

Timballe (la)

(Delvau, 1867) : Dîner mensuel des artistes du théâtre de l’Opéra-Comique. Il a lieu le troisième jeudi de chaque mois.

Timbré

(d’Hautel, 1808) : Il est timbré ; c’est un cerveau timbré. C’est-à-dire, évaporé, sans cervelle, sans jugement.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Fou, maniaque, excentrique, — dans l’argot des bourgeois. Grand timbré. Extravagant aimable, fou plaisant. À l’origine, cette expression signifiait juste le contraire de ce qu’elle signifie aujourd’hui : un homme timbré était un sage, un homme ayant bonne tête.

(Virmaître, 1894) : À moitié fou. Avoir reçu un coup de marteau (Argot du peuple). V. Mailloche.

(Rossignol, 1901) : Fou.

Timbre (salle du)

(Rigaud, 1881) : Salle voisine de la cuisine où la viande et le poisson reposent sur des dalles maintenues fraîches par de la glace.

Dans les grands établissements, le timbre consomme en moyenne trois cents livres de glace par jour.

(Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)

Timbre-poste

(Delvau, 1867) : s. m. Cartouche, — dans l’argot des chasseurs. Est-ce parce que chaque cartouche revient à vingt centimes environ, ou parce qu’elle sert à marquer le gibier ?

Tine

(Clémens, 1840) : Spectateur.

(un détenu, 1846) : Foule.

(Virmaître, 1894) : La foule. Réunion de souteneurs et de voleurs. Delvau dit dédaigneusement que cette expression est due à « quelques Vaugelas de la Roquette », que le vrai mot est ligne. Pas le moins du monde ; dans le peuple on dit : Tigne-le, pour : le prendre par les cheveux. Tigner est également synonyme de rechigner (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Foule.

Tinette

(Delvau, 1867) : s. f. Hotte en bois qui sert aux vidangeurs pour monter les matières solides d’une fosse. Chevalier de la tinette. Vidangeur.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouche à l’haleine déplorable, sœur de celle à propos de laquelle Martial dit (Lit. I, ep. 51) :

Os et labra tibi lingit, Manuella, catellus,
Nil mirum merdas si libet esse cani.

(Rigaud, 1881) : Bouche, — dans le jargon des voyous. — Couvre ta tinette, mets un liège à ta tinette, tais-toi.

(Rigaud, 1881) : Botte. (L. Larchey)

Tinettes

(Halbert, 1849) : Bottes.

Tingo

(Hayard, 1907) : Fou.

Tinteur

(Rigaud, 1881) : Jeune tante, — dans l’ancien argot.

Tintoin

(d’Hautel, 1808) : Donner du tintoin à quelqu’un. Lui causer du tourment, de l’embarras, du souci, de l’inquiétude ; lui donner du fil à retordre.

Tintouin

(Delvau, 1867) : s. m. Souci, tracas d’esprit ; embarras d’argent ou d’affaire, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Rabelais.

Tintouin du renaud

(La Rue, 1894) : Querelle.

Tintouiner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se mettre martel en tête ; se chagriner à propos de rien ou de quelque chose.

Tiolée

(Hayard, 1907) : Plusieurs.

Tiolée (en avoir une)

(Virmaître, 1894) : Se dit dans le peuple d’une famille qui a de nombreux enfants : Ils sont toute une tiolée. C’est une corruption du mot tôle qui veut dire maison. Il y en a plein la tôle (Argot du peuple). N.

Tique (la)

(La Rue, 1894) : La terre.

Tique (soûl comme une)

(Rigaud, 1881) : Soûl à ne plus pouvoir bouger.

Ils étaient déjà soûls comme des tiques.

(E. Zola.)

Allusion à la tique, petit insecte qui s’attache aux oreilles des chiens, des bœufs et qui se soûle de sang.

Tirade

(La Rue, 1894) : Travaux forcés.

Tirage

(Delvau, 1867) : s. m. Difficulté, obstacle, rémora. Il y aura du tirage dans cette affaire. On ne la mènera pas à bonne fin sans peine.

(Rigaud, 1881) : Difficulté.

Il y aura du tirage.

(E. Augier, les Fourchambault, 1878.)

(Rigaud, 1881) : Action de tirer une carte, terme de joueurs de baccarat.

Le tirage à cinq est un des points les plus controversés de baccarat.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Un beau tirage, prendre une carte qui constitue un beau point.

(Boutmy, 1883) : s. m. Action de tirer, d’imprimer. Les éditeurs donnent souvent le nom de nouvelle édition à ce qui n’est qu’un nouveau tirage, et particulièrement quand l’ouvrage est cliché.

(La Rue, 1894) : Difficultés.

Tirage (il y a du)

(Larchey, 1865) : C’est long, c’est difficile. — Terme de cocher. Plus le chemin est rude, plus le cheval tire.

Tiraillon

(Rigaud, 1881) : Apprenti voleur à la tire.

Vêtus très mesquinement, souvent même en blouse, ils se bornent à fouiller les poches des habits et des paletots, et exploitent ordinairement les curieux qu’un événement fortuit rassemble dans les rues ou qui forment cercle autour des chanteurs ou des saltimbanques.

(Mémoires de Canler, 1862.)

Tiran

(M.D., 1844) : Des bas.

Tirans

(anon., 1827) : Bas.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bas.

(Clémens, 1840) : Bas.

(Halbert, 1849) : Bas.

Tirant

(Halbert, 1849) : Lacet.

(Larchey, 1865) : Bas. — On le tire pour le mettre.

Ses tirans et sa montante et son combre galuché, son frusque, aussi sa lisette.

Vidocq.

(Hayard, 1907) : Bas.

Tirante

(Halbert, 1849) : Jarretière.

(Rigaud, 1881) : Jarretière. — Cordon de sonnette.

Tirantes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jarretières, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Jarretières.

(Virmaître, 1894) : Jarretières. A. D. Le mot est impropre ; c’est serrantes. En effet, la jarretière serre la jambe ou la cuisse suivant la façon dont elle est placée. Il est vrai qu’elle tire le bas, mais c’est en le serrant (Argot des voleurs).

Tirants

(Bras-de-Fer, 1829) : Bas.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Bas, — dans le même argot [des voleurs]. Tirants radoucis. Bas de soie. Tirants de trimilet. Bas de fil. Tirants de filsangue. Bas de filoselle.

(Rigaud, 1881) : Bas. — Tirants de trimilets, bas de fil. — Tirants de filsange, bas de filoselle. — Tirants doux, tirants radoucis, bas de soie.

(La Rue, 1894) : Bas. Lacets. Tirant radouci, bas de soie.

(Virmaître, 1894) : Bas. Tirants radoucis : bas de soie. Tirants de tremilet : bas de fil. Tirants de filsangue : bas de filoselle. Tirants à la manque : bas déchirés. Allusion aux mailles qui manquent (Argot des voleurs).

Tire

(Halbert, 1849) : Voler.

(Rigaud, 1881) : Vol exécuté dans la poche des autres.

Tire (ça se)

(Rigaud, 1881) : Cela tire à sa fin, — dans le jargon des troupiers.

Tire (la)

(La Rue, 1894) : Le vol exécuté dans les poches par le pick-pocket.

Tire à la chicane

(Rigaud, 1881) : Vol pratiqué en affectant une pose napoléonienne, les mains derrière le dos. — Vol commis en tournant le dos à celui dont on allège les poches. C’est le summum de l’art du vol à la tire.

Tiré à quatre épingles (être)

(Delvau, 1867) : Être vêtu avec un soin et une recherche remarquables, — dans l’argot des bourgeois, pour qui « avoir l’air de sortir d’une botte » est le dernier mot du dandysme.

Tire-bogue

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur qui a la spécialité des montres.

(Rigaud, 1881) : Filou qui a un faible pour les montres.

(Virmaître, 1894) : Voleur à la tire qui a la spécialité de faire les montres (Argot des voleurs).

Tire-bouchon américain

(Delvau, 1864) : C’est la tocade de toutes les grisettes, Elles font asseoir l’homme sur une chaise, mettent son bouchon au vent ; puis, s’asseyant à cheval sur lui et s’appuyant sur le dos de la chaise, elles se font entrer le dit bouchon dans le con tant qu’elles peuvent, le tirent, se renfoncent dessus, jouissent comme des carpes pâmées, et s’en donnent ainsi jusqu’à ce qu’elles soient tout à fait échinées.

Quoique Cornélie soit partie, le plaisir n’est pas parti avec elle ; monte chez moi, je serai bien aimable, et je te ferai le tire-bouchon américain.

(Fantaisiste, I, 179.)

Tire-fiacre

(Rigaud, 1881) : Viande aussi coriace que de la viande de cheval.

(Rossignol, 1901) : Viande de cheval.

N’allons pas chez ce gargotier, c’est du tire-fiacre qu’il vend pour du bœuf.

Tire-gosse, Tire-môme

(Rigaud, 1881) : Sage-femme.

Tire-jus

(d’Hautel, 1808) : Mot burlesque et trivial, qui signifie mouchoir à moucher.

(Larchey, 1865) : Mouchoir. — Mot imagé. Usité dès 1808.

(Delvau, 1867) : s. m. Mouchoir de poche, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tire-mœlle.

(Rigaud, 1881) : Mouchoir, — Tire-juter, se moucher.

(Merlin, 1888) : Mouchoir, — de l’argot parisien.

(La Rue, 1894) : Mouchoir.

(Virmaître, 1894) : Mouchoir. Le mot n’est pas ragoûtant, mais il exprime bien le fait de tirer le jus des narines (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mouchoir.

(Hayard, 1907) : Mouchoir.

Tire-larigot

(d’Hautel, 1808) : Boire à tire-larigot. Pour dire à grand trait, excessivement.
Les uns prétendent qu’il faudroit écrire tire la Rigaud, du nom d’un sonneur de Rouen, qui buvoit d’une manière excessive. Les autres font remonter plus haut cette étymologie, et veulent persuader que les Goths, dans une émeute, ayant tué leur roi Alaric, mirent sa tête au haut d’une pique, et, l’ayant plantée au milieu de leur camp, ils se mirent à boire et à danser autour, en proférant ces mots, ti Alaric Got, dont, par la suite, on a fait tire-larigot.

Tire-larigot (à)

(Delvau, 1867) : adv. Abondamment, beaucoup, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter cette expression à Rabelais. Si j’étymologisais un peu ?
Larigot était jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une petite flûte, Arigot ; d’autant plus une flûte que souvent on employait ce mot au figuré dans un sens excessivement gaillard. (V. Saint-Amant). Donc, Boire à tire-larigot, c’était, c’est encore Boire de grands verres de vin hauts comme de petites flûtes. On a étendu le sens de cette expression : on ne boit pas seulement à tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire -larigot.

Tire-liard

(Delvau, 1867) : s. m. Avare.

Tire-lire

(La Rue, 1894) : Le postérieur. La tête. L’estomac. La prison. Le gagne-pain des prostituées.

Tire-moelle

(Rossignol, 1901) : Mouchoir.

Tire-molard

(Delvau, 1867) : s. m. Mouchoir, — dans l’argot des voyous.

Tire-môme, momière

(Larchey, 1865) : Sage-femme.

Tire-monde

(d’Hautel, 1808) : Madame tire-monde. Mot baroque et singulièrement burlesque, qui signifie sage-femme ; celle qui assiste les femmes dans leurs couches.

Tire-monde (madame)

(Virmaître, 1894) : V. Guette au trou.

Tirejuter (se)

(Delvau, 1867) : Se moucher.

Tirelire

(Delvau, 1867) : s. f. Le podex, — dans l’argot ironique des ouvriers.

(Delvau, 1867) : s. f. La tête, — où se mettent les économies de l’Étude et de l’Expérience. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Derrière.

S’il a envie de se faire coller un atout dans la tirelire.

(Tam-Tam du 6 juin 1880.)

(Rigaud, 1881) : Gagne-pain des filles de joie.

(Virmaître, 1894) : La tête. Allusion à la bouche qui représente exactement l’ouverture par laquelle on introduit les pièces de monnaies dans une tirelire. Tirelire veut aussi dire le contraire de la tête, mais celle-là ne contient que de la monnaie pour la compagnie Richer (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Toutes les filles publiques mettent l’argent que les michés leur donnent pour leurs gants, dans leurs bas. Leurs bas sont des tirelires (Argot des souteneurs). N.

(Rossignol, 1901) : Visage.

(Hayard, 1907) : Tête.

Tirelire (briser sa)

(Delvau, 1864) : Perdre son pucelage, — ce trésor que les mères veulent forcer les filles à garder pendant seize ou dix-huit ans.

Maman, apprenez qu’un voleur
M’a pris la pièce qu’on admire ;
Mais ce qui me met en fureur,
C’est qu’en brisant ma tirelire,
Tout haut chantait le sacripant,
Zi zi pan pan

L. Festhau.

Tiremirettes

(Hayard, 1907) : Bazar.

Tirer

(d’Hautel, 1808) : Tirer la latte, la ligousse. Pour dire se battre à coup de sabre ou avec une arme quelconque.
Faire tirer bouteille Aller au cabaret, se faire apporter une bouteille de vin.
Tirer sa révérence. Se retirer d’un lieu.
On dit dans le même sens, rengaîner son compliment.
Tirer au mur.
Expression basse et triviale, qui signifie être obligé de se passer d’une chose sur laquelle on faisoit fonds, comme lorsqu’on a été oublié dans une distribution.
Tirer son pied. Marcher avec peine, être fatigué.
Tirer le poil. Pour dire, faire financer quelqu’un, lui excroquer de l’argent.
Cette comparaison est tirée aux cheveux. Pour dire n’est pas naturelle, est forcée.
Être à couteau tiré avec quelqu’un. Pour, être continuellement en querelle, avoir de l’animosité contre lui.

(Delvau, 1864) : Baiser une femme.

Et dans les bois, je savait la tirer.

E. Debraux.

Aimes tu mieux en gamine
Tirer le coup du macaron ?

Saunière.

Montrez à ma mère
Tout votre savoir,
Elle va vous faire
Tirer dans le noir.

(Les Archers de l’amour.)

À ce prix-là, dans toute la boutique
De faire un choix j’eus la permission,
Et je montai pour tirer une chique…

(Chanson anonyme moderne.)

— Je vais tirer mon coup, ma crampe, ou bien ma chiqué,
Dit un futur Gerbier.

L. Protat.

Réclamant aux vieillards libidineux ses gants,
Et tirant tous les jours des coups extravagants.

A. Glatigny.

J’ vois que vous y prenez goût.
Mais je n’ tir’ jamais qu’un coup.

F. De Calonne.

(Delvau, 1867) : v. a. Peindre, spécialement le portrait, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Voler à la tire.

(Rigaud, 1881) : Avoir peu de temps à rester au régiment. Mot à mot : tirer à la fin du service militaire.

(Rigaud, 1881) : Tirer à la conscription, — dans le jargon du peuple.

(Rigaud, 1881) : Tirer une carte ou demander une carte au jeu de baccarat.

(Rigaud, 1881) : Subir une condamnation. — Combien que tu tires ? par abréviation pour : combien tires-tu de longes ?

(Boutmy, 1883) : v. intr. Mettre sous presse, imprimer. Ce mot, en ce sens, vient sans doute de l’opération nécessitée par l’impression au moyen des presses manuelles, opération dans laquelle l’imprimeur tire, en effet, le barreau.

(Hayard, 1907) : Faire, (se) partir.

Tirer (ça s’ tire !)

(Merlin, 1888) : Se dit de tout ce qui touche à sa fin. Une garde, une punition, le congé militaire se tirent.

Tirer (se la)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Fuir.

Tirer à boulets rouges sur quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. n. Le poursuivre inexorablement, lui envoyer des monceaux de papier timbré, — dans l’argot des bourgeois, qui deviennent corsaires avec les flibustiers. On dit aussi Poursuivre à boulets rouges.

Tirer à la ligne

(Delvau, 1867) : v. n. Écrire des phrases inutiles, abuser du dialogue pour allonger un article ou un roman payé à tant la ligne, — dans l’argot des gens de lettres, qui n’y tireront jamais avec autant d’art, d’esprit et d’aplomb qu’Alexandre Dumas, le roi du genre.

(Rigaud, 1881) : Délayer un article de journal, l’allonger, non plus avec des alinéas et des blancs comme pour le choufliquage, mais avec des épithètes, des synonymes, des périphrases.

Tirer au c…

(Merlin, 1888) : Se soustraire à un service.

Tirer au cul

(La Rue, 1894) : User de prétextes pour ne pas travailler.

Tirer au flanc

(Rigaud, 1881) : Manquer à sa parole, ne pas tenir ce qu’on a promis, — dans le jargon du régiment.

Tirer au grenadier

(La Rue, 1894) : Laisser sa part de travail retomber sur d’autres.

Tirer au mur

(Rigaud, 1881) : Se passer de, se priver, — dans le jargon des soldats. (L. Larchey)

(La Rue, 1894) : Se passer, se priver.

Tirer au renard

(Rigaud, 1881) : Pour un cheval, c’est lever le nez en l’air, quand on le tient par la bride ou qu’il est attaché au râtelier, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Tirer au vent, c’est quand le cheval portant son cavalier lève la tête. Il n’y a pas moyen d’arrêter un cheval emballé qui tire au vent.

Tirer aux grenadiers

(Larchey, 1865) : Carroter le service, militairement parlant. Comme les compagnies d’élite sont exemptes de corvées, tirer aux grenadiers, c’est s’attribuer indûment leurs privilèges. — Tirer une dent : Escroquer (Vidocq). — V. Carotte.

(Delvau, 1867) : v. n. Emprunter de l’argent à quelqu’un en inventant une histoire quelconque, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Forger une histoire pour emprunter de l’argent.

Tirer d’épaisseur (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se tirer d’un mauvais pas, — dans l’argot des ouvriers. Signifie aussi diminuer, — en parlant d’une besogne commencée.

(Rigaud, 1881) : Sortir d’un mauvais pas.

Tirer de longueur (se)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot des faubouriens — d’une chose qui tarde à venir, d’une affaire qui a de la peine à aboutir, d’une histoire qui n’en finit pas.

Tirer des balladoires (se)

(Rigaud, 1881) : Se sauver ; c’est-à-dire : se tirer des jambes. Les balladoires, ce sont les jambes, qui servent à la ballade.

Tirer des longes

(Halbert, 1849) : Faire plusieurs années de prison.

Tirer des pieds (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’en aller, s’enfuir.

Tirer l’échelle

(La Rue, 1894) : Ne pas aller plus loin.

Tirer la bourre

(Rossignol, 1901) : Se battre.

Tirer la droite

(Delvau, 1867) : v. a. Traîner la jambe droite par habitude de la manicle qu’elle a portée au bagne, — dans l’argot des agents de police, qui se servent de ce diagnostic pour reconnaître un ancien forçat.

Tirer la ficelle

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Onan.

Tirer la langue

(Delvau, 1867) : v. a. Être extrêmement pauvre, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Tirer la langue d’un pied.

(Virmaître, 1894) : Courir à en perdre haleine. Faire tirer la langue à un débiteur en lui promettant de l’argent. Tirer la langue : avoir faim, attendre après quelque chose qui ne vient jamais (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Avoir envie ou besoin d’une chose qu’on ne vous donne pas.

Je suis sans argent, mes parents ne m’en envoient pas, ils me font tirer la langue.

Tirer la langue d’une aune

(Rigaud, 1881) : Être très altéré. — Être misérable.

Tirer le canon

(Delvau, 1867) : v. a. Conjuguer le verbe pedere, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Tirer le canon d’alarme.

Tirer le chausson

(Delvau, 1867) : v. a. S’enfuir, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi se battre.

(Rigaud, 1881) : Décamper.

Tirer le diable par la queue

(Delvau, 1867) : v. a. Mener une vie besogneuse d’où les billets de banque sont absents, remplacés qu’ils sont par des billets impayés. Argot des bohèmes. On dit aussi Tirer la Ficelle ou la corde.

(Virmaître, 1894) : Il y en a (la moitié de Paris) qui passent leur temps à cette besogne, sans être jamais avancés un jour plus que l’autre. La misère ne les lâche pas. Ce pauvre diable, depuis le temps que l’on la lui tire, n’en devrait plus avoir (Argot du peuple).

Tirer les pattes (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’ennuyer, — dans l’argot des typographes, à qui il répugne probablement de s’étirer les bras.

(Rigaud, 1881) : Bâiller en allongeant les bras au-dessus de la tête.

Tirer sa coupe

(Delvau, 1867) : S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.

Tirer sa longe

(Delvau, 1867) : v. a. Marcher avec difficulté par fatigue ou par vieillesse, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Traîner la jambe. — Expression primitivement appliquée à la démarche des forçats libérés.

(La Rue, 1894) : Traîner la jambe.

Tirer ses guêtres

(Delvau, 1867) : v. a. S’en aller de quelque part, s’enfuir, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Tirer ses grègues.

Tirer ses guêtres, sa coupe, son chausson ; se tirer des flûtes, des pieds

(La Rue, 1894) : Se sauver.

Tirer ses guêtres, Se la tirer

(Rigaud, 1881) : Se sauver, partir. Variantes : Tirer sa coupe, se tirer des pattes.

Tirer son plan

(Delvau, 1867) : Faire son temps de prison ou de bagne, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Subir un emprisonnement.

(La Rue, 1894) : Faire son temps de peine.

Tirer un bouchon

(Virmaître, 1894) : Voleur qui fait dix ans du prison (Argot des voleurs).

Tirer une coupe sur le grand fleuche

(Rigaud, 1881) : Aller à la Nouvelle-Calédonie, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Aller à la Nouvelle Calédonie.

Tirer une d’épaisseur (en)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : tirer une énorme carotte. — En tirer une de longueur, même signification.

Tirer une dent

(Delvau, 1867) : v. a. Escroquer de l’argent à quelqu’un en lui contant une histoire.

(Rigaud, 1881) : Soutirer de l’argent sous un faux prétexte.

(La Rue, 1894) : Escroquer de l’argent.

Tirer une râpée

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon du régiment.

Tiretaine, Tireur de campagne

(Rigaud, 1881) : Voleur à la tire qui fait un peu de villégiature. C’est dans les foires de village que le tiretaine fait de bonnes récoltes.

Tireur

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Filou.

(Clémens, 1840) : Voleur de bourse.

(Larchey, 1865) : Voleur à la tire, dont la spécialité est de tirer, dans la foule, ce que contiennent les poches des voisins.

(Delvau, 1867) : s. m. Pick-pocket.

(Rigaud, 1881) : Voleur à la tire.

(La Rue, 1894) : Voleur à la tire, pick-pocket.

Tireuse de vinaigre

(Delvau, 1867) : s. f. Femme de mauvaises mœurs ; drôlesse, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Prostituée.

Tirjus

(Clémens, 1840) : Mouchoir.

Tirliberly

(Delvau, 1864) : Mot forgé pour désigner le membre viril.

Et retroussé jusqu’au tirliberly.
En laissa voir un tout des plus superbes.

Brécourt.

Tiroir

(Rigaud, 1881) : Suppression d’une ou de plusieurs cartes dans le but d’aider la chance.

Le tiroir se pratique à tous les jeux, notamment au piquet, par l’enlèvement des trois as.

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)

Tiroir (un)

(M.D., 1844) : Faire un trou dans le volet d’une boutique.

Tiroir de l’œil

(Delvau, 1867) : s. m. Celui qui contient le produit de la gratte, — dans l’argot des tailleurs.

(Rigaud, 1881) : Économies provenant de la gratte, — dans le jargon des ouvriers et ouvrières à façon.

Tirou

(anon., 1827) : Chemin.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chemin.

(Halbert, 1849) : Route pavée.

(Rigaud, 1881) : Petit chemin, chemin de traverse, — dans le jargon des voleurs.

Tisanier

(Delvau, 1867) : s. m. Infirmier d’hôpital, chargé de distribuer la tisane aux malades.

Tison

(d’Hautel, 1808) : Tison d’enfer. Mauvais homme, ou méchante femme qui excite au mal et à la discorde.
Il crache sur les tisons. Se dit par raillerie d’un vieillard, ou d’un homme sédentaire, qui se tient toujours au coin du feu.

Titi

(Larchey, 1865) : Gamin de Paris.

Mousqueton est le titi par excellence, c’est le vrai gamin de Paris avec sa gaîté, sa souplesse, ses bons mots.

M. Alhoy.

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, voyou, — dans l’argot des gens de lettres.

(Rigaud, 1881) : Nom intime du gamin de Paris.

(Rigaud, 1881) : Typographe.

(Rigaud, 1881) : Volaille, — dans le jargon des chiffonniers.

(La Rue, 1894) : Gamin, voyou. Volaille.

Tiv

(Delvau, 1864) : Anagramme de vit.

Polidor, amoureux d’une beauté sauvage,
Prit en sa main son tiv rouge comme un tison,
Et dit : Faut-il, hélas ! que je meure en servage,
Ayant dedans ma main la clef de ma prison !

Gombauld.

Toc

(un détenu, 1846) : Méchant.

(Larchey, 1865) : Cuivre, bijou faux. — Onomatopée. — Allusion à la différence de sonorité qui existe entre une pièce de cuivre et une pièce d’or.

Bagues, boutons de manchette et croix de ma mère en toc, 6 fr. 50.

Les Cocottes, 1864.

(Delvau, 1867) : s. m. Cuivre, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Bijoux faux.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Laid ; mauvais — en parlant des gens et des choses. Argot des petites dames et des bohèmes. C’est toc. Ce n’est pas spirituel. Femme toc. Qui n’est pas belle.

(La Rue, 1894) : Cuivre. Bijoux faux. Laid, mauvais. Signifie aussi amusant et absurde.

(Virmaître, 1894) : Bijoux de mauvais aloi. Personnage contrefait ; se dit de tout ce qui n’est ni bien ni correct (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vilain, faux. Quelque chose de vilain est toc. Un objet en faux est en toc.

(Hayard, 1907) : Laid, de peu de valeur.

Toc (du)

(Rigaud, 1881) : Du cuivre, bijou en imitation.

Toc-toc

(Boutmy, 1883) : adj. Un peu toqué, hannetonné.

(La Rue, 1894) : Un peu toqué.

(Hayard, 1907) : Fou.

Toc, tocard, tocasse, tocasson

(Larchey, 1865) : Laid, mauvais. — C’est toujours du cuivre en supposant que l’or représente la beauté et la bonté.

L’article de Cascaret est toc.

J. Rousseau.

Croiriez-vous qu’en parlant d’une femme laide, on dit : Elle est toc, elle est tocarde… C’est un vieux tocard, c’est un vieux tocasson.

N. Vanecke, Ch. 1855.

Il goûta le pain dont les prisonnières se plaignaient : Chouette ! dit il, j’en ai mangé de plus toc que ça.

Chenu, 1850.

Toc, Togue, Toque

(Rigaud, 1881) : Amusant, amusante. — Rusé, rusée.

Toc, Toque, Tocasson

(Rigaud, 1881) : Laid, désagréable, qui a peu de valeur. — Elle est rien toc cette gonzesse ! cette femme est très laide.

Tocandine

(Delvau, 1867) : s. f. Femme entretenue ; drôlesse à la mode, — toquée. Le mot date de 1856-57.

Tocanges

(Bras-de-Fer, 1829) : Coquilles de noix.

Tocante

(Clémens, 1840) : Pendule portative.

(Hayard, 1907) : Montre.

Tocard

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux galantin.

(Rossignol, 1901) : Méchant, mauvais.

N’approchez pas de ce cheval, il est tout ce qu’il y a de tocard.

(Hayard, 1907) : Laid.

Tocarde

(Delvau, 1867) : s. f. Vieille coquette.

Tocasse

(Larchey, 1865) : Méchant, — Tocasserie : Méchanceté (Vidocq).

(Delvau, 1867) : adj. Méchant, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Méchant, méchante.

(Virmaître, 1894) : Méchant. On dit également tocasserie pour méchanceté. Tocasserie est assurément une corruption de tracasserie (Argot des voleurs).

Tocasse, tocasserie

(La Rue, 1894) : Méchanceté. Femme laide, ridicule.

Tocasserie

(Delvau, 1867) : s. f. Méchanceté.

(Rigaud, 1881) : Méchanceté.

Tocasson

(Delvau, 1867) : s. f. Femme laide, ridicule et prétentieuse, — dans l’argot de Breda-Street. On dit aussi Tocassonne.

(Rigaud, 1881) : Femme laide et vieille, ridiculement accoutrée. — Quel tocasson !

(Virmaître, 1894) : Fille qui depuis des années est dans la circulation, qui veut conserver des airs de jeunesse et se refuse à dételer son vieux fiacre.
— Crois-tu que c’est pas dégoûtant, la mère Tocasson qui trime encore à 72 berges (Argot des filles).

(Rossignol, 1901) : Vieux, mauvais. Un mauvais cheval est un tocasson.

Toccange

(anon., 1827) : Coquilles de noix.

(Halbert, 1849) : Coquilles de noix.

Toccanges

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Coquilles de noix.

Toccante

(anon., 1827) : Montre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Montre. Toccante d’orient, montre d’or.

(Bras-de-Fer, 1829) : Montre.

(Halbert, 1849) : Montre.

Toile

(d’Hautel, 1808) : Il en fait comme de la toile. Pour dire, il est expéditif, très-habile à l’ouvrage ; il travaille avec ardeur ; il en fait considérablement.
Aller se mettre dans les toiles. Pour dire aller se coucher, se mettre au lit.
Il a trop de caquet, il n’aura pas ma toile. Se dit d’un babillard auquel on ne veut point avoir affaire, et par allusion, avec un conte de vieille fort connu.

Toile (déchirer la)

(Larchey, 1865) : Faire un feu de peloton. — Comparaison du bruit de la fusillade à celui d’une toile qu’on déchire. Elle est assez juste.

Tout à l’heure les feux de deux rangs déchireront la toile, et nous verrons si vos clarinettes ont de la voix.

Ricard.

Toile (faire de la)

(Rigaud, 1881) : Ne pas manger faute d’argent, — dans le jargon des tailleurs.

Toile d’emballage

(Delvau, 1867) : s. f. Linceul, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion à la serpillière de l’hôpital.

(Virmaître, 1894) : Linceul. Cette expression est toujours en usage, malgré que dans les hôpitaux on n’ensevelisse plus les morts dans des serpillières (Argot du peuple).

Toiles se touchent (les)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot du peuple — lorsqu’on n’a pas d’argent en poche.

Toilette

(d’Hautel, 1808) : Faire une toilette à quelqu’un. Le gourmander, le rabrouer, le relancer ; le tancer d’importance.
Plier toilette. Se dit dans le même sens que plier bagage, se sauver, prendre la fuite.

(Delvau, 1867) : s. f. Morceau de serge verte dans lequel les cordonniers enveloppent les souliers qu’ils portent à leurs pratiques : morceau de percaline noire dans lequel les tailleurs enveloppent les vêtements qu’ils portent à leurs clients.

(Delvau, 1867) : s. f. Coupe des cheveux et de la barbe des condamnés à mort, — dans l’argot des prisons. On dit aussi Fatale toilette.

Toilette (faire la)

(Rigaud, 1881) : Couper les cheveux à un condamné à mort pour faciliter la décollation.

Toilette (faire sa)

(Rigaud, 1881) : Vaquer aux soins de propreté tout intimes, — dans le jargon des bourgeoises qui ne craignent pas l’eau.

Toilette (la)

(Virmaître, 1894) : Avant le règne de M. Deibler, la toilette des condamnés à mort durait une grande demi-heure, une éternité ; aujourd’hui, le mot est resté, mais pour la forme seulement, car on ne la leur fait plus. Chaque semaine, les condamnés sont rasés et ont les cheveux coupés : on leur épargne ainsi une torture inutile. Heindrich, l’avant-dernier bourreau, recommandait toujours à ses aides de se dépêcher pour ne pas laisser le condamné vieillir (Argot des voleurs).

Toise

(d’Hautel, 1808) : C’est fait à la toise. Pour dire, grossièrement, sans soin, d’une manière très-négligée.
Il mesure tout le monde à sa toise. Pour dire il juge les autres d’après soi.

Toiser

(d’Hautel, 1808) : C’est une affaire toisée. Pour dire conclue, terminée.
Toiser quelqu’un. Le regarder avec affectation, avec une attention scrupuleuse ; avec hauteur.

(Delvau, 1867) : v. a. Juger des qualités ou des vices de quelqu’un, — dans l’argot du peuple, pour qui un homme toisé est un homme jugé et souvent condamné.

Toison

(Delvau, 1864) : Les poils qui garnissent l’entrée du con.

Pour garder certaine toison,
On a beau faire sentinelle.
C’est temps perdu lorsqu’une belle
Y sent grande démangeaison.

La Fontaine.

Au soleil tirant sans vergogne
Le drap de la blonde qui dort,
comme Philippe de Bourgogne
Vous trouveriez la toison d’or.

Th. Gautier.

Va sur Acomat au poil raide,
Sur Fatime, à la toison d’or.

H. De Maurice.

(Delvau, 1867) : s. f. Chevelure opulente, absalonienne, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais : « Comme tomba la rousée sus la toison de Gédéon, » dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au dessus de sa tête (Liv. IV, ch. LV.). Signifie aussi Pudenda mulieris.

Toit, toiture

(La Rue, 1894) : Chapeau.

Toiture

(Delvau, 1867) : s. f. Chapeau, coiffure quelconque, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Chapeau d’homme.

Tole

(Halbert, 1849) : Derrière, logement.

Tôle

(anon., 1827) : Derrière.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Derrière.

(Bras-de-Fer, 1829) : Derrière.

(Clémens, 1840) : Exécuteur, maison.

(Rossignol, 1901) : Maison à grand numéro.

(Rossignol, 1901) : Domicile, maison.

Je rentre me coucher à la tôle.

(Hayard, 1907) : Demeure, domicile.

Tôle, taule

(Rigaud, 1881) : Maison.

Tolède

(Rigaud, 1881) : Excellent, de qualité supérieure. Mot dont on a usé et abusé lors des beaux jours de l’école romantique ; aussi démodé que l’école elle-même. Tout était de Tolède, par allusion aux fameuses lames si exploitées dans les drames du temps. — Parapluie de Tolède, femme de Tolède, montre de Tolède. Le plus souvent on joignait l’adjectif bon, bonne, pour mieux observer la couleur locale.

Tolède (de)

(Delvau, 1867) : Excellent, de premier choix, — dans l’argot des gens de lettres, qui disent cela à propos de tout, en souvenir ironique des fameuses lames de Tolède des Romantiques.

Tôlier

(Rossignol, 1901) : Tenancier d’une maison de tolérance.

Tollard

(Bras-de-Fer, 1829) : Le bourreau.

(Delvau, 1867) : s. m. Bureau, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Bureau. A. D. C’est une grave erreur. Tollard, dans les prisons centrales, veut dire : bourreau. Bureau, c’est burlingue (Argot des voleurs). N.

Tollard, toile

(anon., 1827) : Le bourreau.

Tollard, tolle

(Halbert, 1849) : Le bourreau (vieux mot).

Tolle

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bourreau (le), la tolle, le couteau de la guillotine.

Tombage

(Rigaud, 1881) : Emprunt fait au jeu et qu’on ne rendra jamais.

(Fustier, 1889) : Critique, éreintement. Mot très familier. V. Tomber dans le corps du Dictionnaire.

On s’attendait à un rapport de M. M… et à un tombage du préfet et l’on s’est perdu dans des broutilles.

(Gil Blas, juillet 1886.)

Tombe dur (ça)

(Rigaud, 1881) : Il pleut à verse.

Tombeau

(Delvau, 1867) : s. m. Le lit, — dans l’argot des ouvriers, qui s’y enterrent chaque soir avec plaisir, et s’en relèvent chaque matin avec ennui.

Tomber

(d’Hautel, 1808) : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a relevé une parole piquante, qu’on y a vivement riposté.
Cela n’est point tombé à terre. Pour dire, sera relevé quand les circonstances le permettront.
Tomber de son haut. Être très-étonné ; ne pouvoir revenir de sa surprise.

(Larchey, 1865) : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré.

Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité.

Les Cocottes, 1864.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire tomber ; terrasser ; — dans l’argot des amis du pugilat.

(Delvau, 1867) : v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures, — dans l’argot des gens de lettres.

(Rigaud, 1881) : Séduire ; obtenir les faveurs d’une femme.

Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc… On tombe sans grand’peine une brune.

(Mémoires de Rigolboche.)

(Rigaud, 1881) : Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur ; terme que les journalistes ont emprunté à l’argot des lutteurs.

(Rigaud, 1881) : Retourner en prison. — Tombé malade, repris.

(Rigaud, 1881) : Apparaître sur le tapis vert, — dans l’argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu’il fait un louis au jeu et qu’il va le mettre sur le tableau.

Vingt-cinq louis qui tombent ! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(La Rue, 1894) : Séduire une femme. Vaincre, terrasser. Retourner en prison. Tomber en litharge, être au secret. Tomber en figure, faire une rencontre désagréable. Entrer en scène. Tomber à pic. Bien tomber.

Tomber à pic

(Delvau, 1867) : v. n. Arriver à propos, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression aussi bien à propos des gens que des choses.

(Virmaître, 1894) : On va se mettre à table, vous tombez à pic. Mot à mot : Vous arrivez bien.
— J’étais dans la purée, ma tante vient de claquer à pic (Argot du peuple).

Tomber au plan

(Larchey, 1865) : Être mis en prison.

Tu voudrais que je grinchisse sans tracquer de tomber au plan.

Vidocq.

V. Manger.

Tomber dans la dèche

(Fustier, 1889) : V. Delvau au mot Dèche.

Certains naïfs libidineux se laissent duper par les macettes qui ont la spécialité de fournir aux bons jeunes gens tout ce qu’il y a de mieux en fait de femmes du monde tombées dans la dèche.

(Figaro, mars 1887.)

Tomber dans le bœuf

(Delvau, 1867) : v. n. Devenir pauvre, misérable, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Être réduit à la misère.

Tomber de la poêle dans la braise

(Delvau, 1867) : v. n. N’éviter un petit ennui que pour tomber dans un plus grand ; n’avoir pas de chance. Argot du peuple. C’est l’Incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdim des lettrés.

Tomber dessus

(Larchey, 1865) : Maltraiter en paroles ou en actions.

Que demain je lâche ma place ! on me tomberait fièrement dessus.

De Goncourt.

(Delvau, 1867) : v. n. Maltraiter en paroles ou en action.

Tomber en figure

(Clémens, 1840) : Entrer en scène.

(Delvau, 1867) : Se trouver face à face avec un individu qu’on cherche à éviter, ennemi ou créancier.

(Rigaud, 1881) : Faire une fâcheuse rencontre, se rencontrer nez à nez avec un importun, avec un créancier, avec une ancienne maîtresse.

Tomber en litharge

(Rigaud, 1881) : Être au secret, par corruption pour : tomber en léthargie.

Tomber malade

(Delvau, 1867) : v. n. Être arrêté. Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Être arrêté, alors qu’on se croyait en sûreté. Si l’arrestation a lieu à la rencontre, c’est-à-dire si on rencontre fortuitement l’agent qui vous recherchait, on dit : tomber le nez dessus (Argot du peuple). N.

Tomber pile

(Delvau, 1867) : v. n. Choir sur le dos. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Tomber sur le cul. Les ouvriers typographes disent :
— Il est tombé sur le côté de deux (Argot du peuple).

Tomber sous la coupe de quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. n. Être à sa merci ; vivre sous sa dépendance.

Tomber sur le dos

(Delvau, 1864) : Se faire baiser.

Tiens ! v’là Victoire qui roule sa bosse.
— Pauvre fille ! si gentille, si sage… car enfin elle ne sort jamais.
— Parbleu ! elle sera tombée dans l’escalier ; c’est là qu’elle aura attrapé ça.

(Souvenirs de carnaval.)

Mais aussi qui ne tombe pas
Au premier mot qu’on lui dise.

Bussy-Rabutin.

Ce sont filets et pièges pour donner le saut et faire tomber à la renverse les femmes et les filles.

Noel Du Fail.

Tomber sur le dos et se casser le nez

(Delvau, 1867) : Se dit d’un homme à qui rien ne réussit.

Tomber sur le dos et se faire une bosse au ventre

(Delvau, 1867) : Se dit d’une jeune fille qui, comme Ève, a mordu dans la fatale pomme, et, comme elle, en a eu une indigestion de neuf mois.

(Rigaud, 1881) : Faire une chute amoureuse qui entraîne une grossesse.

(Virmaître, 1894) : Cela paraît être un fait extraordinaire ; pourtant rien n’est plus commun. C’est la secousse qui est cause de ce phénomène qui dure neuf mois (Argot du peuple).

Tomber sur un coup de poing

(Delvau, 1867) : Recevoir un coup de poing sur le visage et mettre les avaries qui en résultent sur le compte d’une chute.

Tomber une bouteille

(Delvau, 1867) : La vider, la boire.

Tombeur

(Larchey, 1865) : Acteur trop mauvais pour être accepté nulle part. — Ch. Friès.

(Delvau, 1867) : s. m. Lutteur ; homme qui tombe ses rivaux.

(Delvau, 1867) : s. m. Acteur plus que médiocre, et, à cause de cela, habitué à compromettre le succès des pièces dans lesquelles il joue. Argot des coulisses.

(Delvau, 1867) : s. m. Éreinteur, journaliste hargneux.

(Rigaud, 1881) : Séducteur.

Le grand. Lolo, dit le tombeur des belles, fouilla, du haut de son siège, les deux voyageuses d’un petit coup de fouet d’amitié.

(E. de Goncourt.)

(Rigaud, 1881) : Celui qui vit d’emprunts au jeu.

(Rigaud, 1881) : Critique impitoyable. Polémiste qui l’emporte sur son contradicteur.

Cette fois le tombeur de M. Bûcheron a pleinement raison.

(E. de Girardin, la France du 23 août 1877.)

(Rigaud, 1881) : Mauvais acteur avec lequel la meilleure pièce court le risque de ne pas réussir.

(La Rue, 1894) : Lutteur qui tombe ses rivaux. Séducteur. Critique sévère. Mauvais acteur.

(Virmaître, 1894) : Homme fort. Lutteur qui tombe tous ses adversaires. Tomber une femme : la séduire, la faire céder. Dans les cercles, le croupier dit : cinq louis qui tombent (Argot du peuple).

Tompin

(Fustier, 1889) : Tompin qui, en 1882, n’était qu’un adjectif a passé depuis au rang de substantif argotique et est devenu synonyme d’homme élégant, à la mode. Au féminin on dit, ou plutôt on a dit (car le mot n’est plus usité) tompinette.

Le vrai bel air est aujourd’hui de s’étudier à paraître simple et de laisser aux tompins et aux tompinettes les exhibitions de quatre ou cinq toilettes par jour.

(Figaro, août 1885.)

Ton

(d’Hautel, 1808) : Le ton fait la musique. Signifie que la manière dont on débite quelque chose y donne seule une valeur. Cette locution ne se prend ordinairement qu’en mauvaise part, et n’est usitée qu’en parlant d’un homme qui s’est permis quelques propos piquans sur le compte d’un autre.

Tondeur d’œuf

(La Rue, 1894) : Avare.

Tondeur d’œufs

(Delvau, 1867) : s. m. Homme méticuleux, tracassier, insupportable par ses minuties, par sa recherche continuelle de la petite bête. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Avare, tracassier.

Tondre

(d’Hautel, 1808) : Il tondroit un pou pour en avoir la peau. Se dit d’un avare, d’un ladre, d’un égoïste, d’un fesse-mathieu.
Je veux être tondu. Espèce de jurement, pour affirmer que l’on ne fera, ou que l’on n’a pas fait quelque chose.

(Delvau, 1867) : v. a. Tailleries cheveux, les raser, — dans l’argot du peuple, qui prend les hommes pour des chiens et les industriels à sellette du Pont-Neuf pour des Figaros. C’est ainsi que les vieux grognards, par une sorte d’irrévérence amicale, appelaient Napoléon le Petit Tondu…
La Fontaine a employé cette expression dans un de ses Contes :

Incontinent de la main du monarque
Il se sent tondre…

Au fait, pourquoi rougirait-on de dire Tondre, puisque l’on ne rougit pas de dire Tonsure ?

(Rigaud, 1881) : Prendre une carte à son adversaire, couper, — dans le jargon des joueurs.

Tondu (le petit)

(Larchey, 1865) : L’empereur Napoléon.

L’Empereur lui-même, le petit Tondu, comme disait mon père.

L. Reybaud.

Tonissime

(Delvau, 1867) : pron. pers. Inventé par Nadar, qui ne peut se décider à vostrissimer les gens qu’il connaît.

Tonneau

(d’Hautel, 1808) : Un gros tonneau. Pour dire, un homme d’une corpulence extraordinaire ; un ventre à la maître-d’hôtel.
On appeloit vulgairement le frère du trop fameux Mirabeau : Mirabeau tonneau, à cause de son volumineux embonpoint, et pour le distinguer de l’orateur.
Un tonneau percé. Pour dire, un dépensier, un dissipateur, un prodigue.
On dit plus communément, un panier percé.

(Larchey, 1865) : Degré. V. Bouchon.

Tu lui aurais rendu sa politesse. — Plus souvent ! à un daim de ce tonneau !

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. m. Degré ; qualité d’une chose ou d’une personne, ironiquement. Être d’un bon tonneau. Être ridicule.

(Rigaud, 1881) : Acabit. — Être d’un bon tonneau, être grotesque, ridicule. — Être d’un fort tonneau, être fort bête.

Tonneau diviseur

(Rigaud, 1881) : Fiacre, — dans le jargon des voyous. — Médéme, faut-y faire avancer votre tonneau diviseur ?

Tonner

(Delvau, 1867) : v. n. Crépitare, — dans l’argot facétieux des petits bourgeois.

Tonnerre

(d’Hautel, 1808) : Que le tonnerre t’écrase ! Imprécation odieuse dont se servent les gens du plus bas étage, dans leurs excès de colère et d’emportement.

Tonnerre de poche

(Rigaud, 1881) : Crepitus ventris. (Scarron.)

Tonton

(Delvau, 1867) : s. m. Oncle, — dans l’argot des enfants.

Toper

(Larchey, 1865) : « Chaque fois qu’un dévorant rencontre un autre ouvrier, il doit lui demander de quelle société il est. — Ça s’appelle toper. » — Biéville.

(Delvau, 1867) : v. n. Consentir à quelque chose, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. n. Questionner un compagnon qu’on rencontre, — dans l’argot des ouvriers qui font leur tour de France.

(Rigaud, 1881) : S’accoster en se donnant la main ; — terme de compagnon du devoir.

(Rigaud, 1881) : Mettre la main sur quelqu’un ou sur quelque chose, dans le jargon du régiment. — La patrouille a topé un pochard. Un pochard a topé mon mouchoir. C’est un mot emprunté à l’argot des compagnons du devoir et auquel on a donné un sens plus général.

(La Rue, 1894) : Se frapper la main entre compagnons en signe de reconnaissance ou comme conclusion d’une affaire, d’un marché.

Tôper

(d’Hautel, 1808) : L’affaire est-elle conclue, tôpez-là. Se dit en présentant la main à celui avec qui on traite une affaire. La plupart des marchés se faisoient autrefois ainsi ; et ce simple attouchement étoit regardé comme une promesse inviolable. Aujourd’hui, il faut des écrits, des actes notariés, pour garantir la bonne foi dans les moindres affaires.

Topinambour

(Rossignol, 1901) : Nez rouge.

Topiser

(Rigaud, 1881) : Reconnaître, regarder avec attention, — dans le jargon des grecs.

Topo

(Larchey, 1865) : Officier d’état-major, plan topographique.

(Delvau, 1867) : s. m. Plan topographique, — dans l’argot des officiers d’état-major. Se dit aussi pour Officier d’état-major.

(Rigaud, 1881) : Remontrance de professeur à élève, — dans le jargon des collégiens ; du grec topos, lieu commun, discours banal.

(Rigaud, 1881) : Topographie, par apocope.

(Rigaud, 1881) : État-major. — Officier d’état-major.

(Merlin, 1888) : Apocope de plan topographique.

(Fustier, 1889) : Circulaire ; proposition, motion. Argot des élèves de l’École polytechnique.

Toquade

(Larchey, 1865) : Manie.

Prémary a une toquade. On le débine, on le nie, on veut le tuer.

A. Scholl.

(Larchey, 1865) : Inclination assez forte pour en faire négliger d’autres. V. Toqué.

Hortense est sur le chemin de la fortune… Une simple toquade, et elle est perdue.

Les Pieds qui r’muent, 1864.

V. Toqué.

(Delvau, 1867) : s. f. Manie, dada.

(Delvau, 1867) : s. f. Inclination, caprice, — dans l’argot de Breda-Street.

(Rigaud, 1881) : Manie, caprice amoureux, amour passager. — Avoir des toquades, s’éprendre facilement de quelqu’un, avoir fortement envie de quelque chose. — Elle a des toquades pour le premier venu.

(Boutmy, 1883) : s. f. Manie, dada, fantaisie, inclination. Ce mot, généralement usité dans le langage du peuple de Paris, a été introduit dans l’atelier typographique et ne paraît pas y être né.

(La Rue, 1894) : Manie. Caprice amoureux.

Toquadeuse

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse qui s’amuse à la moutarde du sentiment au lieu de songer aux protecteurs sérieux.

Toquante

(Larchey, 1865) : Montre. Allusion au tic-toc de la montre.

Un monsieur qui me trouva gentille m’offrit un jour une toquante d’or… La montre me tentait.

Rétif, 1778 Contemporains.

V. Billemont.

(Delvau, 1867) : s. f. Montre, — dans l’argot des faubouriens, à qui Vadé a emprunté cette expression :

Il avait la semaine
Deux fois du linge blanc,
Et, comme un capitaine,
La toquante d’argent.

Les voleurs disaient autrefois Toque, une onomatopée — tic-toc.

(La Rue, 1894) : Montre.

(Virmaître, 1894) : Montre de peu de valeur. Double sens : elle fait tic-toc et elle est en toc (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Montre.

Toquante, Tocante

(Rigaud, 1881) : Montre. Allusion au toc-toc du mouvement.

Toquard

(Fustier, 1889) : Argot de courses. Cheval sur lequel on a placé son argent, d’inspiration, sans savoir pourquoi.

Il y a trois manières de jouer très en usage. L’inspiration, c’est-à-dire prendre un toquard, parce qu’il porte le nom de la personne aimée, celui de votre chien ou le numéro d’un cabinet particulier…

(Vie parisienne, juin 1884.)

(Virmaître, 1894) : A. Delvau et M. Loredan Larchey écrivent tocard. Ces écrivains, pas plus que moi, n’ont inventé l’expression ; pour trouver la véritable orthographe, il était donc inutile de remonter à la source. Je trouve dans une vieille chanson ceci :

Maintenant tu t’toquardes de la frime,
Tes deux oranges tombent dans tes bas.
T’es des mois sans changer de lime,
Va même des mois qu’tu n’en a pas.

C’est donc toquard qui est le vrai mot (Argot du peuple).

Toque

(Halbert, 1849) : Mauvais.

Toqué

(Larchey, 1865) : À moitié fou. On dit de même. : Il a reçu un coup de marteau. C’est-à-dire : Son cerveau est bien près de se fêler.

Les collectionneurs sont toqués, disent leurs voisins.

Balzac.

V. Folichonnette.

(Larchey, 1865) : Épris.

Ma chère, les hommes c’est farce ! toujours la même chanson : Une femme à soi seul ! Toqués !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Fou plus ou moins supportable ; maniaque plus ou moins aimable ; original. Argot du peuple. Le patois normand a Toquard pour Têtu.

(Rigaud, 1881) : Maniaque, excentrique.

Et cependant Carnavalho n’était pas fou ; il n’était que toqué, mais de quoi ?

(R. de Beauvoir.)

Celui qui est toqué a, comme on dit, la tête près du bonnet, jadis toque, toquet ; c’est-à-dire qu’il est extravagant, un peu fou.

Toquemann

(Delvau, 1867) : s. m. Excentrique, extravagant, toqué, — dans l’argot des petites dames.

Toquer

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, choquer, trinquer ; faire le carillon avec les verres.

(Rigaud, 1881) : Sonner.

(Boutmy, 1883) : v. n. Remplacer momentanément. Ce mot est aujourd’hui à peu près inusité ; on dit maintenant : Faire un bœuf. V. Bœuf.

Toquer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’enthousiasmer pour quelqu’un ou pour quelque chose ; s’éprendre subitement d’amour pour un homme ou pour une femme.

(Rigaud, 1881) : Se passionner pour.

On a trouvé un mot très juste pour leurs amours, elles se toquent, elles ont des toquades.

(Jean Rousseay, Paris dansant.)

Je suis toqué de vous.

(Balzac.)

Torche-cul

(Delvau, 1867) : s. m. Journal, — dans l’argot du peuple, qui ne prise la politique et la littérature que comme aniterges.

(Rigaud, 1881) : Imprimé sans valeur, journal méprisable, — dans l’argot du peuple. — Comptabilité, écritures d’un chef de train, — dans le jargon des employés du service actif des chemins de fer.

Torchée

(Fustier, 1889) : Coups. Rixe.

(Hayard, 1907) : Bataille.

Torcher

(d’Hautel, 1808) : Cet un ouvrage bien torché. Se dit ironiquement d’un ouvrage fait avec peu de soin ; bousillé.
Torcher quelqu’un. Le battre ; le maltraiter ; l’arranger d’une rude manière.
Des torche-cadet. Des papiers inutiles, des actes qui ne sont bons à rien, ou dont on ne fait aucun cas.

(Rigaud, 1881) : Tourner avec grâce et facilité un petit travail littéraire ; faire dans les mêmes conditions une œuvre d’art sans importance.

Monselet qui a si galamment torché le si joli sonnet à l’asperge.

(L. Veuillot.)

(Rigaud, 1881) : Donner des coups, battre ; d’où l’expression se donner un coup de torchon.

(Fustier, 1889) : Faire vite et mal. — Manger. Torcher les plats. Avoir appétit.

Torcher (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se battre.

(Delvau, 1867) : Se servir d’une aniterge.

(La Rue, 1894) : Se battre.

Torcher de la toile

(Delvau, 1867) : v. a. Se hâter de faire une chose, aller rapidement vers un but, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Torcher le cul de (se)

(Rigaud, 1881) : Mépriser profondément quelqu’un ; ne faire nul cas d’une chose.

Torcher le cul de merde (se)

(Virmaître, 1894) : Ce n’est pas le comble de la propreté, mais cette expression caractéristique dit bien le peu de cas que l’on fait de quelqu’un et combien on le méprise (Argot du peuple).

Torcher le cul de… (se)

(Delvau, 1867) : Faire peu de cas, mépriser profondément, — dans l’argot du peuple, qui, par une hyperbole un peu forte, dit cela à propos des gens comme à propos des choses.

Torcher le nez (s’en)

(Delvau, 1867) : Se passer d’une chose.

Torcher le nez (se)

(Larchey, 1865) : Se passer. On dit de même qu’une chose passe devant le nez.

Tout cela vient de Pitt envoyé par les alliés, mais ils s’en sont torchez le nez.

Mauricault, Ch.,179..

Torchon

(d’Hautel, 1808) : Elle est faite comme un torchon ; c’est un torchon. Se dit par mépris d’une femme peu soigneuse, sale et malpropre dans ses vêtemens.
Le torchon brûle. Locution populaire qui signifie que la mésintelligence et la discorde règnent entre deux personnes.

(Rigaud, 1881) : Sale fille publique. Le torchon est une fille publique placée dans l’échelle de la prostitution bien au-dessous dulinge. — Cuisinière malpropre, souillon de cuisine.

(Fustier, 1889) : Argot de cabotins. La toile, le rideau.

(La Rue, 1894) : Prostituée commune. L’élégante s’appelle linge.

Torchon (coup de)

(Rigaud, 1881) : Fusillade ; coups de fusil, coups de sabre. Se donner un coup de torchon, se battre en duel à l’arme blanche, se battre contre l’ennemi, dans le jargon des troupiers.

Torchon (se donner un coup de), se torcher

(Larchey, 1865) : Se battre. — Même allusion que dans frotter. — Se dit aussi pour faire toilette.

Allons jusqu’aux chouans, leur donner un coup de torchon.

Henry, Ch. 1836.

Le torchon brûle à la maison se dit pour annoncer une querelle domestique.

Je ne suis plus son jujule, son chou, son rat, son trognon, l’torchon brûle, l’torchon brûle à la maison.

Dalès.

Torchon brûle (le)

(Delvau, 1867) : Se dit de deux amants qui se boudent, ou de deux amis qui sont sur le point de se fâcher.

(Rigaud, 1881) : Ça va mal dans le ménage.

(La Rue, 1894) : Querelle dans le ménage.

Torchon, Torchon littéraire

(Rigaud, 1881) : Journal méprisable, journal dont on ne partage pas l’opinion, — dans l’argot de la petite presse.

Torchonner

(d’Hautel, 1808) : Chiffonner ; fripper.
Un habit, une robe torchonnée. C’est-à-dire, faits sans goût, ou frippés.
On dit aussi d’une personne mal vêtue, ou trop surchargée d’ornemens, qu’Elle est torchonnée.

Tord boyaux

(Virmaître, 1894) : Mauvaise eau-de-vie. Elle corrode l’estomac et tord littéralement les boyaux des malheureux abrutis qui recherchent cet horrible breuvage (Argot du peuple).

Tord-boyaux

(Larchey, 1865) : Mauvaise eau-de-vie.

Avaler un verre de tord-boyaux, comme l’appelait notre amphitryon.

Vidal, 1833.

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie commune.

La riboteuse qui consomme
Plus de spiritueux qu’un homme
Et lampe sans peur le rogomme,
Le sacré-chien, le tord-boyaux.

(A. Pommier, Paris.)

(Hayard, 1907) : Eau-de-vie.

Tordion

(Delvau, 1864) : Vieux mot signifiant remuement, employé pour exprimer les mouvements lascifs faits dans l’acte vénérien.

Et inventa la bonne dame
Mille tordions advenants,
Pour culeter à tous venants.

Cl. Marot.

Il semble à ce pauvre homme qu’elle avait appris ces tordions d’un autre maître que lui.

B. Desperriers.

Elle ne se put en garder de faire un petit mobile tordion de remuement non accoutumé de faire aux nouvelles mariées.

Brantôme.

Elle a pour le moins trente-cinq ans sur la tête, ce qui me fait croire qu’elle a oublié tous ces petits tordions et gaillards remuements, qui chatouillent la jeunesse.

P. De Larivet.

Tordre

(d’Hautel, 1808) : Il ne fait que tordre et avaler. Se dit d’un goinfre, d’un goulu, d’un homme qui avale les morceaux presque sans les mâcher.

Tordre le cou à un lapin

(Delvau, 1867) : Le manger.

Tordre le cou à un lapin, à une gibelotte

(Rigaud, 1881) : Manger du lapin. Tordre le cou à une négresse, boire une bouteille de vin rouge.

Tordre le cou à une bouteille

(Delvau, 1867) : La boire, — dans l’argot du peuple.

Tordu

(Rigaud, 1881) : Dupe des mieux exploitées, — dans l’argot des grecs. C’est-à-dire pigeon auquel on a tordu le cou.

Torgnole

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet ou coup de poing, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Soufflet. Coups. Correction.

Torgnolle

(d’Hautel, 1808) : Pour, morniffle, tape, soufflet.
Recevoir ou attraper une torgnolle. Pour dire, une tape, un soufflet, un coup quelconque.

(Rigaud, 1881) : Soufflet. Chiquenaude. — Allonger une torgnolle.

Torniquet

(anon., 1827) : Moulin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Moulin.

(Bras-de-Fer, 1829) : Moulin.

(Halbert, 1849) : Moulin.

(Larchey, 1865) : Moulin (Vidocq). — Sa roue tourne.

Toroque

(Clémens, 1840) : Marque infamante.

Torpiaude

(Delvau, 1867) : s. f. Femme de mauvaise vie, — dans l’argot des paysans de la banlieue.

Torpille

(Delvau, 1867) : s. f. Femme galante. Circé parisienne qui ravit les hommes et les change en bêtes. Le mot est de H. De Balzac, qui l’a appliqué à une de ses héroïnes, la courtisane Esther. Torpille d’occasion. Fille de trottoir.

Torpille d’occasion

(Virmaître, 1894) : Fille publique. Ainsi nommée parce qu’elle fait sauter la bourse des pantes (Argot des souteneurs).

Torse

(Larchey, 1865) : Estomac.

Un verre de fil en quatre… Histoire de se velouter le torse.

Th. Gautier.

Il s’était, outre mesure, bourré le torse ; langage d’atelier.

P. Borel, 1833.

(Delvau, 1867) : s. m. Estomac, — dans l’argot des faubouriens. Se rebomber le torse. Manger copieusement. Se velouter le torse. Boire un canon de vin ou d’eau-de-vie.

(Delvau, 1867) : s. m. Tournure, élégance, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres. Poser pour le torse. Marcher en rejetant la poitrine en avant pour montrer aux hommes, quand on est femme, combien on est avantagée, ou pour montrer aux femmes quand on est homme, quel gaillard solide on est.

Torse (se velouter le)

(Rigaud, 1881) : Ingurgiter un petit verre de liqueur.

Torseur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait des effets de torse. Expression créée par N. Roqueplan.

Torticolis

(d’Hautel, 1808) : Ne vous fiez pas à ces torticolis. C’est-à-dire, à son hypocrisie, à sa cafardise.

Tortillant

(Larchey, 1865) : Boiteux, qui tortille en marchant (Vidocq).

Tortillante

(Rigaud, 1881) : Vigne, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Vigne.

(Virmaître, 1894) : Le cep de vigne qui pousse en espalier devant les maisons dans les campagnes. Allusion au bois qui se tortille de mille façons. Claude Tillier a écrit dans un de ses pamphlets :
— Nos pères étaient faits de ce bois noueux et tortillé dont on fait les forts (Argot du peuple).

Tortillard

(Halbert, 1849) : Fil de fer ou de laiton.

(Delvau, 1867) : s. m. Fil de fer, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Boiteux, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Fil de fer, — dans le jargon des voleurs. — Boiteux, contrefait.

(La Rue, 1894) : Fil de fer. Homme contrefait, bancal.

(Virmaître, 1894) : Fil de fer (Argot des voleurs).

Tortillé

(Rigaud, 1881) : Gauche, maladroit. Espèce de tortillé.

Tortiller

(d’Hautel, 1808) : Tortiller de l’œil. Pour dire, payer le tribut à la nature, expirer, mourir.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Manger.

(Halbert, 1849) : Boiter.

(Larchey, 1865) : Manger.

En trois jours nous aurons tout tortillé.

Vidal, 1833.

Voyez-vous, j’avais tortillé une gibelotte et trois litres.

Ricard.

V. Bec. — Allusion au mouvement des mâchoires.

(Larchey, 1865) : Faire des façons.

L’ordre est formel. Il n’y a pas à tortiller.

L. Desnoyer.

Tortiller de l’œil : V. œil. — Tortiller : Avouer (Vidocq). V. Bayafe.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Manger.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire des façons, hésiter, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie jamais ce verbe qu’avec la négative. Il n’y a pas à tortiller. Il faut se décider tout de suite. On dit aussi Il n’y a pas à tortiller des fesses ou du cul.

(Delvau, 1867) : v. n. Avouer, dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Déterminer une mort prompte. — Le poison tortille. — Être tortillé, mourir en peu de temps. — Être tortillé par le choléra.

(Rigaud, 1881) : Faire des révélations, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Manger, manger vite, — dans le jargon du peuple. — Comme tu tortilles !

(La Rue, 1894) : Manger. Avouer. Mourir. Boiter.

(Virmaître, 1894) : Manger.
— Il te tortille un morceau de lartif en une broquille.
Se tortiller
pour ne pas vouloir dire la vérité : chercher des faux-fuyants.
— As-tu vu comme elle tortille des fesses en marchant ?
— Il n’y a pas à tortiller du cul, il faut que tu avoues.
— Il ne faut pas tortiller, faut y passer (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Manger.

(Hayard, 1907) : Manger.

Tortiller de l’œil

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Tourner de l’œil et Être tortille.

Tortiller des fesses

(Rigaud, 1881) : Scander sa démarche, se déhancher en marchant. — Il n’y a pas à tortiller des fesses, il ne faut pas faire tant de façons, il faut prendre un parti ; on ajoute, pour donner plus de force à l’expression : il faut chier dur.

Tortiller du cul ou des fesses

(Delvau, 1864) : Se trémousser sons l’homme. — Hésiter, faire des manières. — On dit aussi : tortiller de la crinoline, c’est-à-dire : se déhancher, soit en dansant, soit en marchant pour allumer les galants.

Quand on va boire à l’Écu
N’ faut pas tant tortiller du cu.

Vadé.

Quand tout sommeille aux alentours,
Hortense, se tortillant d’aise,
Dit qu’elle veut que je la baise
Toujours, toujours.

A. Privat d’Anglemont.

Au miché je sais battre un ban ;
Je sais tortiller de l’échine.

(Chanson anonyme moderne.)

Tortiller la vis

(Fustier, 1889) : Étrangler.

Je l’avais prévenu que s’il faisait un mouvement, j’allais lui tortiller la vis.

(Gazette des Tribunaux, 1864.)

Tortiller le carton

(Fustier, 1889) : Jouer aux cartes.

Parfois deux sociétés font alliance pour tortiller le carton. C’est l’expression consacrée par les joueurs de besigue, de piquet à quatre, ou de rams.

(Réveil, 1882.)

V. Delvau : Carton.

Tortillette

(Delvau, 1867) : s. f. Bastringueuse, fille qui se déhanche exagérément en dansant. Se dit aussi d’une Petite dame qui tortille de la crinoline en marchant, pour allumer les hommes qui la suivent.

Tortillon

(d’Hautel, 1808) : Crochet, espèce de coiffure.
Un petit tortillon. Terme de mépris. Fille de basse extraction.

(Delvau, 1867) : s. m. Petite servante, fillette.

Tortorage

(Fustier, 1889) : Nourriture.

(La Rue, 1894) : Nourriture.

Tortorant

(Rossignol, 1901) : Restaurant.

Tortore

(Rigaud, 1881) : Repas. — Passer à la tortore, manger.

Tortorent

(Virmaître, 1894) : Gargote où l’on mange (Argot des souteneurs).

Tortorer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Manger, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

(Rigaud, 1881) : Manger. — Tortorer le pain à cacheter, communier.

(Virmaître, 1894) : Manger (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Manger.

(Hayard, 1907) : Même sens — manger.

Tortouse

(Halbert, 1849) : Corde.

(Hayard, 1907) : Corde.

Tortouser

(Hayard, 1907) : Attacher.

Tortu

(d’Hautel, 1808) : Il n’est ni tortu, ni bossu. Se dit en plaisantant, pour exprimer que la taille d’une personne n’a aucune de ses imperfections.

(Rigaud, 1881) : Vin, — dans l’ancien argot. Allusion au bois tordu de la vigne.

(Virmaître, 1894) : Le vin.
— Allons, mastroquet, sers-nous deux cholettes de tortu.
Cholette :
chopine, tortu : le vin, en souvenir du bois tortu qui produit le raisin (Argot du peuple).

Tortu (du)

(Halbert, 1849) : Du vin.

Tortu (le)

(Delvau, 1867) : s. m. Le vin, — dans l’argot des voleurs, qui, fils de la terre pour la plupart, savent que la vigne est une plante sarmenteuse, contournée, torte, et qui ont voulu donner son nom à son produit.

Tortue

(d’Hautel, 1808) : Marcher à pas de tortue. Pour dire nonchalamment, d’une manière indolente.

(Larchey, 1865) : Vin (Vidocq). V. Faire la tortue.

(Rigaud, 1881) : Femme, amante.

Toton

(d’Hautel, 1808) : Espèce de dé traversé d’une cheville, et que l’on fait tourner.
Il est presque généralement usité de dire, d’après les écoliers, un tonton.

Touche

(Halbert, 1849) : Tournure d’individu.

(Larchey, 1865) : Physionomie grotesque.

(Delvau, 1867) : s. f. Physionomie, façon d’être, allure, — dans l’argot du peuple, qui emploie orinairement ce mot en mauvaise part. Bonne touche. Tête grotesque. Avoir une sacrée touche. Être habillé ridiculement ou pauvrement.

(Delvau, 1867) : s. f. Coup de poing ou coup de couteau.

(Rigaud, 1881) : Tournure ; physionomie. — Avoir une bonne touche, avoir une bonne tournure. Foutue touche, mauvaise tournure.

(La Rue, 1894) : Tournure, allure. Coup.

Touché

(Delvau, 1867) : adj. Réussi, éloquent, — dans l’argot des faubouriens et des gens de lettres. Article toucé. Bien écrit. Parole touchée. Impertinence bien dite.

Touché (c’est)

(Rigaud, 1881) : C’est bien fait, en parlant d’une œuvre d’art. — C’est bien dit, bien répliqué ; c’est très bien.

Touche (sainte)

(Rigaud, 1881) : La paye, le jour de la paye, — dans le jargon des ouvriers. Une sainte en grande vénération, parmi le peuple.

Toucher

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

La belle fille qui voulait être touchée au bas du ventre.

(Moyen de parvenir.)

Écoute, mon mignon, contemple
Du bon Joseph les saints exemple
Qui ne toucha a sainte dame.

Jodelle.

Mais si un amoureux la touche,
Elle repartira, du cu,
Encore mieux que de la bouche.

(Cabinet satyrique.)

Où le mari, parce qu’il la touchait quelquefois, pensait avoir part.

Brantôme.

N’ayant touché que vous, je n’en puis rien savoir.

J. de Schelandre.

Mais il ne lui touchait que quand la fantaisie lui en prenait.

Tallemant des Réaux.

Il ne lui touche point, vit dedans l’abstinence.

La Fontaine.

Phébus, au même état où je me suis couchée,
Me trouve le matin sans que l’on m’ait touchée.

(Épigrammes.)

Elle lui dit que s’il la touche, elle criera.

Ch. Sorel

Femme gentille et sage
Est un trésor ; mais il n’y touche point.

Parny.

(Larchey, 1865) : Frapper fort. — Ironie. V. Aplomb.

Toucher (se)

(Delvau, 1864) : Se livrer à la masturbation., à ce plaisir solitaire que Martial appelle si justement gaudia fœda, £t dont tant de jeunes gens sont morts, — sans compter le compositeur Bellini. Les murs de Paris ont été longtemps couverts de cette légende : Galimard se touche. Serait-ce vrai, Seigneur !

(Rigaud, 1881) : Pratiquer l’onanisme. Se dit principalement en parlant des enfants qui ont cette funeste habitude.

Toucher à la marchandise

(Rigaud, 1881) : Palper la marchande… de plaisir, — dans le jargon des soupeuses.

Toucher la grosse corde

(Delvau, 1864) : Patiner le membre viril et le faire résonner sur le ventre.

Toucher les frises

(Delvau, 1867) : Obtenir un grand succès, s’élever à une grande hauteur tragique ou comique. Argot des coulisses.

Toucher son prêt

(Delvau, 1867) : v. a. Être l’amant en titre d’une fille, — dans l’argot des souteneurs, qui ne craignent pas de faire leur soupe avec cette marmite. On dit aussi Aller aux épinards.

Touches de piano

(Rigaud, 1881) : Dents longues et larges.

Touillaud

(d’Hautel, 1808) : Un gros touillaud. Pour dire un homme gras, et dodu, un compère la joie, un Roger-bon-temps.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Gaillard, et même paillard. Argot du peuple.

Touiller

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Remuer, agiter un liquide, — dans l’argot du peuple. C’est une expression provinciale.

(La Rue, 1894) : Remuer.

(Virmaître, 1894) : Remuer.
— Touille ton café pour faire fondre le sucre (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Remuer une sauce est la touiller. C’est un mot patois dont on se sert souvent en jouant au loto, pour dire à celui qui appelle les numéros, de les remuer dans le sac : touille.

Touiller, Trouiller

(Rigaud, 1881) : Remuer avec une cuiller, le fond d’un poêlon. — Mêler les dominos, battre les cartes.

Toulabre, Toulmuche

(Rigaud, 1881) : Toulon.

Toupet

(d’Hautel, 1808) : Audace, effronterie, impudence.
Cet homme a un fameux toupet. Pour, est entreprenant, hardi, effronté.
Se prendre au toupet. Se prendre aux cheveux, en venir aux mains, aux voies de fait.

(Larchey, 1865) : Grande effronterie. — Jeu de mots. — Le toupet est supérieur au front.

Et dire qu’avec du toupet et de la mémoire tout le monde en f’rait autant.

H. Monnier.

Se payer de toupet : Payer d’audace. V. Créper.

Que de gens font étalage, S’payant de toupet, N’ont rien dans leur ménage.

Chanson, 1832.

(Delvau, 1867) : s. m. Aplomb, effronterie. Payer de toupet. Ne pas craindre de faire une chose.

(Delvau, 1867) : s. m. La tête. Se foutre dans le toupet. S’imaginer, s’entêtera croire.

(Rigaud, 1881) : Aplomb, impudence. — Toupet bœuf, aplomb énorme. Toupet de commissaire, impudence.

Toupet (avoir du)

(Delvau, 1864) : Avoir la motte bien garnie.

Ce n’est point là le conin que vous aviez au couvert ; il n’y avait que du poil follet, du duvet, et je tiens là un toupet. un vrai toupet.

La Popelinière.

(Virmaître, 1894) : Avoir un aplomb formidable. Se payer de toupet pour affronter quelqu’un. On dit dans le peuple :
— Il a plus de toupet que de cheveux (Argot du peuple).

Toupet (se foutre dans le)

(Rigaud, 1881) : Se mettre dans la tête, s’imaginer.

Toupie

(d’Hautel, 1808) : Au propre, jouet d’enfant. Au figuré, terme de mépris, qui sert à désigner une femme tombée dans la plus vile prostitution.

(Halbert, 1849) : Femme sans mœurs.

(Delvau, 1864) : Femme de mauvaise vie, mais de bonne volonté, qu’on fait tourner comme l’on veut — en y mettant le prix.

Misère et corde ! c’est déjà des histoires pour des toupies.

Gavarni.

(Larchey, 1865) : Femme de peu, tournant en toutes mains, comme une toupie. — Usité dès 1808.

L’insolent traite sa grande sœur de toupie.

Colmance.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui tourne au gré du premier venu, — dans l’argot du peuple, cruel pour les drôlesses, ses filles. Les voyous anglais emploient la même expression (gig) à propos des mêmes créatures.

(Delvau, 1867) : s. f. La tête, — dans l’argot des faubouriens. Avoir du vice dans la toupie. Être très malin, savoir se tirer d’affaire.

(Rigaud, 1881) : Femme de mauvaise vie. — Elle tourne comme une toupie dans les bras de tous les hommes.

(Fustier, 1889) : Dame d’un jeu de cartes.

(La Rue, 1894) : La tête. Femme méchante ou de mauvaises mœurs.

(Hayard, 1907) : Femme.

Toupiller

(Delvau, 1867) : v. n. Aller et venir, tourner comme une toupie. Beaumarchais l’a employé dans le Barbier de Séville. On dit aussi Toupier.

Toupin

(Halbert, 1849) : Boisseau.

(Delvau, 1867) : s. m. Boisseau, — dans l’argot des voleurs.

Toupiner

(Halbert, 1849) : Mesurer au boisseau.

Toupinier

(Delvau, 1867) : s. m. Boisselier.

Tour

(d’Hautel, 1808) : Tour de gueux. Mouvement circulaire des épaules et du dos, à dessein d’apaiser les démangeaisons importunes que l’on éprouve. Ce mouvement très-incivil, est familier aux indigens, aux gens chez qui la misère et la malpropreté engendrent toute sortes de vermines.
Faire le tour du cadran. Dormir douze heures de suite ; se coucher à minuit, et ne se réveiller qu’à midi.
Il fait son tour de France. Se dit d’un artisan qui voyage par la France, en exerçant sa profession.
Il est allé faire un tour en l’autre monde. Pour dire il est mort.
À ton tour paillasse. Expression bouffonne usitée parmi les batteleurs et les histrions, et que l’on emploie fréquemment dans la conversation familière, lorsque successivement on vient à commencer une opération quelconque.

(Delvau, 1867) : s. m. Farce ; tromperie. Faire voir le tour. Tromper. Connaître le tour. Être habile, malin, ne pas se laisser tromper.

Tour (faire faire demi-)

(Merlin, 1888) : Faire retourner sur ses pas, ou rentrer à la caserne. — Lorsqu’un soldat passe devant un supérieur sans le saluer, celui-ci lui fait faire demi-tour, afin qu’il repasse devant lui, en le saluant militairement. — Faire demi-tour en principe signifie s’en aller sans répliquer.

Tour (faire voir le)

(Larchey, 1865) : Tromper.

Pour parvenir dans le commerce, Chacun s’exerce à qui fera voir le tour aux pauvres chalands.

Chansonnier, 1836.

Connaître le tour : Connaître toutes les ruses.

(Rigaud, 1881) : Tromper, mentir avec succès.

Tour (la)

(Fustier, 1889) : La Préfecture de Police.

(Virmaître, 1894) : La Conciergerie et le Palais de justice. Allusion à la tour de l’horloge. À ce propos, une légende populaire veut que cette horloge ait sonné l’heure du signal pour le massacre de la Saint-Barthélémy (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : La préfecture de police.

Tour de Babel

(Delvau, 1867) : s. f. Chambre des Députés, — dans l’argot des faubouriens.

Tour de Babylone

(d’Hautel, 1808) : Signifie un lieu où règne la confusion et le désordre, où tout le monde parle à la fois.
On dit plus communément d’un lieu de cette sorte, que c’est la tour de Babel.

Tour de bâton

(Delvau, 1867) : s. m. Profit illicite sur une affaire, ressources secrètes. Argot des bourgeois.

Tour de bête (au)

(Delvau, 1867) : adv. À l’ancienneté, — dans l’argot des troupiers. Passer capitaine à son tour de bête. Être nommé à ce grade, non à cause des capacités militaires qu’on a montrées, mais seulement parce qu’on a vieilli sous l’uniforme.

(Rigaud, 1881) : Par rang d’ancienneté, — dans le jargon des troupiers.

Il passa capitaine à l’ancienneté, à son tour de bête, comme il disait en rechignant.

(Ed. About, Trente et quarante.)

Tour de bête (passer à son)

(Merlin, 1888) : Être promu à l’ancienneté.

Tour de bitume

(Delvau, 1864) : Promenade des filles sur les boulevards, pour raccrocher des hommes et les ramener, soit au bordel, si elles sont en maison, soit dans leur appartement lorsqu’elles sont chez elles.

Allons ! voilà mon tour de bitume arrivé…
Au persil ! au persil !…

Lemercier de Neuville.

Tour de clef (se donner un)

(Fustier, 1889) : Se reposer, se refaire, se mettre au vert.

Apollinaris est venu passer cinq ou six semaines à Aix-les-Bains, histoire de se redonner un tour de clef.

(Raoul Nest : Les mains dans mes poches.)

Tour de cravate (donner un)

(Rigaud, 1881) : Étrangler.

Tour de fesse

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien.

Francine, trop chaude du cu,
Pour mieux couvrir ses tours de fesse,
Voulait épouser un cocu.

Théophile.

Tour pointue

(Rigaud, 1881) : Préfecture de police ; et la pointue, par abréviation. — Aller faire un tour à la pointue, aller visiter la pointue, être enfermé au dépôt.

Tour pointue (la)

(Virmaître, 1894) : Préfecture de police (Argot des voyous).

Tour, tour pointue

(La Rue, 1894) : Palais de justice. Préfecture de police. Le Dépôt.

Tourbe

(Rigaud, 1881) : Misère. — Être rien dans la tourbe, être dans une misère profonde.

(La Rue, 1894) : Misère. Embarras.

(Virmaître, 1894) : La lie du peuple. Populace, le plus bas qu’il soit possible de l’imaginer (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Misère.

Je ne possède plus rien, je suis dans la tourbe jusqu’au cou.

Tourbe (être dans la)

(Virmaître, 1894) : V. Purée.

Touret

(Rossignol, 1901) : Gros goujon. Les pécheurs nomment un gros goujon un touret, pour faire allusion au touret, cheville qui est sur la nage d’un bachot et où l’on met l’anneau de l’aviron lorsqu’on rame.

Tourier

(Rigaud, 1881) : Terme de pâtissier.

Le premier tourier prépare la pâte des gâteaux fins et leur donne la forme primitive.

(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris.)

Tourlade

(Virmaître, 1894) : Les forçats, autrefois, quand le bagne était à Toulon, appelaient cette ville Tourlade. Changement de finale (Argot des voleurs).

Tourloure, Tourlourou

(Rigaud, 1881) : Conscrit.

Tourlourer

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, assassiner, — dans l’argot des voleurs.

Tourlourou

(Larchey, 1865) : Soldat du centre. — Forme du vieux mot turelureau, soldat de garnison. V. Du Cange. — Au quatorzième siècle, la turelure (prononcez toureloure) était une porte fortifiée, une sorte de château flanque de tourelles.

Si le tourlourou est solide sur l’école de peloton, il n’est pas moins ferré sur l’école de la séduction.

M. Saint-Hilaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat d’infanterie, — dans l’argot du peuple. Francisque Michel pousse une pointe jusqu’au XIVe siècle et en rapporte les papiers de famille de ce mot : turlereau, turelure, tureloure, dit-il. Voilà bien de la science étymologique dépensée mal à propos ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le mot tourlourou est moderne.

(La Rue, 1894) : Conscrit. Fantassin.

(Rossignol, 1901) : Ce mot qui, en français signifie jeune soldat, a une autre signification peu connue, mais dont on se sert cependant ; il a été importé de la Nouvelle-Calédonie par les déportés et transportés. Tous les Canaques savent que Tourlourou veut dire dauffé.

Tourlousine (administrer une)

(Fustier, 1889) : Battre, rouer de coups. Argot des rôdeurs.

Les inculpés reconnaissent qu’ils ont été chargés par l’inconnu de frapper M. P…, de lui administrer une tourlousine, dit Zulpha (un des inculpés).

(Autorité, janvier 1888.)

Tourmente

(Larchey, 1865) : Colique (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Colique, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Colique, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Colique.

Tournailler

(d’Hautel, 1808) : Rôder, virer, faire cent tours et détours.

Tournant

(Delvau, 1867) : s. m. Moulin, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Jeu de baccarat où chaque joueur fait, à son tour, office de banquier. C’est la variante du chemin de fer. Variante particulièrement usitée dans les cercles. — Faire un tournant, un petit tournant.

Tournante

(anon., 1827) : Une clé.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Clef.

(Bras-de-Fer, 1829) : Clé.

(M.D., 1844) : Une clé.

(Halbert, 1849) : Une clef.

(Larchey, 1865) : Clé (Vidocq). — Elle tourne dans la serrure. — V. Tremblant.

(Delvau, 1867) : s. f. Clé, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Clé.

(Merlin, 1888) : Montre, — de l’argot parisien.

(Virmaître, 1894) : Clé. Elle fait en effet tourner le pène dans la serrure (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : V. Anguille.

(Rossignol, 1901) : Clé.

(Hayard, 1907) : Clef.

Tourné

(Delvau, 1867) : adj. Mou, — dans le même argot [des voleurs]. Tournée. Molle.

Tourne à gauche

(Merlin, 1888) : Tailleur inhabile.

Tourne-à-gauche

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sur le caractère duquel on ne peut compter, girouette. Argot du peuple.

Tourne-autour

(Larchey, 1865) : Tonnelier (Vidocq). — Allusion au mouvement habituel imposé par son métier.

(Delvau, 1867) : s. m. Tonnelier, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Tonnelier.

Tourne-vis

(Fustier, 1889) : Gendarme. Argot des malfaiteurs.

Le gendarme est naturellement l’obsession du repris de justice ; il le voit partout et l’a baptisé d’un nom caractéristique ; le tourne-vis.

(Figaro, février 1885.)

(La Rue, 1894) : Gendarme. Chapeau à cornes.

(Virmaître, 1894) : V. Hirondelle de potence.

(Virmaître, 1894) : Chapeau à cornes que portent les gendarmes. Ce terme s’est généralisé, il est employé pour tous les chapeaux quelles que soient leurs formes (Argot du peuple).

Tournée

(Larchey, 1865) : Pile, correction faisant tourner et retourner la victime.

Après, je donne une tournée à la Chouette. Je tiens à ca.

E. Sue.

Danse et Walse offrent la même image.

(Larchey, 1865) : Rasade offerte à l’assistance devant le comptoir du marchand de vins. — La tournée est une rasade qui fait le tour de la compagnie assemblée. On a voulu y voir une allusion à la petite roue qui offre aux buveurs le moyen de jouer leur consommation sans quitter le comptoir du marchand de vins. mais alors le terme offrir ou payer une prochaine tournée, qui est fort usité, serait un non sens. ce qui se joue ne peut s’offrir.

il offre une tournée au café Robert.

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. f. Rasade offerte sur le comptoir du marchand de vin, — dans l’argot du peuple. Offrir une tournée. Payer à boire.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups reçus ou donnés. Payer une tournée. Battre.

(Rigaud, 1881) : Politesse à coups de canon sur le comptoir du marchand de vin. Chaque camarade offre, à son tour, à la société, la consommation ; c’est ce qui constitue le tour ou tournée ; puis la tournée recommence. D’autres fois elle se joue au tourniquet. Certaines tournées du lundi, inaugurées à neuf heures du matin, ne sont pas terminées à une heure. — Tournée du mastroquet, le moment où le mastroquet s’exécute à son tour.

Tournée de vitriol

(Rigaud, 1881) : Tournée d’eau-de-vie.

Tournée pastorale

(Fustier, 1889) : Tournée qui a lieu en bande, le soir, après un bon dîner, dans des maisons hospitalières. La tournée pastorale implique ordinairement la flanelle.

Tourner

(d’Hautel, 1808) : Tourner le nez du côté de la marmite. Se disposer à aller dîner ; à se mettre à table.
Tourner casaque. Lâcher pied, tourner le dos, changer de parti.
Tourner autour du pot. Biaiser, ne pas aller, droit au but.
Il tourne comme une girouette. Se dit d’un homme inconstant et léger, sans caractère, sans volonté déterminée.

Tourner (faire)

(anon., 1827) : Attraper.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Attraper, mystifier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Attraper.

(Halbert, 1849) : Attraper.

(Rigaud, 1881) : Mystifier, se moquer.

Tourner autour du pot

(Delvau, 1867) : v. n. N’oser parler franchement d’une chose ; hésiter avant de demander une grâce, un service.

Tourner de l’œil

(Delvau, 1864) : Tourner La prunelle, Montrer le blanc des yeux en jouissant.

Tu tournes la prunelle…
Tu vas jouir… ma belle…

Marc Constantin.

(Larchey, 1865) : S’assoupir, mourir.

Trois ou quatre méchantes chopines… et ça tourne l’œil.

Gavarni.

Du poison !… Allons, bois… tu vas tourner de l’œil tout de suite.

Chenu.

(Delvau, 1867) : Se pâmer, s’évanouir de plaisir.

(Delvau, 1867) : S’endormir. Signifie aussi, par extension, Mourir.

(Rigaud, 1881) : Mourir.

(La Rue, 1894) : Dormir. Mourir. Se pâmer de plaisir.

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mourir.

Tourner en eau de boudin

(Delvau, 1867) : v. n. Se dit d’une chose sur laquelle on comptait et qui vous échappe, d’une entreprise qui avorte, d’une promesse qu’on ne tient pas. Faire tourner quelqu’un en eau de boudin. Se moquer de lui, le berner par des promesses illusoires.

Tourner l’œil

(Rigaud, 1881) : Avoir envie de dormir.

Tourner la vis

(Delvau, 1867) : v. a. Tordre le cou à quelqu’un.

Tourner le feuillet

(Rigaud, 1881) : Retourner aux fastes de Sodome.

Tournevis

(Rigaud, 1881) : Chapeau à cornes. (L. Larchey)

Tournigue

(Virmaître, 1894) : V. Blaire.

Tourniquet

(Delvau, 1867) : s. m. Chirurgien, — dans l’argot des marins.

(Delvau, 1867) : s. m. Moulin, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Chirurgien militaire. Il tourne autour des lits.

(Rigaud, 1881) : Moulin.

(La Rue, 1894) : Moulin. Chirurgien de marine.

(Hayard, 1907) : Correctionnelle, conseil de guerre.

Tourniquet (passer au)

(Merlin, 1888) : Passer au conseil de guerre. On dit aussi : passer au falot.

Tournon

(d’Hautel, 1808) : La rue de Tournon. Au propre, nom d’une rue de Paris qui aboutit au Luxembourg. Au figuré, et par jeu de mots, embarras, affaire embrouillée, fausse spéculation.
Se mettre dans la rue de Tournon. Pour dire se tromper dans ses calculs, dans ses spéculations, se fourvoyer ; s’égarer.
Mettre quelqu’un dans la rue de Tournon. Le tromper, abuser de sa bonne foi, le frustrer, le voler.
Il est dans la rue de Tournon. Pour, il s’égare, il se méprend, il s’abuse lui-même.
On dit aussi d’un homme qui a bu avec excès, qui est ivre, qu’il est dans la rue de Tournon.

Tourte

(Rigaud, 1881) : Tête. — Écrevisse dans la tourte, grain de folie, grande excentricité. Variantes : Obus dans la casemate, chauve-souris dans la mansarde.

(Rigaud, 1881) : Vieille femme ridicule. — Chapeau mal fait, grotesque, — dans le jargon des modistes.

(La Rue, 1894) : Vieille ridicule, Imbécile.

(Hayard, 1907) : Bête, imbécile.

Tourtoure

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Corde. S’esbigner à la tourtoure, s’évader de prison au moyen d’une corde.

Tourtouse

(anon., 1827) : Corde.

(Bras-de-Fer, 1829) : Corde.

(Delvau, 1867) : s. f. Corde, lien, — dans le même argot [des voleurs]. C’était autrefois une expression et une chose officielles, le funis strangulatorius qu’employait M. de Paris pour lancer les criminels dans l’éternité.

(Rigaud, 1881) : Corde, corde servant à garrotter un prisonnier.

(La Rue, 1894) : Corde. Tourtousier, cordier.

(Virmaître, 1894) : La corde. Tourtouser : lier. Tourtousier : le cordier (Argot des voleurs).

Tourtouse, tortouse

(Larchey, 1865) : Cordes à menottes. — Tourtouser : Lier, garrotter (Vidocq). — Mot expressif indiquant l’action de lier tout au tour. — V. Criblage, Coltiger.

Tourtouser

(Delvau, 1867) : v. a. Lier, garrotter.

(Rigaud, 1881) : Attacher avec des cordes.

(La Rue, 1894) : Lier, garrotter.

Tourtouserie

(Rigaud, 1881) : Corderie. — Tourtousier, cordier.

Tourtousier

(Delvau, 1867) : s. m. Cordier.

Tourtousine

(Halbert, 1849) : Ficelle.

(Virmaître, 1894) : La ficelle. Allusion à la torsion du chanvre par le cordier (Argot du peuple).

Touser

(Rigaud, 1881) : Aller à la selle par ordre. Autrefois, pendant le voyage de la chaîne, les argousins intimaient à leurs pensionnaires l’ordre de touser.

Toussaint-Louverture

(Rigaud, 1881) : Double six d’un jeu de dominos. Allusion à la couleur noire.

Tousse (c’est que je)

(Rigaud, 1881) : Formule affirmative, formule ironique. C’est-à-dire : j’ai raison, c’est ainsi, je m’entends bien.

Tousse (non, c’est que je)

(Larchey, 1865) : Voir mouche.

Tousser

(d’Hautel, 1808) : Cela ne durera que jusqu’à tant que j’aie toussé. Pour dire est sans consistance, ne fera aucun profit.

(Delvau, 1867) : v. n. Ce verbe — de l’argot des faubouriens — ne s’emploie qu’à un seul temps et dans les deux acceptions suivantes : « C’est de l’or comme je tousse, » — c’est-à-dire : Ce n’est pas de l’or. « Elle n’est pas belle, non ! c’est que je tousse !» c’est-à-dire : Elle est très belle.

Tout

(d’Hautel, 1808) : C’est le tout-tout, le petit chien de madame. Phrase facétieuse et triviale, pour dire, que c’est le reste, la totalité d’une chose. Par allusion avec le mot toutou, nom que les enfans donnent aux chiens.
Tout plein. Expression vicieuse pour dire beaucoup, extrêmement, abondamment.
À tout seigneur tout honneur. Se dit lorsqu’on rend les premiers honneurs à qui ils sont dus.
Il fourre son nez partout. Se dit d’un homme indiscret, importun, qui s’entremêle dans toutes les affaires.
Tout fait ventre. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui ne se montre pas délicat sur le manger.

Tout de cé

(Larchey, 1865) : Très-bien (Vidocq).

(Delvau, 1867) : adv. Très bien, tout de go, — dans l’argot des voleurs.

Tout Paris

(Rigaud, 1881) : Les douze ou quinze cents personnes en vue qu’on rencontre à toutes les solennités artistiques, dramatiques, littéraires, politiques, funèbres et judiciaires. C’est le Paris qui a la primeur de tous les amusements, la virginité de tous les spectacles, la Heur de toutes les émotions.

Toutes fois et quantes

(Delvau, 1867) : adv. Toutes les fois, — dans l’argot du peuple. Une vieille et très française expression, presque latine (toties quoties), dont se moquent les gens qui s’imaginent bien parler.

Toutime

(anon., 1827) : Tout.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tout.

(Halbert, 1849) : Tout.

(Delvau, 1867) : adj. Tout, — dans l’argot des voleurs.

Toutine

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tout.

Toutou

(Delvau, 1867) : s. m. Chien, — dans l’argot des enfants, qui disent cela à propos d’un terreneuve aussi bien qu’à propos d’un King’s Charles. Les enfants ont bien le droit d’employer un mot que Mme Deshoulières a consacré :

Bonjour, le plus gras des toutous,
Si par hasard mon amitié vous tente,
Je vous l’offre tendre et constante :
C’est tout ce que je puis pour vous.

Trac

(un détenu, 1846) : Peur. Avoir le trac : avoir peur.

(Larchey, 1865) : Peur. — Onomatopée. — Nos paysans donnent encore le nom de trac à une maladie qui cause un frisson perpétuel. — V. Bœuf.

Bien, voilà mon trac qui me reprend.

Marc Michel.

Tracqueur : Poltron. — Tracquer : Craindre. V. Plan.

(Delvau, 1867) : s. m. Peur, — dans l’argot du peuple. Avoir le trac. Avoir peur. Le trac, autrefois, c’étaient les équipages de guerre ; traca, dit Du Cange. « Compagnons, j’entends le trac de nos ennemis, » — dit Gargantua.

(Rigaud, 1881) : Peur. — Flanquer le trac, faire peur.

(La Rue, 1894) : Peur.

(Virmaître, 1894) : Peur. Tracquer : avoir peur.
— J’ai un trac à tout casser (Argot du peuple). V. Taf.

(Hayard, 1907) : Peur.

Trac (avoir le)

(Halbert, 1849) : Avoir peur.

(Rossignol, 1901) : Avoir peur.

Tracas

(d’Hautel, 1808) : Une Marie-Tracas. Nom qu’on donne en plaisantant à une petite fille qui fait la tatillonne, qui s’agite, se tourmente et est toujours en mouvement ; à une femme qui se mêle des affaires d’autrui, et qui fait l’entendue dans les choses qui lui sont le plus étrangères.

Tracasser

(d’Hautel, 1808) : Aller, venir ; se susciter des embarras ; tripoter, se donner des peines inutilement.
Tracasser. Pour chicaner, contrarier quelqu’un sur des vétilles.

Tracasser les couilles d’un homme

(Delvau, 1864) : Lui faire patte d’araignée, afin de le faire bander lorsqu’il est réfractaire.

De l’autre main tracasse-moi les couilles… la… là… tout du long.

La Popelinière.

Tracquer

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir peur.

Tracqueur

(Delvau, 1867) : s. m. Poltron.

Tractis

(Larchey, 1865) : Doux (Vidocq). — Mot de langue romane.

(Rigaud, 1881) : Doux, — dans le jargon des voleurs.

Tradition

(Delvau, 1867) : s. f. Effet non indiqué dans la pièce écrite ou imprimée, mais qui, trouvé par un acteur, se transmet à ceux qui jouent le rôle après lui. Se dit aussi pour Addition à un rôle. Les traditions — à la Comédie française, — sont des conventions auxquelles il ne saurait être dérogé sans blesser le goût… des vieux amateurs de l’orchestre.

Train

(d’Hautel, 1808) : Il va un train de chasse. Pour, on ne peut le suivre, tant il va vite ; il travaille avec une grande ardeur ; il mène une vie d’enfer.
Mener quelqu’un grand train, belle manière. Le mener vertement, avec vigueur.
Un bout en train. Un homme de joyeuse humeur, un roger-bontemps ; un bon vivant qui met tout le monde en gaieté.

(Delvau, 1867) : s. m. Vacarme, rixe de cabaret, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Émeute. Il y aura du train dans Paris. On fera des barricades et l’on se battra.
Originairement le mot signifiait Prostibulum, et, par une métonymie fréquente dans l’Histoire des mots, la cause est devenue l’effet. De même pour Bousin.

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Coup de pied dans le train.

(La Rue, 1894) : Vacarme. Le postérieur. Être en train, être légèrement ivre.

Train (du)

(Larchey, 1865) : Vite. — Mot à mot : Menez-moi grand train.

Asie prit un fiacre et dit au cocher : Au Temple ! et du train ! il y a gras.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Vite ; c’est-à-dire bon train.

Train (du) !

(Delvau, 1867) : Vite ! — dans l’argot des petites dames.

Train (en)

(Rigaud, 1881) : Sur la pente de l’ivresse. Mis en train par la gaieté bachique.

Train (être dans le)

(Fustier, 1889) : Suivre les caprices de la mode ; accepter toutes les innovations. Nous avions déjà dans la langue familière : être dans le mouvement, suivre le mouvement, cela ne suffit plus et, le progrès aidant, il faut être aujourd’hui dans le train !

Je crois devoir avertir Monsieur qu’il n’est plus dans le train. — … ? — Encore un progrès, Monsieur, les voyages n’ont rien à faire ici ; être dans le train veut dire : suivre le progrès.

(National, décembre 1886.)

(La Rue, 1894) : Ne pas être arriéré.

Train (être en)

(Delvau, 1867) : Commencer à se griser, — dans l’argot des bourgeois.

Train (manquer le)

(Rigaud, 1881) : Manquer une bonne occasion. — Arriver trop tard.

Train (prendre le)

(Rigaud, 1881) : Se sauver. — À quelqu’un qui vous obsède, on dit : Prends le train.

Train 11 (le)

(Virmaître, 1894) : Les jambes. Celui qui ne peut pas se payer de voiture, fiacre ou omnibus, prend le train 11. Quand on joue au loto, celui qui appelle les numéros, quand il tire le numéro 11, crie :
— 11, les deux jambes à ma tante (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Les jambes.

Train d’onze heures (prendre le)

(Rigaud, 1881) : Aller se promener, aller flâner, — dans l’argot des employés du service actif des chemins de fer. Réminiscence du jeu de loto où onze signifie les jambes. Le train d’onze heures c’est donc le train des jambes.

Train de charcuterie

(Rigaud, 1881) : Train omnibus, — dans le jargon des employés des chemins de fer.

Parce que les voyageurs de secondes et de troisièmes en ont toujours dans leurs paniers, soit pour leur consommation en route, soit pour cadeaux apportés à leurs familles.

(Aymar de Flagv, Paris-Journal, du 24 mai 1878.)

Train direct (un)

(Rigaud, 1881) : Un verre d’absinthe ; c’est-à-dire un train direct pour Charenton. On dit encore grande vitesse pour Charenton. (La petite vitesse sert à désigner l’absinthe panachée.) Le peuple n’ignore pas que l’absinthe mène à la folie, mais il en boit tout de même, riant et de l’absinthe et de la folie.

Train direct coupé

(Rigaud, 1881) : Un litre de vin en deux verres, — dans le jargon des bouchers. — Train direct sec, un litre en un verre. Chez les marchands de vin de la Villette, il existe des verres de la capacité d’un demi-litre et même d’un litre. Quand les bouchers viennent de faire un bœuf, il leur arrive souvent d’absorber, d’un trait, un train direct coupé et même un train direct sec. À la fin de la journée certains bouchers ont ainsi donné l’hospitalité à six ou sept litres de vin.

Train jaune

(Fustier, 1889) : « Elles (les femmes de mœurs faciles) commencent à persiller dans les trains de chemins de fer ; il y en a même qui ne font qu’exploiter les trains jaunes qui emmènent chaque samedi de Paris, pour les ramener le lundi, les commerçants dont les femmes sont aux bains de mer. »

(Figaro, 1882.)

Train-train

(Delvau, 1867) : s. m. Train ordinaire de la vie ; habitudes. Suivre son petit train-train. Ne pas interrompre ses habitudes. On dit aussi tran-tran.

Train-train, Tran-tran

(Rigaud, 1881) : Train de vie. — Aller son train-train, faire petit à petit son chemi t dans le monde, faire un petit commerce à peu de frais et donnant peu de bénéfices, vivoter.

Traînante

(Rigaud, 1881) : Serpette de plombier.

Trainard

(Rossignol, 1901) : Verre de liquide abandonné sur une table.

Traînards (faire les)

(Fustier, 1889) : Argot des cercles, des tripots. C’est ramasser les masses, les jetons oubliés sur les tables de jeux.

Traîne

(Delvau, 1867) : s. f. Queue de robe exagérée mise à la mode, en ces derniers temps, par les traînées, qui s’ingénient à gaspiller les étoffes.

Traîne-guêtres

(Delvau, 1867) : s. m. Vagabond ; flâneur.

Traîne-paillasse

(Larchey, 1865) : Fourrier. — Il règle avec l’employé des lits militaires le prix de chaque dégradation. — V. Rogneur.

(Delvau, 1867) : s. m. Fourrier, — dans l’argot des troupiers. On dit aussi Gratte-papier et Rogneur de portions.

(Rigaud, 1881) : Fourrier.

(Merlin, 1888) : Fourrier. — Chargé de toucher les fournitures de literie.

Traineau (faire)

(Rigaud, 1881) : Se dit en parlant des chiens qui, après avoir satisfait aux lois de la nature, frottent contre terre leur train de derrière, parce qu’ils n’ont pas l’habitude de se servir de papier comme les faibles humains.

Traînée

(Delvau, 1864) : Fille de mauvaise vie, qui traîne sa jeunesse quand elle est jeune, sa beauté quand elle en a, dans tous les endroits où vont les hommes et ou elle ne devrait pas aller.

Elle sera heureuse avec lui, si elle ne fait pas la trainée avec lui, par exemple.

Eug. Vachette.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille de mauvaise vie, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Coureuse, fille des rues. Celle qui traîne ses savates dans tous les mauvais lieux.

Je t’ai vu entrer au Grand Balcon avec cette traînée d’Adèle.

(E. Zola.)

(Virmaître, 1894) : Fille publique qui traîne partout à la recherche de clients. Traînée est un gros terme de mépris employé par le peuple vis-à-vis d’une femme. Traînée : synonyme de rouleuse (Argot du peuple).

Traîner la savate

(Delvau, 1867) : v. a. Être misérable, n’avoir rien à se mettre sous la dent ni aux pieds, — dans l’argot des bourgeois, qui ne manquent ni de bottes, ni de pain. C’est le to shuffle along des Anglais.

Traîner le cheval mort

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir du travail payé d’avance, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Faire du chien.

Traîner sa savate quelque part

(Delvau, 1867) : v. a. Aller quelque part, se promener, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Traîner ses guêtres.

Traîner ses guêtres

(Rigaud, 1881) : Marcher à l’aventure, flâner bêtement en usant ses souliers et quelquefois les souliers des autres.

Traîner son boulet (ou sa chaîne)

(Delvau, 1864) : Terme populaire qui signifie ; avoir toujours sa femme légitime au bras, sur le dos, ou sous la pine. — Le mariage étant une chaîne, on en a pour jusqu’à la fin des jours de l’un ou de l’autre.

Traîneur de sabre

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat fanfaron qui croit faire beaucoup d’effet en faisant beaucoup de bruit et qui ne réussit qu’auprès des filles, amies des soudards. Type aussi vieux que le monde, puisque les anciens avaient aussi leur machærophorus…
Mais, eurêka ! me voilà sans le vouloir sur la piste de maquereau. Qu’en pensent messieurs les étymologistes ?…

Traîneuse

(Rigaud, 1881) : Fille qui stationne dans les gares, attendant les trains de voyageurs. La gare du Havre est encombrée de traineuses.

(Virmaître, 1894) : V. Rôdeuse.

(Virmaître, 1894) : Robe. Allusion à la traîne de la robe qui balaye les trottoirs. On dit également : une balayeuse (Argot du peuple).

Traisse (être)

(La Rue, 1894) : Pris en flagrant délit, dans l’argot des juifs.

Trait

(Larchey, 1865) : Infidélité. — On dit, sans abréger, trait d’inconstance.

Savez-vous ce que c’est qu’un trait ?… Eh bien ! c’est que quand une femme est avec un marlou (souteneur) ; si elle a un caprice pour un autre et le passe, voilà un trait !

Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris., 1830, in-8.

Son mari lui avait fait tant de traits, qu’elle l’avait quitté.

Champfleury.

(Delvau, 1867) : s. m. Caprice amoureux, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. Avoir un trait pour un miche. Ne rien exiger de lui que son amour, se passer de gants.

Traiter

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Donner à dîner ; régaler, — dans l’argot des bourgeois.

Traiter du haut en bas

(Delvau, 1867) : Parler à quelqu’un avec colère, — et même avec mépris.

Traître

(d’Hautel, 1808) : Il ne m’en a pas dit le traître mot. Pour, il m’a caché les principaux détails de cette affaire.

Traitreusement

(d’Hautel, 1808) : D’une manière déloyale, perfide, hypocrite.

Traits

(Delvau, 1864) : Infidélités qu’un homme fait a une femme, ou une femme à un homme ; coups tirés illégalement.

Son mari lui avait fait tant de traits qu’elle l’avait quitté.

Champfleury.

Devant monsieur le maire
J’ai solennellement promis de ne pas faire
De traits à mon époux…

L. Protat.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Infidélité conjugale, — dans l’argot des bourgeoises. Faire des traits à sa femme. La tromper en faveur d’une autre, la trahir.

(La Rue, 1894) : Infidélités conjugales.

Traits (faire des)

(Rigaud, 1881) : Faire des infidélités conjugales.

Trajectoire (perdre la)

(Merlin, 1888) : Perdre la tramontane.

Tralala

(Larchey, 1865) : Appareil.

La fougue, l’audace et tout le grand tralala de l’excentricité féminine.

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. m. Embarras, cérémonies ; luxe de toilette. — dans l’argot du peuple. Se mettre sur son tralala ou sur son grand tralala. S’habiller coquettement, superbement.

Tralala (grand)

(Rigaud, 1881) : Grande toilette, grand étalage de luxe. — Grande réception.

Tram

(Rigaud, 1881) : Tramway, par apocope.

Tramontane

(d’Hautel, 1808) : Perdre la tramontane. Se troubler, s’embarrasser, ne savoir plus que dire, être extrêmement confus. Le peuple défigure absolument ce mot, et dit trémontade.

Tranche

(Virmaître, 1894) : Le visage. Tranche est aussi un terme d’amitié et de familiarité :
— Tiens, comment vas-tu, ma vieille tranche ? (Argot du peuple). N.

Tranche (en avoir une)

(Fustier, 1889) : Être inintelligent.

Tranche ardent

(Delvau, 1867) : s. m. Mouchettes, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression aux Précieuses.

Tranche de fromage de Brie

(Rossignol, 1901) : Nez long.

Tranche-ardants

(Rigaud, 1881) : Mouchettes.

Tranche-fromage

(Rigaud, 1881) : Sabre-baïonnette, — dans le jargon des troupiers.

Tranche-lard

(d’Hautel, 1808) : Au propre, grand couteau qui a la lame très-affilée, et dont les traiteurs se servent pour couper des tranches de lard ; et par une extension burlesque, cimetère, coutelas, couteau ordinaire.
Trancher le mot. Répondre d’une manière décisive et ferme, ne pas aller par quatre chemins.

(Virmaître, 1894) : Couteau. Allusion au couteau du charcutier. On dit aussi : un vingt-deux (Argot du peuple).

Tranquille

(d’Hautel, 1808) : Tranquille comme Baptiste. Voyez Baptiste.

Tranquille comme Baptiste

(Delvau, 1867) : adj. Extrêmement sage, calme, tranquille, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Très tranquille.

Transparent

(La Rue, 1894) : Homme maigre.

Transversale

(Fustier, 1889) : Argot de joueurs. On joue la transversale, quand, à la roulette, on place son enjeu transversalement, c’est-à-dire sur la ligne qui sépare deux numéros entre eux.

Trantran

(d’Hautel, 1808) : Le trantran des affaires. Pratique, menée, usage, finesse d’une affaire.
Il est accoutumé à son petit trantran de vie. Pour, il vit uniformément ; il suit toujours la même routine.

Trapillon

(Delvau, 1867) : s. m. Bande de bois qui bouche les coulisseaux ou rainures dans lesquelles glissent les décors, lorsqu’on enlève ces décors. Argot des machinistes.

Traque

(Clémens, 1840) : Crainte.

Traquer

(un détenu, 1846) : Avoir peur.

(Rigaud, 1881) : Trembler, avoir peur.

Traqueur

(Rigaud, 1881) : Poltron. — Traqueuse, poltronne.

(Rossignol, 1901) : Peureux. Celui qui a le trac est un traqueur.

Travail

(d’Hautel, 1808) : C’est un travail de cheval. C’est à-dire très-fatigant, très-pénible.

(Delvau, 1864) : Prostitution ; fouterie intéressée.

Au nom de Dieu, dedans le tête-à-tête,
À ton flâneur donne de l’agrément ;
Dans le travail, rappelle-toi, Jeannette,
Que t’es pas là pour ton amusement.

L. Festeau.

Que tu travailles bien aussi !… fort ! fort !, ma mignonne, tu me ravis !…

La Popelinière.

Tu passes toutes tes soirées
Chez Dautun le marchand, de vin :
Les autres femmes, plus rusées,
Travaillent du soir au matin.

Dumoulin.

Épous’s d’ultras,
Nièc’s de prélats,
Tout ça travaille et n’se numérot’ pas.

Beranger.

O femelle divine,
Crois-moi !
Fais travailler ma pine
Sur toi !

Eug. Vachette.

(Delvau, 1867) : s. m. Chose difficile à faire, — dans l’argot des saltimbanques. Beau travail. Tour extraordinaire ou nouveau.

(Delvau, 1867) : s. m. Action de manger, — dans l’argot des francs-maçons.

(Rigaud, 1881) : Vol ; assassinat ; commerce de la prostitution, — dans le jargon des voleurs et des filles.

(Rigaud, 1881) : Exercices de saltimbanque. — Atelier de modiste.

(Rigaud, 1881) : Littérature à la vapeur, confection politico-littéraire à l’usage des revues, — dans l’argot des journalistes. Le travail consiste à enlever à la force du poignet quatre ou cinq feuilles de copie dans le même numéro. — Grand travail sur Vextinction du paupérisme ; grand travail sur les caisses d’épargne ; grand travail sur les enfants assistés ; grand travail sur Vinfluence du théâtre, etc., etc.

(La Rue, 1894) : Vol. Assassinat. Exercice de saltimbanque. Prostitution.

Travailler

(d’Hautel, 1808) : Travailler le casaquin à quelqu’un. Lui donner des coups de bâtons, le rosser.
On dit par menace à un enfant indocile, qu’on lui travaillera le casaquin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler.

(Larchey, 1865) : Voler.

X. était prudent : il travaillait toujours seul, et son discret recéleur était des plus fins.

H. Monnier.

V. Butter.

(Delvau, 1867) : v. n. Voler.

(Delvau, 1867) : v. n. Aller au persil.

(Rigaud, 1881) : Voler ; assassiner ; se prostituer, — dans le jargon des voleurs et des filles.

Travailler (se faire)

(Rigaud, 1881) : Être sifflé, — dans le jargon des comédiens.

Travailler dans le bât

(Rigaud, 1881) : Voler dans les maisons. Abréviation de travailler dans le bâtiment.

Travailler dans le bâtiment

(Virmaître, 1894) : Voler avec effraction dans les maisons. L’expression est pittoresque (Argot des voleurs).

Travailler dans le rouge

(Rigaud, 1881) : Assassiner.

Un meurtre !… Travailler dans le rouge !… C’est grave !…

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)

Travailler des mâchoires

(Rigaud, 1881) : Manger.

Travailler l’argent

(Rigaud, 1881) : Faire des tours d’escamotage à l’aide de pièces de cent sous, — dans le jargon des escamoteurs. Un escamoteur travaille bien l’argent lorsqu’il cueille habilement des pièces de cinq francs sur les paletots, sur les chapeaux, sur le nez des spectateurs.

Travailler le cadavre

(Delvau, 1867) : v. a. Battre quelqu’un, au propre, ou en médire, au figuré, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi travailler les côtes.

Travailler le succès

(Delvau, 1867) : v. a. Être chef de claque dans un théâtre. Argot des coulisses.

Travailler les côtes

(Rigaud, 1881) : Médire. — Battre.

Travailler pour Jules

(Rigaud, 1881) : Manger dans l’espoir d’une bonne et fructueuse digestion.

Travailler pour le roi de Prusse

(Delvau, 1867) : v. n. Faire un travail mal payé, ou pas payé du tout, — dans l’argot du peuple, a qui sans doute on a fait croire que les successeurs du grand Frédéric payaient leurs soldats fort chiche-knout. On dit aussi Travailler pour la gloire et Travailler gratis pro Deo.

(Rigaud, 1881) : Travailler gratis. Variantes : Travailler à l’œil, travailler pour la gloire, travailler gratis pro Deo.

Travailler pour M. Domange

(Delvau, 1867) : v. n. Manger.

Travailler quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. L’obséder d’une chose, insister afin d’obtenir ce qu’on lui demande ; revenir souvent à la charge auprès de lui.

Travailler, tripoter, graisser le carton

(Larchey, 1865) : Jouer aux cartes. — Maquiller le carton : Faire sauter la coupe.

Travailleur

(Rigaud, 1881) : Tricheur, — dans le jargon des grecs.

(Fustier, 1889) : Voleur.

Travailleuse

(Delvau, 1867) : s. f. Giton, — dans l’argot des voleurs.

Travers

(d’Hautel, 1808) : Il crie pour une vesse de travers. C’est-à-dire pour la moindre chose. Se dit par raillerie d’un homme minutieux, criard, emporté, susceptible et ridicule à l’excès.
À travers choux. Pour étourdiment ; sans considération.

Traverse

(Rigaud, 1881) : Bagne, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Bagne. En traverse à perle de vue, condamné au bagne à perpétuité.

Traverse (en)

(Delvau, 1867) : adv. Travaux forcés à perpétuité, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi À perte de vue.

Traversin, Tirebraise

(Rigaud, 1881) : Soldat d’infanterie ; par allusion à la petite taille des fantassins.

Travesti

(Delvau, 1867) : s. m. Rôle d’homme joué par une femme, amoureux ou page. Argot des coulisses.

Traviata

(Delvau, 1867) : s. f. Fille perdue, — dans l’argot des élégants qui n’osent pas dire cocotte. Introduit pour la première fois en littérature par l’Événement (1er octobre 1860).

Traviole

(Halbert, 1849) : Traverse.

(Rigaud, 1881) : Traverse.

Traviole (de)

(Delvau, 1867) : adv. De travers, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : De travers.

(Rossignol, 1901) : De travers.

Travioles

(Rigaud, 1881) : Tracas, peines, tourments, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Avoir des inquiétudes. L. L. Travioles : aller de travers, pochard qui festonne. Celui-là est loin d’avoir des inquiétudes, car il ne pense guère au lendemain. Une jeune fille qui déraille et devient rosière de la Maternité, va de travioles, de travers dans la vie (Argot du peuple). N.

Trayage

(Rossignol, 1901) : Fois.

Chaque trayage que j’ai été arrêté j’ai été condamné.

Treffe

(Clémens, 1840) : Tabac.

Treffle

(anon., 1827) : Tabac.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tabac.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tabac.

(un détenu, 1846) : Tabac, dos.

Trefflière

(anon., 1827) : Tabatière.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tabatière.

Tréfflière

(Bras-de-Fer, 1829) : Tabatière.

Trefflière, triffoissière ou tréfouine

(Halbert, 1849) : Tabatière.

Trefle

(Hayard, 1907) : Tabac.

Trèfle

(Larchey, 1865) : Tabac. — Allusion à la couleur brune de ce fourrage, quand il est sec.

(Larchey, 1865) : Anus. — Corruption de trou. — V. Trèpe. — Vise au trèfle : Apothicaire (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens. Vise-au-trèfle. Apothicaire.

(Rigaud, 1881) : Derrière.

(Merlin, 1888) : Tabac.

(Fustier, 1889) : Argent monnayé. Argot des gavroches.

(Virmaître, 1894) : Tabac (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Tabac.

Trèfle !

(Fustier, 1889) : Argot des enfants. (V. Pouce.)

Trèfle ou Tref

(Delvau, 1867) : s. m. Tabac, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. On dit aussi Trèfoin. Longuette de tref. Tabac en carotte.
On dit aussi Trifois, — d’où Trifoissière pour Tabatière.

Trèfle, tréfoin

(La Rue, 1894) : Tabac. Trefflière, tabatière. Passer au trèfle, battre (passer à tabac). Trèfle signifie aussi argent et trou.

Trèfle, Tréfouin

(Rigaud, 1881) : Tabac à fumer.

Tréfoin

(M.D., 1844) : Tabac.

(Virmaître, 1894) : Tabac. Ce mot est très vieux ; il est employé par Eugène Sue dans les Mystères de Paris.
— Pas de tréfoin à mettre dans ma chiffarde. (Argot des voleurs).

Tréfoin rifaudeur

(M.D., 1844) : Tabac à fumer.

Treize

(La Rue, 1894) : Trésor.

Treizième arrondissement (marié au)

(Larchey, 1865) : Se disait à Paris de celui qui vivait avec une maîtresse, car, avant 1859, cet arrondissement n’existait point. Lurine a fait un livre sur le Treizième arrondissement.

Jamais elle n’a été ma femme, pas même au treizième arrondissement.

Bertall.

Tremblant

(Larchey, 1865) : Lit. — On comprend le mot en voyant cet exemple.

J’ai du bon pivois sans lance et du larton savonné, une lourde, une tournante, un tremblant pour rivancher (faire l’amour).

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. Lit de sangle, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Lit de sangle, mauvais lit.

(La Rue, 1894) : Lit de sangle.

Tremblante

(Clémens, 1840) : Fièvre.

(Rigaud, 1881) : Fièvre, — dans le jargon des voleurs. — Il a la tremblante : v’là huit jours qu’il ne décolle pas du pieu.

(La Rue, 1894) : La fièvre.

Tremblante pieux

(Clémens, 1840) : Lit.

Tremblement

(Larchey, 1865) : Réunion imposante.

À l’union de l’infanterie, de la cavalerie, de tout le tremblement.

La Barre.

Bataille :

Mais la veille du tremblement, fallait voir les feux des postes avancés.

Chansons, 1854.

(Delvau, 1867) : s. m. Bataille, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Mélange de vermout, de cassis et d’eau-de-vie.

C’est là (au café des Variétés), entre un bock et un tremblement, — que s’ébauchent les engagements de toute sorte.

(Monselet, Acteurs et actrices.)

Tremblement (et tout le)

(Delvau, 1867) : adv. Au complet, — dans l’argot du peuple.

Tremblement (tout le)

(Rigaud, 1881) : Le reste. Tout le reste.

Je voudrais, un jour de goguette,
Être Bon Dieu rien qu’un moment,
Pour brouiller comme une omelette,
L’eau, la terre et le tremblement.

(L. Festeau, Le Tapageur.)

Trembler

(d’Hautel, 1808) : Il tremble comme un voleur. Se dit d’une personne que le froid, la peur, ou une mauvaise action, fait frissonner, trembler.
On dit plus civilement dans le même sens, il tremble comme la feuille.
N’ayez pas peur, tremblez toujours.
Se dit pour se moquer d’un peureux, d’un poltron ; ou quelquefois pour railler une personne qui a chargé un maladroit d’une opération difficile.

Trembler la volaille morte (faire)

(Rigaud, 1881) : Dire une bêtise énorme, affecter des prétentions exorbitantes et déplacées.

Trembleuse

(Fustier, 1889) : Sonnette électrique.

Tremblote

(Rossignol, 1901) : La fièvre. Avoir la fièvre, c’est avoir la tremblote.

Tremblotte

(Virmaître, 1894) : La fièvre. Allusion au tremblement qu’elle produit. On dit d’un homme qui a peur de la moindre des choses : il a la tremblotte. C’est aussi un truc employé par les mendiants pour exciter la charité publique ; ils font semblant de trembler. Mot à mot : de grelotter (Argot du peuple). N.

Trémousser

(d’Hautel, 1808) : Se trémousser. Se mouvoir ; se remuer en tout sens ; s’agiter, s’inquiéter, se tourmenter. Le peuple dit, trimousser.

Trémousser (se)

(Delvau, 1864) : Jouer des fesses et des reins. S’agiter sous l’homme, — ou sur la femme, selon le plaisir que l’on ressent et que l’on veut faire partager ; afin d’arriver a la jouissance mutuelle.

Amusez-vous, trémoussez-vous
Amusez-vous, belles ;
Amusez-vous, ne craignez rien,
Trémoussez-vous bien

Désaugiers.

Quoique usé, le vieux Mondor
Pour Lisette soupire
L’âge a rouillé son ressort
Mais il se trémousse encor
Pour rire.

Piton.

Trempage

(Rigaud, 1881) : Ivresse, — dans le jargon des ouvriers imprimeurs. Fort trempage, forte ivresse. Empoigner un fort trempage. Allusion à la tremperie.

Trempe

(d’Hautel, 1808) : Il est d’une bonne trempe. Se dit par ironie d’une personne qui fait des propositions ridicules et que l’on ne veut point accepter.
Trempe. Terme de mépris, pour, espèce, sorte, rang. Je ne vois pas les gens de cette trempe.

(Delvau, 1867) : s. f. Vigoureuse et brutale correction. On dit aussi Trempée.

Trempé (être)

(Delvau, 1867) : Être mouillé par la pluie.

Trempe, trempée

(La Rue, 1894) : Volée de coups. Tremper une soupe, battre.

Trempée

(Larchey, 1865) : Correction.

Si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée !

Gavarni.

De Tremper une soupe. V. Soupe.

Trempée, Trempe

(Rigaud, 1881) : Volée de coups.

Madame, si je ne me respectais pas, je vous ficherais une drôle de trempée !

(Gavarni.)

Tremper

(Delvau, 1867) : v. a. Battre.

(Delvau, 1867) : v. n. Souper, manger, — dans l’argot des ouvriers.

Tremper son pied dans l’encre

(Delvau, 1867) : v. a. Être consigné, — dans l’argot des vieux troupiers.

Tremper une soupe

(Rossignol, 1901) : Battre quelqu’un.

Il m’a fait des sottises ; lorsque je le rencontrerai, je me charge de lui tremper une soupe.

Tremper une soupe à quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le maltraiter rudement, par paroles ou par action. Argot du peuple.

Trempette

(d’Hautel, 1808) : Faire la trempette. Faire la soupe à perroquet ; tremper du pain dans du vin.

(Delvau, 1867) : s. f. Biscuit ou morceau de pain trempé dans un doigt de vin. Faire la trempette. Déjeuner d’un morceau de pain trempé dans un verre de vin.

(Delvau, 1867) : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens.

Tremplin

(Delvau, 1867) : s. m. La scène — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : La scène, — dans le jargon des comédiens.

Trente et un, trente-six (se mettre sur son)

(Larchey, 1865) : Mettre sa plus belle toilette.

Elle s’était mise sur son trente et un, et je puis vous assurer qu’elle était bien ficelée.

Vidal, 1833.

Trente points (les)

(Delvau, 1864) : Qui constituent la beauté des femmes, sont, — je cite d’après Brantôme ;

Trois choses blanches : la peau, les dents et les mains.
Trois noires : les yeux, les sourcils et les paupières.
Trois rouges : les lèvres, les joues et les ongles.
Trois longues : le corps, les cheveux et les mains.
Trois courtes : les dents, les oreilles et les pieds.
Trois larges : la poitrine, le front et l’entre-sourcils.
Trois étroites : la bouche, la ceinture et le con.
Trois grosses : le bras, la cuisse et le mollet.
Trois déliées : les doigts, les cheveux et les lèvres.
Trois petites : les seins, le nez et la tête.

Trente-et-un

(Delvau, 1867) : s. m. Dernière élégance, suprême bon ton, — dans l’argot du peuple. Se mettre sur son trente-et-un. Se vêtir de son plus bel habit ou de sa plus belle robe, — l’habit à manger du rôti et la robe à flaflas. On dit aussi Se mettre sur son trente-six et sur son quarante-deux.

Trente-et-un (être sur son)

(Rigaud, 1881) : Avoir mis ses plus beaux habits. Terme emprunté au jeu de cartes appelé « trente-et-un ». Le point de trente-et-un prime tous les autres, c’est le plus beau du jeu.

Trente-six carreaux

(Rossignol, 1901) : Voir Souricière. Trente-six carreaux, parce que c’est le nombre de vitres de la porte de la cellule.

Trente-sixième dessous

(Delvau, 1867) : s. m. Le troisième dessous des gens amis de l’hyperbole.

Trente-sixième dessous (dans le)

(Larchey, 1865) : Même sens que Troisième dessous.

Le pauvre vicomte a été enfoncé dans le trente-sixième dessous.

Montépin.

Trente-sixième dessous (être dans le)

(Rigaud, 1881) : Être tombé dans là misère aussi bas que possible. — Avoir échoué complètement, en parlant d’une œuvre dramatique.

Trep

(un détenu, 1846) : Populace, foule.

Trèpe

(Clémens, 1840) : Rassemblement.

(Larchey, 1865) : Foule. — Corruption de Troupe. V. Garçon, Trèfle.

(Rigaud, 1881) : Foule, — dans le jargon des voleurs. — Servir de trèpe, faire ranger la foule. (L. Larchey)

(Virmaître, 1894) : Ne veut pas dire la foule, comme le disent les dictionnaires d’argot ; ce mot veut dire clientèle, d’après Loyssel.

Faut pas blaguer, le trépe est bath
Dans ce taudion, i s’trouve des rupins
Si queuq’s gonciers traînent la savate
J’en ai r’bourré qu’ont d’scarpins. (Argot des voleurs).

Trèpe (du)

(M.D., 1844) : Du monde.

Trépeligour

(Rigaud, 1881) : Vagabond, — dans l’ancien argot.

Trépignard

(Rigaud, 1881) : Voleur qui profite d’un rassemblement, qui, au besoin, de complicité avec un ou deux compères, fait naître un rassemblement à la faveur duquel il exercera sa petite industrie. En argot, trèpe veut dire foule, rassemblement.

Trépignée

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus.

(Rigaud, 1881) : Volée de coups. — Flanquer une trépignée dans le gîte, administrer une volée soignée.

Trépigner

(Larchey, 1865) : Battre. — Mot à mot : trépigner sur le corps. — Trépignée : Rossée.

(Delvau, 1867) : v. a. Accabler de coups.

(Hayard, 1907) : Battre.

Trepp

(Rossignol, 1901) : Rassemblement de monde. À l’arrivée du commandant Marchand, il y avait du trepp à la gare. Dans un café, où il y a beaucoup de clients, il y a du trepp.

Treppe

(Delvau, 1867) : s. m. Peuple ; foule, — dans l’argot des voleurs. S’esbattre dans le treppe. Se mêler à la foule. J’ai bien envie de faire descendre ce mot du grec τρέπω (tourner, s’agiter en désordre comme fait la foule).

(La Rue, 1894) : Peuple, foule. Troupe.

(Hayard, 1907) : Foule, public.

Trésor (le père)

(Merlin, 1888) : Le trésorier.

Tresse

(La Rue, 1894) : Cœur.

Tresser des chaussons de lisières

(Virmaître, 1894) : Occupation des prisonniers dans les maisons centrales.
— À tresser des chaussons de lisières pendant dix berges, j’ai affuré quatre sigues ! (Argot des voleurs).

Triangle

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau, — dans l’argot des francs-maçons.

(Delvau, 1867) : s. m. La bouche, — dans l’argot des rapins, qui se rappellent leurs principes de dessin, s’ils oublient ceux de la bienséance. Clapoter du triangle. Avoir l’haleine homicide.

Triau

(Delvau, 1867) : s. m. Ennui, trimage, — dans l’argot des ouvriers.

Tribade

(Delvau, 1864) : Mot grec (τριβάς) signifiant une femme qui abuse de son sexe avec une autre femme.

Les tribades s’adonnent à d’autres femmes ainsi que les hommes mêmes.

Brantôme.

Tribades, mes amours,
Sacrifions toujours
Dans ce temple où Venus
Garde pour nous ses trésors inconnus.

J. Duflot.

Tribadie : amour d’une femme pour une autre, très répandu dans les pensionnats de jeunes filles et dans les couvents de femmes.

Comtesse De N*.

Dans cette Grèce aujourd’hui qu’on renomme
Que faisiez-vous, vierges du Parthénon ?
Que faisiez-vous, ô vestales de Rome ?
Vous tribadiez en l’honneur d’Apollon.

J. Duflot.

Tribouiller

(Delvau, 1867) : v. n. Tressaillir, sauter d’aise, remuer de joie. Argot du peuple.

Triboulet

(d’Hautel, 1808) : Servir de triboulet. C’est-à-dire, de bardeau ; être le jouet de la société.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme grotesque, servant de jouet aux autres, — en souvenir du fou de Louis XII et de François Ier.

Tribut

(d’Hautel, 1808) : Payer le tribut à la mer. Pour dire, vomir.

Tric-trac

(La Rue, 1894) : Grime.

Tricard

(La Rue, 1894) : Homme en rupture de ban. Il a cassé sa canne ou sa trique.

Trichard

(d’Hautel, 1808) : Pour tricheur ; celui qui trompe au jeu ; qui ne joue pas loyalement.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Tricheur.

(Virmaître, 1894) : Tricheur. Voler au jeu (Argot du peuple).

Tricher

(Delvau, 1864) : Forcer, par un habile coup de cul, le membre de l’homme à se retirer au moment où il va décharger son sperme, pour ne pas s’exposer à faire d’enfants, — ce qui est peut-être prudent, mais, en tout cas, malhonnête, volant qui triche.

Pour nous, femmes sages,
Hors de nos ménages,
Il faut jouir peu
Ou tricher au jeu.
Tricher ! quelle gène !
On conçoit sans peine,
Quand on est expert,
Tout ce qu’on y perd.

Béranger.

(Delvau, 1867) : v. a. Moucher la chandelle, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Suivre l’école matrimoniale de Malthus.

(La Rue, 1894) : Suivre la doctrine de Malthus.

(Virmaître, 1894) : V. Gêné.

Tricherie

(d’Hautel, 1808) : Tromperie, fourberie.
La tricherie revient toujours à son maître. Se dit d’un fourbe qui se prend dans ses propres filets.

Trichine

(Delvau, 1867) : s. f. Petite dame, naturellement mêlée à toutes les cochonneries sociales, et qui peut empoisonner les imprudents qui la consomment, la trouvant appétissante.

Trichiner (se)

(Delvau, 1867) : Déjeuner avec de la charcuterie. L’expression est de l’année 1866, qui datera dans les fastes de la peur par l’invention des trichines que certains médecins allemands — ou iroquois — affirment être par milliers dans la viande de porc. Les jambons sont tombés en discrédit !

Tricoter

(d’Hautel, 1808) : Tricoter quelqu’un. Lui donner la bastonnade ; l’étriller d’une rude manière.
Tricoter. Marcher précipitamment et à petits pas.

(Larchey, 1865) : Battre. — Du vieux mot Tricote : gros bâton. V. Roquefort.

Prends vite un bâton ; Tricote cet homme sans cœur.

Chanson carnavalesque, 1851, impr. Chassaignon.

(Larchey, 1865) : Danser. — Comparaison du jeu des jambes à celui des aiguilles.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre. On dit aussi Tricoter les côtes.

(Delvau, 1867) : v. n. Danser.

Tricoter des fesses

(Delvau, 1864) : Les remuer vivement dans l’acte vénérien, pour mieux, jouir ou pour mieux faire jouir l’homme.

Tricoter des jambes

(Delvau, 1867) : v. n. Courir.

(Rigaud, 1881) : Danser ; se sauver.

(La Rue, 1894) : Danser. Se sauver.

Tricoter des pincettes

(Rossignol, 1901) : Danser.

Tricoter les côtes

(Hayard, 1907) : Battre.

Trie

(Rigaud, 1881) : Réunion, — dans l’ancien argot. — Faire le trie, déserter, à un signal donné, l’atelier, pour aller prendre des forces chez le marchand de vin, — dans le jargon des typographes. L’expression date de 1764.

Trier

(d’Hautel, 1808) : Ce sont des gens triés sur le volet. Pour dire, distingués, qui ont été choisis avec soin, par allusion aux graines que l’on met sur une table, pour en retirer les meilleures.

Trifaille

(La Rue, 1894) : Enfant.

Triffois ou tuffre

(Halbert, 1849) : Tabac.

Triffonnière

(Rigaud, 1881) : Tabatière.

Trifouillée

(Virmaître, 1894) : Remuer, chercher en bousculant tout. A. D Trifouillée, c’est trois fois fouiller, mais le peuple ne donne pas ce sens à cette expression. Trifouillée veut dire battre.
— Je vais te coller une trifouillée en cinq sec (Argot du peuple). N.

Trifouiller

(d’Hautel, 1808) : Pour, farfouiller, brouiller, fouiller avec désordre, et indiscrètement.

(Delvau, 1867) : v. n. Remuer, chercher en bousculant tout.

(Rigaud, 1881) : Fouiller partout, embrouiller, mettre tout sens dessus dessous en cherchant un objet.

Trifouilleur

(Rigaud, 1881) : Brouillon, sans ordre.

Trifouillon

(d’Hautel, 1808) : Brouillon, qui met tout en désordre, en cherchant quelque chose ; chercheur indiscret, investigateur.

Trigaud

(d’Hautel, 1808) : Chicanier, chipotier, barguigneur, qui ne va pas droit au but ; fourbe, coquin, fripon.

Trimancher

(anon., 1827) : Cheminer, marcher.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cheminer, marcher.

(Halbert, 1849) : Cheminer, marcher.

(Rigaud, 1881) : Marcher, courir par la ville. Variante de trimer. (L. Larchey)

(Virmaître, 1894) : Marcher. Même signification que trimarder (Argot du peuple).

Trimancher, trimarder, trimer

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Marcher, cheminer.

Trimar

(Clémens, 1840) : Grand chemin.

(Larchey, 1865) : Grande route, où triment les voyageurs. V. Butter.

Travailler sur le grand trimar, c’est voler sur le grand chemin.

Cinquante mille voleurs de plus à Paris, in-8, 1830.

Trime : Rue. — Trimin : Chemin.

Sur mon trimin rencontre Un pègre de quartier.

Vidocq.

Diminutif de Trimar. Faire son trimar se dit des filles qui se promènent la nuit pour raccrocher. V. paillasson.

(Delvau, 1867) : s. m. Chemin. — dans l’argot des voleurs, qui y triment souvent en attendant leurs victimes. Grand trimar. Grande route. On dit aussi Grande tire.

(Rigaud, 1881) : Éventaire ; balle de marchand ambulant, boutique de marchand forain.

(La Rue, 1894) : Chemin, rue. Eventaire. Balle. Grand trimar, grande route.

Trimar (aller au)

(Rigaud, 1881) : Sortir pour voler sur la voie publique, — dans le jargon des voleurs.

Trimar (faire son)

(Delvau, 1867) : Raccrocher, — dans l’argot des filles.

Trimar (patiner le)

(Rigaud, 1881) : Raccrocher, — dans l’argot des filles.

Trimar, Grand trimar

(Rigaud, 1881) : Route, voie publique, — dans le jargon des voleurs, qui disent également : Trime et grande tire.

Trimard

(anon., 1827) : Chemin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chemin. Faire suer le chêne sur le grand trimard, assassiner sur la grande route.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chemin.

(Halbert, 1849) : Chemin.

(Virmaître, 1894) : Chemin. Grand trimard : grande route (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Chemin, route. Un ouvrier qui va de ville en ville chercher du travail, va sur le trimard.

(Hayard, 1907) : Chemin.

Trimarde

(un détenu, 1846) : Rue.

(Delvau, 1867) : s. f. Rue. On dit aussi Trime.

Trimarder

(Delvau, 1867) : Voyager.

(Rigaud, 1881) : Marcher.

(Virmaître, 1894) : Voyager. Quand un apprenti a appris son état, pour se former, il fait son tour de France. Il trimarde, mais en travaillant. Mot à mot : parcourir les grandes routes. Ceux qui trimardent ne sont autre chose que des vagabonds ; ils ont une profession, mais ne travaillent jamais. Cette profession leur sert pour mendier. Le truc est des plus simples : Le trimardeur, supposons le compositeur typographe, entre dans un atelier avec la quasi-certitude qu’il ne sera pas embauché, c’est ce qu’il souhaite. Il demande mèche ; on lui répond qu’il n’y a pas de place vacante, alors il lâche son boniment :
— Il vient de loin, de Paris ; il a été malade en chemin, il est dans la plus affreuse misère, il sollicite la permission de faire la quête. Le patron donne, les compagnons donnent aussi ; il savent bien que c’est un fainéant, mais les typos ont bon cœur, ils préfèrent être volés dix fois que d’en refuser une à une misère véritable.
Avec ce métier, les trimardeurs sont les gens les plus heureux du monde (Argot d’imprimerie). N.

(Hayard, 1907) : Voyager à pied.

Trimarder, trimancher

(La Rue, 1894) : Marcher. Voyager.

Trimarder, trimer

(anon., 1827) : Cheminer, marcher.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cheminer, marcher.

Trimardeur

(Fustier, 1889) : Voleur de grand chemin. (V. Delvau : Trimar.)

(Rossignol, 1901) : Celui qui voyage sur les routes. Celui qui travaille beaucoup est aussi un trimardeur.

Trimardeuse

(Virmaître, 1894) : Fille publique qui fait le trottoir. L’asphalte n’est pas la grande route, on l’appelle néanmoins le trimard parce que la fille y trime (Argot des souteneurs).

Trimare

(d’Hautel, 1808) : Le grand trimare. Terme d’argot, qui signifie le grand chemin.

Trimart

(un détenu, 1846) : Chemin.

Trimbaler

(Clémens, 1840) : Transférer.

(Rigaud, 1881) : Marcher en portant un fardeau, transporter.

Trimbaler son cadavre

(Rigaud, 1881) : Se promener. — Trimbaler son crampon, promener sa femme ou sa maîtresse légitime. — Trimbaler un pante, promener un provincial !

Trimbaleur

(Rigaud, 1881) : Cocher ; charretier, camionneur.

Trimbaleur d’indigents

(Rigaud, 1881) : Cocher d’omnibus.

Il y a d’abord la grande joie des « trimbaleurs d’indigents », autrement dit les cochers d’omnibus.

(Événement, du 3 octobre 1878.)

Trimbaleur de machabées

(Rigaud, 1881) : Cocher de corbillard. Désigné encore sous les noms de : Trimbaleur de conis, trimbaleur de refroidis, trimbaleur de carne pour la sèche.

Trimbaleur de piliers de boutanche

(Rigaud, 1881) : Filou qui exploite les commis de magasin porteurs de paquets. Après avoir fait une acquisition qu’il doit payer à domicile contre livraison, le trimbaleur de piliers de boutanche se fait accompagner par un commis. Chemin faisant il saura, en usant de ruse, s’approprier la marchandise.

Trimballage

(Rigaud, 1881) : Transport.

Trimballer

(d’Hautel, 1808) : Traîner partout quelque chose avec soi ; railler, berner quelqu’un.
Il me trimballe depuis long-temps. Pour, il me berce de vaines espérances, il se moque de moi.

(Halbert, 1849) : Conduire.

(Larchey, 1865) : Marcher. — Mot à mot : baller sur la trime : se remuer dans la rue. V. Momir. — Trimballeur de coni, de refroidi : Croque-morts (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. n. Se promener, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : v. a. Promener quelqu’un, traîner quelque chose.

(La Rue, 1894) : Conduire. Transférer d’une prison à une autre.

Trimballeur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait aller son monde.

(Delvau, 1867) : s. m. Cocher, — dans l’argot des voleurs. Trimballeur des refroidis. Cocher des pompes funèbres.

Trimballeur de refroidis

(Virmaître, 1894) : Le cocher qui conduit les corbillards.
— Ce qui m’emmerde, quand je serai refroidi, c’est d’être trimballé par l’omnibus à coni (Argot des voleurs).

Trimballeur de rouchies

(Fustier, 1889) : Souteneur.

Trime, Trimin

(Rigaud, 1881) : Rue.

Trimelet

(Clémens, 1840) : Fil à coudre.

(La Rue, 1894) : Fil à coudre.

Trimer

(d’Hautel, 1808) : Pour dire travailler péniblement ; faire beaucoup de chemin à pied.

(Halbert, 1849) : Marcher.

(Delvau, 1867) : v. a. Aller ou venir inutilement ; se morfondre dans l’attente. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Marcher pour placer de la marchandise.

(La Rue, 1894) : Marcher. Se donner de la peine, travailler dur. Raccrocher dans la rue.

(Virmaître, 1894) : Aller et venir inutilement, se morfondre. A. D. De trimer on a fait trimard, raccrocher, c’est-à-dire travailler, c’est le vrai sens du mot.
— Je trime d’un bout de l’année à l’autre pour élever mes gosses, et je n’en suis pas plus avancé.
Trimer veut dire travailler péniblement (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Travailler.

Il faut trimer ferme pour élever sa famille.

(Hayard, 1907) : Travailler.

Trimer (faire)

(Delvau, 1867) : v. a. Se moquer des gens en les faisant poser, — dans l’argot de Breda-Street.

Trimer les mathurins (faire)

(Rigaud, 1881) : Manger ; c’est-à-dire faire travailler les dents.

Trimestre (régler le trimestre à quelqu’un)

(Merlin, 1888) : Lui flanquer une pile.

Trimmer

(Delvau, 1867) : v. n. Écrire comme Léo Lespès, — dans l’argot des gens de lettres, jaloux du succès inouï de Timothée Trimm, chroniqueur du Petit Journal. Quelques-uns disent aussi Thimothéetrimmer.

Trimoire

(Halbert, 1849) : Jambe.

Trimoires

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les jambes, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Jambes, — dans le jargon des porte-balles et des marchands ambulants.

(La Rue, 1894) : Les jambes.

Tringle

(d’Hautel, 1808) : Une grande tringle. Terme injurieux et de mépris ; pour dire, fille de grande stature et d’une mauvaise tenue ; une déhanchée.

(Rossignol, 1901) : Voir bogue.

(Hayard, 1907) : Rien.

Tringle !

(Delvau, 1867) : adv. Rien, non, zéro, — dans l’argot des voyous.

Tringlo

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat du train, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Soldat du train des équipages militaires.

O muse ! raconte-nous la grandeur héroïque
De cet humble soldat, qui brandissant sa trique,
Monté sur un mulet, cheminant pas à pas,
Arrose les lauriers… mais ne les cueille pas.

(A. Camus.)

Tringlos

(Larchey, 1865) : Soldat du train. — Diminutif de train.

Ce que les tringlos, soldats du train des équipages militaires, ne pourront nous apporter.

A. Camus.

Tringlot

(Merlin, 1888) : Soldat du train.

Trinquer

(Fustier, 1889) : Ce verbe, qui, dans l’argot, a le sens propre de être battu, s’emploie aussi au figuré comme synonyme de : être malmené, être tancé.

Il faut que M. B… (qui a fortement trinqué dans cette séance) et les actionnaires résilient leurs baux.

(Intransigeant, sept. 1888.)

(La Rue, 1894) : Recevoir des coups. Être malmené.

(Virmaître, 1894) : Boire en choquant son verre. Trinquer : recevoir une volée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Recevoir des coups ou des réprimandes.

(Hayard, 1907) : Être battu.

Trinquer (faire)

(Rigaud, 1881) : Battre, maltraiter, — dans le jargon des voleurs. — J’ai rien fait trinquer le gonse. — Je t’vas trinquer le godard à coups de sorlot.

Triomphe

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas chanter triomphe avant la victoire. Pour, il ne faut se réjouir d’une affaire, d’une chose, que lorsqu’elle a été couronnée du succès.

(Rigaud, 1881) : « Le triomphe est une vieille coutume de Saint-Cyr, qui consiste à promener sur une prolonge d’artillerie les vainqueurs du jour (lors de l’inspection) tandis, que les élèves forment dans la cour une immense farandole et chantent le chœur légendaire de la Galette. » (Figaro, du 26 juillet 1877.)

Tripaille

(Virmaître, 1894) : Enfant (Argot des voleurs). V. Loupiau. N.

Tripasse

(Delvau, 1867) : s. f. Vieille femme, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis longtemps, comme on peut en juger par les vers suivants :

Si elle estoit dure et poupine,
Voulentiers je la regardasse ;
Mais elle semble une tripasse
Pour quelque varlet de cuysine.

(Rigaud, 1881) : Femme laide et d’un embonpoint excessif.

(La Rue, 1894) : Femme grosse, vieille et laide.

Tripatouiller

(Fustier, 1889) : Manier maladroitement quelque chose ; mêler, embrouiller, rendre confus, tripoter. N’en déplaise à M. Bergerat qui a lancé ce verbe au commencement de cette année 1888, ce mot est un barbarisme, barbarisme voulu, je le veux bien, mais enfin barbarisme. Que ne se servait-il pour exprimer sa pensée, du mot touiller, inusité aujourd’hui, sauf dans le centre de la France, où il signifie crotter, salir. Touiller a ses quartiers de noblesse puisqu’au temps de Charles VII, c’est-à-dire au XVe siècle, on l’employait aux sens de salir et brouiller. Il y avait même le substantif touilleur, brouillon, qu’on trouve dans Cotgrave et qui est aujourd’hui remplacé par tripatouilleur. On a même inventé tripatouille et tripatouillage.

Il (M. Bergerat) a accusé M. Porel, directeur du théâtre de l’Odéon, d’avoir voulu tripatouiller dans sa comédie. Notez le verbe, il est pittoresque.

(Illustration, janvier 1888.)

C’est à vous, Caliban, à qui je veux parler.
Vous ayez un défaut que je ne puis céler
Vous créez chaque jour quelque néologisme
Qui n’est, le plus souvent, qu’un affreux barbarisme,
Ainsi tripatouillage est votre enfant nouveau ;
Tripatouille est de mode. On ne sait ce qu’il vaut
Mais on s’en sert
On dit : je tripatouille et nous tripatouillons.
Tripatouiller est donc le vocable à la mode.

(Événement, janvier 1888.)

Tripatrouillage

(Virmaître, 1894) : Tripoter dans les poches de quelqu’un. Tripoter dans une caisse ou un tiroir.
— Vous n’allez pas bientôt finir de me tripatrouiller, vous allez me chiffonner (Argot du peuple). N.

Tripe

(d’Hautel, 1808) : Rendre tripes et boyaux. Vomir avec effort.

Triper

(Rigaud, 1881) : Donner le sein. (L. Larchey)

(La Rue, 1894) : Donner le sein à un enfant.

Tripes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Gorge mal faite, — ou trop fournie.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les entrailles de l’homme.

Quand Renaud de la guerre vint,
Tenant ses tripes dans ses mains,

dit une vieille chanson populaire.

(Rigaud, 1881) : Seins mous et volumineux.

(Virmaître, 1894) : Tétons déformés, élastiques comme un morceau de caoutchouc. Allusion au morceau de tripe que les tripiers nomment le bonnet : c’est la panse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Seins pendants.

Tripette

(d’Hautel, 1808) : Cela ne vaut pas tripette. Pour est excessivement mauvais.

Tripière

(d’Hautel, 1808) : Grosse tripière. Terme grossier et malhonnête, qui se dit d’une femme dont les volumineux appas ne sont rien moins qu’appétissans.

(Delvau, 1864) : Femme ou fille à la gorge mal faite, — ou trop fournie.

Madame de Bassompierre, qui n’était ni jeune ni belle, et qui n’avait’ pour elle que son embonpoint et ses grands airs, ne manquait pas de galants… Le Plessy-Guénégaud s’amusait à payer cette grosse tripière comme un tendron, parce qu’elle était de qualité.

P. Dufour (Hist. de la prostitution.)

(Delvau, 1867) : adj. et s. Fille ou femme trop avantagée.

(Rigaud, 1881) : Femme très avantagée sous le rapport de la poitrine. — Forte tripière, énormément bien avantagée.

Tripoli

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens, qui s’imaginent peut-être qu’ils se nettoient la poitrine avec cela. Coup de tripoli. Verre d’eau-de-vie.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie de très mauvaise qualité.

(Merlin, 1888) : Voyez Schnick.

(La Rue, 1894) : Mauvaise eau-de-vie.

Tripot

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; maison de débauche ; académie de jeu.
Battre un homme dans son tripot. Le surpasser, lui en revendre dans les choses qu’il sait le mieux, dans les détails de sa profession.

(Halbert, 1849) : Garde de police.

(Rigaud, 1881) : Garde municipal. Dérivé, de tripotée.

(La Rue, 1894) : Garde municipal. Maison de jeu de dernier ordre.

Tripotage

(d’Hautel, 1808) : Micmac, manigance, menée sourde ; désordre, mélange, confusion.

Tripotée

(Larchey, 1865) : Correction. — Du vieux mot tripeter : fouler aux pieds. V. Roquefort.

Oh ! quelle tripotée je vous ficherais, ma poule !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Grande quantité de choses.

(Rigaud, 1881) : Arrangement à coups de poing ; scène de pugilat domestique.

(La Rue, 1894) : Pugilat.

(Virmaître, 1894) : (En donner ou en recevoir une).
— Il a reçu une rude tripotée.
On dit aussi tripotée pour beaucoup.
— J’ai une tripotée d’enfants qui me font perdre la tête (Argot du peuple).

Tripoter

(d’Hautel, 1808) : Manier indiscrètement et sans précaution ; intriguer, manigancer, tramer.
Tripoter le vin. Le mélanger, le falsifier, le couper à la manière des marchands de vins.

(Delvau, 1867) : v. n. Hanter les tripots, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux gens ; farfouiller. Tripoter une femme. S’assurer, comme Tartufe, que l’étoffe de sa robe — de dessous — est moelleuse.

Tripoter la couleur

(Delvau, 1867) : v. a. Peindre, — dans l’argot des artistes.

Tripoter le carton

(Delvau, 1867) : Jouer aux cartes.

Tripoter une femme

(Delvau, 1864) : Polissonner des mains avec elle, lui prendre le cul et les tétons.

Je tripote,
Je bahote
Près de la cambuse aux crottes.

(Parnasse satyrique.)

Tripoteurs

(Virmaître, 1894) : Individu qui tripote une femme. Boursier qui tripote, à la Bourse, des affaires malpropres et louches. On dit aussi patricoter (Argot du peuple). N.

Tripotier

(Rigaud, 1881) : Individu qui tient un tripot. — Au féminin, tripotiêre, celle qui tient table d’hôte et écarté.

Triquage

(Delvau, 1867) : s. m. Triage des matières, — dans l’argot des chiffonniers.

(Rigaud, 1881) : Triage de chiffons.

Triquard

(Rossignol, 1901) : Celui qui était soumis à la surveillance et qui rompait son ban était en trique, il était triquard, c’est-à-dire : dans le cas de se faire arrêter et condamner. Aujourd’hui le triquard est l’interdit qui se trouve dans une des villes où il lui est défendu de passer. Voir Surbine.

Trique

(Halbert, 1849) : Cabriolet.

(Halbert, 1849) : Dents.

(Delvau, 1867) : s. f. Canne, bâton, gourdin, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Tricot ;d’où la loi du Tricot, pour signifier l’Argument brutal, le syllogisme du poignet, non prévu par Aristote.

(Virmaître, 1894) : Surveillance. Casser sa trique, rompre sa surveillance. Triquer (Être) : être condamné à la surveillance. Allusion ancienne, quand autrefois les condamnés étaient pendant cinq ou dix ans sous la trique des argousins (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Surveillance de la haute police, remplacée par l’interdiction de séjour.

(Hayard, 1907) : Surveillance.

Trique (être en)

(Rigaud, 1881) : Être sous la surveillance de la haute police. — Casser sa trique, rompre son ban.

Trique à gueule

(Merlin, 1888) : Métaphore réaliste signifiant cuillère. On dit aussi : pelle à gueule.

(Rossignol, 1901) : Cuiller à bouche.

Trique à larder, trique à picoter

(Rigaud, 1881) : Canne à épée. — Faire flamber la trique à larder, jouer de la canne à épée, porter un coup de canne à épée.

Trique-poux

(Hayard, 1907) : Coiffeur.

Triquebilles

(Delvau, 1864) : Vieux mot employé pour désigner les testicules.

Qu’on me coupe les triquebilles !

(Cabinet satyrique.)

Triquer

(Delvau, 1867) : v. a. Trier les chiffons.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des coups de canne ou de bâton.

(Rigaud, 1881) : Trier le contenu d’une hotte de chiffonnier.

(La Rue, 1894) : Trier des chiffons. Donner des coups de trique.

Triqueur

(Delvau, 1867) : s. m. Maître chiffonnier, qui trie ce que lui apportent les autres.

Triqueuse

(Rigaud, 1881) : Trieuse de chiffons chez un chiffonnier en gros.

Triste

(d’Hautel, 1808) : Triste comme un bonnet de nuit ; comme un deuil. Pour dire boudeur, maussade, taciturne, fort chagrin.

Triste à pattes

(Merlin, 1888) : Fantassin.

Trognade

(Rigaud, 1881) : Gâteaux, fruits, sucreries, — dans le jargon des collégiens. — Trogner, manger des friandises. — Trognerie, action de trogner. — Trogneur, qui mange beaucoup de friandises.

Trogne

(d’Hautel, 1808) : Pour visage rubicond, jovial et facétieux ; mine de jubilation, comme l’ont ordinairement les bons buveurs.
Une trogne enluminée ; une rouge trogne.

(Halbert, 1849) : Figure.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage, — dans l’argot du peuple, qui le dit surtout de toute tuberosa faciès. Belle trogne. Visage empourpré et embubeletté, comme le sont presque tous les visages d’ivrognes. Le mot a des chevrons :

Il faut être Jean Logne
Pour n’aimer pas le vin ;
Pour moi, dès le matin
J’enlumine ma trogne
De ce jus divin !

a chanté le goinfre Saint-Amand.

(Virmaître, 1894) : Le visage. Quand un individu a la trogne couperosée, dans le peuple, on lui lance cette plaisanterie :
— C’est ta femme qui boit, et c’est toi qui a le nez rouge.
Avoir une trogne de vin de Bourgogne, c’est une trogne d’ivrogne (Argot du peuple).

Trognon

(d’Hautel, 1808) : Un petit trognon. Terme de mépris ; pour dire une fille de petite taille, réplète, surchargée d’embonpoint.
J’en fais autant de cas que d’un trognon de choux. Pour dire que l’on n’a aucune considération pour quelqu’un.

(Larchey, 1865) : Petite femme.

En lorgnant la brunette, j’lui dis : Mon petit trognon

Les Amours de Jeannette, ch., 1813.

(Delvau, 1867) : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, moins polis que les gueux anglais, qui eux disent Costard (grosse pomme). Dévisser le trognon. Tordre le coup à quelqu’un.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite fille, le cœur d’une femme, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Expression de tendresse, comme mon petit chat, mon petit lapin bleu.

Qu’il est joli, qu’il est mignon,
Qu’il est gentil mon p’tit trognon, (Argot du peuple).

Trognon (mon petit)

(Rigaud, 1881) : Terme d’amitié, pour mon petit trognon de chou.

Trois-étoiles

(Larchey, 1865) : Se dit d’une personne dont on cache le nom.

Le célèbre monsieur Trois-Étoiles.

J. Janin.

La femme légitime de ce peintre est la maîtresse du gros trois-étoiles.

A. Second.

Trois-Étoiles

(Delvau, 1867) : Nom qu’on donne — dans l’argot des gens de lettres — aux personnes que l’on ne veut pas nommer. On dit aussi Monsieur ou Madame Trois-Étoiles.

Trois-mâts

(Merlin, 1888) : Brisquard à trois chevrons.

Trois-pont

(Fustier, 1889) : Casquette en soie assez haute ; à l’usage de MM. les voyous.

Je les (les Alphonses) rencontre encore qui rôdent en bande, les cheveux effilés, en corne de bœuf, sur les tempes obscurcies par le troispont.

(Huysmans : Une goguette.)

Trois-ponts

(La Rue, 1894) : Casquette de voyou et de souteneur.

Trois-six

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie.

Au moins, moi, j’dis pas que j’aime pas le trois-six !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier, — dans l’argot des bourgeois.

Trois-sous

(Delvau, 1867) : s. m. Water-closets. On dit aussi Un quinte-centimes.

Troisième dessous

(Larchey, 1865) : « Dans le troisième dessous des sociétés, pour emprunter à l’art dramatique une expression vive et saisissante, le monde n’est-il pas un théâtre ? Le troisième dessous est la dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra, pour en recéler la rampe, les apparitions, les diables bleus que vomit l’enfer. » — Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. La dernière cave pratiquée sous les planches d’un théâtre pour recevoir la rampe, les trucs, les machines, etc. Tomber dans le troisième dessous. Se dit d’une pièce sifflée, dont la chute est irrémédiable.

(Delvau, 1867) : s. m. Le monde des coquins, « la dernière sape, inferi », de la société, « la fosse des ténèbres, la grande caverne du mal », dit Victor Hugo, qui la peint à grands coups de brosse, comme Dante, son Enfer.

Cette cave est au-dessous de toutes et est l’ennemie de toutes. C’est la haine sans exception. Elle a pour but l’effondrement de tout, — de tout, y compris les sapes supérieures, qu’elle exècre. Elle ne mine pas seulement, dans son fourmillement hideux, l’ordre social actuel : elle mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine le progrès. Elle est ténèbre et elle sent le chaos. Sa voûte est faite d’ignorance. Elle s’appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Détruisez la cave-ignorance, vous détruirez la taupe-crime.

Troisième rêne

(Delvau, 1867) : s. f. La crinière du cheval, — dans l’argot des maquignons.

Troisième sexe

(Delvau, 1867) : s. m. Celui qui déshonore les deux autres. « Il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce? — C’est le troisième sexe, milord. » (H. De Balzac.)

Troisième sexe (le)

(Delvau, 1864) : Celui auquel appartiennent les pédérastes et les gougnottes.

— Je ne mène pas là votre seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes, — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.

H. De Balzac.

Trôler

(Rigaud, 1881) : Rôder.

(La Rue, 1894) : Porter. Rôder. Faire la trôle, aller de magasin en magasin offrir sa marchandise.

(Hayard, 1907) : Vendre en marchant.

Trôleur

(Rigaud, 1881) : Vagabond, rôdeur de barrière. — Marchand de peaux de lapins.

(La Rue, 1894) : Commissionnaire. Vagabond. Marchand qui fait la trôle. Marchand de peaux de lapin.

Trôleuse

(Rigaud, 1881) : Raccrocheuse.

Trolier

(Fustier, 1889) : Individu, commissionnaire qui va offrir de porte en porte aux marchands de meubles le travail de l’ouvrier qui est à son compte. Dans l’argot du faubourg Saint-Antoine on appelle cet ouvrier un choutier.

Troller

(Halbert, 1849) : Porter.

(Delvau, 1867) : v. n. Remuer ; aller çà et là, trimer. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. a. Porter, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Porter. A. D. Troller veut dire marcher.
— On te voit troller partout, tu ne travailles donc pas ?
Il existe au faubourg Antoine des ouvriers ébénistes en chambre qui confectionnent des meubles pour leur compte.
Ils trollent pour les vendre depuis la rue de la Muette jusqu’à la Bastille, généralement le samedi ; ce jour-là, le trottoir se nomme la trolle (Argot des ébénistes). N.

Trolleur

(Halbert, 1849) : Commissionnaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand de peaux de lapin, — chineur quand il achète et trolleur quand il revend.

Trombille

(Delvau, 1867) : s. f. Bête, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bête, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Bête.

(Virmaître, 1894) : Bête, quelle que soit sa race (Argot des voleurs).

Trombine

(Larchey, 1865) : Physionomie ridicule.

(Delvau, 1867) : s. f. Tête, visage, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Figure, — Trombine en déche, mauvaise mine.

(Rossignol, 1901) : Figure, visage.

Trombine, trompette

(La Rue, 1894) : Tête, physionomie ridicule.

Tromboler

(Rossignol, 1901) : Voir rouscailler.

Tromboler les gonzesses

(Delvau, 1867) : v. a. Aimer les filles, — dans l’argot des maquignons.

Tromboller

(Rigaud, 1881) : Aimer, — dans le jargon des voyous. — Tromboller les gonzesses, aimer les femmes.

(La Rue, 1894) : Aimer.

(Virmaître, 1894) : Aimer autrement que platoniquement.
— Je vais tromboller ma gonzesse (Argot des souteneurs).

Trombone (faire)

(Rigaud, 1881) : Mettre la main au gousset et la retirer à plusieurs reprises sans en sortir de l’argent. Faire semblant d’avoir envie de payer. Les doigts qui vont et viennent dans la poche du gilet simulent le mouvement du trombone, — dans le jargon des troupiers.

Trompe

(Delvau, 1867) : s. f. Nez, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un proboscidien.

(La Rue, 1894) : Nez. Avocat.

Trompe-chasse

(Larchey, 1865) : Art (Vidocq). — L’art trompe l’œil.

Trompe-chasses

(Delvau, 1867) : s. m. Peinture, tableau quelconque, — dans l’argot des voleurs.

Trompe-l’œil

(Delvau, 1867) : s. m. Accessoire d’un tableau, tel que clou, déchirure, etc., si bien peint, qu’on le croirait naturel. Argot des artistes.

Trompe-la-mort

(Virmaître, 1894) : Individu condamné par les médecins, qui n’en meurt pas plus vite pour cela.
— Il trompe la mort qui le guette.
On dit également :
— Il a repris du poil de la bête.
Cette expression ; trompe la mort, date de 1848.
Un ouvrier forgeron, arrêté sur une barricade, lors de l’insurrection de Juin, fut conduit, avec un groupe de combattants, à la tombée de la nuit, au Champ de Mars, où se faisaient en masse les exécutions sommaires. On fusillait les malheureux rang par rang.
Il était au second rang ; par une présence d’esprit incroyable, à ce moment suprême, il tomba en même temps que le premier rang ; on n’y lit pas attention.
Vers onze heures du soir, l’exécution terminée, des tombereaux vinrent enlever les cadavres pour les transporter au cimetière Montmartre et les jeter dans la fosse commune.
On ne les recouvrait pas de terre, afin que les familles puissent les reconnaître le lendemain.
L’ouvrier avait eu la malchance d’être jeté au fond du tombereau ; il était inondé du sang qui coulait sur lui.
Pendant le trajet, après des efforts inouïs, il parvint à se hisser au-dessus des cadavres ; il sauta à bas de la lugubre voiture sans être aperçu, et alla se cacher chez un ami.
Le calme revenu, il rentra à l’atelier. Stupéfaction générale. Les camarades, qui connaissaient l’aventure, lui crièrent :
— Tiens ! voilà Trompe la mort.
Il l’avait rudement trompée, car il ne mourut qu’en 1888, à l’âge de quatre-vingts ans.
Trompe la mort (Argot du peuple).

Tromper

(d’Hautel, 1808) : On peut se tromper sans boire. Se dit pour excuser une erreur, une bévue que l’on a faite.
Il tromperoit son père. Se dit d’un homme très-exercé dans l’art de la fourberie, d’un marchand subtil et fripon.

Tromper d’endroit (se)

(Delvau, 1864) : Enculer une femme, au lieu de la baiser, — ce qui peut arriver, la nuit surtout, au plus honnête homme.

Comm’ c’est chaud ! comm’ c’est étroit !
Tiens ! je m’suis trompé d’endroit !
J’ai fait un’ fameus’ bêtise,
Mamselle Lise…

A. De Calonne.

Se voyant traité d’la sorte,
Il dit qu’il s’est trompé de porte,
El vent m’ fourrer son outil
Dans un trou qu’ j’ai sous le nombril.

(Parnasse satyrique.)

Trompette

(Larchey, 1865) : Colporteur de nouvelles. — Allusion à la trompette allégorique de la Renommée.

(Larchey, 1865) : Nez trop bruyant. — Nez en trompette : Nez relevé.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : s. f. Le nez, — à cause du bruit qu’il fait lorsqu’on se mouche.

(Delvau, 1867) : s. f. Cigare, — parce qu’on le tient continuellement à la bouche, comme si on voulait jouer un air quelconque.

(Rossignol, 1901) : Visage.

Trompette (jouer de la)

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à crepitus.

Trompette (nez en)

(Rigaud, 1881) : Nez à la Roxelane.

Trompette, Tirelire

(Rigaud, 1881) : Figure ; tête.

Trompetter

(Delvau, 1867) : v. a. Divulguer, publier une chose qui devait être tenue secrète, — dans l’argot du peuple.

Trompion

(Hayard, 1907) : Clairon.

Tronc d’arbre

(Fustier, 1889) : Nervure de la feuille de tabac que l’on trouve dans le scaferlati non trié. (V. Peuplier.)

Tronche

(d’Hautel, 1808) : Pour dire la tête.
Gare la tronche. Pour, prends garde à ta tête.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tête.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tête.

(un détenu, 1846) : Tête.

(Larchey, 1865) : La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc.

Vidocq, 1837.

Gare la tronche ! prends garde à la tête.

d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage ; tête, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Tête, visage. — Tronche à la manque, sergent de ville, agent de police, — dans le jargon des voleurs ; c’est-à-dire vilaine tête.

(La Rue, 1894) : Tête. Visage. Tronche à la manque. Gardien de la paix. Figure mauvaise.

(Virmaître, 1894) : Tête (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Tête.

Je lui ai envoyé un coup de tronche dans l’estomac, qui l’a envoyé à dame.

(Hayard, 1907) : Tête.

Tronche (la)

(anon., 1827) : La tête.

(M.D., 1844) : La tête.

Tronche de morue

(anon., 1827) : Tête de mouton.

Tronche de refroidi

(Virmaître, 1894) : Fromage de Hollande, connu plus généralement sous le nom de tête de mort (Argot des voleurs).

Troncher

(Delvau, 1867) : v. a. Embrasser.

(Virmaître, 1894) : Le vocable s’explique suffisamment par ceci :
— Bibi a tronché la môme, elle a avalé le pépin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir rouscailler.

Tronchinette

(Delvau, 1867) : s. f. Figure de jeune fille ; physionomie agréable ; petite tête. Argot des voyous.

Trône

(d’Hautel, 1808) : Il est sur son trône. Se dit par plaisanterie d’un homme qui est sur la chaise percée.

(Delvau, 1867) : s. m. Ce qu’on appelait autrefois « chaise d’affaires », et, longtemps auparavant, trulla. Argot des bourgeois. Être sur son trône. Alvum deponere.

(Rigaud, 1881) : Pot de chambre haute forme ; chaise percée. — Aller sur le trône, aller aux lieux d’aisances. — Être sur le trône, être aux lieux d’aisances.

Trone (être sur le)

(Virmaître, 1894) : Être assis sur la lunette des chiottes. Quand ça va bien, sûrement, on est plus heureux qu’un roi assis sur le trône (Argot du peuple).

Trône (le)

(Hayard, 1907) : Le siège des cabinets.

Trône du plaisir

(Delvau, 1864) : La nature de la femme.

Si mes vœux près d’Eglè sont toujours superflus,
Du trône du plaisir, si sa main me repousse.

Collardeau.

Tronfion

(Merlin, 1888) : Clairon.

Tronque ou tronche

(Halbert, 1849) : Tête.

Trop cuit

(Virmaître, 1894) : Femme ayant des cheveux rouges.
— Elle a été trop longtemps enfournée, elle est trop cuite (Argot du peuple). N.

Trop tot velé

(Virmaître, 1894) : Enfant venu avant terme. Allusion au veau mort-né. Avorton chétif et malingre (Argot du peuple).

Troquet

(Rigaud, 1881) : Pour mastroquet, marchand de vin.

(Rossignol, 1901) : Marchand de vin.

Trot (aller au)

(Rigaud, 1881) : C’est-à-dire aller au trottoir, raccrocher, — dans le jargon des filles.

Trottade

(d’Hautel, 1808) : Pour dire une petite course, une courte promenade, soit à pied, à cheval ou en voiture.

Trottant

(anon., 1827) : Rat.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Rat. Trottant d’entiffe, rat d’église.

(Bras-de-Fer, 1829) : Rat.

(Delvau, 1867) : s. m. Rat, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Trotteur.

(La Rue, 1894) : Rat.

Trottant, Trotteur

(Rigaud, 1881) : Rat.

Trottante

(Larchey, 1865) : Souris. — Trotteur : rat (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Souris.

(La Rue, 1894) : Souris.

Trotte

(d’Hautel, 1808) : Course, intervalle, espace d’un lieu à un autre.

(Larchey, 1865) : Course pénible.

J’étais sortie pour éviter ces trottes-là à Alfred.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. f. Course, — dans l’argot du peuple. Sacrée trotte. Course fort longue, que l’on ne peut faire qu’en beaucoup de temps.

Trotte-sec

(Merlin, 1888) : Fantassin.

Trotter

(d’Hautel, 1808) : Un trotte menu. On appelle ainsi celui qui marche vite et à petits pas.

Trotter (se)

(Rigaud, 1881) : Déguerpir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

(La Rue, 1894) : Aller. Aller vite. Partir. S’enfuir.

Trotteuse

(Rigaud, 1881) : Locomotive, — dans le jargon des mécaniciens des chemins de fer.

(La Rue, 1894) : Raccrocheuse.

(Virmaître, 1894) : Montre qui marque les minutes. Trotteuse : fille publique infatigable qui trotte du soir au malin pour raccrocher (Argot des souteneurs).

Trottignole

(Rigaud, 1881) : Pied, soulier, — dans le jargon du peuple. Dérivé de trottin.

Trottin

(d’Hautel, 1808) : Un petit commissionnaire ; un laquais que l’on n’emploie qu’à faire des courses. On donne aussi ce nom à un mauvais cheval qui ne va que le petit trot.

(Larchey, 1865) : Le trottin, toujours choisi parmi les grisettes les plus jeunes et les plus espiègles du magasin, était le véritable petit clerc de tout magasin de modes.

L. Huart.

Et de trotin toujours crotté, on en fit un petit commis.

Troisième suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652.

(Delvau, 1867) : s. m. Cheval, parce qu’il trotte. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Garçon de magasin qui fait les courses ; apprentie modiste qui fait les courses.

(Rigaud, 1881) : Pied.

(La Rue, 1894) : Pied. Cheval. Apprentie modiste.

(Virmaître, 1894) : Apprenti modiste que l’on rencontre arpentant les rues de Paris, portant une petite boîte qui contient un chapeau. C’est le gavroche femelle des ateliers de modistes. Le mot n’est pas nouveau. Scarron dit quelque part : Ensuite il appelle un trottin. (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Jeune ouvrière ou apprentie parisienne.

Trottin de modiste

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune garçon ou jeune fille, domestique ou apprentie, qui va porter les chapeaux et faire les commissions des modistes. Argot des bourgeois. Il y a longtemps que ce mot signifie petit domestique, car Scarron a dit :

Ensuite il appelle un trottin,
Fait amener son guilledin
Orné d’une belle fontange.

Trottine

(Rigaud, 1881) : Soulier. — Trottines feuilletées, souliers qui plaident en séparation de semelles.

Trottines feuilletées

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Bottes ou souliers dont la semelle est en mauvais état. Argot des voyous.

Trottinet

(Rigaud, 1881) : Bottine de femme, soulier élégant, — dans le jargon des ouvriers.

(Hayard, 1907) : Chaussures.

Trottinets

(Halbert, 1849) : Souliers.

(La Rue, 1894) : Souliers.

(Rossignol, 1901) : Souliers.

Trottinettes

(Virmaître, 1894) : Bottines (Argot des voleurs).

Trottins

(un détenu, 1846) : Souliers.

(Larchey, 1865) : Pieds. — Les pieds trottent.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les pieds, — dans le même argot [des voyous].

Trottoir

(d’Hautel, 1808) : Cette fille est sur le trottoir. C’est-à-dire, est à marier. On le dit aussi d’une femme qui est en vogue, et dont on parle beaucoup.

(Delvau, 1867) : s. m. Répertoire, — dans l’argot des coulisses. Grand trottoir. Répertoire classique. Petit trottoir. Répertoire courant, drames et vaudevilles. Grand trottoir se dit aussi de la Haute-Bicherie, et Petit trottoir du fretin des drôlesses.

(Virmaître, 1894) : S’entend de deux façons. Faire le trottoir, raccrocher. Il n’est pas nécessaire pour faire le trottoir d’être sur le trottoir. Le trottoir est partout où la femme lève l’homme. Pendant l’Exposition de 1889, le trottoir de ces dames était le pont de l’Alma. À ce sujet, on avait fait ce calembourg :
— Les putains préfèrent le pont pour voir le velum (Argot des filles). N.

Trottoir (faire le)

(Larchey, 1865) : Se dit des filles inscrites qui, le soir, se promènent sur le trottoir voisin de leur logis. — Grand trottoir, en termes d’argot comique, veut dire : haut répertoire.

Trottoir (femme de)

(Rigaud, 1881) : Fille publique.

Trottoir (le grand)

(Rigaud, 1881) : Le grand répertoire, — dans le jargon des comédiens.

Trou

(d’Hautel, 1808) : Boucher un trou. Acquitter, éteindre une créance.
Faire en deux coups six trous. Aller grand train ; aller vite en besogne.
Il met des chevilles à chaque trou. Se dit d’un homme qui a la riposte vive ; qui répond adroitement, et d’une manière improvisée, à tout ce qu’on peut lui dire.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, ou l’anus.

Les grands trous leur sont odieux, déplaisants et désagréables.

(Variétés hist. et litt.)

Nenni, non. Et pourquoi ? Pour ce
Que six sous sauvés m’avez,
Qui sont aussi bien dans ma bourse
Que dans le trou que vous savez.

Collé.

Le bout était trop gros, ou le trou trop petit.

Piron.

Il fallut donc recourir aux verges… dont je vis bientôt les effets, par la croissance de l’allumelle de mon homme, qui, profitant du moment, commença à jouer au trou-madame.

(Mémoires de mis Fanny.)

Je m’y pris avec tant d’adresse
Qu’elle me dit, plein’ de tendresse ;
Je t’accord’ le droit marital.
Puis elle ajouta, pour final.
Tu sais le côté gui me blesse,
Ah ! ne va pas dans le trou d’ bal !

(Chanson anonyme.)

Au séminaire de Montrouge…
Chacun, en amateur de cul,
Loin de jouer au trou-madame,
Jouait toujours au trou du cul,

(Chanson anonyme moderne.)

La langue française
Est encore aujourd’hui si pauvre et si niaise,
Qu’elle n’a vraiment pas deux termes pour nommer
Cs petit trou mignon qui sait si bien charmer.

L. Protat.

Il se couche comme cela sur le ventre de la fille, et lui fourre, dans le trou par où elle pisse, ce long engin, avec le plus grand plaisir du monde.

Mililot.

Bernis chanta de Pompadour
Les trous qu’avait formés l’amour
Sur sa peau blanche et liste ;
N’en déplaise à l’auteur galant,
Moi, j’aurais chanté seulement
Le joli trou
Dont je suis fou,
Le joli trou qui pisse.

J. Cabassol.

(Delvau, 1867) : s. m. Chambre insalubre, logis incommode, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Logis, habitation, — dans l’argot des bourgeois, qui disent souvent cela, par fausse modestie, d’une fort jolie maison de campagne.

(Delvau, 1867) : s. m. Emploi, position sociale. Faire son trou. Réussir dans la vie ; asseoir sa réputation, sa fortune, son bonheur.

(Delvau, 1867) : s. m. Entr’acte d’un long déjeuner ou d’un long dîner pendant lequel on sert le cognac ou le madère. Faire un trou. Boire un verre de cognac ou de madère au milieu d’un repas, afin de pouvoir le continuer avec plus d’appétit.

(Rigaud, 1881) : Prison. Mot à mot : trou de la réflexion, — dans le jargon des troupiers.

Trou (être dans le)

(Rigaud, 1881) : Être enterré.

Trou (faire son)

(Larchey, 1865) : Arriver à une bonne position. — Mot à mot : faire sa trouée dans la foule.

(Rigaud, 1881) : Faire son chemin dans le monde.

Trou (faire un)

(Rigaud, 1881) : Boire, au milieu d’un repas, un verre de cognac. Dans les dîners d’apparat, on fait le trou en se gargarisant avec des sorbets au rhum ou au kirsch.

Trou (le)

(Rossignol, 1901) : Prison.

Trou à la lune

(Rigaud, 1881) : Faillite, départ précipité pour cause de faillite. — Faire un trou à la lune, suspendre ses payements et prendre le chemin de fer, via Bruxelles.

Trou aux pommes de terre

(Delvau, 1867) : s. m. La bouche, — dans l’argot des faubouriens. C’est la même expression que celle des ouvriers anglais : Potatoe trap.

(Virmaître, 1894) : La bouche (Argot du peuple).

Trou d’aix, trou de balle

(Larchey, 1865) : Anus.

Trou de balle

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Trou du souffleur et Trou de bise.

(Virmaître, 1894) : Le derrière. On dit aussi : la lumière (Argot du peuple).

Trou de bise

(Rigaud, 1881) : Derrière.

Parce qu’il est continuellement éventé des vents du trou de bise.

(Rabelais, l. I.)

Et les variantes : Trou de balle, trou du souffleur.

Trou du cul

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme incapable, — dans l’argot du peuple.

Trou sous le nez qui coûte cher (avoir un)

(Rigaud, 1881) : Avoir l’habitude de bien manger et de bien boire ; faire un dieu de son ventre.

Trou-du-cul

(Rigaud, 1881) : Sot, niais, gros imbécile.

Trou-du-cul (se démancher le)

(Rigaud, 1881) : Faire force salutations, se confondre en salutations.

Troubade

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Troubadour.

Troubade ou troubadour

(Merlin, 1888) : Soldat d’infanterie. Alfred Delvau demande plaisamment si c’est en raison de sa clarinette de six pieds.

Troubade, troubadour

(Larchey, 1865) : Fantassin. — Comme le troubadour, le fantassin fait en tous pays résonner sa clarinette. — Ch. Rousselot a fait le Troubade, chansonnette (1860).

Je suis Manon la cantinière
Et verse à boire aux troubadours.

J. Choux.

Troubade, Truffard, Truffardin

(Rigaud, 1881) : Soldat.

Troubadour

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat de l’infanterie, — dans l’argot du peuple. Est-ce à cause de la clarinette de cinq pieds ?

Trouble-fête

(d’Hautel, 1808) : Homme d’une humeur difficile, qui, par son mauvais caractère, dérange l’agrément d’une fête.

Trouée

(Larchey, 1865) : Dentelle (Vidocq). La broderie fait trou.

(Delvau, 1867) : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Dentelle, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Dentelle.

Trouffion

(Virmaître, 1894) : Petit troupier (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Soldat.

Troufignard

(Rossignol, 1901) : Voir troufignon.

Troufignon

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot du peuple, qui employait déjà cette expression du temps de Béroalde de Verville.

Troufignon (?)

(Rossignol, 1901) : Il y avait dans le temps une chanson en vogue que chantaient les militaires en marche ; il s’agissait d’un âne qui avait perdu sa queue, et le refrain était ainsi :

Pauvre queue ! Triste queue ! Toi qui chassais si bien les mouches
À l’entour du troufignon.
La berdondaine, la berdondon.

Troufignon, Troufignard

(Rigaud, 1881) : Le fondement.

Troufion

(Hayard, 1907) : Postérieur, soldat.

Trouillarde

(Delvau, 1867) : s. f. Femme de mauvaise vie, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Dévergondée.

Trouille

(d’Hautel, 1808) : Aphérèse de citrouille.
Une grosse trouille.
Terme de mépris, pour dire une grosse mâflée ; une femme d’une corpulence peu gracieuse.

(Delvau, 1867) : s. f. Domestique malpropre ; femme du peuple rougeaude et avachie.

(Rigaud, 1881) : Souillon de cuisine, femme malpropre.

(Virmaître, 1894) : Domestique malpropre, femme du peuple rougeaude et avachie. A.D. Trouille ne se prend pas en ce sens ; cela veut dire : tu n’as pas peur. Trouille est synonyme de hardiesse.
— Tu n’as pas la trouille d’entreprendre une tâche aussi difficile (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Peur. — « Tu n’as pas la trouille (pas peur). » — « Tu veux que je te prête ma femme, tu n’as pas la trouille. »—« Si tu n’y va pas, c’est que tu as la trouille. »

(Hayard, 1907) : Peur.

Trouillon, trouillonne

(La Rue, 1894) : Domestique malpropre.

Trouilloter

(Rigaud, 1881) : Puer, répandre une odeur infecte.

(Hayard, 1907) : Sentir mauvais.

Trouilloter de la hurlette

(Virmaître, 1894) : Puer de la bouche (Argot du peuple). N.

Trouillotter

(Delvau, 1867) : v. n. Exhaler une mauvaise odeur. Trouillotter du goulot. Avoir l’haleine homicide.

(La Rue, 1894) : Puer. Trouillotter du goulot, être punais.

Troupe d’argent

(Delvau, 1867) : s. f. Troupe de second ordre, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Troupe de théâtre qui joue à tour de rôle sur deux scènes ; par exemple à Montmartre et aux Batignolles. — La troupe de fer-blanc joue tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, sans théâtre fixe.

Troupe d’or

(Delvau, 1867) : s. f. Excellente troupe, — dans l’argot des comédiens. Les meilleurs rédacteurs, — dans l’argot des journalistes. On dit aussi Troupe d’hiver, parce que c’est ordinairement dans cette saison — la meilleure de l’année théâtrale et journalistique — que les directeurs de théâtres et de journaux renforcent leur troupe et donnent leurs pièces et leurs articles à succès.

Troupe de carton

(Delvau, 1867) : s. f. Troupe plus que médiocre.

Troupe de fer-blanc

(Delvau, 1867) : s. f. Troupe composée d’acteurs médiocres. Rédacteurs très ordinaires, — dans l’argot des journalistes. On dit aussi Troupe d’été, parce qu’à ce moment de l’année, les Parisiens riches étant en voyage ou à la campagne, il est inutile de se mettre en frais pour ceux qui restent à Paris.

Trousse

(Hayard, 1907) : Postérieur.

Troussé (être)

(Delvau, 1867) : Mourir subitement, ou en peu de jours, sans avoir eu le temps d’être malade. Argot du peuple.

Trousse-pète

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, qui équivaut à tatillon ; petite fille, qui fait l’entendue ; qui se mêle de tout.

Troussequin

(Larchey, 1865) : Derrière. — De la partie de la selle que frotte la plus noble partie du cavalier.

(Delvau, 1867) : s. m. La partie du corps qui sert de cible aux coups de pied, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Pétrousquin, mais ce dernier mot est moins étymologique que l’autre, qui est proprement le Morceau de bois cintré qui s’élève sur l’arçon de derrière d’une selle.

(Rigaud, 1881) : Derrière ; pour pétrousquin.

Trousser

(d’Hautel, 1808) : Pour, expédier, hâter, combler, achever.
Cette affaire sera bientôt troussée. Pour dire, expédiée, achevée.
Il a été lestement troussé. Pour dire qu’un homme a été enlevé par une maladie subite.

(Delvau, 1867) : v. a. Expédier promptement une chose ou une personne, — dans l’argot du peuple.

Trousser (se faire)

(Delvau, 1864) : Se faire baiser.

Mais aux champs une fillette
Se fait volontiers trousser.

De La Ferlière.

Trousser une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, la femme étant aussi vite baisée que troussée, ou femme troussée étant considérée comme foutue.

Quoi ! tu te laisses trousser tout de suite ?

La Popelinière.

Lite, indignée en sentant qu’il la trousse,
Sans doute alors se livrait aux sanglots.

Béranger.

Troussier

(Hayard, 1907) : Assassin.

Trouvaille

(d’Hautel, 1808) : Rencontre, découverte heureuse ; chose trouvée par hasard.
On dit, pour rabaisser le mérite d’une découverte, d’une innovation quelconque ; Ne voilà-t-il pas une belle trouvaille !

Trouvé

(Delvau, 1867) : adj. Neuf, original, réussi, — dans l’argot des gens de lettres. C’est trouvé. C’est ingénieux.

(Rigaud, 1881) : Nouveau, original, — dans le jargon des artistes.

Trouvée (elle est)

(Larchey, 1865) : Cette histoire est neuve, originale.

Trouver

(d’Hautel, 1808) : Il ne s’est jamais trouvé à de telles noces. Manière ironique de dire que quel qu’un a été battu, étrillé d’importance.
Il s’est trouvé là comme mars en carême ; comme lard en pois ; ou, comme tabourin à noce. Pour dire à propos, à point nommé.

Trouver bonne, mauvaise (la)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : trouver la plaisanterie mauvaise.

Trouver des puces

(Delvau, 1867) : Rencontrer une dispute — et même des coups. Argot du peuple. C’est la conséquence de cette autre expression Chercher des poux à quelqu’un.

Trouver mal sur (se)

(Rigaud, 1881) : Chiper, s’approprier un objet. — Qu’est-ce qui s’est trouvé mal sur mon trèfle ?

Trouver mauvaise (la)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot des faubouriens et des petites dames — d’une histoire désagréable, d’un acte déplaisant, d’un événement ennuyeux. Un faubourien se casse le bras : Je la trouve mauvaise ! dit-il. On enlève son amant à une petite dame : Je la trouve mauvaise ! dit-elle.

(Virmaître, 1894) : Quand, par un verglas abominable, on se casse la figure, elle est mauvaise. Quand votre femme vous pond un gosse tous les ans, elle est mauvaise. Quand on a acheté cent mille francs de Panama, elle est mauvaise. En un mot on trouve mauvais tout ce qui vous arrive de désagréable dans la vie (Argot du peuple). N.

Trouveur ou part à deux

(Virmaître, 1894) : V. Ramastiqueur.

Trouveurs-faux vendeurs

(Virmaître, 1894) : Genre de vol pratiqué aux environs des gares de chemins de fer. Il consiste à feindre de trouver une bague en cuivre placée à l’avance par un complice dans un endroit désigné, et à la vendre comme de l’or à un naïf qui débarque (Argot des voleurs). V. Ramastiqueurs. N.

Troyen

(Delvau, 1867) : s. m. Le trois, — dans l’argot des joueurs de dominos.

(Rigaud, 1881) : Trois d’un jeu de dominos. Les dilettanti manquent rarement l’occasion de dire : Troyen de Berlioz.

Truand

(d’Hautel, 1808) : Vagabond, fainéant, vaurien, mendiant.
On dit par mépris, en parlant d’une femme chargée d’embonpoint ; c’est une grosse truande.

Truandaille

(d’Hautel, 1808) : Tourbe, vile populace, canaille.

Truander

(d’Hautel, 1808) : Fainéantiser, rôder, vaquer, gueuser, mendier.

Truc

(un détenu, 1846) : Tout faire. Homme à truc : métier.

(Halbert, 1849) : Industrie quelconque.

(Larchey, 1865) : Manière de voler (Vidocq). — Du vieux mot truche (V. Roquefort). — La truche était l’art d’exploiter la pitié des gens charitables.

Grand Coësre, dabusche des argotiers et des trucheurs le grand maître, vivent les enfants de la truche ! vivent les enfants de l’argot !

Vidocq.

Cette juxtaposition de truche et de argot confirme notre pensée sur l’origine de ce dernier mot… Argot n’est qu’une forme d’argue : ruse, subtilité. — Au moyen âge, les mots truffe, trulle et trut avaient le même sens de finesse et d’imposture. Ce dernier, qui ne diffère pas beaucoup de truc, se trouve, dès le quatorzième siècle, dans une chronique rimée du duc de Bretagne, Jean IV (Lobineau, t. II, col.730) :

François prenoient trop divers noms Pour faire paour aux Bretons, Mais ils avoient plus de viel Trut Que vueille truie qui est en rut.

V. Roustir, Lem. Notre société a adapté le mot truc. au théâtre c’est la machine destinée à produire un changement à vue. l es féeries sont des pièces à trucs. pour un auteur dramatique, le truc est la science des détails. On dit d’un écrivain qui file la scène avec difficulté, qu’il manque de truc.

(Delvau, 1867) : s. m. Tromperie ; malice, — dans l’argot du peuple. Avoir du truc. Avoir un caractère ingénieux. Connaître le truc. Connaître le secret d’une chose.
Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître le secret.

(Delvau, 1867) : s. m. Ficelle, secret du métier, — dans l’argot des saltimbanques. Débiner le truc. Révéler le secret d’un tour.

(Delvau, 1867) : s. m. Machine destinée à produire un changement à vue, — dans l’argot des coulisses. Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.

(Rigaud, 1881) : Métier, — dans l’argot des voleurs. — À la Cour des Miracles le truc était un genre de vol qui consistait à dépouiller celui dont on implorait la charité.

(Rigaud, 1881) : Ruse, mensonge ingénieux.

Est-ce que je ne connais pas toutes les couleurs ? J’ai le truc de chaque commerce.

(Balzac, L’Illustre Gaudissart.)

Son chef-d’œuvre est l’invention du truc à l’amour.

(Mémoires de Thérésa.)

Ce farceur de Mes-Bottes avait eu le truc d’épouser une dame très décatie.

(E. Zola.)

(Rigaud, 1881) : Commerce infime en plein air, petit trafic de toute sorte d’objets sans valeur.

Le gamin de Paris fait tous les petits commerces qu’on désigne sous l’appellation de trucs. C’est sa qualité native.

(Ménetier, Les Binettes des cafés-concerts.)

(Rigaud, 1881) : Machine servant à produire un changement à vue au théâtre. — Le changement à vue lui-même. Les féeries sont des pièces à truc.

(Boutmy, 1883) : s. m. Façon d’agir, bonne ou mauvaise ; plus souvent synonyme de ruse, de tromperie : Tu sais, mon vieux, je n’aime pas ces trucs-là. Usité aussi dans d’autres argots. Piger le truc, découvrir la ficelle, la ruse. Rebiffer au truc, recommencer une chose déjà faite, à manger et à boire, par exemple.

(La Rue, 1894) : Métier. Ruse, tromperie. Secret d’un métier, d’un tour. Petit commerce. Racolage.

(Virmaître, 1894) : Connaître le truc, être malin. Avoir du truc, avoir les moyens de réussir. Truc : machine de théâtre employée dans les féeries pour un changement de décors à vue. Truc : moyen secret que possède un individu de faire quelque chose (Argot des camelots et des saltimbanques).

(Hayard, 1907) : Signifie n’importe quoi, comme fourbi.

Truc (débiner le)

(Rigaud, 1881) : Révéler le secret d’un métier, les ruses d’un métier, la manière d’opérer.

Je vois que vous êtes du métier : ne débinez pas le truc.

(G. Escudier, Les Saltimbanques.)

Maquiller le truc, organiser une affaire.

Truc (donner le)

(Rigaud, 1881) : Donner le mot d’ordre, dans le jargon des voleurs. — Boulotter le truc, oublier le mot d’ordre ; c’est-à-dire manger la consigne.

Truc (Faire le)

(Fustier, 1889) : Argot des filles. Raccoler.

Truc (grand)

(Rigaud, 1881) : Assassinat. C’est-à-dire : grand moyen.

Puis au grand truc vous marchez en flaffant.

(Mémoires de Lacenaire, 1836.)

Truc (repiquer au)

(Rigaud, 1881) : Recommencer. Récidiver.

Truc de la morgane et de la lance

(Larchey, 1865) : Baptême. — Mot à mot : manœuvre du sel et de l’eau. V. Momir.

Trucage

(Rigaud, 1881) : Art de la fabrication du vieux-neuf.

Trucageur

(Rigaud, 1881) : Fabricant d’antiquités, fabricant de vieux-neuf.

Et, surtout, défiez-vous du trucageur, ô millionnaires !… Le trucageur est un artiste modeste, bien différent des autres artistes ses confrères. Il fait du vieux avec du neuf, l’innocent.

(Ed. Texier.)

Truche

(Delvau, 1867) : s. f. Manière de voler, — dans l’argot des prisons.

(Virmaître, 1894) : Est une manière spéciale de voler. Le voleur qui la pratique est un trucheur (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Aumône.

Trucher

(d’Hautel, 1808) : Caimander, gueuser, mendier par fainéantise.

(anon., 1827) : Demander l’aumône.

(Bras-de-Fer, 1829) : Demander l’aumône.

(La Rue, 1894) : Mendier.

Trucher, Tuner

(Rigaud, 1881) : Mendier, — dans l’ancien argot.

Trucheur

(d’Hautel, 1808) : Voyez Truand.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur.

Trucheur, Tuneur

(Rigaud, 1881) : Mendiant. — Trucheuse, tuneuse, mendiante. Truche, mendicité. La faire à la truche, implorer la charité. Les mots « trucher, trucheur », sont des dérivés de l’ancien mot truc. (V. truquer.)

Trucheux

(anon., 1827) : Gueux.

(Bras-de-Fer, 1829) : Gueux.

Trucsin

(Delvau, 1867) : s. m. Prostibulum, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Prostibulum.

Truculent

(Delvau, 1867) : adj. Énorme ; farouche, sauvage, — dans l’argot des romantiques, cette fois néologistes (truculentus). Le mot a été employé pour la première fois par Théophile Gautier.

Truelle

(Delvau, 1867) : s. f. Cuiller, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Pelle. Manier la truelle. Manger.

(Rigaud, 1881) : Composteur, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. f. Composteur. Cette expression semblerait assimiler les plâtres à des maçons.

Truelle, Pelle

(Rigaud, 1881) : Cuillère, — dans le jargon des francs-maçons, qui appellent encore les fourchettes, des pioches ; les couteaux, des glaives ; les verres, des canons ; lès bouteilles, des barriques ; le vin blanc, poudre blanche ; le vin rouge, poudre rouge ; l’eau, poudre faible ; les liqueurs fortes, poudre fulminante ; les bougies allumées, des étoiles ; les mouchettes, des pinces ; le sel, du sable ; le poivre, sable jaune ; les chaises, stalles ; l’action de manger, mastiquer.

Truellée

(Boutmy, 1883) : s. f. Toute la composition que peut contenir un composteur.

Truffard

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat, — dans l’argot des faubouriens.

(Merlin, 1888) : Synonyme de grognard.

Truffard, Truffarde

(Rigaud, 1881) : Heureux, heureuse ; celui, celle qui a de la chance.

Truffe

(Delvau, 1867) : s. f. Nez d’ivrogne, — dans l’argot des faubouriens, qui trouvent que ces nez-là ressemblent beaucoup au tuber cibarium. Ils ont raison.

(Rigaud, 1881) : Pomme de terre. — Gros nez, nez d’ivrogne.

(La Rue, 1894) : Pomme de terre. Nez d’ivrogne. Truffe de savetier, marron.

(Virmaître, 1894) : Nez, lorsqu’il est gros eu forme de groin. Allusion au cochon qui s’en sert pour chercher des truffes. Le peuple dit aussi : piton (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Naïf, imbécile.

Truffé

(Delvau, 1867) : adj. et s. Imbécile, homme bourré de sottises — comme un dindon de truffes.

(Rigaud, 1881) : Rempli, bourré. N’est guère employé qu’avec le mot chic : Truffé de chic. — Dans son roman des Quatre sœurs, publié dans les Débats, (1842) Frédéric Soulié cependant a dit, en parlant d’un boudoir, qu’il était truffé de meubles.

(Virmaître, 1894) : Crétin, niais, imbécile. Synonyme d’andouille. On dit dans le peuple :
— Il est truffé de bêtise, il arrive de son patelin, il n’est pas dessalé (il n’est pas dégrossi).
On dit également :
— Il est truffé d’argent.
Truffé, pour : beaucoup (Argot du peuple).

Truffe de savetier

(Delvau, 1867) : s. f. Marron.

(Rigaud, 1881) : Marron. Une dinde aux truffes de savetier.

(Virmaître, 1894) : Des marrons. Le marron remplace la truffe chez le savetier, comme la pomme de terre remplace l’orange pour le Limousin (Argot du peuple).

Truffer, truffeur, trufferie

(d’Hautel, 1808) : Tromper, trompeur, tromperie.

Truffes (aux)

(Larchey, 1865) : Soigné. — La truffe est un aliment de luxe.

Tu me feras un compte rendu aux truffes !

E. Augier.

Truffes (aux) !

(Delvau, 1867) : C’est le : Aux ognons ! des gandins.

Truffière

(Rigaud, 1881) : Femme qui a beaucoup d’embonpoint, principalement dans la région des hanches.

Trumeau

(Delvau, 1867) : s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV, — dans l’argot des gens de lettres et des gens de théâtre.

(Rigaud, 1881) : Femme de mauvaise vie. — Vieux trumeau, prostituée hors d’âge.

(Virmaître, 1894) : Comédie ou vaudeville Louis XV. Trumeau signifie vieille femme. On dit dans le peuple :
— Sale trumeau, ta gueule est bonne à foutre dans les lieux pour faire chier les gens de peur (Argot du peuple). N.

Trune

(Halbert, 1849) : Aumône.

Truquage

(Virmaître, 1894) : Se dit d’un meuble, d’un tableau ou d’un objet d’art qui a subi un truquage pour lui donner l’apparence de la vétusté ou le style d’une époque. Il y a des truquages célèbres qui ont trompé les plus grands amateurs. Un des plus souvent mystifiés est M. de Rosthschild. Tout le monde a présent à la mémoire le fameux bouclier acheté 100 000 fr., comme datant du XVe siècle, lequel avait été déniché à Rome chez un brocanteur. Ce bouclier avait été fabriqué de toutes pièces dans une cave de la rue Bourg-Labbé, et ne valait pas cent sous (Argot des artistes peintres). N.

Truque

(Clémens, 1840) : Commerce, état, manière de voler.

Truquer

(un détenu, 1846) : Vivre d’industrie.

(Halbert, 1849) : Commercer.

(Delvau, 1867) : v. n. Tromper ; ruser, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Mendier.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Avoir recours à des trucs ; tromper. Usité dans d’autres argots.

Truquer de la pogne

(Rigaud, 1881) : Mendier. Mot à mot : ruser de la main.

Truqueur

(Larchey, 1865) : « On appelle ainsi tous ces gens qui passent leur vie à courir de foire en foire, n’ayant pour toute industrie qu’un petit peu de hasard. » — Privat d’Anglemont. — C’est aussi un homme usant de trucs, dans toutes les acceptions susdites.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village, n’ayant pour toute industrie qu’un petit jeu de hasard.

(Delvau, 1867) : s. m. Trompeur ; homme qui vit de trucs.

(Rigaud, 1881) : Habile, malin.

(Rigaud, 1881) : Industriel en plein vent qui exerce toute sorte de petits métiers ; vendeur de montres à dix sous, de chaînes de sûreté, de cartes transparentes, de porte-monnaie, etc., etc. — Individu qui court de foire en foire avec un jeu de hasard.

(Fustier, 1889) : Individu du troisième sexe qui vit de son… industrie.

(La Rue, 1894) : Malin. Contrefacteur. Individu qui exerce en plein vent un petit métier, un truc.

(Virmaître, 1894) : Le truqueur est un filou qui va de village en village et de foire en foire, avec un petit jeu de hasard qu’il exploite habilement. Ce jeu est généralement un chandelier fait avec les débris d’un vieux chapeau ; il met un sou sur le chandelier qui est placé dans une assiette. Il s’agit, au moyen d’une longue baguette d’osier, de faire tomber le chandelier et que le sou reste dans l’assiette. Cela n’arrive jamais, à moins de connaître le truc. Il y a une masse de truqueurs, surtout en cette fin-de-siècle où tout est truc pour gagner sa vie. (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Malin.

Truqueuse

(La Rue, 1894) : Fille publique.

Tu me la tûmes !

(Delvau, 1867) : Tu m’ennuies ! — dans l’argot des voyous, qui ont retenu, pour se l’approprier, ce refrain d’une chanson des rues célèbre il y a quinze ans.

Tu t’en ferais mourir

(Virmaître, 1894) : Réponse ironique à une question saugrenue.
— Payes-tu à déjeuner ? prêtez-moi cent francs ; avance-moi mon mois ; viens coucher avec moi ?
— Tu t’en ferais mourir.
Mot à mot : Tu ne voudrais pas (Argot du peuple). N.

Tu vas me le payer, Aglaé

(Delvau, 1864) : Expression familière aux filles et à leurs hommes, pour signifier cinquante choses. — C’est l’équivalent de : As-tu fini ! ou de : Des navets !

Tu vas me le payer, Aglaé !

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot des filles et des faubouriens, qui l’emploient à propos de tout — et surtout à propos de rien. Quelqu’un annonce une nouvelle ou dit un mot drôle : Tu vas me le payer, Aglaé ! Il pleut ou il neige: Tu vas me le payer, Aglaé… On tombe ou l’on voit tomber quelqu’un : Tu vas me le payer…

Tu-tu

(Virmaître, 1894) : Petit paquet de mousseline chargé de cacher ce que le maillot collant indique trop — pour le père la Pudeur — alias M. Bérenger-Caton. La vieille chanson dit :

Son maillot en s’déchirant
À laissé voir son… événement
Ça d’vait la gêner su’ l’moment.

Ça ne gêne pas la Môme Fromage ni Grille d’Égout, moi non plus (Argot du peuple).

Tubard

(Hayard, 1907) : Nez.

Tube

(Halbert, 1849) : Fusil.

(Delvau, 1867) : s. m. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se rincer le tube. Boire. Se coller quelque chose dans le tube. Manger. Signifie aussi Voix.

(Delvau, 1867) : s. m. Nez, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.

(Rigaud, 1881) : Gosier. — Nez. Se piquer le tube, se griser.

(La Rue, 1894) : Gosier. Nez. Fusil. Chapeau.

(Virmaître, 1894) : Chapeau haut de forme. On dit aussi : tuyau de poêle (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Le gosier. Dans le peuple, on dit deo celui qui a le ventre creux :
— Il n’a rien à se mettre dans le tube.
Boire un bon coup, c’est se rincer le tube.
— Il est quatre heures, je vais me coller un peu de fripe dans le tube.
Mot à mot : je vais manger (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Chapeau haut-de-forme, nez.

Tube à haute pression

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme, — dans le jargon des voyous.

Tuber

(Rigaud, 1881) : Fumer la pipe. Le mot est d’importation méridionale. — Si nous en tubions une ?

(La Rue, 1894) : Fumer la pipe.

(Hayard, 1907) : Bouder, être en colère.

Tubéreuse

(Delvau, 1867) : s. f. Ventris flatus male olens, — dans l’argot des faubouriens. Lâcher une tubéreuse. Ventris flatum emittere.

Tudor

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau de femme ressemblant au chapeau andalou, avec une garniture de plumes de paon tout autour. Il est à la mode au moment où j’écris : il n’y sera plus peut-être quand ce livre paraîtra.

Tué (être)

(Delvau, 1867) : Être mis hors du jeu par ses adversaires, — au billard à trois.

(Rigaud, 1881) : Être comme pétrifié par la stupéfaction, être saisi, étonné au point de ne plus pouvoir faire un mouvement. — Argot du collège. (L. Larchey)

Tuer

(d’Hautel, 1808) : Se tuer le corps et l’ame. Manière exagérée, pour dire, se donner beaucoup de tourment, beaucoup de peine.

Tuer (bon à)

(Rigaud, 1881) : Ouvrier qui ne fait rien qui vaille ; celui qui gâche l’ouvrage.

Tuer le temps

(Delvau, 1867) : Le passer d’une façon quelconque, — mais plus en se divertissant qu’en travaillant : carpere diem. On dit volontiers, en manière de proverbe : Il vaut mieux tuer le temps que d’être tué par lui.

Tuer le ver

(Delvau, 1867) : v. a. Étouffer ses remords, — dans l’argot des voleurs, qui ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu’il résulte de ce passage de Much Ado about nothing, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).

(Delvau, 1867) : v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant, — dans l’argot des ouvriers, chez qui c’est une tradition sacrée. On dit aussi Tuer un colimaçon.

(Rigaud, 1881) : Boire la première goutte, le premier verre de vin blanc, le matin à jeun. M. Ch. Rozan fait remonter l’origine de cette expression au temps de François Ier, et cela d’après l’autorité du journal d’un bourgeois de Paris de cette époque, qui prétend qu’un ver extrait des intestins d’une noble dame passa de vie à trépas dès qu’on lui eut administré du pain trempé dans du vin.

Par quoi il en suyt qu’il est expédient de prandre du pain et du vin au matin, au moings en temps dangereux, de peur de prandre de ver.

conclut ce Prudhomme du XVIe siècle.

J’aime beaucoup moi-même à tuer le ver sur le zinc, et je me fais un plaisir de vous offrir une tournée.

(Bernadille, Esquisses et croquis parisiens, 1876.)

La variante donne : Tuer le colimaçon, mais l’expression est beaucoup moins répandue ; et encore : Asphyxier le ver.

(Rigaud, 1881) : S’étourdir, mettre des liqueurs fortes sur ses remords pour essayer de les éteindre, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire tuer le ver qui ronge la conscience.

(La Rue, 1894) : Étouffer un remords. Boire du vin blanc en se levant.

(Virmaître, 1894) : Boire la goutte, le matin, ou un verre de vin blanc. Quand on suppose que le ver est solitaire (dur à tuer), les ouvriers boivent plusieurs tournées, alors ce n’est pas le ver qui est tué, mais bien le buveur. Les voleurs disent également qu’ils ont tué le ver lorsqu’ils ont des remords. Ils ne le tuent pas souvent (Argot du peuple et des voleurs).

Tuer les mouches au vol

(Larchey, 1865) : Avoir une haleine infecte.

Si vous aviez le pouvoir de faire croire que la soubrette tue les mouches au vol, vous seriez joué demain.

Balzac.

V. Couper la gueule.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir l’haleine aussi cruelle que Domitien, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tuer les mouches à quinze pas, et, pour rajeunir un peu cette vieille formule, Faire mouche à tout coup.

Tuile

(d’Hautel, 1808) : Il ne trouveroit pas du feu sur une tuile. Se dit d’un homme mal famé, qui n’inspire aucune confiance, et auquel on ne rendroit pas le moindre service.

(M.D., 1844) : Une assiette.

(Larchey, 1865) : Accident. — Allusion à la tuile qui tombe d’un toit sur la tête du premier passant venu.

La tuile est forte, Mais on peut s’en relever.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : s. f. Accident, événement désagréable, visite inattendue, qui tombe dans votre existence comme une tuile sur votre tête. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Assiette, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disent aussi Platine.

(Delvau, 1867) : s. f. Chapeau, — dans l’argot des voyous, qui prennent la tête pour le toit du corps humain. Les voyous anglais ont le même mot : Tile.

(Rigaud, 1881) : Contre-temps, événement fâcheux.

(Rigaud, 1881) : Chapeau. — Assiette, — dans l’argot des francs-maçons. — Tuileau, casquette.

(La Rue, 1894) : Accident, événement fâcheux. Chapeau. Assiette.

(Virmaître, 1894) : Malheur qui arrive à quelqu’un.
— J’ai perdu mon porte-monnaie, quelle tuile !
Quand il arrive inopinément une douzaine de personnes à diner, lorsqu’il n’y en a que pour deux, la ménagère dit :
— Quelle tuile nous tombe sur la lète (Argot du peuple).

Tuileau

(Delvau, 1867) : s. m. Casquette.

(La Rue, 1894) : Casquette.

Tuiler

(Larchey, 1865) : Toiser, dévisager. — Terme maçonnique.

(Delvau, 1867) : v. n. Mesurer quelqu’un ou quelque chose ; juger du caractère ou de la qualité. Argot du peuple.

(Fustier, 1889) : Regarder quelqu’un d’un œil soupçonneux.

(La Rue, 1894) : Regarder avec méfiance. Se tuiler, s’enivrer.

Tuiler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’enivrer ; succomber sous l’ivresse comme sous une averse de tuiles, ou boire à en avoir bientôt le visage érubescent, c’est-à-dire couler de tuile neuve.

(Rigaud, 1881) : Se soûler à fond ; arborer les tons rouges de la brique.

Tuileries

(M.D., 1844) : Les toits.

Tuileur

(Delvau, 1867) : s. m. Frère examinateur, — dans l’argot des francs-maçons.

Tuite

(Boutmy, 1883) : s. f. Barbe complète. Prendre une tuite, s’enivrer. Ce mot est sans aucun doute une altération de pituite, légère indisposition qui fait souvent regretter le lendemain les libations de la veille. D’autres prétendent que tuite est une altération de Cuite. V. ce mot.

Tulipe orageuse

(Larchey, 1865) : Cancan.

Tous quatre frétillant des tulipes de plus en plus orageuses.

E. Sue.

Allusion aux jupes plus ou moins ballotées des cancaneuses.

(Delvau, 1867) : s. f. Variété de cancan ou de chahut.

Tulipe orageuse (le pas de la)

(Rigaud, 1881) : Pas chorégraphique très risqué au point de vue de la décence. Cavalier seul exécuté par une danseuse de bal public qui enlève ses jupes à la hauteur de la tête en tournant sur elle-même. — La tulipe orageuse est le nec plus ultra du cancan, et laisse bien loin la rémoulade, le passage du guet, le coup du lapin, et le présentez armes !

Son amour pour la chorégraphie s’était développé au Prado où elle dansait la tulipe orageuse avec un chic qui lui avait valu les applaudissements frénétiques de la galerie.

(Abbot, La Princesse Mathilde.)

Tune

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Le bagne ou Bicêtre.

(Clémens, 1840) : Pièce d’argent.

(Larchey, 1865) : Prison de Bicêtre. C’est un dépôt de mendicité. De tuner : mendier. — Tuneur : Mendiant. — Tuneçon : Maison d’arrêt.

(Delvau, 1867) : n. de l. Bicêtre, — l’ancien refuge naturel des sujets du roi de Thunes. Argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Argent, monnaie, — dans le même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : Le bagne. Pièce de monnaie. Pièce de cinq francs.

(Virmaître, 1894) : Pièce de 5 francs en argent (Argot du peuple). V. Brème de fonds.

(Virmaître, 1894) : Bicêtre, l’ancien refuge naturel des sujets du roi de Thunes. A. D. Ce n’est pas le mot tune qui est vrai. C’est tunobe. La prison de la Force, démolie en 1830, était ainsi appelée par les prisonniers. Dans les autres dictionnaires d’argot, on ne trouve que luneçon, expression qui ne veut rien dire (Argot des voleurs). N.

Tune ou Dalle

(un détenu, 1846) : Pièce de cinq francs.

Tune, Tunebée

(Rigaud, 1881) : Bicêtre, — dans l’ancien argot.

Tuneçon

(Delvau, 1867) : s. m. Prison ; violon.

(Rigaud, 1881) : Prison, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Prison. Violon.

Tuner

(Clémens, 1840) : Demander l’aumône.

(Delvau, 1867) : v. n. Mendier.

(La Rue, 1894) : Mendier.

(Virmaître, 1894) : Mendier. Tuneur : mendiant. Il est pourtant rare qu’on donne une tune à un mendiant. Tuner, c’est l’apocope du mot importuner (Argot des voleurs). N.

Tunes blencardes (des)

(M.D., 1844) : Pièce de monnaie blanche.

Tuneur

(Delvau, 1867) : s. m. Mendiant, vagabond.

Tunnel

(Rigaud, 1881) : Le fondement, — dans le jargon des médecins.

Turban (valeur à)

(Fustier, 1889) : Valeur turque.

Les valeurs à turban résistent difficilement.

(Presse, 1882.)

Turbin

(Delvau, 1867) : s. m. Travail ; besogne en général, — dans l’argot des faubouriens et des voleurs. Aller au turbin. Aller travailler. On dit aussi Turbinement et Turbinage.

(Rigaud, 1881) : Travail. — Ce mot, primitivement employé par les voleurs, a passé bientôt dans le langage populaire. Les ouvriers disent couramment le turbin pour le travail, aller au turbin pour aller travailler.

(La Rue, 1894) : Travail. Artisan. Emploi. Turbiner, travailler. Turbineur, ouvrier.

(Virmaître, 1894) : Tout travail, quel qu’il soit. Turbiner, c’est durement travailler. Aller au turbin, c’est aller à l’atelier. Turbineur : celui qui travaille. Turbineur : qui met en mouvement la turbine, de là, turbin, turbiner (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Travail.

Turbin (aller au)

(Rigaud, 1881) : Pour un voleur ; c’est sortir pour voler. — Pour une fille, c’est aller faire une promenade prostitutionnelle. — Pour l’ouvrier, c’est se rendre à l’atelier. — Pour chacun c’est aller au travail à sa manière.

Turbiné

(M.D., 1844) : S’occuper.

Turbinement

(Larchey, 1865) : Jour de travail.

Pour grinchir tu préféreras les fêtes aux turbinements.

Vidocq.

Turbiner : Travailler. — Turbineur : Ouvrier.

Turbinement, Turbine

(Rigaud, 1881) : Besogne, action de travailler, jour de travail.

En voilà de la turbine ! On se casse les ongles sur ce papier-là.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Turbiner

(un détenu, 1846) : Travailler.

(Delvau, 1867) : v. n. Travailler.

(Rigaud, 1881) : Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal.

Il y a des gens qui arrivent avec une mise de fonds de dix francs, turbinent toute l’après-midi et font dix opérations pour gagner quarante sous.

(Le Figaro, du 30 nov. 1878.)

(Boutmy, 1883) : v. intr. Travailler avec activité.

(Merlin, 1888) : Synonyme de pivoter.

Turbiner une verte

(Rigaud, 1881) : Boire un verre d’absinthe, — dans le jargon des voyous. Mot à mot : travailler la liqueur verte.

Turbineur

(Halbert, 1849) : Travailleur.

(Delvau, 1867) : s. m. Travailleur.

Turbineur, Turbineuse

(Rigaud, 1881) : Ouvrier, ouvrière. — Une bonne turbineuse, — dans le jargon des souteneurs, c’est une fille publique d’un bon rapport.

Turbineuse

(Halbert, 1849) : Travailleuse.

Turc

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux pour dire, un avare, un juif, un homme dur, barbare, inexorable et sans pitié.

(Halbert, 1849) : Tourangeau.

(Delvau, 1867) : s. m. Tourangeau, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme idéalement fort, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot aussi bien à propos de la robusticité du corps que de l’adresse des mains.
Les Anglais, eux, ont le Tartare, l’homme qui excelle dans une spécialité quelconque, à la boxe ou au billard. He is quite a Tartar at billiards, disent-ils en leur argot à propos d’un rival de Berger. To catch a Tartar (prendre un Tartare), c’est, pour eux, s’attaquer à une personne de force ou de capacité supérieure.

(Rigaud, 1881) : Tourangeau.

(La Rue, 1894) : Tourangeau. Turquie, Touraine. Turcan, Tours.

Turcan

(Halbert, 1849) : Tours.

(Delvau, 1867) : n. de l. Tours.

(Rigaud, 1881) : La ville de Tours.

Turco

(Larchey, 1865) : Tirailleur indigène de l’armée d’Afrique.

Un carré d’infanterie de ligne et de turcos vint se former sous nos pieds.

Mornand.

(Delvau, 1867) : s. m. Tirailleur indigène dans l’armée d’Afrique, aujourd’hui aussi connu et aussi apprécié des bonnes d’enfants et des lorettes que jadis le zouave.

Turcos

(Merlin, 1888) : Tirailleurs algériens.

Turellement

(Rigaud, 1881) : Pour naturellement. Un mot qui avait réellement besoin d’être un peu raccourci.

Turf

(Larchey, 1865) : Champ de course, arène quelconque.

Un vigoureux coup de jarret a remis Pitt debout sur le turf.

A. Deriège.

Voilà de quoi faire envahir désormais par toutes les fashions le turf littéraire.

Aubryet.

(Delvau, 1867) : s. m. Champ de course, — dans l’argot des sportsmen. Par extension, Arène quelconque. Le turf littéraire. La littérature ; les journaux.

Turfiste

(Delvau, 1867) : s. m. Habitué des courses, propriétaire de chevaux coureurs, parieur.

Turin

(Halbert, 1849) : Pot de terre.

(Delvau, 1867) : s. m. Pot de terre, — dans l’argot des voleurs.

Turlupin

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris ; bélître, mauvais plaisant, parasite, fainéant.

Turlupinade

(d’Hautel, 1808) : Mauvaise plaisanterie, tourment, inquiétude.

Turlupiner

(d’Hautel, 1808) : Railler, berner, duper quelqu’un, l’impatienter, l’inquiéter, l’obséder.

(Delvau, 1864) : Agacer, ennuyer, taquiner quelqu’un par paroles : — badiner, chatouiller, patiner ou peloter quelqu’un (gestes et attouchements réciproques) — afin de baiser ou d’être baisée.

Finissez donc, dame Jacq’line,
Disait gros Pierre ; j’ vas m’fâcher,
Où diable allez-vous me nicher ?
J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’turlupine.

Blondel.

L’auteur a parfaitement l’intention de faire dire au chanteur :

J’ n’aim’ pas ainsi qu’on m’ tire la pine.

(Delvau, 1867) : v. a. Agacer, ennuyer quelqu’un, se moquer de lui, — dans l’argot du peuple.

Turlurette

(Delvau, 1867) : s. f. Grisette, fille ou femme amie de la joie — et des hommes.

Turlutaine

(Delvau, 1867) : s. f. Fantaisie, caprice, lubie.

Turlutine

(Rigaud, 1881) : Mélange de biscuit pilé, de riz et de lard ; alimentation du soldat en campagne. (L. Larchey)

Turne

(Larchey, 1865) : Logis malpropre. Du vieux mot tourn : petite tour, et par extension Prison. comme castuc.

L’immeuble !… je me suis tout de suite souvenu de cette turne.

Montépin.

(Delvau, 1867) : s. f. Chambre malpropre, logis de pauvre, -— dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Chambre de pauvre. — Méchante habitation.

(La Rue, 1894) : Mauvais logis.

(Virmaître, 1894) : Poussier, taudis, logement malpropre et insalubre, sans air ni lumière.
— Si tu restes éternellement dans ta turne, tu ne trouveras jamais rien à briffer.
— Comment peux-tu rester dans une pareille turne ! (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Maison, domicile, atelier.

Turquie

(Halbert, 1849) : Touraine.

(Delvau, 1867) : n. de l. Touraine, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Touraine, — dans le jargon des voleurs.

Tutoyer

(Delvau, 1867) : v. a. S’emparer sans façon, familièrement, d’une chose. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : S’approprier un objet. — Tutoyer un porte-morningue. — Fréquenter, s’approcher de.

S’abstenir de tutoyer le zinc.

(Le Sans-culotte, 1879.)

C’est-à-dire : Ne pas prendre des familiarités avec le comptoir du marchand de vin.

(Fustier, 1889) : Dérober ; on dit aussi effaroucher.

Tutoyer, effaroucher

(La Rue, 1894) : S’emparer d’un objet.

Tuyau

(d’Hautel, 1808) : Il m’a conté cela dans le tuyau de l’oreille. Pour dire mystérieusement, à voix basse, en cachette.

(Delvau, 1867) : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se jeter quelque chose dans le tuyau. Manger ou boire. Le tuyau est bouché. Quand on est enrhumé. Se dit aussi pour Oreille.

(Fustier, 1889) : Argot de sport. Renseignement.

De plus, sportwoman passionnée et renseignée admirablement. Elle possède, comme on dit, les meilleurs tuyaux.

(Gazette de Cythère, journal, 1882.)

En argot financier, avoir un tuyau signifie avoir reçu confidence d’un mouvement préparé par les banquiers, maîtres du parquet.

Rachetons, avait dit Léontin. — Pas encore, avait répondu le fils Marleroi. Ça n’est pas fini. La panique gagne les départements. J’ai un tuyau. Nous pouvons racheter plus bas encore.

(Cadol, La colonie étrangère.)

(La Rue, 1894) : Communication confidentielle.

(Virmaître, 1894) : Le gosier. Le tuyau est bouché, pas mèche de boulotter (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Renseignement.

Tuyau à merde

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Va donc faire sonder ton tuyau à merde.

Tuyau de poêle

(Larchey, 1865) : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme.

Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue.

Th. Gautier, 1833.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes. Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l’ont ainsi baptisé.

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d’infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.

(Merlin, 1888) : Dans le langage familier, on désigne ainsi un chapeau de haute forme ; dans l’argot militaire, c’est une botte.

(La Rue, 1894) : Chapeau haut de forme. Soulier dont l’extrémité est béante.

(Virmaître, 1894) : Chapeau haut de forme. Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).

Tuyaux

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les jambes, — dans l’argot des faubouriens. Ramoner ses tuyaux. Se laver les pieds.

(Rigaud, 1881) : Jambes. — Ramoner ses tuyaux, se laver les pieds. (A. Delvau)

(Virmaître, 1894) : Renseignements confidentiels. Cette expression est en usage dans le monde qui fréquente les champs de courses. Un bookmaker qui a un cheval chargé de paris fait donner par un émissaire un faux tuyau sur une rosse ; les imbéciles s’empressent de prendre ce cheval, qui n’arrive jamais (Argot des bookmakers). N.

Tuyaux de poêle

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Bottes usées parle bout.

(Rigaud, 1881) : Souliers dont les extrémités sont béantes, — dans le jargon des peintres vitriers.

Des tuyaux de poêle qui reniflent la poussière des ruisseaux.

(É. de la Bédollière.)

La variante est : Bottes à soupirail.

Type

(Rigaud, 1881) : Individu à tête d’imbécile, tête de dupe.

Avec quarante sous qu’un type m’a passés, j’avais fait venir trente francs.

(A. Cavaillé.)

Dans le jargon des filles « type » signifie homme qui paye ; c’est un synonyme du mot michet qu’il tend à remplacer.

(La Rue, 1894) : Personnage singulier d’aspect ou de caractère. Un homme quelconque.

(Virmaître, 1894) : Individu quelconque.
— J’ai un type qui me cramponne.
Avoir un bon type, avoir un bon enfant qui se laisse faire (Argot des filles). N.

(Hayard, 1907) : Individu.

Typesse

(Rigaud, 1881) : Femme, et, particulièrement, femme dont on paye les faveurs. La typesse est celle que le type honore momentanément de sa confiance.

Typo

(Larchey, 1865) : Ouvrier topographe.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Typographe, — dans l’argot des compositeurs d’imprimerie.

(Rigaud, 1881) : Typographie. — Ouvrier typographe.

(Boutmy, 1883) : s. m. Typographe, dont il est l’abréviation. Il signifie exclusivement compositeur, et a remplacé la vieille dénomination de singe. Par imitation, les compositrices se qualifient de Typotes.

Typote

(Rigaud, 1881) : Compositrice d’imprimerie.

(Virmaître, 1894) : Femme employée depuis peu d’années dans les ateliers de composition. C’est un compagnon au même titre que les ouvriers typographes ; néanmoins, quand les typotes sont nombreuses, on se croirait plus volontiers dans une volière du Jardin d’Acclimatation que dans un atelier de composition. Généralement, la typote est plus habile à soigner un pot-au-feu et à raccommoder ses bas qu’à lever la lettre. Enfin, il est dit qu’il faut que la femme lève quelque chose (Argot d’imprimerie). N.

Tyran

(Delvau, 1867) : s. m. Roi, — dans l’argot du peuple, gui ne peut s’en passer, quoiqu’d fasse une révolution tous les vingt ans, pour détrôner celui qui règne. Sous le règne du tyran. Sous le règne de Louis-Philippe, disait-on, après 1848 et avant l’Empire.

(Rigaud, 1881) : Roi d’un jeu de cartes, — dans l’argot des républicains.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique