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M

Ma tante

(Rossignol, 1901) : Mont-de-piété.

Mabilien

(Rigaud, 1881) : Élégant qui fréquente le bal Mabille. — Coiffeur, commis de magasin qui danse à Mabile.

Mabilienne

(Rigaud, 1881) : Demoiselle qui va au bal Mabille comme les spéculateurs sur les fonds publics vont à la Bourse.

Les mabiliennes de 1863 se subdivisent en plusieurs catégories : La dinde, la solitaire, la grue.

(Les Mémoires du bal Mabille.)

Mabillarde, Grue mabillarde

(Rigaud, 1881) : Demoiselle qui, au bal Mabille, fait beaucoup de frais de conversation dans l’espoir de séduire un riche étranger, mabilien de passage. — Souvent elle s’aperçoit trop tard, hélas ! que le riche étranger n’est ni riche ni étranger.

Maboul

(Merlin, 1888) : Imbébile, toqué, — de l’arabe.

(Fustier, 1889) : Niais, un peu fou. /p>

Suivant l’expression d’Eugène Tourte, elle était un peu maboule, rêvassant près de son bon ami à des amours câlins.

(Huysmans : Les Sœurs Vatard.)

Le père ? dit Landart, il ne peut pas gagner sa vie ; malheureusement il est un peu maboul.

(Sirven et Siegel : Les Drames du Mont-de-Piété, 1886.)

(La Rue, 1894) : Un peu fou, timbré.

Mac

(Delvau, 1864) : Abréviation de maquereau.

Ça m’ fera peut-etre rigoler un brin, de changer d’role, et de mac devenir miché.

Lemercier de Neuville.

Après tout, ce n’est pas si bête
D’avoir fait quatre cents binettes.
D’hommes de lettr’s, de peintr’s et de mac ?

A. Pothey.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Maquereau, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Apocope de maquereau, souteneur de filles ; et mecque avec changement de l’a en e. — De maque, marchand ; d’où maquignon.

(Virmaître, 1894) : Diminutif de maquereau. Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque. C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Individu qui vit du produit d’un labeur vaginal.

(Hayard, 1907) : Souteneur.

Mac à la mie de pain

(Rossignol, 1901) : Souteneur à qui la marmite donne peu d’argent.

Mac-Farlane

(Delvau, 1867) : s. m. Paletot sans manche, — dans l’argot des gandins et des tailleurs.

Mac-farlanes

(Larchey, 1865) : Long pardessus sans manches, avec grand collet tombant sur le devant.

Ils portent des mac-farlanes.

Les Étudiants, 1860.

Mac-Mahon

(Rigaud, 1881) : Les dragons ont donné ce nom à la tête de Méduse qui surmonta leurs casques. — T’as joliment bien astiqué Mac-Mahon, ce matin. — D’autres l’appellent la « République », parce qu’ils se figurent que c’est la tête de la République, (comme si elle avait le don de pétrifier ses ennemis.) — Je m’en vas donner un coup d’astiqué à la République.

Mac-Mahonat

(Rigaud, 1881) : Gouvernement du maréchal de Mac-Mahon, second président de la troisième République française.

Mac-Mahonien

(Rigaud, 1881) : Partisan du gouvernement du maréchal de Mac-Mahon. — Feuille mac-mahonienne, journal dévoué à la politique du maréchal.

Mac, maca

(La Rue, 1894) : Apocope de macquereau, macquerelle. Maman maca, maîtresse d’une maison de tolérance.

Mac, macque, macchoux

(Larchey, 1865) : Maquereau. — Maca : Maquerelle. — Macchoux est une corruption du mot maquereau. — Mac et maca sont deux abréviations. — Par un hasard singulier, la première de ces abréviations donne la clef même du mot Au moyen âge, le mot maque signifiait : vente, métier de marchand. V. Roquefort. — De là sont venus maquillon ou maquignon et maquerel ou maquereau. Le maquereau n’est qu’un maquignon de femmes. Pendant tout le moyen âge, on a écrit maquerel ou maqueriau. Ce dix-neuvième siècle a oublié la véritable source du mot qu’il a confondu avec celui du poisson, d’où les synonymes de poisson et de barbillon.

Le métier de mac autrefois n’était guère exercé que par des voleurs et des mouchards… maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amants des jeunes gens de famille.

1837, Vidocq.

Le macque est le souteneur des filles de la plus basse classe. Presque toujours c’est un repris de justice.

Canler, 1863.

Une vieille maca : Entremetteuse, femme vieillie dans le vice.

1808, Dhautel.

Maca

(d’Hautel, 1808) : Une vieille Maca. Terme de mépris. Entremetteuse ; femme vieillie dans le vice et la débauche, et qui vit du commerce honteux de prostitution.

(Delvau, 1864) : Maquerelle, entremetteuse, femme vieillie dans le vice.

(Rigaud, 1881) : Maquerelle, proxénète. — Mère maca, macquecée, maîtresse d’une maison de tolérance. Maca suiffée, riche matrone.

Macabé

(La Rue, 1894) : Cadavre.

Macabées (case des)

(Rigaud, 1881) : Cimetière. Mot à mot : maison des cadavres. — Le clou des macabées, la Morgue ; c’est-à-dire le Mont-de-Piété des cadavres, l’endroit où l’on met les cadavres en dépôt.

Macabre

(Rigaud, 1881) : Mort. C’est une variante de machabée. — Viens-tu piger les macabres au musée des claqués ?

(Boutmy, 1883) : s. m. Un mort. Ce mot paraît venir de ces danses macabres que les artistes du Moyen Âge peignaient sur les murs des cimetières. La Mort conduisait ces chœurs funèbres. On dit plus souvent Macchabée.

Macache

(Delvau, 1867) : adj. Mauvais, détestable, — dans l’argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie. On emploie ordinairement ce mot avec bono : Macache-bono. Ce n’est pas bon, cela ne vaut rien. Signifie aussi Zut !

(Merlin, 1888) : Négation — de l’arabe.

Macadam

(Delvau, 1867) : s. m. Boue épaisse et jaune due à l’ingénieur anglais Mac Adam.

(Delvau, 1867) : s. f. Boisson sucrée qui ressemble un peu comme couleur à la boue des boulevards macadamisés.

(Rigaud, 1881) : Vin blanc nouveau de Bergerac. Il présente l’aspect d’une boue liquide et jaunâtre. — Garçon ! deux macadams.

(Rigaud, 1881) : Bière noire anglaise, porter.

(Virmaître, 1894) : Accoster les hommes. L. L. On voit d’ici les filles faire le macadam qui est la chaussée des boulevards, pour raccrocher sans doute les omnibus, les fiacres et les becs de gaz. Macadam est le nom donné à un vin blanc épais, venant soi-disant de Montbazillac, qui est vendu par les mastroquets au moment des vendanges (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Vin blanc nouveau qui n’a pas fermenté.

Macadamiser

(Delvau, 1867) : v. a. Empierrer les voies publiques d’après le système de Mac Adam.

Macahée

(Rigaud, 1881) : Souteneur ; c’est un dérivé de mac.

Macahée, Machabée

(Rigaud, 1881) : Cadavre quelconque d’homme ou d’animal. Se disait autrefois plus particulièrement du cadavre d’un homme noyé ou de celui d’un animal.

Ce gros machabée, horrible pendu,
Sur la dalle froide, on vient de l’étendre ;
Il a les contours accrus d’un scaphandre,
Et de ses haillons le mur est tendu.

(Le Pavé, 1879.)

Macaire

(Larchey, 1865) : Malfaiteur audacieux, spirituellement cynique, affectant en toute occasion les manières d’un homme bien élevé. — Ce type étrange date, comme l’on sait, du drame de l’Auberge des Adrets ; il doit toute sa fortune à Frédérick-Lemaître qui, en créant le rôle de Macaire, a caractérisé pour toujours une classe particulière de criminels.

Ils se croyaient des Macaires et n’ont été que des filous.

Luchet.

(Delvau, 1867) : s. m. Escroc ; agent d’affaires véreuses ; saltimbanque, — dans l’argot du peuple, qui a conservé le souvenir du type créé par Frédérick-Lemaître au théâtre et par Daumier au Charivari. On dit aussi Robert-Macaire.

Macairien

(Rigaud, 1881) : Usé jusqu’à la corde, complètement déformé ; objet de toilette qui rappelle en partie le costume délabré de Robert-Macaire.

On y voit une troupe de malheureux couverts d’humides et boueux haillons, le chef orné de chapeaux macairiens.

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.)

Macaron

(Larchey, 1865) : Dénonciation. — Du vieux mot maque : vente. V. Roquefort. — Un dénonciateur vous vend à la police.

Dans le nez toujours tu auras mes macarons et cabestans.

Vidocq.

Macaroner : Trahir.

(Delvau, 1867) : s. m. Huissier, — dans l’argot des voyous. Traître, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Huissier. Allusion aux panonceaux qui figurent à la porte des huissiers. — Dénonciateur.

(La Rue, 1894) : Huissier. Dénonciateur.

Macaronage

(La Rue, 1894) : Trahison.

Macaroner

(Bras-de-Fer, 1829) : Découvrir.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Agir en traître.

(Virmaître, 1894) : Vient de macaron. Macaron dans le peuple veut dire huissier ; dans l’argot des voleurs, il veut dire traître. Il est vrai qu’il n’y a pas grande différence entre les deux. Un voleur est traître en dénonçant ses complices ; un huissier est traître vis-à-vis des malheureux (Argot des voleurs). N.

Macaroni

(Merlin, 1888) : Corses ou Italiens. Par allusion à leur mets favori.

(Fustier, 1889) : C’est ainsi que les gens de bourse désignent plaisamment dans leur jargon le fonds d’État italien.

Le Macaroni se cramponne ; il voudrait se fixer, ou, si vous aimez mieux, se figer au pair.

(Gil Blas, juin 1887.)

Le bourgeois commerçant ou boursicotier dit : Je prends ferme ; le macaroni se soutient ; les huiles fléchissent.

(Gazette de France, octobre 1886.)

Macaronnage

(Rigaud, 1881) : Dénonciation d’un camarade.

Macaronner

(Halbert, 1849) : Agir en traître.

(Rigaud, 1881) : Dénoncer, trahir un camarade, — dans le jargon des voleurs.

Macaronner, Macaroniser (se)

(Rigaud, 1881) : Se sauver, filer, — dans le même jargon ; allusion au macaroni qui, lui aussi, file à sa manière.

Macchabée

(Delvau, 1867) : s. m. Cadavre, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion, sans s’en douter, aux sept martyrs chrétiens. Mauvais macchabée. Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu’on est forcé de tasser, — dans l’argot des employés des pompes funèbres.

(Boutmy, 1883) : s. m. Un mort. V. Macabre.

(Virmaître, 1894) : Cadavre. Se dit plus parliculièrement d’un noyé que les mariniers retirent de l’eau. Les croque-morts disent aussi du mort qu’ils vont enlever :
— Emballons vivement le macchabée, il fouette à en crever (Argot du peuple). V. Bouffi.

(Hayard, 1907) : Cadavre, généralement de noyé.

Macédoine

(Rigaud, 1881) : Combustible, en terme de chauffeur de chemin de fer.

(Virmaître, 1894) : Combustible. L. L. Macédoine est une salade composée de toutes sortes de légumes ; on la nomme salade russe. Macédoine est également synonyme d’arlequin (Argot du peuple). N.

Machabé

(Rossignol, 1901) : Cadavre. Celui qui s’est noyé, s’est machabé.

Machabée

(Larchey, 1865) : « On appelle machabée tout être, homme ou animal, qui est privé de vie, et que l’on rencontre flottant sur un cours d’eau ou échoué sur le rivage. » — Val. Dufour. — Machabée : Juif. — Allusion biblique.

Mâcher

(d’Hautel, 1808) : Une santé de papier mâché. Complexion foible, mauvais état de santé.
Macher de haut. Manger sans appétit ; pignocher.
Mâcher à vide. Soupirer après une succession ; n’avoir ni pain ni pâte.
Il ne sait que mâcher. Se dit d’un homme qui ne fait rien qui vaille, excepté à table.
De l’ouvrage tout mậché. Pour dire tout préparé, tout disposé.
Il faut lui mâcher les morceaux. C’est-à-dire, lui faire le plus difficile de la besogne.

Mâcher (ne pas le)

(Larchey, 1865) : Parler franchement sans murmurer entre ses dents.

Quand j’ai lieu de vous en vouloir, Ah ! n’ayez pas peur que j’vous l’mâche !

De Longchamps, Ch., 1809.

Mâcher de haut

(Delvau, 1867) : v. a. Manger sans appétit, — dans l’argot des bourgeois.

Mâcher les morceaux

(Delvau, 1867) : v. a. Préparer un travail, faire le plus difficile d’une besogne qu’un autre achèvera. Argot du peuple.

Mâcher les mots

(Delvau, 1867) : v. a. Choisir les expressions les plus chastes, les moins blessantes. Ne pas mâcher les mots à quelqu’un. Lui dire crûment ce qu’on a à lui dire.

Mâcher les mots (ne pas)

(Virmaître, 1894) : Dire carrément à quelqu’un ce que l’on pense. Parler grossièrement : ainsi, dans le peuple, quand on dit merde à quelqu’un, on répond : mâche (Argot du peuple). N.

Mâcheur

(d’Hautel, 1808) : C’est un grand mâcheur. Se dit trivialement d’un épicurien, d’un homme qui aime beaucoup les plaisirs de la table.

Machicadour

(Merlin, 1888) : Se dit de quelqu’un ou d’un objet. Synonyme de chose, machin.

Machicot

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais joueur, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Mâchoire.

Machicoulis

(Rigaud, 1881) : Cachotterie ; subterfuge ; mot familier à mesdames les concierges qui prononcent généralement machecoulis.

Machin

(Larchey, 1865) : L’homme ou la chose dont on ne peut se rappeler le nom. V. Chose.

M. Mâchin, pardon ! je ne me rappelle jamais votre nom.

H. Monnier, 1840.

Dans la Gabrielle d’E. Aubrier, l’avoué Chabrière prie sa femme de faire « un machin au fromage. »

(Delvau, 1867) : s. m. Nom qu’on donne à une personne ou à une chose sur laquelle on ne peut mettre une étiquette exacte. On dit aussi Chose.

Machin ou machine

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, le membre viril, — dans le langage des gens pudibon qui n’osent pas appeler les choses par leur nom.

Que mettras-tu dans mon con, en m’enfilant ? Mon machin.

H. Monnier.

Fiez-vous à ma cuisine,
Célibataires blasés,
Pour remonter la machine
Et flatter vos goûts usés.

L. Festeau.

Secrets appas, embonpoint et peau fine,
Fermes tétons et semblables ressorts,
Eurent bientôt fait jouer la machine.

La Fontaine.

Mais finis donc, imbécile !
Sacré nom de Dieu d’gredîn !
Si tu n’me laiss’s pas tranquille,
J’ vas pisser sur ton machin.

(Parnasse satyrique.)

Machin, machine

(d’Hautel, 1808) : Mots insignifians et vulgaires, dont le premier n’est qu’un barbarisme du second ; le peuple en fait un fréquent usage, et les applique indistinctement aux personnes et aux choses dont les noms ne se présentent pas sur-le-champ à sa mémoire.
C’est Machin ou Machine qui a ce que vous demandez. Pour c’est tel ou telle.
C’est un machin. Pour c’est un objet, un ustensile quelconque, etc.
Prêtez moi votre machin ; voilà votre machin. Pour suppléer au nom de la chose que l’on demande ou que l’on rend.
C’est une vraie machine. Se dit d’un homme borné, sans intelligence auquel, comme on dit, il faut mettre les points sur les ii dans tout ce qu’on lui commande ; qui ne va que par routine, et ne fait rien de son propre mouvement.

Machine

(Delvau, 1867) : s. f. Chose quelconque dont on ne peut trouver le nom, — dans l’argot des bourgeois, qui ne connaissent pas exactement la propriété des termes. Ainsi il n est pas rare d’entendre l’un d’eux dire à un artiste, en parlant de son tableau : « Votre petite machine est très jolie. » Grande machine. Grande toile ou statue de grande dimension.

(Rigaud, 1881) : Œuvre littéraire ou artistique. Grande machine, grand tableau, drame à grand spectacle.

Machine à moulures

(Rigaud, 1881) : Derrière.

Mâchoire

(d’Hautel, 1808) : C’est une mâchoire, une vieille mâchoire. Épithète injurieuse qui se dit d’une personne sans capacité dans un art ou un métier ; d’un ignorant, d’un sot.
Jouer des mâchoires. Manger avidement, faire honneur à la table.

(Larchey, 1865) : Suranné. — V. Ganache.

L’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante, académicien et membre de l’Institut.

Th. Gautier, 1833.

Vieille Mâchoire : Personne sans capacité, ignorant, sot.

1808, d’Hautel.

(Delvau, 1867) : s. f. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui sait avec quelle arme Samson assomma tant de Philistins. Signifie aussi : Suranné, Classique, — dans l’argot des romantiques, — ainsi que cela résulte d’un passage des Jeune France de Théophile Gautier, qu’il faut citer pour l’édification des races futures : « L’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante, académicien et membre de l’Institut. »

Mâchoire (vieille)

(Rigaud, 1881) : Personne à idées arriérées. L’expression étaittrès usitée en 1830, au beau temps de l’École romantique.

Mâchonner

(d’Hautel, 1808) : Au propre, mâcher avec difficulté ; au figuré, murmurer, marmonner, parler entre ses dents.

(Delvau, 1867) : v. n. Parler à voix basse ; murmurer, maugréer.

Machurat

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux qu’on donne généralement à un mauvais ouvrier.

Machurer

(d’Hautel, 1808) : Bousiller, faire de mauvaise besogne ; il signifie aussi barbouiller, noircir.

(Delvau, 1867) : v. a. Barbouiller, noircir.

Maçon

(Rigaud, 1881) : Pain de quatre livres, — dans le jargon des voyous. — C’est une rareté que de ne pas rencontrer, le matin vers neuf heures, un maçon sans un énorme pain sous le bras.

Maçon de pratique

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier en bâtiment, — dans l’argot des francs-maçons.

Maçon de théorie

(Delvau, 1867) : s. m. Franc-maçon.

Macrotage

(Rigaud, 1881) : Métier du souteneur.

Macroter

(Rigaud, 1881) : Faire le métier de souteneur. Macroter une affaire, être l’intermédiaire dans une affaire louche, malpropre, comme un prêt usuraire, une combinaison financière à l’adresse des gogos.

Macrotin

(Delvau, 1864) : Apprenti maquereau ; voyou qui se fait la main avec les petites gourgandines dont il vide les poches sans le moindre scrupule, en attendant qu’il puisse exercer sur une plus grande échelle, avec de plus grandes allés.

Oui, c’est un métier commode
Et qui devient à la mode :
Mao, macrotin…
Vive le macrotin !

L. de Neuville.

(Rigaud, 1881) : Apprenti souteneur ; souteneur surnuméraire.

(Virmaître, 1894) : Petit maquereau d’occasion qui glane par-ci par-là quelques sous, en attendant qu’il soit assez fort pour avoir une marmite à lui seul. Le petit macrotin commence généralement à être raton et pégriot (Argot des souteneurs). N.

(Hayard, 1907) : Jeune souteneur.

Maculature (attraper une)

(Rigaud, 1881) : Se griser, — dans le jargon des ouvriers pressiers.

Madame

(d’Hautel, 1808) : Elle fait la madame. Se dit d’une parvenue qui se dorlotte et se donne des airs de duchesse.
Maintenant c’est une grosse madame. Se dit par raillerie en parlant d’une femme qui n’a pas toujours été dans une bonne condition.
Jouer à la Madame. Se dit des petites filles qui contrefont en jouant les manières des femmes ; se font des complimens, et se visitent entr’elles.

(Delvau, 1864) : Nom que les filles d’un bordel donnent à leur abbesse, pour laquelle elles ont le respect qu’elles n’auront jamais pour la vertu.

Ce sont nos petits bénéfices, à nous, pauvres filles… Madame nous prend tout et ne nous laisse rien.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. f. Dame, — dans l’argot des petites filles. Jouer à la Madame. Contrefaire les mines, les allures des grandes personnes.

(Delvau, 1867) : Nom que les filles de maison donnent à leur maîtresse, — à l’abbesse.

(Rigaud, 1881) : Nom que les filles de maison donnent à la maîtresse de l’établissement.

Madame, la grasse et bedonnante Madame.

(E. de Goncourt, La Fille Elisa.)

Madame Canivet

(Rigaud, 1881) : Femme qui fait mettre tout sens dessus dessous dans un magasin de nouveautés et s’en va sans rien acheter.

Madame la Ressource

(Delvau, 1867) : s. f. Marchande à la toilette ; revendeuse.

(Rigaud, 1881) : Revendeuse à la toilette.

Madame la ressource

(Virmaître, 1894) : La marchande à la toilette, la brocanteuse, le mont-de-piété (ma tante), tous ces rongeurs sont madame la Ressource pour les pauvres gens qui vendent ou engagent leurs dernières nippes (Argot du peuple).

Madame la rue (aller voir)

(Rigaud, 1881) : Aller travailler, — dans le jargon des chiffonniers, pour qui la rue est l’atelier.

Madame Manicon

(Rigaud, 1881) : Sobriquet qu’on donnait aux sages-femmes au XVIIIe siècle. (Le Roux, Dict. comique.)

Madame Tiremonde

(Delvau, 1867) : s. f. Sage-femme, — dans l’argot des faubouriens. Les voyous disent Madame Tirepousse. Au XVIe siècle, on disait Madame du guichet et Portière du petit guichet.

Madame Véto

(Delvau, 1867) : Marie-Antoinette. On connaît la chanson ;

Madam’ Véto s’était promis
De faire égorger tout Paris ;
Mais son coup a manqué,
Grâce à nos canonniers !
Dansons la carmagnole,
Vive le son
Du canon !

Madeleine (faire suer la)

(Rigaud, 1881) : Faire travailler son argent sur le tapis vert ; avoir de la peine à gagner en trichant, — dans le jargon des grecs.

Mademoiselle

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Homme dont les goûts sont antiphysiques.

Mademoiselle du bitume

(Virmaître, 1894) : Péripatétitienne qui foule le bitume du matin au soir. Le bitume, c’est son atelier, sou champ de manœuvres, elle y règne en souveraine, elle l’a conquis à la pointe de ses bottines (Argot du peuple).

Mademoiselle du pont neuf

(Virmaître, 1894) : Fille publique. L’allusion est typique. Comme sur le Pont-neuf tout le monde y passe librement, avec cette différence toutefois que le pont est à péage (Argot du peuple). N.

Mademoiselle Manette

(Delvau, 1867) : s. f. Malle.

Madrice

(Delvau, 1867) : s. f. Finesse, habileté, madrerie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Malice. — Madrin, madrine, malin, maligne. La langue régulière a « madré » dans le même sens.

(La Rue, 1894) : Malice.

(Virmaître, 1894) : Finesse. Vient de madré.
— Il a roulé le palpeur, il est rien madrice, le gonce (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Ruse, malice.

Madrin

(Delvau, 1867) : adj. et s. Habile, fin, madré.

Mafflu

(Delvau, 1867) : adj. et s. Qui a une face large, épanouie, — dans l’argot du peuple. Grosse mafflue. Grosse commère. On dit aussi grasse maffrée et grosse mafflée.

Maflée

(d’Hautel, 1808) : Une grosse maflée. Terme railleur pour dire femme ou fille joufflue, d’un embonpoint rustique.

Magasin

(Fustier, 1889) : Trottoir, dans le jargon des filles et de leurs souteneurs.

C’est là (dans un cabaret) que les macs vont régler leurs affaires avec leurs marmites lorsqu’elles arrivent du magasin.

(Courrier Français, nov. 1888.)

Magasin de blanc

(Delvau, 1864) : Bordel — où l’on dépose en effet des quantités considérables de sperme.

(La Rue, 1894) : Prostibulum.

(Virmaître, 1894) : Maison de tolérance. Il est assez difficile d’expliquer le pourquoi de cette expression ; elle vient sans doute de ce que dans le peuple, tous ceux qui vivent de la femme sont des mangeurs de blanc. La maquerelle est dans ce cas (Argot du peuple). N.

Magistrat

(d’Hautel, 1808) : Un magistrat à la galoche. Sobriquet que l’on donne aux petits garçons qui polissonnent et jouent dans les rues.

Magnes

(Rigaud, 1881) : Manières, embarras. — Faire des magnes. — As-tu fini tes magnes ?

(Virmaître, 1894) : Abréviation de manières. Magne est ici pour façon.
— Ne fais donc pas tant de magnes, il faut y aller carrément.
— Tu fais des magnes ma vieille, ça ne prend pas (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Manières.

(Hayard, 1907) : Manière.

Magneuse

(Delvau, 1867) : s. f. « Femme oui se déprave avec des individus de son sexe, » dit M. Francisque Michel, qui va bien loin chercher l’étymologie de ce mot, — dans lequet il veut voir une allusion malveillante à une communauté religieuse, tandis qu’il l’a sous la main, cette étymologie.

Magneuse, Manieuse, Magnuce

(Rigaud, 1881) : Dévergondée qui éprouve un penchant honteux pour les autres femmes.

Magnifique

(d’Hautel, 1808) : C’est magnifique et pas cher. Se dit par ironie d’une chose pour laquelle on a conçu de l’aversion, du mépris.

Magnoter

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, manier souvent quelque chose ; caresser quelqu’un ; le flatter, le cajoler avec les mains, et quelquefois avec indiscrétion.

Magnuce

(La Rue, 1894) : Voir Gougnotte.

Magnum

(Fustier, 1889) : Bouteille de capacité plus qu’ordinaire. Argot de restaurant.

Quelques-uns des prix méritent d’être cités. Ce sont d’abord six bouteilles de Château-Lafitte, 1865 — de ces doubles bouteilles qu’en style de sommelier on appelle des magnum…

(Lanterne, décembre 1884.)

Magot

(d’Hautel, 1808) : Un magot de la Chine. On nomme ainsi par dérision un homme petit, laid et difforme. On dit dans le même sens un vilain magot.

(d’Hautel, 1808) : Bourse, amas d’argent caché, coffre fort d’un avare.
Trouver un bon magot. Mettre la main sur une grosse succession. Hériter de beaucoup d’argent comptant.

(Delvau, 1867) : s. m. Économies, argent caché, — dans l’argot du peuple. Manger son magot. Dépenser l’argent amassé.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme laid comme un singe ou grotesque comme une figurine chinoise en pierre ollaire.

(Rigaud, 1881) : Tabatière en bouleau, tabatière dite « queue de rat », — dans le jargon du peuple.

(Rigaud, 1881) : Argent économisé. L’ancien magot se mettait — les paysans le mettent encore — dans un vieux bas ; de là, le nom de magot, bourse grotesque.

Mahomet

(Fustier, 1889) : Petit sac de cuir que les forçats portent suspendu sur la poitrine, entre la peau et la chemise et qui leur sert à enfermer leurs économies.

(V. Humbert : Mon bagne.)

Maigre

(d’Hautel, 1808) : Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’un homme qui marche fort vite, qui va toujours courant.
Il est chargé de maigre. Se dit par raillerie d’un homme étique et desséché.
Maigre comme un hareng-saure ; comme un squelette. Comparaisons inciviles, pour dire qu’une personne est très-maigre. On dit aussi : C’est une maigre échine.

Maigre (du) !

(Delvau, 1867) : interj. Silence ! — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Silence ! — dans le jargon des voleurs.

On aime une femme, on se sacrifie pour elle, puis il vient un jour où la femme vous dit : Oh ! du maigre ! va t’asseoir sur le bouchon, tu me gênes !

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Interjection : Silence !

Maigre comme un cent de clous

(Delvau, 1867) : adj. Extrêmement maigre. On dit aussi Maigre comme un coucou, et Maigre comme un hareng sauret.

(Rigaud, 1881) : Excessivement maigre. Les variantes sont : Maigre comme un coucou, maigre comme un hareng saur.

Maigrelet

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de Maigre. De fort petite complexion.

Maigrement

(d’Hautel, 1808) : Payer un ouvrage maigrement. Pour dire, en payer à peine les dépenses ; ne laisser qu’un très-mince bénéfice à faire à son entrepreneur.

Maigret, maigrette

(d’Hautel, 1808) : Un petit maigret, une petite maigrette. Se dit par dérision, de personnes fluettes et maigres.

Mail

(d’Hautel, 1808) : Espèce de marché à Paris, où l’on vend des pommes.
Vas-t’en au mail, tu auras une pomme rouge. Manière grossière de refuser à une demande, d’envoyer promener celui qui la fait.

Maille

(d’Hautel, 1808) : Compter à sou, maille et denier. Être très-près regardant.
Il sait à sou, maille et denier, ce qui lui revient dans cette affaire. Se dit d’un homme minutieux, qui est très-éclairé sur ses propres intérêts.
N’avoir ni sou ni maille. Être dénué d’argent.
Un pince-maille. Tire-liard, homme fort avare, très-intéressé.
Elle vaut mieux écu qu’elle ne valoit maille. Se dit de quelque chose que l’on a amélioré.
Avoir maille à partir. Pour, avoir querelle, dispute, contestation avec quelqu’un.
Maille à maille. Pour, l’un après l’autre.

Mailloche (il est)

(Virmaître, 1894) : Synonyme d’avoir reçu un coup de marteau. On connaît la légende de Martin et Martine, de l’horloge de Cambrai, qui a donné naissance au dicton populaire pour qualifier un être déséquilibré :

— Il a passé à Cambrai, il a reçu un coup de marteau.

Mot à mot : il est timbré (Argot du peuple). N.

Maillocher

(Rigaud, 1881) : Travailler, — dans le jargon des souteneurs, pour qui le travail est la surveillance exercée surleurs maîtresses dans le but de les empêcher de perdre leur temps, parce que le temps c’est de l’argent.

(La Rue, 1894) : Pour la prostituée, c’est travailler (de son métier) ; pour le souteneur c’est surveiller la marmite qui travaille.

(Rossignol, 1901) : Travailler.

Maillochons

(Virmaître, 1894) : Les pieds. Allusion au bruit que font les pieds en marchant.
— Ils frappent le pavé, ce qui produit des coups de mailloche (Argot des voleurs). N.

Main

(d’Hautel, 1808) : Il ne sait où mettre ses mains. Pour, il a l’air gauche et décontenancé ; il est dans un extrême embarras : se dit aussi pour exprimer que quelqu’un est dans l’ivresse du succès.
Faire quelque chose à deux mains trois cœurs. Pour dire, avec zèle et empressement ; de tout cœur.
Passez cela de main en main jusqu’au plus vilain. Se dit à dessein de plaisanter une personne dans les mains de laquelle doit rester l’objet que l’on fait passer.
Il a la main chaude. Pour dire que quelqu’un est en train de gagner au jeu.
Il est à deux mains. Se dit d’un homme propre à plusieurs emplois, ou que l’on occupe à différentes choses.
Il le surpasse haut la main. Pour, il le passe de beaucoup, il lui est bien supérieur.
Jeu de mains, jeu de vilains. Signifie qu’il n’y a que les gens mal élevés qui jouent à se frapper.
Fermez la main, et dites que vous ne tenez rien. Manière de dire à quelqu’un qu’on ne veut pas lui accorder ce qu’il demande.
Est-ce que tu as des mains de beurre. Se dit à une personne maladroite, qui laisse tomber tout ce qu’elle porte à la main.
Donner de la main à la main. C’est-à-dire mutuellement.
Il a toujours ses mains dans ses poches. Se dit d’un fainéant, d’un homme qui vit dans l’oisiveté.
Il a une belle main pour chanter et une belle voix pour écrire. Voyez Chanter et Écrire.
Il vaut mieux tendre la main que le coup. Pour il est moins déshonorant de demander l’aumône, que de s’exposer à être pendu en exerçant des vols et des brigandages.
Un homme de main. Pour dire, auquel on peut se fier pour l’exécution d’une chose difficile.
Faire la main. Pour faire des gains illicites et déshonnêtes.
L’argent lui fond dans les mains. Se dit d’un prodigue, d’un dissipateur.
Ils sont comme les deux doigts de la main. C’est-à-dire, inséparables ; ils vivent dans une grande familiarité.
Tous les doigts de la main ne se ressemblent pas. Signifie que dans la société, on rencontre des humeurs et des caractères différens.
Il faut regarder à ses mains plutôt qu’à ses pieds. Se dit d’un homme dont la probité est suspecte.
Il est Normand, il a les mains crochues. Parce qu’on prête beaucoup de finesse et d’habileté aux habitans de cette province, surtout dans leur manière de traiter. Il est certain que, quelque peu fondé que soit leur droit dans une affaire, ils ont l’adresse de la faire tourner toujours à leur avantage.
Il ne va jamais sans ses mains. Se dit d’un escroc, d’un fripon, d’un homme qui vit d’une industrie infâme.
De marchand à marchand, il n’y a que la main. Pour dire, qu’il suffit de toucher dans la main entre marchand, pour conclure un marché. Signifie aussi que le commerce égalise toutes les conditions.
Mettre le pain à la main de quelqu’un. L’assister dans la nécessité, ou lui ouvrir le chemin de la fortune.
Les mains lui démangent. Pour, il a envie de se battre ; il y a long-temps qu’il s’est battu.
Il a la main à la pâte. Pour, il est dans un emploi lucratif où il fait de bons profits.
Il faut aller bride en main dans cette affaire. Pour dire, prudemment, avec retenue.
Il a des mains de laine et des dents de fer. Se dit d’un homme nonchalant et paresseux, qui ne sait rien faire que boire et manger.
C’est un homme de sa main. Pour une de ses créatures.
Prenez cela de ma main. Pour, ayez confiance dans ce que je vous donne. Locution marchande, pour engager les chalands à acheter.
Jouer à la main chaude. Au propre, jouer au jeu de la main chaude ; au figuré, avoir les mains liées derrière le dos, comme le sont ordinairement les patiens que l’on conduit au supplice, et par allusion avec ce jeu. Voy. Chaude.
Mettre la main à la pâte. Se mêler des travaux les plus difficiles, des plus petits détails d’une affaire ; prendre part aux services domestiques ; se servir soi-même.
Il n’y va pas de main morte. Pour, il touche ferme ; il travaille avec ardeur.

(Rigaud, 1881) : La totalité des cartes constituant une partie, soit au baccarat, soit au lansquenet. La main réglementaire est de quatre jeux de cinquante-deux cartes.

(Rigaud, 1881) : Série de coups gagnés, — dans le jargon des joueurs de baccarat et de lansquenet. — Avoir la main, tenir les cartes à son tour. — Prendre la main, prendre les cartes qu’un joueur quitte après un ou plusieurs coups de gain. — Passer sa main, ne pas prendre les cartes à son tour. — Passer la main, passer les cartes après un ou plusieurs coups gagnés. — Brûler la main, jeter au panier les cartes du talon, après avoir gagné, en banque, un certain nombre de coups.

Main (acheter à la)

(Fustier, 1889) : Acheter comptant.

Il joignait à ce commerce connu… les prêts usuraires à la petite semaine et la vente au bazar avec de gros bénéfices, d’objets fabriqués en salle et qu’il achetait à la main, bien au-dessous de leur valeur.

(Humbert : Mon bagne.)

Main chaude (jouer à la)

(Larchey, 1865) : Être guillotiné. V. Raccourcir.

(Rigaud, 1881) : Être guillotiné. Allusion à la position du patient.

Main experte (avoir la)

(Delvau, 1864) : Savoir bien branler les hommes, chose difficile, en effet, et pour laquelle toute femme galante doit faire un apprentissage fort long et très minutieux, — manutieux, dirait Commerson.

J’ai les deux mains expertes,
Entrez dans mon boudoir.

A. Montémont.

Main légère (avoir la)

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme versée dans l’art de la volupté, qui branle un homme avec une telle dextérité qu’il jouit sans savoir à quoi attribuer sa jouissance, à une bouche ou à une main.

Mainesse

(Rossignol, 1901) : Femme.

Mains courantes

(Merlin, 1888) : Se dit plaisamment pour pieds ou souliers.

(Rossignol, 1901) : Pieds. Des souliers sont aussi des mains courantes.

Mains croches

(Rossignol, 1901) : On désigne ainsi un voleur.

Mains de beurre

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Mains maladroites, qui laissent glisser ce qu’elles tiennent. Argot du peuple.

Mains-courantes

(Rigaud, 1881) : Souliers, — dans le jargon des ouvriers.

Mais

(d’Hautel, 1808) : Il a toujours des si et des mais à votre service. Pour, il trouve des obstacles dans tout ; à redire et contredire en toute chose.
On dit aussi, dans le sens opposé, il n’a ni si ni mais, pour, il est franc, ouvert, éloigné de toute-finesse.
N’en pouvoir mais ; je n’en puis mais. Pour, je n’y peux rien ; ce n’est pas ma faute.

Maison

(d’Hautel, 1808) : Il est comme les enfans de bonne maison, à table jusqu’au menton. Se dit en plaisantant d’un homme très-petit, qui siège à une table fort élevée.
On le traitera en enfant de bonne maison. Pour on le châtiera d’importance, comme il le mérite.
Qui veut tenir nette sa maison, n’y mette ni femme, ni enfans, ni pigeons.
N’avoir ni maison ni butin.
N’avoir aucun héritage à espérer.
Charbonnier est maître en sa maison. Signifie que chacun est maître de vivre chez lui comme il lui plaît.
La maison du roi. Pour dire, prison, cachot, maison de justice.
Cette terre a été vendue par-dessus les maisons. Pour dire, excessivement chère.
C’est la maison du bon Dieu, on n’y boit ni on n’y mange. Se dit par raillerie d’une maison où l’on ne reçoit personne à manger.
Fait comme un brûleur de maisons. Se dit d’un homme mal vêtu, dont l’habillement est dans le plus grand désordre.
Quand on voit brûler la maison de son voisin, on a sujet d’avoir peur. Se dit à un homme qui présume qu’on va lui faire le même mal qu’on a fait à son voisin ou à son associé.

Maison (femme de)

(Rigaud, 1881) : Pensionnaire d’une maison autorisée. — Être en maison, appartenir à une maison autorisée, — dans le jargon des filles.

Maison (gens de)

(Rigaud, 1881) : Messieurs et mesdames les domestiques. — Les gens de maison donnent une fois par an un très beau bal à la salle Valentino, ce qui leur procure l’occasion de singer, une fois par an, les belles manières de leurs maîtres.

Maison à gros numéro

(Delvau, 1864) : C’est le Lupanar des anciens et le Bordel des modernes. Sur le premier étaient peintes les armes parlantes du dieu de Lampsaque — une pine gigantesque et ses deux agréments. Sur le second est peint un énorme numéro qui engage les passants libertins à y entrer.

C’est l’infecte maison ou l’effroi se promène,
L’auberge dont l’enseigne est un gros numéro.

A. Glatigny.

Maison à partie

(Rigaud, 1881) : Maison de prostitution clandestine où certaines femmes du monde, certaines actrices en renom, vont faire concurrence aux filles des maisons autorisées.

Maison à parties ou de passe

(Delvau, 1864) : Maison particulière, d’apparence honnête, où les filles libres viennent tirer leurs coups avec les michés qu’elles ont levés en route.

Maison de campagne

(Merlin, 1888) : Tente du soldat, — par calembour.

Maison de Molière (la)

(Delvau, 1867) : Le Théâtre-Français, — dans l’argot des sociétaires de ce théâtre, qui n’y exercent pas précisément l’hospitalité à la façon écossaise. Sous le premier Empire c’était le Temple du goût, et, sous la Restauration, le Temple de Thalie.

Maison de société

(Delvau, 1867) : s. f. Abbaye des S’offre-à-tous, — dans l’argot des bourgeois.

Maison de tolérance

(Delvau, 1864) : Bordel, que non-seulement la préfecture de police tolère, mais encore qu’elle autorise pour la satisfaction des besoins du public célibataire — et surtout marié.

Maison ou l’on est libre

(Rigaud, 1881) : Maison où une fille est libre de recevoir des visites à toute heure du jour et de la nuit sans encourir la moindre observation de la part du concierge, — dans le jargon des coryphées du trottoir.

Maisonnée

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, pour désigner : une famille qui demeure dans une même maison.

(Delvau, 1867) : s. f. Les personnes, grandes et petites, qui composent une famille, — dans l’argot du peuple.

Maître

(d’Hautel, 1808) : Il est maître de mettre les chiens à la porte, et lui le premier. Se dit d’un homme qui s’arroge des droits et une autorité que le véritable maître ne lui a point conférés.
Monsieur le maître. Nom flatteur que les artisans donnent aux gens de qualité qui les employent.
Tel maître, tel valet. Pour dire que les valets imitent leur maître. Ce proverbe se prend plus souvent en mauvaise part qu’en bonne.
Il faut être compagnon de sa femme, et maître de son cheval. Signifie qu’il faut traiter sa femme avec douceur, et son cheval avec sévérité.
Un maitre Gonin. Un rusé, un finot, un homme peu délicat en affaires, qui ne cherche qu’à tromper ceux qui traitent avec lui.
Maître Aliboron. Entremetteur ; homme dénué de toutes connoissances, et qui veut faire l’entendu dans tout.
Maître fripon ; maître sot ; maître fou. Se dit par exagération, et pour donner plus de force à ces sortes d’épithètes.
Passer maître quelqu’un. Pour, dîner sans lui ; ne pas l’attendre.
Passer maître. Signifie aussi prendre une maîtrise ; et, figurément, surpasser celui dont on a pris des leçons.
Trouver son maître. Rencontrer quelqu’un plus fort, plus savant que soi.
C’est la cour du roi Pétaut, tout le monde y est maître. Se dit d’une maison mal tenue, où chacun y fait ce qu’il veut. Voy. Pétaut.

Maître Jacques ou contrecoup

(Rossignol, 1901) : Contremaître.

Maître-autel

(Delvau, 1864) : Le mont de Vénus, universel objet d’adoration de la part des fidèles qui y voient resplendir leur Dieu — ou plutôt leur déesse.

Elle est belle, ma Joséphine ! elle a un chouette maître-autel !… un riche tabernacle !…

Tisserand.

Maîtres chanteurs

(Virmaître, 1894) : Individus qui font payer des imbéciles pour acheter leur silence. Il y en a de différentes catégories. Le maître chanteur financier qui fait chanter les sociétés financières. Le maître chanteur qui se sert d’un Jésus pour faire chanter l’homme à passions contre nature. Il y a des maîtres chanteurs dans toutes les classes de la société (Argot du peuple).

Maîtresse

(Delvau, 1864) : Fille ou femme dont on est le maître, — quand on n’en est pas l’esclave battu, cocu et content ; épouse illégitime à laquelle on est plus fidèle qu’à l’épouse légitime, et qui se moque de vous tout autant que celle-ci ; la femelle du marlou.

Le maître de quelques-unes, c’est leur mari, espérons-le, pour l’honneur de la morale ; le maître d’un plus grand nombre, c’est leur caprice ; le maître de toutes, c’est leur luxe… Quant à l’amant, il n’en saurait être question ici… D’ailleurs, quand une femme a un amant, elle est sa maîtresse : ce n’est donc pas lui qui en est le maître.

H. de Pène.

Pour la femme, soyez bon !
Prouvez-lui votre tendresse !
C’est ce bougre de Léon
Qu’est l’amant de ma maîtresse.

G. Nadaud.

Et moi, nom d’un… quoi que j’ possède ?… Un pantalon, qu’ le commissaire m’a déjà fait dire qu’on voyait c’ que j’portais ; des gilets, j’en manque, j’en ai jamais éva avec toi : des bottes qui r’niflent, quand j’marche pas sûr ses tiges… Et j’ai une maîtresse.

H. Monnier.

Maîtresse de piano

(Delvau, 1867) : s. f. Dame d’âge ou laide qui vient chaque matin chez les petites dames leur faire les cors, ou les cartes, ou leur correspondance amoureuse. Argot de Breda-Street.

(Virmaître, 1894) : Professeur qui apprend aux cocottes illettrées le moyen de tirer des carottes par correspondance à leurs amants. En fait de musique elle coupe les cors et tire les cartes. Elle procure au besoin (Argot des filles).

Major

(Larchey, 1865) : « Le chirurgien, le tambour-major, le sergent-major, enfin le gros et inévitable major, sont dénommés indistinctement majors. »

L. Huart.

(Delvau, 1867) : s. m. Chirurgien, — dans l’argot des soldats.

(Rigaud, 1881) : Chirurgien militaire, — dans le jargon des troupiers.

Major de table d’hôte

(Delvau, 1867) : s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches, à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui sert de protecteur aux tripots de la banlieue.

(Rigaud, 1881) : Pseudo-militaire retraité dont l’emploi consiste à découper la volaille, dans une table d’hôte, et à tricher au jeu après dîner, quelquefois en attendant le dîner, quand les dupes abondent.

(La Rue, 1894) : Escroc, ayant l’apparence d’un militaire retraité, qui pérore aux tables d’hôte et triche aux cartes après le dîner.

(Virmaître, 1894) : Individu à tout faire, qui est maquereau à l’occasion. Le major a toutes les apparences d’un militaire en retraite ; il porte à la boutonnière une rosette multicolore d’ordres exotiques. Le major de table d’hôte est un rastaquouère de premier ordre (Argot du peuple et des filles).

Majors

(Rigaud, 1881) : Premiers élèves reçus à l’École Polytechnique. — Major de queue, dernier élève reçu à l’École.

Mal

(d’Hautel, 1808) : Le mal de l’un ne guérit pas celui de l’autre. Signifie qu’ici-bas, les chagrins et les peines sont personnels, et que les plaintes ne délivrent personne du mal qu’il ressent.
C’est de l’onguent miton mitaine, qui ne fait ni bien ni mal. Se dit d’un remède sans efficacité.
Il n’est pas mal, pour mettre dans le canal. Voy. Canal.
Mal sur mal n’est pas santé. Se dit de plusieurs accidens qui arrivent coup sur coup.
Qui mal l’y veut, mal l’y torne. Signifie qu’il arrive souvent le mal que l’on souhaite aux autres.
Chacun sent son mal. Se dit lorsque quelqu’un ressent une peine secrète dont il ne veut pas faire connoître la cause.
Être mal à cheval. Pour dire, avoir des affaires dérangées, ruinées.
Aller de mal en pis. Signifie tomber journellement dans de plus grands embarras, dans de plus grands inconvéniens ; il se dit aussi d’un malade qui empire.
Mal d’autrui n’est qu’un songe. Voy. Autrui.

Mal (faire)

(Larchey, 1865) : Faire pitié.

Qu’on vienne baiser son vainqueur — Comme tu me fais mal !

Gavarni.

Mal aux pieds (avoir)

(Merlin, 1888) : Être chaussé de guêtres de toile. Celles-ci mal ajustées, ont, en effet, l’apparence de linges, de bandages entourant les pieds.

Mal blanchi

(Larchey, 1865) : Nègre.

Va donc ! mal blanchi, avec ta figure de réglisse.

Bourget.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Nègre, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Nègre. Une plaisanterie populaire très usitée consiste à dire à un nègre :
— Si on te conduit chez le commissaire, je ne te vois pas blanc (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Celui qui a la peau noire.

(Hayard, 1907) : Nègre.

Mal choisi

(Delvau, 1867) : s. m. Académicien, — dans l’argot des faubouriens, qui ont parfois raison.

Mal donne

(Rossignol, 1901) : Dans un partage, celui qui ne croit pas avoir sa part dit : il y a mal donne, c’est à recommencer.

Mal embouché

(Delvau, 1867) : adj. et s. Insolent, grossier, — dans l’argot du peuple.

Mal ficelé

(Delvau, 1867) : s. m. Garde national de la banlieue, — dans l’argot des faubouriens.

Mal moulé

(Rossignol, 1901) : Individu difforme.

Mal pour le canal (pas)

(Rigaud, 1881) : Se dit en parlant d’une femme laide, en observant un temps d’arrêt après le mot mal.

Mal rasés

(Merlin, 1888) : Sapeurs.

Mal uni

(Rossignol, 1901) : Celui qui a le visage marqué de la petite vérole.

Mal-à-gauche

(Delvau, 1867) : s. et adj. Maladroit, — dans l’argot facétieux et calembourique des faubouriens.

Mal-blanchi

(Rigaud, 1881) : Nègre, mulâtre. — Superficiellement guéri de la syphilis.

Mal-donne

(Delvau, 1867) : s. f. Fausse distribution de cartes. — dans l’argot des joueurs.

Mal-nommés

(Boutmy, 1883) : s. m. pl. Nom que donnent par dénigrement les ouvriers aux pièces aux ouvriers en conscience.

Mal-sucré

(Rigaud, 1881) : Faux témoin, — dans le jargon des voleurs.

Malade

(d’Hautel, 1808) : Il n’en mourra que les plus malades. Se dit en plaisantant, pour faire entendre qu’un danger n’est pas grand ; qu’on espère s’en tirer sain et sauf.
On dit aussi, dans le même sens, Bien malade qui en meurt.
Vous voilà bien malade !
Se dit par raillerie, pour, plaignez-vous donc, vous en avec bien sujet ?

(Larchey, 1865) : Prisonnier. — Maladie : Emprisonnement (Vidocq). V. Hôpital.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Prisonnier, — dans l’argot des voleurs, qui ont perdu la santé de l’âme. Être malade. Être compromis.

(Rigaud, 1881) : Arrêté ; inculpé. — Maladie, emprisonnement, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Accusé. Emprisonné.

Malade (être)

(Bras-de-Fer, 1829) : Être en prison.

Malade du pouce

(Larchey, 1865) : Fainéant dont la paresse constitue la seule infirmité. — Malade du pouce : Avare.

Il est malade du pouce. Ça empêche les ronds de glisser.

Monselet.

C’est-à-dire : ses doigts ne peuvent se résoudre à laisser échapper la moindre monnaie.

(Delvau, 1867) : adj. Paresseux, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Avoir le pouce démis pour son argent.

(Delvau, 1867) : adj. Avare, homme qui n’aime pas à compter de l’argent, — aux autres. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Avare. — Paresseux.

Maladie

(Delvau, 1867) : s. f. Emprisonnement ! Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Emprisonné (Argot des voleurs).

Maladie !

(Rigaud, 1881) : Exclamation des voyous, quand on leur dit quelque chose qui leur déplaît, quand ils ne veulent pas faire quelque chose.

Maladie (la)

(Delvau, 1864) : C’est celle qui n’a pas besoin de nom — quoiqu’elle en ait un — pour être sue de ceux qui lisent les affiches des Charles-Albert, des Giraudeau de Saint-Gervais, des Ollivier, et autres Fontinaroses modernes. C’est celle que Pline appelait morbus sonticus, et Celse major morbus !

Le soir, ils vont voir des gueuses
Qu’ils baisent dessus leurs lits.
Pour leurs femmes (les malheureuses !)
Ils y donnent la maladie.

Guichardet.

Maladie de neuf mois

(Rigaud, 1881) : Grossesse. — Ce ne sera rien, c’est une maladie de neuf mois.

Maladroits (sonner aux)

(Rigaud, 1881) : « Quand on sonne pour l’exercice à pied, les cavaliers disent qu’on sonne aux maladroits, parce que ce travail n’est imposé qu’aux conscrits. » (Fr. de Reiffenberg, La Vie de garnison.)

Malandre

(d’Hautel, 1808) : Espèce de crevasse, de fente, qui se fait au pli du genou d’un cheval.
Il se porte bien, il n’a ni suros ni malandre. Pour dire qu’une personne n’a aucune infirmité.

Malandreux

(Delvau, 1867) : s. et adj. Infirme ; malade ; mal à son aise, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois Landreux.

Malappris

(d’Hautel, 1808) : Un malappris. Homme grossier, sans éducation ; un brutal, un rustre.

Malbâti

(d’Hautel, 1808) : Un malbâti. Terme injurieux. Se dit d’un bambin, d’un marmouzet, d’un vaurien, d’un misérable.

Malbête

(d’Hautel, 1808) : Chicanneur, querelleur, homme dangereux, dont il faut se méfier.

Maldine

(Delvau, 1867) : s. f. Pension bourgeoise, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Collège ; établissement scolaire. C’est-à-dire endroit où l’on dîne mal.

Mâle

(d’Hautel, 1808) : Pour homme, mari, époux. Elle étoit avec son mâle, pour avec son mari.
Un laid mâle, un vilain mâle. Pour dire un homme mal fait, rempli de difformités.
Il a la gorge noire, c’est un franc mâle. Pour dire un homme robuste et vigoureux.
C’est un mariage d’épervier, la femelle vaut mieux que le mâle. Se dit d’un mariage ou la femme l’emporte par son intelligence, sa force et son activité sur son mari ; parce que l’épervier mâle est plus foible et plus chétif que la femelle.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme, — dans l’argot des faubouriennes, qui préfèrent les charretiers aux gandins. Beau mâle. Homme robuste, plein de santé. Vilain mâle. Homme d’une apparence maladive, ou de petite taille. Signifie aussi Mari.

Mâle (le)

(Delvau, 1864) : L’homme.

Je prèfère en amour une certaine pose :
Le mâle, sur le dos, sous la femme est placé.

L. Protat.

Malechance

(Delvau, 1867) : s. f. Fatalité, mauvaise chance, — dans l’argot du peuple.

Malédiction !

(d’Hautel, 1808) : Espèce d’interjection qui marque le mécontentement.
C’est une malédiction ! Pour dire que l’on ne peut réussir en rien, que tout ce que l’on entre prend tourne mal.

Malemort

(d’Hautel, 1808) : Cet homme mourra de malemort. Pour finira mal, aura une fin funeste.

Malepeste

(d’Hautel, 1808) : Sorte de juron qui marque la surprise, l’étonnement. Malpeste comme il y va !

Malfrat

(Delvau, 1867) : s. m. Vaurien, homme qui mal fait, ou gamin qui mal fera, — dans l’argot des paysans de la banlieue de Paris. M. Francisque Michel donne Malvas, en prenant soin d’ajouter que ce mot est « provençal » et qu’il est populaire à Bordeaux. M. F. Michel a beaucoup plus vécu avec les livres qu’avec les hommes. D’ailleurs, les livres aussi me donnent raison, puisque je lis dans l’un d’eux que le peuple parisien disait jadis un Malfé (malefactus) à propos d’un malfaiteur, et donnait le même nom au Diable.

(Fustier, 1889) : Argot des vagabonds. Le malfrat est un ouvrier travaillant parfois dans les carrières situées aux environs de Paris, mais qui cherche surtout dans ces carrières un gîte et un abri pour échapper aux recherches de la police. Le malfrat s’appelle aussi malfera ou malfranc.

Malgache

(Fustier, 1889) : Argot boulevardier. Ce mot, synonyme de chic, d’élégant, n’a pas vécu. D’ailleurs il n’était pas né viable et avait été mis en circulation en 1886, alors qu’un certain nombre de Malgaches étaient venus s’exhiber au Jardin d’acclimatation.

De mondaines, peu ou point ; en revanche, plusieurs de nos mousseuses les plus malgaches étaient là.

(Événement, février 1887.)

Malgracieux

(d’Hautel, 1808) : Pour incivil, rude, grossier, malhonnête au dernier point.

Malgré

(d’Hautel, 1808) : Malgré lui et ses dents. Pour malgré ses efforts ; quoiqu’il fasse ; en dépit de lui.

Malheur

(d’Hautel, 1808) : C’est un petit malheur. Se dit, en plaisantant, d’un accident peu important, et pour exprimer que l’on en est tout consolé.
C’est un malheur causé par un accident. Voy. Accident.

Malheureux

(d’Hautel, 1808) : Il est si malheureux, que je crois qu’il se noyeroit dans un crachat. Pour dire que les choses les plus probables, les entreprises les mieux calculées, ne réussissent même pas à un homme qui est dans le malheur.
Les malheureux n’ont point de parens. C’est à-dire, que tout le monde le abandonne.
Il est malheureux en fricassée. Pour dire, il ne fait rien qui vaille ; rien ne lui réussit.
Malheureux au jeu, heureux en femme. Proverbe plus plaisant que réel.

(Fustier, 1889) : C’est ainsi que dans les gargotes, dans les restaurants à bas prix, le consommateur nomme le dessert connu sous le nom de quatre mendiants.

Garçon, un lapin chasseur, un panaché, quatre-malheureux et un litre de piccolo, cria notre voisin de table.

(Gagne-Petit, mai 1886.)

Malheureux (être)

(Virmaître, 1894) : C’est l’état de pauvreté, en français. En typographie, cette expression a une autre signification. Dans une équipe, chacun, à tour de rôle, a son tour de malheureux, la liste en est affichée dans l’atelier de composition. Les malheureux restent après les autres pour corriger, faire les morasses et serrer les formes (Argot d’imprimerie). N.

Malheureux (tour de)

(Boutmy, 1883) : Expression récemment introduite dans les journaux et qui est synonyme de Morassier. (V. Morasse et Morassier.)

Malice

(d’Hautel, 1808) : Des malices cousues de fil blanc. Pièges grossiers et maladroits ; tours mal combinés que l’on aperçoit au premier coup-d’œil.

(d’Hautel, 1808) : C’est la boîte à la malice. Se dit en plaisantant d’un enfant espiègle, éveillé, et qui annonce des dispositions.
Un innocent fourré de malices. Homme qui joue le simple et le niais, et dont tout le plaisir est de nuire à ses semblables.

Malin

(d’Hautel, 1808) : Malin comme une chouette. Manière ironique et contradictoire de dire que quelqu’un est sot et stupide, qu’il a l’air gauche et embarrassé.
Un malin. Pour dire un homme fin, rusé ; très-habile et très-versé dans un art ou une science quelconque.
C’est bien malin. Pour, c’est bien difficile ; c’est un beau miracle.
Le gros malin. Se dit par raillerie d’un homme sot et stupide, qui met beaucoup d’efforts et de vanité à exécuter des choses qui n’offrent par elles-mêmes aucune difficulté.

Malingre

(d’Hautel, 1808) : Valétudinaire, cacochyme ; homme d’une santé foible et chancelante.

Malingrer

(Larchey, 1865) : Souffrir (Vidocq). — Malingre se dit encore pour souffreteux.

(Delvau, 1867) : v. n. Souffrir, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Souffrir.

Malingreux

(anon., 1827) : Ceux qui ont de fausses plaies.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Malade.

(Bras-de-Fer, 1829) : Qui a de fausses plaies.

(Halbert, 1849) : Ceux qui ont de fausses plaies.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Souffreteux, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Anciens sujets de la Cour des Miracles, chargés d’exhiber de fausses plaies.

Malitorne

(d’Hautel, 1808) : Pour sot, niais, stupide et mal bâti.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme disgracieuse, laide, mal faite, — malè tornata.

Malle

(d’Hautel, 1808) : Il a chié dans ma malle jusqu’au cadenas. Voyez Cadenas.
Il a été troussé en malle. Pour dire qu’une personne a été enlevée subitement par une maladie.
On le dit aussi des choses que l’on enlève par surprise et promptement.
Il porte toujours sa malle sur son dos. Se dit par raillerie d’un bossu.

Malle (chier dans la)

(Larchey, 1865) : Faire affront. Mot à mot : chier dans la poche d’autrui.

On se torche à présent de la foi conjugale. Quoi qu’il en soit, Léandre a chié dans ma malle.

Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Malle (grosse)

(Merlin, 1888) : Prison.

Malle à quatre roues

(Merlin, 1888) : Fourgon de cavalerie.

Malle en cuir

(Fustier, 1889) : Solliciteur. Argot des officiers de marine qui désignent ainsi ceux de leurs camarades sans cesse voyageant… sur la ligne de Paris, une petite valise à la main, pour aller solliciter une faveur quelconque au Ministère.

Malotru

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris ; homme de néant, misérable ; et généralement toute personne mal vêtue, maussade ou grossière.

Maltaire

(Halbert, 1849) : Louis d’or.

Maltais

(Larchey, 1865) : Cabaretier. — Beaucoup de Maltais exercent cette profession en Algérie, d’où vient le terme.

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaretier, — dans l’argot des troupiers qui ont été en Algérie.

Maltaise

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de vingt francs, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Écu. Pièce de vingt francs.

(Virmaître, 1894) : Pièce de vingt francs (Argot des voleurs). V. Sigue.

Maltèses

(Rigaud, 1881) : Écus, — dans l’ancien argot ; en souvenir de la monnaie qui avait cours sur les galères de Malte.

Malthe

(d’Hautel, 1808) : Faire des croix de Malthe. Pour dire, jeûner par contrainte, être réduit à la nécessité. S’ennuyer, trouver le temps long, bâiller.

Maltouse

(Rigaud, 1881) : Contrebande. — Mastiquer la maltouse, faire la contrebande.

(La Rue, 1894) : Contrebande. Maltousier, contrebandier.

(Virmaître, 1894) : Contrebande. Halbert d’Angers dit pasquiner la maltouse. C’est une erreur ; c’est pastiquer, parce que ce mot veut dire passer. Mot à mot, pastiquer la maltouse : passer de la contrebande, faire la fraude sur des objets soumis aux droits de d’octroi (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Contrebande.

(Hayard, 1907) : Fraude, contrebande.

Maltousier

(Rigaud, 1881) : Contrebandier.

Maltouze

(Larchey, 1865) : Contrebande. — Maltouzier : Contrebandier.

(Delvau, 1867) : s. f. Contrebande, — dans l’argot des voleurs, les maltôtiers modernes (malle tollere, enlever injustement). Pastiquer la maltouze. Faire la contrebande.

Maltouzier

(Delvau, 1867) : s. m. Contrebandier.

Maman

(d’Hautel, 1808) : Une grosse maman. Non que l’on donne à une femme qui a un embonpoint gracieux et appétissant.

(Rigaud, 1881) : Vache, — dans le jargon des bouchers qui appellent « papa » le taureau ; ce qui ne les empêche pas de vendre taureau et vache pour du bœuf.

Maman-maca

(Virmaître, 1894) : Maquerelle qui tient une maison de tolérance. Les pensionnaires appellent la tenancière maman, quand elle est vieille, ce qui est fréquent, elles y joignent le mot maca, abréviation de macaque qui, dans le peuple, signifie vieille guenon (Argot des filles). N.

Mamelles

(Delvau, 1864) : Les tétons.

O contours veloutés, mamelles féminines !

Cantel.

Hélas ! qui pourrait voir sans rougir des femmes et des jeunes filles entièrement découvertes, étaler sans honte, jusque dans la maison du Seigneur, leurs mamelles toutes nues… Dans le principe du moins, ces mondaines, ont commencé par échancrer le bord et le dehors de leurs habits. Puis, cette échancrure à gagné jusqu’à là chemise, que dis-je ! jusqu’à la chair toute nue. À la fin, elles ont tellement rongé et échancré le derrière et le devant de leurs habits, que les épaules et les tétons en sont demeurés tout-à-fait nus.

(Discours sur la nudité des mamelles.)

Mamours (faire des)

(Rigaud, 1881) : Faire des amitiés, se répandre en câlineries.

Manche

(d’Hautel, 1808) : Branler dans le manche. Voyez Branler.
Jeter le manche après la Cognée. Voyez Cognée.
Se moucher sur la manche. Proverbe qui vient de ce qu’autrefois on mettoit un mouchoir sur sa manche pour se moucher.
Se moucher sur sa manche, signifie aussi être novice, sans expérience, d’une grande simplicité.
Ne pas se moucher sur la manche. Être hardi, courageux, entreprenant, n’avoir pas l’air, emprunté dans le monde. Ne pas se laisser faire la loi.
Avoir quelqu’un dans sa manche. Être sûr de ses bons offices ; être en droit d’en disposer à son gré.
Il ne se fait pas tirer la manche. Pour il fait cette chose de bonne volonté, d’une manière gracieuse.
C’est une autre paire de manches. Pour c’est une affaire tout à fait différente.
Avoir la conscience large comme la manche d’un cordelier. Pour n’être ni délicat, ni scrupuleux sur le point d’honneur.
Il en mettroit deux comme celui-ci dans sa manche. Se dit pour abaisser le mérite d’un homme, et élever à ses dépens celui d’une autre personne.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Quête. Faire la manche, quêter.

(Bras-de-Fer, 1829) : Quête.

(Delvau, 1867) : s. f. Partie, — dans l’argot des joueurs. Manche à (sous-entendu : Manche). Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et qu’il reste à faire la belle.

(Delvau, 1867) : s. f. Quête ; aumône, — dans l’argot des saltimbanques. Faire la manche. Quêter, mendier.

(Rigaud, 1881) : Partie de cartes, — dans le jargon des joueurs.

(Rigaud, 1881) : Patron. Un mot que le journal le Tam-Tam a lancé dans la circulation et qu’il pourrait bien avoir créé. Le mot lui plaît, car il n’y a pas de numéros où il ne se trouve répété plusieurs fois.

(Rigaud, 1881) : Quête. — Faire la manche, faire la quête, attraper le public en faisant la quête, — dans le jargon des saltimbanques.

(La Rue, 1894) : Partie, au jeu. Mendicité. Quête. La manche, le monde des mendiants. Coup de manche, mendicité à domicile.

(Rossignol, 1901) : Maladroit. Il est maladroit comme un manche à bastos.

Manche (avoir dans sa)

(Delvau, 1867) : Disposer de quelqu’un comme de soi-même, — dans l’argot du peuple.

Manche (avoir son)

(Virmaître, 1894) : Être formidablement en colère. Un compositeur typographe qui a de la mauvaise copie (la mienne par exemple) qu’il ne peut lire, a son manche contre l’auteur. Heureusement que ce n’est pas celui du balai. Synonyme d’avoir sa chèvre (Argot d’imprimerie).

Manche (faire la)

(Rigaud, 1881) : « Exercer la mendicité à domicile avec des allures bourgeoises et quelquefois même de grand seigneur, mais de grand seigneur ruiné. » (Paris-Vivant, Le Truqueur, 1858.)

(Virmaître, 1894) : Mendier, quêter. Les voleurs restés en liberté font la manche pour venir en aide à un camarade qui est en prison. Les sœurs de charité font la manche dans les maisons aisées pour soulager les pauvres et les malades des hôpitaux (Argot des voleurs). N.

Manche (la)

(Rossignol, 1901) : Mendicité. Mendier, c’est faire la manche. Faire une quête, une souscription, c’est faire la manche.

Manche (le)

(Delvau, 1864) : Le vit, que la femme empoigne quand elle désire en être cognée.

Je l’empoignai par le manche et le menai au pied du lit, où je me couchai à la renverse, l’attirant dessus moi : je m’en-cognai moi-même son vit dans mon con jusque aux gardes.

Mililot.

Mais, belles, sachez qu’un beau manche
Réchauffe aussi bien qu’un manchon.

Théophile.

Manche (se mettre du côté du)

(Rigaud, 1881) : Agir avec prudence, se ranger à l’opinion du parti le plus fort, — dans l’argot des politiciens. Le mot est du duc de Morny.

Manche à balai

(Merlin, 1888) : Hautbois.

Manche à manche

(Virmaître, 1894) : Quand deux adversaires ont perdu chacun une partie, ils sont manche à manche (Argot des voleurs). V. Belle.

Manche de veste

(Larchey, 1865) : Jambe arquée comme une manche d’habit.

Mosieu Belassis, moi j’ai pas des jambes en manches de veste.

Gavarni.

Mancheur

(Rigaud, 1881) : « L’espèce de truqueur dit mancheur s’introduit, sous divers prétextes, chez les gens riches ou qu’il sait généreux, et tâche de les intéresser à ses malheurs réels ou imaginaires. » (Paris-Vivant, Le Truqueur, 1858.)

(Rigaud, 1881) : « On appelle man-cheurs ceux (les saltimbanques) qui n’ont ni baraque, ni tente en toile, mais simplement la permission, de par le préfet ou le maire, de se tordre les membres, de se casser les reins comme ils l’entendent, dans les carrefours, sur les places, au coin des rues ! Pour bureau de recette, ils ont une soucoupe cassée, un vieux plat d’étain. » (J. Vallès.)

Manchière

(Rigaud, 1881) : Couturière qui fait les manches des robes.

Manchiste

(Hayard, 1907) : Mendiant (de manchot).

Manchon

(Delvau, 1867) : s. m. Chevelure absalonienne, — dans l’argot des faubouriens. Avoir des vers dans son manchon. Avoir çà et là des places chauves sur la tête.

Manchon (avoir des vers dans son)

(Virmaître, 1894) : Avoir le crâne dénudé par place. Allusion aux mites qui font des stries dans les étoffes de laine (Argot du peuple).

Manchon de la femme

(Delvau, 1864) : Les poils qui constituent sa motte, assez fournie pour tenir lieu de manchon.

Et la tribune de Florence
Au cant choqué montre Vénus
Baignant avec indifférence
Dans son manchon ses doigts menus.

Th. Gautier.

Je n’ prêt’ pas mon manchon
Mignon,
Je n’ prêt’ pas mon manchon.

Laujon.

Manchot

(d’Hautel, 1808) : Il est manchot des deux bras. Se dit d’un homme peu industrieux, ou d’une maladresse extrême.
On dit dans le sens contraire. Il n’est pas manchot. Pour il est vigoureux ; il se bat courageusement ; il ne se laisse pas marcher sur le pied.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme maladroit comme s’il avait un bras de moins. N’être pas manchot. Être très adroit, — au propre et au figuré.

Mandale

(Hayard, 1907) : Gifle.

Mandalle

(Rossignol, 1901) : Gifle.

Mandarin

(Delvau, 1867) : s. m. Personnage imaginaire qui sert de tête de Turc à tous les criminels timides, — dans l’argot des gens de lettres.
Il a été inventé par Jean-Jacques Rousseau ou par Diderot comme cas de conscience. Vous êtes assis tranquillement dans votre fauteuil, au coin de votre feu, à Paris, cherchant sans les trouver, les moyens de devenir aussi riche que M. de Rothschild et aussi heureux qu’un roi, parce que vous supposez avec raison que l’argent fait le bonheur, attendu que vous avez une maîtresse très belle, qui a chaque jour de nouveaux caprices ruineux, et que vous seriez très heureux de la voir heureuse en satisfaisant tous ses caprices à coups de billets de banque Eh bien, il y a, à deux mille lieues de vous, un mandarin, un homme que vous ne connaissez pas, qui est plus riche que M. de Rothschild : sans bouger, sans même faire un geste, rien qu’avec la Volonté, vous pouvez tuer cet homme et devenir son héritier, sans qu’on sache jamais que vous êtes son meurtrier. Voilà le cas de conscience que beaucoup de gens ont résolu en chargeant Volonté à mitraille, sans pour cela en être plus riches, mais non sans en être moins déshonorés. Je ne devais pas oublier de le signaler dans ce Dictionnaire, qui est aussi bien une histoire des idées modernes que des mots contemporains. D’ailleurs, il a passé dans la littérature et dans la conversation, puisqu’on dit Tuer le mandarin. À ce titre déjà, je lui devais une mention honorable.

Mandat (déposer son)

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon parlementaire.

Il paraît que l’honorable M. Mallet du Gard a déposé son mandat. C’est l’euphémisme qu’on emploie à Versailles pour indiquer qu’un représentant du peuple a droit à une oraison funèbre de M. Grévy.

(Figaro du 4 décembre 1878.)

Mandibules

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Le bas du visage, — dans l’argot du peuple. Jouer des mandibules. Manger. On dit aussi Jouer des badigoinces.

Mandole

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Jeter une mandole. Donner un soufflet.

(Rigaud, 1881) : Soufflet, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau) Jeter une mandole, donner un soufflet.

Mandolet

(Halbert, 1849) : Pistolet.

(Delvau, 1867) : s. m. Pistolet, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Pistolet, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Pistolet.

Mandolle (en jeter une)

(Virmaître, 1894) : Donner un soufflet à quelqu’un (Argot des voleurs). V. Giroflée à cinq feuilles.

Mandrin

(d’Hautel, 1808) : Nom d’un voleur, d’un brigand insigne, qui est devenu commun à tout voleur, escroc ; , filou ; et que l’on donne généralement aux gens sans foi, sans probité.

(Delvau, 1867) : s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la société qu’il appartienne, sur quelque échelon qu’il se soit posé. Cette expression — de l’argot du peuple — est dans la circulation depuis longtemps. On dit aussi Cartouche, — ces deux coquins faisant la paire.

Manette (Mlle)

(Larchey, 1865) : Malle (Vidocq). — Diminutif de manne : malle d’osier.

Manette (mademoiselle)

(Rigaud, 1881) : Petite malle.

Manezingue

(Halbert, 1849) : Marchand de vin. On dit aussi mastroquet.

Mange-bénef

(Rigaud, 1881) : Mange bénéfice ; dissipateur.

Mange-merde

(Rigaud, 1881) : Apostrophe voyoucratique ; homme absolument vil et méprisable.

Mangeaille

(d’Hautel, 1808) : Viandes, alimens peu recherchés. Ce mot n’est bien placé qu’en parlant de la nourriture des animaux.

(Delvau, 1867) : s. f. Nourriture.

Mangeoire

(d’Hautel, 1808) : Tourner le dos à la mangeoire. Faire tout le contraire de ce qu’il faut pour arriver à son but.

(Delvau, 1867) : s. f. Restaurant, cabaret, — dans l’argot des faubouriens.

Mangeoire (tourner le c. à la)

(Merlin, 1888) : Être malade ; manquer d’appétit.

Manger

(d’Hautel, 1808) : Manger l’ordre. Perdre mémoire de ce dont on avoit été chargé ; oublier totalement une commission.
Quand on est trop bon, le loup vous mange. Signifie que rien n’est plus pernicieux que l’excès de la bonté.
Elle mange comme un moineau. Se dit d’une femme qui fait la petite bouche, la sobre, ou qui est réellement d’une très-petite dépense sur la nourriture.
Cela se laisse manger. Pour dire qu’une chose sans être excellente, est fort agréable au goût.
Il en mangeroit deux comme lui. Pour marquer la supériorité d’une personne, et abaisser le mérite de quelqu’un qui exerce la même profession.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que quelqu’un a fait l’ouvrage le plus facile en premier : que le commencement de sa vie a été plus heureux que n’est la suite.
Manger dans la main de quelqu’un. Pour, abuser de la bonté, de la complaisance de quelqu’un.
Manger de la vache enragée. Éprouver les angoisses de la faim, de la soif, et toutes les douleurs de la misère et de la fatigue ; apprendre à être sage à ses dépens.
N’as-tu pas peur qu’il te mange. Pour qu’as-tu à craindre ? pourquoi ne lui parlerois-tu pas ?
Se manger l’ame ; ou le blanc des yeux. Pour, se quereller ; vivre en mauvaise intelligence ; se disputer sans cesse sur des riens.
Manger quelqu’un des yeux. Le regarder avec affectation.
Manger quelqu’un de caresses. Lui faire de grandes amitiés ; le cajoler, lui faire des complimens à n’en plus finir.
Manger la moitié de ses mots. Bredouiller ; ne pas prononcer d’une manière intelligible ; serrer les dents en parlant.
Cela ne mange point de pain. Se dit de bijoux, ou d’effets quelconques dont on fait l’acquisition, afin de ne pas mal employer son argent ; pour faire entendre que ces objets ne coûtent rien à garder, et qu’on trouvera bien moyen d’en tirer parti au besoin. Se dit aussi, et dans le même sens, des papiers que l’on regarde comme inutiles, mais que quelques circonstances peuvent rendre nécessaires.
Manger son pain à la fumée du rôt. Voy. Fumée.
Manger son pain dans sa poche. Vivre heureux ; vivre dans l’aisance, sans y faire participer qui que ce soit.
Manger son blé en herbe, ou vert. Manger avance le bénéfice d’une affaire ou d’une spéculation ; vivre sur le crédit d’une succession qui n’est pas encore ouverte ; dépenser avec prodigalité, et généralement faire un mauvais usage de sa fortune.
Voilà ce que les rats n’ont pas mangé. Se dit ironiquement en montrant quelque chose que l’on avoit gardé secrètement.
Il sait bien son pain manger. Pour, il a soin de sa personne ; il sait vivre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Dénoncer, avouer. Manger le morceau, avouer le crime.

(Delvau, 1867) : v. a. Subir, avoir, faire, — dans l’argot du peuple. Manger de la misère. Être besogneux, misérable. Manger de la prison. Être prisonnier. Manger de la guerre. Assister à une bataille.

(La Rue, 1894) : Faire chanter. Mangeur, maître chanteur (V. Chanter). Faire manger, faire profiter du produit d’une filouterie.

Manger dans la main

(Delvau, 1867) : v. n. Prendre des familiarités excessives, abuser des bontés de quelqu’un.

Manger de ce pain-là (ne pas)

(Delvau, 1867) : Se refuser à faire une chose que l’on croit malhonnête, malgré le profit qu’on en pourrait retirer ; répugner à certains métiers, comme ceux de domestique, de souteneur, etc.

Manger de la chair crue

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Si elles savaient ce que c’était de manger de la chair crue la nuit.

Marguerite de Navarre.

Manger de la merde

(Delvau, 1867) : Souffrir de toutes les misères et de toutes les humiliations connues ; en être réduit comme l’escarbot, à se nourrir des immondices trouvées sur la voie publique, des détritus abandonnés là par les hommes et dédaignés même des chiens. Cette expression — de l’argot des faubouriens — est horrible, non parce qu’elle est triviale, mais parce qu’elle est vraie. Je l’ai entendue, cette phrase impure, sortir vingt fois de bouches honnêtes exaspérées par l’excès delà pauvreté. J’ai hésité d’abord à lui donner asile dans mon Dictionnaire, mais je n’hésite plus : il faut que tout ce qui se dit se sache.

Manger de la vache enragée

(Delvau, 1867) : v. a. Pâtir beaucoup ; souffrir du froid, de la soif et de la faim ; n’avoir ni sou ni maille, ni feu ni lieu ; vivre enfin dans la misère en attendant la richesse, dans le chagrin en attendant le bonheur. Cette expression est de l’argot du peuple et de celui des bohèmes, qui en sont réduits beaucoup trop souvent, pour se nourrir, à se tailler des beefsteaks invraisemblables dans les flancs imaginaires de cette bête apocalyptique.

(Virmaître, 1894) : Malheureux qui ne mange pas tous les jours.
— Ah ! tu ne veux pas travailler, propre à rien, tu vas foutre le camp, tu mangeras de la vache enragée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Ne pas arriver, tout en travaillant beaucoup à ne pouvoir se donner le strict nécessaire.

Manger des briques

(Rossignol, 1901) : Ne rien avoir à manger, c’est bouffer des briques à la sauce cailloux.

Manger des pissenlits par la racine

(Delvau, 1867) : v. a. Être mort.

Manger du bœuf

(Delvau, 1867) : v. a. Être pauvre, — dans l’argot des ouvriers, qui savent combien l’ordinaire finit par être fade et misérable.

Manger du fromage

(Delvau, 1867) : Être mécontent ; avoir de la peine à se débarbouiller de ses soucis. On connaît l’épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme :

Le duc de Parme déménage ;
Plus d’hôtel, plus de courtisan !
Monseigneur mange du fromage,
Mais ce n’est plus du parmesan…

Manger du mérinos

(Delvau, 1867) : v. a. Jouer au billard, — dans l’argot des habitués d’estaminet. Ils disent aussi Manger du drap.

Manger du pain et du fromage

(Virmaître, 1894) : Repas de funérailles. C’est une vieille coutume. Quand on enterre un camarade, on mange du pain et du fromage, ou on casse la gueule à un lapin en souvenir du mort (Argot du peuple).

Manger du pain rouge

(Delvau, 1867) : v. a. Vivre d’assassinats impunis, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Vivre d’assassinats.

Manger du pavé

(Delvau, 1867) : v. a. Chercher de l’ouvrage et n’en jamais trouver, — dans l’argot des coiffeurs. Trimer, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Chercher de l’ouvrage et n’en pas trouver.

Manger du sucre

(Delvau, 1867) : v. a. Recevoir des applaudissements, — dans l’argot des comédiens.

Manger l’anguille sans la sauce

(Delvau, 1864) : Retirer vivement la pine d’un homme au moment où il va décharger, afin de n’avoir pas d’enfants de lui, — la sauce de cette anguille étant fort agréable, mais aussi pleine d’inconvénients.

Prenez donc des précautions !
Sans la sauce mangez l’anguille !
Beau moyen et bien éprouvé :
J’en suis pour un enfant trouvé.

Béranger.

Manger la botte

(Rossignol, 1901) : Faire à une femme une cour assidue sans arriver à un résultat.

Manger la chandelle (ne pas)

(Delvau, 1867) : N’avoir rien contre soi qu’on puisse reprocher, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression à propos des gens qu il ne connaît pas assez pour en répondre. Ainsi quand il dit : C’est un bon enfant, il ne mange pas la chandelle, cela signifie : Je n’en sais ni bien ni mal, ce n’est ni mon ami ni mon ennemi.

Manger la grenouille

(Virmaître, 1894) : Caissier qui mange le contenu de la caisse. Notaire qui vole les fonds qui lui sont confiés. Sergent-major qui lève le pied avec la solde de sa compagnie. Se dit en général de tous ceux qui mangent l’argent qui ne leur appartient pas. Cette expression vient de ce que, en Hollande, les banquiers avaient pour emblème protecteur, sur la serrure de leur coffre-fort, une grenouille en bronze ; lorsque le coffre-fort était fracturé, la grenouille était déplacée. De là, manger la grenouille (Argot du peuple). N.

Manger la laine sur le dos de quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le tromper, et même le voler, sans qu’il proteste ou s’en aperçoive. Même argot [du peuple].

Manger la soupe à la quéquette

(Rossignol, 1901) : C’est à la suite de cela qu’arrivent les bébés.

Manger la vache enragée

(Larchey, 1865) : Endurer des privations.

Sans l’illusion, où irions-nous, elle donne la puissance de manger la vache enragée des arts.

Balzac.

Son père dit qu’il veut lui faire manger de la vache enragée.

E. Sue.

Manger le blanc des yeux (se)

(Delvau, 1867) : Se dit de deux personnes qui se regardent avec colère, comme prêtes à se jeter l’une sur l’autre et à se dévorer.

Manger le bon Dieu

(Delvau, 1867) : v. a. Communier, — dans l’argot des faubouriens.

Manger le bon dieu

(Virmaître, 1894) : Communier. L’allusion est claire (Argot du peuple).

Manger le fruit d’une femme

(Delvau, 1864) : Gamahucher une femme, enceinte peut-être.

Prends gardé !… Tu vas manger mon fruit.

Jean du Boys.

Jean, rentrant chez lui, à l’improviste, trouve Pierre, son voisin, la tête entre les cuisses de sa femme, et bien en train de la gamahucher. — Fouchtra ! s’écrie-t-il, cha m’étonne plus, chi je n’ai pas d’enfants ; j’en fais tous les jours, et Pierre me les mange !

Manger le gibier

(Delvau, 1867) : v. a. Ne rien exiger des hommes, ou ne pas rapporter intégralement l’argent qu’ils ont donné, — dans l’argot des souteneurs oui disent cela à propos des filles, leurs maîtresses.

(La Rue, 1894) : Dans l’argot des filles, ne pas rapporter intégralement au souteneur l’argent reçu d’un client.

Manger le morceau

(Bras-de-Fer, 1829) : Dénoncer.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire des révélations, nommer ses complices, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Casser le morceau.

(Delvau, 1867) : v. a. Trahir un secret ; ébruiter trop tôt une affaire, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Dénoncer ses complices, ou avouer ses méfaits (Argot des voleurs). V. Mouton.

(Rossignol, 1901) : Aveux faits par un voleur qui fait connaître ses complices. Il a mangé le morceau.

(Hayard, 1907) : Dénoncer ses complices.

Manger le mot d’ordre

(Delvau, 1867) : v. a. Ne plus se le rappeler, — dans l’argot des troupiers.

Manger le nez (se)

(Delvau, 1867) : Se battre avec acharnement, — dans l’argot des faubouriens, qui jouent parfois des dents d’une manière cruelle. Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs « engueulements », — qui rappellent beaucoup ceux des héros d’Homère, — s’il leur arrive de dire, en manière de début : « Je vais te manger le nez ! » ils se contentent de se moucher.

Manger le pain hardi

(Delvau, 1867) : v. a. Être domestique, — dans l’argot du peuple, qui veut marquer que ces sortes de gens mangent le pain de leurs maîtres, sans se soucier autrement de le gagner.

Manger le poulet

(Delvau, 1867) : v. a. Partager un bénéfice illicite, — dans l’argot des ouvriers, qui disent cela à propos des ententes trop cordiales qui existent parfois entre les entrepreneurs et les architectes, grands déjeuneurs.

Manger les sens (se)

(Delvau, 1867) : S’impatienter, se mettre en colère, — dans l’argot des bourgeois.

Manger ou faire sauter la grenouille

(Larchey, 1865) : Dissiper les fonds dont on est dépositaire. V. Crapaud.

Il a fait sauter la grenouille de la société.

L. Reybaud.

Manger son beefsteak

(Delvau, 1867) : v. a. Se taire, — dans l’argot des faubouriens, qui ne devraient pourtant pas ignorer qu’il y a des gens qui parlent la bouche pleine.

Manger son pain blanc le premier

(Delvau, 1867) : v. a. De deux choses faire d’abord la plus aisée ; s’amuser avant de travailler, au lieu de s’amuser après avoir travaillé. Cette expression, — de l’argot du peuple, signifie aussi : Se donner du bon temps dans sa jeunesse et vivre misérablement dans sa vieillesse.

Manger sur

(Larchey, 1865) : Dénoncer.

François a mangé sur vous.

Canler.

Manger sur l’orgue

(Halbert, 1849) : Dénoncer ses pratiques ou complices.

(Delvau, 1867) : v. n. Dénoncer un complice pour se sauver soi-même ou atténuer son propre crime, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Manger sur quelqu’un.

(Virmaître, 1894) : Charger un complice. Mot à mot : lui mettre ses méfaits sur le dos pour essayer de s’en décharger (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Charger un complice.

Manger un lapin

(Delvau, 1867) : v. a. Enterrer un camarade, — dans l’argot des typographes, qui, comme tous les ouvriers, s’arrêtent volontiers chez le marchand de vin en revenant du cimetière.

Manger un morceau

(Clémens, 1840) : Vendre une affaire (un délit).

Manger une soupe aux herbes

(Delvau, 1867) : Coucher dans les champs. Argot des faubouriens.

Manger, manger le morceau

(Larchey, 1865) : Dénoncer, avouer.

Le morceau tu ne mangeras de crainte de tomber au plan… — Paumé tu ne mangeras dans le taffe du gerbement.

Vidocq.

Manger, manger le morceau, manger sur l’orgue

(La Rue, 1894) : Dénoncer un complice, révéler un secret.

Manger, Manger le morceau, Manger sur, Manger du lard

(Rigaud, 1881) : Dénoncer un complice, révéler un secret. — Manger dans la main, être très familier, ne pas observer les distances sociales. — Manger de la misère, manger de la prison, subir la misère, la prison. — Manger de la vache enragée, être misérable. — Manger de la merde, être dans le dénûment le plus profond, être abreuvé de souffrances physiques et morales. — Manger sur le pouce, manger à la hâte. — Manger du drap, jouer au billard. — Manger du pavé, chercher en vain de l’ouvrage. — Manger la laine sur le dos de quelqu’un, vivre aux dépens de quelqu’un, le ruiner sans le faire crier. — Manger du pain rouge, dépenser l’argent provenant d’un assassinat. — Manger à tous les râteliers, accepter de tous les côtés, sans scrupules. — Manger le Bon Dieu, communier. — Manger du sucre, être applaudi au théâtre. — Manger le poulet, partager un pot de vin, partager un bénéfice illicite. — Manger le gibier, faire sauter l’anse du panier de la prostitution, — dans le jargon des souteneurs qui n’entendent pas la plaisanterie sur ce chapitre. — Manger le pain hardi, être domestique. — Manger son pain blanc le premier, dépenser sans compter avec la misère à venir. — Manger l’herbe par la racine, être mort depuis longtemps. — Manger ses mots, parler vite et d’une manière incompréhensible. — Manger la consigne, oublier un ordre qu’on vous a donné. — Avoir mangé la bouillie avec un sabre, avoir une très, grande bouehe. — Se manger, se manger le nez, se disputer vivement de très près, se menacer d’en venir aux mains. — Se manger les sangs, s’inquiéter. — Se manger les pouces, s’impatienter.

Mangerie

(d’Hautel, 1808) : Pour, exaction, monopole, dilapidation, tour de bâton ; escroquerie, filouterie, vol.
Relever mangerie. Pour, recommencer à manger.

Mangeur

(d’Hautel, 1808) : Mangeur de choux. Lapin nourri avec des choux, et dont la chair est bien inférieure à celle du lapin de garenne.
Mangeur de blanc Homme sans délicatesse, sans honneur, et de mauvaise vie, qui se laisse entretenir par les femmes.
Mangeur de soupe apprêtée. Paresseux, fainéant, oisif, qui veut prendre part aux bénéfices d’une affaire, sans s’y être donné le moindre mal.
Mangeur de chrétien. Procureur, avocat, huissier ; en un mot, tout ce qui tient à la chicane.
Mangeur de charrettes ferrées ; mangeur de petits enfans. Mauvais sujet, sans bravoure ; mauvaise tête ; fanfaron.
Mangeur de pommes. Nom que l’on donne par ironie aux Normands.

(M.D., 1844) : Celui qui, faisant partie d’une bande, dénonce les autres.

(Larchey, 1865) : Dissipateur. — Mangeur de galette : Fonctionnaire vénal (Vidocq). — Mangeur de blanc : Homme se faisant entretenir par une femme. V. d’Hautel. — Mangeur de blanche serait plus juste. — Mangeur de bon Dieu, de messes : Dévôt.

Quittez vos tanières, antiques comtesses, mangeuses de mes ses.

Départ de la Cour, Ch., 1830.

(Delvau, 1867) : s. m. Dissipateur, viveur, — dans l’argot du peuple.

(Fustier, 1889) : Dénonciateur, espion. Argot des prisons.

Ce sont les révélateurs qu’on appelle les mangeurs, la musique.

(J. Vallès.)

Mangeur de blanc

(Delvau, 1864) : Souteneur de filles, maquereau qui vit du sperme dépensé par les autres hommes, avec de l’argent, au profit de sa maîtresse, etc.

Mangeons du blanc ! Mangeons du blanc !
Ça vaut mieux que manger du flan !
Mangeons du blanc jusqu’à l’aurore,
Et que Phoebus nous trouve encore
Mangeant du blanc !

Lemercier de Neuville.

Je voulais tater du métier de miché, mais je vois que celui de mangeur de blanc est encore le meilleur.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Souteneur de filles.

(La Rue, 1894) : Souteneur.

(Virmaître, 1894) : Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution. L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voir mac.

(Hayard, 1907) : Souteneur.

Mangeur de bon Dieu

(Delvau, 1867) : s. m. Bigot, homme qui hante plus volontiers l’église que le cabaret. Argot du peuple.

Mangeur de choucroute

(Delvau, 1867) : s. m. Allemand.

Mangeur de galette

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui trahit ses camarades pour de l’argent.

(Rigaud, 1881) : Celui qui bat monnaie au moyen de dénonciations. — Fonctionnaire ami du pot de vin.

Mangeur de pommes

(Delvau, 1867) : s. m. Normand.

Mangeurs de foin

(Merlin, 1888) : Épithète autrefois donnée aux grenadiers, qui, marchant généralement en tête, s’emparaient pour leur campement de tout le foin et de toute la paille des environs. Quand le gros des troupes arrivait, il ne trouvait plus rien ; les grenadiers avaient mangé le foin.

Mangeuse

(Rigaud, 1881) : Gaspilleuse.

Mangeuse de mande crue

(Virmaître, 1894) : Cette figure dégoûtante, mais très caractéristique, désigne une fille publique qui a une certaine spécialité (Argot des souteneurs).

Mangeuse de viande crue

(Delvau, 1867) : s. f. Fille publique. L’expression est vieille : elle se trouve dans Restif de la Bretonne.

Maniable

(d’Hautel, 1808) : Il n’est guère maniable. Se dit d’un homme rude, qui a l’humeur âpre et revêche, et dont on ne vient pas aisément à bout. Le peuple prononce magnable.

Manicle

(d’Hautel, 1808) : Pour, manège, manigance.
Il entend la manicle. Pour, il est adroit, rusé, il comprend toutes les finesses.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bracelet. (Manicle signifie aussi l’anneau que l’on rive au bas de la jambe des forçats, et auquel est attachée la chaîne qu’ils ne quitten qu’en sortant du bagne.)

(Delvau, 1867) : s. f. Se dit de toutes les choses gênantes, embarrassantes, comme le sont en effet les manicles des prisonniers. Ce mot vient de manicæ, menottes. Les forçats, qui ne sont pas tenus de savoir le latin, donnent ce nom aux fers qu’ils trament aux pieds ; en outre, au lieu de l’employer au pluriel, comme l’exigerait l’étymologie, ils s’en servent au singulier : c’est ainsi que de la langue du bagne il est passé dans celle de l’atelier. Frère de la manicle. Filou.

(La Rue, 1894) : Toute chose gênante, comme les menottes. Frère de la manicle, confrère en vol.

Manicle (frère de la)

(Rigaud, 1881) : Confrère en vol.

Manicon

(Delvau, 1864) : Surnom que le populaire, donne volontiers aux sages-femmes, — on devine pourquoi.

Manier

(d’Hautel, 1808) : Quand on manie le beurre, on a les mains grasses. Pour dire, que quand il passe beaucoup d’argent par les mains, on en ressent toujours quelque bénéfice.
Le peuple fait entrer un g dans la terminaison de ce verbe, et le conjugue ainsi : je magne, tu magnes, il magne, etc. Je magnois, je magnerai ; magner, etc. Au lieu de, je manie, tu manies, etc. ; je maniois, je manierai ; manier, etc.

(Delvau, 1864) : Peloter une femme — où un homme.

Mais, Monsieur, vous, baisez mes fesses à tout moment ; vous me maniez partout !

La Popelinière.

On ne peut donc sans scandale manier un peu les breloques du monde ? — Sacrebleu ! quelles breloques ! c’est bien aussi la montre, ma foi.

A. de Nerciat (Les Aphrodites.)

Ma bonne, disait Rosette, il veut toujours me faire manier sa sottise et prendra la mienne.

La Popelinière.

C’est des marlous, n’y prends pas garde ;
Viens, que j’ te magne ton outil.

H. Monnier.

Manier (se)

(Fustier, 1889) : Se masturber. — Se sauver, fuir.

Manière

(d’Hautel, 1808) : Cela frise un peu la manière. Pour, est trop affecté.
Il a été étrillé de la bonne manière. Pour, il a été bien maltraité ; il a beaucoup perdu dans cette entreprise.
Par manière d’acquit. Négligemment ; sans avoir l’air d’y toucher.

(Delvau, 1864) : Se dit du faire particulier aux femmes galantes qui, souvent, ont autant de manières que les plus illustres artistes, — première manière, seconde manière, etc.

Changer de masque, c’est fort mal
Quand on n’est plus dans l’ carnaval,
P’t-être aussi qu’ vous changez d’ manière
Et qu’aux femmes vous voulez plaire ;
Ce s’rait deux bons goûts à la fois.
J’ vous crois fait’ pour en avoir trois.

Béranger.

(Delvau, 1867) : s. f. Façon de se conduire avec les hommes, — dans l’argot des drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et en actions peut être la première manière d’une courtisane, et la pudicité, voire l’honnêteté, sa troisième manière, — la plus remarquable et la plus dangereuse.

Manière (1re, 2me, 3me)

(Larchey, 1865) : Ligne de conduite ou manière de faire son rapport avec l’âge, les progrès, ou les calculs d’un artiste, d’un écrivain, d’un intrigant, etc.

Faustine en était encore au désintéressement, sa première manière, ainsi qu’elle disait elle-même, en empruntant le langage des artistes.

dit M. Amédée Achard, dans ses Petits-Fils de Lovelace, d’une fille qui joue le désintéressement afin de mieux enlacer ses victimes.

Manières

(Larchey, 1865) : Air d’importance.

Ça fait des manières et ça a dansé dans les chœurs…

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Embarras, importance exagérée ; mines impertinentes ; simagrées, — dans l’argot des faubouriens.

Manigance

(d’Hautel, 1808) : Artifice, subtilité, tromperie, intrigue.
Il y a là-dessous quelque manigance. Pour, quelque ruse, quelqu’intrigue.

(Delvau, 1867) : s. f. Intrigue, fourberie, — dans l’argot du peuple.

Manigancer

(d’Hautel, 1808) : Tramer secrètement une petite intrigue.

(Delvau, 1867) : v. a. Méditer une fourberie ; préparer une farce, un coup, une affaire.

Manigancerie

(Rigaud, 1881) : Petit complot domestique, mauvaise ruse.

Manille

(Halbert, 1849) : Anneau des forçats.

Manique

(d’Hautel, 1808) : Tirer la manique. Faire le métier de cordonnier.
Cet homme est de la manique. Pour, est cordonnier, ou savetier.

(Delvau, 1867) : s. f. Métier ; cuir dont les cordonniers se couvrent la main. Connaître la manique. Connaître à fond une affaire. Sentir la manique. Sentir le cuir ou toute odeur d’atelier.

(Rigaud, 1881) : Métier, — en terme de compagnon.

(La Rue, 1894) : Pratique du métier.

Manival

(Rigaud, 1881) : Charbonnier, — dans l’ancien argot.

Manivelle

(Delvau, 1867) : s. f. Chose qui revient toujours fastidieusement ; travail monotone, ennuyeux. C’est toujours la même manivelle. C’est toujours la même chanson.

Manneau

(Delvau, 1867) : pron. pers. Moi, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Mézingaud et Mézière.

Mannequin

(d’Hautel, 1808) : C’est un vrai mannequin. Pour dire, un homme sans caractère, qui n’agit que d’après la volonté des autres, ou dont on se rend absolument maître.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme de paille, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Voiture quelconque, et spécialement Tape-cul, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Demoiselle de magasin sur le dos de laquelle on essaie les confections, devant les acheteurs, — dans le jargon des marchands de nouveautés.

(Rigaud, 1881) : Cabriolet, voiture à deux roues. — Hotte de chiffonnier. — Mannequin à machabées, corbillard, ou encore mannequin du trimballeur de dégelés, de refroidis, de machabées.

(La Rue, 1894) : Imbécile. Voiture.

Mannequin (tu n’es qu’un)

(Virmaître, 1894) : Pas grand’chose de bon. Mannequin : individu guindé, habillé à la dernière mode. Mot à mot, qui ressemble à un mannequin exposé à la porte d’un tailleur. Mannequin : hotte de chiffonnier (Argot du peuple).

Mannequin de machabées

(Virmaître, 1894) : Corbillard. Allusion au panier dans lequel est jeté le condamné après l’exécution (Argot des voleurs). V. Omnibus de coni.

Mannequin du trimballeur des refroidis

(Halbert, 1849) : Corbillard.

(Delvau, 1867) : s. m. Corbillard, — dans l’argot des voleurs.

Mannesingue, minzinguin

(Larchey, 1865) : Marchand de vin. — Mot à mot : homme (mann) vendant à boire (zu trinken). On a dit d’abord Mannestringue, puis mannesingue. Minzinguin est un diminutif corrompu. — V. Licher.

Quel est celui-là ? — Un ami, un vrai, un marchand de vin… — Un mannezing ?

G. Bourdin.

Le roi est un bon zigue qui protège les minzinguins.

Cabassol.

Mannezingue

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaret ; marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens, qui n’emploient ce mot que depuis une trentaine d’années. On dit aussi Minzingouin et Mannezinguin.
Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le concernent sont plus difficiles à obtenir que s’il s’agissait d’un mot plus ancien. J’ai bien envie de hasarder ma petite étymologie : Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant le tirebouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.

(La Rue, 1894) : Marchand de vin.

(Rossignol, 1901) : Marchand de vin.

Mannezingueur

(Delvau, 1867) : s. m. Habitué de cabaret.

Manœuvre

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Au propre, compagnon maçon ; au figuré, nom que l’on donne à un ouvrier qui travaille grossièrement ; qui ne sait pas son métier.
Un rusé manœuvre. Homme artificieux ; finot.

Manœuvrer du cul

(Delvau, 1864) : Remuer des fesser quand on est sous l’homme, soit pour l’aider à décharger, soit parce que la jouissance arrache à la femme d’involontaires et lascives torsions de croupe.

Fait l’étroite pour lui, même quand elle est large,
Et manœuvrant du cul, jouit quand il décharge.

L. Protat.

Manon

(Delvau, 1867) : s. f. Gourgandine, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Maîtresse, — dans l’argot des bourgeois.

Manque (à la)

(Delvau, 1867) : adv. À gauche, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Endommagé et Malade.

(Rigaud, 1881) : Absent, sorti ! — dans le jargon des ouvriers. — Être à la manque, être absent. — Ne pas être franc ; trahir.

(Rigaud, 1881) : À gauche. Mauvais, laid, défectueux. Indiscret. Incertain. Avoir à la manque, ne pas avoir.

(La Rue, 1894) : Mauvais, laid, défectueux. — Tronche à la manque, mauvaise mine, physionomie qui ne dénote rien de bon, — dans le jargon des voleurs, pour qui tous les agents de la police ont des tronches à la manque.

Manquer

(d’Hautel, 1808) : Il ne lui manque que la parole. Se dit d’un chien ou de tout autre animal qui a un instinct extraordinaire ; qui exécute tout ce qu’on lui commande avec une grande précision.
On dit aussi d’un portrait très-ressemblant, qu’Il ne lui manque que la parole.
Il la manqué belle.
Pour dire qu’on a laissé échapper une occasion favorable ; que l’on s’est tiré d’un grand péril ; que l’on a évité un danger imminent.

Manquer à ses devoirs

(Delvau, 1864) : Faire son mari cocu — ce qui est le seul devoir auquel les femmes ne manquent jamais.

Si vous aviez un peu de vertu dans l’âme, vous sentiriez aussi ce qu’il en coûte à une femme bien née pour manquer à ses devoirs et faire un pas comme celui-ci.

La Popelinière.

Manquer de respect à une femme

(Delvau, 1864) : La violer — de son propre consentement, mais à fond de train, pour se faire pardonner l’irrévérence de cette action.

A l’encontre d’un talon rouge qui avait manqué de respect à une intendante, mais qui n’a pu achever de lui en manquer entièrement.

Collé.

Manquer de voix

(Delvau, 1864) : Chanter un air à une femme, avec la queue, et s’en tenir là, volontairement ou involontairement. Baiser mollement.

Quand des voix qu’il me dut
Vint l’éclat dont il brille,
Avec moi que de fois
Il a manqué de voix.

Béranger.

Manquesse

(Rigaud, 1881) : Mauvaise note, — dans le jargon des voleurs. — Refiler la manquesse, être mal noté.

Manquiller

(Halbert, 1849) : Faire.

Manteau

(d’Hautel, 1808) : Garder les manteaux. Assister à un duel ; n’y être que simple spectateur ; faire le guet ; demeurer les bras croisés, quand les autres travaillent.
Il a un bon manteau pour son hiver. Se dit par plaisanterie de quelqu’un qui a un gros rhume, ou, les fièvres, au commencement de l’hiver.
Manger son pain sous son manteau. Se dit d’un égoïste, d’un avare, qui ne fait jouir personne de son bien.
Faire quelque chose sous le manteau. Pour dire, d’une manière furtive, cachée.
Cela est fait sous le manteau de la cheminée. Se dit d’une affaire concertée en cachette ; faite à plaisir, et que l’on présente comme arrivée accidentellement.

(Fustier, 1889) : Argot théâtral. Rôle où l’acteur porte un manteau. (Littré.)

Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d’études des plus attrayants.

(Revue britannique.)

Manteau d’arlequin

(Delvau, 1867) : s. m. Draperie qui entoure le rideau d’avant-scène, — dans l’argot des coulisses. « On l’a nommée ainsi, dit M. J. Duflot, parce que du temps de la Comédie italienne les rideaux de théâtre ne tombaient pas comme des rideaux d’alcôve en glissant sur des tringles ; or, comme Arlequin, au dénoûment de la pièce, était toujours le dernier comédien qui saluait le public de sa batte, le rideau, qui se fermait sur lui, semblait lui faire un manteau. »

Manuéliser (se)

(Delvau, 1864) : Se masturber.

C’est le seul moyen d’être sage au couvent, puisqu’on ne peut l’être sans se clitorlser ou se manuéliser.

Mercier de Compiègne.

Du bon Guillot le vit se raidissait,
Et le poignait si fort concupiscence,
Que dans un voin se manuélisait.

Piron.

Manuelle

(Rigaud, 1881) : Prostituée décrépite qui tend à la débauche une main secourable quoique souvent couverte de gale.

Ces filles vieilles, laides, décrépites et dégoûtantes, appelées pierreuses dans l’administration, qui se désignent sous le nom de manuelles.

(Parent-Duchatelet, De la prostitution.)

Manufacture

(d’Hautel, 1808) : Le peuple dit par corruption manifacture.

Manuscrit belge

(Boutmy, 1883) : s. m. Copie imprimée. On a appelé de ce nom cette sorte de copie peut-être parce que les ouvriers belges, assez nombreux à Paris, ne pouvant autrefois déchiffrer la copie manuscrite, on ne leur donnait à composer que les réimpressions. Aujourd’hui, cette distinction a à peu près disparu. Voici une autre explication de cette expression : en Belgique, il y a trente ans, les imprimeurs ne vivaient que de contrefaçons ; on ne composait donc jamais ou presque jamais chez eux que sur des livres. Voilà pourquoi, sans doute, on a donné le nom de manuscrit belge à toute copie imprimée. L’expression est alors plus fine, plus satirique que dans l’hypothèse précédente ; elle raille spirituellement l’indélicatesse de nos voisins, qui se procuraient de la copie à trop bon marché.

Manzingue

(Clémens, 1840) : Marchand de vin.

Mappemonde

(d’Hautel, 1808) : On donne ce nom en plaisantant, aux seins d’une femme lorsqu’ils sont trop volumineux.

Maqua

(Delvau, 1867) : s. f. Entremetteuse, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques cents ans. On a écrit Maca au XVIe siècle.

Maqué ou Maccé

(Rossignol, 1901) : La fille publique qui a un amant ou qui en prend un, est maquée : elle a un mac.

Maquecée

(Delvau, 1867) : s. f. Abbesse de l’abbaye des S’offre-à-tous, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Abbesse d’une maison de tolérance. Vient des deux mots : maq, abréviation de maquerelle, et de cé, femme d’argent ; de là maquecée (Argot des souteneurs). N.

Maquecée, maquerelle

(Hayard, 1907) : Tenancière de maison de tolérance.

Maquereau

(d’Hautel, 1808) : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.

(Delvau, 1864) : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.

Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.

Voltaire. (La Pucelle.)

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.

(Virmaître, 1894) : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui vit aux dépens des autres.

(Hayard, 1907) : Souteneur.

Maquereau, maquerelle

(La Rue, 1894) : Souteneur. Proxénète.

Maquereautage

(Delvau, 1867) : s. m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les hommes ; maquignonnage. On prononce Macrotage.

Maquereauter

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes oui ne vivant elles-mêmes qu’aux dépens des hommes. On prononce Macroter. Maquereauter une affaire. Intriguer pour la faire réussir.

Maquereautin

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti débauché, jeune maquereau. On prononce Macrotin.

(Rossignol, 1901) : Souteneur qui n’est pas dans l’opulence.

Maquerellage

(d’Hautel, 1808) : Trafic honteux de débaucher et de prostituer les femmes.

(Delvau, 1867) : s. m. Proxénétisme.

Maquerelle

(d’Hautel, 1808) : Féminin de maquereau, dont il a toutes les significations et dans un sens plus étendu encore.

(Delvau, 1864) : Grosse dame qui se charge de procurer de l’ouvrage aux petites dames, et qui pousse parfois la complaisance jusqu’à les aller chercher dans leurs famille.

Le troisième privilège des châtrés, c’est qu’ils sont fort renommés en leur fidélité en fait de maquerellage.

(Variétés hist. et litt.)

Tenant par acte misérable
Le maquerellage honorable.

(Cabinet Satyrique)

Tant qu’elle conte sa querelle
A une vieille maquerelle.

Mathéolin

Et puis dites que les moustiers
Ne servent point aux amoureux,
Bonne maquerelle pour eux
Est ombre de dévotion.

Cl. Marot.

Aussi n’épargne-t-il pas les mères qui sont maquerelles de leurs propres filles.

H. Estienne.

Car l’honneur d’une femme souffre beaucoup quand elle est vue avec une maquerelle.

P. de Larivet.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme qui trafique des filles. Au XVIIIe siècle on disait Maqua.

(Virmaître, 1894) : Maîtresse de maisons de tolérance ou de maisons de rendez-vous, femme qui vit du travail des filles (Argot du peuple), V. Maman-Maca.

(Rossignol, 1901) : Tenancière d’une maison de tolérance ou de rendez-vous. Une proxénète est aussi une maquerelle.

Maqui

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mettre du rouge.

(Delvau, 1867) : s. f. Rouge, fard, — dans l’argot des voleurs. C’est probablement une apocope du vieux mot Maquignonnage.

(Rigaud, 1881) : Apocope de maquillage, maquille. Dérivé de masque. — En terme de grecs, le maquillage consiste à marquer les cartes qu’on a intérêt à connaître. Il y a les maquis au coup de pouce, au coup d’ongle, au coup d’épingle, à la mine de plomb, à la pièce et autres, suivant l’inspiration du grec et la tête des dupes.

(La Rue, 1894) : Rouge, fard. Maquillage.

Maqui (mettre du)

(anon., 1827) : Se mettre du rouge.

(Halbert, 1849) : Se mettre du rouge.

Maquignon

(Delvau, 1864) : Un monsieur qui fait la traite des blanches, — le mango antique.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait tous les métiers, excepté celui d’honnête homme, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Trafiqueur ; sophistiqueur.

Maquignon à bidoche

(Fustier, 1889) : Variété de souteneur.

Maquignonnage

(d’Hautel, 1808) : Tripotage, intelligences secrètes ; commerce illicite ; intrigue contraire à la bienséance et à la probité.

(Delvau, 1867) : s. m. Proxénétisme ; tromperie sur la qualité et la quantité d’une marchandise ; abus de confiance.

(Rigaud, 1881) : Gredinerie commerciale ; vente à faux poids ; falsification de marchandises ; sophistication.

Maquignonner

(d’Hautel, 1808) : Intriguer ; tripoter une affaire en dessous main ; faire un commerce secret.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire des affaires véreuses.

Maquillage

(Delvau, 1864) : Tricherie féminine qui consiste à dissimuler, à l’aide de pâtes, de cosmétiques et d’onguents, les ravages que le temps apporte au visage le plus frais.

Celle-ci, une fois entrée, relève la mèche de la lampe posée sur la cheminée, mais pas trop cependant, afin de ne pas trahir son maquillage.

Lemercier de Neuville.

Et ce qui prouve que ce n’est pas là une mode nouvelle, c’est que je trouve dans un poète du XIIIe siècle, Gaultier de Coinsy, les vers suivants :

Telle se fait moult regarder
Par s’en blanchir, par s’en farder,
Que plus est laide et plus est blesme
Que peschiez mortels en caresme.

(Larchey, 1865) : Le maquillage est une des nécessités de l’art du comédien ; il consiste à peindre son visage pour le faire jeune ou vieux, le plus souvent jeune.

Dans certains théâtres on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels. Cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

Joachim Duflot, Dict. des Coulisses.

(Delvau, 1867) : s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur le visage, — dans l’argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande qu’à être trompé. Blanc de céruse et rouge végétal, — je ne dis pas assez ; et pendant que j’y suis, je vais en dire davantage afin d’apprendre à nos petits-neveux, friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de l’Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes modernes : Blanc de céruse ou blanc de baleine ; rouge végétal ou rouge liquide ; poudre d’iris et poudre de riz ; cire vierge fondue et pommade de concombre ; encre de Chine et crayon de nitrate, — sans compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher ; l’âge et les veilles l’ont jauni, il faut le roser ; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser ; les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. Ô les miracles du maquillage !

(Rigaud, 1881) : L’art de peindre et d’orner le visage ; action qui consiste à faire d’une figure humaine un pastel. — Mélange de vins. — Restauration de tableau. — Fraude en tout genre.

Maquillé du pognon

(M.D., 1844) : Faire de l’argent.

Maquillée

(Delvau, 1867) : s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame enfin, — dans l’argot des faubouriens.

Maquiller

(anon., 1827) : Travailler, battre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Travailler, battre. Maquiller les brêmes, battre les cartes.

(Bras-de-Fer, 1829) : Travailler, battre.

(M.D., 1844) : Arranger quelque chose.

(un détenu, 1846) : Cameloter, brocantage.

(Halbert, 1849) : Chicaner, travailler, battre.

(Larchey, 1865) : Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

(Larchey, 1865) : Agir, machiner.

C’est par trop longtemps boire ; Il est, vous le savez, heure de maquiller.

Grandval, 1723.

Maquiller un suage : Se charger d’un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle : Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. V. Momir. Ce verbe paraît venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. V. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c’est, en effet, machiner n’importe quoi, pourvu qu’on y gagne.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire agir, machiner, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie. Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes, — dans le même argot. Signifie aussi Tricher à l’écarté. Maquiller son truc. Faire sa manœuvre ; Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre ; Maquiller un suage. Se charger d’un assassinat. Même argot.

(Rigaud, 1881) : Faire ; frauder ; farder ; trafiquer. Dérivé de maquignon.

(La Rue, 1894) : Faire. Frauder. Voler. Farder. Trafiquer. Maquiller la brème, préparer un jeu de cartes pour tricher.

(Virmaître, 1894) : Se farder le visage.

Pour réparer des nuits l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le maquille pour le faire accepter.
Maquiller un tableau. Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf. Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le maquilleur lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.
Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). N.

(Rossignol, 1901) : Tripoter, arranger. Celui qui en jouant arrange les cartes, de façon à avoir un beau jeu et gagner, maquille les brêmes.

(Hayard, 1907) : Farder, déguiser, changer d’aspect, vendre.

Maquiller (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se couvrir le visage de carmin et de blanc, — dans l’argot des petites dames, dont la beauté est l’unique gagne-pain, et qui cherchent naturellement à dissimuler les outrages que les années — et la débauche — peuvent y faire.

(Rossignol, 1901) : Se farder. L’agent de la sûreté se maquille sans se farder ; son maquillage consiste tout simplement à mettre une blouse ou veste d’ouvrier pour se rendre méconnaissable.

Maquiller à la sorgue

(Bras-de-Fer, 1829) : Voler la nuit.

Maquiller les brêmes

(anon., 1827) : Jouer aux cartes.

(Bras-de-Fer, 1829) : Jouer aux cartes.

(Halbert, 1849) : Tromper aux cartes.

Maquilleur

(Rigaud, 1881) : Tricheur. Maquilleuse, tricheuse.

Maquilleur de gayés

(Rigaud, 1881) : Individu chargé par un maquignon de rendre une rosse présentable à la vente. Le maquillage des gayés est souvent pratiqué par le maquignon lui-même. Ce maquillage consiste : pour les chevaux poussifs, à leur administrer, sous le nom de potion, une affreuse drogue qui les guérit… pendant un jour ou deux ; pour les chevaux couronnés, à coller sur leurs genoux des poils de chevaux morts ; pour l’assortiment d’un attelage, dans l’emploi de la teinture. Il y a encore le limage des dents, la taille des oreilles et une foule d’autres supercheries inspirées par les circonstances et l’état de la bête.

Maquilleuse de brêmes

(Virmaître, 1894) : La tireuse de cartes. Il en existe de célèbres dans le monde des filles. Elles font des recettes fructueuses. La maquilleuse de brêmes ne se borne pas à tirer les cartes, elle procure pour les deux sexes. Généralement, c’est une ancienne fille sur le retour qui ne peut plus peloter que le valet de cœur (Argot des filles).

Maquyer la frime

(Clémens, 1840) : Se peindre le visage.

Maquyer les brèmes

(Clémens, 1840) : Marquer les cartes.

Maquyer les douilles

(Clémens, 1840) : S’arranger les cheveux.

Maquyer ou maquiller un truque

(Clémens, 1840) : Faire un état.

Maquyer un faffe

(Clémens, 1840) : Faire ou altérer un passe-port.

Mar

(Larchey, 1865) : Désinence arbitraire. V. Rama.

Quant au reste de la langue, on se bornait (en 1830) à retrancher la dernière consonnance pour y substituer la syllabe mar. On disait Épicemar pour épicier, Boulangemar pour boulanger, Cafemar pour café, et ainsi de suite. C’était de l’esprit dans ce temps-là. Il est vrai que nos pères ont tous ri à se tordre en mettant le mot turlurette la fin de chaque couplet de chanson. Que signifiait mar ? Que voulait dire turlurette ? Absolument la même chose. Personne n’a jamais pu le savoir.

Privat d’Anglemont.

Méfie-toi… Le jeune épicemar est très-fort au billard et au piquet.

Champfleury.

(Delvau, 1867) : Désinence fort à la mode vers 1830, — comme les Osages. On retranchait la dernière syllabe des mots et on y substituait ces trois lettres qui donnaient un « cachet » au langage des gens d’esprit de ce temps-là. On disait Boulangemar pour Boulanger, Épicemar pour Épicier, etc. C’était une sorte de javanais mis à la portée de tout le monde. Il en est resté malheureusement quelques éclaboussures sur notre langue. (Lire les Béotiens de Louis Desnoyers.)

(Rigaud, 1881) : Désinence argotique. Perruquemar, perruquier, policemar, agent de police ; boutiquemar, boutiquier. La plupart des mots de la langue régulière qui n’ont pas d’équivalents en argot, se forment au moyen de la désinence mar, les autres au moyen des désinences much ou mince.

Mar-chef

(Rigaud, 1881) : Maréchal des logis chef, par abréviation ; et jamais abréviation ne fut plus justifiée.

Marabout

(d’Hautel, 1808) : Un petit marabout. Nom injurieux que l’on donne à un homme laid, renfrogné et fort petit.

Maraicher

(d’Hautel, 1808) : Jardinier qui cultive un marais.
On dit vulgairement marécheux.

Maraille

(Delvau, 1867) : s. f. Le peuple, le monde, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Le monde, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Le peuple, le monde.

Marais

(d’Hautel, 1808) : Se sauver par les marais. Payer ses créanciers, se tirer d’embarras par de mauvaises raisons.
Demoiselles du Marais. Filles publiques, ainsi nommées, parce que ce quartier en renfermoit autrefois un grand nombre.

Maraud

(d’Hautel, 1808) : Terme d’injure et de mépris, que l’on adresse à quelqu’un dans un mouvement de colère, et qui équivaut à frippon, coquin, malôtru.
On dit, et dans le même sens, Maraude au féminin.

Maraudaille

(d’Hautel, 1808) : Troupe de fripons, de coquins, de brigands.

Marauder

(Delvau, 1867) : v. n. Raccrocher des pratiques en route, — dans l’argot des cochers de voitures de place, qui frustrent ainsi leur administration. On dit aussi Aller à la maraude et Faire la maraude.

(Rigaud, 1881) : Faire la contrebande des voyageurs ; prendre des voyageurs au détriment d’un client’qui a loué une voiture à la journée, — dans le jargon des cochers de remise.

Maraudeur

(Delvau, 1867) : s. m. Cocher en quête d’un « bourgeois ». On dit aussi Hirondelle.

(Rigaud, 1881) : Cocher qui racole la pratique, pendant que son bourgeois fait une visite, pendant qu’il est au cercle, au restaurant.

Marbre

(d’Hautel, 1808) : Froid comme un marbre. Flegmatique ; homme rêveur et taciturne ; ame sans pitié, sans compassion pour le malheur d’autrui.

(Delvau, 1867) : s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes posent les paquets destinés à être mis en page. Avoir un article sur le marbre. Avoir un article composé, sur le point de passer, — dans l’argot des typographes et des journalistes.

(Rigaud, 1881) : C’est, en terme de journaliste, tout paquet composé qui stationne sur la table de fonte d’une imprimerie, en attendant le moment d’être appelé aux honneurs de la mise en page. — Être sur le marbre, attendre l’insertion d’un article composé. — Avoir du marbre, avoir en réserve des faits divers, des articles « des quatre saisons ». C’est, pour un journal, avoir du pain sur la planche. — Il y a toujours sur le marbre un choix d’articles « Variétés » ; — ce sont les en-cas, les bouche-trous réservés pour les jours où la copie manque, pour les jours où les annonces faiblissent. Ordinairement le dimanche on écoule le marbre de la semaine, dans les journaux qui ne laissent rien perdre.

(Virmaître, 1894) : Ainsi nommé parce que c’est une table en fonte. Table sur laquelle les typographes alignent les paquets composant les articles. Avoir un article sur le marbre : attendre son tour pour être imprimé. Quand un article reste trop longtemps sur le marbre, il faut le distribuer. Marbre est une ironie pour les pauvres journalistes. Leurs articles refroidissent sur le marbre (Argot d’imprimerie). N.

Marc (un de)

(Rigaud, 1881) : Un verre d’eau-de-vie de marc. — Un marc anisette, un verre d’eau-de-vie de marc et anisette mêlées.

Marcandier

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Marchand.

(Bras-de-Fer, 1829) : Celui qui a été volé.

(Bras-de-Fer, 1829) : Marchand.

(Clémens, 1840) : Marchand.

(Halbert, 1849) : Marchand.

(Larchey, 1865) : Marchand. — On trouve dans Roquefort mercadier. V. Solir, Farre.

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand, — dans l’argot des voleurs, qui emploient là une expression de la vieille langue des honnêtes gens.

(La Rue, 1894) : Marchand.

(Virmaître, 1894) : Cette expression désigne les marchands, quel que soit leur commerce (Argot des voleurs).

Marcandiers

(anon., 1827) : Ceux qui disent avoir été volés. Marcandier signifie encore un marchand.

Marcanti

(Rossignol, 1901) : Marchand. On désigne ainsi en Algérie les marchands de denrées et liquides qui suivent les colonnes expéditionnaires.

Marcassin

(d’Hautel, 1808) : Au propre, le petit d’un sanglier ; au figuré, sobriquet injurieux que l’on donne à un petit homme laid et difforme.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit garçon malpropre et grognon, — — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Apprenti peintre d’enseignes.

March-logis

(Merlin, 1888) : Apocope de maréchal des logis.

Marchand

(d’Hautel, 1808) : Marchand de tout, vendeur de rien. Se dit par raillerie d’un courtier, d’un homme qui commerce sur toute chose, et qui n’a aucune espèce de fonds.
Un négociant, marchand de sangles. Vendeur de bagatelles, de colifichets, de bibus, de riens.
N’est pas marchand qui toujours gagnée. Signifie que les affaires que l’on fait dans le commerce ne présentent pas toutes de bénéfices réels certains.
Tromper le marchand. Pour acheter quelque chose à vil prix.
Il en sera le mauvais marchand, ou il n’en sera pas le bon marchand. Se dit d’un commerçant qui fait une affaire hasardeuse, et d’une personne qui fait quelqu’action dont il aura à se repentir.

Marchand d’eau chaude

(Delvau, 1867) : s. m. Cafetier.

(Rigaud, 1881) : Limonadier.

Marchand d’eau de javel

(Rigaud, 1881) : Marchand de vin, — dans le jargon du peuple qui tient, au service des cabaretiers, un assortiment d’expressions dont la force donne une idée de la nature des boissons qu’on lui débite.

Marchand d’hommes

(Delvau, 1867) : s. m. Agent de remplacement militaire, — dans l’argot du peuple.

Marchand de cerises

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais cavalier.

Marchand de chiffons du régiment

(Merlin, 1888) : L’officier d’habillement.

Marchand de cirage

(Fustier, 1889) : Commandant d’un navire. Argot du bagne.

Est-ce que le marchand de cirage (elles appelaient ainsi le commandant) nous faisait peur ?

(Humbert : Mon bagne.)

Marchand de femmes

(Delvau, 1867) : s. m. Négociateur en mariages.

Marchand de lacet

(Bras-de-Fer, 1829) : Gendarme.

Marchand de lacets

(Larchey, 1865) : Gendarme — Il offre aux malfaiteurs des lacets (poucettes) que ceux-ci trouvent toujours trop chers. V. Hussard.

Marchand de marrons

(Rigaud, 1881) : Se dit d’un officier portant mal l’habit civil, — dans l’argot militaire.

Marchand de mort subite

(Rigaud, 1881) : Médecin, — dans le jargon du peuple. Autrefois l’expression ne s’appliquait qu’aux charlatans. Depuis que tant de médecins ont fait concurrence à tant de charlatans, elle s’est étendue jusqu’à ceux-là.

C’était bien sûr le médecin en chef… tous les marchands de mort subite vous ont de ces regards-là.

(E. Zola.)

Dans la bouche des voyous l’expression s’applique encore à tout individu qui, par maladresse, peut occasionner un accident. Ainsi, un mauvais cocher, un charretier imprudent, sont des marchands de mort subite.

(Merlin, 1888) : Prévôt d’armes.

(Virmaître, 1894) : Le maître d’armes et le bourreau. Le maître d’armes apprend à ses élèves les moyens de tuer un homme proprement. Le bourreau coupe la tête du condamné pour lui apprendre à vivre (Argot du peuple). N.

Marchand de puces

(Merlin, 1888) : Préposé aux lits militaires. Voilà une dénomination dont nous avons bien souvent reconnu là justesse !

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Individu qui a dans les régiments la fourniture des lits.

Marchand de sommeil

(Delvau, 1867) : s. m. Logeur en garni, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Teneur de chambres et cabinets garnis… de vermine, la plupart du temps ; logeur à la nuit et à la corde. Marchand de soupe. Maître de pension ; homme juste mais sévère qui, sous prétexte d’enseigner le grec et le latin à l’espoir de la France, tient une table d’hôte où fleurissent le haricot, la lentille, la pomme de terre et le chou.

(La Rue, 1894) : Logeur. Marchand de soupe, maître de pension.

Marchand de soupe

(Larchey, 1865) : Maître de pension qui spécule sur la nourriture de ses élèves.

Style universitaire ! Les marchands de soupe doivent être bien fiers.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : s. m. Maître de pension, — dans l’argot des écoliers.

Marchande de chair humaine

(Rigaud, 1881) : Nom que donnent, entre elles, les filles de maison à la propriétaire de l’établissement. Un philosophe attardé dans un de ces antres entendit un mot bien profond. Comme il s’étonnait devant une des pensionnaires du luxe de la maison :

Et dire que c’est nous qui gagnons tout ça… ! soupira la malheureuse.

Marchandes d’ail

(Rossignol, 1901) : Celles qui aiment l’ail au lit. Voir gousse.

Marchandise

(d’Hautel, 1808) : Elle a montré toute sa marchandise. Se dit en plaisantant d’une demoiselle, qui en tombant a laissé voir ses appas les plus secrets.
Moitié guerre, moitié marchandise. Pour dire moitié de gré, moitié de force.
Faire valoir sa marchandise. Rehausser son mérite ; donner un nouveau charme à ses attraits ; faire l’orgueilleux ; vanter son savoir et ses qualités personnelles.
Il en fait métier et marchandise. Pour, c’est sa coutume, son occupation habituelle.
Marchandise qui plaît est à demi-vendue. Signifie que l’on ne regarde pas au prix d’une chose qui flatte.

(Delvau, 1864) : La nature de l’homme et celle de la femme, qui, toutes deux, mais la dernière surtout, sont un objet de commerce.

J’ouvre boutique, et faite plus savante,
Vous mets si bien ma marchandise en vente,
Subitement affinant les plus fins,
Qu’en peu de temps fameuseje devins.

J. du Bellay

Je veux une Phillis entre l’haut et le bas,
Qui ne fasse pas trop valoir sa marchandise.

Busset-Rabutin.

Voyons, montre-moi ta marchandise, mon petit couillon chéri.

J. Le Vallois.

(Rigaud, 1881) : Le contenu d’une fosse d’aisances, — dans le jargon des vidangeurs.

Marchands d’hommes

(Larchey, 1865) : Agent de remplacement militaire, négrier.

D’un marchand d’hommes, je vois l’enseigne.

Léonard, Parodie, 1863.

Détestable anglais ! ajouta le marchand d’homme.

L. Desnoyer.

Marchands de lacets

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Gendarmes.

Marchands de sommeil

(Rossignol, 1901) : Ceux qui tiennent des hôtels garnis.

Marché

(d’Hautel, 1808) : Mettre le marché à la main. Dire le fait à quelqu’un ; le congédier, lui donner le choix de conclure ou de rompre un marché.
Un marché d’or. Hyperbole, pour dire un marché très-avantageux.
Il a bientôt fait son marché. Pour il a bientôt pris sa résolution.
On n’a jamais bon marché de mauvaise marchandise. Pour dire que, quelle que soit la modicité du prix que l’on mette à une mauvaise chose, on la paie toujours trop chère pour le peu d’usage qu’elle fait.
Tu le paieras plus cher qu’au marché. Se dit pour menacer quelqu’un dont on a reçu quel qu’offense.
Il en a été quitte à bon marché. Pour dire que quelqu’un s’est tiré d’une mauvaise affaire à peu de frais, ou avec une punition plus légère qu’il ne devoit s’y attendre.
Bon marché vide le panier, mais il n’emplit pas la bourse. Signifie que quand on vend trop bon marché., on débite promptement sa marchandise, mais souvent aux dépens de sa bourse.

Marche à terre

(Larchey, 1865) : Fantassin.

Quand tu étais dans la cavalerie, tu n’étais pas dans les marche à terre.

Vidal, 1833.

Marche de flanc

(Delvau, 1867) : s. f. Le sommeil, ou seulement le repos, — dans l’argot des sous-officiers.

(Rigaud, 1881) : Repos sur le lit de camp, — dans le jargon des troupiers. — Razzia, maraude, — dans le jargon des soldats du bataillon d’Afrique.

Marché des pieds humides

(Fustier, 1889) : La petite Bourse qui pendant longtemps s’est tenue en plein air ; les spéculateurs étaient ainsi exposés à toutes les intempéries, et, quand il pleuvait, pataugeaient dans les flaques d’eau.

Le marché des pieds humides qu’on est venu plaisanter, est bien plus loyal qu’on ne le pense. Là, pas d’affaires à terme ; argent contre titres ; titres contre argent.

(Le Mercure, journal, 1882.)

Marche des zouaves

(Merlin, 1888) : Les soldats se rendant à la visite du docteur, exécutent la marche des zouaves.

Marche oblique

(Rigaud, 1881) : Sonnerie qui appelle les cavaliers punis au corps de garde. Ainsi nommée, parce qu’on ne s’y rend pas le cœur léger, mais d’un air piteux, en rasant les murs, en s’effaçant, obliquement.

Marche oblique individuelle

(Merlin, 1888) : Ralliement des soldats consignés pour répondre à l’appel. Ils y arrivent isolément, de points divers : des chambrées, de la cantine, quelquefois même d’un café voisin de la caserne. Il faut user de ruse pour rentrer sans être vu, faire maints détours ; de là, marche oblique.

Marche par le flanc (exécuter la)

(Merlin, 1888) : Dormir, se coucher.

Marche-à-terre

(Delvau, 1867) : s. m. Fantassin, — dans l’argot de la cavalerie.

(Rigaud, 1881) : Soldat d’infanterie de ligne.

Marchef

(Merlin, 1888) : Maréchal des logis chef.

Marcher

(d’Hautel, 1808) : Marcher comme un basque. Être habile et leste à la marche.
Il ne faut pas lui marcher sur le pied. Se dit d’un homme très-susceptible, qu’on n’offense pas impunément, et qu’il faut prendre garde de choquer.
Je ne sais sur quelle herbe il a marché. Se dit d’une personne qui est dans son jour de mauvaise humeur.
Marcher sur des épines, sur des précipices, sur des œufs. Être dans la perplexité, dans l’inquiétude.

(Delvau, 1867) : v. n. Être de la même opinion ; consentir, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Approuver, être du même avis, — dans le jargon des typographes. — Je marche avec lui, je l’approuve.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Être de l’avis de quelqu’un. Je marche, j’approuve.

(La Rue, 1894) : Consentir, être d’accord. Quant une offre convient, on marche, c’est-à-dire on accepte. Dans le cas contraire on ne marche pas. Marcher avec quelqu’un, faire une affaire avec quelqu’un ou être en communauté d’idées avec lui.

(Rossignol, 1901) : Croire une chose invraisemblable ou un mensonge, c’est marcher.

Marcher au pas

(Delvau, 1867) : Obéir, filer doux, — dans le même argot [du peuple]. Faire marcher quelqu’un au pas. Agir de rigueur envers lui. On dit aussi : Mettre au pas.

(Rigaud, 1881) : Obéir, être mené militairement. Faire marcher quelqu’un au pas, contraindre quelqu’un à l’obéissance, le mener durement.

Marcher dans les souliers d’un mort

(Rigaud, 1881) : Avoir fait un héritage. — Compter sur les souliers d’un mort, compter sur un héritage. Le peuple dit :

Celui qui compte sur les souliers d’un mort, marche longtemps nu-pieds.

Marcher dedans

(Delvau, 1867) : Rencontrer sous son pied un insurgé de Romilly, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Mettre les pieds sur une sentinelle. Marcher dans la merde, suivant un dicton populaire, cela porte bonheur. On dit d’un homme heureux en toutes choses, à qui tout réussit :
— C’est pas possible, il a marché dans la merde.
On dit également :
— Il a écrasé un colombin (Argot du peuple), N.

Marcher dessus

(Rigaud, 1881) : Être sur une bonne piste, — dans le jargon des voleurs.

Marcher sur la chrétienté

(Delvau, 1867) : v. n. N’avoir pas de souliers ou avoir des souliers usés, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Marcher pieds nus, marcher avec des souliers qui menacent à chaque instant de quitter les pieds.

Marcher sur le dernier quartier

(Virmaître, 1894) : User le restant de ses souliers. Par dérision, on dit à un homme dont les souliers boivent l’eau du ruisseau :
— Tes pafs sont pochards.
On dit encore :
— Tu vas t’enrhumer, tes rigodons ont un courant d’air (Argot du peuple). N.

Marcher sur le pied

(Delvau, 1867) : v. n. Chercher querelle à quelqu’un, — une querelle d’Allemand ; saisir le moindre prétexte pour se fâcher, — dans l’argot des bourgeois. N’aimer pas qu’on vous marche sur le pied. Être très chatouilleux, très susceptible.

Marcher sur sa longe

(Rigaud, 1881) : S’obstiner encore à monter sur les planches malgré que l’âge ait sonné depuis longtemps l’heure de la retraite, — en terme de théâtre. — C’est le défaut de beaucoup de grands acteurs.

Marcher tout seul

(Rigaud, 1881) : Être en état de décomposition, en parlant du fromage. Le fromage qui marche seul est habité par une colonie de ces petits vers blancs si vivaces qui sont loin d’effrayer les amateurs. « Tant pis pour eux », disent-ils. — « Apportez-moi du Roquefort », demande un consommateur au garçon d’un gargjot. — « Appelez-le, monsieur, il marche tout seul. » — Le fromage est une source de plaisanteries à l’usage des personnes qui trouvent beaucoup d’esprit aux commis voyageurs.

Marcher, marcher au pas

(Larchey, 1865) : Être contraint à obéir.

Empereur Nicolas, Les Français et les Anglais te feront marcher au pas.

Layale, Ch., 1855.

Marches du palais

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Rides du front, — dans l’argot du peuple.

Marcheuse

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.

(Delvau, 1864) : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.

Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

(Larchey, 1865) : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »

Balzac.

(Larchey, 1865) : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »

Béraud.

Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.

1783, Mercier.

(Delvau, 1867) : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu elle représente ».

(Rigaud, 1881) : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.

(Rigaud, 1881) : Racoleuse d’une maison de tolérance.

Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.

(Paris-Vivant, la Fille, 1858.)

C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.

(Béraud, Les Filles publiquês de Paris, t. II, 1839.)

Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?

(La Rue, 1894) : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.

(Virmaître, 1894) : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.

(Hayard, 1907) : Femme qui fait le trottoir.

Marchfeld

(Rigaud, 1881) : Champ de manœuvre, — dans l’argot de Saint-Cyr.

(Fustier, 1889) : C’est ainsi que les élèves de l’École de Saint-Cyr appellent le champ de manœuvres.

Que les jours d’hiver nous parurent longs, les après-midi sombres pendant lesquels nous épelions le b a ba du métier dans le marchfeld que balayaient âprement les bises.

(Maizeroy : Souvenirs d’un Saint-Cyrien.)

Marchis

(Merlin, 1888) : Corruption de maréchal des logis.

Marco

(Delvau, 1867) : s. f. Petite dame, — dans l’argot des gens de lettres, qui disent cela depuis la pièce de leurs confrères Lambert Thiboust et Barrière, Les Filles de marbre, dont l’héroïne principale s’appelle Marco.

Marcouse

(Rossignol, 1901) : Le teneur du jeu de bonneteau fait, en manipulant les trois cartes, une corne à l’une d’elles pour allécher le joueur, puis il décorne cette carte pour en corner une autre que la gagnante, lorsqu’il sait qu’un des parieurs s’en est aperçu : c’est la marcouse ou cornanche.

(Hayard, 1907) : Carte marquée par le bonneteur.

Mardi

(d’Hautel, 1808) : Mardi s’il fait chaud. Manière de dire à quelqu’un qu’on ne peut pas lui accorder ce qu’elle demande, ou qu’on ne tiendra pas ce qu’on promet.
Mardi-gras. Terme donné au dernier jour du carnaval, parce qu’il est suivi immédiatement du carême, ou l’on doit faire maigre.

Mardi, s’il fait chaud !

(Delvau, 1867) : Les calendes grecques du peuple, qui y renvoie volontiers quand il veut se moquer ou se débarrasser d’un importun. Ce mardi-là et le Dimanche après la grand’messe font partie de la fameuse Semaine des quatre jeudis.

Mare

(Rossignol, 1901) : Avoir assez d’une chose ou d’une femme, c’est en avoir son mare.

Maré

(Rossignol, 1901) : Signifie : tais-toi, laissez-moi, ça suffit. Cela dépend comment ce mot est employé ; avoir assez d’une chose, c’est en être maré.

Je suis maré du jeu, j’ai joué toute la journée. — Je suis maré de t’entendre récriminer. — Tu ne vas pas en dire davantage, je suis maré de tes observations.

Maré !

(Hayard, 1907) : Interjection qui signifie : « Assez ! »

Marécageux (œil)

(Larchey, 1865) : Œil voluptueux, à demi-noyé de langueur.

Mais que tu danses bien la galope, Avec ton œil marécageux.

Chans. populaire.

Marée

(d’Hautel, 1808) : Faire quelque chose malgré vent et marée. Pour dire malgré tous les obstacles, toutes les difficultés qui s’opposent à l’exécution d’une affaire.

Marer

(La Rue, 1894) : Être blasé. Avoir maré, en avoir assez. Marez, assez ! arrêtez !

Margajat

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Petit garçon qui raisonne de tout à tort et à travers, qui fait le hautin, l’important ; qui a peu de savoir et de capacité.
Parler margajat. Parler un langage inusité, barbare et intelligible.

Margauder

(Larchey, 1865) : Décrier la marchandise. — Corruption du mot marchander.

Madame trouve moyen de margauder.

La Correctionnelle.

(Delvau, 1867) : v. n. Dénigrer quelqu’un ; décrier une chose. Argot des bourgeois. Est-ce que ce verbe ne viendrait point de la jacasserie continuelle de la pie, dite margot, qui joue le rôle de commère parmi les oiseaux ? Mais alors il faudrait écrire margoter, ou tout au moins margoder.

Marge

(d’Hautel, 1808) : Avoir de la marge. Avoir du temps devant soi pour conclure une affaire.

Margot

(d’Hautel, 1808) : Nom fort injurieux que l’on donne à une courtisane, à une femme de mauvaise vie ; synonyme de gaupe, putain, raccrocheuse.
Margot la Résolue. Sobriquet insultant que l’on donne à une femme hardie et sans pudeur, dont on entend continuellement le caquet, et qui se mêle de toutes les affaires.

(Delvau, 1867) : s. f. Pie, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qi a jeté son bonnet et sa pueur par-dessus les moulins. On dit aussi Margoton.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, concubine, — dans l’argot des bourgeois. Vivre avec des margots. Vivre avec des filles ; passer le meilleur de son temps à filer le plus imparfait amour aux pieds d’Omphales d’occasion, sans avoir l’excuse du fils d’Alcmène, — qui du moins était un hercule.

(Virmaître, 1894) : Femme de peu.
— Tu n’es qu’une sale Margot.
Pourquoi chercher dans Margot le diminutif de Marguerite ?
Toutes les Marguerites ne sont pas de Bourgogne.
Il y en a qu’on aimerait à effeuiller.
On dit aussi Margoton (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Femme de mœurs légères.

Margot, goton

(Larchey, 1865) : « Nom fort injurieux donné à une courtisane, à une femme de mauvaise vie. » — 1808, d’Hautel. — « Nous le tenons. Nous savons où demeure sa margot. » — E. Sue. — On dit aussi sa jacqueline. (V. ce mot). — Dans son Vieux Cordelier, Camille Desmoulins apostrophe ainsi Hébert : « Le banquier Kocke, chez qui toi et ta Jacqueline vous passez les beaux jours de l’été. »

Margot, Margoton

(Delvau, 1864) : Nom de femme qui est devenu celui de toutes les femmes — devenues filles.

Priape dérogea, Vénus fit la Catin.
Cette contagion infecta les provinces,
Du clerc et du bourgeois passa jusques aux princes.
La plus mauvaise garce eut ses adulateurs,
Et jusqu’à la Margot, tout trouva des fouteurs.

(L’Art priapique.)

Villon sut le premier dans ces siècles grossiers
Débrouiller l’art confus de nos vieux romanciers,
Redonner le mouchoir aux filles de bon ton,
Et laisser la province enfiler Margoton.

(L’Art priapique.)

Nous le tenons : nous savons où demeure sa margot.

Eugène Sue.

J’ai peu d’estime pour l’argot ;
Mais au besoin, je le tolère.
Si je rencontre une margot,
Je la regarde sans colère.

Phil. Dauriac.

Margouillat

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Spahis.

Margouillis

(d’Hautel, 1808) : Gâchis, embarras, désordre, embrouillamini ; ordures, lavure d’écuelles.
Mettre quelqu’un dans le margouillis. Pour dire, dans l’embarras, dans la peine.

(Delvau, 1867) : s. m. Gâchis, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot au propre et au figuré.

Margoulette

(d’Hautel, 1808) : Pour, bouche.
Il feroit tout pour la margoulette. Se dit d’un gourmand à qui on fait faire tout ce que l’on veut, en lui donnant à dîner, en le régalant ; d’un homme : qui met tous ses plaisirs à manger.
Il est venu la margoulette enfarinée. Voyez Gueule.

(Larchey, 1865) : Bouche. — Diminutif de marge. Les lèvres forment la marge du palais. Peut être aussi diminutif corrompu du vieux mot gargoule : bouche.

(Delvau, 1867) : s. f. La bouche, considérée comme avaloir. Rincer la margoulette à quelqu’un. Lui payer à boire.

(Rigaud, 1881) : Visage : — Margoulette de travers, mauvaise mine, mine fatiguée. — Déboiter la margoulette, porter des coups au visage.

(La Rue, 1894) : Visage. La bouche.

(Virmaître, 1894) : La bouche. Il existe en Bourgogne des vases en terre vernissée qui ont un goulot semblable à la bouche. Pour cette raison, on appelle ces vases des goulettes. Mar a tout simplement été ajouté, déformant le mot primitif pour en former un autre qui a le même sens, car les nourrices disent aux enfants :
— Viens que j’embrasse ta petite goulette.
Rincer la margoulette à un ami,
c’est lui payer à boire (Argot du peuple). N.

Margoulin

(Larchey, 1865) : Débitant, dans la langue des commis voyageurs.

Parfois le margoulin est fin matois.

Bourget.

(Delvau, 1867) : s. m. Débitant, — dans l’argot des commis voyageurs.

(Rigaud, 1881) : Petit boutiquier, marchand d’objets de peu de valeur. — Mauvais ouvrier, celui qui n’est pas au courant de son métier, — dans le jargon du peuple.

Tonnerre de Dieu ! me voilà devenu voyageur de commerce : je m’en vais donc voir ces margoulins.

(Monsieur Mayeux, voyageur de commerce, dessin.)

(La Rue, 1894) : Débitant. Mauvais ouvrier.

(Virmaître, 1894) : Débiteur de mauvaises boissons. Marchand de vin qui a une fontaine dans sa cave pour fabriquer le fameux cru de Château la Pompe. Margoulin : méchant ; ouvrier, fainéant, grossier, brutal, qui lève plus souvent le coude qu’un marteau. C’est, dans le peuple, un gros terme de mépris que de dire à un individu :
— Tu n’es qu’un margoulin ! (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Petit patron, petit industriel.

Margoulinage

(Rigaud, 1881) : État, métier du margoulin.

Margouliner

(Rigaud, 1881) : Vendre des marchandises’de peu de valeur, des marchandises défraîchies. — Faire un tout petit commerce en boutique.

Margoulis

(Rigaud, 1881) : Grabuge, gâchis.

Marguerites

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Poils blancs de la barbe, — dans l’argot du peuple, qui a parfois des images aussi poétiques que justes. Il dit aussi Marguerites de cimetière.

Mari malheureux

(Delvau, 1864) : Mari, peut-être cossu, — mais à coup sûr, cocu — sans cédille.

(Delvau, 1867) : s. m. « Le dernier de Paul de Kock », — dans l’argot pudibond des bourgeois.

Mariage

(d’Hautel, 1808) : Faire un mariage. Mêler chacun le peu d’argent qu’on a ; en composer une petite somme pour se divertir. En terme d’imprimerie, c’est boire bouteille, avant de se mettre en train à l’ouvrage, avec le compagnon que l’on s’est choisi.
Un mariage de Jean de vignes. Un concubinagę, que l’on appelle plus communément, mariage à la détrempe. Voyez ce mot.

(Delvau, 1864) : Collage légitime de l’homme et de la femme, qui a le vit pour trait d’union, plus les enfants qui peuvent résulter dudit collage. Selon Balzac :

Le mariage est une association de mauvaise humeur, pendant le jour, et de mauvaise odeur pendant la nuit.

(Rigaud, 1881) : Corde de justice, corde à étrangler, — dans le jargon des cordiers des XVIIe et XVIIIe siècles. C’est cette corde que l’exécuteur des hautes-œuvres appelait « tourtouse ». — Tourtouse par extension si gnifiait encore gibet, potence. (Hurtaut, Dict. des homonymes, 1775.)

Mariage à la détrempe

(Delvau, 1867) : s. m. Union morganatique, — dans l’argot des ouvriers. « Nos bons amis nos ennemis » ont une expression de la même famille : Wife in water colours (femme à l’aquarelle, en détrempe), disent-ils à propos d’une concubine.

(Virmaître, 1894) : Mariage à la colle. Quand elle est trop détrempée, le papier ne tient pas. Autrefois, avant l’annexion de la banlieue à Paris, on disait :
— Ils sont mariés au treizième arrondissement.
Parce qu’il n’y en avait que douze.
Aujourd’hui on dit au vingt et unième, parce qu’il n’y en a que vingt (Argot du peuple). N.

Mariage de garnison

(Fustier, 1889) : Liaison qu’un militaire en garnison contracte avec une femme et qui n’a pas d’autre durée que celle du séjour dans la garnison.

Mariage en détrempe

(Rigaud, 1881) : Concubinage, mariage pour rire. — La variante est : Mariage à la parisienne.

Marianne

(Delvau, 1867) : s. f. La République, — dans l’argot des démocrates avancés. Avoir la Marianne dans l’œil. Clignoter des yeux sous l’influence de l’ivresse.

(Rigaud, 1881) : Prénom de la vraie République des faubourgs, la République coiffée du bonnet phrygien, la République aux « puissantes mamelles » chantée par Barbier.

C’est la Marianne qui a pris possession de l’Elysée et de nos administrations, et c’est la Marianne qu’adoptent en ce moment toutes nos municipalités.

(Petite République Franc. 24 fév. 1880.)

Ce prénom, si commun chez les femmes du Midi, lui a été donné d’abord dans le Midi comme un hommage et un souvenir, puis adopté par toute la France.

Mariase

(Bras-de-Fer, 1829) : Vaurien.

Marida

(Rossignol, 1901) : Mariée.

Marie

(d’Hautel, 1808) : Nom de femme auquel on ajoute souvent une épithète injurieuse.
Marie chiffon. Se dit d’une femme ou d’une fille, qui se mêle de tout ce qui ne la regarde pas ; qui fait des caquets.
Marie grognon. Se dit d’une femme ou d’une fille qui a l’humeur inégale ; qui est toujours à bouder, à grimauder.
Marie quatre langues. Bavarde, caqueteuses, mauvaise langue.
Marie bon bec. Babillarde ; commère hardie et éveillée.
Marie à la coque. Voyez Coque.
Marie mouvette. Petite fille turbulente, d’une pétulance extraordinaire, qui est toujours en mouvement.

Marie Jordonne

(Rigaud, 1881) : Petite fille qui, à l’école, aime à commander ses camarades.

Marie salope

(Rigaud, 1881) : Femme sale et sale femme, par allusion aux bateaux dragueurs appelés des maries-salopes.

Marie-bon-bec

(Delvau, 1867) : s. f. Femme bavarde, « un peu trop forte en gueule », — dans l’argot du peuple.

Marie-couche-toi-là

(Delvau, 1867) : s. f. Femme facile, — trop facile.

(Virmaître, 1894) : Femme qui se met sur le dos pour un oui ou un non. Rôdeuse de caserne (Argot des troupiers). N.

Marie-mange-mon-prêt

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Maîtresse du soldat.

Marie-pique-rempart

(Virmaître, 1894) : Femme qui rôde la nuit sur les remparts, aux environs des postes de soldats. On devine ce qu’elle cherche : un gîte et un restant de soupe. Huit ou dix jours plus tard, le troupier sait ce qu’elle a apporté (Argot des troupiers). N.

Marie-sac-au-dos

(Virmaître, 1894) : Femme toujours prête. Allusion aux troupiers qui, quand le quartier est consigné en vue d’un événement quelconque, campent dans la cour de la caserne sac au dos, prêts à partir (Argot des troupiers). V. Rempardeuses. N.

Marie-salope

(Delvau, 1867) : s. f. Femme de mauvaise vie.

(Delvau, 1867) : s. f. Bateau dragueur, — dans l’argot des mariniers de la Seine.

Marie—je-m’embête (faire sa)

(Fustier, 1889) : Faire, des façons ; se faire prier.

Ah çà ! voyons ! quand tu resteras là à faire ta Marie-je-m’embête ! Ça n’avancera à rien ! Venez-vous oui ou non ?

(Huysmans : Sœurs Vatard.)

Marier

(d’Hautel, 1808) : Vous serez mariée cette année. Se dit par plaisanterie en versant la fin d’une bouteille à une demoiselle.

Marier Justine

(Delvau, 1867) : Précipiter un dénouement, arriver vite au but, — dans l’argot des coulisses. Cette expression date de la première représentation d’un vaudeville des Variétés, Thibaut et Justine, joué sous la direction de Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public s’impatiente, il est sur le point de siffler. L’auteur ne mariait Justine qu’à la dernière scène, encore bien éloignée. « Il faut marier Justine tout de suite », s’écria le régisseur », pour sauver la pièce. Et l’on cria des coulisses aux acteurs en scène : « Mariez Justine tout de suite ! » Et l’on maria Justine, et la pièce fut sauvée, — et l’argot théâtral s’enrichit d’une expression.

Marin d’eau douce

(Delvau, 1867) : s. m. Canotier de la Seine, — dans l’argot du peuple.

Marine

(Fustier, 1889) : Argot des lycéens. Est marine dans leur jargon, le camarade qui se prépare à l’école navale.

Marine (la)

(Rigaud, 1881) : Première carte à prendre au talon, — dans le jargon des joueurs de bezigue. Je prends pour voir la marine.

Maringotte

(Rigaud, 1881) : Grande voiture de saltimbanque, sorte de maison roulante où naît et meurt le saltimbanque, où il fait la cuisine et l’amour.

(La Rue, 1894) : Voiture de saltimbanque.

Mariol

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Malin

Mariol, Mariolle

(Rigaud, 1881) : Coquin rusé, malin. C’est une variante de marlou.

Mariole

(Virmaître, 1894) : Malin, rusé, roublard. On est mariole ou on le fait. Dans les ateliers, un mariole passe pour un phénix. Mariole doit être pris ici comme synonyme de marlou.
— Tu n’as pas coupé la patte à coco, tu n’es pas si mariole que ça, on pourrait bien te river ton clou.
Il existe une chanson qui dit :

Tant qu’il y aura des pantes.
Les marioles boulotteront.

(Argot du peuple et des souteneurs). N.

(Rossignol, 1901) : Malin, roublard.

Mariole, Mariol ou Mariaule

(Boutmy, 1883) : adj. Qui est tout à fait malin, difficile à tromper ; se dit encore d’un ouvrier très capable.

Mariolisme

(Boutmy, 1883) : s. m. Qualité de celui qui est mariole ou ce qu’il fait. Rare.

Mariolle

(Delvau, 1867) : s. m. Homme adroit, rusé, plus habile que délicat, et même un peu voleur, — dans l’argot des souteneurs. J’ai entendu cette phrase : « Tant qu’il y aura des pantes, les mariolles boulotteront. »

(Delvau, 1867) : s. et adj. Malin, ingénieux, rusé, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Malin, rusé.

(Hayard, 1907) : Malin, roublard.

Mariolle (faire le)

(Merlin, 1888) : Poser pour le torse ; ne pas frayer avec les camarades.

Marionnette

(Delvau, 1867) : s. f. Soldat, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Soldat. (Fr. Michel.)

Marionnettes

(d’Hautel, 1808) : On lui fera danser les marionnettes. Pour, on lui apprendra à vivre ; on le mettra dans un droit chemin.
C’est une véritable marionnette. Se dit d’un homme léger ; d’un farceur ; d’un mauvais bouffon.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d’une bastringueuse du nom de Maria, qui florissait en l’an de grâce 1839 à la Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte du nom de Clara disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage. Les partisans de cette dernière s’appelaient Clarinettes.

Maritorne

(d’Hautel, 1808) : Une grosse maritorne. Une femme qui a beaucoup d’embonpoint ; qui est mal bâtie, et d’une humeur désagréable.

Marjolet

(d’Hautel, 1808) : Céladon, sot, ignorant, qui fait l’entendu dans tout ; poule mouillée, qui n’a de l’homme que le nom.

Markouse

(Virmaître, 1894) : Carte marquée visiblement par le bonneteur. Mais aussitôt qu’elle a été vue par la dupe, elle est démarquée. Il la devine, mais ce n’est plus la même (Argot des camelots).

Marle

(Rossignol, 1901) : Malin.

Marlou

(Clémens, 1840) : Adroit.

(un détenu, 1846) : Individu impropre a rien, un fainéant et un voleur adroit, fin, rusé, malin.

(Delvau, 1864) : Variété de maquereau, d’homme sans préjugés, qui non-seulement consent à recevoir de l’argent des filles galantes, mais encore en exige d’elles le poing sur la gorge et le pied dans le cul.

La plus sublime de ces positions, c’est celle du marlou.

Frédéric Soulié.

C’est des marlous, n’y prends pas garde.

H. Monnier.

(Larchey, 1865) : Souteneur. — Corruption du vieux mot marlier : sacristain. — Les souteneurs étaient de même appelés sacristains au dix-huitième siècle. On en trouve plus d’une preuve dans Rétif de la Bretonne.

Un marlou, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant la chahu et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers éminents…

Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8.

Par extension, on appelle marlou tout homme peu délicat avec les femmes, et même tout homme qui a mauvais genre.

Cadol.

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens. Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des marguilliers ? Puisqu’il lui fallait absolument une étymologie, que ne l’a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais ! Mar (gâter) love (amour) ; les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n’est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français marcou.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.

(Rigaud, 1881) : Mauvais drôle, malin. — Souteneur de filles, — dans l’ancien jargon du peuple.

(La Rue, 1894) : Souteneur. Filou. Malin, rusé. Front.

(Virmaître, 1894) : Individu qui vit de la prostitution des femmes. Marlou vient du vieux mot marlier, avec un changement de finale (Argot des filles).

(Rossignol, 1901) : Malin. Un souteneur c’est aussi un marlou.

(Hayard, 1907) : Souteneur.

Marlou à la mie de pain

(Virmaître, 1894) : Marlou qui ne sait pas faire travailler sa marmite ou qui en a une récalcitrante. Je lis dans les Lamentations d’un souteneur :

Quoi ? C’est éteint… tu r’buttes au flanche.
Y’a pu de trottinage à la clé.
Des dattes pour que tu fass’la planche,
L’anse de la marmite est cassée. (Argot des souteneurs). N.

Marloupin

(Virmaître, 1894) : Jeune marlou qui fait son apprentissage dans les bals publics. On dit aussi goussepin : petit vagabond dont la première étape est la petite Roquette et la dernière souvent, la grande. Goussepin gouspiné : voler (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Jeune marlou.

Marlouserie

(Delvau, 1867) : s. f. Profession de Marlou. Se dit aussi pour Habileté.

Marlousier

(anon., 1827) : Maquereau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Maquereau.

(Halbert, 1849) : Maq…., souteneur de fille de joie.

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti marlou.

(Virmaître, 1894) : Malin, rusé, diminutif de marlou (Argot des souteneurs).

Marlousserie

(un détenu, 1846) : Fainéantise, paresse, vivotage, volerie.

Marmaille

(d’Hautel, 1808) : Troupe, rassemblement petits enfans ; petits polissons qui font des espiègleries, des niches aux passans dans les rues.

(Delvau, 1867) : s. f. Troupe, nichée d’enfants, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Marmaillerie.

Marmelade

(d’Hautel, 1808) : Avoir le derrière en marmelade. Pour avoir les fesses meurtries ; comme il arrive quand on va à cheval, sans en avoir l’habitude, ou que l’on voyage dans une mauvaise voiture, qui cahote continuellement.
On dit aussi d’une chose quelconque qu’elle est en marmelade, pour dire qu’elle est écachée, brisée en morceaux.

Marmier

(Rigaud, 1881) : Berger, — dans l’ancien argot.

Marmite

(d’Hautel, 1808) : Il a le nez fait en pied de marmite. Se dit d’un homme qui a le nez large et épaté.
Un écumeur de marmite. Pour dire, un parasite ; un piqueur d’assiette.
La marmite est bonne dans cette maison. Pour dire, qu’on y fait bonne chère.
La marmite est renversée. Signifie que l’on n’a plus son couvert dans une maison.
On dit aussi qu’Une chose fait bouillir la marmite, ou sert à faire bouillir la marmite, quand elle fournit à l’entretien de la maison.

(Delvau, 1864) : Putain, — la femelle naturelle du maquereau, à qui elle fournit de quoi manger, boire et rigoler avec ou sans elle.

Tu es un crâne fouteur… et… si tu y consens, ce n’est pas toi qui me donneras de la braise, c’est moi qui serai ta marmite.

Lemercier de Neuville.

(Larchey, 1865) : Fille publique nourrissant un souteneur. — Allusion facile à saisir.

Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage.

Canler.

Marmite de terre : Prostituée ne gagnant pas d’argent à son souteneur. — La Marmite de fer gagne un peu plus. — La Marmite de Cuivre rapporte beaucoup. — (Dict. d’argot, 1844.)

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des souteneurs, qui n’éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles. Marmite de cuivre. Femme qui gagne — et rapporte beaucoup. Marmite de fer. Femme qui rapporte un peu moins. Marmite de terre. Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.

(Rigaud, 1881) : Maîtresse d’un souteneur. Elle fait bouillir la marmite.

(Rigaud, 1881) : C’est ainsi que les dragons appellent leurs casques. — Je récure la marmite pour la revue de demain.

(Merlin, 1888) : Cuirasse.

(La Rue, 1894) : La femme du souteneur. Marmite de terre, qui rapporte peu ; marmite de fer, qui rapporte davantage, marmite de cuivre, qui rapporte beaucoup.

(Virmaître, 1894) : D’après M. Lorédan Larchey, c’est une fille publique nourrissant son souteneur. Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage, dit Canler. La marmite de terre est une prostituée qui ne gagne pas de pognon à son souteneur. La marmite de fer commence à être cotée ; elle gagne un peu de galette. La marmite de cuivre, suivant Halbert, c’est une mine d’or. Marmite, d’après Pierre, est une femme qui n’abandonne pas son mari ou son amant en prison et lui porte des secours. Le peuple qui ne cherche ni si haut ni si loin, considère tout tranquillement la femme comme une marmite. Quand elle trompe son mari avec son consentement, elle fait bouillir la marmite. Quand elle fait la noce pour son compte, qu’elle ne rapporte pas, il y a un crêpe sur la marmite (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Fille publique qui nourrit son male et souvent toute sa famille.

(Hayard, 1907) : Prostituée qui a un souteneur.

Marmite à Domange

(Rigaud, 1881) : Voiture de vidange.

Marmite anarchiste

(Virmaître, 1894) : Comme la précédente, celle-là ne rapporte pas ; elle fait sauter — pas les écus, mais les maisons. C’est une marmite qui n’est guère en faveur, car elle fait perdre la tête (Argot du peuple). N.

Marmite de cuivre

(Halbert, 1849) : Prostituée qui rapporte beaucoup.

Marmite de fer

(Halbert, 1849) : Prostituée qui rapporte peu.

Marmite de terre

(Halbert, 1849) : Prostituée qui ne gagne pas d’argent à son souteneur.

Marmite est renversée (la)

(Rigaud, 1881) : Locution dont se servent les bourgeois de Paris qui vont faire un petit extra au restaurant, ou qui, ayant donné congé à leurs bonnes, sont forcés de dîner au restaurant, ou qui contremandent un dîner.

Marmiteux

(d’Hautel, 1808) : Pour, taciturne, triste, piteux de mauvaise humeur, qui est mal dans ses affaires.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Piteux, ennuyé, malade, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Souffrant, pleurnicheur. L’épithète de « marmiteux » a été accolée au nom d’un de nos hommes politiques, ancien ministre, sénateur, académicien, orateur disert, mais larmoyant.

(Virmaître, 1894) : Homme qui a sans cesse la larme à l’œil. Corruption par extension du mot miteux (qui a la cire aux yeux) (Argot du peuple). N.

Marmiton

(d’Hautel, 1808) : Nom méprisant que l’on donne indistinctement aux gens de cuisine ; mais plus ordinairement à celui qui y est chargé des plus bas détails.

Marmiton de Domange

(Rigaud, 1881) : Vidangeur.

(Virmaître, 1894) : Vidangeur. On dit aussi : marmiton de Richer (Argot du peuple).

Marmiton de M. Domange

(Delvau, 1867) : s. m. Vidangeur, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent guère qu’ils ne font que répéter une expression du XVIe siècle : « Marmiton de la gadouarde », lit-on dans les Après-disnées du seigneur de Cholières. Cela ne vaut pas, comme délicatesse ironique, le goldfinder des Anglais. »

Marmonner

(d’Hautel, 1808) : Murmurer sourdement entre ses dents. Le peuple dit, par corruption, marronner.

(Delvau, 1867) : v. a. Parler entre les dents d’un air fâché ; murmurer, gronder, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Marmotter.

Marmot

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, qui se dit d’un petit garçon qui fait l’important, qui fait l’entendu dans les choses qu’il ne connoît pas.
Croquer le marmot. Attendre avec impatience ; s’ennuyer ; trouver le temps long ; ne rien faire de ses dix doigts.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif. Croquer le marmot. Attendre en vain.

Marmot (choquer le)

(La Rue, 1894) : Ne pas voir arriver ce qu’on attend.

Marmotier

(Rigaud, 1881) : Petit Savoyard. Allusion aux marmottes que montrent ces jeunes galopins lorsque le ramonage des cheminées a dit son dernier mot.

Marmotte

(Delvau, 1864) : Le con, — qui ne dort jamais. — Allusion au poil d’une motte bien garnie.

Un soir, ma sœur me dit : Si nous étions dans le même lit, tu pourrais faire entrer ta petite broquette qui est toujours raide dans la bouche de ma petite marmotte que tu aimes tant.

(Anti-Justine)

(Delvau, 1867) : s. f. Boîte ou carton d’échantillons, — dans l’argot des commis-voyageurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.

(Rigaud, 1881) : Femme, — dans le jargon des souteneurs ; par altération de marmite.

(Rigaud, 1881) : Boîte de placier. Boîte où les commis voyageurs mettent les échantillons.

(Virmaître, 1894) : Madras que les marchandes portent encore sur la tête en guise de coiffure. Marmotte : diminutif de marmite.
— Tu n’es qu’une sale marmotte (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Femme qui se prostitue.

Marmotter

(d’Hautel, 1808) : Parler entre ses dents ; murmurer sourdement.

Marmottier

(Delvau, 1867) : s. m. Savoyard, — dans l’argot des faubouriens.

Marmouse

(Halbert, 1849) : Barbe.

(Delvau, 1867) : s. f. Barbe, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Barbe, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Barbe.

Marmouser

(Delvau, 1867) : v. n. Bruire, comme l’eau qui bout, — dans l’argot du peuple.

Marmouset

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; morveux, sot, niais ; homme mal fait et de petite taille.
C’est aujourd’hui fête, les marmousets sont aux fenêtres. Se dit en plaisantant, quand on voit à la fenêtre des gens que l’on méprise.

(Halbert, 1849) : Pot ou marmite.

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, homme de mine chétive.

(Delvau, 1867) : s. m. Pot-au-feu, — dans l’argot des voleurs, par allusion au marmousement du bouillon. Le marmouset riffode. Le pot bout.

(Virmaître, 1894) : Le pot au feu.
— Amène ta morue ce soir, nous boulotterons, mince de bidoche dans le marmouset.
Allusion au bruit que fait l’eau en bouillant : elle marmouse (Argot des voleurs).

Marmouset, Marmyon. Marmite

(Rigaud, 1881) : Pot au feu.

Marner

(un détenu, 1846) : Travailler.

(Larchey, 1865) : Voler.

Il y a des cabrioleuses très habiles qui, feignant une erreur, s’élancent dans les bras du voyageur qu’elles veulent marner : « C’est toi, mon loulou, s’écrient-elles, viens donc que je t’embrasse ! » On prétend que ces donneuses de bonjour sont rarement mises à la porte par le provincial, affriolé par des caresses de haut goût.

Alb. Monnier.

Du vieux mot Marronner : pirater.

(Delvau, 1867) : v. a. Voler, — dans l’argot des revendeuses du Temple.

(Delvau, 1867) : v. n. Travailler avec ardeur, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Travailler, — dans le jargon des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Travailler. Voler. Racoler les hommes au bord des rivières.

(Virmaître, 1894) : Signifie travailler. Les voleurs disent également marner pour voler, puisque voler est pour eux travailler. Marner est une variété du vol à l’embrassade, à l’exception toutefois qu’il est généralement pratiqué par des femmes (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Travailler.

(Hayard, 1907) : Travailler.

Marner, Faire la marne

(Rigaud, 1881) : Exercer la prostitution le long d’une berge, tout le long, le long de la rivière.

Marneur

(Rigaud, 1881) : Travailleur, ouvrier. Les pauvres marneurs s’échinent pour le patron, à ce qu’ils disent souvent.

Marneuse

(Rigaud, 1881) : Prostituée qui guette sa proie au bord de l’eau, et qui, dans le feu de la conversation, saura lui voler son argent. La marneuse a les allures et le langage d’une domestique dans le malheur.

Marneuses

(Virmaître, 1894) : Filles publiques qui travaillent au bord des rivières. On dit aussi : poniffes et magneuses. Cette dernière expression indique une spécialité (Argot des souteneurs).

Marnière

(Rossignol, 1901) : Fille qui vit de la Prostitution sur les bords de la Marne.

Marnois

(Virmaître, 1894) : Souliers énormes. Synonyme de péniche (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Souliers.

Maron

(anon., 1827) : Du sel.

(Bras-de-Fer, 1829) : Du sel.

(M.D., 1844) : Être arrêté avec preuve.

(Halbert, 1849) : Sel.

Maron mâl

(M.D., 1844) : Pris en flagrand délit.

Maronner

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pester, être vexé.

Maroquin

(d’Hautel, 1808) : Terme d’injure et de mépris, pour dire, un homme de bas alois, d’une condition très obscure.
On dit, et menaçant quelqu’un, qu’on lui donnera sur son maroquin, pour dire, sur sa peau.
C’est un plaisant maroquin.
Pour dire, un drôle, un original, un bouffon.

Marotte

(Delvau, 1867) : s. f. Caprice, entêtement, manie, — dans l’argot des bourgeois.

Marotte (avoir une)

(Virmaître, 1894) : Idée fixe qui varie suivant les tempéraments. Tous les collectionneurs sont des gens à marotte. Marotte est synonyme de dada. Marotte signifie également chanter.
— À toi, la Saucisse, c’est ton tour de marotte (Argot des voleurs). N.

Marottier

(Larchey, 1865) : Marchand ambulant.

(Delvau, 1867) : s. m. Bimbelottier, camelotteur, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Marchand ambulant.

(La Rue, 1894) : Marchand ambulant.

Marouffle

(d’Hautel, 1808) : Terme d’injure, qui équivaut à fripon, vaurien, gueux, homme de débauche et de mauvaise vie.

Marpau

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Amant d’une fille publique.

(La Rue, 1894) : Maître. Homme.

Marpaud

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne, à Paris, aux hommes qui fréquentent les mauvais lieux ; il signifie aussi niais, sot, nigaud, badaud.

Marpaut

(anon., 1827) : Maître, homme.

(Bras-de-Fer, 1829) : Homme, maître.

(Halbert, 1849) : Maître, homme.

Marquant

(anon., 1827) : Homme.

(Bras-de-Fer, 1829) : Homme.

(Halbert, 1849) : Homme, souteneur.

(Delvau, 1867) : s. m. Maître, chef, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Maître. — Ivrogne. — Souteneur, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Maître. Ivrogne. Souteneur.

Marquant (être)

(M.D., 1844) : Annoncer de l’aisance.

Marque

(d’Hautel, 1808) : Marque de cela. Pour preuve de cela.
Faire porter de ses marques à quelqu’un. Le maltraiter, lui donner des coups, dont il reste marqué.

(anon., 1827) : Fille.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fille.

(Halbert, 1849) : Fille.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme, — dans le même argot [des voleurs]. Marque de cé. Femme légitime d’un voleur. Marque franche. Concubine.

(Rigaud, 1881) : Fille publique.

(Fustier, 1889) : Femme qui a deux cordes à son arc : la prostitution et le vol.

(La Rue, 1894) : Fille publique. Marque de cé, marquecé, femme légitime du voleur. Marque franche, maîtresse du voleur.

Marqué

(Clémens, 1840) : Mois.

(un détenu, 1846) : Mois.

(Delvau, 1867) : s. m. Mois, — dans le même argot [des voleurs]. Quart de marqué. Semaine.

(Virmaître, 1894) : Être ridé comme une vieille pomme (Argot du peuple).

Marqué (être)

(Delvau, 1867) : S’être battu et avoir l’œil poché. Argot des faubouriens.

Marqué (il est)

(Virmaître, 1894) : Être gravé par la petite vérole (Argot du peuple). V. Poêle à marrons.

Marqué (quart de)

(Rigaud, 1881) : Semaine.

Marqué à la fesse

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme méticuleux, maniaque, ennuyeux, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Homme maniaque, méticuleux, ennuyeux. (A. Delvau)

Marqué au B

(Delvau, 1867) : adj. Borgne ou bossu, ou bigle, ou boiteux, ou bavard, — dans l’argot du peuple.

Marqué au B.

(Rigaud, 1881) : Bigle ; borgne ; boiteux ; bossu, ou bancal. L’expression était courante au XVIIIe siècle ; elle n’a pas cessé d’être populaire.

Marque de cé

(Virmaître, 1894) : Femme légitime de voleur. Femme d’argent (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Femme de voleur.

Marque de cé, Marquecé

(Rigaud, 1881) : Femme légitime d’un voleur.

Marque de la vaisselle

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — avec lequel nous poinçonnons à notre chiffre le vagin des femmes, qui cependant n’a pas besoin de cela pour être trouvé de bon aloi et pour circuler de main en main.

Marque franche, Marquise

(Rigaud, 1881) : Maîtresse d’un voleur ; par abréviation de remarque. La maîtresse, comme la femme légitime du voleur la marquecé, est ordinairement employée à un travail d’observation ; elle remarque, d’où les mots marquecé et marque franche. M. Francisque Michel fait venir marque de l’ancien espagnol marca, marquida et marquisa, femme publique. Les voleurs ne vont pas chercher aussi loin des étymologies. Marquise, la marquise, est un sobriquet très fréquemment donné à celles des filles de maison qui sont un peu moins communes d’allures et de langage ue leurs compagnes. Beaucoup e voleurs ont pour maîtresses des filles de cette catégorie.

Marque ou Marquet

(Rossignol, 1901) : Mois. Un individu condamné à trois mois de prison est condamné à trois marques ou marquets.

Marqué ou marquets

(Virmaître, 1894) : Mois (Argot des voleurs).

Marque-mal

(Rigaud, 1881) : Receveur de feuilles à la machine, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. m. Margeur, ou plutôt receveur de feuilles à la machine.

(Fustier, 1889) : Individu contrefait. — Variété de souteneur.

(Virmaître, 1894) : Se dit de quelqu’un qui a un vilain aspect (Argot du peuple).

Marque, Marqué

(Rigaud, 1881) : Mois.

Elle tire six marques à Saint-Lazare.

(Canler.)

Marque, marquet

(La Rue, 1894) : Mois. Quart de marquet, semaine.

Marquer

(d’Hautel, 1808) : Marquez cette chasse. Pour, souvenez-vous de cette action, je m’en vengerai.

(M.D., 1844) : Avoir l’air riche.

Marquer (bien)

(Rigaud, 1881) : Être bel homme. — Avoir belle prestance, avoir une physionomie qui prévient en votre faveur. — Marquer mal, avoir mauvaise mine, mauvaise façon.

Marquer (ne plus)

(Delvau, 1867) : v. n. Vieillir, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Être vieux.

(Virmaître, 1894) : Femme qui n’a plus d’échéance à chaque fin de mois (Argot du peuple).

Marquer à la fourchette

(Virmaître, 1894) : Marchand de vin qui majore ses notes. Allusion aux quatre dents de la fourchette ; il fait quatre raies à la fois (Argot du peuple).

Marquer avec une fourchette

(Delvau, 1867) : v. a. Exagérer le compte d’un débiteur, en marquant 4 quand il a dépensé 1, — ainsi qu’il arrive à beaucoup de cafetiers, de restaurateurs, de tailleurs, pour se rattraper sur une bonne paye, distraite, des pertes qu’ils ont subies avec une mauvaise, plus distraite encore.

Marquer le coup

(Delvau, 1867) : v. a. Trinquer, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : v. a. Toucher légèrement son adversaire, — dans l’argot des professeurs d’escrime, boxe, etc.

(Rigaud, 1881) : Trinquer.

Marquer les points

(Rigaud, 1881) : Être troisième dans une partie qui devait être carrée. Assister aux épanchements de deux cœurs amoureux.

Marquer son linge

(Delvau, 1867) : v. a. Embrener sa chemise ou sa culotte. Argot du peuple.

Marquet

(Hayard, 1907) : Mois.

Marquet (un)

(M.D., 1844) : Un mois.

Marqueur

(Larchey, 1865) : « On appelle marqueur, dans le langage des estaminets de Paris, l’individu chargé de faire la partie des habitués, quand ces derniers manquent de partenaires. La plupart donnent des leçons au cachet. » — Montépin. — Appelés ainsi parce qu’ils se chargent de marquer les points.

Marquin

(anon., 1827) : Couvre-chef.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chapeau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Couvre-chef.

(Halbert, 1849) : Couvre-chef.

(Rigaud, 1881) : Casquette ; chapeau mou.

Marquis

(d’Hautel, 1808) : C’est un marquis de Carabas. C’est-à-dire, un Gascon qui vante les titres, les terres et les châteaux qu’il ne possède pas.

Marquis d’Argentcourt

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui rendrait des points à Job, mais ne pourrait lui rendre que cela, — n’ayant absolument rien autre. On dit aussi Marquis de la bourse plate.

Marquis de la bourse plate

(Rigaud, 1881) : Faiseur d’embarras sans le sou, pauvre diable qui cache sa misère.

(Virmaître, 1894) : Homme absolument sans le sou (Argot du peuple). V. Les toiles se touchent.

Marquis de la braguette

(Merlin, 1888) : Le maître tailleur.

Marquis de la croupière ou du culeron

(Merlin, 1888) : Le maître sellier.

Marquis du tire-pied

(Merlin, 1888) : Le maître bottier.

Marquise

(anon., 1827) : Femme.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Femme.

(Bras-de-Fer, 1829) : Femme.

(Halbert, 1849) : Femme.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois, — comme le saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Breuvage composé de vin blanc, de sucre, de citron et d’eau de seltz. (L. Larchey)

(La Rue, 1894) : Maîtresse. Saladier de vin blanc.

Marraine

(Delvau, 1867) : s. f. Témoin femelle, dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Témoin femelle (Argot des voleurs).

Marré

(Virmaître, 1894) : En avoir assez, s’ennuyer d’être en prison.
— Je vais me marrer pendant cinq berges (Argot des voleurs).

Marri

(d’Hautel, 1808) : Il y a plus de marris que de contens. Signifie qu’il y a plus de gens qui se plaignent, qu’il n’y en a qui se disent heureux.

Marron

(d’Hautel, 1808) : Au propre, espèce de grosse châtaigne ; au figuré, terme d’imprimerie, libelle, ouvrage fait clandestinement, sans permission.
On a fait de ce mot, le substantif marronneur, ouvrier qui fait des marrons ; et le verbe marronner, imprimer, vendre ou colporter des marrons.
Se servir de la pate du chat pour tirer les marrons du feu. Se servir de quelqu’un pour faire une chose que l’on n’ose hasarder soi-même.

(Clémens, 1840) : Pris, arrêté, reconnu.

(un détenu, 1846) : Individu pris sur le fait.

(Halbert, 1849) : Surpris.

(Larchey, 1865) : En flagrant délit de vol ou de crime. — Du vieux mot marronner : faire le métier de pirate, de corsaire. V. Roquefort. — Marron serait en ce cas une abréviation du participe marronnant. — Paumer marron, Servir marron : Prendre sur le fait. — V. Servir, Estourbir.

J’ai été paumé marron.

La Correctionnelle.

(Delvau, 1867) : s. m. Rapport, procès-verbal des chefs de ronde, — dans l’argot des soldats.

(Delvau, 1867) : s. m. Livre imprimé clandestinement, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Celui qui exerce illicitement un métier. — Paumer, servir marron, prendre en flagrant délit de vol. — Marron sur le tas, pris en flagrant délit de vol. Marron est une déformation de marry, ancien mot qui veut dire contrit.

(Rigaud, 1881) : Brochure imprimée clandestinement. — Procès-verbal des chefs de ronde. (A. Delvau)

(Rigaud, 1881) : Contusion, coup et principalement coup qui marque le visage ; par allusion à la couleur qu’arbore la partie contusionnée. — Coller des marrons, attraper des marrons. La variante est : châtaigne qu’on prononce châtaigne.

(Boutmy, 1883) : s. m. Ouvrier compositeur travaillant pour son propre compte chez un maître imprimeur, qui lui fournit le matériel et auquel il paye tant pour cent sur les étoffes.

(La Rue, 1894) : Livre imprimé clandestinement. Rapport des chefs de ronde. Coup au visage. Homme qui exerce illicitement un métier. Paumé marron, pris en flagrant délit de vol.

(Virmaître, 1894) : Livre imprimé clandestinement (Argot d’imprimerie).

(Rossignol, 1901) : Recevoir un coup de poing, c’est recevoir un marron.

(Hayard, 1907) : Livre imprimé clandestinement.

Marron (être)

(Delvau, 1867) : Être la victime de quelque chose, être la dupe de quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Être servi ou paumé marron. Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits, — dans l’argot des voleurs.
Je ne crois pas qu’il faille, à propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de Bertrand et Raton, comme l’a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde pas à comprendre qu’il faut chercher ailleurs l’origine de cette expression. Le verbe marronner, que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu’il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce verte est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment ? Voilà ce qu’il aurait fallu rechercher et dire, car s’il est antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu’il ait donné naissance à Être marron. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il, qu’on appelle nègre marron un nègre fugitif, — qu’on reprend toujours. Que fe lecteur daigne conclure.

Marron (pris)

(Rossignol, 1901) : Un individu pris en flagrant délit de vol est pris marron sur le tas.

Marron sculpté

(Delvau, 1867) : s. m. Tête grotesque, personnage ridicule, — dans l’argot du peuple, qui a fait allusion à ces fantaisies découpées dans les marrons d’Inde, à la mode il y a une vingtaine d’années. On dit aussi Pomme de canne.

(Rigaud, 1881) : Tête grotesque rappelant celles qu’on sculpte dans des marrons. (L. Larchey)

(La Rue, 1894) : Figure laide ou ridicule.

Marron-male

(Halbert, 1849) : Le vol sur soi.

Marroniste

(Rigaud, 1881) : Marchand de marrons.

Le marroniste lui-même, s’est logé chez le marchand de vin.

(Balzac, Paris et les Parisiens.)

Marronner

(Larchey, 1865) : Bouder, murmurer. — C’est, selon d’Hautel, une corruption du mot marmonner : marmotter.

J’peux pas voir ça, moi ! je marronne tout haut.

Cognard, 1831.

(Delvau, 1867) : v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur, — dans l’argot du peuple. Faire marronner quelqu’un. Le faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison ne le permettent. Signifie aussi Faire enrager, taquiner.

(Rossignol, 1901) : Mécontent, de mauvaise humeur.

Marronner un grinchissage

(Virmaître, 1894) : Cette expression n’est pas juste, car marronner veut dire en vieux français pirate, et, en même temps, bouder, murmurer entre ses dents. Les voleurs l’emploient pour dire qu’ils ont manqué un vol (Argot des voleurs). N.

Marronner une affaire

(Delvau, 1867) : v. a. Manquer un vol par maladresse, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Manquer un vol par maladresse.

Marrons

(Delvau, 1864) : Les testicules.

Tire de sa poche une longue ficelle, lui lie les deux marrons que vous savez.

(Nouvelles de Grassini.)

Dam’ Putiphar, sans médire,
Les aimait, je crois, assez ;
Pourtant Joseph, an doit l’dire,
N’avait que des marrons glacés.
Marrons, marrons,
Bien pleins et bien ronds,
Tout le monde en voudra,
Ils brûl’nt, ces gros-là !

Alphonse.

(Rigaud, 1881) : Crottins ; par allusion de forme, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

Marseillaise

(Larchey, 1865) : Pipe courte et poreuse fabriquée à Marseille.

Et tout en parlant ainsi, il chargeait et allumait sa marseillaise.

Luchet.

(Delvau, 1867) : s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.

(Rigaud, 1881) : Pipe en terre fabriquée à Marseille.

La pipe dite marseillaise a eu longtemps les sympathies exclusives de tous les fumeurs sincères et convaincus.

(Paris-Fumeur.)

Elle est un peu délaissée aujourd’hui ; il paraît que les fumailIons trouvent qu’elle ne culotte pas assez vite. Albert Flocon, l’ancien membre du gouvernement provisoire en 1848, ne fumait que dans des « marseillaises ». Il contribua beaucoup à en propager la mode dans les clubs.

Marsoin

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Contrebandier de côtes.

Marsouin

(d’Hautel, 1808) : Poisson. C’est un vilain marsouin. Se dit, par injure, d’un homme laid, difforme, mal bâti.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme laid et mal fait ; marin.

(Rigaud, 1881) : Contrebandier.

(Rigaud, 1881) : Surnom du soldat d’infanterie de marine. Le synonyme est : Gardien de banane.

Marsouins

(Merlin, 1888) : Sobriquet donné aux soldats de l’infanterie de marine.

Marteau

(d’Hautel, 1808) : Être entre l’enclume et le marteau. Voyez Enclume.
Graisser le marteau. Soudoyer le concierge d’un hôtel, ou le portier d’une maison, pour s’en faciliter l’entrée.
N’être pas sujet au marteau. Signifie, n’être pas assujetti à se rendre à une heure fixe au travail, ou à ses repas.

(Rossignol, 1901) : Fou.

Martel

(d’Hautel, 1808) : Avoir martel en tête. Être jaloux, inquiet, méfiant, ombrageux.

Martin

(Fustier, 1889) : Argot des marchands de vin qui désignent ainsi un horrible breuvage composé d’eau-de-vie de marc teintée de cassis ; d’où marc teint et de là Martin.

Si parfois un étranger vers les deux heures du matin, vous offre un martin, prenez garde ! Cette boisson traîtresse en diable produit sur l’organisme les effets les plus désastreux.

(Charivari, octobre 1885.)

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie de marc teintée de cassis.

Martin-Rouan

(La Rue, 1894) : Gendarme.

Martingale (serrer la)

(Merlin, 1888) : Mener rudement.

Martingalle

(d’Hautel, 1808) : Coureuse, courtisanne, femme de mauvaise vie.

Martre

(d’Hautel, 1808) : Prendre martre pour renard. Se tromper, se méprendre grossièrement.

Martyr

(Delvau, 1867) : s. m. Le caporal, — dans l’argot des soldats, qui ont constaté que ce simple gradé se donnait plus de mal que les autres gradés ses supérieurs et pour une paye moins haute.

Martyr (un)

(Merlin, 1888) : Un conducteur d’artillerie.

Mascarade

(d’Hautel, 1808) : Pour farce, fredaine, tours de jeunesse.

Mascotte

(Rigaud, 1881) : Fétiche au jeu. — Porte-chance. — Autant de joueurs, autant de mascottes. Tantôt c’est un sou troué, tantôt un fragment de n’importe quoi, un bouton, une petite épave de l’amour, une boucle de cheveux. — Un joueur donne à un pauvre, mascotte ; celui-ci refuse l’aumône à un malheureux, mascotte ; cet autre se promène jusqu’à ce qu’il ait rencontré un bossu ou un cheval blanc, mascotte ; ainsi à l’infini. — Il y a quelques années, à Monaco, un petit bossu réalisa d’assez beaux bénéfices rien qu’à faire toucher sa bosse aux joueurs superstitieux. Les prix étaient ainsi fixés : Un simple frottement, cinq francs ; frottement prolongé, dix francs ; droit de stationnement sur la bosse, vingt francs. La saison finie, notre homme regagnait Paris et enlevait son monticule… C’était un faux bossu.

Masque

(d’Hautel, 1808) : Jeter le masque. Se montrer à découvert après s’être caché pendant long-temps ; ne plus se contraindre en rien ; se livrer à ses passions sans réserve.
Donner un masque à quelqu’un. Pour, lui donner un soufflet.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme un peu coquine, — dans l’argot du peuple, qui ne dit pas cela en trop mauvaise part.

(Delvau, 1867) : s. m. Vilaine figure, homme fort laid.

Massacre

(d’Hautel, 1808) : Mauvais ouvrier, qui gâte tout ce qu’il touche, qui saboule l’ouvrage.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l’ouvrage, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi Gaspillage de choses ou d’argent.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier qui abîme l’ouvrage.

(Rossignol, 1901) : Personne ayant un vilain physique.

(Rossignol, 1901) : Marque de la petite vérole.

Massage

(un détenu, 1846) : Ouvrage.

(Rigaud, 1881) : Travail, travail fait avec ardeur.

Masse

(d’Hautel, 1808) : C’est une grosse masse. Se dit par mépris d’une femme toute ronde, sans grace ni tournure.

(Delvau, 1867) : s. f. Grande quantité de gens ou de choses, — dans l’argot du peuple. En masse. En grand nombre, en grande quantité.

(La Rue, 1894) : Travail. Masser, travailler dur.

Massé

(Delvau, 1867) : s. m. Coup de queue donné perpendiculairement à une bille, — dans l’argot des joueurs de billard.

(Rigaud, 1881) : Coup de queue de billard porté perpendiculairement à la bille.

Masse complète (avoir la)

(Merlin, 1888) : Avoir le portemonnaie garni.

Massepain

(Fustier, 1889) : Individu sur lequel on fait, dans certaines maisons, des… expériences, in anima vili — Argot militaire : Valet d’un jeu de cartes.

(Virmaître, 1894) : Ce nom se donne généralement à une sorte de gâteau que l’on vend dans les foires ; il a aujourd’hui une signification bien autrement « fin-de-siècle » ; il sert à désigner la catégorie d’individus qui ont à Paris des salons d’essayages pour dames, avant de les expédier dans les maisons hospitalières de France ou de l’étranger (Argot des souteneurs). N.

Masser

(M.D., 1844) : Travailler.

(un détenu, 1846) : Travailler.

(Delvau, 1867) : v. n. Travailler, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Payer, donner l’argent de sa masse. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Travailler consciencieusement.

(Virmaître, 1894) : Travailler, peiner ferme. Allusion au cantonnier qui casse avec une masse les cailloux sur les routes. Il n’existe pas de métier plus pénible, il est vrai qu’ils n’en prennent qu’à leur aise, car la sueur des cantonniers n’a pas de prix. Ce n’est sûrement pas eux qui ont créé la fameuse légende, que les riches mangeaient la sueur du peuple (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Travailler.

(Hayard, 1907) : Travailler.

Masseur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme laborieux.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier laborieux ; masseuse, ouvrière laborieuse.

Massié

(un détenu, 1846) : Travailleur, ouvrier.

Massif

(d’Hautel, 1808) : Un esprit massif. Pour dire lourd, dénué de graces ; qui approche de la bêtise.

Mastar

(Rigaud, 1881) : Plomb, — dans le jargon des voleurs. — La faire au mastar, voler du plomb.

Mastardier

(Virmaître, 1894) : Faire le mastar au gras double (Argot des voleurs). V. Limousinier.

Mastaroufleur

(Rigaud, 1881) : Voleur de plomb.

Mastic

(Delvau, 1867) : s. m. Homme, — dans l’argot des canotiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Sens interverti, lignes ou mots déplacés dans le trajet de la galée au marbre, et occasionnant par cela même une confusion où souvent l’auteur a grand’peine à se reconnaître. Argot des typographes.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Le pain ou la viande, — dans l’argot des francs-maçons.

(Rigaud, 1881) : Homme, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Transposition, confusion dans la mise en page par suite de mauvaise interposition d’une galée, — en terme de typographe.

(Rigaud, 1881) : Bredouillement, discours diffus et embrouillé, — dans le jargon des typographes ; par allusion au mastic, confusion dans une galée, dans la mise en page. — Faire un mastic, se perdre dans un tas de phrases sans pouvoir arriver à se faire comprendre.

(Boutmy, 1883) : s. m. Discours confus et embrouillé. Faire un mastic, c’est s’embrouiller dans les explications que l’on donne ; c’est quelquefois dire le contraire de ce que l’on voulait dire, commencer une phrase et ne pouvoir la terminer.

(La Rue, 1894) : Homme. Le pain ou la viande. Affaire embrouillée.

(Virmaître, 1894) : Terme usité en imprimerie pour indiquer qu’il y a erreur dans le classement des phrases et des alinéas, ce qui rend l’arlicle tout à fait incompréhensible (Argot d’imprimeur).

Mastic (péter sur le)

(Virmaître, 1894) : Le peintre en bâtiment qui, le lundi, veut flâner, emploie cette expression pour dire qu’il ne veut pas travailler : — Je pête sur le mastic (Argot du peuple). N.

Mastiquer

(Delvau, 1867) : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la mastication comme de simples profanes.

(Rigaud, 1881) : Manger ; c’est-à-dire se livrer à la mastication.

(Rigaud, 1881) : « Cacher ingénieusement les avaries et les voies d’eau d’un soulier, au moyen d’un enduit spécial de graisse noire ou autre drogue équivalente. » (F. Mornand, La Vie de Paris.)

(La Rue, 1894) : Manger.

Mastiqueur

(Rigaud, 1881) : Savetier qui mastique des chaussures. Le mastiqueur ne rapiote pas.

Mastoc

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme gras, gros, épais, lourd, — dans l’argot du peuple.

Mastoquer

(un détenu, 1846) : Manger, engraisser.

Mastroquet

(Larchey, 1865) : Marchand de vins. Mot à mot : l’homme du demi-setier. — Vient de demi-stroc : demi-setier.

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens. Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d’une forte corpulence ?

(Virmaître, 1894) : Marchand de vin. Dernière transformation du mot mannezingue. Mann, homme, zinc, par corruption zingue, comptoir (Argot du peuple). V. Bistro.

(Rossignol, 1901) : Marchand de vin.

(Hayard, 1907) : Marchand de vin.

Mastroquet ou Mastroc

(Boutmy, 1883) : s. m. Marchand de vin. Les écrivains de la Semaine des familles affirment que ce mot est dû à M. Louis Veuillot, le célèbre rédacteur en chef de l’Univers.

Mastroquet, bistro

(La Rue, 1894) : Marchand de vin.

Mastroquet, Mastroc

(Rigaud, 1881) : Marchand de vin ; et troquet, par abréviation. Par corruption pour demi-stroc, mi-stroc, demi-setier. C’est-à-dire le patron du demi-setier.

Masturbation

(Delvau, 1864) : Pseudonyme honnête de Branlage.

Qu’enfin, tous les soldats sans reproduction,
N’aient plus qu’un seul recours : la masturbation.

Fernand Desnoyers.

Masturber (se)

(Delvau, 1864) : Se livrer à l’onanisme, aux solitaires.

De mes cinq doigts je fais une pucelle :
Masturbons-nous, c’est le plaisir des dieux.

(Chanson anonyme moderne.)

Mata

(Rigaud, 1881) : Faiseur d’embarras ; apocope de matador.

Matador

(d’Hautel, 1808) : Un gros matador. Pour, un riche bourgeois, un gros fermier ; un homme puissant par son emploi, son crédit ou sa fortune.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme riche, de fait ou d’apparence, — dans l’argot du peuple. Faire le matador. Faire des embarras.

(Virmaître, 1894) : Homme riche ou qui en a les apparences.
— Tu fais le matador, pour : Tu fais rudement tes embarras (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Partie de dominos. Les gros dés : double-six, double-cinq, etc., sont les matadors (Argot du boulevard). N.

Matagot

(Delvau, 1867) : s. m. Homme bizarre, original, amusant par son esprit ou par sa laideur de singe.

Matamore

(d’Hautel, 1808) : Fanfaron ; faux brave, dont tout le courage est en jactance.
Un chapeau à la matamore. C’est à dire à la manière des vauriens, des crânes.

Matassin

(Delvau, 1867) : s. m. Personnage ridicule, en parole ou en action, — dans l’argot des gens de lettres, qui se souviennent de leur Molière.

Matatane

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Salle de police.

Matelas

(Rigaud, 1881) : Tablier de forgeron.

Matelas ambulant

(Rigaud, 1881) : Fille publique.

Matelassée

(Virmaître, 1894) : Femme qui a des seins énormes. Son estomac est matelassé. Quand c’est une fille et qu’elle maigrit, son souteneur lui dit :
— Tu t’débines des matelassés.
Quand une femme est plate comme une limande elle se matelasse en bourrant son corset d’assez de coton pour donner l’illusion. Les femmes fin-de-siècle en portent en caoutchouc qu’elles gontlent chaque matin (Argot des souteneurs).

Matelasser (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Garnir le corsage de sa robe d’assez de coton pour tromper les yeux — des myopes.

Matelot

(Larchey, 1865) : « Tous deux amis et se nommant mutuellement mon matelot : ce qui est le plus grand terme d’affection connu sur le gaillard d’avant. » — Phys. du Matelot, 1843.

(Delvau, 1867) : s. m. Copain, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Matériaux

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les aliments en général, — dans l’argot des francs-maçons, pour qui manger c’est travailler. Ils disent aussi Parfums.

Matérielle

(Fustier, 1889) : « Et alors, quelques malheureux pontes… se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle. »

(Belot : La Bouche de Madame X.)

Math

(Fustier, 1889) : Mathématiques. Argot des collégiens.

Ils (les médecins) démolissent l’infranchissable barrière qui, dès le collège, sépare les forts en math des forts en thème.

(Événement, août 1885).

Je suis obligé de les bûcher très dur, ces sales math !

(Vie Parisienne, février 1888.)

Mathurin

(d’Hautel, 1808) : Des tranchées de St.Mathurin. Accès de folie ; parce que l’on a coutume d’invoquer ce saint pour la guérison des fous.

(Fustier, 1889) : Matelot.

Je veux parler du simple matelot à qui l’on donne le nom de mathurin, de même qu’on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.

(Figaro, 1882.)

(Fustier, 1889) : Nom que les marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois.

Est-ce que vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons, pour remplacer les bateaux à vapeur ?

(Amiral Saisset : Journal officiel, janvier 1872.)

(Rossignol, 1901) : Matelot.

Mathurins

(Halbert, 1849) : Dés à jouer.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Dés à jouer, — dans l’argot des voleurs. Mathurins plats. Dominos.

(La Rue, 1894) : Dés à jouer. Dominos. Matelots.

(Virmaître, 1894) : Dés pipés qui servent aux camelots pour voler au 7, au passe-dix et à la consolation (Argot des camelots).

(Hayard, 1907) : Dés pipés.

Matignon

(Halbert, 1849) : Messager.

(Delvau, 1867) : s. m. Messager, — dans le même argot [des voleurs].

Matin

(d’Hautel, 1808) : Il faudroit se lever bien matin, pour lui en revendre. Se dit d’un homme fin, adroit et subtil, qui déjoue facilement les pièges qu’on lui tend.
Qui a bon voisin à bon matin. Signifie qu’on n’a jamais de querelle, qu’on vit tranquillement chez soi quand on a un bon voisin.

Mâtin

(d’Hautel, 1808) : Au propre, chien.
Voilà un beau mâtin, s’il vouloit mordre. Pour dire qu’un homme auroit beaucoup d’intelligence et de capacité, s’il vouloit s’employer.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme rusé, expert en toutes sortes de choses, — dans l’argot du peuple.

Matin !

(d’Hautel, 1808) : Interjection basse et populaire qui marque la surprise, le mécontentement.
Matin ! l’affaire est embarrassante.

Mâtin !

(Delvau, 1867) : Exclamation oui sert à marquer l’admiration la plus violente ou la douleur la plus vive. On dit aussi Sacré mâtin.

Mâtin, mâtine

(Larchey, 1865) : Personne déterminée, brusque, peu commode. — Terme emprunté à la race canine.

Kléber, un grand mâtin qu’a descendu la garde, assassiné par un Égyptien.

Balzac.

Ah ! mâtine de Turquie.

Remy, ch., 1854.

Mâtine

(Delvau, 1867) : s. f. Gaillarde qui n’a pas peur des hommes.

Matinée

(d’Hautel, 1808) : Dormir la grasse matinée. Voy. Dormir.

Matines

(d’Hautel, 1808) : Le retour vaudra pis que matines. Pour dire que la fin d’une affaire sera pire que le commencement.
Corriger le magnificat à matines. Corriger quelque chose à contre-sens et mal-à-propos.

Matois

(d’Hautel, 1808) : Un fin matois, un fûté matois. Pour dire, un homme artificieux, fin, subtil, et rusé.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme rusé, et même un peu fourbe. On dit aussi fin matois, malgré le pléonasme.

(Hayard, 1907) : Matin.

Matois (le)

(M.D., 1844) : Le matin.

Matoise

(Delvau, 1867) : s. f. Intrigante, — ou seulement Femme habile à vendre sa marchandise. On dit aussi Fine matoise.

Matoiserie

(d’Hautel, 1808) : Finesse, ruse, fourberie.

Matou

(d’Hautel, 1808) : Chat. Terme d’injure, quand on l’applique à un homme.

(Delvau, 1864) : Le mâle de la femme, cette chatte amoureuse.

Allons, mon gros matou, grimpe-moi d’autor et d’achar !

De Neuville.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme aimant les femmes. Bon matou. Libertin.

Matouas

(Halbert, 1849) : Matin.

Matraque

(Delvau, 1867) : s. m. Bâton, canne, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi dans l’armée d’Afrique. Ils ont entendu des Arabes, s’essayant au français, dire : ma traque pour ma trique, et ils ont pris cela pour du sabir.

Matras

(d’Hautel, 1808) : Flèche. Il s’en va comme un matras désempenné. Se dit d’un homme qui sort sans les choses qui lui sont nécessaires ; qui s’embarque dans une affaire sans avoir les moyens de la faire réussir.

Matricule

(d’Hautel, 1808) : Registre. Rayons la matricule. Pour dire, n’en parlons plus ; qu’il n’en soit plus question.

Matricule (user son)

(Rigaud, 1881) : Être sous les drapeaux. Mot a mot : user le numéro matricule attribué à chaque soldat.

Matriculer

(Merlin, 1888) : Voler, — par ironie, le numéro matricule étant la seule marque de propriété, au régiment.

Matriculer (se faire)

(Fustier, 1889) : Se faire punir. Argot militaire.

Matrone

(d’Hautel, 1808) : En mauvaise part, se dit d’une femme qui fait métier de prostitution.

Maturbes

(anon., 1827) : Dés.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Dés.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dés.

(Halbert, 1849) : Dés à jouer.

Maturité

(d’Hautel, 1808) : Être en âge de maturité. Être majeur ; être bon à marier.

Maubert, Mauberte

(Fustier, 1889) : Argot des voyous qui désignent ainsi l’homme, la femme nés dans le quartier de la place Maubert, la place Maube : comme ils disent, ou y habitant.

Celle-ci est née rue Galande. C’est une Mauberte, et les Maubertes ne rompent jamais tout à fait avec leur famille…

(Du Boisgobey : Paris-Bandit.)

Maubeugienne

(Rigaud, 1881) : Femme galante qui habite la rue de Maubeuge, une rue qui compte beaucoup d’hétaïres modernes, comme dirait Joseph Prudhomme.

Maugrée

(Halbert, 1849) : Directeur de prison.

(Rigaud, 1881) : Directeur de prison.

Mauvais

(d’Hautel, 1808) : Faire le mauvais. Pour, menacer, faire le crâne, le fanfaron.

Mauvais coucheur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme difficile à vivre.

Mauvais lieu

(Delvau, 1864) : Endroit où l’on pelote les femmes, même où on les baise, bordel.

Pour amener sa Lucrèce
A souffrir ce petit jeu
Le bonhomme sans finesse,
Met la scène en mauvais tien.

Collé.

Mauvaise !

(Fustier, 1889) : Exclamation qu’emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu’ils viennent de jouer ne compte pas. (V. Bonne.)

Mauvaise (elle est)

(Larchey, 1865) : Cette histoire n’est pas bonne, cet acte est déplaisant. On dit dans le même sens : Je la trouve mauvaise.

Quant à exiger qu’elles comprennent ce qu’elles disent, n’y pensez pas. — Elles la trouveraient mauvaise.

Les Cocottes, 1864.

(Rigaud, 1881) : La plaisanterie est mauvaise, cela n’est pas de mon goût. Locution mise à la mode en souvenir d’un vaudeville de Lambert-Thiboust et Grangé, Le Guide de l’étranger dans Paris (1860), pièce dans laquelle l’un des personnages s’écrie à chaque instant : « Elle est mauvaise. »

Mauvaise troupe

(Delvau, 1867) : s. f. Garnement, vagabond, fainéant, — dans l’argot du peuple. Quelquefois la même expression est employée dans un sens amical, comme, par exemple, pour convier quelqu’un au départ : Allons, en route, mauvaise troupe ! lui dit-on.

Mauvaiseté

(d’Hautel, 1808) : Pour méchanceté, noirceur ; on disoit dans le vieux langage mauvaisetié.

Mauve

(Rigaud, 1881) : Parapluie en coton, — dans le jargon du peuple.

Il avait de l’eau jusque dans les narines et il reniflait, lamentable et grotesque, avec sa mauve en loques.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(Hayard, 1907) : Absinthe.

Mauviette

(d’Hautel, 1808) : C’est une véritable mauviette. Se dit d’une femme de foible complexion ; d’un homme qui fait la poule mouillée, qui ne peut supporter ni travail ni fatigue.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Enfant, et même grande personne d’un tempérament délicat, d’une apparence chétive.

(Delvau, 1867) : s. f. Décoration à la boutonnière, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Trompe-l’œil.

(Rigaud, 1881) : Croix d’honneur ; bijou honorifique.

Mayeux

(Larchey, 1865) : Bossu. — Un peu avant 1830, d’innombrables charges, parmi lesquelles on distinguera celles de Traviès, eurent pour objet un bossu du nom de Mayeux : c’est le type d’un homme ridiculement contrefait, vaniteux et libertin, mais brave et spirituel à ses heures. De là son nom donné à tous ceux qu’affligent la même infirmité.

Ici d’affreux petits mayeux.

De Banville.

(Delvau, 1867) : s. m. Bossu, — dans l’argot du peuple, qui se souvient du type créé par le caricaturiste Traviès, vers 1830. Se dit, par extension, de tout Homme laid au physique et au moral.

Mazagran

(Delvau, 1867) : s. m. Café froid à l’eau de Seltz, — dans l’argot des garçons de café. Se dit aussi de tout café, chaud ou froid, servi dans une chope de verre, au lieu de l’être dans une tasse.

(Rigaud, 1881) : Café servi dans un verre ; une aberration de buvaillons de café, qui lui enlèvent ainsi sa principale qualité : l’arome. Ce sont les officiers, retour d’Afrique, qui ont importé cette mode.

(Virmaître, 1894) : Café servi dans un verre. Par abréviation on dit un mazag. (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Café sans eau-de-vie. Ce mot date de 1840.

Mazaro

(Larchey, 1865) : Prison militaire qu’il ne faut pas confondre avec la salle de police (our). Dans celle-ci l’homme puni passe seulement la nuit sur une paillasse ; dans l’autre, il reste jour et nuit couché sur la planche.

(Delvau, 1867) : s. m. Prison, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Prison de la rue du Cherche-Midi ; prison militaire.

(La Rue, 1894) : Prison militaire du Cherche-Midi.

Mazaro (petit ou grand)

(Merlin, 1888) : Salle de police ou de prison. Réminiscence du nom de Mazas.

Mazette

(d’Hautel, 1808) : C’est une mazette. Pour dire, un homme sans habileté, sans industrie dans tout ce qu’il fait ; qui n’a ni force ni santé.
On appelle aussi un mauvais cheval, une mazette.

(Delvau, 1867) : s. f. Conscrit, — dans l’argot des troupiers. Homme de petite taille, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Conscrit. — Avorton. Propre à rien.

(Merlin, 1888) : Vieux cheval qui n’obéit ni à la cravache, ni à l’éperon (cavalerie).

Mazille

(d’Hautel, 1808) : Pour, argent.
Amasser, ou avoir de la mazille. Pour, avoir de l’argent ; être à son aise.

Mec

(anon., 1827) : Bon Dieu.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Dieu.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bon dieu.

(Fustier, 1889) : Souteneur.

C’est tout d’même chouette pour (une pierreuse)
D’avoir un mec comme celui-là ?

(De Gramont : La Femme à Polyte.)

(La Rue, 1894) : Souteneur. Individu méprisable.

(Virmaître, 1894) : (pour meg) Chef, patron, Dieu, le mec plus ultra (Argot des voleurs).

Mec à la colle forte

(Rigaud, 1881) : Gredin redoutable, homme des plus dangereux, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Se dit d’un voleur redoutable, par opposition au mec à la mie de pain. Voleur de rien (Argot des voleurs).

Mec à la manque

(Rigaud, 1881) : Méchant homme, — dans le jargon des voyous.

Mec à la redresse

(Rigaud, 1881) : Bon garçon, honnête homme.

L’ignoble gommeux dépravé
Qui séduit un’ fill’ puis la flanque
Avec un goss’ sur le pavé,
C’est un mec à la manque !
Mais l’bougre qui — quand il a r’çu
D’un’ jeunesse des preuv’s de tendresse,
L’épous’ carrément par là d’ssu,
C’est un mec à la r’dresse.

(La Petite Lune, 1879.)

(Fustier, 1889) : Tout individu qui en impose par ses qualités ou ses vices.

Seules, quelques individualités hors pair, des mecs à la redresse, parviennent à se faire dans l’opinion une haute place.

(Humbert : Mon bagne.)

Aujourd’hui le mot mec a pris une très grande extension. Il s’emploie pour désigner avec mépris un individu quelconque.

Mec à sonnettes

(Rigaud, 1881) : Homme riche, — dans le jargon des rôdeurs de barrière. En argot, sonnettes signifient « argent », ce qui sonne dans la poche.

Mec ou meg des megs

(Halbert, 1849) : Dieu.

Mec, Meck, Meg

(Rigaud, 1881) : Maître, monsieur ; de magnus, grand. — Le meg des megs, Dieu, le maître des maîtres. — Mec des gerbiers, bourreau.

Mécanicien

(Rigaud, 1881) : C’est sous le pseudonyme de « mécanicien » que les aides exécuteurs désignent volontiers leur état. (Figaro du 27 avril 1879.)

(Rigaud, 1881) : Taquin ; mot à mot celui qui mécanise, — dans le jargon des voyous. — M’en parle pas, un mécanicien qui me scie le dos tout le jour.

Mécanique (la)

(Rigaud, 1881) : La guillotine. C’est le nom officiel que lui donnent le bourreau et ses aides.

Mécaniser

(Larchey, 1865) : Ennuyer. — Mot à mot : réduire à un rôle passif, mécanique.

Malgré qu’ça vous mécanise, Ça vous demande encore crédit.

Chansons, Clermont, 1837.

Et… Canalis regarda fixement Dumay qui se trouva, selon l’expression soldatesque, entièrement mécanisé.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Vexer quelqu’un, le tourmenter, se moquer de lui, et même en médire un peu, — dans l’argot des faubouriens. Francisque Michel « trouve le germe de cette locution dans un passage des Vies des dames illustres de Brantôme », et ce germe, c’est mœquaniqueté... Le malheur est que jamais « locution ne fut plus moderne ». Quant a son « germe », le premier mécanicien venu le trouverait en conduisant sa machine.

Mécaniseur

(Delvau, 1867) : s. m. Railleur, médisant.

Méchanceté

(d’Hautel, 1808) : Grandir en méchanceté. Voy. Grandir.

Méchant

(d’Hautel, 1808) : Faire le méchant. Faire le mutin, le mauvais sujet ; menacer, faire le fanfaron.
Les bons pâtissent pour les méchans. V. Bon.

Méchant (pas)

(Larchey, 1865) : Encore une expression éminemment parisienne, dont la portée est plus grande qu’on ne pense. On dit d’une toilette mesquine, d’un homme inepte, d’un livre sans valeur : Ça n’est pas méchant ; ça ne mord pas ! — comme on dit d’un homme zélé : C’est un féroce.

Achetez un caloquet plus méchant, votre tuyau de poêle n’est pas trop rup.

Lem. de Neuville.

Mèche

(d’Hautel, 1808) : Découvrir la mèche. Éventer un complot, un dessein, une entreprise, que l’on tenoit secrète.
En terme typographique, lorsque les ouvriers viennent proposer leurs services au prote de l’imprimerie, ils demandent, s’il y a mèche, c’est-à-dire, si on peut les occuper. Les compositeurs demandent s’il y a mèche pour la casse ; et les pressiers, s’il y a mèche pour la presse.

(Bras-de-Fer, 1829) : Demi-heure.

(Halbert, 1849) : Moitié, demi-heure.

(Larchey, 1865) : Moitié. — À six plombes et mèche : À six heures et demie. V. Momir. — Être de mèche : Être de moitié (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Possibilité de faire une chose. Il y a mèche. Il y a moyen. Il n’y a pas mèche. Cela n’est pas possible. On dit aussi elliptiquement : Mèche !

(Delvau, 1867) : s. f. Intrigue, secret. Découvrir la mèche. Tenir les fils d’une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.

(Delvau, 1867) : s. m. Travail, ouvrage à faire, — dans l’argot des typographes. Chercher mèche. Chercher de l’ouvrage.

(Delvau, 1867) : s. f. Moitié, demi, — dans l’argot des voleurs. Être de mèche. Partager un butin avec celui qui l’a fait. Signifie aussi Demi-heure. D’où, sans doute, l’expression des faubouriens : Et mèche.

(Rigaud, 1881) : Plus, davantage. — Combien avez-vous perdu, au moins vingt francs ? — Et mèche. Par allusion à la mèche d’un fouet.

(Rigaud, 1881) : Complicité ; de moitié. Être de mèche, être complice, partager, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Moyen. — Y a-t-il mèche, y a-t-il moyen ? — Il n’y a pas mèche. Beaucoup d’ouvriers, quand ils demandent à un patron s’il a de l’ouvrage à leur donner, disent :

Y a-t-il mèche ?
J’ n’ai plus un rond de c’ que j’avais d’ pécune,
Tu vois, ma fille, n’y a plus mèch’ de lamper.

(Sénéchal, Le Retour de Croquignet, chans.)

(La Rue, 1894) : Plus, davantage. Moyen, possibilité de faire : Y a-t-il mèche ? Intrigue, secret : Découvrir la mèche. Travail : Chercher mèche. Complicité, de moitié : Être de mèche. Signifie aussi un quart d’heure.

(Virmaître, 1894) : Les mauvais ouvriers qui voyagent sans cesse demandent mèche dans les ateliers qu’ils rencontrent sur leur route :
— Y a-t-il mèche de travailler ?
Mèche pour moyen (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Moyen, possibilité.

Y a-t-il mèche d’aller au théâtre a l’œil. — Non, il n’y a pas mèche.

(Hayard, 1907) : Quart, être de moitié.

(Hayard, 1907) : Moyen (pas mèche : pas moyen); de mèche, de connivence.

Mêche

(M.D., 1844) : Moitié de quelque chose.

Mèche (demander)

(Boutmy, 1883) : v. Offrir ses services dans une imprimerie.

Mèche (être de)

(Bras-de-Fer, 1829) : Être de complicité.

Mèche (il y a mèche, il n’y a pas)

(Larchey, 1865) : Il y a moyen il n’y a pas le plus petit moyen d’aboutir. Le mot fait image. Quand on a la mèche, on a bientôt fait de tirer la corde à soi.

En termes typographiques, lorsque les ouvriers proposent leurs services au prote de l’imprimerie, ils demandent s’il y a mèche, c’est-à-dire : si on peut les occuper.

1808, d’Hautel.

Mais il te fera pincer. — Pas si bête ! il n’y a pas mèche.

E. Sue.

Méchef

(d’Hautel, 1808) : Mésaventure, malheur, disgrace, infortune, désastre.

Méchi

(Larchey, 1865) : Malheur (id). — Abrév. du vieux mot méchief. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. m. Malheur, — dans le même argot [des voleurs]. C’est assurément le meschief de notre vieille langue.

Mechillon

(Hayard, 1907) : Quart.

Méchillon

(Delvau, 1867) : s. m. Quart d’heure.

Mecque

(Rossignol, 1901) : Lui, individu.

Connais-tu ce mecque-là. — Qu’est-ce qu’il nous embête, ce mecque-la.

Médaille

(d’Hautel, 1808) : Tourner la médaille. Changer de discours ; dire le contraire de ce que l’on pense ; considérer le bien et le mal d’une affaire.
La médaille est renversée. Pour, la fortune a changé ; les circonstances ne sont plus les mêmes.
Toute médaille a son revers. Pour dire, que toute affaire a ses avantages et ses inconvéniens.
Vieille médaille. Se dit ironiquement d’une vieille femme qui affecte beaucoup de prétentions.

(Larchey, 1865) : « La jolie voix ! dit Schaunard en faisant chanter les pièces d’or. — Comme c’est joli, ces médailles ! ajouta Rodolphe. » — Murger.

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de cinq francs en argent, — dans l’argot des artistes et des faubouriens. Le mot sort de la Vie de Bohême, d’Henry Murger. Médaille dor. Pièce de vingt francs.

Médaille (avoir la)

(Fustier, 1889) : Argot de sport.

Il y a une expression consacrée dans l’argot du turf et qui est très significative : Avoir la médaille. On dit d’un monsieur qu’il a la médaille quand il fait une commission pour le compte du propriétaire. Cela veut dire qu’il est commissionnaire. Il a la médaille. Dès qu’on s’aperçoit qu’un monsieur a la médaille, c’est-à-dire qu’il a reçu mission du propriétaire de parier pour son cheval, il ne reste plus qu’à lui emboîter le pas…

(Paris Illustré, 1884.)

Médaille de saint Hubert

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de cinq francs, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui savent que ces médailles-là préservent de la rage de dents.

Médaille en chocolat

(Delvau, 1867) : s. f. Médaille de Sainte-Hélène, — dans l’argot des faubouriens, par allusion à sa couleur de bronze noir. On a dit aussi Médaille de commissionnaire et Contremarque du Pére-Lachaise.

Médaille ou médaillon

(Virmaître, 1894) : V. Pièce de dix sous.

Médaille ou Monarque

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pièce de cinq francs.

Médailles

(Rigaud, 1881) : Argent.

Médaillon

(Larchey, 1865) : Derrière (Vidocq). — Allusion de rondeur.

(Delvau, 1867) : s. m. La partie du corps où Paul de Kock fait se fendre la culotte de ses héros, ou sur laquelle il les fait volontiers tomber. C’est un mot de l’argot des voleurs,qui donnent ainsi un pendant au portrait de l’argot des faubouriens. Médaillon de flac. Impasse, cul-de-sac.

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Décrocher le médaillon, donner un fort coup de pied au derrière.

(Virmaître, 1894) : Derrière. Les joueurs de manille appellent ainsi les as, par corruption de manillon, quelques-uns disent le merdaillon (Argot du peuple).

Médecin

(d’Hautel, 1808) : Un médecin d’eau-douce. Pour dire, un mauvais médecin.
Après la mort, le médecin. Se dit lorsqu’un remède est administré quand il n’y a plus de ressource.

(Larchey, 1865) : Avocat (id). — Ne soigne-t-il pas les malades à l’hôpital ? V. ces deux mots. — De là le mot médecine : bon conseil.

(Delvau, 1867) : s. m. Avocat, — dans l’argot des voleurs, qui ont besoin d’être guéris de l’accusation, souvent mortelle, qui pèse sur eux.

(Rigaud, 1881) : Avocat, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Avocat.

Médecin des morts

(Rigaud, 1881) : Ordonnateur des pompes funèbres.

Médecine

(d’Hautel, 1808) : Avaler la médecine. Pour dire, se résoudre à quelque chose qui répugne ; prendre son parti.
Cela sent la médecine. Se dit des alimens ou des breuvages qui ont une odeur désagréable, qui sentent le goût des drogues.

(Delvau, 1867) : s. f. Plaidoirie.

(Delvau, 1867) : s. f. Conseil. Médecine flambante. Bon conseil, avis salutaire.

(Delvau, 1867) : s. f. Personne ennuyeuse, obsédante, dont on avale à contre-cœur les discours. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Conseil. — Plaidoyer.

(La Rue, 1894) : Plaidoirie. Conseil.

Médecine (une)

(Halbert, 1849) : Un conseil.

Médeciner

(d’Hautel, 1808) : Se médeciner. Terme ironique qui signifie prendre continuellement, sans nécessité, des médicamens.

(La Rue, 1894) : Empoisonner.

Médianimique

(Delvau, 1867) : adj. Qui appartient au médium. Facultés médianimiques. Celles que possèdent les médiums et qui leur permettent d’entrer en communication avec les Esprits, — à ce qu’ils disent. L’expression a été forgée par Delage.

Médicamenter

(d’Hautel, 1808) : Médicamenter une affaire. Conduire sagement, et avec prudence, une affaire.

Médicinal

(d’Hautel, 1808) : Qui sert de remède ; beaucoup disent à tort, médecinal.

Médium

(Larchey, 1865) : Homme qui prétend servir d’intermédiaire entre ses semblables et certains esprits plus ou moins infernaux. — Ses évocations sont désignées aussi par un adjectif nouveau : médianymique.

(Delvau, 1867) : s. m. Individu qui évoque les Esprits, — les lémures, auxquelles les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens. Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.

(Rigaud, 1881) : Interprète de l’autre monde. Celui qui se charge de mettre le premier naïf venu en rapport de conversation avec feu M. de Voltaire ou avec tout autre grand homme trépassé. Le médium est le trucheman entre ce monde et l’autre. Il y a des gens qui se font des rentes avec ce métier-là.

Méfiants (les)

(Merlin, 1888) : Les fantassins, qui combattent le plus souvent sac au dos, et ce, dit-on plaisamment, dans la crainte d’être volés.

Meg

(un détenu, 1846) : Chef, maître. Meg des gerbiers : un président de tribunal.

(Delvau, 1867) : s. m. Maître, roi, — dans l’argot des voleurs, qui, quoique affranchis, sont volontiers les esclaves de quiconque est plus fort, plus rusé, plus coquin qu’eux… Meg des megs. Dieu. Meg de la rousse. Le préfet de police.
Les Bescherelles de la haute pègre prétendent qu’il faut écrire et prononcer mec et non meg.

(La Rue, 1894) : Maître, roi, chef. Meg des megs. Dieu ou préfet de police.

(Rossignol, 1901) : Homme important.

Meg de la rousse (le grand)

(Virmaître, 1894) : Le préfet de police (Argot des voleurs). V. Dabe des renifleurs.

Meg des Megs

(Rossignol, 1901) : Dieu.

Meg des megs

(Hayard, 1907) : Dieu.

Meg, mec

(Larchey, 1865) : Maître. V. Chique. — Du vieux mot Mège : chef, souverain. V. Roquefort, au mot megedux. — Mec des mec : Dieu. V. Rebâtir.

Mégère

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris dont on qualifie une femme colère, emportée et criarde.

Mégo

(Rigaud, 1881) : Bout de cigare, bout de cigarette.

Des moutards de treize ans fumaient des mégots et salivaient.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Mégot

(Merlin, 1888) : (?) Bout de cigare ou de cigarette.

(La Rue, 1894) : Bout de cigare que ramasse le mégotier.

(Rossignol, 1901) : Bout de cigarette ou cigare fumé.

Mégottier

(Fustier, 1889) : Industriel oui ramasse les bouts de cigares, les mégots.

Là, sont réunis pêle-mêle des biffins… le mégottier avec son pistolet à la saindhomrae.

(Réveil, 1882.)

Mégue (le grand)

(Clémens, 1840) : Dieu, ou un chef quelconque.

Meilleur

(d’Hautel, 1808) : Tirer ou boire du meilleur. Pour dire, tirer ou boire du meilleur vin.

Meilleure chose du monde (la)

(Delvau, 1864) : La fouterie, qui est le plaisir des dieux et des déesses, des hommes et des femmes — l’excelsior de toutes les jouissances connues.

Comment, si c’est quelque chose de bon ! C’est la meilleure chose du monde !

Militot.

Mélancolie

(d’Hautel, 1808) : Il n’engendre pas de mélancolie. Se dit d’un homme qui vit joyeusement ; qui n’a point de soucis.
Le tombeau de la mélancolie. Le vin, les contes gaillards.

Mélasse (être dans la)

(Virmaître, 1894) : Dans la misère jusqu’au cou (Argot du peuple) V. Purée.

Mélasse (tomber dans la)

(Rigaud, 1881) : Être sous le coup d’une catastrophe financière ; avoir fait de mauvaises affaires.

Mélasson

(Fustier, 1889) : Niais, imbécile.

Faut-il que vous soyez mélasson pour vous être ainsi fourré la gueule dans le beurre I

(Huysmans : Sœurs Vatard.)

Mêlé

(Larchey, 1865) : Mélange d’eau-de-vie et de cassis, ou moins souvent de toute autre liqueur.

Aimez-vous l’eau-de-vie ? Dame ! on vend ytout du mêlé.

Vadé, 1755.

Coquelin, des verres de mêlé pour ces dames.

1845, Privat d’Anglemont, le Prado.

(Delvau, 1867) : s. m. Mélange d’eau-de-vie et de cassis, ou d’anisette et d’absinthe, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Mélange d’une liqueur forte et d’une liqueur douce. — Mêlé-cass, eau-de-vie et cassis mêlés, le nectar des déesses du cordon.

Mêlé cass.

(Virmaître, 1894) : Mélange d’eau-de-vie et de cassis que les ouvriers boivent le matin sur le zinc pour tuer le ver. On dit dans le peuple :
— Faire ses dévotions à Notre-Dame de Mélé-Cassis (Argot du peuple). N.

Mêlé-casse

(Rossignol, 1901) : Eau-de-vie mêlée de cassis.

Mêler

(d’Hautel, 1808) : Mêler les cartes. Pour dire, embrouiller une affaire.
Un marchand mêlé. Intrigant ; homme qui fait plusieurs métiers, ou qui est versé dans diverses sciences.
Un Jean qui se mêle tout. Un homme qui fait le bon valet, qui se charge de toutes les affaires.
Avoir les dents mêlées. Être ivre.
Mêlez-vous de filer votre quenouille. Se dit aux femmes qui veulent prendre part aux affaires des hommes.

Melet

(Halbert, 1849) : Petit.

(Virmaître, 1894) : Petit, petite (Argot des voleurs).

Melet, te

(Delvau, 1867) : adj. Petit, petite, — dans l’argot des voleurs.

Melette

(Halbert, 1849) : Petite.

Méli-Mélo

(Delvau, 1867) : s. m. Confusion, mélange chaotique, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression au propre et au figuré.

Mélisse

(d’Hautel, 1808) : Eau de mélisse. On dit vulgairement de l’eau de milice.

Melon

(d’Hautel, 1808) : Il est aussi difficile de trouver un bon melon qu’une bonne femme. L’un et l’autre cependant ne sont point introuvables.

(Larchey, 1865) : Niais, élève de première année à l’École de Saint-Cyr.

Vous êtes si melons à Châtellerault.

Labiche.

Qui viennent me brimer, moi, malheureux melon.

Souvenirs de Saint-Cyr.

On dit aussi cantaloup.

Ah ça ! d’où sort-il, ce cantaloup ? Sur quelle couche monsieur son papa l’a-t-il récolté, ce jeune légume ?

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Imbécile, nigaud. Cette injure, — quoique le melon soit une chose exquise, — a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd’hui que du temps d’Homère : « Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle πέπονες. » Il y a longtemps, en effet, que l’homme, « ce Dieu tombé », ne se souvient plus des cieux, puis- q’il y a longtemps que la moitié de l’humanité méprise et conspue l’autre moitié.

(Delvau, 1867) : s. m. Élève de première année, — dans l’argot des Saint-Cyriens.

(Rigaud, 1881) : Nouveau venu, élève de première année à l’école de Saint-Cyr.

En ma qualité de melon, j’avais reçu, comme ennemi, un nombre prodigieux de coups de traversin sur la tête.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)

(Rigaud, 1881) : Chapeau rond et bas de forme, à la mode en 1880. Pareil aux phares à éclipse, le melon paraît, disparaît et reparaît, suivant les caprices de la mode.

(Merlin, 1888) : Jeune sous-lieutenant de l’école.

(Fustier, 1889) : On appelle ainsi au prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon.

C’est au troisième bataillon des élèves, c’est-à-dire au bataillon des melons que l’agitation est très grande.

(Revue alsacienne, juillet 1887.)

(V. Melon au Dictionnaire.)

(La Rue, 1894) : Imbécile. Élève de première année à Saint-Cyr.

Membre (le)

(Delvau, 1864) : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.

Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !

Lemercier de Neuville.

On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.

Anonyme.

Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :

L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.

Membre de la caravane

(Delvau, 1867) : s. m. Fille ou femme de mœurs douteuses, — dans l’argot du peuple, qui emploie une périphrase pour dire camelu.

Membru

(d’Hautel, 1808) : Qui a de gros membres ; homme grand, fort et vigoureux.

Même (mettre a)

(Larchey, 1865) : Tromper. V. Emblème. — On dit aussi Faire au même, Refaire au même.

Mémoire

(d’Hautel, 1808) : Quand on n’a pas de mémoire, il faut avoir de bonnes jambes. Signifie que quand on a oublié quelque chose, il ne faut pas être paresseux pour l’aller rechercher.
Il a la mémoire d’un lièvre, il la perd en courant. Se dit d’un étourdi, d’un écervelé.
Il a la mémoire courte. Se dit par plaisanterie de quelqu’un qui manque à ses promesses ou qui ne paie pas à l’époque qu’il a donnée.

(d’Hautel, 1808) : Un mémoire ďapothicaire. Mémoire ou les prix sont exagérés, trop forcés ; où les articles sont embrouillés de manière à ce qu’on n’y puisse rien connoître.

Menaces

(d’Hautel, 1808) : Tes menaces et rien c’est la même chose. Pour dire à quelqu’un qu’on se moque de ce qu’il dit ; qu’on ne redoute pas sa colère.
Tel menace qui tremble. Signifie que celui qui menace a souvent plus peur que celui qu’il cherche à intimider.

Ménage

(d’Hautel, 1808) : Un ménage de bouts de chandelles. Épargne sordide ; fausse économie des petites choses.
Un ménage gâté. Se dit d’un méchant homme marié à une mauvaise femme.
Brouille-ménage, gâte-ménage. Celui qui met le désordre entre deux époux.
Vivre de ménage. Pour dire, vendre ses meubles, ses effets pour manger.
Remuer le ménage de quelqu’un. Saisir, vendre ses meubles par autorité de justice.

Ménage (faire le)

(Rigaud, 1881) : Mêler les dominos quand la pose est à l’adversaire.

Ménage à la colle

(Fustier, 1889) : V.Delvau : Mariage à la détrempe.

Les commissaires iront-ils vérifier le désintéressement de 60,000 ménages à la colle qui se cachent dans les faubourgs ?

(Télégraphe, 1882.)

Ménagère

(d’Hautel, 1808) : Ma ménagère. Pour dire ma femme, mon épouse.

Mendigo

(La Rue, 1894) : Mendiant.

Mendigo, Mendigoteu

(Rigaud, 1881) : Mendiant. — J’aime pas les mendigos qui pissent des châssis tout le temps : est-ce qu’il y a pas du turbin pour tout le monde ? — Mendigotage, mendicité.

Mendigot

(Fustier, 1889) : « Le mendigot n’est pas tout à fait le mendiant. Le mendigot est une sous-variété du trimadeur.il va mendier dans les châteaux ou dans les maisons aisées et renseigne les Monteurs de coups. »

(Clairon, 1882.)

(Virmaître, 1894) : Mendiant. D’un petit mendiant on dit qu’il mendigotte. Mendigot, changement detinale (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mendiant.

(Hayard, 1907) : Mendiant.

Mendigoter

(Rigaud, 1881) : Mendier, — dans le jargon des voleurs. La variante est : Simonner.

(Rossignol, 1901) : Mendier.

Mené (une)

(M.D., 1844) : Une douzaine.

Menée

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Douzaine. Une menée de ronds, douze sous.

(Halbert, 1849) : Douzaine.

(Delvau, 1867) : s. f. Douzaine, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Douzaine. — Une menée de ronds, une douzaine de sous, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Douzaine.

(Virmaître, 1894) : Une douzaine.
— Nous étions une menée pour ratiboiser le goncier ; pas mèche d’en venir à bout, c’était un rude lapin (Argot des voleurs).

Menée (une)

(Hayard, 1907) : Une douzaine.

Menée d’avergots

(anon., 1827) : Douzaine d’œufs.

(Bras-de-Fer, 1829) : Douzaine d’œufs.

(Halbert, 1849) : Douzaine d’œufs.

Menée de ronds

(anon., 1827) : Douze sous.

(Bras-de-Fer, 1829) : Douze sous.

(Halbert, 1849) : Douzaine de sous.

Mener

(d’Hautel, 1808) : Mener tambour battant. Traiter quelqu’un sans ménagement ; ne pas lui donner le temps de se reconnoître dans une affaire.
Il se laisse mener par le bout du nez. Se dit d’un homme sans caractère, qui se laisse aller à toutes les volontés des autres.
C’est un aveugle qui en mène un autre. Se dit d’un homme sans esprit et sans jugement, qui se mêle de conduire un autre homme.
Mener le branle ou la bande. Mettre tout le monde en train ; donner l’exemple.
Mener bien sa barque. Être prudent en affaire ; être heureux dans ses spéculations.
Mener quelqu’un par la lisière. S’en rendre absolument maître ; le diriger entièrement.
Mener. Pour se moquer, faire aller, promener quelqu’un.
Mener beau bruit, mener grand bruit. Pour, faire tapage, faire fracas.

Mener douce et joyeuse (la)

(Rigaud, 1881) : Mener une joyeuse existence.

Eh bien ! mes petits agneaux, il paraît qu’on la mène douce et joyeuse, ici.

(Dumanoir et A. d’Ennery, Les Drames du cabaret.)

Mener en bateau

(Rossignol, 1901) : Faire une promesse à quelqu’un, le faire patienter, aller et venir, sans jamais tenir parole, est le mener en bateau (le faire aller).

Mener large (n’en pas)

(Delvau, 1867) : Avoir peur, se faire humble et petit, — dans l’argot des faubouriens.

Mener les poules pisser

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot du peuple, d’un homme qui s’amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte. L’expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d’Orléans, on voit Jocrisse qui mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.

Mener par le bout du nez

(Delvau, 1867) : v. a. Faire ce qu’on veut d’une femme, quand on est homme, d’un homme quand on est femme. Se laisser mener par le bout du nez. Être d’une faiblesse extrême, faire la volonté des autres et non la sienne propre.

Mener pas large (n’en)

(Virmaître, 1894) : Être fort mal à son aise. Mot à mot : serrer les fesses ou n’être pas dans ses petits papiers. Le condamné qui va être exécuté n’en mène pas large (Argot du peuple).

Mener pisser

(Delvau, 1867) : v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des troupiers. On ne le mène pas pisser ! Une phrase de l’argot du peuple, qui emploie pour indiquer le caractère d’un nomme qui ne fait que ce qu’il veut, et non ce que les autres veulent. Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.

(Rigaud, 1881) : Pousser quelqu’un à se battre en duel, — dans le jargon des troupiers.

Menesse

(M.D., 1844) : Ma femme.

(un détenu, 1846) : Femme.

(Delvau, 1864) : Femelle de l’homme en général — et, en particulier, de l’homme sans préjugés qu’on appelle maquereau.

En ai-je t’y reçu, de l’argent des menesses ! Oh ! là là !…

Lemercier de Neuville.

(Rigaud, 1881) : Prostituée, — dans l’ancien argot. — Femme à voleurs. — Gredine à la fleur de l’âge. — Fille de maison, — dans le jargon des troupiers.

(Merlin, 1888) : Femme, maîtresse, catin, — de l’argot parisien.

(La Rue, 1894) : Prostituée. Fille ou femme de voleur.

(Virmaître, 1894) : Femme (Argot des souteneurs).

Ménesse

(Clémens, 1840) : Fille, ou femme de voleur.

(Halbert, 1849) : Maîtresse.

(Larchey, 1865) : Femme, maîtresse (Dict. d’Argot, 1844).

(Hayard, 1907) : Femme.

Menesses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Filles de maison, — dans l’argot des soldats.

Menestre

(Halbert, 1849) : Soupe.

(Delvau, 1867) : s. f. Soupe, potage, — dans l’argot des voleurs et des honnêtes gens.

Mon docteur de menestre en sa mine altérée,
Avoit deux fois autant de mains que Briarée,

dit Mathurin Régnier, en sa satire du Souper ridicule.

L’ingrat époux lui fit tâter
D’une menestre empoisonnée,

dit Scarron, en sa satire contre Baron.

Ménestre

(Merlin, 1888) : Soupe, de l’italien ministra.

Ménétrier

(d’Hautel, 1808) : Il ressemble au ménétrier, il vient en voiture et s’en retourne à pied. Se dit d’un homme qui se fait conduire en voiture dans un lieu, et qui s’en retourne à pied.
Il est comme le ménétrier du village, il n’a pire logis que le sien.

Menette

(d’Hautel, 1808) : Une sœur menette. Sobriquet que l’on donne aux fausses dévotes, aux hypocrites qui affichent de la dévotion.

Meneur, Meneur en bateau

(Rigaud, 1881) : Les voleurs désignent sous ce nom tout accusé qui cherche à égarer l’action de la justice, en l’entraînant sur une fausse piste. C’est un moyèn de gagner du temps.

Meneuse

(Fustier, 1889) : Femme qui attire le passant dans une rue écartée pour le livrer à des travailleurs qui le volent toujours et l’assassinent quelquefois.

Menfoutiste

(Fustier, 1889) : Indifférent, sceptique. La paternité de ce mot qui a jusqu’ici vécu appartient à M. Aurélien Scholl.

Le grand parti des menfoutistes fait chaque jour de nouvelles recrues. L’indifférence a gangrené tous les cœurs.

(Événement, 1884.)

De menfoutiste est dérivé menfoutisme, synonyme d’indifférence, de scepticisme.

Le menfoutisme a soufflé aujourd’hui sur toutes les conventions, sur tous les partis sociaux, sur toutes les illusions, sur toutes les croyances.

(Événement, 1884.)

Il parut en cette même année 1884 au mois de janvier un canard qui avait pour titre : Le Jemenfoutiste.

Mengin

(Delvau, 1867) : s. m. Charlatan politique et littéraire. Encore un nom d’homme devenu un type applicable à beaucoup d’hommes.

Menin

(Delvau, 1864) : Fouteur, — garçon d’honneur qui doit partager vos jeu — et vos joies, Mesdames. — Ce mot vient de l’espagnol menino, jeune page.

La petite comtesse, à côté du prélat, lui serrait de temps en temps la main par-dessous la nappe, pour lui faire comprendre combien elle le préférait pour menin à son peu naturel ami.

(Le Diable au corps.)

Menotte

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de main ; nom qu’on donne aux mains des petits enfans.

Menottes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Mains, — dans l’argot des enfants, des mères et des amoureux. On disait mainettes au temps jadis, comme le prouvent ces vers de Coquillart :

Tousjours un tas de petits ris,
Un tas de petites sornettes.
Tant de petits charivaris,
Tant de petites façonnettes,
Petits gants, petites mainettes.
Petite bouche à barbeter…

Menouille

(Rigaud, 1881) : Argent ; monnaie.

Le samedi, quand on déballe la menouille de la paye sur la table.

(Le Sublime.)

(La Rue, 1894) : Monnaie.

(Virmaître, 1894) : Monnaie (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Monnaie.

Mensonge

(d’Hautel, 1808) : Un puant mensonge. Pour, un mensonge grossier et évident.
Tout songe est mensonge. Signifie qu’il ne faut pas ajouter foi à ce que les rêves présagent.

Mensonge cotonneux

(Delvau, 1864) : Tétons d’ouate que les femmes maigres substituent aux tétons de chair qu’elles n’ont pas.

Il dévoilera les mensonges cotonneux de madame.

Théophile Gautier.

Menteur

(d’Hautel, 1808) : Menteur comme un arracheur de dents. Voy. Arracheur.
Menteur d’hiver. Celui qui, par cérémonie, dit n’avoir pas froid, quand il est transi, et qui refuse de s’approcher du feu.

Menteuse

(anon., 1827) : Langue.

(Clémens, 1840) : Langue.

(Halbert, 1849) : Langue.

(Delvau, 1867) : s. f. La langue, — dans l’argot des voleurs, dont M. de Talleyrand s’est fait le plagiaire prolixe en disant : « La parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée. » Les voleurs anglais ont la même expression ; ils appellent la langue prating cheat (la trompeuse qui bavarde, ou la bavarde qui ment).

(Rigaud, 1881) : Langue. Les voleurs font souvent acte de diplomatie.

(La Rue, 1894) : Langue.

(Virmaître, 1894) : Langue. On dit par opposition d’une langue d’animal :
— Allons manger une langue qui n’a jamais menti.
Parce qu’elle ne parle pas (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Langue.

(Hayard, 1907) : Langue.

Menteuse (la)

(M.D., 1844) : La langue.

Mentibule

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, mâchoire.

Mentir

(d’Hautel, 1808) : Il n’enrage pas pour mentir. Voy. Enrager.

(d’Hautel, 1808) : À beau mentir qui vient de loin. Se dit des personnes qui, au retour de leurs voyages, racontent des choses invraisemblables, parce qu’il est difficile de les convaincre de fausseté.
Faire mentir le proverbe. Faire quelque chose contre la routine et l’opinion du vulgaire.
Il en a menti par sa gorge. Manière affirmative de dire à quelqu’un qu’il en a menti.

Menton

(d’Hautel, 1808) : Un menton de galoche. Un menton long et recourbé.
Lever le menton. Se vanter, s’enorgueillir, se glorifier ; faire le fat, le fanfaron.
Il est table jusqu’au menton, comme les enfans de bonne maison. Voy. Maison.

Menton de galoche

(Delvau, 1867) : s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de Polichinelle. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Menton qui avance comme celui du classique Polichinelle. On dit de celui ou de celle qui possède un menton semblable qu’il fait carnaval avec son nez (Argot du peuple).

Mentule

(Delvau, 1864) : Mot purement latin (mentula) signifiant le membre viril.

En tirant sa mentule en l’air, les compissa.

Rabelais.

On voyait une fourbe de filles qui semblait tirer a qui mieux mieux une mentule grosse et longue à proportion.

(Le Synode nocturne des tribades.)

Je n’eusse, hélas ! enduré tant de maux
Comme j’ai fuit, qui or comme animaux
Rongent le frein de ma triste mentule.

(Cabinet satyrique.)

Menuaille

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; amas, rassemblement de petites choses et de peu de valeur.

Menuisière

(Delvau, 1867) : s. f. Redingote longue, très longue, trop longue, comme les affectionnent les ouvriers, pour prouver qu’ils ne ménagent pas plus le drap que les bourgeois. Argot des rapins.

(Rigaud, 1881) : Redingote de l’ouvrier endimanché.

Menzingue

(un détenu, 1846) : Marchand de vin.

Mépris

(d’Hautel, 1808) : Trop de familiarité engendre le mépris. Signifie qu’il ne faut pas laisser prendre de familiarité à ses inférieurs, parce que souvent ils en abusent.

Mépriser

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas mépriser la marchandise. Locution des boutiquiers de Paris, pour dire que quand on ne veut pas de la marchandise qu’ils montrent, il ne faut pas la dépriser.

Méquard

(Larchey, 1865) : Commandant. — Méquer : Commander. — De mec : maître.

(Delvau, 1867) : s. m. Commandant, mec, dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Maître. — Méquer, commander ; dérivés de mec.

(Virmaître, 1894) : Commandant d’une bande de voleurs (Argot des voleurs).

Méquer

(Delvau, 1867) : v. a. Commander.

Méquillon

(Fustier, 1889) : Variété de souteneur.

Mer

(d’Hautel, 1808) : C’est la mer à boire. Pour dire qu’une affaire, qu’une entreprise offre de grandes difficultés ; qu’elle présente de grands obstacles pour son exécution ; qu’un ouvrage est ennuyeux, ou que l’on n’en peut venir à bout ; qu’il traîne en longueur.
On dit aussi dans le sens opposé. Ce n’est pas la mer à boire. Pour dire qu’on vaincra les difficultés quelles qu’elles soient.
Il avaleroit la mer et les poissons. Se dit d’un affamé, d’un grand mangeur ; d’un homme qui a une grande altération.
Salé comme mer. Se dit d’un ragoût, d’une sauce, d’un mets quelconque qui est très-salé.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Pour exprimer que les secours que l’on reçoit dans un grand denûment, sont trop foibles pour vous tirer d’embarras.
Porter de l’eau à la mer. Faire des présens à des gens plus riches que soi ; porter une chose dans un lieu où elle abonde.
Labourer le rivage de la mer. Se donner des peines inutiles.
Voguer en pleine mer. Avoir des affaires bien établies ; être en chemin de faire fortune.
Qui craint le danger.ne doit point aller en mer. Pour dire que lorsqu’on est peureux, il nef aut pas s’exposer dans une affaire dangereuse.

(Delvau, 1867) : s. f. Le fond du théâtre, quelque soit le décor. Argot des coulisses. Aller voir la mer. Remonter la scène jusqu’au dernier plan.

(Rigaud, 1881) : Décor du fond, au théâtre.

Mer à boire (c’est la)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot du peuple — de toute chose ennuyeuse ou difficile à faire ; et, — dans l’argot des bourgeois — de toute affaire qui traîne en longueur et ne peut aboutir. Ce n’est pas la mer à boire. Se dit, au contraire, de toute chose facile à faire, de toute entreprise qu’on peut aisément mener à bonne fin.

Mercadet

(Larchey, 1865) : Faiseur. V. ce mot.

(Delvau, 1867) : s. m. Nom d’un personnage de Balzac qui est devenu celui de tous les brasseurs d’affaires véreuses, de tous les pêcheurs de goujons en eau trouble.

Mercandier

(Delvau, 1867) : s. m. Boucher qui ne trafique que sur les viandes de qualité inférieure.

(Rigaud, 1881) : Boucher qui vend de la basse viande, de la camelotte en fait de viande.

(Hayard, 1907) : Marchand.

Mercanti

(Rigaud, 1881) : Marchand, — dans le jargon des soldats retour d’Afrique.

Merce

(Virmaître, 1894) : Pour merci (Argot des voleurs).

Mercenaire de l’immobilité

(Delvau, 1867) : s. m. Modèle, — dans l’argot des rapins.

Mercerie

(d’Hautel, 1808) : Il a plu sur sa mercerie. Pour dire que le commerce, les affaires de quelqu’un vont mal, qu’elles sont en mauvais état.

Mercerie (il a plu sur sa)

(Rigaud, 1881) : Ses affaires vont mal, il est sur le point de faire faillite. (Le Roux, Dict. comique.) Peu usitée à Paris, l’expression est encore très répandue dans la Province et principalement en Picardie.

Merci

(d’Hautel, 1808) : Merci de ma vie. Manière de parler propre aux femmes de basse condition, lorsqu’elles sont en colère.
Voilà le grand merci que j’en reçois. Se dit d’une personne ingrate ; équivaut à voila la reconnoissance qu’elle témoigne de tout ce que j’ai fait pour elle.

Mercier

(d’Hautel, 1808) : Il tueroit un mercier pour un peigne. Se dit, d’un homme qui est sujet à la colère, et qui s’emporte pour peu de choses.
À petit mercier, petit panier. Signifie, qu’il faut régler ses dépenses sur le gain de son .travail ; ne pas dépenser plus qu’on gagne.
Au jour du jugement chacun sera mercier, chacun portera son panier. Pour dire, que chacun répondra personnellement de ses fautes.

Mercuriale

(d’Hautel, 1808) : Donner une mercuriale à quelqu’un. Pour dire, le réprimander vivement.

Merdaille

(d’Hautel, 1808) : Troupe de petits enfans, de petits polissons.

(Delvau, 1867) : s. f. Troupe importune de petits enfants.

Merdaillon

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux, que l’on donne à un jeune homme qui fait important, à un bambin ridicule.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans conséquence, méprisable, poltron. Argot du peuple. On dit aussi Merdeux.

(Virmaître, 1894) : Moins que rien, une sous-merde (Argot du peuple). V. Avorton.

Merde

(d’Hautel, 1808) : De la merde à Marie-Gaillard, ou du prince d’Orange. Les écoliers apellent ainsi une espèce de mélasse, que les épiciers vendent en cornet, et dont ils sont très-friands.
Merde. Mot ignoble et grossier, dont le bas-peuple se sert dans un sens négatif ; pour dire qu’ou ne se soumettra pas à une chose que l’on exige.
Plus on remue la merde plus elle pue. Signifie qu’il ne faut pas approfondir une matière dégoûtante, une affaire déshonnête.
Aux cochons la merde ne pue pas. Pour dire que l’on peut parler de choses sales, devant les personnes malpropres, ou d’une condition vile.
Un maître de merde, un auteur de merde. Expression basse et injurieuse, pour dire qu’on ne fait nil cas de son maître, d’un auteur, d’une personne quelconque.
On dit ignoblement, et par mépris, d’un homme brusque et grossier, d’un butord, qu’il est poli comme une poignée de merde.

(Larchey, 1865) : « Mot ignoble et grossier dont le bas peuple se sert dans un sens négatif. » — d’Hautel, 1808. — V. Cambronne.Merde : Homme mou, sans consistance. — Merde alors ! Exclamation destinée à peindre une situation critique, un accident funeste. Elle peut se traduire ainsi : Alors, voici le moment de crier merde.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n’y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.

(Rigaud, 1881) : Le fond de la langue française parlée par le peuple des faubourgs qui a toujours ce mot plein la bouche.

(Rigaud, 1881) : Exclamation qui sert à désigner le nec plus ultra de l’indignation ou de la colère, ou du découragement. (Voir les Misérables de V. Hugo.)

(Rigaud, 1881) : Personne faible de caractère.

(Virmaître, 1894) : À bout d’argument, dans le peuple, on dit :
— Merde, est-ce français ?
C’est-à-dire : Me comprends-tu ?
Ce à quoi on répond :
— Goûtes tes paroles.
— Tu peux te retourner et te mettre à table.
— S’il pleuvait de la merde et que chacun en ait suivant son grade, t’en aurais un rude paquet, car tu es le colonel des imbéciles (Argot du peuple). N.

Merde !

(Delvau, 1867) : Exclamation énergique dont Cambronne ne s’est servi qu’une fois, le 18 juin 1815, et dont le peuple se sert tous les jours, — dix fois plutôt qu’une. Ah ! merde alors ! Exclamation qui n’échappe que dans les situations critiques, fatales, comme, par exemple, lorsqu’on perd au jeu, lorsqu’on casse sa pipe, etc.

Merde (avoir chié les trois quarts de sa)

(Rigaud, 1881) : Être vieux et usé, avoir perdu à jamais la santé, être très malade. — Eh ! dis donc, ma vieille, comme t’es décatil on dirait que t’as chié les trois quarts de ta merde.

Merde (ça ne vaut pas une)

(Rigaud, 1881) : Ça ne vaut rien du tout ; c’est au-dessous de tout ce qu’on peut imaginer. — Au Salon, combien de tableaux ne valent pas une merde !

Merde (faire sa)

(Rigaud, 1881) : Se montrer hautain, faire le fendant, prendre de grands airs.

Merde (peint avec de la)

(Rigaud, 1881) : Mal peint, mauvaise application des couleurs, — dans le jargon des peintres. — Je ne sais pas où diable il va chercher ses couleurs, cet animal-là, c’est peint avec de la merde.

Merde (se fondre en)

(Rigaud, 1881) : Faire de fréquentes visites aux lieux d’aisances, avoir le dévoiement. — dans le jargon du peuple. — Ben sur que si ça continue, je vas me fondre en merde.

Merde de chien (c’est delà)

(Rigaud, 1881) : C’est exécrable, très mauvais.

Merde de pie

(Fustier, 1889) : Pièce de cinquante centimes. Argot du bagne.

Un blavin ! Tu me le redemanderas demain pour une merde de pie.

(Humbert : Mon bagne.)

Merderie

(d’Hautel, 1808) : Ce sont des merderies. Pour ce sont des choses frivoles, de mauvaises raisons.
On dit aussi faire des merderies. Pour, se montrer poltron dans une affaire, après avoir fait le fanfaron.

Merdeux

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est qu’un petit merdeux. Terme injurieux qui se dit d’un poltron, d’un fat sans esprit, sans talent ; et d’un fanfaron qui n’a que du babil.
Il sent son cas merdeux. Pour, il est dans son tort ; ses affaires sont mauvaises.
Il est comme un bâton merdeux, on ne sait par où le prendre. Se dit d’un homme qui a l’humeur acariâtre et revêche, qui brusque tous ceux qui s’adressent à lui.

(Larchey, 1865) : « Terme injurieux qui se dit d’un poltron, d’un fat sans esprit. » — 1808, d’Hautel. — « Bâton merdeux : Homme qui brusque tous ceux qui s’adressent à lui. » — Id.

Merdeux (bâton)

(Delvau, 1867) : s. m. Homme d’un caractère inégal, fantasque, ombrageux, désagréable, qu’on ne sait par quel bout prendre pour lui parler et le faire agir.

Mère

(d’Hautel, 1808) : La mère. Terme familier et d’amitié, dont on se sert en parlant à une femme âgée et de basse condition.
C’est le ventre de ma mère, je n’y retourne plus. Se dit lorsqu’on s’est tiré d’une affaire où l’on s’étoit imprudemment engagé ; d’un lieu où l’on a couru quelque danger, et où l’on ne veut plus retourner.
Sa mère n’en fait plus. Se dit par raillerie d’un homme qui prend des soins affectés et minutieux de sa personne.
Il veut apprendre à sa mère à faire des enfans. Signifie il veut apprendre à qui en sait plus que lui.
Des contes de la mère l’Oye. Pour dire des contes en l’air, des contes de vieille.
On l’a renvoyée chez sa grand’mère. Se dit d’une personne qui fait une demande indiscrète et que l’on envoie promener.

Mère à tous

(Rigaud, 1881) : Vieille courtisane, — dans le jargon des filles.

Mère abbesse

(Delvau, 1864) : Maîtresse d’un couvent de s’offre-à-tous : — Maquerelle.

Sortez vite et rentrez souvent,
Le jour baisse,
Servez votre abbesse ;
Mes filles, malgré pluie ou vent,
En avant, pour l’honneur du couvent.

Béranger.

Mère au bleu

(Delvau, 1867) : s. f. La guillotine, — dans l’argot des voleurs, qui veulent faire croire aux autres que c’est le chemin du ciel, sans le croire eux-mêmes.

(Virmaître, 1894) : La guillotine. Les voleurs veulent faire croire que c’est le chemin du ciel. A. D. Pas du tout, c’est parce que le condamné n’y voit que du bleu (Argot des voleurs).

Mère d’actrice

(Delvau, 1864) : Vieille femme que louent les jeunes femmes de théâtre pour éloigner d’elles les galants — qui ne sont pas assez riches.

Mère d’occase

(Rigaud, 1881) : Pseudo-mère d’actrice. Mère de fille galante qui fait la cuisine, cire les bottes et débat les prix.

Mère d’occasion

(Delvau, 1867) : s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui veut se faire respecter — des gens pauvres. C’est ordinairement une vieille drôlesse chevronnée par le vice.

Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,

et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les nobles étrangers attirés autour de sa fille — adoptive — comme les papillons autour d’une lampe.

(Virmaître, 1894) : Les mendiantes louent à des industriels du quartier Mouffetard des petits enfants qu’elles traînent dans les rues pour exciter la charité publique. Ces enfants changent chaque jour de mère ; de là mère d’occasion ou de rencontre (Argot du peuple). N.

Mère-abbesse

(Delvau, 1867) : s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de demoiselles — indignes d’orner leur corsage du bouquet de fleurs d’oranger traditionnel. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

Merifflauté

(Halbert, 1849) : Chaudement vêtu.

Meringue (en)

(La Rue, 1894) : En décomposition.

Mérinos

(Delvau, 1867) : s. m. Personne qui a l’haleine forte, — dans l’argot des faubouriens, qui se plaisent aux calembours.

Mériter

(d’Hautel, 1808) : Il ne mérite pas de vivre. Se dit par indignation d’un homme qui n’a aucune vertu sociale, qui est avare, égoïste et méchant.

Merlan

(d’Hautel, 1808) : Un merlan à frire. Sobriquet que l’on donne à un perruquier, à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits.

(Larchey, 1865) : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits. » — d’Hautel, 1808.

La Peyronie est chef de perruquiers qu’on appelle merlans parce qu’ils sont blancs.

Journal de Barbier, 1744.

(Delvau, 1867) : s. m. Coiffeur, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l’invention de la poudre à poudrer, parce qu’alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le Journal de Barbier en fait mention, ce qui lui donne plus d’un siècle de circulation.

(Rigaud, 1881) : Surnom donné autrefois à celui qui s’appelle aujourd’hui « artiste en cheveux ».

(La Rue, 1894) : Perruquier.

(Virmaître, 1894) : Coiffeur perruquier. Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Perruquier, coiffeur.

(Hayard, 1907) : Coiffeur.

Merlan (rouler des yeux de merlan frit)

(Virmaître, 1894) : Homme langoureux et timide qui, n’osant adresser la parole à une femme, la regarde en roulant des yeux (Argot du peuple). N.

Merlan frit (yeux de)

(Rigaud, 1881) : Jeu de prunelles qui entrent en pâmoison et montrent le blanc des yeux.

Merle

(d’Hautel, 1808) : Un fin merle. Un rusé, un homme adroit, un fripon.
Si vous faites cela, je vous donnerai un merle blanc. Se dit pour exprimer qu’on ne croit pas qu’une chose puisse se faire.
Un dénicheur de merles. Un hâbleur.

Merlifiche

(La Rue, 1894) : Saltimbanque. Vagabond.

Merlin

(Rigaud, 1881) : Jambe, — dans le jargon des charpentiers.

Merlousier

(Rigaud, 1881) : Malin ; rusé ; pour marlou, — dans l’ancien argot. Merlousière, fine commère.

Merlusine

(d’Hautel, 1808) : Faire des cris de merlusine. C’est-à-dire, des cris perçans ; et par extension, des beuglemens, des hurlemens affreux.

Merrain

(d’Hautel, 1808) : Il y a du merrain dans cette maison. Pour dire, il y a du train, du tapage ; le désordre y règne.

Méruche

(Delvau, 1867) : s. f. Poêle, — dans l’argot des voleurs. Méruchée. Poêlée. Méruchon. Poêlon.

Méruché

(Halbert, 1849) : Poêle.

Méruchon

(Halbert, 1849) : Poêlon.

Merveille

(d’Hautel, 1808) : Voilà une grosse merveille. Se dit pour abaisser le mérite d’une action.
Promettre monts et merveilles. Faire de belles promesses, pour engager quelqu’un dans une affaire.
C’est une des sept merveilles du monde. Pour dire, que quelque chose est d’un mérite supérieur.

Mésallier

(d’Hautel, 1808) : N’a-t-il pas peur de se mésallier ? Se dit par ironie d’un homme qui dédaigne la compagnie de gens qui valent souvent mieux que lui.

Mesiere

(M.D., 1844) : Monsieur.

Mésière

(Halbert, 1849) : Un provincial, une victime.

Mesquinerie

(d’Hautel, 1808) : Ladrerie, économie sordide ; présent fait avec parcimonie et avarice.

Mess

(Delvau, 1867) : s. m. Table où mangent en commun les officiers d’un même régiment. Encore un mot d’importation anglaise, à ce qu’il paraît : The Mess, dit le Dictionnaire de Spiers ; to mess, ajoute-t-il. C’est plutôt un mot que nous reprenons à nos voisins, qui pour le forger ont dû se servir, soit de notre Mense (mensa), qui a la même signification, soit de notre Messe (missa), où le prêtre sacrifie sous les espèces du pain et du vin.

(Rigaud, 1881) : Le mess est un cercle militaire avec une réfection spécialement affectée aux officiers d’un même régiment.

Anatole, le garçon du mess, venait d’apporter la bougie et les cigares.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)

(Rigaud, 1881) : Agent de la sûreté. Abréviation de Messieu pour « monsieur ». Un de ces mess me lâche de la filature, un agent de la brigade de sûreté me suit.

Mess (ces)

(Rossignol, 1901) : Agents des mœurs ainsi nommes par les filles publiques.

Débinons-nous, voila ces mess.

Messager

(d’Hautel, 1808) : Messager du diable. Homme qui apporte toujours de mauvaises nouvelles.
Il sent le pied de messager. Se dit d’un ruisseau qui exhale une odeur désagréable ; d’un fromage affiné.
On ne trouve jamais de meilleur messager que soi-même. Pour dire, que quand on veut savoir le vrai d’une affaire, il faut s’en informer soi-même.

Messaline (Valérie)

(Delvau, 1864) : Impératrice romaine, deuxième femme de Claude. Célèbre par son impudicité et ses étonnantes débauches : la plus fameuse putain de son temps. Après avoir souillé la couche impériale, en y recevant des amants de toutes les conditions, elle osa, du vivant de son époux, épouser publiquement Silius, jeune homme qu’elle aimait éperdûment. Claude, à cette nouvelle, la fit mettre à mort avec tous ses complices, l’an 48 de J.-C. Juvénal, dans ses Satires, s’exprime ainsi, au sujet de cette grande impure :

Quand de Claude assoupi la nuit ferme les yeux,
D’un obscur vêtement sa femme enveloppée,
Seule, avec une esclave, et dans l’ombre échappée,
Préfère à ce palais tout plein de ses dieux,
Des plus viles Phrynés le repaire odieux.
Pour y mieux avilir le nom qu’elle profane,
Elle emprunte à dessein un nom de courtisane :
Son nom est Lisisca ; ces exécrables murs,
La lampe suspendue à ces dômes obscurs,
Des plus affreux plaisirs la trace encor récente,
Rien ne peut réprimer l’ardeur qui la tourmente.
Un lit dur et grossier charme plus ses regards
Que l’oreiller de pourpre où dorment les Césars.
Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre,
Du regard les invite et n’en craint pas te nombre.
Son sein nu, haletant, qu’attache un réseau d’or,
Les défie, en triomphe, et les defie encor.
C’est là que, dévouée à d’infâmes caresses,
Des muletiers de Rome épuisant les tendresses,
Noble Britannicus, sur un lit effronté,
Elle étale à leurs yeux les flancs qui t’ont porté.
L’aurore enfin paraît, et sa mine adultère
Des faveurs de la nuit réclame le salaire.
Elle quitte à regret ces immondes parvis,
Ses sens sont fatigués et non pas assouvis.
Elle rentre au palais, hideuse, êchevelée.
Elle rentre, et l’odeur autour d’elle exhalée
Va, sous le dais sacré du lit des empereurs,
Révéler de la nuit les lubriques fureurs.

Messe (être à la)

(Rigaud, 1881) : Arriver en retard à l’atelier, — dans l’argot des ouvriers.

(Virmaître, 1894) : Quand un ouvrier arrive à l’atelier cinq minutes après la cloche, la porte est fermée, il perd un tiers ou une demie journée ; il va pendant ce temps boire des canons sur le zinc, l’autel des pochards ; le mastroquet officie. De là, aller à la messe (Argot du peuple).

Messe (fesser la)

(Rigaud, 1881) : Dire la messe au galop, — dans le jargon des vieilles dévotes.

Messe du diable

(Delvau, 1867) : s. f. Interrogatoire, — dans l’argot des voleurs, qui sont volontiers athées.

(Rigaud, 1881) : Interrogatoire, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Interrogatoire du juge.

Messes

(d’Hautel, 1808) : Chanter des messes. Locution triviale et burlesque qui signifie boire fréquemment, faire un repos dans tous les cabarets.
Il ne faut pas se fier d’un homme qui entend deux messes. Pour, il faut se défier des hypocrites, des faux dévots.

Messie

(d’Hautel, 1808) : Il est attendu comme le messie. Se dit d’un homme dont, on désire vivement la présence et qui se fait attendre long-temps.

Messière

(Clémens, 1840) : Honnête homme.

(Delvau, 1867) : s. m. et f. Victime, — dans le même argot [du peuple]. Messière franc. Bourgeois. Messière de la haute. Homme comme il faut. Ne serait-ce pas le Messire du vieux temps ?

(La Rue, 1894) : Monsieur. Dupe, victime. La messière, la police.

Messière, Mézière

(Rigaud, 1881) : Dupe, imbécile. — Victime. Messière franc, bourgeois. — Messière de la haute, homme riche ou homme qui paraît riche.

Messières

(Virmaître, 1894) : Victimes. Cet mot est très vieux ; il a été employé par Eugène Sue, à propos du personnage du Maître d’école, à qui la Chouette dit :
— Ma vieille fourline, attention, v’la les messières (Argot des voleurs).

Messire

(d’Hautel, 1808) : Messire-Jean. Nom d’une espèce de poire que l’on appelle par corruption, mi-sergent.

Messire luc

(Delvau, 1864) : Le cul, — par anagramme. (Voir aussi noc et tiv.)

Messire Luc

(Delvau, 1867) : s. m. Anagramme facile à deviner, — dans l’argot des érudits amis de la scatologie.

Mesure

(d’Hautel, 1808) : Prendre la mesure d’un habit à quelqu’un. Se dit en plaisantant, pour lui caresser les épaules ; lui donner des coups de bâton.
Passer la mesure. Sortir des bornes de la bienséance et de l’honnêteté.
Il ne faut point avoir deux poids ni deux mesures. Pour, il faut en tout agir franchement, sans partialité, et d’une manière uniforme.
Il fait tout avec poids et mesure. Se dit d’un homme qui agit avec lenteur ; qui fait tout avec une précaution minutieuse.

Mesurer

(d’Hautel, 1808) : À brebis tondue, Dieu mesure le vent. Voy. Brebis.
Mesurer son verre. Boire avec plaisir ; s’enivrer.
Mesurer des yeux. Juger de la distance ou de la grandeur d’un objet, par le moyen des yeux.
Mesurer quelqu’un des yeux. Le regarder avec fierté et hauteur ; le toiser depuis les pieds jusqu’à la tête.
Mesurer son épée avec quelqu’un. Pour, se battre avec lui.
Se mesurer avec quelqu’un. Pour dire, se battre.

Mésuser

(d’Hautel, 1808) : Pour, abuser. Ce mot vieillit, et n’est plus de la bonne conversation.

Métal

(Larchey, 1865) : Argent.

Et t’as pas de métal.

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, — dans l’argot du peuple, qui, sans s’en douter, se sert de la même expression qu’Horace : Metallis potior libertas (La liberté vaut tout l’or du monde).

Métaux

(Delvau, 1867) : s. m. pl. L’argent ; or, argent ou cuivre, — dans l’argot des francs-maçons.

Méthode Chevé

(Delvau, 1867) : s. f. Manière de jouer au billard contraire à l’usage : y jouer avec une cuiller, avec les doigts, avec deux queues, etc. Argot des bohèmes. S’applique aussi au Bilboquet, quand on le prend par la boule et qu’on veut faire entrer le manche dedans.

Métier

(d’Hautel, 1808) : Chacun son métier, les vaches sont bien gardées. Pour dire, que tout va bien quand chacun se mêle de sa besogne.
C’est un mauvais métier que celui qui ne nourrit pas son maître.
Il fait tous les métiers.
Se dit d’un intrigant, d’un fripon ; d’un homme qui n’a point d’état fixe.
Servir à quelqu’un un plat de son métier. Faire un tour de hardiesse, de fourberie ; on le dit aussi en bonne part, pour faire quelque chose avec délicatesse, d’une manière agréable et qui excite la surprise.
Le métier ne vaut plus rien depuis que tout le monde s’en mêle. Se dit en plaisantant d’une chose facile que tout le monde entreprend.
Elle fait le métier. Pour dire qu’une femme est prostituée, fait un commerce honteux.
Il en fait métier et marchandise. Pour dire qu’un homme a coutume de faire quelque chose ; qu’il en existe.
Gâte-métier. Sobriquet que l’on donne à un ouvrier qui travaille à bas prix ; à un marchand qui vend à bon compte.

(Larchey, 1865) : Habileté d’exécution.

Vois toutes ces esquisses : il y a de la main, du métier ; mais où est la conception, où est l’idée ?

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : s. m. Habileté d’exécution, adresse de main, — dans l’argot des artistes. Avoir un métier d’enfer. Être d’une grande habileté.

Métier (le)

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien.

Cousin, c’est pardieu la plus belle
Et qui entend mieux le métier,
Que femme qui soit au quartier.

J. Grevin.

Le métier d’amour en effet
Est une assez plaisante affaire ;
Ce métier-là plus on te fait,
Et moins on est propre à le faire.

Daceilly.

Et dans, cet amoureux métier,
De maître il devient écolier.

Parny.

Métier d’enfer (avoir un)

(Rigaud, 1881) : Être très habile dans son métier, — en style d’artiste.

Mettre

(d’Hautel, 1808) : Mettre les petits plats dans les grands. Se dit pour exprimer l’empressement que l’on met à recevoir quelqu’un.
Mets ça dans ta poche. Locution ironique qui se dit à quelqu’un qui s’est attiré des paroles pi quantes ou quelque mauvais traitement.
Mettre la charrue devant les bœufs. V. Bœuf.
Mettre son nez partout. Se mêler mal-à-propos, et par indiscrétion, de ce qui ne vous concerne pas, comme font ordinairement les curieux et les indiscrets.
Mettre le cœur au ventre, ou le feu sous le ventre. Voyez Feu.
Se mettre sur la friperie de quelqu’un. Signifie se mettre sur le compte de quelqu’un ; le maltraiter en actions et en paroles.
Se mettre sur son propre. S’endimancher, s’approprier.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Mettre tout en capilotade. N’épargner personne dans ses médisances, dans ses bavardages ; mettre tout en pièces.
Se mettre sur son quant à moi. Faire entendre par des paroles vaniteuses qu’on est au-dessus des gens qui vous entourent.
Se mettre en quatre pour quelqu’un. Lui rendre des services importans ; faire tout au monde pour l’obliger.
Mettre le pied clans la vigne du Seigneur. Pour, boire à excès, s’enivrer.
Mettre quelqu’un ou quelque chose au rang des oublis. Pour, perdre absolument le souvenir d’une promesse que l’on a faite à quelqu’un ; oublier totalement ce dont on s’étoit chargé.
Il ressemble aux chaudronniers, il met la pièce à côté du trou. Se dit de quelqu’un qui applique un remède à côté du mal, qui se méprend sur l’emploi de quelque chose.
Se mettre à la gueule du loup. Courir un grand danger, en voulant en éviter un petit ; se fier à un fourbe, à un hypocrite.
Mettre la main à la pâte. Mettre la main à l’œuvre ; se mêler des plus petits détails d’un ouvrage.
Mettre en presse. Emprunter, mettre en gage.
Mettre à quia. Pousser à bout, mettre à l’extrémité, réduire une personne à ne savoir que devenir.
Mettre in pace. Mettre en terre, inhumer ; emprisonner, enfermer.
Mettre les voiles au vent. Pour dire, se décharger le ventre ; faire ses besoins naturels.
Mettre quelqu’un en jeu. Le citer, le mêler sans son aveu dans une affaire.
Mettre les pieds dans tous les souliers. Essayer de tout ; se mêler dans toutes les affaires.

Mettre (le)

(Delvau, 1864) : Introduire son membre dans la nature d’une femme.

Réveille-toi, petite gueuse ; je veux te le mettre encore une fois au moins.

La Popelinière.

Notre héros se forma vite..,
Le mit-il, ou le lui mit-on ?
N’y eut pas d’affront.

Al. Pothey

Adam voulut le mettre :
Eve le sentit mettre.
Viens, bande-à-l’aise,
Vite, mets-le-moi.

Collé.

Mettre à l’ombre

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre en prison, — dans l’argot du peuple. Tuer, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Aller en prison. En effet, on ne craint pas l’ardeur du soleil (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mettre en prison ou à la salle de police.

Mettre à même

(Delvau, 1867) : Tromper, — dans l’argot des faubouriens.

Voyez quel emblème !
Sa nièc’ d’Angoulême
Nous met tous à même !

dit une chanson de 1832.

Mettre à pied

(Delvau, 1867) : v. a. Suspendre un employé de ses fonctions pendant plus ou moins de temps. Argot des bourgeois.

Mettre à quelqu’un (le)

(Delvau, 1867) : v. a. Le tromper ; lui conter des bourdes qu’il accepte pour des vérités, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Tromper quelqu’un, mystifier quelqu’un.

Mettre à table (se)

(Delvau, 1867) : Être disposé à dénoncer ses complices ; être sur le point de faire des révélations, — dans l’argot des voleurs qui veulent manger le morceau.

(Rigaud, 1881) : Trahir, dénoncer, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Dénoncer. Trahir Mettre à table. Donner une part.

Mettre à toutes les sauces (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Faire tous les métiers pour gagner sa vie, — dans l’argot du peuple.

Mettre au chaud

(Virmaître, 1894) : V. Rouscailler.

(Rossignol, 1901) : Voir rouscailler.

Mettre au fait (se)

(Delvau, 1864) : Se déniaiser, s’habituer a l’homme en jouant des reins avec lui.

Tu as bien tort ; si tu nets mets pas au fait, ton mari te prendra pour une bête.

La Popelinière.

Mettre au fourgat

(Bras-de-Fer, 1829) : Recéler.

Mettre avec (se)

(Larchey, 1865) : Vivre maritalement.

En se mettant avec Lise, le général aurait dû nous dire : J’ai ça et ça à payer ; il ne l’a pas dit, et ce n’est pas délicat.

Ricard.

(Rigaud, 1881) : Vivre en état de concubinage.

Dernièrement, je rencontrai une belle actrice : elle me dit : Je cherche quelqu’un pour me mettre avec. Se mettre avec est l’expression consacrée dans le langage des coulisses.

(Paris-Comédien.)

Mettre avec quelqu’un (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Vivre maritalement, — dans l’argot des ouvriers et des grisettes.

Mettre bien (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Ne rien se refuser, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos de tout, excepté à propos de vêtements. Ainsi, en voyant quelqu’un boire beaucoup, il lui dira : « Tu te mets bien, toi ! »

(Rigaud, 1881) : Avoir les moyens de se passer toutes ses fantaisies ; faire de la dépense.

Mettre dans de beaux draps

(Delvau, 1867) : v. a. Engager quelqu’un dans une affaire scabreuse, dans un mauvais pas, dans un danger quelconque. On dit aussi : Être dans de beaux draps.

Mettre dans la pommade

(Delvau, 1867) : v. a. Gagner quelqu’un au jeu. Argot des faubouriens. Signifie aussi Tromper, jouer un tour.

Mettre dans le mille

(Delvau, 1867) : v. a. Réussir dans une entreprise. Se dit aussi pour : Donner un coup de pied au derrière de quelqu’un.

(Rigaud, 1881) : Réussir. — Toucher juste. — Allonger un coup de pied au cul d’un indifférent ou d’un ami.

(Virmaître, 1894) : Réussir une affaire du premier coup. Terme usité chez les pédérastes : mille : podex (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Avoir réussi dans une affaire, être tombé juste, c’est avoir mis dans le mille.

Mettre dans les fesses (se le faire)

(Delvau, 1864) : Se faire enfiler.

L’ dimanche, au sortir de la messe,
Elles dis’t toutes, mais en vain :
Nicolas, mets-moi dans la fesse
C’ qu’est dans ton pantalon d’ nankin.

Darcier.

Mettre dans son sac

(Larchey, 1865) : Dévorer un affront sans pouvoir le venger. — V. Raccourcir.

Le montreur de bêtes fut donc obligé de mettre les calottes dans son sac.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : Recevoir des injures ou des coups sans y répondre ; encaisser des soufflets ou des sottises sans en donner reçu.

Mettre de l’eau dans son vin

(Delvau, 1867) : v. a. S’humilier après avoir été arrogant ; reconnaître ses torts.

Mettre dedans

(Larchey, 1865) : Tromper.

Il met les gabelous joliment dedans. On a descendu plus de vingt fois dans sa cassine, jamais on n’a rien trouvé.

E. Sue.

Serais-je pris pour dupe ! — Eh ben ! conv’nez que vous êtes d’dans.

Vadé, 1756.

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre en prison. Signifie aussi Tromper.

(Rigaud, 1881) : Tromper. — Mettre en prison. — Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Tromper. Emprisonner.

(Rossignol, 1901) : Voir Mettre à l’ombre.

Mettre du beurre dans ses épinards

(Larchey, 1865) : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre. Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. a. Introduire un peu de gaieté dans sa vie ; avoir des chances heureuses.

Mettre du linge sur ses salsifis

(Fustier, 1889) : Mettre des gants.

Mettre du noir sur du blanc

(Rigaud, 1881) : Écrire, — dans l’argot des gens qui ne savent pas lire.

Qu’un jeune homme ait, dix ans, dans le fond d’un collège,
Mis du noir sur du blanc, il semble que le roi
Soit chargé de son sort, et lui doive un emploi.

(C. Bonjour, Le Protecteur et le Mari, acte 1, sc. VI.)

Mettre du pain dans le sac de quelqu’un

(Fustier, 1889) : Lui faire son affaire ; le battre, le tuer.

Mettre du papier dans sa sonnette

(Virmaître, 1894) : V. Affaler son grelot.

Mettre en appétit

(Delvau, 1864) : Exciter l’ardeur vénérienne.

Chevaucher trois ou quatre coups ne fait que mettre en appétit ; il faut continuer tant qu’il y en a, pour nous donner du passe-temps.

Mililot.

Il n’est rien qu’une femme trouve plus mauvais que quand l’homme la met en appétit, sans la contenter.

Bonaventure Desperriers.

Mettre en brasserie (se)

(Fustier, 1889) : Servir dans une brasserie.

Cédant à des suggestions funestes, elle se mit en brasserie, c’est l’expression consacrée.

(F. Sarcey : XIXe siècle, 1881.)

Mettre en brindezingue (se)

(Virmaître, 1894) : Faire la noce. Être dans les brindezingues : être pochard (Argot du peuple). N.

Mettre en bringue

(Delvau, 1867) : v. n. Mettre en morceaux, briser.

(Virmaître, 1894) : Mettre en morceaux, briser. A. D. Bringue, signifie femme maigre, l’expression est donc fausse. Mettre en bringue, est synonyme de brindezingue (Argot du peuple). N.

Mettre en dedans

(La Rue, 1894) : Forcer une porte.

Mettre en dedans (la)

(Rigaud, 1881) : Forcer une porte, — dans le jargon des voleurs.

Mettre en œuvre

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Elle manda secrètement le fils d’un cordonnier, son voisin, et le fit venir en l’étable des chevaux de son père, et le mît en œuvre comme les autres.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Et à la vérité, on en met de bien pires en œuvre.

(T. des Accords.)

Et en disant cela, il la mit en œuvre.

D’Ouville.

Mettre en pâte

(Delvau, 1867) : v. a. Renverser un ou plusieurs paquets en les transportant ou en imposant, — dans l’argot des typographes. On dit aussi Tomber en pâte.

(Virmaître, 1894) : Les compositeurs lient les paquets de caractères avec une ficelle. Quand le paquet est mal lié ou que le bout de la ficelle est emprisonné, le metteur en pages met le paquet en pâte, c’est-à-dire que les caractères se mélangent et qu’il faut recomposer. Quand, dans le paquet, Il y a des lettres qui ne sont pas du corps, ou que le paquet n’a pas été assez mouillé, en le déliant, si les lettres tournent, on appelle cela : faire un soleil (Argot d’imprimerie). N.

Mettre en plan

(Larchey, 1865) : Rester en gage chez un restaurateur jusqu’à l’acquittement de sa note.

Mettre en quatre (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Montrer du zèle pour quelqu’un ou pour quelque chose, — dans l’argot des bourgeois.

Mettre en rang d’ognons (se)

(Delvau, 1867) : Se placer les uns derrière les autres, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois d’un homme, qu’il se mettait en rang d’ognons quand il se plaçait dans celui où il y avait des gens de plus grande condition que lui.

Mettre en suage

(Bras-de-Fer, 1829) : Chauffer les pieds.

Mettre la clef sous la porte

(Virmaître, 1894) : Se sauver, déménager furtivement. Se dit communément d’un commerçant qui, ne faisant pas ses affaires, abandonne sa boutique (Argot du peuple).

Mettre la clef sous le paillasson

(Virmaître, 1894) : V. Mettre la clef sous la porte.

Mettre la main à la pâte

(Delvau, 1867) : Aider à un vol et participer à ses bénéfices.

Mettre la puce à l’oreille

(Delvau, 1867) : v. a. Inquiéter quelqu’un par une fausse nouvelle. C’est l’alicui curam et angorem animi creare des Latins.

Mettre la table pour les asticots

(Delvau, 1867) : Mourir, — dans l’argot des voyous.

Mettre la tête à la fenêtre

(Delvau, 1867) : v. a. Être guillotiné, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Condamné à mort qui passe la tête dans la lunette (Argot des voleurs).

Mettre le chien au cran du repos

(Delvau, 1867) : Dormir, — dans l’argot des soldats.

Mettre le cœur sur carreau

(Rossignol, 1901) : Vomir.

Mettre le foutre à la bouche de quelqu’un

(Delvau, 1864) : L’exciter à la fouterie par des discours libertins, par des images obscènes, ou par des attouchements polissons.

Ingrat ! tu m’as mis le foutre à la bouche !
J’allais presque entrer dans le paradis !

(Parnasse satyrique.)

Mettre le moine

(Delvau, 1867) : v. a. Passer un nœud coulant au pouce du pied d’un soldat pendant son sommeil, et tirer de temps en temps la corde par petites secousses : les contorsions douloureuses qu’il fait, sans se réveiller, sont très drôles, au dire des troupiers farceurs. Au XVIe siècle on disait Bailler le moine.

Mettre les bouchées doubles

(Virmaître, 1894) : Se dépêcher de faire quelque chose. Synonyme de manger un morceau sur le pouce, à la hâte. Cette expression est employée pour tout ce qui est fait précipitamment (Argot du peuple).

Mettre les jambes en l’air

(Rossignol, 1901) : Faire tomber quelqu’un en se battant, c’est lui mettre les jambes en l’air ; on dit aussi faire une partie de jambes en l’air, ce qui veut dire rouscailler.

Mettre les petits plats dans les grands

(Delvau, 1867) : v. a. Se mettre en frais pour bien recevoir ses invités, — dans l’argot des bourgeois.

Mettre les pieds dans le plat

(Delvau, 1867) : Ne conserver aucun ménagement, ne prendre aucune précaution, ni garder aucune mesure en parlant ou en agissant. Argot du peuple.

Mettre quelqu’un à toutes les sauces

(Rigaud, 1881) : Employer quelqu’un à toute sorte de besogne.

Mettre sous bande

(Rigaud, 1881) : Ensevelir, — dans l’argot des communautés religieuses.

Mettre sous le linge (se)

(Delvau, 1864) : Se glisser entre deux draps pour y faire l’amour.

Je n’ai pas été plutôt arrivé qu’elle m’a sauvé au cou avec ardeur, et que ; s’apercevant que je bandais, et raide, elle s’est mise immédiatement sous le linge, ou nous avons joué des reins avec enthousiasme.

J. Le Vallois.

Mettre sous presse

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre en gage.

Mettre sur le dos (se)

(Delvau, 1864) : Se placer pour être baisée, afin da faire avec un homme la bête à deux dos.

Sur le dos nonchalamment
Tout recevez votre amant ;
Pas le moindre mouvement,
Autant, ma foi,
Sentir ta femme auprès de soi.

Béranger.

Mettre sur les dents

(Delvau, 1867) : Épuiser, fatiguer, éreinter quelqu’un.

Mettre sur les fonds de baptême (se)

(Virmaître, 1894) : Quand le nourrisseur de poupard a mal renseigné ses complices et qu’ils sont dans une position difficile, pour se sauver et n’être pas paumés marrons :
— Ils sont sur les fonds de baptême (Argot des voleurs).

Mettre sur les fonts du baptême (se)

(Delvau, 1867) : Se mettre dans une position difficile, embarrassante, compromettante. Argot des voleurs.

Mettre tous ses œufs dans le même panier

(Delvau, 1867) : Confier toute sa fortune à un seul banquier ; aventurer tout ce qu’on a dans une entreprise. Argot des bourgeois.

Mettre une épingle à sa cravate

(Virmaître, 1894) : S’enfiler un demi-setier (Argot du peuple). N.

Mettre une épingle à son col

(Rossignol, 1901) : Manger. Boire un verre de vin est aussi mettre une épingle à son col.

Mettre une femme à mal

(Delvau, 1864) : La baiser, — ce dont elle se trouve ordinairement très bien.

Il avait mis à mal toutes les femmes qu’il avait entreprises.

Richelet.

Mettre une femme dans la circulation

(Delvau, 1864) : La forcer — après l’avoir frappée à son effigie — à avoir tout le monde pour amant. Séduire une jeune fille, lui faire un enfant, et l’abandonner, c’est la jeter.

Mettre une gamelle (se)

(Rigaud, 1881) : Se sauver de prison. Allusion à la vitesse avec laquelle détale un chien à la queue duquel on a attaché une casserole.

Mettre une homme en état

(Delvau, 1864) : Le préparer, par un pelotage savant, à l’accomplissement de son devoir d’homme.

C’est dans ce moment-là, pour le mettre en état
Et pouvoir arriver à quelque résultat,
Qu’il faut de son métier connaître les roueries
Et n’être pas novice en polissonneries.

Louis Protat.

Mettre une pouce

(Fustier, 1889) : Frapper, battre.

De quoi, de quoi, il va me fusiller mes indiennes (me voler mes vêtements). Vas-tu laisser ça ? ou je te mets une pouce.

(Humbert : Mon bagne.)

Meublant

(Delvau, 1867) : s. m. Entreteneur, galant homme qui met une femme galante dans ses meubles. L’expression est toute récente.

Meublant (c’est)

(Rigaud, 1881) : Ça fait de l’effet et ça tient de la place comme meuble. Un piano, une armoire à glace sont meublants, — dans le jargon des tapissiers.

Meuble (vieux)

(Larchey, 1865) : Personne usée, incapable de service.

Prends garde à toi, vieux meuble, affreuse bohémienne !

Les Folles Nuits du Prado, 1854.

(Rigaud, 1881) : Vieille femme, vieille courtisane.

Meubler

(d’Hautel, 1808) : Il a la tête bien meublée. Mauvaise locution qui signifie que quelqu’un a du savoir, de l’érudition.

(Fustier, 1889) : Réparer des ans l’irréparable outrage, se mettre de faux mollets, de faux appas.

— Je suis devenue si maigre que je n’ose mettre une robe décolletée. — On met un corsage carré. — Impossible aussi, car il faut encore meubler le carré et avoir des bras.

(Le Voltaire, 1882.)

Meudon (grand)

(La Rue, 1894) : Officier de paix. Mouchard.

Meulard

(Larchey, 1865) : Veau (Vidocq). V. Pavillonner. — Allusion au mugissement du veau.

(Delvau, 1867) : s. m. Veau, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Veau, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Veau.

(Virmaître, 1894) : Veau. Allusion à la mollesse de la viande. On dit aussi : un bœuf en bas âge (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Veau.

Meule

(La Rue, 1894) : Sans argent.

(Virmaître, 1894) : Vide. C’est veule qu’il faudrait dire, veule signifie mou. Meule est une corruption (Argot des souteneurs). N.

(Rossignol, 1901) : Sans argent.

Meulé

(Hayard, 1907) : Vidé.

Meules de moulin

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les dents, principalement les molaires, qui broient le pain, — dans l’argot du peuple, qui emploie sans s’en douter une expression tout à fait biblique. Les ouvriers anglais disent grinders (les broyeuses).

Meunier

(Delvau, 1867) : s. m. Receleur de plomb volé.

(La Rue, 1894) : Receleur.

(Virmaître, 1894) : Receleur qui a la spécialité d’acheter aux mastardiers ou voleurs de gras double, le plomb, l’étain ou le zinc, volés dans les maisons en construction (Argot des voleurs).

Meûnier

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a rien de plus hardi que la chemise d’un meûnier. Parce que, dit-on, elle prend tous les matin un larron au collet.
D’évêque il est devenu meûnier. Se dit d’une personne à qui les circonstances ont été défavorables, et qui, d’une haute condition, est tombée dans une médiocre.

Meurt-de-faim

(Delvau, 1867) : s. m. Misérable, pauvre diable, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Meurt-la-faim et Crève-la-faim.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit pain d’un sou, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Petit pain d’un sou.

Meurtrier

(d’Hautel, 1808) : Assuré comme un meurtrier. Se dit d’un effronté, d’un homme sans pudeur, que rien ne peut intimider ni faire rougir.

Mézière

(anon., 1827) : Moi, simple.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Simple, dupe, facile à dépouiller.

(Bras-de-Fer, 1829) : Moi, simple.

Mézière, mézigo

(La Rue, 1894) : Moi.

Mezière, Mezigue

(Rigaud, 1881) : Moi, — dans le. jargon des voleurs.

Mezières

(Larchey, 1865) : Bourgeois. — Corruption du vieux mot Messires. V. Regout.

Mézigo

(Delvau, 1867) : pron. pers. Moi, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Mézigue, Mézère, et Ma fiole.

(Rossignol, 1901) : Moi.

Mezigue

(Virmaître, 1894) : Moi. On dit aussi mezigo (Argot des voleurs).

Mézigue

(Larchey, 1865) : Moi (Vidocq). V. Pavillonner.

Mézigue, mon orgue

(Hayard, 1907) : Moi.

Mézique

(Rossignol, 1901) : Moi.

Mi-temps

(Virmaître, 1894) : Milieu. A. Delvau écrit mitan, ce n’est pas exact (Argot du peuple).

Miauler

(d’Hautel, 1808) : Se dit du cri des chats.
Le peuple supprime l’u de ce mot et dit mialer, comme on dit piailler.

Mib ou Mibre

(Delvau, 1867) : s. m. Tour de force quelconque, chose où l’on excelle, — dans l’argot des gamins. C’est mon mib ! C’est mon triomphe ! Signifie aussi Défi. C’est ton mib, c’est-à-dire : Tu ne feras jamais cela.

Mic-mac

(Delvau, 1867) : s. m. Fourberie, tromperie cachée, intrigue, — dans l’argot du peuple.

(Fustier, 1889) : Difficulté, complication, chose inintelligible.

C’est un mic-mac où personne ne comprend rien.

(Zola : Pot-Bouille.)

Michaud

(Rigaud, 1881) : Tête, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Tête. Faire un michaud, dormir.

Michaud (faire son)

(Rigaud, 1881) : Dormir.

Michaud (faire un)

(Boutmy, 1883) : v. Dormir un somme. Employé dans d’autres argots parisiens.

Michaut

(d’Hautel, 1808) : Avoir michaut. Pour dire, avoir envie de dormir, être tourmenté par le sommeil.
Faire son michaut. Pour, dormir un somme.

Miche

(d’Hautel, 1808) : Grosse morceau de pain.
Un donneur de miche. Celui qui est en pouvoir de distribuer des faveurs, les pensions, les charges, les emplois.
Miche de St. Étienne. Nom que l’on donne aux pierres, parce que ce saint fut lapidé.
À la porte où l’on donne les miches, les gueux y vont. Pour dire que l’on courtise ceux qui distribuent les graces, les honneurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Gros morceau de pain, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi pour Pain entier.

Et moins encor il fait du bien
Aux pauvres gens, tant il est chiche ;
Si il a mangé de leur miche.

(Les Touches du seigneur des Accords.)

(Rigaud, 1881) : Dentelle, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Dentelle. Argent. Pain.

Miché

(Delvau, 1864) : Homme galant forcé d’acheter ce que les femmes galantes donnent pour rien à leurs amants de cœur.

Allumer tous les soirs la chandelle de l’hyménée en faveur d’un tas de gonzesses et d’autant de michés.

Lemercier de Neuville.

Surtout selon l’argent donné par le miché.

Louis Protat.

(Larchey, 1865) : Homme payant l’amour d’une femme. — Peut venir des vieux mots michon : sot (V. Roquefort) ou michon : argent de poche (V. d’Hautel).

On appelle miché Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchonnette.

Mérard de Saint-Just, 1764.

Dans une Protestation des Filles de Paris, 1790, nous lisons :

Ce pourfendeur de Mars avait bien affaire aussi de se présenter pour nous enlever nos michés.

« La biche étudiante qui avait levé un michet quelconque. » — 1860, les Étudiants du Quartier latin. on disait aussi micheton « All’ me dit : Mon fiston, Étrenne ma tirelire. Je lui réponds : Ma poule, tu m’ prends pour un mich’ton. » — Le Bâtonniste à la Halle, Aubert, 1813. outre le miché proprement dit, il y a le miché sérieux et le miché de carton — « 1/ Le michet sérieux équivaut à l’entreteneur… Dans un lieu de plaisir où les femmes sont nombreuses, les jeunes gens se disent souvent, comme un mot d’ordre : Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici avec son michet sérieux. Le même individu se désigne aussi par ce mot : Ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des jeux, vient du verbe Ponter (V. Ponter). — 2/ Le michet de carton est un jeune homme bien élevé, qui fréquente les femmes entretenues. Il ne va jamais coucher chez elles, sauf durant les interrègnes des michets sérieux. En tout autre cas, sa maîtresse vient chez lui. Il ne donne que des cadeau, paie à souper, à dîner dehors, à déjeuner chez lui. Il conduit aux courses en voitures et au théâtre en petites loges de baignoires Il ne sort point dans la rue avec les femmes. Il les salue au bois d’un petit geste. » — Cadol. — Il y a longtemps que le carton symbolise une apparence trompeuse. Saint-Simon appelait déjà le duc du Maine un roi de carton, c’est-à-dire un roi de cartes. V. Carton, Mikel.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre, — dans l’argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de michon (argent) et de miche (pain).

On appelle miché…
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette,

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
Miché de carton. Amant de passage, qui n’offre que des gant de filoselle. Miche sérieux. Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.

(Delvau, 1867) : s. m. Client, — dans l’argot des photographes ; homme ou femme qui achète, qui paie, — dans plusieurs autres argots.

(La Rue, 1894) : Niais. Dupe. Homme qui pave généreusement les faveurs d’une Aile. Miché de carton, homme qui paye mal ou pas du tout les filles.

(Virmaître, 1894) : Homme qui monte avec une fille, en payant, ou qui y couche. Miché était déjà connu en 1764. Merard de Saint-Just dit ceci :

D’où vient qu’on appelle miché
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette (Argot des souteneurs).

(Hayard, 1907) : Riche client d’une fille.

Miché de carton

(Delvau, 1864) : Honnête homme qui achète de l’amour en marchandant, ce qui le fait mépriser des amoureuses.

Les Valaques ont près des femmes une grande réputation de mauvaise foi… Aussi elles les évitent et les ont placés au premier rang des michés de carton.

Vermorel.

(Virmaître, 1894) : Homme à qui une fille demande cinq louis et qui lui offre quarante sous. On dit aussi : miché à la mie de pain (Argot des filles).

Miche de profonde, Michon

(Rigaud, 1881) : Argent. — L’argent est le pain de la poche.

Miche de Saint-Étienne

(Rigaud, 1881) : Pierre, par allusion à la lapidation de saint Étienne.

Miche sérieux

(Delvau, 1864) : Homme qui ne regarda pas à la dépense avec la femme qui l’a levé à Mabille ou sur le boulevard, et dont il devient souvent le Monsieur.

Fichtra ! C’est un miché sérieux !

Lemercier de Neuville.

Miché, Mikel, Miquel

(Rigaud, 1881) : Nigaud ; homme simple, dupe, gobe-mouche. Monter un miquel, duper quelqu’un à qui on avait promis monts et merveilles.

Michelet, Michelin (faire le)

(Rigaud, 1881) : C’est, à la faveur d’une cohue, dans l’obscurité, apprécier, à la manière de Tartuffe, l’étoffe de la robe d’une Elmire quelconque. Il y a des amateurs qui ne vont au milieu des foules que pour faire « les michelins ». Au spectacle de Guignol aux Champs-Elysées, les soldats font les michelins auprès des bonnes d’enfants. Autrefois le grand rendez-vous des michelins était au théâtre Comte. Grâce à l’obscurité nécessitée par la représentation des Ombres chinoises, les michelins avaient beau jeu. Parfois se faisait entendre le cri de quelque Lucrèce effarouchée ; mais le spectacle n’en était pas troublé, et des rires étouffés répondaient seuls à cet appel de la vertu indignée.

Michelets (avoir ses)

(Rigaud, 1881) : Avoir ses menstrues, — dans le jargon des femmes qui ont lu le livre de Michelet sur l’Amour.

Michet

(Rigaud, 1881) : Homme qui paye les femmes autrement qu’en belles paroles. Mot connu au XVIIIe siècle. — Michet sérieux, celui sur qui une femme peut compter, celui qui donne beaucoup d’argent et a passé un bail. Elles (les pierreuses) tournent la tête, et, jetant sur ce type, « Par dessus leur épaule un regard curieux, » Songent : « Oh ! si c’était un miché sérieuxl » (La Muse à Bibi, Les Pierreuses.) Bon Michet, oiseau de passage généreux. — Michet de carton, oiseau également de passage, mais marchandeur, un qui ne dit pas son nom et qu’on ne revoit plus.

(Rossignol, 1901) : Homme généreux qui dépense sans regarder. Lorsqu’une fille publique trouve un client, elle a rencontré un michet ; s’il n’est pas généreux, c’est un michet à la mie de pain. Celui qui dépense sans compter et à qui l’on vend plus cher qu’à un autre est encore un michet.

Micheton

(Delvau, 1867) : s. m. Petit miche, homme à qui les marchandes d’amour font un rabais.

(Rigaud, 1881) : Michet en raccourci. Jeune homme, rhétoricien, qui apporte à une femme le peu d’argent dont il dispose, et qui, au besoin, en dérobe à sa famille.

(Virmaître, 1894) : Petit miché qui rale sur le prix des faveurs des filles (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Homme qui paye les femmes.

(Hayard, 1907) : Petit miché.

Micheuse, mirante, miradon

(La Rue, 1894) : Glace.

Michon

(d’Hautel, 1808) : Il a bien du michon. Pour, il a bien de l’argent pour avoir des miches.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Argent. Faire du michon, amasser de l’argent.

Michon (du)

(anon., 1827) : De l’argent.

(Bras-de-Fer, 1829) : De l’argent.

(Halbert, 1849) : Du pain blanc.

Micmac

(d’Hautel, 1808) : Manigance, intrigue, embarras, désordre, confusion.

Microscope

(d’Hautel, 1808) : Instrument qui grossit les objets. Le peuple dit par corruption mitroscope.

Midi

(d’Hautel, 1808) : À midi précise, sur les midi. Beaucoup de personnes parlent ainsi, au lieu de dire au masculin et au singulier à midi précis ; sur le midi. Il en est de même du mot minuit.
Chercher midi à quatorze heures.
Chercher une chose où elle n’est pas. Voyez Heure.
Chercheurs de midi. Filous qui s’introduisent dans les maisons, pour y exercer des vols.
Il ne voit pas clair en plein midi. Se dit d’un homme entêté, qui a peu de jugement, et qui ne veut pas convenir de ses erreurs.

(Rigaud, 1881) : Trop tard. — Il est midi, cela n’est pas vrai. — Les ouvriers se servent encore de cette expression dans le sens de : « Méfions-nous », lorsqu’il y a des étrangers à l’atelier.

Midi !

(Delvau, 1867) : Exclamation du même argot [du peuple], employée pour signifier : Trop tard ! Il est midi ! C’est-à-dire je ne crois pas un mot de ce que vous dites ; « Je ne coupe pas dans ce pont-là ! »

(Merlin, 1888) : Trop tard ! ou tu peux t’ fouiller ! (argot parisien).

(La Rue, 1894) : Trop tard. Il est midi t cela n’est pas vrai.

Midi (il est)

(Larchey, 1865) : Il n’est plus temps. — Date du temps où midi était l’heure du repas, celle où cessait toute affaire.

Mie

(d’Hautel, 1808) : Jeûner entre la mie et la croûte. Ne point observer de jeûne.

Mie de pain

(Larchey, 1865) : Vermine (Vidocq). — Allusion à la démangeaison causée par une mie de pain égarée.

(Delvau, 1867) : s. f. Pou, — dans l’argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.

(Delvau, 1867) : s. f. Chose de peu de valeur, — dans l’argot des typographes. Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.

(Rigaud, 1881) : Objet de nulle valeur. — Individu déplaisant, — dans le jargon des typographes. — Pellicules de la tête, — dans le jargon des enfants.

(Boutmy, 1883) : s. f. Chose de peu d’importance, de mince valeur Compositeur mie de pain, ouvrier peu habile. Metteur en pages mie de pain, celui qui n’a que des ouvrages de peu d’importance, ou qui n’est chargé que par occasion de la mise en pages d’un travail de cette sorte.

(Virmaître, 1894) : Moins que rien. Les typos, par la grande habitude, savent, du premier coup d’œil, discerner un bon article d’un mauvais. Le mauvais, c’est de la mie de pain (Argot d’imprimerie).

(Virmaître, 1894) : Pou. On sait combien une mie de pain est désagréable sur la peau ; le pou occasionne une démangeaison semblable (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Pou.

dis donc, Gugusse, quoiq’t’as sur le cou ? — C’est une mie de pain. — Une mie de pain ? ça marche !

Mie de pain (à la)

(Hayard, 1907) : De peu de valeur.

Mie de pain à ressort

(Hayard, 1907) : Pou.

Miel !

(Delvau, 1867) : Interjection de l’argot des bourgeois, amis de l’euphémisme.

Miel (c’est un)

(Delvau, 1867) : Phrase de l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle : C’est un miel. Ils entrent dans un endroit qui pue : C’est un miel. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule : C’est un miel, etc., etc.

(Rigaud, 1881) : C’est bon, c’est amusant, très agréable ; et par ironie, c’est laid, ennuyeux, désagréable.

Mielleux

(d’Hautel, 1808) : Avoir un air mielleux. Pour dire fade, doucereux, comme sont ordinairement les fourbes et les hypocrites.

Miette

(d’Hautel, 1808) : Faire sauter les miettes. Manger avec un grand appétit, avidement ; mettre les morceaux doubles, comme il arrive lorsqu’on a pris beaucoup d’exercice, ou que l’on s’est appliqué à un travail pénible.
Rendre les miettes. Pour vomir, rendre les alimens que l’on a pris avec excès.

Miette (une)

(Larchey, 1865) : Un peu.

Minute ! je me chauffe les pattes une miette.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : Un peu, — dans l’argot du peuple.

Mièvre

(d’Hautel, 1808) : Eveillé, espiègle ; joyeux, débauché.

Miévrerie

(d’Hautel, 1808) : Petite malice, tour de jeunesse.

Miévreté

(d’Hautel, 1808) : Fredaines, malignité.

Mignardise

(d’Hautel, 1808) : Affectation de gentillesse, de délicatesse ; flatterie, enjôlerie, caresses fines et intéressées.

Mignon

(d’Hautel, 1808) : Un mignon. Homme d’une lâche complaisance, asservi à d’infâmes caprices.
Un piché mignon. Inclination fautive dans laquelle on tombe à tout moment.
Argent mignon. Épargnes, économie, abondance d’argent comptant, que l’on dépense en frivolités, que l’on emploie à satisfaire ses moindres désirs.

(Delvau, 1864) : Jeune pédéraste… passif. — Apollon à belles fesses. — L’histoire faisant mention des pages de Henri III, qui étaient non-seulement ses favoris, mais encore ses mignons, ne laisse pas de doute sur l’emploi qu’ils avaient auprès de leur maître.

Ce qu’il est le plus naturel de faire à la femme est précisément ce dont elle se soucie le moins ;… tantôt elle veut qu’où la traite comme un mignon… tantôt, etc…

A. de Nerciat.

Petit fils, petit mignon, Mâle ou femelle, Je sais ton nom.

Béranger.

Et j’abandonne au vicaire de Dieu
Ses trois clés d’or, ses fulminantes bulles,
Son Vatican, son cardinal neveu,
Ses beaux mignons, ses nièces et ses mules.

Parny.

Mignonne

(Delvau, 1864) : Nom que l’on donnait au XVIIe siècle, à l’époque de leur apparition, à toutes les femmes entretenues.

Les riches seigneurs et les financiers ne se faisaient pas faute d’entretenir plusieurs mignonnes à la fois dans différents quartiers de la ville, ou même de les réunir ensemble comme dans un sérail.

P. Dufour.

Il me faut donc chercher quelque jeune mignonne,
Que, pour fille de chambre, en gaussant je lui donne.

J. De Schélandre.

Mignoter

(d’Hautel, 1808) : Caresser, dorloter, traiter délicatement. Il se dit particulièrement des enfans.
Se mignoter. Se traiter avec beaucoup de précaution, mettre de l’affectation dans les soins qu’on prend de sa personne.

(Fustier, 1889) : Cajoler, embrasser, faire mignon.

Elle mignotait Céline, sa préférée, dont la tignasse jaune de chrome l’intéressait.

(Huysmans : Sœurs Vatard.)

Mignotise

(d’Hautel, 1808) : Flatterie, cajolerie, basse caresse.

Mijaurée

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne à une femme qui s’en fait trop accroire ; à une bégueule, et généralement à ces indolentes, à ces idiotes toujours malades, et qui ne sont bonnes à rien.

(Delvau, 1864) : Fille ou femme qui, devant l’homme, affiche des prétentions par des manières affectées et ridicules qui nous font… pisser. — Oh ! la ! la !

Ne va pas avec moi faire la mijaurée.

Regnard.

Fi des coquettes maniérées !
Fi des bégueules du grand ton !
Je préfère à ces mijaurées
Ma Jeannette, ma Jeanneton.

Béranger.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu’il convient, — dans l’argot des bourgeois. Faire la mijaurée. Faire des manières et des façons pour accepter une chose. On dit aussi Minaudière.

Mijoter

(d’Hautel, 1808) : Mijoter une affaire. La traiter doucement, avec beaucoup de prudence ; la mener petit à petit au succès.
Se mijoter. Le même que mignoter.

(Delvau, 1867) : v. a. Entreprendre à la sourdine ; préparer lentement, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.

(Rigaud, 1881) : Combiner avec soin. — Mijoter une affaire, une intrigue. — Mijoter un livre.

Mijou

(Hayard, 1907) : Malade.

Mijou (faire le)

(Virmaître, 1894) : Simuler une maladie (Argot des voleurs).

Mikel

(Larchey, 1865) : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. m. Dupe, — dans l’argot des saltimbanques.

Milieu

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas de milieu à cela. Pour, il n’y a pas d’autre parti à prendre ; il faut en passer par-là.

(Delvau, 1864) : Le con, par devant ; — le cul, par derrière. — Il n’y a pas de milieu, nom de Dieu !

Ce n’était que l’enjeu, nom de Dieu !
Pour luron de ma sorte.
Je fêtai son milieu ! nom de Dieu !
Trois fois avant que j’ sorte, nom de Dieu !
J’ fous la quatrième à la porte. nom de Dieu !
J’ fous la quatrième à la porte.

F. de Calonne.

Le doux milieu demandait à sa dame.
Pour y trouver un repos bienheureux.
Et la pauvrette s’est donnée
D’un vit par le milieu du corps.

Collé.

Militaire

(d’Hautel, 1808) : La goute militaire. Pour dire le rogomme, l’eau-de-vie que les soldats ont coutume de boire le matin à jeun.

Mille

(d’Hautel, 1808) : Il a des mille et des cents. Pour dire, que quelqu’un a beaucoup d’argent ; qu’il est très à son aise.

(Fustier, 1889) : Argot des libraires. L’édition totale d’un ouvrage, d’un roman quelconque, étant donné — ce qui est une supposition — que cet ouvrage est tiré à mille exemplaires.

Depuis quelque temps on lit sur la couverture des volumes d’une maison de librairie : Premier mille ou sixième mille ou dixième mille. Mille quoi ? Mille exemplaires, cela se devine, mais cela n’en est pas moins de l’argot et quel argot !

(Événement, 1883).

Le dernier roman de M. Daudet a eu une envolée heureuse. Le cinquantième mille est depuis longtemps dépassé.

(Français, juillet 1884.)

Millé

(Hayard, 1907) : Billet de mille francs.

Mille (mettre dans le)

(Fustier, 1889) : Réussir pleinement.

Mille millions de milliasse

(Rigaud, 1881) : Enormément, un nombre infini de fois, tout ce que l’esprit du peuple peut concevoir de plus élevé comme chiffre.

Mille pattes

(Rossignol, 1901) : Soldat d’infanterie.

Mille-langues

(Delvau, 1867) : s. m. Personne bavarde, indiscrète, — dans l’argot du peuple.

Mille-pattes

(Merlin, 1888) : Infanterie, régiment ou bataillon de fantassins. Le mot fait image.

(Fustier, 1889) : Fantassin.

Milled

(La Rue, 1894) : Mille francs.

(Virmaître, 1894) : Billet de mille francs (Argot des voleurs). N.

Millerie

(Halbert, 1849) : Loterie.

(Delvau, 1867) : s. f. Loterie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Loterie, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Loterie.

(Virmaître, 1894) : Loterie que tiennent les camelots dans les fêles publiques (Argot des camelots).

(Hayard, 1907) : Loterie de camelot dans les foires.

Millet

(d’Hautel, 1808) : C’est un grain de millet dans la gueule d’un âne. Se dit quand les secours que l’on donne à quelqu’un sont bien au-dessous de ses besoins.

(Rossignol, 1901) : 1000 francs.

Millet, Millot

(Rigaud, 1881) : Billet de banque de mille francs.

Quarante millets ! Telle était cette aubaine.

(La France, du 13 mars 1879.)

Milliards

(anon., 1827) : Ceux qui portent des bissacs sur le dos.

(Halbert, 1849) : Ceux qui portent des bissacs sur le dos.

Milliasse

(d’Hautel, 1808) : Il y en a par milliasse. Se dit d’un lieu qui renferme une multitude d’êtres, d’insectes, comme les fourmis, les moucherons.

Milliasses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Fort grand nombre. Argot du peuple.

Milord

(Delvau, 1864) : L’entreteneur — anglais ou toulousain — d’une femme galante.

Le notaire est son milord.

H. De Balzac.

J’allons fair’ sauter les sacoches
De ce bon mossieu, son milord.

L. Festrau.

Une demoiselle entretenue ne se contente pas de son seul entreteneur appelé ordinairement Mylord Pot-au-feu. Elle a un amant en titre, qui ne paye que les chiffons ; un Guerluchon, c’est un amant qu’elle paye ; un Farfadet, c’est un complaisant ; et un Qu’importe est une personne qui vient de temps en temps, qui est sans conséquence ! et paye au besoin les petites dettes criardes.

(Correspondance d’Eutylie, 1,132.)

(Larchey, 1865) : On donne moins ce nom aux Anglais qu’à ceux dont les largesses rappellent l’opulence britannique. Au moyen âge, milourt avait déjà le même sens, avec une acception plus ironique encore. C’est, comme Anglais, un fruit de nos anciennes guerres.

Ce sont milourdz qui ne voulsissent point d’hostes avoir.

Cretin, Épitre à Charles VIII.

Et je vous attise un beau feu au dessoubs et vous flambois mon milourt comme on faict les harencs sorets à la cheminée.

Rabelais, Ch., 14.

Le gros tailleur se dit négociant. À sa tournure il n’est pas milord russe.

Sénéchal, Ch., 1852.

Être sur le boulevard de Gand, se donner un air milord.

Ed. Lemoine.

Milord est souvent synonyme du miché sérieux décrit plus haut. exemple :

Le notaire est son milord.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Cabriolet à quatre roues.

On vote vingt-deux sous à Clémence pour un cabriolet milord.

Méry.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme riche, en apparence du moins, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l’occupation de Paris par les Anglais.

(Delvau, 1867) : s. m. Entreteneur, — dans l’argot des petites dames. Leurs mères, plus prosaïques et moins vaniteuses, disaient Milord pot-au-feu, comme en témoigne ce couplet de Désaugiers :

Lorsque nous aimons,
Nous finançons
Afin de plaire.
D’où vient qu’en tout lieu
On dit : « Un milord pot-au-feu. »

(Delvau, 1867) : s. m. Cabriolet à quatre roues, — dans l’argot des cochers.

(Rigaud, 1881) : Entreteneur, à l’époque où les Anglais passaient our être généreux avec les dames qui vivent de la générosité publique.

Mimele

(Rossignol, 1901) : Argot hébreu qui signifie chatte.

Mimi

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des artistes et des bohèmes, qui ont emprunté cette expression à Henry Murger, qui l’avait empruntée à Alfred de Musset.

Minable

(Delvau, 1867) : adj. et s. Pauvre, misérable ; mesquin ; de mauvaise mine, — dans l’argot du peuple.

Minauder

(d’Hautel, 1808) : Affecter des mines et des manières ; faire le gracieux.

Minauderie

(d’Hautel, 1808) : Toner doucereux, grimacier et affecté.

Minaudier

(d’Hautel, 1808) : Qui affecte des manières ridicules, qui fait l’agréable.

Mince

(d’Hautel, 1808) : Des minces. On appeloit ainsi vulgairement le papier monnoie, connu sous le nom d’assignats, quand il étoit en émission ; c’est maintenant le nom que le peuple donne aux billets de banque.
Mince comme la langue d’un chat. Se dit par mépris d’une chose peu épaisse, qui n’a de valeur qu’autant qu’il y a beaucoup de matière.
Il est assez mince. Pour dire, il n’est pas trop à son aise.
Avoir l’esprit mince. Pour avoir peu d’esprit, être borné.

(Larchey, 1865) : Papier à lettres (Vidocq). — Allusion d’épaisseur.

(Delvau, 1867) : s. m. De peu de valeur, morale ou physique, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. Mince alors !

(Delvau, 1867) : s. m. Papier à lettres, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Papier à lettres, billet de banque, papier. — Le mot mince pour désigner papier date de la création des assignats.

(Boutmy, 1883) : adj. Pris adverbialement Beaucoup, sans doute par antiphrase. Il a mince la barbe, il est complètement ivre. Commun à plusieurs argots.

(La Rue, 1894) : Papier. Billet de banque. Mince ! Beaucoup, très.

(Virmaître, 1894) : Rien. Mais, dans le peuple, cette expression sert à manifester l’étonnement.
— Ah ! mince alors, elle en a une nichée dans la paillasse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Ce mot sert à marquer l’étonnement, et signifie beaucoup.

Vois ce que j’ai pris de poisson ! Mince alors. — Le patron offre à dîner : mince ce que nous allons nous les caler.

Mince !

(Fustier, 1889) : Exclamation qui répond à zut ! ou à : ah ! non ! alors !

Ah ! mince alors ! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse.

(Meilhac et Halévy : Lolotte.)

A aussi le sens de beaucoup.

(Hayard, 1907) : Expression à peu près équivalente à « zut ! »

Mince de

(Rigaud, 1881) : Beaucoup de ; rien que ça de. Locution employée par le peuple hors de tout propos devant un autre mot, pour en marquer à la fois le nombre et la bonne qualité. — Mince de toilette à la clé, mince de politesse, mince de beurre, mince de tableaux, mince de chic.

Mince, Mince que

(Rigaud, 1881) : Je crois bien, comment donc, certainement que. — Mince que je voudrais le voir. — Mince qu’il est bate.

Mince que t’as raison.

(J. Lermina, Les Chasseurs de femmes, 1879.)

Vous avez des places ? — Mince ! si j’ai des places ? Une loge de face.

(Le Gavroche, 1879)

Les voyous emploient encore le mot mince comme synonyme du fameux mot de Cambronne, à la fin d’une phrase, comme argument décisif : Ah ! mince alors.

Minces

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Billets de banque, — dans l’argot des faubouriens, qui, originairement, ont donné ce nom aux assignats.

Minçon

(Clémens, 1840) : Morceaux.

Mine

(d’Hautel, 1808) : Tourner la mine du côté de la marmite. Phrase facétieuse. Pour aller diner ; aller prendre un repas.
Faire grise mine. N’être pas de bonne humeur ; avoir l’air sérieux et triste.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Cacher le désordre de ses affaires, en montrant une grande tranquillité.
Faire la mine à quelqu’un. Pour le bouder, lui montrer de la mauvaise humeur.
Mine éventée. On appelle ainsi ironiquement une fille qui s’est laissée séduire.

Mine à chier dessus

(Rigaud, 1881) : Vilain visage, — dans le jargon du peuple. Qu’est-ce qu’il vient vous emm… ieller, celui-là, avec sa mine à chier dessus ?

Mine revenante

(Rigaud, 1881) : Mine qui revient, visage agréable.

Minerve

(Fustier, 1889) : Argot de joueurs. Filouterie qui rappelle celle dite du neuf de campagne. (V. cette expression).

D’ordinaire, le baccara se joue avec deux cartes dont l’assemblage forme le point et, si le banquier veut bien y consentir, une troisième qu’il donne découverte au tableau qui la demande. Quelquefois dans ces trois cartes il n’y a pas de quoi gagner sa vie, au contraire. Les malins en ont ajouté une quatrième, cachée celle-là qu’ils tiennent dans leur main gauche et que, par un travail analogue à celui dont j’ai parlé plus haut, ils arrivent à substituer à l’une de celles qui leur sont données régulièrement. D’habitude, les prestidigitateurs qui font la minerve adoptent un quatre ou un cinq, une carte qui peut s’adapter à toutes les combinaisons pour faire un point très honorable.

(C. des Perrières : Paris qui triche.)

Minet

(Delvau, 1867) : s. m. Chat, — dans l’argot des enfants. Ils disent aussi Minon.

Minette

(d’Hautel, 1808) : Nom d’amitié que l’on donne à une petite fille.

(Delvau, 1864) : Gamahuchage de la femme par l’homme, et quelquefois de l’homme par la femme, — au moyen de la langue, qui a l’air de laper le sperme comme les chats lapent le lait.

Allons, ma fille, une minette, pour que je bande.

J. Le Vallois.

Le bougre lui fait minette.

Gustave Nadaud.

Elle a l’étrange goût
Qu’on la foute en levrette,
Elle vous fait minette
Et puis avale tout.

Joachim Duflot.

Et maintenant, mon agneau… fais-moi une minette distinguée, digne du coup que nous allons tirer ensemble.

Lemercier de Neuville.

(Larchey, 1865) : Mot d’amitié. V. Chat.

Oui, minette, je me calme.

De Courcy.

(Virmaître, 1894) : V. Descendre à la crémerie.

Mineur

(d’Hautel, 1808) : Cela ne fait pas le compte des mineurs. Se dit en plaisantant de quelque chose qui blesse les intérêts d’une personne compromise dans une affaire.

(Halbert, 1849) : Manseau.

Ministère

(d’Hautel, 1808) : Avez-vous besoin de mon ministère ? Pour, avez-vous besoin de mes services ; puis-je vous être utile ?

Ministre

(Rigaud, 1881) : Pour le soldat, tout individu crevant de santé, bien placé ou bien renté, que rien n’émeut, content de lui, gros et gras à lard est un « ministre ». Il y a, comme on voit, un grand fond d’observation chez le troupier français. — Gros ministre, marche donc, si tu peux, ou roule, si tu peux pas marcher.

(Rossignol, 1901) : Mulet. En campagne, les mulets sont des ministres parce qu’ils sont toujours charges des affaires de l’État.

Ministre de l’intérieur

(Virmaître, 1894) : Doigt. Allusion à une coutume très en usage dans les couvents de jeunes filles (Argot du peuple).

Minois

(Halbert, 1849) : Nez.

(Delvau, 1867) : s. m. Nez, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Nez. Visage.

Minois, Mine

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon des voleurs.

Minon

(d’Hautel, 1808) : Nom que les enfans donnent aux chats.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Pour, il entend le demi-mot, et sans qu’on lui explique.

Minon Minette (faire)

(Delvau, 1864) : Se gamahucher mutuellement, homme et femme ; faire tête-bêche.

Minot

(d’Hautel, 1808) : Ils ne mangeront pas un minot de sel ensemble. Pour, ils ne seront pas long-temps unis, bons amis.

Minotaure, risé

(Larchey, 1865) : « Quand une femme est inconséquente, le mari serait, selon moi, minotaurisé. » — Balzac.

Minotauriser

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper un homme avec sa femme, comme Paris avec la femme de Ménélas. Argot des gens de lettres. L’expression sort de la Physiologie du mariage d’H. de Balzac.

Minotauriser un homme

(Delvau, 1864) : Le faire cocu, — allusion aux cornes du Minotaure de l’Ile de Crète.

Quand une femme est inconséquente, le mari doit être, selon moi, minotaurisé.

H. De Balzac.

Minuit

(d’Hautel, 1808) : À minuit précis, sur le minuit. Ce mot est toujours singulier et masculin ; c’est à tort que l’on dit continuellement à minuit précise, sur les minuit. Voy. Midi.

(Larchey, 1865) : Nègre (Vidocq). — Allusion à la couleur sombre de la nuit.

(Delvau, 1867) : s. m. Nègre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Nègre. — Enfant de minuit, voleur.

(La Rue, 1894) : Nègre.

Minute

(d’Hautel, 1808) : Minute ! Espèce d’exclamation, pour dire, un moment ; arrêtez, n’achevez pas.

Minzingue

(Rigaud, 1881) : Marchand de vin. Et les variantes minzingo, mind-zingue, manzinguin, qu’on prononce en faisant sonner fortement le premier N.

La philosophie, vil mindzingue, quand ça ne servirait qu’à trouver ton vin bon.

(Grévin).

Pauvre Dupuis manzinguin, malheureux.

(Privat d’Anglemont).

Minzinguin

(Larchey, 1865) : « Le roi est un bon zigue qui protège les minzinguins. » — Cabassol. — V. Mannezingue.

Mioche

(d’Hautel, 1808) : Pour, petit enfant.
Avoir des mioches. Pour avoir des enfans.
C’est aussi un terme de mépris que l’on applique à un petit homme qui fait le fanfaron ; à un fat qui n’a ni force, ni talent.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, — dans l’argot du peuple, pour qui un nouveau-né est une miette d’homme, et dont le corps pétri de lait, presque sans os et sans muscles, ressemble à de la mie de pain.

Mioche, mion

(Larchey, 1865) : Bambin. — Mion est un mot de langue romane (V. Roquefort) dont mioche serait le diminutif. — V. Dardant.

C’est à moi que reviendra le droit d’être le parrain de tous les mioches.

Bourget.

Mioche, Mion

(Rigaud, 1881) : Petit enfant, petit garçon. — Mion de gonesse. Adolescent. — Mion de boule, voleur.

Mion

(anon., 1827) : Garçon.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Filou de bas étage.

(Bras-de-Fer, 1829) : Garçon.

(Halbert, 1849) : Garçon.

(Hayard, 1907) : Enfant.

Mion de boule

(Halbert, 1849) : Filou.

Mions de boule

(anon., 1827) : Coupeurs de bourse, filoux.

(Bras-de-Fer, 1829) : Coupeurs de bourse, filous.

Miou

(Virmaître, 1894) : Enfant. Allusion au miaou du jeune chat (Argot du peuple).

Mipe

(d’Hautel, 1808) : Défi, bravade ; terme d’écoliers.
Faire un mipe. Défier un camarade au jeu ; jouer au plus habile, à qui sera le plus fort, qui l’emportera.

Miquel

(Clémens, 1840) : Facile à faire.

(La Rue, 1894) : Facile à faire. Niais, dupe.

Miracle

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas encore crier miracle. Se dit d’une affaire dont le succès, quoique presqu’assuré, n’est cependant pas encore absolument décidé.
Voilà un beau miracle ! Se dit ironiquement, pour diminuer le prix d’une action.
Il a fait un miracle. Pour, il lui est arrivé un malheur, il a brisé ou cassé quelque chose.
À miracle. Pour dire, à merveille, parfaitement, on ne peut mieux.

Miradou

(Larchey, 1865) : Miroir (Vidocq). — Mirauder voulait dire autrefois regarder.

(Delvau, 1867) : s. m. Miroir, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Miroir ; mot emprunté au provençal. — La variante est : mirelaid.

(Virmaître, 1894) : V. Mirante.

Mire-laid

(d’Hautel, 1808) : Pour dire un miroir, et par une allusion maligne avec la personne qui s’en sert.

(Delvau, 1867) : s. m. Miroir, — dans l’argot du peuple.

Mirecourt

(Delvau, 1867) : s. m. Nom d’homme qui est devenu celui de tous les pamphlétaires de plus de passion que de talent. Théodore de Banville est le premier qui, en littérature, ait fait de ce nom propre un substantif courant. Il restera, il doit rester.

(Rigaud, 1881) : Violon. M. Fr. Michel assure que c’estparce qu’on fabrique beaucoup de violons dans les Vosges que les voleurs ont donné au violon le nom d’une petite ville de ce département. — C’est tout simplement parce que pour jouer du violon on regarde l’instrument de très près ; l’exécutant le met pour ainsi dire sous son nez : mirer de court, regarder de près, a fait mirecourt.

Mirer

(d’Hautel, 1808) : Se mirer dans ses plumes. Se dit d’un fat qui est idolâtre de sa personne ; qui s’admire avec complaisance, s’enthousiasme de sa fadeur et de son insipidité.

Mirette

(Halbert, 1849) : Œil.

(Larchey, 1865) : Œil (id). — L’œil est un petit miroir.

(Rigaud, 1881) : Prunelle de l’œil. — Sans mirettes, aveugle. Mirettes en glacis, mirettes glacées, lunettes. Mirette en caouche, télescope ; caouche pour caoutchouc.

Mirettes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Yeux, — dans l’argot des voyous.

(La Rue, 1894) : Yeux.

(Virmaître, 1894) : Les yeux (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Yeux.

(Hayard, 1907) : Yeux.

Mireur

(Rigaud, 1881) : Espion, observateur, — dans le jargon des voyous. — Quand ils auront fini de se ballader, tous ces mireurs !

Mirliflore

(d’Hautel, 1808) : Un merveilleux ; un fat, un homme fort épris de sa personne.

(Delvau, 1867) : s. m. Le gandin de la Restauration, qui est toujours le Lion pour le peuple.

Mirliton

(Delvau, 1864) : Un des nombreux synonymes des mots : vit, pine et con, — très usité dans les chansons et les poésies légères.

Je ne connais sur la terre
Que deux séduisants objets :
Ce vin qui remplit mon verre
Et d’un tendron jeune et frais.
L’étroit mirliton, etc.
Le cynique Diogène
Blâmait toujours le plaisir,
Et lui-même, dans Athènes,
Il empoignait pour jouir
Son vieux mirliton, etc.

J. Cabassol.

Vos mirlitons, Mesdames, à présent,
Sont grands trois fois plus qu’ils ne devraient être.

Grècourt.

Mais où placer un Amphion
Qui n’a qu’un petit mirliton ?

(Chanson anonyme moderne.)

(Delvau, 1867) : s. f. La voix humaine, — dans l’argot des faubouriens. Jouer du mirliton. Parler, causer.

(Rigaud, 1881) : Voix. — Jouer du mirliton, parler.

Mirmidon

(d’Hautel, 1808) : Un mirmidon. Terme de mépris ; nain, bamboche ; homme étourdi, indiscret, in considéré.

Mirnte

(Virmaître, 1894) : La glace (Argot des voleurs).

Mirobolamment

(Larchey, 1865) : Merveilleusement.

À meubler mirobolamment sa maison.

Balzac.

(Delvau, 1867) : adv. Merveilleusement. Cet adverbe appartient à H. de Balzac.

Mirobolant

(Larchey, 1865) : Merveilleux.

La cravate mirobolante.

Ed. Lemoine.

Je me sens d’une incapacité mirobolante.

Balzac.

(Delvau, 1867) : adj. Inouï, merveilleux, féerique.

Miroder

(Rigaud, 1881) : Regarder, arranger.

Elle monta seule et nu-pieds sur l’échelle et sur l’échafaud et fut un quart d’heure mirodêe, rasée, dressée et redressée par le bourreau.

(Madame de Sévigné, Lettres.)

Miroir

(Rigaud, 1881) : Coup d’œil rapide jeté sur le talon d’un jeu de piquet, sur les premières cartes à distribuer au baccarat, — dans le jargon des grecs ; une manière de connaître le jeu de l’adversaire.

Miroir à putains

(Delvau, 1864) : Beau garçon, souvent trop beau pour rien faire, dont toutes les filles raffolent et qu’elles payent l’une après l’autre — et même quelquefois ensemble.

(Larchey, 1865) : Garçon dépourvu de distinction mais riche de cette beauté banale qui séduit le commun des femmes.

(Delvau, 1867) : s. m. Beau garçon, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoignent ces vers de Scarron :

Dis-lui qu’un miroir il putain,
Pour dompter le Pays Latin
Est un fort mauvais personnage.

(Rigaud, 1881) : Joli visage d’homme à la manière des têtes exposées à la vitrine des coiffeurs.

(Virmaître, 1894) : Joli garçon qui s’en croit beaucoup, une espèce de « Nicolas » de faubourg.

Dis-lui qu’un miroir à putain
Pour dompter le pays latin
Est un fort mauvais personnage.

Celle expression était employée au temps de Scarron (Argot du peuple).

Miroir à putains, à grues

(La Rue, 1894) : Homme d’une beauté banale.

Miroir aux alouettes

(Delvau, 1864) : Pièce d’or que l’on fait briller dans un bal et sur laquelle les drôlesses tombent toutes rôties — par le désir.

Mirquin

(Halbert, 1849) : Bonnet.

(Delvau, 1867) : s. m. Bonnet, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Bonnet.
— J’ai vu une gerce au rastue de Saint-Lago ; elle était rudement gironde avec sou melet mirquin ; il y manquait un rayon de miel (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Bonnet.

Mirzale

(Larchey, 1865) : Boucle d’oreille (Vidocq). — Même construction que dans cabe, combre, calvin. Une mirzale est mot à mot : ce qui mir-oite z’à l’oreille.

(Rigaud, 1881) : Boucle d’oreilles.

Mirzales

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Boucles d’oreilles, — dans le même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : Boucles d’oreilles.

(Virmaître, 1894) : Boucles d’oreilles (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Pendants d’oreilles.

Mise

(d’Hautel, 1808) : C’est de mise. Pour, c’est reçu ; cela peut être dit.

Mise (faire sa)

(Delvau, 1867) : Payer le droit de circulation sur « le pont d’Avignon », — dans l’argot des filles.

(Rigaud, 1881) : Payer la patente, — dans le jargon des filles.

Mise à pied

(Larchey, 1865) : Mise en non activité.

Une mise à pied enseigna à notre inspecteur à faire plus exactement son service.

Canler.

(Delvau, 1867) : s. f. Privation de fonctions et d’appointements. Argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Suppression momentanée de paye pour un cocher, un agent de police. — Interdiction momentanée de jouer faite à un acteur par son directeur, sans suppression d’appointements.

Mise en train

(Rigaud, 1881) : Première tournée, station matinale chez le marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers pressiers, en souvenir de la mise en train des presses.

Mise-bas

(Delvau, 1867) : s. f. Vêtements des maîtres qui reviennent de droit aux domestiques, lesquels se croiraient lésés et réclameraient si l’on portait trop longtemps ces vêtements.

(Delvau, 1867) : Accouchement, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Grève, chômage volontaire, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Congé que s’octroie un ouvrier typographe.

(Boutmy, 1883) : s. f. Grève, cessation de travail dans un atelier. Les mises-bas ont lieu pour infraction au Tarif ou au règlement consenti par les patrons et les ouvriers.

(Virmaître, 1894) : Quand une équipe de compositeurs est mécontente pour une raison ou pour une autre, elle met bas, elle quitte le travail (Argot d’imprimerie).

Misérable

(d’Hautel, 1808) : C’est un misérable. Terme de mépris. Pour, c’est un pauvre sire, un mauvais sujet, un vaurien.

(Larchey, 1865) : Petit verre. V. Monsieur.

(Delvau, 1867) : s. m. Verre d’eau-de-vie d’un sou, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Verre de vin du broc à 15 centimes.

(La Rue, 1894) : Verre de vin au broc.

Misère

(d’Hautel, 1808) : Le collier de misère. Pour dire, le travail journalier, les occupations habituelles qui procurent l’existence.
Crier misère. Pour, se plaindre continuellement et souvent sans sujet.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite quantité ; chose de peu d’importance : petite somme, — dans l’argot des bourgeois.

Misérer

(Delvau, 1867) : v. n. Souffrir de la misère, — dans l’argot du peuple. On dit aussi : Ficher la misère.

Misères

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Taquineries, petites méchancetés, — dans l’argot des bourgeois. Dire des misères. Taquiner quelqu’un en lui contant des choses qui le contrarient, qui l’inquiètent. taire des misères. Agacer quelqu’un, lui jouer un tour plus ou moins désagréable.

Miséreux

(Virmaître, 1894) : Malheureux. Homme qui est dans une profonde misère (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Celui qui est dans la misère.

Miséricorde

(d’Hautel, 1808) : À tout péché miséricorde. Signifie que toute faute, quelle qu’elle soit, doit trouver son pardon.

Misloque

(Larchey, 1865) : Comédie (Vidocq).

Je joue la mislocq pour un fanandel en fine pégrenne.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. f. Théâtre, — dans l’argot des voleurs. Jouer la misloque. Jouer la comédie.

(Rigaud, 1881) : Comédie, — dans le jargon des voleurs. — Flancher la misloque, jouer la comédie. — Misloquier, misloquière, acteur, actrice. — Misloquier schpil, très bon acteur.

(La Rue, 1894) : Théâtre, comédie.

(Virmaître, 1894) : Théâtre (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Théâtre.

Misloquier

(La Rue, 1894) : Acteur.

Misloquier, ère

(Delvau, 1867) : s. Acteur, actrice.

Mississipi (au)

(Delvau, 1867) : adv. Très loin, — dans l’argot du peuple, pour qui l’Amérique est un pays aussi éloigné de lui que la lune. C’est l’équivalent de : Au diable au vert (ou Vauvert).

Misti

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Mistigri, — dans l’argot des brelandières de brasseries.

Misti, Mistigri

(Rigaud, 1881) : Valet de trèfle.

Mistich

(La Rue, 1894) : Voleur étranger. Demi-heure, demi-setier.

Mistiche

(Rigaud, 1881) : Demi. — Une mistiche, une demi-heure. — Un mistiche, un demi-setier, — dans le jargon des voleurs.

Mistick

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleur étranger.

(Rigaud, 1881) : Voleur étranger. (Mémoires d’un forçat, glossaire d’argot, 1829.)

Misticker

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler en pays étranger.

Mistigri

(Delvau, 1867) : s. m. Valet de trèfle, — dans l’argot des joueurs. Se dit aussi d’un Jeu de cartes où l’on a gagné quand on a fait brelan avec le valet de trèfle escorté de deux autres valets.

Mistigris

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti, — dans l’argot des peintres en bâtiment. Balzac a-t-il emprunté son rapin de ce nom aux peintres en bâtiment, ou ceux-ci à l’auteur de la Comédie humaine ?

Miston

(M.D., 1844) : Jeune homme.

Mistone

(M.D., 1844) : Demoiselle.

Mistonne

(Hayard, 1907) : Jeune fille.

Mistoufle

(Delvau, 1867) : s. f. Farce ; méchanceté ; trahison, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Mauvais procédé, taquinerie, méchanceté. — Coup de mistoufle, combinaison, coup en dessous, coquinerie.

(La Rue, 1894) : Farce. Misère.

(Rossignol, 1901) : Causer des ennuis à quelqu’un ou le taquiner est lui faire des mistoufles.

(Hayard, 1907) : Misère.

Mistoufle (être dans la)

(Rossignol, 1901) : Être dans la misère.

Mistoufles

(Virmaître, 1894) : Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).

Mistro

(La Rue, 1894) : Le vent.

Mistron

(Delvau, 1867) : s. m. Le jeu de mistigri, — dans l’argot de Breda-Street.

(Rigaud, 1881) : Jeu de trente-et-un, nom d’un jeu de cartes. — Mistronner, jouer au trente-et-un.

Mistroneur, euse

(Delvau, 1867) : s. et adj. Amateur de mistron.

Mitaine

(d’Hautel, 1808) : Des mitaines à quatre pouces. Se dit par plaisanterie d’un expédient inutile que l’on propose dans une affaire.
Cela ne se prend pas sans mitaine. Pour dire, il faut y apporter beaucoup de soin.
Onguent miton mitaine. Remède qui n’opère d’aucune façon, qui ne fait ni bien ni mal.

(Fustier, 1889) : Voleuse, détourneuse à la mitaine. Femme portant des souliers très plats, sans talons et qui, dans un magasin, fait tomber des objets Qu’elle ramasse avec le pied déchaussé et cache dans son soulier. Cette sorte de voleuse ne s’attaque, en général, qu’aux dentelles de prix.

(La Rue, 1894) : Variété de voleuse des magasins de nouveautés.

Mitan

(Delvau, 1867) : s. m. Milieu, — dans l’argot du peuple.

(Hayard, 1907) : Milieu.

Mitar

(Rossignol, 1901) : C’est le cachot ; mais c’est aussi le violon, comme on dit lamigo à Bruxelles.

Mitard

(Virmaître, 1894) : Cachot (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Cellule.

Mite

(Delvau, 1867) : s. f. Chassie des yeux.

(Rigaud, 1881) : Violon, prison, — dans l’argot des voleurs. Soufflé et au mite, arrêté et au violon, Mitonner. Embêter. Ça mitonne le pauvre monde, — dans le jargon des voyous.

Mite, Mite-au-logis

(Rigaud, 1881) : Sécrétion des yeux ; déplorable jeu de mots sur mythologie.

Miteux

(d’Hautel, 1808) : Il a les yeux tout miteux. Se dit d’un homme qui a les yeux tout humides de pleurs ; remplis de chassie ou d’humeur.

(Delvau, 1867) : adj. Qui a les yeux chassieux.

Miton-mitaine

(Delvau, 1867) : s. m. Remède inoffensif, expédient inutile, secours inefficace. On dit aussi : Onguent miton-mitaine.

Mitonner

(d’Hautel, 1808) : Ménager adroitement ; conserver.
Mitonner quelqu’un. S’emparer de son esprit.
Mitonner une affaire. La disposer de manière à la faire réussir.

(Delvau, 1867) : v. a. Préparer de longue main.

(La Rue, 1894) : Embêter. Préparer de longue main.

Mitou

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Malade.

Mitraille

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; nom que l’on donne généralement à des choses de peu de valeur, et dont on ne fait aucun cas ; basse monnoie.

(Larchey, 1865) : Monnaie de cuivre. — On disait autrefois mitaille. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. Monnaie, gros sous, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela depuis longtemps.

(Rigaud, 1881) : Une certaine quantité de sous s’appelle de la mitraille.

Mitrailleuse (étouffer une)

(Fustier, 1889) : Boire un verre de vin.

Mitre

(Larchey, 1865) : Cachot (Vidocq). — Au moyen âge le mitre était le bourreau.

(Delvau, 1867) : s. f. Cachot, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Prison. — Mitré, prisonnier.

(La Rue, 1894) : Prison.

(Virmaître, 1894) : Cachot. Allusion à la mitre de l’évèque, qui est un signe de dignité. Être au cachot, pour un voleur, est un titre à la considération de ses pareils.
— Où donc est Barbe-à-Poux ?
— Il est mitré pour huit jornes (Argot des voleurs).

Mitron

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un garçon boulanger.

(Halbert, 1849) : Boulanger.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier boulanger, — dans l’argot du peuple. Le petit mitron. Le Dauphin, fils de Louis XVI, — du boulanger, comme l’appelaient les Parisiens en 1792.

Mixte

(Fustier, 1889) : Argot des gens à la mode pour qui cet adjectif, détourné de son vrai sens, a remplacé le mot épicier qu’on prit en 1830 et longtemps après cette époque pour désigner toute chose commune, de mauvais goût, toute personne ayant un genre vulgaire. L’expression être mixte couramment employée en 1886 est aujourd’hui abandonnée.

Quant au rire, n’en parlons pas ; rire n’est plus seulement canaille, c’est mixte.

(Gazette de France, janvier 1886.)

Mobile

(Larchey, 1865) : Garde mobile. De 1848 à 1850, on a dit souvent la mobile, un mobile.

Qui sait comment cela eût fini si la mobile ne s’en fût mêlée. Brave mobile !

L. Reybaud.

À la révolution de juillet, on donnait déjà ce nom aux volontaires de la Charte.

Pour m’engager dans la mobile j’avons quitté veste, tablier.

Patriote Buteux, 1830.

(Delvau, 1867) : s. f. La garde nationale mobile formée en 1848 avec les fils du peuple — et aux dépens du peuple. C’est aussi le nom que portait, en 1830, la légion des Volontaires de la Charte.

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat de la garde nationale mobile.

Mobilier

(Delvau, 1867) : s. m. Les dents, — dans l’argot des voleurs, héritiers des Précieuses qui disaient l’ameublement de la bouche.

Mobiliser (se)

(Fustier, 1889) : Faire un voyage. Allusion à l’essai de mobilisation fait en 1887 dans le sud-ouest.

Je me suis mobilisé ; j’ai bouclé une valise, pris une voiture…

(Voltaire, septembre 1887.)

Moblo ou moblot

(Delvau, 1867) : s. m. Garde mobile, — dans l’argot des faubouriens.

Moblot

(Rigaud, 1881) : Garde mobile.

Moc-aux-Beaux

(Fustier, 1889) : Quartier de la place Maubert. — On dit aussi Mocaubocheteau.

Les mèques de la Mocaubocheteau, v’là des mèques sérieux, des gonsiers qui crachent noir comme de l’encre…

(Humbert : Mon bagne.)

Moc-aux-beaux, mocaubocheteaux

(La Rue, 1894) : Le quartier Maubert.

Mocassins

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers, — dans l’argot des ouvriers qui ont lu les romans américains de Cooper, de Gabriel Ferry et de Gustave Aymard.

Moche

(La Rue, 1894) : Laid.

(Rossignol, 1901) : Laid, bête. On dit aussi mouche. Une personne laide est moche. Une vilaine pièce de théâtre est moche.

Mode

(d’Hautel, 1808) : Chacun sa mode. Pour, chacun vit à sa manière, suivant son goût.

Modèle

(Delvau, 1867) : s. m. Homme ou femme qui pose dans les ateliers. Argot des artistes. Modèle d’ensemble. Qui pose pour l’Académie, pour tout le corps, au lieu de ne poser que pour la tête, ou pour n’importe quelle partie spéciale du corps.

Modèle (vieux)

(Fustier, 1889) : Grand-parent.

Il avait éloigné tous les vieux modèles, comme nous disons au couvent, pour désigner les grands-parents.

(Vie Parisienne, 1882.)

Moderne

(Delvau, 1867) : s. m. Fashionable, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Jeune homme qui suit de très près la mode, par opposition à antique, qui ne la suit plus du tout. L’expression est voyoucratique. — Eh ! va donc, moderne, avec ton châssis de rechange !

Modillon

(Rigaud, 1881) : Apprentie modiste de deuxième année.

Modiste

(Rigaud, 1881) : Journaliste qui accommodait son esprit au goût du jour, qui suivait la mode, la plume à la main. Le reporter a détrôné le modiste.

Modiste en ragoût

(Fustier, 1889) : Cuisinière. Argot des garçons bouchers.

Moelle

(d’Hautel, 1808) : Pourri jusque dans la moelle des os. Locution basse et triviale qui se dit d’un homme affecté d’une mauvaise maladie, telle qu’en a ordinairement un libertin, un mauvais sujet.

Moelleux

(Rigaud, 1881) : Coton, dans l’ancien argot.

Moellonneuse

(La Rue, 1894) : Fille qui se prostitue dans les chantiers.

Moélon

(d’Hautel, 1808) : Faire des moélons. Pour manger de grosses bouchées de pain à la fois, et coup sur coup.

Moelonneuse

(Fustier, 1889) : Femme qui se prostitue dans les chantiers.

Moinaille

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris dont on se sert en parlant des gens qui s’adonnent à la vie monacale.

Moine

(Delvau, 1867) : s. m. Bouteille de grès que l’on remplit d’eau chaude et que l’on place au pied du lit. Argot des bourgeois.

(Delvau, 1867) : s. m. Partie d’une épreuve qui n’a pas pris l’encre et vient blanche au lieu d’être imprimée. Argot des typographes. On dit aussi Loup.
Les typographes anglais ont le même mot ; ils en ont même deux pour un : monk and friar. Le monk, c’est notre moine, c’est-à-dire une feuille maculée ou imprimée trop noire. Le friar, c’est un moine blanc, c’est-à-dire une feuille qui est imprimée trop pâle.

(Rigaud, 1881) : Endroit sur une forme qui n’a pas été touché par le rouleau et qui, par suite, n’est pas imprimé sur la feuille. (Boutmy.)

(Boutmy, 1883) : s. m. Endroit sur une forme qui n’a pas été touché par le rouleau et qui, par suite, n’est pas imprimé sur la feuille.

(Virmaître, 1894) : Qu’une épreuve typographique soit faite à la brosse ou à la machine, la partie qui ne prend pas l’encre se nomme un moine (Argot d’imprimerie).

Moine-lai

(Delvau, 1867) : s. m. Invalide tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns dans la Salle de la Victoire, — l’infirmerie de l’Hôtel des vieux braves.

Moineau

(d’Hautel, 1808) : Tirer sa poudre aux moineaux. Employer inutilement, et en frivolités, son argent, ses amis, son crédit.
Voilà une belle maison, s’il y avoit des pots à moineaux. Se dit par raillerie, d’une petite maison de campagne.
Un joli moineau. Terme de dérision, pour dire, un homme laid, difforme, et de peu d’esprit.

(Delvau, 1864) : Le membre viril — que les femmes, ces charmants oiseleurs, prennent si facilement à la glu de leur con.

Ouvre… ouvre tes cuisses, prends mon moineau mets-le en cage.

La Popelinière.

(Delvau, 1867) : s. m. Se dit par ironie, — dans l’argot du peuple, — d’un homme dont on a à se plaindre, ou qui se vante mal à propos. On ajoute un qualificatif pour renforcer l’ironie : Tu es un joli moineau ! C’est le pendant de : Tu es un joli coco !

Moineau de Lesbie (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril — qui est le moineau affectionné de toutes les femmes, excepté des Lesbiennes.

Moins

(d’Hautel, 1808) : Il a fait en moins de rien. Pour, il est expéditif et très-prompt dans ses opérations.

Moins une

(Rossignol, 1901) : Veut dire : il était temps. On dit de quelqu’un qui manque de faire une chute, il était moins une qu’il ne tombât.

Mois

(d’Hautel, 1808) : J’ai l’âge du Petit-Poucet, tous les ans douze mois. Réponse que l’on fait en riant, à quelqu’un qui demande votre âge, et auquel on ne veut pas le faire connoître.
Elle en a pour ses neuf mois. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte le fruit de sa foiblesse.

Mois de nourrice

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les années qu’oublie volontairement de compter une femme qu’on interroge sur son âge. Se dit aussi de toute personne qui se trompe dans un calcul et oublie quelques fractions importantes.

Moisir

(d’Hautel, 1808) : L’argent ne moisit pas dans sa poche. Se dit d’un prodigue, d’un dépensier, d’un dissipateur.

(Delvau, 1867) : v. n. Rester longtemps à la même place, ou en possession du même emploi, — dans l’argot du peuple qui emploie surtout ce verbe avec la négative.

Moisir (ne pas)

(Rigaud, 1881) : Ne pas rester longtemps dans un endroit ; ne pas occuper longtemps un emploi.

Moisson

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas mettre la faucille dans la moisson d’autrui. Pour dire qu’il ne faut rien entreprendre sur la charge, la fonction, ou les droits de son prochain.
Faire une bonne moisson. Ramasser beaucoup d’argent ; faire une bonne recette.

Moissonneur

(Virmaître, 1894) : Le commissaire de police. En effet, il moissonne ceux qui sont amenés à son burlingue. Mot à mot : il les fauche comme des blés mûrs… pour la prison (Argot des voleurs). V. Quart d’œil.

Moitié

(d’Hautel, 1808) : Il faut en rabattre la moitié. Pour exprimer qu’un récit est exagéré ; qu’il est entremêlé de mensonges.
Moitié chair, moitié poisson. Se dit d’un homme dont on ne peut définir le naturel ; ce qu’il aime ou ce qu’il hait ; ce qu’il veut, ce qu’il ne veut pas.

(Delvau, 1864) : Épouse légitime, avec qui l’on ne fait qu’un, grâce au nœud qui sert de trait d’union.

Peters, dis-moi, par amitié,
Pourquoi que l’usage réclame
Qu’à Paris on nomme moitié
Ce qu’au village on nomme femme
— C’est que Paris est un pays
Où se prodiguent tant les dames,
Que là, les trois quarts des maris
N’ont que ta moitié de leurs femmes.

(Ancien Vaudeville — des Variétés.)

(Delvau, 1867) : s. f. Épouse, — dans l’argot des bourgeois, qui ne disent pas cela avec le même respect que les Anglais disant the better half.

Moka (fort de)

(Larchey, 1865) : Voir café.

Mol ou Molle (être)

(Fustier, 1889) : Argot du peuple. N’avoir pas d’argent ; être sans le sou.

Molanche

(anon., 1827) : Laine.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Laine.

(Bras-de-Fer, 1829) : Laine.

(Halbert, 1849) : Laine.

(Larchey, 1865) : Laine (Vidocq). — Diminutif de molle.

(Delvau, 1867) : s. f. Laine, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Laine, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Laine.

Molard

(Delvau, 1867) : s. m. Mucosité expectorée, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Crachat très gras, le frère du glaviot. — Molarder, cracher gras.

(Virmaître, 1894) : Cracher des mucosités qui filent comme du macaroni. Graillonner salement. Quand un large crachat s’étale sur un trottoir, on dit :
— Quel beau molard (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Crachat.

(Hayard, 1907) : Crachat.

Molarder

(Delvau, 1867) : v. n. Graillonner, expectorer abondamment.

Molécule

(Rigaud, 1881) : Petit enfant, — dans l’argot des écoles. (L. Larchey)

Molester

(d’Hautel, 1808) : Chagriner, inquiéter, tourmenter, donner de la peine et du souci.

Molette

(Virmaître, 1894) : La bouche. Je ne vois pas bien qui a pu donner naissance à cette expression. La molette sert à un éperon, elle sert aussi à couper la pâte pour une certaine espèce de gâteau ; enfin, quoi qu’il en soit, ce mot est usuel (Argot des voleurs). N.

Molette d’argent

(Merlin, 1888) : Croix d’honneur.

Molière

(Delvau, 1867) : s. m. Décor de salon simple dans lequel peuvent se jouer presque toutes les comédies de feu Poquelin. Argot des coulisses. Tous les théâtres, notamment ceux de province, ont un certain nombre de décors de magasin, d’un emploi fréquent et commun : le molière, le rustique, le salon riche, la place publique, la forêt, la prison, le palais, et le gothique (intérieur). Avec cela on peut tout représenter, les tragédies de Racine et les vaudevilles de M. Clairville.

Mollard

(Larchey, 1865) : Graillon, expectoration laborieuse. Du vieux mot moller : s’efforcer. V. Roquefort.

Mollasse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme lymphatique, dolente, sans énergie, — dans l’argot du peuple.

Mollet

(d’Hautel, 1808) : Il a été à St. Malo, les chiens lui ont mangé les mollets. Se dit par raillerie d’un homme qui n’a pas de mollets.

Mollusque

(Delvau, 1867) : s. m. Homme à l’esprit étroit, aux idées arriérées, qui se renferme dans la tradition comme l’escargot dans sa coquille.

(Rigaud, 1881) : Sot personnage, imbécile.

Mollusque (huître, moule, etc.)

(La Rue, 1894) : Niais, imbécile.

Molosse

(Delvau, 1867) : s. m. Gros chien, — dans l’argot des bourgeois qui ne sont pas fâchés de prouver de temps en temps qu’ils ont quelque teinture d’Histoire ancienne.

Momaque

(Halbert, 1849) : Petit enfant. On dit aussi moutard.

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, — dans l’argot des voleurs.

Momard

(Rigaud, 1881) : Variante de môme, usitée au régiment.

Mais il faut’ lui donner un nom à ce momard !… Il faut le baptiser !

(A. Arnault, Les Zouaves.)

Mome

(un détenu, 1846) : Petit garçon livré à la pédérastie.

(Halbert, 1849) : Enfant.

Môme

(Delvau, 1867) : s. m. Petit garçon: voyou ; apprenti, — dans l’argot des ouvriers. On pourrait croire cette expression moderne ; on se tromperait, car voici ce que je lis dans l’Olive, poème de Du Bellay adressé à Ronsard, à propos des envieux :

La Nature et les Dieux sont
Les architectes des homes
Ces deux (ô Ronsard) nous ont
Bâtis des mêmes atômes.
Or cessent donques les mômes
De mordre les écriz miens…

(Delvau, 1867) : s. f. Jeune fille ; maîtresse, — dans l’argot des voleurs, pour qui elle ressemble plus à une enfant qu’à une femme. Ils disent aussi Mômeresse.

(Rigaud, 1881) : Enfant. — Dans le patois poitevin on appelle un jeune homme, un jeune garçon un momon, un momeur.

Les chants finis, viennent les momons. Ce sont des garçons qui portent à la mariée un présent caché dans une corbeille.

(Ed. Ourliac, Le Paysan poitevin.)

Les variantes sont, outre momard, momacque, momignard, mignard.

Ohé ! ohé ! les moutards, les moucherons, les momignards, qui est-ce qui s’ paye le Lazar ?

(A. Joly, Fouyou au Lazary. Chans.)

Môme d’altèque, jeune homme. — Môme, jeune fille, amante précoce, — dans le jargon des voleurs. — C’est ma môme, elle est ronflante ce soir. C’est ma maîtresse, elle a de l’argent ce soir.

(Virmaître, 1894) : Petit. On appelle aussi une femme la môme. Il y en a de célèbres : la Môme-Fromage, la Môme-Goutte-de-Sperme, la Môme-Caca. On dit aussi momaque (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Petit, jeune, enfant.

Môme (taper un)

(Rigaud, 1881) : Faciliter une fausse-couche, déterminer un avortement, commettre un infanticide, — dans le jargon des voyous. Les variantes sont : Faire couler un môme, faire couler un enfant.

(Rigaud, 1881) : Commettre un vol. (L. Larchey)

Môme bastaud

(Fustier, 1889) : Individu aux mœurs inavouables et qui se prête à toutes les exigences.

— Et de la môme ? — De la môme bastaud, oui, tant que tu voudras… les autres, de la peau. — Chouette alors.

(Humbert : Mon bagne.)

Môme d’altèque

(Delvau, 1867) : s. m. Adolescent, — dans le même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : Jeune homme beau et efféminé que l’on rencontre vêtu d’un ça ne te gêne pas dans le parc (veston), d’un pantalon collant gris clair, d’une cravate voyante à larges bouts, et maquillé la plupart du temps, On le rencontre dans la galerie d’Orléans, au Palais-Royal, ou au passage Jouffroy. Ce n’est pas l’omnibus qu’il attend. On les nomme aussi chouard en souvenir du fameux procès Germiny (Argot du peuple). N.

Môme noir

(Rigaud, 1881) : Séminariste, dans le jargon des voleurs. Variante : Canneur du mec des mecs : c’est-à-dire qui a peur de Dieu.

Môme, momaque

(La Rue, 1894) : Enfant. Jeune maîtresse. Signifie aussi Éphestion de trottoir. Taper un môme, commettre un vol.

Môme, momignard, momaque

(Larchey, 1865) : Petit enfant. — Du vieux mot momme : grimace. Les petits enfants en font beaucoup. — On dit encore momerie. En ce sens momaque et momignard sont les diminutifs dont Le second seul est pris en bonne part.

Les rats dont nous voulons parler sont des mômes.

Paillet.

Elle entre avec un enfant dans un magasin et en faisant semblant de poser son momignard a terre.

Id.

Momentanée

(Fustier, 1889) : Femme galante avec laquelle on n’a qu’un entretien d’un moment. Deux journalistes ont réclamé la paternité de ce mot. M. Pierre Véron d’abord qui l’aurait imprimé tout vif dans le Charivari du 17 août 1885 ; M. Guillaume Livet, ensuite, qui l’a inventé et donné dans le Figaro en 1884.

Momerie

(d’Hautel, 1808) : Grimace, singerie, façon, cérémonie, air faux et trompeur.

(Delvau, 1867) : s. f. Hypocrisie ; fausse dévotion, — dans l’argot du peuple.

Momie

(d’Hautel, 1808) : C’est une momie d’Égypte. Se dit, par ironie et par mépris, d’une femme indolente, paresseuse, insouciante, qui ne se hausse ni ne se baisse ; que rien ne peut émouvoir.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme ou femme sans énergie, qui n’aime pas à se remuer.

Momière

(Delvau, 1867) : s. f. Sage-femme, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Momeuse et Madame Tire-môme.

Mômière

(Rigaud, 1881) : Sage-femme, — dans le jargon des voleurs. Les variantes sont : Mômeuse, déballeuse de mômes.

Momifie

(Rigaud, 1881) : Diminutif de môme. Petit enfant (Argot des voleurs). V. Abéqueuse.

Momifie, morningue

(Rigaud, 1881) : Petit enfant.

Momignard

(Delvau, 1867) : s. m. Petit garçon, plus petit encore que le môme. On dit au féminin Momignarde.

(Virmaître, 1894) : Accouchement ; et la variante : Décarrade du crac. — Momignardage à l’anglaise, momignardage en purée, fausse-couche.

(Rossignol, 1901) : Absinte servie dans un petit verre mousseline. Allusion à la petitesse du verre, qui est un môme, en le comparant à un grand verre (Argot du peuple). N.

Momignardage

(Rigaud, 1881) : Absinthe servie dans un verre à bordeaux.

Mominette

(Virmaître, 1894) : Petit verre d’absinthe.

(Rossignol, 1901) : Accoucher d’un môme.

Ma largue aboule de momir un momignard d’altèque qu’on trimbalera à la chique à six plombes et mèche pour que le ratichon maquille son truc de la morgane et de la lance.

Vidocq.

(Hayard, 1907) : Accoucher. — Momir pour l’aff, accoucher avant terme ; par allusion aux fœtus conservés dans l’alcool, l’aff. La variante est : Décarrer du crac.

Momir

(Larchey, 1865) : Accoucher. Momeuse, tire-môme, sage-femme.

(Rigaud, 1881) : Dans la bouche d’un soldat, signifie Mon attirail militaire.

Mômir

(Delvau, 1867) : v. n. Accoucher.

(La Rue, 1894) : Ma part.

Mon biblot

(Larchey, 1865) : Ma part.

Mon fad

(M.D., 1844) : Je suis vaincu.

(M.D., 1844) : Quand deux individus se battent, celui qui est vaincu dit qu’il a son linge lavé. Être arrêté a la même signification (Argot des voleurs).

Mon linge est lavé

(Halbert, 1849) : Moi-même.

(Virmaître, 1894) : Terme d’amitié.

Mon œil !

(Delvau, 1867) : Exclamation ironique et dédaigneuse de l’argot des faubouriens, qui l’emploient soit comme formule de refus, soit comme inarque d’incrédulité.

Mon orguibus

(M.D., 1844) : Pièce d’un sou. — Avoir des monacos, avoir de l’argent, — dans l’ancien argot du peuple.

Mon rat

(Larchey, 1865) : Sou. Monnaie.

Monaco

(Delvau, 1867) : s. m. Sou de cuivre — dans l’argot du peuple, qui consacre ainsi le souvenir d’un roitelet, Honoré V, prince de Monaco, mort de dépit en 1841, dit A. Villemot, de n’avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos, qui ne valaient qu’un sou.

(Rigaud, 1881) : « Honoré V, mort de dépit en 1841, de n’avoir pu faire passer pour deux sous en Europe ses monacos, qui ne valaient qu’un sou. » — Villemot. — V. Coller.

(La Rue, 1894) : Ami (Vidocq).

Monacos

(Larchey, 1865) : Roi de cartes.

Ou si c’est un roi qu’elle relève, elle s’écrie : Je pince le monarque.

M. Alhoy.

Monant

(Larchey, 1865) : Pièce de monnaie. — Allusion à l’effigie royale.

Il va nous donner quequ’vieux monarque pour y boire à la santé…

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. m. Ami, — dans l’argot des voleurs. Monante. Amie.

Monarque

(Larchey, 1865) : Roi d’un jeu de cartes.

(Larchey, 1865) : Argent, dans le jargon des filles. — Avoir fait son monarque, avoir gagné sa journée.

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de cinq francs, — dans l’argot du peuple. Monarques. Les rois d’un jeu de cartes.

(Rigaud, 1881) : Public payant, — dans le jargon des saltimbanques. Ainsi, il peut y avoir foule autour d’un banquiste, et pas de monde.

(Rigaud, 1881) : Bourgeoisie, dans le jargon du faubourg Saint-Germain. — Lentille, — dans celui des voleurs.

Monde

(d’Hautel, 1808) : Il y a monde et monde. Se dit finement pour faire entendre que tous les individus ne se ressemblent pas, n’ont pas les mêmes manières d’agir ; qu’il y en a de plus élevés, de plus polis les uns que les autres.
Depuis que le monde est monde. Pour dire, depuis un temps immémorial.
Il est allé loger au bout du monde. Pour dire que quelqu’un est allé habiter un quartier éloigné et peu fréquenté.
Il s’en est allé dans l’autre monde. Pour, il est mort.
C’est le monde renversé. Pour dire, qu’une chose est faite à contre-sens ; dans un ordre opposé à la raison.
De quel monde venez-vous ? Se dit en plaisantant à quelqu’un qui ignore les nouvelles les plus-répandues.
Vous ne changerez pas le monde. Pour dire, l’usage le veut ainsi.
Savoir son monde. Pour, savoir vivre ; se bien comporter en société.

(Rigaud, 1881) : Guillotine.

Monde (petit)

(Rigaud, 1881) : Embrasser, — dans le jargon des voleurs.

Monde renversé

(Delvau, 1867) : s. f. La guillotine, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Embrasser.

Monfier

(Delvau, 1867) : v. a. Embrasser, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : La motte, — avec toutes ses circonstances et dépendances.

Lorsque Venus vint au monde,
Elle avait la motte blonde,
Les tétons bien relevés
Et les poils du cul frisés,
En voyant cette moniche,
Le grand Jupin s’écria :
Heureux celui qui se niche
Dans un con comm’ celui-là.

Anonyme.

Après cela, c’est son tour de fêter toutes ces petites moniches.

(Aphrodites.)

(La Rue, 1894) : Exemption. — Faire de la fausse monnaie, faire des exemptions fausses. (Albanès, Mystères du collège, 1845.)

Moniche (la) ou Monique

(Delvau, 1864) : Exclamation admirative équivalant à Quelle bonne fortune !

Mon homme a la croix d’honneur. Pus que ça d’monnaie !

Ricard.

Monnaie

(Delvau, 1867) : s. f. Argent, — dans l’argot du peuple. Plus que ça de monnaie ! Quelle chance !

(Rigaud, 1881) : Grimace. V. Roupie.

Il la payait, comme dit le peuple en son langage énergique, en monnaie de singe.

Balzac.

Monnaie (plus que ça de)

(Larchey, 1865) : Payement en grimaces, en plaisanteries. Payer en monnaie de singe.

Monnaie de singe

(Larchey, 1865) : Grimace.

(Rigaud, 1881) : Une monnaie qui n’a pas cours à la Banque de France, car les garçons de recette n’accepteraient pas des grimaces en paiement (Argot du peuple).

(La Rue, 1894) : Lorgnon simple.

Adapte donc un monocle à l’arcade de ton œil gauche !

Montépin.

(Virmaître, 1894) : Monnaie.

Monnoie

(d’Hautel, 1808) : On se perd en battant de la fausse monnoie. Pour dire, c’est temps perdu que de corriger un vaurien, et par allusion avec les faiseurs de fausse monnoie.
Payer en monnoie de singe. Pour dire, en mauvaises raisons, en gambades.
Il est décrié comme de la vieille monnoie. Se dit d’un homme perdu de réputation.
Il n’a point de monnoie, faute de grosses pièces. Se dit par ironie d’un homme qui n’a pas d’argent, et qui dit continuellement pour ne pas payer, qu’il n’a pas de monnoie.
Monnoie fait tout. Pour dire, qu’avec de l’argent on fait tout ce que l’on veut.
Il feroit de la fausse monnoie pour lui. Se dit d’un homme qui est extrêmement attaché à un autre.
Il l’a payé en même monnoie. Pour, il lui à rendu la pareille ; cette locution se prend toujours en mauvaise part.

Monocle

(Larchey, 1865) : Pince.

Monôme

(Fustier, 1889) : Promenade qu’exécutent à Paris et à l’époque des examens, les candidats aux diverses écoles du gouvernement. Le monôme consiste à marcher l’un derrière l’autre, en file indienne. Le monôme le plus connu est celui de l’X.

Monouille

(Hayard, 1907) : Pince à forcer les portes. — Jeu de mots. — Quelle est la porte ne s’ouvrant pas lorsqu’on annonce monseigneur ? — Si, comme l’affirme M. Fr. Michel, on a dit autrefois Monseigneur le Dauphin et par abréviation Dauffe, nous voyons encore là un calembour sur le dos fin de la pince qui permet son introduction. Caroubleur. V. Caroubleur.

Monseigneur

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Levier ou pince en fer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pince à effraction. Ainsi nommée parce que jadis rien ne résistait à celui à qui l’on donnait du « monseigneur ».

(Larchey, 1865) : Pince à effraction.

(Delvau, 1867) : s. m. Pince de voleur, qui sert à crocheter les portes. Les voleurs anglais disent de même Bess ou Betty.

(Rigaud, 1881) : Pince en fer à l’usage des voleurs.

(La Rue, 1894) : Outil qui sert spécialement à fracturer les portes ; il est tout spécialement employé par les cambrioleurs. Cet outil en acier mesure 45 centimètres de hauteur et 23 millimètres de circonférence. Il est connu depuis le XVIIIe siècle. C’était un des principaux instmments dont se servait le légendaire Cartouche (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Entreteneur. V. Amant de cœur.

On ne peut pas parler à mademoiselle. Et le mosieur… n’y est pas ?

Gavarni.

En argot de galanterie, le mot d’époux désigne l’entreteneur ; mais il n’est pas le seul. Suivant le degré de distinction d’une femme elle dit : Mon époux, — mon homme, — Mon monsieur, — mon vieux, — monsieur chose, — mon amant, — monsieur, — ou enfin monsieur un tel. — Sauf dans la haute aristocratie où l’on dit : Monsieur un tel, ce mot mon époux est général, il se dit dans toutes les classes.

Cadol.

Monseigneur (pince)

(Virmaître, 1894) : Mesure de capacité.

Il existe de plus une certaine eau-de-vie dont le prix varie suivant la grandeur des petits verres. Voici ce que nous lûmes sur une pancarte : Le monsieur, quatre sous ; la demoiselle, deux sous ; le misérable, un sou.

G. de Nerval.

Monseigneuriser

(Delvau, 1867) : v. a. Crocheter une porte.

Monsieur

(d’Hautel, 1808) : Monsieur vaut bien madame. Pour dire que deux personnes sont d’un mérite égal ; ou par raillerie, qu’elles ne valent pas mieux l’une, que l’autre.
Il fait le monsieur, le gros monsieur. Se dit d’un homme obscur, d’un parvenu qui oublie sa première condition, qui fait le fier, le hautain, l’homme d’importance.
Traiter quelqu’un de monsieur gros comme le bras. Voy. Bras.

(Larchey, 1865) : Mari d’une maîtresse de maison de tolérance, — dans le jargon des pensionnaires de l’établissement.

Monsieur, avec son épaisse barbiche aux poils tors et gris.

(E. de Goncourt, la Fille Elisa.)

(Larchey, 1865) : Nom que la femme entretenue et sa bonne donnent à l’entreteneur.

(Delvau, 1867) : s. m. Bourgeois, homme bien mis, — dans l’argot du peuple. Faire le Monsieur. Trancher du maître ; dépenser de l’argent ; avoir une maîtresse.

(Delvau, 1867) : s. m. Entreteneur, — dans l’argot de Breda-Street. On dit aussi Monsieur Chose. Monsieur bien. Homme distingué, — qui ne regarde pas à l’argent.

(Delvau, 1867) : s. m. Verre d’eau-de-vie de quatre sous, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Verre de vin de cinq sous, verre de vin de la bouteille servi sur le comptoir du débitant.

(Rigaud, 1881) : Faire de la dépense, s’endimancher, — dans le jargon des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : L’homme bienveillant qui honore de sa protection quelque jeune femme sans feu ni lieu, l’habille, la met dans ses meubles et oublie régulièrement un louis ou deux sur sa cheminée. C’est le miché cristallisé.

On ne peut pas parler à mademoiselle. Et le monsieur… n’y est pas ?

Gavarni.

Monsieur (faire le, faire-son)

(Rigaud, 1881) : Avertissement d’acteur à acteur lorsqu’un rôle est mal interprété, lorsque le public est sur le point de témoigner son mécontentement.

Monsieur (le)

(Delvau, 1864) : Individu sans notoriété, le premier venu, — dans le jargon des gens de lettres.

Monsieur Bambou

(Delvau, 1867) : s. m. Canne, — dans l’argot des souteneurs, qui en procurent la connaissance aux épaules des filles réfractaires à leur demande d’argent.

Monsieur Bazar

(Fustier, 1889) : Argot de l’école de Saint-Cyr. Le Saint-Cyrien lui-même.

La dernière quinzaine a été dure pour Monsieur Bazar, ainsi que se qualifie l’élève de l’École militaire.

(Soleil, 1887.)

Monsieur de Paris

(Delvau, 1867) : s. m. L’exécuteur des hautes œuvres, — dans l’argot des bourgeois.

Monsieur de Pètesec

(Delvau, 1867) : s. m. Homme un peu roide, un peu orgueilleux.

Monsieur Dimanche

(Delvau, 1867) : s. m. Créancier, — dans l’argot des bohèmes, qui jouent souvent la scène de Don Juan.

Monsieur Duce

(Clémens, 1840) : Prévenir.

Monsieur Dufour est dans la salle

(Delvau, 1867) : Phrase par laquelle un acteur avertit un de ses camarades qu’il joue mal et va se faire siffler. Quelquefois on dit : Le vicomte Du Four est dans la salle.

(Rigaud, 1881) : Propriétaire qui ne connaît pas d’autre Dieu que le dieu terme. — Usurier.

Monsieur Hardi

(Delvau, 1867) : s. m. Le vent, — dans l’argot du peuple.

Monsieur Lebon

(Delvau, 1867) : Bon compagnon qui paye volontiers pour les autres. Argot du peuple.

Monsieur Personne

(Delvau, 1867) : Personne, nul.

Monsieur personne

(Rigaud, 1881) : Homme, femme qui s’imagine être sortie de la cuisse de Jupiter. Personne hautaine, froide, orgueilleuse.

Monsieur Pigeon

(Delvau, 1867) : Type du garde national de la Restauration.

Monsieur Raidillon

(Delvau, 1867) : s. m. Homme fier et susceptible. On dit aussi : Monsieur Pointu.

Monsieur Vautour

(Delvau, 1867) : s. m. Propriétaire, — dans l’argot des bohèmes, qui disent cela depuis l’opéra comique intitulé : Maison à vendre, dans lequel on chante :

La maison de M. Vautour
Est celle où vous voyez un âne.

(Rigaud, 1881) : Détestable, monstrueux, au figuré. V. Largonji.

J’en ai assez de vos monstres de concerts.

P. de Kock, 1845.

Monsieur Véto

(Delvau, 1867) : Louis XVI, — dans l’argot des révolutionnaires de 1792, par allusion au veto du 19 juin sur les décrets concernant le camp sous Paris et la déportation des ecclésiastiques.

Monsieur, Madame de Péte-sec

(Rigaud, 1881) : Colossal.

Elle lui apporte un bouquet monstre.

M. Alhoy.

Monstre

(Larchey, 1865) : Enorme, colossal. Succès monstre.

(Larchey, 1865) : Canevas d’une pièce de théâtre, d’un livre. — Bouts-rimés dont le sens et la rime importent peu et qu’un compositeur de musique donne au parolier pour lui indiquer la mesure et la coupe des strophes qu’il convient d’appliquer à une mélodie.

(Delvau, 1867) : s. m. Les paroles qu’un musicien adapte à un air trouvé par lui, en attendant les paroles plus poétiques du librettiste.

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, colossal, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Libertin, partisan du système de l’infidélité à outrance, — dans le jargon des petites dames.

(Rigaud, 1881) : Petit monstre.

Ce petit monstrico !

Balzac.

Monstre d’homme

(Rigaud, 1881) : Mont-de-Piété. — Abréviation. — V. Tante.

Elle tient comme qui dirait un petit mont bourgeois… elle prête sur gages et moins cher qu’au grand mont.

E. Sue.

Monstrico

(Larchey, 1865) : Mont-de-Piété de la rue des Blancs-Manteaux ; le chef-lieu de ce grand département du prêt sur gages.

(Delvau, 1867) : s. m. Personne laide comme un petit monstre. Le mot appartient à H. de Balzac.

Mont

(d’Hautel, 1808) : Le mont pagnote. Éminence d’où les poltrons regardent sans aucun danger ce qui se passe dans une attaque de place.
Promettre des monts d’or à quelqu’un. Lui faire de belles promesses, lui donner de belles espérances.

(Larchey, 1865) : La petite éminence placée à l’entrée du con de la femme, qu’on appelle vulgairement la motte.

Car il faut des oublis antiques
Et des pudeurs d’un temps châtré
Venger dans des strophes plastiques,
Grande Vénus, ton mont sacré !

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Établissement du Mont-de-Piété, — dans l’argot des faubouriens. Le grand Mont. Le Mont-de-Piété de la rue des Blancs-Manteaux. Le Petit Mont. Le commissionnaire au Mont-de-Piété.

Mont (le grand)

(Rigaud, 1881) : s. m. Ensemble de pratiques ou de paroles qui ont pour but de faire croire à quelqu’un une chose qui n’existe pas, et surtout de le faire agir en vertu de cette fausse croyance. On dit aussi montage de coup. Cette plaisanterie est fréquente dans les ateliers ; mais le compagnon, « né malin », ne coupe pas toujours.

Mont de Vénus

(Delvau, 1864) : Cartes préparées. — Un beau montage, cartes préparées qui ont fourni une longue carrière, — dans l’argot des grecs.

Montage

(Rigaud, 1881) : Haricots rouges. — Je me suis collé une hiture de montagnards au vin.

(Boutmy, 1883) : Cheval de renfort.

Montagnard

(Delvau, 1867) : s. m. Cheval de renfort destiné à être mis en flèche aux omnibus pour les montées difficiles.

(Delvau, 1867) : s. m. Beignet au centre duquel est un peu de confitures de groseilles. L’expression date de 1848 : elle a été appliquée à cette sorte de beignet, par les Associations de cuisiniers, et n’a pas plus duré qu’elles.

(Rigaud, 1881) : Potence, — dans l’ancien argot.

Montagnards

(Rigaud, 1881) : Pantalon.

Montagne

(d’Hautel, 1808) : Les montagnes ne se rencontrent point, mais les hommes se rencontrent. Se dit par menace pour faire entendre à un homme qu’on se vengera de lui quand l’occasion s’en présentera ; ou lorsqu’on rencontre inopinément quelqu’un qu’on ne s’attendoit pas à voir.

Montagne de géant

(Rigaud, 1881) : Pantalon.

Montant

(Clémens, 1840) : Pantalon.

(M.D., 1844) : Pantalon.

(un détenu, 1846) : Pantalon. — Le mot a été fait pour les anciennes culottes qui montaient assez haut. — V. Tirant.

(Halbert, 1849) : Mur. — Pantalon ; c’est le mur de la décence.

(Larchey, 1865) : Bas.

Quoi que ça veut dire ? criait une autre, des montants de soie dans de vieux ripatons !

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(Delvau, 1867) : s. m. Forte saveur ; relief bien accusé. Se dit à propos des choses et des personnes. Une phrase a du montant quand elle est énergique. Une femme a du montant quand elle a du cynisme.

(Delvau, 1867) : s. m. Pantalon, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Mur. Pantalon. Pas.

(Rigaud, 1881) : Pantalon. Il monte en effet le long des jambes. Le montant à pattes d’éléphant est, depuis des années, le signe distinctif des citoyens à trois ponts (Argot des souteneurs). V. Falzar. N.

(La Rue, 1894) : Pantalon.

(Virmaître, 1894) : Culotte.

(Rossignol, 1901) : Culotte.

Montante

(anon., 1827) : Une chaise.

(Bras-de-Fer, 1829) : Culotte.

(M.D., 1844) : Échelle, — dans le jargon des voleurs.

(Halbert, 1849) : Échelle. L’image est frappante. Quand, autrefois, l’échafaud était élevé de treize marches que le condamné devait gravir, on nommait les marches la montante du calvaire (Argot des voleurs). N.

(Delvau, 1867) : s. f. Échelle, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Échelle.

(Virmaître, 1894) : Échelle.

(Hayard, 1907) : Avoir un membre viril d’une belle longueur, ou d’une exiguïté fâcheuse.

Elis en fut quitte pour faire élection des plus gros montés, qui se pouvaient trouver.

Brantôme.

C’est que t’as l’air d’en avoir pour deux… T’es bien monté… mâtin.

Lemercier de Neuville.

Montante, lève-pieds

(La Rue, 1894) : Les cambrioleurs. Ils sont ainsi nommés parce que ces voleurs opèrent généralement dans les chambres de domestiques situées aux étages supérieurs. Ils montent en l’air (Argot des voleurs). N.

Monté (être bien ou mal)

(Delvau, 1864) : Cambrioleur.

Monte en l’air

(Virmaître, 1894) : Avoir un miché, et aller dans une chambré quelconque du bordel tirer un coup avec lui.

Rester ici au lieu d’aller au salon avec toutes ces dames… toujours descendre et ne jamais monter.

Lemercier de Neuville.

(Hayard, 1907) : Pour monter une pièce nouvelle, la préparer, — dans le jargon du théâtre. — Est-ce qu’on monte quelque chose pour le mois prochain ?

Montées

(d’Hautel, 1808) : Les montées. Pour dire, les escaliers.

Monter

(d’Hautel, 1808) : Monter sur les planches. Pour ; se faire comédien, histrion, batteleur.
Monter sur ses ergots. Élever la voix avec chaleur ; parler avec audace, s’emporter.
Cette fille monte en graine. Se dit d’une demoiselle qui vieillit sans se marier.
Monté comme un Saint-George. Pour dire, qu’un homme est sur un mauvais cheval.

(Delvau, 1864) : Exciter quelqu’un à faire une chose. Il a fallu joliment le monter pour arriver à lui faire dire oui. — L’exciter contre quelqu’un. Il l’a monté contre son frère ; c’est, mot à mot : monter la tête. — Être monté, être surexcité, être très en colère.

(Delvau, 1867) : v. n. S’emporter, se mettre en colère, — dans l’argot du peuple. Faire monter quelqu’un. L’exaspérer, l’agacer.

(Rigaud, 1881) : S’emporter. Enflammer, surexciter.

(Rigaud, 1881) : Se passionner, exagérer les choses, s’exalter. Mot à mot : se monter la tête.

(La Rue, 1894) : Être atteint d’une tumeur inflammatoire dans la région de l’aine, tumeur désignée sous le nom de « poulain ». (Argot des voyous).

Monter (se)

(Rigaud, 1881) : S’impatienter, se mettre en colère.

Monter à cheval

(Rigaud, 1881) : Être guillotiné. Mot à mot : monter à l’échelle de l’échafaud. L. L. Monter à l’échelle a une toute autre signification dans le peuple ; cela veut dire : faire mettre quelqu’un en colère.
— Il a la tête près du bonnet, il s’enlève comme une soupe au lait.
On dit aussi :
— Il a un si sale caractère qu’il grimpe à tout bout de champ (Argot du peuple). N.

Monter à l’arbre

(Delvau, 1867) : v. n. Être le jouet innocent de quelques farceurs qui font pour vous, homme, ce que d’autres farceurs font pour Martin, ours, au Jardin des Plantes, — sans réfléchir que, furieux d’être ainsi joué, vous pouvez leur casser les reins d’un coup de griffe. On dit aussi Monter à l’échelle.

Monter à l’échelle

(Rigaud, 1881) : Se fâcher, se mettre en colère. Si l’on plaisante un ami et qu’il se fâche il monte a l’échelle.

(Virmaître, 1894) : Passer un moment avec une fille publique sans débourser d’argent, est monter aux châsses. Monter sans payer sur la tour Eiffel est monter aux châsses.

(Rossignol, 1901) : Obtenir de l’avancement.

Monter aux châsses

(Rossignol, 1901) : Mentir.

As-tu fini ? Pour m’éprouver, tu veux monter des couleurs, belle Zaïre, mais cela ne va pas.

Decourcelle, 1840.

Monter d’un cran

(Rigaud, 1881) : Grandir. — Votre moutard monte en graine.

Monter des couleurs

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mentir pour connaître la vérité. Monter un coup, tendre un piège.

(Larchey, 1865) : Celui qui commet le vol à l’aide d’effraction ou fausses clés monte en l’air.

Monter en graine

(Delvau, 1867) : v. n. Vieillir, — dans l’argot des bourgeois, qui disent cela surtout à propos des filles destinées à coiffer sainte Catherine.

(Rigaud, 1881) : Aller et venir sous les fenêtres d’une belle, devant la porte de son magasin, ni plus ni moins qu’un soldat de l’amour en faction.

Monter en l’air

(Rossignol, 1901) : Le faire bander par des polissonneries en paroles ou en actions.

Mais rien ne monte la tête,
Non, rien n’est plus polisson
Qu’une langue toujours prête
À vous lecher le bouton.

Lemercier de Neuville.

Monter la garde

(Rigaud, 1881) : Se monter la tête, ou plutôt l’imagination à propos d’une femme avec qui l’on désire coucher ou d’un homme que l’on se rêve pour amant. Se dit spécialement des filles qui ont des toquades pour tel ou tel homme, coiffeur ou poète, peintre ou goujat, qui a un grand talent ou un gros paquet.

Conserve tes vers pour une autre Muse
Qui se montera mieux te bourrichon.

(Parnasse satyrique.)

Monter la tête (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se donner un courage factice, soit en buvant, soit en se répétant les outrages qu’on a subis et dont on veut tirer raison. Argot du peuple.

Monter la tête à un homme

(Delvau, 1864) : Se croire plus que l’on est.

Monter le baluchon (se)

(Fustier, 1889) : (V. Delvau.) Se monter le coup.

Monter le bourrichon (se)

(Delvau, 1864) : Tendre un piége.

C’est des daims huppés qui veulent monter un coup à un ennemi.

E. Sue.

Monter le cou (se)

(Rossignol, 1901) : Tromper. V. coup.

Monter le coup

(Clémens, 1840) : Faire accroire ce qui n’est pas.

(Larchey, 1865) : Tromper. Monter un chopin, préparer un vol. Monter la couleur, monter un schtosse, mentir, tromper.

(Larchey, 1865) : Mentir, abuser, tromper.

(La Rue, 1894) : Étre crédule, s’imaginer que toutes les femmes sont vertueuses, ou que l’on peut les baiser sans les payer.

Si tu croit que je suis novice, tu t’ monte le coup.

Lemercier de Neuville.

(Rossignol, 1901) : Leur promettre mille jouissances par des provocations de toilette, de regards, de paroles, d’attouchements — et se contenter de les faire jouir prosaïquement.

Et cette crinoline !… En voilà encore une invention qui nous aide à monter le coup aux hommes.

Lemercier de Neuville.

Monter le coup (se)

(Delvau, 1864) : Même sens — cambrioler.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se faire des illusions à propos de quelqu’un ou de quelque chose ; s’attendre à une félicité improbable ou à une fortune impossible. On dit aussi se monter le baluchon.

Monter le coup à quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le tromper ; lui promettre une chose qu’il désire et qu’on sait ne pas pouvoir lui donner ; mentir. On dit aussi Monter des couleurs et monter le Job.

Monter le coup aux hommes

(Delvau, 1864) : Se monter le coup. Croire que c’est arrivé ou vouloir le faire croire à un autre (Argot du peuple).

Monter le job

(Hayard, 1907) : Se monter le coup à soi-même. S’illusionner sur toutes choses. S’imaginer être aimé par désintéressement. En un mot, croire que c’est arrivé
— Mon miché qui s’est monté le verre en fleur que j’y allais de mon voyage, faut-y qu’il soit poire (Argot du peuple). N.

Monter le job (se)

(Virmaître, 1894) : Comparaitre devant un tribunal.

Monter le verre en fleur (se)

(Virmaître, 1894) : Avouer ses crimes et ceux de ses complices (Vidocq). — Il paraît y avoir une certaine relation d’origine entre manger le morceau et monter sur la table.

Monter quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. L’exciter par des paroles à faire une chose qu’il ne ferait pas de lui-même.

Monter sur la planche

(Rossignol, 1901) : Faire des révélations.

Monter sur la table

(Larchey, 1865) : Mettre de l’eau dans une barrique de vin. — (Argot des cabaretiers).

(Delvau, 1867) : v. n. Lever le masque, — dans l’argot des voleurs, qui ne font cela que par bravade, comme Lacenaire s’accusant lui-même d’un crime pour entraîner dans sa chute un complice.

(Rigaud, 1881) : Faire croire à une atlaire imaginaire ; présenter à des niais un projet de mise en actions pour exploiter une fonderie de pavés ou une filature de pains de sucre. Monter un bateau, synonyme de monter le coup (Argot du peuple). N.

Monter sur le tonneau

(Rigaud, 1881) : Faire croire à un ami une chose qui n’existe pas.

Monter sur ses ergots

(Delvau, 1867) : v. n. S’emporter, faire de violents reproches à quelqu’un, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Monter sur ses grands chevaux.

Monter un bateau

(Virmaître, 1894) : Tromper.

(Rossignol, 1901) : Préparer une mystification.

(Hayard, 1907) : Préparer un mensonge, combiner une mystification, — dans le jargon des voleurs. — Monter un coup, le coup. (V. Coup).

Monter un bateau, un battage

(La Rue, 1894) : Inventer un prétexte.

Je monte plus d’un coup pour vanter l’auteur Dorville.

1817, Brazier.

Monter un battage, un bateau

(Rigaud, 1881) : « Dans l’armée d’Afrique, c’est essayer de consommer sans payer le cabaretier maltais. » — De Vauvineux. Gandin : Tromperie. — Du vieux mot gandie : tromperie. V. Du Cange.

Monter un chopin

(Fustier, 1889) : Argot des voleurs. Préparer un mauvais coup, un vol.

Monter un coup

(Larchey, 1865) : Mentir, avoir de la malice, chercher à mystifier. — C’est une variante de monter le coup, — dans le jargon des voleurs.

Monter un gandin

(Larchey, 1865) : Mentir. Synonyme de monter le coup à quelqu’un. Stoss en allemand veut dire coup. Ce mot s’est francisé et court les ateliers.
— Pour faire le lundi et ne pas avoir son sac, on monte un schtosse au patron en lui disant que l’on va à l’enterrement de son père.
Il en est qui ont enterré leur père autant qu’il y a de jours dans l’année (Argot du peuple). N.

Monter un schtosse

(Rigaud, 1881) : La baiser, — ce qui est une façon, cavalière de s’exprimer. — La femme est une monture.

Pute ne tient conte
Qui sur son cul monte,
Toz il sont éguals.

(Anciens Fabliaux.)

Le vin si fort le surmonta
Que sur ses deux filles monta.

(Recueil de poésies françaises.)

Disant qu’il ne voulait laisser si aisément une si belle monture, qu’il avait si curieusement élevée, que premièrement il n’eût monté dessus, et su ce qu’elle saurait faire à l’avenir.

Brantôme.

Vous serez le premier qui monterez sur elle,
J’en jure par ma foi, c’est une demoiselle.

Théophile.

Mais ça était un pauvre monteur que ce monsieur le Dauphin.

Tallemant des Réaux.

Mais quand je fis de ma bourse ouverture,
Je ne vis onc plus paisible monture.

Cl. Marot.

Or, allons donc, et je m’assure
Que vaut trouverez la monture
Aussi gaillarde et bien en point.

J. Grévin.

Il n’y a si vieille monture, si elle a le désir d’aller et veuille être piquée, qui ne trouve quelque chevaucheur malotru.

Brantôme.

De qui les femmes aux courtisans
Servent bien souvent de monture

(Recueil de poésies françaises.)

Notre rustre n’eut pas sur sa monture douce
Fait trois voyages seulement,
Qu’il sentit du soulagement.

La Fontaine.

Un aumônier n’est pas si difficile
Il va piquant sa monture indocile,
Sans s’informer si le jeune tendron
Sous son empire a du plaisir ou non,

Voltaire.

Monsieur, je vous entends bien ; vous voulez monter sur moi.

Noël du Fail.

(Virmaître, 1894) : Faiseur.

Je serai le seul monteur de coups À qui tu r’pass’ras en arrière Tes gros sous.

Festeau.

Monter une femme

(Delvau, 1864) : Comédienne en chambre, femme capable de faire voir à ses amants la lune en plein midi ; femme qui joue la comédie de l’amour.

Monteur de coups

(Larchey, 1865) : À Paris, on appelle ainsi les cerises du nom de l’endroit où elles sont réputées. On dit de même Montreuil pour pêche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence pour orange. — Qui n’a entendu crier :

V’là des mémorenci, trois sous la livre !

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui vit de mensonges et d’expédients, chevalier d’industrie ; escroc.

Monteuse de coups

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse qui joue du sentiment avec plus ou moins d’habileté et s’en fait plus ou moins de revenus.

(Rigaud, 1881) : Exhiber ses pièces sexuel montrer son cul à un homme ou son membre à une femme.

En tombant, elle a montré toute sa boutique.

d’Hautel.

Montmorency

(Larchey, 1865) : Sortir du pantalon son membre viril — de plus ou moins de longitude — et s’en servir pour mesurer la distance qu’il y a enire les deux méridiens, la méridien femme et le méridien homme, à la grande satisfaction de tous les deux.

Je vis après ce polisson
En si fière attitude
Qu’il m’enflamme en me montrent son
Degré de longitude.

Collé.

(Delvau, 1867) : s. f. Cerises de Montmorency, — dans l’argot du peuple, qui dit de même Montreuil pour pèche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence pour orange.

Montre

(d’Hautel, 1808) : Je n’ai pas ma montre, elle est chez le charron. Réponse facétieuse d’une personne qui n’a pas de montre, et à qui l’on demande quelle heure il est.
Ce sont les vignes de la Courtille, belle montre peu de rapport. Persifflage que l’on exerce sur ceux qui veulent paroître avec un grand éclat.
Il peut passer à la montre. Se dit d’un homme qui a bonne mine, bonne tournure ; et signifie qu’il peut être reçu dans la bonne compagnie ; qu’il a assez de talens pour occuper les hauts emplois.

Montrer

(d’Hautel, 1808) : Montrer les talons. Se retirer de quelque lieu ; s’enfuir.
Montrer la corde. Pour dire, faire quelque chose de mesquin, qui annonce la petitesse d’esprit, le peu de talens et de moyens, la misère et la pauvreté.
Montrer son nez quelque part. Se faire voir un instant en quelque endroit.
On dit aussi d’un habit dont la trame est élimée et usée, qu’Il montre la corde.
Montrer de quel bois on se chauffe.
Montrer à quelqu’un ce que l’on sait faire ; ne pas se laisser molester.
Montrer visage de fer. Faire résistance ; montrer du courage, de la fermeté ; être hardi, intrépide.

Montrer la couture de ses bas

(Delvau, 1867) : Rompre son engagement, — dans l’argot des cabotins.

Montrer les talons

(Delvau, 1867) : v. a. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot du peuple.

Montrer sa boutique

(Delvau, 1864) : Aller à la visite, — en terme de fille soumise.

Montrer son degre de longitude

(Delvau, 1864) : Quand les filles vont au dispensaire, tous les quinze jours, pour passer la visite sanitaire, elles montrent tout au docteur (Argot des filles).

Montrer son nez

(Delvau, 1867) : v. a. Faire une courte apparition quelque part, — dans l’argot des employés qui, après avoir montré leur nez à leur ministère, ne craignent pas de lui montrer aussitôt les talons.

Montretout (aller à)

(Rigaud, 1881) : Fille publique qui va à la visite.

(Virmaître, 1894) : Pêche de Montreuil. — J’ai du beau Montreuil.

(Hayard, 1907) : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers.

Montreuil (du)

(Rigaud, 1881) : Mamelles de nourrice, — dans l’ancien argot.

Monument

(Rigaud, 1881) : Sous-entendu, de l’an 40 de la République, c’est-à-dire d’un an qui n’arrivera point. Expression due sans doute aux royalistes.

Je m’en moque comme de l’an 40.

Jaime.

Monzu, Mouzu

(Rigaud, 1881) : Cri.
— Si le pante morace et que les becs de gaz accourent, lingre le pour ne pas être paumé (Argot des voleurs). N.

Moquer

(d’Hautel, 1808) : Se moquer de la barbouillée. Signifie faire des propositions ridicules ; n’être intimidé de rien.

Moquer comme de l’an 40 (se)

(Larchey, 1865) : s. f. Épreuve faite à la brosse d’une page de journal avant le serrage définitif de la forme. Se dit aussi des ouvriers qui restent pour corriger cette épreuve et qui attendent pour partir que le journal soit prêt à être mis sous presse, et aussi du temps pendant lequel ils attendent. Morasse vient d’un mot latin : mora, retard.

Moquer comme de l’an quarante (s’en)

(Delvau, 1867) : Complètement, comme d’une année qui n’arrivera jamais. Argot des bourgeois. Le peuple dit : S’en foutre comme de l’an 40.

Moqueur

(d’Hautel, 1808) : Appelle-le moqueur de bête. Se dit en plaisantant à un homme simple dont on se joue, pour lui faire entendre qu’en se moquant de lui, on ne se moque que d’une bête.

Morace

(Delvau, 1867) : s. f. Inquiétude, danger, remords, — dans l’argot des voleurs, qui ont cependant très rarement des « puces à la muette ». Battre morace. Crier à l’assassin.

(Virmaître, 1894) : Épreuve d’une page entière de journal tirée à la brosse sur la forme. — Il y a la une, la deux, la trois et la quatre. Vient de : moratio, retard, attente, en latin, parce qu’on attend avec impatience la morasse pour quitter le journal, ou encore parce que la morasse se fait souvent attendre.

Morasse

(Delvau, 1867) : s. f. Dernière épreuve d’un journal, — dans l’argot des typographes, qui savent mieux que personne être moracii, c’est-à-dire en retard, morari.

(Rigaud, 1881) : Crier à l’assassin. V. Battre.

(Boutmy, 1883) : Inquiétude, danger, remords. Battre morasse, crier à l’assassin.

(La Rue, 1894) : Danger ; ennui. — Battre morace, crier à l’assassin, crier au voleur.

Morasse (battre)

(Larchey, 1865) : s. m. Celui qui fait partie de la morasse.

Morasse, Morace, Moresque

(Rigaud, 1881) : Moutard désagréable. Morbac, diminutif de morpion (Argot du peuple).

Morassier

(Boutmy, 1883) : Voir loubac.

Morbac

(Virmaître, 1894) : Morpion.

(Rossignol, 1901) : Vermine tenace qui fait élection de domicile sur certaines parties du corps humain.

(Hayard, 1907) : Vermine. Enfant désagréable.

Morbec

(Rigaud, 1881) : Belle ou vilaine fille.

Nous allons voir si l’état d’miché vaut l’mien, et si je s’ra assez chançard pour tomber sur un bon morceau…

Lemercier de Neuville.

(La Rue, 1894) : Réussir certaines parties d’un tableau, — dans le jargon des peintres.

Morbleu ! tubleu !

(d’Hautel, 1808) : Interjections qui marquent l’étonnement.

Morceau

(d’Hautel, 1808) : Morceau d’Adam. On appelle ainsi l’éminence qui paroît à la gorge des hommes.
Il aime les bons morceaux. Se dit d’un homme qui aime la bonne chère, qui a le palais délicat.
Mettre les morceaux doubles. Manger avec précipitation, à la hâte.
Il s’endort le morceau dans le bec. Se dit de quelqu’un qui se couche aussitôt après souper, et pour faire entendre qu’il s’endort facilement.
Tailler les morceaux bien courts à quelqu’un. Lui faire une bien petite part ; lui donner à peine de quoi exister.
On lui a taillé les morceaux. Pour on lui a prescrit ce qu’il falloit faire.
Morceau avalé n’a plus de goût. Pour dire qu’on oublie bientôt un service.
Ça fait un beau morceau. Se dit par ironie d’une personne, ou d’une chose dont on veut abaisser la valeur.
Les premiers morceaux nuisent aux derniers. Signifie que, lorsqu’on a bien mangé au commencement d’un repas, on ne peut plus guère manger à la fin.
Manger un morceau. Prendre un repas à la hâte, à la dérobée.

Morceau (beau ou vilain)

(Delvau, 1864) : Son membre viril — dont la femme est si friande.

Et quelle qu’en soit la longueur,
Aucun morceau ne lui fait peur.

(chanson anonyme moderne.)

Morceau (faire le)

(Rigaud, 1881) : Individu grêlé dont le visage est percé de trous comme une passoire. Morceau de gruyère est une allusion aux innombrables trous dont ce fromage est percé (Argot du peuple). N.

Morceau d’architecture

(Delvau, 1867) : s. m. Discours lu ou parlé, — dans l’argot des francs-maçons.

Morceau d’un homme (le)

(Delvau, 1864) : Écrit, page de littérature, article de journal, discours, œuvre d’art, sans esprit, d’un style lourd, compassé.

Morceau de gruyère

(Delvau, 1867) : s. m. Figure marquée de la petite vérole, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux trous du fromage de Gruyère.

(Virmaître, 1894) : Lime, scie.

Morceau de pâte ferme

(Rigaud, 1881) : Lime. Scie.

Morceau de roi

(Delvau, 1867) : s. m. Belle fille, jeune et appétissante, — dans l’argot des bourgeois, parmi lesquels on trouverait sans peine quelques Lebel, si on en avait besoin pour quelque Parc-aux-Cerfs.

Morceau de salé

(Delvau, 1867) : s. m. Femme chargée d’embonpoint, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi de quelqu’un malpropre d’habits ou de discours.

Morceau honteux

(Delvau, 1867) : s. m. Le dernier morceau d’un plat, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas y toucher, malgré les sollicitations de leur appétit, parce que la « civilité puérile et honnête » le leur défend.

Mordante

(Delvau, 1867) : s. f. Scie, lime, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Lime. On dit d’un individu fielleux, qui ne peut prononcer une parole sans dire une méchanceté, qu’il est mordant comme une râpe (Argot des voleurs).

(La Rue, 1894) : Lime.

(Virmaître, 1894) : Voir.

(Rossignol, 1901) : Être sans force, sans esprit ou sans talent. V. Méchant.

Mordicus

(d’Hautel, 1808) : Adverbe latin.
Il soutient cette chose mordicus. Pour dire avec ténacité, opiniâtreté.

Mordienne (à la grosse)

(d’Hautel, 1808) : Sans façon, sans finesse.

Mordre

(d’Hautel, 1808) : Ils ne se mordront pas. Se dit par plaisanterie de deux personnes que les mêmes occupations rassemblent dans un même lieu, et qui se tiennent l’une et l’autre aux deux extrémités.
S’il t’égratigne, mords-le. Se dit, pour exciter deux personnes à se battre.
Mordre à l’hameçon. Prêter l’oreille à des paroles trompeuses, se laisser aller à des propositions insidieuses.
S’en mordre les pouces. Se repentir d’avoir manqué une occasion.
Mordre. Pour comprendre, se pénétrer de quelque chose.
Il a peine à y mordre. Pour, il a peine à concevoir, à apprendre cette science.

(Hayard, 1907) : Se faire réprimander ; recevoir des coups.

Mordre (ne pas)

(Larchey, 1865) : Assiette.

(Delvau, 1867) : v. n. Être sans force, sans esprit, sans beauté, — dans l’argot des faubouriens et des filles. On dit aussi, en employant la même ironie : N’être pas méchant.

Mordre (se faire)

(Delvau, 1867) : Se faire reprendre, réprimander, humilier, battre, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Repas, mangeaille.

More

(d’Hautel, 1808) : Traiter quelqu’un de turc à more. Le traiter sans ménagement, sans considération.

Morfante, Morfiante

(Rigaud, 1881) : Repas, — dans l’ancien argot.

Morfe

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Repas.

(Bras-de-Fer, 1829) : Repas.

(Delvau, 1867) : s. f. Repas, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot et ses dérivés à la vieille langue des honnêtes gens.

(Rigaud, 1881) : Repas. Refaite du matin, déjeuner. Refaite du jorne, dîner. Refaite de sorgue, souper. Refaite exprime bien l’action de se refaire l’estomac. Morfer est ici pour manger (Argot des voleurs).

(La Rue, 1894) : Repas.

(Virmaître, 1894) : Le repas, la mangeaille.

(Hayard, 1907) : Le repas, la mangeaille.

Morfe (la)

(Halbert, 1849) : Manger. Vieux mot employé par Rabelais au Propos des Beuveurs. Où diable les escarpes ont-ils été dénicher cette expression ? (Argot des voleurs).

Morfé (la)

(anon., 1827) : Assiette.

Morfiailler

(Delvau, 1867) : v. n. Manger, — dans le même argot [des voleurs], plagiaire de la bonne langue : « Là, là, là, c’est morfiaillé, cela ! » dit Rabelais au Propos des beuveurs. On dit aussi Morfer, Morfier et Morfiller.

(Virmaître, 1894) : Assiette.

Morfiante

(anon., 1827) : Assiette.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Assiette.

(Bras-de-Fer, 1829) : Assiette.

(Halbert, 1849) : Manger.

(Delvau, 1867) : s. f. Assiette. On dit aussi Limonade.

(La Rue, 1894) : Manger.

Morfier

(anon., 1827) : Manger.

(Bras-de-Fer, 1829) : Manger. Morfiller un truc, avouer un crime.

Morfier, morfigner

(Halbert, 1849) : Manger. — Se morfiller le dardan, s’inquiéter.

Morfier, morfiller

(La Rue, 1894) : Passer.

Nous avons vu morfiler le bœuf gras sur la place de la Bastille.

Morfier, Morfiller, Morfiler

(Rigaud, 1881) : Manger.

Morfiler

(Rossignol, 1901) : Manger.

(Hayard, 1907) : Faire, manger. — Du mot de langue romane morfier : manger. V. Du Cange. — Morfillante : assiette. — V. Chêne, Jaspiner.

Calvi morfile sa dernière bouchée.

Balzac.

Morfiller

(M.D., 1844) : Se faire du mauvais sang, se manger le cœur. A. D. Morfiller veut bien dire manger, mais dardant signifie amour. C’est morfiller le vermeil (sang) ou le palpitant (cœur) (Argot des voleurs).

(Larchey, 1865) : Sel (Vidocq). — De morganer. V. Momir.

Morfiller le dardant (se)

(Delvau, 1867) : Se faire du mauvais sang, se manger le cœur.

(Virmaître, 1894) : Sel.

Morfiller un truque

(Clémens, 1840) : Avouer un crime, manger.

Morgane

(Larchey, 1865) : Sel, — dans l’ancien argot. — Muronner, saler.

(Delvau, 1867) : s. f. Sel, — dans le même argot. Flouant de la morgane. Escroquerie commise au moyen d’un paquet de sel et d’un mal de dents supposé.

(La Rue, 1894) : Mordre.

Morgane, Muron

(Rigaud, 1881) : Mordre.

Morganer

(Clémens, 1840) : Mordre.

(M.D., 1844) : Mordre.

(M.D., 1844) : Mordre (id.). — Mot de langue romane. V. Roquefort (Mordant).

(un détenu, 1846) : Mordre, — dans le jargon des voleurs.

(Larchey, 1865) : Mordre.

(Delvau, 1867) : v. a. Mordre, — dans le même argot. Signifie aussi Nuire, comme le prouvent ces deux vers de la parodie du Vieux Vagabond de Béranger, par MM. Jules Choux et Charles Martin :

Comme un coquillon qui morgane
Que n’aplatissiez-vous l’gonsier ?…

(Rigaud, 1881) : Mordre.

(La Rue, 1894) : Broc (Vidocq). — Allusion à la couleur noire que lui donne le vin.

(Rossignol, 1901) : Broc de vin, broc en bois pour le vin.

Morgue

(d’Hautel, 1808) : Endroit où l’on met les corps dont la justice se saisit.
Et non morne, comme on le dit habituellement.

Morguenne, morguai

(d’Hautel, 1808) : Jurons de paysans qui ont la même signification que morbleu, mordienne.

Morguer

(d’Hautel, 1808) : Braver, défier, insulter ; railler quelqu’un.

Moricaud

(d’Hautel, 1808) : Un moricaud, une moricaude. Se dit en plaisantant de ceux qui ont la peau brune ; et notamment des femmes. On appelle aussi de ce nom une espèce de guigne noire.

(Larchey, 1865) : Charbon, — dans l’ancien argot.

(Delvau, 1867) : s. m. Charbon, — dans le même argot. Signifie aussi Broc de marchand de vin, — qu’un long usage a noirci.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Nègre, mulâtre, — dans l’argot des faubouriens. Moricaude. Négresse.

(Rigaud, 1881) : Broc de vin. Charbon. Nègre.

(Rigaud, 1881) : Nègre, négresse.

(La Rue, 1894) : Chapeau à petits bords, l’opposé du bolivar. V. ce mot.

C’était le temps de la lutte des républiques de l’Amérique méridionale contre le roi d’Espagne, de Bolivar contre Morillo. Les chapeaux à petits bords étaient royalistes et se nommaient des morillos ; les libéraux portaient des chapeaux à larges bords qui s’appelaient des bolivars.

V. Hugo.

Moricaud, Moricaude

(Rigaud, 1881) : Porte-monnaie. D’aucuns disent morningue. Il serait plus juste de dire morniflingue, puisque mornifle veut dire monnaie (Argot des voleurs). N.

Morigéner

(d’Hautel, 1808) : Corriger, réprimander, et non moriginer.

Morillo

(Larchey, 1865) : Porte-monnaie.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau à petits bords que portaient les royalistes au temps de la guerre entre Bolivar et Morillo, c’est-à-dire entre les Républiques de l’Amérique du Sud et le roi d’Espagne. Les libéraux, eux, portaient le bolivar.

Morlingue

(Virmaître, 1894) : Porte-monnaie.

(Rossignol, 1901) : Porte-monnaie.

(Hayard, 1907) : Bergerie.

Morlingue, porte-mornifle

(La Rue, 1894) : Bergerie (Argot des voleurs).

Mornante

(Halbert, 1849) : Mouton, brebis.

(Delvau, 1867) : s. f. Bergerie, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Mouton, brebis.

Morne

(anon., 1827) : Mouton, brebis.

(Bras-de-Fer, 1829) : Mouton (Vidocq). — Du vieux mot moraine : laine. V. Du Cange.

(Halbert, 1849) : Mouton. — Mornier, berger.

(Larchey, 1865) : Mouton. Mornante, bergerie.

(Delvau, 1867) : s. f. Brebis, mouton. On dit aussi Morné, ou plutôt mort-né, qui est la véritable orthographe, parce que c’est la véritable étymologie du mot.

(Rigaud, 1881) : Bouchée.

(La Rue, 1894) : Bouchée.

Mornée

(Halbert, 1849) : Bouche, bouchée, — dans l’ancien argot.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouchée.

(La Rue, 1894) : Berger.

Mornée, mornos

(Rigaud, 1881) : Gifle.
— Je vais te plaquer une morniffle sur la hure si tu m’emmerdes longtemps (Argot du peuple). V. Giroflée à cinq feuilles.

Mornier

(Halbert, 1849) : Fabricant de finisse monnaie, argent, or, ou billets de banque (Argot des voleurs).

(Delvau, 1867) : s. m. Berger.

Morniffle

(Virmaître, 1894) : Soufflet. — Détacher une mornifle, donner un soufflet.

Morniffleur

(Virmaître, 1894) : Soufflet. Monnaie.

Mornifle

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, soufflet, coup de la main applique sur le visage.
Appliquer une Mornifle. Pour confirmer, donner un soufflet.

(Clémens, 1840) : Monnaie.

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, coup de poing, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Monnaie, — dans l’argot des voleurs, qui se la disputent à coups de poing. Mornifle tarte. Fausse monnaie.

(La Rue, 1894) : Monnaie.

(Rossignol, 1901) : Gifle.

(Rossignol, 1901) : Fausse monnaie, gifle.

(Hayard, 1907) : Monnaie. — Mornifle tarte, fausse monnaie. — Porte-morningue, porte-monnaie. — Refiler de la fausse mornifle, émettre de la fausse monnaie. (Jargon des voleurs.) Porte-morningue appartient aussi au vocabulaire du peuple.

Mornifleur

(Rossignol, 1901) : Faux monnayeur.

Mornifleur tarte

(Delvau, 1867) : s. m. Faux-monnayeur.

(Rigaud, 1881) : Faux-monnayeur.

(La Rue, 1894) : Faux monnayeur.

Mornos

(anon., 1827) : La bouche.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bouche.

(Halbert, 1849) : La bouche.

(Virmaître, 1894) : La bouche. Manger une bouchée, avaler une mornée (Argot des voleurs).

Morphée

(Delvau, 1867) : s. m. Sommeil, — dans l’argot des académiciens et des bourgeois. Se jeter dans les bras de Morphée. Se coucher. Être dans les bras de Morphée. Dormir.

Morpion

(Delvau, 1864) : Pou de corps, parasite de l’homme et de la femme, qui s’attache spécialement aux parties sexuelles — d’où il est difficile de le déloger, à moitis d’employer l’onguent mercuriel ou l’essence de citron.

Cent mille poux de forte taille
Sur ta motte ont livré bataille
À nombre égal de morpions,
Portant écus et morions.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, enfant désagréable, irritant, — dans l’argot du peuple. On dit aussi, par respect humain, morbaque ; mais la première expression vaut mieux, parce qu’elle est plus franche. Elle se trouve avec son sens entomologique dans les Touches du seigneur des Accords, qui dit à Barbasson :

Tu as ta barbe si rude,
Et les cheveux si épais,
Qu’il semble avoir deux forêts
Où loge une multitude
De morpions et de poux,
Au lieu de cerfs et de loups.

(Rigaud, 1881) : Personne dont on ne peut se débarrasser, importun qui s’attache à vos pas.

(Virmaître, 1894) : Insecte qui occasionne des démangeaisons fort désagréables. Par analogie, on dit de quelqu’un dont on se débarrasse difficilement :
— Il colle comme un morpion.
On dit également : mille pattes (Argot du peuple).

Morpionner

(Rigaud, 1881) : S’attacher aux pas de quelqu’un, obséder.

Mors

(d’Hautel, 1808) : Prendre le mors aux dents. Se dit de ceux qui de la plus grande nonchalance, montrent subitement une activité, une promptitude extraordinaire.

Morsures

(Delvau, 1864) : Marques rosées que les gens qui baisent se font mutuellement dans les spasmes de la jouissance.

Je suis, mon cher savant, si docte avis voluptés,
Lorsque j’étouffe un homme en mes bras veloutés,
Ou lorsque j’abandonne aux morsures mon buste.

Ch. Baudelaire.

Mort

(d’Hautel, 1808) : La mort n’a pas faim. Se dit par pitié et par mépris en parlant d’une personne réduite à la dernière misère, ou pleine d’infirmités, et qui vit cependant malgré toutes ces vicissitudes.
Mourir de sa belle mort. Mourir de mort naturelle.
Avoir la mort dans l’ame ; entre les dents ; sur le bord des lèvres. Être dans un mauvais état de santé, être à l’agonie.
La mort fera un triste repas. Se dit d’un malade maigre et décharné.
Il est bon pour aller chercher la mort. Se dit d’un musard, d’un lambin, d’un homme qui est très long dans toutes les commissions qu’on lui donne.

(d’Hautel, 1808) : Les morts ont toujours tort. Pour dire qu’on excuse toujours les vivans aux dépens des morts.
Il a la gueule morte. Se dit d’un fanfaron, d’un médisant, d’un grand parleur à qui il est arrivé quelque mortification.

(Delvau, 1867) : s. m. Partner imaginaire à qui l’on réserve des cartes comme s’il était vivant, — dans l’argot des joueurs de whist et de mistigri. Faire un mort. Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu de la quatrième — absente. Prendre le mort. Changer les cartes qu’on vous a données, et qu’on trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.

(Rigaud, 1881) : Condamné, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Enjeu augmenté après coup par le procédé de la poussette. (L. Larchey)

(Fustier, 1889) : Malade. Argot des élèves de l’École de Saint-Cyr. Se faire porter élève-mort.

Mort (faire le)

(Larchey, 1865) : Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu d’un quatrième partenaire imaginaire.

Mais nous ne sommes que trois ! — je ferai le mort.

Achard.

Mort-dans-le-dos

(Delvau, 1864) : Homme froid, mou, indolent, insensible et sans énergie : — incapable de bander, — dans l’argot du peuple, qui n’aime pas les lymphatiques. — Synonyme de Pisse-froid.

Morue

(d’Hautel, 1808) : J’en suis las comme d’une vieille morue. Se dit d’une personne que l’on supporte avec peine, dont on est fatigué, dégoûté.

(Delvau, 1864) : Femme de mauvaise vie, qu’on pourrait appeler — si l’ichthyologie ne s’y opposait pas formellement — la femelle du maquereau.

Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle… — Oui, madame, elle vous appelle… morue !

Gavarni.

(Larchey, 1865) : Femme abjecte.

Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle… — Oui, madame, elle vous appelle… morue !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme sale, dégoûtante, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi, comme injure, d’une Femme laide et d’une gourgandine.

(Rigaud, 1881) : Femme qui pue ; salope, — dans le jargon des Halles. Épithète dont ces dames gratifient volontiers les bourgeoises qui déprécient la marchandise ou qui, marchandent trop. Mot à mot : qui pue comme une morue.

(Rigaud, 1881) : Lot d’ouvrages manuscrits que les anciens colporteurs faisaient imprimer à leurs frais. — Les canards ont eu raison des morues.

(La Rue, 1894) : Femme sale ou de mauvaise vie.

(Virmaître, 1894) : Terme employé par les femmes des halles pour répondre aux râleuses qui leur offrent un prix dérisoire de leurs marchandises.
— Va donc, morue, faudrait-y pas te foutre du beurre avec et te le porter à ton poussier (Argot du peuple).

Morvaillon

(d’Hautel, 1808) : Terme badin et de mépris. Pour dire, un bambin, un marmouset, un petit bonhomme qui fait le fanfaron, l’entendu.

Morveau

(d’Hautel, 1808) : Lécher le morveau à quelqu’un. Le caresser, lui faire une cour assidue, l’embrasser continuellement.

Morveux

(d’Hautel, 1808) : Un morveux. Terme injurieux qui équivaut à blanc bec, petit sot ; fat, ignorant ; homme sans expérience et sans capacité.
Il vaut mieux laisser son enfant morveux, que de lui arracher le nez. Voyez Arracher.
Qui se sent morveux, se mouche. V. Galeux.

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin ; homme sans conséquence, — dans l’argot du peuple, qui daigne quelquefois moucher ces adversaires-là comme les autres.

Morviau

(Delvau, 1867) : s. m. Le nez, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi pour les Mucosités qui sortent du nez.

(Rigaud, 1881) : Morve. — Petit morveux.

Mot

(d’Hautel, 1808) : Il est comme le dindon de la vallée, il ne dit mot, et n’en pense pas plus. Se dit par raillerie, d’un idiot, qui n’a rien de bon à dire, et qui fait le penseur, le réfléchi.
Qui ne dit mot, consent. Pour dire, qu’en certaines occasions le silence tient lieu du consentement.
S’il ne dit mot, il n’en pense pas moins. Signifie qu’un homme a plus d’esprit, plus de sentiment qu’il ne le paroît.
Le fin mot. Pour la clef, le secret d’une affaire ; le dernier mot.
Entendre le demi-mot. Comprendre promptement ce qu’une personne veut dire.
Mots gras. Mots licencieux, paroles obscènes.
Mots de gueule. Injures, grossièretés, que se disent entr’eux les gens de basse condition, quand ils se querellent.

(Delvau, 1867) : s. m. Trait spirituel, repartie plaisante, — dans l’argot des gens de lettres. Faire des mots. Émailler la conversation de plaisanteries et de concetti.

Mot de Cambronne (le)

(Delvau, 1867) : Ce n’est pas « La garde meurt et ne se rend pas ! » mais tout simplement « Merde ! » La phrase propre n’eût peut-être pas été entendue au milieu du bruit du canon, dans cette mêlée sanglante de Waterloo ; tandis que le mot énergique que tout le monde connaît était la seule réponse possible en un pareil moment.

Mot de la fin

(Delvau, 1867) : La nouvelle à la main, souvent cruelle pour quelqu’un, par laquelle un chroniqueur doit terminer sa chronique.

Mot de valeur

(Delvau, 1867) : s. m. Mot ou phrase d’un rôle, qu’un acteur lance avec finesse ou avec énergie, selon les cas, et qui produit un grand effet sur le public. Argot des coulisses. La Croix de mon père ou de ma mère, — Je ne mange pas de ce pain-là, — J’ai l’habit d’un laquais, et vous en avez l’âme, etc., etc., sont des mots de valeur.

Motif

(Delvau, 1867) : s. m. Sujet de paysage, — dans l’argot des artistes.

Mots

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Injures ; reproches, — dans l’argot des ouvriers et des grisettes. Avoir des mots avec quelqu’un. Se fâcher avec lui.

Mots (avoir des)

(Larchey, 1865) : Échanger des reproches.

En rentrant du bal avec ton amant, vous avez eu des mots, et il t’a flanquée à la porte.

Montépin.

Mots à queue

(Virmaître, 1894) : C’est une plaisanterie d’atelier fort amusante. C’est un homme de l’artichaud Colas. On en a fait des à-peu-près tout aussi drôles sur les heures. Il est une heure, (teneur) de livres. Deux heures, (deux sœurs) de charité. Trois heures, (toiseur) vérificateur. Quatre heures, (cardeur) de matelas. Cinq heures, (zingueur) plombier. Six heures, (ciseleur) sur métaux. Sept heures, (cette heure) est la mienne. Huit heures, (huîtres) d’Ostende. Neuf heures, (neveu) de son oncle. Dix heures, (diseur) de bonne aventure. Onze heures, (on se) réunira à la maison mortuaire pour midi (Argot des ateliers).

Mots gras

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Gaillardises, — dans l’argot des bourgeois, dont le langage est taché de ces mots-là.

Mots inconnus

(Delvau, 1864) : La kyrielle de cris d’ardeur, de mots étouffés, mourants et sans suite que l’on prononce dans le paroxysme de la jouissance, tels que : …Tout à toi !… à moi !.. arrête… là !… ah !… plus vite… va donc !… ah ! je sens… je fonds… arrête… je jouis… oh !…

Qu’elle est superbe en son désordre,
Quand elle tombe lès seins nus,
Qu’on la voit, béante, se tordre
Dans un baiser de rage, et mordre
En criant des mots inconnus.

A. de Musset.

Motte

(Delvau, 1864) : Le Mont-Sacré, la petite éminence osseuse qui couronne la nature de la femme, et qui est quelquefois glabre, mais le plus souvent pubescente, c’est-à-dire, couverte de poils.

Et quand il trouve la chemise, il la lève et m’appuie la main sur la motte, qu’il pince et frise quelque temps avec les doigts.

Mililot.

Le mécréant se reculons,
Et regagne ses bataillons ;
L’un va pleurer sur une motte,
Et l’autre hélas ! sur les couillons.

B. de Maurice.

Ces petits cons à grosse motte,
Sur qui le poil encor ne glotte,
Sont bien déplus friands boucans.

(Cabinet satyrique.)

Mais toutes ces beautés, mon Aline, croîs-moi,
Cèdent à la beauté de ta motte vermeille.

Théophile.

(Rigaud, 1881) : Maison centrale de force et de correction, — dans le jargon des voleurs. — Dégringoler de la motte, sortir d’une maison centrale.

Motteux

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier en mottes à brûler, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Marchand de mottes.

Motus !

(d’Hautel, 1808) : Exclamation, pour dire ; silence ! chut ! paix !

Mou

(d’Hautel, 1808) : Mou comme chiffe. Se dit d’un homme foible, sans caractère et facile à gouverner.
Quand l’un veut du mou, l’autre veut du dur. Voyez Dur.

Mou comme une chique

(Virmaître, 1894) : Homme de peu de consistance, sans volonté, qui travaille mollement. Allusion au morceau de tabac que le chiqueur a mâché toute une journée : il est mou. De là, mou comme une chique (Argot du peuple).

Mou de veau

(Delvau, 1864) : Gorge flasque, tombante.

L’autre dit que sa gorge était un, mou de veau.

L. Protat.

Mou enflé (avoir le)

(Rigaud, 1881) : Être enceinte, — dans le jargon des voyous.

Mou pour ton chat

(Virmaître, 1894) : Quand on regarde avec insistance une jolie fille et que cela ne lui plaît pas, elle répond :
— Ça, mon vieux, c’est pas du mou pour ton chat.
D’aucunes, plus expressives, disent :
— Tu peux regarder, c’est pas de la viande pour ton serin (Argot du peuple). N.

Moucadou

(d’Hautel, 1808) : Mot baroque, qui signifie mouchoir.

Moucaire

(Rigaud, 1881) : Femme laide, — dans le jargon des voyous. De l’arabe moukère. (V. ce mot.)

Mouchailler

(anon., 1827) : Regarder.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Écouter, épier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Regarder.

(Halbert, 1849) : Regarder.

(Delvau, 1867) : v. n. Regarder, observer sans en avoir l’air, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Regarder à la dérobée, regarder en dessous.

(La Rue, 1894) : Regarder à la dérobée.

Mouchailler, moucharder

(Larchey, 1865) : Espionner, dénoncer. — En 1455, les gueux ou coquillards de Dijon disaient déjà mouschier à la marine, pour dénoncer a la justice.

Mouchard

(Delvau, 1867) : s. m. Agent de police, — dans l’argot du peuple qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Molière. Se dit aussi de tout individu qui a l’air d’espionner, de tout ouvrier qui rapporte, etc.

(Delvau, 1867) : s. m. Portrait peint, parce qu’il a l’air de vous regarder, où que vous vous mettiez.

(Rigaud, 1881) : Portrait à l’huile. (Delvau).

(La Rue, 1894) : Agent de la police de sûreté. Espion. Portrait.

Mouchard à bec

(La Rue, 1894) : Réverbère.

Mouchard à becs

(Delvau, 1867) : s. m. Réverbère, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Réverbère.

Mouchard, mouche

(Larchey, 1865) : Espion de police. — On connaît l’indiscrétion des mouches ; elles se fourrent partout. — Dans une brochure de circonstance qui parut en 1625 (le Marchand arrivé sur les affaires du temps), on enjoint aux cabaretiers de frauder les droits de perception en ayant du vin chez leur voisin et n’allant le chercher que la nuit

pour n’estre pas veuz des mouches de ce païs icy qui valent pire que des guespes d’Orléans.

Dans ses Politiques, Vincent Cabot (Toulouse, 1636) traite, en son chapitre II,

Des mouschards et escouteurs desquels les princes et les républiques se servent pour sçavoir les nouveautés et les entreprises.

(Hayard, 1907) : Policier.

Moucharde

(Clémens, 1840) : Lune.

(Larchey, 1865) : Lune. V. Cafarde.

Mais bientôt la patraque au clair de la moucharde nous reluque de loin.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. La lune, qui, de ses gros yeux ronds, a l’air d’assister au détroussement ou au meurtre d’un homme sur une route.

(Rigaud, 1881) : Lune, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : La lune.

(Virmaître, 1894) : La lune. Elle se montre souvent fort mal à propos pour déranger messieurs les voleurs dans leurs expéditions nocturnes (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : La lune.

Moucharde (la)

(Hayard, 1907) : La lune.

Moucharder

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Espionner la conduite de quelqu’un.

Mouche

(d’Hautel, 1808) : Faire d’une mouche un éléphant. Faire du bruit pour rien, faire passer quelque chose de néant pour une merveille.
Faire querelle sur un pied de mouche. Intenter un procès pour une bagatelle, pour la moindre des choses.
Il est bien tendre aux mouches. Signifie, il est sensible aux moindres incommodités, il se choque de peu de chose.
Dru comme mouche. Pour dire, tout un coup, tout à-la-fois.
Il ne faut qu’une mouche pour l’amuser. Se dit d’une personne oiseuse, d’un domestique musard.
Prendre la mouche. Se piquer, se choquer, être d’une grande susceptibilité.
Fine mouche. On appelle ainsi une personne artificieuse, fine, et rusée.
Quelle mouche vous pique ? Pour, qui a pu vous offenser, vous irriter, vous mettre en colère ?
Sentir des mouches, Se dit d’une femme enceinte que les premières atteintes du mal d’enfant tourmentent.

(Halbert, 1849) : Vilain.

(Larchey, 1865) : « Mouche, pour ceux qui ne comprendraient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le même sens. V. Toc.

(Delvau, 1867) : s. f. Agent de police, — en général et en particulier.

(Delvau, 1867) : s. f. Mousseline, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : adj. des deux g. Mauvais, laid, désagréable, embêtant comme une mouche, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Agent de police.

(Fustier, 1889) : On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l’usage des voyageurs.

Malgré… les chiens et les chevaux qu’on baigne… les bateaux qu’on décharge, les mouches qui passent en fouettant l’eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.

(Bernadille.)

On désigne aussi ces bateaux sous le nom d’hirondelles.

(La Rue, 1894) : Mousseline. Mauvais. Laid.

(Virmaître, 1894) : Laid, bête, ridicule.
— Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).

Mouche (la)

(Rigaud, 1881) : La police ; tout ce qui relève de la préfecture de police.

(La Rue, 1894) : La police.

Mouche à miel

(Fustier, 1889) : Argot des écoles. Se dit des aspirants à l’École centrale.

Mouche, Moche, Mouchique

(Rigaud, 1881) : Laid, mauvais, sans valeur, désagréable. — Toc a succédé à mouche avec le même sens, et moche, variante de mouche, a battu en brèche toc, déjà démodé parmi les voyous. — Être mouchique à la sec, être mal noté dans son quartier, avoir eu déjà des démêlés avec le commissaire de son quartier. Sec est mis par abréviation de section.

Moucher

(d’Hautel, 1808) : C’est un gaillard qui ne se mouche pas du coude, ou du pied. Se dit d’un homme difficile à, persuader et qu’il ne faut pas heurter.
Il n’a pas le temps de se moucher. Pour, il est très-occupé, il a des affaires considérables.

(Larchey, 1865) : Boucher. V. Esbrouffer.Moucher : Corriger, remettre les gens à leur place. Mot à mot : éteindre leur insolence. — Moucher : Tuer, c’est-à-dire éteindre la flamme de la vie.

Aussi ne se passait-il guère d’heures qu’il n’y eût quelqu’un de mouché.

Mém. de Sully, seizième siècle.

Je l’enfile par un coup droit. Encore un de mouché.

Randon.

Du vieux mot muchier : cacher, couvrir. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. a. Attraper, donner une correction, un soufflet, — dans le même argot [des faubouriens]. Se faire moucher. Se faire battre. On dit aussi Se faire moucher le quinquet.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Battre. — Remettre quelqu’un à sa place. — Se faire moucher, se faire remettre à sa place.

(La Rue, 1894) : Battre. Tuer.

(Rossignol, 1901) : Faire mal. Celui qui s’est fait mal s’est mouché.

Moucher (se)

(Delvau, 1864) : Bander, baiser ou se branler — afin de décharger.

Le vieux maréchal de Villerol ayant été envoyé à Lyon, en 1717, pour apaiser une sédition, ce ne furent pendant son séjour que réjouissances et. fêtes continuelles. Une grande dame de Paris, ayant appris que les Lyonnaises s’empressaient fort d’écrire au maréchal, écrivit à l’une d’elles : « Mandez-moi donc à qui M. le maréchal a jeté le mouchoir. » La vieille madame de Breault, qui habitait Lyon, et qui avait été autrefois des amies de Villerol, vit cette lettre et dit à celle qui la lui montrait : « Écrivez à votre amis qu’il y a longtemps que le maréchal ne se mouche plus. »

P. Larousse.

(Rigaud, 1881) : Faire, disparaître de l’argent, s’approprier quelques pièces d’or ou d’argent prises dans la masse constituant une banque, — dans l’argot des garçons de jeu. C’est ordinairement en se mouchant que s’exécute ce tour d’escamotage ; de là le nom.

Moucher du pied (ne pas se)

(Delvau, 1867) : Avoir le geste prompt et le soufflet facile. Signifie aussi Avoir des allures de bourgeois, et même de grand seigneur. On dit dans le même sens : Ne pas se moucher du coude.

Moucher la chandelle

(Delvau, 1864) : Retirer son membre du vagin de la femme, au moment de l’éjaculation, afin que le suif qui en coule ne le brûle pas, et surtout n’y dépose pas de la semence d’enfante.

Comment, disait-il,
D’un mari, ma belle,
Malgré la chandelle
Tromper l’œil subtil ?
— Mouchez, disait-elle.

Victor Mabille.

(Larchey, 1865) : S’adresser pour l’explication aux cinq vers suivants qui jouent très-finement sur le mot :

Comment, disait-il, D’un mari, ma belle, Malgré la chandelle, Tromper l’œil subtil ? — Mouchez, disait-elle.

V. Mabille.

(Delvau, 1867) : v. a. Être décidé à mourir sans postérité. On dit aussi Effacer.

(Rigaud, 1881) : Pour les collégiens, c’est s’inspirer du jeune Onan. Pour les hommes mariés, c’est suivre l’école matrimoniale de Malthus.

Moucher le quinquet (se faire)

(Virmaître, 1894) : Recevoir une verte correction, une formidable volée (Argot du peuple).

Moucher sa chandelle

(Delvau, 1867) : Mourir.

Moucher sur sa manche (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. N’avoir pas encore l’expérience nécessaire, la rouerie indispensable ; en être à ses débuts dans la vie. Ne pas se moucher sur sa manche. Être hardi, résolu, expérient, « malin ». Cette expression est la révélation d’un trait de mœurs certainement oublié, et peut-être même ignoré de ceux qui l’emploient : elle apprend qu’autrefois on mettait son mouchoir sur sa manche gauche pour se moucher de la main droite.

Moucheron

(Larchey, 1865) : Enfant.

La portière et son moucheron.

Léonard, parodie, 1863.

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, enfant, apprenti, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Enfant. — Apprenti.

L’an passé, papa a mis pour moi quinze cents francs à la tontine, et v’là déjà trois moucherons de claqués !…

(Rando)

Mouches (envoyer des coups de pied aux)

(Rigaud, 1881) : Mener une conduite déréglée, — dans le jargon des coulisses. C’est ce que le peuple appelle : Jeter son bonnet par-dessus les moulins.

Mouches (tuer les)

(Virmaître, 1894) : On dit de quelqu’un qui a une haleine infecte :
— Il tue les mouches à quinze pas (Argot du peuple). V. Pot de chambre cassé dans l’estomac.

Mouches au vol (tuer les)

(Rigaud, 1881) : Sentir mauvais de la bouche. La variante est : Tuer les mouches à quinze pas.

Mouches d’hiver

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Flocons de neige. Il tombe des mouches d’hiver. Il neige.

Mouchettes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Mouchoir, — dans l’argot des faubouriens, qui s’en servent pour les chandelles.

Mouchettes (des)

(Larchey, 1865) : Non.

Tu m’as volé ! tu vas rendre ! — Des mouchettes.

Léonard, id.

Mouchettes (des) !

(Delvau, 1867) : Exclamation de refus, de la même famille que Des navets ! Du flan ! etc.

Moucheur

(d’Hautel, 1808) : Un habile moucheur. Se dit en plaisantant de celui qui en voulant moucher les chandelles les éteint.

Moucheur de chandelle

(Rigaud, 1881) : Militant de l’école d’Onan. — Militant de l’école de Malthus.

Mouchic

(un détenu, 1846) : Infirme.

Mouchique

(Clémens, 1840) : Laide, mauvaise, sévère.

(Delvau, 1867) : adj. Extrêmement muche, — dans l’argot de Breda-Street.

(Delvau, 1867) : adj. Laid, mauvais, — dans l’argot des voleurs, qui, pour forger ce mot, n’ont pas dû songer aux moujiks russes de 1815, comme l’insinue Francisque Michel, mais ont eu certainement en vue leurs ennemis naturels, les mouchards. Être mouchique à la section. Être mal noté chez le commissaire de police de son quartier.

(La Rue, 1894) : Laid, mauvais, sévère. Mouchique à la section, mal noté dans son quartier.

(Virmaître, 1894) : Laid à faire peur. Vient du mot russe mejiks (Argot du peuple). N.

Mouchique à la section

(Virmaître, 1894) : Mal noté dans son quartier. Quartier est synonyme de section, depuis la division des arrondissements en sections pour les votes (Argot du peuple). N.

Mouchoir

(Delvau, 1867) : s. m. Aniterge, — dans l’argot des bourgeois.

(Delvau, 1867) : s. m. La main, — dans l’argot des faubouriens, qui ont l’habitude de s’en servir pour moucher les autres et se moucher eux-mêmes. Ils s’en servent aussi comme Aniterge.

(Rigaud, 1881) : Pistolet de poche.

Mouchoir à bœufs

(Rigaud, 1881) : Champ.

Aujourd’hui la belle est une maison à quatre étages, une ferme en Beauce, un mouchoir à bœufs, un moulin !

(Madame de Girardin, Correspondance parisienne.)

Mouchoir d’Adam

(Delvau, 1867) : s. m. Les doigts.

Mouchoir de poche

(Delvau, 1867) : s. m. Pistolet de poche, avec lequel on peut moucher les importuns de nuit à quinze pas. Argot des faubouriens.

Moudre

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Et moulait au moulin de la dame toujours très-bien, sans y faire couler l’eau.

Brantôme.

Et en jouant et passant le temps ensemble commencèrent à moudre fort et ferme.

P. de Larivet.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Jouer de l’orgue de Barbarie ou de la serinette. On dit aussi Moudre un air.

Moudre un air

(Rigaud, 1881) : Jouer l’orgue de Barbarie.

Moue

(d’Hautel, 1808) : Pousser la moue. Être de mauvaise humeur, faire la grimace, regarder quelqu’un avec mépris.

Mouf

(Fustier, 1889) : Abréviation de Mouffetard. La rue Mouf, la rue Mouffetard.

Le garçon du marchand de vin d’à côté secouait un panier à salade et quelques gouttes d’eau atteignirent le front de la jeune fille qui se retourna et s écria avec une voix de rogomme et le plus pur accent mouf-mouf : Ah ! mince… tu pourrais donc pas secouer tes pissenlits d’équerre, espèce ed’mastroc empaillé !

(Clairon, 1882.)

Moufflanté, merriflauté

(La Rue, 1894) : Chaudement vêtu.

Moufflard

(d’Hautel, 1808) : Qui a un gros visage, qui a la figure pleine, bouffie.

Moufflet

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, gamin, apprenti, — dans l’argot du peuple, qui a dit autrefois moufflard, dérivé du verbe mouffler (enfler le visage), inusité aujourd’hui.

(Rigaud, 1881) : Enfant.

(La Rue, 1894) : Enfant.

Moufier

(Halbert, 1849) : Baiser.

Moufion

(Fustier, 1889) : Mouchoir ; Moufionner, se moucher.

Mouflon

(La Rue, 1894) : Mouchoir.

Mouillante

(anon., 1827) : Morue.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Morue.

(Halbert, 1849) : Morve.

(Larchey, 1865) : Soupe (Vidocq). — Mouillante : Morue. — On sait que la morue trempe ordinairement dans des baquets d’eau.

(Delvau, 1867) : s. f. Soupe, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Morue. — Soupe, et aussi bouillante, — dans l’ancien argot.

(Virmaître, 1894) : La soupe (Argot du peuple). V. Laffe.

Mouillante, mouise

(La Rue, 1894) : Soupe.

Mouillé

(d’Hautel, 1808) : Être mouillé comme un canard. Être trempé, avoir reçu une grande averse.
Faire la poule mouillée. Se dorloter, faire le paresseux, le sans cœur.
C’est du papier mouillé. Pour dire qu’une étoffe est de peu de valeur.
Se couvrir d’un drap mouillé. Alléguer de mauvaises excuses.

Mouillé (être)

(Delvau, 1867) : v. pron. Être signalé comme suspect, — dans l’argot des agents de police.

(Delvau, 1867) : Être ivre, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Être mal noté. — Être signalé à la police.

(La Rue, 1894) : Être signalé à la police. Être ivre.

Mouiller

(d’Hautel, 1808) : Qui touche mouille. Dicton bachique, qui signifie que, lorsqu’on touche à un verre rempli de vin, il faut le boire ; et que lorsqu’on boit, il faut payer.
Mouiller. Pour dire boire, hausser le coude.

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, — au bout duquel les deux, acteurs se sentent réciproquement inondés de sperme.

La nature entière se pâme
Sous un baiser mystérieux,
Et se mouille comme une femme,
Sous le vit du plus beau des dieux.

(Parnasse satyrique.)

(Rigaud, 1881) : Attraper une punition, — dans l’argot du régiment.

(Fustier, 1889) : Argot théâtral. Jouer bien. — Mouiller à ou dans ; toucher des droits d’auteur.

Mouiller (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Boire avec excès.

(Rigaud, 1881) : Commencer à se griser. On se mouille, on s’émèche, on se culotte, on se poivre.

Mouillez-vous pour sécher, ou séchez pour mouiller.

(Rabelais, l. I.)

Mouiller les pieds (se)

(Fustier, 1889) : Aller à Nouméa.

Interrogé, il s’écria : Vous me ferez faucher le pré, mais je ne veux pas que les camarades se mouillent les pieds.

(Événement, 1882.)

Mouiller ses bibelots

(Virmaître, 1894) : Pisser dans son pantalon (Argot du peuple).

Mouiller ses draps

(Delvau, 1864) : Avoir des pollutions nocturnes ; jouir comme Ixion, d’une nuée qui a le con d’une femme ou la pine d’un homme.

Il n’est que toi, V***, ma toute belle,
Qui seule, hélas ! te chatouillant le sein.
Fais chaque nuit des rêves de pucelle,
Et sans plaisir mouilles ton travertin.

J. Duflot.

Mouiller une femme

(Delvau, 1864) : Décharger à son profit la provision de sperme que l’on a dans les couilles.

Va… va… va… petit homme…. Ah ! cela vient.. Tu me mouilles… Ah !…

H. Monnier.

Mouisard

(Rossignol, 1901) : Miséreux.

Mouise

(Clémens, 1840) : Soupe.

(Rossignol, 1901) : Misère.

(Rossignol, 1901) : Soupe.

Mouisse

(Delvau, 1867) : s. f. Soupe économique, potage à la Rumfort, — dans l’argot des voleurs et des troupiers.

Moukaire

(Merlin, 1888) : Femme, — de l’espagnol.

Moukala

(Fustier, 1889) : Fusil. Argot des régiments d’Afrique.

Moukalah

(Merlin, 1888) : Fusil, — de l’arabe.

Moukère (avoir sa)

(Rigaud, 1881) : Être en bonne fortune, — dans l’argot du régiment. C’est une expression d’importation africaine. En arabe, moukère signifie femme.

Moule

(d’Hautel, 1808) : Cela ne se jette pas au moule. Se dit d’un ouvrage qui demande des soins et du temps.
Le moule n’en est pas rompu. Se dit d’une chose dont on ne doit pas regretter la perte.
Le moule en est perdu. Se dit en plaisantant d’un homme qui a perdu sa mère.
Le moule du pourpoint. Pour dire le corps.

(Rigaud, 1881) : Imbécile. C’est un pendant à huître, pris dans le même sens.

Il faudrait être rudement moule pour trouver qu’on vous a fait perdre votre temps.

(Tam-Tam du 16 mai 1880.)

Moule à blagues

(Delvau, 1867) : s. m. La bouche, — dans l’argot des faubouriens.

Moule à boutons

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de vingt francs, — dans l’argot des voyous.

Moule à claques

(Delvau, 1867) : s. m. Figure impertinente qui provoque et attire des soufflets, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi pour la main, qui distribue si généreusement les soufflets.

Moule à gaufre

(Virmaître, 1894) : Individu dont le visage a été ravagé par la petite vérole. Allusion au moule employé par les gaufriers (Argot du peuple). N.

Moule à gaufres

(Delvau, 1867) : s. m. Figure marquée de trous de petite vérole, — par allusion cruelle aux dessins capricieux des deux plaques de fer qui servent à faire la pâtisserie légère et croquante qui nous vient des Flandres et qu’affectionnent les enfants.

(Rossignol, 1901) : Individu grêlé.

Moule à melon

(Rigaud, 1881) : Bossu.

Moule à merde

(Delvau, 1864) : Le cul, — d’où la merde sort en effet moulée en corde à puits.

D’un moule à merde il fait un moule, à pine,
Et bat le beurre au milieu d’un étron.

(Chanson anonyme moderne.)

(Rigaud, 1881) : Derrière.

Moule à pastilles, moule à gaufres

(Rigaud, 1881) : Visage marqué de petite vérole, par allusion aux trous des moules à pastilles.

Moule à pets

(Virmaître, 1894) : Homme qui se lâche facilement. Dans le peuple on dit :
— Avec un vent pareil, il va pleuvoir de la merde.
On dit également :
— Si on chante comme ça à ton enterrement, il y aura plus de cochons que de curés (Argot du peuple). N.

Moule aux guillemets

(Delvau, 1867) : s. m. C’est l’Huile de cotrets des troupiers.

Moule de gant

(Larchey, 1865) : Soufflet. — La main est un moule de gant.

Ne faut pas avoir un air, sans ça j’te repasse un moule de gants qui ne t’en restera pas une dent.

1844, Cat. poissard.

Je lui donnai sur sa face un moule de gant.

Rétif, 1783.

(Delvau, 1867) : s. m. Soufflet, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Soufflet.

Moule de pipe à Gambier

(Rigaud, 1881) : Personne grotesque ; caricature vivante.

Moule de saut

(La Rue, 1894) : Soufflet. Moule de pipe, tète grotesque.

Moule du bonnet

(Delvau, 1867) : s. m. La tête, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais.

Moule est cassé (le)

(Virmaître, 1894) : Se dit d’un personnage exceptionnel, inimitable. L. L. Cette expression n’est pas prise dans ce sens parmi le peuple ; elle est employée pour dire d’une femme qui a passé l’âge, qui ne marque plus, qu’elle ne peut plus faire d’enfants : le moule est cassé (Argot du peuple). N.

Mouler

(d’Hautel, 1808) : Il est moulé. Pour dire, il est bien dans toutes ses proportions ; il est fait à peindre.
Il se fait mouler. Se dit d’un homme qui fait imprimer un ouvrage de sa composition.
Il croit tout ce qui est moulé. Se dit d’un homme simple et crédule qui croit tout ce qu’il lit d’imprimé.

Moulin

(d’Hautel, 1808) : Faire venir l’eau au moulin. Procurer de l’aisance, du bien-être à sa famille par son industrie, ses peines, son travail.
Moulin à vent. Pour dire le derrière.
C’est un vrai moulin à vent. Pour c’est un homme sans caractère ; qui n’a pas de volonté qui lui appartienne.
Cela lui ressemble comme à un moulin à vent. Se dit d’une comparaison qui n’est pas bien fondée.

(Delvau, 1867) : s. m. Maison du receleur de plomb volé, qu’on appelle le meunier.

(La Rue, 1894) : Maison du receleur (meunier).

(Virmaître, 1894) : Boutique du receleur. C’est pour cette raison, sans doute, que l’on nomme le receleur, le meunier (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Boutique de recéleur (argot des plombiers et couvreurs).

Moulin à café

(Delvau, 1867) : s. m. Orgue de Barbarie, qui semble en effet moudre des airs. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : « De temps à autre, on fait une rafle des malheureuses créatures inscrites sur le livre de la police dite des mœurs, on en fait une cargaison qu’on expédie dans une colonie. Les femmes ainsi dépaysées sont ce qu’on appelle, en terme de police, passées au moulin à café. »

(Procès de la Lanterne, 27 janv. 1879, plaidoirie de Me Delattre.)

(Rigaud, 1881) : Mitrailleuse, — dans le jargon des soldats. (L. Larchey)

(Merlin, 1888) : Mitrailleuse.

(Virmaître, 1894) : Le tribunal correctionnel. Allusion à la vitesse avec laquelle les juges expédient les affaires. Les prévenus sont condamnés à la vapeur (Argot du palais). N.

Moulin à m…

(La Rue, 1894) : La bouche. Personne mal embouchée.

Moulin à merde

(Delvau, 1864) : Se dit d’une vilaine bouche, — comme de la plus mignonne et la plus rosé.

Si vous croyez baiser une belle petite bouche, avec des dents bien blanches, vous baisez un moulin a merde ; tous les mets les plus délicats : les biscuits, les pâtés, les tourtes, les farcis, les jambons, les perdrix, les faisans, le tout n’est que pour taire de la merde mâchée.

(Lettre de la duchesse d’Orléans à l’Electrice de Hanovre.)

(Delvau, 1867) : s. m. La bouche, — dans l’argot du peuple. L’expression est horriblement triviale, j’aurais mauvaise grâce à le dissimuler, mais le peuple est excusé de l’employer par certaine note du 1er volume de la Régence, d’Alexandre Dumas.

(Rigaud, 1881) : Personne mal embouchée.

(Virmaître, 1894) : La bouche. En mangeant, elle travaille pour Richer (Argot du peuple).

Moulin à paroles

(Virmaître, 1894) : Femme bavarde qui ne tarit pas, qui parle avec volubilité. Elle broie les paroles comme le moulin, le café (Argot du peuple).

Moulin à vent

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot facétieux et scatologique des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Derrière.

Et le monde n’en mange plus que de la mouture de moulin à vent.

(Il Putanismo.)

(Virmaître, 1894) : Le derrière. Dans la Chanson du Propriétaire on trouve : Moulin à eau par devant, Moulin à vent par derrière. (Argot du peuple). N.

Moulin à vents

(Hayard, 1907) : Le derrière.

Moulin, maison du meunier

(Rigaud, 1881) : Recéleur. — Boutique de recéleur.

Moulinage

(Delvau, 1867) : s. m. Bavardage, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bavardage.

Mouliner

(Delvau, 1867) : v. n. Bavarder.

(Rigaud, 1881) : Parler beaucoup ; dire des niaiseries.

(La Rue, 1894) : Bavarder.

Mouloir

(Halbert, 1849) : Bouche.

(Delvau, 1867) : s. m. La bouche, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bouche ; dent.

(La Rue, 1894) : Bouche.

Moulure (faire une)

(Rigaud, 1881) : faire ses nécessités. Variante : Pousser une moulure.

Moumoutte

(Rossignol, 1901) : Les faux cheveux que l’homme dénude se met sur le dessus de la tête pour cacher son calvitie, c’est une moumoutte ou un gazon.

Mouniche

(Rigaud, 1881) : Le sexe d’une femme.

Mounin

(Delvau, 1867) : s. m. Petit garçon, apprenti, — dans l’argot des faubouriens.

Mounine

(Rigaud, 1881) : Petite fille grimacière, petite espiègle.

Mouquette

(Fustier, 1889) : Femme galante. Le mot a été pour la première fois, croyons-nous, lancé par M. Delpit. Le romancier était-il alors hanté par le souvenir de l’héroïne de Germinal, la Mouquette, car le livre de Zola venait paraître, cela est possible, mais nous n’affirmons rien. Toujours est-il que peu de temps après l’apparition de ce mot, un rédacteur du journal Le Dix-neuvième siècle en donnait cette étymologie, très vraisemblable d’ailleurs : « Les Arabes appellent les femmes moukair ; les soldats d’Afrique ont rapporté ce mot en France, et, chez les ouvriers qui ont fait campagne en Algérie, il n’est pas rare d’entendre adresser aux femmes l’appellation de mouquerre, corruption évidente de moukair. C’est d’ailleurs le mot espagnol mujer prononcé avec l’accent guttural. C’est mouquerre qui est le père de mouquette. La généalogie du nouveau mot peut donc ainsi s’établir : moukair, mot arabe ou espagnol ; mouquerre, mot d’argot de barrière ; mouquette, mot d’argot pschutteux. » Qu’en pense M. Delpit ?

La mouquette de haute marque qui vient de faire sa vente…

(Événement, 1885.)

Mourir

(d’Hautel, 1808) : Mourir tout envie. Pour mourir subitement, ou d’une maladie vive et prompte.
On ne sait qui meurt ni qui vit. Pour dire que la dernière heure est incertaine, et qu’il faut prendre ses assurances par écrit.
Un meurt de faim. Pour dire un insolvable, un homme qui n’a aucune espèce de fortune.
Mourir d’une belle épée. Perdre au jeu par quelque coup extraordinaire.
Vous me faites mourir. Pour, vous m’impatientez, vous m’importunez.
Mourir de rire. Avoir un fou rire ; rire avec excès.
Mourir d’envie, de désir, d’impatience de voir quelque chose. Désirer ardemment.

(Delvau, 1864) : Arriver, par l’excès de la jouissantes vénérienne, à un état de béatitude — ou plutôt d’hébétement — qui vous enlève aux choses de la terre et vous transporte dans le monde inconnu où l’on ne pense plus, où l’on ne parie plus, où l’on ne remue plus, où l’on nage dans une atmosphère spermatisée.

Vous me voyez, tendre fougère, Avec mon berger chaque jour Mourir dans tes bras de l’Amour.

(Épigrammes.)

Laisse Roger baiser ta gorge ronde
Et Louis se mourir dans tes bras.

J. Duflot.

Mourir (tu t’en ferais) !

(Rigaud, 1881) : Tu ne le voudrais pas. Cela est au-dessus de tes forces. — Expression dont le peuple a abusé comme : de tant d’autres et qu’il mettait : à toutes sauces. — Voulez-vous m’embrasser ? demandait un jeune homme timide à une drôlesse. — Tu t’en ferais mourir. — Voulez-vous m’accompagner jusqu’à la Bastille à pied ? — Tu t’en ferais mourir.

Mouscaille

(Clémens, 1840) : Excréments.

(Delvau, 1867) : s. f. Le résultat de la digestion, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Gadoue. Excréments.

(Virmaître, 1894) : La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité. Mouscailler : faire ses besoins (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Déjections.

Mouscaille (?)

(Rossignol, 1901) : Matière qui sert à faire la poudrette.

Mouscaille ou moustille

(Merlin, 1888) : Expression littéralement traduite par le mot de Cambronne.

Mouscaille, Mousse

(Rigaud, 1881) : Matière fécale.

Mouscailler

(Larchey, 1865) : Aller à la garde-robe (Vidocq). — De mousse.

(Delvau, 1867) : v. a. Alvum deponere.

(Rigaud, 1881) : Se défaire de la matière fécale.

Mouscailler ou filer du proye

(Halbert, 1849) : Ch…

Mouscailler, ou filer du proye

(anon., 1827) : Ch.

Mouscailleur

(Fustier, 1889) : Vidangeur.

Là sont réunis pêle-mêle des biffins… des mouscailleurs.

(Réveil, 1882.)

Mouscailleux

(La Rue, 1894) : Fantassin. On dit aussi pousse-cailloux, mille-pattes, cul-rouge.

Mouscaillier

(Bras-de-Fer, 1829) : Ch…

Mouscailloux

(Rigaud, 1881) : Fantassin, pour pousse-cailloux.

Mouscouillousse

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux que l’on donne à un homme que l’on méprise, à un petit polisson.

Mousquet

(d’Hautel, 1808) : Crever comme un mousquet. Mourir d’excès de débauches ; mourir d’indigestion.

Mousquetaire gris

(Delvau, 1867) : s. m. Pou, — dans l’argot du peuple, qui aime les facéties.

(Rigaud, 1881) : Pou.

(La Rue, 1894) : Pou.

(Virmaître, 1894) : Pou. Allusion à la couleur de cet horrible animal que pourtant certains adorent. Un amateur marchande un pou à un chiffonnier ; il lui offre d’un pou magnifique un prix dérisoire. L’éleveur le remet délicatement dans sa chemise en lui chantant le refrain célèbre : Tu n’en veux pas ! J’l’remets dans ma chemise. Ça n’mange pas d’pain. (Argot du peuple). N.

Moussante

(Delvau, 1867) : s. f. Bière de mars, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Bière. — Encore un de ces mots qui n’ont pas demandé de grands frais d’imagination.

(La Rue, 1894) : Bière.

(Virmaître, 1894) : Bière (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Bière.

Moussard

(Halbert, 1849) : Chataignier.

Mousse

(d’Hautel, 1808) : Pierre qui roule n’amasse point de mousse. Signifie, qu’il ne faut pas changer à chaque instant de métier, si l’on veut amasser de la fortune ; mais bien en choisir un, et s’y tenir.

(anon., 1827) : M.

(Bras-de-Fer, 1829) : M…

(Halbert, 1849) : Excrément.

(Larchey, 1865) : Excrément. — On s’injurie fréquemment dans le peuple par ces mots : Vent et mousse pour toi !

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti commis, — dans l’argot des calicots.

(Delvau, 1867) : s. f. Le résultat de la fonction du plexus mésentérique, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

(Rigaud, 1881) : Vieux mot injurieux, très en vogue aux XVe et XVIe siècles, synonyme de bran et auquel à succédé le fameux « merde » de nos jours, qui semble répondre à toutes les situations tendues.

Mousse pour le guet ; bran pour les sergents.

(Adages français.)

(La Rue, 1894) : Excrément. Mousser, aller à la selle. De la mousse ! Non ! Rien ! Mousserie, latrines.

(Rossignol, 1901) : Couteau.

Mousse (faire de la)

(Rigaud, 1881) : Faire des embarras, chercher à briller, faire grand étalage de toilette.

La dite belle se promenait devant ces agents, faisant le plus de mousse possible aux yeux des nobles étrangers.

(Figaro du 28 oct. 1878.)

(Rossignol, 1901) : Faire des épates ou des manières, c’est faire de la mousse.

Mousseline

(Halbert, 1849) : Pain blanc.

(Delvau, 1867) : s. f. Fers dont on charge un prisonnier, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

(Delvau, 1867) : s. f. Pain blanc, léger, agréable au toucher comme au goût, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Fers de prisonniers. (Larchey.)

(Rigaud, 1881) : Pièce d’argent. — Pain blanc. — Sorte de gâteau de Savoie.

(La Rue, 1894) : Fers de prisonniers. Pain blanc. Pièce d’argent.

Mousser

(d’Hautel, 1808) : Faire mousser un succès ; un avantage ; sa réputation. Pour dire, exagérer le mérite d’un succès ; chercher à en hausser la valeur ; vanter sa réputation.

(Halbert, 1849) : Satisfaire ses besoins.

(Delvau, 1867) : v. n. Alvum deponere.

(Delvau, 1867) : v. n. S’emporter, être en rage, de dépit ou de colère, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir du succès, — dans l’argot des gens de lettres et des comédiens. Faire mousser. Préparer le succès d’un auteur ou d’une pièce par des éloges exagérés et souvent répétés.

(Rigaud, 1881) : Être en colère. — Exagérer. — Faire mousser, exagérer les dualités d’une personne, la valeur d’une chose.

Mousser (se faire)

(Delvau, 1867) : Se vanter, parler sans cesse de ses talents ou de ses qualités. Argot du peuple.

Mousserie

(Halbert, 1849) : Latrine.

(Delvau, 1867) : s. f. Water-closets, — dans l’argot des voyous.

(Virmaître, 1894) : Fosse d’aisance des prisons (Argot des voleurs).

Mousseuse

(Fustier, 1889) : Femme galante, à la mode.

Mousseuse est pimpant, léger, provocant, vaporeux ; mousseuse donne bien l’idée du bruissement de la soie, du froufrou du satin, de la joyeuse envolée des jupes de batiste et de dentelles. La mousse est ce qui brille, scintille, pétille, émoustille. Voilà pourquoi mousseuse, un mot significatif et complet, mérite droit de cité ; voilà pourquoi mousseuse court grand’chance d’être adopté par la gent boulevardière… Les débutantes ès-galanterie deviendront des moussettes.

(Voltaire, 9 mars 1887.)

Mousseux

(d’Hautel, 1808) : Il a un genre mousseux. Se dit d’un homme qui a une mauvaise tournure ; qui a les mœurs, les manières et les habitudes des gens de dessus le port.

(Delvau, 1867) : adj. Redondant, hyperbolique, — dans l’argot des gens de lettres et des comédiens.

Moussu

(Delvau, 1867) : s. m. Le sein de la femme, d’où sort le lait, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Riche, puissant.

Moussue

(Halbert, 1849) : Chataigne.

(Delvau, 1867) : s. f. Châtaigne, — dans le même argot [des voleurs].

Moustache

(d’Hautel, 1808) : On lui a donné sur les moustaches. Pour, on l’a frappé au visage.
Le peuple se sert aussi de ce mot dans un sens exagéré, et pour exprimer que quelqu’un excelle en quelque chose, il dit qu’Il est moustache.
Du vin moustache.
Pour dire, du bon vin.

Moustachue

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme à moustaches, — dans l’argot des bourgeois.

Moustique dans la boîte au sel

(Virmaître, 1894) : V. Asticot dans la noisette.

Mout

(Rigaud, 1881) : Beau, — dans le jargon des voyous.

Moutard

(anon., 1827) : Enfant.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Enfant.

(Bras-de-Fer, 1829) : Enfant.

(Delvau, 1867) : s. m. Gamin, enfant, apprenti, — dans l’argot du peuple, qui, n’en déplaise à P. J. Leroux et à Francisque Michel, n’a eu qu’à regarder la chemise du premier polisson venu pour trouver cette expression.

Moutarde

(d’Hautel, 1808) : Rêver à la moutarde. Faire le pensif ; prendre sans sujet un air rêveur et mélancolique.
C’est de la moutarde après dîner. Se dit de quelque chose nécessaire à une affaire, qui arrive long-temps après qu’on y a supplée.
La moutarde lui monte au nez. Se dit de quelqu’un qui commence à s’impatienter, à s’échauffer ; à se mettre en colère.
S’amuser à la moutarde. Pour dire, à des bagatelles, à des frivolités.
Il n’appartient pas à tout vinaigrier de faire de bonne moutarde. Signifie qu’il n’est pas donné à tous les auteurs de faire de bons ouvrages.
Il est fin comme moutarde. Se dit d’une personne très-rusée.
Sucrer la moutarde. Adoucir son chagrin ; modérer son ressentiment ; reprendre quelqu’un d’une manière piquante, sans cependant le choquer.

(Delvau, 1867) : s. f. Le stercus humain.

(La Rue, 1894) : Excrément. Moutardier, derrière.

Moutarde après dîner

(Rigaud, 1881) : Trop tard, chose inutile, qui n’est pas venue au moment opportun.

Moutardier

(d’Hautel, 1808) : Il se croit le premier moutardier du pape. Se dit d’un homme qui marque du dédain, de la fierté et de la hauteur envers ses semblables.

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex. On disait autrefois Baril à la moutarde, et Réservoir à moutarde.

(Delvau, 1867) : s. m. Goldfinder. On dit aussi Parfumeur.

(Rigaud, 1881) : Derrière.

Moutardier du pape

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui s’en fait accroire, imbécile vaniteux. On dit qu’il se croit le premier moutardier du pape.

(La Rue, 1894) : Vaniteux.

Moutardier du pape (premier)

(Rigaud, 1881) : Sot orgueilleux.

Moute

(La Rue, 1894) : Beau.

Mouton

(d’Hautel, 1808) : Chercher cinq pieds à un mouton. Exiger d’un autre plus qu’il ne doit, ou d’une chose plus qu’elle ne peut produire.
Revenir à ses moutons. Revenir à un discours commencé et interrompu, dans lequel l’intérêt se trouve compromis.
Mouton. Homme aposté dans les prisons par la justice, pour tirer par ruse les secrets d’un prisonnier.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mouchard de prison.

(M.D., 1844) : Homme de leur société qu’ils supposent y avoir été mis pour s’associer seulement à la conversation et les dénoncer ensuite. Dans les prisons, la police y met beaucoup de ces gens qui, ayant l’air d’être détenus, causent avec les prisonniers, et finissent par donner des indices très précieux à la police qui les transmets ensuite à la justice.

(un détenu, 1846) : Mouchard.

(Halbert, 1849) : Mouchard.

(Larchey, 1865) : « En prison, le mouton est un mouchard qui parait être sous le poids d’une méchante affaire et dont l’habileté consiste à se faire prendre pour un ami. » — Balzac. — Allusion ironique à la fausse candeur de ces compères. — Moutonner : Dénoncer. V. Coqueur.

(Delvau, 1867) : s. m. Matelas, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement. Mettre son mouton au clou. Porter son matelas au Mont-de-Piété.

(Delvau, 1867) : s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.

(Rigaud, 1881) : Matelas.

(Rigaud, 1881) : Homme de compagnie d’un prisonnier, et chargé par la police de devenir l’homme de confiance du même prisonnier.

(La Rue, 1894) : Matelas. Prisonnier qui espionne et dénonce son compagnon.

(Virmaître, 1894) : Dénonciateur qui vend ses complices. Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le moutonner. C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Matelas. Quand il est plus que plat, on dit : galette (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Prisonnier qui dénonce ses co-détenus.

Mouton (casserole)

(Rossignol, 1901) : L’homme que l’on met en cellule avec un autre détenu pour avoir ses confidences.

Moutonnaille

(Delvau, 1867) : s. f. La foule, — dans l’argot du peuple, qui sait par expérience personnelle quelle est la contagion de l’exemple.

Moutonner

(un détenu, 1846) : Chercher à arracher un secret.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Moucharder et dénoncer.

(Rigaud, 1881) : Espionner.

Moutonnier

(d’Hautel, 1808) : Bête d’habitude ; celui qui fait tout ce qu’il voit faire aux autres.

Mouture

(d’Hautel, 1808) : Tirer d’un sac deux moutures. Vouloir tirer plusieurs avantages d’un même travail, ou se faire payer deux fois.

Mouvante

(Halbert, 1849) : Bouillie.

Mouvement (être dans le)

(Fustier, 1889) : « Cet hôte arrivait de Paris ; il avait un nom connu presque célèbre, il était dans le mouvement… »

(De Montépin : Sa Majesté l’Argent.)

Mouver (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se remuer, — dans l’argot du peuple.

Mouvette

(d’Hautel, 1808) : Marie mouvette. Petite fille turbulente, d’une pétulance extraordinaire, qui est toujours en mouvement.

(La Rue, 1894) : Agent de police.

(Virmaître, 1894) : Indicateur qui fournit des indications à la police. C’est généralement un camelot ; il se meut d’un point à un autre, suivant les cas (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Indicateur de la police, délateur ; synonyme de casserole.

Mouzu

(Halbert, 1849) : Téton ou mamelle.

Moyambine

(Larchey, 1865) : Voir panama.

Moyen-agiste

(Delvau, 1867) : s. et adj. Amateur des choses et admirateur des idées du moyen âge. Le mot est de H. de Balzac.

Moyens

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Richesse, — dans l’argot des bourgeois. Avoir des moyens. Être à son aise. Signifie aussi : Aptitude, dispositions intellectuelles, capacités.

Muche

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune homme poli, doux, aimable, réservé, — dans l’argot des petites dames qui le trouvent trop collant.

(Delvau, 1867) : adj. Excellent, délicieux, parfait, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses, à propos de la Patti comme à propos d’une soupe à l’oignon.

(Rigaud, 1881) : Très bon, supérieur. — Jeune homme timide auprès des dames de la rue de Maubeuge.

(La Rue, 1894) : Très bon, excellent. Jeune homme timide et réservé avec les femmes.

Muet

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas muet. Pour dire, il parle hardiment ; c’est un babillard un grand parleur.

Muette

(Larchey, 1865) : Conscience (Vidocq). — Mot inventé pour les hommes qui n’ont pas de conscience.

(Larchey, 1865) : Exercice dans lequel, par espièglerie ou par antipathie pour un chef, les élèves de Saint-Cyr ne font pas résonner leurs fusils.

Lorsque vient le tour de commandement d’un gradé ou d’un chef détesté, on convient de lui donner une muette.

De la Barre.

(Delvau, 1867) : s. f. La conscience, — dans l’argot des voleurs, qui ont arraché la langue à la leur. Avoir une puce à la muette. Avoir un remords ; entendre — par hasard ! — le cri de sa conscience.

(Delvau, 1867) : s. f. Exercice muet, c’est-à-dire pendant lequel on ne fait pas résonner les fusils, par taquinerie ou par fantaisie. Argot des Saint-Cyriens. Donner une muette. Faire un exercice.

Muette (avoir une puce à la)

(Virmaître, 1894) : Condamné qui a des remords. On dit aussi : jouer à la muette (ne pas parler) (Argot du peuple).

Muette (la)

(M.D., 1844) : La conscience.

(Halbert, 1849) : La conscience.

(La Rue, 1894) : La conscience.

(Rossignol, 1901) : Conscience.

Muf (faire sauter le)

(Merlin, 1888) : Faire du café avec le marc de la veille.

Mufe, Mufle

(Rigaud, 1881) : Maçon.

Muffée

(Fustier, 1889) : Argot du peuple pour qui ce mot est synonyme de verrée.

D’ temps en temps, un’ pauv’ muffée au Caveau ou chez les bistros de la Révolte.

(Mirliton, journal, octobre 1885.)

(Rossignol, 1901) : Être bien ivre, c’est en avoir une muffée.

Muffée (en avoir une vraie)

(Fustier, 1889) : Être gris, en état d’ivresse.

Muffée (en avoir une)

(Virmaître, 1894) : S’être empiffré jusqu’à en étouffer. Avoir une soulographie numéro un. Muffée : n’en plus pouvoir (Argot du peuple). N.

Muffle

(d’Hautel, 1808) : Pour, visage.
Un vilain muffle. Pour, un détestable visage ; une très-laide figure.

(Halbert, 1849) : Imbécile.

(Delvau, 1867) : s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu’humain, — dans l’argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents ans. Il trouve plus euphonique de prononcer Muffe.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Imbécile, goujat, brutal. M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s’en va jusqu’à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et il en rapporte muf et mouf, — afin qu’on puisse choisir. Je choisis muffle, tout naturellement, autorisé que j’y suis par un trope connu de tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à l’individu tout entier le nom donné à une partie de l’individu.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas la blouse.

(La Rue, 1894) : Mal élevé, grossier. Maçon.

(Virmaître, 1894) : Communément, ce sont les maçons qu’on appelle ainsi. La chanson dit :

Tous les muffles que nous connaissons
Ne sont pas à la grève.


En effet, il y a plusieurs genres de muffles :
Tout individu qui se conduit mal avec quelqu’un est un muffle.
Muffle
est synonyme de goujat (Argot du peuple).

Mufflerie

(Delvau, 1867) : s. f. Sottise, niaiserie ; brutalité. On dit aussi Mufflelonnerie.

Muffleton

(Delvau, 1867) : s. m. Petit muffle, jeune imbécile. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’on prononce Muffeton.

Mufle

(Rigaud, 1881) : Mal élevé, grossier personnage. Le peuple prononce mufe.

Mufle (pain de)

(Rigaud, 1881) : Pain de quatre livres fendu, pain que consomment généralement les maçons.

Mufle, muffe, feton

(Larchey, 1865) : Homme mal élevé, grossier. — Allusion au mufle d’un animal. — V. Balancer.

Eh ! dis donc, la belle blonde, tu vas quitter ces deux muffles et t’en venir avec moi.

E. Sue.

Vois-tu, muffeton ? lui disait la dame.

G. de Nerval.

Muflée

(Rigaud, 1881) : Quantité, grand nombre. Une muflée de plats, — dans le jargon des ouvriers.

Mufleman

(Rigaud, 1881) : Mufle ; tournure anglaise donnée à ce mot.

Elle conservait en même temps Alfred, un mufleman de la pire espèce.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Mufleton, Muffeton

(Rigaud, 1881) : Apprenti maçon.

Muid

(d’Hautel, 1808) : Gros comme un muid. Se dit d’un homme très-replet, et d’un monstrueux embonpoint.

Mule

(d’Hautel, 1808) : Têtu comme une mule. Pour dire, très-obstiné. Voy. Mulet.

Mulet

(d’Hautel, 1808) : Une tête de mulet ; entêté comme un mulet. Se dit d’un homme très-entêté, très-obstiné, qui ne veut faire qu’à sa tête.
Faire garder le mulet à quelqu’un. Le faire attendre, lui faire croquer le marmot.
Travailler comme un mulet. Travailler à des ouvrages très-fatigans, porter de lourds fardeaux.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Artilleur de marine.

(Rigaud, 1881) : Diable. (F. Michel.) — Metteur en pages en second dans une imprimerie.

(Boutmy, 1883) : s. m. Compositeur qui aide dans son travail un metteur en pages surchargé de besogne. Le mulet est en conscience ; son office reçoit encore le nom de fonctions ; il serre et desserre les formes, fait corriger les paquetiers, fait faire les épreuves et descend ou porte les formes aux machines.

Mulot

(d’Hautel, 1808) : Endormir le mulot. Surprendre, duper, tromper quelqu’un, lui tendre des pièges, des embûches.

Multiplication

(d’Hautel, 1808) : La multiplication des espèces. Pour dire, la fausse monnoie.

Multiplier

(d’Hautel, 1808) : Multiplier les armes du roi. Être faux monnoyeur, fabriquer de la fausse monnoie.

Munition

(d’Hautel, 1808) : Pain de munition. Le peuple dit habituellement et par corruption pain d’amonition.
Avoir des munitions de gueule.
Pour, avoir de quoi manger, de quoi se régaler, se divertir, faire ribote.

Munitions d’amour

(Delvau, 1864) : Le fard, les pommades, etc. pour les femmes, et, pour les hommes, de bons vits bien bandants.

Il part : après un mois d’absence,
Il revient avec cent amis,
Jeunes, discrets et bien munis.

Paret.

Mur

(d’Hautel, 1808) : Les gens du gros mur. Pour dire de basse condition, de bas aloi ; des artisans, des hommes brusques, grossiers, et mal élevés.
Tirer au mur. Se passer de quelque chose, être oublié dans une distribution.
Les murs ont des oreilles. Se dit quand on parle dans un lieu où l’on pourroit être entendu.
Il tireroit de l’huile d’un mur. Se dit d’un homme rusé, adroit et artificieux, qui vient à bout de tous ses desseins, de toutes ses entreprises.
Être au pied d’un mur sans échelle. Manquer une entreprise, sur le succès de laquelle on comptoit, faute de ne s’être pas pourvu de toutes les choses nécessaires pour son exécution.
Mettre quelqu’un au pied du mur. Le mettre dans l’impossibilité de reculer, le pousser à bout.

Murer

(Rigaud, 1881) : Battre, porter des coups. — Je te vas murer.

(La Rue, 1894) : Assommer, tuer. Se murer, se battre.

(Rossignol, 1901) : Frapper quelqu’un c’est le murer.

Mures

(Rossignol, 1901) : Coups.

Murette

(Delvau, 1867) : s. f. La giroflée des murailles, — dans l’argot des paysans des environs de Paris.

Murgérisme

(Delvau, 1867) : s. m. Littérature mal portante, marmiteuse, pleurarde ; affectation de sensibilité ; exagération du style et de la manière d’Henry Murger, — dont les imitateurs n’imitent naturellement que les défauts.

Murgériste

(Delvau, 1867) : s. et adj. Qui appartient à l’école de Murger, qui en a les défauts sans en avoir les qualités.

Muron

(Halbert, 1849) : Sel.

(Delvau, 1867) : s. m. Sel, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Sel. Muronnière : la salière (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Sel.

Muronner

(Halbert, 1849) : Saler.

(Delvau, 1867) : v. a. Saler.

Muronnier

(Halbert, 1849) : Saunier.

(Delvau, 1867) : s. m. Saunier.

Muronnière

(Halbert, 1849) : Salière.

(Delvau, 1867) : s. f. Salière.

Musard

(d’Hautel, 1808) : Celui qui ne fait que niaiser ; gobe mouches.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Flâneur, gobe-mouche, — dans l’argot du peuple. Nous avons, en vieux langage, Musardie pour Sottise.

Musarder

(Delvau, 1867) : v. n. Flâner. On dit aussi Muser.

Musardine

(Delvau, 1864) : Drôlesse qui hante les Concerts-Musard, où le miché donne plus qu’ailleurs.

On dit une musardine, comme jadis on disait une lorette.

Albéric Second.

(Larchey, 1865) : Habitué femelle des Concerts-Musards, de 1858 à 1860.

On dit une musardine, comme jadis on disait une lorette.

A. Second.

(Delvau, 1867) : s. f. Habituée des Concerts-Musard, — où n’allait pas précisément la fine fleur de aristocratie féminine. Le mot a été créé par Albéric Second en 1858.

Muscade

(d’Hautel, 1808) : Partez muscade. Pour dire, allez vous-en ; retirez-vous.
Partez muscade, vous reviendrez cannelle. Locution burlesque très-usitée parmi le peuple.
Partez muscade. Expression des joueurs de gobelets, des escamoteurs, en faisant leurs tours.

Muscadin

(d’Hautel, 1808) : Pour dire fat, olibrius, fanfaron ; faquin rempli de musc, parfumé de toutes sortes d’odeurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Fat, dandy plus ou moins authentique, — dans l’argot du peuple, qui a conservé le souvenir des gandins du Directoire.

Museau

(d’Hautel, 1808) : C’est un plaisant museau ; voilà un beau museau. Se dit ironiquement en parlant d’un homme qui fait des minauderies, qui veut faire l’agréable.
À regorge museau. Expression populaire qui signifie excessivement, et qui ne se dit que des choses à manger.

(Delvau, 1867) : s. m. Entonnoir en carton, au petit bout duquel est adaptée la loupe, — dans l’argot des graveurs sur bois, qui s’en coiffent le front.

Musée des claqués

(Rigaud, 1881) : La Morgue, — dans le jargon des voleurs.

Muselé

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme qui n’est bon à rien qu’à bavarder, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Propre à rien, maladroit.

Museler

(Fustier, 1889) : Imposer silence. — Se museler, se taire.

Musette

(d’Hautel, 1808) : Couper la musette à quelqu’un. Phrase triviale et populaire qui signifie étonner, surprendre quelqu’un, ou le contrarier dans ses projets, lui couper la parole.

(Larchey, 1865) : Voir Piper, Couper.

(Delvau, 1867) : s. f. Gibecière en toile à l’usage des troupiers et des ouvriers.

(Delvau, 1867) : s. f. Sac à avoine, — dans l’argot des charretiers, qui le pendent au museau de leurs chevaux. Ils disent aussi Pochet.

(Delvau, 1867) : s. f. Voix. Couper la musette à quelqu’un. Le forcer à se taire.

(Rigaud, 1881) : Petit sac à avoine. C’est l’en-cas des chevaux de fiacre et des chevaux de charroi.

(Merlin, 1888) : Petit sac en toile, comme ceux qu’on attache au museau des chevaux.

Musette (couper la)

(Virmaître, 1894) : Empêcher quelqu’un de parler. On dit aussi : lui couper la chique (Argot du peuple).

Musette (fermer sa)

(Merlin, 1888) : Se taire.

Musette (s’en faire jouer un air)

(Virmaître, 1894) : Expression employée dans les maisons de rendez-vous pour désigner un certain travail très estimé des écoliers (Argot des filles).

Musicien

(Larchey, 1865) : Dénonciateur. — Allusion au bruit de la musique. V. Coqueur.

(Delvau, 1867) : s. m. Dictionnaire, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Dictionnaire, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Délateur. — Joueur qui se répand en plaintes contre le sort.

(La Rue, 1894) : Dictionnaire. Délateur. Haricot.

(Virmaître, 1894) : V. Mouton.

(Rossignol, 1901) : Voir musique.

(Hayard, 1907) : Détenu qui vend ses complices.

Musiciens

(Larchey, 1865) : Haricots. — Allusion au bruit des vents qu’ils forment dans les entrailles.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les haricots, qui provoquent le crepitus ventris, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Haricots.

(Hayard, 1907) : Haricots.

Musique

(d’Hautel, 1808) : Musique enragée ; musique des chiens et des chats. Musique discordante et pitoyable.
Il est réglé comme un papier de musique. Se dit de quelqu’un qui mène une vie uniforme et régulière.

(Delvau, 1867) : s. f. Ce qui reste au fond de l’auge, — dans l’argot des maçons. Par extension, Résidu d’un verre, d’un vase quelconque.

(Delvau, 1867) : s. f. Lots d’objets achetés à l’Hôtel des Ventes, — dans l’argot des Rémonencqs.

(Delvau, 1867) : s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.

(Rigaud, 1881) : Lot de bric-à-brac acheté à l’Hôtel des Ventes. — Petit pain, c’est-à-dire flûte.

(Rigaud, 1881) : Plaintes, doléances au jeu. — Faire de la musique, se plaindre d’avoir mauvais jeu, d’avoir perdu.

Bisset payait avec des jurements, des trépignements, des grognements, faisait une musique infernale.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Petite musique, petit jeu, petite mise au jeu.

(Rigaud, 1881) : Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. (Boutmy.)

(Rigaud, 1881) : Culot de l’auge des maçons. — Résidu d’un verre, d’un vase quelconque. (A. Delvau)

(Rigaud, 1881) : Dénonciation. — Passer à la musique, être confronté avec un dénonciateur.

(Boutmy, 1883) : s. f. Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. En un autre sens, groupe de compositeurs qui calent fréquemment par suite de leur incapacité. On dit encore en ce sens la petite musique

(Fustier, 1889) : Dénonciateur.

Il est trop musicien !

(Gil Blas, 1882.)

Bon enfant au surplus, du sang et pas de musique (incapable d’une dénonciation). »

(Humbert : Mon bagne.)

(La Rue, 1894) : Lot de bric-à-brac. Gouttures des verres que recueille le marchand de vin. Culot de l’auge des maçons. Ruse. Petit pain. Plaintes, doléances. Dénonciation.

(Rossignol, 1901) : Dénonciateurs condamnés mis séparément en la prison de la Roquette pour éviter qu’ils se fassent casser les reins.

Musique (faire de la)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Sonder ou dégrader les murs d’une prison pour s’évader.

Musique (faire, jouer de la)

(Fustier, 1889) : Dénoncer.

Musique à tour de bras

(Merlin, 1888) : Batterie des tambours.

Musique, Petite musique

(Rigaud, 1881) : Groupe de compositeurs d’imprimerie qui calent fréquemment par suite de leur incapacité, — dans le jargon des typographes. Ils se plaignent souvent, ils font ce que vulgairement on appelle « de la musique » ; de là le surnom.

Musiquer

(Delvau, 1867) : v. n. Faire de la musique d’amateur, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Marquer une carte d’un petit coup d’ongle, d’un signe imperceptible pour les autres, — dans le jargon des grecs.

Musser

(Delvau, 1867) : v. n. Sentir, flairer.

Mutilés (les)

(Merlin, 1888) : Soldats des compagnies de discipline, qui y ont été envoyés pour s’être blessés ou coupé un membre, dans le but d’échapper à la conscription.

Mutuelle

(Delvau, 1867) : s. f. L’École mutuelle.

Mystère

(d’Hautel, 1808) : Il est cousu de petits mystères. Pour, il fait des cachotteries, des mystères des moindres choses.

Mystères

(Delvau, 1864) : Se dit de toutes les choses de l’amour qui, devant être tenues secrètes, ne son t révélées que par les initiés, aux soupirants après l’initiation de ces choses.

Avec quels transports il me remerciait de l’avoir initié dans de si agréables mystères.

(Mémoires de miss Fanny.)

Tout va bien mieux, comme m’ont assuré
Ceux que l’on tient savants en ce mystère.

La Fontaine.

Quand sur le déclin du mystère
Le galant transporté dit plaisir qu’il ressent.

Grécocet.

Vous demeurez sans voix, sans mouvement,
Loin de me seconder dans l’amoureux mystère.

Piron.

Mystifier

(d’Hautel, 1808) : Railler, se moquer de quelqu’un ; abuser de sa simplicité pour le rendre ridicule.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique