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S

S’amadouer

(Halbert, 1849) : Se marier.

S’embrochiner

(Virmaître, 1894) : Se coller avec une femme. Synonyme de s’acoquiner (Argot du peuple).

S’en aller sur une jambe

(Larchey, 1865) : Ne boire qu’une seul tournée.

Dès l’aube, on s’offre la goutte, on s’offre le canon, on s’offre le rhum, on s’offre l’absinthe ou le bitter, et l’on ne veut jamais s’en aller sur une jambe.

La Bédollière.

S’en battre l’œil

(Rossignol, 1901) : S’en moquer.

Tu as fait cela sans me demander conseil, s’il t’arrive des ennuis, je m’en bats l’œil.

S’en foutre comme d’une guigne

(Virmaître, 1894) : Se moquer de tout. On dit également : Je m’en moque comme de ma première chemise. C’est une nouvelle secte créée par les indifférents : les j’men foutistes (Argot du peuple). N.

S’en foutre comme un poisson d’une pomme

(Virmaître, 1894) : Se moquer de tout et de tous. Mettre l’opinion et le quand dira-t-on sous ses pieds (Argot du peuple).

S’en jeter

(Rossignol, 1901) : Manger, boire beaucoup.

Je vais à la noce, je vais m’en jeter.

S’enfiler

(Larchey, 1865) : « Terme de jeu. Se laisser aller à jouer gros et perdre. » — d’Hautel, 1808.

Je m’enfile de douze sous.

Monselet.

S’ennuyer

(Clémens, 1840) : Être vilain, laid.

S’enretourner

(Clémens, 1840) : Être avancé en âge.

S’esbigner

(Rossignol, 1901) : Se sauver. — « Je vais me montrer, tu vas les voir s’esbigner. »

Sabache

(Rigaud, 1881) : Simple, naïf.

Sabbat

(d’Hautel, 1808) : Faire sabbat. Pour dire du bruit, du tapage ; faire vacarme, charivari ; gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.

Sabir

(Virmaître, 1894) : Bois, forêt. Quelques-uns écrivent : sabri. C’est la finale retournée (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Forêt.

Sable

(d’Hautel, 1808) : Avoir du sable dans les yeux. Métaphore qui signifie avoir les paupières lourdes et pesantes ; avoir envie de dormir.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Misère. Être sur le sable, être dans la misère.

(Halbert, 1849) : Estomac.

Sable (être sur le)

(Rigaud, 1881) : Être en disponibilité, dans le régiment des souteneurs. Allusion aux poissons qui ne sont pas précisément à leur aise sur le sable.

(La Rue, 1894) : Être dans la misère. Se dit aussi du souteneur qui a perdu sa marmite.

Sable a passé (le marchand de)

(Rigaud, 1881) : Locution à l’adresse des enfants qui marquent leur envie de dormir en se frottant les yeux.

Sable blanc

(Delvau, 1867) : s. m. Sel, — dans l’argot des francs-maçons. Sable jaune. Poivre.

Sabler

(d’Hautel, 1808) : Sabler un verre de vin. Pour dire, boire avec avidité ; avaler à grands traits.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer avec une peau remplie de sable, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Tuer, étourdir au moyen d’une peau d’anguille remplie de sable ; procédé employé, paraît-il, du temps de Vidocq. Aujourd’hui MM. les voleurs aveuglent quelquefois leurs victimes en les sablant au tabac, avant de les dépouiller.

(La Rue, 1894) : Assommer avec une peau d’anguille remplie de sable.

(Virmaître, 1894) : Il est des voleurs qui se servent d’un os de mouton, arme dangereuse, pour estourbir le pante. Cela laisse des traces très faciles à constater. Un autre moyen a été imaginé. On remplit de sable fin, ou de grès pulvérisé, un sac en peau, et on assomme le client avec. Quand on le relève, on le déclare mort d’une congestion ou d’une attaque d’apoplexie (Argot des voleurs).

Sablon

(Delvau, 1867) : s. m. Cassonade, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Cassonade.

(La Rue, 1894) : Cassonnade.

Saboche

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais ouvrier, personne maladroite, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Mauvais ouvrier. Homme déplaisant. Niais.

Saboche (la)

(Halbert, 1849) : Homme qui déplaît : terme de mépris employé particulièrement en prison.

Sabocher

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler sans soin, avec trop de hâte.

Sabord (jeter un coup de)

(Rigaud, 1881) : Vérifier l’ouvrage, — dans le jargon des ouvriers opticiens.

Sabot

(d’Hautel, 1808) : On appelle par plaisanterie des sabots, des escarpins de Limoges.
Sabot.
Pour, vaisseau.
Aller dans le sabot. S’embarquer ; s’enrôler sur mer ; partir pour les îles ; prendre la profession de marin.
Elle a cassé son sabot. Se dit d’une fille qui a perdu son honneur ; qui s’est laissé séduire.
Il est venu à Paris en sabots. Se dit d’un homme de basse extraction qui, de pauvre qu’il étoit, est devenu très-riche.

(Larchey, 1865) : Navire.

Aller dans le sabot : S’embarquer.

Vidocq.

V. Sapin. — Allusion de forme.

(Larchey, 1865) : Violon.

Jeune homme ! emparez-vous de ce sabot.

Dumersan et Varin.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais billard. Signifie aussi Mauvais violon.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui aime à dormir.

(Delvau, 1867) : s. m. Toupie plate, — dans l’argot des gamins.

(Delvau, 1867) : s. m. Canot, barque, — dans l’argot des voleurs. Aller au sabot. S’embarquer.

(Rigaud, 1881) : Terme d’imprimerie. Boîte destinée à recevoir les lettres usées qui passeront à la refonte.

(Rigaud, 1881) : Petit bateau. — Mauvais violon. — Vieille voiture. En général tout vieux meuble, tout objet meublant démodé. — Matériel hors de service.

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon des voyous.

(Boutmy, 1883) : s. m. Boîte dans laquelle les compositeurs jettent les lettres usées et destinées à être refondues. Par extension, mauvais ouvrier. Dans un autre sens, petit chariot qui sert à transporter les formes.

(La Rue, 1894) : Nez. Petit bateau. Voiture. Violon mauvais. Ouvrier maladroit. En général tout ce qui est mauvais.

(Virmaître, 1894) : Barque.
— Nous allons embarquer dans le sabot pour la Nouvelle, disent les voleurs.
Dans le peuple on dit d’un homme qu’un coup de canon ne réveillerait pas :
— Il dort comme un sabot.
Allusion à la toupie que les enfants nomment sabot, laquelle ronfle comme un tuyau d’orgue (Argot des voleurs et du peuple).

(Rossignol, 1901) : Navire. Le condamné que l’on embarque à l’Île de Ré, pour la Nouvelle-Calédonie, met le pied dans le sabot.

(Hayard, 1907) : Bateau.

Sabot, Sabourin

(Rigaud, 1881) : Maladroit ; mauvais ouvrier.

Saboter

(d’Hautel, 1808) : Faire du bruit avec des sabots ; et, figurément, sabouler, bousiller ; faire quelque chose grossièrement et à la hâte.

(Delvau, 1867) : v. a. Bousiller, travailler sans soin, à la hâte. Argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Travailler sans goût, abîmer l’ouvrage. Mot à mot : travailler comme un fabricant de sabots.

(Rigaud, 1881) : Boire à pleins verres, à grandes rasades, — dans le jargon des buveurs. (Blavignac, Hist. des enseignes d’hôtelleries, 1878.)

(Virmaître, 1894) : Ouvrage mal fait, gâché. Allusion au sabotier, qui travaille son bois à grands coups de sabre pour l’équarrir. Un ouvrage saboté est bien près d’être un loup (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mal faire un travail est le saboter.

Saboteur

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux que l’on donne à un mauvais ouvrier, qui fait tout à la hâte, et malproprement.

Saboulade

(d’Hautel, 1808) : Mercuriale, gronde, gourmade, mauvais traitement en paroles ; propos injurieux et offensant.

Sabouler

(d’Hautel, 1808) : Malmener, gronder, brusquer, tourmenter, houspiller quelqu’un ; le maltraiter soit en paroles, soit en actions.
Sabouler de l’ouvrage. Le faire aller grand train ; ne donner aucun soin à son exécution.

(anon., 1827) : Incommoder, ou cirer.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Frapper.

(Bras-de-Fer, 1829) : Incommoder, décroter.

(Halbert, 1849) : Incommoder ou crier.

(Larchey, 1865) : Battre, cogner. — Vieux mot. V. Roquefort.

Vous me saboulez la tête avec vos mains pesantes.

Molière, Comtesse d’Escarbagnas

Je te tanne le casaquin, je te saboule.

Paillet.

(Larchey, 1865) : Décrotter. — Sabouleur : Décrotteur (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. a. Gronder, faire des reproches, battre. Argot du peuple. Signifie aussi : Travailler sans soin, faire de la mauvaise besogne. L’expression a des chevrons :

De ton épé’ tranchante
Perce mon tendre cœur,
Saboule ton amante,
Ou rends-lui son honneur,

dit Vadé dans sa chanson des Gardes françaises.

(Delvau, 1867) : v. a. Décrotter, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Maltraiter. — Décrotter. — Sabouleur, décrotteur.

(La Rue, 1894) : Maltraiter. Décrotter. Laver. Crier.

(Virmaître, 1894) : Décrotter. A. D. Sabouler veut dire chasser.
— Je l’ai saboulé de la piaule avec perte et fracas.
On saboule un ouvrier qui ne fait pas l’affaire (ne sait pas travailler) (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Laver son linge est le sabouler. Ce mot veut aussi dire vendre ; vendre un objet qui vous appartient est le sabouler, synonyme de laver.

Saboulette

(Virmaître, 1894) : Table de toilette. Elle supporte le savon et les brosses qui saboulent la crasse. C’est ainsi que les voleurs nomment les lavabos communs qui leur servent dans les prisons (Argot des voleurs). N.

Sabouleur

(Delvau, 1867) : s. m. Décrotteur.

Sabouleux

(anon., 1827) : Ceux qui tombent du haut-mal.

(Bras-de-Fer, 1829) : Ceux qui tombent du haut mal.

(Halbert, 1849) : Ceux qui tombent du mal caduc.

Sabouleux, Sabouleuse

(Rigaud, 1881) : Faux épileptique, fausse épileptique.

Sabre

(d’Hautel, 1808) : Sabre de bois ! Interjection badine et populaire ; juron dont on se sert pour intimider ou faire peur aux enfans ; ou leur faire croire que l’on est irrité contre eux.

(anon., 1827) : Un bâton.

(Bras-de-Fer, 1829) : Un bâton.

(Halbert, 1849) : Un bâton.

(Larchey, 1865) : Bâton. — Sabri : Forêt. — V. Rebâtir.

(Delvau, 1867) : s. m. Bâton, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bâton, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Bâton.

(Virmaître, 1894) : Bâton. Sabre : être gris. A. D. C’est sas qu’il faudrait dire. Être sas, être blindé, saoûl, est un vieux mot normand très fréquemment employé dans le peuple.
— Quitte-nous le coude, t’es sas comme une bourrique (Argot du peuple).

Sabre (avoir un)

(Delvau, 1867) : Être gris, — dans l’argot des faubouriens.

Sabre (joli coup de)

(Rigaud, 1881) : Grande bouche.

Sabrenas

(d’Hautel, 1808) : Un sabrenas. Pour dire, un mauvais ouvrier ; un gâcheur ; un artisan qui travaille malproprement ; qui ne sait pas son métier. Ce sobriquet s’applique particulièrement aux cordonniers, aux savetiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Savetier, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Mauvais ouvrier, bousilleur.

(La Rue, 1894) : Savetier. Mauvais ouvrier.

Sabrenas, Sabrenot, Salbrenaud

(Rigaud, 1881) : Savetier, dans le jargon des voleurs. — Mauvais ouvrier.

Sabrenasser

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Travailler sans goût, bousiller l’ouvrage. On dit aussi Sabrenauder.

Sabrenauder et sabrenasser

(d’Hautel, 1808) : Gâter, savater de l’ouvrage ; travailler grossièrement, et sans propreté ; faire quelque chose tout de travers.

Sabrenot

(anon., 1827) : Cordonnier, savetier.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cordonnier, savetier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cordonnier, savetier.

(Halbert, 1849) : Cordonnier, savetier.

Sabrer

(d’Hautel, 1808) : Sabrer une affaire. La pousser vivement ; la dépêcher sans examen ni précaution.

(Halbert, 1849) : Auner.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause de cela, la mal faire.

Sabrer quelqu’un

(Merlin, 1888) : Malmener quelqu’un.

Sabreur

(d’Hautel, 1808) : Mot injurieux. En terme militaire, un officier à qui la hardiesse, l’audace et l’emportement tiennent lieu des sages combinaisons du génie ; qui bouleverse impitoyablement tout ce qui se rencontre sur son passage. C’est aussi le nom qu’on donnoit, dans les troubles de la révolution, à ces furieux dont les discours et les mesures ne tendoient qu’à frapper, renverser, détruire.

(Halbert, 1849) : Auneur.

(Delvau, 1867) : s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.

(Delvau, 1867) : s. m. Bousilleur, ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier qui travaille vite et mal.

Sabreur, traîneur de sabre

(Larchey, 1865) : Militaire bruyant, Fanfaron.

Vous me faites pitié, tout sabreur que vous êtes.

P. Borel, 1833.

Sabri

(Clémens, 1840) : Bois.

(Delvau, 1867) : s. m. Bois, forêt, — dans l’argot des voleurs.

Sabri, Satou

(Rigaud, 1881) : Forêt, bois, — dans l’ancien argot. — Sabrieux, voleur de bois.

Sabri, satou

(La Rue, 1894) : Bois. Forêt. Sabrieux, voleur des bois ou brigand des grands chemins.

Sabrieu

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur de bois.

Sabrieux

(anon., 1827) : Voleur de bois.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleur de bois.

(Bras-de-Fer, 1829) : Voleur de bois.

(Halbert, 1849) : Voleur de bois.

Sac

(d’Hautel, 1808) : Il a pris son sac et ses quilles. Pour dire, il s’en est allé ; il n’a pas demandé son reste ; il a décampé au plus vite.
On dit aussi d’un homme que l’on a congédié, qu’on lui a donné son sac.
Il ne peut rien sortir de bon d’un sac à charbon.
Pour dire que d’un rustre, d’un butor, d’un grossier personnage, il ne faut attendre ni politesse, ni civilité.
Votre affaire est dans le sac. Pour dire, est faite, a réussi, est bâclée.
Un sac à vin. Un ivrogne de profession, un homme qui se laisse abrutir par le vin.
Voir le fond du sac. Pénétrer le secret d’une affaire.
C’est un sac percé. Pour dire, un dissipateur, un dépensier, un prodigue.
Autant pêche celui qui tient le sac que celui qui met dedans. Signifie que les receleurs méritent le même châtiment que les voleurs.

(Delvau, 1864) : Le ventre. — On dit d’une femme enceinte : Elle en a plein son sac.

La jeune garce en eut plein son sac.

Marguerite De Navarre.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent le contenant pour le contenu. Avoir le sac. Être riche, ou seulement avoir de l’argent. Homme au sac. Homme qui vient d’hériter.

(Delvau, 1867) : s. m. Renvoi, congé, — dans l’argot des ouvriers. Avoir son sac. Être renvoyé d’un atelier. Donner son sac. Remercier un patron.

(Rigaud, 1881) : Ventre. — Avoir le sac plein, avoir le ventre plein.

(La Rue, 1894) : Argent. Congre. Éternuer dans le sac, être guillotiné. Avoir son sac, être ivre.

(Virmaître, 1894) : L’affaire est dans le sac, elle est conclue. Être pris en flagrant délit de vol, c’est avoir son affaire dans le sac. Être laide ou jolie, c’est être ou n’être pas dans le sac. Il y a une vieille chanson là-dessus :

Ell’ n’est pas mal
Pour foutre dans l’canal.
Elle est encore mieux
Pour foutr’ dans les lieux. (Argot du peuple).

Sac (avoir dans son)

(Delvau, 1867) : Posséder, être pourvu ou doué. Argot du peuple. N’avoir rien dans son sac. N’avoir pas de ressources d’esprit ; être sans imagination, sans talent. Avoir une mauvaise pierre dans son sac. Ne pas jouir d’une bonne santé, être atteint de mélancolie ou de maladie grave.

Sac (avoir le)

(Larchey, 1865) : Avoir de l’argent.

A-t-elle le sac ? — Cela veut dire en langage des halles : A-t-elle de l’argent ?

G. de Nerval.

(Rigaud, 1881) : Avoir de l’argent. C’est le contenant pris pour le contenu. On dit également : Être au sac.

(Virmaître, 1894) : Posséder beaucoup d’argent.
— Il a un fort sac.
— Il est au sac.
Avoir un sac dans lequel il y a une mauvaise pierre, c’est être condamné par les médecins (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Être riche.

Sac (avoir le) ou Être saqué

(Boutmy, 1883) : v. Avoir de l’argent, être riche. On dit encore dans le même sens : être au sac.

Sac (déployer son)

(Merlin, 1888) : Raconter des balivernes.

Sac (donner à quelqu’un son)

(Rigaud, 1881) : Renvoyer quelqu’un. Pour donner plus de force à l’expression les ouvriers ajoutent : Avec une forte paire de bretelles.Avoir son sac, être renvoyé de l’atelier. On disait autrefois : donner à quelqu’un son sac et ses quilles, pour congédier, casser aux gages.

Si je n’obéis point, j’ai mon sac et mes quilles.

(Boursault, Poésies.)

Sac (en avoir son)

(Fustier, 1889) : Ne plus pouvoir supporter quelqu’un ou quelque chose.

Entre nous, le mari d’Emma ! j’en ai mon sac !

(Cadol : La colonie étrangère.)

Sac (en avoir un)

(Rossignol, 1901) : Être bête est en avoir un sac.

Sac (éternuer dans le)

(Rigaud, 1881) : Être guillotiné. — Variante : Cracher dans le sac.

Sac (être dans le)

(Rigaud, 1881) : Avoir perdu à un jeu quelconque. Il faut payer, vous êtes dans le sac. — Signifie encore avoir fait de mauvaises spéculations, s’être ruiné. — Une affaire est dans le sac, lorsqu’elle est terminée bien ou mal, lorsqu’on n’en parle plus.

Sac (être ou n’être pas dans le)

(Delvau, 1867) : Être laide ou jolie. Argot des faubouriens. Cette expression devrait se chanter, comme cette autre, de la même famille :

Ell’ n’est pas mal
Pour foutr’ dans l’canal.

Sac (un)

(Rossignol, 1901) : 1000 francs.

Sac à charbon

(Fustier, 1889) : Prêtre, — dans l’argot des voyous.

Le prêtre qui tout à l’heure leur a lit entrevoir (aux enfants) la douce figure du Jésus évangélique, ils le rencontrent ; du coin d’un carrefour, ils crieront : couac, l’appelleront corbeau ou, d’un mot plus à la mode en ce moment : sac à charbon.

(Figaro, août 1884.)

(Rossignol, 1901) : Celui qui porte une Soutane.

Sac à malice

(Merlin, 1888) : Sac renfermant les brosses, la patience, le fil, les aiguilles, etc.

Sac à merde

(Virmaître, 1894) : Le ventre. L’image n’est pas propre, mais elle exprime bien le fait. On se souvient de ce général du premier Empire à qui Napoléon avait recommandé le plus grand silence à un grand dîner. Le général se tint coi, comme il l’avait promis, mais au dessert il ne put résister, il frappa sur le ventre de son voisin, un archiduc, en lui disant :
— Eh bien ! mon vieux, maintenant que t’as bien mangé, y en a beaucoup là-dedans ? (Argot du peuple).

Sac à os

(Rigaud, 1881) : Individu très maigre.

(Virmaître, 1894) : Femme maigre. On dit dans le peuple : — On peut lire son journal au travers. Il y eut longtemps, il y a une trentaine d’années, une femme diaphane qui se faisait voir dans une baraque à la foire aux pains d’épices. Le pitre pour exciter la foule à entrer, disait :
— Avec une chandelle, on peut lui compter les côtes (Argot du peuple).

Sac à plâtre

(Rossignol, 1901) : Un enfant au maillot ; c’est la taille et la forme d’un sac à plâtre.

Sac à puces

(Rigaud, 1881) : Chien. Les puces font élection de domicile sur les chiens.

Sac à viande

(Merlin, 1888) : Définition réaliste de la chemise.

(Rossignol, 1901) : Chemise.

Sac à vin

(Virmaître, 1894) : Ivrogne pour qui toutes les boissons sont bonnes. Mot à mot : il engloutit tous les liquides dans son sac (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui en boit beaucoup.

Sac au dos

(Rossignol, 1901) : Bossu.

Sac au lard

(Delvau, 1867) : s. m. Chemise, — dans l’argot des faubouriens, qui se sont rencontrés dans la même expression avec les voleurs anglais : flesh-bag, disent ceux-ci.

Sac d’os

(Rossignol, 1901) : Personne maigre qui n’a que les os.

(Hayard, 1907) : Personne maigre.

Sac plein (avoir le)

(Delvau, 1867) : Être complètement ivre. Se dit aussi à propos d’une Femme enceinte.

(Virmaître, 1894) : Être ivre. A. D. Avoir le sac plein se dit d’une femme sur le point d’accoucher (Argot du peuple). N.

Sac-à-papier

(Larchey, 1865) : « À l’ouvrage, messieurs ! Sac-à-papier ! on ne fait rien ici. » — Balzac. Juron bon pour exprimer l’ennui d’être dans une situation embrouillée. Un sac-à-papier se disait autrefois de la réunion de toutes les pièces d’un procès celles-ci se plaçaient dans un sac de toile.

Sac-à-papier !

(Delvau, 1867) : Juron bourgeois, qui marque l’ennui qu’on éprouve, l’embarras dans lequel on se trouve.

Sac-à-vin

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, — dans l’argot du peuple. C’est le guzzle anglais.

(Rigaud, 1881) : Ivrogne incorrigible. Ordinairement la femme du sac-à-vin est une paillasse à coups de poing.

Sac-au-lard

(Rigaud, 1881) : Chemise.

Sacard

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme à son aise, ayant le sac.

Sachet

(Fustier, 1889) : Bas, chaussette.

Sacqué

(Rigaud, 1881) : Chiffonnier qui se sert d’un sac en guise de hotte.

Sacqué (être)

(Delvau, 1867) : Avoir de l’argent.

Sacquer

(Delvau, 1867) : v. a. Congédier, renvoyer, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Donner le sac. Sacquer un bœuf. Renvoyer un ouvrier, — dans l’argot des tailleurs.

(Rigaud, 1881) : Congédier. — Réprimander avec menace de perte d’emploi.

Si vous continuez à me houspiller de la sorte, je vous ferai sacquer par le patron.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Sacre

(anon., 1827) : Argent.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Sergent.

(Bras-de-Fer, 1829) : Argent.

(Halbert, 1849) : Argent.

(Halbert, 1849) : Sergent.

Sacré

(d’Hautel, 1808) : Le peuple joint souvent cet adjectif à un substantif, pour lui donner plus de force, et par manière de jurement, d’imprécation et de mépris.
Ainsi, pour désigner un lâdre, un avare, un égoïste, un crasseux aux dernier degré, il dit : C’est un sacré vilain.
Du sacré chien tout pur.
Pour dire, du fil en trois, de l’eau-de-vie piquante et d’un degré très élevé.
On désigne aussi cette liqueur sous le nom de rude ; et lorsqu’on invite quelqu’un à prendre un petit verre, on lui demande, préalablement s’il désire, du rude ou du doux ; ce dernier mot ne s’applique qu’aux liqueurs huileuses, sucrées et agréables à boire.

Sacré chien

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie.

Vous nous râperez le gosier avec le trois-six et le sacré chien dans toute sa pureté.

Th. Gautier, 1833.

Les voilà parties chez Caplaine où elles demandent un demi-septier de sacré chien.

Vadé, 1788.

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie de mauvaise qualité qui emporte le gosier. Argot du peuple. On dit aussi Sacré chien tout pur.

(Delvau, 1867) : s. m. Feu sacré, — dans l’argot des rapins et des cabotins. Avoir le sacré chien. Jouer d’inspiration et avec succès. Peindre avec emportement.

Sacré-chien

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie. — Dans le monde artistique le sacré-chien, c’est le sentiment de l’art, c’est le feu sacré. — On dit dans le même sens : Il a du chien. Allusion à l’eau-de-vie.

Sacrebleu !

(d’Hautel, 1808) : Sacredié ! Sacrelote ! Sacristie ! Saprebleu ! Sapristie ! Interjections basses et vulgaires ; espèce dejuremens qui expriment la surprise l’étonnement, le regret, le dépit, le mécontente ment ; et qui équivalent à morbleu ! tubleu ! tu dieu, etc.

Sacrement

(Larchey, 1865) : Sacrement du mariage.

Oscar m’offrit le sacrement.

Festeau.

(Delvau, 1867) : s. m. Le mariage, — dans l’argot du peuple. Offrir le sacrement. Se proposer comme mari, courtiser une fille pour le bon motif.

Sacrer

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Affirmer.

(Rigaud, 1881) : Affirmer.

(La Rue, 1894) : Affirmer.

Sacrifice

(Delvau, 1864) : Fouterie désintéressée et — toujours intéressante.

La compagnie qui, pendant notre sacrifice, avait gardé un profond silence, me complimenta de l’hommage que mes charmes avaient reçu par la double décharge que j’avais subie dans une seule jonction.

(Mémoires de miss Fanny.)

J’étais trop jeune encore pour multiplier les plus doux sacrifices.

Pigault-Lebrun.

Sacristain

(Larchey, 1865) : Mari de maquerelle (Vidocq). V. Marlou.

(Delvau, 1867) : s. m. Mari de l’abbesse du couvent des S’offre-à-tous, — dans l’argot des filles.

(Rigaud, 1881) : Mari, amant d’une matrone de maison de tolérance, — dans l’ancien jargon du peuple.

(La Rue, 1894) : L’homme de la matrone d’une maison autorisée.

(Virmaître, 1894) : Maître d’une maison de tolérance. Mot à mot : il est le sacristain de l’abbaye dont sa femme est l’abbesse, puisque c’est elle qui, d’après le règlement, est la propriétaire du livre (Argot des souteneurs).

Sacristi !

(Delvau, 1867) : Juron de l’argot du peuple. Il dit aussi Cristi ! Les bourgeois, eux, disent Sapristi ! — ce qui les éloigne un peu de l’étymologie (sacrarium.)

Sacristie

(Rigaud, 1881) : Lieux d’aisances, dans le jargon des voleurs.

Safran

(Delvau, 1867) : s. m. Jaunisse conjugale, — dans l’argot des bourgeois. Accommoder au safran. Tromper son mari en faveur d’un autre homme, ou sa femme en faveur d’une autre. On dit aussi Vouer au jaune.

(Virmaître, 1894) : Mari trompé, voué au jonquille comme on voue les enfants au bleu. On dit aussi d’un mari dans ce cas :
— Il a la jaunisse toute l’année (Argot du peuple).

Safran (accommoder au)

(Larchey, 1865) : Faire une infidélité conjugale. Le safran est jaune et cette couleur passe pour celle du cocuage. — V. Rebâtir.

Je ne suis pas fâché qu’elle ait accommodé au safran ce voltigeur de Louis XIV.

E. Augier.

Safran (aller au)

(Rigaud, 1881) : Dissiper sa fortune.

(La Rue, 1894) : Dissiper son bien.

Safraner

(d’Hautel, 1808) : Avoir le visage safrané. C’est à-dire, jaune comme du safran.

Safranier

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux, pour dire, homme de néant, malotru, misérable, vaurien ; qui est dans la plus grande indigence, dans un état pitoyable.

Safre

(d’Hautel, 1808) : Pour, avide, goulu, glouton, vorace.

Sage

(d’Hautel, 1808) : Sage comme une image. Se dit par plaisanterie en parlant d’un enfant qui, contre son ordinaire, se tient tranquille et paisible.

Sage comme une image

(Delvau, 1867) : adj. Extrêmement sage, — c’est-à-dire ne parlant pas. Argot du peuple.

Sagouin

(d’Hautel, 1808) : Pour, dégoûtant, malpropre, crasseux, saligaud.
On dit aussi sagouine, au féminin, et dans le même sens.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme malpropre, grossier, — dans l’argot du peuple, qui calomnie les callitriches. Vilain sagouin. Pléonasme que les femmes du peuple adressent volontiers à un nomme qui leur débite des gaudrioles et des plaisanteries grasses, dont elles ne se fichent pas le moins du monde.

Saignée

(d’Hautel, 1808) : Selon le bras la saignée. Signifie qu’il faut proportionner ses dépenses à ses recettes ; et que, quand on établit une taxe, un emprunt, il faut avoir égard à la fortune de ceux qu’on impose.

Saignement de nez

(Rigaud, 1881) : Interrogatoire. — Faire saigner du nez, interroger.

(La Rue, 1894) : Interrogatoire.

Saigner

(d’Hautel, 1808) : Saigner du nez. Manquer de résolution, de courage, quand il s’agit d’exécuter quelque chose que l’on s’étoit vanté de faire.
Se saigner. Faire de grands sacrifices pour quel qu’un.

(Delvau, 1867) : v. a. Blesser quelqu’un volontairement, le tuer même, — dans l’argot des prisons.

(Delvau, 1867) : v. a. Emprunter de l’argent, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Faire ou Pratiquer une saignée. Saigner à blanc. Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte. On dit aussi Faire une saignée blanche.

(La Rue, 1894) : Assassiner.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de buter. Cette expression est généralement employée par les bouchers qui conservent dans la vie les habitudes de l’abattoir (Argot des bouchers).

(Virmaître, 1894) : Emprunter de l’argent à quelqu’un. Mot à mot : faire une saignée à son porte-monnaie ou à son coffre-fort. Faire une saignée blanche : ce n’est pas un médecin qui est chargé de faire cette opération à moins que ce ne soit une doctoresse (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Avoir de la peine.

J’ai dit à Jules que sa femme le trompait, je l’ai fait saigner.

(Hayard, 1907) : Tuer.

Saigner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Donner de l’argent, — qu’on en doive ou non. Se saigner à blanc. S’épuiser pour fournir aux dépenses d’un enfant ou d’une maîtresse.

Saigner du nez

(Halbert, 1849) : Abandonner.

(Larchey, 1865) : Rester sans combattre. — Mot à mot : saigner du nez au lieu de saigner du bras.

Sa grande colère de voir que les sans-culottes saignent du nez quand il faut frapper.

1793, Hébert.

Sain

(d’Hautel, 1808) : Sain comme l’œil à Picolet. Se dit par raillerie d’un homme qui est rempli d’humeurs et d’infirmités.
Cette année, les maladies ne sont pas saines. Se dit pour se moquer de ceux qui s’efforcent de prouver une chose évidente, et que l’on ne leur conteste pas.

Saindhomme

(La Rue, 1894) : Tabac. Refiler un saindhomme, frapper.

Saint

(d’Hautel, 1808) : Découvrir Saint-Pierre pour couvrir Saint-Paul. Ôter à l’un pour donner à l’autre ; commettre une injustice.
Faire la Sainte n’y touche. Faire l’hypocrite ; le tartuffe.
On dit, dans le même sens, C’est un petit saint de bois.
Saint-Crépin.
Tout ce qui constitue les outils d’un cordonnier ; comme on appelle Saint-Jean les outils d’un imprimeur ; tel que le composteur le tablier, la pointe, le visorium, le marteau, etc., etc. Figurément, le patrimoine d’un pauvre homme ; tout ce qu’il possède, synonymes de Saint-Frusquin, Voy. Frusquin.
Il ne sait plus à quel saint se vouer. Pour il ne sait plus quel parti prendre ; quel remède apporter à un mal.
On dit par ironie de deux personnes qui sont toujours ensemble, que c’est Saint-Roch et son chien.

Saint de carême

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui se fâche, hypocrite.

Saint Denaille

(Delvau, 1867) : n. de l. Saint-Denis, — dans l’argot des voleurs.

Saint Dome

(Rigaud, 1881) : Tabac à fumer, — dans le jargon des ouvriers. C’est une abréviation de Saint-Domingue, la patrie du tabac.

Saint Jean Bouche-d’or

(Delvau, 1867) : s. m. Bavard qui, pour le plaisir de parler, ne craint pas de commettre des indiscrétions.

Saint Jean le Rond

(Delvau, 1867) : s. m. Un des nombreux pseudonymes de messire Luc.

Saint Jean-Baptiste

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaretier, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion à l’eau baptismale que l’on ajoute au vin pour le rendre digne d’être bu par des chrétiens.

Saint Lâche

(Delvau, 1867) : s. m. Le patron des paresseux.

Saint Laze

(Delvau, 1867) : Apocope de Saint-Lazare, prison de femmes, — dans l’argot des voyous.

Saint Père

(Delvau, 1867) : s. m. Tabac à fumer, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Saint Sacrement (et tout le)

(Delvau, 1867) : C’est l’et cætera de l’argot du peuple : Il comprend tout — et une foule d’autres choses.

Saint-ciboire

(Rigaud, 1881) : Cœur, — dans le jargon des voyous.

Saint-Crépin

(Delvau, 1867) : s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.

(Delvau, 1867) : s. m. Économies, peculium, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Argent économisé. — Se prend souvent dans le sens de Saint-Frusquin. Porter tout son Saint-Crépin, porter tout ce qu’on possède.

Lorsque les garçons cordonniers vont de ville, en ville pour travailler, ce qu’ils appellent entre eux battre ta semelle, ils portent tous les instruments nécessaires à leur métier ; ils appellent cela porter tout leur Saint-Crépin.

(Fleury de Bellingen, Étymologie des Proverbes français.)

(La Rue, 1894) : Économies. Outils. Prendre la voiture de Saint-Crépin, marcher.

Saint-Difficile

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, et même grande personne faisant la dégoûtée à propos de la nourriture ou à propos d’autre chose. Argot des bourgeois et du peuple.

Saint-Dome

(Hayard, 1907) : Tabac.

Saint-domingue

(Virmaître, 1894) : Tabac. Dans les prisons, par abréviation, on dit : Saint-Dome. Saint-Domingue, allusion au pays où prospèrent les plantations de tabac (Argot des voleurs). N.

Saint-Frusquin

(Virmaître, 1894) : Lot d’objets ou de mobilier (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Tout ce que l’on possède.

Pour déménager, j’ai mis tout mon Saint-Frusquin dans une voiture à bras.

Saint-Jean

(Delvau, 1867) : s. m. Signal, — dans l’argot des voleurs. Faire le Saint-Jean. Lever l’index et le médium pour avertir un complice.

(Delvau, 1867) : s. m. Outils, vêtements, affaires, — dans l’argot des typographes. Emporter son Saint-Jean. S’en aller d’une imprimerie en emportant composteur, pinces, etc.

(Rigaud, 1881) : Effets. — Outils ; c’est un synonyme de Saint-Frusquin.

(Boutmy, 1883) : s. m. Ensemble des outils d’un compositeur. Ces outils, d’ailleurs peu nombreux, sont : le composteur de fer et le composteur de bois, les pinces, la pointe, aujourd’hui presque abandonnée, le visorium et la boîte à corrections. Prendre son saint-jean, quitter l’atelier.

(Virmaître, 1894) : Signal convenu entre les voleurs pour avertir un complice. Ce signal consiste à lever l’index et le médium. On dit aussi d’un individu qui n’est pas à la hauteur pour faire quelque chose :
— Il est de la Saint-Jean (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Voir Duce ou Envoyer le duce.

Saint-Jean-Porte-Latine

(Boutmy, 1883) : s. f. Fête des typographes. Elle tombe le 6 mai ; mais elle n’est plus guère chômée.

Saint-Jules

(Hayard, 1907) : Partir sans payer.

Saint-Lago

(Virmaître, 1894) : Abréviation de Saint-Lazare ; les filles disent également Saint-Laz. Quand elles sont dans cette prison, elles disent qu’elles sont à la campagne.
— Tiens, voilà six mois que l’on ne te voit plus ?
— J’étais en villégiature, je sors de ma campagne.
On sait ce que cela veut dire (Argot des filles).

(Rossignol, 1901) : Abréviation de Saint-Lazare, prison pour femmes, rue du Faubourg-Saint-Denis, 107.

(Hayard, 1907) : Saint-Lazare.

Saint-Lundi

(Delvau, 1867) : s. f. Jour choisi chaque semaine par les ouvriers pour aller ripailler aux barrières et dépenser en quelques heures le plus clair de leur gain, celui que la ménagère attend toujours en vain pour faire « bouillir la marmite ». Fêter la Saint-Lundi. Se griser — et même se soûler.

Saint-Marceaux

(Delvau, 1867) : s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des gens de lettres qui veulent faire une réclame à la maison de commerce de M. de Saint-Marceaux, riche viticulteur d’Épernay.

Saint-pair

(un détenu, 1846) : Tabac.

Saint-Père

(Virmaître, 1894) : Tabac à fumer (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Tabac.

(Hayard, 1907) : Tabac.

Saint-Vincent-de-Paul

(Virmaître, 1894) : Les ramasseurs de mégots. Ils sont les Saint-Vincent-de-Paul des orphelins qui traînent devant les terrasses des cafés (Argot du peuple).

Sainte Espérance

(Delvau, 1867) : s. f. La veille de la Sainte Touche.

Sainte Mousseline

(Delvau, 1867) : s. f. Une sainte de la création de Victorien Sardou (La Famille Benoiton), et qu’invoquent aujourd’hui, par genre, les mères de famille qui suivent les modes de la morale comme elles suivent les modes… de la Mode. Voici donc l’oraison que murmurent à cette heure de jolies lèvres parisiennes : « Ah ! Mousseline, blanche Mousseline, des mères ingrates qui te devaient leurs maris t’ont reniée pour leurs enfants ! Sainte Mousseline, vierge de la toilette, sauve nos filles qui se noient dans des flots de dentelles ! » Amen !

Sainte-Nitouche

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui « fait sa sucrée » ou « sa Sophie », — dans l’argot du peuple, qui sait à quoi s en tenir sur les « giries » des bégueules. Les ouvriers anglais disent de même : to sham abram (jouer l’innocence patriarcale, feindre la pudeur révoltée). Cette expression s’est employée jadis en parlant d’un Homme timide, mou, irrésolu, en amour comme en autre chose :

Il estoit ferme de roignons.
Non comme ces petits mignons
Qui font la Saincte Nitouche,

dit Mathurin Régnier.

Sainte-Plaque

(Rossignol, 1901) : Voir plaquer.

Sainte-touche

(Delvau, 1867) : s. f. La fin du mois, — dans l’argot des employés. La fin de la quinzaine, — dans l’argot des ouvriers.

Sainte-Touche

(Boutmy, 1883) : s. f. Jour de la banque. Cette expression, usitée presque exclusivement parmi les personnes attachées au Bureau, n’est pas particulière aux typographes ; elle appartient plutôt au langage des employés.

(Merlin, 1888) : Le prêt.

(Rossignol, 1901) : Jour de la paye. Le samedi est Sainte-Touche pour les ouvriers.

(Hayard, 1907) : La paye.

Sainte-Touche (le jour de la)

(Virmaître, 1894) : La paye de chaque semaine ou de fin du mois. La Sainte Espérance est la veille de la Sainte-Touche. C’est une sainte bien fêtée par les ouvriers (Argot du peuple).

Saisissement

(Delvau, 1867) : s. m. Les liens dont l’exécuteur lie les bras et les jambes du condamné à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la toilette.

(Rigaud, 1881) : Les liens dont l’exécuteur lie les bras et les jambes des condamnés à mort. Le saisissement est une pièce essentielle de la toilette. (A. Delvau)

(Virmaître, 1894) : Terme employé par les voleurs pour désigner les liens qui servent pour ligotter le condamné à mort au moment de la toilette. Il y a de quoi en effet être saisi (Argot des voleurs).

Saison

(Delvau, 1867) : s. f. Laps de temps plus ou moins long, mais ordinairement de 21 jours, que l’on passe dans les villes d’eaux par ordonnance de médecin. Faire une saison. Rester une vingtaine de jours à Vichy ou toute autre station thermale, et y prendre des bains minéraux.

Salade

(d’Hautel, 1808) : Camarade à la salade, compagnon à coups de bâton. Bouts rimés populaires dont on se sert pour exprimer que plusieurs personnes réunies ne vivent pas en bonne intelligence ; qu’elles ne se portent mutuellement aucune estime, aucune amitié ; qu’elles vivent comme chien et chat.
Salade. Pour, gronde, réprimande, correction.
Donner une salade à quelqu’un. Pour dire, le tancer ; le réprimander ; lui chanter game.

(Larchey, 1865) : Réponse. — Calembour. — La réponse est une espèce de salade.

Voilà notre dernier mot. Nous attendons ta salade.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. Raiponce à une question, — dans l’argot des voleurs, facétieux à leurs heures.

(Rigaud, 1881) : Pêle-mêle ; gâchis.

(Rigaud, 1881) : Fouet. — Donner la salade, fouetter, en terme d’écolier ; l’expression et le mot sont vieux et démodés.

(La Rue, 1894) : Réponse. Rixe. Pôle-môle. Mettre en salade, enfouir, cacher.

Salade (faire la)

(Rigaud, 1881) : « Ils remuent le jeu de la manière dont on remue les dominos pour les mêler, les deux mains étendues sur le tapis et imprimant aux cartes un mouvement de rotation. »

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)

Salade de Gascon

(Delvau, 1867) : s. f. Corde, ficelle, dans l’argot du peuple. A signifié autrefois, plus spécialement, Corde de pendu.

(Rigaud, 1881) : Corde, — dans l’ancien argot.

Saladier

(Delvau, 1867) : s. m. Bol de vin sucré, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Vin chaud sucré servi dans un saladier. C’est le vin à la Française dont on fait une grande consommation dans les bals de barrière.

Salaire

(Rigaud, 1881) : Soulier, — dans le jargon des rôdeurs de barrière ; déformation de soulier.

Salamalec

(d’Hautel, 1808) : Salutation humble, plus servile que respectueuse ; courbette ; terme arabe qui signifie la paix.
Faire des salamalecs à quelqu’un. Lui donner des preuves d’une grande soumission ; d’un respect servile.

Salamalecs

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Politesse exagérée, — dans l’argot du peuple, qui ne pratique pas précisément la Civilité puérile et honnête.

Salaud

(d’Hautel, 1808) : Pour, malpropre, sagouin ; il se dit plus particulièrement des enfans.
C’est un terme fort injurieux, quand on l’applique à une femme. Salaude équivaut à femme sans mœurs, sans pudeur.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Enfant malpropre ; homme ordurier.

Salbin

(Halbert, 1849) : Serment.

(La Rue, 1894) : Serment.

Salbiner

(Halbert, 1849) : Prêter serment.

Salbinet

(Fustier, 1889) : Argot de l’École Polytechnique. « Salbinet ! » crie un tambour, en ouvrant la porte d’une salle où travaillent une dizaine d’élèves. Cela veut dire : Le capitaine prie le sergent de la salle de passer au cabinet du chef de service pour y entendre une communication du commandant de l’école et la transmettre à ses camarades.

Salbrenaud

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais cordonnier ; savetier, — dans l’argot des voleurs.

Sale

(d’Hautel, 1808) : Sale comme un peigne. Se dit d’une personne malpropre ; qui a une mauvaise tenue ; qui n’a aucun soin de sa personne.
Son cas est sale. Se dit de quelqu’un qui s’est attiré de méchantes affaires ; qui a pris part à une mauvaise action, et se trouve dans l’embarras.
Il est curieux de linge sale. Se dit par ironie d’un homme malpropre, et qui ne change pas souvent de linge.

(Halbert, 1849) : Gris.

(Delvau, 1867) : adj. Laid, mauvais, malhonnête. Argot du peuple. Sale intérêt. Intérêt sordide. Sale monsieur. Individu d’une moralité équivoque ou d’un caractère insociable. Sale pâtissier. Homme qui n’est ni sale ni pâtissier, mais dont, en revanche, la réputation aurait grand besoin d’une lessive. On dit aussi Sale bête.

Salé

(d’Hautel, 1808) : Terme typographique ; payement anticipé ; avance que les ouvriers prennent le samedi sur l’ouvrage qu’ils ont entre les mains, et qu’ils n’ont pu achever dans la semaine ; ce qui les rend débiteurs de leurs bourgeois. Voy. Dessaler.
Bourguignon salé. Sobriquet que l’on donne aux habitans de la Bourgogne, à cause, dit-on, des différends, des procès, que leurs salines leur ont occasionnés.

(Delvau, 1867) : s. m. Travail payé d’avance, — dans l’argot des typographes. Morceau de salé. Acompte. Se dit aussi, par une analogie facile à saisir, d’un Enfant venu avant le mariage. Les ouvriers anglais disent : to work for the dead horse (travailler pour le cheval mort).

(Rigaud, 1881) : Avance d’argent, — dans le jargon des typographes.

(Rigaud, 1881) : Bonne amie, connaissance, — dans l’argot des marins.

Oùs’que tu démarres comme ça, avec ton salé ?

(Boutmy, 1883) : s. m. Travail compté sur le bordereau et qui n’est pas terminé. Le compositeur qui prend du salé se fait payer d’avance une composition qu’il n’a pas faite encore et qu’il ne comptera pas quand elle sera finie ; un metteur qui prend du salé compte des feuilles dont il a la copie ou la composition, mais qui ne sont pas mises en pages. Le salé est, on le conçoit, interdit partout. On dit que le salé fait boire, parce qu’il n’encourage pas à travailler, et rien n’est plus juste ; en effet, le compagnon, sachant qu’il n’aura rien à toucher en achevant une composition comptée et qui lui a été payée, n’a pas de courage à la besogne. Loin d’être dans son dur, il a la flème : de là de fréquentes sorties ; de là aussi l’adage.

(Fustier, 1889) : Mordant, violent.

Le lendemain, M. Cassemajou écrivait à M. Ventéjoul une lettre un peu salée.

(Armand Silvestre.)

(Rossignol, 1901) : Jeune enfant.

Salé (le grand)

(Rigaud, 1881) : La mer.

Salé (morceau de)

(Rigaud, 1881) : Enfant en bas âge.

Salé à la banque (en demander)

(Virmaître, 1894) : Demander au metteur en pages ou au prote une avance sur la semaine. Salé : travail payé d’avance. Saler une note : additionner le numéro du cabinet avec la carte (Argot d’imprimerie).

Sale coup pour la fanfare

(Rigaud, 1881) : Mauvaise situation, mauvaise affaire.

Salé trichineux (morceau de)

(Rigaud, 1881) : Petit enfant laid et malsain.

Salée (la)

(Virmaître, 1894) : La mer (Argot des voleurs).

Saler

(d’Hautel, 1808) : Saler une marchandise. La mettre à un prix élevé, exorbitant.
Se saler. Terme d’imprimeur ; prendre du salé ; compter à la banque plus d’ouvrage que l’on n’en a réellement fait. Voy. Salé.

(Larchey, 1865) : Tancer vertement, faire payer trop cher.

(Delvau, 1867) : v. a. Adresser de violents reproches à quelqu’un, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire payer trop cher. Saler une note. En exagérer les prix. On dit aussi Répandre la salière dessus.

(Rigaud, 1881) : Vendre cher. — Réprimander. — Vous allez dîner dans ce gargot ? c’est mauvais et salé.

(La Rue, 1894) : Faire payer trop cher. Réprimander. Donner la syphilis.

Saler (se faire)

(Fustier, 1889) : Contracter une maladie vénérienne.

Saleté

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais tour, action vile, entachée de plus d’improbité que de boue, — dans l’argot des bourgeois, qui emploient ce mot dans le même sens que les Anglais leur slutlery. Faire des saletés. Faire des tours de coquin, d’escroc.

Saletés (dire des)

(Delvau, 1864) : Tenir des propos de « haulte gresse » et de grande salacité, pour provoquer, les idées libertines et pousser à la consommation de la femme par l’homme et de l’homme par la femme. — Faire des saletés. Peloter une femme ou un homme, sucer ou gamahucher, branler ou faire postillon, etc., etc., — toutes les choses aimables de la fouterie.

Tu me disais alors que pour te plaire,
Une femme devait et dire et savoir faire
Toutes tes saletés et toutes les horreurs.

L. Protat.

Salière

(d’Hautel, 1808) : Il ouvre les yeux grands comme des salières. Se dit par plaisanterie d’un homme qui ouvre les yeux plus que de coutume ; qui est tout ébahi.
On appelle aussi salière les creux que les femmes maigres ont au haut de la gorge.

(Rigaud, 1881) : Cavité plus ou moins profonde de là clavicule chez les femmes, suivant le degré de maigreur. — Avoir des salières à y fourrer le poing, se dit d’une femme très maigre qui n’a pas reculé devant une toilette décolletée.

Salières

(Larchey, 1865) : Cavités pectorales. On dit d’une femme maigre trop décolletée qu’elle montre ses salières. — Usité dès 1808.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Cavités de la clavicule, — dans l’argot du peuple. Montrer ses salières. Se dit d’une Femme maigre qui se décollète trop.

(Virmaître, 1894) : Une femme qui a la poitrine creuse, a des salières, c’est-à-dire des trous en guise de seins. On dit également qu’elle a les tétons dans le dos (Argot du peuple).

Salières (avoir des)

(Delvau, 1864) : Se dit des femmes maigres qui n’ont que des trous où il faudrait des bosses ; derrière les clavicules, par exemple. Elle a deux salières et cinq plats (sein plat). Vieux dicton qui s’emploie pour désigner une femme maigre qui n’a ni cul ni tétons.

Saligaud

(d’Hautel, 1808) : Un saligaud. Un homme mal propre et sans tenue ; il n’est guères d’usage qu’au masculin.

Saligaud, e

(Delvau, 1867) : s. et adj. Personne malpropre au propre, et malhonnête au figuré, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot dans le même sens que les Anglais leur slut.

Salin

(Halbert, 1849) : Jaune.

Salir

(d’Hautel, 1808) : Salir la réputation de quelqu’un. Y porter atteinte par de mauvais propos, par des commérages, de noires médisances.

Salir le nez (se)

(Fustier, 1889) : Se griser.

Salisson

(d’Hautel, 1808) : Petite fille sale et malpropre qui n’a aucun soin de sa personne.

Salivergne

(anon., 1827) : Écuelle.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Écuelle.

(Bras-de-Fer, 1829) : Écuelle.

(Halbert, 1849) : Écuelle ou salade.

Saliverne

(Delvau, 1867) : s. f. Écuelle, gamelle, — dans l’argot des voleurs, qui y laissent volontiers tomber leur salive pour dégoûter les camarades. Ils disaient autrefois Crolle.

(Rigaud, 1881) : Tasse, gamelle, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Gamelle ou écuelle qui sert dans les hôpitaux aux malades pour cracher. Ils salivent dedans (Argot des voleurs).

Salle

(La Rue, 1894) : Enfant.

Salle à manger

(Delvau, 1867) : s. f. La bouche, — dans l’argot des faubouriens. N’avoir plus de chaises dans sa salle à manger. N’avoir plus de dents.

(Rigaud, 1881) : Bouche. — N’avoir plus que trois ou quatre chaises dans la salle à manger, n’avoir plus que trois ou quatre dents. — La salle à manger se démeuble, se dit quand on perd ses dents.

(Virmaître, 1894) : La bouche. Pour indiquer qu’un individu n’a pas de dents, on dit dans le peuple :
— Il n’a plus de tabourets dans la salle à manger (Argot du peuple).

Salle de danse

(Rigaud, 1881) : Derrière, — dans le jargon des souteneurs qui, dans leurs démêlés avec leurs maîtresses, les font danser à grands coups de pied au derrière.

Salle de papier

(Rigaud, 1881) : Salle de théâtre où la plupart des spectateurs sont entrés avec des billets donnés.

Sallir à la poigne

(Clémens, 1840) : Vendre à la main, courir les foires.

Salliverne

(Clémens, 1840) : Salade.

Salonnier

(Delvau, 1867) : s. m. Critique d’art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes. Le mot est de création récente.

Salope

(d’Hautel, 1808) : Pour sale, malpropre.
Une salope. Terme injurieux que l’on ne donne qu’à une femme sans mœurs ; à une prostituée.

(Delvau, 1864) : Femme galante, de haut, ou de bas étage.

Je vous aime ainsi, divine salope.

(Parnasse satyrique.)

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme du genre de celles que Shakespeare traite de drabs dans Winter’s Tale, et que, comme on le voit, le peuple parisien traite presque aussi mal.

Saloper

(d’Hautel, 1808) : Hanter des femmes de mauvaise vie ; se plonger dans la dissolution, dans le vice le plus bas et le plus crapuleux.

(Fustier, 1889) : Argot des élèves de l’école des Beaux-Arts.

La seule chose qui soit interdite, c’est de saloper. Ne vous effarouchez pas de ce mot, c’est le mot usuel, adopté. M. Dubois (le directeur de l’école) met son nom au bas d’un avis dans lequel on lit : Il est formellement interdit de saloper avant tel jour. Qu’est-ce donc aue saloper ? C’est entrer dans la loge les uns des autres pour y formuler son appréciation sur l’œuvre du voisin.

(Liberté, août 1883.)

Saloperie

(d’Hautel, 1808) : Au propre saleté, malpropreté.
Dire ou faire des saloperies. Tenir des propos obscènes ; faire des petitesses, des vilenies.

(Delvau, 1867) : s. f. Ordure, — au propre et au figuré, spucritia et obscenitas. Dire des saloperies. Employer un langage ordurier. Faire des saloperies. Se conduire en goujat.

(Delvau, 1867) : s. f. Vilain tour, lésinerie, crasse.

Salopète

(Rigaud, 1881) : Il (le canotier de la Seine) porte la salopète, cotillon de grosse toile à torchon ; la salopète ne se lave pas, chaque tache lui est un honneur.

(E. Briffault, Paris dans Veau, 1844.)

Salopiat, Salopiot, Saligot

(Rigaud, 1881) : Malpropre, vaurien.

Puis ne voilà-t-il pas qu’un sacré polisson de salopiat de singe, ne le voilà-t-il pas, à la fin des fins, il vous pisse par une fente sur les mignons.

(E. de Goncourt.)

Salopiaud

(Delvau, 1867) : s. m. Homme malpropre d’esprit et de costume, en actions et en paroles. Au féminin, Salopiaude.

Salpêtre

(d’Hautel, 1808) : Il est pétri de salpêtre. Pour dire il est d’une turbulence, d’une vivacité, d’un emportement extraordinaire.

Salsifis

(Rigaud, 1881) : Doigt.

J’ai un amour d’homme qui ne porte pas des culottes mûres et se met des gants sur ses salsifis.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(Rossignol, 1901) : Voir bogue.

Salsifis (les)

(Hayard, 1907) : Les doigts.

Salsifits

(Virmaître, 1894) : Doigts. Les voyous disent :
— Je vais te coller une poignée de salsifits sur la hure (Argot du peuple).

Saltimbe

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Saltimbanque, — dans l’argot des faubouriens.

Saluade

(d’Hautel, 1808) : Une grande saluade. Pour dire une révérence profonde et affectée.

Saluer

(Rigaud, 1881) : Baisser la tête sous le feu des projectiles. (L. Larchey)

Saluer le public

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des comédiens, ces gladiateurs de l’Art. C’est un ressouvenir de l’Ave, Cæsar, morituri te salutant.

Salutations à cul ouvert

(Rigaud, 1881) : Salutations prolongées, salutations cérémonieuses.

Sandales

(Halbert, 1849) : Souliers.

Sandwich

(Fustier, 1889) : Le mot date de 1884, époque à laquelle on vit à Paris, pour la première fois, de pauvres diables se promener, moyennant une modique rétribution, sur les boulevards et dans les endroits les plus fréquentés avec deux grandes pancartes, fixées l’une sur la poitrine et l’autre sur le dos, pancartes sur lesquelles sont collées des réclames de maisons de commerce. Le mot est assez bien trouvé et la comparaison serait encore plus juste si les malheureux qui exercent cette industrie n’étaient hâves et déguenillés et ne rappelaient qu’approximativement le gros jambon placé entre les deux tartines beurrées qu’aimait si fort le comte Sandwich.

On s’amusa d’abord des sandwiches qui déambulaient mélancoliquement, à la file indienne, enserrés dans des espèces de carapaces couvertes de réclames bariolées.

(Dix-neuvième siècle, décembre 1886.)

Sang

(d’Hautel, 1808) : Qui perd son bien perd son sang. Signifie que perdre sa fortune, c’est en ce bas monde, perdre estime, considération amitié ; enfin tout ce qui peut rendre la vie agréable.
Avoir du sang aux ongles. Pour, avoir du courage, de la bravoure de l’honneur.

Sang (coup de)

(Rigaud, 1881) : Coup de cent points au piquet lorsqu’on compte cent avant de jouer ou en jouant la première carte. Calembour à la portée des joueurs.

Sang (se faire du)

(Rigaud, 1881) : C’est-à-dire se faire du mauvais sang, s’inquiéter.

Sang de bœuf

(Fustier, 1889) : Saladier de vin chaud. Argot du peuple.

Assise à une table graisseuse, vis-à-vis d’un homme en accroche-cœurs, elle aspire les parfums grossiers d’un saladier de vin chaud, d’un sang de bœuf, comme cela s’appelle là-bas.

(Événement, septembre 1885.)

(La Rue, 1894) : Saladier de vin chaud.

Sang de navet

(Virmaître, 1894) : Homme sans courage, qui n’a pas de sang dans les veines. On dit également :
— Il a les foies blancs (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Celui qui n’est pas brave à du sang de navet ou le foie blanc.

Sang de poisson

(Delvau, 1867) : s. m. Huile, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Huile, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Huile.

Sangle

(d’Hautel, 1808) : Un négociant marchand de sangles. Expression dérisoire pour dire un portefaix, un artisan qui vit à la sueur de son corps ; un courtier qui fait toutes sortes de commerces sans avoir un pouce de marchandise.

Sanglé

(Delvau, 1867) : adj. À court d’argent.

Sangler

(d’Hautel, 1808) : Serrer quelqu’un avec une sangle ; le comprimer à lui faire perdre la respiration. Signifie aussi flanquer, appliquer.
Sangler des coups de fouet à quelqu’un. Le fustiger violemment.
On dit aussi d’un homme qui a perdu son procès, ou qui a essuyé quelque grand dommage, qu’Il a été sanglé d’importance.

(Delvau, 1867) : v. a. Réprimander vertement, et même Battre.

(Delvau, 1867) : v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Sauter.

Sangler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se priver de quelque chose au profit de quelqu’un, par exemple, se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une maîtresse.

Sangler une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, la frapper à coups de queue sans qu’elle s’en fâche.

Il demande grâce pour avoir sanglé cette fille.

St Amand.

Sanglier

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Confesseur, celui qui accompagne le condamné à l’échafaud.

(Bras-de-Fer, 1829) : Confesseur.

(Larchey, 1865) : Prêtre. — Calembour. — C’est le sans-glier, le sans-diable (Glier représente le diable dans le vieil argot. V. Vidocq). Allusion à la mission divine du prêtre qui est de réconcilier les condamnés avec le ciel. V. Hariadan, Cuisinier.

(Delvau, 1867) : s. m. Prêtre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Prêtre. Le sanglier est sauvage ; le prêtre vit retiré du monde comme le sanglier au fond des forêts.

(La Rue, 1894) : Prêtre.

(Virmaître, 1894) : Le prêtre. Pourquoi ? Le prêtre n’a pourtant rien du sanglier, ni les allures, ni la rudesse, car il ne tient pas tête à ceux qui le combattent (Argot des voleurs).

Sanglier (le)

(Halbert, 1849) : Le prêtre.

Sangsue

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse qui ruine son amant par ses prodigalités ; neveu qui tire à boulets rouges sur la cassette avunculaire. Argot du peuple.

Sangsue (poser une)

(Rigaud, 1881) : Corriger sur le marbre pour un compagnon absent, — dans le jargon des typographes. (Boutmy.)

(Boutmy, 1883) : Corriger sur le marbre pour un compagnon absent. Cette locution pittoresque rappelle la faculté que possède cette hirudinée de se fixer, de se coller à la peau de l’homme ou des animaux. Peut-être encore vient-elle de ce que certains corrigeurs comptent à leurs camarades plus de temps qu’ils n’en ont passé et jouent alors à l’égard de ceux-ci le rôle de sangsues.

Sangsurer

(Delvau, 1867) : v. a. Faire de nombreuses saignées à la bourse de quelqu’un, — dans l’argot des ouvriers, pour qui les parasites sont des sangsues. Se sangsurer. Se ruiner pour élever un enfant ou pour entretenir une drôlesse.

Sans

(d’Hautel, 1808) : Cela s’en va sans dire. Locution vicieuse et barbare, pour dire cela est évident, ne souffre nulle difficulté.

Sans beurre

(Rigaud, 1881) : Chiffonnier aristocrate.

Sans blague

(Virmaître, 1894) : C’est vrai, je ne mens pas (Argot du peuple).

Sans camelotte ou Solliceur de Zif

(Rigaud, 1881) : Escroc qui se fait avancer de l’argent sur une marchandise imaginaire, sur une marchandise qu’il ne livrera jamais.

Sans canne (être)

(Delvau, 1867) : En rupture de ban, — dans le même argot [des voleurs].

Sans chasses

(Larchey, 1865) : Aveugle. — Sans condé : Clandestinement, sans permission du condé. — Sans-cœur : Usurier. Sans-culotte : Républicain de 1793, dont les jambes dédaignaient les culottes courtes pour se perdre dans un large pantalon.

Allez-vous encore me traiter de sans-culotte ?

H. Monnier.

Vous voyez comme il méprise la sans-culotterie.

C. Desmoulins, 1790.

Sans Condé

(Rigaud, 1881) : Clandestinement, sans autorisation, sans permission. Pour tenir un jeu dans une foire, il est besoin d’une permission, d’un condé, ainsi nommée parce qu’elle émane ordinairement du préfet de police, le Grand-Condé, ou du maire, Condé.

Sans dos

(Delvau, 1867) : s. m. Tabouret, — dans l’argot des faubouriens.

Sans feuille

(Rigaud, 1881) : Gibet, — dans l’ancien argot.

Sans secousse

(Rossignol, 1901) : Celui qui ne se, presse jamais ou qui ne fait jamais un mouvement plus vite qu’un autre est un sans secousse.

Sans-beurre

(Delvau, 1867) : s. m. Chiffonnier, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Chiffonnier en gros.

Sans-bout

(Delvau, 1867) : s. m. Cerceau, — dans l’argot des voleurs.

Sans-chasses

(Delvau, 1867) : s. m. Aveugle.

Sans-cœur

(Delvau, 1867) : s. m. Usurier, — dans l’argot des fils de famille.

(Rigaud, 1881) : Usurier, Gobseck de prison.

Sans-culotte

(Delvau, 1867) : s. m. Républicain, — dans l’argot des bourgeois, pour qui Terreur est inséparable de République.

Sans-culotterie

(Delvau, 1867) : s. f. Doctrine des sans-culottes. Le mot est de Camille Desmoulins. On dit aussi Sans-culottisme.

(Rigaud, 1881) : Secte des sans-culottes, patriotes terroristes.

Trop heureux si ma mort pouvait être utile à la sans-culotterie.

(Père Duchêne.)

Sans-dos

(Larchey, 1865) : Tabouret. — Sans gêne : Indiscret.

Malvina trouva d’abord que ce monsieur était un sans-gêne.

L. Reybaud.

Sans-loches : Sourd. — Sans-le-sou : Pauvre.

Farnèse fit un mouvement de rien, elle avait senti le sans-le-sou.

Jaime.

Sans-feuille

(Delvau, 1867) : s. f. Potence, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : La potence (Argot des voleurs).

Sans-gêne

(Delvau, 1867) : s. m. Homme indiscret, mal élevé, — dans l’argot des bourgeois.

(Virmaître, 1894) : Indiscret, mal élevé. Cracher par terre dans un salon, ôter ses bottes dans un wagon, se moucher avec ses doigts (Argot du peuple).

Sans-le-sou

(Delvau, 1867) : s. m. Artiste, ou Homme de lettres, — dans l’argot des petites dames.

Sansonnet

(Rigaud, 1881) : Mentula, — dans le jargon des barrières.

(Fustier, 1889) : Gendarme. Argot des rôdeurs de barrière.

(La Rue, 1894) : Gendarme.

Santache

(Rigaud, 1881) : Santé, — dans l’argot des voleurs. — Et cette santache, comment que ça boulotte ? Et cette santé, comment va-t-elle ?

Santarelle (faire une)

(Fustier, 1889) : Argot des grecs. Lancer à son partenaire les cartes aussi haut que possible afin de pouvoir jeter un coup d’œil en dessous, ce qui permet de les voir et de jouer en conséquence.

Santé

(d’Hautel, 1808) : Il jouit d’une parfaite santé. Locution équivoque et satirique, pour dire qu’un homme est simple d’esprit ; qu’il est dénué d’intelligence, de finesse, qu’il n’a pas même le sens commun.

Santer

(La Rue, 1894) : Puer. Dérober, filouter. Voler son complice.

Santre

(Clémens, 1840) : Nom.

Santu

(anon., 1827) : Santé.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Santé

(Bras-de-Fer, 1829) : Santé.

(Rigaud, 1881) : Santé.

Saoulle (la)

(Halbert, 1849) : Homme qui déplaît : terme de mépris employé particulièrement en prison.

Sap

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Sapin, cercueil, — dans l’argot des voyous. Taper dans le sap. Être mort et enterré, — dormir du dernier somme. M. Louis Festeau, qui a chanté tout, a naturellement consacré quelques loisirs de sa muse au Sap :

Avant d’être mis dans le sap,
Vous voulez, orné de lunettes,
Me décalquer de pied en cap.

Sapajou

(Delvau, 1867) : s. m. Galantin, suborneur en cheveux gris, — dans l’argot des harengères, qui sont plus « fortes en gueule » qu’en histoire naturelle.

Sapajou (vieux)

(Rigaud, 1881) : Vieux libertin, vieillard aussi obscène qu’un singe.

Sapé

(Virmaître, 1894) : Condamné. Allusion au bûcheron qui, de sa cognée, sape un arbre (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Condamne.

(Hayard, 1907) : Condamné.

Sapement

(Rigaud, 1881) : Condamnation. — dans le jargon des voleurs. — Sapement à cinq longes de dure, condamnation à cinq ans de travaux forcés.

(Virmaître, 1894) : Jugement (Argot des voleurs). V. Sapé.

(Rossignol, 1901) : Condamnation.

(Hayard, 1907) : Jugement.

Saper

(Rigaud, 1881) : Condamner. — Saper au glaive, condamner à mort.

(La Rue, 1894) : Condamner. Sapement, condamnation. Sapeur, juge.

Sapeur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui ne respecte rien, — dans l’argot des bourgeoises, qui n’aiment pas les gens barbus. D’où la fameuse chanson à la mode :

Rien n’est sa..a..cré pour un sapeur !

(Rigaud, 1881) : Cigare presque entier, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : V. As de pique.

Sapin

(d’Hautel, 1808) : Cela sent le sapin. Se dit par plaisanterie d’une personne foible et cacochyme, que le rhume fait beaucoup tousser ; pour faire entendre qu’elle menace ruine, qu’elle approche de sa fin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Garde-chasse, garde-forestier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Gendarme.

(Larchey, 1865) : Fiacre. — Sa caisse est en bois. — Le mot n’est pas nouveau. Nous le trouvons dans un pamphlet légitimiste de la révolution de 89 (l’Apocalypse).

M. Desmoulins, l’abbé Noël, MM. de Beaumont et Keralio avaient loué pour toute la soirée un sapin national pour se faire voir dans la promenade.

(Delvau, 1867) : s. m. Fiacre, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces voitures-là ne sont pas construites en chêne.

(Delvau, 1867) : s. m. Cercueil de pauvre. Sentir le sapin. Être atteint d’une maladie mortelle.

(Delvau, 1867) : s. m. Plancher ; grenier, — dans l’argot des voleurs. Sapin de muron. Grenier à sel. Sapin des cornants. La terre, — plancher des vaches.

(La Rue, 1894) : Fiacre. Cercueil. Plancher. Grenier.

(Virmaître, 1894) : Sentir le sapin. Être sur le point de mourir. Sapin : cercueil. Sapin : plancher (Argot du peuple et argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Fiacre.

Sapin (redingote de)

(Rigaud, 1881) : Cercueil. Il est sorti de chez lui, les pieds devant, dans une bonne redingote de sapin.

Sapin (sonner le, sentir le)

(Rigaud, 1881) : Être bien malade. Mot à mot : sentir le bois avec lequel on fait les cercueils du pauvre.

Elle avait un fichu rhume qui sonnait joliment le sapin.

(E. Zola)

Sapin des cornants

(Rigaud, 1881) : Pré, champ, — dans l’ancien argot ; c’est le mouchoir à bœufs de nos jours.

Sapin, sap

(Larchey, 1865) : Cercueil de sapin.

Avant d’être mis dans le sap,
Vous voulez, orné de lunettes,
Me décalquer de pied en cap.

Festeau.

Sapin. Sap

(Rigaud, 1881) : Fiacre, voiture de place.

Sapinière

(Delvau, 1867) : s. f. La fosse commune, exclusivement réservée aux cercueils de sapin. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Fosse commune.

(La Rue, 1894) : Fosse commune.

Sapins

(anon., 1827) : Planches.

(Bras-de-Fer, 1829) : Planches.

(Halbert, 1849) : Planches.

Sapins du muron

(Halbert, 1849) : Grenier à sel.

Saqué

(Virmaître, 1894) : On m’a dit de passer au bureau pour y régler mon compte. L’expression vient des corporations où les ouvriers fournissent leurs outils ; ils les mettent généralement dans un sac ; quand ils quittent l’atelier, ils les remportent ; ils reprennent leur sac ; de là, saqué (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Renvoyé. L’employé ou ouvrier renvoyé de chez son patron a été saqué. Une femme qui a renvoyé son amant, l’a saqué.

Saquet

(Delvau, 1867) : s. m. Secousse, — dans l’argot du peuple. Le vieux français avait Saquer, tirer l’épée.

Sardine

(Rigaud, 1881) : Galon de caporal, galon de sergent.

(Merlin, 1888) : Galon d’or pour sous-officiers.

Sardines

(Larchey, 1865) : Galons du grade de sous-officier. — Allusion de forme et d’éclat.

L’un portait la sardine blanche, L’autre le jaune baudrier.

Nadaud.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Galons de laine ou d’or aux manches de l’uniforme, — dans l’argot des soldats. Sardines blanches. Galons de gendarme, ou d’infirmier militaire.

(La Rue, 1894) : Galons de sous-officier. Doigts.

Sardines (serrer les cinq)

(Rigaud, 1881) : Serrer la main.

Sarrasin

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui consent à travailler au-dessous du tarif. Argot des typographes. On dit aussi Faux frère.

(Rigaud, 1881) : Gâte-métier, — dans le jargon des typographes ; ouvrier qui travaille à prix réduit, ouvrier qui ne fait pas partie de la société des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. m. Ouvrier qui travaille en mise-bas, et, par extension, compositeur qui ne fait pas partie de la Société typographique. Cette expression vient sans doute de ce que les Sarrasins sont des infidèles.

Sarrasinage

(Boutmy, 1883) : s. m. Action de sarrasiner.

Sarrasiner

(Boutmy, 1883) : v. intr. Faire le sarrasin.

Sarrazin

(Virmaître, 1894) : Les ouvriers typographes qui travaillent au-dessous du tarif réglé par la Société et qui sont souvent la proie du syndicat, lequel les considère misérablement (Argot d’imprimerie).

Sarrazineur

(Virmaître, 1894) : Ouvrier qui va d’un atelier à un autre, suivant sa fantaisie ou les exigences du travail (Argot d’imprimerie).

Sarreau

(Halbert, 1849) : Chemise de prison.

Sas

(d’Hautel, 1808) : Passer au gros sas. Pour dire faire quelque chose avec peu de soin, grossièrement et sans délicatesse.

Satin

(La Rue, 1894) : Tribade. V. Gougnotte.

Satisfaire (se)

(Fustier, 1889) : Aller à la selle. — Copulare.

Sa faim charnelle lui permettait d’accepter les rebuts de l’amour. Il y avait même des soirs où, sans le sou, et par conséquent sans espoir de se satisfaire…

(Huysmans : À vau-l’eau.)

Satisfaire son gout

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, ou enculer un homme, selon qu’on est conformiste ou non conformiste en amour.

Il aime par-dessus tout,
La volupté roturière…
Pour satisfaire son goût
Il faut une couturière.

Ém. De La Bédollière.

Satisfaire un homme

(Delvau, 1864) : Le branler, ou se laissent baiser par lui — ce qui, en effet, le comble de satisfaction.

Chez ce libertin cagot
Qu’j’ai tant d’ mal à satisfaire,
Je suis entré pour tout faire ;
Aussi j’y fais mon magot.

J. Poincloud.

Satisfaire une femme

(Delvau, 1864) : La baiser de façon qu’elle ne réclame pas, — à moins qu’elle ne soit trop gourmande.

Des houris toujours belles,
Qu’on satisfera bien,
Et qui, toujours pucelles,
N’arrêteront sur rien.

Collé.

Satisfait

(Larchey, 1865) : Député conservateur, satisfait de l’ordre de choses.

(Delvau, 1867) : s. m. Député conservateur, ami quand même du gouvernement du moment — et des gouvernements avenir. Argot des journalistes.

Satou

(anon., 1827) : Bois, forêt.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bois.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bois, forêt.

(un détenu, 1846) : Bois, bâton.

(Halbert, 1849) : Bois, forêt, bâton.

(Larchey, 1865) : Bois. — Satousier : Menuisier (Vidocq). Du vieux mot Satou : Bâton. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. m. Bois débité, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Bâton.

(Rigaud, 1881) : Matériel de saltimbanque : décors, planches, toiles, etc.

(Virmaître, 1894) : Bâton (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Bois.

Satousier

(Delvau, 1867) : s. m. Menuisier.

Satout

(M.D., 1844) : Baton.

Satte, satou

(La Rue, 1894) : Bois. Satousier, menuisier.

Satyriasis (le)

(Delvau, 1864) : L’hystérie des hommes, comme l’hystérie est le Satyriasis des femmes, c’est-à-dire que ceux et celles qui en sont possédés ne font Autre chose dafia la vie que de baiser ou d’essayer de baiser.

Ces abbés poupins et débauchés, ces fléaux de la virginité, seront condamnés à un satyriasis éternel.

A. Dulaurens.

Sauce

(d’Hautel, 1808) : Gâte-sauce. Mauvais traiteur, mauvais cuisinier.
Donner une sauce à quelqu’un. Pour le gronder, le gourmander, lui faire de vifs reproches.
Mettre quelqu’un à toute sauce. Le faire passer des plus grands emplois aux plus petits ; l’employer de toutes sortes de manières.
Il n’est sauce que d’appétit. Pour dire que le bon appétit fait le bon cuisinier ; que tout semble bon lorsqu’on a faim.
On ne sait à quelle sauce le mettre. Se dit en parlant d’un homme qui n’est propre à rien ; qu’on ne sait à quoi employer

(Delvau, 1867) : s. f. Correction ou simplement Réprimande, — dans l’argot du peuple. Gare à ta sauce ! Prenez garde à ce qui va arriver de fâcheux. Gober la sauce ! Être puni pour les autres ; recevoir la correction, la réprimande méritée par d’autres.

(Rigaud, 1881) : Réprimande. — Sauce poivrade, très forte semonce.

(La Rue, 1894) : Correction. Forte pluie. Clique, bande.

Saucé

(Larchey, 1865) : Mouillé jusqu’aux os. — Donner une sauce : Gronder. — Connus dès 1808.

Sauce (allonger la)

(Rigaud, 1881) : Ajouter de l’eau dans le pot-au-feu, dans un ragoût.

Saucé (être)

(Delvau, 1867) : Recevoir la pluie. On dit aussi Être rincé et Être trempé.

Sauce d’amour

(Delvau, 1864) : Le sperme.

Il lui faut un gros vit, et lequel soit toujours
Bien roide et bien fourni de la sauce d’amour.

Théophile.

Sauce tomate

(Rigaud, 1881) : Menstrues, — dans le jargon des filles.

Sauce-là, on mangerait son père (à cette)

(Rigaud, 1881) : Sauce succulente. Expression des gastronomes pour qui rien n’est sacré hormis la bonne chère.

Sauce, Saucée

(Rigaud, 1881) : Pluie, forte pluie, — dans le jargon du peuple. — Il va tomber de la sauce.

Saucer

(d’Hautel, 1808) : Saucer quelqu’un. Pour dire le gronder, lui donner une mercuriale ; le réprimander d’une manière vive et sensible.

(d’Hautel, 1808) : Être saucé. Pour mouillé, traversé par la pluie, surpris par un orage.
Saucer quelqu’un dans la boue, dans le ruisseau. Pour, le trainer dans la boue, dans le ruisseau ; le traiter durement, avec le plus grand mépris.

(Delvau, 1867) : v. a. Réprimander. On disait autrefois Faire la sauce à quelqu’un.

(Rossignol, 1901) : Voir rouscailler.

Saucier

(Rigaud, 1881) : Cuisinier chargé de la confection des sauces dans les grands restaurants.

Celui-là est l’artiste de la maison.

(Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867.)

Saucisse

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

N’est-ce pas user d’artifice
Pour avoir un plaisir plus cher,
À Margot d’avoir la saucisse
Et le vit du fils d’un boucher ?

Théophile.

(Rigaud, 1881) : Fille publique, — dans le jargon des voyous. — Saucisse plate, fille publique très maigre.

(La Rue, 1894) : Fille publique (fille de la sauce ou clique).

(Rossignol, 1901) : Naïf.

Que tu es saucisse de croire toutes ces naïvetés.

Saucisse municipale

(Delvau, 1867) : s. f. Viande empoisonnée que l’on jette dans les rues pour détruire les chiens errants non muselés.

(Rigaud, 1881) : Boulettes empoisonnées que la municipalité faisait jeter dans les rues de Paris pendant les grandes chaleurs pour détruire les chiens errants. Les boulettes municipales ont disparu du jour où est né l’impôt sur les chiens. Aujourd’hui ces intéressants quadrupèdes sont, en raison de leur qualité de contribuables, bien mieux vus que beaucoup de gens qui ne payent aucune espèce de contributions.

Saucisse plate

(Rossignol, 1901) : Une femme mince qui a peu de formes ressemble à une saucisse plate.

Saucisson de Bologne

(Rigaud, 1881) : Personne courte et grosse. La variante donne : Saucisson à pattes.

Sauf

(d’Hautel, 1808) : Sauf le respect de la compagnie ; sauf votre respect ; sauf le respect que je vous dois. Ces locutions sont fort usitées parmi le vulgaire pour excuser quelque paroles sales ou déshonnêtes, que l’on se permet en parlant à quelqu’un d’un rang distingué.

Saumon

(Rigaud, 1881) : Personne riche décédée, — dans le jargon des croque-morts qui appellent merlans les trépassés de peu d’importance.

(Virmaître, 1894) : Homme riche.
— Emballons le saumon avec précaution ; il y a du pèze (Argot des croquemorts).

(Hayard, 1907) : Personne riche.

Saumurien

(Fustier, 1889) : Elève de l’École de Saumur.

Tout Saumurien qui se respecte ne lit que le Figaro, l’Union et la Gazette de France.

(Nos farces à Saumur.)

Saupoudrer

(d’Hautel, 1808) : Poudrer de sel ou de poudre ; et non soupoudrer, comme on le dit habituellement.

Saut

(d’Hautel, 1808) : Prendre quelqu’un au saut du lit. Pour dire au sortir du lit.

Saut de cou

(Virmaître, 1894) : Foulard (Argot des voleurs).

Saute-au-krack

(Virmaître, 1894) : Surnom donné aux filles publiques audacieuses (Argot des souteneurs).

Saute-mouton

(Delvau, 1867) : s. m. Jeu d’enfants qui consiste à sauter les uns par-dessus les autres. On dit aussi Faire un saute-mouton ou Jouer à saute-mouton.

Saute-mouton (le coup du)

(Virmaître, 1894) : Ce sont les remisiers pour dames (les tripoteuses du marché des pieds humides) qui le pratiquent. La joueuse vend mille francs de rente. Le remisier pour dames exécute cet ordre ; il vend immédiatement, mais il attend la fermeture de la Bourse pour en informer sa cliente. S’il y a baisse, comme il a vendu ferme, il encaisse tranquillement la différence ; si la rente reste au même taux, il lui raconte qu’il y a écart de deux ou trois centimes ; dans tous les cas elle est volée (Argot des boursiers). N.

Saute-rondelles

(Virmaître, 1894) : V. Fafioleur.

Saute-rondolles

(Halbert, 1849) : Agent de change, banquier.

(La Rue, 1894) : Banquier.

Saute-ruisseau

(Delvau, 1867) : s. m. Petit clerc. C’est le trottin de l’avoué, comme le trottin est le saute-ruisseau de la modiste.

(Virmaître, 1894) : Petit clerc d’huissier ou de notaire qui porte à domicile les pièces de l’étude (Argot du peuple).

Sautenses (des)

(M.D., 1844) : Des puces.

Sauter

(d’Hautel, 1808) : Faire sauter les miettes. Manger avec un grand appétit, avec avidité, mettre les morceaux doubles.
Reculer pour mieux sauter. Temporiser, éviter momentanément un malheur qu’on ne peut fuir, et dont tôt ou tard on doit être victime.
Cela le fera sauter au plancher, le fera sauter comme un crapaud. Pour exprimer le mécontentement que quelqu’un manifestera, en apprenant une nouvelle.
Faire sauter quelqu’un. Pour dire le supplanter, lui ravir son emploi, ou le bénéfice qu’il attendoit ; son salaire.

(anon., 1827) : v. a. Voler.

(anon., 1827) : v. n. Puer.

(Bras-de-Fer, 1829) : v. a. Voler.

(Bras-de-Fer, 1829) : v. n. Puer.

(Halbert, 1849) : v. a. Voler.

(Halbert, 1849) : v. n. Puer.

(Larchey, 1865) : Cacher un produit de vol à ses complices. — Sauter à la capahut : Assassiner un complice pour enlever sa part (Vidocq). V. Capahuter, Pas.

(Delvau, 1867) : v. n. Cacher le produit d’un vol à ses complices, — dans l’argot des prisons. Sauter à la capahut. Assassiner un complice pour lui enlever son fade.

(Rigaud, 1881) : Sentir mauvais.

Sauter (faire)

(Delvau, 1867) : Dérober, chiper et même Voler. Argot des faubouriens. D’où Faire sauter la coupe au jeu.

Sauter à la capahut

(Virmaître, 1894) : Tuer un complice pour ne pas lui donner sa part de vol. C’est un fait assez rare, car chez les voleurs il existe une sorte de probité que l’on ne trouve pas chez certains qui se disent honnêtes gens (Argot des voleurs).

Sauter à la perche

(Delvau, 1867) : v. n. Ne pas savoir où manger, — dans l’argot des faubouriens, par allusion aux efforts souveat vains des singes de bateleurs pour atteindre les friandises placées à l’extrémité d’un bâton.

(Virmaître, 1894) : Avoir très faim. En ce cas on est plus léger que de coutume et on peut sauter facilement. Synonyme de : je m’enlève (Argot du peuple). N.

Sauter la banque (faire)

(Rigaud, 1881) : Gagner l’enjeu qui constitue la banque, soit au baccarat, soit à la roulette ou au trente-et-quarante ; c’est le rêve de tous les joueurs.

Sauter la cervelle (se faire)

(Virmaître, 1894) : V. Bataille des jésuites.

Sauter la cervelle au plafond (se faire)

(Rigaud, 1881) : Se livrer à l’onanisme.

Sauter le bas-flanc

(Rigaud, 1881) : Sauter le mur de la caserne pour aller passer la nuit en ville, — dans le jargon des régiments de cavalerie.

Sauter le pas

(Delvau, 1867) : v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu, — en parlant d’une jeune fille qui se laisse séduire. On dit aussi La sauter.

(La Rue, 1894) : Faire faillite. Mourir. Dire adieu à la vertu.

Sauter le pas, Faire le saut

(Rigaud, 1881) : Faire faillite. — S’enfuir. — Mourir.

Sauter sur le casaquin

(Rigaud, 1881) : Tomber à l’improviste à coups de poing sur quelqu’un.

Sauter, Faire le saut

(Rigaud, 1881) : Faire danser l’anse du panier au vol, — dans le jargon des voleurs. — S’approprier les droits d’auteur d’un vol fait en collaboration. — Filouter ; l’expression, prise dans ce dernier sens, date du XVIIe siècle. — Pour une jeune fille, faire le saut, c’est sauter à pieds joints sur la vertu, c’est prendre un amant ; allusion au saut de Leucade d’où s’élançaient les femmes tourmentées par l’amour.

Sauterelle

(Larchey, 1865) : Puce (id.). — Ses sauts sont connus.

(Delvau, 1867) : s. f. Puce, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite dame, — dans l’argot des gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N. Roqueplan. C’est un des plus heureux qu’on ait inventés jusqu’ici pour désigner ces femmes maigres qui s’abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.

(Rigaud, 1881) : « On appelle ainsi (dans les magasins de nouveautés) les femmes qui font plier et déplier vingt ballots sans acheter. » (L. Noir.) — Exécuter une sauterelle, se débarrasser d’une femme qui n’a envie de rien acheter.

(Rigaud, 1881) : Sauteuse. Puce.

(Merlin, 1888) : Caleçon.

Sauterie

(Delvau, 1867) : s. f. Danse, — dans l’argot du peuple.

Sauteron

(Rigaud, 1881) : Banquier, changeur, — dans le jargon des voleurs qui savent que certains banquiers, certains changeurs, exécutent des sauts prodigieux sur la route de Belgique.

Sauteur

(d’Hautel, 1808) : C’est un habile sauteur. Se dit par ironie d’un fanfaron qui se vante de tout ce qu’il est incapable d’exécuter.

(Clémens, 1840) : Fripon.

(Larchey, 1865) : Voir Paillasse. — Sauteuse : Danseuse de théâtre. — Pris en mauvaise part.

(Delvau, 1867) : s. m. Filou.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme politique qui change d’opinion toutes les fois que cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple. Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.

(Rigaud, 1881) : Personnage politique dont les opinions sautent tantôt au nord, tantôt au sud, tantôt à l’est, tantôt à l’ouest, — Individu sur la parole duquel on ne peut se fier. — Drôle à qui la bonne foi est complètement inconnue.

Sauteuse

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Puce.

(Halbert, 1849) : Puce.

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse.

(Rigaud, 1881) : Drôlesse, voleuse.

(La Rue, 1894) : Puce.

(Virmaître, 1894) : Puce. Elle saute, en effet, sans cesse (Argot du peuple).

Sautu

(Halbert, 1849) : Santé.

Sauvage

(d’Hautel, 1808) : Un feu sauvage. Éruption boutonneuse qui se porte au visage des enfans.

(Larchey, 1865) : Nu.

Tu ne sais pas encore que s’habiller en sauvage, c’est vendre sa chemise.

Vidal, 1833.

(Delvau, 1867) : s. m. Garde national de la banlieue, avant 1870 — dans l’argot des faubouriens.

Sauvage (habillé en)

(Rigaud, 1881) : Habillé comme un sauvage qui n’est pas habillé du tout.

Sauvage (s’habiller en)

(Virmaître, 1894) : Être dans un costume primitif, n’avrir pas même la feuille de vigne si chère à M. Bérenger, le Caton moderne (Argot du peuple).

Sauvage (se mettre en)

(Delvau, 1864) : S’habiller tout nu, c’est-à-dire : se déshabiller ou ne pas s’habiller du tout.

Sauver

(d’Hautel, 1808) : Sauve qui peut ! Espèce d’exclamation, pour dire, se tire du péril qui pourra.

Sauver bien (se)

(Delvau, 1867) : Bien courir, — dans l’argot des maquignons, qui disent cela à propos des chevaux qu’ils essayent.

Sauver la caisse

(Larchey, 1865) : S’enfuir avec les fonds dont on est dépositaire. — Fort à la mode depuis le fameux mot de Bilboquet : Sauvons la caisse !

(Delvau, 1867) : v. a. Se sauver avec la caisse dont on est le gardien, — par allusion au mot d’Odry dans les Saltimbanques.

Sauver la mise à quelqu’un

(Delvau, 1867) : Lui éviter une humiliation, un ennui ; lui prêter à temps de l’argent. Argot du peuple.

Sauvette

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu d’enfants qui consiste à se sauver et ne pas se laisser attraper. On dit aussi Sauvinette.

(Delvau, 1867) : s. f. Mannette d’osier, — dans l’argot des chiffonniers.

(Rigaud, 1881) : Petit panier à chiffons, — dans le langage des chiffonniers.

(Fustier, 1889) : Argent.

Sauveur

(d’Hautel, 1808) : Après son Dieu, c’est son sauveur. Se dit par ironie de l’amitié, de la tendresse d’une personne pour une autre ; ou du penchant, de l’inclination que l’on a pour quelque chose : telle la passion qu’un joueur a pour le jeu, et un ivrogne pour le vin.

Savante en amour (être)

(Delvau, 1864) : Se dit de toute fille ou femme qui connaît les préceptes les plus secrets et les secrets les plus précieux de l’art d’aimer, et qui serait plutôt capable d’en enseigner à un homme que d’en apprendre de lui.

Une autre fille de son quartier, plus expérimentée que l’autre et qui, pour être un peu moins belle, n’en était pas moins savante et spirituelle en amour.

Mililot.

Savate

(Larchey, 1865) : « La savate, que l’on appelle aujourd’hui chausson par euphémisme, est la boxe française, avec cette différence que la savate se travaille avec les pieds, et la boxe avec les poings. » — Th. Gautier, 1845. — V. Arsouille.

(Larchey, 1865) : « Correction militaire appliquée par les soldats entre eux pour certains délits non justiciables d’un conseil. Le patient est étendu sur un banc, la chemise retroussée, et chaque soldat de la compagnie lui applique trois coups d’un soulier neuf et bien ferré. » La Caserne, par Vidal et Delmare, 1833.

(Delvau, 1867) : s. f. Boxe française, — « avec cette différence, dit Th. Gautier, que la savate se travaille avec les pieds et la boxe avec les poings. » (V. Chausson.)

(Delvau, 1867) : s. f. Correction militaire, qui consiste à fouetter le soldat coupable à tour de bras et de souliers. Le Conseil de guerre, on le devine, n’a rien à voir là dedans : c’est une petite justice de famille et de caserne.

(Delvau, 1867) : s. f. Ouvrage mal fait ; chose abîmée, gâchée, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Joueur malhabile. — Mauvais ouvrier. — Jouer comme une savate, jouer mal à un jeu d’adresse, jouer mal aux cartes. — Jouer comme une paire de savates, jouer très mal.

Savate (traîner la)

(Rigaud, 1881) : Traîner la misère. Variante : Traîner la groule.

Savater

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler sans soin, faire une chose à la hâte. On dit aussi Saveter.

Savatte

(d’Hautel, 1808) : Coup de savatte. Pour coups de pieds.
Se battre à coups de savatte. C’est-à-dire à coup de pied, à la manière des crocheteurs et des porteurs d’eau.

Saveter

(d’Hautel, 1808) : Sabouler, bousiller, gâter, machurer un ouvrage ; le faire malproprement et en dépit du sens commun.

Savetier

(d’Hautel, 1808) : C’est un véritable savetier. Se dit par mépris d’un mauvais ouvrier, d’un gâcheur d’ouvrage, d’un machurat ; d’un homme qui ne sait pas son métier.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais ouvrier ; homme qui fait une chose sans goût, sans soin, à la hâte.

Savoir

(d’Hautel, 1808) : Il sait plus que son pain manger. Pour dire, il a de l’expérience, il connoît l’usage du monde.
Il ne sait rien de rien. Pour, il n’a aucune connoissance de ce qui se passe.
Il ne sait ni a ni b. Se dit de quelqu’un qui est fort ignorant.
C’est un je ne sais qui. Se dit par mépris d’un homme obscur et de néant, d’un malôtru, d’un vaurien.
On dit également d’un objet quelconque dont on ne peut trouver le nom, c’est un je ne sais quoi.

Savoir (tu ne veux plus rien)

(La Rue, 1894) : Tu ne me connais plus (parce que tu es dans une position supérieure à la mienne).

Savoir ce que quelqu’un a dans le ventre

(Delvau, 1867) : Découvrir ses sentiments, ses projets ; connaître le faible et le fort de son caractère Argot des bourgeois.

Savoir de quoi il retourne

(Delvau, 1867) : Connaître l’état financier d’une maison, la situation morale d’une famille ; être au courant des affaires politiques et littéraires et savoir quel journal ce gros homme va fonder et quel ambassadeur on va envoyer en Prusse. Même argot [des bourgeois].

Savoir des poses

(Delvau, 1864) : Être experte dans l’art d’allumer les désirs libertins des hommes.

Il n’est poses qu’elle ne sache,
En débauche elle a de Carrache.
L’invention.

H. Raisson.

Savoir lire

(Larchey, 1865) : Connaître toutes les ruses (Vidocq).

(Delvau, 1867) : Connaître toutes les ruses du métier, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bien connaître le métier de voleur, avoir été reçu docteur ès-filouteries.

(La Rue, 1894) : Être habile, roué. Être un bon voleur.

(Virmaître, 1894) : Être au courant de toutes les ruses du métier. Connaître tous les trucs pour voler (Argot des voleurs).

Savon

(Larchey, 1865) : Réprimande sévère. On dit de même laver la tête pour réprimander quelqu’un.

(Delvau, 1867) : s. m. Réprimande, — dans l’argot des domestiques malpropres. Foutre un savon. Gronder, objurguer quelqu’un.

(Rigaud, 1881) : Semonce. — Recevoir un savon, être réprimandé. — Flanquer un savon, réprimander.

Savonnade

(d’Hautel, 1808) : Pour grande remontrạnce, correction,

Savonné

(Halbert, 1849) : Blanc.

(Larchey, 1865) : Blanc. — Ce qui est savonné est blanchi. — Pivois savonné : Vin blanc. V. Douille, Larton.

(Rigaud, 1881) : Blanc. — Artie savonné, pain blanc ; pivois savonné, vin blanc, — dans l’ancien argot.

Savonner

(d’Hautel, 1808) : Gourmander, houspiller, secouer, vespériser quelqu’un.

(Delvau, 1867) : v. a. Réprimander — et même Battre.

(Rigaud, 1881) : Voler. — Pavillon savonné, linge volé. — Savonner une cambuse, voler dans une chambre.

(Rigaud, 1881) : Tourmenter, taquiner, — dans le jargon du peuple. — Allusion au linge tourmenté par le savonnage. — La bourgeoise me savonne depuis hier que j’en suis bleu, ma femme me tourmente tellement depuis hier que j’en suis ahuri.

(Fustier, 1889) : Argot de chanteurs. Faire des ports de voix.

Mademoiselle S… a de l’habileté quoiqu’elle ait savonné certains traits.

(Liberté, 1882.)

(La Rue, 1894) : Voler. Tourmenter, taquiner. Réprimander fortement. Savonné, blanc.

Savonner une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, parce qu’ici le sperme sert de savon, ce qui fait qu’elles sont plus blanches que les hommes, au dire de Tabarin.

Et je lui donnerai une savonnade à laquelle son mari ne l’a pas habituée.

Seigneurgens.

Savonnette

(d’Hautel, 1808) : Une savonnette à vilain. On appeloit ainsi dans l’ancien régime, la charge par l’achat de laquelle un roturier se faisoit gentilhomme.

Savoyard

(Larchey, 1865) : Rustre.

En 1813, avec ces savoyards d’alliés.

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme mal élevé, brutal, — dans l’argot des bourgeois, injurieux envers les Allobroges.

(Rigaud, 1881) : Grossier personnage ; mal-appris.

Savoyarde

(Larchey, 1865) : Malle (Vidocq). — Le commissionnaire chargé de la porter est ordinairement Savoyard.

(Delvau, 1867) : s. f. Malle, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Malle. — Faire la savoyarde, voler les malles sur les voitures, dans les gares.

(La Rue, 1894) : Malle.

(Virmaître, 1894) : Malle. Allusion aux commissionnaires, tous savoyards pour la plupart, qui transportent les malles sur leur dos (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Malle.

Scalais

(La Rue, 1894) : Je monte.

Scarabomber

(Rigaud, 1881) : Étonner, stupéfier. — Scarabombe, étonnement, stupéfaction, — dans le jargon des voleurs.

Scène (être en)

(Rigaud, 1881) : Ne pas avoir de distractions, être tout à son rôle, — dans le jargon des coulisses.

Scène de l’absinthe (faire la)

(Delvau, 1867) : Jouer son verre d’absinthe avec un camarade, ou lui en offrir un. Argot des coulisses. On dit de même, à propos de toutes les consommations : Faire ou jouer la scène du cigare, du café, de la canette, etc.

Schabraque

(Merlin, 1888) : Femme laide ou de mauvaise vie.

Schabraque (vieille)

(Rigaud, 1881) : Invalide de la prostitution ; par allusion à la housse des chevaux de cavalerie.

Schaffouse

(Delvau, 1867) : s. m. Le derrière, parce qu’à la chute du Rein, — dans l’argot facétieux du peuple, qui connaît la géographie.

Schako

(Rigaud, 1881) : Tête, — dans le jargon du régiment.. — Son schako a un renfoncement, il est un peu fou.

Schelingophone

(Rigaud, 1881) : Derrière. À l’époque où le téléphone et le phonographe firent leur apparition, le schelingophone, a été imaginé pour propager dans les classes voyoucratiques l’amour de la désinence phone. — Enlever le schelingophone, donner du pied au derrière.

C’est moi, si eune dame m’parlait ainsi, que j’aurais vite fait d’i enlever le schelingophone, l’aller et le retour et train rapide !

(Grévin, Petit Journal pour rire, 1879.)

Schelinguer

(un détenu, 1846) : Puer de la bouche.

Schlague

(Delvau, 1867) : s. f. Correction brutale qu’un père donne volontiers à son enfant, un mari à sa femme, etc.

Schlaguer

(Delvau, 1867) : v. a. Corriger, battre. Encore un mot allemand, — schlagen.

Schlingoter

(Rossignol, 1901) : Qui sent mauvais.

Est-ce toi qui schlingotes, qui peux schlingoter ainsi.

Schlinguer

(Rossignol, 1901) : Voir schlingoter.

Schlof

(d’Hautel, 1808) : Faire schlof. Pour dire dormir ; se laisser surprendre par le sommeil. C’est une corruption du substantif allemand, schlaf, qui signifie le dormir, comme on dit en français le boire.

Schloffer

(Delvau, 1867) : v. n. Dormir, se coucher, — dans l’argot des faubouriens, qui ont appris cette expression dans la fréquentation d’ouvriers alsaciens ou allemands (schlafen). Ils disent aussi Faire schloff.

(Rigaud, 1881) : Dormir. — Germanisme.

(La Rue, 1894) : Dormir. Schlof, lit.

Schnapps

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie. — Germanisme.

(Fustier, 1889) : Eau-de-vie.

Schnic, Schnapps

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

Schnick

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Schnaps.

Schnick ou schnaps

(Merlin, 1888) : Eau-de-vie commune, qu’on appelle encore tord-boyaux, — dans l’argot du peuple. Schnaps vient de l’allemand.

Schnick, schnapps

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie.

Schniquer

(Delvau, 1867) : v. n. Se griser d’eau-de-vie.

Schniqueur

(Delvau, 1867) : s. m. Buveur d’eau-de-vie.

Schnoc

(Virmaître, 1894) : Quand on ne veut pas dire à un individu c-o-n pantoufle, on emploie cette expression qui est un terme de mépris : vieux schnoc (Argot du peuple). N.

Schnoffe (deux ronds de)

(Virmaître, 1894) : Deux sous de tabac à priser (Argot du peuple). N.

Schnouf

(Rossignol, 1901) : Coup, gifle.

Si tu ne restes pas tranquille, je vais te détacher un schnouf.

Celui qui a reçu un coup a reçu un schnouf.

Schphomme

(Virmaître, 1894) : Faire du tapage dans un endroit public (Argot du peuple).

Schpil, Schpile

(Rigaud, 1881) : Beau ; réussi, bien fait, — dans le jargon des ouvriers.

Schpiler

(Rigaud, 1881) : Réussir un ouvrage.

Schproum

(Rossignol, 1901) : Tapage, bruit.

On ne s’entend plus, avez-vous fini de faire du schproum !

(Hayard, 1907) : Bruit, esclandre.

Schproute (faire du)

(Rossignol, 1901) : Voir Schproum. Un voleur fait du schproute lorsque son sociable ne lui donne pas sa part d’un vol.

Schtar

(un détenu, 1846) : Cachot.

Schtard

(Rigaud, 1881) : Prison. — Schtard des poivrots, violon. — Schtard aux frusques, Mont-de-Piété. — Schtard des lascars, la Roquette. — Schtardier, prisonnier.

Schtard, jettard

(La Rue, 1894) : Prison.

Schtigner

(Virmaître, 1894) : Puer (Argot du peuple). N.

Schtoser (se)

(Rigaud, 1881) : Se soûler, — dans le jargon des voleurs.

Sciant

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyeux, — dans l’argot du peuple.

Scie

(d’Hautel, 1808) : Terme équivoque et satirique, qui signifie bernement, brocard, dérision, lardon, persiflage, sarcasme, gausserie.
Voilà la scie qui va. Se dit quand on se moque finement de quelqu’un.
C’est une scie de longueur. Pour dire que l’on se moque depuis long-temps de quelqu’un.
Scie se prend aussi pour ennuyeux, rude, pénible, épineux, obscur, embrouillé.
C’est une scie que cet ouvrage. Pour, c’est un ouvrage de patience, rude, embarrassant, ennuyeux.

(Larchey, 1865) : Tourment, mystification répétée d’autant plus de fois qu’elle paraît agacer l’auditeur. — Allusion à la scie qui revient toujours en grinçant sur elle-même.

Les femmes, c’est la scie pour les domestiques.

Ricard.

Les scies les plus farouches l’avaient trouvé inébranlable.

Murger.

(Delvau, 1867) : s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme légitime. Porter sa scie. Se promener avec sa femme au bras.

(Delvau, 1867) : s. f. Mystification, plaisanterie agaçante, — dans l’argot des artistes. Le chef-d’œuvre du genre, c’est :

Il était quatre jeunes gens du quartier,
Eh ! eh ! eh ! eh ! Ils étaient tous les six malades,
Ade ! ade ! ade ! ade ! On les mit tous sept dans un lit,
Hi ! hi ! hi f hi ! Ils demandèrent du bouillon,
On ! on ! on ! on ! Qui n’était ni salé ni bon,
On ! on ! on ! on ! C’est l’ordinair’ de la maison,
On ! on ! on ! on ! Ça commence à vous embêter,
Eh ! eh ! eh ! eh ! Et bien je vais recommencer,
Eh ! eh ! eh ! eh !

Et l’on recommence en effet jusqu’à ce que l’importun que l’on scie ainsi comprenne et s’en aille. Faire ou Monter une scie. Imaginer une mystification contre quelqu’un.

(Rigaud, 1881) : Ennui profond causé par un travail monotone, par un travail fait à contre-cœur. — Rengaine agaçante. — Monter une scie, faire des scies. Lucrèce a dit : Serrœ stridentis acerbus horror.

(Virmaître, 1894) : Femme légitime. Quand un ouvrier menuisier porte sa scie, les voyous lui disent :
— Tu trimballes la légitime.
Scier
quelqu’un : l’ennuyer, le raser (Argot du peuple).

Scié

(Boutmy, 1883) : s. f. Mystification ; plaisanterie agaçante. N’est pas particulier au langage des typographes. On appelait autrefois scie, dit Vinçard, ce qui sert à disposer les garnitures.

Science

(d’Hautel, 1808) : Il a plus de bonheur que de science. Se dit par ironie d’un homme qui réussit dans les choses qu’il ne connoît que médiocrement.

Sciencé

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, qui a du savoir, qui a reçu une bonne éducation, docte, érudit.

Scier

(d’Hautel, 1808) : Berner, railler, persifler, ridiculiser, turlupiner quelqu’un ; se divertir à ses dépens. Il signifie aussi ennuyer, excéder, importuner.
Tu me scie le dos avec une latte. Se dit trivialement à quelqu’un dont les discours ennuient, excèdent, ou que les avis importunent.

(Delvau, 1867) : v. a. Importuner, obséder sans relâche. On dit aussi Scier le dos.

(La Rue, 1894) : Ennuyer, fatiguer.

Scier du bois

(Delvau, 1867) : v. a. Jouer du violon ou de la contrebasse, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Jouer du violon, jouer du violoncelle.

Scier son armoire

(Virmaître, 1894) : Quand le contrebassiste, dans un orchestre, fait sa partie, les voyous disent :
— Il scie son armoire.
Allusion de forme (Argot du peuple). N.

Scier, scier le dos

(Larchey, 1865) : Tourmenter.

Pourquoi boire ? — Pour s’étourdir, pour oublier ce qui vous scie.

E. Sue.

Laisse-moi, Cadet, tu me scies.

Rousseliana, 1805.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer. — Fatiguer par des vexations, des bavardages.

Scieur

(d’Hautel, 1808) : Un scieur. Pour dire railleur, persifleur, qui se fait un jeu de berner les autres ; un conteur de fariboles, un Gascon.

Scieur de bois

(Delvau, 1867) : s. m. Violonniste ou contrebassiste.

(Rigaud, 1881) : Violoniste.

Scion

(Delvau, 1867) : s. m. Baguette et même Bâton, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : V. Lingre.

(Rossignol, 1901) : Couteau.

(Hayard, 1907) : Couteau.

Scion (coup de)

(Rigaud, 1881) : Coup de couteau, — dans le jargon des voleurs. — Scionneur, assassin qui travaille au couteau. Le scionneur est loin d’être un artiste en son genre. Il s’y prend à plusieurs fois. Son coup n’est pas, comme ils disent, un coup de surin de dab.

Scionner

(un détenu, 1846) : Assassiner avec un couteau.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre quelqu’un, le bâtonner.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Tuer à coups de couteau.

Nous ferons joliment notre beurre et tu pourras le scionner après.

(F. du Bois-gobey.)

(La Rue, 1894) : Tuer à coups de scion (couteau).

(Virmaître, 1894) : Tuer quelqu’un avec un couteau (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Frapper à coups de couteau.

Scionneur

(un détenu, 1846) : Assassin à coups de couteau.

(Larchey, 1865) : Voir escarpe.

(Delvau, 1867) : s. m. Meurtrier.

Scolo

(Fustier, 1889) : C’est ainsi que le peuple, à Paris, appelle l’enfant qui fait partie d’un bataillon scolaire. Scolo est d’un usage courant.

Vous connaissez les scolos, n’est-ce pas ? C’est ainsi que l’on nomme en langage populaire, les bataillons scolaires.

(Liberté, février 1886.)

Scorpion

(Fustier, 1889) : « On appelle ainsi, paraît-il, à l’école de la rue des Postes, les minorés qui suivent les cours des élèves. »

(Figaro, avril 1887).

Il a paru, en 1887, sous ce titre : Le Scorpion, un roman de M. Marcel Prévost.

Scouane

(Clémens, 1840) : Oreille.

Scouane, escouane

(La Rue, 1894) : Oreille.

Scribouillage

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais style, — style à la Scribe. Argot des gens de lettres.

Scrutin de ballottage (assister au)

(Rigaud, 1881) : Plonger un œil indiscret dans le corsage d’une femme qui, hélas ! n’a que trop de développement.

Sculpsit

(Delvau, 1867) : s. m. Sculpteur, — dans l’argot des artistes.

Sculpter une gueule de bois (se)

(La Rue, 1894) : S’enivrer.

Sculpture ronflante

(Delvau, 1867) : s. f. Sculpture tourmentée, colorée, entre la sagesse et l’exagération.

Se brosser le ventre

(Larchey, 1865) : Se brosser le ventre pour lui faire oublier l’heure du repas. Pris souvent au figuré.

Vous brosser le ventre faute d’un éditeur.

Commerson.

Dès 1808, on disait Ça fait brosse, pour :

Rien, pour toi ! tout est brossé.

d’Hautel.

Brosse pour lui ! Zut pour lui ! Fallait pas qu’y liche.

A. Dalès, Chanson.

Se camphrer

(Larchey, 1865) : S’adonner à l’eau-de-vie.

Se casser le nez

(Larchey, 1865) : Trouver porte close.

Se chiquer

(Rossignol, 1901) : Se battre.

Se coller

(Larchey, 1865) : Contracter un collage.

Julia : Qu’est-ce que va devenir Anatole ? — Amandine : Le monstre ! il est déjà collé avec Rachel.

Les Cocottes, 1864.

Se couper

(Larchey, 1865) : Se contredire, couper ses propres arguments.

Se cramper

(Larchey, 1865) : Se sauver (Vidocq). V. Pré.

Se culotter

(Larchey, 1865) : Se former, prendre une tournure décidée.

Voici un pied d’Andalouse, se dit-il à part lui, ceci est d’une bonne couleur, et ma passion se culotte tout à fait.

Th. Gautier, 1838.

Se débiner

(Larchey, 1865) : Disparaître.

Quant à moi, je maquille une aff après laquelle j’espère me débiner pour m’éloigner de la rousse.

Patrie du 2 mars 1852.

Se dégommer

(Larchey, 1865) : S’entre-tuer.

Napoléon, c’vieux grognard, D’ces jeux où l’on se dégomme En queuqu’s mots résumait l’art.

Festeau.

Se donner une culotte, se culotter

(Larchey, 1865) : Faire excès de boire ou de manger. — Donné déjà par le Dict. de Leroux, 1718. — Synonyme d’un terme fréquemment employé : S’en donner plein la ceinture.

Nous pouvons donc enfin nous culotter avec du vin du tyran.

Chenu.

Un ivrogne ferait bien mieux de s’acheter un pantalon que de se donner une culotte.

Commerson.

Culotte se prend au figuré pour tout autre excès

nous nous sommes donné une fameuse culotte monarchique et religieuse.

balzac.

Se faire des plumes

(Rossignol, 1901) : Se tracasser, s’ennuyer, se faire du mauvais sang.

Se faire taper dans les pattes

(Rossignol, 1901) : Il n’y a que les chattes qui se font taper dans les pattes.

Se fendre jusqu’à s’écorcher

(Larchey, 1865) : Pousser la prodigalité jusqu’au regret.

Cadet, tu te fends ; ça me flatte. Tu vas t’écorcher.

Cabassol.

Se fiche de sa fiole

(Rossignol, 1901) : Se moquer de quelqu’un est se fiche de sa fiole, sa figure.

Se fouiller

(Rossignol, 1901) : « Je compte sur de l’argent qui m’est du, mais je crois que je peux me fouiller. Je ne l’aurai pas. »

Se gaver

(Clémens, 1840) : Se griser.

Se l’appuyer

(Rossignol, 1901) : « J’ai faim, v’là un bon ragoût je vais me l’appuyer. » — « Ma voisine est une belle fille, je voudrais bien me l’appuyer. »

Se la briser

(Rossignol, 1901) : S’en aller.

Il est tard, je me la brise.

Se la couler douce

(Rossignol, 1901) : Travailler le moins possible ou ne faire que peu de chose est se la couler douce.

Se la donner

(Larchey, 1865) : S’enfuir.

Se la fouler

(Rossignol, 1901) : Se dépêcher.

Si le patron s’imagine que je vais me la fouler pour terminer ce travail, il peut se tâter.

Se les caler

(Rossignol, 1901) : Manger.

Il est midi, c’est l’heure de se caler les joues.

Se machaber

(Rossignol, 1901) : Se noyer, se tuer.

Se mettre à table

(Virmaître, 1894) : Dénoncer, manger sur le dos d’un complice (Argot des voleurs). V. Mouton.

(Rossignol, 1901) : Avouer, dénoncer.

Se mettre dans le bœuf

(Larchey, 1865) : Tomber dans une situation misérable. Allusion au bouilli qui représente le rôti des indigents. on lit dans une mazarinade de 1649

Auprès de la Bastille, Monsieur d’Elbeuf, Dans sa pauvre famille, Mange du bœuf, Tandis que Guénégaud Est à gogo.

Se mettre dans le toupet

(Larchey, 1865) : S’entêter à croire.

Et mosieu se fichera dans le toupet que tout sera dit.

Gavarni.

Se mettre la corde au cou

(Virmaître, 1894) : Se marier. Le peuple se souvient de la vieille chanson :

Pan, pan, mariez-vous,
Mettez-vous dans la misère ;
Pan, pan, mariez-vous,
Mettez-vous la corde au cou. (Argot du peuple).

Se mettre le doigt dans l’œil

(Rossignol, 1901) : Se tromper.

Se monter le cou

(Rossignol, 1901) : Se croire plus que l’on est. — « Je croyais qu’il m’aurait offert 200 fr. d’appointements par mois, je me suis monté le cou. » On dit aussi se monter le job.

Se monter le coup

(Larchey, 1865) : S’illusionner.

Se passer par le coco

(Larchey, 1865) : Manger. — Comparaison de l’estomac humain à celui du cheval et du perroquet. Les refrains connus de la Botte à Coco et de As-tu déjeuné, Coco, ont pu en donner l’idée à l’armée comme à la bourgeoisie.

Se patiner

(Rossignol, 1901) : Aller vite.

Je suis pressé, je vais me patiner.

Se payer un coup de veuve

(Virmaître, 1894) : S’offrir une satisfaction personnelle solitairement. La veuve, c’est madame Poignet. Quand un assassin lingre un pante, il s’offre un coup de veuve, seulement c’est Charlot qui opère à sa place, et la satisfaction n’est pas synonyme de jouissance (Argot du peuple). N.

Se peigner

(Larchey, 1865) : Se battre.

Puis nous nous peignons… On s’poche les yeux.

Le Gamin de Paris, chanson.

Se piquer le nez

(Rossignol, 1901) : S’enivrer.

Se poisser

(Larchey, 1865) : S’enivrer, boire trop de poissons.

Je ne voulais pas boire… mais quand j’ai vu qu’il allait se poisser, je l’ai aidé à vider les bouteilles : c’était pour le sauver.

La Correctionnelle.

Se ramasser

(Larchey, 1865) : Se relever après une chute.

Se rincer, s’affuter le sifflet

(Larchey, 1865) : Boire.

Là, plus d’un buveur bon apôtre, Venait se rincer le sifflet.

Colmance, Ch.

Faut pas aller chez Paul Niquet Six fois l’jour s’affuter le sifflet.

P. Durand, Ch. 1836.

Se rougir, se piquer le nez

(Larchey, 1865) : S’enivrer. — Un nez piqué rougit, et on sait qu’un nez rouge pronostique souvent l’ivresse.

Elle prend sa volée Pour se rougir le nez. De la Californie elle revient pompette.

Chansons, Guéret, 1851.

Qui ne s’est pas piqué le nez une pauvre fois dans sa vie ?

Grévin.

Se sucer la pomme ou la poire

(Rossignol, 1901) : S’embrasser.

Se torcher le cul

(Larchey, 1865) : Faire peu de cas.

Se trotter

(Rossignol, 1901) : Se dépêcher, s’en aller. — « Je suis en retard, je vais me trotter. » — « Que fais-tu la ? veux-tu te trotter. »

Seau

(d’Hautel, 1808) : Vaisseau propre à mettre de l’eau. Le peuple dit habituellement un siau, des siaux.

Seau (coup dans le)

(La Rue, 1894) : Coup manqué.

Seau (être dans le)

(Rigaud, 1881) : Être sorti pour cause de nécessités urgentes, — dans l’argot des soldats.

Sébasto

(Rossignol, 1901) : Synonyme de balloches ; c’est un diminutif de Sébastopol, et lorsque l’on dit boulevard Sébasto, c’est pour faire un jeu de mots en faisant allusion aux bastos à lui.

Sec

(d’Hautel, 1808) : Sec comme un pendu. Se dit d’un homme très maigre.
Être à sec. Manquer d’argent.
Mettre quelqu’un à sec. Lui gagner tout son argent, le ruiner.
Boire sec. Pour dire, boire beaucoup, et sans se griser.

(Delvau, 1867) : s. m. Élève qui a passé des examens de fin d’année déplorables. Argot des Polytechniciens. On dit aussi, mais moins : Fruit sec.

Sec (en cinq)

(Rigaud, 1881) : En cinq points, sans revanche ; terme des joueurs d’écarté.

Sec (être à)

(Rigaud, 1881) : Être sans le sou. Avoir la poche dans un état pareil au lit du Mançanarez.

Sec (faire)

(Rigaud, 1881) : Manquer de rafraîchissements, — dans le jargon du régiment. — Quand on a soif, il fait sec.

Il commence à faire sec ici, et on m’attend pour l’heure du bitter.

(Le Triboulet, du 9 mai 1880.)

Séché

(Virmaître, 1894) : Au lendemain d’une forte soulographie, l’ivrogne est séché (Argot du peuple).

Sèche

(d’Hautel, 1808) : Des sèches. Mot baroque et fort borné. Pour dire, des coquilles de noix, ou de tout autre fruit à amande, tels que les mendians, etc. ; rien du tout.
Il vit de sèches. Se dit par raillerie d’un homme qui n’a ni état, ni revenu et qu’on ne voit jamais manger ; pour faire entendre que l’on ne sait pas de quoi il peut exister.
Il mangera des sèches. Pour dire des coquilles de noix ; rien du tout ; il se passera de manger. Se dit d’une personne absente à qui l’on n’a rien gardé à table.

(Rigaud, 1881) : Cigarette.

(Merlin, 1888) : Voyez Sibiche.

(La Rue, 1894) : Cigarette. La mort. Piquer une sèche, ne savoir que répondre, faire une bévue, avoir une mauvaise note.

Séché (être)

(Delvau, 1867) : N’être plus gris, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Avoir échoué dans un examen définitif, en terme d’École.

(Rigaud, 1881) : Avoir cuvé son vin.

(Rigaud, 1881) : Subir une punition, — dans l’argot de Saint-Cyr.

Si, de leur temps, on avait marché de cette façon, l’École eût été séchée de sortie pour trois mois.

(Figaro, du 4 août 1880.)

(La Rue, 1894) : Échouer dans un examen. Être dégrisé. Subir une punition.

Sèche (la)

(Rigaud, 1881) : La mort, — dans le jargon des voleurs. — Être sec, être mort.

Sécher

(Delvau, 1867) : v. n. Être fruit sec, — dans l’argot des Polytechniciens.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer.

Voilà deux heures que vous séchez les ouvriers chez eux.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

On dit encore plus familièrement : Tu me sèches ta tata.

(Fustier, 1889) : Boire.

Sa plus grande privation était de ne plus pouvoir sécher une douzaine de bocks chaque soir.

(Figaro, 1882.)

Sècher

(La Rue, 1894) : Boire. Être en prison. Sécher l’école, ne pas y aller. Sécher un devoir, ne pas le faire.

Sécher le lycée

(Rigaud, 1881) : Aller flâner au lieu de se rendre au lycée. Il y a vingt ans c’était : tailler le collège, et au XVIIIe siècle, on disait : friper ses classes.

Sécher un devoir

(Rigaud, 1881) : Se dispenser de faire un devoir.

Sécher un litre

(Rigaud, 1881) : Boire un litre jusqu’à l’ultime goutte. — « La comtesse revient à son bureau, allume une bouffarde, sèche un litre. » (Idem.) On dit dans le même sens : Sécher une absinthe, un vermouth, etc.. etc.

Séchoir

(Rigaud, 1881) : Cimetière. L’humanité y sèche et s’y dessèche.

(Rossignol, 1901) : Cimetière.

Seco

(Rigaud, 1881) : Sec, maigre.

Sécot

(Larchey, 1865) : Maigre.

L’une est grasse, L’autre est secot.

Pecquet, Chansons.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme maigre et sec, — dans l’argot du peuple.

Secouer

(d’Hautel, 1808) : Secouer un malade. Le traiter avec des remèdes violens, qui, la plupart, produisent des effets contraires au bien qu’on vouloit opérer.

(Delvau, 1867) : v. a. Gronder quelqu’un, et même le battre, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Secouer les puces.

(La Rue, 1894) : Mettre en arrestation.

Secouer la cartouche, le chinois, la boulette (se)

(Delvau, 1864) : Se branler la pine.

Sans mot dire il se fait secouer la houlette.

Louis Protat.

Secouer la commode

(Delvau, 1867) : v. a. Jouer de l’orgue de Barbarie, — dans l’argot des faubouriens.

Secouer le petit homme

(Fustier, 1889) : Polluer.

Secouer les puces

(Virmaître, 1894) : Stimuler un endormi, le secouer du péché de paresse (Argot du peuple).

Secouer ses puces

(Fustier, 1889) : Danser.

Elle s’était trémoussée dans un ballet de la Porte-Saint-Martin ; maintenant, elle secouait ses puces, comme elle disait élégamment, dans tous les bastringues voisins.

(Gaulois, 1881.)

Secouer son panier à crottes

(Virmaître, 1894) : Se dit dans le peuple d’une danseuse déhanchée qui fait le contraire de la danse du ventre, et remue les fesses agréablement (Argot du peuple).

Secouer une femme

(Delvau, 1864) : La baiser gaillardement, l’ébranler dans tous les sens en la branlant du bout de la queue.

Je te secouerai bien un peu entre l’huis et la muraille.

P. De Larivey.

Vénus, ribaude paillarde,
D’une façon plus gaillarde
Sait bien remuer le cu
Quand le dieu Mars la secoue.

Theophile.

Mon cher Adam, mon vieux et triste père,
Je crois te voir en un recoin d’Eden
Grossièrement former le genre humain,
En secouant madame Eve, ma mère.

Grécourt.

Secours contre la soif

(Rigaud, 1881) : Débit de vin. Quelques marchands de vin, dans les quartiers excentriques, ont conservé cette enseigne alléchante pour les ivrognes. D’autres industriels en boisson affichent : Assurance contre la soif. À l’entrée de la rue de Puebla, il existe côte à côte un Secours et une Assurance contre la soif.

Secousse

(Virmaître, 1894) : Dans le peuple, on dit d’une jolie fille pour indiquer qu’on coucherait volontiers avec elle : elle vaut la secousse. C’est suffisamment clair (Argot du peuple). N.

Secousse (donner une)

(Rigaud, 1881) : Se mettre pour une heure ou deux au travail avec ardeur, — dans le jargon des ouvriers. — Réparer le temps perdu en travaillant assidûment pendant quelques heures.

Secousse (la faire à la)

(Rigaud, 1881) : Faire une chose vite et mal, argot du peuple.

Secousse (n’en pas f… une)

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Paresser, ne rien faire. On dit plus communément : N’en pas f… un coup.

Secousse (prendre sa)

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans l’ancien argot.

Secret

(d’Hautel, 1808) : Il est secret comme un coup de canon. Pour dire, léger, inconsidéré, précipité ; il manque de discrétion.

Secret de polichinelle

(Delvau, 1867) : s. m. Secret connu de tout le monde, — dans l’argot du peuple.

Secundum

(d’Hautel, 1808) : Elle n’est pas trop secundum. Manière de parler qui signifie qu’une personne a peu de capacité, peu de crédit ; qu’elle n’est pas d’une bonne santé ; qu’une chose quelconque est de mauvais acabit ou n’est pas en bon état ; que sa valeur est fort douteuse.

Seignant (le)

(M.D., 1844) : Le cœur.

Seigneur

(d’Hautel, 1808) : À tous seigneurs tous honneurs.

Seigneur à musique

(Halbert, 1849) : Assassin nocturne.

(Virmaître, 1894) : Assassin (Argot des voleurs).

Seigneur et maître

(Delvau, 1867) : s. m. Mari, — dans l’argot des bourgeois : protecteur, — dans l’argot de Breda-Street.

Seigneurs (jeunes)

(Larchey, 1865) : « Aujourd’hui, 1er mars 1840, c’est le titre de bon goût qui a remplacé ceux de petit-maître, beaux fils, muscadins, etc. qui se sont succédé rapidement dans les fastes de la belle jeunesse française. »

E. Foa.

Seing

(d’Hautel, 1808) : Signature. Le peuple prononce signe, ce qui est absolument l’anagramme de ce mot.

Seize-Mayeux

(Rigaud, 1881) : Sobriquet donné aux fonctionnaires nommés après le 16 mai, aux partisans de la politique réactionnaire du 16 mai 1877, qui amena un mois après la dissolution de la Chambre.

On s’étonne parfois de l’aplomb de ces Seize-Mayeux.

(Réveil, du 16 décembre 1877.)

Et les journaux Seize-Mayeux les en glorifient.

(Rappel, du 19 décembre 1877.)

Sel

(d’Hautel, 1808) : Il est d’un bon sel. Expression ironique qui équivaut à, il est d’une bonne pâte, d’un bon foie ; il se moque pas mal du monde.

Select

(La Rue, 1894) : Choisi. Le monde select, le grand monde.

Selle

(d’Hautel, 1808) : Demeurer entre deux selles le cul par terre. Voir évanouir toutes ses espérances ; de deux choses que l’on attendoit, n’en obtenir aucune.
Une selle à tous chevaux. Maxime, lieu commun, discours rebạttu ; remède que l’on applique à toutes sortes de maux, et qui communément n’en guérit aucun.

Sellette

(d’Hautel, 1808) : Tenir quelqu’un sur ta sellette. L’intriguer, le tourmenter ; lui tirer les vers du nez.

Semaine

(Fustier, 1889) : Expression empruntée au service des caporaux et des sous-officiers. Ex. : C’est à moi que tu contes cela ? je ne suis pas de semaine. — Moyen expéditif de faire rompre un fâcheux. (Ginisty : Manuel du parfait réserviste.)

Semaine (n’être pas de)

(Merlin, 1888) : Ne pas avoir à se mêler d’une affaire. — Chaque caporal ou sous-officier doit assurer le service pendant une semaine, cela à tour de rôle ; en temps ordinaire, il est libre et n’est soumis qu’aux obligations générales du service.

Semaine des quatre jeudis

(Delvau, 1867) : s. f. Semaine fantastique, dans laquelle les mauvais débiteurs promettent de payer leurs dettes, les femmes coquettes d’être fidèles, les gens avares d’être généreux, etc. C’est la Venue des Coquecigrues de Rabelais. On dit aussi : La semaine des quatre jeudis, trois jours après jamais.

Semaines

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Sous de poche distribués le samedi et le dimanche. — dans l’argot des collégiens.

Semelle

(Hayard, 1907) : Bifteck.

Semence

(Delvau, 1864) : Liqueur de la génération ; le foutre de l’homme et de la femme.

Au jeûne où votre con se trouve,
Vouloir faire une fine épreuve
Si je mit bélier ou mouton.
Vous eussiez eu de la semence.
D’un vit dont la grandeur immense,
N’eut jamais de comparaison.

F. De Maynard.

Dix-huit jours après qu’elles avaient reçu la semence.

Ch. Sorel.

Semer quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. S’en débarrasser, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Le renverser, le jeter à terre d’un coup de poing ou d’un coup de pied.

(Rigaud, 1881) : Se débarrasser d’un importun. — Terrasser un adversaire.

(La Rue, 1894) : Se débarrasser d’un importun. Terrasser un adversaire.

Séminaire

(Rigaud, 1881) : Bagne, — dans l’ancien argot.

Semonce

(d’Hautel, 1808) : Invitation, sermon, remontrance, gourmade.

Semoncer

(d’Hautel, 1808) : Gronder, réprimander, gourmander quelqu’un.

Semper

(Rigaud, 1881) : Tabac à fumer. C’est une déformation abréviative de superfinas, superfin, nom sous lequel les soldats désignent le caporal ordinaire ; ils ne manquent jamais de dire du semperfinas et, par abréviation, semper. Le mot est aussi courant parmi les ouvriers que parmi les soldats.

Semper, semperlot

(La Rue, 1894) : Tabac.

Semperlot

(Fustier, 1889) : Tabac.

Eh ! Rocambole, par ici ! Un cornet de semperlot.

(Humbert : Mon bagne.)

Sempiternelle

(d’Hautel, 1808) : Qui dure toujours.
Une vieille sempiternelle. Epithète injurieuse et de mépris, qui signifie une très-vieille femme, une radoteuse perpétuelle.

Sénat

(Rigaud, 1881) : Débit de vin fréquenté par des ouvriers d’un même corps d’état.

Depuis longtemps, les travailleurs appellent les marchands de vin où ils se réunissent par spécialité, des sénats.

(Le Sublime.)

Il ne faut pas confondre le sénat avec les assommoirs. Il y a peu de sénats, tandis qu’il y a plus de deux cents assommoirs. Le sénat est spécial à une seule partie. Le sénat est un diminutif de la mère des compagnons. Les ouvriers du fer ayant abandonné le compagnonnage formèrent des sénats.

(Idem).

Sénateur

(Rigaud, 1881) : Ouvrier qui fréquente les sénats.

Dans le temps, les tourneurs de roues étaient nommés sénateurs ; le mot s’est généralisé depuis.

(Idem).

(Rigaud, 1881) : Tout individu vêtu d’un paletot ou d’une redingote, — dans le jargon des voyous.

(Rigaud, 1881) : Taureau, — dans le jargon des bouchers qui disent également « pacha ».

(Fustier, 1889) : On appelle ainsi les malheureux qui, dans les garnis du dernier degré, ont des planches particulières au lieu de coucher à la corde. Ce sont les richards de l’hôtel. La planche coûte un sou par jour. (Voltaire, 1882.)

Sénateurs

(Rossignol, 1901) : Vieux commissionnaires non médaillés des marchés aux fleurs.

Sens

(d’Hautel, 1808) : On a fait les cinq sens de nature. Pour dire, on a fait tous les efforts, on a employé tous les remèdes, les moyens imaginables.
Mettre son bonnet sens devant dimanche. Pour dire à l’envers, ou d’un côte opposé à celui qui lui est propre.

Sens dessus dessous (être)

(Delvau, 1864) : Beau désordre, agréable a la vue chez une belle femme. Quand elle est renversée et bouleversée à grands coups de pine, les chevaux épars, le cul et les tétons en l’air, ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes, on m’a plus qu’à recommencer à faire le dessus, à moins, qu’on ne préfère le dessous, — pour changer.

Gai, gai, l’on est chez nous
Toujours en fête
Cul par dessus tête
Et sens dessus dessous !

Béranger.

Sens devant dimanche

(Delvau, 1867) : adv. De travers, sens dessus dessous, — dans l’argot du peuple.

Sent mauvais (ça)

(Rigaud, 1881) : Ça va mal finir ; ça prend une mauvaise tournure.

Sentiment

(d’Hautel, 1808) : Un pousseur de beaux sentimens. Un damoiseau, un Céladon, un fat qui fait le tendre, le sensible, le passionné auprès des femmes.
Il a bon nez, il sent de loin. Se dit d’un homme subtil et adroit qui devine sur la moindre apparence.
Il sent le sapin. Pour dire il a mauvaise mine ; il s’en va en langueurs.
Sentir le relent. Exhaler une mauvaise odeur.
Ça sent le fagot. Pour dire, c’est difficile à croire ; c’est une gasconade, un conte.

Sentimentage

(Delvau, 1864) : Amour plus platonique que physique, qui exclut l’infidélité et le plaisir au profit de je ne sais quel idéal ridicule — bon pour les romans et pour les pensionnats de demoiselles.

Mais s’il allait souhaiter quelque préférence exclusive, se croire offensé de mes inévitables infidélités, perdre de vue que je suis aphrodite, et vouloir m’assujetir à son sentimentage ?

A. de Nerciat.

Sentinelle

(Larchey, 1865) : Excrément isolé aux abords d’un édifice. V. Factionnaire.

(Delvau, 1867) : s. f. Résultat de la digestion. Stercus. Poser une sentinelle. Alvum deponere.

(Rossignol, 1901) : Voir colombin.

(Hayard, 1907) : Étron.

Sentinelle (poser une)

(Merlin, 1888) : Cacare.

Sentinelle, factionnaire

(La Rue, 1894) : Excrément au pied d’un mur.

Sentinelle, Sentinelle perdue

(Rigaud, 1881) : Excrément humain, vagabond sans papiers égaré sur la voie publique, dans une allée de maison.

Sentinelles

(Boutmy, 1883) : s. f. pl. Lettres qui tombent d’une forme quand on la lève et qui se tiennent debout sur le marbre. Dans un autre sens, on appelle sentinelle le verre de vin que viendra boire un peu plus tard un compagnon qui ne peut actuellement sortir. Aussitôt que cela sera possible, celui-ci relèvera la sentinelle posée et payée par son camarade.

(Virmaître, 1894) : Étrons déposés le long des murs par des passants pressés (Argot du peuple).

Sentir

(Larchey, 1865) : Aimer (Vidocq). — Ne pas sentir : Détester. — On dit de même : Avoir dans le nez (quelqu’un qu’on ne peut sentir).

(Delvau, 1867) : v. a. Aimer, — dans l’argot du peuple, qui emploie surtout ce verbe avec la négative. Ne pas pouvoir sentir quelqu’un. Avoir répugnance à le rencontrer, à lui parler, le haïr enfin. On dit aussi Avoir dans le nez.

(Rigaud, 1881) : Aimer. — Ne pas pouvoir sentir, détester. — Se sentir les coudes, être unis, se soutenir entre camarades.

Quand ils seront groupés, lorsqu’ils se sentiront les coudes, ce sera bien plus amusant.

(Figaro, du 14 juillet 1880.)

Sentir (le)

(Delvau, 1864) : Sentir le membre de l’homme entrer profondément dans le vagin de la femme et y remuer.

— J’y suis.
Le sens-tu, Philis ?
— Oui, Lycas, poursuis ;
Tu te raidis
Contre l’obstacle.

Collé.

Sentir (ne plus se)

(Rigaud, 1881) : N’éprouver plus aucune sensation auprès du beau sexe, être passé à l’état de glaçon.

Sentir le coude à gauche

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir confiance en soi et dans l’amitié de ses camarades ; se sentir appuyé, soutenu, encouragé, etc.

Sentir le lapin

(Delvau, 1867) : Suer abondamment et désagréablement des aisselles.

(Rigaud, 1881) : Sentir mauvais des aisselles.

(Virmaître, 1894) : Après avoir dansé toute une nuit, une femme sue des aisselles et d’ailleurs ; elle sent le lapin. On sait que lorsqu’on ouvre le ventre de cet animal, une odeur chaude et nauséabonde vous prend au nez et à la gorge (Argot du peuple).

Sentir le roussi

(Virmaître, 1894) : Synonyme de sentir mauvais (Argot du peuple). N.

Sentir le sapin

(Larchey, 1865) : Faire pressentir une mort prochaine. On dit : Voilà une toux qui sent le sapin. — Usité dès 1808. — V. Claquer.

(Rossignol, 1901) : Être près de la mort : allusion au cercueil en bois de sapin.

Sentir le violon

(Larchey, 1865) : Devenir misérable (Vidocq). — On met au violon les vagabonds.

Sentir mauvais

(Delvau, 1867) : v. n. Devenir grave, sérieux ; se gâter, — en parlant des choses. Cela sent mauvais est une phrase de la même famille que Le torchon brûle.

(Virmaître, 1894) : Quand un voleur est sur le point d’être pris, quand on éveille un condamné à mort pour sauter le pas, quand on est embarqué dans une sale affaire, cela sent mauvais (Argot du peuple). N.

Séparer

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a si bonne compagnie qui ne se sépare. Compliment des bourgeois de basse classe, quand ils quittent une compagnie.

Sept

(Delvau, 1867) : s. m. Crochet, — dans l’argot des chiffonniers.

(Rigaud, 1881) : Chiffonnier. — Crochet de chiffonnier.

(Rigaud, 1881) : Tige de fil de fer, enveloppée de coton et revêtue de papier, figurant des queues de fleurs, — dans le jargon des fleuristes. — Faire des sept, enrouler du coton et du papier autour d’un fil de fer ; c’est l’A, B, G du métier de fleuriste.

Sept à neuf

(Rigaud, 1881) : Vêtement du matin pour monter à cheval. Mot à mot : vêtement que l’on met de sept à neuf heures pendant la promenade à cheval au Bois de Boulogne, — dans le jargon dessportsmen.

Quel joli sept-à-neuf cela ferait !

(Figaro, du 27 mai 1879.)

Séquelle

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Bande, longue suite de personnes ; nombreuse et mauvaise compagnie ; tourbe, multitude.

(Delvau, 1867) : s. f. Grand nombre de gens ou de choses, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie ce mot que péjorativement. Signifie aussi : Gens ou choses qui font suite à quelqu’un ou à quelque chose. Toute la séquelle. Tous les membres de la famille, et surtout les enfants.

Séquence

(Rigaud, 1881) : Grosse portée ajoutée aux cartes, réunion de cartes préparées de manière à amener une passe soit au baccarat, soit au piquet. Au piquet, elle a reçu le nom de séquence intégrale.

Ser

(Larchey, 1865) : Signal (Vidocq). — De serpent qui signifie crachat en argot. V. Arçon.

(Delvau, 1867) : s. m. Signal donné en crachant, — dans l’argot des voleurs. (V. Serpent.)

(La Rue, 1894) : Signe d’intelligence entre compères. V. Dusse.

Ser (faire le)

(Halbert, 1849) : Faire le guet.

Sérail

(Delvau, 1864) : Bordel, où l’on élève à la brochette une foule de beautés de poils différents pour amuser ce polisson de sultan qui s’appelle le Public.

Sergent d’hiver

(Rigaud, 1881) : Soldat d’élite. Le mince galon de laine qu’il porte sur les manches est censé lui tenir chaud pendant l’hiver.

Sergent de crottin

(Fustier, 1889) : Sous-officier à l’École de Saumur.

Quant aux malheureux sous-officiers, baptisés du nom poétique de sergents de crotin…

(Nos farces à Saumur.)

Sergent de vieux

(Rigaud, 1881) : Garde malade.

Sergent-major

(Merlin, 1888) : Dans les manutentions, on entend par sergent-major, un pain de munition sans baisure.

Sergent-major d’hiver

(Merlin, 1888) : Caporal, en raison de son double galon de laine.

Sergo

(Rigaud, 1881) : Sergent de ville.

(La Rue, 1894) : Gardien de la paix.

Sergolle

(Larchey, 1865) : Ceinture (id.). — Mot à mot : serre gole. — Du vieux mot gole : ouverture de tunique. — V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. Ceinture, — dans le même argot [des voleurs].

Sergot

(Virmaître, 1894) : V. Bec de gaz.

(Hayard, 1907) : Sergent de ville.

Série

(Rigaud, 1881) : Réunion de professeurs composant le jury d’examen au doctorat, — en terme d’École.

Sérieux

(d’Hautel, 1808) : Il est sérieux comme un âne qui boit dans un seau. Location ironique. Se dit d’une personne qui affecte un air grave et important.
Il est d’un sérieux de glace. Pour dire, il est sombre, taciturne, mélancolique ; il ne se déride pas facilement.

(Delvau, 1867) : adj. Excellent, convenable, — dans l’argot des gens de lettres et des petites dames. Homme sérieux. Qui ne refuse rien aux femmes qui ne refusent rien aux hommes — riches. Souper sérieux. Où rien ne manque de ce qui doit en faire l’attrait : vins exquis, chère non-pareille, femmes charmantes, nommes d’esprit, etc. Le peuple emploie aussi cet adjectif dans l’acception de Copieux : un beefsteak sérieux, un dessert sérieux, etc.

Sérieux (dîner)

(Rigaud, 1881) : Dîner bien compris, à la fois substantiel et délicat. Les femmes sont exclues d’un pareil dîner. On ne mange pas, on officie pontificalement de la mâchoire. La conversation, plus sobre que les convives, ne doit rouler que sur les fastes culinaires. On parle à demi-voix pour ne pas s’enlever le plaisir de s’entendre mastiquer.

Sérieux (être)

(Larchey, 1865) : Pour les artistes et les lettres, c’est s’être acquis une valeur personnelle. — Pour les bourgeois, c’est avoir une position dans le monde. — Pour les lorettes, c’est être capable de leur donner de l’argent.

Sérieux (homme)

(Rigaud, 1881) : Homme riche et généreux, — dans le jargon de ces demoiselles. — Femme sérieuse, femme galante pleine d’expérience et de prévoyance, la fourmi de la prostitution.

Sérieux (livre)

(Rigaud, 1881) : Livre ennuyeux.

Serin

(Larchey, 1865) : Naïf comme un serin.

Tu ne sais pas ce que c’est que d’être l’amant d’une femme… Es-tu serin à ton âge !

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Gendarme de la banlieue, — dans l’argot des voyous. S’est dit aussi, à une certaine époque du règne de Louis-Philippe, des compagnies de voltigeurs de la garde nationale qui avaient des parements jaunes, des passe-poils jaunes, des torsades jaunes, tout jaune, au point qu’en les passant un jour en revue dans la cour des Tuileries, et les voyant se débander, le maréchal Lobau s’écria : « Fermez donc les grilles, mes serins vont s’envoler ! »

(Delvau, 1867) : s. et adj. Imbécile, ou seulement Homme naïf, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Gendarme départemental. Allusion au jaune baudrier.

(La Rue, 1894) : Gendarme.

Seriner

(Larchey, 1865) : Loger dans la mémoire certaine chose à force de la répéter. — Allusion à l’influence quotidienne de la serinette sur l’éducation du canari.

Nucingen avait seriné Rastignac.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Répéter à satiété une chose à quelqu’un, afin de la lui loger dans la mémoire.

(Rigaud, 1881) : Divulguer, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Divulguer. L. L. Seriner : Apprendre quelque chose à quelqu’un qui a la tête dure, en lui serinant sans cesse. Vient d’un petit instrument qui n’a qu’un air : la serinette. On serine un merle, un geai, un chanteur ignorant la musique, une leçon, un discours ; en un mot seriner veut dire apprendre (Argot du peuple). N.

Serinette

(d’Hautel, 1808) : La serinette. Nom que les imprimeurs donnent à leur presse, dont la manivelle ressemble en grand à celle d’une serinette.

(Larchey, 1865) : Enfant ayant plus de mémoire que d’intelligence. — Cet exemple donne un dernier sens.

On appelle serinette les infâmes qui font contribuer un passant en le menaçant de divulguer (seriner) au public ou même à l’autorité de coupables dépravations.

Paillet.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme qui fait chanter d’autres hommes, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Jouer un air de serinette à quelqu’un (Argot des voleurs). V. Maîtres chanteurs.

Seringue

(d’Hautel, 1808) : Chanter comme une seringue. Avoit la voix fausse et discordante.

(Delvau, 1864) : La pine, avec laquelle l’homme donne a la femme un lavement de sperme — qui est le plus émollient de tous les lavements.

Il tire de sa pochette
Sa seringue et deux pruneaux.

Gautier-Garguille.

(Delvau, 1867) : s. f. Voix fausse, aigre, criarde, — dans l’argot du peuple. Chanter comme une seringue. Chanter très mal.

(Rigaud, 1881) : Personne ennuyeuse, rabâcheur.

(Merlin, 1888) : Trombone.

(Virmaître, 1894) : Machine à vapeur qui fonctionne mal ; allusion au bruit du piston (Argot des ouvriers).

Seringue (chanter comme une)

(Larchey, 1865) : « Avoir la voix fausse et discordante. »

1808, d’Hautel.

Seringue à perruque

(Rossignol, 1901) : Voir bogue. Ce mot seringue me rappelle un fait qui m’a fait bien rire. À Alger, avant que l’on ne se serve dans les hôpitaux de l’irrigateur et lorsqu’il n’y avait que l’instrument primitif, un Arabe était à la diète et il lui avait été ordonné des lavements. Au moment où l’infirmier vint pour lui administrer, le Turco se leva sur son lit et dit à celui qui voulait lui ingurgiter : « Macasch claquaria toujours bibire la coufteck endard la trompette pas manger, toujours boire au derrière, va-t’en avec ta trompette. »

Seringue à rallonges

(Rigaud, 1881) : Télescope.

Il n’y a pas de planète qui tienne, tu m’as promis de me montrer Vénus, c’est Vénus que je veux voir, ou je te démolis, toi et ta seringue à rallonges.

(Randon.)

Seringuer

(Delvau, 1864) : Administrer l’injection balsamique à un con bien portant, — avec la seringue que vous savez.

Jusqu’alors, je n’avais ressenti pareille jouissance. Il me seringua trois fois de suite de son nectar délicieux ; le foutre s’en allait à gros bouillons de la tête de son gros vit, il me sautait jusqu’au cœur.

(Anais, ou Dix ans de la vie, etc.)

Seringuinos

(Rigaud, 1881) : Imbécile.

Serment

(d’Hautel, 1808) : Serment d’ivrogne. Pout dire, promesse vaine ; parole à ne jamais tenir.
On dit honnêtement, et dans le même sens serment d’amant, serment de joueur.

Sérouel

(Rossignol, 1901) : Pantalon.

Serpe

(d’Hautel, 1808) : Cela est fait à la serpe. Pour grossièrement, à la hâte, sans soin, sans précaution ; se dit des œuvres libérales et mécaniques.
On dit aussi d’un homme mal bâti ; qu’Il est fait à la serpe.

Serpent

(d’Hautel, 1808) : Une langue de serpent. Pour dire, une langue médisante et pernicieuse.

(Delvau, 1867) : s. m. Ceinture de cuir, — dans l’argot des troupiers, qui y serrent leur argent. On dit aussi Anguille.

(Delvau, 1867) : s. m. Crachat, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Élève reçu un des quinze derniers à l’École Polytechnique. Pour sergent.

(Rigaud, 1881) : Crachat, — dans l’ancien argot. Le serpent et le glaviot étaient synonymes au XVIe siècle. Le glaviot seul a résisté au temps.

(La Rue, 1894) : Crachat.

Serpentin

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Petit matelas que les forçats ont la permission d’acheter.

(Delvau, 1867) : s. m. Matelas, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Matelas, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Matelas.

Serpette

(d’Hautel, 1808) : Il a les jambes en serpette. Se dit par raillerie d’un homme qui a les jambes torses et mal faites ; qui est contrefait, bancal.

Serpettes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les jambes, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Jambes courtes et cagneuses.

Ces pauvres tourlourous ! ça vous a six pouces de serpettes et le dos tout de suite.

(Randon, Croquis militaires.)

Serpillère

(Virmaître, 1894) : Soutane du curé (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Tablier des carabins. (Argot des voleurs).

Serpillière

(anon., 1827) : Robe.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Robe. Serpillière à ratichon, soutane, ornements sacerdotaux.

(Bras-de-Fer, 1829) : Robe.

(Halbert, 1849) : Robe.

(Delvau, 1867) : s. f. Soutane, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Serpillière à ratichon.

Serpillière à ratichon

(anon., 1827) : Robe de prêtre.

(Halbert, 1849) : Robe de prêtre.

(Rigaud, 1881) : Soutane.

Serrante

(Bras-de-Fer, 1829) : Serrure.

(Larchey, 1865) : Serrure (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Serrure, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Serrure ; par substitution de finale.

(La Rue, 1894) : Serrure.

Serré

(Larchey, 1865) : Avare, peu fortuné.

Il paraît même qu’il est très-serré.

H. Monnier.

(Delvau, 1867) : adj. Pauvre ; sans argent, momentanément ou par habitude, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi Avare.

(Rigaud, 1881) : Avare.

(Virmaître, 1894) : V. Gerbé.

Serre-pied

(Merlin, 1888) : Sergent employé dans une manutention.

Serrebois

(Rigaud, 1881) : Sergent. Il fait serrer les rangs. (L. Larchey)

Serrer

(d’Hautel, 1808) : Se serrer le ventre. Pour, se pâsser de manger ; jeûner.
Serrer les pouces à quelqu’un. Le gêner ; le tenir de près pour la dépense.

(Halbert, 1849) : Emprisonner.

(Larchey, 1865) : Mettre en prison. — On n’y est pas au large.

La plus cruelle injure qu’une fille puisse jeter à une autre fille, c’est de l’accuser d’infidélité envers un amant serré.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre en prison, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Voler.

Serrer (le)

(Delvau, 1864) : Faire le casse-noisette, retenir le membre viril comme dans un étau.

Sens-tu comme je te le serre ?

H. Monnier.

Serrer la croupière

(Merlin, 1888) : Surveiller, devenir sévère à Tégard de quelqu’un.

(La Rue, 1894) : Surveiller, serrer de près.

Serrer la cuillère (se)

(Virmaître, 1894) : Poignée de main. Par abréviation, on dit : je te la serre, ou bien encore : serre-moi la pince (Argot du peuple).

Serrer la gargamelle

(Rigaud, 1881) : Étrangler. Variante : Serrer la vis.

Serre-lui la vis, je me charge de le refroidir.

(G. Marot, L’Enfant de la Morgue.)

Serrer la pince

(Rigaud, 1881) : Serrer la main, et, par abréviation, la serrer. — Je vous la serre.

Serrer la vis

(Delvau, 1867) : Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu’un. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Serrer le frein, — dans l’argot des mécaniciens des chemins de fer.

(Virmaître, 1894) : Étrangler quelqu’un (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Serrer le cou.

Serrer le brancard

(Rigaud, 1881) : Serrer la main. Les variantes sont : Serrer la cuiller, serrer la phalange.

Serrer le nœud

(Delvau, 1867) : Se marier, — dans l’argot des bourgeois et des vaudevillistes.

Serrer les fesses

(Rigaud, 1881) : Avoir grand’ peur et faire tout son possible pour ne pas en fournir des preuves matérielles.

Serrer les pouces à quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le presser vivement de questions pour lui faire avouer la vérité. Argot du peuple.

Serrer sa ceinture

(Rossignol, 1901) : Quand on n’a pas de quoi manger, on serre sa ceinture d’un cran.

Serrer sa ceinture d’un cran

(Virmaître, 1894) : Compression du ventre, afin d’empêcher les intestins de crier famine (Argot du peuple).

Serrure

(Delvau, 1864) : La nature de la femme — dont l’homme a la clef dans son pantalon.

Quand on fouille à votre serrure
Avec la clef de la nature.

Le Sr de Sygognes.

Comment penses-vous qu’on puisse garder une serrure, à qui toutes sortes de clefs sont propres ?

D’Ouville.

Serrure (avoir laissé la clé à la)

(Rigaud, 1881) : Avoir manqué à la résolution de ne pas ou de ne plus avoir d’enfants.

Serrure (avoir mis un cadenas à la)

(Rigaud, 1881) : Pour une femme, c’est vivre dans un état de chasteté absolu.

Serrure brouillée (avoir la)

(Rigaud, 1881) : Éprouver de la difficulté à s’exprimer ; bredouiller.

— Je viens de recevoir une grande visite de votre intendant. La serrure était bien brouillée.

(Madame de Sévigné, Lettres.)

Sert

(Delvau, 1867) : s. m. Signe fait par un compère, — dans l’argot des saltimbanques.

Sert, Ser

(Rigaud, 1881) : Signal. Signe d’intelligence entre un saltimbanque et un compère. — Télégraphie employée par les tricheurs.

Sertir un rubis

(Rossignol, 1901) : Ce mot vient des bijoutiers et des marchands de bijoux ; lorsqu’ils ont fait une infidélité à leur femme, ils ont fait sertir un rubis.

Servante

(d’Hautel, 1808) : C’est la servante à Pilate. Se dit en parlant d’une intrigante, d’une femme subtile et adroite, qui s’abaisse, aux plus vils détails, pour en venir à ses fins.

Servi

(Clémens, 1840) : Arrête.

(M.D., 1844) : Être arrêté.

Servi de belle

(M.D., 1844) : Être arrêté sans preuve.

Service

(d’Hautel, 1808) : Pour, finesse, subtilité, artifice, ruse, adresse perfide.
Il a un fameux service. Pour dire, il est subtil, artificieux et rusé.
Service de grand n’est pas héritage. Pour dire que les grands, sont souvent ingrats envers leurs serviteurs.

Service (faire le)

(Delvau, 1864) : Se remuer sous l’homme afin de le faire mieux jouir ; ou bien jouer de la main avec son membre au lieu de jouer des reins avec lui.

Quand t’auras fini ton service,
T’auras cent sous.

Lemercier de Neuville.

Services

(Boutmy, 1883) : s. m. pl. Mot usité dans cette formule à peu près invariable du typo en quête de travail : Monsieur, je viens vous offrir mes services pour la casse.

Serviette

(Halbert, 1849) : Portefeuille.

(Delvau, 1867) : s. f. Portefeuille, — dans l’argot des avocats.

(Delvau, 1867) : s. f. Aniterge en papier, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Canne.

Servir

(d’Hautel, 1808) : Cela sert comme une cinquième roue à un carosse ; comme un clou à un soufflet. Pour dire, est inutile, superflu ; ne sert à rien.
Tout sert en ménage, jusqu’au pain de la huche. Pour dire que tout est utile dans la nature.

(Clémens, 1840) : Tirer.

(Halbert, 1849) : Arrêter.

(Larchey, 1865) : Prendre, arrêter. — Mot à mot : asservir. — La personne servie n’a plus sa liberté.

Frangin et frangine, je pesigue le pivot pour vous bonnir que mezigue viens d’être servi maron à la lègre de Canelle (Caen).

Vidocq.

Servir de belle : Dénoncer à faux. — Servir le trèpe : Faire ranger la foule. V. Curieux.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Trahir, dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Servir de belle. Dénoncer à faux.

(Delvau, 1867) : v. a. Arrêter, prendre, — dans l’argot des faubouriens. Vidocq, lorsqu’il était chef de la police de sûreté, avait l’habitude de dire tranquillement au malfaiteur pris dans une souricière, ou ailleurs : « Monsieur, vous êtes servi !… »

(Rigaud, 1881) : Arrêter. — Monsieur est servi.

(La Rue, 1894) : Arrêter. Voler. Dénoncer, trahir Servir de belle, dénoncer à faux.

(Rossignol, 1901) : Faire arrêter quelqu’un est le faire servir. Lorsqu’on a reçu des coups on s’est fait servir.

Servir (faire)

(Virmaître, 1894) : Faire arrêter quelqu’un (Argot des voleurs).

Servir de belle

(Bras-de-Fer, 1829) : Dénoncer à faux.

(Rigaud, 1881) : Dénoncer à faux. (L. Larchey)

(Virmaître, 1894) : Dénoncer un complice faussement (Argot des voleurs).

Servir de sa main (se)

(Delvau, 1864) : Se masturber, faute de maîtresse, ou par amour pour la veuve Poignet, — cette veuve que foutent tous les collégiens.

La volupté me pénètre soudain.
Mon trêpignoir trépignait dans ta cage :
Pour l’apaiser, je n’avais que ma main.
Je m’en servis pour écumer sa bile.

Anonyme.

Servir les maçons

(Rigaud, 1881) : Remplir auprès d’un couple amoureux les fonctions du jeune Alectryon auprès de Mars et de Vénus.

Servir un gonse

(Clémens, 1840) : Voler un homme.

Serviteur

(d’Hautel, 1808) : Votre serviteur. Se dit par plaisanterie, lorsqu’on laisse, ou qu’on voit tomber quelque chose.
Faites un beau serviteur. Manière bourgeoise et triviale de dire à un petit garçon de faire la révérence à quelqu’un ; ce qui consiste ordinairement à tirer le pied droit en arrière.

(Delvau, 1864) : Amant ; homme qui sert une femme à son gré, — à moins qu’elle ne soit aussi gourmande que Messaline. — S’est dit aussi d’un godemichet, qui est, en effet, meilleur serviteur de la femme que l’homme.

Que l’innocent fabrique,
Au lieu de son méchant flûteur,
Un serviteur
D’un beau moule, et bien élastique.

Collé.

Sésière

(Delvau, 1867) : pr. pers. Soi, lui, elle, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Sésigue et Sésingard.

Sésière, sésigue

(La Rue, 1894) : Soi, lui, elle.

Sésière, Sésigue, Sésingard

(Rigaud, 1881) : Lui, elle, il.

Seu

(Delvau, 1867) : s. m. Second, — dans l’argot des enfants, qui pratiquent l’apocope comme des hommes.

Sévère

(Larchey, 1865) : Digne de réflexions sérieuses et sévères.

Ah ! je vous raconterai ma vie. Je vous en dirai des sévères, mon bon ami.

Ricard.

Ouvrez ou j’enfonce la porte. — En voilà une sévère.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : s. f. Chose étonnante ; événement inattendu, — dans l’argot des faubouriens.

Sévère (en voilà une) !

(Rigaud, 1881) : Voilà une chose, une nouvelle difficile à croire, extraordinaire, inattendue.

Sèvres (passer à)

(Rigaud, 1881) : Ne rien recevoir, — dans le jargon des voleurs ; c’est-à-dire être sevré de sa part de butin. (L. Larchey)

Sexe

(Delvau, 1867) : s. m. Les femmes en général, — dans l’argot du peuple, qui, sans tomber à leurs pieds, comme le recommande M. Legouvé, sait qu’il leur doit une mère, la seule créature digne de ses respects. Ami du sexe. Homme de complexion amoureuse.

Sezière

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Lui, elle.

Sezière, sezingand

(anon., 1827) : Lui.

(Bras-de-Fer, 1829) : Lui.

Sezière, sezingaud

(Halbert, 1849) : Lui.

Sezières

(Virmaître, 1894) : Lui (Argot des voleurs).

Sézigue

(Rossignol, 1901) : Lui.

Shockiner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se scandaliser.

Shocking !

(Delvau, 1867) : Exclamation qui, de la langue des pudiques Anglaises, a passé dans l’argot ironique des gouailleurs parisiens. Ce qui est choquant de l’autre côté du détroit cesse de l’être de ce côté-ci.

Shooter

(Fustier, 1889) : Qui fait partie d’une société de tir aux pigeons. Shooting, tir aux pigeons. Encore l’anglomanie.

Aucun des shooters qui fréquentent le Gun Club n’a quitté Paris.

(Bien Public, 1882.)

Mon devoir de chroniqueur m’oblige à signaler les épreuves internationales qui viennent d’avoir lieu dans les deux grands centres de shooting d’Outre-Manche.

(Union, 1882.)

Si

(d’Hautel, 1808) : Avec des si et des mais, on fait de belles choses. Signifie que si l’on avoit la connoissance de l’avenir, on se mettroit en mesure contre tous les évènemens.
On dit aussi, et dans le même sens, avec des si et des mais on mettroit Paris dans une bouteille.
Si tant est.
Pour, s’il est vrai, s’il est certain, assuré.
Il a toujours des si et des cas. Se dit par ironie, d’un homme qui trouve des difficultés, des obstacles dans les choses les moins difficiles.

Si ma tante était un homme

(Virmaître, 1894) : Cette expression est employée communément dans le peuple pour exprimer l’absence de la virilité de la femme :
— Si ma tante en avait elle serait colonel dans la garde nationale (Argot du peuple). N.

Siam

(Hayard, 1907) : Marchand.

Siamois (les)

(Rigaud, 1881) : Testes, — dans le jargon des barrières. Allusion à l’accouplement, à l’inséparabilité des frères siamois. — La verte s’est cavalée chez les siamois, le clienbeau m’a collé vingt asticots en deuil, la gonorrhée s’est logée dans les parties, le médecin m’a fait poser vingt sangsues.

Siante

(Halbert, 1849) : Chaise.

(La Rue, 1894) : Chaise.

Sibérie

(Boutmy, 1883) : s. f. Se dit de rangs situés à l’extrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n’a aucune espèce d’accointance. Dans quelques imprimeries, on donnait ce nom à un coin de l’atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qu’à l’initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. L’attrape-science, heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où les épées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs. Mais tout, hélas ! n’était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d’une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L’un d’eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes. Ils se les étaient à peine distribuées, qu’ils furent pris d’une panique soudaine bien justifiée. On venait d’entendre le frôlement d’une robe qui n’était autre que celle de la patronne, laquelle n’entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. Il était temps ! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressa-t-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s’apercevant que l’un deux était couvert, et comme elle tenait au respect : « Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. — Pardon, madame ! » dit l’interpelé. Aussitôt, le roi de pique, la dame de cœur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué à recevoir la visite de caractères en rupture de casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et l’atelier. (Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame… L’enfant promettait !)

Sibiche et sibijoite

(Merlin, 1888) : Cigarette. On dit aussi : une sèche.

Sibigeoise

(Fustier, 1889) : Cigarette.

Parmi eux, pas une pipe ; c’est trop commun ! La sibigeoise (cigarette), à la bonne heure.

(Humbert : Mon bagne.)

Sibije

(Rossignol, 1901) : Cigarette.

Sibijoite

(Delvau, 1867) : s. f. Cigarette, — dans l’argot des marbriers de cimetière, parfois trop fantaisistes. Orpheline. Cigarette presque fumée.

Sibylle

(d’Hautel, 1808) : C’est une vieille sibylle. Épithète injurieuse et de mépris qui se dit d’une vieille femme qui affecte de l’érudition, de la prétention à l’esprit.

Sic nomen

(Larchey, 1865) : Argent. — Latinisme dont la traduction libre est : C’est ainsi que je m’appelle. C’est-à-dire : Je n’ai pas besoin de nom, il me suffit de paraître pour être reconnu par tous.

Siège

(d’Hautel, 1808) : Voir deux cochers sur un siège. Voy. Cocher.

Siffle

(Delvau, 1867) : s. f. Voix, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bouche.

(La Rue, 1894) : Voix. Bouche. Sifflet, gorge. Couper le sifflet, couper la gorge. Se rincer le sifflet, boire.

Siffler

(d’Hautel, 1808) : Faire siffler la linote à quelqu’un. Le faire attendre en plein air ; lui faire croquer le marmot.
Il n’a qu’à siffler. Pour dire, il est obéi à la parole.
Il n’y a qu’à siffler et remuer les doigts. Pour dire, c’est une chose fort aisée.

(Larchey, 1865) : Boire.

Il a sifflé pour dire : il a bu, parce que les lèvres ont à peu près le même mouvement.

Le Duchat, 1738.

Tiens, vieux chéri, siffle-moi ça, ça va te remettre.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout boire, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis plus d’un siècle, comme le prouvent ces vers d’une chanson du commencement du XVIIe siècle :

Lorsque je tiens une lampée
Pleine de vin, le long de la journée,
Je siffle autant que trois.

(Delvau, 1867) : v. a. Dépenser. Avoir tout sifflé. Être ruiné.

(Rigaud, 1881) : Boire d’un coup, boire promptement.

(La Rue, 1894) : Boire. Dépenser. Siffler au disque, attendre, se morfondre.

Siffler au disque

(Rigaud, 1881) : Se morfondre. Allusion à la manœuvre des mécaniciens des chemins de fer. Avait primitivement le sens restreint d’attendre de l’argent.

(Virmaître, 1894) : Demander de l’argent à quelqu’un ; le solliciter d’ouvrir son porte-monnaie. Allusion au mécanicien qui siffle au disque pour demander l’ouverture de la voie (Argot du peuple).

Siffler la linotte

(Delvau, 1867) : v. a. Appeler sa maîtresse avec un cri ou un air convenus ; faire le pied de grue.

(Rigaud, 1881) : Attendre dans la rue.

Sifflet

(d’Hautel, 1808) : Couper le sifflet à quelqu’un. Pour dire, le rendre muet et confus ; l’interdire, le mettre hors d’état de répondre.

(Larchey, 1865) : Gosier. — Comparaison facile à deviner. Vidocq donne aussi siffle pour voix.

Qu’en te coupant le sifflet, quelqu’un délivre le royaume.

La Nouvelle Mazarinade, 1652.

(Delvau, 1867) : s. m. Gorge, gosier, — entonnoir à air et à vin. S’affûter le sifflet. Boire. On dit aussi Se rincer le sifflet. Couper le sifflet à quelqu’un. Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu’il a tort de parler, ce qui vaut mieux.

(Rigaud, 1881) : Voix, gosier. — Couper le sifflet, tuer, interrompre, faire taire. Étonner au point de rendre l’interlocuteur muet. — Raboter le sifflet, brûler le gosier.

Hein ! ça rabote le sifflet ! Avale d’une lampée.

(E. Zola.)

Se rincer le sifflet, boire.

(Merlin, 1888) : Canon. — Il en a tant soit peu la forme, et sa détonation peut être comparée à un sifflement gigantesque. L’un et l’autre servent, d’ailleurs, de signal de combat.

(Rossignol, 1901) : Le cou.

(Rossignol, 1901) : Habit de cérémonie.

(Hayard, 1907) : Habit à queue de morue.

Sifflet d’ébène

(Rigaud, 1881) : Habit noir.

(Virmaître, 1894) : V. Habit à queue de morue.

Sig-de-bord

(un détenu, 1846) : Chapeau.

Signe

(d’Hautel, 1808) : Il faut faire un grand signe de croix. Se dit par raillerie, pour marquer l’étonnement, la surprise que l’on éprouve de voir faire une chose à quelqu’un, ou de recevoir la visite d’une personne que l’on n’a vue depuis long-temps.
Signe. Indice, marque d’une chose. Ce mot est souvent employé par le peuple, pour seing (signature).

(Hayard, 1907) : Pièce de vingt francs.

Signe d’argent

(Delvau, 1867) : s. m. Le stercus humain, — dans lequel il est bon de marcher, paraît-il, parce que cela porte bonheur.

Signe, Cigale

(Rigaud, 1881) : Pièce d’or. Son chant est plus mélodieux que celui de la cigale.

Signer

(d’Hautel, 1808) : Se signer. Pour dire, faire le signe de la croix.

Signer des orteils

(Virmaître, 1894) : Le pendu, dans ses derniers tressaillements, agite les pieds (Argot du peuple).

Signer des orteils (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se pendre ou être pendu, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion aux derniers tressaillements des suicidés ou des condamnés.

Sigue

(M.D., 1844) : Pièce d’or.

(un détenu, 1846) : Pièce de vingt francs.

(Halbert, 1849) : 20 francs.

(Virmaître, 1894) : Pièce de vingt francs (Argot des voleurs).

Sigue (double)

(Halbert, 1849) : 40 francs.

Sigue (un demi)

(Virmaître, 1894) : Pièce de dix francs (Argot des voleurs).

Sigue, cigale

(La Rue, 1894) : Pièce de 20 fr. Demi-sigue, dix francs.

Sigue, sigle

(Larchey, 1865) : Pièce d’or (Vidocq). Abrév. de cigale.

Silence

(d’Hautel, 1808) : Silence ! notre chat danse. Dicton ironique et populaire, pour tourner en ridicule une personne qui affecte de recommander aux autres le silence, quoique ses occupations ne soient rien moins que sérieuses.

(Delvau, 1867) : s. m. Audiencier, — dans l’argot des voyous, habitués de police correctionnelle ou de cour d’assises.

(Rigaud, 1881) : Huissier-audiencier. (Fr. Michel.)

Silos

(Fustier, 1889) : Punition infligée aux soldats des compagnies de discipline.

Simagrée

(d’Hautel, 1808) : Minauderie, grimace, afféterie ; manière d’agir ridicule et sotte.

Sime

(Delvau, 1867) : s. f. Patrouille, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Patrouille. J’ai cherché en vain la raison de cette expression, elle n’a pu m’être expliquée, même par des récédivistes ; comme elle est usuelle, je la donne (Argot des voleurs).

Simon

(Larchey, 1865) : « La maison où les vidangeurs travaillent est appelée par eux atelier et le propriétaire de cette maison est appelé par eux Simon. » — Berthaud.

(Delvau, 1867) : s. m. Propriétaire, — dans l’argot des ouvriers viveurs. Aller chez Simon. Aller « où le roi va à pied », — dans l’argot des bourgeoises.

(Rigaud, 1881) : Bourgeois, propriétaire de la maison où l’on vide les latrines, — dans le jargon des vidangeurs.

Simone (la)

(Virmaître, 1894) : Vol à la tirelire. Ce vol est pratiqué par de faux vidangeurs. On nomme ces voleurs des simonneurs parce que ce truc fut inventé par un nommé Simon (Argot des voleurs).

Simonner

(La Rue, 1894) : Escroquer.

Simple

(Delvau, 1867) : s. et adj. Niais, dans l’argot du peuple, qui a un faible pour les roublards. Les Anglais ont la même expression : Flat, plat, — nigaud.

(La Rue, 1894) : Dupe. Malfaiteur par occasion.

Simve

(M.D., 1844) : Homme de bonne foi.

Sinade, terreau

(La Rue, 1894) : Tabac à priser.

Sine qua non

(Larchey, 1865) : La chose indispensable. — Sine qua non possumus s’entend ordinairement de l’argent.

L’entretien est le sine quâ non de l’élégance.

Balzac.

Sinfe

(un détenu, 1846) : Volé qui tient le voleur.

Singe

(d’Hautel, 1808) : Payer en monnoie de singe, en gambades. Se moquer de celui à qui l’on doit, au lieu de le satisfaire. Ce proverbe vient de ce qu’autre fois les bateleurs qui montroient des singes, étoient obligés, pour tout péage, à l’entrée des villes, de faire danser leurs singes. ACAD.
Singe. C’est le nom que les imprimeurs à la presse donnent aux compositeurs qui ne font pour ainsi dire que copier le manuscrit, et pour se venger de ces derniers, qui les appellent ours.
C’est un vrai singe.
Se dit d’un homme qui imite avec trop d’affectation les gestes d’un autre homme.
Adroit comme un singe. Se dit d’un homme agile et industrieux.
Malin comme un singe. Se dit d’un enfant fort espiègle, très-avisé.

(Halbert, 1849) : Chef d’atelier, le patron.

(Larchey, 1865) : « En revanche, les ours ont nommé les compositeurs des singes à cause du continuel exercice qu’ils font pour attraper les lettres dans les cinquante-deux petites cases où elles sont contenues. » — Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Patron, — dans l’argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier compositeur, — dans l’argot des imprimeurs.

(Rigaud, 1881) : Apprenti typographe.

(Rigaud, 1881) : Patron. Nom donné primitivement par les peintres en bâtiment aux bourgeois qui les employaient, et, par extension, par tous les ouvriers à leurs patrons. Aujourd’hui ce sobriquet est trop connu pour qu’il soit employé en présence du patron ou’ du contre-maître. Dans la plupart des ateliers on choisit un sobriquet qui rappelle soit les mœurs, soit les habitudes, soit une infirmité du patron.

(Boutmy, 1883) : s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n’est plus guère usité aujourd’hui et qui a été remplacé par l’appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite. Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.

Les noms d’ours et de singe n’existent que depuis qu’on a fait la première édition de « l’Encyclopédie », et c’est Richelet qui a donné le nom d’ours aux imprimeurs, parce que, étant un jour dans l’imprimerie à examiner sur le banc de la presse les feuilles que l’on tirait, et s’étant approché de trop près de l’imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l’auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l’auteur d’appeler les imprimeurs à la presse des ours, et aux imprimeurs à la presse d’appeler les compositeurs des singes.

(Momoro.)

Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d’hommes de lettres, et MM. les imprimeurs de celui d’hommes du barreau.

(Virmaître, 1894) : Patron. Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers, nomment leur patron un singe. Singe, ouvrier compositeur. Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut chercher des grimaces (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Patron.

(Hayard, 1907) : Patron.

Singe botté

(Delvau, 1867) : s. m. Homme amusant, gros farceur, dans l’argot des bourgeoises.

Singe de la rousse

(Rigaud, 1881) : Officier de paix, — dans le jargon des voleurs.

Singe en Afrique (aller chercher un)

(Merlin, 1888) : Partir pour les compagnies de discipline.

Singe, singesse

(La Rue, 1894) : Patron, patronne. Faire le singe, attendre.

Singeries

(Delvau, 1867) : s. f. Grimaces, mines hypocrites, comédie de la douleur, — dans l’argot du peuple, qui n’aime pas les gens simiesques.

Singesse

(Rigaud, 1881) : Patronne, femme du patron. — Prostituée, — dans le jargon des femmes du monde.

Single

(Rossignol, 1901) : Pris de boisson.

Singleurs

(Virmaître, 1894) : Les doigts (Argot du peuple). V. Salsifits.

Singulier pistolet

(Delvau, 1867) : s. m. Homme bizarre, original, qui ne fait rien comme tout le monde, part quand il faudrait rester, et reste quand il faudrait partir.

Sinqui

(Halbert, 1849) : Cela.

Sinve

(Larchey, 1865) : Dupe. — Corruption du mot simple. — V. Affranchir, Rifle.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme simple, imbécile, bon à duper, dans l’argot des voleurs. Quelques lexicographes de la rue affirment qu’on écrit et prononce sinvre. Affranchir un sinve. Faire d’un paresseux un voleur, ou d’un débauché un escarpe.

(Rigaud, 1881) : Simple, niais.

(La Rue, 1894) : Simple, niais. Dupe, victime. Asinver, abêtir.

(Virmaître, 1894) : Bonne tête, bon à fabriquer. Synonyme de pante argoté. Affranchir un sinve : rendre un imbécile, canaille et voleur. Il n’y a souvent pas grande besogne à faire (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Voir pantre.

(Hayard, 1907) : Homme naïf.

Sinverie

(Rigaud, 1881) : Niaiserie.

Sinves (des)

(Halbert, 1849) : Des simples.

Sinvinerie

(Delvau, 1867) : s. f. Niaiserie.

Sinvre

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Niais, idiot. Faire le sinvre, faire la bête.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bête.

Sioner

(Clémens, 1840) : Assassiner.

Siphon (faire)

(Fustier, 1889) : Argot du peuple. Vomir.

Sirène

(Delvau, 1864) : Fille publique qui cherche à attirer l’homme en chantant, — pour le faire chanter a son tour.

Sirop

(Delvau, 1867) : s. m. Vin, — dans l’argot des faubouriens, qui ont l’honneur de se rencontrer avec Rabelais : « Après s’être bien antidoté l’haleine de sirop vignolat, » dit l’immortel Alcofribas Nasier. Avoir un coup de sirop de trop. Être ivre.

(Rigaud, 1881) : Vin. — Un coup de sirop.

Sirop d’alfa

(Merlin, 1888) : Absinthe.

Sirop de baromètre

(Rigaud, 1881) : Eau. Variante : Sirop de grenouilles.

Sirop de giberne

(Merlin, 1888) : Pour sirop de Gibert.

Sirop de macchabée

(Virmaître, 1894) : Allusion aux gens qui se noient. Ils sirotent bien malgré eux l’eau de la rivière (Argot des voleurs).

Sirop de navet

(Delvau, 1864) : Le sperme, par allusion à la forme du navet et à sa couleur.

Sans donner l’temps qu’ell’ réfléchisse,
J lui r’passe, afin qu’a s’ rafraîchisse,
D’la liqueur du nœud conjugal
Et l’ sirop d’ navet pectoral.

(Chanson anonyme moderne.)

Siroter

(d’Hautel, 1808) : Gobelotter, faire débauche de vin ; grenouiller, lamper, iyrogner.

(Larchey, 1865) : Boire.

Son bonheur était d’aller siroter le vin à dix de la Courtille.

Ricard.

(Delvau, 1867) : v. a. Boire plus que de raison. Signifie aussi Boire à petits coups.

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Nettoyer à fond la tête de quelqu’un, la bien peigner, friser et pommader. Argot des coiffeurs.

(Rigaud, 1881) : Coiffer, friser et pommader avec soin, — dans le jargon des coiffeurs.

(Rigaud, 1881) : Boire à petits coups. Savourer ce qu’on boit.

Siroter le bonheur

(Delvau, 1867) : v. a. Être dans la lune de miel. Argot des faubouriens.

Siroteur

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne.

Siroteur, Siroteuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui boit à petits coups, qui déguste ce qu’il boit.

Sitrin

(Halbert, 1849) : Noir.

Sitron

(Halbert, 1849) : Aigre.

Sive

(Rigaud, 1881) : Poule.

Six

(Larchey, 1865) : Chandelle de six à la livre.

Voyons que j’allume ce bout… Tiens, vous usez des six, Plumet, c’est comme moi.

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. f. Une des six chandelles dont se compose un paquet d’une livre. Brûler des six. N’employer que ces chandelles-la.

Six et trois font neuf

(Rigaud, 1881) : Boiteux. Allusion à l’allure inégale des boiteux dont les pas semblent marquer des nombres différents.

Six francs

(Rigaud, 1881) : Planche à repasser à l’usage des tailleurs.

Six-francs

(Delvau, 1867) : s. m. Outil de bois sur lequel on repasse les habits, — dans l’argot des tailleurs.

Six-quatre-deux (à la)

(Delvau, 1867) : adv. Sans soin, sans grâce, à la hâte, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : À la diable, en un clin d’œil.

Elle se cambra sur sa chaise, les yeux brillants de la conversion qu’elle venait d’opérer à la six-quatre-deux, le temps de pousser un ainsi soit-il.

(Hennique.)

Skating à mouche

(Virmaître, 1894) : La tête. Les mouches, quand l’homme est chauve, y patinent à leur aise (Argot du peuple). N.

Slassique

(La Rue, 1894) : Ivre. Slassiquer, s’enivrer.

Slaze

(Fustier, 1889) : Ivrogne.

Smala

(Delvau, 1867) : s. f. Famille, ménage, — dans l’argot des troupiers qui ont fait les campagnes d’Afrique. Se dit depuis la prise de la smala d’Abd-el-Kader par le duc d’Aumale.

Smalah

(Larchey, 1865) : Ménage, réunion de la femme, des enfants et du mobilier. Le mot vient d’Algérie.

Snob

(Delvau, 1867) : s. m. Fat, ridicule, vaniteux, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression au Livre des Snobs de Thackeray, comme si nous n’avions pas déjà le même mot sous une douzaine de formes.

Snob, Snoboye

(Rigaud, 1881) : Noble, beau, correct, — dans le jargon du peuple.

Snobisme

(Delvau, 1867) : s. m. Fatuité, vanité.

Snoboye

(Larchey, 1865) : Très-bien. V. chocnoso.

(Delvau, 1867) : adj. Parfait, excellent, chocnosof, — dans l’argot des faubouriens.

Sobriquet

(d’Hautel, 1808) : Surnom équivoque et satirique que l’on donne à une personne. Le peuple dit corruption, soubriquet.

Soce

(Fustier, 1889) : Société.

(Rossignol, 1901) : Groupe de malfaiteurs. Toute la soce a pris la fuite en voyant un chapeau de gendarme.

Sociable

(Rossignol, 1901) : Complice, ami.

Société du doigt dans l’œil

(Delvau, 1867) : s. f. Association pour rire, formée par Nadar, dans laquelle on enrégimente à leur insu les gens qui « se fourrent le doigt dans l’œil ».

Société du faux col

(Delvau, 1867) : s. f. Société de secours mutuels que forment entre eux les comédiens pour se débarrasser des raseurs, des importuns, des gêneurs. Le signe de détresse que font entre eux les membres de la Société du faux col consiste à passer le doigt sur le col de la chemise. Cette société s’appelle aussi la Société du rachat des captifs.

Socratiser

(Delvau, 1864) : Préférer les hommes — comme Socrate, le plus sage des hommes, dit-on, préférait Alcibiade, qui en était le plus beau.

Soda

(Delvau, 1867) : s. m. Mélange de sirop de groseille et d’eau de seltz (soda-water).

Sodomie, sodomiser

(Delvau, 1864) : Enculer une femme — ou un homme.

Sodomise deux coups et deux fois déchargeant,
Il retire du cul deux fois son vit bandant.

Piron.

Quoi, disent’elles, si les flammes
Sodomites brûlent les âmes,
On ne le fera plus qu’aux garçons.

Collé.

Peut-être aurait-il trouvé plus à propos de passer pour cocu que pour sodomite.

Tallemant des Réaux

Il la quitte alors pour l’engin
D’un franciscain que sodomise
Un prélat…

B. de Maurice.

Tout Africain est sodomite,
Ainsi l’exige le climat :
On comprend ça.

Alex. Pothey.

Sœur

(Larchey, 1865) : Maîtresse. — Terme ironique inventé pour railler ceux qui dissimulent leurs bonnes fortunes sous des liens de parenté fictifs.

Au quinzième siècle, on disait d’une fille débauchée qu’elle était de nos cousines.

Ducatiana, 1738.

Il règne entre ces termes de sœur et de cousine une analogie qui confirme notre étymologie.

Sais-tu ce qu’il me répond ? « Et ta sœur ? » — Je l’aurais cogné.

Monselet.

J’n’ai pas de sœur, et voilà pourquoi J’trouve étonnant qu’chaq’jour on m’dise : Et ta sœur ?

Ch. Blondelet, Chanson.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des soldats et des voyous, lui, sans s’en douter, se servent du même mot que les Romains, dans le même sens, soror. Les Romains avaient de plus le mâle de la sœur, qui était le frater. On dit aussi : Nos sœurs du peuple, pour désigner certaines victimes cloîtrées, qui ne se plaignent pas de l’être. Au XVIe siècle, on disait : Nos cousines. Sœur se trouve, avec cette dernière acception, dans le Dictionnaire de Leroux.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme, — dans l’argot des francs-maçons.

(Rossignol, 1901) : Voir chatte. Pour ces individus, celui qui se livre à cette passion est désigné par eux sous le nom de sœur. — « Je te présente une sœur la Pompadour. »

Sœur (et ta) ?

(Rigaud, 1881) : Réplique grossière, gouailleuse, qui, pendant un certain temps, a couru du faubourg dans le monde des filles et dans les ateliers d’artistes. Rengaine débitée à tout propos. Mot à mot : ta sœur est-elle heureuse ? Allusion à une trop fameuse chanson populacière, chantée sur l’air de la valse de la Fille du régiment :

Et ta sœur est-elle heureuse ?
A-t-ell’ z’évu beaucoup d’enfants,
Fait-elle toujours la gueuse
Pour la somme de trois francs ?

C’était une façon de dire à quelqu’un : « Je me moque de ce que vous me dites. Si nous parlions d’autre chose ? » — Suivant certains étymologistes, l’expression ne serait que la parodie de cette phrase banale et cérémonieuse usitée parmi les bourgeois : « Et madame, comment va-t-elle ? et votre fille, et votre sœur ? » — Peut-être, et c’est notre opinion, la réplique suivante de l’Aïeule de MM. d’Ennery et Charles Edmond a-t-elle inspiré et la chanson citée plus haut et, par contre, la si populaire rengaine.

Jeanne. — Et ta sœur ?
La douairière. — Ta sœur… ta sœur…

Sœur de charité, Surfine

(Rigaud, 1881) : Voleuse qui exploite les nécessiteux sous prétexte de leur procurer des secours.

Sœurs (les deux)

(Virmaître, 1894) : Nattes de cheveux que les femmes portent tressées sur leurs épaules. Mes deux sœurs, pour : testicules (Argot des voyous).

Sœurs blanches

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les dents, — dans l’argot des voleurs.

Sœurs blanches (les)

(Rigaud, 1881) : Les dents. (Fr. Michel.) Que de sœurs blanches ne sont que des sœurs grises !

Soi

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas de petit chez soi. Signifie que quels que soient la liberté, l’aisance et le bien-être dont on jouisse chez les étrangers, on n’est jamais aussi bien que chez soi.

Soie

(d’Hautel, 1808) : Un habillé de soie. Pour dire un porc, un cochon, un pourceau.

Soif

(d’Hautel, 1808) : Il a faim comme la rivière à soif. Se dit de quelqu’un qui mange sans appétit, qui pignoche, qui mâchonne.
Il faut garder une poire pour la soif. C’est à-dire réserver quelque chose pour le besoin à venir.
La faim a épousé la soif. C’est la faim et la soif. Locutions satiriques que l’on applique à deux à personnes sans biens qui s’unissent par le mariage.

Soif (Il fait)

(Rigaud, 1881) : Le besoin de boire se faire sentir.

Il fait soif, venez boire un coup avec moi.

(P. de Kock, Le Sentier aux prunes.)

Soiffard

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Soiffeur.

(Virmaître, 1894) : Homme qui a toujours soif. Dans le peuple, comme superlatif, on dit : Il boirait la mer et les poissons (Argot du peuple).

Soiffard, soiffeur

(Larchey, 1865) : Grand buveur.

Le franc soiffeur Offre son cœur, Avec un sou d’galette.

Dalès.

Soiffard de Nini Moulin.

E. Sue.

Soiffer

(d’Hautel, 1808) : Pour riboter, ivrogner, pinter, faire débauche de vin.

(Larchey, 1865) : Boire outre mesure comme si on avait grand’soif.

Là, j’soiffons, Je n’sais comme, Chacun nos trois poissons.

Les Amours de Jeannette, ch., 1813.

T’as soiffé, malheureux, Que c’en est désastreux.

Moineaux.

(Delvau, 1867) : v. n. Boire outre mesure, — sous prétexte de soif.

(Rigaud, 1881) : Boire beaucoup.

(Virmaître, 1894) : Boire comme une éponge (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Boire beaucoup.

Soiffeur, Soiffeuse

(Rigaud, 1881) : Buveur, buveuse intrépide.

Soigné

(Delvau, 1867) : s. m. Chose de qualité supérieure, vin ou chapeau, tabac ou salade, etc.

Soignée

(Larchey, 1865) : « Oh ! en v’là une soignée ! » — La Bédollière. — Voilà un fait à noter soigneusement.

(Delvau, 1867) : s. f. Chose étonnante, difficile à croire ; événement extraordinaire. Signifie aussi elliptiquement. Correction violente, — pile donnée avec soin.

Soigner

(Clémens, 1840) : Corriger.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre quelqu’un avec un soin dont il n’est nullement reconnaissant.

(La Rue, 1894) : Battre, corriger.

Soigner l’enfant

(Rigaud, 1881) : Ne pas ménager les applaudissements, soigner le succès de la pièce, le soir d’une première représentation, — dans le jargon du théâtre.

Soigner ses entrées

(Delvau, 1867) : Se faire applaudir à son entrée en scène par les chevaliers du lustre. Argot des coulisses.

Soigneux

(d’Hautel, 1808) : Il est soigneux, il ne laisse rien traîner. Se dit par raillerie d’un homme qui est enclin à dérober, qui s’approprie tout ce qui lui tombe sous la main.

Soir

(Delvau, 1867) : s. m. Journal du soir, — dans l’argot des gandins. Cette ellipse est à la mode depuis quelque temps dans les cafés des boulevards.

Soirée blanche

(Fustier, 1889) : Soirée où il n’y a que des intimes, où se trouve banni l’apparat des grandes réceptions.

Chaque hiver, elle donnait plusieurs grandes fêtes… ; entre temps, elle conviait ses intimes à des soirées blanches.

(H. Tessier : Madame Vidocq.)

Soireux, soiriste

(Fustier, 1889) : Nous avions déjà les lundistes et les salonniers, voici maintenant les soireux et les soiristes (l’un et l’autre se dit ou se disent), c’est-à-dire, dans le jargon du jour, les journalistes chargés de faire ce genre d’articles, qu’Arnold Mortier inventa dans le Figaro sous cette rubrique : La Soirée parisienne. C’est, je crois, à M. E. Bergerat que revient la paternité de ces deux nouveaux vocables.

Quelles patraquées petites femmes que vos confrères éminents, les soireux sympathiques !

(France libre, janvier 1886.)

Soissoné

(Larchey, 1865) : Haricot (Vidocq, 1837). — Soissons est la patrie des haricots.

Soissonnais

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Haricots, — dans l’argot des voleurs, qui savent que Soissons est la patrie de ce farineux.

(Virmaître, 1894) : Des haricots (Argot des voleurs).

Soissonné

(Rigaud, 1881) : Haricot. Un souvenir de reconnaissance à l’adresse de la ville de Soissons, patrie des haricots, haricots plus célèbres cent fois que tous les comtes également de Soissons, et qui, plus qu’eux, ont fait du bruit dans le monde, sans compter celui qu’ils feront encore.

Soixante-neuf

(Rigaud, 1881) : Double contre-sens qu’a omis de signaler Dorât dans son poème des Baisers. Variante Musique d’Antibes.

Soixante-neuf (faire)

(Delvau, 1864) : C’est faire tête-bêche (V. ce mot), les deux chiffres (69) le disant éloquemment.

Que fait Bacchus quand, accablé d’ivresse,
Son vit mollit et sur le con s’endort ?
Soixante neuf et son vit te redresse,
Soixante-neuf ferait bander un mort !

(Parnasse satyrique.)

Soixante-six

(Fustier, 1889) : Variété de souteneur.

Soixante-six, soubroche

(La Rue, 1894) : Souteneur.

Soldat du pape

(Larchey, 1865) : Voir pape.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais soldat, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Mauvais soldat. Soldat qui préfère le feu de la cuisine au feu de peloton.

Soldats

(Delvau, 1867) : s. m. pl. De l’argent, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que l’argent est le nerf de la guerre. Dans les Joyeuses Commères de Windsor, Shakespeare fait dire par Falstaff à Ford : Money is a good soldier, Sir, and will on. (L’argent est un bon soldat, il pousse en avant.)

Soldats (des)

(Rigaud, 1881) : De l’argent, — dans l’ancien argot.

Solde

(Delvau, 1867) : s. m. Restant d’étoffe ; coupon, — dans l’argot des marchands.

(Delvau, 1867) : s. m. Chose de médiocre valeur, — dans l’argot des gens de lettres. Cigare de solde. Mauvais cigare. Dîner de solde. Exécrable dîner.

(Virmaître, 1894) : Quand un négociant veut liquider, il solde le restant de ses marchandises. Elles sont généralement achetées par des juifs qui, à leur tour les soldent, partout où ils peuvent en y joignant souvent des marchandises volées (Argot du peuple).

Soleil

(d’Hautel, 1808) : Avoir son coup de soleil. Avoir une pointe de vin, être en gaieté.
Le soleil luit pour tout le monde. La plupart des aubergistes et marchands de vins prennent ce proverbe pour enseigne.

(Halbert, 1849) : Exposition au carcan.

(Rigaud, 1881) : Mise en pâte d’un paquet, — dans le jargon des typographes. Le paquet ordinairement se crève au milieu et présente, avec un peu de bonne volonté, l’aspect d’un soleil, au moins d’un soleil de feu d’artifice. La variante est : Pâté.

Soleil (avoir un coup de)

(Larchey, 1865) : S’enivrer. — Piquer un soleil : Rougir.

Solenniser la saint-Priape

(Delvau, 1864) : Baiser, le dieu des jardins étant le dieu de l’amour.

Or, un jour que Sa Sainteté
Solennisait la Saint-Priape
Sur l’autel de la volupté…

B. De Maurice.

Solférino

(Delvau, 1867) : adj. et s. Couleur rouge violacée, fort à la mode depuis la guerre d’Italie.

Solide

(d’Hautel, 1808) : Il est solide au poste. Pour, il est fort, vigoureux, capable de se défendre contre toute attaque ; il peut faire face à tout.

Solir

(anon., 1827) : Le ventre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vendre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Le ventre.

(Halbert, 1849) : Vendre.

(Larchey, 1865) : Vendre.

J’ai rencontré marcandière qui du pivois solisait.

Vidocq.

V. Fourgat, Roue. — Solliceur : Marchand. — Solliceur de lacets : Gendarme.

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre, — dans l’argot des voleurs. Solir sur le verbe. Acheter à crédit, — c’est-à-dire sur parole.

(La Rue, 1894) : Vendre. Soliceur, marchand. Soliceur de lofitudes, journaliste.

(Virmaître, 1894) : Vendre. Ce mot a donné naissance à une expression des plus pittoresques. Pour dire que l’on achète sur parole, on emploie cette phrase : Solir sur le verbe (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Vendre.

Solire

(M.D., 1844) : Vendre.

Solissant

(Halbert, 1849) : Vendant.

Solitaire

(Larchey, 1865) : Spectateur qui, pour payer moins cher sa place, entre au théâtre dans les rangs de la claque. Son nom indique qu’il ne se croit pas obligé de faire chorus avec ses bruyants compagnons.

Grâce a une pièce de cinquante centimes, j’entrai en qualité de solitaire.

A. Second.

(Delvau, 1867) : s. m. Spectateur qui ne paye sa place que moitié prix, mais à la condition d’entrer au théâtre dans les rangs de la Claque, sans être forcé d’applaudir comme elle. Argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Chevalier du lustre qui applaudit en amateur. Le solitaire paye demi-place et grossit la phalange des claqueurs. Il n’est pas précisément tenu d’applaudir, mais il applaudit tout de même, parce qu’il est bien élevé et que l’exemple est contagieux.

Solliceur

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand, — dans l’argot des voleurs. Solliceur à la pogne. Marchand, ambulant. Solliceur de lacets. Gendarme. Solliceur de loffitudes. Homme de lettres.

Solliceur à la gourre

(Rigaud, 1881) : Filou qui vend très cher à des imbéciles des objets sans valeur.

Solliceur de lacets

(Rigaud, 1881) : Gendarme.

Solliceur de loffitudes

(Rigaud, 1881) : Journaliste. Mot à mot : marchand de bêtises, — dans le jargon des voleurs.

Solliceur de pognon

(Rigaud, 1881) : Banquier.

Solliceur de zif

(Virmaître, 1894) : Commis-voyageur marron qui vend sur faux échantillons. C’est une variété du goureur. Zif veut dire marchandise imaginaire. Le solliceur à la pogne est le frère du solliceur de zif (Argot des voleurs).

Solliceur, Solliceuse

(Rigaud, 1881) : Marchand, marchande. — Solliceur, solliceuse à la pogne, solliceur, solliceuse à la trime, au trimard, marchand ambulant, marchande ambulante.

Sollir

(Rigaud, 1881) : Vendre. — Solliçage, vente.

Solution de continuité

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où il y a-en effet use sorte d’interruption de surface.

Bref aussitôt qu’il aperçut l’énorme
Solution de continuité,
Il demeura si fort épouvanté,
Qu’il prit la fuite.

La Fontaine.

Sombre (la)

(Rigaud, 1881) : La préfecture de police, — dans le jargon des voleurs. Le jour y a été ménagé avec parcimonie et la gaieté n’y brille pas précisément.

Sombriole

(La Rue, 1894) : Nuit très sombre.

Sommier de caserne

(Fustier, 1889) : Fille à soldats.

Son

(d’Hautel, 1808) : Robe de velours, ventre de son. Se dit de ceux qui préfèrent l’éclat de la parure au luxe de la table.
Moitié farine et moitié son. Se dit de toutes choses mêlées, ou faites moitié de gré, moitié de force.

Son compte est bon

(Larchey, 1865) : Se dit d’un coupable à punir et dont on compte les méfaits.

Sonde

(Larchey, 1865) : Médecin (Vidocq). — Il sonde l’état de votre santé.

(Delvau, 1867) : s. f. Médecin, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Médecin ; parce qu’il sonde, interroge le malade.

(La Rue, 1894) : Médecin.

Sonder

(d’Hautel, 1808) : Essayer, éprouver, questionner, interroger, tirer les vers du nez.
Sonder le gué, le terrain. Étudier, peser une affaire ; tâcher de savoir, si on peut s’y engager sans danger.

(Rigaud, 1881) : Espionner.

(Rossignol, 1901) : Chercher à savoir une chose, prêcher le faux pour savoir le vrai, est sonder.

Sondeur

(Larchey, 1865) : Commis d’octroi (id.) — Il sonde les voitures qui passent.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Sournois, prudent, malin, — dans l’argot des faubouriens. Aller en sondeur. S’informer avant d’entreprendre une chose, écouter une conversation avant de s’y mêler. Père sondeur. Bonhomme rusé, dont personne ne se méfie, et qui se joue de tout le monde.

(Rigaud, 1881) : Commis d’octroi. — Espion. — Libertin qui, soit au théâtre, soit au bal, profite de l’échancrure des corsages pour y plonger un œil indiscret, et qui prétexte, quelquefois, que le vide attire.

(La Rue, 1894) : Espion. Observateur.

(Virmaître, 1894) : Avocat. L. L. Sondeur, sonder quelqu’un pour savoir ce qu’il a dans le ventre. Allusion au sondage d’un terrain pour en reconnaître la nature (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Malin hypocrite.

Songe

(d’Hautel, 1808) : Tous songes sont mensonges. Pour dire qu’il ne faut pas ajouter foi aux rêves que l’on fait.

Songe-creux

(d’Hautel, 1808) : Taciturne, rêveur, mélancolique.

Songe-malice

(d’Hautel, 1808) : Espiègle, escarbillard, qui a l’humeur gaie et enjouée.

Songer

(d’Hautel, 1808) : Songer à la malice. Trouver finesse dans les propos les plus innocens ; avoir toujours l’humeur à la plaisanterie.

Sonner

(Rigaud, 1881) : « Sonner un individu c’est le saisir par les oreilles ou par les cheveux et lui cogner la tête contre un corps dur. » (P. Mahalin, Les Monstres de Paris, 1880.)

Ce n’est pas moi qui l’a sonné, a-t-il dit au juge.

(Affaire de la Villette, Petit-Journal, du 27 octobre 1878.)

(Rigaud, 1881) : Être à l’agonie, râler, — dans le jargon des infirmiers.

Le râle se fit entendre, et le veilleur après l’avoir arrangé, s’en retourna en disant : il sonne le premier.

(Jean Journet, Cris et soupirs, 1840.)

(La Rue, 1894) : Saisir un individu et lui cogner fortement la tête contre un corps dur.

(Virmaître, 1894) : Quand un client fait du tapage dans une maison de tolérance, le garçon le jette à la porte, et s’il se rebiffe, il lui casse la tête sur l’angle du trottoir ; la tête a sonné (Argot des souteneurs). N.

Sonner (se la)

(Rigaud, 1881) : Bien dîner, — dans le jargon des voleurs.

Sonner le bouton ou le tocsin

(Delvau, 1864) : Branler une femme ou un homme, — la femme avec le doigt, l’homme avec la

Le cochon sonnait le tocsin
Sur le bouton de son vagin
Avec son médium sans corne.

A. Watripon.

Tout aussitôt sur son lit il la couche,
Sonne au bouton !
La reine alors déchargeant dans sa bouche,
Dit que c’est bon !

(La Gastibelzade.)

Sonner son fils

(Delvau, 1864) : Se branler. — L’expression, très juste comme image, a été trouvée par une dame ; Mme Octave, actrice du Vaudeville. On dit encore : Agacer le sous-préfet, se balancer le Chinois, Crier Vive l’empereur, Se donner une Saragosse, Se polir la colonne, Épouser la veuve Poignet, Se coller une douce.

Sonner un gosse

(Rigaud, 1881) : Se livrer à l’onanisme, — dans le jargon des barrières.

Sonnette

(Rigaud, 1881) : Petit émigré de Gomorrhe.

(Fustier, 1889) : Auxiliaire, femme de service, chargée, à la prison de Saint-Lazare, de se tenir à la disposition des employées et des sœurs et de répondre à leur appel. Les sonnettes vont chercher dans les cours, dans les préaux, dans les bâtiments et amènent dans les bureaux les détenues dont on a besoin pour un service quelconque.

(Rossignol, 1901) : Argent.

Sonnette de bois

(Delvau, 1867) : s. f. Sonnette d’hôtel garni que l’on bourre de chiffons pour l’empêcher de sonner lorsqu’on veut s’en aller clandestinement. D’où l’expression Déménager à la sonnette de bois.

Sonnette de bois (déménager à la)

(Larchey, 1865) : Emporter ses effets sans avoir payé sa chambre, en tamponnant la sonnette d’éveil qui signale la sortie d’un hôtel garni.

Car il était réduit à déménager à la sonnette de bois (sans bruit et clandestinement).

Chenu.

Sonnette de nuit

(Delvau, 1867) : s. f. Houpette de soie blanche que les petites dames portent au capuchon de leurs caracos (1865).

Sonnettes

(d’Hautel, 1808) : Pour pécune, écus, argent monnoyé.

(Larchey, 1865) : Pièces d’argent. — Connu dès 1808.

Et les sonnett’s en poche, J’accours à l’Opéra.

Désaugiers.

Sonnette : Jeune sodomite (Vidocq.)

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Pièces d’or ou d’argent, d’une musique supérieure à celle de Rossini — pour les oreilles des petites dames.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Gringuenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. Argot des chasseurs.

(Rigaud, 1881) : Argent, argent qui sonne dans la poche.

T’as donc pincé des sonnettes ?

(J. Arago.)

Sur les bords du canal, il est dangereux de courir passé minuit, quand on a des sonnettes en poches.

(Paris à vol de canard.)

(Boutmy, 1883) : s. f. pl. Lettres ou mots mal justifiés qui tombent d’une forme qu’on lève de dessus le marbre. Les sonnettes diffèrent des sentinelles en ce qu’elles ne restent pas debout comme ces dernières.

(Virmaître, 1894) : Pièce de cent sous. Allusion au tintement que produisent en se heurtant les pièces, dans la poche du pantalon (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Grignenaudes de boue qui pendent aux poils des chiens. A. D. Sonnette s’applique à toutes les grignenaudes qu’elles soient de boue ou d’autres matières. Inutile d’insister (Argot du peuple).

Sonneur

(d’Hautel, 1808) : Boire comme un sonneur. C’est-à-dire, se laisser abrutir par le vin, comme le font les gens de cette condition.

Sophie (faire sa)

(Larchey, 1865) : Se donner des airs de sagesse. — Sophie et sagesse sont synonymes.

À quoi ça m’aurait avancé de faire ma sophie ?

Monselet.

(Rigaud, 1881) : Se faire prier ; faire la sucrée. — Fais donc pas ta Sophie, chipie !

Sophie (voir)

(La Rue, 1894) : Époques de la femme.

Sorbonne

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, le chef, la tête.
Quand il a mis quelque chose dans sa sorbonne, le diable ne lui en feroit pas sortir. Se dit d’un homme opiniâtre, entêté.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tête. Porter la sorbonne à Charlot, aller à l’échafaud.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tête.

(Halbert, 1849) : Tête.

(Larchey, 1865) : Cerveau. V. d’Hautel, 1808.

La sorbonne est la tête de l’homme vivant, son conseil, sa pensée.

Balzac.

Date du temps où les décisions de la Sorbonne faisaient plus de bruit dans le monde intellectuel. — V. Paumer.

(Delvau, 1867) : s. f. La tête, — parce qu’elle « médite, raisonne et conseille le crime ». Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Tête. Autrefois, c’était la tête sur les épaules, la tête qui pense. L’autre, la tête coupée, était la tronche. Messieurs les assassins, qui ne sont jamais sûrs de conserver cette partie si essentielle de leur individu, avaient créé deux mots pour exprimer les deux manières d’être, de la tête. Aujourd’hui sorbonne n’est guère plus usité.

(Virmaître, 1894) : Tête. Vieille expression ; on lit en effet, dans la chanson du Canstel :

Des réflexions m’trottaient dans la Sorbonne. (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Tête.

(Hayard, 1907) : Tête.

Sorbonne, boussole

(La Rue, 1894) : Tête.

Sorbonner

(Halbert, 1849) : Penser.

Sorcier

(d’Hautel, 1808) : C’est un vieux sorcier, une vieille sorcière. Épithètes injurieuses et de mépris que l’on donne à un homme vieux, méchant et radoteur ; à une femme âgée, laide et décrépite, qui a l’humeur acariâtre.
Ce n’est pas un grand sorcier. Pour dire qu’un homme n’est pas très-habile, très-exercé dans son art ou dans sa profession.

Sorcière

(Delvau, 1867) : s. f. Femme mal mise ou d’une figure ravagée, — dans l’argot des bourgeoises. Elles disent aussi Vieille sorcière.

Sorge

(Halbert, 1849) : La nuit.

Sorgue

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Nuit.

(Bras-de-Fer, 1829) : Nuit.

(Clémens, 1840) : Nuit.

(M.D., 1844) : La nuit.

(M.D., 1844) : La nuit.

(un détenu, 1846) : Nuit.

(Halbert, 1849) : La rue.

(Larchey, 1865) : Soirée, nuit. — Roquefort donne sorne avec la même signification. V. Baïte, Chenu, Billon.

(Delvau, 1867) : s. f. Nuit, — dans l’argot des voleurs. Les Maurice La Châtre de Poissy prétendent qu’il faut écrire Sorgne.

(Rigaud, 1881) : Nuit, soir. — Sorgabon, bonsoir, bonne nuit ; qui ne vient pas du tout du basque gabon, bonsoir, comme l’a avancé V. Hugo. Sorgabon, c’est bon sorgue retourné.

(La Rue, 1894) : Nuit. Sorguer, dormir.

(Virmaître, 1894) : La nuit (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : La nuit.

(Hayard, 1907) : Nuit.

Sorgue (la)

(M.D., 1844) : La nuit.

Sorgue ou sorgne

(anon., 1827) : La nuit.

Sorguer

(Clémens, 1840) : Passer la nuit.

(Larchey, 1865) : Passer la nuit.

Content de sorguer sur la dure, va, de la bride (chaîne) je n’ai pas peur.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. n. Passer la nuit.

(Virmaître, 1894) : Dormir. C’est une très vieille expression. D’autres écrivent sorgne ; c’est une erreur (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Dormir.

Sorguer à la paire

(Virmaître, 1894) : Coucher à deux (Argot des voleurs).

Sorgueur

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur de nuit.

(Virmaître, 1894) : Voleur de nuit (Argot des voleurs).

Sorlot

(Rigaud, 1881) : Soulier, — dans le jargon des voleurs. — Foutre un coup de sorlot dans le tabernacle à faire sauter le saint ciboire, donner un coup de pied dans le ventre à décrocher le cœur.

(La Rue, 1894) : Soulier.

Sorlots

(Virmaître, 1894) : Souliers (Argot du peuple). V. Ripatons.

Sorne

(Halbert, 1849) : Noir.

(Rigaud, 1881) : Nuit ; pour sorgue. — Noir.

Sort (il me)

(Larchey, 1865) : Se dit de quelqu’un dont on ne peut supporter la vue.

Sort-l’eau

(Hayard, 1907) : Souliers.

Sorte

(d’Hautel, 1808) : Plaisanterie, gausse, mensonge, gasconnade, conte fait à plaisir, récit peu digne de foi.
C’est une sorte, une bonne sorte. Pour dire, que ce que dit quelqu’un est controuvé ; que c’est une plaisanterie, un conte en l’air.

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, balançoire, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Mensonge, bourde, mystification, — dans le jargon des typographes. — Au propre, les sortes sont les lettres de même caractère, de même sorte. — Chiquer des sortes, puiser dans la casse du voisin les lettres dont on a besoin.

(Boutmy, 1883) : s. f. Quantité quelconque d’une même espèce de lettres. Au figuré, conte, plaisanterie, baliverne. « Conter une sorte », c’est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie « Oui, oui, c’est bien, soit ; je n’en crois pas un mot. » — « Il paraît qu’il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l’œil. » Ou bien encore : « Le prote va mettre en main l’Histoire de la Chine dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12. » C’est une scie qu’on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde. On dit aussi « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape. Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé. Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l’attitude d’un compositeur dans son dur. « Quand un compositeur n’est pas matineux, dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C’est l’assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres : blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu’on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l’on peut trouver. » Voici une autre sorte en action dont la victime s’est longtemps souvenue. C’était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s’y égarer et d’acheter à la criée un lot de volailles : des poulets, des pigeons ou des oies. À l’atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts ; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales : il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu’un jeune fiancé gagna à cette loterie d’un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l’enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive ; notre jeune homme se hâte d’endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous », s’écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d’yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau ; c’en était un véritablement. On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d’un moment pour s’esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s’assied à sa place en grommelant. L’amoureux typo, s’apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l’emmène à la cuisine, et quelle n’est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose. L’oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête. Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu’il ne soit pas possible de voir ce qu’il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s’essaye à jeter une pièce de monnaie ; mais il n’atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe ; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l’avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis… comment dire ? remplis d’ordure. Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu’à nos jours.

(La Rue, 1894) : Mensonge, bourde, mystification.

(Virmaître, 1894) : Quand un camarade quitte son rang pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond :
— Laisse-moi avec ta sorte.
Pour une mauvaise plaisanterie l’aile à un camarade, la réponse est la même. L’expression sorte vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une casse, la sorte est absente.
Sortier, celui qui fait des sortes (Argot d’imprimerie).

Sorti (être)

(Rigaud, 1881) : Avoir l’esprit ailleurs, être distrait.

Sortie

(d’Hautel, 1808) : On lui a donné la soupe, le bouilli, l’entrée et la sortie. Se dit par plaisanterie d’une personne chassée ou mise à la porte au sortir de table.

(Delvau, 1867) : s. f. Discours inconvenant ; emportement plus ou moins violent. Argot du peuple.

(Rossignol, 1901) : Dire des sottises à quelqu’un est lui faire une sortie. — « j’ai été, chez toi, te chercher, ta femme m’a fait une sortie pas ordinaire. »

Sortie d’hôpital

(Rigaud, 1881) : Longue capote en forme de robe de chambre. Les variantes sont : Gâteuse, ulster.

Sortilège

(d’Hautel, 1808) : Maléfice dont se servent les sorciers.
Les personnes qui parlent mal ont coutume de de prononcer sorcilège.

Sortir

(d’Hautel, 1808) : On diroit qu’il sort de dessous une cloche. Voyez Cloche.
Cela lui entre par une oreille et lui sort par l’autre. Pour dire que quelqu’un ne fait aucune espèce d’attention aux reproches qu’on lui fait ou aux avis qu’on lui donne.
Si on le fait sortir par la porte, il rentre par la fenêtre. Se dit d’un importun dont on ne peut parvenir à se débarrasser.

(Delvau, 1867) : v. a. Transporter un mobilier extra-muros, — dans l’argot des déménageurs. Le rentrer. Le ramener à Paris. On dit de même Sortie pour un déménagement extra-muros, et Rentrée pour le contraire.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir des absences d’esprit, être distrait, — dans l’argot du peuple. On dit mieux Être sorti ou Être ailleurs, pour n’être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu’on dit autour de soi.

(Delvau, 1867) : v. n. Être insupportable, — dans l’argot des faubouriens. Ce verbe ne s’emploie guère qu’à la troisième personne de l’indicatif présent : Il me sort, — c’est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué. Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent : Il me sort par le cul.

(La Rue, 1894) : Être insupportable.

Sortir d’une boite

(Delvau, 1867) : v. n. Être vêtu avec une propreté méticuleuse, — dans l’argot des bourgeois, qui ont des notions de blanchisseuse sur l’élégance. Ils disent aussi Avoir l’air de sortir d’une boîte.

Sortir les pieds devant

(Larchey, 1865) : « Le bruit courut que la jolie fille était séquestrée dans un cabinet noir et qu’elle n’en sortirait que les pieds devant. »

About.

C’est-à-dire qu’elle n’en sortirait que morte, emboîtée dans un cercueil.

(Delvau, 1867) : v. n. Être emporté mort, « cloué sous la lame », — dans l’argot du peuple, qui sait de quelle façon un cercueil sort d’une maison.

Sortir par le cul

(Rigaud, 1881) : Ennuyer superlativement, horripiler à l’excès.

Sot

(d’Hautel, 1808) : C’est un sot en trois lettres. Pour, il est d’une stupidité extrême.
De sot homme, sot songe. C’est-à-dire, qu’en toute occasion, un sot, qu’il dorme ou qu’il veille, est toujours sot.

Sot-l’y-laisse

(d’Hautel, 1808) : Le sot-l’y-laisse. Morceau délicat qui se trouve au-dessous du croupion d’une volaille, et que personne n’ose, par politesse, s’approprier.

(Delvau, 1867) : s. m. Le croupion d’une volaille, — dans l’argot des bourgeois.

Sottise

(d’Hautel, 1808) : Il est bâti comme une sottise. Se dit d’un petit homme de mauvaise tournure, contre fait.

Sottises (faire des)

(Delvau, 1864) : Peloter une femme, quand on est homme ; patiner un homme, quand on est femme ; copuler.

Enfin, finalement, a’ vous été contente ! — Oui, — Il n’a pas fait d’ sottises ! — Si tu veux.

H. Monnier.

Sou

(d’Hautel, 1808) : Propre comme un sou. Pour dire d’une très grande propreté.
Il reluit comme un sou dans la poche d’un aveugle. Manière ironique de dire qu’un homme n’a ni éclat, ni fraîcheur, ni beauté.
Il est fait comme quatre sous. Pour dire malproprement vêtu, mal arrangé ; ses vêtemens sont tout en désordre.
Il a tiré jusqu’à son dernier sou. Pour dire il a dépensé tout son argent, il a dissipé sa fortune entière.

Soubaroufs

(Rossignol, 1901) : Souliers.

Soubassement

(Virmaître, 1894) : Les pieds. Ils supportent le corps comme le soubassement d’un piédestal supporte la statue (Argot du peuple).

Soubroche

(Fustier, 1889) : Souteneur. Argot des voyous.

Souche

(d’Hautel, 1808) : Il dort comme une souche. Se dit par ironie d’un homme qui dort long-temps et profondément.
C’est une souche. Se dit d’une personne lourde et stupide, insensible à tout ; qui ne se donne ni activité, ni mouvement.

Souche (fumer une)

(Rigaud, 1881) : Être enterré.

Souci

(d’Hautel, 1808) : C’est le cadet de mes soucis. Manière ironique de faire entendre qu’on ne se met point en peine de quelque chose, qu’on n’y prend aucun intérêt ; qu’on s’en soucie fort peu.
Il ne vivra pas long-temps, il prend trop de soucis. Se dit par raillerie d’une personne qui s’entremêle dans toutes les affaires, qui intervient dans les intérêts d’autrui sans y être appelée.

Soucier

(d’Hautel, 1808) : Je m’en soucie comme de Colin tampon.
Je m’en soucie comme de la vieille morue.
Ces deux locutions ont absolument le même sens, et signifient qu’on se met peu en peine des menaces de quelqu’un, ou de la valeur d’une chose quelconque.

Soucoupe

(d’Hautel, 1808) : Petite assiette qui se place sous une tasse, et non Secoupe, comme on le dit vicieusement.

Soudeurs

(Halbert, 1849) : Commis de l’octroi aux barrières.

Soudrillard

(Larchey, 1865) : Libertin (Vidocq, 1837). — Soufflant : Pistolet.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Libertin, — dans l’argot des voleurs. Le vieux français avait Soudrille (soldat, ou plutôt soudard).

(Rigaud, 1881) : Libertin.

Soudrillard, sapajou

(La Rue, 1894) : Libertin.

Soudrille

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux et de mépris qui signifie un soldat sans honneur ; un frippon, un libertin.

Soufflant

(Delvau, 1867) : s. m. Pistolet, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Pistolet, — dans l’ancien argot. Il souffle la mort.

(Rigaud, 1881) : Trompette ; également surnommé au régiment : Trompion.

(La Rue, 1894) : Pistolet. Soufflante, trompette.

Soufflante

(Merlin, 1888) : Une trompette. Un soufflant, celui qui en joue.

Souffler

(d’Hautel, 1808) : Pour boire, ivrogner, siroter, s’enivrer, faire débauche de vin.
Il aime à souffler sa goutte. Pour, il prend plaisir à boire ; il est enclin à l’ivrognerie.
On diroit qu’il souffle des pois. Se dit par plaisanterie d’un homme qui a l’habitude d’enfler continuellement sa bouche, comme quand l’on souffle quelque chose de trop chaud.
Souffler le pion à quelqu’un. Le supplanter dans un emploi, ou lui ravir un avantage sur lequel il comptoit.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, s’emparer de quelque chose, — dans l’argot du peuple. Souffler la maîtresse de quelqu’un. La lui enlever, — et, dans ce cas-là, souffler, c’est jouer… un mauvais tour.

(Rigaud, 1881) : Arrêter, mettre en prison, — dans le jargon des filles.

Pour des riens, pour des bêtises, soufflée par les agents de police et mise à l’ombre, elle avait renoncé à sa liberté.

(E. de Goncourt, La Fille Elisa.)

(Rigaud, 1881) : Prendre. — Souffler une maîtresse.

(La Rue, 1894) : Prendre, s’emparer. Soufflé, arrêté.

Souffler dans le poireau

(Rigaud, 1881) : Fellare. — Faire une mauvaise application de l’art de Tulou. (Jargon des filles.)

Souffler des pois

(Delvau, 1867) : v. n. Agiter ses lèvres en dormant pour expirer l’air par petits coups secs. Les étudiants en médecine disent : Fumer sa pipe. Dans l’argot du peuple, Souffler des pois, c’est Faire l’important.

(Rigaud, 1881) : Dormir en soufflant de manière à produire une série de : peuh ! peub ! La variante est : Fumer sa pipe.

Le baron ne ronflait pas, mais, selon l’expression vulgaire et pittoresquement imagée, il soufflait des pois.

(André Theuriet, La Revanche du mari.)

Un homme si bon, si généreux, vous n’avez pas craint de le tromper ! — Monsieur le président, c’est que… — C’est que quoi ? — C’est qu’il souffle des pois.

Souffler mal

(Rigaud, 1881) : Avoir de mauvaises intentions. — Lorsqu’un voleur s’aperçoit qu’il a éveillé l’attention d’un agent, il dit : La donne souffle mal.

Souffler sa veilleuse

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon des garde-malades.

Souffler son copeau

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Travailler, — en terme de menuisier.

Soufflet

(d’Hautel, 1808) : Il a reçu un vilain soufflet. Pour dire, une grande mortification.
Cela ne vaut pas un clou à soufflet. C’est-à-dire est de nulle importance.

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex.

(Virmaître, 1894) : Le derrière. Il ne fait guère bon être sous le vent qu’il produit (Argot du peuple).

Soufflet (le vol au)

(Virmaître, 1894) : Ce genre de vol est très original, il est à la portée de tous et ne demande ni instrument ni apprentissage. Il s’agit simplement d’entrer dans un magasin au moment où une femme tire son portemonnaie de sa poche pour solder une emplète, de se précipiter en lui flanquant un soufflet à en voir trente-six chandelles, en lui disant à voix haute :
— Ah ! coquine, voilà où passe l’argent du ménage.
Pendant que la femme revient de sa surprise, le faux mari est loin (Argot des voleurs).

Soufflet à sa pelure (avoir donné un)

(Rigaud, 1881) : Porter un vêtement retourné.

Souffletade

(d’Hautel, 1808) : Décharge de plusieurs soufflets ; soufflets campés coup sur coup.

Souffleur

(d’Hautel, 1808) : Pour un buveur, un ivrogne, un fils de Noé.

Souffleur de boudin

(Delvau, 1867) : s. m. Homme à visage rubicond.

(Virmaître, 1894) : Individu à visage boursouflé, joufflu. Allusion au compagnon charcutier dont les joues gonflent quand il souffle dans le boyau. Cette expression est également employée d’une autre manière, sous forme de proposition… (Argot du peuple). N.

Souffrante

(Rossignol, 1901) : Allumette.

Souffrantes perlées

(Virmaître, 1894) : Allumettes (Argot des voleurs).

Souffre-douleur

(d’Hautel, 1808) : Celui qui, dans une société, supporte toutes les mauvaises plaisanteries ; ou qui est exposé à subir les caprices, les mauvais traitemens d’un homme supérieur.

Souflet (le)

(M.D., 1844) : L’estomac.

Soufrante

(Rigaud, 1881) : Allumette. Allusion au soufre.

(Merlin, 1888) : Allumette chimique, — de soufre.

(Hayard, 1907) : Allumette.

Souhaiter

(d’Hautel, 1808) : Je ne t’en souhaite pas autant au bout de la langue. Se dit à quelqu’un qui tourne en dérision les infirmités d’autrui.
Je t’en souhaite, minette. Pour dire, tu te flattes en vain, tu n’auras pas ce que tu demandes ; ce que tu dis n’est pas vrai.

Souillon

(d’Hautel, 1808) : Épithète injurieuse que l’on donne à une femme, sale, crasseuse, mal vêtue, et de mauvaise vie.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme malpropre, fille à soldats. C’est la malkin des voyous anglais.

Souillot

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, débauché, arsouille, — dans l’argot des faubouriens.

Soûl

(d’Hautel, 1808) : Deo gratias, les moines sont soûls. Se dit par plaisanterie, lorsque quelqu’un lâche un rot.
J’en suis soûl comme de la vieille morue. Manière incivile de dire qu’on est las, dégoûté de quelqu’un ou de quelque chose ; qu’on désiroit pour tout au monde en être débarssé.
J’en suis soûl. Pour, j’en suis dégoûté, rassasié.

Soulager

(Delvau, 1867) : v. a. Alléger la poche de son voisin de la montre ou de la bourse qu’elle contenait.

Soulager (se)

(Delvau, 1864) : Dépenser son sperme en baisant une femme, ou en se masturbant, — ce qui allège d’autant les rognons. Pauvre chat ! Eh bien, tu vas te soulager, mon chéri, je te le promets.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Meiere. Argot du peuple. Se dit aussi à propos de la fonction du plexus mésentérique.

Soulard

(d’Hautel, 1808) : Ivrogne, sac à vin, homme qui ne dessoule pas.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Ivrogne.

Soulasse

(La Rue, 1894) : Traître, trompeur. Jeu. La grande soulasse, l’assassinat.

Soûlasse

(Rigaud, 1881) : Traître, trompeur. (Colombey.)

Soulasse (grande)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Assassinat. Faire la grande soulasse, tuer les gens après les avoir volés.

Soûlasse (la grande)

(Rigaud, 1881) : L’assassinat ; l’habitude de l’assassinat. — Maquiller la grande soulasse, faire le métier d’assassin.

Soulasse, soulasser

(Clémens, 1840) : Joueur, jouer.

Soûler (se)

(Delvau, 1867) : Se goinfrer de vin ou d’eau-de-vie à en perdre la raison.

Soûles (compartiments des femmes)

(Rigaud, 1881) : Compartiment réservé aux femmes seules en chemin de fer. (Jargon du peuple.)

Souleur

(d’Hautel, 1808) : Frayeur, terreur panique, saisissement subit et souvent mal fondé ; fausse alarme.

(Delvau, 1867) : s. f. Frayeur subite et violente, qui remue le cœur et soûle l’esprit au point que, pendant qu’elle dure, on ne sait plus ce que l’on fait. Faire une souleur à quelqu’un. Lui faire peur.

Soulever

(Delvau, 1867) : v. a. Dérober adroitement, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Filouter.

(La Rue, 1894) : Filouter.

Soulier

(d’Hautel, 1808) : Il est mal dans ses petits souliers. Se dit d’un homme qui s’est fourré dans une mauvaise affaire, qui est mal à son aise, ou dont la fortune est embarrassée ; d’une personne qui est attaqué d’une maladie dangereuse.
Il a un petit pied, mais les grands souliers lui vont bien. Voyez Pied.
Il n’a pas de souliers dans les pieds. Pour dire, il est dans le plus grand dénûment, dans une misère affreuse.
C’est un faiseur de vieux souliers. Se dit d’un enfant qui ne fait que polissonner et courir les rues ; d’un fainéant, d’un vagabond, d’un vaurien.

Souliers à musique

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Qui craquent lorsqu’on les porte pour la première fois.

Souliers se livrant à la boisson

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers usés, prenant l’eau, — dans l’argot des faubouriens.

Souliers-Seize

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers très étroits (13 et 3), — dans l’argot ridiculement facétieux des bourgeois.

Soulographe

(Larchey, 1865) : Homme qui a fait de l’ivrognerie un métier. — Soulographie : Ivrognerie (Vidocq, 1837).

Ils feront de la soulographie, et adieu votre typographie, plus de journal !

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne abject. Argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Ivrogne induré.

(Virmaître, 1894) : Pochard qui prend trop souvent la barbe. Soulographie (en avoir une belle) : être pochard (Argot d’imprimerie).

Soulographie

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

(Rigaud, 1881) : Ivrognerie constitutionnelle.

Soulographier (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’enivrer crapuleusement.

Souloir

(Virmaître, 1894) : Un verre. L’allusion est claire ; plus le pochard boit de verres, plus il est saoul (Argot du peuple). N.

Souloir des ratichons

(Virmaître, 1894) : Autel sur lequel le prêtre dit la messe. La figure est fausse ; c’est le ciboire qui contient le vin qui est le souloir (Argot des voleurs).

Soulouque

(Rigaud, 1881) : Cinq et six d’un jeu de dominos. Allusion à la couleur noire de feu ce potentat.

Soupape

(Virmaître, 1894) : Casquette (Argot des souteneurs).

Soupape (serrer la)

(Rigaud, 1881) : Cherchez à étrangler son adversaire, — dans le jargon des ouvriers du fer.

Soupapes (faire cracher ses)

(Rigaud, 1881) : Se griser, — dans le même jargon.

Soupçon

(Larchey, 1865) : Quantité si minime, qu’on se demande si elle existe. De là le terme de soupçon.

Rien que de l’eau chaude avec un soupçon de thé et un nuage de lait.

A. de Musset.

(Delvau, 1867) : s. m. Très petite quantité, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Idée.

Soupe

(d’Hautel, 1808) : Il s’emporte comme une soupe au lait. Se dit d’une personne vive, et prompte à se mettre en colère.
Qu’on m’appelle comme on voudra, pourvu qu’on ne m’appelle pas trop tard à la soupe. Voyez Appeler.
C’est arrangé comme des cheveux sur de la soupe. Pour dire mal rangé, mal disposé, très-en désordre, dans une grande confusion.
Un docteur en soupe salée. Terme de dérision. Faux savant, pédant sans instruction.
Un mangeur de soupe apprêtée. Fainéant, paresseux, qui aime à faire bonne chère sans se donner la peine de travailler ; ou à retirer les bénéfices d’une affaire, sans avoir contribué en rien à son succès.
La soupe à perroquet. Du pain trempé dans du vin ; ce que les enfans appelle la trempette.
Trempé comme une soupe.
Pour dire mouillé jusqu’aux os.
Voulez-vous venir demain manger la soupe avec moi. Manière bourgeoise d’engager quelqu’un à dîner.

Soupé

(Rossignol, 1901) : Avoir assez d’une personne ou d’une chose. — « J’ai soupé de ma femme. » — « J’ai soupé de sa société. » — « J’ai soupé de sa conversation. »

Soupé !

(Hayard, 1907) : Assez !

Soupe (avoir) de la figure de quelqu’un

(La Rue, 1894) : Envoyer promener quelqu’un qui vous a trop ennuyé. Soupé ! assez !

Soupe (tremper une)

(Larchey, 1865) : Battre. — Mot à mot : faire avaler une correction.

Où qu’tu vas, Polite ? — Je vas tremper une soupe à ma femme.

Gavarni.

(Rigaud, 1881) : Corriger à coups de poing. — Battre l’ennemi, dans le jargon des troupiers.

Soupe à l’herbe (en manger une)

(Virmaître, 1894) : Aller gouaper dans les champs sans avoir le sou et s’allonger sur l’herbe pour dormir :
— Qui dort dîne (Argot du peuple). N.

Soupe à la quéquette

(Rossignol, 1901) : Voir rouscailler.

Soupe au lait

(Larchey, 1865) : Homme colère. — On sait que le lait bouillant déborde avec rapidité.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme qui s’emporte pour un rien.

(Rigaud, 1881) : Personne irascible. — S’emporter comme une soupe au lait, se mettre en colère pour un rien, à propos de rien.

Soupe au poireau (faire manger la)

(Rigaud, 1881) : Faire attendre. (V. poireau.) C’est la variante moderne de faire le poireau.

Soupe de perroquet

(Delvau, 1867) : s. f. Pain trempé dans du vin.

Soupe de ta fiole

(Virmaître, 1894) : Jai assez de ta figure (Argot du peuple). N.

Soupé de ta fiole

(Rossignol, 1901) : Figure. Voir Soupé.

Soupé de ta tranche (avoir)

(Rigaud, 1881) : Être ennuyé par un camarade, avoir assez de lui, — dans l’argot du régiment. — J’ai soupé de ta tranche, tu m’ennuies. — Variante : Avoir soupé de ta fiole.

Soupe et le bœuf

(Virmaître, 1894) : La femme dit cela du mari et, naturellement, le mari de sa femme. Synonyme de pot-au-feu. Cette expression a donné naissance à un dicton qui est très ancien :
— Toujours du bouilli, jamais de rôti (Argot du peuple). N.

Soupe et le bœuf (la) ou le bouilli

(Delvau, 1864) : L’ordinaire conjugal : — les mêmes bonjours, les mêmes bonsoirs, les mêmes coups tirés par le même homme, — avec la même femme.

qu’enfin, voyez-voue, du nectar et de l’ambroisie, c’est toujours la même chose que de l’ambroisie et du nectar. Junon, Flore, etc…, tout ça est bel et bon ; mais c’est toujours la soupe et le bouilli ; tandis qu’il y a là-bas, chez la papa Desnoyers, des brunettes, et de la piquette qui nous ravigoteront.

Émile Debraux.

Soupe-et-le-bœuf (la)

(Delvau, 1867) : Bonheur conjugal, — c’est-à-dire ordinaire. C’est une expression de la même famille que Pot-au-feu.

Soupe-sept-heures

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui a des habitudes de repas régulières, — dans l’argot du peuple, qui, en conservant cette expression, a conservé aussi la coutume qu’elle consacre.

Soupente

(Delvau, 1867) : s. f. Le ventre, — dans l’argot des faubouriens. Le mot a été recueilli par Traviès.

(Rigaud, 1881) : Ventre. — Je t’vas défoncer la soupente à coups de sorlots à diamants.

(La Rue, 1894) : Le ventre. Vieille femme sale.

Soupente (vieille)

(Rigaud, 1881) : Vieille femme laide et malpropre.

La buraliste t’a appelée vieille soupente ?

(Tam-Tam, 16 mai 1880.)

Souper de

(Fustier, 1889) : Avoir assez de quelque chose. Argot militaire.

Soupeser (se faire)

(Rigaud, 1881) : Se faire réprimander par le patron, — dans le jargon des employés de commerce.

Soupeur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Viveur, — dans l’argot des gens de lettres.

Soupeur, soupeuse

(Larchey, 1865) : Viveur passant les nuits à souper.

Est-ce que les soupeurs savent jamais ce qu’ils boivent et ce qu’ils mangent.

Frémy.

Soupeuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme galante qui a pour spécialité de lever les hommes au souper, — c’est-à-dire de faire espalier avec d’autres à la porte des cafés du boulevard, vers les onze heures du soir, afin d’être priée à souper par les gens qui n’aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse aune prime par chaque tête de bétail qu’elle amène au restaurant.

Soupier

(Delvau, 1867) : adj. et s. Grand mangeur de soupe. Argot du peuple.

Soupir

(d’Hautel, 1808) : Des soupirs de vaches. Terme de dérision qui signifie, plainte, regret, gémissement, sanglot que l’on manifeste par une respiration forte et bruyante, douleur ridicule ; déplacée et souvent feinte.

(Delvau, 1867) : s. m. Crepitus ventris, — dans l’argot des bourgeois. Soupir de Bacchus. Éructation.

Soupirer

(Delvau, 1867) : v. n. Crepitum reddere.

Souple

(d’Hautel, 1808) : Souple comme un gant. D’une soumission basse et servile, qui se plie de toutes les façons.

(Halbert, 1849) : Bleu.

Souquer

(Delvau, 1867) : v. a. Battre ou seulement Rudoyer. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Rudoyer, frapper.

(La Rue, 1894) : Rudoyer. Battre.

Sourbe

(Clémens, 1840) : Mort.

(La Rue, 1894) : Mort. Sourber, mourir.

Sourd

(d’Hautel, 1808) : Je suis sourd d’une oreille et n’entends pas de l’autre. Pour dire à quelqu’un que l’on ne consentira pas à ce qu’il demande ; qu’il est indiscret dans ses souhaits.
Sourd comme un pot. D’une extrême surdité.
Il crie, il frappe comme un sourd. Parce que les sourds ont coutume de parler très-haut, et de frapper, très-fort.

Sourdaud

(d’Hautel, 1808) : Qui à l’ouïe dur, qui n’entend qu’avec peine.

Sourde

(Fustier, 1889) : Prison.

Sourdine (grincher à la)

(La Rue, 1894) : Voler après avoir endormi en jetant du datura ou un narcotique quelconque dans le vin.

Sourdoche

(La Rue, 1894) : Lanterne.

(Virmaître, 1894) : Lanterne sourde (Argot des voleurs).

Souricière

(Halbert, 1849) : Dépôt des prévenus.

(Larchey, 1865) : « Tout en ayant soin de placer ma giberne ou, comme on dit, ma souricière. »

Vidal, 1833.

Allusion de forme.

(Larchey, 1865) : Piège tendu par la police :

Tendre une souricière pour le faire pincer par la police.

E. Sue.

(Larchey, 1865) : Lieu visité souvent par la police.

C’est une vraie souricière que votre tapis-franc. Voilà trois assassins que j’y prends.

Id.

(Delvau, 1867) : s. f. Cabaret suspect où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les agents de police, au courant de leurs habitudes. Tendre une souricière. Surveiller les abords d’un de ces mauvais lieux-là.

(Delvau, 1867) : s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée, — dans l’argot des petites dames, qui savent combien les hommes se laissent prendre à cela.

(Rigaud, 1881) : Dépôt de la préfecture de police. C’est la partie du Palais-de-Justice où se trouvent les prisons affectées aux détenus qui attendent l’heure du jugement.

Je fus conduit dans un cachot, que l’on nomme, je crois, souricière où je passai la nuit.

(Jean Journet, Gris et soupirs, 1840.)

(Rigaud, 1881) : Lieu où la police opère des râfles. Piège à malfaiteurs. — Débit de vin, garni, sous la dépendance de la police et où les malfaiteurs viennent se faire prendre.

(La Rue, 1894) : Piège tendu par la police.

(Virmaître, 1894) : Cabaret connu de la police, tenu par un patron qui nonne sur l’orgue de ses clients dont la plupart sont des voleurs. La pêche se fait là sans hameçon (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Dépôt du parquet du procureur de la République, où sont amenés pendant quelques heures les prévenus qui doivent être interrogés par un juge d’instruction ou comparaitre au tribunal correctionnel. Voir Trente-six carreaux.

(Hayard, 1907) : Piège tendu par la police.

Souricière (la)

(Virmaître, 1894) : Est une annexe du Dépôt de la Préfecture de Police ; les prévenus passent là avant de comparaître devant les chambres correctionnelles ; ils y repassent après jugement pour monter en panier a salade et être dirigés sur les prisons où ils doivent subir leur peine. La souricière est aussi appelée les trente-six carreaux, parce que chaque fenêtre a ce nombre de vitres. On dit aussi : établir une souricière pour pincer les complices qui viennent au gîte (Argot des voleurs).

Souricières

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Ce sont, d’après Vidocq, de grandes pièces souterraines dont on peut voir les fenêtres garnies d’énormes barreaux de fer sur le quai de l’Horloge, et dans lesquelles les prévenus extraits des différentes prisons de Paris sont déposés pour attendre le moment de paraître devant le juge d’instruction.

Souris

(d’Hautel, 1808) : On le feroit cacher dans un trou de souris. Se, dit d’un homme peureux, lâche et poltron, que la moindre chose met en alarme.
On entendroit une souris trotter. Pour dire qu’on observe en un lieu un rigoureux silence.
La montagne a enfanté d’une souris. Se dit quand le succès d’une affaire n’a pas répondu à l’attente.
Avoir la souris. Être sujet à clignoter des yeux.

(Delvau, 1867) : s. f. Baiser sur l’œil, — dans l’argot des faubouriens, qui savent aue ce baiser fait moins de bruit que les autres.

(La Rue, 1894) : Baiser.

Sournoise

(Fustier, 1889) : Dans le langage spécial des employés, qu’ils appartiennent à une administration publique ou particulière, la sournoise est ce que leurs chefs et eux-mêmes appellent en style correct la feuille de présence, feuille traîtresse sur laquelle on doit plusieurs fois par jour et à des moments imprévus apposer sa signature de façon à prouver qu’on est bien à son bureau et non au café voisin. Le plus souvent par une malchance fréquente la sournoise passe quand la plupart des employés sont illégalement absents.

Sous

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Argent, fortune, — dans l’argot des ouvriers. Avoir des sous. Être riche.

Sous de poche

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Monnaie à dépenser, — dans l’argot des collégiens et des grandes personnes qui n’aiment pas à sortir sans argent.

Sous le linge

(Delvau, 1864) : À nu, sans chemise.

Je suis pourtant curieuse de voir comme elle est sous le linge.

La Popelinière.

Sous le lit (être)

(Delvau, 1867) : N’être pas au courant d’un métier ou au fait d’une chose ; se tromper. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Se tromper, n’être pas au fait d’un métier.

Sous presse

(Virmaître, 1894) : Femme très occupée sur sa chaise longue à écouter le récit d’un explorateur (Argot des filles). N.

Sous presse (être)

(Delvau, 1867) : Être occupée, — dans l’argot de Breda-Street.

Sous verge (en)

(Rigaud, 1881) : En second dans le commandement. (Argot des soldats de cavalerie).

Sous-dern

(Fustier, 1889) : Argot des écoliers. Avant-dernier.

Sous-lieutenant

(Delvau, 1867) : s. m. Résultat moulé d’une évacuation alvine, — dans l’argot des royalistes ennemis de la première Révolution.

Je m’accroupis en gémissant
Au coin d’une boutique.
Je mis bas un sous-lieutenant
D’une figure étique ?

dit une chanson du comte Barruel de Beauvert, publiée dans les Nouveaux Actes des Apôtres. On disait aussi Un représentant. Avant de s’entre-tuer, les hommes que divisent les opinions politiques s’entre-souillent d’épigrammes ordurières.

Sous-maîtresse

(Rigaud, 1881) : Femme de confiance dans une maison de tolérance. — Elle surveille la consommation et il lui est défendu de consommer.

Tout client, pour pénétrer dans les chambres, donne à la sous-maîtresse 1 franc.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Sous-merde

(Rigaud, 1881) : Moins que rien. — Œuvre exécrable. Homme d’une incapacité absolue.

Sous-off

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Sous-Officier, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Sous-officier.

(Merlin, 1888) : Apocope de sous-offcier.

Sous-pied

(Rigaud, 1881) : Viande coriace qu’on prendrait pour un morceau de cuir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

(Merlin, 1888) : Mauvais morceau de viande, fait de nerfs et dur comme le cuir des sous-pieds, Ramasser son sous-pied veut dire tomber de cheval.

Sous-pied de dragons

(Merlin, 1888) : Épithète de mépris donnée par les cavaliers aux fantassins à cause de leur petite taille.

Sous-ventrière

(Rigaud, 1881) : Écharpe de M. le maire ; écharpe de M. le commissaire.

(Virmaître, 1894) : Écharpe.
— As-tu vu le quart-d’œil avec sa sous-ventrière, y la dégotte mal ?
Allusion à la sous-ventrière du cheval (Argot du peuple).

Sous-ventrière (tu t’en ferais péter la)

(Rigaud, 1881) : Ça te rendrait trop fier. L’orgueil t’enflerait si fort que ta sous-ventrière en éclate rait. — Tu présumes trop de tes forces. — « Ma chère belle, voulez-vous accepter ma main… pour ce soir ? — Tu t’en ferais péter la sous-ventrière. » — Les variantes sont : Tu t’en ferais éclater le cylindre, tu t’en ferais péter le nœud.

Sous-verge

(Rossignol, 1901) : Sous-brigadier.

Soussouille

(Delvau, 1867) : s. et adj. Débauché, ivrogne, arsouille, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Petit souillon.

Soustraction

(d’Hautel, 1808) : Il sait bien faire les soustractions. Se dit par raillerie d’un homme qui est enclin au vol et à la rapine.

Soutados

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de cinq centimes.

Soute au pain

(Delvau, 1867) : s. f. L’estomac, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine. Les ouvriers anglais ont la même expression : Bread-basket (panier au pain), disent-ils.

Soutellas

(Delvau, 1867) : s. m. Cigare d’un sou, — dans l’argot des voyous qui ont voulu se moquer des panatellas.

Soutenante

(Delvau, 1867) : s. f. Canne, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Canne.

(La Rue, 1894) : Canne. Bretelle.

Soutenantes, ou ballaussines

(Clémens, 1840) : Bretelles.

Souteneur

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Homme de mauvaises mœurs ; celui qui entretient des femmes galantes.

(Delvau, 1864) : Homme sans préjugés qui, en cas de quelque attaque, doit servir de défenseur aux putains. En retour, il exige d’elles une bonne partie de l’argent qu’elles gagnent à la sueur de leur con. — Le souteneur est le mari modèle. Il est cocu, c’est convenu d’avance avec sa femme. Mais il ne doit pas songer à la faire cornette. Il doit la monter régulièrement une ou deux fois par semaine, mais dans l’intervalle, il ne faut pas qu’il s’avise de penser même à une autre femme, encore moins d’en approcher. Malheureusement, chez les souteneurs, c’est comme chez les maris : il en est peu de vraiment honnêtes et sur qui une femme puisse compter sans réserve.

Je suis le roi des souteneurs !
Je connais la savate !
Au billard, faut m’ voir, j’épate
Les vrais amateurs.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui vit aux dépens des filles, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Homme qui vit aux dépens d’une prostituée.

(Virmaître, 1894) : Individu qui vit des filles qui se livrent à la prostitution, fainéant, voleur et assassin si l’occasion se présente ; on le trouve en haut comme en bas de l’échelle sociale (Argot du peuple).

Soutenir le choc

(Delvau, 1864) : Se dit en parlait d’une femme que l’on baise, et à qui l’énergie de l’assaut ne fait pas peur.

Il faudrait surtout avoir soutenu durant toute la nuit, un entretien très vif avec une nonne charmante.

Louvet.

Soutirantes

(Clémens, 1840) : Battes.

(La Rue, 1894) : Bottes.

Soutirer au caramel

(Delvau, 1867) : v. a. Tirer de l’argent de quelqu’un en employant la douceur.

(Rigaud, 1881) : Soutirer de l’argent en employant la douceur et la persuasion. Le peuple dit plus ordinairement : « Le mettre en douceur ».

(La Rue, 1894) : Synonyme de mettre en douceur. V. Douceur.

Souvent

(d’Hautel, 1808) : Le plus souvent. Locution adversative et ironique, dont on se sert pour désavouer ce qu’un autre dit. Cette prétermission s’emploie à peu près ainsi qu’il suit. Tu as été joliment attrappé dans cette affaire. – Oui, le plus souvent ?

Soyeux

(Rigaud, 1881) : Commis à la soierie, — dans le jargon des marchands de nouveautés. Il y a un féminin qui, naturellement, fait soyeuse.

Speck

(Delvau, 1867) : s. m. Lard, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à la langue allemande.

(La Rue, 1894) : Lard.

Spectre

(Rigaud, 1881) : Ancienne dette qu’on avait oubliée et qui surgit à l’improviste.

Spectre de banco

(Rigaud, 1881) : Gros joueur ruiné qui se tient debout derrière une table de baccarat sans jouer, — dans l’argot des grecs.

Speech

(Larchey, 1865) : Allocution. — Mot anglais.

En terminant mon speech ministériel.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Discours, bavardage, — dans l’argot du peuple et des gens de lettres.

Sper

(Delvau, 1867) : s. m. Carreau dont on vient de se servir, mais qui possède encore assez de chaleur pour être de nouveau utilisé. Expression de l’argot des tailleurs.

Sperme

(Delvau, 1864) : Graine d’enfants que l’on sème (σπέρμα) dans le ventre de la femme, — terre souvent féconde, et souvent bréhaigne aussi, selon la qualité de la semence, ou la vertu du semoir.

Nul rafraîchissement ne la lui peut ôter si bien qu’un bain chaud et trouble de sperme vénérique.

Brantome.

Le sperme n’est pas l’or potable
Qui vous nourrit au lieu de pain ;
Durant que votre con tient table
Votre ventre crie à la faim.

Théophile.

La bonne Alix, curieuse, s’avance,
Voyant jaillir ce sperme merveilleux.

Piron.

Et lorsque du plaisir est arrivé le
Dans ma bouche je sais encor garder le sperme.

L. Protat.

Sphinx

(Delvau, 1867) : s. m. Mets imaginaire comme le monstre auquel fut forcé de répondre Œdipe, et qu’on demande facétieusement dans certains restaurants qui prétendent avoir de tout. Alphonse Karr, ou Méry, eut un jour la curiosité d’en exiger ; — « Nous venons de donner la dernière portion, » lui répondit tranquillement le garçon. Léon Gozlan fut plus heureux, ou plus malheureux ; il en demanda — et on lui en servit.

Spickel

(Delvau, 1867) : s. f. Épée de fantaisie, — dans l’argot des Polytechniciens, qui l’achètent ordinairement chez le marchand qui porte ce nom, et dont le magasin est rue Saint-Honoré, ou rue Richelieu.

Spirite

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme qui ne croit peut-être pas à Dieu mais qui croit aux esprits, afin de prouver l’insanité du sien.

Spiritisme

(Delvau, 1867) : s. m. Dada, à l’usage des gens sérieux qui tiennent à passer pour grotesques. Ils évoquent Voltaire et ils le font parler comme Eugène de Mirecourt.

Sport

(Delvau, 1867) : s. m. Science de la haute vie et des nobles amusements, courses, paris, etc., — dans l’argot des anglomanes.

Sportif, ive

(Delvau, 1867) : adj. Qui a rapport aux choses du sport. Mot barbare qui a fait récemment son apparition dans les journaux.

Sportsman

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de cheval, habitué des courses.

Sportsmanie

(Delvau, 1867) : s. f. La manie des courses, — dans l’argot des bourgeois.

SS

(d’Hautel, 1808) : Avoir les jambes en SS. Pour, les avoir torses ; être bancale.
Il fait des esses. Se dit en plaisantant d’un homme à qui le vin fait perdre l’équilibre ; qui marche en zig-zag, et bat les murs.
Allonger les SS. C’est ce qu’on appelle plus communément, faire des queues aux zéros ; friponner dans un compte ; le surcharger.

Stafer

(Halbert, 1849) : Dire.

Stalle

(Delvau, 1867) : s. f. Chaise ou fauteuil, — dans l’argot des francs-maçons.

Stanpandant

(d’Hautel, 1808) : Mot gaulois, qui équivaloit à Cependant, il est encore en usage parmi le peuple.

Starter

(Fustier, 1889) : Argot de courses. Celui qui donne aux jockeys le signal du départ.

Sterling

(Larchey, 1865) : Grand, considérable. — Allusion à la valeur relative de la livre anglaise qui est très-forte. — On parle des galanteries sterling d’un entreteneur dans un roman de Rutlidge (Vice et Faiblesse, 1786).

Il y a là-dessus un tas de vieilles drogues qui font un sabbat sterling.

Vidal, 1833.

On dit de même s’ennuyer à vingt cinq francs par tête.

(Delvau, 1867) : adj. Pur, de bon aloi ; riche, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas le moins du monde « emprunté ce superlatif au système monétaire anglais », par l’excellente raison que ce « superlatif » a, en anglais, la même signification qu’en français : Sterling wit (esprit de bon aloi), sterling merit (mérite remarquable), disent nos voisins. M. Ch. Nisard s’est trompé.

Sternutatoire

(d’Hautel, 1808) : Qui provoque l’éternuement ; terme de médecine. Beaucoup de personnes disent Sternuạtoire, ce qui est un barbarisme.

Stick

(Delvau, 1867) : s. m. Petite canne, — dans l’argot des « young gentlemen », qui mettent cela dans leur bouche comme un sucre d’orge, au lieu d’appuyer leurs mains dessus comme sur un bâton. Ce mot entrera sans peine dans la prochaine édition du Dictionnaire de l’Académie, plus hospitalier pour les mots anglais que pour les mots français. Même observation à propos de derby, turf, studbook, handicap, steeple-chase, match, etc.

Stockfish

(Delvau, 1867) : s. m. Anglais, — dans l’argot des faubouriens.

Stom

(un détenu, 1846) : Estomac.

Stop !

(Delvau, 1867) : Expression de la langue anglaise qui est passée dans l’argot des canotiers parisiens. Elle signifie, on le sait : « Arrêtez ! »

Stopper

(Delvau, 1867) : v. n. Arrêter, faire escale. C’est le verbe anglais To stop.

(Virmaître, 1894) : Stopper, arrêter. Le mécanicien arrête la machine, il stoppe. On dit à un orateur qui fait un discours maladroit : stoppez, dans le sens de taisez-vous. La science du tailleur a créé le stoppeur, celui qui reprise les accrocs aux vêtements. Il est regrettable que son aiguille habile ne puisse repriser les consciences, il aurait eu un rude ouvrage au Palais-Bourbon (Argot du peuple).

Store

(Rigaud, 1881) : Œil, paupière. — Baisser les stores, baisser les yeux.

Stores

(Virmaître, 1894) : Paupières qui s’abaissent et se relèvent à volonté (Argot des voleurs).

Strapontin

(Fustier, 1889) : Petit matelas en galette, étroit et plat.

(Fustier, 1889) : Ce mot, en langage très familier, désigne l’objet de toilette que les femmes appellent du nom de tournure.

Grande bataille ! Entre qui ? Entre les strapontinistes et les antistrapontinistes. On appelle strapontin en langue fantaisiste, l’appendice proéminent que les dames portent en ce moment au-dessous de la taille.

(Monde illustré, novembre 1885.)

(V. les mots nuage et tapez-moi ça dans le Supplément.)

(Virmaître, 1894) : Femme qui a l’estomac bien garni. Elle possède un strapontin supérieurement rembourré — ce n’est pourtant pas une place pour s’asseoir. Ou appelle aussi strapontin la tournure que les femmes mettent sous leurs jupons, peur paraître avoir un postérieur engageant (Argot du peuple). N.

Stroc

(Delvau, 1867) : s. m. Chopine, — dans l’argot des voleurs. Demi-stroc. Demi-setier. On dit aussi Stron.

(Rigaud, 1881) : Setier, mesure de vin ; d’où mastroquet, marchand de vin.

Stron

(Halbert, 1849) : Sentier.

Stuc

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Part du butin.

(Delvau, 1867) : s. m. Part d’un vol, — dans l’argot des voleurs, qui doivent s’estimer heureux de ne plus vivre au XVIIIe siècle, à une époque où un arrêt de la Cour du Parlement (22 juillet 1722) condamnait à être rompu vif un sieur Cochois, pour avoir recelé des vols, en avoir eu le stuc et acheté le stuc des autres. J’ai vu écrit Lestuc sur feuillet de garde du Langage de l’argot réformé, avec mention du sens dans lequel stuc est employé.

(Virmaître, 1894) : Part de vol. Synonyme de fade, comme stuquer (partager) l’est de fader. Stuquer est encore pris dans le sens d’étrenner : recevoir des coups.
— La gosse a stuqué (Argot du peuple). N.

Stucquer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Renseigner, styler, — dans l’argot des faubouriens. Être stuqué. Être instruit.

Stue

(anon., 1827) : Part du larcin.

(Bras-de-Fer, 1829) : Part du larcin.

Stuq

(Halbert, 1849) : Part du larcin.

Stuquer

(Halbert, 1849) : Partager.

Style

(d’Hautel, 1808) : Se mettre sur le haut style. S’éléganter, se parer ; ce que le peuple appelle plus ordinairement se pomponner, se mettre sur son dix-huit.

(Rigaud, 1881) : Argent.

Nous vendrons ce butin à la première occasion, et nos profondes auront le style qui leur manque. — Chez les Zéphirs, où l’esprit est une denrée commune, l’argent est désigné par ce mot.

(A. Camus.)

Stylé

(Rigaud, 1881) : Bien habillé, bien mis.

Style (avoir du)

(Rigaud, 1881) : Être bien mis, avoir bon genre.

Mâtin ! poursuivit Gavroche, tu as une pelure couleur cataplasme de graine de lin et des lunettes bleues comme un médecin. Tu as du style, parole de vieux !

(V. Hugo.)

Styler

(d’Hautel, 1808) : Il est bien stylé. Pour, il est habile, propre aux affaires ; il est fort instruit.

Styler quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Lui faire la leçon, lui apprendre ce qu’il doit dire ou faire. Argot du peuple.

Suage

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Torture. Mettre en suage, faire subir des tortures.

(Larchey, 1865) : Assassinat.

Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. Assassinat, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Chauffage.

(Rigaud, 1881) : Assassinat. — Maquiller un suage, combiner un assassinat.

(La Rue, 1894) : Assassinat. Torture. Mettre en suage, brûler les pieds.

Suageur

(Delvau, 1867) : s. m. Chauffeur.

Sublime

(Rigaud, 1881) : Mauvais ouvrier qui fait plus de bruit que de besogne.

On ne dit plus, en parlant d’un travailleur d’ordre, de conduite : c’est un bon ouvrier, et du paresseux, violent et ivrogne : c’est un mauvais ouvrier ; on dit de l’un, c’est un ouvrier, de l’autre, c’est un sublime.

(Le Sublime.)

Sublime coup de l’étrier

(Delvau, 1867) : s. m. Le viatique, qu’on donne aux mourants avant leur départ pour le grand voyage, — dans l’argot de lord Pilgrim, aliàs Arsène Houssaye, qui a employé cette expression, d’un goût contestable, à propos des derniers moments de Proudhon.

Sublime, Sublimisme

(Rigaud, 1881) : Dans les ateliers ces mots sont synonymes de paresse, dégradation, avilissement.

Lèpre capitale qui ronge les classes laborieuses.

(V. le très remarquable ouvrage du Sublime de M. Denis Poulot et l’Assommoir de M. Zola, où le Sublimisme a été dépeint de main de maître.)

Sublimer

(Larchey, 1865) : Travailler pendant la nuit.

Afin de tromper la surveillance des adjudants (de l’École polytechnique), celui qui sublime place son lit renversé sur quatre tabourets, rabat la couverture par dessus, et étendu sous cet abri, rumine en paix les problèmes ardus des mathématiques transcendantes.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : v. n. Travailler avec excès, la nuit spécialement, — dans l’argot des polytechniciens.

(Rigaud, 1881) : Travailler pendant la nuit, — dans le jargon des polytechniciens. (L. Larchey)

(Virmaître, 1894) : Travailler alors que les autres dorment. Il faut, en effet, être sublime de courage. Cela ne se voit guère de nos jours, où huit heures de travail c’est encore de trop, ce qui n’empêche pas les poètes de chanter le sublime ouvrier (Argot du peuple).

Sublimer (se)

(Larchey, 1865) : Se raffiner.

Les jeunes biches se sont sublimées au contact des anciennes.

Lynol.

(Delvau, 1867) : Se corrompre davantage, mais avec art, — dans l’argot des petites dames, qui ont une façon à elles de s’élever (sublimare).

(Rigaud, 1881) : S’avilir, tomber dans l’avilissement.

(La Rue, 1894) : S’aviler, se raffiner, se corrompre davantage dans l’argot des prostituées.

Sublimeur

(Fustier, 1889) : Bon écolier.

Subrécot

(d’Hautel, 1808) : Le surplus d’un écot, ce qui reste à payer au-delà de la dépense que l’on se proposoit de faire.

Subtil

(Halbert, 1849) : Dur.

Subtile

(Halbert, 1849) : Dure.

Subtiliser

(Delvau, 1867) : v. a. Dérober quelque chose, une tabatière ou un foulard, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Subjuguer, séduire, — dans le jargon des femmes du peuple qui ont des prétentions au beau langage.

Pardieu ! y font tous comme ça les doucereux pour vous subtiliser.

(Mars et Raban, Les Cuisinières, 1837.)

(Rigaud, 1881) : Dérober. — Qui m’a subtilisé mon tire-jus ? — Faignant, t’as donc pas des mains, qu’il te faut un tire-jus ?

(La Rue, 1894) : Dérober.

Suburbain

(Fustier, 1889) : Le public qui suit les courses de chevaux appelle ainsi dans son jargon particulier tout champ de courses situé dans la banlieue de Paris ; celui de Saint-Ouen, par exemple.

Elle ne manquait pas une journée de courses ; oh ! à Longchamps et à Chantilly, tout au plus à Vincennes ; elle ne se commettait pas dans les suburbains, là où l’écurie n’était pas représentée.

(Vie Parisienne, septembre 1887.)

Suçage de pomme

(Rigaud, 1881) : Embrassade.

Succès d’estime

(Delvau, 1867) : s. m. Succès douteux, et pour ainsi dire nul, — dans l’argot des coulisses.

Succube

(Delvau, 1864) : Homme qui consent à servir de femme à un autre homme, et qui fait le dessous pendant qu’il fait le dessus.

Succubbe. On appelle ainsi tes patentes dans les combats amoureux de femmes à femmes.

Confession de Mademoiselle Sapho, suite du Cadran des plaisirs de la Cour, p. 257.

Quand il consommait son Kabyle
On entendait sous le gourbi
Au milieu de la nuit tranquille,
Le succube pousser ce cri.

Al. Pothey.

Suce-canelle

(Virmaître, 1894) : Ivrogne invétéré qui suce jusqu’à la dernière goutte. Une vieille chanson que le pitre de Moreau, le tireur de cartes, récitait sur la place de la Bastille, vers 1848-1849, dit :

Si je meurs que l’on m’enterre
Dans la cave où est le vin,
Le nez contre la muraille
Et la tête sous le robin.
S’il en reste une goutte encore,
Ce sera pour me rafraîchir,
Et si le tonneau défonce,
J’en boirai à mon loisir. (Argot du peuple).

Suce-larbin

(Delvau, 1867) : s. m. Bureau de placement pour les domestiques — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bureau de placement pour les domestiques des deux sexes.

(Virmaître, 1894) : Bureau de placement (Argot des voleurs).

Sucée

(d’Hautel, 1808) : Levulgaire fait un substantif de ce participe, et dit par raillerie d’une chose dont on s’est servi plusieurs fois, et dont on a tiré toute la substance que, C’est la troisième sucée.

Sucer

(d’Hautel, 1808) : Sucer quelqu’un. Pour dire abuser du crédit et de la fortune de quelqu’un ; le soutirer.
C’est une asperge sucée. Expression ironique, pour dire une personne maigre, grande et efflanquée.

(Delvau, 1864) : Passer la langue sur le membre viril pour l’amener à érection, et le faire décharger.

Que les chiens sont heureux !
Ils se sucent la pine,
Ils s’enculent entre eux !

Th. Gautier.

Je voudrais être chien
Car du soir au matin
Je pourrait me sucer la pine.

Dumoulin.

Cependant, en suçant, il est bon que ta main
Joue autour des roustons un air de clavecin.

L. Protat.

Sucer des clitoris

(Delvau, 1864) : Gamahucher.

Il te faut, à tout prix.
Sucer des clitoris,
Et si l’antiquité
Ne l’eût pas fait, tu l’aurais inventé.

J. Duflot.

Sucer la fine côtelette

(Delvau, 1867) : v. a. Déjeuner à la fourchette. — dans l’argot des faubouriens.

Sucer la pomme (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’embrasser ; se bécotter. On dit aussi Se sucer le trognon.

(Rigaud, 1881) : S’embrasser.

(La Rue, 1894) : S’embrasser. On dit ainsi fricassée de museaux.

(Virmaître, 1894) : S’embrasser. Allusion au moutard qui suce une pomme avant de la manger (Argot du peuple). N.

Sucer la praline

(Virmaître, 1894) : Il est absolument impossible d’expliquer cette expression (Argot des filles). V. Accouplées.

Sucer un homme

(Delvau, 1864) : Lui passer habilement et doucement la langue le long du membre, autour et dessus, jusqu’à éjaculation complète.

Pourtant il leur manque, en somme
(Ce qui vaut bien un écu),
De savoir sucer un homme.

De la Fiselière.

Sucer un verre

(Delvau, 1867) : v. a. Le boire.

Sucer une pêche

(Virmaître, 1894) : Boire un coup (Argot du peuple).

Suceur

(Delvau, 1867) : s. m. Parasite, homme qui boit et mange aux dépens des autres. Argot des coulisses.

Suceur, Suceuse de pomme

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui embrasse fréquemment, qui a la manie d’embrasser.

Suceuse

(Delvau, 1864) : Femme qui fait profession de donner aux hommes du plaisir sans peur, C’est la fellatrice des anciens. — La suceuse rend à l’homme le service que le gamahucheur rend a la femme, et dans les deux cas, c’est la langue qui fout. — Il y a a Paris, dans le faubourg Montmartre, une maîtresse suceuse, appelée la Pompe funèbre, — de l’ameublement d’ébène et de soie noire de son appartement.

Suçon

(Delvau, 1864) : Empreinte que laissent les lèvres d’un amant sur le cou, les joues ou la bouche de sa maîtresse, de façon a l’empêcher, pendant quelques jours, de se montrer aux regards malins du public, qui connaît parfaitement ce petit timbra bien accusateur.

(Larchey, 1865) : « Faire une consommation fanatique de croquets et de sucres d’orge, dits suçons. »

Rolland

On les suce très-longtemps.

(Larchey, 1865) : Trace rouge laissée sur la peau par la succion des lèvres.

(Delvau, 1867) : s. m. Pince faite à même le drap pour obtenir un bombage, — dans l’argot des tailleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Baiser-ventouse, — dans l’argot des grisettes.

(Delvau, 1867) : s. m. Sucre d’orge, — dans l’argot des petites dames, habituées des Délass Com, et du théâtre Déjazet.

(Virmaître, 1894) : Faire une consommation fantastique de sucres d’orge. L. L. Suçon : en faire un sur l’épaule ou sur la gorge d’une jolie femme, ce n’est pas précisément sucer du sucre d’orge, c’est lui faire venir le sang à la peau. Ce qui a donné naissance à cette expression : ce n’est pas de l’amour, c’est de la rage, pour ceux qui embrassent de cette manière (Argot du peuple). N.

Suçoter

(d’Hautel, 1808) : Sucer ses doigts à plusieurs reprises comme le font ordinairement les enfans que l’on retire de nourrice.

Sucré

(Virmaître, 1894) : Se dit d’une femme mijaurée : elle fait sa sucrée. Se croire plus sucré qu’un autre : s’imaginer lui être supérieur. Il a été sucré pour salé. Les joueurs ont adopté cette expression pour marquer les points avec des jetons : il faut sucrer monsieur (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Un voleur qui a été arrêté a été sucré. Celui qui est condamné à une peine sévère est sucré.

Sucre !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des bourgeoises, à qui — naturellement — répugne celle de Cambronne.

Sucre (c’est un)

(Rigaud, 1881) : C’est très bon.

Sucre (casser du)

(Rigaud, 1881) : Dénoncer, — dans le jargon des voleurs. — Médire, se moquer de, — dans l’argot du peuple.

(Merlin, 1888) : Les soldats condamnés aux travaux publics sont employés au percement et à l’entretien des routes. On dit d’eux qu’ils cassent du sucre à deux sous le mètre cube.

(La Rue, 1894) : Dénoncer. Médire.

Sucre (manger du)

(Rigaud, 1881) : Être satisfait d’un éloge. — Être applaudi, — dans le jargon des comédiens. On dit plus fréquemment aujourd’hui : Boire du lait.

Sucre (pour suc probablement)

(Delvau, 1864) : Le sperme de l’homme, dont les femmes sont si friandes et dont elles ont souvent plein la bouche.

Trouvant mon linceuil tout souillé,
Et mon pauvre vit barbouillé
De sucre plus blanc que l’albâtre.

(Cabinet satyrique.)

Comment, vous appelez donc cela du sucre, mademoiselle ?

D’Ouville.

Sucre à cochon

(Rigaud, 1881) : Sel.

Sucre d’orge (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril — que les ailes d’Eve, toujours portées sur leur bouche, aiment tant à sucer.

George, George
Donne-moi de ton sucre d’orge.

(Ancienne Chanson.)

Sucre de pomme

(Virmaître, 1894) : Pince qui sert à fracturer les portes.
— Avant de cavaler assure-toi que ton sucre de pomme pourra pessigner la lourde (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Pince en fer à l’usage des voleurs pour fracturer les portes.

(Hayard, 1907) : Pince-monseigneur.

Sucre sur la gaufre

(Rossignol, 1901) : Poudre de riz sur le visage.

Sucrée

(d’Hautel, 1808) : Faire la sucrée. Pour dire la précieuse, la renchérie, l’innocente, la sainte n’y touche.

Sucrée !

(Delvau, 1867) : s. f. Bégueule, — dans l’argot du peuple. Faire sa sucrée. Se choquer des discours les plus innocents comme s’ils étaient égrillards, et des actions les plus simples comme si elles étaient indécentes. L’expression est vieille, — comme l’hypocrisie. Perrot d’Ablancourt, dans sa traduction de Lucien, dit : « Et cette petite sucrée de Sapho… »

Sucrer

(Rigaud, 1881) : Maltraiter ; gagner quelqu’un au jeu et se moquer de lui, — dans le jargon des grecs.

Sudiste

(Delvau, 1867) : s. et adj. Partisan des États de l’Union qui ont brisé cette union pour se constituer, sans y réussir, en République à part, dite République du Sud. On dit aussi Confédéré, Esclavagiste, Sécessionniste et Séparatiste.

Suée

(d’Hautel, 1808) : Il a une bonne suée d’ouvrage. Pour dire il a beaucoup d’ouvrage à faire.
Il a eu la suée. Pour il a eu peur.
Il a eu une furieuse suée. Pour il a été fort mouillé ; il a éprouvé une grosse perte.

(Delvau, 1867) : s. f. Réprimande, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Peur.

(Rigaud, 1881) : Correction manuelle.

Suée de monde

(Delvau, 1867) : s. f. Foule, grand nombre de personnes.

Suée, suif

(La Rue, 1894) : Réprimande. Correction.

Suer

(d’Hautel, 1808) : Faire suer un chêne. Terme d’argot qui signifie détrousser un passant, le voler de tout ce qu’il a sur lui.
Tu me fais suer. Se dit à quelqu’un, dont la conversation est lourde, ennuyeuse.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Donner. Faire suer, se faire donner part du vol.

(Bras-de-Fer, 1829) : Faire suer, se faire donner part du vol.

Suer (faire)

(Halbert, 1849) : Se faire donner part d’un vol.

(Larchey, 1865) : Accabler d’ennui quelqu’un. — V. Suage.

J’ai beau m’évertuer, j’crains qu’après moi z’on n’répète : Ah ! comme ça fait suer.

Francis, 1825.

(Delvau, 1867) : Assassiner, — dans l’argot des voleurs. Faire suer sur le chêne. Tuer un homme.

(Delvau, 1867) : Ennuyer outrageusement par ce qu’on fait ou par ce qu’on dit ; faire lever les épaules de pitié ou de dédain. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Faire donner de l’argent, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer fortement. — Faire pitié, en terme de mépris. Mot à mot : c’est donner chaud à quelqu’un à force de débiter des platitudes.

(La Rue, 1894) : Ennuyer. Faire donner de l’argent. Assassiner.

Suer le lustre (faire)

(Rigaud, 1881) : Déplaire au public, — dans le jargon du théâtre. C’est-à-dire : jouer si mal qu’on fait suer les chevaliers du lustre, les claqueurs.

Quand Valcourt joue ici, il fait ordinairement suer le lustre.

(Musée Philipon, Théâtre de Bourg-en-Bresse.)

Suer les cordes (faire)

(Rigaud, 1881) : Jouer d’un instrument à cordes. — Faire suer les cuivres, jouer d’un instrument de musique en cuivre, — dans le jargon des musiciens. Pour préciser, ils disent : faire suer le violon, faire suer le violoncelle.

Suer son argent (faire)

(Delvau, 1867) : Lui faire rapporter gros ; se livrer à l’usure. Argot des bourgeois.

Suer Thémis (faire)

(Delvau, 1867) : Étudier le Code, de manière à pouvoir éluder la loi, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens d’affaires, des avocats marrons.

(Rigaud, 1881) : Éviter de tomber sous le coup de la loi, marcher sur les marges du Code. Dans le monde des voleurs, il existe des praticiens ou plutôt des pratiques, qui n’exercent pas d’autre métier. Ils vivent des conseils qu’ils donnent pour faire éviter les rigueurs de la loi.

(La Rue, 1894) : Côtoyer le code.

Suer un chêne

(Halbert, 1849) : Assassiner quelqu’un.

Suer une (en)

(Rigaud, 1881) : Faire une valse, un quadrille, — dans le jargon des voyous.

Ohé ! Titine ! viens-tu en suer une ?

(Vte Richard, Les Femmes des autres.)

Suer, faire suer

(anon., 1827) : Se faire donner part du vol.

Sueur de cantonnier

(Delvau, 1867) : s. f. Chose rare parce que chère, ou chère parce que rare, — les cantonniers étant connus généralement pour des gens qui en prennent à leur aise.

Sueur de chênes

(Clémens, 1840) : Tueur d’hommes.

Suffire à soi-même (se)

(Delvau, 1864) : Faire de la prestidigitation a son profit — et en l’honneur d’Onan.

J’étais dans l’âge où la nature
Eveille nos sens au plaisir…
Quand à propos un abbé-pâle et blême,
Trois fois par jour répétant la leçon,
M’apprit le moyen de m’ suffire à moi-même :
J’ai, mes amis, toujours été cochon.

(Parnasse satyrique.)

Suffisance (avoir sa)

(Rigaud, 1881) : Avoir bu autant qu’on peut boire.

Je crois qu’il a sa suffisance

(Ces dames du Casino, 1862.)

Suif

(Delvau, 1867) : s. m. Réprimande de maître à valet, ou de patron à ouvrier. Argot des faubouriens. Gober son suif. Recevoir les reproches auxquels on s’attendait.

(Delvau, 1867) : s. m. Graisse, la partie adipeuse du corps humain. Être tout en suif. Être fort gras.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, beurre.

(Rigaud, 1881) : Forte réprimande.

(La Rue, 1894) : Distingué. Signifie aussi grec.

(Rossignol, 1901) : Celui qui triche aux cartes fait du suif. Voir Grecs.

Suif (donner un)

(Larchey, 1865) : Réprimander.

Suif (en recevoir un)

(Virmaître, 1894) : Être fortement réprimandé par le patron. On dit également recevoir un gras.
— J’ai perdu un tiers, ce que le contre-coup m’a graissé, c’est un vrai beurre.
Deux mots pour exprimer le même objet (Argot du peuple).

Suifard, suifé

(Larchey, 1865) : Chic, élégant. V. Astiquer.

Suiffard

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme mis avec élégance, avec chic.

(Delvau, 1867) : s. m. Richard.

(Rigaud, 1881) : Tricheur, grec. — Les suiffards se mettent au vert pour charrier des types.

(Fustier, 1889) : Argot de cercles, de tripots. Le suiffard est un grec qui fréquente des établissements borgnes, des tripots, des claque-dents. Suiffard est en quelque sorte un diminutif de graisseur (filou en argot) le suif étant fait avec de la graisse.

Suiffart

(Virmaître, 1894) : Grec habile à corriger le hasard, voleur cosmopolite qu’on rencontre dans tous les endroits où l’on joue. Il est connu sous différents noms : graisseur, bédouin, philosophe (Argot des joueurs).

Suiffé

(Delvau, 1867) : adj. Soigné, remarquable, très beau. Femme suiffée. Très jolie ou très bien mise.

Suiffée

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus.

Suifferie

(Rigaud, 1881) : Tripot.

Ce qu’on sait moins, ce sont les noms des cercles dont la spécialité est de donner à jouer et de prendre pour la cagnotte. Savourez l’élégance de ces noms : La Suiferie, Gredins’club, les Bonnets verts, les Papas « neuf », les Frères séquenciers, Chenapan club, les Souliers percés.

(Figaro, du 6 nov. 1878.)

Suilfard

(Rigaud, 1881) : Riche.

Suisse

(d’Hautel, 1808) : Il n’entend pas plus raison qu’un suisse. Se dit d’un homme qui brusque, qui rebute tous ceux qui veulent lui faire quelques représentations ; qui ne veut rien entendre.

(Delvau, 1867) : s. m. Invité, convive, — dans l’argot des troupiers. Faire Suisse. Boire ou manger seul.

Suisse (faire)

(Larchey, 1865) : « Le soldat a le point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée, que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire, et on dirait de lui : Il boit avec son suisse, et le mot est une proscription. » — Vidal, 1833.

Un soldat français ne doit pas faire suisse, ne boit jamais seul.

La Bédollière.

Le premier exemple donne la clé du mot. Le soldat, n’ayant pas de suisse, ne peut boire avec lui, donc il boit seul. Cette ironie a dû être inventée pour rappeler quelque engagé de bonne compagnie aux règles de la fraternité.

(Rigaud, 1881) : « Ce mot, à la caserne, équivaut à une injure indélébile. — Faire suisse, c’est vivre seul, mesquinement, sans relations amicales et sans appui ; c’est entasser son prêt, lésiner, thésauriser, s’imposer des privations volontaires ou dépenser sournoisement son argent loin des autres. » (A. Camus.)

(Merlin, 1888) : Dans le langage ordinaire, on dit soûl comme un Polonais et boire comme un Suisse ; dans l’argot militaire, faire Suisse veut dire boire seul.

(La Rue, 1894) : Boire seul.

Suissesse

(Delvau, 1867) : s. f. Verre d’absinthe, — dans l’argot des bohèmes.

(Rigaud, 1881) : Absinthe coupée avec de l’anisette ou de la gomme.

Suiveur

(Larchey, 1865) : « Le suiveur est très-drôle à observer et à suivre. Une femme passe devant lui et réjouit sa vue par une tournure quelconque ; le suiveur accélère son pas, dépasse sa victime, et se retourne bientôt pour juger de la beauté de l’objet de sa poursuite. » — Roqueplan.

(Delvau, 1867) : s. m. Galantin de n’importe quel âge, homme qui suit les femmes dans la rue. Mot créé par Nestor Roqueplan.

(Virmaître, 1894) : Homme tenace qui suit les femmes dans la rue ; quand il tombe sur une vierge il la suit jusqu’à temps qu’il la perde (Argot du peuple). N.

Suivez-moi, jeune homme

(Delvau, 1867) : s. m. Rubans très minces et très longs que les petites dames laissent flotter sur leur dos.

(Rigaud, 1881) : Longs rubans flottants, brides de soie ou de velours, que les femmes portaient en 1869-72, derrière la tête ou fixés au col de leurs pardessus.

Nous avons gardé nos suivez-moi jeune homme.

(Grévin.)

Ces longues brides, que l’on nomme
Aussi des suivez-moi, jeune homme.

(A. Pommier, Paris 1867.)

Suivre le soleil. Aller travailler à la journée chez les particuliers, — dans l’argot des tailleurs. (A. Delvau)

Suivre le soleil

(Delvau, 1867) : v. a. Aller travailler à la journée chez les particuliers, — dans l’argot des tailleurs, qui ont rarement des expressions aussi imagées et aussi poétiques.

Sujet

(d’Hautel, 1808) : Faire un sujet. Locution métaphorique en usage parmi les fumeurs, l’action de s’attacher à noircir également le culot de la pipe, avec laquelle on fume habituellement.
Il est très-sujet à sa bouche. Se dit d’un homme qui s’adonne à la gourmandise, qui fait un dieu de son ventre.
On dit aussi pour exprimer qu’une place, un emploi est très-assujétissant ; C’est une place très sujette, un emploi très-sujet.

Sulfate de cuivre

(Delvau, 1867) : s. m. Absinthe de cabaret, — dans l’argot des bohèmes, qui n’en sont que plus coupables puisqu’ils boivent obstinément un liquide dont ils connaissent les désastreux effets. J’ai entendu demander par un ivrogne un verre de sulfate de cuivre et j’ai vu le garçon lui apporter un verre d’absinthe. Empoisonneurs et empoisonnés rient de leur poison. C’est parfait !

Sultan (le)

(Delvau, 1867) : Le public, — dans l’argot des coulisses. L’expression est juste surtout à propos des actrices, ces odalisques dont les tiroirs regorgent de mouchoirs.

(Rigaud, 1881) : Le public, — dans le jargon des sociétaires de la Comédie-Française, fidèles gardiens du beau langage, de la tradition et des belles manières.

Superlatives délices (les)

(Delvau, 1864) : Le moment où l’homme et la femme, mêlant leurs ondes spermatiques, se pâment sous l’excès de jouissance qui en résulte.

Plaisirs inconnus de dieux,
Superlatives délices…

Béranger.

Superlifico, coquentiel, coquentieux

(Larchey, 1865) : Merveilleux. — De superlatif. — Rabelais a employé dans son livre III le mot Supercoquelicantieux.

Superlificoquentieux

(Delvau, 1867) : adj. Merveilleux, étonnant, inouï, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Superlificoquentiel.

Supitre

(Rigaud, 1881) : Tramway. Par altération pour pupitre, et par allusion aux sièges des cochers de tramways qui ressemblent assez à des pupitres. (Jargon des voyous.)

Sûr

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas si sûr que du vinaigre. Manière ironique de dire qu’une chose n’est pas aussi certaine qu’on paroît le croire.
Il n’y a rien de plus sûr que le plancher des vaches. C’est-à-dire que la terre.
Il est sûr de son bâton. Pour dire il est certain du succès de son entreprise.

Sur le gril (être)

(Rigaud, 1881) : Griller d’impatience ; cuire dans le jus de l’anxiété, Le condamné qui attend le verdict du jury est sur le gril.

Sur le sable

(Rossignol, 1901) : Être sur le pavé sans rien et ne savoir quoi faire.

Sur le tas

(Rossignol, 1901) : Une fille publique est sur le tas lorsqu’elle est dans la rue à chercher un michet.

Sur seize !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des calicots, qui l’emploient pour se prévenir mutuellement d’un péril quelconque, comme par exemple de l’arrivée subite du patron, etc.

Sur-rincette

(Delvau, 1867) : s. f. Supplément à la rincette, — dans l’argot des bourgeois.

Surbile

(M.D., 1844) : Sous la surveillance de la haute police.

Surbine

(un détenu, 1846) : Surveillance.

(Larchey, 1865) : Surveillance (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Surveillance, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Surveillance de la haute police.

(La Rue, 1894) : Surveillance de la police.

(Virmaître, 1894) : Surveillance. Être en surbine : être surveillé. Rompre sa surbine : quitter la ville où l’on était en surveillance pour aller dans une autre ville. Autrefois on disait : rompre son banc ; c’est vieux jeu (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Surveillance. L’agent qui surveille quelqu’un est en surbine. Le condamné qui a purgé sa peine et qui, lors de sa condamnation, a été soumis à la surveillance, est en surbine. Il y a encore quelques années, la peine de travaux forcés à temps ou la réclusion entraînait la surveillance à vie. Une nouvelle loi réduisit la surveillance des condamnés qui était dans ce cas à vingt ans ; puis le tribunal pouvait et peut encore condamner sans prononcer de surveillance. Cette loi a encore été abrogée et l’interdiction de séjour a remplacé la surveillance. Le surveillé avait une résidence qui lui était assignée, et toutes les semaines il devait se présenter au commissariat de police de la ville pour faire constater sa présence. Aujourd’hui l’interdit peut aller où bon lui semble, à l’exception des principales villes, ce qui fait que l’on rencontre tant de chemineaux sur les routes.

(Rossignol, 1901) : Surfaire. Si un objet qui est vendu 2 francs, le marchand le vend 3 francs, il lui fait de la surbine.

(Hayard, 1907) : Surveillance.

Surbiner

(M.D., 1844) : Surfaire.

Sûreté (la)

(Rigaud, 1881) : La police de sûreté.

Surette

(un détenu, 1846) : Pomme d’un arbre.

(Delvau, 1867) : s. f. Pomme, — dans le même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : Pomme. Allusion à l’acidité de ce fruit que l’on rencontre en Normandie sur les grandes routes (Argot des voleurs).

Surfine

(Rigaud, 1881) : Sœur de charité.

(Fustier, 1889) : Femme qui s’introduit chez les personnes âgées et les vole sous prétexte de quêter en faveur des pauvres.

(La Rue, 1894) : Sœur de charité. Voleuse qui s’introduit dans les maisons sous le prétexte de quêter.

(Virmaître, 1894) : Sœur de charité (Argot des voleurs). N.

Surgebé (être)

(Rigaud, 1881) : Être condamné en dernier ressort.

Surgebement

(Rigaud, 1881) : Rejet du pourvoi d’un condamné.

Surgeber

(Larchey, 1865) : Condamner en appel (Vidocq). — De gerber.

Surgerbé

(La Rue, 1894) : Condamné en appel.

Surgerber

(Delvau, 1867) : v. a. Condamner en appel, — dans le même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : Être condamné en appel (Argot des voleurs).

Surin

(Clémens, 1840) : Sabre.

(un détenu, 1846) : Couteau.

(Halbert, 1849) : Couteau.

(Larchey, 1865) : Couteau. V. Chemin.

Les artistes en surin commencent à s’expatrier.

Delvau.

(Delvau, 1867) : s. m. Couteau, — dans le même argot [des voleurs]. Surin muet. Canne plombée ; casse-tête.

(Rigaud, 1881) : Couteau. — Suriner, tuer à coups de couteau. — Surineur, assassin qui travaille au couteau. Ce sont des dérivés de suer, suage.

(La Rue, 1894) : Couteau. Suriner, tuer à coups de couteau.

(Virmaître, 1894) : Couteau. Surin muet : canne plombée ; elle surine sans bruit.

(Rossignol, 1901) : Couteau.

(Hayard, 1907) : Couteau.

Surin, suriner

(Merlin, 1888) : Couteau — Frapper à coups de couteau — de l’argot parisien.

Suriner

(Clémens, 1840) : Frapper à coups de couteau.

(un détenu, 1846) : Assassiner.

(Delvau, 1867) : v. a. Assassiner quelqu’un avec un surin. V. Chouriner.

(Virmaître, 1894) : Assassiner à coups de couteau. Cette expression remplace celle de chouriner (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Tuer à coups de couteau.

(Hayard, 1907) : Assassiner.

Surineur

(Halbert, 1849) : Donneur de coups de couteau.

(Delvau, 1867) : s. m. Spécialiste du genre de Lacenaire. V. également Chourineur.

Surjuin

(Delvau, 1867) : s. m. Insurgé de juin 1848, — dans l’argot des campagnards de la banlieue de Paris, pour qui un mot nouveau n’est facile a retenir qu’autant qu’il est court et sonore.

Surmeneuse

(Fustier, 1889) : C’est ainsi qu’on désigne maintenant les les filles à la mode. Elles surmènent de toutes façons les heureux mortels qu’elles ont daigné distinguer. Allusion au surmenage intellectuel dont on parle tant aujourd’hui.

Une voiture emportant une de nos surmeneuses connues croise une victoria où sont deux de ses collègues

(Charivari, nov. 1888.)

Surmouleur

(Delvau, 1867) : s. m. Écrivain qui, volontairement ou à son insu, pastiche d’autres écrivains, et emploie tout son talent à exagérer les mauvais côtés du talent des autres. Argot des gens de lettres.

Surnu

(Fustier, 1889) : Surnuméraire. Argot des employés d’administration, en général.

Surse (faire la)

(Rigaud, 1881) : « Quand on s’amuse (au magasin), un des commis fait la surse. Faire la surse, c’est faire sentinelle. La sentinelle veille et observe, et dès que le patron apparaît, un cri de convention, qui ne peut éveiller aucune défiance, retentit dans le magasin et se répète d’un rayon à l’autre. Comme par exemple 8.50 ! ou 9.50 ! » (Commis et demoiselles de magasin, 1868.) Longtemps le mot d’ordre fut sur seize ! L’hiver dernier, aux magasins du Printemps, c’était : « Voyez gants Suède no 1 », ou « voyez Suède 1 ». — Nous laissons à de plus savants que nous le soin d’éclaircir l’étymologie et d’affirmer si le surse de MM. les calicots vient du latin sursum. Pourquoi pas ? Il doit y avoir de bons latinistes parmi ces gentlemen. Il y a bien un ancien prix d’honneur de rhétorique actuellement cocher de fiacre, et un docteur ès-lettres, chiffonnier.

Sustenter

(d’Hautel, 1808) : Entretenir la vie par le moyen des alimens et non substanter comme on le dit fréquemment.

Sydonie

(Virmaître, 1894) : La tête de carton, ou le mannequin sur lesquels la modiste et la couturière essayent leurs chapeaux et leurs robes (Argot du peuple). N.

Sylphider (se)

(Rigaud, 1881) : Se sauver, — dans le jargon au peuple.

Symbole

(d’Hautel, 1808) : Dans le jargon typographique, ce mot équivaut à crédit ; ce que l’on prend en compte courant chez un marchand.

(Delvau, 1867) : s. m. Crédit chez le marchand de vin, — dans l’argot des typographes, qui veulent sans doute faire allusion à l’œil du fameux triangle maçonnique. Avoir le symbole. Avoir un compte ouvert chez le cabaretier.

(Delvau, 1867) : s. m. La tête, — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour Chapeau.

(Rigaud, 1881) : Tête ; chapeau.

(Rigaud, 1881) : Crédit, compte ouvert chez un marchand de vin, un restaurateur, — dans le jargon des typographes. — Symbole fait ici allusion au symbole des apôtres, au Credo, et credo est une forme argotique de crédit. Ce jeu de mots n’est pas au-dessous des connaissances de beaucoup de typographes. — Avoir, demander symbole.

(La Rue, 1894) : Tête. Chapeau. Crédit chez le marchand de vin.

Symbole (avoir un)

(Virmaître, 1894) : Avoir un compte ouvert chez le mastroquet (Argot d’imprimerie).

Symbole (avoir, demander)

(Boutmy, 1883) : v. Avoir, demander crédit. Cette expression nous paraît venir de celle-ci : passer devant la glace. Comme on sait, passer devant la glace, c’est payer au comptoir, derrière lequel se trouve d’ordinaire une glace. Dans cette glace, on y voit son portrait, son image, son symbole. Avoir symbole, c’est donc, par ellipse, avoir la permission de passer devant cette glace redoutée sans s’arrêter. On peut donner encore une autre étymologie : les pièces de monnaie portent sur une de leurs faces la représentation, le symbole d’un souverain quelconque, ou une autre figure. De là peut-être l’expression. Nous livrons ces conjectures à la sagacité de quelque Du Cange de l’avenir. D’autres proposent une étymologie beaucoup plus simple et peut-être plus naturelle : Symbole est, dans un certain sens, synonyme de Credo, le Symbole des Apôtres. De Credo à Crédit, la distance est courte. Choisissez.

Symphoneries

(Rigaud, 1881) : Bêtises, — dans le jargon du peuple. — Lâcher des symphoneries, dire des bêtises.

Synagogue

(d’Hautel, 1808) : Enterrer la synagogue. Se dit par plaisanterie, quand après plusieurs jours de ripaille et de divertissemens, on en prend encore un pour se préparer avant de rentrer dans le devoir.
Enterrer la synagogue avec honneur. Finir honorablement une entreprise difficile que l’on a commencée.

Synagogue (c’est)

(Rigaud, 1881) : C’est synonyme, — dans le jargon des farceurs.

Système

(Delvau, 1867) : s. m. L’ensemble des fonctions du corps humain, et, plus spécialement, le système nerveux. Argot du peuple. Agacer le système. Ennuyer. Taper sur le système. Agacer les nerfs ; exaspérer.

(Rigaud, 1881) : Un mot fort en crédit chez les ouvriers qui le mettent devant un autre avec le sens de : dans le goût de, comme chez, semblable à. — Système Jardinière, habillement complet. — Système Pinaud, chapeau haute forme. — Système ballon, grossesse etc., etc. Le champ est vaste, aussi est-il très exploité.

(Virmaître, 1894) : Portion servie aux prisonniers dans les maisons centrales (Argot des voleurs). V. Bonde.

Système (rompre le)

(Rigaud, 1881) : Agacer, porter-sur le système nerveux.

Système (s’en faire péter le)

(Rigaud, 1881) : Faire, entreprendre une chose au-dessus de ses forces.

Système (se faire sauter le)

(Rigaud, 1881) : Se brûler la cervelle.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique