AccueilA B C D E F G H I J K L M N O ΠP Q R S T U V W X Y ZLiens

courriel

un mot au hasard

Dictionnaire d’argot classique
Argot classique
le livre


Facebook

Share

Russe-français
Russisch-Deutsch
Rusianeg-Brezhoneg
Russian-English
Ρώσικα-Ελληνικά
Russo-italiano
Ruso-español
Rus-român
Orosz-Magyar
Ruso-aragonés
Rusice-Latine
Французско-русский
Немецко-русский
Бретонско-русский
Französisch-Deutsch
Allemand-français
Блатной жаргон
Soldatensprachführer
Военные разговорники

E

Eau

(d’Hautel, 1808) : L’eau va toujours à la rivière. Signifie que la fortune favorise presque toujours les gens qui n’en ont pas besoin ; qu’il suffit que l’on soit riche pour que les biens, les dignités, les honneurs viennent en profusion.
Faire de l’eau ; lâcher de l’eau. Pour dire uriner, pisser.
Il n’y a pas de l’eau à boire à être honnête homme. Maxime odieuse, que les fripons, pour le malheur de la société, ne mettent que trop souvent en pratique.
Cette entreprise est tournée en eau de boudin. C’est-à-dire, n’a point réussi ; s’en est allée en fumée.
Donner de l’eau bénite de cour. Flatter, caresser quelqu’un ; lui faire des politesses basses et exagérées.
Mettre de l’eau dans son vin. Devenir plus doux, plus traitable après s’être d’abord très-emporté.
Un médecin d’eau douce. Médecin sans expérience, qui vous inonde de tisannes et de remèdes infructueux.
Les eaux sont basses. Pour dire que l’on est à sec d’argent, ou, que quelque chose, s’épuise, tire à sa fin.
Tout s’en est allé à veau-l’eau. Signifie, toute sa fortune s’est dissipée, dispersée ; a été engloutie, dans de folles dépenses.
Après l’eau, c’est ce qu’il déteste le plus. Pour exprimer le haut degré d’aversion qu’un ivrogne porte à quelque chose.
Nager entre deux eaux. Être dans l’irrésolation et l’incertitude, être de tous les partis.
Il est revenu sur l’eau. Se dit d’un négociant qui étoit ruiné, et que l’on voit reparoître dans le com d’un homme qui, après avoir été disgracie, reparoit subitement dans des emplois honorables.
Faire venir l’eau au moulin. Pour, faire venir de l’argent à la maison.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Voyez Casser.
Nager en grande eau. Être bien dans ses affaires, après y avoir été fort gêné ; être sur le pinacle ; être en faveur dans les emplois.
Laisser courrir l’eau. Se peu soucier de ce qui se passe, être fort indifférent sur les affaires publiques.
Il est heureux comme le poisson dans l’eau. Signifie qu’un homme a tout ce qui peut le satisfaire.
Il n’y a pas de quoi boire de l’eau. Se dit d’un ouvrage mal payé ; d’un travail pénible et ingrat ; d’un métier qui donne à peine les moyens de subsister à celui qui le professe.
Battre l’eau. Travailler inutilement ; sans fruit.
Gare l’eau ! Cri que l’on fait entendre pour avertir les passans que l’on va jeter quelque chose par les fenêtres.
Il se mettroit dans l’eau jusqu’au cou pour le servir. Se dit d’un homme extrêmement attaché à quelqu’un ; et qui lui est tout-à-fait dévoué.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un idiot, d’un homme sans capacité, qui ne trouve pas les choses les plus simples ; pour lequel tout devient une affaire.
Pêcher en eau trouble. Profiter des désordres, publics, ou de la discorde d’une famille pour s’enrichir.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. Lui faire croquer le marmot ; le tenir dans l’incertitude et l’anxiété sur ce qu’on lui fait espérer.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent mutuellement.
Boire de l’eau comme un canard. C’est-à dire en grande quantité.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Métaphore qui se dit d’un secours trop foible pour tirer quelqu’un d’un grand embarras.
Il se noyeroit dans un verre d’eau. Pour dire qu’un homme est malheureux dans ses entreprises ; que les choses les plus probables deviennent incertaines pour lui.
Cela lui est aussi facile que de boire un verre d’eau. Signifie que le service qu’on demande à quelqu’un, ne tient absolument qu’à sa bonne volonté, à son obligeance.
Ils, ou elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit de deux personnes qui ont entr’elles une ressemblance parfaite.
Il n’y a pas de l’eau à boire. Se dit d’un ouvrage auquel on ne peut trouver son compte, même en travaillant beaucoup.
On dit d’un avare, d’un parent intraitable, d’un égoïste, qu’il vous verroit tirer la langue d’un pied, qu’il ne vous donneroit pas un verre d’eau.
Chat échaudé craint l’eau froide.
Signifie que lorsqu’on a éprouvé quelque grande perte ; quelque grand malheur, on se tient sur ses gardes.
Il faut qu’il fasse voir de son eau. Pour, il faut voir ce qu’il sait faire pour que l’on puisse juger de son mérite.
Un buveur d’eau. Nom que les enfans de Noé donnent par mépris à un homme tempérant et flegmatique, qu’ils supposent, par cela même n’être pas habile aux affaires.
Rompre l’eau à quelqu’un. Le contrarier dans ses desseins, dans ses entreprises.
Porter de l’eau à la mer. Faire des cadeaux à des gens fortunés ; à ceux qui n’ont aucun besoin.
Il ne gagne pas beau qu’il boit. Se dit d’un paresseux, d’un mauvais ouvrier, dont le gain est si médiocre qu’il suffit à peine aux premières dépenses.

Eau bénite de cave

(Delvau, 1867) : s. f. Vin, — dans l’argot du peuple, qui sait que tous les cabaretiers font concurrence à saint Jean-Baptiste.

Eau d’af

(Rossignol, 1901) : Eau-de-vie.

Eau d’aff

(Virmaître, 1894) : Eau-de-vie (Argot du peuple).

Eau d’aff ou d’affe

(Hayard, 1907) : Eau-de-vie.

Eau d’aff, chaune

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie bonne. Eau d’aff tartre, eau-de-vie mauvaise.

Eau d’affe

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie. V. Paf, Danser.

Eau d’affe chaune

(Clémens, 1840) : Eau-de-vie bonne.

Eau d’affe, tartre

(Clémens, 1840) : Eau-de-vie mauvaise.

Eau de boudin

(Delvau, 1867) : s. f. Chose illusoire. Tourner en eau de boudin. Se dit d’une promesse qu’on ne tient pas, d’un héritage qui échappe, d’un projet oui avorte.
Ne serait-ce pas plutôt os de boudin ? Car enfin à la rigueur, on peut trouver de l’eau dans un boudin, tandis qu’on n’y trouvera jamais d’os.

Eau de coluche

(M.D., 1844) : Eau de cologne.

Eau de savon

(Fustier, 1889) : Absinthe. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Absinthe. Allusion à l’eau troublée par la dissolution qui ressemble à de l’eau de savon surtout l’absinthe blanche (Argot du peuple). V. Poileuse.

Eau des carmes

(Delvau, 1864) : Le sperme.

En dépit de mes larmes,
Négligeant mes appas,
Tu vends de l’eau des Carmes…
Mais… ne m’en offre pas !

Louis Protat.

Eau-daffe

(Halbert, 1849) : Eau-de-vie.

Eau-de-vie

(Delvau, 1864) : Le sperme. Équivoque facile à comprendre.

Il égoutta toute son eau-de-vie,
Puis se voulut restaurer de coulis.

Cl. Marot.

Il lui faut de l’eau de vie
Pour la guérir, ce dit-on.

(La Comédie des Chansons.)

Je crois qu’elle avait envie
D’avoir de mon eau-de-vie.

Gautier-Garguille.

Eau-fortier

(Delvau, 1867) : s. m. Graveur.

Eaux basses

(Virmaître, 1894) : Les eaux sont basses quand arrive la fin de la semaine. Quand la rivière est basse les bateaux ne circulent pas, quand les eaux sont basses qu’il n’y a plus d’argent pas mèche de naviguer (Argot du peuple).

Eaux grasses

(Hayard, 1907) : Gradé, personnage important (en dérision).

Eaux grasses (être dans les)

(Fustier, 1889) : Occuper une haute situation dans une administration.

Eaux sont basses (les)

(Delvau, 1867) : N’avoir plus ou presque pas d’argent, — dans l’argot des bourgeois.

Ébasir

(Delvau, 1867) : v. a. Assassiner, — dans l’argot des prisons.

(La Rue, 1894) : Assommer.

Ébasir, Esbasir

(Rigaud, 1881) : Assommer. Mot à mot : renverser de la base. C’est sans doute une déformation d’abassir, abattre, démolir, renverser.

Ébats

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour désigner l’acte vénérien.

Pour ses ébats il eut trois cents maîtresses,
Je n’en ai qu’une, hélas ! je ne l’ai plus ;

Voltaire.

Les filles sommeillaient encore,
Nul indice de leurs ébats.

Parny.

C’est sur mon lit que s’ébat la friponne.

Grécourt.

Ébaubi

(d’Hautel, 1808) : Il est tout ébaubi. Pour, il est étonné, surpris ; il a une admiration niaise et puérile.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Étonné, émerveillé, — dans l’argot du peuple.

Ébaudir (s’)

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Je me veux ébaudir avec cette petite barbouillée.

(La Comédie des Proverbes.)

Le preux Chandos à peine avait la joie
De s’ébaudir sur sa nouvelle proie.

Voltaire.

C’est bon… je laisse une grosse heure entière
Mes deux paillards à l’aise s’ébaudir.

Grécourt.

Éberlué

(Delvau, 1867) : adj. Surpris, émerveillé, aveuglé par l’étonnement.

Ébouffer (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Rire aux éclats.

Ébouriffé

(d’Hautel, 1808) : Il est tout ébouriffé. Se dit d’un homme dont la coiffure est en désordre, et quelquefois pour exprimer qu’il est coiffé d’une manière ridicule.

Ébrener

(d’Hautel, 1808) : Mot bas qui signifie nettoyer les petits enfans au maillot. Ce mot se trouve ainsi orthographie dans tous les dictionnaires français ; néanmoins, il est universellement reçu de dire éberner ; ce qui, selon quelques savans, est plus conforme à l’étymologie.

Écacher

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, écraser, froisser.
Un nez écaché. Pour, un nez gros, camus et épaté.

(Delvau, 1867) : v. a. Écraser en aplatissant. On disait et on écrivait autrefois Esquacher.

Écaillé

(Fustier, 1889) : Souteneur. Allusion aux écailles de poisson.

Écaillère

(d’Hautel, 1808) : Celle qui ouvre des huitres. Ce mot est confondu par un grand nombre de personnes, avec l’adjectif écailleux, écailleuse, qui se lève par écailles.
On entend journellement dire, une écailleuse d’huîtres, pour une écaillère.
Les marchandes qui vendent ce poisson, crient : À l’écaillère !

Écarbouiller

(d’Hautel, 1808) : Applatir, écraser, broyer, mettre en pièces.
Il a la figure toute écarbouillée. Se dit de quelqu’un qui a été fort maltraité dans une batterie, dont le visage est meurtri, et dans un état méconnoissable.

(Delvau, 1867) : v. a. Écraser, aplatir, réduire en miettes, en escarbilles, ou plutôt en escarres. On dit aussi Écrabouiller, et Escrabouiller.

Écarbouiller (s’)

(Rigaud, 1881) : Se sauver.

Écarlatte

(d’Hautel, 1808) : Il a les yeux bordés d’écarlatte. Locution ironique qui signifie qu’un homme a les paupières rouges, enflammées, et les yeux malades.

Écarquiller

(d’Hautel, 1808) : Élargir, écarter, briser, broyer.
Écarquiller les yeux. Pour, ouvrir de grands yeux.
Écarquiller les jambes. Pour, écarter les jambes d’une manière indécente.

Écarter du fusil

(Delvau, 1867) : v. n. Envoyer, en parlant, une pluie de salive au visage de son interlocuteur. On disait autrefois Écarter la dragée.

(Rigaud, 1881) : Lancer, en parlant une petite pluie de salive. Les brèche-dents, ceux qui zézaient, écartent ordinairement du fusil. Le synonyme est : postillonner. Jadis on disait : Écarter la dragée.

(La Rue, 1894) : Sentir mauvais de la bouche ou lancer des postillons en partant.

(Virmaître, 1894) : Lancer en parlant des jets de salive. On dit aussi : lancer des postillons. Quand quelqu’un a cette infirmité on ouvre son parapluie en l’écoutant et on ajoute :
— Tu baves et tu dis qu’il pleut (Argot du peuple).

Ecce homo

(Larchey, 1865) : Homme dont l’extérieur macéré rappelle celui d’un Christ.

Humilité incarnée, espèce d’ecce homo.

David.

Échalas

(d’Hautel, 1808) : Il est monté sur des échalas. Se dit par raillerie d’un homme grand et efflanqué dont les jambes maigres et fluettes ressemblent à des échasses.

(Larchey, 1865) : Jambe maigre comme un échalas (d’Hautel). — Les jambes fortes sont des Poteaux.

Joue des guibolles, prends tes échalas à ton cou.

Montépin.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Jambes,surtout quand elles sont maigres, — dans l’argot des faubouriens. Avoir avalé un échalas. Être d’une maigreur remarquable.

Échalas, Échasses

(Rigaud, 1881) : Jambes longues et maigres.

Échalas, échasses

(La Rue, 1894) : Jambes maigres.

Échantillon

(d’Hautel, 1808) : En voici un échantillon. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un, en lui montrant la personne qu’il demande.

Échappé d’Hérode

(Delvau, 1867) : s. m. Homme innocent, c’est-à-dire niais, — dans l’argot ironique du peuple.

Échappé de capote

(Rigaud, 1881) : Petit gommeux maigre et mal bâti, — dans l’argot des voyous. — Au XVIIIe siècle on désignait un bossu sous le sobriquet d’échappé d’Esope. — Eh ! va donc, échappé de capote, avec ta gueule à chier dessus.

(Virmaître, 1894) : Chétif, malingre (Argot du peuple). V. Avorton.

Échapper

(d’Hautel, 1808) : C’est un cheval échappé. Se dit d’un écervelé, d’un libertin, d’un jeune homme qui se livre impétueusement à toutes sortes d’excès.
Échappé des galères. Surnom outrageant que l’on donne à un fourbe ; à un escroc ; un malôtru, un vaurien.
Il l’a échappé belle. Se dit de quelqu’un qui s’est retiré à temps d’une mauvaise affaire.

Écharde

(d’Hautel, 1808) : Éclat de bois qui entre dans la chair.
Le peuple de Paris confond ce mot avec écharpe.
Il est fréquent d’entendre dire : Il m’est entré une écharpe dans le doigt, pour dire une écharde.

Écharpe

(d’Hautel, 1808) : Avoir l’esprit en écharpe. Pour être distrait, pensif ; être préoccupé, avoir l’esprit troublé, aliéné.
Changer d’écharpe. Pour dire de religion, de sentimens, de parti.
Le lit est l’écharpe de la jambe. Signifie que le lit, lorsqu’on a mal à la jambe, est le meilleur spécifique.

Écharper

(d’Hautel, 1808) : Faire une grande blessure avec une arme tranchante ; mettre en pièces, hacher en morceaux.
Il s’est fait écharper dans une batterie. Se dit pour exagérer les blessures de quelqu’un qui a succombé dans une rixe.

Écharpiller

(Delvau, 1867) : v. a. Briser une chose en mille morceaux. Se faire écharpiller. Se faire accabler de coups.

Échasse

(d’Hautel, 1808) : Il est toujours monté sur des échasses. Pour dire qu’un homme a de la bouffissure dans l’esprit ; que sa manière de parler, son style, sont ampoulés, guindés, boursoufflés.
Il semble qu’il soit sur des échasses. Se dit par raillerie d’un homme qui a les jambes longues, fluettes et sans mollets.

Échasses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Jambes fines, et même maigres. Argot du peuple.

Échassier

(Delvau, 1867) : s. m. Homme long et maigre.

Échauboulure

(Delvau, 1867) : s. f. Petite élevure rouge oui vient sur la peau à la suite d’une brûlure.

Échaudé (être)

(Delvau, 1867) : Trompé par un marchand, volé par un restaurateur, carotté par un neveu.

Échauder

(d’Hautel, 1808) : Chat échaudé craint l’eau froide. Voyez Chat.
Chien échaudé ne revient pas en cuisine. Signifie que quand on a été étrillé dans une entreprise, on se garde de la tenter de nouveau.

(Delvau, 1867) : v. a. Surfaire un prix, exagérer le quantum d’une note, — dans l’argot des bourgeois, qui, depuis le temps qu’il y a des marchands et des restaurateurs, doivent avoir l’eau froide en horreur.

(Rigaud, 1881) : Surfaire. — Être échaudé, payer un objet au-dessus de sa valeur.

Échauffer

(d’Hautel, 1808) : Il s’échauffe dans son harnois. Manière figurée et ironique de dire que quelqu’un se met en colère.
On dit que les cabaretiers, que le mauvais train échauffent les maisons. Pour dire qu’ils y logent les premiers sitôt qu’elles sont bâties, et avant qu’elles soient sèches.
Et plus communément, dans le même sens, qu’ils ressuient les plâtres.
Sentir l’échauffé.
Exhaler une odeur causée par la fermentation de la chaleur.

Échauffourée

(d’Hautel, 1808) : Entreprise malheureuse.
Le peuple de Paris a coutume de supprimer l’a de la deuxième syllabe de ce mot, et de dire, en parlant de quelqu’un qui s’est attiré une mauvaise affaire, il a fait une belle échaffourée.

Échelle

(d’Hautel, 1808) : Après lui, il faut tirer l’échelle. Voy. Après.
On punit comme voleurs ceux qui tiennent le pied de l’échelle. Signifie que la justice veut que les fauteurs d’un vol soient aussi sévèrement punis que ceux qui le commettent.

Échelle (tirer l’)

(Larchey, 1865) : Être aussi haut qu’on peut monter et, par conséquent, n’avoir plus besoin d’échelle. — Pris au figuré.

Échigner

(Rigaud, 1881) : Abîmer, éreinter. — Critiquer à outrance, malmener en paroles.

Quand un client ne tient pas à gagner sa cause, mais à échigner son adversaire, il choisit Me Chaix-d’Estange ou Me Léon Duval.

(Paris-Avocat.)

S’échigner, s’excéder de fatigue.

Échigneur, Échineur

(Rigaud, 1881) : Critique acerbe.

Comme avocat éreinteur et échigneur Me Hébert dame le pion à ces deux athlètes du pugilat judiciaire.

(Paris-Avocat, 1854.)

Échine

(d’Hautel, 1808) : L’épine du dos.
C’est une maigre échine. Se dit par mépris d’une femme maigre, revêche et récalcitrante.

Échiner

(d’Hautel, 1808) : Battre, étriller, assommer quelqu’un de coups.
On dit d’un homme laborieux et qui travaille à n’en pouvoir plus, qu’Il s’échine le corps et l’ame.
Je suis échiné.
Pour, je suis las et courbattu.
Les Parisiens prononcent échigne, echigné, échigner ; tandis qu’au contraire, dans le mot signer, ils s’obstinent à supprimer le g, et à dire siner ; quoique le g de ce mot ait un son doux, on doit néanmoins le faire sentir dans la prononciation.
Nous pourrions faire la même observation sur beaucoup d’autres mots, tels que étourneau, fainéant, moineau, et tant d’autres, qu’il est pour ainsi dire passé en usage de prononcer étourgneau, faignant, moigneau, comme s’il y avoit un g. Mais cela conduiroit trop loin, et jetteroit dans des remarques grammaticales étrangères au cadre de ce Dictionnaire.

Écho !

(Delvau, 1867) : Bis, — dans l’argot des goguettiers, qui se plaisent à faire répéter les couplets des autres, afin qu’on fasse bisser les leurs.

Échoppe

(Rigaud, 1881) : Atelier, — dans le jargon des ouvriers.

Échos

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les bruits de ville et de théâtre, — dans l’argot des petits journalistes.

Échoter

(Delvau, 1867) : v. n. Rédiger des échos.

Échotier

(Delvau, 1867) : s. m. Faiseur ou collecteur d’échos.

Éclairage

(Rigaud, 1881) : L’argent qu’on étale sur le tapis pour alimenter une partie s’appelle l’éclairage. — Les joueurs appellent éclairage au gaz l’apparition devant un joueur d’une très forte somme d’argent. Donnez-vous le coup ? Oui, mais où est l’éclairage.

Éclaircir

(d’Hautel, 1808) : Cette maison est bien éclaircie. Pour dire que bon nombre des personnes qui la composoient sont absens ou morts.
On dit d’un dissipateur, d’un prodigue, qui s’est ruiné par ses dépenses et ses déréglemens, qu’Il a éclairci son bien.

Éclairer

(d’Hautel, 1808) : La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. C’est-à dire, qu’il vaut mieux faire du bien de son vivant, que par testament après sa mort.

(Larchey, 1865) : Payer d’avance au jeu. — Mot à mot : faire luire (éclairer) sa monnaie.

C’est pas tout ça, l’faut éclairer. C’est six francs.

Monselet.

(Delvau, 1867) : v. n. Payer, — dans l’argot du peuple, qui sait, quand il le faut, montrer pièce d’or reluisante ou pièce d’argent toute battante neuve.

(Delvau, 1867) : v. n. Montrer qu’on a de l’argent pour parier, pour jouer ou pour faire des galanteries, — dans l’argot de Breda-Street.

(Rigaud, 1881) : Mettre l’argent sur le tapis, — dans le jargon des joueurs. — Payer d’avance, — dans le jargon des filles.

(La Rue, 1894) : Mettre l’argent sur le tapis de jeu. Payer d’avance.

(Virmaître, 1894) : Payer.
— C’est mon vieux qui tient le flambeau.
Mot à mot qui éclaire.

(Rossignol, 1901) : Donner, payer, rendre. Tu me dois 3 francs, éclaire ! As-tu éclairé la dépense ?

Il ne voulait pas me payer. Je l’ai forcé à éclairer.

(Hayard, 1907) : Payer.

Éclaireur

(Rigaud, 1881) : Compère du grec, chargé de dénicher des dupes. On le nomme également pisteur. La première des conditions pour faire un bon éclaireur et pour gagner des appointements convenables, c’est d’avoir de belles connaissances dans le monde.

(La Rue, 1894) : Le compère du grec ; il lui amène des clients.

Éclaireurs

(Rigaud, 1881) : Seins fiers comme Artaban qui font saillie sur le corsage, — dans le jargon des voyous. En v’là une paire d’éclaireurs solides au poste.

Éclanche

(d’Hautel, 1808) : Cuisse de mouton ; gigot.

Éclipse

(d’Hautel, 1808) : Obscurcissement ; évasion, fuite, retraite.
Faire une éclipse. S’esquiver, disparoître à l’échappée.
Le peuple de Paris, qui fait éclair féminin, fait le mot éclipse masculin, et dit un éclipse de lune, de soleil. Ce mot est toujours féminin.

Éclipser (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des bourgeois frottés d’astronomie.

Éclopé

(Delvau, 1867) : s. et adj. Qui marche difficilement, — dans l’argot du peuple, fidèle à la tradition.

Il n’i a borgne n’esclopé.

dit le Roman du renard. Se dit aussi pour Blessé.

Écloppé

(d’Hautel, 1808) : Il est tout écloppé. C’est-à-dire, estropié, perclus de quelques-uns de ses membres ; infirme, languissant.

Écluse

(d’Hautel, 1808) : Lâcher les écluses. On dit plaisamment d’une personne qui pisse sous elle, sans se sentir, qu’Elle lâche les écluses.

Écluse (lâcher l’)

(Larchey, 1865) : Uriner.

Allons ! il faut lâcher l’écluse du bas rein.

Parodie de Zaïre (dix-huitième siècle).

Écluser

(Delvau, 1867) : v. n. Meiere, — dans l’argot des ouvriers facétieux. Ils disent aussi Lâcher les échues.

Écluses (lâcher les)

(Rigaud, 1881) : Pleurer. — Uriner.

École

(d’Hautel, 1808) : Faire l’école buissonnière. Signifie, en terme d’écolier, aller jouer au lieu de se rendre à l’école ; faire le paresseux, le vagabond.
Dire les nouvelles de l’école. Commettre quelqu’indiscrétion ; divulguer les secrets d’une société.
Il a pris le chemin de l’école. Et plus communément des écoliers, pour il a pris le chemin le plus long.

École préparatoire

(Fustier, 1889) : Prison.

Écolier

(d’Hautel, 1808) : Prendre le chemin des écoliers. Prendre le chemin le plus long, comme le font les écoliers lorsqu’ils se rendent au lieu de leurs études ; se tromper de chemin.

Économie de bouts de chandelle

(Delvau, 1867) : s. f. Économie mal entendue, qu’il est ridicule parce qu’inutile de faire. Argot des bourgeois.

Écopage

(Rigaud, 1881) : Choc, coup léger.

(Rigaud, 1881) : Réprimande.

(Rigaud, 1881) : Petit profit. — Art d’arriver dans une maison à l’heure des repas et de s’y faire inviter.

Écoper

(Delvau, 1867) : v. n. Boire, — dans l’argot des typographes.

(Delvau, 1867) : v. n. Recevoir des coups, — dans l’argot des gamins.

(Rigaud, 1881) : Boire, — dans le jargon des typographes.

(Rigaud, 1881) : Recevoir. — Recevoir un coup, se heurter.

On se rencontre dans la rue, on se saute dessus, on se tape, il y en a un qui écope.

(A. Bouvier, Mademoiselle Beau-Sourire, 1880.)

(Merlin, 1888) : Être puni, ou battu.

(La Rue, 1894) : Être victime. Boire. Écoper la centrouse, être condamné à la centrale.

Écopeur

(Rigaud, 1881) : Fine mouche qui arrive chez les autres à l’heure du dîner. Le véritable écopeur, sans jamais rien demander, ne sort jamais d’une maison sans avoir retiré un petit profit de sa visite. Il a un flair particulier pour arriver aux bons moments. L’écopeur porte un coup à ceux qu’il va voir et l’on n’ose pas l’éconduire.

Écopper

(Virmaître, 1894) : Épuiser l’eau d’un bateau avec une écoppe. Écopper : recevoir un mauvais coup dans une bagarre. Dans les faubourgs on dit par ironie :
— Tu boiras de l’anis dans une écoppe.
D’écopper,
par corruption, on dit de celui qui est blessé : il est escloppé (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui a reçu des coups ou des réprimandes a écoppé.

(Hayard, 1907) : Recevoir des coups.

Écorce

(d’Hautel, 1808) : Entre l’arbre et l’écorce il ne faut jamais mettre le doigt. Voyez Doigt.
Juger du bois par l’écorce. Juger de l’intérieur d’une personne par les signes extérieurs, qui sont souvent bien trompeurs.

Écorche-cul (à)

(Delvau, 1867) : loc. adv. En glissant, en se traînant sur le derrière, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi À contre-cœur.

Écorcher

(d’Hautel, 1808) : Être écorché. Être rançonné ; payer trop cher ce que l’on achète.
On dit d’un traiteur chez lequel il faut donner beaucoup d’argent pour dîner, qu’on est écorché quand on va chez lui.
Beau parler n’écorche point la langue.
Signifie qu’il ne coûte pas plus de parler civilement qu’avec arrogance.
Écorcher un auteur. L’entendre mal, ou le traduire à contre-sens.
Il est brave comme un lapin écorché. Se dit d’un poltron ; d’un homme pusillanime et lâche.
Écorcher le renard. Pour dire, vomir, dégobiller, regorger.
Écorcher les oreilles. Prononcer mal ; parler mal devant quelqu’un qui est instruit.
Autant fait celui qui tient que celui qui écorche. Signifie que le recéleur est aussi coupable que le voleur même.
Il crie comme si on l’écorchoit. Se dit d’une personne délicate, et aimant à crier ; qui fait beaucoup de bruit pour rien.
Faire quelque chose à écorche cul. En rechignant ; de mauvaise grace.
Il faut tondre les brebis, mais non pas les écorcher. Il faut plumer la poule, etc. Voyez Crier.

(Delvau, 1867) : v. a. Surfaire un prix, exagérer le quantum d’une addition, de façon à faire crier les consommateurs et à les empêcher de revenir.

(Rigaud, 1881) : Faire payer un objet deux ou trois fois sa valeur ; c’est la qualité dominante chez la plupart des boutiquiers de Paris dont les boutiques sont placées, sans doute, sous le patronage de Saint Barthélémy.

Écorcheur

(d’Hautel, 1808) : C’est un écorcheur. Nom que l’on donne à un aubergiste, à un marchand qui vendent trop cher ; et, par extension, à tout homme qui met un trop haut prix à ses services.

Écornage

(Clémens, 1840) : Casser un carreau de boutique.

(M.D., 1844) : Couper un carreau.

(Halbert, 1849) : Bris de vitre pour voler.

(La Rue, 1894) : Le vol à l’écornage se pratique à l’aide d’un fil de fer que l’on passe par le trou du boulon d’une devanture, ou en perçant (en écornant) l’angle d’une vitre.

Écornage (vol à l’)

(Rigaud, 1881) : Vol au boulon. Ce vol consiste à s’approprier, au moyen d’un fil de fer passé par le trou du boulon, des objets renfermés dans une montre ou en étalage. (L. Paillet.) Le même résultat s’obtient encore en pratiquant, à l’aide d’un diamant, une ouverture dans l’angle inférieur d’une vitre de magasin. (L. Larchey)

Écorné

(Delvau, 1867) : adj. et s. Voleur sur la sellette.

(Rigaud, 1881) : Accusé qui comparaît devant le tribunal. L’accusé semble déjà être en mauvais état.

Écorner

(Bras-de-Fer, 1829) : Forcer.

(Delvau, 1867) : v. a. Médire de quelqu’un, attaquer sa réputation, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. a. Injurier, faire les cornes, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Injurier ; du vieux mot français escharnier, moquer, railler.

(Rigaud, 1881) : Fracturer. — Écorner un boucard, fracturer une boutique.

(La Rue, 1894) : Fracturer. Injurier.

Écorner les boucards

(Delvau, 1867) : v. a. Forcer les boutiques, — dans le même argot [des voleurs].

Écorner les boutanches

(Virmaître, 1894) : Forcer les portes des boutiques. Cela indique bien l’action de la pince-monseigneur qui fait éclater le bois par la pesée (Argot des voleurs).

Écorneur

(Rigaud, 1881) : Avocat chargé de soutenir l’accusation.

(La Rue, 1894) : Le ministère public.

Écornifler

(d’Hautel, 1808) : Il a la figure toute écorniflée. Se dit d’un homme qui a reçu dans une batterie quelques blessures au visage.
Écornifler un dîner. Pour attrapper un diner ; aller de porte en porte pour faire un bon repas, selon l’usage des chevaliers d’industrie.

Écornifler à la passe

(La Rue, 1894) : Tuer.

Écornifler, Écornifler à la passe

(Rigaud, 1881) : Tuer.

J’aperçois un garde royal qui ajustait d’une fenêtre La Platine, j’le lorgne, pan ! à bas, il fait la culbute ; c’était le douzième depuis mardi que j’écorniflais.

(Les farces et les bamboches populaires de Mayeux, 1831.)

Lui, il a trouvé le moyen d’écornifler à la passe sept personnes.

(Jean Richepin, Les Morts bizarres.)

Écorniflerie

(d’Hautel, 1808) : Escroquerie ; ce que l’on se procure d’une manière illicite, et par la voie d’une honteuse industrie.

Écornifleur

(d’Hautel, 1808) : Un écornifleur de dîner. Terme de mépris. Parasite ; pique-assiette ; escroqueur de dîner.

Écossais

(Larchey, 1865) : Homme sans pantalon. — Les Écossais ont les jambes nues. — Hospitalité écossaise : Hospitalité gratuite. — Usité depuis les représentations de la Dame blanche.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Hospitalier, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont conservé bon souvenir des montagnards de la Dame blanche. Hospitalité écossaise. Hospitalité gratuite, désintéressée, aimable.

Écosser les châsses

(Rossignol, 1901) : Est ce que l’on nomme le coup de la fourchette. Il consiste à enfoncer un doigt dans chaque œil et à retirer la prunelle de l’orbite : le châsse est écossé.

Écosseur

(d’Hautel, 1808) : Le peuple ne fait pas sonner l’r final, et dit écosseux.
Fier comme un écosseux de pois. Se dit d’un homme haut, altier, grossier, impertinent.

(Delvau, 1867) : s. m. Secrétaire, homme chargé d’ouvrir les dépêches, — dans l’argot des employés.

(Rigaud, 1881) : Employé chargé d’ouvrir les lettres dans une administration.

Écot

(d’Hautel, 1808) : Allez parler à votre écot. Pour, allez parler à votre compagnie, et ne vous mêlez pas des affaires de la nôtre. Se dit par réprimande à ceux qui viennent prendre part à un entretien qui leur est étranger.
Il a beau se taire de l’écot, qui rien n’en paye. Pour dire qu’un homme ne doit point mal parler d’un plaisir qui ne lui coûte rien.

(Delvau, 1867) : s. m. Part de chacun dans un repas. Argot du peuple. Être à son écot. Payer ce qu’on consomme. Être à l’écot de quelqu’un. Dîner à ses dépens.

Écot (payer son)

(Rigaud, 1881) : « Dans un pas de trois, la danseuse qui exécute son solo paye son écot. »

(J. Dullot, Les Secrets des coulisses, 1865.)

Écoute

(d’Hautel, 1808) : Je t’entends bien, mais je ne t’écoute guères. Locution goguenarde et populaire, pour dire à quelqu’un qu’on se moque bien de ce qu’il dit ; qu’on ne déférera pas à ses avis, à ses propositions ; que tout ce qu’il dit et rien est tout-à-fait le même chose.
Ce sont des écoute s’il pleut. Pour, ce sont de vaines promesses, des mensonges, des gasconnades, auxquels il ne faut pas se fier.
Être aux écoutes. Chercher à entendre ce que l’on dit en un lieu où les portes sont fermées ; s’inquieter des nouvelles d’une affaire ; être aux aguets.
Sonnez comme il écoute. Se dit lorsqu’on veut faire écouter un bruit qu’on n’entend pas.
Il s’écoute trop. Pour, il a trop soin de sa personne ; il se dorlotte, il se délicate trop.

Écoute (je t’)

(Rigaud, 1881) : Oui, — dans le jargon des troupiers.

Écoute s’il pleut

(Delvau, 1867) : s. m. Fadaise, conte à dormir debout, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Expression dont les ouvriers se servent à l’atelier pour essayer de faire taire un bavard. On espère qu’il ne pourra pas écouter et parler à la fois.

Écoutille (l’)

(Delvau, 1864) : La nature de la femme — dans l’argot des marins d’eau de mer et d’eau douce.

Allons, la garce, haut la quille !
Mon vit est crânement drissé ;
Ouvre moi ta large écoutille,
Embarque-moi : je suis pressé.

Alphonse Karr.

Écouvillon (tête d’)

(Merlin, 1888) : Tête rasée et dont les cheveux sont hérissés.

Écrabouiller

(Fustier, 1889) : Écraser ; réduire en morceaux, en miettes.

(La Rue, 1894) : Aplatir, écraser.

Écrache

(Delvau, 1867) : s. m. Passeport, — dans l’argot des voleurs. Écrache-tarte. Faux passeport.

Écracher

(Delvau, 1867) : v. a. Exhiber son passeport. Même argot [des voleurs].

Écran

(d’Hautel, 1808) : Servir d’écran à quelqu’un. Le protéger contre toute atteinte ; le favoriser.
On dit aussi, par ironie, de quelqu’un qui a l’incivilité de se placer devant le feu, à l’exclusion de toute la société, qu’Il sert d’écran.

Écrasant

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, inouï, accablant, — dans l’argot des littérateurs, qui emploient ce mot à propos des gens aussi bien qu’à propos des choses.

Écrase-caca

(Rossignol, 1901) : Chaussures.

Écraser des tomates

(Delvau, 1864) : Avoir ses menstrues, dont la couleur est cousine germaine de celle de la pomme d’amour.

— Eh bien, va coucher avec Mélie… — Peux pas : elle écrase des tomates, depuis deux jours, que ça en est dégoûtant.

Seigneurgens.

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir ses menses, — dans l’argot des petites dames.

(Rigaud, 1881) : Avoir ses menstrues. Et la variante : Faire la sauce tomate.

Écraser un factionnaire

(Rossignol, 1901) : Marcher dans quelque chose qui, dit-on, porte bonheur.

Écraser un grain

(Delvau, 1867) : v. a. Boire un canon de vin sur le comptoir du cabaretier, — dans l’argot des faubouriens qui ont un fier pressoir dans l’estomac.

(Rigaud, 1881) : Boire un verre de vin, quelquefois la bouteille.

Viens-t’en plutôt écraser un grain avec moi.

(Huysmans, Marthe, 1879.)

Écraser une perle

(Rossignol, 1901) : Produire un bruit sourd qui ne vient pas de la gorge. Dans une chambrée, lorsqu’un semblable bruit se produit (ce qui n’est pas rare), on entend aussitôt un compagnon dire :

Quelle est cette jolie voix qui appelle mon polard.

Écrevisse

(d’Hautel, 1808) : Rouge comme une écrevisse. Se dit par exagération d’un homme qui a le visage d’un rouge animé, par allusion avec cet insecte, quand il est cuit.
Et de quelqu’un dont les affaires reculent au lieu d’avancer, qu’Il va à reculons, comme les écrevisses.

(Delvau, 1867) : s. f. Cardinal, — dans l’argot des voleurs, qui ont l’honneur de se rencontrer avec Jules Janin, lequel a employé le même trope à propos du Homard, « ce cardinal de la mer ». Cardinaux sans doute, ces crustacés décapodes, — mais seulement lorsqu’ils ont subi la douloureuse épreuve du court-bouillon.

(Rigaud, 1881) : Cardinal, à ce que dit M. Fr. Michel, dans son dictionnaire de l’argot comparé. C’est une aimable plaisanterie à laquelle il se sera laissé prendre, sans songer que ce cardinal-là descend en ligne directe du « cardinal des mers », dont a parlé Jules Janin et dont a tant ri Nestor Roqueplan.

Écrevisse dans la tourte (avoir une)

(Rigaud, 1881) : Dire, faire des extravagances.

(Virmaître, 1894) : Être à moitié toqué (Argot du peuple).

Écrevisse de boulanger

(Rigaud, 1881) : Cafard.

Écrevisse de rempart

(Rigaud, 1881) : Fantassin, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

(Merlin, 1888) : Lignard. — Toujours à cause du pantalon garance, beaucoup ne connaissant que l’écrevisse cuite et baptisant volontiers, comme Jules Janin, le homard du surnom de cardinal des mers.

(Rossignol, 1901) : Soldat de ligne.

Écrire

(d’Hautel, 1808) : Ce qui est écrit est écrit. Phrase explétive, pour faire entendre qu’on ne veut pas démordre d’un engagement contracté par écrit.
On dit contradictoirement, et en plaisantant, d’une personne qui n’a le talent ni de bien chanter, ni de bien écrire, mais qui en a cependant la prétention, qu’Il a une belle main pour chanter, et une belle voix pour écrire.
Écrire de bonne encre.
Avec fermeté ; en style de menace, vigoureusement.

Écrire à son propriétaire

(Rossignol, 1901) : Aller au buen retiro.

Écriture

(d’Hautel, 1808) : Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Voy. Âne.

Écrivasser

(Delvau, 1867) : v. n. Écrire, faire des livres, — dans l’argot des gens de lettres, qui n’emploient cette expression que péjorativement.

Écrivassier

(d’Hautel, 1808) : C’est un écrivassier. Epithète mordante que l’on donne par mépris à un mauvais auteur, à un pamphlétaire, à un misérable petit écrivain.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais écrivain. Le mot a été employé pour la première fois en littérature, par Gilbert.

Écriveur, euse

(Delvau, 1867) : s. et adj. Qui se plaît à écrire, et, à cause de cela, écrit à tort et à travers. Argot du peuple. Madame de Sévigné, qui était une écriveuse d’esprit, a employé le mot écriveux.

Écu

(d’Hautel, 1808) : Il n’aime pas à dessaquer ses écus. Se dit d’un avare, d’un fesse-mathieu qui crie sur les moindres dépenses.
C’est le père aux écus. Dénomination satirique que l’on donne à un homme économe, parcimonieux et avare, qui s’est amassé un petit magot en mettant sou sur sou.
Avoir des écus à remuer à la pelle. Façon de parler hyperbolique qui signifie avoir beaucoup d’argent comptant.
Voici le reste de nos écus. Se dit familièrement de celui qui arrive dans une société sans y être attendu.
Il a des écus moisis. Se dit d’un homme qui a de l’argent caché, et qui affecte la misère.
Vieux amis ; vieux écus. C’est-à-dire, que les vieux amis sont les plus sincères, et les vieux écus les plus estimés.
Il n’a pas un quart d’écu vaillant. Pour dire il n’a aucune espèce de bien.

Écuelle

(d’Hautel, 1808) : C’est une querelle de gueux, cela se raccommode à l’écuelle. Se dit de légères contestations, de brouilleries, qui s’élèvent parmi les petites gens, et qui disparoissent en buvant un coup ensemble.
Rogner l’écuelle à quelqu’un. Lui retrancher, de son revenu, de sa subsistance.
Propre comme une écuelle à chat. Se dit d’un ustensile de ménage qui est malpropre, mal nettoyé.
Il n’y a ni pot au feu, ni écuelles de lavées. Pour exprimer qu’il règne le plus grand désordre dans une maison.
Il a plu dans son écuelle. Se dit de quelqu’un qui a fait quelque héritage inattendu, dont il avoit grand besoin.
Mettre tout par écuelle. Donner un repas splendide à quelqu’un ; ne rien épargner pour la bâfre.

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Les femmes sont comme gueux, elles ne font que tendre leur écuelle.

Brantôme.

(Delvau, 1867) : s. f. Assiette, — dans l’argot du peuple, fidèle à la tradition.

Et doibt, por grace deservir,
Devant le compaignon servir,
Qui doibt mengier en s’escuelle.

dit le Roman de la Rose.

Écume

(Rigaud, 1881) : Étain, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Étain.

Écume de terre

(Delvau, 1867) : s. f. Étain, — dans l’argot des voleurs.

Écume du plaisir (l’)

(Delvau, 1864) : Le sperme.

Le feu du plaisir s’allume ;
Du bonheur l’ardente écume
Dans ton manoir qui la hume
A gros bouillons rejaillit.

(Chanson anonyme moderne.)

Écumer la boutogue

(La Rue, 1894) : Enfoncer la boutique.

Écumoire

(d’Hautel, 1808) : Elle a la figure comme une écumoire. Se dit d’une personne qui est très-marquée de petite vérole, et à qui cette terrible maladie a laissé des traces nombreuses et profondes.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage marqué de petite vérole, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Visage ravagé par la petite vérole.

(Rossignol, 1901) : Celui qui est grêlé à la figure comme une écumoire.

Écurer

(d’Hautel, 1808) : Écurer son chaudron. Au propre, prendre médecine ; se purger. Au figuré, expression triviale qui signifie décharger sa conscience ; se confesser.

Écurer le chaudron

(Rigaud, 1881) : Faire des aveux ; se confesser.

(Virmaître, 1894) : Aller à confesse (Argot des voleurs). V. Comberge et Dépotoir.

Écurer son chaudron

(Delvau, 1867) : v. a. Aller à confesse, — dans l’argot du peuple, pour qui c’est un moyen de nettoyer sa conscience de tout le vert-de-gris qu’y ont déposé les passions mauvaises.

Écureuil

(Rigaud, 1881) : Pauvre diable qui faisait tourner une roue dans un atelier de mécanicien, moyennant une haute paye de six sous par heure. — Les machines à vapeur, en se propageant, ont porté le coup de la mort à l’écureuil, devenu aujourd’hui un objet de curiosité.

Écureuil (faire l’)

(Virmaître, 1894) : Faire une besogne inutile, marcher sans avancer. A. D. On nomme écureuil les ouvriers qui tournent la roue chez les petits tourneurs en bois ; c’est au contraire un métier extrêmement fatiguant. Autrefois les écureuils se réunissaient au carré Saint Martin ; c’était un ramassis de toute la fripouille parisienne ; depuis que la machine à vapeur s’est vulgarisée ils ont presque disparu. On les nomme aussi chiens de cloutier. C’est une allusion au pauvre animal qui tourne la roue toute la journée pour actionner les soufilets de forge, allusion également à l’écureuil qui tourne sans cesse dans sa cage (Argot du peuple). N.

Écurie

(d’Hautel, 1808) : C’est un cheval à l’écurie. Phrase bannale, que l’on applique communément à une maison, à une montre, et généralement à toute chose qui exige de fréquentes réparations.
On diroit qu’il entre dans une écurie. Se dit par reproche, d’une personne incivile, qui entre dans, un lieu sans saluer les personnes qui s’y trouvent.
On dit d’une maison sale et mal en ordre, que c’est une véritable écurie.
Il est bien temps de fermer l’écurie, quand les chevaux sont dehors.
Se dit des personnes qui font, fermer leur porte quand on leur a tout pris ; ou, qui veulent remédier au mal lorsqu’il est consommé.

Édredon

(d’Hautel, 1808) : Duvet de certains oiseaux du nord. Le peuple de Paris dit par corruption, Aigledon.

Édredon (faire l’)

(Rigaud, 1881) : Dépouiller un étranger, — dans le jargon des filles.

(La Rue, 1894) : Dans l’argot des prostituées, c’est dévaliser l’homme qu’elles ont attiré chez elles.

Édredon de trois pieds

(Delvau, 1867) : s. m. Botte de paille.

(Rigaud, 1881) : Paille.

Éduquer

(d’Hautel, 1808) : Pour donner de l’éducation ; élever avec soin.
Ce jeune homme est bien mal éduqué. C’est à-dire, est grossier, butor, incivil ; n’a pas l’air, d’avoir reçu d’éducation.

(Fustier, 1889) : Élever, instruire, donner de l’éducation.

Nous sommes trop bien éduqués pour refuser de boire un petit verre à votre intention.

(De Montépin.)

Ef

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope d’effet, — dans l’argot de Breda-Street. Faire de l’ef. Briller ; faire des embarras.

Effacer

(Delvau, 1867) : v. a. Boire ou manger, — dans l’argot des faubouriens. Effacer un morceau de fromage.

(Rigaud, 1881) : Faire disparaître en absorbant. — On efface un plat, on efface une bouteille, en ne rien laissant du plat, en buvant la bouteille jusqu’à la dernière goutte.

(La Rue, 1894) : Manger, boire.

Effaroucher

(anon., 1827) : Voler.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler (Voyer Grincher, Sauter, Rincer, Bouliner).

(Halbert, 1849) : Voler.

(Delvau, 1867) : v. a. Voler, — dans l’argot des voleurs, qui sont si adroits qu’en effet la chose qu’ils dérobent a l’air de s’enfuir, effarouchée, de la poche du volé dans la leur.

(Rigaud, 1881) : Chiper ; par altération du vieux verbe français frogier, frouger, profiter, gagner.

Qu’est-ce qu’a effarouché ma veste ?

(H. Monnier, Scènes populaires.)

(Virmaître, 1894) : Prendre, s’évanouir sur la monnaie. Cela arrive fréquemment dans les cercles, où l’on a remplacé l’expression effaroucher par celle d’apprivoiser.
— J’ai apprivoisé un sigue.

(Rossignol, 1901) : Prendre.

On m’a effarouché ma cigarette.

Effet

(d’Hautel, 1808) : Les effets sont les mâles, et les paroles sont les femelles. Répond au proverbe latin, Verba volant, scripta manent.

(Delvau, 1867) : s. m. Impression produite sur le public par une pièce ou par un acteur. Argot des coulisses. Se dit en général de l’ouvrage ou du rôle, et, en particulier, d’un mot, d’un geste, d’une intonation. Avoir un effet. Avoir à dire un mot qui doit impressionner les spectateurs, les faire rire ou pleurer. Couper un effet. Distraire les spectateurs en parlant avant son tour, détourner leur attention à son profit et au préjudice du camarade qui est en train de jouer.

Effets de biceps

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Vanité de boucher ou de débardeur, — dans l’argot du peuple. Faire des effets de biceps. Battre quelqu’un, uniquement pour lui prouver qu’on est plus fort que lui.

(Rigaud, 1881) : Exhibition de force musculaire. (L. Larchey)

Effets de cul (faire des)

(Delvau, 1864) : Remuer habilement les fesses en marchant devant les hommes, pour les allumer et s’en faire suivre.

Effets de pantalon (faire des)

(Delvau, 1864) : Arranger avantageusement son paquet dans l’entre-jambe, à droite ou à gauche, de façon qu’il fasse saillie sur la perpendiculaire naturelle du corps et crève les yeux des femmes.

Effets de poche

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Étalage de pièces d’or et de billets de banque. Faire des effets de poche. Payer.

(Rigaud, 1881) : Faire sonner son argent, le compter en public, sortir deux cents francs en or pour acheter un cigare d’un sou, tout cela : effets de poche. C’est un des plus sûrs moyens de se faire voler. — Les jours de paye les ouvriers font volontiers des effets de poche. Celui qui n’est pas habitué à avoir de l’argent se livre généralement à des effets de poche.

Effeuiller

(Delvau, 1864) : Masturber en parlant de la femme.

Un joli doigt, qu’assouplit le désir,
En l’effeuillant y cherche le plaisir.

Parny.

Effeuiller la couronne virginale

(Delvau, 1864) : Prendre le pucelage de sa femme, la nuit des noces.

Et Pignouflard, demain, effeuille sa couronne virginale.

Albert Glatigny.

Efflanqué

(d’Hautel, 1808) : Un grand efflanqué. Pour dire, un homme grand, sec et maigre ; sans maintien ni tournure.

Effondré

(d’Hautel, 1808) : Un gros effondré. Pour, un gros mangeur ; un goinfre ; un bâfreur, un glouton.

Effondrer

(Delvau, 1867) : v. a. Enfoncer, — dans l’argot des voyous.

(Fustier, 1889) : Battre, assommer. Argot du peuple.

Te souviens-tu de cette lutte en plein champ ? Pauvre garçon, avec tes vingt-cinq ans, j’en aurais effondré quatre comme toi.

(Belot et Dantin : Le Parricide.)

Effondrilles

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les scories du pot-au-feu, — dans l’argot des ménagères.

Effronté

(d’Hautel, 1808) : Effronté comme un page. Impudent, insolent, hardi, impertinent au de-là de toute expression.

Égailler les cartes

(Fustier, 1889) : Les étaler. Argot des cercles.

Égal

(d’Hautel, 1808) : Cela m’est égal. Se dit ironiquement pour faire entendre que l’on se soucie fort peu d’une chose qui doit arriver.
Le peuple ne peut se faire une idée du pluriel de cet adjectif au masculin, et dit en parlant de deux hommes de même grandeur, qu’ils sont égal en taille ; et d’une distribution, que les lots sont égal, pour égaux.

Égayer

(Delvau, 1867) : v. n. Siffler, — dans l’argot des coulisses. Se faire égayer. Se faire envoyer des trognons de pommes.

(Rigaud, 1881) : Siffler, — dans le jargon des acteurs. — Egayer l’ours, siffler la pièce.

De la rampe la lumière
Éclaire un drame inédit :
On l’égaie, à la première ;
La claque seule applaudit.

(É. de la Bédollière. Dîners de l’anc. cercle.)

Église

(d’Hautel, 1808) : C’est un pilier d’église. Se dit d’une personne dont la dévotion est exagérée.

Églisier

(Delvau, 1867) : s. m. Bigot, homme qui hante trop les églises. Argot des faubouriens.

Egnaffer

(Rigaud, 1881) : Surprendre, éblouir, émerveiller. — Être égnaffé, être émerveillé. C’est le successeur direct d’épater, — dans le jargon des ouvriers.

(Hayard, 1907) : Étonner.

Egnauler

(Hayard, 1907) : Étonner.

Egnolant

(Rigaud, 1881) : Ennuyant, — dans le jargon des voyous. Dans celui des ouvriers, il a plutôt le sens d’étonnant, d’extraordinaire.

Egnoler

(Rigaud, 1881) : Ennuyer, — dans le jargon des voyous ; mot à mot : rendre gnole. Vlà une heure que le client m’êgnole, j’en ai ma claque, je calête, voilà une heure que cet individu m’ennuie, j’en ai assez, je file.

Égosiller

(d’Hautel, 1808) : S’égosiller. Se fatiguer à parler, se faire mal à la gorge à force de crier, de tempêter contre quelqu’un, ou de l’appeler à tue-tête.

Égout (prima dona de l’)

(Rigaud, 1881) : Chanteuse de chansons ordurières dans les cafés-concerts. (Le Sublime.)

Égout (tierce à l’)

(Rigaud, 1881) : Tierce basse, tierce au neuf, au jeu de piquet.

Egraffigner

(Delvau, 1867) : v. a. Égratigner, — dans l’argot du peuple.

Égrailler

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prendre ou voler de la volaille. Égrailler l’ormie, prendre la poule.

Égrailler l’ornie

(Bras-de-Fer, 1829) : Pendre la poule.

Égrailler ou érailler l’ornie

(anon., 1827) : Prendre la poule.

(Halbert, 1849) : Prendre la poule.

Égrainer son chapelet

(Rossignol, 1901) : Voir écraser une perle.

Égratigner

(d’Hautel, 1808) : Cette femme n’est pas encore trop égratignée. Se dit d’une femme qui, quoique d’un âge mûr, a encore un air de fraicheur et quel que trace de beauté.
S’il ne mord, il égratigne. Expression proverbiale qui se dit d’un homme dont la langue est satirique et dangereuse.

Égrené

(Fustier, 1889) : « Quand on (un journal) est installé, c’est d’une simplicité extrême… Pour le Clairon, il a fallu, durant ces premiers jours écrire les bandes à la main, les affranchir et les porter au bureau central d’où elles partent individuellement au lieu de partir par paquets. On appelle cela le service des égrenés et le service des égrenés se fait après le service des classés. »

(Clairon.)

Égrillard

(d’Hautel, 1808) : Un petit égrillard. Terme de mépris ; homme fin, adroit et éveillé ; tatillon qui s’immisce dans tout ce qui ne le regarde pas.

Égrugeoir

(Delvau, 1867) : s. m. Chaire à prêcher, — dans l’argot des voleurs, par allusion à sa forme et à celle du bonnet du prédicateur qui ressemble assez à un pilon.

(Rigaud, 1881) : Chaire à prêcher, — dans le jargon du peuple.

Lorsque dans son égrugeoir,
Ce champion de l’éteignoir
Fait à la foule béante,
Des histoires de servante.

(L. Festeau, Les Anes.)

Égrugeoir (l’)

(Virmaître, 1894) : Une tribune quelconque. L’orateur égruge ses paroles. Égrugeoir : la chaire à prêcher. Égrugeoir : les petites boîtes qui ressemblent à un comptoir dans lequel se tiennent les sœurs qui font la lecture aux prisonnières de Saint-Lazare. Allusion à l’antique égrugeoir qui sert à piler le sel (Argot du peuple). N.

Égueuler

(d’Hautel, 1808) : Crier, écornifler, casser.
Il est poli comme un pot-de-chambre égueulé. Expression basse et triviale usitée en parlant d’un grossier personnage, d’un malotru, d’un manant qui se pique de dire de sales injures, des obscénités.
S’égueuler, Crier. Il a tant crié, qu’il en est tout égueulé. Pour, il s’est fait mal à la gorge à force de crier.

(Delvau, 1867) : v. a. Écorner un vase, l’ebrécher, — dans l’argot du peuple.

Égyptien

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais acteur, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Mauvais acteur ; pai allusion à la troupe du Khédive. Mot à mot : acteur retour d’Égypte, — dans le jargon du théâtre.

Éjaculer

(Delvau, 1864) : Décharger son sperme, soit en baisant, soit en se masturbant.

Il y en a qu’on ne saurait faire taire et qui, quand ils éjaculent, en même temps ne peuvent s’empêcher de crier.

Mililot.

Élargir (s’)

(d’Hautel, 1808) : Pour dire se desserrer ; faire quelque don ; montrer contre coutume de la noblesse et du désintéressement.
Il s’est élargi dans cette occasion. Se dit par raillerie d’un homme très-avare, qui n’a pas montré dans une affaire sa lésinerie ordinaire.

Élastique

(Rigaud, 1881) : Qui sait se prêter aux circonstances, qui sait faire des concessions à propos.

N’est-ce pas, cher directeur, que nous sommes plus élastiques que ça ?

(J. de Goncourt.)

Elbeuf

(Larchey, 1865) : Habit de drap d’Elbeuf.

Si l’étoile au mérite N’orne pas mon elbeuf usé.

Festeau.

(Delvau, 1867) : s. m. Habit, — dans l’argot du peuple, qui emploie fréquemment la métonymie.

Électeur

(Fustier, 1889) : Client, — dans l’argot des commis voyageurs. Quand la tournée a donné de bons résultats, l’électeur a bien voté ; si les commandes ont été rares, il a mal voté.

Électeur (se mettre en)

(Fustier, 1889) : Argot de caserne. C’est, pour le soldat, revêtir des habits civils.

Éléments

(Rigaud, 1881) : Cartes préparées en vue d’une passe ; mot à mot : éléments de gain, — dans l’argot des grecs. Dans le monde des joueurs le mot : « éléments » désigne des ponteurs capables d’alimenter une partie. Faisons-nous un petit bac ? — Il n’y a pas d’éléments.

Éléphant

(Fustier, 1889) : Argot du Quartier latin. On appelle ainsi l’étudiant en médecine à la veille de passer sa thèse ou le jeune docteur qui suit bénévolement les cours d’un professeur dans un hôpital.

Élève

(Boutmy, 1883) : s. m. Apprenti. V. Attrape-science.

Élève-martyr

(Rigaud, 1881) : Élève-brigadier, — dans le jargon des régiments de cavarene.

Élite

(d’Hautel, 1808) : C’est l’élite des honnêtes-gens. Pour exprimer qu’un homme est d’une grande probité. Le peuple dit, par corruption, C’est l’alite, et se sert généralement de ce mot pour exprimer qu’une chose a un haut degré d’excellence.

Élixir

(d’Hautel, 1808) : Liqueur spiritueuse et cardiaque. Ce mot est toujours masculin : du bon, de l’excellent élixir ; et non de la bonne élixir, comme on le dit vulgairement.

Élixir de hussard

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie inférieure.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

Élixir… de long’vit

(Delvau, 1864) : Le sperme, aimable essence qui ferait ressusciter… une morte.

Possédant une recette,
Je fis prendre à la fillette
Six fois de mon élixir.
— Ah ! Dieu ! que je suis contente,
S’écriait la patiente :
Encore, ou je vais mourir !

(Gaudriole, 1834.)

Elle est couverte d’ardoise

(Delvau, 1864) : Sous-entendu : Les crapauds ne montent pas dessus. Se dit d’une femme trop belle ou trop bégueule pour qu’il n’y ait pas folie à vouloir la grimper comme une simple drôlesse.

Elle est enceinte d’un pet elle accouchera d’une merde demain

(Virmaître, 1894) : Se dit d’une femme qui a un gros ventre sans pour cela être enceinte (Argot du peuple). N.

Éloquent

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a rien de plus éloquent que l’argent comptant. En effet, ce pernicieux métal arrange les affaires les plus inextricables ; il change en amitié la haine la plus invétérée ; ouvre les portes de fer ; humanise les cours les plus farouches et les plus altiers ; enfin c’est un tyran que tout le monde adore, et dont ici bas on se fait un bonheur d’être l’esclave.
Éloquent. Mot équivoque et satirique qui signifie qu’une personne a l’haleine mauvaise, que sa bouche exhale une odeur désagréable.

Éloquent (être)

(Delvau, 1867) : Faire sentir ses paroles, — dans l’argot facétieux des bourgeois, qui croient seulement pour eux à la vertu de l’Eau de Botot.

Émanciper (s’)

(Delvau, 1864) : Aller avec une femme beaucoup plus loin que la bienséance ne le permet, mais beaucoup moins loin pourtant que ne le voudrait la femme — qui a, sur le bonheur, des idées diamétralement opposées à celles de la morale.

Lors, s’émancipant tout d’un coup, il me troussa la chemise tout autour et me découvrit le ventre et les fesses, se plaisant à les patiner.

Mililot.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se permettre des familiarités déplacées envers les femmes, — dans l’argot des bourgeoises, à qui leur devoir impose l’obligation de s’en fâcher.

Embabouiner

(d’Hautel, 1808) : Gâter, salir. Il a la figure toute embabouinée. Pour dire toute barbouillée.
S’embabouiner de quelque chose. S’en coiffer, s’en éprendre ; se laisser empaumer.

Emballé

(Rossignol, 1901) : Arrêté. Celui qui a été arrêté a été emballé.

Emballé (être)

(Halbert, 1849) : Être arrêté.

(Hayard, 1907) : Être arrêté.

Emballer

(Larchey, 1865) : Arrêter, écrouer.

Tu vas nous suivre à la Préfecture. Je t’emballe.

Chenu.

On dit d’un cheval emporté qu’il emballe son cavalier, sans doute parce que celui-ci est réduit au rôle passif d’un simple ballot.

(Delvau, 1867) : v. a. Arrêter, — dans l’argot des voleurs et des filles.

(Delvau, 1867) : v. n. Se dit, — dans l’argot des maquignons, — d’un cheval qui prend le mors aux dents, sans se soucier des voyageurs qu’il traîne après lui. S’emballer, se dit dans le même sens d’un homme qui s’emporte.

(Rigaud, 1881) : Terminer promptement. — L’ouvrage est emballé.

(Rigaud, 1881) : Mettre en prison. — Emballez-moi ce particulier.

(La Rue, 1894) : Conduire en prison. Donner un coup de poing. S’éprendre passionnément. Emballement, entraînement subit, emportement.

Emballer (s’)

(Rigaud, 1881) : S’emporter, se fâcher. On dit d’un cheval qui s’emporte, qu’il « s’emballe » ; d’où s’emballer en parlant des personnes.

(Hayard, 1907) : Se mettre vite en colère, s’enthousiasmer, emprisonner.

Emballer (se faire)

(Delvau, 1867) : Se faire mettre à Saint-Lazare, — dans l’argot des filles.

Emballes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Manières, embarras, — dans le même argot [des filles]. Faire des emballes. Faire des embarras.

Emballes, embarras (faire ses)

(Larchey, 1865) : « Faire son embarras : Faire beaucoup d’étalage pour peu de chose. » — d’Hautel, 1808. — Emballe est une corruption d’embarras.

Emballeur

(Delvau, 1867) : s. m. Agent de police.

(Rigaud, 1881) : Agent de police.

(La Rue, 1894) : Agent de police. Emballeur de refroidis, croque-mort.

(Virmaître, 1894) : Les agents de la sûreté. Ils emballent en effet les prisonniers dans le panier à salade.

(Rossignol, 1901) : Agent de police, parce qu’il emballe.

Emballeur de refroidis

(Rigaud, 1881) : Porteur des pompes funèbres, vulgo « croque-mort ».

Emballuchonner

(Halbert, 1849) : Envelopper, mettre en paquet.

Embaluchonner

(Delvau, 1867) : v. a. Empaqueter, faire un baluchon.

Embander

(anon., 1827) : Prendre de force.

Embarber

(d’Hautel, 1808) : S’embarber. Prendre la barbe. Terme bachico-typographique, qui signifie faire débauche de vin ; se griser à perdre la raison.

(La Rue, 1894) : Entrer, rentrer. Cerner.

(Rossignol, 1901) : Entrer, pénétrer.

Embarbotter (s’)

(Delvau, 1867) : S’embarrasser dans un discours, bredouiller. — Argot du peuple. On dit aussi S’embarbouiller.

Embarder

(Delvau, 1867) : v. n. Tergiverser, digressionner, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine, et se rappellent combien de faux coups de barre donnés au gouvernail peuvent retarder le navire.

(Virmaître, 1894) : Entrer dans une affaire (Argot du peuple).

Embarquer

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas s’embarquer sans biscuit. Pour, il ne faut rien entreprendre sans en avoir les moyens.

Embarquer sans biscuit (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Oublier l’essentiel, ne prendre aucune précaution, — dans l’argot des bourgeois, d’ordinaire prudents comme Ulysse.

Embarras

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas l’embarras. Locution adverbiale très-usitée parmi le peuple de Paris, qui l’employe à tort et à travers dans une multitude d’acceptions souvent fort contradictoires.
Ce n’est pas l’embarras, avec de l’argent on peut tout faire. Ce n’est pas l’embarras, on peut bien se passer de lui. Ce n’est pas l’embarras, il fait bien son quelque chose.
Faire son embarras.
Pour, faire l’important ; faire beaucoup d’étalage pour peu de chose.

(Halbert, 1849) : Drap de lit.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Grands airs, manières arrogantes, dédaigneuses, — dans l’argot du peuple. Faire ses embarras. Éclabousser ses rivales du haut de son coupé, — dans l’argot des petites dames.

Embarrasser

(d’Hautel, 1808) : On dit trivialement d’une femme qui est dans les premiers mois de sa grossesse, qu’elle est embarrassée.

Embau

(Fustier, 1889) : Embauchage. Argot des ateliers.

Vous savez bien, aux environs de l’Hôtel de Ville, là où il y a de si grandes places que les ouvriers sans travail arrivent à s’y tasser, attendant l’embau.

(Cri du peuple, août 1884.)

Embauche

(Fustier, 1889) : Travail, ouvrage, emploi quelconque. Terme populaire. Pourquoi avoir laissé tomber dans le bas langage ce mot parfaitement usité au XVIIe siècle ?

Viens avec moi ; mon frère a un peu de galette ; nous le taperons de quelques ronds et nous irons chercher de l’embauche.

(Gagne-petit, avril 1886.)

Embaucher

(Boutmy, 1883) : v. a. Admettre un compositeur dans un atelier.

Embauder

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prendre de force.

(Bras-de-Fer, 1829) : Prendre de force.

(Halbert, 1849) : Prendre de force.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre de force, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Violenter, prendre de force, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Violenter, prendre de force.

(Virmaître, 1894) : Voler de force, d’autorité. Il est évident que personne ne se laisse voler de bonne volonté, mais il est les voleurs qui reculent levant l’emploi de la force. Embauder : signifie voleur que rien n’arrête, pas même la police et qui assassine à l’occasion (Argot des voleurs).

Embaumé

(Fustier, 1889) : Jeune homme élégant dans le jargon parisien. L’embaumé est le descendant direct du faucheur qui, lui-même, succédait au bécarre qui descendait des boudinés, grelotteux et autres pschutteux. Embaumé qui donnait assez bien l’idée du jeune élégant pommadé, mais exsangue, fit fureur pendant la saison d’été 1885-1886 et a été détrôné à son tour par de nouveaux vocables.

De la Bastille à la Madeleine, l’embaumé règne en maître absolu.

(Voltaire, décembre 1885.)

Embaumer

(d’Hautel, 1808) : Embaumer quelqu’un. Pour dire le tromper ; l’entraîner par des paroles artificieuses ; lui excroquer son argent.

Embaumeur

(d’Hautel, 1808) : Charlatan, séducteur, trompeur ; homme qui, comme on dit, a la langue dorée.

Embéguiner

(d’Hautel, 1808) : Se couvrir la tête de quelque chose ; s’enticher de quelqu’un ; et non embéguigner, comme on prononce communément.

Embéguiner (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’éprendre d’amitié pour un homme ou d’amour pour une femme, — dans l’argot du peuple.

Embellir

(d’Hautel, 1808) : Cela ne fait que croître et embellir. Se dit de tout ce qui vient à bien, qui se perfectionne ; et aussi ironiquement pour exprimer que quelque chose va de mal en pis.

Emberlificoter

(Delvau, 1867) : v. a. Embarrasser, gêner, obséder, entortiller. S’emberlificoter. Se troubler dans ses réponses, s’embarrasser dans un discours, comme dans un piège.

(Rigaud, 1881) : Entortiller, embrouiller, embarrasser. Avec tous vos raisonnements, vous cherchez à m’emberlificoter, vous. (Jargon des bourgeois.)

Emberlificoteur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme rusé, qui sait entortiller son monde.

Emberlucoquer

(d’Hautel, 1808) : Verbe qui ne s’emploie qu’avec le pronom personnel (s’).
Le peuple se sert de ce verbe pour, se coiffer d’une opinion quelconque, s’en préoccuper tellement qu’on en juge aussi mal que si on avoit la berlue. ACAD.

Emberlucoquer(s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’enticher d’une chose ou de quelqu’un, s’attacher à une opinion sans réfléchir, aveuglément, comme si on avait la berlue. L’expression se trouve dans Rabelais sous cette forme. Hauteroche a dit Embrelicoquer, et Chateaubriand Emberloquer.

Embesogné

(d’Hautel, 1808) : Être embesogné. Avoir beaucoup de besogne ; être pressé par l’ouvrage, avoir des affaires par-dessus les yeux.

Embêtement

(Delvau, 1867) : s. m. Contrariété, ennui, — dans l’argot des bourgeois, qui ne veulent pas employer le substantif poli des gens Bien élevés et n’osent pas employer le substantif énergique des faubouriens.

Embêter

(d’Hautel, 1808) : Verbe populaire qui signifie, ennuyer, impatienter, obséder.
Embêter quelqu’un. Signifie aussi le cajoler ; l’entraîner par des paroles séduisantes et trompeuses à faire ce que l’on désire.
S’embêter. Ne savoir que faire ; se déplaire en un lieu, en un endroit quelconque.
On dit d’une fille qui a prêté l’oreille à des propos, galans, et dont on a abusé, qu’elle s’est laissé embêter.

(Delvau, 1867) : v. a. Obséder quelqu’un, le taquiner. S’embêter. S’ennuyer. S’embêter comme une croûte de pain derrière une malle. S’ennuyer extrêmement.

Embêter (ne pas s’)

(Rigaud, 1881) : Ne pas être gauche, emprunté ; savoir tirer parti de tout.

Embêter (ne pas se laisser)

(Rigaud, 1881) : Ne se laisser ni influencer, ni intimider.

Emblée

(d’Hautel, 1808) : Ça y est d’emblée. Pour exprimer que l’on est certain du succès d’une affaire ; qu’un dessein prémédité a reçu son exécution.

Emblème

(Larchey, 1865) : Mensonge, conte fait à plaisir. — Terme ironique inventé sans doute par un ennemi de l’allégorie mythologique dont le peuple comprend mal les finesses. —

Voyez quel emblème ! Sa nièce d’Angoulême Nous met tous à même.

Decourcelle, 1832.

Emblêmir : Tromper (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Tromperie, — dans l’argot des voleurs.

Emblémer

(Delvau, 1867) : v. n. Tromper.

(Rigaud, 1881) : Tromper.

(La Rue, 1894) : Tromper. Des emblèmes ! des mensonges !

Emblèmes (des) !

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot des faubouriens, — pour se moquer de quelqu’un qui se vante, qui ment, ou qui ennuie.

(Rigaud, 1881) : Des mensonges !

Embler

(d’Hautel, 1808) : Il n’est larron que larron n’emble. Ancien proverbe maritime, qui se dit quand un corsaire en dépouille un autre.

Embobiner

(Delvau, 1867) : v. a. Circonvenir, enjôler, — dans l’argot du peuple. On disait autrefois, et on dit quelquefois encore aujourd’hui, Embobeliner.

(Hayard, 1907) : Circonvenir, entraîner.

Emboiser

(d’Hautel, 1808) : Tromper, abuser de la bonne foi de quelqu’un ; le caresser ; l’enjôler ; s’emparer de son esprit ; s’en rendre le maître absolu.
Il s’est laissé emboiser. Pour, il s’est laissé gagner ; attraper.

Emboiseur

(d’Hautel, 1808) : Enjôleur, attrapeur, homme exercé dans les retours de la charlatannerie, et qui ne cherche qu’à faire des dupes.

Emboîtage

(Hayard, 1907) : Admonestation, aller en prison.

Emboîté

(Hayard, 1907) : Suivi et arrêté. Mis à la « boîte ».

Emboîté (il est)

(Virmaître, 1894) : Suivi ou arrêté. On emboîte le pas à quelqu’un pour le suivre sans le perdre. Être emboîté dans une affaire. Emboîté, embauché ; mot à mot : entrer dans la boîte.
— Je vais t’emboîter (te battre) (Argot du peuple). N.

Emboîter

(Rigaud, 1881) : Donner un coup de poing, — dans le jargon des barrières.

(Rigaud, 1881) : Constituer le point de dix ou de vingt, au moyen d’une carte tirée, — dans le jargon des joueurs de baccarat. — Exemple : un sept sur un trois, un huit sur un dix et un deux. Être emboîté, avoir pris au tirage une carte qui constitue le point de dix ou de vingt, c’est-à-dire baccarat, zéro, le plus mauvais point.

(Rigaud, 1881) : Gagner les bonnes grâces de quelqu’un, l’engager à faire quelque chose en votre faveur, — dans le jargon du régiment. Y a pas moyen de f emboîter pour t’en faire payer pour deux sous.

(Fustier, 1889) : Insulter. — Se faire emboîter, argot théâtral, être sifflé.

(Rossignol, 1901) : Un soldat emboîte le pas à celui qui est devant lui. Emboîté veut aussi dire être puni, mis à la boîte (salle de police). Celui qui reçoit des reproches de son chef se fait emboîter.

Emboucaner

(Rigaud, 1881) : Sentir mauvais.

(La Rue, 1894) : Puer. Agacer, irriter. S’emboucaner, s’ennuyer.

(Rossignol, 1901) : Puer, sentir mauvais.

Emboucaner(s’)

(Fustier, 1889) : S’ennuyer. Argot des voyous.

Embouché (bien ou mal)

(Delvau, 1867) : adj. Homme poli ou grossier, — dans l’argot des bourgeois.

Emboucher

(d’Hautel, 1808) : Emboucher quelqu’un. Pour dire, l’instruire des circonstances d’une affaire.
On dit d’un homme grossier, ignorant, et qui n’ouvre la bouche que pour dire des injures, qu’il est mal embouché.

Embourber

(d’Hautel, 1808) : S’embourber dans une mauvaise affaire. S’y jeter inconsidérément ; à corps perdu.

Embrassade (le vol à l’)

(Virmaître, 1894) : Le voleur feint de reconnaître un ami dans un homme qui vient de faire un encaissement ; il se jette dans ses bras et l’embrasse chaleureusement. En un tour de main il lui vole son portefeuille ou son porte monnaie : il s’excuse de l’erreur qu’il a conmise grâce à une ressemblance extraordinaire, puis il file lestement. Ce coup s’exécute aux environs de la Banque de France et des grandes maisons de crédit (Argot des voleurs).

Embrasser

(d’Hautel, 1808) : S’embrasser comme du pain. S’embrasser mutuellement ; avec amour et tendresse.
Qui trop embrasse mal étreint. Proverbe qui signifie que l’on réussit rarement quand on entre prend trop de choses à la fois.

Embrener (s’)

(d’Hautel, 1808) : Se salir ; se gâter de matières fécales.
Qu’avoit-il besoin de s’embrener dans cette affaire ? Pour dire, qu’avoit-il besoin de s’employer, etc.
On dit habituellement emberné, ce qui selon quelques auteurs, est seul françois.

(Delvau, 1867) : Se couvrir les doigts ou les vêtements d’ordures, — dans l’argot du peuple. Par extension, s’engluer.

Embrocher

(d’Hautel, 1808) : Passer une épée à travers le corps ; attirer quelqu’un dans un panneau ; le tromper.
Il s’est fait embrocher. Pour, il s’est fait tuer.

(Delvau, 1867) : v. a. Passer son épée ou sa baïonnette au travers du corps, — dans l’argot des troupiers. Se faire embrocher. Se faire tuer.

Embrocher une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, se servir du membre viril comme d’une broche pour l’exposer au feu qui moult arde.

Une dame allant dans son coche
Aux champs avecque son amant,
Hors du faubourg il vous l’embroche.

(Cabinet satyrique.)

Mais quand ce vient à l’embrocher,
Son outil ne peut se dresser.

(Recueil de poésies françaises.)

Et de si près il s’approcha,
Qu’amoureusement l’embrocha.

Théophile.

Embrouillamini

(Delvau, 1867) : s. m. Confusion de choses ou de mots, — embrouillement. Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en grandissant et se sont le plus corrompus en vieillissant. L’auteur du Code orthographique, — fort bon livre d’ailleurs, — prétend qu’il ne faut pas dire embrouillamini, parce que ce mot n’est pas français, mais bien brouillamini, — qui n’est pas plus français, j’ai le regret de le déclarer à M. Hétrel et à l’Académie, son autorité. On a commencé par dire Bol d’Arménie, et le bol d’Arménie était un remède de cheval fort compliqué, fort embrouillé ; de Bol d’Arménie on a fait Brouillamini, puis Embrouillamini : Molière a employé le premier dans son Bourgeois Gentilhomme, et Voltaire s’est servi du second dans sa Lettre à d’Argental. Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple dit-il, lui, — puisque c’est le Dictionnaire du peuple que je fais ici ? Le peuple prononce Embrouillamini. Cela me suffit.
Embrouillamini du diable. Confusion extrême, embarras dont on ne peut sortir.

Embrouillarder (s’)

(Rigaud, 1881) : Sentir les premières vapeurs alcooliques monter au cerveau.

Embrouille (ni vu, ni connu ! Je t’)

(Larchey, 1865) : Locution placée ordinairement à la fin d’un récit pour peindre la rapidité d’un acte et la difficulté de l’expliquer. V. d’Hautel.

Embrouiller

(d’Hautel, 1808) : Ni vu ni connu j’t’embrouille. Locution bouffone ; refrain satirique, pour dire qu’à force de ruse on est parvenu à duper, tromper, friponner quelqu’un, et sans qu’il s’en soit aperçu.

Embrouiller (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Commencer à ressentir les atteintes de l’ivresse, — dans l’argot des ouvriers. Ils disent aussi S’embrouillarder.

Embu

(Delvau, 1867) : s. m. Tache à un tableau ; ton terne, crasseux, — dans l’argot des artistes.

Embuffler

(d’Hautel, 1808) : Synonyme d’Emboiser. Voyez ce mot.

Embusqué

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Soldat dispensé, en raison de fonctions spéciales, du service commun.

Pas plan de carotter la revue, tous les embusqués, soldats de cantine, garçons du mess, secrétaires du major, tout le monde est là.

(Monde comique, no 195.)

Éméché

(Larchey, 1865) : Ivre. — Allusion à l’air échevelé des ivrognes.

Quand je rentre un peu éméché après minuit, elle me dit : La cruche est dans le coin.

Monselet.

(Rossignol, 1901) : Légèrement pris de boisson.

Eméché (être)

(Rigaud, 1881) : Éprouver les premiers eflets de l’ivresse.

Emêché (être)

(Hayard, 1907) : Avoir bu un petit coup de trop.

Éméché (être)

(Virmaître, 1894) : N’avoir pas assez bu pour être pochard mais suffisamment pour avoir une légère pointe ; être allumé. Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).

Émécher (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se griser, être sur la pente de l’ivresse, — dans l’argot des faubouriens.

Émécheur de parties

(Fustier, 1889) : Certains fondateurs de cercles ou maisons de jeux réunissent un capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes qu’ils gagnent presque toujours. En argot des joueurs, on nomme ceux qui se livrent à des opérations de ce genre des voraces ou des émécheurs de parties.

Émérillionner (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’égayer en buvant et s’empourprer la face en s’allumant les yeux. — Argot du peuple.

Émigré de Gomorrhe

(Rigaud, 1881) : Homme dépravé comme on l’était à Gomorrhe, aux temps bibliques.

Émile

(Delvau, 1864) : Nom donné aux pédérastes que précédemment l’on appelait Tantes (V. ce mot). Les Émiles étaient en société, à Paris, en 1864. Leurs statuts ont été imprimés. La police, avertie de ces réunions, y fit une descente et fit fermer un établissement de marchand de vins de la Barrière de l’École, où ils se réunissaient. De hauts fonctionnaires furent compromis. Une chanson fut faite à cette occasion. Les patients s’habillaient en femme pour recevoir leur Émile. — Un dessinateur avait consenti à reproduire les poses lubriques de toutes ces scènes de sodomie.

Extrait d’une lettre du baron de Heeckeren, sénateur, saisie : « … Je ne pourrai venir à la réunion qu’à minuit, réservez-moi Dupanloup… »
— Duc de Mouchy. Jeune attaché d’ambassade, três connu pour ses goûts non-conformistes…, comme patient… S’habille ordinairement en femme, — Général d’Herbillon (Émile), général de division et sénateur.
Étaient encore acteurs dans la pièce : — Duc de Valmy, secrétaire d’ambassade. — Davilliers (J.-P.-E.), chef du deuxième bureau, première division, ministère de la guerre. Lieutenant d’etat-major. Proxénète et mignon. On faisait des cancans sur lui dans son bureau ; indigné de bruits qui ternissaient son honneur, il fut s’en plaindre à son protecteur, le général Castelnau, chef de sa division au ministère. Le général, qui ne voulait pas que son protégé eût la réputation d’une putain, lui promit de faire cesser les bruits qui couraient. Il pria le préfet de police de faire use enquête ; pour toute réponse, le préfet lui montra une photographie représentant son protégé dans l’exercice de ses fonctions.
Plusieurs dénonciations étaient arrivées à la préfecture de police ; la plus drôle est celle d’un propriétaire qui, voyant arriver une masse de soldats dans la maison folichonne, et apprenant qu’on y avait apporté des uniformes de préfets, de sénateur, d’évêques, crut à un complot et en écrivit à la préfecture. (La Sultane Rozréa, p. 21.)

Emmailloter un môme

(Virmaître, 1894) : Combiner un vol. C’est une redondance de nourrir un poupard (Argot des voleurs).

Emmaillotter un môme

(Rigaud, 1881) : Combiner un vol. C’est la variante de nourrir un poupard.

Emmaillotteur

(Rigaud, 1881) : Tailleur.

Emmanché

(Rigaud, 1881) : C’est l’équivalent d’empoté, de maladroit, — dans le jargon du peuple. line bouge pas plus qu’une lame emmanchée. C’est un emmanché. — Espèce d’emmanché, remue-toi donc !

(Virmaître, 1894) : Individu qui se tient raide comme un pieu. Dans le peuple, on dit qu’il à un manche à balai de cassé quelque part. On emmanche une affaire. Emmanché se dit aussi dans une autre sens.
— J’ai emmanché la gosse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Individu qu’un autre prend pour un balai.

Emmancher

(d’Hautel, 1808) : Emmancher une affaire. La mettre sur le tapis ; entrer en négociation, en pourparlers.
On dit qu’une affaire a été mal emmanchée. Pour faire entendre qu’elle a été mal entamée conduite par des mains inhabiles.
On dit aussi d’un homme vigoureux et bien bâti, qu’il est bien emmanché.

(Delvau, 1864) : Baiser, — la nature de la femme étant la manche où s’introduit le plus volontiers le petit bras, ou si l’on veut, le manche de l’homme.

Un bon garçon du village, très bien emmanché.

(Moyen de parvenir.)

N’est-il pas temps que je vous emmanche ?

B. Desperriers.

Emmancher une affaire

(Delvau, 1867) : v. a. L’entamer, la commencer.

Emmargouillis

(Rigaud, 1881) : Propos malhonnêtes, orduriers.

Aussi fallait voir comme on s’en payait des tartines et des potins, et des calomnies et des emmargouillis, contre cette loterie de malheur !

(Le Titi, 1879.)

Emmastoquer (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se bien nourrir, — dans l’argot du peuple, pour qui c’est une façon de devenir mastoc.

Emmener

(Rigaud, 1881) : Dénoncer. Des tronches à la manque à emmener le travailleur. De sales physionomies capables de dénoncer le voleur.

Emmerdé

(Virmaître, 1894) : L’être jusqu’à la garde. N’avoir plus rien à espérer. C’est un démenti au dicton populaire qui prétend que marcher dans la merde cela porte bonheur (Argot du peuple).

Emmerdement

(Larchey, 1865) : Peine, ennui. — Emmerder :

Figurément et d’une manière ignoble pour attraper, ennuyer, obséder, injurier.

d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. m. Profond ennui, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Ennui extrême. C’est le spleen des Français. — Emmerdement sur toute la ligne, le nec plus ultra de l’ennui.

(Virmaître, 1894) : J’en éprouve un à cinquante francs par têtes. Se dit de tous les ennuis possibles. Travailler, par exemple, est un emmerdement perpétuel (Argot du peuple).

Emmerder

(d’Hautel, 1808) : Enduire quelque chose de matière fécale.
S’emmerder ; se laisser emmerder. Figurément et d’une manière ignoble, pour se blouser ; se laisser attraper.

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer, obséder quelqu’un. Les bourgeois disent Emmieller.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer à l’excès. — Mépriser au dernier point. — Injure que le peuple a sans cesse à la bouche.

Emmieller

(d’Hautel, 1808) : Enduire quelque chose de miel ; et trivialement, pour ennuyer, importuner, obséder.
Tu m’emmielles. Locution très-usitée parmi le bas peuple, pour dire à quelqu’un que ses discours, ses remontrances ennuient ou déplaisent.

(Larchey, 1865) : Emmerder.

M’emmiell’ra Qui voudra ! Moi, je n’m’emmielle guère.

Valère, Chanson.

(Rigaud, 1881) : C’est le mot précédent adouci. Cela se prononce : Em… m… m… ieller, en appuyant fortement sur les m, afin qu’il n’y ait pas de doute possible sur le sentiment exprimé. La variante est : Em… mener à la campagne.

Emmitonner

(d’Hautel, 1808) : S’envelopper ; se cacher ; se serrer, se couvrir les mains.

Emmitonner quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le circonvenir, l’endormir par des promesses.

Emmitouffler

(d’Hautel, 1808) : Jamais chat emmitoufflé ne prit souris. Signifie que pour faire une chose qui demande quelque liberté d’action, il faut avoir les bras et les mains entièrement libres ; ce proverbe est le même que, chat ganté n’a jamais pris de souris.
Il avoit la tête toute emmitoufflée.
Pour dire entièrement enveloppée.
Le peuple dit emmistouffler.

Emmitoufler (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se couvrir de trop de vêtements, — dans le même argot [des bourgeois]. On dit aussi S’empaletoquer et S’emmitonner, dans le même sens.

Emos

(Rigaud, 1881) : Emotion.

Émotion inséparable

(Delvau, 1867) : s. f. Cliché de l’argot des gens de lettres et de théâtre, qui sous-entendent toujours : d’un premier début.

Émoucher

(d’Hautel, 1808) : Chasser les mouches. Émoucher un cheval, et non émoucheter, comme le disent habituellement les Parisiens sans instruction.

Émoucheur

(Virmaître, 1894) : V. Bête à chagrin.

Émoussé

(Fustier, 1889) : Encore un des nombreux surnoms qui ont été donnés à la fleur de nos jeunes élégants.

Quant aux jeunes étriqués, efféminés, rachitiques dérivés des grelotteux, crevés, rez-de-chaussée, ils s’appelleront désormais des émoussés.

(Voltaire, mars 1887.)

Émoustiller

(d’Hautel, 1808) : Émoucher, chasser les mouches.
S’émoustiller. S’agiter, se remuer, sauter, danser ; se jeter à corps perdu dans les plaisirs ; rappeler en soi les idées de bravoure, de fermeté et de courage.

(Delvau, 1867) : adj. Aiguillonné, égayé, éveillé, — dans l’argot du peuple, qui connaît l’effet du vin doux, du moût (mustum).

Émoustiller (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se remuer, changer de place.

Émouver (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se remuer, s’agiter, s’empresser, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (emovere).

Empaf

(M.D., 1844) : Botte.

Empaffe

(Larchey, 1865) : Drap de lit (Vidocq). — Il est à remarquer que paffe veut dire aussi soulier. Appliqué à des objets différents, ce même mot semble être un essai d’harmonie imitative. On a voulu indiquer l’action de se jeter sur le lit ou d’entrer son pied d’un seul coup dans de gros souliers.

(Rigaud, 1881) : Drap délit, — dans l’ancien argot.

Empaffe, empave

(La Rue, 1894) : Drap de lit.

Empaffer

(Larchey, 1865) : Enivrer. V. Paf.

(Rigaud, 1881) : Griser ; c’est un dérivé de paf.

Empaffer (s’)

(d’Hautel, 1808) : Se gorger de viandes ; se soûler, faire débauche de vin.
Il est joliment empaffé. Pour, il est complètement ivre.

Empaffes

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Draps de lit, — dans l’argot des voleurs. V. Empave. Ils disent aussi Embarras, — parce qu’en effet il leur est assez difficile de les emporter.

Empaillé

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme sans valeur, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent souvent aussi : Il est à empailler !

(Rigaud, 1881) : Homme gauche.

(Virmaître, 1894) : Imbécile qui ne remue pas plus que s’il était empaillé dans une vitrine du Musée zoologique (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Imbécile, bon à rien.

(Hayard, 1907) : Naïf, simple.

Empaumer

(d’Hautel, 1808) : Enjôler, emboiser, amadouer quelqu’un ; se rendre maître absolu de son esprit ; abuser subtilement de sa bonne foi.
Empaumer une affaire. En saisir tous les détails avec adresse et habileté.
Empaumer la parole. S’en emparer d’autorité.

(Delvau, 1867) : v. a. Circonvenir ; tromper, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce verbe à Corneille.

Empaumeur

(d’Hautel, 1808) : Homme artificieux et trompeur dont les paroles sont mielleuses et sucrées, ou brusques et choquantes, selon qu’il convient aux circonstances.

Empave

(anon., 1827) : Drap du lit.

(Bras-de-Fer, 1829) : Draps du lit.

(Halbert, 1849) : Drap du lit, carrefour.

(Delvau, 1867) : s. f. Carrefour, pavimentum, — dans l’argot des voleurs. Quelques Gilles Ménage de Clairvaux veulent que ce mot, au pluriel, signifie aussi Draps de lit. Dont acte.

(Hayard, 1907) : Drap de lit.

Empaves

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Draps de lit.

(Virmaître, 1894) : Drap de lit.
— Je vais m’empaver dans mon pieu (Argot des voleurs). N.

Empêcher

(d’Hautel, 1808) : Il est bien empêché de sa personne. Pour, il est bien embarrassé ; il ne sait quelle contenance tenir.

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Et pendant que je suis avec l’un empêchée,
L’autre attend sans mot dire, et s’endort bien souvent.

La Fontaine.

Empêcheur de danser en rond

(Delvau, 1867) : s. m. Gêneur, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Importun ; celui qui vient, mal à propos, se mêler à une conversation, troubler une réunion intime. — Allusion à la défense faite, — sous la Restauration, par les curés de campagne, — de danser en plein air.

Empereur

(Rigaud, 1881) : Vieux soulier. Les empereurs sont des souliers lamentables achetés chez un savetier, près des Halles, surnommé « le père l’Empereur » par MM. les chiffonniers, dont il est le fournisseur ordinaire. Chez le père l’Empereur, les sous valent des francs. Ainsi, quand un client demande le prix d’une paire de souliers et que le père l’Empereur répond : douze francs, le client donne douze sous sans hésiter.

Empeser

(d’Hautel, 1808) : Il a l’air empesé. Pour, il a l’air gauche ; il a un maintien roide et affecté.

Empétarder

(Rigaud, 1881) : En user comme Jupiter envers Ganymède, comme Phœbus contre Hyacinthe, Achille sur Briséïs, Pompée sur Julie.

Empêtrer

(d’Hautel, 1808) : S’empêtrer d’une mauvaise affaire. Pour, s’engager, s’embarrasser dans une mauvaise affaire.
Il a l’air tout empêtré. Pour, il a l’air embarrassé, décontenancé ; il ne sait ou mettre ses mains.

Empêtrer (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’embarrasser dans une affaire, sans savoir comment en sortir. — Argot des bourgeois.

Empiauler

(Hayard, 1907) : Emménager.

Empiergeonner

(Fustier, 1889) : S’empêtrer. (Richepin.)

Empiffrage

(Rigaud, 1881) : Gloutonnerie.

Empiffrer

(Virmaître, 1894) : Manger comme un cochon (Argot du peuple).

Empiffrer (s’)

(d’Hautel, 1808) : Manger avec voracité, à la manière des goinfres et des dindons.
Il s’est empiffré d’une bonne manière. Pour, il s’en est mis jusqu’au nœud de la gorge ; il en a pris à regorger.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Manger gloutonnement, comme un animal plutôt que comme un homme, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis longtemps.

(Rigaud, 1881) : Mettre les bouchées doubles. C’est faire passer les bouchées sous le pif, avec autant de promptitude qu’un prestidigitateur fait passer la muscade.

(Hayard, 1907) : Manger avec gloutonnerie.

Empiffrerie

(Delvau, 1867) : s. f. Gloutonnerie.

Empiler

(Rossignol, 1901) : Tromper. Celui qui dans un partage n’a pas eu ce qui lui revenait, s’est fait empiler.

(Hayard, 1907) : Duper, voler.

Empileur

(Hayard, 1907) : Dupeur.

Empioler

(Delvau, 1867) : v. a. Enfermer, mettre en piole, dans l’argot des voleurs.

Empioller

(un détenu, 1846) : S’assembler, se réunir, s’enfermer.

Empirer

(d’Hautel, 1808) : Aller de plus mal en plus mal ; le peuple ajoute à ce verbe la particule réduplicative, et dit r’empirer.

Emplanquer

(Rigaud, 1881) : Arriver, — dans le jargon des voleurs.

Emplâtre

(d’Hautel, 1808) : Où il n’y a point de mal, il ne faut point d’emplâtre. Signifie que quand on se porte bien, il est inutile de prendre des médicamens.
C’est un vrai emplâtre ; un pauvre emplâtre. Se dit d’une personne sans vigueur, sans capacité, d’un homme valétudinaire et rempli d’infirmités. Le peuple fait ce mot féminin, et dit une emplâtre.

(Larchey, 1865) : Empreinte (Vidocq). Allusion à la couche de cire molle sur laquelle est prise l’empreinte.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans énergie, pusillanime, qui reste collé en place, sans pouvoir se décider à bouger. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Empreinte, — dans l’argot des voleurs, qui se garderaient bien d’en prendre avec du plâtre (comme l’insinue M. Francisque Michel) et qui se servent au contraire de substances molles, ou se malaxant entre les doigts, collant enfin (ένπλάσσω) comme la cire, la gomme-résine, etc.

(Rigaud, 1881) : Empreinte à la cire.

(Rigaud, 1881) : Portée de cartes dont se servent les tricheurs. Faire un emplâtre ou placard, placer une série de cartes dans un ordre déterminé. Les grecs cachent l’emplâtre dans une tabatière à double fond, sous l’aisselle. Au lansquenet et au baccarat, choisissant le moment propice, le tricheur place adroitement l’emplâtre sur le paquet de cartes qu’il tient ostensiblement à la main. Il faut se méfier d’un individu qui tire de sa poche soit son mouchoir, soit sa tabatière ou tout autre objet en gardant les cartes à la main. Il faut surveiller également celui qui, ayant posé les cartes sur le tapis, les couvre un instant avec une tabatière. Il y a cent à parier contre un que la tabatière est à double fond. Le double fond recèle un emplâtre que la pression du doigt fera descendre sur le paquet de cartes.

(La Rue, 1894) : Empreinte (d’une clé, d’une serrure) à la cire. Portée de cartes à l’usage des grecs.

Emplâtre de Thapsia

(Rigaud, 1881) : Cravate à plastron ; cravate de cocher piquée avec l’épingle en fer à cheval et adoptée parles sportsmen, moins l’épingle.

Emplâtrer

(Delvau, 1867) : v. a. Gêner comme avec un emplâtre, — dans l’argot du peuple. S’emplâtrer de quelqu’un. S’en embarrasser en s’en chargeant.

(Hayard, 1907) : Battre.

Employé dans les eaux grasses

(Merlin, 1888) : Employé des ordinaires et tout autre comptable qu’on semble ainsi accuser de pécher en eau trouble.

Employer

(d’Hautel, 1808) : Employer le vert et le sec, mettre tout en œuvre pour faire réussir un projet ; employer tous les moyens pour venir à bout de ce que l’on a entrepris.

Emplucher

(Fustier, 1889) : Piller.

Emplumer

(d’Hautel, 1808) : S’emplumer ; se parer ridiculement de plumes ; s’éprendre, s’enticher, s’enrichir dans un emploi.
Il s’est bien emplumé ou remplumé dans cette place. Pour il y a fait de bonnes affaires, il a su profiter des avantages qu’elle lui offroit.

Empoigner

(d’Hautel, 1808) : Prendre et serrer avec le poing.
Empoigne cela, il n’y a pas d’arrête, pour dire prends cela, il n’y a rien qui puisse te faire mal.

(Larchey, 1865) : Critiquer.

Attends donc à demain, mon cher, tu verras comment Lucien t’a empoigné.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Séduire, émouvoir.

Me parlerez-vous de la fille aux yeux bleus ? Il parait que vous avez été solidement empoigné.

About.

On dit d’un drame à effet qu’il empoigne son public.

(Delvau, 1867) : v. a. Critiquer vertement un livre, — dans l’argot des gens de lettres ; Siffler un acteur ou une pièce, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Critiquer sans mesure. — Se moquer à haute voix d’un acteur en scène.

(Rigaud, 1881) : Charmer, séduire, émouvoir. — Une scène, un roman qui vous empoigne.

Empoigner (Se faire)

(Delvau, 1867) : Se faire arrêter par un agent de police.

Empoigner par le manche

(Delvau, 1864) : Se dit de l’action par laquelle une femme énamourée s’empare avec autorité du membre de l’homme qui est avec elle, et se l’introduit avec empressement dans le vagin.

Je l’empoignai par le manche et le menai au pied du lit, où je me couchai à la renverse, l’attirant dessus moi : je m’enconnai moi-même son vit dans mon con jusques aux gardes.

Mililot.

Empoisonner

(d’Hautel, 1808) : Il empoisonne. Pour il répand une odeur détestable, il sent très-mauvais ; se dit à tout individu sujet à lâcher de mauvais vents.

Empoisonneur

(Rigaud, 1881) : Nom d’amitié donné par les ivrognes au marchand de vin. — Débitant de vins et liqueurs de qualité très inférieure. — Gargotier dont la cuisine ne laisse rien à désirer sous le double rapport de la malpropreté et de l’exécrable.

(Hayard, 1907) : Marchand de vin, restaurant.

Empoivrer (s’)

(Larchey, 1865) : S’enivrer. — Mot à mot : s’empourprer. V. Poivre.

Les fêtes tu t’empoiveras avec ta largue au tapis franc.

Vidocq.

Emportage à l’antonne

(La Rue, 1894) : Vol dans une église.

Emportage à la côtelette

(Delvau, 1867) : s. m. Variété de vol, dont Vidocq donne les détails. (V. Les Voleurs, page 108.)

Emporter

(d’Hautel, 1808) : Il ne l’emportera pas en Paradis. Menace que l’on fait à quelqu’un contre lequel on a quelque sujet de plainte, pour dire que l’on s’en vengera sitôt que l’occasion s’en présentera.
Emporter la pièce, tenir des discours mordans et satiriques, ne parler que par brocards et lardons.

(Larchey, 1865) : Voir Bachotteur. — Emporteur à la côtelette : Grec exerçant son art dans les cafés et dans les restaurants, à la suite d’un déjeuner offert à sa dupe (Vidocq). — Il emporte l’argent de son invité à la côtelette, comme des troupiers emportent à la baïonnette une position. — « Les emporteurs sont des malfaiteurs qui, sous prétexte de payer leurs achats à domicile, font emporter leurs acquisitions par des commis du magasin. Le grand point, c’est de séparer le commis de sa marchandise. Tantôt on le renvoie au magasin pour faire rectifier un prix de la facture, tantôt on le fait entrer par une porte dans un hôtel garni, et l’on en ressort par une autre. »

Al. Monnier.

(La Rue, 1894) : Escroquer. Emporteur, escroqueur.

Emporter la gueule

(Rigaud, 1881) : Mettre la bouche en feu. Un mets trop épicé ou une liqueur trop forte vous emporte la gueule.

Emporter le chat

(Delvau, 1867) : v. a. Se mêler d’une chose que l’on ne connaît pas, et recevoir pour sa peine une injure, ou pis encore. — Argot du peuple.

Emporter le morceau

(Rigaud, 1881) : Dire une méchanceté d’une grande portée. Mot à mot : mordre si fort que le morceau reste après les dents. C’est le : emporter le nez à belles dents, du XVIIe siècle.-Bien avant, Plaute avait dit : Os illi denasavit mordicus.

Emporter ses cliques et ses claques

(Delvau, 1867) : v. a. Emporter ses outils, ses effets. Signifie aussi Mourir.

Emporter une femme

(La Rue, 1894) : Vivre en concubinage.

Emporteur

(Delvau, 1867) : s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)

(Rigaud, 1881) : Filou qui vit au détriment des magasins. Après avoir fait un achat d’importance, l’emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu’il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise. Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l’emporteur.

Emporteur à la côtelette

(Rigaud, 1881) : Escroc qui fréquente les cafés pour y faire des dupes en proposant des parties de cartes. Il gagne d’abord une consommation, ensuite le déjeuner, et, de partie en partie, de revanche en revanche, il arrive au dépouillement complet de sa victime.

Emposeur

(Rigaud, 1881) : Pédéraste, — dans l’ancien argot.

Empoté

(Delvau, 1867) : s. et adj. Paresseux, maladroit, — dans l’argot du peuple, qui trouve volontiers têtes comme des pots tous les gens qui n’ont pas ses biceps et ses reins infatigables.

Empousteur

(Larchey, 1865) : « Escroc faisant métier de vendre à des détaillants des produits dont le premier dépôt a été acheté par des compères. »

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Autre variété de filou. Celui-là sait allécher les entrepositaires par des dépôts de marchandises, qu’achètent très avantageusement des compères. Lorsqu’il a gagné la confiance des entrepositaires, l’empousteur fait de forts dépôts qui lui sont, en partie, payés comptant. Le tour est joué : la marchandise est invendable. « Un empousteur poussa l’audace jusqu’à vendre à plusieurs marchands-de la rue Saint-Denis plus de mille douzaines de faux-cols en papier et de voilettes en papier dentelle. » (L. Paillet, Voleurs et volés.)

(Virmaître, 1894) : Truc très commun employé par des placiers. Ils déposent chez des commerçants des mauvaises marchandises, à condition ; des compères les achètent ; les marchands alléchés prennent de nouveaux dépôts qui, cette fois, leur restent pour compte (Argot des voleurs).

Emproseur

(Delvau, 1867) : s. m. Lesbien, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Le troisième sexe.

(Virmaître, 1894) : Variété de pédéraste (Argot des voleurs).

Emprunté

(Delvau, 1867) : adj. Gauche, maladroit, timide, — dans l’argot des bourgeois.

Emprunter

(d’Hautel, 1808) : Emprunter un pain sur la fournée. Jouir d’une fille avant de l’épouser.

Emprunter un pain sur la fournée

(Delvau, 1864) : Baiser une fille avant de l’avoir épousée.

Bien souvent, ils empruntent un pain sur la fournée.

(Les Caquets de l’accouchée.)

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir un enfant d’une femme avant de l’avoir épousée, — dans l’argot du peuple, à qui ses boulangères font volontiers crédit.

(Rigaud, 1881) : Prendre un acompte sur le mariage. Expression très usitée au XVIIIe siècle.

Qui peut-être, comme l’on dit, avez emprunté quelques pains sur la fournée.

(Pièces comiques.)

Empuanter

(d’Hautel, 1808) : Répandre une odeur fétide ; infecter.

Ému

(Larchey, 1865) : Troublé par les fumées du vin. V. Paff. — Le buveur ému est sur le point de s’attendrir.

Tu me crois ému, vieux… Allons donc ! je boirais dix fois autant.

Frémy.

Girard et Maret-Boistrop rentrèrent au quartier légèrement émus, et on ne put les réveiller à l’appel du soir.

Vidal, 1833.

Ému (être)

(Delvau, 1867) : Être gris à ne plus pouvoir parler ni marcher, — comme un homme à qui l’émotion enlèverait l’usage de la parole et des jambes. On dit aussi Être légèrement ému.

Emu, légèrement ému

(Rigaud, 1881) : Celui que le vin rend tendre et larmoyant.

En avoir dans le toquet

(Larchey, 1865) : Être ivre. — Ce terme correspond exactement à celui de Casquette. — Même étymologie.

Chez Dénoyer j’entre, Un peu dans le toquet.

Decourcelle, Ch., 1839.

En avoir dans le ventre

(Delvau, 1864) : Être enceinte.

En avoir plein l’dos

(Rossignol, 1901) : (R.) son pied, ou plein son sac, c’est être fatigué, rassasié d’une chose et ne plus en vouloir.

En avoir plein le dos

(Larchey, 1865) : Être assommé d’ennui.

Tu sais que j’ai de la maison plein le dos ?

Désaugiers.

(Delvau, 1867) : Être excessivement ennuyé de quelque chose ou par quelqu’un. — Argot du peuple.

En avoir plein le sac

(Larchey, 1865) : Être complètement ivre.

Laissons-le reposer, il en a plein son sac.

Chenu.

En découdre avec une femme

(Delvau, 1864) : La baiser à couillons rabattus ; se fendre avec elle d’une demi-douzaine de coups, bonne mesure.

Il était seul pour lors ; la chanoinesse avec laquelle il en avait décousu la veille n’était qu’une promeneuse aspirante, mais non encore aphrodite.

(Les Aphrodites.)

En deux temps

(Larchey, 1865) : En un instant. — Terme d’escrime.

En deux temps, j’remouque et j’débride.

Bailly.

En deux temps sa lessive est faite.

Le Casse-Gueule, ch., 1841.

En douce

(Rossignol, 1901) : Doucement. Suivre le proverbe Italien : qui va piano va sano.

En douceur

(Delvau, 1867) : adv. Doucement, prudemment, avec précaution, — dans l’argot du peuple.

En être

(Larchey, 1865) : Être agent secret de la police.

Il n’est pas assez malin pour en être.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Être pédéraste (Vidocq) — Ménage, dans ses Origines, avait commencé sa dissertation sur le mot Bougre par ces mots : Bougre : Je suis de l’avis, etc.

Ah ! lui dit Bautru en se moquant, vous en êtes donc aussi et vous l’imprimez. Tenez ! il y a bien moulé : Bougre je suis.

Tallemant des Réaux.

On dit encore aujourd’hui dans le même sens Il en est.

(Rossignol, 1901) : Faire partie de la police.

Tu sais, il en est.

En peau

(Hayard, 1907) : Décolleté.

En pousser une

(Rossignol, 1901) : Chanter une chanson.

Maintenant que nous avons bien dîné, je vais vous en pousser (ou dégoiser) une.

En quarante

(Hayard, 1907) : Face à face.

En suer une

(Rossignol, 1901) : Danser.

Mademoiselle, voulez-vous suer la prochaine avec moi ?

En tenir

(Delvau, 1864) : Bander pour une femme et avoir envie de la baiser ; être amoureuse d’un homme et chercher toutes les occasions de se faire baiser par lui.

Elle en tient pour toi, décidément, cette drôlesse.

Cublize.

En train

(Larchey, 1865) : En train de se griser.

Ce sera fort heureux si votre ami reste, car je le crois un peu en train.

P. de Kock.

En venir aux mains

(Delvau, 1864) : Peloter une femme et se faire patiner par elle.

L’un dévorait une salade aux harengs, et l’autre s’entretenait avec la servante au cuir jaune, Fusia Caninia… Il lui dit quelques gracieusetés, et tous deux en venaient aux mains.

Henri Heine.

En-tout-cas

(Delvau, 1867) : s. m. Parapluie à deux fins, trop grand pour le soleil, trop petit pour la pluie, — dans l’argot des bourgeoises, qui font toujours les choses à moitié.

Enbohémer (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Perdre sa jeunesse, son esprit et son argent dans les parlottes artistiques et littéraires.

Enbonnetdecotonner (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Prendre des allures bourgeoises, mesquines, vulgaires. Argot des gens de lettres.

Enc…. par corvée

(Rigaud, 1881) : Bête brute, conscrit stupide, — dans le jargon du régiment, où cette expression ordurière se dit sans malice, sans comporter aucune idée obscène.

Encadrer quelqu’un (faire)

(Fustier, 1889) : Se dit d’une personne qui présente quelque particularité prêtant à rire.

Encager

(Delvau, 1867) : v. a. Emprisonner, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Encoffrer.

Encaisser

(Rossignol, 1901) : Détester ou ne pouvoir supporter quelqu’un c’est ne pouvoir l’encaisser.

Encaisser un soufflet

(Delvau, 1867) : v. a. Le recevoir sur la joue. — Même argot [du peuple].

Encaldossé

(Virmaître, 1894) : Superlatif d’endossé (Argot des voleurs). V. Passif.

Encambronner

(Fustier, 1889) : Ennuyer considérablement. C’est une variante adoucie de l’autre verbe dont le peuple a plein la bouche.

Quant aux politiciens qui battent la grosse caisse autour de quelques noms, ils nous encambronnent supérieurement.

(L’Égalitaire, journal 1885.)

Encanailler (s’)

(d’Hautel, 1808) : Fréquenter de mauvaises sociétés, hanter des gens ignobles et de la plus basse extraction.

Encapuchonner (s’)

(d’Hautel, 1808) : Au propre se couvrir la tête d’un capuchon.
Elle s’est encapuchonnée de cet homme. Figurément pour elle en est devenue amoureuse ; elle en est entêtée.

Encarade

(Rigaud, 1881) : Entrée. Lourde d’en-carade, porte d’entrée, ou encarade tout court.

(La Rue, 1894) : Entrée, porte d’entrée.

Encarrade

(Larchey, 1865) : Entrée. — Encarrer : Entrer. V. Décarer.

(Delvau, 1867) : s. f. Entrée, — dans l’argot des voleurs.

Encarrer

(Delvau, 1867) : v. n. Entrer.

(Rigaud, 1881) : Entrer. Encarrer à la taule, entrer à la maison.

Encasquer

(Delvau, 1867) : v. n. Entrer quelque part ou dans quelque chose, — dans le même argot [des voleurs].

Enceintrer

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre une femme dans une « position intéressante ». Le peuple, qui emploie ce verbe aujourd’hui, a dit autrefois Enceinturer.

(Rigaud, 1881) : Rendre une femme enceinte ; forme moderne d’enceinturer, usité au XVIIIe siècle.

(La Rue, 1894) : Rendre enceinte.

Encensoir

(d’Hautel, 1808) : Casser le nez à quelqu’un à coups d’encensoir. Lui donner des louanges outrées, lorsqu’intérieurement on pense le contraire.

(Halbert, 1849) : Fressure.

(Delvau, 1867) : s. m. Fressure d’animal, — dans l’argot des voleurs, qui ont probablement voulu faire allusion au plexus de graisse qui enveloppe cette partie. Ils l’appelaient autrefois Pire.

Enchanteresse

(Delvau, 1864) : Fille galante qui fait oublier à l’homme ses devoirs en le promenant de jouissance en jouissance, en lui vidant la cervelle en même temps que les couilles et la bourse.

Il voulut nous faire voir les enchanteresses du lieu.

Chapelle.

Encharibotté

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyé, chagriné, embarrassé, — dans l’argot du peuple. Il a dit autrefois Encharbotté.

Enchiferné

(Delvau, 1867) : adj. Enrhumé du cerveau. Enchifrené, vaudrait peut-être mieux, mais le peuple est autorisé à dire comme on disait au XVIIe siècle.

Enchiffrener

(d’Hautel, 1808) : Être enchiffrené. Avoir le nez embarrassé ; être enrhumé du cerveau.

Enchtibé (il est)

(Virmaître, 1894) : Être pris, arrêté (Argot des voleurs).

Encible

(Rigaud, 1881) : Ensemble.

Encloué

(Rigaud, 1881) : Mou, sans énergie. — Individu qui a des passions contre nature.

(Virmaître, 1894) : Allusion au canon dont on encloue la lumière (Argot des voleurs). V. Passif.

Enclume

(d’Hautel, 1808) : On dit par exagération d’un homme qui ne prend aucune part aux malheurs de ses semblables, qu’Il a le cœur dur comme une enclume.
Être entre le marteau et l’enclume.
Être dans une mauvaise position ; avoir à souffrir, de quelque côté que l’on se tourne.
Il vaut mieux être marteau qu’enclume. Pour dire, il vaut mieux battre qu’être battu.
Le peuple dit enclune, comme il dit aussi pantomine, au lieu de pantomime.

Encoffrer

(d’Hautel, 1808) : Incarcérer, mettre en prison ; serrer sous clef.

Encoliflucheter (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’ennuyer, être tout je ne sais comment. On dit aussi S’encornifistibuler.

Enconner

(Delvau, 1864) : Introduire le membre viril dans la nature de la femme.

Il va écouter tout doucement à la porte s’il n’y a personne, et, cela fait, il me fait signe du doigt que je ne bouge, et puis il s’en vient a moi et m’enconne brusquement par-dessous les fesses.

Mililot.

En voyant si belle fête,
Remue de cul et de tête,
Pour tâcher de désarçonner
Celui qui la veut enconner.

Theophile.

Faites grand bruit, vivez au large ;
Quand j’enconne et que je décharge,
Ai-je moins de plaisir que vous ?

Piron.

J’avais encore bien de l’ouvrage avec huit sœurs, dont six, ou du moins cinq, étaient souverainement enconnables.

(Anti-Justine.)

Encore un tire-bouchon !

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot des coulisses, — lorsqu’un entr’acte se prolonge outre mesure.

Encorner

(Delvau, 1864) : Vieux mot signifiant tromper un mari.

La Louison dedans Paris
A plus encorné de maris
Que Sedan n’a fait d’arquebuses.

(Cabinet satyrique.)

Encotillonner (s’)

(Delvau, 1867) : Se laisser mener par sa femme ou par les femmes. Argot du peuple.

Encourdir

(Clémens, 1840) : Tromper.

Encre

(d’Hautel, 1808) : Il a le cœur noir comme de l’encre. Se dit d’un sournois, d’un méchant, d’un homme couvert de crimes.
C’est la bouteille à l’encre. Pour, c’est une affaire très-embrouillée, où l’on ne peut rien connoitre, quelque recherche que l’on fasse.

Encre (tremper son pied dans l’)

(Larchey, 1865) : Être consigné. Les soldats consignés portaient autrefois une guêtre blanche et une guêtre noire. — V. Criblage.

Il ne sait pas ce que c’est que de tremper son pied dans l’encre, et jamais n’a entrevu la porte de la salle de police.

Vidal, 1833.

Encrotter

(Rigaud, 1881) : Enterrer, — dans le jargon des journaux ennemis de l’enterrement civil.

Encroûter (s’)

(Delvau, 1867) : S’acagnarder dans une habitude ou dans un emploi.

Enculé

(Delvau, 1864) : Pédéraste passif, homme qui sert de maîtresse à un autre homme.

Un enculé lira les noms de tes victimes.

Dumoulin.

As-tu donc fréquenté Sodome
Ou Rome, bougre d’enculé !
Que tu parles de prendre un homme
Et, comme nous, d’être enfilé ?

(Parnasse satyrique.)

Enculer

(Delvau, 1864) : Introduire son membre dans le cul d’une femme, lorsqu’on est sodomite, — ou d’un homme, lorsqu’on est pédéraste.

… Tu venais un soir de m’enculer,
dit Pinolie à Pincecul, dans Serrefesse, parodie de Lucrèce.
Que les chiens sont heureux !
Dans leur humeur badine,
Ils se sucent la pine,
Ils s’enculent entre eux :
Que les chiens sont heureux !

(Parnasse satyrique.)

Godefroy, seigneur de Bouillon,
L’encula dans une patache
Qu’il rencontra d’occasion.

B. de Maurice.

Enculer une femme

(Delvau, 1864) : La baiser par derrière au lieu de la foutre par devant, se servir du moule à merde au lieu d’employer le moule à enfants.

Le Russe gamahuche et l’Italien encule.

L. Protat.

Enculeur

(Delvau, 1864) : Sodomite ou pédéraste, selon que sa pine s’adresse à un cul féminin ou à un cul masculin, ce qui, en somme, est toujours la même chose — et la même merde.

C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelles,
Maquereaux et putains, tous grouillaient pêle-mêle.

L. Protat.

Endêcher

(Larchey, 1865) : Ruiner.

Je m’endêche de plus en plus ; je viens de mettre au clou la robe de soie.

H. de Lynol.

Endéver

(d’Hautel, 1808) : Éprouver un dépit secret, enrager crever de jalousie.
Faire endéver quelqu’un. Le contrecarrer ; le contrarier à l’excès.

Endêver

(Delvau, 1867) : v. n. Enrager, être dépité. Faire endêver quelqu’un. Le taquiner, l’importuner de coups d’épingle. Caillières prétend que le mot est « du dernier bourgeois ». C’est possible, mais en attendant Rabelais et Jean-Jacques Rousseau s’en sont servis.

Endiablé

(d’Hautel, 1808) : Furieux, emporté ; d’une méchanceté noire et atroce.

Endiabler

(d’Hautel, 1808) : Faire endiabler quelqu’un. Le tourmenter, l’impatienter, le mutiner, s’opposer à tous ses desseins.

Endimanché

(Delvau, 1867) : adj. Gauchement et ridiculement habillé, — dans l’argot des bourgeois, impitoyables pour le peuple, d’où ils sont sortis.

Endimancher

(d’Hautel, 1808) : S’endimancher. Se parer de ses plus beaux habits, comme les journaliers le font ordinairement le dimanche.

Endimancher (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Mettre son habit ou sa redingote du dimanche.

Endormeur

(d’Hautel, 1808) : Flatteur, enjôleur, séducteur.

(Rigaud, 1881) : Voleur au narcotique. — L’endormeur attire sa victime, chez un marchand de vin, la fait boire, lui verse un narcotique et le dépouille.

(Fustier, 1889) : Homme ennuyeux.

(La Rue, 1894) : Voleur au narcotique.

(Virmaître, 1894) : Individu qui sans cesse promet une chose et ne la tient jamais. Endormir est aussi synonyme de voler.
— Il s’est endormi sur des bijoux (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Voleur qui opère au moyen d’un narcotique. Les romanichels se servent pour ce genre de vol d’une décoction de datura stramonium. Ce vol se pratique en wagon. Le voleur profite du sommeil d’un voyageur pour lui couvrir le visage d’un mouchoir imbibé de chloroforme. Les voleurs qui ont cette spécialité forment une secte à part (Argot des voleurs).

Endormi

(Delvau, 1867) : s. m. Juge, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Juge. (F. Michel.)

(Virmaître, 1894) : Juge. Allusion à ce que les juges dorment dans leur fauteuil pendant que les avocats plaident (Argot des voleurs). N.

Endormir

(d’Hautel, 1808) : C’est de l’endort minette. Pour, ce sont des niaiseries, des grimaces, des paroles artificieuses auxquelles il faut bien se garder d’ajouter foi.
Il a mangé de l’endormie. Se dit par plaisanterie d’un homme qui dort long-temps, que rien ne peut réveiller.
Tu m’endors. Pour tu m’impatientes, tu m’ennuies.

(Delvau, 1867) : v. a. Étourdir, tuer, — dans l’argot des prisons.

(La Rue, 1894) : Mentir. Étourdir. Tuer.

(Rossignol, 1901) : Tuer.

(Rossignol, 1901) : Promettre beaucoup pour arriver à obtenir une chose que l’on désire. Un courtier endort par des promesses pour avoir une commission.

(Hayard, 1907) : Donner confiance afin de tromper.

Endormir du coup

(Rigaud, 1881) : Tuer, assommer.

Endormir sur le rôti (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se relâcher de son activité ou de sa surveillance ; se contenter d’un premier avantage ou d’un premier succès, sans profiter de ce qui peut venir après. Cette expression qui s’emploie plus fréquemment avec la négative, est de l’argot des bourgeois. Le peuple, lui, dit ; S’endormir sur le fricot.
Rester sur le rôti.
Agir prudemment, au contraire, en n’allant pas plus loin dans une affaire sur l’issue de laquelle on a des doutes.

Endos

(Delvau, 1867) : s. m. L’échine du dos, — dans l’argot des voyous.

(Rossignol, 1901) : Épaules.

Endosse

(Rigaud, 1881) : Épaule. — Raboter l’endosse, porter, des coups dans le dos.

Endossé

(Rossignol, 1901) : Celui qui se considère être un billet à ordre, se fait mettre la signature de l’endosseur dans l’dos. Synonyme d’empalé. Voir Chatte.

Endosses

(Delvau, 1867) : s. f. Épaules, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Jupons. Épaules.

Endosses (les)

(M.D., 1844) : Les épaules.

Endosseur

(Delvau, 1864) : Homme qui, ne craignant pas d’épouser une femme enceinte, se fait volontiers le gérant responsable, l’endosseur des œuvres d’autrui.

A l’égard de mademoiselle Raucoux, dont, Madame, voua avez bien voulu ma proposer le mariage, au défaut de mademoiselle Dubois, c’est encore un effet bien neuf, qui doit nécessairement entrer dans le commerce et dont je ne me soucie pas d’être le premier tireur, ni même l’endosseur. Quand il aura circulé, nous verrons à qui il restera.

(Lettre de l’acteur D’Auberval à la comtesse Dubarry, 30 avril 1773.)

Endroguer

(Halbert, 1849) : Chercher à faire fortune.

(Delvau, 1867) : v. n. Chercher à faire fortune, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Chercher un coup à faire. Le voleur drogue (attend) sur le trottoir l’occasion favorable (Argot des voleurs). V. Arracheur de chiendent.

Endroit

(d’Hautel, 1808) : Il est de mon endroit. Pour il est du même pays que moi.
On dit par dérision d’une étoffé bizarre et laide, qu’elle est aussi belle à l’envers qu’à l’endroit.

(Rigaud, 1881) : Restaurant, — dans le jargon des employés du commerce de la nouveauté en gros. Mot à mot : endroit où l’on va prendre ses repas, endroit d’où l’on fait venir un plat. J’ai envoyé chercher à l’endroit une portion de tripes.

Endurer

(Rigaud, 1881) : Tenir la rame immobile, — dans le jargon des canotiers de la scène.

Enfagoter (s’)

(d’Hautel, 1808) : Au propre se vêtir ridiculement. Au figuré s’envelopper ; s’éprendre de belle passion pour quelqu’un ou quelque chose.

Enfant

(d’Hautel, 1808) : L’enfant dit vrai. Dicton plaisant et badin, pour affirmer qu’une personne confesse la vérité.
Il est à table jusqu’au menton, comme les enfans de bonne maison. Se dit en badinant lorsque quelqu’un est assis sur une chaise fort basse, et que son menton est presque au niveau de la table.
C’est l’enfant de sa mère. Naïveté qui veut dire qu’un enfant a les habitudes et les inclinations de sa mère.
Il n’y a plus d’enfans. Se dit lorsque des enfans se permettent des paroles ou des actions qui n’appartiennent qu’aux hommes faits.
Enfant de gogo, nourri de lait de poule. Pour dire enfant gâté ; enfant élevé trop délicatement.
Ce n’est pas un jeu d’enfant. Pour c’est sérieux, important.
Il est innocent comme l’enfant qui vient de naître. Manière ironique de dire qu’un homme a conservé la pudeur et la modestie qui caractérisent l’adolescence.
Faire l’enfant. Minauder ; s’amuser à des puérilités ; pleurer pour les moindres choses ; ne pas se payer de raison.

Enfant (décrocher un, faire couler un)

(Rigaud, 1881) : Déterminer un avortement, — dans le jargon du peuple.

Oui, oui, t’as décroché un enfant à la fruitière.

(E. Zola, l’Assommoir.)

Enfant (filer l’)

(La Rue, 1894) : Introduire la pince monseigneur sous la porte.

Enfant (l’)

(Rossignol, 1901) : Pour ne pas nommer un objet ou une chose, on dit l’enfant. D’un portefeuille volé on dira : l’enfant était bien garni.

Enfant cœur

(Clémens, 1840) : Pain de sucre.

Enfant de chœur

(Larchey, 1865) : Pain de sucre (Vidocq). — Allusion à sa petite taille et à sa robe blanche.

(Delvau, 1867) : s. m. Pain de sucre, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Demi-setier de vin rouge ; par allusion à la robe rouge des enfants de chœur.

Un pauvre bougre qui pouvait à peine se mettre un enfant de chœur sur la conscience pourra boire, etc.

(Le Pére Duchêne.)

(Rigaud, 1881) : Pain de sucre, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Demi-setier de vin rouge. Pain de sucre.

Enfant de chœur de guillotine

(Rigaud, 1881) : Gendarme, — dans l’argot des voleurs.

Enfant de giberne

(Rigaud, 1881) : Enfant de troupe, — dans le jargon du régiment.

Enfant de la balle

(Delvau, 1867) : s. m. Celui qui a été élevé dans la profession paternelle, comédien parce que sa mère a appartenu au théâtre, épicier parce que son père a été marchand de denrées coloniales, etc. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Celui qui a appris et qui exerce le même métier que son père. L’expression est particulièrement répandue dans le monde des coulisses.

Enfant de la fourchette

(Delvau, 1867) : s. m. Académicien, — dans l’argot des voyous.

Enfant de troupe

(Delvau, 1867) : s. m. Fils de comédien, enfant se sur les planches, — dans l’argot des coulisses.

Enfants de giberne

(Merlin, 1888) : Enfants de troupe.

Enfariner

(d’Hautel, 1808) : Il est venu la gueule enfarinée. Signifie avec empressement ; avec un air capable et vaniteux ; croyant être sûr de son fait.
On dit aussi par dérision d’un homme qui est venu en hâte dans un lieu, à dessein de prendre part à quelque gain auquel il n’a pas été admis, qu’il est venu la gueule enfarinée.
Être enfariné de quelque science
ou de quelque chose. N’en avoir qu’une foible teinture.

Enfer

(d’Hautel, 1808) : Jouer un jeu d’enfer. Jouer avec ardeur et gros jeu.
C’est un enfer. Se dit d’un lieu où l’on est extrêmement tourmenté ; ou l’on fait un bruit désordonné ; d’une maison où l’on reçoit beaucoup de monde.

(Rigaud, 1881) : Sous-sol d’une imprimerie. C’est l’endroit où se cliche et se tire le journal. Il y fait aussi chaud qu’il doit faire en enfer.

Enfer (d’)

(Rigaud, 1881) : Énorme. Un appétit d’enfer, un courage d’enfer.

Enfermer

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut point enfermer le loup dans la bergerie. Signifie qu’il ne faut point guérir le mal au-dehors, et le renfermer en-dedans.

Enferrer

(d’Hautel, 1808) : Il s’est enferré dans cette affaire. Pour, il s’est engagé ; il, s’est avancé dans cette affaire.
S’enferrer. Se percer d’un fer d’outre en outre.

Enfifré

(Fustier, 1889) : Non-conformiste.

Enfigneur

(Rigaud, 1881) : Émigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Vient de fignoton. Ce dernier mot en dit assez. C’est l’actif du passif (Argot du peuple).

Enfilade

(Larchey, 1865) : Série de pertes.

Ils croient que la veine est revenue, mais ils ont une enfilade désespérante.

Paillet.

Enfilage

(Rigaud, 1881) : Pertes successives au jeu. — Celui qui court après son argent risque l’enfilage.

(Rigaud, 1881) : Arrestation en flagrant délit. — Avoir écopé à l’enfilage. Enfilé, pris en flagrant délit de vol. Enfilé par les roublards au moment de dégraisser une bobine en jonc. Se faire enfiler, être arrêté. Pas d’chance, v’là trois fois c’tte année que je m’fais enfiler.

(La Rue, 1894) : Arrestation en flagrant délit.

Enfiler

(d’Hautel, 1808) : Il s’est laissé enfiler dans cette entreprise. Pour, il s’y est laissé entraîner ; il en a été la dupe.
Ce n’est pas pour enfiler des perles que je suis venu ici. C’est-à-dire, ce n’est pas sans sujet ; ce n’est pas en vain, etc.
On dit aussi des choses qui offrent des difficultés dans leur exécution, Cela ne s’enfile pas comme des perles.
S’enfiler.
Terme de jeu. Se laisser aller à jouer gros jeu, à perdre tout son argent.

(Fustier, 1889) : Se faire enfiler, se faire arrêter.

Enfiler (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’endetter, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Se bisser entraîner à jouer gros jeu.

(Rigaud, 1881) : Perdre successivement plusieurs coups de cartes. — S’être enfilé, avoir beaucoup perdu dans une partie, dans une soirée.

Ce qui ne l’avait pas empêché quelques minutes auparavant, de jouer contre Servet, et de se faire enfiler.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(La Rue, 1894) : Perdre beaucoup au jeu en peu de temps. S’endetter. S’enfiler des briques, jeûner.

(Hayard, 1907) : Boire.

Enfiler des briques (s’)

(Rigaud, 1881) : Jeûner, contraint et forcé, — dans le jargon du peuple.

Enfiler des perles

(Rigaud, 1881) : Travailler avec nonchalance.

Enfiler une femme

(Delvau, 1864) : Comme une perle, avec un bout de pine au lieu d’un bout de fil.

Voudrais-tu m’enfiler, mon petit homme ?

Henry Monnier.

Si vous ne voulez pas vous laisser enfiler,
Par mon chien aussitôt je vous fais enculer.

L. Protat.

Leste et gai, j’enfile, j’enfile, j’enfile.

Béranger.

C’est votre bonne fille
Qu’un infâme paillard honteusement enfile.

Trotterel.

Je ne m’étonne plus s’il l’a si bien enfilée puisqu’elle est la perle des filles.

(La Comédie des Proverbes.)

Votre beauté sans seconde
Vous fait de tous appeler
La perle unique au monde ;
Il faut donc vous enfiler.

Collé.

Enfileur

(Rigaud, 1881) : Joueur qui profite de sa veine pour pousser son adversaire à jouer contre lui, pour l’enfiler.

Enfin

(d’Hautel, 1808) : C’est donc enfin fini. Exclamation dérisoire ; se dit lorsqu’un ouvrage, après avoir traîné pendant long-temps, vient d’être terminé.

Enflacqué

(Larchey, 1865) : Emprisonné. — Mot à mot : jeté en — Du vieux mot flaquer : lancer violemment. V. Roquefort.

C’est donner tout son argent à l’homme enflacqué.

Balzac.

Enflacquer

(Rigaud, 1881) : Emprisonner.

(La Rue, 1894) : Emprisonner. Condamner. Mettre, revêtir. Emm…der. Dénoncer un complice. Empaqueter.

Enflaneller (s’)

(Rigaud, 1881) : Absorber une boisson chaude. Mot à mot : une boisson qui remplace le gilet de flanelle.

Une nuit de mardi gras, je m’assis à une table, — dans la galerie en face de l’orchestre, — sur laquelle le Temps et Cybèle venaient de s’enflaneller de deux grogs américains.

(P. Mahalin, Au Bal masqué.)

Enflaqué

(Halbert, 1849) : Perdu, fini.

Enflaqué (être)

(Virmaître, 1894) : Enfermé, emprisonné (Argot des voleurs).

Enflaquer

(Bras-de-Fer, 1829) : Faire arrêter.

(un détenu, 1846) : Embarrasser.

(Halbert, 1849) : Se perdre.

(Delvau, 1867) : v. a. Em… nuyer, — dans le même argot [des faubouriens].

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre, revêtir, endosser, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Arrêter, emprisonner.

Enflé

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme dont on se moque, — dans l’argot des faubouriens. Ohé ! l’enflé ! est une injure à la mode.

Enflé (ohé ! l’) !

(Rigaud, 1881) : Apostrophe voyoucratique à l’usage des quidams qui prennent de grands airs, qui font les orgueilleux, que l’orgueil enfle.

Enflée

(Larchey, 1865) : Vessie (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Vessie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Vessie, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Femme enceinte. On dit aussi : avoir une fluxion de neuf mois (Argot du peuple).

Enfler

(d’Hautel, 1808) : Il est enflé comme un ballon. Se dit d’un homme très-orgueilleux, qui tire une grande vanité de médiocres succès. Voyez Ballon.

(Delvau, 1867) : v. n. Boire, — dans l’argot du peuple.

Enfoncé

(Delvau, 1867) : adj. Ruiné, blessé mortellement, perdu sans rémission. Signifie aussi : Avoir perdu la partie, quand on joue.

Enfoncer

(Larchey, 1865) : Dominer.

Vous n’êtes pas de force au piquet ; je vous enfonce.

Gavarni.

(Larchey, 1865) : Duper.

Il m’apprenait la vie qu’il fallait mener pour ne pas être enfoncé.

E. Sue.

(Larchey, 1865) : « Lorsqu’on réussit à perdre un journal à force de le décrier, ou un théâtre à force de blâmes, cela s’appelle enfoncer la feuille rivale ou le théâtre ennemi. »

Biogr. des Journalistes, 1826.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, faire fort, duper. Signifie aussi Surpasser.

(Rigaud, 1881) : Tromper.

Papa vous a bien enfoncé dans l’affaire des suifs.

(Gavarni.)

Surpasser, être supérieur à.

Une telle imitation du vent enfonce cruellement les fameuses gammes chromatiques de la Pastorale de Beethoven.

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.)

(Rossignol, 1901) : Tromper quelqu’un est l’enfoncer, synonyme de enturer.

(Rossignol, 1901) : Voir appuyer.

Enfonceur

(d’Hautel, 1808) : Enfonceur de portes ouvertes. Hâbleur, fanfaron qui se vante de choses qu’il n’a pas faites, et qu’il est même incapable de faire.

(Larchey, 1865) : Agent d’affaires, faiseur (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Mercadet gros ou petit, agent suspect d’affaires véreuses.

(Rigaud, 1881) : Faiseur. (Vidocq.) — Critique violent. — Enfonceur de portes ouvertes. Celui qui fait plus de bruit que de besogne. — Homme qui cherche à faire croire qu’il a inauguré les faveurs d’une femme, et qui, en réalité, n’a été admis que bien longtemps après l’inauguration.

(La Rue, 1894) : Faiseur. Escroc.

(Virmaître, 1894) : Banquier qui promet 50 % par mois aux imbéciles et qui termine ses opérations en emportant la grenouille à l’étranger (Argot du peuple).

Enfonceur de porte ouverte

(Virmaître, 1894) : Homme qui se vante d’avoir pris la virginité d’une fille alors qu’elle était enceinte de six mois (Argot du peuple). N.

Enfonceur de portes ouvertes

(Delvau, 1864) : Homme qui se vante d’avoir pris le pucelage d’une foule de femmes — violées trois ou quatre cents fois par d’autres que par lui.

Enfonceur me portes ouvertes

(Delvau, 1867) : s. m. Faux brave, qui ne se battrait même pas contre des moulins, de peur de recevoir un coup d’aile.

Enfourailler

(Larchey, 1865) : Arrêter. — Mot à mot : fourrer dedans.

Va-t’en dire à ma largue que je suis enfouraillé.

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Arrêter, — dans le jargon des voleurs.

Enfourner

(d’Hautel, 1808) : À mal enfourner on fait les pains cornus. Voyez Cornu.

(Delvau, 1864) : Introduire son membre dans le vagin d’une femme, — véritable four à la chaleur duquel il ne tarde pas à se fondre.

Il résolut d’aller dans la maison pour enfourner la femme.

D’Ouville.

Et prends garde après
Comme on les enfourne.

Collé.

Enfrayer

(La Rue, 1894) : Enchanter.

Enfrimer

(Larchey, 1865) : Dévisager. V. Frime.

(Delvau, 1867) : v. a. Regarder quelqu’un au visage, — dans l’argot des voleurs. Les faubouriens disent Enfrimousser.

(Rigaud, 1881) : Regarder quelqu’un de très près.

(La Rue, 1894) : Regarder avec attention.

Enfrimer ou enfrimousser

(Virmaître, 1894) : Dévisager quelqu’un. Les agents de la Sûreté enfriment les voleurs pour reconnaître les récidivistes (Argot des voleurs).

Enfroquer

(d’Hautel, 1808) : Prendre le froc ; se faire moine.

Enfuir

(d’Hautel, 1808) : Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voyez Appeler.
Tandis que le loup chie, la brebis s’enfuit. Signifie que, pour peu que l’on perde de temps, on manque l’occasion.

Enfumer

(d’Hautel, 1808) : Enfumés comme des jambons. Se dit lorsqu’on est incommodé par la fumée. On dit aussi dans le même sens : Enfumés comme de vieux renards.

Engache

(M.D., 1844) : Une oie.

Engager

(Fustier, 1889) : Argot de turf. Prendre inscription pour faire participer à une course publique un cheval dont on est propriétaire.

Engailleur

(La Rue, 1894) : Trompeur.

Engainer

(Delvau, 1864) : Baiser, la nature de la femme servant de gaine au couteau de l’homme.

Si elle n’ouvre pas bien les cuisses, il est impossible qu’il la puisse bien engaîner.

Mililot.

Puis Martin juche et lourdement engaîne.

Cl. Marot.

De sorte que quand il voulut engaîner.

(Moyen de parvenir.)

La belle crie, il pousse, à la fin il engaîne.

Piron.

Enganter

(Larchey, 1865) : Voler, prendre. — C’est un équivalent d’empoigner. Le gant est pris pour la main. V. Chêne.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, saisir, empoigner, voler avec la main qui est le moule du gant. Même argot [des voleurs]. Signifie aussi : Traiter quelqu’un comme il mérite de l’être.

(Rigaud, 1881) : Prendre, voler ; du provençal aganter, attraper, saisir.

Enganter (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’amouracher, — dans le même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : S’amouracher.

Enganter, engrailler

(La Rue, 1894) : Prendre, voler.

Engayeur

(Virmaître, 1894) : Complice qui attire le trèpe (la foule) pendant que son complice explore les poches des badauds. L’engayeur est indispensable à tous les camelots ; c’est lui qui le premier achète l’objet mis en vente, pour entraîner les acheteurs. L’engayeur est le complice du bonneteur ; il mise pour engager les pontes à jouer (Argot des camelots).

(Rossignol, 1901) : Individu qui par ses plaisanteries arrive à faire mettre quelqu’un en colère. Engayer est synonyme de faire endéver, taquiner.

Engeance

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris qui s’applique aux gens de basse extraction, d’une condition obscure, à la lie du peuple.
Une sotte engeance. Pour une sotte compagnies une sotte espèce.

Engeancement

(d’Hautel, 1808) : Assemblage de choses bizarres.
Un sot engeancement. Pour, une chose mal disposée, mise dans un mauvais ordre. Ce mot n’est qu’une corruption du mot agencement.

Engeancer

(d’Hautel, 1808) : S’engeancer. Fréquenter de petites gens ; se mésallier.

Engendrer

(d’Hautel, 1808) : Il n’engendre pas la mélancolie. Se dit d’un homme qui a l’humeur joviale et folâtre, dont la tristesse et l’ennui ne rident jamais le front.
Trop de familiarité engendre du mépris.

Engin

(Delvau, 1864) : Le membre viril — qui est en effet l’instrument le plus ingénieux, le plus inventif (ingenium) qui soit au monde.

Premièrement, il faut que tu saches que cet engin avec quoi les garçons pissent s’appelle un vit.

Mililot.

O con ! la nuit à peine a fini sa carrière
Où dix fois mon engin te donna le bonheur :
Pourtant, tu veux encor que d’une tête altière
Il brave ta fureur.

(Parnasse satyrique.)

Englober

(d’Hautel, 1808) : Il a été englobé dans cette affaire. Pour, il a été mêlé, compromis, etc., etc.

Engoncé

(M.D., 1844) : Concubinage.

(Delvau, 1867) : adj. Vêtu sans goût ni grâce, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi : Qui a l’air d’avoir le cou dans les épaules.

Engouler

(d’Hautel, 1808) : Il vous a bientôt engoulé ce plat. Pour, il a bientôt mangé. Se dit en mauvaise part d’un gourmand ; de quelqu’un qui mange goulument

(Delvau, 1867) : v. a. Manger goulûment, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Engoulifrer.

Engourdir

(d’Hautel, 1808) : Enjôler, flatter, carresser quelqu’un ; l’amener à ses fins par des paroles séduisantes et trompeuses.
Il faut se méfier de cet homme, il ne cherche qu’à vous engourdir. C’est-à-dire, à friponner, à escroquer.

Engrailler

(Halbert, 1849) : Attraper.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, — dans l’argot des voleurs. Engrailler l’ornie. Dévaliser un poulailler.

(Hayard, 1907) : Arrêter.

Engrailler, égrailler, érailler

(Larchey, 1865) : Attraper, prendre (Bailly).

Engrainer

(Rossignol, 1901) : Le teneur d’un jeu a des hommes à lui (des compères) qui commencent à jouer pour engager les spectateurs à faire de même, ce sont les engraineurs. Lorsque le jeu est engrainé, les engraineurs se retirent pour laisser la place aux poires. Le teneur qui n’a pas fait de recette n’a pas engrainé.

(Hayard, 1907) : Arriver, entraîner.

Engraissé à lécher les murs (ne s’être pas)

(Rigaud, 1881) : Se dit d’une personne qui étale un de ces visages rubiconds et prospères dénotant le bien-être et les douceurs de l’existence. — La variante est : N’être pas gras d’avoir léché les murs.

Engraisser

(d’Hautel, 1808) : On n’engraisse pas les cochons avec de l’eau claire. Se dit à quelqu’un de basse condition, qui fait le délicat, le difficile sur le manger, ou qui est d’une propreté précieuse et ridicule.
Il engraisse de mal avoir, de malédictions. Pour dire, malgré le mal et les fatigues, il devient gras ; il prospère malgré les imprécations que l’on fait contre lui.
On ne sauroit manier le beurre, qu’on ne s’engraisse les doigts. Voy. Manier.
L’œil du maître engraisse le cheval. Signifie que l’œil du maître donne une grande valeur à ses possessions.

Engrayer

(Hayard, 1907) : Faire du boniment.

Engrenant

(Clémens, 1840) : Obtenir.

Engrener

(d’Hautel, 1808) : Les premiers venus engrènent. Pour dire que les plus diligens, les premiers venus prennent les meilleures places ; qu’en toute justice, les premières places sont dues aux premiers arrivans, aux plus diligens, aux plus habiles.
Il est bien engrené. Pour, il est assuré ; il est entré dans quelque bonne entreprise.

Engrogné

(d’Hautel, 1808) : Un engrogné. Un fantasque, un homme chagrin, taciturne, et toujours de mauvaise humeur.

Engrosser

(d’Hautel, 1808) : Ce mot ne s’emploie qu’en mauvaise part ; en parlant d’une fille à qui un séducteur a fait un enfant, on dit : elle s’est laissé engrosser.

(Delvau, 1864) : Devenir enceinte par suite d’un coup tiré avec un homme de sperme prolifique. — Faire un enfant à une femme.

Il arriva à cette folle femme de se faire engrosser à un autre qu’à son mari.

Brantôme.

Mais un plus grand malheur m’a-t-il jamais pu advenir : engrosser une fille du premier coup ?

P. De Larivey.

Quelques-uns ayant engrossé des filles sont contraints de les épouser.

Ch. Sorel.

Engrumeler

(d’Hautel, 1808) : Se mettre en grumeau.
Le peuple dit engromeler, comme il dit gromelot.

Engueulade

(La Rue, 1894) : Série d’injures, réprimande grossière.

Engueulage, Engueulade

(Rigaud, 1881) : Série d’injures débitées en criant. Quelque chose de plus fort que l’engueulement. Dans l’engueulement, au milieu d’une ondée d’invectives, il peut se rencontrer quelques saillies, quelques mots heureux. Dans l’engueulage, c’est la grossièreté pure qui fait tous les frais de la conversation criée.

Engueulement

(Larchey, 1865) : Bordée d’injures.

Vadé est le Démosthènes de l’engueulement.

Catéch. poissard, 1844.

(Delvau, 1867) : s. m. Injure de parole, — dans l’argot du peuple. Injure de plume, — dans l’argot des gens de lettres.

(Rigaud, 1881) : Avalanche d’injures. Langage particulier aux dames des halles du temps jadis. Les bals masqués sont des écoles d’engueulement.

Engueuler

(Larchey, 1865) : Invectiver.

Et puis j’vous engueule la vilaine.

Rétif, 1783.

(Delvau, 1867) : v. n. Avaler, manger, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Engouler.

(Rigaud, 1881) : Crier des injures. — S’engueuler, se battre à coups de gros mots. Sous prétexte de polémique, certains journalistes ne font que s’engueuler.

(La Rue, 1894) : Injurier. Réprimander grossièrement.

Engueuler le trottoir

(Fustier, 1889) : Porter des chaussures éculées, percées.

Des souliers éculés avec des semelles… qui engueulent le trottoir.

(Vie Parisienne, 1882.)

Engueuleur

(Delvau, 1867) : s. m. Écrivain qui trempe sa plume dans la boue et qui en éclabousse les livres dont il n’aime pas les auteurs.

(Rigaud, 1881) : Individu qui a un goût particulier pour l’engueulage. — Journaliste qui pratique la polémique à l’emporte-pièce et à l’eau-forte.

Engueuser

(La Rue, 1894) : Caresser.

Enharnacher

(d’Hautel, 1808) : S’enharnacher. Se sur charger d’ornemens bizarres ; se vêtir ridiculement.

Enjambée

(d’Hautel, 1808) : Enjamber, enjambement ; vulgairement, ajambée, ajamber, ajambement.

Enjôler

(d’Hautel, 1808) : Tromper, flatter, corrompre, abuser quelqu’un par des discours fallacieux.

(Delvau, 1867) : v. a. Caresser, endormir la résistance par des discours flatteurs.

Enjôleur

(d’Hautel, 1808) : C’est un enjôleur de la première force. Pour, c’est un corrupteur, un homme adroit et rusé, avec lequel il faut bien se tenir sur ses gardes.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui trompe les hommes par des promesses d’argent et les femmes par des promesses de mariage.

Enjuponné

(Hayard, 1907) : Juge.

Enlevé

(Larchey, 1865) : Réussi de prime-saut. — On dit : un article enlevé, au journal ; une scène enlevée, au théâtre. — Une œuvre s’enlève à la plume comme une position ennemie s’enlève a la baïonnette.

(Rigaud, 1881) : Réussi : Article de journal enlevé. — Vivement fait : Ouvrage enlevé. — Vivement mené, — dit avec entrain : Une scène enlevée. — S’enlever, s’emporter. — S’enlever cher, être tourmenté par la faim, — dans le jargon des voleurs.

Enlevé (être)

(Rigaud, 1881) : Plaire beaucoup au public, — dans le jargon du théâtre.

(Les bravos redoublent.) Il parait qu’il est enlevé.

(Musée Philipon, Théâtre de Bourg-en-Bresse.)

Enlever

(d’Hautel, 1808) : On l’a enlevé comme un corps saint. C’est-à dire, avec de grandes précautions. Voy. Corps.

(Delvau, 1867) : v. a. Débiter un rôle ou passage d’un rôle, avec feu, verve ou aplomb, — dans l’argot des coulisses.

Enlever (s’)

(Halbert, 1849) : Mourir de faim.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Souffrir de la faim, — dans l’argot des voleurs.

Enlever le cul

(Delvau, 1867) : v. a. Donner un coup de pied au derrière de quelqu’un. — Argot du peuple. On dit aussi Enlever le ballon.

Enlever quelque chose

(Delvau, 1867) : v. a. — dans l’argot des bourgeois qui n’osent pas employer la précédente expression.

Enleveur

(Delvau, 1867) : s. m. Acteur qui joue ses rôles avec beaucoup d’aplomb.

Enluminer

(d’Hautel, 1808) : Une figure enluminée. C’est à-dire, une face rougeaude et rubiconde ; un visage d’ivrogne.

(d’Hautel, 1808) : S’enluminer. S’enluminer la trogne. Se mettre en ribotte ; boire à en perdre la raison et l’équilibre.

Enluminer (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Commencer à ressentir les effets de l’ivresse, qui colore le visage d’un fard intense.

Enluminure

(Delvau, 1867) : s. f. Demi-ivresse.

Ennemi

(d’Hautel, 1808) : C’est autant de pris sur l’ennemi. Se dit quand on a pris à la dérobée quelque plaisir, quelque divertissement défendus ; ou lorsqu’on a surpris quelque chose à un débiteur infidèle qui conteste ce qu’il doit.
On dit aussi, lorsque la mort enlève plusieurs personnes avec lesquelles on étoit en inimitié : C’est autant d’ennemis de moins.

Ennocer

(d’Hautel, 1808) : S’ennocer. Être de noce ; faire ou assister à des cérémonies, à des repas de noces.

Ennuyer (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Être sur le point de mourir, — dans l’argot des bourgeois, que cela chagrine beaucoup.

(La Rue, 1894) : Être vilain, laid. Mourir.

Enplanquer

(Larchey, 1865) : Arriver.

La rousse enplanque.

Bailly.

Enquiller

(Larchey, 1865) : Entrer. — Mot à mot : jouer des quilles dans… V. Quille. — Ancien mot, car nous trouvons déquiller : sortir, dans Du Cange. V. Baptême. — Enquilleuse : V. Détourner.

(Delvau, 1867) : v. a. Cacher, — dans l’argot des voleurs. Enquiller une thune de camelote. Cacher entre ses cuisses une pièce d’étoffe.

(Delvau, 1867) : v. n. Entrer quelque part comme une boule au jeu de quilles, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Caser, pourvoir d’une place. — Cacher entre ses cuisses un objet volé. Enquiller une thune de camelotte, cacher sous ses jupons une pièce d’étoffe. — Arriver, entrer.

Faut espérer que Je démoc enquiller a.

(La Patrie, du 2 mars 1852.)

(La Rue, 1894) : Pourvoir d’un emploi. Arriver, entrer. Cacher sous ses jupons un objet volé, comme le fait l’anquilleuse.

(Virmaître, 1894) : Entrer.
— Il y a longtemps que je cherche à m’enquiller dans cette boîte (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Entrer.

Enquiller (s’)

(Boutmy, 1883) : v. pr. Être embauché.

Enquilleur

(Fustier, 1889) : Argot des voleurs et surtout des bonneteurs. (V. Chocolat.)

(La Rue, 1894) : Compère du bonneteur.

Enquilleuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme qui porte un tablier pour dissimuler ce qu’elle vole.

(Virmaître, 1894) : Voleuse qui opère dans les grands magasins de nouveautés. Elle enquille la marchandise volée entre ses cuisses. Il faut vraiment être organisée particulièrement pour cacher un coupon de soie à cet endroit-là (Argot des voleurs).

Enquiner, enquiquiner à la course

(Larchey, 1865) : Insulter.

Enquiquiner

(Rigaud, 1881) : Ennuyer, agacer, porter sur le système nerveux.

Enquyer

(Clémens, 1840) : Entrer.

Enragé

(d’Hautel, 1808) : Nom donné dans les troubles de la révolution aux partisans outrés des principes démocratiques, et réciproquement par ces derniers aux partisans du royalisme.
C’est un enragé. Équivaut à c’est un factieux, un cabaleur effréné.

Enrageant

(d’Hautel, 1808) : C’est enrageant. Pour c’est dépitant, contrariant, guignonant.

Enrager

(d’Hautel, 1808) : Être saisi de rage, s’impatienter ; se livrer à la colère.
Enrager la fin, la soif. Pour avoir excessivement faim et soif.
Un mal d’enragé. Le plus insupportable des maux, le mal de dents.
Il n’enrage pas pour mentir. Se dit d’un hâbleur, d’un gascon, d’un homme qui ment effrontément et avec audace.
La musique enragée. Tintamare, musique discordante, avec laquelle on fait danser les chiens.
Il a mangé de la vache enragée. Se dit de quel qu’un qui a souffert la faim, la disette et la fatigue dans quelques excursions, ou qui a mangé de fort mauvaise viande, et même pas tout son soûl.

Enrayer

(Rigaud, 1881) : Renoncer aux amours et même à l’amour.

Enrhumé du cerveau

(Virmaître, 1894) : Allusion au nez qui coule sans cesse. Mais ce n’est pas du nez qu’il s’agit (Argot du peuple). V. Lazzi-loff.

(Rossignol, 1901) : Voir chaude lance.

Enrhumer

(d’Hautel, 1808) : Tu m’enrhumes. Pour tu m’importunes, tu m’ennuies.
On dit aussi : c’est ce qui vous enrhume. Pour c’est ce qui vous trompe.

(Halbert, 1849) : Ennuyer.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Ennuyer.

Enrosser

(Larchey, 1865) : Donner une rosse pour un bon cheval.

Des maquignons des Champs-Élysées les ont enrossés.

Roqueplan.

(Delvau, 1867) : v. a. Dissimuler les vices rédhibitoires d’un cheval, d’une rosse, — dans l’argot des maquignons.

Enrouter

(Rossignol, 1901) : Je me souviens avoir appris, dans l’histoire sainte, que Sodome fut dévorée par le feu du ciel et que Loth fut changé en statue de sel pour s’être retourné et avoir regardé les habitants qui se livraient à ce petit exercice sur deux anges envoyés par Dieu.

Ensecreter

(Rigaud, 1881) : Introduire dans un joujou le mécanisme qui le fait mouvoir.

Enseigne

(d’Hautel, 1808) : Est-ce que tu prends mon bras pour une enseigne. Espèce d’apostrophe que l’on fait à quelqu’un qui ne vient pas au devant de ce qu’on lui présente.
Il a couché à l’enseigne de la belle étoile. Pour dire que n’ayant pas de logis une personne a couché dehors.
Un faiseur d’enseignes à bière. Un mauvais peintre, un barbouilleur.
À telles enseignes. Pour la preuve en est, etc.

Enseigner

(d’Hautel, 1808) : Les animaux nous enseignent à vivre. Façon de parler qui veut dire que les gens les plus savans peuvent encore apprendre des ignorans.

Ensemblement

(d’Hautel, 1808) : L’un avec l’autre ensemblement. Pour dire aller quelque part, faire quelque chose mutuellement avec quelqu’un

Ensorceler

(d’Hautel, 1808) : Je crois qu’il est ensorcelé. Se dit de quelqu’un qui ne réussit en rien, qui a un malheur décidé dans toutes ses entreprises.

Entablement

(Delvau, 1867) : s. m. Épaules, — dans l’argot des faubouriens.

Entailler

(Halbert, 1849) : Tuer avec une arme tranchante.

(Delvau, 1867) : Tuer, — dans l’argot des prisons.

(Virmaître, 1894) : Tuer quelqu’un. C’est en effet une fameuse entaille. Avinain et Billoir étaient deux rudes entailleurs (Argot des prisons).

Entape

(M.D., 1844) : Habillement.

Entaper (s’)

(M.D., 1844) : S’habiller.

Entauder

(M.D., 1844) : Entrer.

(Hayard, 1907) : Entrer.

Entauler

(Larchey, 1865) : Pénétrer dans une maison. V. Taule.

(Delvau, 1867) : v. n. Entrer dans la taule, ou ailleurs. Même argot [des prisons]. Entauler à la planque. Entrer dans sa cachette.

(Virmaître, 1894) : Entrer dans une taule (maison) (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Emménager, genre de vol des filles publiques.

Entauler à la planque

(Virmaître, 1894) : Entrer dans une cachette pour se soustraire aux recherches de la police. On entaule aussi à la planque des objets volés pour les reprendre au sortir de prison (Argot des voleurs).

Entendeur

(d’Hautel, 1808) : À bon diseur, bon entendeur. Signifie que les personnes qui parlent bien et finement, doivent avoir de bons auditeurs.
À bon entendeur salut. Se dit quand on reproche indirectement à quelqu’un ses défauts, et qu’il feint de ne pas entendre.

Entendre

(d’Hautel, 1808) : Je t’entends bien, mais je ne l’écoute guères. Trivialité, pour faire comprendre à quelqu’un que l’on n’est pas sa dupe, qu’il perd son temps à vouloir vous enjôler.
Entendre corne. Se méprendre sur ce que l’on dit ; jouer sans le vouloir au propos interrompu.
Il n’y a point de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Signifie que l’on ne peut jamais faire entendre un homme qui détourne à dessein les paroles qu’on lui adresse.
Ils s’entendent comme larrons en foire. Se dit toujours en mauvaise part de gens qui forment une coterie, une clique.
N’entendre ni rime ni raison. Ne pas se rendre aux discours raisonnables, ne rien vouloir entendre.
Chacun fait comme il l’entend. Pour dire suivant ses volontés.
Cela s’entend : c’est entendu. Cela doit être ainsi ; c’est bien compris.
Entendre dur. Avoir l’ouïe épaisse et obstruée ne point entendre ce que l’on dit à voix basse.

Entendre de corne

(Delvau, 1867) : v. n. Entendre autre chose que ce qu’on dit, — dans l’argot des bourgeois.

Entendre le jeu, entendre cela

(Delvau, 1864) : Savoir faire l’amour.

J’entends cela peut-être mieux qu’elle.

La Popelinière.

Il arrive bien souvent que le premier soir qu’une jeune pucelle couche avec un garçon qui entend le jeu dont elle est entièrement ignorante…

Mililot.

Entendre que du vent (n’y)

(Delvau, 1867) : N’y rien entendre, — dans l’argot du peuple.

Entente

(d’Hautel, 1808) : L’entente est au diseur. C’est-à-dire, que celui qui parle énigmatiquement, sait bien ce qu’il veut faire entendre.

Enterner ou entraver

(Halbert, 1849) : Comprendre l’argot.

Enterrement

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu, — comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout enterré dans une miche de pain de marchand de vin.

(Rigaud, 1881) : Bout de charcuterie, tranche de gras-double, rogaton quelconque interné dans un morceau de pain. C’est le déjeuner de bien des pauvres gens. On voit beaucoup d’enterrements dans le quartier des halles à l’heure de midi, alors que l’oreille de morue crépite dans la poêle et que la moule nage dans un bain gris-verdâtre.

(Rigaud, 1881) : Ouvrage abîmé par un apprenti ou par un ouvrier, — dans le jargon des cordonniers.

(Rigaud, 1881) : Petite supercherie pratiquée par les soldats de cavalerie, laquelle consiste à cacher le crottin sous la paille, au lieu de le ramasser dans la vanette et de le porter au fumier.

Ça s’est-y bien tiré, ta garde d’écurie ?
— Ma foi, tu sais, avec des enterrements.

(La Rue, 1894) : Fragment de charcuterie on rogaton interné dans un morceau de pain.

(Virmaître, 1894) : Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles. On les appelle Mesdames la poêle, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine. Un enterrement de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou. Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). N.

Enterrement de première classe

(Rigaud, 1881) : Critique empreinte d’un faux attendrissement. Elle procure en moyenne cent cinquante lignes de copie à son auteur et le plaisir de conduire une œuvre — le plus souvent l’œuvre d’un ami — à sa dernière demeure, l’oubli éternel.

Enterrer

(d’Hautel, 1808) : Enterrer la synagogue avec honneur. Se retirer d’une affaire avec honneur et d’une manière irréprochable ; terminer quelque réjouissance par un dernier divertissement.
On dit d’un avare qui amasse de l’argent ; qu’il enterre ses écus, et d’un homme qui renonce à toutes jouissances humaines, qui s’éloigne de la société, qu’il s’enterre tout vivant.

Enterver, entraver

(Larchey, 1865) : Savoir. — Du vieux mot entrever, entrevoir. V. Roquefort. V. Bigorne.

Électre le parlait, dit-on, divinement, Iphigénie aussi l’entravait gourdement.

Enticher

(d’Hautel, 1808) : Il est entiché de cette personne. Pour dire il s’en est passionnément épris ; il est aveugle sur son compte.

Enticher (s’)

(Delvau, 1867) : Se prendre d’affection pour quelqu’un au point de le gâter de caresses et d’amitiés. Argot des bourgeois. Se dit aussi à propos des choses.

Entier

(Delvau, 1864) : Un homme pourvu de testicules.

J’ai tout ce qu’exige saint Pierre,
Oui, de Cythère vieux routier,
Je suis entier.

Béranger.

Entière

(Rigaud, 1881) : Lentille. — dans l’ancien argot.

Entiffe

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Église.

Entiffe, entonne

(anon., 1827) : Église.

(Halbert, 1849) : Église.

Entiffer

(Delvau, 1867) : v. n. Entrer, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : v. a. Enjôler, ruser, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Entifler.

(La Rue, 1894) : Entrer. Enjôler. Ruser.

Entiffrer

(Hayard, 1907) : Entrer.

Entiflage

(Clémens, 1840) : Mariage.

Entifle

(Bras-de-Fer, 1829) : Église.

Entiflé de c.

(M.D., 1844) : Mariage légitime.

Entiflement

(Larchey, 1865) : Mariage. — entifler, épouser. V. Antifler.

Entifler

(Hayard, 1907) : Se marier.

Entoilage

(Hayard, 1907) : Arrestation.

Entoilé

(Virmaître, 1894) : Emprisonné. Synonyme d’enflaqué. Cette expression vient de ce que dans les camps, la salle de police est sons une tente-abri : de là entoilé. Mot à mot : emprisonné sous la toile. S’entoiler : se coucher, se fourrer dans ses draps (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Arrêté.

(Hayard, 1907) : Emprisonné.

Entôler, antroller

(La Rue, 1894) : Entrer en fraude. Emporter.

Entonne

(Halbert, 1849) : Chapelle.

Entonner

(d’Hautel, 1808) : On dit, par interrogation, à quelqu’un qui fait des difficultés pour manger ou prendre quelque chose qu’on lui donne, s’il faut le lui entonner.
Entonner une antienne.
Adresser des reproches à quelqu’un ; ouvrir la conversation sur un sujet qui lui déplaît.
Entonner. Signifie aussi boire coup sur coup.

(Delvau, 1867) : v. n. Boire, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Boire. Entonner comme un chantre, boire énormément.

(Hayard, 1907) : Boire beaucoup.

Entonnoir

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, par laquelle on introduit le liquide précieux qui la féconde.

Ta pine n’est plus qu’une humble bibite
Indigne d’entrer dans mon entonnoir.

Anonyme.

(Delvau, 1867) : s. m. La bouche, — dans l’argot des faubouriens, imitateurs involontaires des Beggars anglais, qui disent de même gan, aphérèse de began (begin commencer, entonner).

(Rigaud, 1881) : Gosier de puissante envergure. Entonnoir en zinc, palais habitué aux liqueurs fortes.

Entortillé

(Rigaud, 1881) : Maladroit. (L. Larchey)

(Rigaud, 1881) : Polisson qui fait, comme il peut, concurrence aux femmes galantes.

Entortiller

(Larchey, 1865) : Circonvenir, captiver.

Ma chère, voici comment On entortille un amant.

Festeau.

(Delvau, 1867) : v. a. Circonvenir, — dans l’argot des marchands. Captiver, allumer, — dans l’argot des petites dames. Ennuyer, — dans l’argot du peuple.

Entortiller (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’embarrasser, s’empêtrer dans ses réponses.

Entraînement

(Delvau, 1867) : s. m. Méthode anglaise, devenue française qui s’applique aux hommes aussi bien qu’aux chevaux, et qui consiste à faire maigrir, ou plutôt à dégraisser les uns et les autres pour leur donner une plus grande légèreté et une plus grande vigueur.

Entraîner

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Soumettre un cheval, un jockey ou un rameur à un régime particulier, de façon qu’ils pèsent moins et courent et rament mieux.

Entraîner (s’)

(Rigaud, 1881) : Faire de l’exercice pour combattre l’obésité naissante. Terme emprunté à l’argot du sport.

Ah çà ! mais dis donc, mon gaillard, tu t’arrondis. — Oui… j’ai besoin de m’entraîner un peu.

(V. Sardou, Daniel Rochat, ac. 1. sc. II.)

Entraîner un cheval

(Larchey, 1865) : « L’animer et l’enivrer graduellement par la course et par des obstacles légers d’abord, dont le plus grand est le dernier. » — Alph. Karr. — Il y a des entraîneurs de profession.

Entravage

(Delvau, 1867) : s. m. Conception d’un vol, d’un mauvais coup, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Idée, intelligence, compréhension.

Entraver

(Clémens, 1840) : Comprendre.

(M.D., 1844) : Entendre.

(un détenu, 1846) : Comprendre. Il entrave l’argus : il comprend l’argot.

(Larchey, 1865) : Voir enterver.

(Delvau, 1867) : v. a. Comprendre, entendre, — dans l’argot des voleurs, qui emploient là un des plus vieux mots de la langue des honnêtes gens, car ils disent aussi Enterver comme Rutebeuf et l’auteur d’Ogier le Danois. Entraver bigorne ou arguche. Comprendre et parler l’argot. Signifie aussi : Embarrasser la police. Entraver nibergue ou niente. N’y entendre rien.

(Rigaud, 1881) : Parler, comprendre, — dans le jargon des voleurs. — Entraver le jars, parler argot.

(La Rue, 1894) : Parler, comprendre. Entraver le jars, parler argot.

(Virmaître, 1894) : Empêcher une affaire. Mettre des bâtons dans les roues. Entraver : comprendre.
— J’entrave bigorne.
Mot à mot : Je comprends l’argot et non pas je le parle.
Entraver a un double sens :
— J’entrave nibergue ou niente.
Je n’entends rien, je ne comprends pas (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Comprendre.

(Hayard, 1907) : Comprendre.

Entraver ou enterrer

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Entendre, écouter, comprendre.

Entraver ou enterver

(anon., 1827) : Entendre, écouter, comprendre.

Entraverse

(Rigaud, 1881) : Aux travaux forcés à perpétuité.

Entraves

(Virmaître, 1894) : Les cordes et les courroies qui ligottent les condamnés à mort pour entraver leurs mouvements quand ils marchent à l’échafaud (Argot des voleurs).

Entre

(d’Hautel, 1808) : Entre chien et loup. Signifie sur la brune ; au crépuscule du soir.
Entre bond et volée. Tant d’une façon que de l’autre.

Entre-deux (l’)

(Delvau, 1864) : Le con, situé entre deux cuisses.

Colinette en son entre-deux
Sentit un gros chose nerveux
Qui lui farfouillait le derrière.

(Cabinet satyrique.)

Et dans son entre-deux cache une bourbe molle,
Qui, trempée en sueur, servirait bien de colle.

Théophile.

Entre-fesson (l’) ou l’entre-fessier

(Delvau, 1864) : La petite vallée que forment les deux fesses.

Puis met la merde en peloton
Au milieu de l’entre-fesson.

Patrat.

L’entre-fessier d’un gros chanoine,
Les couilles du grand saint Antoine
Et de Cléopâtre le con.

(Vieille chanson.)

Entre-frétiller (s’)

(Delvau, 1864) : Se rouler l’un et l’autre, l’homme et la femme, dans l’ardeur amoureuse, entre-croisant les cuisses, entrechoquant les ventres, échangeant des langues et provoquait des spasmes réciproques.

Voilà où se terminent tant de soupirs, tant de plaintes et tant de désirs, qui est de s’entre-frétiller.

Mililot.

Entre-sort

(Rigaud, 1881) : « On appelle ainsi dans le monde des saltimbanques, le théâtre en toile ou en planche, voiture ou baraque, ans laquelle se tiennent les monstres, veaux ou hommes, brebis ou femmes ; le mot est caractéristique, le public monte, le phénomène se lève, bêle ou parle, mugit ou râle. On entre, on sort, voilà. » (J. Vallès.)

(La Rue, 1894) : Baraque d’un montreur de phénomènes.

Entrechater

(Rigaud, 1881) : Battre des entrechats, en terme de chorégraphie.

Entrecote de brodeuse

(Virmaître, 1894) : Une saucisse de deux sous ou une côtelette panée que les charcutiers tiennent au chaud dans des boîtes de fer blanc, et que les ouvrières mangent pour leur déjeuner — pas la boîte, mais la côtelette (Argot du peuple).

Entrecôte de brodeuse

(Delvau, 1867) : Morceau de fromage de Brie, — dans l’argot du peuple, qui sait que les brodeuses, ainsi que les autres ouvrières, ne gagnent pas assez d’argent pour déjeuner à la fourchette comme les filles entretenues.

Entrecôte de lingère

(Rigaud, 1881) : Morceau de fromage de Brie.

Entrée

(d’Hautel, 1808) : Faire une entrée de ballet dans une compagnie. Voyez Ballet.

(Fustier, 1889) : Argot de turf. Somme versée par le propriétaire qui engage un cheval pour une course.

Entrée (d’)

(Hayard, 1907) : De suite.

Entrée (faire l’)

(Rigaud, 1881) : Applaudir un acteur à son entrée en scène. Ce sont les claqueurs qui font l’entrée.

Auguste a fait pendant quinze ans l’entrée de mademoiselle Lise Noblet.

(Ch. de Boigne.)

Entrée des artistes

(Delvau, 1864) : Le cul, par allusion à la porte par laquelle entrent les acteurs et qui est ordinairement derrière la façade du théâtre et à l’opposite de celle par laquelle entre le public.

(Rigaud, 1881) : Le derrière. — La porte des artistes a généralement son entrée sur les derrières du théâtre.

Entrée en danse, en joute, en lice, en jouissance (l’)

(Delvau, 1864) : Entrer, par la porte des plaisirs, en possession de sa femme ou de sa maîtresse, avec circonstances, dépendances et tous les agréments y attachés.

L’abbesse aussi voulut entrer en danse.

La Fontaine.

Jusqu’à entrer en jouste dix ou douze fois par une nuit.

Brantôme.

Il tardait à notre Jobelin d’entrer en lice.

D’Ouville.

Il suffirait que tous deux tour à tour,
Sans dire mot, ils entrassent en lice.

La Fontaine.

Mais timidité retenait
Le céladon encor novice ;
Beaux discours sans entrer en lice.

Grécourt.

Entrefesson

(Delvau, 1867) : s. m. Le périnée, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Ambroise Paré.

Entrefilet

(Delvau, 1867) : s. m. Petit article placé dans le corps du journal, entre deux autres.

Entrelardé

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme qui n’est ni gras ni maigre.

Entrelardé (un)

(Rigaud, 1881) : Un morceau de bœuf maigre avec un peu de gras. (L. Larchey) On dit de même un maigre et un gras, — dans l’argot des bouillons et des crémeries. (Id.)

Entrelarder

(d’Hautel, 1808) : Un discours entrelardé. C’est-à-dire, mêlé de choses risibles et de choses sérieuses ; de bon et de mauvais.

(Delvau, 1867) : v. a. Mêler, farcir, au propre et au figuré.

Entremetier

(Rigaud, 1881) : Celui qui fait les entremets froids, chauds ou sucrés, — dans le jargon des pâtissiers.

Entremetteur

(d’Hautel, 1808) : Proxénète, mercure galant, celui qui spécule sur les intrigues amoureuses.

(Delvau, 1864) : Pseudonyme décent de maquereau.

Entremetteuse

(d’Hautel, 1808) : Commère, femme légère et bavarde qui se mêle dans toutes les affaires, qui fait à-la-fois les mariages et les divorces.

(Delvau, 1864) : Pseudonyme décent de maquerelle.

Entreprise

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien.

Quelle commodité, trop aimable marquise
Pour une amoureuse entreprise.

Senece.

Entrer aux Quinze-Vingts

(Rigaud, 1881) : Aller se coucher, fermer les yeux.

Entrer aux-Quinze-Vingts

(Delvau, 1867) : Dormir, — dans l’argot des faubouriens, qui ont cette facétie à leur disposition chaque fois qu’ils éprouvent le besoin de fermer les yeux.

Entrer dans la confrérie de saint-pris

(Delvau, 1867) : v. n. Se marier, — dans l’argot du peuple, qui s’y laisse prendre plus volontiers que personne.

Entrer dedans

(Hayard, 1907) : Battre.

Entrer jusqu’aux gardes

(Delvau, 1864) : Faire pénétrer son vit dans le con jusqu’aux couillons, qui restent les confidents, les gardes et les témoins de ce coup fourré… bien fourré.

… Revenons à ton luxurieux embrocheur. Abusa-t-il de ta complaisance ? Se piqua-t-il d’entrer là jusqu’à la garde, sans égard pour ton enfance délicate ?

Entreteneur

(Delvau, 1864) : Le Jupiter de toute Danaé de la rue Bréda.

Tu pourrais, avec la Leroux, avoir à la fois quatre entreteneurs plus amoureux de toi.

La Popelinière.

(Delvau, 1867) : s. m. Galant homme qui a un faible pour les femmes galantes, et dépense pour elles ce que bien certainement il ne dépenserait pas pour des rosières.

Entretenir (se faire)

(Delvau, 1867) : Préférer l’oisiveté au travail, le Champagne à l’eau filtrée, les truffes aux pommes de terre, l’admiration des libertins à l’estime des honnêtes gens. L’expression est vieille comme l’immoralité qu’elle peint.

Entretenir une femme

(Delvau, 1864) : Se charger de son existence, à la condition qu’elle se chargera de votre jouissance, et que vous aurez le droit de coucher avec elle — quand cela lui plaira.

Ils entretiennent des gonzesses
Qui loge’ à la patt’ de chat.

Guichardet.

Entripaillé

(d’Hautel, 1808) : Être bien entripaillé. Pour être gros, gras, fort et robuste ; avoir une énorme bedaine.

(Delvau, 1867) : adj. Gros, gras, ventripotent.

(Rigaud, 1881) : Homme doué d’un ventre poussé à la dernière puissance.

Entripailler (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Manger de façon à devenir pansu.

Entroler

(Delvau, 1867) : v. a. Emporter, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Emporter des objets volés. Toller serait plus exact, car ce mot signifie porter (Argot des voleurs).

Entrollement

(Larchey, 1865) : Vol (Vidocq). V. Dabe, Antroller.

Entroller

(anon., 1827) : Emporter.

(Halbert, 1849) : Emporter.

Entrouducuter (ou s’)

(Delvau, 1864) : Enculer, ou s’enculer mutuellement, entre pédérastes.

Que vont devenir nos talents,
Notre motte dodue
Puisque l’nombre de nos chalands
Chaque jour diminue ?
A se chatouiller,
S’entrouducuter
Chacun ici s’exerce…
De ce maudit Coin
Vite, foutons l’camp :
Au diable le commerce.

(Sultane Rozréa, p. 22.)

Enture

(Hayard, 1907) : Tromperie.

Enturer

(Rossignol, 1901) : Tromper. Celui qui m’a vendu cette pièce de vin m’a enturé, parce qu’il me l’a vendue plus cher qu’elle ne valait. — En achetant cet établissement, je me suis trompe sur sa valeur, je me suis fait enturer.

Envelopper

(Delvau, 1867) : v. a. Arrêter les contours d’un dessin, d’une peinture, — dans l’argot des artistes.

Envermillonner

(d’Hautel, 1808) : S’envermillonner. S’enluminer la figure par les douces vapeurs du jus de la treille.

Envers (à l’)

(d’Hautel, 1808) : Il lui a mis l’ame à l’envers. Se dit d’un homme qui en a tué un autre dans une batterie, en un duel.

Enviander

(Fustier, 1889) : Copuler. On dit aussi, tremper sa mouillette.

(Rossignol, 1901) : Il y a des gens qui prétendent que celui qui se fait enviander, si ça ne lui paye pas ses dettes, ça lui bouche toujours un trou.

Envie

(d’Hautel, 1808) : C’est une envie de femme grosse. Se dit d’un désir, d’un caprice subit qui s’empare de quelqu’un sans que rien paroisse y avoir donné lieu.
Il vaut mieux faire envie que pitié. Pour il vaut mieux être fortuné que misérable ; parce que les pauvres portent communément envie aux riches.

Envoler

(d’Hautel, 1808) : Les oiseaux sont envolés. Se dit en plaisantant quand on va voir des personnes qui ne sont pas chez elles ; ou visiter des débiteurs qui se sont enfuis après avoir fait banqueroute.

Envoler (s’)

(Boutmy, 1883) : v. pr. Quitter l’atelier, seul ou en compagnie, pour aller faire une balade.

Envoûter

(Rossignol, 1901) : Pendant la campagne de Chine, en 1859, Berger, caporal au 2e bataillon de chasseurs à pied, surprit un grand cadavre de spahi qui cherchait à déshabiller un Chinois qui se défendait autant qu’il pouvait.

Que fais-tu là, grand sauvage, tu vois bien que c’est un Chinois. — Scientifique, répond l’Arabe ; macache toucar nico basta, macache trouvé chinoise, trouve chinois, c’est kifkif : ça m’est égal veux pas faire de mal, en… brasser seulement ; pas trouvé chinoise, trouvé chinois, c’est la même chose.

Envoyer

(d’Hautel, 1808) : Je l’ai envoyé paître, promener, au diable. Pour dire que l’on a congédié durement un importun, un fâcheux.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Injurier, se moquer, critiquer, — dans l’argot du peuple. C’est bien envoyé ! Se dit d’une repartie piquante ou d’une impertinence réussie.

(Rigaud, 1881) : Pour envoyer le mot, la phrase à l’acteur. C’est le rôle du souffleur. Un souffleur qui envoie bien est précieux.

(Rigaud, 1881) : Dire, répondre, lancer la réplique. C’est rien envoyé ! c’est bien répondu.

(Rossignol, 1901) : Voir appuyer.

Envoyer à l’as, à dame

(Hayard, 1907) : Abattre, jeter quelqu’un à terre.

Envoyer à l’ours

(Larchey, 1865) : Envoyer promener. — Mot à mot : envoyer voir l’ours du Jardin des Plantes, où se rendent d’ordinaire beaucoup de flâneurs.

(Delvau, 1867) : v. a. Prier impoliment quelqu’un de se taire ou de s’en aller. Même argot [des faubouriens].

Envoyer à la balançoire

(Delvau, 1867) : v. a. Se débarrasser sans façon de quelqu’un ou de quelque chose. Argot des faubouriens.

Envoyer à la gouille

(Virmaître, 1894) : Jeter quelque chose en l’air, au hasard. Jeter une poignée de sous à des enfants (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dans un baptême, le parrain envoie à la gouille des dragées aux enfants.

Envoyer aux pelotes

(Rossignol, 1901) : Envoyer promener quelqu’un qui vous ennuie est l’envoyer aux pelotes ; on dit aussi à la gouille.

Envoyer aux pelottes

(Virmaître, 1894) : Envoyer promener quelqu’un. On dit aussi envoyer à la balançoire, ou va te baigner (Argot du peuple). V. Dinguer.

Envoyer des postillons

(Larchey, 1865) : Crachotter sans le vouloir au nez d’un interlocuteur.

Envoyer dormir

(La Rue, 1894) : Renverser à plat d’un coup de poing.

Envoyer faire lan laire

(Delvau, 1867) : v. a. Se débarrasser de quelqu’un, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas employer un plus gros mot. Ils disent aussi Envoyer promener.

Envoyer paître

(Delvau, 1867) : v. a. Prier brusquement quelqu’un de s’en aller ou de se taire.

Envoyer quatre hommes et un caporal à la viande

(Rossignol, 1901) : (?)

Envoyer son enfant à la blanchisseuse

(Delvau, 1864) : Au moment où l’homme va jouir, lui retirer prestement son engin du trou où il se délecte, et le forcer à répandre son sperme dans les draps.

Envoyer une lettre chargée au pape

(Virmaître, 1894) : Allusion au papier employé qui est en effet chargé d’un singulier cachet (Argot du peuple). V. Déballer.

Éole

(Delvau, 1867) : s. m. Ventris flatus, — dans l’argot des faubouriens, heureux que le fils de Jupiter leur fournisse un prétexte à une équivoque.

Épagneul

(d’Hautel, 1808) : Chien de chasse à long poil. Un épagneul.
Le peuple dit : Un chien épagnol.

Épais

(d’Hautel, 1808) : Il est lourd et épais. Pour il est dénué, d’intelligence, d’esprit, de sens commun.

(Delvau, 1867) : s. m. Le cinq et le six, — dans l’argot des joueurs de dominos.

Épargner le Poitou

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre des précautions, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Voler en prenant des précautions pour laisser le moins de traces possible.

(Virmaître, 1894) : Cette expression se comprend peu ; en effet, Poitou veut dire public, or, il n’est pas d’usage que les voleurs l’épargnent, puisque c’est lui justement qui forme toute sa clientèle. Poitou veut aussi dire non point.

Épargneur

(Rigaud, 1881) : Celui qui pratique l’épargne d’une manière intelligente.

Nous sommés un peuple de paysans, un peuple d’épargneurs.

(Gambetta. Discours prononcé au Cercle national, 24 mai 1878.)

Épastrouillant

(Virmaître, 1894) : Extraordinaire (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Drôle, amusant.

Épatage

(Delvau, 1867) : s. m. Action d’éblouir, de renverser quelqu’un les quatre pattes en l’air par la stupéfaction ou l’admiration. Argot du peuple. On dit aussi Épatement.

Épatage (faire de l’), épate (faire de l’)

(Larchey, 1865) : Vouloir en imposer par un grand étalage.

As-tu fini tes épates avec ta pelure de velours de coton.

Les Cocottes, 1864.

Ces jeunes troupiers font de l’épate, des embarras si vous aimez mieux.

Noriac.

Épatamment

(Delvau, 1867) : adv. D’une façon épatante. L’expression appartient à M. Roger Delorme. (Tintamarre du 28 janvier 1866).

Épatant

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, extraordinaire.

(Rigaud, 1881) : Étonnant. Chic épatant. — Chance épatante. — Nouvelle épatante. — Binette épatante.

(Virmaître, 1894) : M. Jean Rigaud, dans son Dictionnaire d’argot moderne (1881) dit à ce propos du mot épater :
— Épater, épate et leurs dérivés viennent du mot épenter, qui signifiait au XVIIIe siècle intimider.
Il y a quelques années, M. Francisque Sarcey écrivait que le vocable appartenait à Edmond About, qu’il avait été dit par Pradeau dans le Savetier et le Financier, pièce représentée en 1877 aux Bouffes Parisiens ; le savant écrivain ajoutait que huit jours après, le « Tout-Paris » répétait ce mot.
Cette expression, n’en déplaise au maître critique et à M. Jean Rigaud, n’appartient ni au XVIIe siècle ni à Edmond About, elle a cinquante quatre ans seulement d’existence. Elle a pris naissance au Café Saint-Louis, rue Saint-Louis, au Marais (aujourd’hui rue de Turenne).
Des ouvriers ciseleurs sur bronze jouaient au billard une partie de doublé. À la la suite d’un bloc fumant, Catelin, une contrebasse du Petit Lazzari, qui avait parié pour un des joueurs et qui perdait par ce coup, se leva furieux, et d’un brusque mouvement fit tomber son verre sur la table de marbre. Le verre se décolla net.
— Tiens, dit Catelin, mon verre est épaté — le verre n’avait plus de pied.
À chaque coup, les joueurs répétaient à l’adversaire : tu es épaté et, quand la partie se termina par un coup merveilleux, un des joueurs dit au vainqueur : — Si nous sommes épatés, tu es épatant.
Catelin, sans le savoir, se servait du mot épaté qui est en usage depuis des siècles dans les verreries, parmi les ouvriers verriers. Ils disent d’un verre sans pied, mis à la refonte pour ce motif, il est épaté.
Épaté
signifie étonnement (Argot de tout le monde). N.

Épate

(Delvau, 1867) : s. f. Apocope d’Épatage. Faire de l’épate. Faire des embarras, en conter, en imposer aux simples.

(Rigaud, 1881) : Embarras, manières. — Faire son épate, ses épates, des épates, se donner des airs importants. Les mots épater, épates et leurs dérivés viennent de épenter, qui, au XVIIIe siècle, avait le sens de : intimider. L’épateur cherche à intimider son public en l’étonnant.

Épatement

(Delvau, 1867) : s. m. Étonnement.

(Rigaud, 1881) : Stupéfaction. Étonnement prolongé.

Épater

(d’Hautel, 1808) : S’épater. Tomber à plat ventre.
Il s’est épaté dans le ruisseau. Pour, il s’est laissé choir, le pied lui a manqué, il est tombé dans le ruisseau.

(Larchey, 1865) : Stupéfier, émerveiller.

Il nous regarda d’une façon triomphante, et il dit à ses admirateurs : Je les ai épatés, les bourgeois. — Il avait raison : nous étions émerveillés.

Privat d’Anglemont.

Elle porte toujours des robes d’une coupe épatante.

Les Étudiants, 1860.

(Delvau, 1867) : v. a. Étonner, émerveiller, par des actions extravagantes ou par des paroles pompeuses. Épater quelqu’un. L’intimider. Signifie aussi : Le remettre à sa puce.

(Rigaud, 1881) : Étonner profondément. La prétention des artistes en 1830 était d’épater les bourgeois.

(La Rue, 1894) : Étonner profondément.

(Rossignol, 1901) : Réprimander, intimider, étonner.

Je vais l’épater, parce qu’il na pas suivi mes ordres. — Il était tellement épaté, qu’il n’a pas su quoi me répondre. — Il était épaté que je sache telle chose.

(Hayard, 1907) : Prendre des grands airs, remplir d’étonnement.

Épateur

(Larchey, 1865) : Faiseur d’embarras (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait des embarras, qui raconte des choses invraisemblables que les imbéciles s’empressent d’accepter comme vraies.

Épateur, Épateuse

(Rigaud, 1881) : Faiseur d’embarras. Celui, celle qui cherche à produire de l’effet, soit par sa mise, soit par ses paroles, soit par ses actions.

Épateuse

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse qui fait des effets de crinoline exagérés sur le boulevard, pour faire croire aux passants, — ce qui n’existe pas.

Épatouffler

(Fustier, 1889) : Variante d’épater.

On est un peu épatoufflé — Pour employer une expression familière de Mme de Rémusat elle-même — par ce sans-gêne mondain.

(Liberté, novembre 1883.)

Épatter

(Halbert, 1849) : Étonner.

Épaule

(d’Hautel, 1808) : Tu l’auras pardessus l’épaule. Pour tu ne l’auras point.
Il ne jette pas les épaules de mouton par les fenêtres. Pour il ne prodigue pas son bien ; il est fort économe.
Il est bien large, mais c’est des épaules. Se dit d’une personne intéressée, d’un égoïste.
Il sent l’épaule de mouton. Pour il pue, il sent fort mauvais.
On a toujours cet homme sur les épaules. Se dit d’un homme importun, indiscret, dont on ne peut se débarrasser.
On l’a mis dehors par les épaules. Pour on l’a chassé avec ignominie.
Donner un coup d’épaule. Aider, assister, secourir quelqu’un.
Regarder quelqu’un par dessus l’épaule. D’une manière arrogante et fière.

Épauler

(d’Hautel, 1808) : Épauler quelqu’un. L’aider de sa bourse, le favoriser de son crédit, de sa protection.
Une bête épaulée. Créature indolente qui n’est bonne à rien. C’est aussi le nom qu’on donne à une fille qui s’est déshonorée.

Épaules de mouton

(Rossignol, 1901) : Celui qui a de grandes mains a des épaules de mouton.

Épaulettes à graines d’épinard

(Merlin, 1888) : Épaulettes d’officiers supérieurs.

Épée

(d’Hautel, 1808) : Pousser une épée de longueur. Donner indirectement des atteintes de quelque chose qu’on ne veut pas dire ouvertement ; sonder la façon de penser de quelqu’un, tâcher de lui arracher finement son secret.
Un nœud d’épée. Le peuple appelle ainsi les paquets de couenne que vendent les charcutiers.
Jouer l’épée à deux talons. Reculer, montrer le dos, s’enfuir.
Mettre quelque chose du côté de l’épée. Signifie détourner secrètement quelque chose, se l’approprier.
Il est brave comme l’épée qu’il porte. Se dit souvent en dérision d’un homme qui ne porte point d’épée, et qui est très-poltron.
Il a couché dans son fourreau comme l’épée du roi. Pour il a couché tout habillé.
Il se fait blanc de son épée. Signifie il compte sur son crédit, sur sa force, pour réussir dans une affaire.
Il s’est passé son épée au travers du corps. Se dit en plaisantant d’un soldat qui a vendu son épée pour boire.
À vaillant homme courte épée. Se dit d’un homme fort brave qui ne fait pas parade de son épée.
Se débattre de l’épée qui est chez le fourbisseur. Voyez Débattre.
On appelle aussi trivialement une épée une rouillarde.

Épée de savoyard

(Rigaud, 1881) : Coup de poing.

Éperon

(d’Hautel, 1808) : Il a plus besoin de bride que d’éperons. Se dit d’un ambitieux, d’un homme avide, et exagéré dans toutes ses entreprises.
Chausser les éperons à quelqu’un. Lui faire tourner le dos, le mettre en fuite.

Éperons

(Merlin, 1888) : Le cavalier dit du fantassin qu’il porte les éperons au coude. Singulière façon de s’exciter à la marche !

Épice

(d’Hautel, 1808) : C’est une fine épice. Pour dire une personne adroite et rusée, une fine matoise.
Une chère épice. Marchande qui vend à un prix exorbitant.
Une figure de pain-d’épice. Physionomie livide et bilieuse.

Épice-vinette

(Delvau, 1867) : s. m. Épicier, — dans l’argot des voleurs.

Épicemar

(Delvau, 1867) : s. m. Épicier, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Épicier. C’était autrefois : épice-vinette.

Épicéphale

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau, — dans l’argot des étudiants, à qui le grec est naturellement familier (έπί, sur, et χεφάλή, tête).

Épicer

(Larchey, 1865) : Railler (Vidocq). — On dit de même saler pour gronder.

(Delvau, 1867) : v. a. Médire, railler, et même calomnier, — dans l’argot des faubouriens, à qui le poivre ne coûte rien quand il s’agit d’assaisonner une réputation.

Épicerie

(Larchey, 1865) : Mesquinerie.

L’épicerie du siècle avait enfin rompu le cercle magique d’excentricité dont Rodolphe s’était entouré.

Th. Gautier, 1838.

(Delvau, 1867) : s. f. Bourgeoisisme, — dans l’argot des romantiques. Le mot est de Théophile Gantier.

Épicier

(Clémens, 1840) : Celui qui critique les autres.

(Larchey, 1865) : « Les romantiques n’avaient de commun que leur haine des bourgeois qu’ils appelèrent génériquement épiciers (1830). La société ne se divisa plus à leurs yeux qu’en bourgeois et en artistes, — les épiciers et les hommes. »

Privat d’Anglemont.

Épicier s’emploie adjectivement :

Allons, vraiment, c’est épicier.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme vulgaire, sans goût, sans esprit, sans rien du tout, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes, pleins de dédain pour les métiers où l’on gagne facilement sa vie.

(Rigaud, 1881) : Nom que donnent les collégiens à ceux de leurs camarades qui se destinent au commerce.

A l’élève bifurqué se rattache l’épicier ou épi-cemar, élève de français.

(Les Institutions de Paris, 1858.)

Épiler la pêche (se faire)

(Rigaud, 1881) : Se faire raser, — dans le jargon des ouvriers.

Épiloguer

(d’Hautel, 1808) : Critiquer quelqu’un d’une manière minutieuse et incivile.

Épilogueur

(d’Hautel, 1808) : Railleur, mauvais plaisant, sot critique, qui tourne en dérision les choses les plus respectables.

Épinard

(Larchey, 1865) : Peint en vert cru.

Le mercier amateur de jolis paysages épinard.

Daumier.

Épinards (aller aux)

(Rigaud, 1881) : Recevoir ses émoluments en qualité de souteneur d’une fille publique.

(La Rue, 1894) : Recevoir de l’argent d’une fille, comme le fait le souteneur.

Épinards (graine d’)

(Rigaud, 1881) : Épaulette d’officier supérieur.

Épinards (plat d’)

(Rigaud, 1881) : Bouse de vache rencontrée en plein champ ; c’est un beau sujet d’étude pour un peintre réaliste.

(Rigaud, 1881) : Paysage d’un vert trop cru, — dans le jargon des peintres.

Épine

(d’Hautel, 1808) : Il est gracieux comme un fagot d’épines. Pour il est dur, brusque et repoussant ; on ne peut lui parler sans essuyer quelque rebuffades.
Se tirer une épine du pied. Se tirer d’une affaire périlleuse.

Épingle

(d’Hautel, 1808) : Il est toujours tiré à quatre épingles. Se dit d’une personne affectée dans sa parure, dans son ajustement, et d’une propreté fort recherchée.
Je n’en donnerois pas une épingle. Cela ne vaut pas une épingle. Se dit de quelque chose dont on ne fait aucun cas.
On dit en parlant des griffes d’un chat, qu’il a des épingles au bout de sa manche.
Je mettrai une épingle sur ma manche.
Se dit en riant, pour je tâcherai de m’en rappeler.
Tirer son épingle du jeu. Se retirer à temps d’une mauvaise affaire, mettre ses intérêts en sûreté.

Épingle à son col (avoir une)

(Delvau, 1867) : Avoir un verre de vin, payé d’avance par un camarade, à boire sur le comptoir voisin de l’atelier. Argot des ouvriers. On dit aussi Avoir un factionnaire à relever.

Épingle au col (en mettre une)

(Virmaître, 1894) : Avaler un demi setier d’un seul trait. On dit aussi : mettre une épingle à sa cravate (Argot du peuple). N.

Épingler

(Fustier, 1889) : Arrêter.

(Hayard, 1907) : Capturer.

Épinglette

(Merlin, 1888) : On disait jadis d’un militaire condamné aux travaux forcés qu’il allait passer son épinglette du 3e bouton de la tunique au 3e bouton de la guêtre ; — allusion à la chaîne que les forçats traînaient aux pieds.

Épiploon

(Delvau, 1867) : s. m. Cravate, — dans l’argot des étudiants, frais émoulus du grec. Pour ceux, en effet, qui ne sont pas encore gandins, la cravate flotte sur le cou (έπί et πλείν) comme le grand repli du péritoine flotte sur les intestins. Signifie aussi Chemise.

Épisode

(d’Hautel, 1808) : Ce mot est toujours masculin ; c’est donc une faute de dire comme le font beaucoup de personnes : Une belle épisode, au lieu d’un bel épisode.

Épisser

(un détenu, 1846) : Plaisanter quelqu’un, se rire, se moquer.

Épitonner (s’)

(Rigaud, 1881) : Avoir du chagrin. — Les variantes sont : Se faire viocque, se faire antique.

(La Rue, 1894) : Avoir du chagrin.

Épître

(d’Hautel, 1808) : Il est familier comme les épîtres de Cicéron. Se dit d’un homme qui prend de grandes libertés avec ses supérieurs.

Éplucher

(Delvau, 1867) : v. a. Examiner avec soin, méticuleusement, soupçonneusement, la conduite de quelqu’un ou une affaire quelconque.

Éplucher des lentilles

(Delvau, 1864) : Branler une femme avec les cinq doigts de la main droite.

Tribade avec le cotillon,
Je sais éplucher des lentilles ;
Je sais faire le postillon
Aux garçons comme aux jeunes filles.

(Parnasse satyrique.)

Éplucheur

(d’Hautel, 1808) : Un grand éplucheur de mots. Pédant qui s’applique à relever les fautes les plus légères ; ce qui est la marque ordinaire d’un petit esprit, d’un cerveau étroit.

Époélant

(Rossignol, 1901) : Étonnant.

Ce Joseph ! rien ne l’épate, il est époélant.

Époilant

(Virmaître, 1894) : Plus fort que tout ce que l’on peut rêver. Pourtant la source de ce mot est des plus simples et ne signifiait au début rien d’extraordinaire. À l’école de Saumur, en faisant un travail dans le manège, un cheval tomba et se couronna les deux genoux. En le relevant, l’élève dit :
— Mon pauvre cheval est époilé.
L’expression est restée, mais elle est autrement appliquée (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Superlatif d’épatant.

Époiler

(Hayard, 1907) : Étonner.

Éponge

(d’Hautel, 1808) : Boire comme une éponge. Boire avec excès ; s’enivrer.
Passer l’éponge sur quelque chose. Pardonner ; oublier noblement une mauvaise action ; une offense.
Presser l’éponge. C’est faire rendre à quel qu’un ce qu’il a pris ; le faire regorger.

(Delvau, 1864) : Femme. Épouse ou maîtresse qui vous éponge, en manœuvrant au cul, le trop plein de vos couilles.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous, qui révèlent ainsi d’un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n’y a pas longtemps) les filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de la police. Ces messieurs consommaient, en inscrivait sur l’ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d’un coup d’éponge.

(Delvau, 1867) : s. f. Ivrogne, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Maîtresse d’un souteneur.

Mais, pardon, tiens, que je te fasse voir mon éponge, poursuivit-il, en tirant à lui Céline.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Femme de souteneur. Éponge d’or, avoué.

Éponge (mettre une)

(Delvau, 1864) : Moyen qui donne aux amants la liberté de se livrer à tous les transports et au feu du plaisir, sans crainte de faire des enfants.

J’engageai donc ta bonne, depuis le jour où tu nous a découverts, à se munir, avant nos embrassements, d’une éponge fine, avec un cordon de soie délicat qui la traverse en entier et qui sert à la retirer. On imbibe cette éponge dans de l’eau mélangée de quelques gouttes d’eau-de-vie ; on l’introduit exactement à l’entrée de la matrice, afin de la boucher, et quand bien même les esprits subtils de la semence passeraient par les pores de l’éponge, la liqueur étrangère qui s’y trouve, mêlée avec eux, en détruit la puissance et la nature. On sait que l’air même suffît pour la rendre sans vertu. Dès lors, il est impossible que l’on fasse des enfants.

Mirabeau.

Éponge à mercure

(Rigaud, 1881) : Prostituée malsaine. (Le nouveau Vadé.) Innombrables sont les variantes usitées au XVIIIe siècle et au commencement du XIXe, dont certaines ont survécu. En voici quelques échantillons : Bouteille à poisson, donneuse de nouvelles à la main, matelas d’invalide, magneuse de tuyaux de pipe, voirie ambulante, coffre à graillon, remède d’amour, volaille ressucée, gibier à bistouri, pot cassé d’onguent gris, porteuse de viande pourrie, asticot d’équarrisseur, mangeuse d’étrons sans fourchette, reliquat de fistule gangrenée.

Éponge à sottises

(Delvau, 1867) : s. f. Imbécile, qui accepte tout ce qu’on lui dit comme paroles d’Évangile. L’expression sort du Théâtre Italien de Ghérardi.

Éponge d’or

(Delvau, 1867) : s. f. Avoué, — dans l’argot des prisons.

Époques

(Rigaud, 1881) : Menstrues, — dans le jargon des bourgeoises.

Époques (avoir son ou ses)

(Delvau, 1864) : Avoir ses menstrues.

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot des bourgeois, — des menses des femmes.

Épouffer

(d’Hautel, 1808) : Il est tout épouffé de lui-même. Pour, il est bouffi d’orgueil ; il est très-épris de sa personne.
Il est venu tout épouffé m’apprendre cette nouvelle. Il s’est mis hors d’haleine, pour s’empresser de venir annoncer cette nouvelle.
S’épouffer. Disparoître, se cacher derrière quelqu’un.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Saisir la victime à l’improviste, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Saisir à l’improviste un passant par derrière, comme cela se pratique pour exécuter le coup du père François (Argot des voleurs).

Épouffer (s’)

(Fustier, 1889) : Fuir, se sauver.

(La Rue, 1894) : Fuir, se sauver.

Épouse

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des étudiants, qui se marient souvent pour rire avant de se marier pour de bon.

(Rigaud, 1881) : La femelle de l’époux. Quand les femmes de ménage, les ouvrières et les fournisseurs parlent à l’amant de la femme avec laquelle il vit, ils disent : « Votre épouse ». Entre eux, c’est la chipie du quatrième ou du cinquième, la grue ou le crampon, suivant les qualités dominantes de l’épouse.

Épousée

(d’Hautel, 1808) : Parée comme une épousée de village. Surchargée de colifichets, d’ornemens mal choisis, et arrangés sans aucun goût

Épouser

(d’Hautel, 1808) : Qui fiance n’épouse pas. Signifie que souvent un mariage se rompt, les fiançailles étant faites.
Qui épouse la femme, épousé les dettes.
Épouser la vache et le veau.
S’unir par les liens du mariage à une femme qui porte secrètement un enfant dans son sein.

Épouser la camarde

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des voleurs, qui préféreraient souvent une autre fiancée.

Épouser la faucandière

(Halbert, 1849) : C’est quand les filous jettent ce qu’ils ont dérobé, de peur d’être pris.

Épouser la foucandière

(anon., 1827) : C’est quand les filous jettent ce qu’ils ont dérobé, de peur d’être pris.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Jeter les objets volés de peur d’être pris.

(Bras-de-Fer, 1829) : Jeter ce que l’on a volé.

(Delvau, 1867) : v. a. Se débarrasser des objets volés en les jetant çà et là quand on est poursuivi. « Épouser est ici une altération d’époufer, qui faisait autrefois partie du langage populaire avec le sens de glisser, ne se dérober. » C’est M. Francisque Michel qui dit cela, et il a raison.

(Virmaître, 1894) : Quand un voleur est pris par les agents en flagrant délit, en se sauvant, il jette sur la voie publique ou dans les égouts, s’il le peut, les objets volés, afin de se débarrasser des preuves compromettantes (Argot des voleurs).

Épouser la fourcandière

(Rigaud, 1881) : Jeter un objet volé quand on est poursuivi, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Jeter un objet volé quand on est poursuivi.

Épouser la veuve

(anon., 1827) : Être pendu.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Être pendu.

(Bras-de-Fer, 1829) : Être pendu.

(Halbert, 1849) : Être pendu.

(Delvau, 1867) : v. a. Être exécuté, — dans l’argot des malfaiteurs, dont beaucoup sont fiancés dès leur naissance avec la guillotine.

(Virmaître, 1894) : Être guillotiné. C’est Charlot qui remplit l’office de maire et les aides qui servent de témoins pour ce mariage forcé (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Aller au supplice.

Épousseter

(d’Hautel, 1808) : Épousseter les épaules à quelqu’un. Lui donner des coups de canne ou de nerfs de bœuf ; le frapper sur les épaules.

Épouvantail

(d’Hautel, 1808) : Mannequin ou botte de paille, habillé en homme, que l’on place dans les blés, les vignes ou les vergers, à une certaine hauteur, pour faire peur aux oiseaux.
On dit d’une femme très-laide, que c’est un épouvantail d’amour.

Époux

(Rigaud, 1881) : Celui qui vit maritalement avec une femme à demi-entretenue. — Les maîtresses de piano à deux francs le cachet, les demoiselles de magasin qui ont été à l’école jusqu’à douze ans, les anciennes élèves de Saint-Denis, les petites bourgeoises séparées de leurs maris pour cause d’adultère, disent généralement « mon époux » en parlant de leurs amants.

Époux, épouse

(Delvau, 1864) : Amant, maîtresse.

Les femmes elles-mêmes appellent leurs amants : mon époux.

Léo Lespès.

Et comme aisément on s’y blouse,
Si, quelquefois, vous entendiez
Ces mots : mon époux, mon épouse,
Traduisez net : Non mariés.

Fr. De Courcy.

Épousez-moi, épousez-moi tout de suite ; je le veux, je l’ordonne.

Souvet.

Bathilde fut très étonnée d’être épousée tout à fait.

Pigault-Lebrun.

(Larchey, 1865) : Amant, maîtresse. — V. Monsieur.

Vous pouvez amener vos épouses, il y aura noces et festins ; nous avons Adèle Dupuis, Mlle Millot, ma maîtresse.

Balzac.

Les femmes elles-mêmes appellent leurs amants : Mon époux.

L. Lespès.

Epprener

(Virmaître, 1894) : Appeler quelqu’un. L’anseignot vient d’éprener bancalo pour aller au rastue (greffe) (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Appeler.

Épreuve

(Boutmy, 1883) : s. f. Première feuille imprimée destinée aux correcteurs ou aux auteurs, pour qu’ils y indiquent les fautes commises par les compositeurs. On distingue l’épreuve en première, la première d’auteur, le bon, la tierce et la revision.

Éprouvé

(Fustier, 1889) : Condamné qui, ayant déjà subi la moitié de sa peine s’est, par une bonne conduite, recommandé à l’administration.

Épuiser ses munitions

(Delvau, 1864) : Baiser avec excès, dépenser tout son sperme au profit d’une seule femme, et n’en plus avoir pour les autres.

Pourquoi commettre cette imprudence de contenter ma femme, quand Urinette m’attendait ?… Cela s’appelle épuiser ses munitions.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1864) : Lui vider ses réservoirs à sperme par des branlages répétés, ou par des suçages réitérés, ou par des coups trop fréquemment tirés avec lui.

Elle épuise elle tue, et n’en est que plus belle.

Alfred De Musset.

Mais on sait
Qu’en secret
Elle épuisait un nerveux récollet.

Collé.

Équerre

(d’Hautel, 1808) : Une équerre. Les ouvriers qui se servent de cet instrument le font masculin, et disent, contre l’autorité de l’Académie, un équerre.

(Rigaud, 1881) : Jambe.

Numéro un, je vous réitère que votre équerre est trop ouvert.

(Randon, Croquis militaires.)

Équipe

(Delvau, 1867) : s. f. Les ouvriers qui composent une commandite, — dans l’argot des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. f. Réunion d’ouvriers pour composer un journal quotidien. Personnel nécessaire pour le fonctionnement d’une presse mécanique.

Érafler

(d’Hautel, 1808) : Écorcher légèrement, égratigner.

Éraflure

(d’Hautel, 1808) : Légère écorchure, égratignure.

Érailler

(anon., 1827) : Tuer.

(Halbert, 1849) : Tuer.

Érection

(Delvau, 1864) : État satisfaisant du membre viril, — du verbe latin arrigere, dresser, relever.

Sa main douce, blanche et petite,
Avec un art extrême excite
L’érection

H. Raisson.

Éreintement

(Larchey, 1865) : Critique excessive.

(Rigaud, 1881) : Critique à fond de train.

Éreinter

(Larchey, 1865) : Maltraiter un écrit.

Tu pourras parler des actrices… tu éreinteras la petite Noémie.

E. Augier.

Donc le livre de Charles fut éreinté à peu près sur toute la ligne.

De Goncourt.

(Delvau, 1867) : v. a. Dire du mal d’un auteur ou de son livre, — dans l’argot des journalistes ; siffler un acteur ou un chanteur, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Critiquer fortement, maltraiter.

Éreinteur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme-merle qui sait siffler au lieu de savoir parler, et remplace le style par l’injure, la bonne foi de l’écrivain digne de ce nom par la partialité du condottiere digne de la police correctionnelle.

(Rigaud, 1881) : Critique grincheux et sans aucune espèce de ménagements.

Éréné

(Delvau, 1867) : adj. et s. Éreinté, — fourbu, — dans l’argot du peupie. Ce mot, du meilleur français et toujours employé, manque au Dictionnaire de Littré.

Ergo

(d’Hautel, 1808) : Ergo glu. Pour, or donc, enfin. Se dit à ceux qui font de beaux raisonnemens dont on ne peut rien conclure.

Ergot

(d’Hautel, 1808) : Pour les extrémités supérieures et inférieures de l’homme.
Il faut faire attention à ses ergots. Pour dire à mots couverts, qu’un homme est, accoutumé à prendre, qu’il faut s’en méfier.
Il se fera donner sur les ergots. Pour dire, sur les doigts.
Être sur ses ergots. Se tenir sur ses gardes.
Le peuple prononce argoter dans toutes ces locutions.

Ergot (se fendre l’)

(Rigaud, 1881) : Prendre la fuite ; et, par abréviation, se le fendre.

Ergoter

(d’Hautel, 1808) : Parler finement, argumenter ; chicaner, contester, trouver à redire à tout.
C’est un luron ergoté. C’est-à-dire, qui sait se tirer d’affaire, que rien n’embarrasse.

Ergoteur

(d’Hautel, 1808) : Railleur, mauvais plaisant, qui pointille sur tout, et toujours mal-à-propos ; chipotier, chicaneur.

Ergots

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les pieds ou les talons. Être sur ses ergots. Tenir son quant-à-soi ; avoir une certaine raideur d’attitude frisant de très près l’impertinence. Monter sur ses ergots. Se fâcher.

Ermite

(Virmaître, 1894) : Voleur de grands chemins. Ainsi nommé parce qu’il opère généralement seul. On dit aussi un solitaire (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Voleur qui agit seul.

Ernest

(Rigaud, 1881) : Nom de baptême que les journalistes ont donné à l’émanation ministérielle dite « communiqué », cette seule et unique signature que l’administration juge à propos de mettre au bas des notes rectificatives qu’elle adresse aux journaux, dans l’intérêt de la vérité, et que les journaux sont tenus d’insérer en tête de leur première page, toujours dans l’intérêt de a vérité. Pour donner un peu de vitalité à ce nom de « communiqué » aussi sec que la prose officielle, on a imaginé de lui adjoindre le doux prénom d’Ernest.

Errant

(d’Hautel, 1808) : Il est comme le Juif errant. Se dit d’un homme qui est toujours par monts et par vaux ; que l’on rencontre, que l’on voit partout ; d’un véritable cosmopolite.

Erreur

(d’Hautel, 1808) : Erreur ne fait pas compte. Pour dire, qu’avec d’honnêtes gens, il y a toujours à revenir quand on s’est trompé dans un compte.

Es

(Larchey, 1865) : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

(Rigaud, 1881) : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.

Esbalancer

(Clémens, 1840) : Pousser, jeter à terre.

(La Rue, 1894) : Pousser, jeter à terre.

Esballonner

(La Rue, 1894) : Arrêter, mettre en prison.

Esbalonner (s’)

(Rigaud, 1881) : S’évader. (L. Larchey)

Esbasi

(M.D., 1844) : Mort.

Esbattre dans la tigne (s’)

(Rigaud, 1881) : Chercher à voler dans la foule. (Fr. Michel.)

Esbigner

(M.D., 1844) : Se sauver.

Esbigner (s’)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Se sauver. Esbignez-vous, les marsoins ! contrebandiers, sauvez-vous !

(Halbert, 1849) : S’enfuir, s’en aller.

(Larchey, 1865) : S’enfuir.

Et l’amant qui s’sent morveux, Voyant qu’on crie à la garde, S’esbigne en disant : Si j’tarde, Nous la gobons tous les deux.

Désaugiers.

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens, à qui Désaugiers a emprunté cette expression.

(Rigaud, 1881) : Se sauver. Celui qui s’esbigne, se sauve pour ne pas rendre un service, ou pour ne pas être reconnu.

(La Rue, 1894) : Partir, s’esquiver. Voler.

(Virmaître, 1894) : Se sauver. Dans les faubourgs, quand un voyou sait qu’il va recevoir une maîtresse correction, il s’esbigne (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Se sauver.

Esbigner dans sa boite à puces (s’)

(Fustier, 1889) : Rentrer chez soi.

Si c’est comme ça qu’on vous reçoit dans le monde chic, des mâches ! J’aime mieux m’esbigner dans ma boite à puces.

(Mahalin : La patte de fer.)

Esbigner en jargue

(M.D., 1844) : S’en aller d’une endroit sans payer.

Esbigner, Esbignonner

(Rigaud, 1881) : Voler, faire disparaître un objet, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire faire partir un objet.

Laronneux, n’crois pas m’esbignonner mon maquereau.

(Le Nouveau Vadé.)

Esbigner un porte morningue dans la profonde d’un girondin.

Esblinder

(Rigaud, 1881) : Étonner, stupéfier, — dans le jargon des ouvriers.

Inutile de faire le savant pour esblinder le prolétaire.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres.)

Esbloquant

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, ébouriffant, — dans l’argot des soldats, qui songent au bloc plus souvent qu’ils ne le voudraient, et le mettent naturellement à toutes sauces.

Esbloquer

(Fustier, 1889) : Étonner, stupéfier.

Esbloquer (s’)

(La Rue, 1894) : Étonner, stupéfier.

Esbroufe (vol à l’)

(Rigaud, 1881) : Vol à la bousculade. — Dans la rue, quelqu’un vous heurte fortement et disparaît avec votre montre ou votre porte-monnaie ; vous êtes volé à l’esbroufe. Le vol à l’esbroufe est une variété du vol à la tire.

Esbroufeur

(Rigaud, 1881) : Voleur à l’esbroufe. L’esbroufeur exploite de préférence les abords de la Banque de France et des grandes compagnies financières. Quand on vient de toucher de l’argent dans ces parages, il est prudent de se boutonner, de serrer les coudes et de tenir le milieu de la chaussée. Le garçon de recette est le rêve de l’esbroufeur.

Esbrouffant

(Delvau, 1867) : adj. Inouï, incroyable, — dans l’argot du peuple.

Esbrouffe

(anon., 1827) : Air important.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Air important.

(Bras-de-Fer, 1829) : Air important.

(un détenu, 1846) : Avis vantards, air de grand seigneur.

(Larchey, 1865) : Fanfaronnades, étalage de grands airs.

Pas d’esbrouffe ou je repasse du tabac.

P. Borel, 1833.

Faut pas faire ton esbrouffe, vois-tu ! ça ne prendrait pas.

Cogniard, 1831.

Vol à l’esbrouffe : V. Caroubleur.

(Delvau, 1867) : s. f. Embarras, manières, vantardises. Faire de l’esbrouffe. Faire plus de bruit que de besogne.

(Rigaud, 1881) : Embarras, jactance. Faire de l’esbrouffe, des esbrouffes, son esbrouffe, faire des es, faire des embarras.

Ce Prussien était donc là, le nez en l’air, lorgnant les bombes lumineuses et faisant son esbrouffe.

(É. de la Bédollière.)

(La Rue, 1894) : Embarras. Vol à l’esbrouffe, vol à la bousculade. Estourbir à l’esbrouffe, assassiner dans la rue.

(Hayard, 1907) : Embarras.

Esbrouffe (en faire)

(Virmaître, 1894) : Faire des embarras, du vent, de la mousse. Esbrouffe est un vieux mot qui vient d’esbouffer, éclabousser. C’est Théophile Gautier qui a transformé ce mot dans le sens de vent et de mousse. Les escarpes se sont emparés du mot esbrouffer pour désigner un genre de vol assez répandu. Ce vol consiste à bousculer un passant dans la rue, à profiter de sa surprise pour le voler et s’excuser ensuite (Argot des voleurs).

Esbrouffé (pesciller d’)

(Halbert, 1849) : Prendre de force.

Esbrouffe (vol à l’)

(Rossignol, 1901) : Ce vol consiste à bousculer quelqu’un qui sort d’une banque ou d’ailleurs, et profiter de sa stupéfaction pour qu’un complice lui enlève au moment de la bousculade son portefeuille de la poche intérieure de son vêtement quoique boutonné. Le portefeuille est aussitôt repassé à un troisième complice qui s’esquive. Si le volé s’aperçoit de suite de la soustraction, il fait arrêter les deux individus par qui il a été bousculé ; ils se rendent de bonne grâce chez le commissaire, où, comme on ne trouve rien sur eux, ils sont remis en liberté et reçoivent des excuses.

Esbrouffer

(un détenu, 1846) : Étonner, surprendre, ébahir.

(Halbert, 1849) : Effaroucher.

(Larchey, 1865) : Intimider, en imposer. — Du vieux mot esbrouffer : éclabousser. V. Du Cange.

Allons ! mouche-lui le quinquet, ça l’esbrouffera.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : v. a. En imposer ; faire des embarras, des manières, intimider par un étalage de luxé et d’esprit. Signifie aussi Réprimander.

(Rigaud, 1881) : Faire des embarras. — Chercher à étonner, à éclipser. Esbrouffer son monde.

(Virmaître, 1894) : Dire des sottises à quelqu’un, le secouer vertement (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Synonyme d’épater. Dire des sottises à quelqu’un, s’il ne sait que répondre et reste coi, c’est esbrouffer.

(Hayard, 1907) : Intimider, brusquer quelqu’un, prendre des grands airs.

Esbrouffeur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Gascon de Paris, qui vante sa noblesse apocryphe, ses millions improbables, ses maîtresses imaginaires, pour escroquer du crédit chez les fournisseurs et de l’admiration chez les imbéciles.

(Virmaître, 1894) : Qui fait des esbrouffes. Voleur à l’esbrouffe (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Celui qui est fier et fait des manières est un esbrouffeur.

Esbrouffeur, Esbrouffeuse

(Rigaud, 1881) : Faiseur, faiseuse d’embarras.

Esbrouffeuse

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse qui éclabousse d’autres drôlesses, ses rivales, par son luxe insolent, par ses toilettes tapageuses, par le nombre et la qualité de ses amants.

Esbrouffre

(Clémens, 1840) : Embarras, fâché.

Escabrante

(Virmaître, 1894) : Échelle (Argot des voleurs) V. Montante.

Escaffe

(Rigaud, 1881) : Coup de pied au derrière. — Escaffer, donner du pied au derrière.

(La Rue, 1894) : Coup de pied au derrière.

Escaffignon, Esclot

(Rigaud, 1881) : Soulier, — dans le jargon des chiffonniers, qui disent aussi gant, et gant de pied.

Escafignons

(Delvau, 1867) : s. m. Souliers, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait ou à peu près, il y a 450 ans, Eustache Deschamps, l’inventeur de la Ballade.

De bons harnois, de bons chauçons velus.
D’escafilons, de sollers d’abbaïe.

Les écoliers du temps jadis disaient Escaffer pour Donner un coup de pied « quelque part ». Sentir l’escafignon. Puer des pieds.

Escalier

(d’Hautel, 1808) : Il a sauté par la fenêtre, peur de salir les escaliers. Manière facétieuse de dire que celui que l’on poursuivoit s’est précipité par la croisée. Voyez Fenêtre.
Faire descendre les escaliers quatre à quatre à quelqu’un. Le mettre à la porte, le chasser honteusement. Vulgairement., et parmi les personnes sans instruction, ce mot devient féminin. On entend fréquemment dire à Paris : Montez par la grande escalier.

Escamoter

(d’Hautel, 1808) : Filouter, attraper, tromper avec adresse.

Escamoteur

(d’Hautel, 1808) : Filou, homme fin et adroit, charlatan, qui surprend la bonne foi des personnes trop confiantes.

Escamper

(d’Hautel, 1808) : Pour, s’esquiver, s’enfuir, mettre la clef sous la porte.

Escampette

(d’Hautel, 1808) : Il a pris la poudre d’escampette. Pour dire, qu’un homme, poursuivi par la justice ou par de nombreux créanciers, s’est prudemment enfui.

Escane (à l’)

(La Rue, 1894) : Fuyons !

Escaner

(Halbert, 1849) : Ôter.

(Rigaud, 1881) : Ôter, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Ôter. Fuir.

Escanne (a l’)

(Rigaud, 1881) : Fuyons. (Fr. Michel.)

Escanner

(Delvau, 1867) : v. n. Fuir, — dans l’argot des voleurs. À l’escanne ! Fuyons !

Escapade

(d’Hautel, 1808) : Pour fredaines, écarts, tours de jeunesse.
Il fait souvent quelqu’escapade. Pour, il n’a pas une conduite bien régulière.

Escape, escaper

(Larchey, 1865) : Corruption d’Escarpe.

Escarbillard

(d’Hautel, 1808) : Éveillé, finot ; d’une humeur gaie, joviale et enjouée.

Escarcher

(Halbert, 1849) : Regarder.

Escarcher, Escracher

(Rigaud, 1881) : Regarder, — dans l’ancien argot.

Escare

(Delvau, 1867) : s. m. Empêchement, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Contre-temps. — Escarer, empêcher.

Escarer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Empêcher.

(La Rue, 1894) : Empocher. Escare, contre-temps.

Escareur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui trouve des obstacles à tout.

Escargot

(d’Hautel, 1808) : C’est un vrai escargot. Expression fort insultante que l’on applique à un homme mal fait, malbâti, à un sot, à un imbécile.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme mal fait, mal habillé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l’argent.

(Rigaud, 1881) : Vagabond. — Lampion, — dans l’ancien argot.

(Merlin, 1888) : L’homme et sa tente, en campagne.

(La Rue, 1894) : Vagabond, Agent de police.

(Virmaître, 1894) : Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les hirondelles du Pont-Neuf (Argot du peuple). Dans la pièce des Bohémiens de Paris, Colbrun chantait :

Sur mon dos comme un limaçon,
Portant mon bagage,
Mon mobilier et ma maison.

(Virmaître, 1894) : Casquette que portaient les souteneurs avant la david, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). N.

Escargot d’hiver

(Virmaître, 1894) : Vieillard impuissant. L’allusion est on ne peut mieux trouvée. Comme l’escargot il rentre dans sa coquille (Argot du peuple). N.

Escargot de trottoir

(Rigaud, 1881) : Sergent de ville — dans le jargon des voyous.

Escarpe

(Bras-de-Fer, 1829) : Assassinat.

(M.D., 1844) : Assassin.

(un détenu, 1846) : Assassin pour voler.

(Halbert, 1849) : Assassin.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur qui va jusqu’à l’assassinat pour en arriver à ses fins. — Argot des prisons.
C’était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion d’exercer leur verve… singulière. Eh bien, non ! tous ont gardé de Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de risquer ma petite étymologie ? Je ne dirai pas : Escarpe, parce que le voleur qui tient absolument à voler, escalade la muraille qui sépare le délit du crime et la prison de l’échafaud ; mais seulement parce qu’il emploie un instrument tranchant aigu, — scarp en allemand. Pourquoi pas ? escarbot vient bien de scarabæus, en vertu d’une épenthèse fréquente dans notre langue. À moins cependant qu’escarpe ne vienne du couteau d’escalpe (du scalp) des sauvages… (V. Les Natchez).
Escarpe-Zézigue. Suicide.

(Rigaud, 1881) : Voleur doublé d’un assassin qui travaille en plein air et va en ville. — Nom générique de tous ceux qui assassinent pour voler. Les variantes sont : Escape, escapouche, escapouchon, mais escarpe est plus classique.

(La Rue, 1894) : L’homme qui assassine pour voler.

(Virmaître, 1894) : Voleur, assassin. A. Delvau pense que cette expression vient de scarp mot allemand qui signifie instrument tranchant et aigu ou bien du couteau d’escalpe (du scalp des sauvages). C’est aller chercher bien loin une étymologie bien simple. Les voleurs et les assassins travaillent dans des endroits isolés, escarpés (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Assassin.

(Hayard, 1907) : Assassin.

Escarpe, scionneur

(Larchey, 1865) : « Voleur détournant après minuit sur la voie publique, par violence et quelquefois par assassinat. »

Canler.

Escarper

(Bras-de-Fer, 1829) : Assassiner.

(M.D., 1844) : Assassiner.

(Larchey, 1865) : Assassiner. — Du vieux mot escharper : mutiler, couper en morceaux (Roquefort). — V. Criblage.

Mais tu veux donc que je t’escarpe (que je te tue).

E. Sue.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, écharper un homme. On disait autrefois Escaper. Escarper un zigue à la capahut. Assassiner un camarade pour lui voler sa part de butin.

(Rigaud, 1881) : Assassiner pour voler. D’escharper, mettre en pièces.

(Rossignol, 1901) : Tuer.

Escarper à la capahut

(Halbert, 1849) : Tuer son complice pour lui voler sa part.

Escarper un zigue à la capahut

(Virmaître, 1894) : Assassiner un complice pour lui voler sa part de butin. Sur les deux mots il y en a un de trop, capahut comme escarpe voulant dire assassin (Argot des voleurs). N.

Escarpin

(d’Hautel, 1808) : Lever l’escarpin. S’esquiver, s’échapper, s’enfuir ; faire banqueroute.
Des escarpins à paillettes. Souliers de porteurs d’eau, d’hommes de peine, dont la semelle est ordinairement couverte de clous à large tête.
Escarpin de Limoges. Gros sabots de bois.

Escarpin de Limousin

(Rigaud, 1881) : Sabot.

Escarpin en cuir de brouette

(Halbert, 1849) : Sabot.

Escarpin renifleur

(Rigaud, 1881) : Soulier qui prend l’eau ; et la variante : Gadins qui renâclent.

Escarpiner (s’)

(Delvau, 1867) : S’échapper, s’enfuir en courant légèrement, — dans l’argot des faubouriens, qui ne savent pas qu’ils emploient un mot du XVIe siècle.

Escarpins de Limousin

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Sabots, — dans l’argot du peuple, qui sait que les Lémovices n’ont jamais porté d’autre chaussure, si l’on en excepte toutefois des souliers pachydermiques qui ont plus de clous que l’année n’a de semaines. On dit aussi Escarpins en cuir de brouette.

Escarpolette

(Delvau, 1867) : s. f. Charge de bon ou de mauvais goût, interpolation bête ou spirituelle, — dans l’argot des comédiens.

Escaver

(Halbert, 1849) : Empêcher.

(Fustier, 1889) : Empêcher.

Esclandre

(d’Hautel, 1808) : Dispute scandaleuse ; affront fait à quelqu’un publiquement.

Esclavage

(d’Hautel, 1808) : Chaine ou collier que les femmes portent à leur cou.

Esclave

(Larchey, 1865) : Domestique, garçon de restaurant, de café. Le mot date de Ponsard, de Rachel et du temps où l’on inventa de vraies coupes pour boire du champagne.

Cet esclave pourrait dire vrai… Allons, va prendre l’ancien écriteau.

Labiche.

Esclos

(Rossignol, 1901) : Souliers.

Esclot

(Halbert, 1849) : Sabot.

(Larchey, 1865) : Sabot (Vidocq). — Mot de langue romane. Roquefort.

Esclots

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Sabots, — dans l’argot du peuple, qui se servait déjà de cette expression du temps de Rabelais.

(La Rue, 1894) : Sabots.

(Virmaître, 1894) : Sabots (Argot des voleurs).

Escobar

(Delvau, 1867) : s. m. Nom d’homme, qui est devenu celui de tous les hommes dont la conduite est tortueuse et dont les paroles semblent louches.

Escoffier

(d’Hautel, 1808) : Ce mot a plusieurs significations dans le langage populaire. On l’emploie pour dérober, voler, et souvent aussi pour perdre, tuer, assommer.
C’est autant d’escofié. Pour c’est autant de pris, de volé, de perdu.
On dit d’un homme qui est mort, assommé de coups, qu’il a été escoffié.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tuer, assassiner.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au provençal escofir.

(Rigaud, 1881) : Tuer au moyen d’une arme à feu.

(La Rue, 1894) : Tuer d’un coup de feu.

(Virmaître, 1894) : Blesser ou tuer quelqu’un. Se dit également au point vue moral.
— Je l’ai rudement escoffié dans l’estime de ses amis (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Tuer.

Escoffion

(d’Hautel, 1808) : Au propre bonnet ou chapeau de femme ; au figuré, horion, mauvais coup.
Il a reçu son escoffion. Pour il a reçu une volée de coups de bâton

Escofier

(Larchey, 1865) : Tuer sur le coup. — Usité dès 1808. — Escofion voulait dire autrefois ou Bonnet de femme ou Mauvais coup. Calotte à un degré beaucoup plus faible présente encore ce double sens.

Trois sentinelles ont déjà été escofiées

Cogniard, 1831.

(Hayard, 1907) : Tuer, assassiner.

Escogriffe

(d’Hautel, 1808) : Un grand escogriffe. Homme d’une grande stature, mal bâti ; flâneur, aux mains duquel il faut prendre garde.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de grande taille et de mine suspecte, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Grand escogriffe — pour avoir l’occasion de faire un pléonasme.

Escole

(Virmaître, 1894) : Trois francs (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Trois francs.

Escouade (parapluie de l’)

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Envoyer chercher le parapluie de l’escouade : moyen poli de se débarrasser d’un importun. (Ginisty : Manuel du parfait réserviste.)

Escousse

(Delvau, 1867) : s. f. Élan, — dans l’argot des écoliers. Prendre son escousse. Reculer de quelques pas en arrière pour sauter plus loin en avant.

Escoute

(Halbert, 1849) : Oreille.

Escoutes

(anon., 1827) : Oreilles.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Oreilles.

(Bras-de-Fer, 1829) : Oreilles.

Escrabouiller, Escarbouiller

(Rigaud, 1881) : Écraser ; aplatir.

Imbibé de petits verres
Je porte une botte aux grands ;
Quand je suis entre deux bières,
J’escarbouille les tyrans !

(L. Festeau, l’Emeutier.)

Escrache

(Larchey, 1865) : Papiers. — Diminutif d’escrit.

Le curieux a servi ma bille, mais j’ai balancé mes escraches.

Vidocq.

Escrache tarte : Faux passeport.

(Rigaud, 1881) : Papiers ; passe-port. — Escrache tarte, escrache à l’estorgue, faux passe-port. — Escracher, exhiber son passe-port ; montrer ses papiers.

(La Rue, 1894) : Papiers, passe-port. Escracher, montrer son passe-port. Signifie aussi injurier, se chamailler et regarder.

(Virmaître, 1894) : Passeport, papier. L. L. Escrache veut dire voleur ; c’est le synonyme d’escarpe et de fripouille (Argot du peuple) N.

(Rossignol, 1901) : Réprimande.

Escracher

(M.D., 1844) : Chasser.

(un détenu, 1846) : Insulter, dire des sottises, reluquer en colère.

(Larchey, 1865) : Demander le passe-port, interroger.

En passant le portier vous escrache ; J’étais fargué, mais l’habit cachait tout Le jardinant, je frisais ma moustache ; Un peu de toupet, et je passe partout.

Chans. nouv., Dict. Le Bailly.

(Hayard, 1907) : Disputer, engueuler.

Escrime

(Delvau, 1864) : Combat amoureux, fouterie.

Depuis que’q’temps j’ai l’estime
D’un sapeur pompier,
Qui m’donn’ des leçons d’escrime
En particulier.

Ch. Colmance.

Percez-moi de tierce et de quarte ;
Songez que c’est pour notre bien,
Fendez-vous bien,
Et tâchez que votre coup parte
Dans le même instant que le mien.

Ch. Lepage.

(Rigaud, 1881) : Employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. C’est une déformation du mot scribe.

Escrimer

(d’Hautel, 1808) : S’escriner, défendre quelque chose avec chaleur, dire des injures à quelqu’un.
S’escrimer des armes de Samson. Remuer les mâchoires, faire honneur à une bonne table ; par une allusion maligne avec Samson qui défit les Phillistins étant armé d’une mâchoire d’âne.

Escrimer du derrière (s’)

(Rigaud, 1881) : Sacrifier avec ardeur à Vénus.

Escroc

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux, homme de mauvaise foi, fripon insigne. Voyez Croc.

Escroquer

(d’Hautel, 1808) : Voler par surprise, tromper la bonne foi de quelqu’un ; sortir sans payer d’un endroit où l’on a fait quelque dépense.

Esganacer

(anon., 1827) : Rire.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Rire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Rire.

(Halbert, 1849) : Rire.

(Rigaud, 1881) : Rire ; de l’italien sganasciare, rire à gorge déployée ; dérivé de ganascia, mâchoire. En terme populaire, une mâchoire, une vieille mâchoire, veut dire une ganache.

Esganacher

(M.D., 1844) : Arracher les dents.

Esgard (faire l’)

(Larchey, 1865) : Dérober à ses complices une part de vol (Vidocq). — Mot à mot : garder en dehors (exgarder).

(La Rue, 1894) : Dérober une part de vol, frustrer son complice.

Esgarer

(anon., 1827) : Perdre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Perdre.

Esgaur

(Halbert, 1849) : Perdu.

Esgourde

(Rigaud, 1881) : Oreille. — Débrider l’esgourde, esgourder, écouter.

(La Rue, 1894) : Oreille.

(Hayard, 1907) : Oreilles.

Esgourder

(Rossignol, 1901) : Écouter.

(Hayard, 1907) : Écouter, entendre.

Esgourdes

(Rossignol, 1901) : Oreilles.

Esgourdes ou esgournes

(Virmaître, 1894) : Oreilles. Quand elles sont démesurées on dit : Ah ! quelles feuilles de chou. On dit également : plat à barbe. Les voleurs disent : cliquettes.

Espadon

(d’Hautel, 1808) : Espèce de sabre ; on dit habituellement et contre la décision du dictionnaire de l’Académie, espadron, ce qui au jugement de quelques auteurs, est la seule manière de bien prononcer ce mot.

Espadonner ou espadronner

(d’Hautel, 1808) : Se battre à l’espadron.

Espadrille

(Halbert, 1849) : Soulier.

Espagnol

(Rigaud, 1881) : Pou, vermine. Est-ce parce que la vermine abonde en Espagne, que les grands de première classe ont le privilège de rester couverts devant le roi ?

Espalier

(Larchey, 1865) : Réunion de figurantes chargées d’animer un décor comme un espalier garnit un mur. — V. Bouisbouis.

Les petites filles qui se destinent à être danseuses et qui figurent dans les espaliers, les lointains, les vols, les apothéoses.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Figurante, — dans l’argot des coulisses.

(Delvau, 1867) : s. m. Galérien, — dans l’ancien argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Figurant, figurante. Celui, celle qui, dans un théâtre, contribue à l’aspect général de la mise en scène. Les chanteuses de cafés-concerts, assises en fer-à-cheval au fond de la scène, s’appellent « espaliers. » — C’était autrefois : espalier d’opéra.

Elle était alors simple espalier d’opéra, c’est-à-dire chanteuse et danseuse de chœurs.

(La Gazette noire, 1789.)

Par allusion aux arbres plantés en espalier.

Espatrouillant

(Virmaître, 1894) : Cette expression est employée pour exprimer le comble de l’admiration. C’est le mot épaté allongé (Argot du peuple).

Espèce

(d’Hautel, 1808) : Une espèce. Terme de mépris dont les gens de qualité se servent pour désigner un homme de basse extraction, un sot, un imbécile.
On joint souvent ce mot à un substantif et l’on dit dans le sens de l’exemple ci-dessus une espèce d’homme, pour un fort petit homme ; une espèce d’auteur, pour un mauvais auteur, etc.

(Delvau, 1864) : Coureuse, libertine ; terme de mépris des grandes dames à l’égard des petites dames.

Si vous connaissez des espèces pareilles, Madame, je suis votre servante.

La Popelinière.

Une dame de cour,
S’en étant emparée,
Fit languir plus d’un jour
La bourgeoise sevrée,
Disant : C’est bien, ma fille,
Pour ces espèces-la
Qu’est faite la béquille
Du père Barnaba.

Collé.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme entretenue, — dans l’argot méprisant des bourgeoises, héritières des rancunes des duchesses contre les jolies filles qui leur enlèvent leurs fils et leurs maris.

Espérance

(d’Hautel, 1808) : L’espérance fait vivre. C’est à-dire que l’espoir d’un temps heureux fait supporter les désagrémens auxquels la vie humaine est assujettie.
Abbé de St. Espérance. Voy. Abbé.

Espérances

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Héritage paternel ou maternel que toute jeune fille bien élevée doit apporter comme surcroît de dot à son époux, qui ne craint pas de voir mettre les souliers d’un mort dans la corbeille de mariage. Avoir des espérances. Avoir des grands-parents riches que l’on compte voir mourir bientôt, — façon bourgeoise de « tuer le mandarin ! »

Espiègle

(d’Hautel, 1808) : Un grand espiègle. On donne souvent par raillerie ce nom à une personne d’une très grande simplicité d’esprit, qui fait le jouet de la société où il se trouve.

Espigner

(Clémens, 1840) : Cacher, sauver.

Espigner (s’)

(anon., 1827) : Se sauver.

(Halbert, 1849) : Se sauver.

Espringoler

(d’Hautel, 1808) : S’espringoler. Se tourmenter, s’agiter, se donner beaucoup de peine, beaucoup de mal ; s’épuiser, se rendre malade à force de travailler.
Que le diable t’espringole ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un dans un mouvement d’humeur, et qui équivaut à, que le diable t’emporte ! que le diable te casse le cou !

Esprit

(d’Hautel, 1808) : Il a l’esprit où les poules ont l’œuf. Se dit d’une personne extrêmement bornée ; d’une rare bêtise.
Vivent les gens d’esprit ! Exclamation qui se dit toujours en mauvaise part, et pour se moquer de quelqu’un qui croit avoir trouvé un bon expédient.
Avoir l’esprit aux talons. Veut dire, manquer de jugement ; faire des fautes grossières contre le bon sens.
S’alambiquer l’esprit. Voy. Alambiquer.

Esquinancie

(d’Hautel, 1808) : Maladie qui fait enfler la gorge.
Le peuple dit, par corruption, esquilancie.
Le barbarisme de ce mot, se fait comme on voit, par le changement de la consonne n en l ; tandis que dans les mots lentille, falbala, etc., il se fait en substituant n à l ; ce qui produit la prononciation vicieuse de nantille, falbana.

Esquine

(Virmaître, 1894) : Le temps (Argot des voleurs). V. Boilard.

Esquinte

(Delvau, 1867) : s. m. Abîme, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Abîme, — dans le jargon des voleurs. En effet un abîme est un endroit qui vous esquinte (vous abîme) pour peu qu’on s’y laisse tomber.

(La Rue, 1894) : Effraction. Esquinter, abîmer, enfoncer, casser.

Esquinté

(un détenu, 1846) : Malheureux, pauvre, infortuné, infirme.

(Virmaître, 1894) : Fatigué, moulu, rompu. L’ouvrier qui travaille mal esquinte son ouvrage. Quand deux individus se battent, le plus fort esquinte son adversaire. Dans une polémique, on esquinte son contradicteur pour avoir raison (Argot du peuple).

Esquintement

(Larchey, 1865) : Fatigue extrême, lutte meurtrière.

(Larchey, 1865) : Effraction.

Cambriolle tu maquilleras par carouble et esquintement.

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Lassitude. — Effraction.

Esquinter

(Larchey, 1865) : Battre.

Ceux qui veulent se faire esquinter peuvent venir me trouver, je m’appelle Bonne-Lame.

Vidal, 1833.

(Larchey, 1865) : Harasser.

Que dirais-tu si, au lieu d’avoir le fouet à la main, tu étais obligé de t’esquinter comme nous a la limonière ?

Buchon.

(Larchey, 1865) : Fracturer (Vidocq). — Roquefort donne avec le même sens les trois verbes d’esquatir, esquacher, esquisar.

(Delvau, 1867) : v. a. Fracturer, briser, perdre, abîmer, tuer. Signifie aussi : Tromper, enfoncer quelqu’un.

(Delvau, 1867) : v. a. Éreinter, battre, — dans l’argot du peuple. S’esquinter, v. pron. se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer, à — n’importe quoi de fatiguant. On dit aussi S’esquinter le tempérament.

(Rigaud, 1881) : Harasser. — Abîmer. Enfoncer. Esquinter une lourde, enfoncer une porte. — Battre, donner des coups de bâton. — Esquinter un pante, frapper un particulier. — S’esquinter le tempérament, travailler au-delà de ses forces, se créer des ennuis.

(Rossignol, 1901) : Fatigué. On dit aussi d’un individu qui a reçu beaucoup de coups : il a été esquinté.

(Hayard, 1907) : Abimer, médire, être affaibli, fatigué.

Esquinter (s’)

(Bras-de-Fer, 1829) : Se casser.

Esquinter les tripes (s’)

(Rigaud, 1881) : Travailler ferme, — dans le jargon des voyous. C’est une variante de s’esquinter le tempérament.

Les bourgeois, ce sont tous des types
Qui s’lèv’nt jamais avant midi,
Pendant que l’peup’s’esquint’ les tripes ;
Pour eux tous les jours, c’est lundi.

(La petite Lune, 1879.)

Esquinteur

(Larchey, 1865) : Voleur par effraction.

Esquinteurs de boutogue : Enfonceurs de boutiques.

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Voleur avec effraction. Un esquinteur chouette qui vous la met en dedans aux petits oignes. — Vol à l’esquinte, vol avec effraction.

Essayer le tremplin

(Delvau, 1867) : Jouer dans un lever de rideau ; être le premier à chanter dans un concert. Argot des comédiens et des chanteurs de café-concert. On dit aussi Balayer les planches.

Essayer un lit

(Delvau, 1864) : Tirer un coup dessus.

Sur le lit que j’ai payé
Je ne sais ce qui se passe,
A peine l’ai-je essayé,
Que le bougre me le casse.

Gustave Nadaud.

Essayer une femme

(Delvau, 1864) : Coucher plusieurs fois avec elle pour s’assurer qu’elle baise bien, qu’elle aime vraiment l’homme.

Viens donc m’essayer prompt’ment,
Et si tu m’trouv’s dign’ d’êtr’ ta femme,
Nous f’rons mettr’ dessus notre flamme
Pour quéqu’ sous d’ Saint-Sacrement.

(Parnasse satyrique.)

Essence de

(Rigaud, 1881) : Eau, — dans le jargon du peuple. De l’essence de parapluie, merci, n’en faut pas ; c’enrhume le picton.

Essence de chaussettes

(Delvau, 1867) : s. f. Sueur des pieds, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Sueur des pieds (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mauvais café.

Essentiel

(Fustier, 1889) : « Dans le quart du monde, ces demoiselles ont trouvé une nouvelle façon d’appeler leur monsieur sérieux. Elles le nomment l’essentiel. »

(Événement, décembre 1886.)

Essentiel fait penser à ce que les joueurs de profession appellent leur matérielle. (V. infra ce mot.)

Esses (faire des)

(Rigaud, 1881) : Marcher en faisant des zigzags à la manière des ivrognes, comme si l’on traçait des S sur la chaussée.

Essuyer les plâtres

(Delvau, 1867) : v. a. Habiter une maison récemment construite, dont les plâtres n’ont pas encore eu le temps de sécher. Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop maquillées.

(Rigaud, 1881) : Habiter une maison nouvellement construite. Lorsqu’on eût bâti le quartier Saint-Georges, les loyers des maisons y furent cotés à très bas prix, pour attirer les locataires. Les filles plus ou moins entretenues s’y réfugièrent, furent baptisées lorettes et essuyèrent pas mal de plâtres. De cette époque date la locution. Aujourd’hui, l’essuyage des plâtres est plus cher : il s’opère rue Maubeuge avec le concours des lorettes du jour, nommées biches, cocottes, etc… — Essuyer les plâtres signifie encore, en termes galants, obtenir les premières faveurs d’une belle.

Essuyer les spermes

(Delvau, 1864) : Baiser une femme qui a été baisée déjà, plusieurs fois dans la journée ou dans la soirée, et n’a pas eu le temps de nouer sa ceinture entre l’amant d’un franc et celui de cent sous.

Il est des spermes qu’on n’essuie pas.

Bataille.

Essuyeuse de plâtres

(Delvau, 1867) : s. f. Lorette, petite dame, parce que ce type parisien, essentiellement nomade, plante sa tente où le hasard le lui permet, mais surtout dans les maisons nouvellement construites, où l’on consent à l’admettre à prix réduits, et même souvent pour rien. C’est ainsi qu’on fait essayer les ponts aux soldats.

Estafe

(La Rue, 1894) : Poule. Taloche.

Estaffe

(d’Hautel, 1808) : Pour caloche, mornifle, mauvais coup.
Il a reçu son estaffe. Se dit de quelqu’un à qui l’on a donné une volée de coups de bâton, au moment où il ne s’y attendoit pas ; d’un bretteur qui a trouvé son maître ; d’un mauvais garnement qui s’est fait tuer dans une affaire.

Estaffier

(Delvau, 1867) : s. m. Sergent de ville, mouchard, — dans l’argot du peuple, fidèle à la tradition.

Estaffion

(Delvau, 1867) : s. m. Chat, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Griffard.

(Delvau, 1867) : s. m. Taloche, coup de poing léger, — dans l’argot du peuple.

Estaffiou ou estaffion

(Virmaître, 1894) : Chat. Estaffiou veut dire aussi dire gifle, baloche (Argot des voleurs).

Estafilade

(d’Hautel, 1808) : Il a reçu une bonne estafilade. Pour, il a été blessé grièvement.

Estafilader

(d’Hautel, 1808) : Donner des coups du tranchant d’un sabre ; blesser, emporter la pièce.

Estaflion, Estaffier

(Rigaud, 1881) : Chat, — dans le jargon des voleurs.

Estaflon

(La Rue, 1894) : Chat. Chapon. Taloche.

Estafon

(anon., 1827) : Chapon.

(Halbert, 1849) : Chapon.

(Rigaud, 1881) : Chapon, — dans l’ancien argot.

Estafou

(Bras-de-Fer, 1829) : Chapon.

Estamper

(La Rue, 1894) : Escroquer. Estampeur, escroc.

(Virmaître, 1894) : Tromper quelqu’un. Emprunter de l’argent sens le rendre, c’est estamper le prêteur. Allusion au balancier de machine qui frappe. L’estampeur tape (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : C’est tromper sur une vente. On s’est fait estamper lorsque l’on a été trompé sur la valeur d’un achat ; on s’est fait estamper, lorsque l’on vous a fait un emprunt que l’on ne vous a pas rendu. Estamper veut aussi dire tromper sur la quantité ou la qualité. Une chose qui ne vaut rien ou est de mauvaise qualité est de l’estampe.

(Hayard, 1907) : Voler, duper, escroquer.

Estampeur

(Virmaître, 1894) : V. Estamper.

(Rossignol, 1901) : Celui qui estampe.

Estampiller

(Delvau, 1867) : v. a. Marquer du fer rouge, — dans l’argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Souffleter avec force, laisser la marque du soufflet sur la figure. Souffleter avec les poings. Autrefois on estampillait les criminels en les marquant d’un fer rouge à l’épaule. L’estampille y c’était la marque.

(La Rue, 1894) : Souffleter avec force ou avec le poing. Marquer du fer rouge.

Estaphe

(Fustier, 1889) : Poule. Jargon des voleurs.

Estaphle, Estable

(Rigaud, 1881) : Poule, — dans le jargon des voleurs.

Estasi

(Rigaud, 1881) : Ivre, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire extasié, qui est en extase, que le peuple prononce estase. L’homme estasi est celui qui a l’ivresse contemplative, portée à la rêverie.

Estiffet

(d’Hautel, 1808) : Et plus ordinairement Estiflet. Bibus, bagatelle, la moindre chose, presque rien.
Je m’en soucie comme d’un estiflet. Pour, je m’en mets peu en peine.
Je n’en donnerois pas un estiflet. C’est-à-dire, moins que rien.
Cela ne vaut pas un estiflet. Pour, cela ne vaut pas la moindre chose.

Estio

(Halbert, 1849) : Esprit.

Estoc

(d’Hautel, 1808) : Mot équivoque et plaisant qui signifie esprit, perspicacité, intelligence, pénétration.
Tu n’as point d’estoc. Pour, tu es peu industrieux, peu pénétrant.
J’y ai mis tout mon estoc. Pour, tout mon savoir, toute l’étendue de mes facultés, tout mon esprit.

(d’Hautel, 1808) : Épée.
Se battre d’estoc et de taille. Pour dire, du tranchant et de la pointe ; à tort et à travers ; de toutes les façons.

(Larchey, 1865) : Esprit, malice (Vidocq). — Acception figurée du mot qui désigne ordinairement une pointe acérée.

(Delvau, 1867) : s. m. Esprit, finesse, malice, — dans l’argot des voleurs, qui emploient là une expression de la langue des honnêtes gens.

(La Rue, 1894) : Esprit, malice.

Estoc, Estoque

(Rigaud, 1881) : Malice, — dans le jargon des voleurs.

Estocade

(d’Hautel, 1808) : Longue épée. S’emploie aussi pour escroquerie, demande d’argent faite par un homme qui n’a pas intention de le rendre.

Estocader

(d’Hautel, 1808) : Se battre à coups d’estocade ; se disputer sur des riens, sur des pointes d’aiguilles ; agir de ruse, de supercherie.

Estom

(Larchey, 1865) : Estomac. — Abréviation.

Je lui appuie le genou sur l’estom.

Monselet.

Estomac

(d’Hautel, 1808) : Il a un estomac d’autruche, il digéreroit le fer. Se dit d’un gourmand à qui rien ne peut faire mal ; et d’un homme qui a l’estomac bien constitué.

(Delvau, 1867) : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot :

Quant je voy Barbe en habit bien luisant,
Qui l’estomac blanc et poli desœuvre.

(Rigaud, 1881) : Courage, intrépidité, — dans l’argot des joueurs.

Avoir de l’estomac au jeu, c’est poursuivre la veine sans se déconcerter, sans broncher, dans la bonne ou la mauvaise fortune.

(Les Joueuses, 1868.)

Peu de joueurs étaient aussi crânes, avaient un pareil estomac !

(Vast-Ricouard, le Tripot, 1880.)

Beau joueur, Grandjean, et quel estomac !

(Figaro du 5 mars 1880.)

On dit d’un joueur très intrépide qu’il a un estomac d’enfer.

(La Rue, 1894) : Courage, audace au jeu.

Estomac (avoir beaucoup d’)

(Fustier, 1889) : Argot des cercles. Jouer gros jeu. — Avoir une grosse fortune ; présenter des garanties sérieuses au point de vue commercial. C’est une variante de : Avoir les reins solides.

Blancheron, un coulissier et un des plus fiers estomacs de la Bourse.

(De Goncourt : La Faustin.)

Estomac (avoir de l’)

(Delvau, 1864) : C’est-à-dire de la poitrine, avec de gros tétons. — On dit, en plaisantant, d’une femme qui a de gros tétons, qu’elle est poitrinaire.

Le parrain, vieux païen,
Lorgnant la double loupe,
De Suzon qui boit bien,
Remplit souvent la coupe ;
Et le vaurien, touche en servant la soupe,
D’un doigt fripon, l’estomac de Suzon.

Ch. Colmance.

Estomaqué

(Delvau, 1867) : adj. Étonné, stupéfait, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Stomaqué.

(Rigaud, 1881) : Ému au point de ne pouvoir parler. Mot à mot : étouffé par la contraction de l’estomac.

Estomaquer

(d’Hautel, 1808) : S’estomaquer. Pour se fâcher, se dépiter, prendre de l’humeur ; se trouver offensé d’une légère plaisanterie.

Estome

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope d’Estomac, — dans l’argot des faubouriens.

Estoque

(Rossignol, 1901) : Un bijou en faux est de l’estoque.

Estorgue

(Clémens, 1840) : Mal fait.

(Larchey, 1865) : Fausseté. — Chasses à l’estorgue : Yeux louches (Vidocq). — Du vieux mot estor : duel, conflit. V. Roquefort. — Deux yeux louches ont l’air en effet de se contrarier ; et, comme on dit dans le peuple, ils se battent en duel. — Un centre à l’estorgue (faux nom) amène de même un malentendu (estor). V. Dévider.

(Delvau, 1867) : s. f. Fausseté, méchanceté, — dans l’argot des voleurs. Centre à l’estorgue. Faux nom. Chasse à l’estorgue. Œil louche, — storto.

(Rigaud, 1881) : Fausseté, malice, méchanceté, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Fausseté, mensonge, malice, méchanceté. Mal fait.

Estourbi

(Rossignol, 1901) : Tué.

Estourbir

(Larchey, 1865) : Tuer. — Mot à mot : mettre hors de combat. — Du vieux mot estor : choc, mêlée, duel (Roquefort).

En goupinant de cette sorte, les parains seront estourbis ; il sera donc impossible de jamais être marons.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens et des voleurs. Le vieux français avait esturbillon, tourbillon, et le latin exturbatio. L’homme que l’on tue au moment où il s’y attend le moins doit être en effet estourbillormé. Signifie aussi Mourir.

(Rigaud, 1881) : Étourdir ; assommer à coups de poing, à coups de bâton.

(La Rue, 1894) : Tuer.

(Virmaître, 1894) : Tuer un individu par surprise (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Tuer.

(Hayard, 1907) : Tuer.

Estourbir (s’)

(Delvau, 1867) : Disparaître, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens. Par extension : Mourir.

(La Rue, 1894) : Disparaître. Mourir.

Estrangouillade

(Delvau, 1867) : s. f. Action d’étrangler, strangulare, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Étranglement. Mot importé par MM. les Auvergnats, porteurs d’eau.

Estrangouiller

(Larchey, 1865) : Étrangler (Vidocq). — À peu de chose près, c’est le latin strangulare.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Étrangler quelqu’un, étouffer.

(Rigaud, 1881) : Étrangler ; du catalan estrangolar.Estrangouiller un litre, boire un litre de vin. Mot à mot : étrangler un litre.

(La Rue, 1894) : Étrangler.

Estropier un anchois

(Delvau, 1867) : v. a. Manger un morceau pour se mettre en appétit ; faire un déjeuner préparatoire. Argot des ouvriers.

Estropier un anchois, un hareng

(Rigaud, 1881) : Manger un morceau sur le pouce.

Estuc

(La Rue, 1894) : Part de vol.

Estuquer

(anon., 1827) : Attraper un coup.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Recevoir un coup.

(Bras-de-Fer, 1829) : Attraper un coup.

(Halbert, 1849) : Attraper un coup.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Donner ou recevoir des coups, — dans l’argot du peuple.

(Hayard, 1907) : Partager.

Et allez donc !

(Delvau, 1867) : Phrase exclamative, une selle à tous chevaux : on l’emploie volontiers pour renforcer ce qu’on vient de dire, comme coup de fouet de la fin.

Et cœtera

(d’Hautel, 1808) : Et cœtera pantouffle. Quolibet dont on se sert, lorsqu’un ouvrage pénible et ennuyeux vient à être terminé.
Dieu nous garde d’un et cœtera de notaire et d’un quiproquo d’apothicaire. L’un ruine la bourse et la tranquillité, et l’autre envoie dans l’autre monde.

Et cœtera de notaire et quiproquo d’apothicaire

(Rigaud, 1881) : Chose, événement funeste. Un vieux proverbe dit :

Dieu vous garde l’un et cœtera de notaire et d’un quiproquo d’apothicaire !

Et le pouce !

(Larchey, 1865) : Terme ironique pour dire : Il y a beaucoup plus que vous ne dites, le pouce dont vous parlez vaut plusieurs pieds. le coup de pouce du détaillant est une manœuvre qui permet de vendre à faux poids avec des balances exactes.

Et mèche !

(Delvau, 1867) : Formule de l’argot des faubouriens, employée ordinairement pour exagérer un récit : « Combien cette montre a-t-elle coûté ? soixante francs ? — Soixante francs, et mèche ! » c’est-à-dire beaucoup plus de soixante francs.

Et ta sœur !

(Delvau, 1867) : Expression fréquemment employée par les faubouriens à tout propos et même sans propos, comme réponse à une importunité, à une demande extravagante, ou pour se débarrasser d’un fâcheux. On dit quelquefois aussi : Et ta sœur, est-elle heureuse ? C’est le refrain d’une chanson très populaire, — malheureusement.

Et ta sœur ?

(Virmaître, 1894) : Façon ironique de répondre à une question ennuyeuse. Il arrive fréquemment que la réponse est raide.
— Et ta sœur ?
— Elle est à Saint-Lazare qui bat du beurre ; quand elle battra de la merde la crème sera pour toi.
— Et ta sœur ?
— Elle est couverte d’ardoises, les crapauds ne montent pas dessus.
— Et ta sœur ?
— Elle est à Saint-Lazare qui fait de la charpie pour la tienne.
— Et ta sœur ?
— Elle est au Panthéon qui prie le bon Dieu pour que tu soies moins… melon.
On pourrait varier à l’infini ces citations (Argot du peuple). N.

Étage

(d’Hautel, 1808) : Être fou à triple étage. Pour extravaguer, être sot au dernier point.

Étagère

(Fustier, 1889) : Femme qui dans les restaurants parisiens est préposée au service des desserts qui sont en général exposés sur une étagère.

Étal

(Delvau, 1867) : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot des faubouriens, qui appellent la chair de la viande.

Étalage (vol à l’)

(Rigaud, 1881) : Il faut être deux pour opérer et choisir le moment où un marchand est seul dans sa boutique. L’un des voleurs s’empare de quelques objets à l’étalage et se sauve ; après quoi le compère entre, prévient le marchand et lui désigne un paisible promeneur. Tandis que le boutiquier court après le promeneur, le compère, à son tour, fait son choix et se sauve. Ce genre de vol a reçu encore le nom de vol à la carambole, c’est-à-dire vol au carambolage.

Étaler

(Delvau, 1867) : v. a. Jeter par terre, — dans l’argot du peuple. S’étaler. Se laisser tomber.

Étaler (s’)

(Rigaud, 1881) : Se laisser tomber de tout son long dans la rue.

Étaler sa barbaque

(Hayard, 1907) : Tomber.

Étaler sa bidoche

(Virmaître, 1894) : Se décolleter par en haut. Raccourcir ses jupes par en bas. Mot à mot : étaler sa viande. Les filles appellent cette manière de s’habiller ou plutôt de se déshabiller l’éloquence de la chair car elles ne pratiquent pas le proverbe : À bon vin pas d’enseigne (Argot du peuple). N.

Étaler sa marchandise

(Delvau, 1867) : v. a. Se décolleter trop, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des marchandes d’amour.

Étalon

(Delvau, 1864) : Beau fouteur, homme de qui les femmes, — même les plus bêtes, aiment les saillies.

Dans nos haras en Turquie,
Femme un peu jolie
Veut au gré de son envie,
Se voir bien servie,
L’être par onze ou douze étalons
Grands, gros, gras, beaux, blancs, noirs ou blonds.

Collé.

J’ai un étalon d’ordinaire, et encore d’autres amoureux.

P. De Larivey.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de galante humeur, — dans l’argot du peuple.

Étalon (royal)

(Rigaud, 1881) : Le mari de la reine, le prince-époux dans les pays qui n’ont pas l’équivalent de notre loi salique, — dans l’argot des cours.

Étamer

(Rigaud, 1881) : Condamner pour récidive. — Étamé, récidiviste. — Étamage, récidive. Aller se faire étamer aux petits gerbes.

Étamine

(d’Hautel, 1808) : Passer à l’étamine. Pour dire être sévèrement examiné, soit sous le rapport des mœurs, soit sous le rapport des sciences.
Passer à l’étamine. Signifie aussi éprouver les revers de la fortune, connoître le malheur et l’adversité.

(Delvau, 1867) : s. f. Chagrin, misère, — dans l’argot du peuple, qui sait que l’homme doit passer par là pour devenir meilleur. Passer par l’étamine. Souffrir du froid, de la faim et de la soif.

Étanche (avoir le goulot en)

(Fustier, 1889) : Avoir le gosier altéré.

Charge-moi vite une gobette de champoreau ; j’ai le gosier en étanche !

(Réveil, 1882.)

État-major

(Fustier, 1889) : Argot de caserne. Boisson composée de vin, d’eau-de-vie et de sirop de groseille. (P. Ginisty : Manuel du parfait réserviste.)

Éteignoir

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où vient en effet s’éteindre, en fondant, la chandelle de l’homme.

La chandelle était trop petite,
Ou l’éteignoir était trop grand.

Émile Debraux.

Nous allâmes rire chez moi de cette tragi-comédie et éteindre dans nos voluptueux ébats, les feux dont ce spectacle lascif venait de nous embraser.

(Félicia.)

Il avait éteint sa chandelle par deux fois.

Noel Du Fail.

(Larchey, 1865) : Nez aussi gros qu’un éteignoir.

Ah ! Quel nez ! Rien que de l’apercevoir, On s’dit : Dieu ! quel éteignoir !

Guinod 1839.

V. Piston.

(Larchey, 1865) : Personne assez maussade pour éteindre la gaîté de ses voisins.

(Rigaud, 1881) : Préfecture de police ; Palais de Justice ; double allusion aux tours de la Conciergerie terminées en forme d’éteignoir, et à la situation de l’accusé qui est éteint, qui est enlevé à la clarté du jour.

(Virmaître, 1894) : Cafard qui éteint l’intelligence des enfants qu’il est chargé d’instruire. Éteignoir : individu morose qui éteint toute gaieté dans une réunion. Éteignoir : nez monumental.
— Dérange donc ton nez que je voie la tour Eiffel (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Nez.

Éteindre

(d’Hautel, 1808) : Il s’éteint comme une chandelle. Pour il traîne en langueur ; il va en dépérissant.
Le peuple conjugue ce verbe comme peigner, et dit au futur, j’éteignerai, tu éteigneras, il éteignera, etc. Au lieu de dire j’éteindrai, etc.

Éteindre son gaz

(Delvau, 1867) : v. a. Se coucher, — dans l’argot du peuple. Le mot est de Gavanri. Se dit aussi pour Mourir.

(Fustier, 1889) : Mourir.

Éteint

(Fustier, 1889) : Une des dernières incarnations du bon jeune homme à la mode.

Rastaquouères fraîchement débarqués, jeunes éteints du dernier cri, millionnaires sans le sou…

(France libre, juillet 1885.)

Étendard d’amour (l’)

(Delvau, 1864) : Le membre viril, qui conduit les femmes à la victoire et au bonheur.

Parfois, chez le polisson,
D’amour l’étendard se hausse.

Jules Poincloud.

Étendre

(d’Hautel, 1808) : Le cuir sera à bon marché, cette année, les veaux s’étendent. Se dit par reproche à quelqu’un qui tient des postures messéantes.
Étendre la courroie. Passer les bornes prescrites.

Étendre sur le dos (s’)

(Delvau, 1864) : Se mettre en posture pour recevoir l’assaut de l’homme.

Elle s’étend de nouveau sur le dos et il se met en devoir de la baiser.

Lemercier de Neuville.

Éternuer dans du son

(Delvau, 1867) : v. n. Être guillotiné, — dans l’argot dos bagnes. On dit aussi Éternuer dans le sac.

Éternuer dans le sac, dans le son

(Rigaud, 1881) : Être guillotiné. Allusion au sac de son destiné à étancher le sang du supplicié.

Éternuer un nom

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot du peuple, d’un nom difficile à prononcer, à cause des nombreuses consonnes sifflantes qui le composent, par exemple les noms polonais.

Étique

(d’Hautel, 1808) : On dit en plaisantant, et par jeu de mots, d’une personne qui a la main maigre et décharnée, qu’elle est pathétique.

Étiquette

(d’Hautel, 1808) : Juger sur l’étiquette du sac. Juger d’un homme par l’éclat ou la médiocrité de sa mise ; par les tons de sa physionomie.

Étoffe

(d’Hautel, 1808) : Donner dans l’étoffe. Pour dire avoir la passion des beaux habits, des beaux meubles, dépenser tout son bien de cette manière.
Être de mince étoffe. Pour d’une basse condition.

Étoffé

(d’Hautel, 1808) : Un homme bien étoffé, une femme bien étoffée. Pour dire bien vêtu, mis d’une manière décente.
On dit aussi d’une personne grasse et dodue, qu’elle est bien étoffée.

Étoffes

(Boutmy, 1883) : s. f. pl. Écart entre le prix de revient et le prix marqué sur la facture du client. Les étoffes sont, en général, de 50 à 60 pour 100. Elles sont destinées à couvrir les frais généraux, l’usure du matériel, l’intérêt du capital engagé, et le restant, plus faible qu’on ne croit en général, constitue le bénéfice réalisé.

Étoile

(d’Hautel, 1808) : Voir les étoiles en plein midi. Recevoir un grand coup sur les yeux : éprouver un grand éblouissement : se tromper d’une manière grossière.
Être logé à la belle étoile : coucher à la belle étoile. Coucher dehors, en plein air.

(Larchey, 1865) : Croix d’honneur.

Ceux qui n’ont pas l’étoile disent : Bon ! je l’aurai une autre fois.

E. Sue.

Avoir les deux, les trois étoiles : Être nommé général de brigade, général de division. — Les étoiles placées sur l’épaulette sont la marque distinctive de ces deux grades.

(Larchey, 1865) : Femme réputée en tel ou tel genre. On dit indifféremment : une étoile du monde officiel, une étoile du monde galant, une étoile du monde dramatique.

(Delvau, 1867) : s. f. Cantatrice en renom, comédienne hors ligne, premier rôle d’un théâtre, — dans l’argot des coulisses, où il y a tant de nébuleuses.

(Delvau, 1867) : s. f. Bougie allumée ou non, — dans l’argot des francs-maçons. Étoile flamboyante. Le symbole de la divinité.

Étoile de l’honneur

(Delvau, 1867) : s. f. La croix de la Légion d’honneur, — dans l’argot des vaudevillistes, plus académiciens qu’ils ne s’en doutent.

Étonner

(d’Hautel, 1808) : Il est bon cheval de trompette ; il ne s’étonne pas pour le bruit. Se dit d’un homme que rien ne peut distraire de ses idées, de ses desseins, qui est d’une apathie d’une tranquillité imperturbable.

Étouffage

(Rigaud, 1881) : Action de cacher de l’argent sur soi, d’empocher sans être vu une partie du gain, — dans le jargon des joueurs.

(Rigaud, 1881) : Escamotage d’argent opéré, au jeu, soit par un garçon, soit par un joueur, il a fait plus de dix fois le coup de l’étouffage.

(Fustier, 1889) : Vol. Étouffer, voler. Étouffeur, grec, voleux. Argot des joueurs. (V. Delvau : Étouffoir.)

(La Rue, 1894) : Escamotage d’argent au jeu. Vol. Étouffer, dérober voler.

Étouffé

(Fustier, 1889) : C’est ainsi qu’on a surnommé pendant quelque temps les jeunes poseurs qui ont la prétention de représenter l’élégance, le bon ton et les belles manières.

Songez que cela ne s’adresse point aux petits étouffés qui amènent dix-sept ou dix-huit au dynamomètre.

(France libre, juillet 1884.)

Étouffe, Étouffoir

(Rigaud, 1881) : Tripot, maison de jeu clandestine, table d’hôte où l’on joue l’écarté comme d’autres jouent du couteau.

Étouffer

(Delvau, 1867) : v. a. Cacher, faire disparaître, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Cacher de l’argent sur soi. En terme de joueur, on étouffe lorsqu’on met sournoisement en poche une partie de l’argent gagné et qu’on continue le jeu.

On le soupçonnait même de se réserver, quand il avait été heureux, la plus grande partie du gain, de l’étouffer, au lieu d’en remettre, comme il eût été juste, la moitié à son associé.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(Virmaître, 1894) : Du vieux mot estouffer, prendre, cacher, faire disparaître (Argot du peuple). V. Étouffeur.

(Hayard, 1907) : Cacher.

Étouffer un perroquet

(Boutmy, 1883) : v. Expression pittoresque pour dire : Boire un verre d’absinthe, sans doute à cause de la couleur verte de ce funeste breuvage.

Étouffer une bouteille

(Delvau, 1867) : v. a. La boire, la faire disparaître jusqu’à la dernière goutte, — dans l’argot du peuple.

Étouffer, Étrangler

(Rigaud, 1881) : Avaler. — Étouffer un perroquet, étrangler un perroquet, avaler un verre d’absinthe.

Étouffeur

(Delvau, 1867) : s. m. Libraire qui ne sait pas lancer ses livres ou qui ne veut pas lancer les livres édités par les autres libraires.

(Rigaud, 1881) : Libraire, éditeur, qui connaît mal son métier. Celui qui lance mal, qui ne sait pas lancer un ouvrage. Faute de quelques réclames dans les journaux, l’étouffeur voit moisir les éditions au fond de sa boutique.

(Virmaître, 1894) : On étouffe une affaire, un scandale. Un libraire étouffe un livre qu’il ne sait pas lancer. Le caissier qui vole son patron étouffe la monnaie. C’est surtout dans les cercles que les croupiers étouffent les jetons. On étouffe un perroquet. Étouffer, en un mot, est le synonyme de voler (Argot du peuple).

Étouffeur, Étouffeuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui cache de l’argent sur soi. Il y a beaucoup d’étouffeurs parmi les ouvriers, les jours de paye. On cache l’argent dans le collet de la redingote, dans les bas, dans la coiffe de la casquette, pour que la ménagère ne prenne pas tout.

Étouffoir

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tripot, lieu où se réunissent les escrocs.

(Delvau, 1867) : s. m. Table d’hôte où l’on joue l’écarté, — dans l’argot des voleurs, qui savent que dans ces endroits-là on ferme tout avec soin, portes et fenêtres, de peur de surprise policière.

(Virmaître, 1894) : Agence d’affaires ou de renseignements (Argot des voleurs). N.

Étoupe

(d’Hautel, 1808) : Mettre le feu aux étoupes. Brusquer une affaire, mettre tout en usage pour la faire réussir ; et, dans un autre sens, porter le trouble, le désordre : envenimer, aigrir les esprits par des inconséquences et des légèretés.

Étourdi

(d’Hautel, 1808) : Il est étourdi comme le premier coup de matines. Se dit d’un jeune homme d’une étourderie sans pareille ; qui oublie tout ce qu’on lui commande.

Étourdir

(Bras-de-Fer, 1829) : Tuer.

(Delvau, 1867) : v. n. Solliciter, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Solliciter. Étourdisseur, solliciteur. — Étourdissement, demande de service.

(La Rue, 1894) : Solliciter. Tuer. Tromper.

Étourdisseur

(Delvau, 1867) : s. m. Solliciteur.

Étourneau

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un écervelé, à un jeune étourdi, à un fat qui n’a de considération pour personne.
On prononce vulgairement étourgneau.

Étrangère (piquer l’)

(Larchey, 1865) : Penser à des choses étrangères à celles qui doivent occuper.

Il en est qui ne se font point scrupule de piquer l’étrangère, bouquiner, piquer un chien, c’est-à-dire rêver pendant les classes, lire des livres interlopes ou se pelotonner dans un coin pour dormir.

La Bédollière.

(Rigaud, 1881) : Protester, les armes à la main, contre le livre du docteur Tissot, — dans le jargon des collégiens.

Étrangler

(d’Hautel, 1808) : Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit d’une personne impatiente, vive, pétulante, et sujette à la colère et aux emportemens.
On dit d’un bâtiment dont les ailes sont trop serrées, qu’il est trop étranglé.
Étrangler la soif.
Avoir une soif ardente. Avoir le gosier sec et enflammé

Étrangler la chandelle

(Rigaud, 1881) : Renifler fortement pour finir par expectorer.

Étrangler un perroquet

(Rossignol, 1901) : Boire une absinthe pure.

(Hayard, 1907) : Boire une absinthe.

Étrangler une dette

(Delvau, 1867) : v. a. L’acquitter, pour s’en débarrasser lorsqu’elle est trop criarde, — dans l’argot des bohèmes.

Être

(d’Hautel, 1808) : On ne peut pas être et avoir été. C’est à-dire, jeune et vieux à-la-fois.
Il faut être tout ou tout autre. Avoir une opinion décidée.
Qù l’on est bien, il faut s’y tenir.
Quand on y est, on y est.
Se dit pour écarter les obstacles que l’on présente à l’accomplissement d’une affaire.

Être (en)

(Delvau, 1867) : v. n. Faire partie de la corporation des non-conformistes.

(Delvau, 1867) : v. n. Euphémisme de l’argot du peuple, qui est une allusion aux Insurgés de Romilly. (Voir ce mot.)

(Rigaud, 1881) : Être de la police. — L’expression sert aussi à sous-entendre un vice, une turpitude quelconque.

Être (l’)

(Larchey, 1865) : Être trompé par sa maîtresse ou par sa femme.

C’est notre sort… C’en est fait… je le suis.

Boucher de Perthes, 1836.

(Delvau, 1867) : Être trompé par sa femme, — dans l’argot des bourgeois, qui se plaisent à équivoquer sur ce verbe elliptique.

(Hayard, 1907) : Être cocu.

Être (ou n’être pas) sauvage

(Delvau, 1864) : Éviter les hommes ou accepter et même rechercher leurs hommages.

Alors, Jupin, prenant l’ parti d’ la dame,
Dit au Cyclope : un mot va t’apaiser :
Si tu n’ veux pas qu’on reconnaiss’ ta femme
En sauvag’ faut la déguiser.

Em. Debraux.

Être (y)

(Delvau, 1864) : Sous-entendu : être dans le con d’une femme.

J’entre aisément à cette fois-ci. — Vous y êtes assurément — Oui, parbleu ! tout y est.

La Popelinière.

Être à

(Rigaud, 1881) : Indique une disposition d’esprit ou de caractère quelconque. C’est ainsi qu’on dit : Être à la cascade, pour être d’humeur joviale ; être à l’enterrement, pour être d’un caractère triste ; être à la roublardise, pour avoir la réputation d’un homme rusé, etc., etc.

Être à couteaux tirés avec quelqu’un

(Delvau, 1867) : Être brouillé avec lui, ne plus le saluer ni lui parler, — dans l’argot des bourgeois.

Être à cran

(Rossignol, 1901) : En colère.

Être à feu

(Delvau, 1867) : Être en colère, — dans l’argot des faubouriens.

Être à fond de cale

(Delvau, 1867) : N’avoir plus d’argent, — dans l’argot des ouvriers.

Être à jeun

(Delvau, 1867) : Être vide, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des choses aussi bien qu’à propos des gens, au sujet d’un sac aussi bien qu’au sujet d’un cerveau. Avoir la sacoche à jeun. N’avoir pas le sou.

Être à l’huile

(Rossignol, 1901) : Celui qui ne reçoit aucune rétribution d’un théâtre pour y figurer, est à l’huile.

Être à l’ombre

(Delvau, 1867) : v. n. Être en prison, — dans l’argot du peuple.

Être à la bonne

(Delvau, 1867) : v. n. Inspirer de la sympathie, de l’intérêt de l’amour, — dans l’argot du peuple, qui a conservé là, en la modifiant un peu, une vieille expression française. Les gens de lettres modernes ont employé cette expression à propos de M. Sainte-Beuve, et ils ont cru l’avoir inventée pour lui. « Vous ne poviez venir à heure plus opportune, nostre maistre est en ses bonnes, » dit Rabelais.

Être à la campagne

(Delvau, 1867) : v. n. Être à Saint-Lazare, — dans l’argot des filles qui rougissent d’aller prison et ne rougissent pas d’autre chose non moins grave.

Être à la chancellerie

(Delvau, 1867) : Être pris de façon à ne pouvoir se défendre, — dans l’argot des lutteurs français et anglais.

Être à la cloche

(Rossignol, 1901) : Écouter.

Tu entends ce que l’on dit à côté ? — Oui, depuis un instant, je suis à la cloche.

Être à la colle ou collé

(Rossignol, 1901) : Vivre maritalement sans l’être, c’est être à la colle ou collé. On dit aussi être marié au XXIe arrondissement, parce qu’il n’y en a que vingt.

Être à la côte

(Rossignol, 1901) : Sans argent.

Être à la coule

(Rossignol, 1901) : Malin, roué.

Être à la fête

(Delvau, 1867) : v. n. Être de bonne humeur ; — dans l’argot du peuple.

Être à la manque

(Delvau, 1867) : v. n. Tromper quelqu’un, le trahir, — dans l’argot des voyous.

Être à la paille (en)

(Delvau, 1867) : Être à l’agonie, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion à la paille que l’on étale dans la rue devant la maison où il y a un malade.

Être à la redresse

(Rossignol, 1901) : Voir être à la coule.

Être à la roue

(Rossignol, 1901) : Synonyme de être à la coule.

Être à lebref

(Clémens, 1840) : À son dernier sol.

Être à plusieurs airs

(Delvau, 1867) : v. n. Faire ses embarras ; faire ses coups à la sourdine, — dans l’argot des ouvriers.

Être à poil

(Delvau, 1864) : Être nue devant l’homme, ou nu devant la femme.

Je n’ bande jamais bien d’vant une gonzesse qu’est tout à poil.

Lemercier de Neuville.

Être à poils

(Larchey, 1865) : Être nu. — Monter à poils : Monter un cheval sans selle.

Être à pot et à feu avec quelqu’un

(Delvau, 1867) : Avoir un commerce d’amitié, vivre familièrement avec lui.

Être à sec

(Delvau, 1867) : N’avoir plus d’argent, — dans l’argot du peuple. C’est la même expression que Les eaux sont basses.

Être à tu et à toi avec quelqu’un

(Delvau, 1867) : Vivre familièrement avec quelqu’un, être son ami, ou seulement son compagnon de débauche.

Être allumé

(Delvau, 1864) : Avoir envie de baiser.

Aussi remarque-t-on de même le monarque allumé la suivre à pas précipités.

La Popelinière.

Être argenté

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir dans la poche quelques francs disposés à danser le menuet sur le comptoir du marchand de vin. Être désargenté. N’avoir plus un sou pour boire.

Être au beurre

(Rossignol, 1901) : Le contraire de être à l’huile.

Être au sac

(Fustier, 1889) : Avoir de l’argent.

Les deux amis se tombent dans les abatis l’un de l’autre et Hégésippe qui était au sac propose à Philoclès de venir prendre un petit quelque chose sur le pouce.

(Les mistouf’s de Télémaque.)

Être aux écoutes

(Delvau, 1867) : v. n. Faire le guet ; surprendre une conversation, — dans l’argot du peuple. L’expression sort de la langue romane.

Être avec

(Larchey, 1865) : Être maître ou amant.

Être avec un Anglais, c’était pour les femmes une fortune.

Villemot.

(Rigaud, 1881) : Vivre maritalement avec. — Être avec une femme.

Être avec un homme

(Delvau, 1867) : v. n. Vivre en concubinage avec lui, — dans l’argot des grisettes.

Être avec une femme

(Delvau, 1864) : Être son amant ; vivre en concubinage avec elle.

Être avec un Anglais, c’était pour les femmes une fortune.

Auguste Villemot.

(Delvau, 1867) : v. n. Vivre maritalement avec elle, — dans l’argot des ouvriers.

Être bien

(Larchey, 1865) : Être gris. Éprouver le bien-être factice causé par un commencement d’ivresse.

(Delvau, 1867) : v. n. Être en état d’ivresse, — dans l’argot du peuple.

Être bien aimable

(Delvau, 1864) : Phrase polie qui signifie : être bien cochonne, et qu’emploient volontiers les filles de la rue pour engager les passants à entrer dans le bordel où elles exercent et à y dépenser leur blanc.

Dites donc, bel homme, voulez-vous monter chez moi ! J’suis ben aimable ; v’nez, vous en serez pas fâché.

Henry Monnier.

Être bien de son pays

(Delvau, 1867) : Avoir de la naïveté, s’étonner de tout et de rien, se fâcher au lieu de rire. Argot du peuple.

Être bien emmanché

(Delvau, 1864) : Avoir un membre de conséquence, capable de contenter les femmes les plus difficiles.

Être bien né

(Delvau, 1864) : Avoir un nez gros ou long, ce qui est de bon augure, — selon les dames, — qui s’en rapportent au dicton : Gros nez, gros vit.

Être bien portant

(Delvau, 1867) : v. n. Être libre, — dans l’argot des voleurs.

Être bon la

(Delvau, 1867) : Demander plus qu’il n’est permis. Manifester des exigences ou des prétentions, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie cette expression qu’ironiquement, par antiphrase.

Être bref

(Delvau, 1867) : v. n. Être à court d’argent.

Être casquette

(Larchey, 1865) : Être ivre. — Mot à mot : avoir plein son casque. Casque est pris ici pour tête.

Il me demande si je veux m’humecter. Je lui dis que j’ai mon casque.

Monselet.

Ai-je manqué, soit à jeun, soit casquette, De t’apporter ma soif et ma chanson ?

Festeau.

Être chargé à cul

(Delvau, 1867) : Être pressé, scatologiquement parlant, — dans l’argot des commissionnaires.

(Virmaître, 1894) : Être saoul comme la bourrique à Robespierre. Allusion à une voiture chargée à cul qui ne peut avancer ; l’ivrogne fait de même (Argot du peuple).

Être chipé pour, être toqué de

(Hayard, 1907) : Aimer.

Être chouatte

(Clémens, 1840) : Être bon.

Être complet

(Delvau, 1867) : Être ivre-mort, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi, dans un sens ironique, Être parfait, — en vices.

Être cousu d’or

(Delvau, 1867) : Avoir beaucoup d’argent, — dans l’argot du peuple qui a l’hyperbole facile.

Être crotté

(Delvau, 1867) : N’avoir pas le sou, — dans l’argot des ouvriers tailleurs. Ils le disent aussi d’un travail pour lequel il manque la quantité d’étoffe voulue, ou qui nécessite une économie extraordinaire.

Être d’un bon suif

(Delvau, 1867) : Être ridicule, mal mis, ou contrefait, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Être d’un bon tonneau.

Être dans de beaux draps

(Delvau, 1867) : Se dit ironiquement de quelqu’un qui s’est attiré une fâcheuse affaire, ou qui est ruiné. Argot du peuple.

Être dans la mélasse

(Rossignol, 1901) : Dans la misère.

Être dans la panade

(Rossignol, 1901) : Misère.

Être dans la peau

(Larchey, 1865) : Être à la place.

Je ne voudrais pas être dans la peau du suborneur.

Gavarni.

Être dans la tourbe

(Rossignol, 1901) : Voir mélasse.

Être dans le lac

(Rossignol, 1901) : Être fichu, ne plus rien avoir à espérer.

Être dans le nez

(Clémens, 1840) : Être détesté.

Être dans le sixième dessous

(Delvau, 1867) : Être ruiné, ou mort, — forme explétive de Troisième dessous, qui est la dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra pour en receler les machines.

Être dans les papiers de quelqu’un

(Delvau, 1867) : Avoir sa confiance, son affection. On dit aussi Être dans les petits papiers de quelqu’un.

Être dans les vignes

(Delvau, 1867) : Être complètement ivre, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Être dedans.

Être dans ses bois

(Rossignol, 1901) : Celui qui habite dans ses meubles est dans ses bois.

Être dans ses petits souliers

(Delvau, 1867) : Être embarrassé, gêné par une observation, par une question, en souffrir et en faire la grimace, comme quelqu’un qui serait trop étroitement chaussé. Argot des bourgeois.

Être dans son dur

(Larchey, 1865) : Travailler avec ardeur et grande assiduité. Terme de compositeurs typographes.

J. Ladimir.

Être dans tous ses états

(Delvau, 1867) : Être très préoccupé d’une chose ; se donner beaucoup de mal, se remuer extrêmement à propos de n’importe quoi et de n’importe qui, et souvent ne pas faire plus de besogne que la mouche du coche. Même argot [des bourgeois].

Être dans un état voisin

(Delvau, 1867) : Être ivre, — dans l’argot des typographes, qui pratiquent volontiers l’ellipse et la syncope.

Être de ché, ou d’ché

(Delvau, 1867) : Être complètement saoul, — dans l’argot des voleurs.

Être de la bonne

(Clémens, 1840) : Être riche.

(Delvau, 1867) : v. n. Être heureux, avoir toutes les chances, — dans l’argot des voleurs.

Être de la dè

(Clémens, 1840) : Être malheureux.

Être de la fête

(Halbert, 1849) : Être bien mis.

(Delvau, 1867) : Être heureux ou hors de danger après avoir été compromis, menacé. Argot du peuple.

Être de la haute

(Delvau, 1864) : Appartenir au dessus du panier de la galanterie, être dame aux camélias et non simple gourgandine, se faire payer cinq cents francs et non cent sous.

Il y a lorette et lorette : Mademoiselle de Saint-Pharamond était de la haute.

Paul Féval.

(Delvau, 1867) : Appartenir à l’aristocratie du mal, — dans le même argot [du peuple]. Faire partie de l’aristocratie du vice, — dans l’argot des filles.

Être de la manchette

(Delvau, 1864) : Préférer le cul au con. — L’ordre de la manchette a précédé celui de la rosette… affaire de mode.

Et mille gens m’ont dit qu’il n’aimait pas le con ;
Au contraire, on m’a dit qu’il est de la manchette,
Et que faisant semblait de le mettre en levrette,
Le drôle en vous parlant toujours du grand chemin,
Comme s’il se trompait, enfilait le voisin.

Bussy-Rabutin.

Être de la nature des poireaux, la tête blanche et la queue verte

(Delvau, 1864) : Se dit d’un vieillard qui bande encore pour le beau sexe et n’a de neige que sur la tête.

Être de la noce

(Larchey, 1865) : Avoir de l’argent, c’est-à-dire les moyens de faire la noce. — N’être pas à la noce : Être dans une position critique.

Il y a eu un moment où je n’étais pas à la noce.

E. Sue.

Noceur : Débauché.

Ce grand noceur de Louis XV.

La Bédollière.

Chaque aimable danseur m’appelle la noceuse. La noce est mon bonheur.

Aubry, 1842.

Être de la paroisse de la Nigaudaie

(Delvau, 1867) : Être un peu trop simple d’esprit, — dans l’argot du peuple.

Être de la paroisse de Saint-Jean-le-Rond

(Delvau, 1867) : Être ivre, — dans l’argot des ouvriers irrévérencieux sans le savoir envers d’Alembert.

Être de la procession

(Delvau, 1867) : Être du métier. On dit aussi En être.

Être de mèche

(Rossignol, 1901) : Être de moitié dans une affaire, c’est être de mèche. Deux associés sont de mèche.

Être dedans (dans les vignes)

(Larchey, 1865) : Être ivre.

Quand on trinque avec une fille aimable il est permis de se mettre dedans.

Désaugiers.

Voir en dedans a la même signification, mais non la même racine. Il s’applique aux ivrognes illuminés qui se tiennent eux-mêmes de longues conversations. V. cocarde.

Être dématé

(Delvau, 1867) : Être vieux, impotent, — dans l’argot des marins.

Être des bons

(Larchey, 1865) : Avoir bonne chance.

Être dessous

(Delvau, 1867) : Être ivre, — dans l’argot du peuple.

Être du bâtiment

(Delvau, 1867) : v. n. Faire partie de la rédaction d’un journal. Être feuilletonniste ou vaudevilliste, — dans l’argot des gens de lettres, qui forment une corporation dont l’union ne fait pas précisément la force.

Être du quatorzième bénédicité

(Delvau, 1867) : Faire partie du régiment, — ou plutôt de l’armée des imbéciles.

Être échaudé

(Delvau, 1864) : Gagner la vérole ou la chaude pisse.

Être en délicatesse avec quelqu’un

(Delvau, 1867) : Être presque brouillé avec lui ; l’accueillir avec froideur, — dans l’argot des bourgeois.

Être en état, être ferme

(Delvau, 1864) : Être en érection, avoir ce qu’il faut, dans son pantalon, pour contenter une femme exigeante.

Je veux voir si vous êtes en état… Oui, vous êtes en état ! cochon !… Il est plus fort que tout à l’heure… et dur ! on dirait du fer !

Henry Monnier.

Soyez ferme, ne pliez plus,
Conservez toujours le dessus,
Evitez la paresse,
— Eh bien ?
Et surtout la mollesse ;
Vous m’entendez bien.

Domier.

Être en fine pégraine

(Delvau, 1867) : v. n. Être à toute extrémité, — dans l’argot des prisons.

(Virmaître, 1894) : Être sur le point de mourir.
— Le ratichon vient d’être epprené au castu, pour faire avaler le père la Tuile au frisé, il va tourner de l’œil (Argot des voleurs).

Être en queue

(Delvau, 1864) : Être en disposition de jouer de la queue avec avantage.

Il y a des jours où l’on est plus en queue que d’autres, où l’on baiserait volontiers toutes les femmes, si elles n’avaient, à elles toutes, qu’un con.

A. François.

Être en rut

(Delvau, 1864) : Avoir des démangeaisons de baiser, qu’on soit femme ou homme ; avoir une ardeur furibonde.

… Cinq ans mit tout le peuple en rut !
dit Auguste Barbier dans sa rude langue, à propos de la révolution de 1789.

Être en train

(Delvau, 1867) : v. n. Commencer à se griser, — dans l’argot des ouvriers.

Être encore (l’)

(Delvau, 1867) : C’est, pour une femme, avoir encore le droit de recevoir un bouquet de roses blanches, le jour de l’Assomption, sans être exposée à considérer le présent comme une épigramme.

(Rigaud, 1881) : Être encore vierge.

Être enrhumé de la queue

(Delvau, 1864) : Avoir une chaude-pisse, un écoulement gonorrhéique.

Être entiffé d’une largue

(Clémens, 1840) : Aimer une femme.

Être esbrouffeur

(Clémens, 1840) : Faire de l’embarras.

Être fort au bâtonnet

(Delvau, 1867) : Façon de parler ironique qu’on emploie à propos d’une maladresse commise.

Être gave

(Clémens, 1840) : Être pris de vin.

Être heureux

(Delvau, 1864) : Jouir en baisant ou en se masturbant, au moment où le sperme part sous l’action du frottement.

Tu vas te soulager, mon chéri, je te le promets ; le roi Louis-Philippe n’aura jamais été aussi heureux que tu vas l’être.

Lemercier de Neuville.

La douleur qu’il éprouve est quelquefois bien grande ;
Mais il ne se plaint pas : il est heureux… il bande !

Louis Protat.

Être inscrite

(Delvau, 1864) : Avoir sa carte de prostituée, délivrée par la préfecture de police.

J’avais un enfant, un graçon, il est mort… J’crois ben, j’nourrissais : l’idée de m’savoir inscrite, ça m’avait tourné mon lait.

Henry Monnier.

Être le bœuf

(Delvau, 1867) : v. a. Être victime de quelque mauvaise farce, de quelque mauvais coup, — dans l’argot du peuple, qui a voulu faire allusion au dieu Apis que l’on abat tous les jours dans les échaudoirs sans qu’il proteste, même par un coup de corne.

Être le plus heureux des hommes

(Delvau, 1864) : Ad sumnam voluptatem nervenire.

Être levé

(Larchey, 1865) : Signifie dans l’argot des débiteurs et des créanciers qu’on a à ses trousses un recors, qui vous a vu dans la rue ou déterré quelque part. — Montépin.

Être long

(Clémens, 1840) : Être dupe.

Être malade

(Clémens, 1840) : Me pas savoir ce qu’on dit.

Être manche à manche

(Larchey, 1865) : Avoir fait autant de progrès qu’un adversaire. — Mot à mot : être manche à manche. Au whist, la manche est une des parties liées qui compose le robber.

Ça nous met manche à manche. À quand la belle ?

E. Sue.

Être mariole

(Clémens, 1840) : Être malin.

Être marron

(Clémens, 1840) : Reconnu.

Être mûr

(Rossignol, 1901) : Ivre.

Être neuf ou neuve, ou novice

(Delvau, 1864) : Ne rien connaître de la rocambole de l’amour. N’avoir pas encore servi sur la femme ou sous l’homme ; avoir son pucelage — ou l’avoir perdu depuis peu !

Il est fort neuf, à la vérité, peu au fait du service des bains. J’ose cependant me flatter qu’il contenterait madame.

(Les Aphrodites.)

Être ou n’être pas en train de faire quelque chose

(Delvau, 1864) : Avoir ou n’avoir pas envie de baiser ; se sentir ou ne pas se sentir en queue.

Dis donc, chéri, pisq’t’es t’en train de rien faire, moi non plus, si nous tâchions d’ pioncer un peu.

Henry Monnier.

Être paf

(Delvau, 1867) : v. n. Être en état d’ivresse. Même argot [des faubouriens].

Être pion

(Clémens, 1840) : Être soûl.

Être pioncé

(Clémens, 1840) : Être couché.

Être près de ses pièces

(Delvau, 1867) : N’avoir pas d’argent ou en avoir peu. Argot du peuple.

Être prêt

(Delvau, 1864) : Bander suffisamment pour faire le voyage à Cythère.

A quoi bon, puisque tu n’es pas prêt ! — Oh ! tes caresses vont me ranimer !

Lemercier de Neuville.

Être pris dans la balancine

(Delvau, 1867) : Se trouver dans une position gênante. L’expression est de l’argot des marins.

Être raide, raide comme la justice

(Larchey, 1865) : Être ivre sans vouloir le paraître, se redresser avec affectation.

Dis donc Jules tu as bien dîné. — Il est raide.

Monselet.

Être rentré

(Clémens, 1840) : Sans le sol.

Être sur la planche

(Delvau, 1867) : v. n. Comparaître en police correctionnelle ou devant la Cour d’assises. Argot des voleurs.

Être sur le sable

(Delvau, 1867) : v. n. N’avoir pas de maîtresse, — dans l’argot des souteneurs, que cela expose à crever de faim.

Être sur le velours

(Rossignol, 1901) : Gagner. Le joueur qui a du gain est sur le velours.

Être trop petit

(Delvau, 1867) : N’avoir pas l’adresse ou le courage nécessaire pour une chose. Argot du peuple. T’es trop petit ! est une expression souveraine de mépris, dans la bouche des faubouriens.

Être vainqueur

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénèrien.

Lise d’un œil mourant et tendre
De Colin invite l’ardeur
Et sans songer à se défendre,
Souffre qu’il soit trois fois vainqueur.

Vadé.

Être vent dessus vent dedans

(Delvau, 1867) : Être en état d’ivresse, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Être vicère

(Clémens, 1840) : Pris, arrêté.

Être vu

(Rossignol, 1901) : Être refait. On dit aussi de celui qui a des penchants contre nature : il a été vu.

Étreindre

(d’Hautel, 1808) : Qui trop embrasse mal étreint. Signifie qu’il ne faut pas entreprendre plusieurs choses à-la-fois, si l’on veut les mener toutes à bien.

Étrenne

(d’Hautel, 1808) : Si c’est de lui dont tu te moques, tu n’en as pas l’étrenne. Se dit de quelqu’un qui n’est rien moins que malin, et qui est souvent en butte aux plaisanteries de ceux qui l’entourent.

Étrenne (avoir ou n’en pas avoir l’)

(Delvau, 1864) : Avoir le pucelage d’une fille ou d’un garçon — par devant, par derrière — ou des deux cotés.

J’ai ri de bon cœur, — d’un garçon d’honneur
A la figure éveillée.
Au premier signal — on ouvre le bal,
Sans trouver la mariée.
Notre égrillard — d’un air gaillard — l’amène
L’époux prétend — danser et prend — sa reine.
Va, dit le malin — au mari bénin,
Tu n’en auras — pas l’étrenne.

Elisa Fleury.

Étrenner

(Delvau, 1864) : Faire un miché ; raccrocher un homme dans la rue.

Voilà mon tour de bitume arrivé… Il faut qu’on m’étrenne !

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : v. n. Recevoir un soufflet, un coup quelconque. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Mal commencer la journée ; recevoir une réprimande en arrivant à l’atelier, — dans le jargon des ouvriers. — Recevoir une correction, — dans le jargon des mères de famille : Si tu n’es pas sage, tu vas étrenner.

(Hayard, 1907) : Recevoir des coups.

Étrier

(d’Hautel, 1808) : Il a le pied dans l’étrier. Signifie il est en mesure de faire son chemin ; il est sur le pinacle ; il a le vent en poupe.

Étriers trop courts

(Merlin, 1888) : Les cavaliers disent d’un homme aux jambes torses qu’il a les étriers trop courts.

Étrille

(d’Hautel, 1808) : Instrument de fer dont on se sert pour nettoyer les chevaux.
Cela vaut six sous comme le manche d’une étrille. Se dit par mépris d’une chose médiocre ou de peu de valeur.
Être logé à l’étrille. C’est-à-dire dans une auberge ou l’on fait payer trop cher.

Étriller

(d’Hautel, 1808) : Il été a bien étrillé. Pour dire vivement réprimandée, corrigé avec rudesse. On entend aussi par cette locution, que quelqu’un a essuyé une grosse perte, a fait une forte maladie.
On y est bien étrille. Se dit d’un traiteur qui écorche ses hôtes.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des coups, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

Étriqué

(d’Hautel, 1808) : Un habit étriqué. Pour dire écourté, où l’on a ménagé l’étoffe.

Étrivières

(d’Hautel, 1808) : Faire donner les étrivières à quelqu’un. Le fustiger, le châtier à coups de fouet.
Donner les étrivières, pour donner le fouet, corriger quelqu’un.

Étroite (faire l’)

(Rigaud, 1881) : Faire la prude, la mijaurée, se faire prier.

Tu frais pas tant l’étroite à c’t’ heure
Si j’t’aurais laissé t’fout’ dans l’eau.

(La Muse à Bibi, Nocturne.)

Étroite (faire son)

(Larchey, 1865) : Affecter un air virginal.

Etron

(Delvau, 1867) : s. m. Stercus, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Homme mou, sans consistance, sans valeur. L’expression est ignoble, mais elle a de nobles parrains. Rabelais n’a-t-il pas dit, au chapitre des Meurs et conditions de Panurge : « Il fit une tarte bourbonnoise, composée de force de ailz…, d’estroncs tous chaulx, et la destrempit en sanie de bosses chancreuses ? »

Étron

(d’Hautel, 1808) : Faire d’un étron un pain de sucre. Signifie donner une grande importance à peu de chose ; faire un grand mystère de rien ; faire plus de bruit que de besogne.
Il brille comme un étron dans une lanterne. Se dit salement et par dérision de quelqu’ornement qui jette peu d’éclat, d’un homme qui a un emploi au-dessus de ses facultés, ou qui ne fait pas honneur à sa place.

Étron de mouche

(Larchey, 1865) : Cire (Vidocq). — allusion au travail des abeilles.

(Rigaud, 1881) : Cire, — dans le jargon des voleurs.

Étronner

(Delvau, 1867) : v. n. Cacare, — dans l’argot des faubouriens.

Étudiant de la grève

(Delvau, 1867) : s. m. Maçon, — dans l’argot du peuple.

Étudiante

(Larchey, 1865) : Maîtresse d’étudiant.

Toute étudiante pur-sang fume son petit cigare.

L. Huart.

V. Haute.

(Delvau, 1867) : s. f. Grisette, — dans l’argot des ouvriers. Étudiante pur sang. Fille destinée à embellir l’existence de plusieurs générations d’étudiants.

Étui

(d’Hautel, 1808) : Un visage à étui. Pour dire un laid visage qu’il faut cacher.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, — dans laquelle l’homme fourre sa grosse aiguille.

Elle ne voulut oncques que le marié le mit en son étui.

B. Desperriers.

— Se dit aussi du membre viril, à cause de sa forme :

Vous qui, pour charmer vos ennuis,
Empoignez… des aiguilles,
Venez, je fournis des étuis
Qui vont à tout’s les filles…

(Chanson anonyme moderne)

(Delvau, 1867) : s. m. La peau du corps, — dans l’argot du peuple, qui a l’honneur de se rencontrer avec Shakespeare (case). Se dit aussi pour Vêtements.

(Virmaître, 1894) : V. Cuir.

Étui (?)

(Rossignol, 1901) : « Ma brave femme vous allez perdre vos aiguilles, la Position que vous avez pour cueillir de l’herbe fait ouvrir votre étui. »

Étui à lorgnette

(Delvau, 1867) : s. m. Cercueil, — dans l’argot des voyous, qui ont parfaitement saisi l’analogie de forme existant entre deux choses pourtant si différentes comme destination.

Eudoxie

(Rigaud, 1881) : C’est, en style de troupier, le synonyme, pour le moment usité, du vieux Thomas et de Jules, alias pot de chambre, tinettes, latrines portatives.

Eugueuler

(Delvau, 1867) : v. a. injurier grossièrement ; provoquer, chercher querelle. Se faire engueuler. Se taire attraper.

Eunuque

(Delvau, 1864) : Homme à, qui l’on a enlevé les attributs de la virilité, pour qu’il puisse garder impunément au sérail. Mais tous les eunuques ne sont pas gardiens de harems.

Eustache

(d’Hautel, 1808) : Un eustache. On donne ce nom à une espèce particulière de couteau dont se servent les gens de la plus basse condition.
Eustache pot à l’eau. Dénomination baroque et insultante que l’on donne par mépris à quelqu’un dont on a oublié le nom.

(Delvau, 1867) : s. m. Couteau, — dans l’argot du peuple, qui dit aussi : Ustache.

(La Rue, 1894) : Couteau.

(Virmaître, 1894) : Couteau (Argot du peuple). V. Lingre.

(Hayard, 1907) : Couteau.

Évacuer du couloir

(Fustier, 1889) : Sentir mauvais de la bouche.

Évangile

(d’Hautel, 1808) : Tout ce qu’il dit n’est pas mot d’évangile. Pour la bonne foi de cet homme est suspecte ; ses discours sont dénués de vérité.

Évanouir

(Hayard, 1907) : Disparaître.

Évanouir (s’)

(Larchey, 1865) : Mourir, s’enfuir.

(Delvau, 1867) : S’en aller de quelque part, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Quitter un lieu avec précipitation, décamper. La variante est : S’évaporer. Il paraît que le caissier s’est évaporé.

(La Rue, 1894) : Fuir.

Évanouissement

(Rigaud, 1881) : Départ précipité. — L’évanouissement d’un caissier.

Évaporé

(d’Hautel, 1808) : Un évaporé. Jeune fou ; tête extravagante, légère, capricieuse et volage.

Évaporer

(Delvau, 1867) : v. a. Voler quelque chose adroitement, — dans le même argot [des faubouriens].

(Rigaud, 1881) : Filouter, voler adroitement.

(La Rue, 1894) : Voler adroitement.

Éveiller

(d’Hautel, 1808) : Il est éveillé comme une potée de souris. Pour il est alerte, diligent ; il est d’une grande vivacité.
Il ne faut pas éveiller le chat qui dort. C’est à-dire, revenir sur des aventures fâcheuses qui sont passées.

Évent

(d’Hautel, 1808) : C’est une tête, un esprit à l’évent. C’est-à-dire, une mauvaise tête, esprit léger et indiscret, incapable de grandes conceptions.

Éventail

(d’Hautel, 1808) : Ce mot est toujours masculin ; mais les Parisiens sans éducation le font féminin et disent avec une grande opiniâtreté Une belle éventail.

Éventail à bourrique

(Delvau, 1867) : s. m. Bâton, — dans le même argot [des faubouriens].

(Rigaud, 1881) : Bâton.

(Rossignol, 1901) : Trique, fouet, bâton.

Éventaire

(d’Hautel, 1808) : Plateau d’osier sur lequel les femmes portent ce qu’elles vendent. On confond continuellement ce mot avec inventaire (rôle). Et l’on dit vulgairement une marchande à l’inventaire. L’éventaire de cette maison est considérable.

Éventer

(d’Hautel, 1808) : Éventer un secret ; éventer la poudre. Signifie découvrir un secret ; divulguer les desseins, les entreprises d’une personne.

Évêque de campagne

(Delvau, 1867) : s. m. Pendu, — dans l’argot du peuple, qui veut dire que ces sortes de suicidés bénissent avec les pieds.

(Rigaud, 1881) : Pendu. — Allusion aux gigottements du pendu qui figurent la bénédiction épiscopale. L’expression n’est plus usitée depuis que les bienfaits de la guillotine se font sentir en France.

Éverdillonner

(d’Hautel, 1808) : Aiguillonner, inciter, pousser et porter à la gaieté, rendre gaillard. On dit d’une personne qui a un air capable, une gaieté en jouée et hardie, qu’elle est éverdillonnée.
Le vin blanc éverdillonne les têtes foibles.

Évier

(d’Hautel, 1808) : Conduit d’où s’écoulent les eaux. On corrompt ce mot de différentes manières ; les uns disent un lavier, les autres un lévier ; c’est un évier qu’il faut dire.

Éviter

(d’Hautel, 1808) : Esquiver, fuir quelque chose. Ce verbe est pris fréquemment hors de son sens.
On dit presque généralement, je vous éviterai cette peine. Cette locution est vicieuse il faut dire, je vous épargnerai cette peine.

Excellent (être)

(Delvau, 1867) : Puer de l’aisselle, — dans l’argot des bourgeois, qui font des calembours par à peu près et pour faire celui-ci sont forcés de prononcer essellent.

Exception

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a point de règle sans exception. Pour dire qu’il ne faut pas comprendre tous les cas particuliers sous la même règle.

Excès

(Delvau, 1864) : Abus des plaisirs.

Les excès…— Je n’en connais point, Madame : on n’a jamais assez de plaisir. — Je ne suis pas de cet avis. On peut en avoir trop et perdre par là le charme du désir, plus précieux que le plaisir lui-même.

A. de Nerciat. (Le Diable au corps.)

Exécuter

(Rigaud, 1881) : En terme de Bourse, c’est mettre en état de faillite platonique le spéculateur qui ne peut pas payer ses différences. L’entrée de la Bourse lui est interdite, son nom est signalé chez les agents de change, tous les remisiers le connaissent, et, jusqu’au jour où il a payé, il ne peut spéculer ; c’est pourquoi il fait l’impossible pour arriver à payer.

Exécuter quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Lui interdire l’entrée de la Bourse, parce qu’il est insolvable, — dans l’argot des coulissiers.

Exécution

(Rigaud, 1881) : Mise en état de faillite platonique d’un spéculateur.

(Fustier, 1889) : V. Delvau : Exécuter quelqu’un.

Exemple

(d’Hautel, 1808) : Ce mot, qui suivant son acception, est tantôt masculin et tantôt féminin, est toujours de ce dernier genre parmi le peuple, qui dit en parlant d’un homme vertueux que l’on propose pour modèle : voilà une belle exemple à suivre.
Imiter un exemple.
Locution vicieuse, pour suivre un exemple.

Exercer une fille

(Delvau, 1864) : La baiser, pour lui apprendre le métier de fouteuse.

Exercice

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour désigner l’acte vénérien.

La dame avait fait provision pour l’exercice du cas.

(Moyen de parvenir.)

Trois femmes un jour disputaient
Quels, en l’amoureux exercice,
Les meilleurs instruments étaient
Pour savourer plus de délice.

(Cabinet satyrique.)

Nous avons passé tout le jour
Dans cet exercice d’amour.

Grécourt.

Nous employâmes plusieurs heures dans ce doux exercice.

Louvet.

Elle se trouva un peu gênée dans sa marche, mais elle l’attribua aux exercices un peu répétés de la nuit.

Pigault-Lebrun.

Exhiber

(Rigaud, 1881) : Regarder, — dans le jargon des voleurs.

Exhiber ses pièces

(Delvau, 1864) : Présenter son membre à la putain que l’on veut baiser et qui, elle, veut auparavant s’assurer que l’engin qui va besogner est sain et propre au service.

Exhibe tes pièces, mon petit chat.

J. Le Vallois.

Exhibitionniste

(Fustier, 1889) : Non conformiste.

Expédier

(Delvau, 1864) : Faire jouir rapidement, en quelques coups de cul.

Les beaux pères n’expédiaient
Que les fringantes et les belles.

La Fontaine.

(Larchey, 1865) : Tuer. — Mot à mot : expédier en l’autre monde.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Tuer. C’est, mot à mot : expédier pour l’autre monde. — En terme de gastronomie, c’est ne rien laisser dans un plat, c’est nettoyer un plat.

Ensuite il n’a aucun scrupule, même après qu’on a servi fromage et fruits, de garder sur la table un morceau de viande jusqu’à ce qu’il l’ait, comme on dit, expédié.

(L. Dépret, La Cuisinière poétique.)

(La Rue, 1894) : Tuer.

(Hayard, 1907) : Renvoyer (dans l’autre monde), assassiner.

Expert

(Delvau, 1867) : s. m. Officier de loge, — dans l’argot des francs-maçons.

Exploits

(Delvau, 1864) : Non ceux de Mars, dont nous ne nous occupons pas, mais ceux de l’amour. — C’est le nombre de fois que l’on a obtenu dans la même nuit ou journée les faveurs d’une femme.

Mais six exploits mirent bas le gendarme.

Piron.

L’on courut voir avec une lumière, s’il ne lui était point arrivé quelque malheur, et on le trouva tombé sur le carme qui exploitait la nourrice au pied d’un escalier.

(Le Compère Mathieu.)

Tant bien exploite autour de la donzelle
Qu’il en naquit une fille si belle.

La Fontaine.

Un cordelier exploitait gente nonne,
Qui paraissait du cas se soucier.

Grécourt.

Et s’exploitant de grand courage,
Ah ! que je fais là de cocus !

Piron.

Expulser un locataire gênant

(Virmaître, 1894) : Péter (Argot du peuple).

Exterminer

(d’Hautel, 1808) : Que le diable t’extermine. Imprécation que l’on fait lorsqu’on est en colère.

Extinction de chaleur naturelle (jusqu’à)

(Rigaud, 1881) : Tant que les forces le permettront, jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus. Faire la noce jusqu’à extinction de chaleur naturelle. Boire jusqu’à extinction de chaleur naturelle.

Extra

(Larchey, 1865) : Repas plus soigné qu’à l’ordinaire.

Je crois qu’on peut bien se permettre un petit extra une fois par mois.

Canler.

Aux tables d’officiers, un extra est un invité. — Dans un café ou un restaurant on appelle un extra, soit un plat demandé en dehors de la carte, soit un garçon de supplément qui vient aider au service.

(Delvau, 1867) : s. m. Garçon de supplément, — dans l’argot des cafés et des restaurants.

(Delvau, 1867) : s. m. Dîner fin, — dans l’argot des bourgeois qui traitent.

(Delvau, 1867) : s. m. Petite débauche supplémentaire, — dans l’argot du peuple. Faire un extra. Faire une petite noce, une petite débauche de table.
Signifie aussi, seulement : Ajouter un plat à un repas trop Spartiate, un demi-setier à un déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.

(Delvau, 1867) : s. m. Convive, — dans l’argot des tables d’hôte militaires.

Extra, Garçon d’extra

(Rigaud, 1881) : Garçon que les restaurateurs, et, principalement, les restaurateurs de la banlieue, s’adjoignent le dimanche. Les garçons d’extra n’ont que les pourboires. La plupart du temps ils doivent se contenter, pour nourriture, de la desserte de leurs clients et, pour boisson, des fonds de bouteille. Un extra qui connaît son métier, s’entend avec le chef afin de donner des portions copieuses. Il y en a qui maquillent la carte à payer avec autant d’art que le plus habile des grecs les cartes à jouer.

Extrait de garni

(Rigaud, 1881) : Sale individu, sale femme, — dans le jargon des barrières. Allusion à la vermine des hôtels garnis de dernier ordre.

Extravagant

(Fustier, 1889) : Verre de bière d’une capacité plus qu’ordinaire.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique