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D

D’occasion

(Larchey, 1865) : De mince valeur. — Allusion. — On dit : une vertu, un héros d’occasion.

Ces Desgrieux de carton, ces Lucien de Rubempré d’occasion.

Delvau.

Maria, qui se case, Au mois, Fait sa tête d’occase, Parfois.

Ce couplet, extrait du Prado, de Privat d’Anglemont, 1846, peut se traduire ainsi en langue vulgaire : Maria, à laquelle un amant paie chaque mois son entretien, fait parfois sa tête d’occasion, c’est-à-dire sans avoir de quoi légitimer cet orgueil.

Da

(d’Hautel, 1808) : Interjection badine et vulgaire qui exprime la surprise, l’étonnement, le reproche. Syncope du vieux mot dea ; se joint ordinairement à oui, et équivaut à comment donc ! eh mais ! certainement ; en vérité.

Dab

(Delvau, 1867) : s. m. Roi, et, plus particulièrement Père, — dans l’argot des voleurs. Les Anglais ont le même mot pour signaler un homme consommé dans le vice : A rum dabe, disent-ils.

(Delvau, 1867) : s. m. Maître, dans l’argot des domestiques ; Patron, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Dieu, père, maître, roi.

(Hayard, 1907) : Père, patron.

Dab de la cigogne

(Larchey, 1865) : Procureur général.

On vient me chercher de la part du dab de la cigogne.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Procureur général, procureur de la République. D’après M. L. Larchey le mot dab et ses composés viennent de l’ancien damp, seigneur.

Dab des renifleurs

(Virmaître, 1894) : Préfet de police (Argot des voleurs).

Dab ou dabe

(Virmaître, 1894) : Père (Argot du peuple).

Dab, Dabe

(Rigaud, 1881) : Dieu, père, maître, roi. — Frangin dab, oncle.

Dabe

(anon., 1827) : Maître, père, roi.

(Bras-de-Fer, 1829) : Maître, père, roi.

(un détenu, 1846) : Père.

(Halbert, 1849) : Père, maître.

(Larchey, 1865) : Dieu.

Mercure seul tu adoreras comme dabe de l’entrollement.

Vidocq.

(Larchey, 1865) : Père. — Dabuche : Mère. — Dabuchette : Jeune mère, belle-mère.

(Larchey, 1865) : « C’est notre dabe, notre maître. »

Balzac.

L’étymologie de dabe est incertaine. il est à noter que dam avait au moyen âge la même signification.

(Rigaud, 1881) : Maîtresse, amante, — dans le jargon des souteneurs.

Ma dabe vient m’assister et me voir deux fois par semaine.

(Max. Du Camp, Paris, la Prostitution, t. m, 1875.)

Dàbe

(Clémens, 1840) : Père.

Dâbe

(Rossignol, 1901) : Père. Mon père, mon dâbe ; son père, son dâbe.

Dabe d’argent

(Rigaud, 1881) : Speculum, — dans le jargon des filles. — Cramper avec le dab d’argent, passer à la visite ; mot à mot faire l’amour avec le speculum.

Dabe, dabesse

(La Rue, 1894) : Reine. Femme de souteneur.

Dabérage

(Rigaud, 1881) : Bavardage, commérage. — Dabérer, bavarder, raconter, — dans le jargon des marchands juifs.

Dabesse

(Delvau, 1867) : s. f. Reine.

(Rigaud, 1881) : Reine.

(Hayard, 1907) : Mère.

Dabichonne

(Hayard, 1907) : Jeune mère.

Dabicule

(Delvau, 1867) : s. m. Fils du patron.

Dabicule, Dabmuche

(Rigaud, 1881) : Petit patron, fils de patron.

Dabier

(Virmaître, 1894) : Père (Argot du peuple).

Dâbier

(Rossignol, 1901) : Synonyme de dâbe.

Dabin

(Halbert, 1849) : Tambour.

Dabot

(Larchey, 1865) : Préfet de police.

(Delvau, 1867) : s. m. Préfet de police.

(Rigaud, 1881) : Préfet de police.

Dabucal

(Halbert, 1849) : Royal.

Dabuche

(anon., 1827) : Maîtresse, mère.

(Bras-de-Fer, 1829) : Maîtresse, mère, reine.

(un détenu, 1846) : Mère.

(Halbert, 1849) : Mère, maîtresse.

(Delvau, 1867) : s. f. Mère, nourrice.

(Rigaud, 1881) : Patronne, maîtresse, mère. — Dabuchette, belle-mère, jeune mère. — Dabuge, dame, bourgeoise. — Frangine dabuche, tante.

(La Rue, 1894) : Patronne, maîtresse, mère, nourrice. Bourgeoise.

(Hayard, 1907) : Bourgeoise, mère.

Dabuchette

(Halbert, 1849) : Jeune mère ou belle-mère.

Dâbuje

(Rossignol, 1901) : Mère.

Dachar

(Rossignol, 1901) : Acharnement.

Dache

(Delvau, 1867) : s. m. Diable, — dans l’argot des voleurs, qui pourtant ne croient ni à Dieu ni à diable. Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable. Les ouvriers emploient aussi cette expression.

(Rigaud, 1881) : Diable. — Envoyer à dache, envoyer au diable.

(La Rue, 1894) : Diable. À dache ! au diable.

(Rossignol, 1901) : Dire à quelqu’un : Allez raconter çà à Dache, le perruquier des zouaves, c’est lui dire : je ne vous crois pas.

Dache, perruquier des zouaves

(Merlin, 1888) : Personnage imaginaire (d’aucuns prétendent pourtant qu’il a réellement existé) à qui l’on renvoie les hâbleurs, les raseurs, les importuns : Allez donc raconter cela à Dache !

Dada

(d’Hautel, 1808) : Mot enfantin, qui signifie cheval.

(Delvau, 1867) : s. m. Cheval, — dans l’argot des enfants. Fantaisie, manie, — dans l’argot des grandes personnes, plus enfants que les enfants.

Dada (à)

(Larchey, 1865) : À cheval.

V’là z’une belle amazone à dada.

1810, Désaugiers.

Dada (aller à)

(Merlin, 1888) : Sacrifier à Vénus.

Dada (avoir un)

(Virmaître, 1894) : V. Marotte.

Dadais

(d’Hautel, 1808) : Un grand dadais. Sobriquet insultant qui signifie un benêt, un nigaud ; un grand garçon niais et décontenancé ; d’un air simple, innocent et stupide.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme qui fait l’enfant, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas que le mot a trois cents ans de noblesse.

Dague

(d’Hautel, 1808) : Fin comme une dague de plomb. Phrase proverbiale et ironique, pour dire, dénué d’esprit, de sens et de finesse.

(Hayard, 1907) : Couteau.

Daim

(d’Hautel, 1808) : Puer comme un daim. Exhaler une odeur fétide, comme il arrive à celui qui est sujet à lâcher de mauvais vents.

(Clémens, 1840) : Niais, Niaise.

(Delvau, 1864) : Le monsieur qui paie les filles pour être trompé par elles avec leurs amants de cœur ; le mâle naturel de la biche.

Des daims ! J’ôte jamais mes frusques, moi.

Lemercier de Neuville.

(Larchey, 1865) : Niais, dupe.

L’une des grandes finesses des garçons de restaurant, quand ils servent un homme et une femme dans un cabinet, est de pousser à la consommation… persuadés que le daim n’osera refuser aucune dépense en présence de celle à qui il veut plaire.

La Fizelière.

V. cocodès. — Il est possible que Daim soit une abréviation de dindon. V. ce mot.

(Delvau, 1867) : s. m. Monsieur bien mis, et garni d’un porte-monnaie mieux mis encore, qui se fait gloire et plaisir d’être le mâle de la biche, — dans l’argot des faubouriens, dont la ménagerie s’augmente tous les jours d’une bête curieuse. Daim huppé. Daim tout à fait riche. Signifie aussi : imbécile, nigaud.

(Rigaud, 1881) : Personnage dont le rôle, dans la comédie humaine, consiste à jouer les grandes premières dupes auprès des femmes. Le daim est généralement riche, bien mis et stupide.

(Virmaître, 1894) : Imbécile (Argot du peuple). V. Couillon.

(Rossignol, 1901) : Synonyme de pante. Daim veut aussi dire bête, imbécile.

Daim hupé

(Rigaud, 1881) : Homme riche et d’une exploitation facile.

Daims huppés

(Halbert, 1849) : Gens riches.

(Larchey, 1865) : Bourgeois riches. — V. Coup.

Il y a de l’argent à gagner, c’est des daims huppés.

E. Sue.

Dal

(Hayard, 1907) : Rien.

Dale

(Larchey, 1865) : Argent. — Abrév. de rixdale, ancienne monnaie allemande.

Faut pas aller chez Paul Niquet, Ça vous consume tout vot’ pauv’dale.

P. Durand, vaudeville, 1836.

Dalège

(Hayard, 1907) : Omnibus.

Dalle

(Larchey, 1865) : Bouche. — Comparaison de la bouche à la pierre d’évier (appelée dalle en beaucoup de cuisines). Cette pierre est percée d’un trou qui sert comme le gosier à l’écoulement des liquides. V. Rincer.

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce de six francs, — dans l’argot des voleurs, dont l’existence est pavée de ces écus-la.

(Delvau, 1867) : s. f. Gosier, gorge, — dans l’argot des faubouriens. S’arroser ou Se rincer la dalle. Boire. On dit aussi la Dalle du cou.

(Rigaud, 1881) : Gosier, bouche. — Se rincer la dalle, boire.

(Rossignol, 1901) : La bouche.

Tu as soif, viens que je te rince la dalle.

(Hayard, 1907) : La gorge ; (se rincer la) boire.

Dalle en pente

(Rigaud, 1881) : Solide appétit. Mot à mot : gosier en pente.

Que ceux qui ont un vaste estomac, de gros boyaux, la dalle en pente, engloutissent des platées énormes et vident des brocs, rien de plus juste.

(La Petite Lune, janvier 1879.)

La variante est : Gargouenne en vente.

Dalzar

(Rigaud, 1881) : Pantalon, — dans le jargon des ouvriers ; par abréviation de pantalzar.

Dalzar, falzar

(La Rue, 1894) : Pantalon.

Dame

(d’Hautel, 1808) : Dame touchée, dame jouée. Dicton qui signifie que dès que l’on a touché un pion, il faut le jouer.
Faire la dame. Se dorloter, se délicater, n’en prendre qu’à son aise.

Dame !

(d’Hautel, 1808) : Particule adversative, espèce d’interjection qui équivaut à pourquoi ? d’où vient ? pour quel motif ? etc.
Dame ! puisque vous le voulez ainsi !
Dame ! c’est sa faute ; qu’avoit-il besoin de se fourrer dans cette affaire-là ?

Dame aux camélias

(Delvau, 1864) : Femme entretenue, qui joue quelquefois à la ville le rôle de Marguerite Gautier (Marie Duplessis) avec un coiffeur de son quartier, qu’elle aime ou fait semblant d’aimer, dans un accès de vertu — heureusement très court.

Quand la lorette arrive à la prospérité, elle change de nom et s’appelle Dame aux Camélias.

Edmond Texier.

Dame du lac

(Delvau, 1867) : s. f. Femme entretenue, ou qui, désirant l’être, va tous les jours au Bois de Boulogne, autour du lac principal, où abondent les promeneurs élégants et riches. Argot des gens de lettres.

Dame-Jeanne

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donne à une grande bouteille remplie ordinairement de liqueur.

Damer

(d’Hautel, 1808) : Damer le pion à quelqu’un. Contrarier quelqu’un dans ses entreprises ; aller sur ses brisées ; faire avorter ses projets ; le supplanter.

(La Rue, 1894) : Rendre femme une jeune fille.

Damer le pion à quelqu’un

(Delvau, 1867) : Le supplanter, lui jouer un tour quelconque pour se venger de lui, lui répondre vertement. Argot des bourgeois.

Damer une fille

(Delvau, 1867) : v. a. La séduire, — ce qui, du rang de demoiselle, la fait passer à celui de dame, de petite dame.

Dames (ces)

(Delvau, 1864) : On appelle ainsi un groupe de femmes, célibataires ou non, qui vivent, travaillent ou se divertissent ensemble : Ces dames du corps de ballet, ces dames au théâtre, ces dames les étudiantes, ces dames du Casino, de Mabille, etc., etc. — En famille, le fils sortant avec sa mère et ses sœurs dit : Je vais au théâtre avec ces dames. — Dans les ateliers de femmes, chez les couturières, les modistes, les lingères, etc., on dit mesdemoiselles… ces demoiselles. — Au bordel, on dit : « Toutes ces dames au salon ! » — Être dame est le rêve que caresse toute jeune fille sage qui désire sa liberté.

Damné

(d’Hautel, 1808) : Souffrir comme un damné. Souffrir excessivement ; être atteint de douleur cuisante. On dit aussi Faire souffrir quelqu’un comme un damné, pour, exercer sur lui une autorité tyrannique ; lui rendre la vie malheureuse.
Une ame damnée. Un misérable ; un homme qui se plait à nuire à ses semblables ; un scélérat.
C’est son ame damnée. Se dit d’un homme soumis aveuglément à un autre qui en fait son souffre douleur.

Danaïdes (faire jouer les)

(Rigaud, 1881) : Battre une femme, — dans le jargon des voleurs. (L. Paillet.)

Dandée

(Fustier, 1889) : Coup, frottée. (V. Delvau : Dandinette.)

Qui a composé cette chanson ?
C’est un Cotric tourangeau
Par joie et satisfaction
D’ la dandée de ce Morvandiau.

(Chanson, 1884.)

Dandillante

(Virmaître, 1894) : La cloche. Dans les usines, la cloche sonne les heures d’entrées et de sorties et aussi l’heure des repas.
— Si je suis en retard c’est parce que tu as foutu un coup de pouce à la tocante du singe.
Mot à mot : la cloche dandille (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Cloche.

Dandiller

(Halbert, 1849) : Sonner.

(Delvau, 1867) : v. n. Sonner, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Sonner. — Le carme dandille dans la fouilleuse, l’argent sonne dans la poche.

(La Rue, 1894) : Sonner. Dandillon, cloche.

(Virmaître, 1894) : Sonner. Les faubouriens en ont fait dardiller de dard.
— Je dardille pour une belle fille (Argot du peuple). N.

Dandillon

(Halbert, 1849) : Cloche.

(Delvau, 1867) : s. m. Cloche.

(Rigaud, 1881) : Sonnette. Taquiner le dandillon, pincer le dandillon, tirer la sonnette.

Dandin

(d’Hautel, 1808) : Un George-Dandin. Épithète insultante que l’on donne à un mari d’humeur facile et complaisante ; et généralement à un homme simple et pusillanime dont la bonté approche beaucoup de la bêtise.

Dandinage

(Rigaud, 1881) : Raclée soignée, — dans le jargon des voleurs. Il va y avoir du dandinage.

Dandiner

(d’Hautel, 1808) : Se dandiner. Avoir un maintien sot et décontenancé ; se balancer sur sa chaise ; niaiser, paresser.

(Halbert, 1849) : Balancer.

Dandiner (se)

(Rossignol, 1901) : Se balancer en marchant.

Dandiner un pante

(Rigaud, 1881) : Battre, maltraiter quelqu’un qui vous déplaît, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Battre quelqu’un.

Dandines (coller des)

(Rigaud, 1881) : Porter des coups. — Encaisser des dandines, recevoir des coups. — Une grêle de coups de poing fait dandiner celui qui les reçoit ; d’où le mot dandines.

Dandinette

(Delvau, 1867) : s. f. Correction, — dans l’argot du peuple, qui corrige ses enfants en les faisant danser.

(Virmaître, 1894) : Diminutif de danse, battre légèrement. Dandinette est une correction infligée à un enfant désobéissant (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Petit poisson en étain garni d’un hameçon double que l’on descend et remonte du fond de l’eau pour prendre des perches ou brochets.

Dandysme

(Larchey, 1865) : « Cette fatuité commune à tous les peuples chez lesquels la femme est quelque chose n’est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelque temps à s’acclimater à Paris. L’une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l’autre d’une vanité particulière et très-particulière : de la vanité anglaise… Voilà pourquoi le mot dandysme n’est pas français. Il restera étranger comme la chose qu’il exprime… Bolingbroke seul est avancé, complet, un vrai dandy des derniers temps. Il en a la hardiesse dans la conduite, l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur et la vanité incessamment présente. Enfin, il inventa la devise même du dandysme, le nil mirari de ces hommes qui veulent toujours produire la surprise en gardant l’impassibilité. »

B. d’Aurevilly.

Dans le dos, le lac, le seau, le sciau

(Hayard, 1907) : Être dupé.

Dans le goût de pantin

(Larchey, 1865) : À la mode de Paris, et, par extension, très bien.

Là ! v’là qu’est arrangé dans le goût de Pantin.

Zombach, Chansons.

Dans le trou

(Halbert, 1849) : En prison.

Danse

(d’Hautel, 1808) : Donner une danse à quelqu’un. Le réprimander ; le tancer vertement ; et, dans un sens plus étendu, lui donner une volée, lui caresser les épaules à coups de bâton.
Entrer en danse. Signifie entrer en matière ; entamer une conversation, un discours.

(Larchey, 1865) : Grêle de coups. — allusion ironique aux piétinements forcés de la lutte.

je prends le sabre. — c’est dit, et à quand la danse ?

about.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans le même argot [du peuple]. Danse soignée. Batterie acharnée.

(Delvau, 1867) : s. f. Combat, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Batterie, bataille. — Étape militaire, marche forcée, — dans le jargon des troupiers.

(Fustier, 1889) : Puanteur. (V. Delvau, Danser.)

(La Rue, 1894) : Coup. Combat. Infection.

Danse (donner une)

(Hayard, 1907) : Battre quelqu’un.

Danse (en donner une)

(Virmaître, 1894) : Battre un individu. Entrer en danse, entrer dans une affaire, apparaître (Argot du peuple).

Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.

L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.

La Fontaine.

Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.

(Moyen de parvenir.)

Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.

Tournebu.

La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célébre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.

Lemontey.

A quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.

Ad. Ricard.

Danse (recevoir une)

(Rossignol, 1901) : Recevoir des coups. Veut aussi dire sentir mauvais, puer : ça danse, ça pue.

Danse du panier

(Delvau, 1867) : s. f. Bénéfice illicite de la cuisinière. Argot du peuple. On dit aussi : Faire danser l’anse du panier. Quand une cuisinière, revenue du marché, a vidé les provisions que contenait tout à l’heure son panier, elle prend celui-ci par l’anse et le secoue joyeusement pour faire sauter l’argent épargné par elle à son profit, et non à celui de sa maîtresse.

(La Rue, 1894) : Bénéfices illicites de la cuisinière.

Danser

(d’Hautel, 1808) : Faire danser la danse de l’ours à quelqu’un. Le mener à la baguette ; lui donner les étrivières.
Faire danser quelqu’un. Le mener durement ; lui jouer quelque mauvais tours.
Danser le branle de sortie. S’en aller malgré soi d’un lieu où l’on se plaisoit.
Du vin d faire danser les chèvres. Pour dire du vin dur et vert, de la ripopée.
Il paie les violons et les autres dansent. Se dit de quelqu’un qui fait tous les frais d’une affaire, dont les autres retirent le profit..
Il en dansera. Menace que l’on fait à quelqu’un pour dire qu’on se vengera de lui.
Toujours va qui danse. Signifie qu’on pardonne volontiers à celui qui ne sait pas danser, en faveur de la complaisance qu’il met à faire danser les autres.

(Larchey, 1865) : Payer. — Mot à mot : danser de ses écus.

C’étaient d’assez bons pantres. Enfin ils savaient danser.

De Lynol.

(Delvau, 1867) : v. n. Exhaler une insupportable odeur, — dans l’argot des faubouriens. Danser du bec. Avoir une haleine douteuse. Danser des arpions. Avoir des chaussettes sales.

(Delvau, 1867) : v. n. Perdre de l’argent ; payer ce qu’on ne doit pas. On dit aussi, à propos d’une somme perdue, volée, ou donnée : La danser de tant. Faire danser quelqu’un. Se faire offrir quelque chose par lui.

(Rigaud, 1881) : Sentir mauvais ; principalement en parlant du fromage.

(La Rue, 1894) : Payer. Mourir.

(Virmaître, 1894) : Faire danser quelqu’un. Synonyme de faire payer (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Payer pour les amis.

Voilà plusieurs fois que je règle les dépenses, c’est toujours moi qui danse.

Danser (faire)

(Delvau, 1867) : Battre, donner des coups. Faire danser ses écus. Dépenser joyeusement sa fortune.

(Rigaud, 1881) : Donner des coups. — La danser, recevoir des coups. — Être congédié, perdre sa place. — Payer pour un autre.

Danser (la)

(Delvau, 1867) : v. n. Perdre son emploi, et, par extension, la vie. Signifie aussi : Être battu.

Danser de

(Larchey, 1865) : Se mettre en frais de…

Je dansais pour c’te reine d’un joli châle tartan.

A. Cahen, Chansons.

(Rigaud, 1881) : Payer ; généralement employé dans le sens de payer pour un autre. — Danser d’une demi-douzaine de consommes au cafemar, payer une demi-douzaine de consommations au café.

Danser devant le buffet

(Larchey, 1865) : N’avoir rien à manger.

Tu bois et négliges ta besogne, Tu me fais danser devant le buffet.

Aubry, Chansons.

Nous faudra danser sans musique devant le buffet, aux heures des repas.

Chansons, Clermont, 1835.

(Delvau, 1867) : v. n. N’avoir pas de quoi manger, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : N’avoir rien à se mettre sous la dent. — Pour égayer la situation on danse devant le buffet, comme David dansait devant l’arche.

(Rossignol, 1901) : Ne rien avoir à manger.

Danser du bec

(Virmaître, 1894) : Puer de la bouche (Argot du peuple). V. Trouillotter de la hurlette.

Danser l’anse de panier (la faire)

(Virmaître, 1894) : Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).

Danseur

(d’Hautel, 1808) : Un danseur. Terme d’argot, qui signifie un dindon, que l’on appelle aussi, dans le même patois, un Jésuite.

(Clémens, 1840) : Dinde.

(Delvau, 1867) : s. m. Dindon, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Dindon. — Par allusion, sans doute, à la danse des dindons, danse obtenue à l’aide d’une plaque de tôle qu’on chauffe par degrés et surlaquelle un imprésario a préalablement posé les Taglioni à plumes.

Dar-dar

(Larchey, 1865) : Tout courant.

Qu’il vienne tout de suite ! — Oui, dar-dar…

Labiche.

Même racine que le mot suivant. Dar (dare) serait l’impératif de darer.

Dard

(Delvau, 1864) : Le membre viril — avec lequel on pique les femmes, qui aiment toutes à être ainsi piquées.

… Il devient dard avec le pioupiou.

Louis Protat.

Ce brutal, ce Maure arrogant,
Dans son amoureuse-tempête,
S’élance au cul, le dard en main.

B. de Maurice.

(Rigaud, 1881) : Glaive qui ne donne pas la mort, au contraire.

Dard ou Dardillon

(Rossignol, 1901) : Voir bogue.

Dardant

(anon., 1827) : L’Amour.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Amour.

(Bras-de-Fer, 1829) : L’amour.

(Halbert, 1849) : L’amour.

(Larchey, 1865) : L’amour. — C’est l’archerot de nos anciens poètes, c’est Cupidon dardant son trait. — V. Coquer.

Icicaille est le théâtre Du petit Dardant ; Fonçons à ce mion folâtre Notre palpitant.

Grandval, 1723.

(Delvau, 1867) : s. m. L’amour, — dans l’argot des voleurs, qui aiment la femme avec excès.

(La Rue, 1894) : L’amour. Liaison amoureuse.

(Rossignol, 1901) : Soleil.

Dardant (le)

(Hayard, 1907) : L’amour.

Dardant, le petit dardant

(Rigaud, 1881) : L’amour, — dans le jargon des voleurs.

Dardants

(Virmaître, 1894) : Mes amours (Argot des voleurs).

Dardelle

(Delvau, 1867) : s. f. Gros sou, — dans l’argot des gamins, qui s’en servent pour jouer au bouchon.

(Rigaud, 1881) : Pièce de deux sous.

Dardunne

(Virmaître, 1894) : Cinq francs (Argot des voleurs). V. Tune.

Dare-dare

(Delvau, 1867) : interj. À la hâte, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter cette expression à Diderot, qui s’en est servi dans son Neveu de Rameau.

Dare-Dare

(Rigaud, 1881) : Vite, tout de suite. — Décaniller dare-dare, partir au plus vite.

Dariole

(d’Hautel, 1808) : Au propre, espèce de pâtisserie légère. Au figuré, et seulement en style vulgaire, coup, morniffle que l’on donne avec la main.
Donner ou repasser des darioles à quelqu’un. Le maltraiter ; se porter sur lui à des voies de fait ; le battre.

(Larchey, 1865) : Coup. — De l’ancien verbe darer : lancer vivement. V. Roquefort.

V’là que je vous y allonge une dariole Qu’i r’pare avec son nazaret ; Le raisinet Coulait D’son nez comm’ une rigole.

Le Casse-Gueule, ch., 1841.

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, coup de poing, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Coup, contusion.

(Fustier, 1889) : Pâtisserie commune. Darioleur : pâtissier.

(La Rue, 1894) : Coup de poing.

(Virmaître, 1894) : Soufflet, coup de poing. A. D. La dariole est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques. Le pâtissier se nomme darioleur (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Coup.

Daron

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que les ouvriers donnent à leurs bourgeois : ce mot signifioit dans le vieux langage, un vieillard fin et rusé.
Un daron. Se dit aussi d’un homme de la manique, d’un cordonnier.

(anon., 1827) : Maître, père.

(Bras-de-Fer, 1829) : Maître, père.

(M.D., 1844) : Le père.

(Halbert, 1849) : Maître, père.

(Delvau, 1867) : s. m. Père, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot au vieux langage des honnêtes gens. Daron de la raille ou de la rousse. Préfet de police.

(Virmaître, 1894) : V. Dabe.

(Rossignol, 1901) : Père.

Daron ou dabe

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Maître d’une maison où l’on reçoit les voleurs.

Daron, daronne

(Larchey, 1865) : Père, mère. — Daron de la rousse : Préfet de police. — Daronne du mec des mec. Mère de Dieu. V. Rebâtir.

Daron, Daronne

(Rigaud, 1881) : Maître, maîtresse. — Père, mère. — Daron de la raille, de la rousse, préfet de police. — Daronne du Mec des Mecs, daronne du grand Avre ou Havre, la mère de Dieu, — dans l’ancien argot.

Daron, daronne

(La Rue, 1894) : Maître, maîtresse. Père, mère.

Daron, onne

(Hayard, 1907) : Père, mère.

Darone

(M.D., 1844) : La mère.

Daronne

(anon., 1827) : Maîtresse, mère.

(Bras-de-Fer, 1829) : Maîtresse, mère.

(Halbert, 1849) : Maîtresse, mère.

(Delvau, 1867) : s. f. Mère. Daronne du Dardant. Vénus, mère de l’Amour. Daronne du grand Aure. la Sainte Vierge, mère de Dieu.

(Virmaître, 1894) : Mère ; dans le peuple on dit la dabuche (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mère.

Daronne du dardant

(Virmaître, 1894) : La déesse Vénus. Daronne, mère ; dardant, amour. Mot à mot : la mère des amours (Argot des voleurs).

Daronne du grand aure

(Virmaître, 1894) : La Sainte Vierge. Je n’ai pu trouver nulle part la signification du mot aure (Argot des voleurs).

Daronne ou dabuche

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Maîtresse d’une maison où l’on reçoit les voleurs.

Daronne, davonne

(La Rue, 1894) : Prune.

Daube

(Rigaud, 1881) : Cuisinière, souillon de cuisine, par allusion au ragoût désigné sous le nom de daube.

Dauber

(d’Hautel, 1808) : Il a été daube ; on l’a daubé comme il faut. Pour il a été berné, rossé, battu.

Daubeur

(d’Hautel, 1808) : Pour railleur, moqueur, pointilleur, persiffleur.

(Rigaud, 1881) : Forgeron qui bat le fer.

Dauche, Doche

(Rigaud, 1881) : Père, mère. Mon doche, mon père. Ma doche, ma mère, — dans le jargon des voyous. C’est le mot moderne.

Daudée

(Rossignol, 1901) : Recevoir une daudée, c’est recevoir des coups.

Il pleurait pour rien, je lui ai flanqué une daudée, afin qu’il pleure pour quelque chose.

(Hayard, 1907) : Volée.

Daudée (passer à la)

(Virmaître, 1894) : Souteneur qui floppe sa marmite quand elle ne rapporte pas de pognon (Argot des souteneurs). N.

Dauf

(Virmaître, 1894) : V. Paf.

(Rossignol, 1901) : Voir bogue.

Daufe

(Hayard, 1907) : Verge.

Dauffe

(Delvau, 1867) : s. f. Pince de voleur, dont l’extrémité est en queue de dauphin.

Dauffe, Dauffin

(Rigaud, 1881) : Pince, ciseau à froid, fausse clé, — dans l’ancien argot.

Dauffe, dauphin

(La Rue, 1894) : Pince d’effraction.

Dauffer

(Rossignol, 1901) : Il y a des gens qui prétendent qu’en mettant un fût en perce, poser la cannelle devant ou derrière, le vin a le même goût : c’est affaire d’appréciation.

Dauphin

(Rigaud, 1881) : Souteneur ; le dos vert d’autrefois, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Souteneur.

Dauphin ou Dos fin

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de filles ; homme-poisson ad usum Delphinæ, ou toute autre sainte de même farine ou de même charbon.

Daussière

(Halbert, 1849) : Femme publique.

David

(Fustier, 1889) : Casquette de soie. Du nom du bon faiseur.

Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement oosé sur le front…

(Humbert : Mon bagne.)

Davone

(Halbert, 1849) : Prune.

(Delvau, 1867) : s. f. Prune, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : adv. Oui, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

(Rigaud, 1881) : Oui, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau)

(La Rue, 1894) : Oui. Verre à boire.

Dé (être de la)

(La Rue, 1894) : Être malheureux.

De (se pousser du)

(Rigaud, 1881) : Faire sonner avec ostentation la particule nobiliaire qu’on tient de ses aïeux ou qu’on s’est octroyée à soi-même.

De bric et de broc

(d’Hautel, 1808) : De bric et de broc, il s’est amassé une jolie fortune. Pour dire de côté et d’autre ; tant bien que mal.

De carton

(Larchey, 1865) : De petite valeur. V. Occasion (D’), Michet.

De la bourrache !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des faubouriens, dont il n’est pas difficile de deviner le sens quand on connaît les propriétés sudorifiques de la borrago officinalis. C’est une expression elliptique très raffinée : Ah ! delà bourrache ! c’est-à-dire : «Tu me fais suer ! »

De la haute

(Clémens, 1840) : Être riche.

De quoi

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas de quoi. Réponse triviale et vulgaire que l’on fait à celui qui vous fait ses remercimens ; pour exprimer que le service qui en est l’objet, ne mérite pas un témoignage de reconnoissance.
De quoi ? Espèce d’interrogation qui exprime que l’on n’a pas bien entendu ce que l’on vous adressoit, et pour inviter à recommencer.

(Delvau, 1867) : s. m. Fortune, aisance, — dans le même argot [du peuple]. Avoir de quoi. Être assuré contre la soif, la faim et les autres fléaux qui sont le lot ordinaire des pauvres gens. On dit aussi Avoir du de quoi.

De quoi (avoir)

(Rigaud, 1881) : Avoir de quoi vivre.

De riffe

(Rossignol, 1901) : Autorité.

Quoiqu’il ne soit pas le patron, il m’a renvoyé de riffe.

Dé, Dé à coudre

(Rigaud, 1881) : Verre à boire. — Locution employée par les ivrognes pour désigner un verre de petite capacité. Est-ce que vous vous fichez de nous, que vous nous donnez des dés à coudre ?

Débacher

(Hayard, 1907) : Se lever.

Débâcher la roulotte

(Virmaître, 1894) : Changer la voiture de place. Les forains emploient cette expression pour indiquer qu’ils vont d’une ville à une autre. (Argot des saltimbanques).

Débacle

(d’Hautel, 1808) : Au figuré, mot ironique qui équivaut à bande, troupe, clique, coterie.

Débâcle

(Rigaud, 1881) : Accouchement, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Accouchement.

Débacler

(Halbert, 1849) : Ouvrir.

(Larchey, 1865) : Ouvrir (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. a. Ouvrir, — dans l’argot des voleurs.

Débâcler

(d’Hautel, 1808) : Venir à l’improviste, et en grande compagnie chez quelqu’un ou l’on n’est pas attendu.
Débâcler la lourde. En terme d’argot, veut dire, ouvrir la porte.

(anon., 1827) : Ouvrir.

(Bras-de-Fer, 1829) : Ouvrir.

(Rigaud, 1881) : Accoucher.

(Rigaud, 1881) : Ouvrir. — Débâcler la guimbarde, ouvrir la porte.

Débâcler ou débrider

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Ouvrir. Débâcler la roulante, ouvrir la voiture.

Débacler son chouan

(La Rue, 1894) : Ouvrir son cœur.

Débâcleuse de mômes

(Rigaud, 1881) : Sage-femme.

Débagouler

(d’Hautel, 1808) : Au propre, dégueuler, vomir. Au figuré, parler sans ménagement, clabauder, en dégoiser.
On dit d’un bavard, d’un homme qui se plaît à dire des grossièretés, des injures, que quand il aura tout débagoulé, il finira par se taire.

(Delvau, 1867) : v. a. Parler, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Cette expression est usitée dans les laubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Parler avec abondance.

Débagouliner

(Rigaud, 1881) : Raconter avec volubilité tout ce qu’on a sur le cœur. — Se répandre en injures, injurier avec bagou. C’est une variante de débagouler.

Déballage

(Delvau, 1864) : Le déshabillé des femmes. Telle qui, sur le boulevard, avec sa crinoline et les tromperies ouatées de son corsage, a un aspect très appétissant, n’a plus, une fois nue, que des séductions de manche à balai.

Faut voir ça au déballage… y a p’t-être plus d’ réjouissance que d’ viande là-dessous.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. m. Déshabillé de l’homme ou de la femme, — dans l’argot des faubouriens. Être volé au déballage. S’apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu’on s’était imaginée idéalement belle, d’après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n’a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.

(Rigaud, 1881) : Opération qui, pour une femme, consiste à s’affranchir de ses appas d’emprunt et à se montrer sous un jour plus naturel. — Perdre au déballage, perdre à être vue dans le simple appareil. — Gagner au déballage, tenir plus qu’on ne promet. — Être volé au déballage, c’est mettre la main sur un Ary Schelfer alors qu’on croyait trouver un Rubens.

(Rigaud, 1881) : Linge de femme.

Tout ce coin où traînait le déballage des dames du quartier.

(E. Zola.)

(Virmaître, 1894) : Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois. Déballage se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
— Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au déballage ; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Sortir du lit.

C’est une belle fille le soir, mais si tu la voyais au déballage, elle est rudement moche.

Déballage (être volé au)

(Larchey, 1865) : Reconnaître dans les charmes d’une femme aimée autant d’emprunts décevants faits aux ressources de la toilette.

Il est accablé de rhumatismes ce qui le fait ressembler, au déballage, à ces statuettes que vous avez sans doute remarquées dans la vitrine des bandagistes.

Monselet.

Déballer

(Rigaud, 1881) : Déshabiller, enlever l’arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l’œil de la toilette féminine.

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Personne n’en est exempt.

(Hayard, 1907) : Soulager ses entrailles.

Déballer des fonds de chapeaux (faire)

(Fustier, 1889) : Ennuyer, obséder quelqu’un, dans l’argot des placiers et des commis voyageurs.

Déballer, déshabiller

(La Rue, 1894) : Aller à la selle.

Déballonner

(Rossignol, 1901) : Sortir de prison, du ballon.

(Hayard, 1907) : S’évader.

Déballonner (se)

(Virmaître, 1894) : S’évader. Mot à mot : se sauver du ballon (prison). Déballonner : accoucher. Se défaire de son ballon ou mieux du lève-jupes (Argot des voleurs).

Débandade

(d’Hautel, 1808) : Tout est à la débandade. Pour dire, tout est en désordre, sens-dessus-dessous ; sans aucune discipline.

Débander

(Delvau, 1864) : Sentir son membre devenir mou, de dur qu’il était auparavant, soit parce qu’on a tiré un coup et qu’on est fatigué, soit parce qu’on ne se sent pas inspiré.

Tu ne me serres pas le vit comme tantôt… je sens que je débande.

La Popelinière.

Débarbouiller

(Delvau, 1867) : v. a. Éclaircir une chose, une situation, — dans l’argot du peuple. Se débarbouiller. Se retirer tant bien que mal d’une affaire délicate, d’un péril quelconque. Se dit aussi du temps lorsque de couvert il devient serein.

Débarbouiller (se)

(Rigaud, 1881) : Se tirer d’affaire. — Se sauver, quitter une société à la bâte.

Débarbouiller à la potasse

(Rigaud, 1881) : Frapper au visage. — Avoir l’avantage sur son adversaire, soit dans une scène de pugilat, soit à un jeu quelconque.

(La Rue, 1894) : Frapper au visage.

Débardeur

(Delvau, 1867) : s. m. Type du carnaval parisien, inventé il y a une trentaine d’années, et dont il ne reste plus rien aujourd’hui que ce léger fusain :

Qu’est-ce qu’un débardeur ? Un jeune front qu’incline
Sous un chapeau coquet l’allure masculine,
Un corset dans un pantalon.
Un masque de velours aux prunelles ardentes,
Sous des plis transparents des formes irritantes,
Un ange doublé d’un démon.

(Rigaud, 1881) : Personnage carnavalesque à la mode en 1840. Le costume du débardeur mâle, comme celui du débardeur femelle, consistait en un large pantalon de toile ou de velours, serré à la taille par une ceinture, chemise bouffante, perruque et chapeau gris haute forme. Le débardeur femelle remplaçait le chapeau par le bonnet de police, et naturellement la chemise était aussi échancrée que le permettait l’indécence.

Débarquer

(La Rue, 1894) : Se débarrasser de quoiqu’un. Se débarquer, renoncer, se retirer.

Débarquer (se)

(Rigaud, 1881) : Renoncer à.

Débarquer, déporter

(Hayard, 1907) : Renvoyer, congédier.

Débarras

(d’Hautel, 1808) : C’est un bon débarras. Se dit de quelqu’un, ou de quelque chose dont on se félicite d’être débarrassé.

Débâté

(d’Hautel, 1808) : C’est un vrai âne débâté. Pour, c’est un bourru, un butor, un homme impétueux, qui agit sans ménagement ni précaution.

Débattre

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas se débattre de l’épée qui est chez le fourbisseur. C’est-à-dire, se disputer sur une chose que l’on ne possède pas, ou sur un événement qui n’est pas encore arrivé. Voyez Chape.

Débaucher

(Rigaud, 1881) : Congédier. Par opposition à embaucher, — dans le jargon des typographes. — Se débaucher, s’octroyer son congé.

(Boutmy, 1883) : v. a. Congédier, renvoyer. Il a été débauché, on l’a remercié, on l’a renvoyé de l’atelier.

Débaucher une fille

(Delvau, 1864) : Lui prendre son pucelage et lui donner le goût de la pine — qu’elle ne perdra plus désormais qu’en perdant le goût du pain.

Débecqueter

(Fustier, 1889) : Vomir.

(Rossignol, 1901) : Dégoûter. — « Tu me dégoûtes, tu me débectes. » Une chose écœurante est débectante. — « Je suis passé à la morgue, c’était débectant. »

Débectant

(Fustier, 1889) : Ennuyeux, désagréable.

Mentor qui connaissait tout le fourbi, dit alors à Télémaque : C’est débectant, mais au fond, ça ne fait rien…

(A. Leroy : Les mistouf’s de Télémaque.)

Débecter

(La Rue, 1894) : Vomir. Ennuyer.

Débinage

(Larchey, 1865) : Médisance.

Compliments désagréables, indiscrétions et débinages.

Commerson.

(Delvau, 1867) : s. m. Médisance, et même calomnie, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Propos malveillant. — Fuite.

(La Rue, 1894) : Médisance. Débiner, médire, nuire à quelqu’un en parlant mal sur son compte.

Débinance

(Rigaud, 1881) : Médisance. C’est une forme nouvelle de débinage. Mince de débinance.

(Boutmy, 1883) : s. f. Action de débiner, de dire du mal de quelqu’un.

Débine

(d’Hautel, 1808) : Mot fait à plaisir, et qui signifie, délabrement, déchéance, misère, pauvreté.
Être dans la débine. Être déchu de sa condition ; être déguenillé ; réduit à une extrême indigence.

(M.D., 1844) : Dispute.

(un détenu, 1846) : Misère, indigence.

(Larchey, 1865) : Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (d’Hautel, 1808).

La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne.

Montépin.

(Delvau, 1867) : s. f. État de gêne, misère, — dans le même argot [des faubouriens]. J’ai entendu dire Dibène (pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l’on parle le wallon, c’est-à-dire le vieux français. Tomber dans la débine. Devenir pauvre.

(Rigaud, 1881) : Grande misère, misère noire.

(La Rue, 1894) : Misère. Se débiner, tomber dans la misère ou s’affaiblir, devenir malade.

(Virmaître, 1894) : Se prend de manières différentes. Être dans la misère la plus complète.
— Je suis dans la débine.
— Je m’en vais, je me sauve, je me débine (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Misère.

(Hayard, 1907) : Misère.

Débiné (être)

(M.D., 1844) : Être salle.

Débiner

(d’Hautel, 1808) : Décroître, aller en décadence, perdre sa fortune, son emploi, ses ressources, se laisser aller en guenilles.
Il est tout débiné. Pour dire, il a un habit tout déguenillé ; il est dans la pénurie, dans le besoin.

(anon., 1827) : Parler contre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Parler contre un confrère, le dénoncer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Parler contre.

(M.D., 1844) : Mépriser.

(un détenu, 1846) : Parler mal d’autrui.

(Larchey, 1865) : Médire.

On le débine, on le nie, on veut le tuer.

A. Scholl.

(Delvau, 1867) : v. a. Médire, — et même calomnier. En wallon, on dit : Dibiner, pour être mal à l’aise, en langueur. Se débiner. S’injurier mutuellement.

(Rigaud, 1881) : Dire du mal. — Déprécier. Mot à mot : mettre quelqu’un ou quelque chose dans la débine, l’appauvrir moralement.

(Boutmy, 1883) : v. Dénigrer, dire du mal de quelqu’un. N’est pas particulier au langage typographique.

(Virmaître, 1894) : Dire du mal de quelqu’un.
— Nous l’avons tellement débiné qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dire du mal de quelqu’un c’est le débiner.

(Hayard, 1907) : Critiquer, (se), partir.

Débiner (se)

(Delvau, 1867) : S’en aller, s’enfuir. En wallon, on dit Biner pour Fuir.

(Rigaud, 1881) : Se sauver.

(Rigaud, 1881) : S’affaiblir, se sentir malade, perdre ses forces, — dans le jargon du peuple. — Se débiner des fumerons, ne pas être solide sur ses jambes. (L. Larchey)

(Rossignol, 1901) : S’en aller, se sauver. « Je suis presse, je me débine. » — « Je me suis débiné des agents. »

Débiner le pante

(La Rue, 1894) : Voler l’homme qu’un autre s’était réservé de voler.

Débiner le truc

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre le secret d’une affaire, révéler les ficelles d’un tour. Argot des saltimbanques.

(Virmaître, 1894) : Compère mécontent qui révèle le secret de son associé (Argot des voleurs).

Débineur

(Rigaud, 1881) : Celui qui débine. Les amis sont des débineurs par excellence.

Déblayer

(d’Hautel, 1808) : Pour sortir d’embarras, se débarrasser de quelqu’un ou de quelque chose qui importunent ; mettre en ordre des affaires embrouillées.
Quand je serai déblayé ; quand mes affaires seront déblayées, etc.
Ce verbe ne se dit au propre qu’en parlant des terres et des matériaux que l’on ôte d’un endroit où ils embarrassent : hors de là il est de mauvais style, et ne peut figurer dans la bonne conversation.

Débloquer

(Larchey, 1865) : Lever une consigne. V. Bloquer.

Débonder

(d’Hautel, 1808) : Au propre, ôter la bonde d’un tonneau. Au figuré et par facétie, faire ses nécessités après s’être long-temps retenu ; ou après une colique douloureuse ; il signifie aussi ouvrir son cœur à quelqu’un ; s’entretenir du sujet de ses chagrins, de ses peines.

(Delvau, 1867) : v. n. Alvum deponere, — dans l’argot du peuple.

Débonder (se)

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à la compagnie Lesage.

Déborder

(Delvau, 1867) : v. n. Rejeter hors de l’estomac le liquide ou la nourriture ingérés en excès, — dans le même argot [du peuple]. Se faire déborder. Se faire vomir.

Déboucher une rue

(Rigaud, 1881) : Payer les dettes qu’on a dans une rue. Les dettes bouchent la rue et empêchent le débiteur timide d’y passer.

Déboucler

(Halbert, 1849) : Ouvrir.

(Larchey, 1865) : Faire sortir de prison (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre un prisonnier en liberté, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Rendre un prisonnier à la liberté. — Ouvrir. — Déboucler une guimbarde à coups de sorlots, ouvrir une porte à coups de pied.

(La Rue, 1894) : Ouvrir. Rendre à la liberté. Accoucher.

(Rossignol, 1901) : Ouvrir.

J’étais enfermé, on vient de me déboucler.

Déboucler sa valise

(Virmaître, 1894) : Mourir. On devrait plutôt dire boucler car le voyage est assez long (Argot des commis voyageurs).

Déboucleur de lourdes

(Fustier, 1889) : Voleur qui a la spécialité de fracturer les portes.

Débouler

(Fustier, 1889) : Accoucher.

(Virmaître, 1894) : Arrivée subite de quelqu’un que l’on n’attendait pas.
— Il déboule subito (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Femme qui accouche. Allusion de forme ; enceinte à pleines ceintures, elle est ronde comme une boule ; accouchant elle déboule (Argot du peuple).

Déboulonnage

(Rigaud, 1881) : Action de déboulonner.

Déboulonner

(Rigaud, 1881) : Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.

(Rigaud, 1881) : Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.

Déboulonner sa colonne

(Virmaître, 1894) : Mourir. Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).

Déboulonneur

(Rigaud, 1881) : Amateur du déboulonnage, individu qui a pris part au renversement de la Colonne. — Longtemps, sur les murs de Paris, le nom de « Courbet » fut accolé à l’épithète de « déboulonneur. »

Débourrer

(d’Hautel, 1808) : Il commence à se débourrer. Pour il devient insensiblement plus civil ; il se familiarise avec le ton, les usages du monde et les bienséances sociales.

(Delvau, 1867) : v. a. Déniaiser quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Se débourrer. S’émanciper, se dégourdir.

(Fustier, 1889) : Jargon des maquignons. Cheval débourré, cheval qui a perdu l’embonpoint factice qu’on lui avait donné pour le vendre.

Au bout de quelque temps, les fraudes se découvrent, l’embonpoint factice s’affaisse, les côtes reparaissent, et la bête est ce qu’on appelle débourrée…

(Siècle, 1867. Cité par Littré.)

(Rossignol, 1901) : L’empereur n’y allait pas à cheval.

(Hayard, 1907) : Aller aux water-closets.

Débourrer sa pipe

(Rigaud, 1881) : Faire ses nécessités, — dans le jargon des ouvriers.

(Virmaître, 1894) : V. Déballer.

Débouscailler

(Delvau, 1867) : v. a. Décrotter, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Décrotter. — Débouscailleur, décrotteur.

Débouscailleur

(Delvau, 1867) : s. m. Décrotteur.

Debout

(d’Hautel, 1808) : Dormir tout debout. Éprouver une grande envie de dormir ; être accablé de fatigues ; se laisser abattre soit par la chaleur, soit par mollesse et fainéantise.
Il ne peut tomber que debout. Se dit d’un homme qui par ses talens, ses parens, ses amis, ses protecteurs, est à l’abri de l’indigence et de la nécessité.
Des contes à dormir debout. Voyez Contes.
On est plus couché que debout. Signifie qu’une grande partie de la vie se passe dans l’inaction et le repos

Déboutancher

(M.D., 1844) : Déboutonner.

Déboutonné

(d’Hautel, 1808) : À ventre déboutonné. De tous ses moyens, de toute sa force ; s’en donner à cœur joie.
Manger à ventre déboutonné. C’est-à-dire d’une manière intempérante, sans aucune mesure.

Déboutonner

(d’Hautel, 1808) : Se déboutonner avec ses amis. Parler librement et ouvertement à ses amis, leur dire franchement ce que l’on a sur le cœur.

(Virmaître, 1894) : Parler, avouer.
— Tu peux te déboutonner mon vieux, il faut que nous sachions ce que tu as dans le ventre. On dit aussi : Déculotte ta pensée (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dire la vérité, se décider à avouer une chose. On dit aussi : il s’est déboutonné, il m’a donné ce que je lui demandais.

Il nous a offert une bouteille, ce n’est cependant pas son habitude de se déboutonner.

Déboutonner (se)

(Delvau, 1867) : Parler franchement, dire ce qu’on a sur le cœur ou dans le ventre. Argot des bourgeois.

Débraillé

(d’Hautel, 1808) : Décoleté, découvert, vêtu avec une grande négligence.
Cette femme est toute débraillée. Pour dire est mise indécemment ; il règne dans tout son habillement un désordre honteux.

Débranler

(d’Hautel, 1808) : Mot vulgaire et borné.
Pour exprimer qu’un homme est fort assidu à son travail, que rien ne peut le distraire de ses occupations ; qu’il ne désempare pas que sa tâche ne soit remplie ; on dit qu’il ne débranle pas de son ouvrage.

Débricabraqué

(Virmaître, 1894) : Un bric-à-brac monte sa boutique de bric et de broque, ric-à-rac (petit à petit). On construit une pièce avec différents morceaux, un béquet par-ci, un béquet par-là. Si elle ne plaît pas au directeur, il faut que l’auteur la retape, qu’il la débricabraque. Mot à mot : qu’il la démolisse pour la rebricabraquer (Argot du peuple).

Débrider

(d’Hautel, 1808) : Faire quelque chose sans débrider. Sans interruption, tout d’un seul trait.

(anon., 1827) : Ouvrir.

(Clémens, 1840) : Ouvrir.

(M.D., 1844) : Ouvrir.

(un détenu, 1846) : Ouvrir. Débrider une carrouble ; ouvrir une porte.

(Larchey, 1865) : Ouvrir (Vidocq).Débrider les chasses : Ouvrir l’œil. V. Temps. — Débridoir : Clef.

(Delvau, 1867) : v. n. Ouvrir, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : v. n. Manger avec appétit, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme an cheval.

(Rigaud, 1881) : Crocheter une serrure, ouvrir. — Débrider la margoulette, manger. — Débrider les chasses, ouvrir l’œil, faire attention.

(Fustier, 1889) : Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. supra, Brider.)

(La Rue, 1894) : Ouvrir Manger. Crocheter une serrure. Autoriser.

Débrider la lourde

(Halbert, 1849) : Ouvrir la porte.

Débridoir

(Delvau, 1867) : s. m. Clef.

(Rigaud, 1881) : Clé, — dans le jargon des voleurs.

Débridoire

(Virmaître, 1894) : Outil de malfaiteurs (Argot des voleurs). V. Tâteuse.

Débris (vieux)

(Rigaud, 1881) : Homme vieux, cassé, femme vieille, cassée.

Débrouillard

(Rigaud, 1881) : Celui que rien n’embarrasse, qui sait toujours se tirer d’affaire.

Un grand garçon, ancien militaire, excuirassier de Reischoffen, très honnête et très débrouillard, comme on dit au régiment.

(Figaro du 17 juillet 1877.)

Ils étaient jeunes, bien tournés, débrouillards.

(Vicomte Richard, Les Femmes des autres.)

(Virmaître, 1894) : Individu qui sait se débrouiller au milieu des ennuis de la vie et qui en sort victorieux. On emploie, dans les ateliers, cette image caractéristique, mais peu parfumée :
— Il sortirait de cent pieds de merde (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui sait se débrouiller pour sortir des mauvaises passes de la vie.

(Hayard, 1907) : Arriviste.

Débrouille

(Fustier, 1889) : Argot des enfants. Débarras. S’emploie surtout dans le jeu de billes. Quand devant une bille visée se trouve un obstacle quelconque, un caillou, du sable, l’enfant qui vise s’écrie : débrouille ! et aussitôt il ôte l’objet qui le gênait, à moins que son camarade n’ait crié avant lui : sans débrouille !

Débrouiller

(Rossignol, 1901) : « Je me suis trouvé dans une mauvaise affaire, il m’a fallu me débrouiller pour en sortir. »

Débrouiller (se)

(Larchey, 1865) : Vaincre les obstacles. — Usité dans la marine, où un homme qui se débrouille est un homme aguerri qui sait son métier.

Débusquer

(d’Hautel, 1808) : Chasser ; supplanter.
Il a fait tout ce qu’il a pu pour le débusquer. C’est-à-dire, pour prendre sa place ; lui ravir le fruit de ses travaux.

Débuter

(Delvau, 1867) : v. n. Viser un but quelconque et s’en approcher le plus possible, afin de savoir qui jouera le premier aux billes, à la marelle, etc. Argot des enfants.

Décadener

(Delvau, 1867) : v. a. Déchaîner, débarrasser de ses liens, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Retirer les menottes à un voleur.

(Virmaître, 1894) : Quand le gendarme ôte le cabriolet d’un prisonnier, il le décadène. Mot à mot : il le dechaîne. On dit également dédurailler (Argot des voleurs).

Décalitre

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau rond, en forme de boisseau, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme.

(Virmaître, 1894) : Chapeau. Il a, en effet, la forme d’un boisseau (Argot du peuple).

Décalotter

(Delvau, 1864) : Découvrir le prépuce qui recouvre le gland du phallus, soit en bandant trop fort, soit en jouant avec, pour examiner son état sanitaire. — J’aime cette habitude de politesse du membre viril, ôtant respectueusement sa calotte devant la femme — quelle qu’elle soit. Il est vrai qu’en l’ôtant ainsi sans précaution, il s’expose à s’enrhumer — et à couler : mais il a été poli, mais il a été galant, l’honneur est sauf.

Un vit, sur la place Vendôme,
Gamahuché par l’aquilon,
Décalotte son large dôme
Ayant pour gland… Napoléon !

(Parnasse satyrique.)

Décamper

(d’Hautel, 1808) : S’esquiver ; déloger au plus vite s’enfuir à toutes jambes.

(Delvau, 1867) : v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot du peuple. Décamper sans tambour ni trompette. S’en aller discrètement ou honteusement, selon qu’on est bien élevé ou qu’on a été inconvenant. On dit aussi Décampiller.

(Rossignol, 1901) : S’en aller.

Veux-tu décamper d’ici.

Décamper sans tambour ni trompette

(Virmaître, 1894) : Lâcher une femme ou un patron sans les prévenir. Fausser compagnie à quelqu’un. Laisser une affaire en plan (Argot du peuple).

Décanailler (se)

(Delvau, 1867) : v. a. Sortir de l’obscurité, de la misère, de l’abjection, — dans le même argot [du peuple].

Decaniller

(Virmaître, 1894) : Se lever de sa chaise ou de son lit.
— Allons, paresseux, décanille plus vite que ça (Argot du peuple).

Décaniller

(Larchey, 1865) : Décamper. — Mot à mot : sortir du chenil (canil). V. Roquefort.

Ils ont tous décanillé dès le patron-jacquette.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. n. Déguerpir, partir comme un chien, — dans le même argot [du peuple]. On demande pourquoi, ayant sous la main une étymologie si simple et si rationnelle (canis), M. Francisque Michel a été jusqu’en Picardie chercher une chenille.

(Rigaud, 1881) : Partir.

Décanillons et presto !

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue 1880.)

(Hayard, 1907) : Quitter sa chaise ou son lit.

Décapité parlant

(Rigaud, 1881) : Imposteur. — Petit homme à grosse tête. — Le décapité parlant est un tour d’escamotage qui consiste à présenter au public une tête humaine sur une table recouverte d’une draperie. La tête répond aux questions qu’on lui adresse. Le tour s’exécute au moyen d’un système de miroirs combinés.

Décarade

(Virmaître, 1894) : S’en aller au plus vite. En un mot, décarrer, partir (Argot du peuple). Une vieille chanson dit :

Allons, Flipote,
Met ta capote,
Et puis, décarrons-nous.

Décarade, carrement

(Larchey, 1865) : Départ. — Jour du décarement : Jour de la mort. V. Bachasse.

Décarcassé

(Rigaud, 1881) : Sans charpente, sans solidité, en parlant d’une pièce dramatique. (L. Larchey)

Décarcasser (se)

(Larchey, 1865) : Agir activement. — Mot à mot : remuer sa carcasse.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se démener, s’agiter bruyamment, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Se donner beaucoup de mal ; se démener. — Se décarcasser le boisseau, se tourmenter.

(Virmaître, 1894) : S’échiner à faire un travail qui produit peu. Se décarcasser à courir pour arriver à l’heure de la cloche.
— J’ai beau me décarcasser, je ne suis pas plus avancé une année que l’autre (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire tout son possible pour arriver a quelque chose que l’on désire. On se presse, on se décarcasse, pour terminer un travail.

Décaré

(M.D., 1844) : Sortir de prison.

Décarer

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Se sauver.

(Larchey, 1865) : Partir. Mot à mot : se faire voiturer dehors. V. Car, Roquefort.

Faut décarer. Ces gens la veulent m’assommer.

Dialogue entre Charles X et le duc de Bordeaux, chanson, 1832.

Décarer de belle

(Bras-de-Fer, 1829) : Être sûr de se sauver.

Décarler

(Clémens, 1840) : Sans le sol.

Décarpiller

(Hayard, 1907) : Partager.

Décarrade

(un détenu, 1846) : Sortie de prison.

(Delvau, 1867) : s. f. Sortie, départ, fuite, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Fuite précipitée, fuite du voleur qui a la police à ses trousses. — La grande décarrade, la décarrade de la fin, la mort.

Décarrant

(Clémens, 1840) : Sortant.

Décarre

(Rigaud, 1881) : Acquittement.

Décarre, décarrade

(La Rue, 1894) : Acquittement. Fuite. Liberté.

Décarrement

(Fustier, 1889) : Évasion. (V. Delvau : Décarrade.)

Décarrer

(Clémens, 1840) : Se sauver.

(un détenu, 1846) : Prendre la fuite.

(Delvau, 1867) : v. n. S’en aller de Quelque part, s’enfuir. — dans l’argot des voleurs et du peuple.

(Rigaud, 1881) : Acquitter en justice. — Se sauver. — Décarrer à la bate, s’évader. — Décarrer cher, avoir fait son temps de prison.

(Rossignol, 1901) : Sortir. Celui qui sort de prison décarre. Lorsque les ouvriers sortent de l’usine, c’est la décarrade.

(Hayard, 1907) : Être libéré, sortir.

Décarrer de belle

(Delvau, 1867) : Sortir de prison sans avoir passé en jugement. Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Sortir de prison à la suite d’une ordonnance de non-lieu. Mot à mot : Je l’échappe belle (Argot des voleurs).

Décarrer de l’avant

(Clémens, 1840) : Se presser de courir.

Décartonner

(Virmaître, 1894) : Mourir de consomption. Les commères disent : mourir à petit feu. Décartonner est synonyme de décoller (Argot du peuple).

Décartonner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Vieillir, ou être atteint de maladie mortelle, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Vieillir ; se dit principalement des femmes. Bien des femmes sont comme certains livres qui, à force d’avoir passé de main en main, finissent par perdre le cartonnage.

(Boutmy, 1883) : v. pr. S’affaiblir, devenir poitrinaire. Terme emprunté aux relieurs.

(La Rue, 1894) : S’affaiblir, tomber malade.

(Hayard, 1907) : Être malade, dépérir.

Décati

(Delvau, 1867) : adj. et s. Qui n’a plus ni jeunesse, ni beauté, qui sont le cati, le lustre de l’homme et de la femme.

(Rigaud, 1881) : Usé, vieilli, flétri, en parlant des personnes. Allusion aux étoffes décaties, c’est-à-dire qui ont perdu leur apprêt.

Décatir (se)

(Larchey, 1865) : S’user, s’enlaidir. — Allusion au décatissage des tissus.

Elle sentait la pane venir, elle se décatissait.

Les Étudiants, 1860.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Vieillir, enlaidir, se faner.

Décatissement

(Fustier, 1889) : Mot plus trivial qu’argotique et synonyme de décrépitude, d’affaiblissement.

De là, — toujours style des jolis gommeux, — ce décatissement inouï, accompagné de phénomènes comateux…

(De Montépin : Sa Majesté l’Argent.)

Décavage

(Rigaud, 1881) : Misère, ruine.

Décavé

(Larchey, 1865) : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.

A Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.

Villemot.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.

(Rigaud, 1881) : Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.

(La Rue, 1894) : Ruiné.

Décembraillard

(Rigaud, 1881) : Partisan du coup d’état du 2 décembre 1801. Nom donné aux partisans de la dynastie napoléonienne par leurs adversaires politiques.

Déchaîner

(d’Hautel, 1808) : C’est un diable déchaîné. Se dit par exagération d’un enfant mutin, pétulant, difficile à maintenir. On se sert aussi de cette expression pour peindre un homme intrigant, processif et méchant.
Se déchaîner. Se mettre en colère ; entrer en fureur.

Déchanter

(d’Hautel, 1808) : Être obligé de rabattre du ton que l’on avoit pris, ou des spéculations que l’on avoit faites ; dire tout le contraire de ce que l’on s’étoit d’abord proposé.
Il y a bien à déchanter. Pour, il en faut bien rabattre.

(Delvau, 1867) : v. n. Revenir d’une erreur ; perdre une illusion ; rabattre de ses prétentions, — dans l’argot du peuple, fidèle sans le savoir à l’étymologie (décantare).

(Rigaud, 1881) : Être désenchanté, par abréviation.

Déchard

(Rigaud, 1881) : Pauvre, misérable ; celui qui est en proie à la dèche, — dans le jargon du peuple.

Eh bien, ces déchards-là, s’ils ne payent pas leur terme… on les fout sur le pavé sans pitié.

(Le Père Duchêne, 1879.)

(Virmaître, 1894) : Qui est dans la dèche (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui dépense beaucoup.

(Hayard, 1907) : Misérable.

Décharge

(d’Hautel, 1808) : Une décharge de coups de bâton. Pour dire la bastonnade.

(Delvau, 1864) : Éjaculation.

Il faut que la femme, dans le point de la décharge, si elle veut que le coup porte, tienne les fesses serrées l’une contre l’autre et ne se remue en façon quelconque que tout ne soit fait et achevé !

Mililot.

L’éclair brille, Jupiter tonne,
Son vit n’en est point démonté ;
Contre le ciel sa tête altière,
Au bout d’une courte carrière,
Décharge avec tranquillité.

Piron.

Ah ! tu ne t’en iras pas que je n’aie déchargé.

La Popelinière.

Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez le gros Millan,
S’enflent d’elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.

(Parnasse Satyrique.)

Décharger

(d’Hautel, 1808) : Décharger son estomac ; décharger son ventre. Pour expectorer ; évacuer, aller à la selle.

Dechasse

(Halbert, 1849) : Yeux.

Déchausser

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas se déchausser pour faire cet ouvrage. Pour dire, cela n’est pas bien difficile ; on peut aisément en venir à bout.
Il n’est pas fait pour le déchausser. Se dit par mépris d’un homme médiocre qui se compare à un homme supérieur.
Pied déchaux. Pauvre hère, malotru, qui veut trancher du grand seigneur.

Déche

(Virmaître, 1894) : Synonyme de débine. Cette expression est due à une circonstance curieuse : Un colosse, nommé Hache, marchand de ribouis au marché du Temple, avait la passion du théâtre ; il figurait au cirque de l’ancien boulevard du Temple. Il occupait l’emploi de tambour-major de la garde ; c’était insuffisant pour son ambition : il voulait parler. À force d’obsessions, il obtint de Laloue de dire un mot dans une pièce. Il devait dire à Napoléon :
— Quel échec, mon Empereur !
La langue lui fourcha, il avait oublié sa phrase. Alors, à tout hasard, il s’écria :
— Sire, ah ! quelle dèche !
L’expression est restée, et, dans le peuple, quand on veut indiquer un grand, malheur elle est employée (Argot du peuple).

Dèche

(un détenu, 1846) : Voleurdans la débine.

(Halbert, 1849) : Perte, misère.

(Larchey, 1865) : Ruine, misère. — Abrév. de déchet.

Elles se présentent chez les courtisanes dans la dèche.

Paillet.

Sans argent dans l’ gousset, C’est un fameux déchet.

Chansons. Avignon, 1813.

(Delvau, 1867) : s. f. Pauvreté, déchet de fortune ou de position, — dans le même argot [du peuple]. Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat d’Anglemont en attribue l’invention à un pauvre cabotin du Cirque, qui, chargé de dire à Napoléon dans une pièce de Ferdinand Laloue : « Quel échec, mon empereur ! » se troubla et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que : « Quelle dèche, mon empereur ! »
Être en dèche. Être en perte d’une somme quelconque.

(Rigaud, 1881) : Misère momentanée. La dèche est moins forte, moins soutenue que la débine, et surtout que la panne. — Dans une pièce militaire de Ferdinand Laloue, l’acteur chargé de donner la réplique à l’Empereur et de répondre : « Hélas ! quel échec, mon Empereur ! » se troubla. Destiné aux rôles muets, il parlait pour la première fois ; son émotion fut si grande que, bredouillant, ilrépondit : « Quelle déche, mon Empereur ! » Le mot fît fortune, la presse s’en empara, et, lors de l’impression de sa pièce, Ferdinand Laloue le substitua au mot primitif. (Rapporté par Privat-d’Anglemont, Paris-Inconnu.)

(Boutmy, 1883) : s. f. Dénuement absolu. Employé dans d’autres argots.

(La Rue, 1894) : Misère. Battre la dèche.

(Rossignol, 1901) : Dépense. Celui qui paye la dépense, paye la dèche.

(Hayard, 1907) : Misère.

Dèche (être en)

(Rossignol, 1901) : Être malheureux, ne plus rien posséder.

Déchet

(d’Hautel, 1808) : Il y a du déchet. Pour, il faut en rabattre de moitié ; c’est bien loin de ce que l’on avoit promis.
Quel déchet ! Exclamation ; raillerie ; en parlant de quelqu’un qui a été pris pour dupe.

Décheur

(Rossignol, 1901) : Celui qui dépense dèche ; c’est un décheur. Déclarer ballon, avoir faim.

Décheux

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme pauvre, misérable.

Déchiré (pas trop)

(Rigaud, 1881) : Pas trop mal, assez gentil. — Se dit du physique d’une personne. Cette femme n’est pas trop déchirée.

Déchirée (n’être pas trop)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans l’argot du peuple — d’une femme qui est encore jeune, jolie et appétissante. On dit aussi N’être pas trop égratignée.

Déchirer

(d’Hautel, 1808) : On dit d’une femme qui malgré un âge mur, conserve de la fraîcheur et quelque reste de beauté, qu’elle n’est pas trop déchirée.
Chien hargneux a toujours l’oreille déchirée.
Pour dire qu’un homme querelleur s’attire toujours de fâcheuses affaires.

Déchirer (ne pas se)

(Delvau, 1867) : Se faire des compliments ; se vanter.

Déchirer de la toile

(Delvau, 1867) : Faire un feu de peloton, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Faire du bruit avec l’antipode de la bouche. — Tirer un feu de peloton.

Déchirer la cartouche

(Delvau, 1867) : v. a. Manger, — dans l’argot des soldats et des ouvriers qui se souviennent de leurs sept ans.

(Rigaud, 1881) : Manger, — dans le jargon des troupiers.

Déchirer sa toile

(Virmaître, 1894) : Pester. Allusion au bruit qui souvent ressemble à un déchirement (Argot du peuple). V. Peau courte.

Déchirer son habit

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des tailleurs.

Déchirer son tablier

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des domestiques.

(La Rue, 1894) : Mourir.

Décimadorès

(Fustier, 1889) : Cigare de dix centimes.

— Cochon de cigare ! — En voulez-vous un autre ? — Volontiers. Les miens sont pourtant d’une bonne marque ; des décimadorès de choix !

(Charivari, juillet 1884.)

Déclancher (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se démettre l’épaule, — dans l’argot des faubouriens, qui assimilent l’homme au mouton.

Déclaquer

(Rigaud, 1881) : Dire ce qu’on a sur le cœur.

Déclouer

(Delvau, 1867) : v. a. Dégager des effets du mont-de-piété, du clou.

Déclouer, Décrocher

(Rigaud, 1881) : Dégager un objet du Mont-de-Piété.

Décoction

(d’Hautel, 1808) : C’est une mauvaise décoction. Pour dire qu’une entreprise, après avoir trainé en longueur, n’a amené aucun résultat avantageux ; qu’elle a mal tourné ; qu’on en sera le mauvais marchand.

Décognoir

(Rigaud, 1881) : Nez de forte taille, — dans le jargon des typographes. Au propre, en terme de métier, on nomme « décognoir » le morceau de bois dont on fait usage pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes.

(Boutmy, 1883) : s. m. Morceau de bois dur, long de 18 à 20 centimètres, aminci par un bout, employé pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes. Au fig. Nez. Pourquoi appelle-t-on un gros nez un décognoir ? Sans doute à cause de l’analogie de forme.

Décoller

(Delvau, 1867) : v. n. S’en aller de quelque part ; quitter une place, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Quitter un endroit où l’on se trouve depuis longtemps.

(La Rue, 1894) : S’en aller, quitter.

Décoller (se)

(Fustier, 1889) : Manquer, ne pas réussir, ne pas avoir lieu.

Voilà que le banquet du 13 se décolle !

(Bataille, 1882.)

Décoller le billard

(Delvau, 1867) : Mourir. On dit aussi Dévisser son billard.

Décompte

(Delvau, 1867) : s. m. Blessure mortelle, — dans l’argot des troupiers, qui savent qu’en la touchant il faut quitter le service et la vie.

(Rossignol, 1901) : Moitié de ce que gagne un condamné pendant sa détention et qui lui est remise à sa sortie de prison.

Décompte (recevoir son)

(Larchey, 1865) : Mourir. — Dans l’armée, on ne quitte pas le service sans toucher son décompte.

Tué raide sur le champ de bataille, le beau tambour-major avait, pour parler en style de bivouac, reçu son décompte.

Ricard.

Déconfiture

(d’Hautel, 1808) : Être dans la déconfiture. Expression comique qui signifie être en pleine disgrace ; être fort mal dans ses affaires

(Delvau, 1867) : s. f. Faillite, — dans l’argot des bourgeois. Être en déconfiture. Avoir déposé son bilan.

Déconner

(Delvau, 1864) : Sortir du con de la femme, soit parce qu’on a fini, soit parce qu’elle remue trop les fesses. Il y a des gens qui peuvent, comme l’Ascylte de Pétrone, rester deux jours sur une femme. Heureux Ascylte ! Plus heureuse femme !

Ah ! me voilà déconné !

La Popelinière.

Le vit alors, bien convaincu
Qu’on ne peut voir un con vaincu,
Renonce à la victoire :
Il déconne et s’adresse au cu.

(Chanson anonyme moderne.)

Avec cet outil-là, je puis, sans me gêner
Fournir mes douze coups, dont six sans déconner.

Piron.

Décors

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Cordons, tabliers, bijoux, — dans l’argot des francs-maçons.

(Virmaître, 1894) : Bijoux. L’expression est jolie. On dit dans le peuple, d’une femme chargée de bijoux : Elle est décorative (Argot du peuple).

Découcher

(Delvau, 1864) : Aller passer la nuit au bordel quand on est homme, hors du bordel quand on est fille.

Excusez-moi, mais, fidèle à mes devoirs de mari, je n’ai jamais découché et ne découcherai jamais.

Lireux.

Découdre

(d’Hautel, 1808) : On dit d’un ouvrier très-habile à l’ouvrage, qu’il en découd quand il est en train.
En découdre.
Signifie aussi en venir aux mains ; se prendre aux cheveux, se battre vigoureusement.

Découdre (en)

(Delvau, 1867) : v. n. Se battre en duel ou à coups de poing, — dans l’argot du peuple et des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Se battre à l’arme blanche. Mot à mot : découdre la peau. Il faudra en découdre.

Découvrir

(d’Hautel, 1808) : Découvrir le pot aux roses. Mettre une fourberie, un dessein, une intrigue dans tout son jour.
Découvrir Saint-Pierre pour couvrir Saint-Paul. Prendre à l’un pour donner à l’autre.

Découvrir la peau

(La Rue, 1894) : Faire avouer.

Découvrir la peau de quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Lui faire dire ce qu’il aurait voulu cacher, — dans l’argot du peuple.

Découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul

(Rigaud, 1881) : Contracter une dette pour en payer une autre. (Oudin, Curiosités françaises.) L’expression est encore fort de mise.

Décrasser

(d’Hautel, 1808) : Il commence à se décrasser. Pour, il commence à être moins grossier ; à se former à la politesse et aux usages du monde ; à prendre une certaine tournure.
On dit des provinciaux, qu’ils viennent à Paris pour s’y décrasser.

(Virmaître, 1894) : Les filles décrassent un homme en le débauchant d’abord, en le ruinant ensuite. Les voleurs décrassent un pante en le volant. Décrasser, dans un autre sens, est synonyme de déniaiser (Argot du peuple).

Décrasser un homme

(Delvau, 1867) : v. a. Lui enlever sa timidité, sa pudeur, sa dignité, sa conscience, — dans l’argot des faubouriens, qui ont des idées particulières sur la propreté. Pour les filles, Décrasser un homme, c’est le ruiner, et pour les voleurs, c’est le voler, — c’est-à-dire exactement la même chose.

Décrier

(d’Hautel, 1808) : Il est décrié comme la vieille monnoie. Pout exprimer qu’un homme a perdu sa réputation ; qu’il a un fort mauvais crédit.

Décroche-moi ça

(Rigaud, 1881) : Fripier. — Terme générique donné à toutes les friperies dont des spécimens sont accrochés au-dessus de la porte du revendeur à la toilette : chapeaux pour les deux sexes, souliers, bottines, habits, vestes, culottes et robes, autant de décroche-moi ça, de décrochez-moi ça.

Décroche-moi-ça

(La Rue, 1894) : Fripier.

Décrocher

(Larchey, 1865) : Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.

Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.

Lefils.

M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.

Privat d’Anglemont

Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.

Mornand.

(Larchey, 1865) : Faire tomber d’un coup de fusil.

(Delvau, 1867) : v. a. Dégager un objet du mont-de-piété, — dans l’argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer d’un coup de fusil, — dans l’argot des troupiers. Ils disent aussi Descendre.

Décrocher la lune avec les dents

(Virmaître, 1894) : Vouloir accomplir une chose impossible. Expression employée par ironie (Argot du peuple).

Décrocher la timbale

(Virmaître, 1894) : Arriver bon premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet décroche le premier prix qui est généralement une timbale. Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la Timbale (Argot du peuple). N.

Décrocher les tableaux

(Rigaud, 1881) : Pratiquer des fouilles dans l’édifice nasal.

Décrocher ses cymbales

(Rigaud, 1881) : Mourir dans l’exercice des fonctions notariales, — dans le jargon des ouvriers. Les clercs de notaires et les clercs d’huissiers disent, dans une langue plus relevée, pour exprimer la même idée : Décrocher ses panonceaux.

Décrocher ses tableaux

(Delvau, 1867) : v. a. Opérer des fouilles dans ses propres narines et en extraire les mucosités sèches qui peuvent s’y trouver. Argot des rapins.

(La Rue, 1894) : Mettre les doigts dans son nez.

(Virmaître, 1894) : Individu qui sans cesse se fourre les doigts dans le nez pour en retirer les ordures.
— Tu reçois donc du monde que tu décroches tes tableaux ? (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Se mettre un doigt dans le nez.

Décrocher un enfant

(Delvau, 1867) : v. a. Faire avorter une femme, — dans l’argot du peuple. Se faire décrocher. Employer des médicaments abortifs.

Décrocher un lardon

(Virmaître, 1894) : Faire avorter une femme. Les spécialistes qui se livrent à ce genre de travail se nomment des faiseuses d’anges (Argot du peuple). N.

Décrochez-moi ça

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau de femme, — dans l’argot des revendeuses du Temple.

(Delvau, 1867) : s. m. Boutique de fripier, — dans l’argot du peuple. Acheter une chose au décrochez-moi ça. L’acheter d’occasion, au Temple ou chez les revendeurs.

(Virmaître, 1894) : Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette. Comme les vêtements sont accrochés et étiquetés, inutile de marchander ; on n’a qu’à dire à la vendeuse : Décrochez-moi ça. Toute personne mal habillée sent le décrochez-moi ça (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Le carreau du Temple.

Décrotter

(d’Hautel, 1808) : Manger avec avidité, avec grand appétit.
Comme il vous décrotte ce plat ! Pour, comme il mange de bon appétit.
C’est déjà décrotté. Pour, c’est déjà fini ; déjà mangé.

Décrotter un gigot

(Delvau, 1867) : v. a. N’en rien laisser que l’os, — dans l’argot des ouvriers, qui ont bon appétit une fois à table.

Décrotter une femme

(Delvau, 1864) : La brosser vigoureusement avec son vit, de façon à lui désobstruer le con, si par hasard il était embarrassé et embroussaillé de restants de sperme ou de sang menstruel.

Il me répond : Ne te fâche, Babeau,
Avant partir tu seras décrottée.

(Recueil de poésies françaises.)

Déculotté

(Virmaître, 1894) : Homme qui a mis son mobilier ou son commerce au nom de sa femme. Il ne porte plus la culotte. Déculotté aussi quand la femme est maîtresse au logis : elle porte les culottes (Argot du peuple).

Déculotter

(Fustier, 1889) : Faire faillite.

Dédale

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où le membre viril s’égare souvent, lorsqu’elle est trop large ou qu’il est trop petit, — bien qu’il ait la main d’Ariane pour le conduire au bonheur.

Ce beau dédale qu’il contemple
Avec des yeux étincelants,
Fait naître et couler dans ses sens
Une ardeur qui n’a point d’exemple.

Grécourt.

Dedans

(d’Hautel, 1808) : Il est dedans comme le frère Laurent. Rebus qui équivaut à il a fait un sot marché ; il est dupé, attrappé, friponné.
Je ne suis pas dedans. Dicton des marchands de commestibles et de fruits, quand on leur reproche que leur marchandise étoit gâtée intérieurement.
Mettre quelqu’un dedans. Pour le tromper, l’escroquer ; le friponner daris une affaire. Signifie aussi mettre quelqu’un en prison.
On ne l’a mis ni dehors ni dedans. Pour, on ne lui a rien promis ; on l’a laissé en suspens, dans l’incertitude.
Beaucoup de personnes ont coutume d’employer cet adverbe de lieu pour la préposition dans, et de dire :
J’ai votre affaire dedans ma poche, pour dans ma poche.
Dedans
ne veut point de régime après lui.
Est-il dans cette chambre ? oui, il est dedans.

Dedans (mettre)

(Larchey, 1865) : mettre en prison (d’Hautel, 1808).

(Rigaud, 1881) : Tromper. — Emprisonner.

Dédire (se) cher

(La Rue, 1894) : Être à l’agonie.

Dédire cher (se)

(Rigaud, 1881) : Être à l’agonie, — dans le jargon des voleurs.

Dédit

(d’Hautel, 1808) : Il a son dit et son dédit. Signifie, il est inconstant, irrésolu, capricieux ; on ne peut se fier à ses promesses.

Déduit

(Delvau, 1864) : L’acte amoureux, — du verbe latin deducere, tirer, faire sortir, c’est-à-dire, en vieux français, se divertir en tirant — un coup.

Qu’il ne manquait ou de jour, ou de nuit,
Sous prétexte de voir son ingrate maîtresse,
De faire naître avec adresse
Un rendez-vous pour l’amoureux déduit.

La Fontaine.

L’homme noir, friand du déduit,
De dire : l’aventure est bonne.

Grécourt.

Il est minuit,
C’est l’instant du mystère,
Il nous invite à l’amoureux déduit.

Pebraux.

Dédurailler

(Delvau, 1867) : v. a. Oter les fers d’un forçat ou les liens d’un prisonnier.

Défâcher

(d’Hautel, 1808) : S’il se fâche, il aura deux peines, de se fâcher et de se défâcher. Se dit de quelqu’un dont l’estime et l’amitié importent peu, et dont on ne redoute pas le courroux.

Défaire

(d’Hautel, 1808) : Faire et défaire, c’est toujours travailler. Manière goguenarde de réprimander quelqu’un qui s’est trompé, et à qui ont fait recommencer l’ouvrage sur nouveaux frais.

Défaits

(Rigaud, 1881) : Ce sont, en terme de libraire, les feuilles d’un livre qui ne sont pas suivies et qui servent à compléter celles qui peuvent manquer.

Défalquer

(anon., 1827) : Ch.

(Bras-de-Fer, 1829) : Ch….

(Halbert, 1849) : Ch…. DÉPONNER. Id.

(Rigaud, 1881) : Faire ses nécessités, — dans l’ancien argot.

Défardeur

(anon., 1827) : Voleur.

(Halbert, 1849) : Voleur.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Doubleur.

Défargué

(Halbert, 1849) : Déchargé.

Défarguer

(Clémens, 1840) : Se débarrasser d’objets suspects.

(Delvau, 1867) : v. n. Pâlir. — dans l’argot des voleurs, pour qui farguer c’est rougir.

(La Rue, 1894) : Pâlir. Céder. Se débarrasser. Défargueur, plaideur. Témoin à décharge.

(Virmaître, 1894) : Pâlir.

Le parrain fargue,
Le bêcheur défargue.

dit une vieille chanson (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Les joueurs disent cela d’une carte qui les gêne. Au polignac il se défarguent du valet de pique (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Décharger quelqu’un d’un fardeau ou de charges qui pèsent contre lui, c’est le défarguer. Le contraire de farguer. Le ministère public fargue et l’avocat défargue son client des faits compromettants. Décharger quelqu’un d’un colis est le défarguer. Celui qui se débarrasse d’objets compromettants se défargue. Un voleur qui reconnaît être seul l’auteur de vols qu’on lui reproche défargue son complice.

Défarguer (se)

(M.D., 1844) : Déposer les objets dont on est porteur.

(Hayard, 1907) : Se décharger au détriment d’un complice.

Défargueur

(Larchey, 1865) : Témoin à décharge. — Du vieux mot fardage : fardeau. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. m. Témoin à décharge, assez maître de lui pour mentir sans rougir.

Défarquer

(un détenu, 1846) : Ôter quelque chose d’un endroit.

Défendre

(d’Hautel, 1808) : Je m’en défends, mon corps et mon sang ; si tu m’attrapes, tu es un serpent. Dicton usité par les écoliers, lorsqu’ils jouent aux barres ou à la crémisette, et qu’ils sont sur le point d’être attrapés avant que d’avoir touché le but.

Défendre sa queue

(Delvau, 1867) : v. a. se défendre quand on est attaqué, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un chien.

(Virmaître, 1894) : Défendre sa peau dans une bataille. Quand deux chiens se battent dans la rue, les spectateurs crient :
— Toto, dé fend ta queue.
Défendre sa queue,
c’est défendre ses intérêts de toutes manières (Argot du peuple).

Déferrer

(d’Hautel, 1808) : Il se déferre aisément. Pour, il se déconcerte au premier mot ; il devient confus, muet, à la plus petite observation.
Être déferré d’un œil. Pour, en avoir perdu un ; être éborgné.

Deffardeur

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleur.

Defflourer la picouze

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voler le linge étendu sur les haies.

Défier

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut jamais défier un fou de faire des folies. Signifie qu’il ne faut jamais défier un extravagant, de crainte de le porter à quelque excès.

Défiger

(Delvau, 1867) : v. a. Réchauffer, — dans le même argot [du peuple].

Défiler

(d’Hautel, 1808) : Défiler son chapelet. Dégoiser tout l’on sait ; dire tout ce que l’on a sur le cœur ; faire des plaintes que l’on retenoit intérieurement depuis long-temps.

Défiler la parade

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des troupiers, qui blessés en pleine poitrine par un éclat d’obus, trouvent encore le temps de faire le salut militaire à leur chef comme pour lui dire : Ave, Cæsar, morituri te salutant.

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon des troupiers.

(Virmaître, 1894) : Se dit à quelqu’un que l’on chasse.
— Allons, défilez la parade, et plus vite que ça (Argot du peuple).

Défiler son chapelet

(Virmaître, 1894) : Quand deux commères se disputent, c’est un déluge de paroles et d’épithètes interminable.
— As-tu vu comme je lui ai défilé mon chapelet ?
Allusion au chapelet qu’une dévote fait tourner toute sa vie dans ses mains sans en trouver la fin (Argot du peuple). N.

Déflaque

(Fustier, 1889) : Excrément. (Richepin.)

Défleurir la picoure

(Delvau, 1867) : v. a. Voler le linge étendu dans les prés ou sur les haies. Argot des prisons.

Défleurir la picouse

(Larchey, 1865) : Voler du linge qui sèche sur une haie. — Allusion à la couleur tranchante des objets étendus et aux épines de la haie.

Défleurir ou déflouer la picouse

(Virmaître, 1894) : Voler le linge qui sèche dans les campagnes, sur des haies (Argot des voleurs). V. Batousier.

Déflorer une fille

(Delvau, 1864) : Lui enlever son pucelage, — une rose diablement épineuse.

Si fut-il admiré pour masle très-puissant
D’en avoir une nuit défloré demi-cent.

J. De Schélandre.

Déflouer la picouse

(Halbert, 1849) : Voler chez un blanchisseur le linge étendu.

Déflourer la picouze

(anon., 1827) : Prendre le linge qui est étendu sur des perches dans les prés.

Défourager

(Virmaître, 1894) : S’en aller, quitter un endroit pour un autre.
— Je défourage de la Centrousse pour renquiller à Pantin (Argot des voleurs).

Défourailler

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tomber.

(Halbert, 1849) : Courir.

(Larchey, 1865) : Sortir de. prison. — Du vieux mot defors : dehors. V. Babillard.

(Delvau, 1867) : v. n. Courir, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Courir. — Tomber. — Sortir de prison.

(La Rue, 1894) : Courir. Sortir de prison. Tomber.

Defourayer

(Clémens, 1840) : Retirer, Sortir.

Defourrailler

(un détenu, 1846) : Sortir d’un endroit, d’une prison.

Défoux

(Rossignol, 1901) : Casquette de soie haute de forme que portent les bouchers et dont le prix est de cinq à six francs. Le créateur de cette casquette est le chapelier Défoux. Il y a quarante ans, il y avait une casquette qui se portait que l’on nommait la David, également du nom du fabricant.

Défrimousser

(Larchey, 1865) : Dévisager. V. Frime.

(Delvau, 1867) : v. a. Défigurer quelqu’un, — dans le même argot [des voyous].

Défringué

(La Rue, 1894) : Débraillé.

Défringuer

(Rossignol, 1901) : Déshabiller, du contraire de fringuer. En se levant on se fringue, et pour se coucher on se défringue.

Défringuer, défrusquer

(La Rue, 1894) : Prendre des vêtements.

Défriser

(d’Hautel, 1808) : Ça te défrise. Locution burlesque qui équivaut à cela te chiffone, te contrarie ; se dit à quelqu’un qui trouvé à redire à ce que l’on dit, ou qui jette un regard envieux sur le bonheur d’autrui.

(Larchey, 1865) : Désappointer.

Ce qui nous défrise, c’est que je suis retenu.

P. Lacroix.

(Delvau, 1867) : v. a. Désappointer, contrarier quelqu’un, — dans l’argot du peuple.

Défrusquer

(Larchey, 1865) : Déshabiller. V. Frusque.

(Delvau, 1867) : v. a. Dépouiller quelqu’un de ses vêtements, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Défrusquiner. Se défrusquer. Se déshabiller.

(Rossignol, 1901) : Se dévêtir, retirer ses frusques.

Défrusquer, Défrusquiner

(Rigaud, 1881) : Déshabiller. — Voler des vêtements.

Défrusquiné

(Halbert, 1849) : Déshabillé.

Défrusquiner

(anon., 1827) : Déshabiller.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Déshabiller. Défrusquiner les momes, voler les habits des enfants.

(Bras-de-Fer, 1829) : Déshabiller.

Défunt

(d’Hautel, 1808) : Défunt mon père. Pour dire, feu mon père. Ce mot n’est que du style bas et comique.

Dégager

(d’Hautel, 1808) : Avoir l’air dégagé. Avoir l’air libre, hardi et tranchant ; être sans modestie, sans pudeur.

Dégaine

(Delvau, 1867) : s. f. Allures du corps, fourreau de l’âme. — dans l’argot du peuple, qui n’emploie ordinairement ce mot qu’en mauvaise part. Avoir une belle dégaine. Se dit ironiquement des gens qui n’ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites.

Dégaîne

(d’Hautel, 1808) : Il a une belle dégaîne. Manière triviale et goguenarde de dire que quelqu’un a une mauvaise tournure, est gauche et emprunté dans son maintien.

Dégaîner

(d’Hautel, 1808) : Dégaîner son compliment. Faire son compliment à quelqu’un ; le congratuler ; le féliciter.
Être dur à la desserre, n’aimer pas à dégainer. Être avaricieux ; dépenser avec parcimonie.
Dégaîner. Pour dire mettre l’épée à la main ; venir aux armes.

Dégaîneur

(d’Hautel, 1808) : Bretteur, homme qui cherche toujours à férailler ; hâbleur, fanfaron.

Dégauchir

(Delvau, 1867) : v. n. Voler.

(La Rue, 1894) : Voler.

Dégazonner (se)

(Rigaud, 1881) : Perdre ses cheveux.

Dégel

(Larchey, 1865) : Mortalité.

Il y aura un rude dégel.

Watripon.

On connaît les effets dissolvants du dégel.

(Rigaud, 1881) : Mort. — Dégelé, cadavre. — Dégeler, mourir. — Se dégeler, se suicider.

Dégelée

(Larchey, 1865) : Volée de coups. — Il y a une chanson de V. Gaucher intitulée la dégelée de 1854, ou la Prise de Bomarsund. — Une volée dégèle ordinairement ce lui qui la reçoit.

(Delvau, 1867) : s. f. — Coups donnés ou reçus, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Série de coups. — Flanquer une dégelée soignée.

Dégeler

(d’Hautel, 1808) : Mourir, expirer, s’en aller dans l’autre monde.
Il est dégelé. Pour, il est mort, il est expiré.
Cette locution se prend toujours en mauvaise part, et ne se dit que d’une personne pour laquelle on n’avoit ni respect, ni estime, ni considération.

(Delvau, 1867) : v. n. Se déniaiser, se remettre de son émotion, — dans le même argot [des faubouriens]. Signifie aussi : Mourir.

(Rossignol, 1901) : Mourir.

(Hayard, 1907) : Assassiner.

Dégéler

(un détenu, 1846) : Mourir par violence en prison.

Dégeler (se)

(La Rue, 1894) : Se déniaiser, se dégourdir.

Dégeler son membre

(Delvau, 1864) : L’introduire à moitié roide dans le vagin d’une femme dont la chaleur le force à grossir et à brûler lui-même.

Un jour d’hiver Collas tout éperdu
Vint à Catin présenter sa requête
Pour dégeler son chose morfondu.

Cl. Marot.

Déger

(La Rue, 1894) : Mort. Dégelé, cadavre.

Dégingandé

(d’Hautel, 1808) : On dit par mépris d’une femme grande et mal bâtie, dont le maintien est libre et peu décent, qu’Elle est toute dégingandée ; et plus communément toute déhanchée.

(Delvau, 1867) : adj. s. Qui a mauvaise grâce, au propre et au figuré, — dans l’argot du peuple.

Dégingander (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se donner des allures excentriques et de mauvais goût.

Déglingue (tomber dans la)

(Virmaître, 1894) : Être tout à fait par terre. Plus misérable que les misérables (Argot du peuple). N.

Déglinguer

(Fustier, 1889) : Détériorer.

(La Rue, 1894) : Détériorer. Arracher.

(Rossignol, 1901) : Déchirer.

Tu viens de nu déglinguer les baguenaudes de mon serouel.

(Hayard, 1907) : Abîmer, déchirer.

Dégobillade

(Delvau, 1867) : s. f. Résultat d’une indigestion, — dans l’argot du peuple.

Dégobillage

(Rigaud, 1881) : Matières rejetées hors de l’estomac. — Dégobiller, vomir. — Pratiquer sa cambrure dans un fort dégobillage escrabouillé sur le trot. Mettre le pied dans un fort dégobillage aplati sur le trottoir.

Dégobiller

(d’Hautel, 1808) : Vomir les viandes, que l’on a prises avec excès ; regorger le vin dont on s’est enivré.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Avoir une indigestion.

(Virmaître, 1894) : Vomir (Argot du peuple). V. Mettre du cœur sur le carreau.

(Rossignol, 1901) : Vomir.

(Hayard, 1907) : Vomir.

Dégobillis

(d’Hautel, 1808) : Vomissement ; rejet des alimens que l’on a pris avec trop d’abondance. Le peuple dit par corruption, dégobillage.

Dégoiser

(d’Hautel, 1808) : Babiller, bavarder avec feu ; caqueter comme un perroquet.
Il a l’air dégoisé ; c’est-à-dire, fin et mâdré.
On dit aussi d’une fille hardie, qui semble en savoir plus qu’il ne convient, qu’elle a l’air dégoisée.
Faire dégoiser quelqu’un.
Le faire jaser, lui tirer les vers du nez.

(Rossignol, 1901) : Parler, causer, dire.

As-tu bientôt fini de dégoiser sur tout le monde. — Je le sais, on me la dégoisé.

Dégommade

(Delvau, 1867) : s. f. Vieillesse, décrépitude naturelle ou précoce, — dans l’argot du peuple.

Dégommage

(Rigaud, 1881) : Perte d’emploi. — Misère. Allusion aux timbres-poste qui, faute de gomme, ne tiennent pas.

Dégommé

(Larchey, 1865) : Fané, terni.

Je me rouille, je me dégomme.

Labiche.

(Rigaud, 1881) : Usé, vieilli, flétri. — Comme elle est dégommée. — Infortuné qui a perdu sa place. — Préfet dégommé.

C’est moi qui du coin d’la rue,
J’ta l’premier trognon de laitue
A c’ pouvoir qu’est dégommé.

(L. Festeau, Le Gamin 1834.)

Dégommer

(un détenu, 1846) : Mourir, cesser de vivre.

(Larchey, 1865) : Destituer.

Réélu ! — Dégommé !

Gavarni.

(Delvau, 1867) : v. a. Destituer, casser d’un grade, — dans l’argot des troupiers. Se dégommer. S’entre-tuer.

(Rigaud, 1881) : Surpasser. — Destituer.

(Fustier, 1889) : Mourir. Dégommé, mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.

Dégommer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Vieillir, perdre de ses cheveux, de son élégance, de sa fraîcheur, — au propre et au figuré.

Dégorger

(d’Hautel, 1808) : C’est un gros pigeon qu’il faut faire dégorger. Pour c’est un escroc, un voleur, qu’il faut forcer à restitution.
Dégorge. Se dit à un joueur de mauvaise foi, qui après avoir gagné frauduleusement finit par perdre.

(Rigaud, 1881) : Avouer.

Il devait en jauger plus qu’il n’avait voulu certainement en dégorger.

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Dégoter

(d’Hautel, 1808) : Terme burlesque fort usité parmi les écoliers, et qui équivaut à déplacer, chasser quelqu’un de son poste, le supplanter dans la place ou le rang qu’il occupoit.
Il a beau faire, il ne le dégotera pas. C’est-à dire, quoiqu’il fasse, quelque peine qu’il se donne pour le déplacer, il n’y parviendra pas.

(La Rue, 1894) : Prendre. Apercevoir. Découvrir. Destituer. Surpasser.

(Rossignol, 1901) : Trouver, voir.

Il y a un mois que je cherchais mon chien, j’ai fini par le dégoter. — J’ai dégoté la femme à Jules au bras d’un amoureux.

Dégoter veut aussi dire faire mieux qu’un autre. On dit encore de quelqu’un qui est mal vêtu : il la dégote mal.

Dégottage

(Delvau, 1867) : s. m. Action de surpasser quelqu’un en force ou en talent, en esprit ou en beauté. Argot des faubouriens. Signifie aussi : Recherche couronnée de succès.

(Rigaud, 1881) : Supériorité morale ou physique.

(Rigaud, 1881) : Trouvaille.

Dégotter

(un détenu, 1846) : Trouver quelqu’un ; piller, prendre, enlever.

(Larchey, 1865) : Surpasser. On disait en 1808 dégoutter, c’est-à-dire : être placé au-dessus de quelqu’un, dégoutter sur lui. V. d’Hautel.

Quel style ! Ça dégotte Mm’ de Sévigné.

Labiche.

(Delvau, 1867) : v. a. Surpasser, faire mieux ou pis ; étonner, par sa force ou par son esprit, des gens malingres ou niais. Signifie aussi : Trouver ce que l’on cherche.

(Rigaud, 1881) : Surpasser. — Prendre la place d’un autre — Trouver. Dégotter une roue de derrière, trouver une pièce de cinq francs.

D’ailleurs, l’affaire est à moi. Je l’ai dégottée et, de plus, j’ai donné le coup.

(G. Marot, l’Enfant de la Morgue.)

(Merlin, 1888) : Surpasser.

(Virmaître, 1894) : Se dit de quelqu’un mal habillé.
— Tu la dégottes mal.
Dégotter, signifie également trouver.
— Il y a deux mois que je la cherche, j’ai fini par la dégotter.
Dégotter
quelqu’un : faire quelque chose mieux que lui. Victor-Hugo, par exemple dégotte Sarrazin, le poète aux olives (Argot du peuple).

Dégotter (la)

(Rigaud, 1881) : Faire figure, représenter. Il la dégotte mal, il a mauvaise tournure, argot du peuple.

Dégouler

(Rigaud, 1881) : Baisser, diminuer, ralentir, s’en aller. « Le travail dégoule, » — dans le jargon des ouvriers. C’est l’opposé Rabouter.

Dégoulinage

(Rigaud, 1881) : Larmes silencieuses ; eau qui tombe goutte à goutte.

Dégouliner

(Larchey, 1865) : Couler doucement. — Onomatopée.

V’là au moins la vingtième (larme) qui dégouline sur ma joue.

Ricard.

(Delvau, 1867) : v. n. Couler, tomber goutte à goutte des yeux et surtout de la bouche, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Couler doucement goutte à goutte. Les larmes dégoulinent le long des joues. — Dégouliner ce qu’on a sur le cœur, dire sa façon de penser, se soulager par l’aveu d’un secret. Le mot date de la fin du XVIIIe siècle.

Céline baissa la tête, alors l’autre baissa aussi la tête et une grosse larme lui dégoulina des cils.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Dégourdi

(d’Hautel, 1808) : Un dégourdi. Un garçon alerte et éveillé, et très-près regardant sur ses intérêts.

(Virmaître, 1894) : Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
— J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze : elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Malin. On dit aussi de celui qui est leste : c’est un dégourdi.

Dégourdir

(d’Hautel, 1808) : On dit malicieusement d’une jeune demoiselle qui chaque jour devient plus libre, qui prend un air gaillard avec les hommes, qu’elle commence à se dégourdir.

(Delvau, 1867) : v. a. Émanciper l’esprit ou les sens de quelqu’un, — dans le même argot [du peuple]. Se dégourdir. Se débourrer, se débarrasser de ses allures gauches, de la timidité naturelle à la jeunesse. Signifie aussi : S’amuser.

(Rossignol, 1901) : Lorsqu’il fait froid, on marche vite pour se dégourdir les membres. On dit aussi à celui qui est mou, mollasse :

Je vais te dégourdir.

Dégoutation

(Rigaud, 1881) : Personnification dégoûtante. (L. Larchey) Une dégoutation d’homme.

Dégoûté (n’être pas)

(Delvau, 1867) : Prendre le meilleur morceau, choisir la plus jolie femme, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Savoir apprécier, montrer du goût. — Vous aimez les jolies femmes, vous n’êtes pas dégoûté.

Dégouté (pas)

(Larchey, 1865) : Ambitieux.

Se dit en plaisantant d’un homme qui sans avoir l’air de choisir, prend le meilleur morceau.

d’Hautel, 1808.

« Belle dame, vous êtes joliment jolie ce soir ! je souperais fièrement avec vous. » — « Tu n’es fichtre pas dégoûté. » — Gavarni.

Dégoûter

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas dégoûté. Se dit en plaisantant d’un homme qui, sans avoir l’air de choisir, prend toujours le meilleur morceau d’un plat, ou s’approprie la meilleure partie d’un lot ou d’une affaire.
C’est un bon dégouté. Pour c’est un luron de bon appétit, qui aime le plaisir par-dessus toute chose.

Dégoutter

(d’Hautel, 1808) : Quand il pleuvra sur lui il dégouttera sur moi. C’est-à-dire, j’aurai part au bien ou au malheur qui lui arrivera.
À la cour, chez les gens puissans, s’il n’y pleut il y dégoutte. Signifie que s’il n’est pas jours permis d’y espérer une grande fortune, on peut du moins y prétendre à quelqu’avantage.

Dégrafée

(Hayard, 1907) : Prostituée élégante.

Dégraffer

(d’Hautel, 1808) : Détacher une agraffe. Le peuple dit par corruption désagraffer.

Dégraisser

(d’Hautel, 1808) : On dit figurément d’un homme que l’on a dépouillé d’une grande partie des biens qu’il avoit mal acquis, qu’on l’a bien dégraissé.

(Rigaud, 1881) : Faire perdre de l’argent. — Dégraisser le hausse, faire perdre de l’argent au patron.

(La Rue, 1894) : Voler.

Dégraisser (se)

(Delvau, 1867) : Maigrir, — dans l’argot du peuple.

Dégraisser un homme

(Delvau, 1867) : v. a. Le ruiner, — dans l’argot des petites dames, qui trouvent alors qu’il n’y a pas gras dans ses poches.

Dégraisseur

(Rigaud, 1881) : Filou, usurier, — dans le jargon des voyous. Envoyer une bobine chez le dêgraisseur voler une montre.

(Virmaître, 1894) : Le garçon de banque qui à chaque échéance vient dégraisser les débiteurs (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Garçon de recettes.

Dégraisseurs

(Rossignol, 1901) : Garçons de recette.

Dégrimonner

(Rigaud, 1881) : S’agiter, se tourmenter, — dans l’argot des bourgeois. (L. Larchey)

Dégringolade

(Delvau, 1867) : s. f. Ruine, débâcle de fortune, — dans l’argot des bourgeois, témoins des croulements fréquents des parvenus d’aujourd’hui.

(Rigaud, 1881) : Vol. — Dégringolade à la flûte, vol commis par une fille publique sur la personne d’un client.

(La Rue, 1894) : Vol ou assassinat. Mort.

(Virmaître, 1894) : V. Dégringoler.

(Rossignol, 1901) : Lorsque les affaires vont en périclitant, c’est de la dégringolade.

Dégringolade à la flûte

(La Rue, 1894) : Vol commis par une prostituée sur son client.

(Virmaître, 1894) : Vol commis par une fille sur un miché de passage. L’expression flûte est assez significative (Argot des voleurs).

Dégringolé du c. de Marie la salope

(Rigaud, 1881) : Enfant de père inconnu.

Dégringoler

(d’Hautel, 1808) : Descendre en hâte, se laisser choir ; tomber de l’endroit où l’on étoit monté.
Faire dégringoler les escaliers à quelqu’un. Le faire descendre quatre à quatre, avec ignominie.
On dit aussi figurément d’une personne dont la fortune va toujours en décroissant, qu’il dégringole.

(Rigaud, 1881) : Voler. Dégringoler un aminche, voler un camarade.

(Virmaître, 1894) : Tomber d’une haute situation dans la misère. Dégringoler un pante : tuer un bourgeois. Dégringoler des hauteurs d’un succès pour tomber dans la médiocrité (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Voler. Si en entrant chez soi on trouve son logement dévalisé, c’est que l’on a été dégringolé.

(Hayard, 1907) : Glisser, tomber.

Dégringoler de la mansarde

(Fustier, 1889) : Sentir mauvais de la bouche.

Dégringoleur, euse

(Fustier, 1889) : Voleur, euse.

Malgré la réputation de dégringoleuse de la prévenue, le vol du chronomètre n’a pas été suffisamment établi à sa charge.

(Gazette des Tribunaux, août 1884.)

Dégringoleuse

(Hayard, 1907) : Prostituée qui dévalise.

Dégrossir

(Delvau, 1867) : v. a. Découper des viandes, — dans l’argot des francs-maçons.

Dégrouper (se)

(Rigaud, 1881) : Se retirer d’un endroit, quitter une société, — dans le jargon du peuple. Dégroupons, faut aller pioncer.

T vas te fair’ dégrouper et p’us vite que ça, vadrouilleux.

Déguelindo

(Rossignol, 1901) : Rot, roter.

Dégueulade, dégueulage, dégueulis

(Fustier, 1889) : Vomissement. Dégueulage a aussi, dans le peuple, le sens de cravate.

Dégueulas

(Delvau, 1867) : adj. Dégoûtant, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses.

(Rigaud, 1881) : Dégoûtant.

(Rossignol, 1901) : Chose écœurante à voir.

Dégueulas, dégueulatif, dégueuldif, dégoutatif et emmerdatoire

(Virmaître, 1894) : Individu à l’aspect tellement dégoûtant que sa vue soulève le cœur et donne envie de vomir (Argot du peuple). N.

Dégueulasse

(Hayard, 1907) : Dégoûtant.

Dégueulatif

(Rigaud, 1881) : Être, objet dégoûtant, dont la vue fait vomir.

Vos pareils ont l’habitude vraiment dégueulative d’attendre les filles du peuple à la sortie des ateliers.

(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres, 1879.)

Dégueulatoire

(Fustier, 1889) : Repoussant, dégoûtant, qui donne envie de dégueuler.

Dégueulbite, Dégueulboche

(Rigaud, 1881) : Dégoûtant, — dans le jargon des voyous. Dérivés de dégueulis.

Dégueuler

(d’Hautel, 1808) : Terme bas et ignoble quand on l’applique à un être doué de raison, et qui signifie vomir, dégorger. On dit figurément d’un grossier, d’un butor qui se plait à dire des injures, qu’il ne fait que dégueuler.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Avoir une indigestion, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Dénoncer ses complices.

Dégueulis

(Delvau, 1867) : s. m. Résultat d’une indigestion.

(Rigaud, 1881) : Matières rejetées hors de l’estomac. Mot à mot : au-delà de la gueule.

Dégui

(Delvau, 1867) : s. m. Déguisement — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Déguisement. Signalement.

(Virmaître, 1894) : Abréviation de déguisement (Argot des voleurs).

Déguignoner

(d’Hautel, 1808) : Être déguignoné. N’être pas toujours dans le malheur, avoir des intervalles de bonne fortune ; regagner ce que l’on a perdu au jeu.

Déguiser (se) en cerf

(La Rue, 1894) : Fuir.

Déguiser en cerf

(un détenu, 1846) : Prendre la fuite.

Déguiser en cerf (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se retirer avec plus ou moins d’empressement, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Se sauver le plus rapidement possible.
— Je t’invite à un bal masqué, quel costume prendras-tu ?
— Je me déguise en cerf.
Mot à mot : Je n’y vais pas (Argot du peuple). N.

Déguismar

(Rigaud, 1881) : Déguisement. Variantes : Déguis, déguisemuche, déguisemince.

Déhanché

(d’Hautel, 1808) : Avoir l’air d’un déhanché. C’est-à-dire, l’air d’un polisson, d’un libertin, d’un mauvais sujet

Déhotter

(Hayard, 1907) : Partir.

Deïe

(un détenu, 1846) : Foule, monde, attroupement.

Déjeté

(Delvau, 1867) : adj. Individu mal fait, laid, maigre, dégingandé, — dans l’argot des ouvriers. N’être pas trop déjeté. Être bien conservé.

(Rigaud, 1881) : Homme courbé par le malheur ou la maladie, affaissé moralement ou physiquement. Femme déjetée, femme sur le retour.

(La Rue, 1894) : Laid. Mal venu. Ne pas être déjeté, avoir bonne mine, être joli, bien fait.

(Hayard, 1907) : Décrépit.

Déjeter

(Rossignol, 1901) : Mal, vilain. Une femme d’un certain âge, bien conservée, n’est pas toujours à déjeter.

Déjeûner

(d’Hautel, 1808) : Il n’en a pas pour un déjeûner. Métaphore qui se prend en bonne part, en parlant d’un ouvrier fort habile à l’ouvrage ; et en mauvaise part en parlant d’un dissipateur.
Déjeûner de clerc. Déjeûner sec et de courte durée.

Déjeuner à la fourchette

(Merlin, 1888) : Se battre en duel. C’est le matin qu’on se rend, en effet, généralement sur le terrain ; mais comme dans le métier militaire on se bat parfois pour des motifs futiles et qu’avec les précautions prises, le duel n’a, la plupart du temps, aucun résultat fâcheux, il n’est pas rare que l’incident soit suivi d’un véritable déjeuner à la fourchette.

Déjeuner de perroquet

(Delvau, 1867) : s. m. Biscuit trempé dans du vin, qui permet d’attendre un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.

Déjeuner de soleil

(Rigaud, 1881) : Objet de peu de durée : s’emploie surtout en parlant d’une étoffe mauvais teint.

C’est un déjeuner de soleil.

Déjucher

(d’Hautel, 1808) : Chasser quelqu’un d’un lieu où il est bien établi.
On aura bien de la peine à le déjucher de là. Pour on le fera difficilement déguerpir de ce lieu là.

Delader

(M.D., 1844) : Ne pas être heureux.

Deleatur

(Boutmy, 1883) : s. m. Signe ayant à peu près la forme d’un delta grec, et par lequel on indique, dans la correction des épreuves, ce qui est à retrancher. Ce mot qui est la troisième personne sing. du présent du subjonctif passif du verbe latin delere, effacer, signifie : qu’il soit effacé.

Délibérable (un)

(Merlin, 1888) : Pour libérable.

Délicat

(d’Hautel, 1808) : On dit d’un homme qui a le goût difficile, qu’il est délicat et blond.

Délicat et blond

(Delvau, 1867) : adj. Se dit ironiquement d’un gandin, d’un homme douillet, quelles que soient la couleur de ses cheveux et la vigueur de son corps. L’expression date d’un siècle.

Délicoquentieusement

(Larchey, 1865) : Délicieusement. — V. Supercoquelicantieux.

Pour y retrouver un Arthur delicoquentieusement séducteur.

Ed. Lemoine.

(Delvau, 1867) : adv. Merveilleusement, — dans l’argot des coulisses.

Delige

(Larchey, 1865) : Voiture publique (Vidocq). — Abrév. de diligence.

Délige

(Delvau, 1867) : s. f. Diligence, — dans l’argot des voyous, qui ne parlent pas toujours diligentissimè.

Délirant

(Rigaud, 1881) : Charmant.

Je ne vous connaissais pas ce bracelet, Cydalise ; il est délirant.

(Al. Karr, Les Femmes.)

Déloger

(d’Hautel, 1808) : Il a pris Jacques Déloge pour son procureur. Facétie populaire pour dire qu’un homme a déménagé sans payer ; qu’il s’en est allé furtivement.
Déloger sans tambour ni trompette. Mettre la clef sous la porte ; faire banqueroute ; s’en aller à petit bruit.

Déluber

(Rigaud, 1881) : Commencer, débuter. C’est la dislocation de ce dernier mot.

Demain

(Larchey, 1865) : Jamais. — Terme ironique. — Demain ne sera jamais aujourd’hui.

Démancher

(d’Hautel, 1808) : Se démancher. Se donner beaucoup de peine ; crier à tue tête ; s’agiter, se démener ; se détraquer pour des choses très-peu importantes.

Démancher (se)

(Larchey, 1865) : Se donner grand mouvement.

Et d’la façon dont j’me démanche, On nous verra requinqués à la papa.

Duverny, Chanson, 1813.

(Delvau, 1867) : Se remuer beaucoup, se donner beaucoup de mal, souvent inutilement. Argot du peuple.

Demande

(d’Hautel, 1808) : À sotte demande point de réponse. Se dit à quelqu’un qui fait de sottes questions. Il est moins incivil de dire : À folle demande point de réponse.

Demander

(d’Hautel, 1808) : Faut-il demander à un malade s’il veut la santé ? Équivaut à, faut-il demander à un prisonnier s’il veut la liberté ; à une belle, si les hommages la flattent ; à un glorieux, si les honneurs lui sont agréables ; à un avare, si l’argent lui plaît ; à un fat, si la pédanterie lui sied ?

Démanger

(d’Hautel, 1808) : La langue lui démange. Se dit d’un grand bavard qui ne peut trouver l’occasion de parler, et qui en meurt d’envie.
On dit aussi d’un homme vif, pétulant et impétueux, que les pieds lui démangent.
Le dos lui démange.
Pour dire, il fait tout ce qu’il faut pour se faire battre.
Gratter où cela démange. Flatter une passion dominante ; caresser ses vices.

Démantibuler

(d’Hautel, 1808) : Ce meuble est tout démantibulé. C’est-à-dire, est brisé ; est hors d’état de servir.
Avoir la mâchoire toute démantibulée. C’est à-dire, ébranlée ; en fort mauvais état.

(Delvau, 1867) : v. a. Briser, disjoindre. Même argot [du peuple]. C’est démandibuler qu’il faudrait dire ; la première application de ce verbe a dû être faite à propos de la mâchoire, qui se désarticule facilement. Se démantibuler. Se séparer, se briser, — au propre et au figuré.

Démantibuler (se)

(Rigaud, 1881) : Se battre, chercher à se casser un ou plusieurs membres.

Démaquiller

(Larchey, 1865) : Défaire. V. Maquiller.

(Delvau, 1867) : v. a. Défaire une chose faite ou convenue, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Décommander, défaire, renoncer à, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Défaire une chose convenue ou faite.

Demarcouser

(Hayard, 1907) : Démarquer.

Démarger

(Delvau, 1867) : v. a. S’en aller, disparaître, s’enfuir, — dans le même argot [des voleurs]. On disait autrefois Démurger.

Démariager

(d’Hautel, 1808) : Se démariager. Pour se séparer de corps et de biens avec sa femme ; divorcer ; faire faux bond à l’hyménée.

Démarquage de linge

(Rigaud, 1881) : « Il s’est adonné tout bonnement à un genre d’exercice qu’en argot du métier (de journaliste) nous appelons un démarquage de linge. Il a taillé, coupé, rogné dans notre article sans nous citer. » (H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.)

Démarquer le linge

(Rigaud, 1881) : Se parer des plumes, non, de la plume d’un confrère en journalisme.

Démarqueur de linge

(Rigaud, 1881) : Journaliste qui s’approprie l’article d’un confrère en changeant quelquefois un peu la rédaction. Par laconisme on dit démarqueur.

M. de P. est ce qu’on peut appeler un de nos bons démarqueurs.

(H. de Villemessant, Figaro du 6 août 1877.)

Dans une autre acception, démarqueur sert à désigner celui qui ôte les marques d’un objet dans un but de tromperie ou de vol. (Littré, Supplément au Dict. franc.)

(Virmaître, 1894) : Homme de lettres qui pille ses confrères sans façon. Démarquer un article de journal : changer simplement les phrases. Allusion aux voleurs qui démarquent le linge avant de le bazarder au fourgat (Argot du peuple).

Démarrer

(d’Hautel, 1808) : Changer continuellement de place ; être pétulant, vif et léger.
On dit d’un homme très-attaché, très-constant dans ses habitudes, qu’Il ne démarre pas d’un lieu.

(Delvau, 1867) : v. n. S’en aller ; quitter une place pour une autre, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au vocabulaire des marins.

(Rigaud, 1881) : Quitter un lieu après une longue station. Les soûlots démarrent péniblement de chez le mastroc, les ivrognes s’en vont avec peine de chez le marchand de vin.

Dématé

(M.D., 1844) : Jeter quelqu’un par terre.

Démêler

(d’Hautel, 1808) : Démêler une fusée avec quelqu’un. Avoir une explication, débrouiller une affaire par intrigue ; vider une querelle, un différent.

Déménager

(d’Hautel, 1808) : On dit d’un homme qui a le cerveau foible, qui faits des extravagances, des folies, que as tête déménage.
Déménager.
Signifie aussi devenir vieux, foible et débile ; incliner vers sa dernière demeure.

(Larchey, 1865) : Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de d’Hautel.

(Delvau, 1867) : v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Être vieux, être sur le point de partir pour l’autre monde.

(Rigaud, 1881) : Déraisonner.

Je craignais que dans le changement de domicile sa tête n’eût déménagé la première.

(E. Pelletan, La Nouvelle Babylone.)

Déménager à la ficelle

(Larchey, 1865) : Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l’aide d’une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.

(Delvau, 1867) : v. n. À l’insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte, — dans l’argot des bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable. On dit aussi Déménager à la cloche de bois.

Déménager avant le terme

(Delvau, 1867) : Faire un Lapsus linguæ, « mettre la charrue devant les bœufs ». Argot du peuple.

Déménager par la cheminée

(Delvau, 1867) : v. n. Brûler ses meubles lorsqu’on a reçu congé, — dans le même argot [du peuple].

Démener

(d’Hautel, 1808) : Il se démène comme trois pois dans une marmitte. Pour, il est actif, vigilant, inquiet, tourmenté ; il se donne de la peine et du mouvement pour faire réussir une affaire.
On dit dans le même sens : Il se démène comme le diable dans un bénitier.

Démenti

(d’Hautel, 1808) : Un démenti vaut un soufflet. Locution dont on se sert en appliquant un soufflet à la personne qui vous donne un démenti, afin de lui apprendre que rien n’est plus insultant pour un homme d’honneur que de recevoir un démenti.
Il en aura le démenti. Pour dire, à quelque prix que ce soit, on saura maîtriser ses volontés, il ne fera pas ce qu’il a en vue.
Il n’en aura pas le démenti. Se dit d’une personne opiniâtre, obstinée, qui veut, coûte qui coûte, faire à sa tête.

Demeurer

(d’Hautel, 1808) : Demeurer sur son appétit. Demeurer sur sa bonne bouche. Demeurer en beau chemin. On se sert plus communément du verbe rester dans ces trois locutions. Voy. Rester.

Demi

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas fripon à demi. Se dit injurieusement d’un homme sans délicatesse et sans probité
Sans respect ni demi. Pour, sans aucun respect
À trompeur, trompeur et demi. Signifie qu’il faut le plus possible agir de ruse avec les fourbes et les fripons

Demi stroc

(Larchey, 1865) : Demi-setier (Vidocq). — Diminutif corrompu du même mot.

Demi-aune

(Larchey, 1865) : « Il y avait deux heures que je tendais ma demi-aune sans pincer un radis. »

Luc Bardas.

(Delvau, 1867) : s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens. Tendre la demi-aune. — Mendier.

(Virmaître, 1894) : Le bras. Les mendiants disent :
— Je tends la demi-aune.
C’est une façon de ne pas avoir l’air que l’on tend la main (Argot des mendiants).

Demi-cachemire

(Delvau, 1867) : s. m. Fille ou femme qui est encore dans les limbes de la richesse et de la galanterie, et qui attend quelque protection secourable pour briller au premier rang des drôlesses. Au XVIIIe siècle, en appelait ça Demi-castor. Les mots changent, mais les vices restent.

Demi-castor

(Delvau, 1864) : Femme de moyenne vertu.

Deux de ces filles qu’on appelle dans le monde demi-castors, se trouvèrent, par hasard, assises près de moi l’autre jour au jardin des Tuileries.

(Correspondance secrète.)

Demi-Castor

(Fustier, 1889) : « Demi-castor est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne suspecte, équivoque, sous des dehors soignés ; mais en grattant le castor on trouverait le lapin. »

(Figaro, janvier 1887.)

Demi-castor, demi-poil

(La Rue, 1894) : Demi-vertu.

Demi-jetée, demi-pile

(La Rue, 1894) : Cinquante francs.

Demi-mondaine

(Delvau, 1867) : s. f. Femme du demi-monde, — dans l’argot des gens de lettres.

Demi-monde

(Larchey, 1865) : Une femme demi-monde est celle qu’on appelait en 1841 une femme déchue, — née dans un monde distingué dont elle conserve les manières sans respecter les lois. Le succès d’une pièce de Dumas fils a créé le nouveau mot. On a créé par analogie ceux de meilleur monde, et de quart de monde.

On écrit en toutes lettres que vous régnez sur le demi-monde. — C’est fort désagréable pour moi.

A. Second.

(Delvau, 1867) : s. m. Sphère galante de la société parisienne, dans l’argot de M. Alexandre Dumas fils, qui a fait une pièce là-dessus.

Demi-poil

(Fustier, 1889) : Demi-vertu.

Allez donc établir une distinction quelconque entre une marquise célébrée par les reporters de salon et une fille de demi-poil.

(L. Chapron.)

Demi-récolte

(Virmaître, 1894) : Personne petite, naine, chétive. On dit dans le peuple :
— Sa mère devait être concierge, un locataire aura demandé le cordon au bon moment (Argot du peuple). V. Bas du cul.

Demi-stroc

(Rigaud, 1881) : Demi-setier.

(La Rue, 1894) : Demi-setier.

Demi-supe, demi-supérieure

(Rigaud, 1881) : Demi-bouteille de vin de qualité supérieure, vin d’extra.

Demi-tour

(Fustier, 1889) : Jargon des élèves de l’école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et à renverser leur literie.

Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu’ils appellent le demi-tour.

(Événement, juillet 1884.)

Demi-vertu

(Delvau, 1864) : Femme qui n’est pas encore fille.

Et ces d’mi-vertus à panache,
Tendres à cent êcus par mois.

E. Debraux.

(Delvau, 1867) : s. f. Demoiselle qui est devenue dame de son propre chef, sans passer par l’église ni par la mairie : la chrysalide d’une fille.

(Rigaud, 1881) : Personne du sexe faible dont la vertu a subi, une fois au moins, le feu des enchères de l’amour.

Démoc

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Démocrate, — dans l’argot du peuple. Démoc-soc. Démocrate socialiste.

Démoc-soc

(Larchey, 1865) : Démocrate socialiste. — Abréviation.

Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m’ont effrayé.

Chenu.

(Rigaud, 1881) : Démocrate socialiste. En 1848, les démocs-socs étaient ce que sont aujourd’hui les radicaux, l’épouvantail de la bourgeoisie.

Demoiselle

(d’Hautel, 1808) : C’est une demoiselle dont auquel. Phrase équivoque et de convention, qui se prend toujours en mauvaise part, et qui signifie une demoiselle allurée, de vertu, de mœurs suspectes ; ou celle dont l’humeur est revèche et acariâtre.

(Delvau, 1864) : Fille, dirait le portier de Prud’homme — qui est encore garçon, — parce qu’elle n’est pas mariée. — Se dit aussi pour pucelle.

Par hasard la trouvant d’moiselle,
A son pèr’ je d’mandai la belle.

E. Debraux.

(Rigaud, 1881) : Bouteille. Foutre un soufflet à la demoiselle, qu’on lui en voit le derrière, vider une bouteille d’un coup en buvant à la régalade.

(La Rue, 1894) : Bouteille de vin. La petite fille est la demi-bouteille.

(Rossignol, 1901) : Demi-bouteille de vin rouge.

Demoiselle de paveur

(Virmaître, 1894) : Sorte de pilon en bois garni à sa base d’un fort morceau de fer. Il sert à enfoncer les pavés pour égaliser la rue. Ce pilon a deux anses en forme de bras ; pour le soulever, les paveurs le prennent par les bras. Allusion au bras que l’on donne aux demoiselles. Elles sont généralement moins dures à soulever que la demoiselle du paveur (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Outil à l’usage des paveurs pour enfoncer les pavés. La femme qui tient les bras en cerceau a les bras comme une demoiselle de paveur.

Demoiselle des tuileries

(Delvau, 1864) : Vieille fille en quête d’un mari.

La demoiselle des Tuileries appartient aux Tuileries à titre de meuble, comme la statue de Méléagre ou comme celle de Spartacus. — Elle avoue vingt-cinq ans et en a trente bien sonnés. Elle est arrivée à cette époque fatale de la vie ou l’on dit : Voilà une femme qui a dû être fort bien. De trente à trente-cinq ans, elle dissimule la tristesse qui la gagne, elle s’efforce de sourire. Quand elle voit passer à sa portée un bel enfant avec des cheveux blonds, elle l’attire a elle, l’embrasse tendrement et pousse un profond soupir qui veut dire : J’aurais été si bonne mère ! — Les trente-cinq ans arrivent : oh ! alors, c’est l’énergie du désespoir, c’est la rage, une fureur. La demoiselle des Tuileries s’accroche à tout ; elle est prête à tout ; elle épousera, si on le veut, avec un égal empressement, un jeune homme de dix-huit ans qui veut s’émanciper, ou un vieillard qui cherche une garde-malade… — À quarante ans, le rôle de la demoiselle des Tuileries est fini ; elle prend le mariage en horreur, elle est vieille fille et restera vieille fille…

E. Glorieux.

Demoiselle du pont-neuf

(Delvau, 1864) : Fille ou femme sur le ventre de qui tout le monde passe, a passé, ou passera.

Demoiselle du Pont-Neuf

(Delvau, 1867) : s. f. Femme banale dans le cœur de laquelle tout le Paris galant a le droit de circuler.

Demoiselles (ces)

(Rigaud, 1881) : Nom générique donné à toutes les femmes qui, de près ou de loin, touchent au métier ou à l’art de la prostitution. « Ces demoiselles ont été successivement appelées : Lorettes, Filles de marbre, Dames aux camélias, Biches, Cocottes, autant de mots que l’on chercherait en vain dans le dictionnaire de l’Académie. » (G. Claudin, Paris et l’Exposition.) Le succès de la Dame aux camélias, pièce de M. A. Dumas fils, valut à ces demoiselles l’honneur d’un nouveau baptême. En souvenir de l’héroïne de la pièce — qui méritait mieux — elles furent sacrées : dames aux camélias. Le prototype a existé sous le nom de Marie Duplessis « Remarquablement jolie, grande, médiocrement faite, ignorante, sans esprit, mais riche d’instinct. Ex-paysanne normande, elle s’était composé une généalogie nobiliaire, et, de son autorité, rapprochait d’un nom historique son nom légèrement modifié. » (N. Roqueplan, Purisme.)

Démolir

(Larchey, 1865) : Maltraiter quelqu’un en actes, en paroles, en écrits.

Deux champions prononçant la phrase sacramentelle : Numérote tes os que je les démolisse.

Th. Gautier, 1845.

Ruffard la dansera, c’est un raille à démolir.

Balzac.

On démolissait Voltaire, on enfonçait Racine.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : v. a. Critiquer âprement et injustement, — dans l’argot des gens de lettres, qui oublient trop qu’il faut quelquefois dix ans pour bâtir un livre.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot des faubouriens, qui oublient trop qu’il faut vingt ans pour construire un homme.

(Hayard, 1907) : Assassiner.

Démon

(d’Hautel, 1808) : Il a de l’esprit comme un petit démon. Se dit d’un enfant enclin à la malice et à l’espièglerie, qui montre des dispositions et un goût prématuré.

Démonétiser

(Delvau, 1867) : v. a. Attaquer la réputation de quelqu’un et le ruiner, — dans l’argot du peuple. Se démonétiser. Se discréditer, s’amoindrir, se ruiner moralement.

(Rigaud, 1881) : Perdre quelqu’un de réputation. — Se démonétiser, ne laisser à personne autre qu’à soi-même le soin de se perdre de réputation.

Démonter

(d’Hautel, 1808) : Pour, dépiter, impatienter, contrarier quelqu’un ; le contre-carrer dans ses projets.
Il se démonte le visage, suivant les circonstances. Pour, il fait paroître la joie ou la tristesse, selon que cela convient à ses intérêts.

Démonter son chouberski

(Virmaître, 1894) : Mourir. L’expression n’est pas juste, on devrait plutôt dire : monter son chouberski, car chacun sait que ce poêle n’a rien de commun avec l’elixir de longue vie (Argot du peuple). N.

Démordre

(d’Hautel, 1808) : Il n’en démordra pas. Se dit d’un homme sottement opiniâtre qui s’acharne à soutenir une mauvaise cause.

Démorfillage

(Rigaud, 1881) : Action de démarquer une carte, c’est-à-dire enlever les signes, traits d’ongles, points de repère que les grecs font aux cartes qu’ils veulent reconnaître.

Je vas leur z’y en coller du démorfillage.

(A. de Caston, Les Tricheurs.)

Démorfiller

(Rigaud, 1881) : Démarquer une carte, — dans le jargon des grecs.

Démorganer

(Larchey, 1865) : Se rendre à une observation. — Mot à mot : perdre de sa morgue.

(Delvau, 1867) : v. n. Se ranger à un avis, se rendre à une observation, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Accepter une observation. Comprendre que la morgue est inutile (Argot du peuple).

Demorre

(Virmaître, 1894) : Homme (Argot des voleurs).

Demurger

(Virmaître, 1894) : Fuir. Cette expression est fréquemenent employée par les souteneurs au cours d’une bataille :
— Voilà la rousse, demurge ou y vont te faire chouette. La copaille va rendre l’affe, il est saigné au bon coin (Argot des voleurs).

Démurger

(anon., 1827) : S’en aller.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : S’en aller.

(Bras-de-Fer, 1829) : S’en aller.

(Halbert, 1849) : S’en aller.

(Rigaud, 1881) : Sortir de prison. — Démurger sans caserne, sortir de prison sans savoir où aller coucher.

(Rossignol, 1901) : Sortir, s’en aller.

Je ne veux pas de clients comme vous, il faut démurger de chez moi. — Allez, démurgez !

(Hayard, 1907) : S’enfuir.

Denaille (Saint)

(Rigaud, 1881) : Saint-Denis.

Déniaiser

(d’Hautel, 1808) : Se déniaiser. S’enhardir ; devenir fin et rusé dans les affaires, après avoir appris à ses dépens.

Dénicher

(d’Hautel, 1808) : Les oiseaux sont dénichés. Pour faire entendre qu’un prisonnier s’est sauvé des mains de la justice, ou que quelqu’un étoit sorti lorsqu’on a été lui rendre visite.

Dénicheur

(d’Hautel, 1808) : Dénicheur de merles, de fauvettes. Chevalier d’industrie fort ardent à rechercher tout ce qui peut contribuer à ses plaisirs ; coureur de bonnes fortunes.

Dénicheur de fauvettes

(Delvau, 1864) : Libertin, dont l’unique occupation est de faire la chasse aux connins, de dénicher les pucelages pour son propre compte.

(Delvau, 1867) : s. m. Coureur de filles, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Terme ironique employé pour se moquer d’un individu qui se vante de prendre la virginité des filles (Argot du peuple). V. Dépuceleur de nourrices.

Denier

(d’Hautel, 1808) : Il le vendroit à beaux deniers comptans. Pour exprimer qu’un homme est plus subtil qu’un autre ; qu’il lui est supérieur dans un art ou profession quelconque.
Il n’y a point de borne qui ne lui doive un denier. Se dit d’un domestique musard, indolent, paresseux, qui s’arrête aux moindres bagatelles.
Il vaut plus de deniers que lui ne vaut de mailles. Pour, il l’emporte sur lui en toute chose.
Net comme un denier. Manière figurée qui s’entend d’un compte mis au net, réparé.

Dent

(d’Hautel, 1808) : Une vieille sans-dents. Surnom injurieux que l’on donne à une vieille femme qui ne fait que radoter.
Avoir une dent de lait contre quelqu’un. Lui garder rancune.
Brèche dent. Mot railleur dont on se sert pour désigner un homme à qui il manque quelques dents sur le devant de la bouche.
Il n’en a pas pour sa dent creuse. Se dit en mauvaise part d’un dissipateur à qui on semble ne jamais donner assez ; et d’un ouvrier peu soigneux qui mène l’ouvrage grand train.
Rire du bout des dents. Sans en avoir envie ; malgré soi.
Ne pas desserrer les dents. Être de mauvaise humeur ; ne dire mot ; garder un morne silence.
Montrer les grosses dents. Faire menace ; prendre un ton dur et sévère.
Il n’a rien à mettre sous la dent. Pour, il est réduit à la mendicité ; il est dénué de toutes ressources.
Il ment comme un arracheur de dents. Voyez Arracheur.
Il n’en perd pas un coup de dents. Se dit de quelqu’un qui, quoique très occupé, ou indisposé, ne laisse pas que de bien manger.
Il n’en croquera que d’une dent. Pour, il ne viendra pas tout-à-fait à bout de ce qu’il désire.
Malgré lui, malgré ses dents. C’est-à-dire, quelqu’obstacle qu’il puisse mettre à cette affaire.
Tomber sur les dents. Être harassé de fatigue ; n’en pouvoir plus.
Il lui vient du bien quand il n’a plus de dents. Se dit d’une personne qui fait un héritage dans un âge très-avancé, où il ne lui est pas possible d’espérer d’en jouir long-temps.
Avoir la mort entre les dents. Être dangereusement malade ; être à l’agonie.
On dit, pour empêcher les enfans de toucher à un couteau ou à quelque chose de nuisible, que cela mord, que cela a des dents.
Prendre le mors aux dents.
Briser les freins de subordination ; commettre de grands excès. Se dit aussi pour, travailler avec une grande ardeur, après avoir fait des siennes.
Il y a long-temps qu’il n’a plus mal aux dents. Se dit d’un homme mort depuis long-temps, et dont on demande des nouvelles.
Le vin trouble ne casse point les dents. Maxime bachique, qui signifie que le vin, quelque médiocre qu’il soit, est toujours bon à boire.
Avoir les dents longues. Être réduit aux dernières ressources, et dans une indigence affreuse ; ou être à jeun.
Savant jusqu’aux dents. Amplification, pour dire un pédant érudit, un sot docteur.
Donner un coup de dent à quelqu’un. Le mettre en pièces dans ses propos ; tenir des discours satiriques, offensans sur son compte.
Pour empêcher les enfans de manger des bonbons, des sucreries, on leur dit que cela casse les dents.

Dent (avoir de la)

(Delvau, 1867) : Être encore beau cavalier ou jolie femme, — dans l’argot de Breda-Street. Les petites dames de ce pays cythéréen qui veulent donner a rêver aux hommes disent aussi : Seize ans, toutes ses dents et pas de corset.
Mal de dents.
Mal d’amour. N’avoir plus mal aux dents. Être mort.

Dent creuse (ne pas en avoir pour sa)

(Rigaud, 1881) : Avoir très peu de chose à manger ; avoir une très petite portion sur son assiette. (Oudin.) Un pilon de volaille, merci, j’en ai seulement pas pour ma dent creuse. N’a pas cessé d’être usité.

Dentelle

(Hayard, 1907) : Billet de banque.

Dentelle (de la)

(Rigaud, 1881) : Billets de banque. — C’est un girondin calé qu’a de la dentelle à faire péter son porte-mince.

Dentelle de milled

(La Rue, 1894) : Billet de 1.000 fr.

Dents (avoir toutes ses)

(Rigaud, 1881) : Être à l’âge de raison, à cet âge où l’on peut mordre son voisin et au besoin sa voisine.

Dents ne lui font plus mal (les)

(Rigaud, 1881) : Il est mort depuis longtemps.

Dépagnotter (se)

(La Rue, 1894) : Se quitter.

Dépailler

(Virmaître, 1894) : Jusqu’ici cette expression élait employée pour dire qu’une chaise n’avait plus de paille : elle était dépaillée. Dans les quartiers pauvres, les ouvriers n’ont généralement pas de sommiers ; ils couchent sur des paillasses garnies de paille de seigle ; quand un propriétaire, un vautour impitoyable, veut les faire expulser, ils disent :
— Tu peux aller chercher le quart et tous ses sergots. tu ne me feras pas dépailler.
Mot à mot : abandonner ma paille (Argot du peuple). N.

Déparier

(Rigaud, 1881) : Avoir le délire, — dans le jargon des garde-malades.

Déparler

(Delvau, 1867) : v. n. Cesser de parler, — dans l’argot du peuple. Ne pas déparler. Bavarder fort et longtemps.

(Delvau, 1867) : v. n. Ne pas savoir ce que l’on dit, parler d’une chose que l’on ne connaît pas. Argot des faubouriens.

Département

(d’Hautel, 1808) : Prendre son département. S’en aller d’un lieu ; se retirer chez soi après avoir terminé des affaires extérieures.

Département du bas-rein

(Delvau, 1867) : s. m. La partie du corps sur laquelle on s’assied, et qui depuis des siècles a le privilège de servir d’aliment à ce qu’on est convenu d’appeler « la vieille gaieté gauloise ». L’expression appartient à l’argot des ouvriers, loustics de leur nature.

(Rigaud, 1881) : Partie de l’être humain qui a quelquefois besoin de ronds hygiéniques comme certains yeux ont besoin de lunettes. — La cible à tant de plaisanteries surannées.

Dépayser

(d’Hautel, 1808) : Au propre, faire passer quel qu’un de son pays dans un autre ; au figuré, le leurrer, l’égarer ; ou le duper par des pièces artificieuses.

Dépêche

(d’Hautel, 1808) : Pour faux-fuyant, défaite, subterfuge.
C’est une bonne dépêche qu’il nous a donnée là. Pour il nous en a fait accroire ; il nous a attrappés.

Dépêcher

(d’Hautel, 1808) : Il l’aura bientôt dépêché pour l’autre monde. Se dit d’un empirique ignorant, d’un charlatan en médecine, qui, par ses ordonnances, avance les jours de son malade.

Dépenaillé

(d’Hautel, 1808) : Mot burlesque très-borné, et qui n’est d’usage qu’en style populaire, où il se prend pour déguenillé, mis en pièces.
Un habit tout dépenaillé. Pour tout déchiré ; en loques.

Dépendeur d’andouilles

(Delvau, 1867) : s. m. Homme d’une taille exagérée, — dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Homme grand comme une perche à houblon. Allusion à ce qu’il pourrait sans échelle dépendre les andouilles suspendues au plafond (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Imbécile.

Dépendre

(d’Hautel, 1808) : Qui bien gagne et bien dépend, n’a que faire de serrer son argent. Proverbe qui signifie qu’un prodigue a rarement assez d’argent pour pouvoir le mettre en bourse.
On dit d’un homme entièrement dévoué aux intérêts de quelqu’un, qu’il est à lui vendre et à dépendre.

Dépense

(d’Hautel, 1808) : Il ne paroît pas pour la dépense. Se dit par raillerie d’un avare, d’un homme inhabile, dans les actions duquel un défaut total d’esprit, de sens et de jugement se fait apercevoir.

Dépenser

(d’Hautel, 1808) : Journée gagnée, journée dépensée. Se dit de ceux qui dépensent l’argent aussi facilement qu’ils le gagnent.
Il ne dépense guères en espions. Pour exprimer qu’un homme ignore les choses qu’il lui importe le plus de savoir.
Il y a plus de moyens de dépenser que d’acquérir. Signifie que les occasions de dépenser sont fréquentes, et que celles de faire quelque bénéfice sont difficiles à trouver.

Dépenser sa salive

(Delvau, 1867) : v. a. Parler, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Perdre sa salive, dans le sens de : Parler inutilement.

(Rigaud, 1881) : Parler-On dit de quelqu’un de taciturne : En voilà un qui a peur de dépenser sa salive.

(Virmaître, 1894) : Orateur qui parle à un auditoire distrait ; il parle en pure perte et dépense sa salive inutilement. On dépense sa salive à vouloir convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir (Argot du peuple). N.

Dépenser ses côtelettes

(Delvau, 1864) : Tirer un coup, parce que le sperme est le résultat de la nourriture absorbée. — Cette expression a été employée pour la première fois dans une nouvelle à la main du Figaro, dont le parquet a ri — sans la poursuivre comme outrage à la morale publique. Une dame avait un amant pauvre, qu’elle invitait souvent à dîner chez elle, afin de lui confectionner un sperme de bonne qualité et de le forcer à bander en temps utile. Un jour elle s’aperçut qu’il la trompait pour une autre femme ; elle s’en plaignit amèrement à une de ses amies, en disant : « Il va dépenser ailleurs les côtelettes qu’il mange chez moi ! »

Dépêtrer

(d’Hautel, 1808) : Ne pouvoir se dépêtrer de quelqu’un. Ne pouvoir se débarrasser d’une personne importune et quelquefois à charge.
Se dépêtrer. Se tirer d’un mauvais pas ; se débarrasser d’une affaire épineuse.

Dépiauler

(La Rue, 1894) : Découvrir le domicile.

Dépiauter

(Delvau, 1867) : v. a. Enlever la peau, l’écorce, — dans le même argot [du peuple]. Se dépiauter. S’écorcher. Signifie aussi Se déshabiller.

(Rigaud, 1881) : Battre fortement. Mot à mot : enlever la peau comme à un lapin ; faute de mieux, se contenter d’enlever les vêtements.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de dépouiller. Terme commun.
— Je me déshabille, je me dépiaute.
Quand les voleurs s’en veulent pour un motif quelconque, ils tentent de s’arracher la peau. Mot à mot : se dépiauter comme un lapin (Argot des souteneurs).

Dépiecer

(d’Hautel, 1808) : Mettre en pièces, démembrer ; et non dépiéceter, comme on le dit fréquemment à Paris.

Dépieuter

(Rossignol, 1901) : Sortir du lit, du pieu.

Dépioter

(Larchey, 1865) : Enlever la peau.

Si monsieur croit que c’est commode… on se dépiote les pouces.

P. de Kock.

Dépiotter

(un détenu, 1846) : Ôter, enlever, priver quelqu’un de quelque chose.

Dépité

(Virmaître, 1894) : Ennuyé, éprouver du dépit, dans le sens de déception. Dans le peuple on applique cette expression aux députés non réélus. Le mot français est devenu un mot d’argot.
— C’est un dépité de la Seine ou d’ailleurs.
On dit encore qu’il a été dépoté, prenant la Chambre pour un pot. Ou bien :
— Les électeurs l’ont enfin déporté (Argot du peuple). N.

Dépiter

(d’Hautel, 1808) : Cela me dépite. Pour me contrarie, m’afflige, me fâche.
Se dépiter contre son ventre. Prendre de l’humeur contre soi-même ; agir, par dépit, contre ses propres intérêts.

Déplaisant

(d’Hautel, 1808) : Ce qui est petit est gentil, ce qui est grand est déplaisant. Dicton facétieux et badin dont on se sert par flatterie, lorsqu’une personne se plaint du peu d’avantages physiques que la nature lui a donnés.

Déplanquer

(un détenu, 1846) : Ôter, découvrir, dégager du Mont-de-Piété.

(Halbert, 1849) : Déterrer.

(Larchey, 1865) : Exhiber (Vidocq). V. Vague.

(Delvau, 1867) : v. a. Retirer des objets d’une cachette ou du plan, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Retirer un objet caché, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Quand un voleur est en prison, il est en planque. Il est également en planque quand il est filé par un agent ; quand il sort de prison ou quand il grille l’agent, il se déplanque (Argot des voleurs). V. Déplanqueur.

(Hayard, 1907) : Sortir de prison.

Déplanquer son faux centre

(Rigaud, 1881) : Être condamné sous un nom d’emprunt.

Déplanqueur

(Virmaître, 1894) : Complice qui déterre les objets volés pendant que son camarade subit sa peine. C’est un usage chez les voleurs d’enterrer pour les soustraire à la justice, les objets volés ; au moins s’ils subissent une peine ils ne font pas du plan de couillé (Argot des voleurs).

Déplceleur de femme enceinte

(Virmaître, 1894) : V. Enfonceur de porte ouverte.

Déplumé

(Delvau, 1867) : s. m. et a. Homme chauve, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Sénateur. La cambuse aux déplumés, le sénat, — dans le jargon du peuple.

(Rossignol, 1901) : Celui qui n’a plus ou peu de cheveux.

(Hayard, 1907) : Chauve.

Déplumer

(d’Hautel, 1808) : Il a l’air bien déplumé. Pour dire il présente l’aspect de la détresse et de la pauvreté.

Déplumer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Perdre ses cheveux.

(Rigaud, 1881) : Perdre ses cheveux. — Déplumé, chauve.

Déponer

(Delvau, 1867) : v. n. Levare ventris onus, — dans l’argot du peuple, pour qui le derrière est le ponant du corps.

(Virmaître, 1894) : Levare ventris onus. A. D. Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que déponer vient de ponant, derrière, et que déponer est synonyme de débourrer. Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie… déponer sur la planche où il met son pain (Argot du peuple).

Déponner, Dépousser

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Domange, — dans l’ancien argot.

Déporter

(Rigaud, 1881) : Renvoyer, — dans le jargon des ouvriers. — Être déporté, être renvoyé de l’atelier.

(Rossignol, 1901) : Renvoyer quelqu’un de chez soi ou le mettre à la porte, c’est le déporter.

Déposer un kilo

(Rigaud, 1881) : Faire ses nécessités, — dans le jargon des ouvriers qui disent encore, sans respect pour le suffrage universel : Déposer son bulletin, déposer un bulletin dans l’urne.

Déposer une pêche

(Delvau, 1867) : v. a. Levare ventris onus, — dans l’argot des ouvriers. Ils disent aussi Déposer un kilo.

Dépôt

(Rigaud, 1881) : Dépôt de la préfecture de police.

Dans le siècle dernier, ce dépôt (spécialement affecté aux prostituées) portait le nom de salle ou de maison Saint-Martin ; il était situé rue du Verbois, au coin de la rue Saint-Martin.

(Parent-Duchatelet.)

En 1785 les prostituées furent dirigées sur l’hôtel de Brienne dit la Petite-Force. Depuis 1798 elles sont consignées au dépôt général de la préfecture de police. — On envoie au Dépôt les individus mis en état d’arrestation par ordre du commissaire de police. On les transporte du violon au Dépôt dans le panier à salade. Ils y restent jusqu’à ce que le juge d’instruction ait statué sur leur sort.

(Virmaître, 1894) : Prison située sous le Palais de Justice, où l’on conduit par le panier à salade tous les individus arrêtés par les agents. C’est un lieu infect, indigne de notre époque, en raison de la promiscuité des détenus et de l’absence d’air et de lumière. Ce n’est pas dépôt que l’on devrait dire, mais bien dépotoir, car il y passe annuellement 67 000 individus. Environ 13 000 vagabonds et 22 000 filles publiques. Je ne compte pas les voleurs qui ont horreur de ce lieu de détention surnommé la Cigogne (Argot des voleurs). N.

Dépoter

(Fustier, 1889) : Accoucher.

Une tante qui, sans être sage-femme, était experte en ce genre d’ouvrage, dépota l’enfant.

(Huysmans : À vau-l’eau.)

Dépotoir

(Delvau, 1867) : s. m. Confessionnal, — dans l’argot des voleurs, qui ont de rares occasions d’y décharger leur conscience, pourtant bien remplie d’impuretés.

(Delvau, 1867) : s. m. « Pot qu’en chambre on demande », — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Coffre-fort.

(Delvau, 1867) : s. m. Prostibulum, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Confessionnal, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Pot de chambre.

(Virmaître, 1894) : Confessionnal. C’est bien en effet un dépotoir, puisque l’on y laisse ses ordures, une fois l’absolution reçue. (Argot des voleurs). V. Comberge.

Dépôts " consignations (caisse des)

(Rigaud, 1881) : Lieux d’aisances, en style d’employés des grandes compagnies financières.

Dépouiller

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas se dépouiller avant de se coucher. Signifie qu’il ne faut pas, tant que l’on existe, se dessaisir de ce que l’on possède, si l’on ne veut être à la merci d’autrui.

Dépousser

(Halbert, 1849) : Faire ses nécessités.

Dépuceler une fille

(Delvau, 1864) : La débarrasser, à coups de pine, du fardeau de sa virginité ; briser la cloison de l’hymen pour entrer dans son divin retrait, — où déjà, peut-être, est entré l’indiscret médium.

Il trouve son écolière sur le lit, qui l’attendait, dont il jouit à son souhait, et la dépucelle.

Mililot.

Il vaut mieux dépuceler une garce que d’avoir les restes d’un roi.

Brantôme.

Çà donc, mon cœur et ma rebelle,
Çà mon âme, çà mes amours,
Qu’à ce coup je vous dépucelle.

(Cabinet Satyrique.)

La nouvelle mariée fit pourtant si bien qu’elle dépucela son mari.

Tallemant des Réaux.

Dépuceleur de femmes enceintes

(Rigaud, 1881) : Fanfaron en fait de galanterie, don Juan grotesque.

Dépuceleur de nourrice

(Virmaître, 1894) : Fanfaron qui s’imagine avoir trouvé la pie au nid et qui y trouve souvent une chose désagréable. (Argot du peuple).

Dépuceleur de nourrices

(Delvau, 1864) : Fat qui joue au don Juan, qui prétend avoir mis à mal une infinité de pauvres innocentes, et qui n’a jamais baisé que des gourgandines.

(Delvau, 1867) : s. m. Fat ridicule, cousin germain de l’amoureux des onze mille vierges, — dans l’argot du peuple, qui n’aime pas les Gascons.

Der

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de dernier, — dans l’argot des écoliers.

Dérailler

(Rigaud, 1881) : Sortir de son sujet, perdre le fil d’un discours — Dans le vocabulaire de l’amour, c’est… dame, c’est difficile à dire, quoique le sens soit le même.

(Fustier, 1889) : Divaguer.

Déralinguer

(Larchey, 1865) : Mourir. — Terme de marine.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des marins d’eau salée et d’eau douce.

Dératé

(d’Hautel, 1808) : Il court comme un dératé. Pour dire à toutes jambes, comme un fou.
Un dératé. Homme éveillé, alerte et rusé, dont il est difficile de faire une dupe.

Dernier

(d’Hautel, 1808) : Il n’aura pas le dernier. Espèce de menace que l’on fait à un homme entêté qui répond insolemment à toutes les représentations qu’on lui fait, et qui ne veut jamais convenir de ses torts ; pour dire qu’on est bien décidé à lui tenir tête, à ne lui point céder.
On dit aussi, il veut toujours avoir le dernier. Pour il est d’une obstination, d’un entêtement sans égal ; il faut que tout lui cède.

Dernier (avoir le)

(Larchey, 1865) : Avoir le dernier mot. V. Double.

Dernier de M. de Kock

(Larchey, 1865) : « Ce mot a signifié cocu pendant quinze jours. En ce temps, il venait de paraître un roman de M. Paul de Kock intitulé le Cocu. Ce fut un scandale merveilleux… Il fallait bien pourtant se tenir au courant et demander le fameux roman. Alors (admirez l’escobarderie !) fut trouvée cette honnête périphrase : Avez-vous le dernier de M. de Kock ? » — Th. Gautier. — « Le mari. — Et de cette façon je serais le dernier de M. de Kock, minotaure, comme dit M. de Balzac. » — Id.

Dernière faveur (la)

(Delvau, 1864) : Ainsi appelait-on, au XVIIIe siècle, la complaisance qu’une femme avait de prêter son derrière à un homme après lui avoir prêté son devant. Cela résulte clairement de ce passage des Tableaux des mœurs du temps, de La Popelinière :

— Comment donc, comtesse, vous ne lui avez pas encore accordé la dernière faveur ! — Non certes, je m’y suis toujours opposée. — Cela vous tourmentera et lui aussi, ma petite reine ; il faut bien que vous fassiez comme les autres.. Les hommes sont intraitables avec nous jusqu’à ce qu’ils en soient venus là.

(Dialogue XVII.)

Aujourd’hui, la Dernière faveur, dans le langage de la galanterie décente, c’est la coucherie pure et simple — et c’est déjà bien joli.

Dérober

(Fustier, 1889) : Argot de turf. Un cheval se dérobe quand il s’écarte de la piste.

Dérondiner

(Halbert, 1849) : Payer.

(Rigaud, 1881) : Payer, — dans l’ancien argot.

(Virmaître, 1894) : Un sou se nommant un rond, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant :
— Je me dérondine tous les jours pour sorguer (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Payer. De celui qui est avare, qui ne sort pas ses ronds (sous) de son porte-monnaie on dit qu’il n’est pas facile de le faire dérondiner.

Dérouiller

(d’Hautel, 1808) : On dit d’un provincial qui a l’air neuf, gauche et emprunté, qui n’a nulle idée des usages de Paris, qu’il n’est pas encore dérouillé.

(Virmaître, 1894) : Recouvrer sa souplesse, se mettre au fait d’un service L. L. Dérouiller : enlever la rouille d’une pièce de fer ou d’acier. Dérouiller : perdre ses habitudes casanières pour reprendre ses relations. Dérouiller a dans le peuple une autre signification. Pour dérouiller, ce n’est pas le papier émeri qui est employé, mais la première femme venue (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Il paraît que c’est pour avoir dérouillé que Adam et Eve furent chassés du Paradis.

(Hayard, 1907) : Vendre.

Déroute

(d’Hautel, 1808) : Être en déroute. Équivaut à se mettre en ribotte ; se livrer à la dissipation, à la débauche.

Dérouter

(d’Hautel, 1808) : Dérouter quelqu’un. Le déconcerter ; le rendre confus.

Déroyaliser

(Delvau, 1867) : v. a. Détrôner un roi, enlever à un pays la forme monarchique et la remplacer par la forme républicaine. L’expression date de la première Révolution et a pour père le conventionnel Peysard.

(Rigaud, 1881) : Renverser un souverain de son trône. Enlever à un roi la couronne de dessus la tête, et quelquefois la tête, avec la couronne.

Derrière

(d’Hautel, 1808) : Montrer le derrière. Manquer à sa parole ; reculer dans l’exécution d’une affaire après s’y être engagé avec fanfaronnade.
Mettre une chose sens devant derrière. Pour dire à rebours, dans un sens opposé à celui qui convient.
Il a toujours quelques portes de derrière. Se dit d’un homme de mauvaise foi, qui se comporte de manière à ne jamais tenir sa parole.
Faire rage des pieds de derrière. Employer tous les moyens pour venir à bout d’une affaire.
Prendre quelqu’un par derrière. L’attaquer en traître ; le prendre à l’improviste.
S’en torcher le derrière. Locution fort ignoble, qui se dit d’un papier, d’un écrit, d’un acte quelconque dont on ne fait aucun cas, que l’on regarde avec mépris et comme une chose très-peu importante.

Derrière (enlever le)

(Rigaud, 1881) : Donner un coup de pied au derrière.

Derrière (le)

(Delvau, 1864) : Le cul, soit de la femme, soit de l’homme.

Et pour peu que, d’un air tendre,
On dirige un doigt savant,
On les voit se laisser prendre
Le derrière et le devant.

Charles Monselet.

Phœbus, au bout de sa carrière,
Put les apercevoir tous deux,
Le brigadier dans le derrière
Agitant son membre nerveux.

(Parnasse satyrique.)

Pour offrir
Son devant aux madames,
Son derrièr’ ferme et doux
Aux époux.

(Chanson anonyme moderne.)

Derrière le poêle

(Boutmy, 1883) : V. Il n’y en a pas !

Derrière le premier (se lever le)

(Rigaud, 1881) : Se lever de mauvaise humeur. — Être de mauvaise humeur dès le matin.

Des dattes

(Rossignol, 1901) : Celui qui vous répond des dattes à une demande que vous lui faites, oppose un refus.

Tu offres un vermouth ? Oh ! des dattes. — On t’a promis telle chose, si tu comptes dessus, c’est comme des dattes.

Désarçonné (être)

(Delvau, 1864) : Ne plus bander, pour avoir trop bandé ; — femme, faire déconner son fouteur.

L’étudiant qui n’est pas encore désarçonné.

Henry Monnier.

Je désarçonnai mon cavalier, qui n’avait pas encore fini sa course.

(Meursius.)

Désargoter

(Halbert, 1849) : Faire le malin.

(Rigaud, 1881) : Déniaiser, — s’ingénier, — dans le jargon des voleurs. — Désargoté, malin.

(La Rue, 1894) : Déniaiser. Désargoté, malin.

Désarrer

(Halbert, 1849) : S’enfuir.

Désatiller

(Halbert, 1849) : Châtrer.

(Delvau, 1867) : v. a. Châtrer, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Châtrer (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Châtrer.

Desbrouf

(M.D., 1844) : Vivement.

Descendre

(d’Hautel, 1808) : Descendre la garde. Expression plaisante et figurée, qui signifie, parmi le peuple, tomber d’un lieu élevé ; s’en aller dans l’autre monde ; laisser ses os dans une affaire, dans une batterie quelconque.
Descendez, on vous demande en bas. V. Bas.
On dit vulgairement descendre en bas, et monter en haut.
Le génie de la langue allemande et de la langue anglaise peut tolérer ces locutions ; mais la langue française les rejette absolument ; il faut dire simplement sans régime, monter et descendre.

(Delvau, 1864) : Aller faire la rue, dans l’argot des filles de bordel, qui descendent le plus souvent qu’elles peuvent, afin d’être montées d’autant.

Va t’êt’ onze heures, j’ descends pus… Nous allons nous coucher, dis, veux-tu ?

Henry Monnier.

(Larchey, 1865) : Tuer, faire tomber.

J’ajuste le Prussien et je le descends.

M. Saint-Hilaire.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, abattre d’un coup de fusil, — dans l’argot des soldats et des chasseurs.

(Rigaud, 1881) : Faire tomber ; tuer d’un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.

(Fustier, 1889) : Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C’est aller dans la direction de la rampe. — Terme de turf ; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu’il descend, parce qu’en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre — 1, et qui est aujourd’hui à 5 contre — 1 est un cheval qui descend (Littré.)

(La Rue, 1894) : Mourir. Mettre hors de combat. Tuer.

(Hayard, 1907) : Assassiner.

Descendre à la cave

(Rossignol, 1901) : Il y a des gens qui n’aiment pas y descendre, ils prétendent que c’est une cave qui est située trop près de la fosse d’aisances.

Descendre à la crémerie

(Virmaître, 1894) : Cette expression est employée par les filles qui n’aiment pas les hommes ; elle est suffisamment claire. Par la satisfaction qu’elles éprouvent, elles boivent du lait non écrémé (Argot des filles). V. Accouplée. N.

Descendre des travaux

(Fustier, 1889) : Argot ouvrier. Travailler d’arraché pied.

Le patron avec qui nous avons traité… était étonné de la façon dont nous avons descendu les travaux…

(Enquête de la Commission extraparlementaire des associations ouvrières.)

Descendre la garde

(Larchey, 1865) : Mourir. — Mot à mot : n’être plus de service.

Amis, quand la camarde
M’fera descendre la garde.

Festeau.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir,-— dans l’argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot du peuple).

Descendre son crayon sur la colonne

(Rigaud, 1881) : Administrer une volée de coups de canne, — dans le jargon des voyous.

Descente

(d’Hautel, 1808) : Faire une descente chez quelqu’un. S’y transporter en masse et sans y être attendu, à dessein de faire quelques perquisitions ou d’exercer quelqu’exaction.
Une descente de gosier. Expression burlesque, pour dire un mal de gorge.

Descente de gosier

(Virmaître, 1894) : Avoir une soif perpétuelle. Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).

Descente de lit

(Delvau, 1867) : s. f. Lion que l’esclavage a abruti et qui se laisse donner des coups de cravache par son dompteur sans protester par des coups de griffes.

(Virmaître, 1894) : Femme facile, qui se couche au moindre signe. Synonyme de paillasse (Argot du peuple). N.

Désenbonnetdecotonner

(Delvau, 1867) : v. a. Débourgeoiser, donner de l’élégance à quelqu’un ou à quelque chose. Le mot est de Balzac.

Désenflaquer

(Rigaud, 1881) : Se tirer d’une situation difficile. Mot à mot : se tirer d’une flaque.

(Virmaître, 1894) : Se tirer d’un mauvais pas. Mot à mot : sortir de la merde. Un prisonnier est enflaqué ; le désenflaquer, c’est lui rendre la liberté (Argot des voleurs).

Désenflaquer (se)

(Delvau, 1867) : Se désem…nuyer, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : Se tirer de peine, et aussi de prison, — dans l’argot des voleurs.

Désenfrusquiner (se)

(Delvau, 1867) : Se déshabiller, — dans l’argot des faubouriens.

Désennuyeur

(Rigaud, 1881) : Terme réservé qu’emploient les souteneurs de filles pour se désigner. Ils désennuient ces dames.

Desentiflage

(Rigaud, 1881) : Séparation entre époux. — Être désentiflé, vivre séparé de sa femme.

Désentiflage

(Delvau, 1867) : s. m. Rupture, divorce, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Rompre avec quelqu’un avec qui on était lié. Mot à mot : se désentifler, se quitter, se séparer. C’est l’opération contraire à celle d’entifler (Argot du peuple).

Désentifler

(Larchey, 1865) : Divorcer. V. Antifler.

Désentifler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se quitter, divorcer.

Désespérade

(d’Hautel, 1808) : À la désespérade ; jouer à la désespérade. Pour dire, en désespéré.

Désespoir

(d’Hautel, 1808) : Par quolibet, désespomme. Ce pitoyable calembourg est fort usité parmi le peuple, qui l’emploie dans un sens ironique. En parlant de quelqu’un qui affiche une douleur fausse et hypocrite, on dit : elle est tombée dans un désespomme affreux.

Desfoux

(Rigaud, 1881) : Enorme casquette de soie, bouffante, casquette à triple étage, casquette à trois ponts, particulière aux Desgrieux de barrière. Vient du nom du fournisseur. On dit une desfoux, comme dans un autre monde, un gibus. Je viens de me fendre d’une desfoux un peu chouette, cinq balles !

Desgenais en chambre

(Rigaud, 1881) : Moraliste qui entend la plaisanterie et la noce. Moraliste bon enfant. — Allusion au type d’un des personnages des Filles de marbre. Expression un peu démodée comme la pièce. Faire son Desgenais, faire de la morale.

Desgrieux

(Delvau, 1864) : Maquereau, amant de cœur d’une femme galante. — Tout le monde a lu le roman de l’abbé Prévost d’Exiles, intitulé Manon Lescaut, et, l’ayant lu, sait que dans ce roman — qui a l’air d’être une histoire arrivée — le chevalier Desgrieux joue le rôle de maquereau, et même un peu d’escroc.

(Delvau, 1867) : s. m. Chevalier d’industrie et souteneur de Manons, — dans l’argot des gens de lettres, qui, avec raison, ne peuvent pardonner à l’abbé Prévost d’avoir poétisé le vice et le vol.

(Rigaud, 1881) : Aimable et joli souteneur de filles, le frère aîné de M. Alphonse. En souvenir du nom du héros du roman de Manon Lescaut.

Déshabiller

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des coups, battre quelqu’un à lui en déchirer ses vêtements, — dans l’argot des faubouriens.

Désoler

(Halbert, 1849) : Jeter.

Désoler un saint

(Halbert, 1849) : Jeter quelqu’un à l’eau.

Désosse

(Rigaud, 1881) : Misère, ruine, — dans le jargon des barrières. — Jouer la désosse, être ruiné.

Désossé

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme extrêmement maigre, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Qui est sans argent, — dans le jargon des voyous. Os veut dire argent ; désossé, c’est donc celui qui n’a pas d’os.

Désosser

(Rigaud, 1881) : Tomber sur quelqu’un à grands coups de poing. — Je t’vas désosser.

(Hayard, 1907) : Battre.

Dessalé

(Virmaître, 1894) : Noyé que l’on retire de l’eau, Allusion à la morue que les ménagères font dessaler avant de la manger (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dégourdi, malin. Un intelligent est un dessalé. Un noye, un dessalé. Tomber à l’eau c’est se dessaler.

Dessalé (être)

(Hayard, 1907) : Être dégourdi, à la coule.

Dessalée

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans le même argot [du peuple]. Cette expression, qui a plus d’un siècle, signifie aussi femme rusée, roublarde.

(Rigaud, 1881) : Femme rusée, coquine délurée, femme sans moralité ni tenue. La dessalée était la gourgandine de nos pères. Ce n’était primitivement qu’une épithète accrochée au vocable « morue. » On disait sous Louis XV « morue dessalée » pour donner plus de force à l’injure. Aujourd’hui tout est si cher, même les mots du bas langage, que d’mie injure on en a fait deux, et voilà pourquoi l’on dit « morue » pour désigner une femme sale, repoussante, et pourquoi « dessalée » dans le sens de fille de joie.

Vous paraissez toutes deux assez dessalées.

(Les Souffleurs.)

(La Rue, 1894) : Femme rusée ou sans moralité ni tenue.

Dessaler

(d’Hautel, 1808) : Terme typographique qui signifie s’acquitter, remplir la tâche dont on a touché le montant d’avance ; se mettre au courant de son ouvrage. Voy. Saler.
Un dessalé. Pour dire un finot, un luron alerte et éveillé ; un gaillard auquel on n’en fait pas accroire.

(Rigaud, 1881) : Noyer. Dessaler le client à la faux, noyer quelqu’un après l’avoir volé.

Dessaler (se)

(Larchey, 1865) : Boire.

(Delvau, 1867) : v. Boire le vin blanc du matin, — dans l’argot des faubouriens, qui dorment volontiers salé, comme Gargantua.

(Rigaud, 1881) : Boire, — dans le jargon des voyous. — Viens-tu nous dessaler ?

(Rigaud, 1881) : S’acquitter d’une avance faite, — dans le jargon des typographes. C’est mot à mot : restituer son salé. Les avances d’argent ont reçu le nom de salé, par abréviation de salaire.

(Rigaud, 1881) : Tomber malade, — dans le jargon des voleurs. Allusion aux conserves qui s’amollissent lorsqu’elles perdent leur sel.

(Boutmy, 1883) : v. pr. S’acquitter, se mettre au pair, quand on a compté par avance une composition qui n’était pas faite. V. Salé.

Dessaler, désoler

(La Rue, 1894) : Noyer. Dessaler le client à la faux. Noyer l’homme que l’on a volé.

Dessaleurs

(Virmaître, 1894) : C’était une compagnie d’assasins qui attendaient sur les quais déserts du canal Saint-Martin les passants attardés. Ils les dépouillaient d’abord et les jetaient ensuite à l’eau. Le lendemain matin ils arrivaient comme par, hasard sur la berge, armés d’un croc et repêchaient le dessalé pour avoir la prime. L’opération était doublement fructueuse. La bande fut arrêtée et condamnée. L’expression est restée dans le peuple ; tout noyé pour lui est un dessalé (Argot du peuple). N.

Dessaquer

(d’Hautel, 1808) : Vider ses sacs.
Il a dessaqué ses écus. Se dit par raillerie d’un avare qui est contraint à faire une grosse dépense.

Dessécher

(d’Hautel, 1808) : Il dessèche sur pied. Se dit d’un homme que le travail, le chagrin ou la maladie font maigrir sensiblement.

Desserre

(d’Hautel, 1808) : Être dur à la desserre. Être fort intéressé ; aimer trop l’argent ; se faire tirer l’oreille pour acquitter ses dettes.

Desserrer les genoux

(Delvau, 1864) : Consentir à se laisser baiser. Ouvrir les cuisses pour recevoir un homme, de même qu’on ouvre la bouche et desserre les dents pour recevoir un vit.

Un cordelier d’une riche encolure,
Large de quarrure,
Fier de son pouvoir,
Prodigue du mouchoir,
Au coin d’un bois rencontra sœur Julie,
Lui dit : Je vous prie,
Çà, dépêchez-vous,
Desserrez les genoux.

Haguenier.

Dessert

(d’Hautel, 1808) : Entre Pâques et la Pentecôte, le dessert n’est qu’une croûte. Signifie qu’à cette époque, la saison n’offre aucun fruit.
Le peuple a coutume de dire : Entre Pâques et la Pentecôte, le dessert n’est qu’une crotte.

Dessinandier

(Rigaud, 1881) : Dessinateur.

Dessouler

(d’Hautel, 1808) : Il ne dessoule jamais. Pour, il vit continuellement dans l’ivrognerie, la débauche et la fange.

Dessous

(d’Hautel, 1808) : Savoir le dessous des cartes. Connoitre les intrigues, les ressorts cachés d’une affaire.

(Halbert, 1849) : Amant supplémentaire.

Dessous (tomber dans le troisième)

(Rigaud, 1881) : Être complètement ruiné, tomber dans la misère. — Au théâtre on entend par dessous les étages pratiqués sous la scène pour les besoins des décors. On dit d’une pièce qui a échoué qu’elle est tombée dans le troisième dessous.

Dessus

(d’Hautel, 1808) : Par-dessus l’épaule ; tu l’auras par-dessus l’épaule. Expression métaphorique qui veut dire, point du tout, jamais.
En avoir cent pieds par-dessus la tête. Être fatigué, dégoûté de quelque chose.
Il a des affaires par-dessus les yeux. Pour, il est accablé d’occupations.

(Halbert, 1849) : Amant en titre.

Dessus du panier des amours (le)

(Delvau, 1864) : Le pucelage des jeunes filles, auquel personne n’a encore touché du bout de la queue.

Ces messieurs du faubourg ont le dessus du panier des amours, et, comme ils ont l’appétit et les dents de la jeunesse, ils mordent aux grappes lorsqu’elles ont précisément toute leur fraîcheur, toute leur saveur, tout leur parfum.

A. Delvau.

Destrier

(Delvau, 1867) : s. m. Cheval. — dans l’argot des académiciens, qui ont horreur du mot propre. Ils disent aussi Palefroi, — dans les grandes circonstances.

Destruction

(d’Hautel, 1808) : Il ne se plaît qu’à la destruction. Pour il a le génie destructeur et malfaisant.

Destuc

(Halbert, 1849) : De moitié.

Détaché

(Fustier, 1889) : Argot de sport. Qui est en avant des autres chevaux. Tel cheval est arrivé second, mais il était complètement détaché du reste du champ, c’est-à-dire qu’à l’exception du vainqueur, tous ses rivaux étaient loin derrière lui.

Détacher

(d’Hautel, 1808) : En détacher. Montrer beaucoup d’ardeur à l’ouvrage ; être très-habile dans un art ou profession.
Il en détache, quand il est à la besogne. Se dit d’un ouvrier fort expéditif, très-assidu.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Couper (Voyez Cosser).

(Bras-de-Fer, 1829) : Couper.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner, — dans l’argot du peuple. Détacher un soufflet. Souffleter quelqu’un. Détacher un coup de pied. Donner un coup de pied.

Détacher le bouchon

(anon., 1827) : Couper la bourse.

(Halbert, 1849) : Couper la bourse.

(Delvau, 1867) : v. a. Couper la bourse ou la chaîne de montre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Aller à la selle. — Les anciens tireurs employaient cette expression dans le sens de voler la bourse.

Détacher le douchon

(Virmaître, 1894) : Vider ses intestins. Allusion à la bouteille qui se vide le bouchon retiré (Argot du peuple). V. Débourrer sa pipe.

Détacher un transfert, un transferrement

(Rigaud, 1881) : Détacher un solide coup de pied.

Je détache un transferrement au cab avec mon rigodon à clous.

(La Petite Lune, 1879.)

Détaffer

(Larchey, 1865) : Aguerrir. V. Taffe.

(Delvau, 1867) : v. a. Aguerrir quelqu’un, l’assurer contre le taf, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Remonter le moral ; donner du courage. Mot à mot : enlever le taf, enlever la peur.

Détail

(Delvau, 1867) : s. m. Chose grave que l’on traite en riant, — dans l’argot du peuple. L’est un détail ! signifie : Cela n’est rien ! — même lorsque c’est quelque chose d’important, d’excessivement important, fortune perdue ou coups reçus.

Détail (c’est un)

(Larchey, 1865) : C’est un accident grave. — Ironie parisienne… Annoncez qu’un tel s’est cassé le bras, a perdu cinquante mille francs, etc., on vous répondra toujours : C’est un détail !

(Rigaud, 1881) : Ce n’est rien. Mot que le scepticisme moderne devait appliquer aux événements les plus graves et qu’ordinairement on souligne par un rire. — Vous êtes en deuil ? — Ma femme est morte. — C’est un détail. Un tel a fait faillite et ruine plus de cent familles. — C’est un détail, je n’avais pas un sou chez lui.

Détail (faire le)

(Rigaud, 1881) : Couper sa victime en morceaux d’après la méthode Billoir, — dans le jargon des voyous.

Détaler

(d’Hautel, 1808) : Mot comique qui signifie s’esquiver, s’enfuir à la hâte, se retirer sans bruit et à la sourdine.

(Clémens, 1840) : Courir.

(Delvau, 1867) : v. n. S’enfuir, s’en aller sans bruit, — dans le même argot [du peuple].

Détar

(Fustier, 1889) : Veston. Argot du peuple.

Détaroquer

(Larchey, 1865) : Démarquer (Vidocq). — Du vieux mot taroter : marquer. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. a. Démarquer du linge, — dans l’argot des voleurs, qui ont bien le droit de faire ce que certains vaudevillistes font de certaines pièces.

(Rigaud, 1881) : Démarquer, — dans l’ancien argot des grecs ; c’est, mot à mot : effacer les marques des tarots.

(La Rue, 1894) : Démarquer le linge.

Détectant

(Hayard, 1907) : Dégoûtant.

Dételer

(Delvau, 1867) : v. n. Renoncer aux jeux de l’amour et du hasard, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent le Solve senescentem d’Horace, mais qui ont de la peine à y obéir. On dit aussi Enrayer.

(Rigaud, 1881) : Dételer le char de l’amour, pour parler la langue académique. Se retirer des joies de ce monde, parce qu’on est vieux, infirme et désillusionné.

A cette heure il avait dételé, mais il aimait encore la société des femmes folles de leur corps.

(E. de Goncourt, La Fille Ëlisa.)

Dételer, enrayer

(La Rue, 1894) : Renoncer à la vie Joyeuse, à l’amour.

Détente (avoir de la)

(Merlin, 1888) : Avoir de l’énergie.

Détente (dur, dure à la)

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui ne délie pas facilement les cordons de sa bourse.

Leur famille est riche, mais elle est également dure à la détente, ce qui est l’expression consacrée.

(Adrien Paul, Floueurs et Floués.)

Déterrer

(d’Hautel, 1808) : Découvrir quelque chose après beaucoup de recherches et de perquisitions ; trouver la retraite de quelqu’un que l’on cherchoit de puis long-temps.
Il a une mine de déterré. Pour, il a le visage blême et décharné.

Détester

(d’Hautel, 1808) : Détester sa vie. Se dépiter ; se manger les sens ; maudire les misères de la vie.

Détirer

(d’Hautel, 1808) : Se détirer. Étendre ses bras et ses jambes en bâillant, comme lorsqu’on sort des bras de Morphée, ou qu’on a resté long-temps occupé et dans la même position.

Détoce

(Virmaître, 1894) : Détresse, misère. Quand les aminches n’ont plus d’os, ils sont dans la détoce (Argot du peuple).

Detoce ou Détosse

(Delvau, 1867) : s. f. Détresse, guignon, — dans l’argot des prisons.

Détorce

(Rossignol, 1901) : Appauvrissement, misère.

Détorse (la)

(Clémens, 1840) : Système pénitentiaire.

Detosse

(un détenu, 1846) : Misère.

Détosse

(La Rue, 1894) : Misère.

(Hayard, 1907) : Misère.

Détosse (être de la)

(Halbert, 1849) : Être ruiné.

Détourne (vol à la)

(Delvau, 1867) : s. m. Vol dans l’intérieur des magasins ou à la devanture des boutiques. On dit aussi Grinchissage à la détourne.

(Rigaud, 1881) : Vol qui se pratique dans l’intérieur des magasins.

Détourner

(d’Hautel, 1808) : Prendre des chemins détournés dans une affaire. Se conduire avec adresse, et de manière à ne se point compromettre ; avoir recours aux subterfuges et aux faux-fuyans.

(Larchey, 1865) : Voler dans l’intérieur d’une boutique.

Parmi les détourneurs, on distingue : 1) les grinchisseuses à la mitaine, assez adroites de leur pied pour saisir et cacher dans de larges pantoufles les dentelles et les bijoux qu’elles font tomber (on appelle mitaine leur bas qui est coupe pour laisser aux doigts leur liberté d’action) ; 2) les enquilleuses, femmes cachant des objets entre leurs cuisses (quilles) ; 3) les avale tout cru, cachant les bijoux dans leur bouche ; 4) les aumôniers, jetant le produit de leur vol à de faux mendiants.

Vidocq.

Ces genres de vol constituent le vol à la détourne.

Détourneur

(Rigaud, 1881) : Voleur à la détourne.

Il y a des voleurs à la détourne de trois classes : les aristos, les bourgeois et les voyous. Les premiers ne travaillent qu’en équipage et ne font que la pièce de soie, de velours, ou le cachemire des Indes ; ils ont des laquais avec des galons d’argent et des jambes torses comme les colonnes d’un lit Louis XIII.

(L. Paillet, Voleurs et Volés.)

(La Rue, 1894) : Voleur à la détourne dans intérieur des magasins.

(Virmaître, 1894) : Voleur. Détourner un objet de sa destination (Argot des voleurs).

Détourneur, euse

(Delvau, 1867) : s. Individu qui pratique le grinchissage à la détourne.

Détourneuse

(Virmaître, 1894) : Voleuse qui opère spécialement dans les grands magasins de nouveautés. Il y a bien des manières de pratiquer ce vol, elles sont expliquées à leur place (Argot des voleurs).

Détourneuse au momignard

(Virmaître, 1894) : V. Abéqueuse.

Détrempe

(d’Hautel, 1808) : Un mariage en détrempe. Expression vulgaire ; commerce illicite que l’on a avec une fille, sous les apparences d’une alliance légitime.

Détrousser

(d’Hautel, 1808) : Escroquer, voler, dépouiller.
Détrousser les passans sur les grands chemins. Les dévaliser.
Aller chez quelqu’un, robe détroussée. Y aller en grande parure, en pompeuse cérémonie.

Détrousseur

(d’Hautel, 1808) : Larron, voleur qui exerce ses brigandages sur les grands chemins.

Dette

(d’Hautel, 1808) : Être rongé de dettes. Devoir à Pierre et à Paul ; être accablé de créanciers.
Qui épouse la veuve, épouse les dettes. Pour dire qu’un mari doit payer les dettes de la femme qu’il prend pour épouse.
Dettes véreuses. Mauvaises créances, dettes dont le paiement est très-incertain.
Dettes criardes. Petites dettes ; ce que l’on doit aux débitans, à la fruitière, au marchand de vin, et qui font crier après le débiteur

Dette (payer une)

(Halbert, 1849) : Être en prison.

Dette de cœur (payer une)

(Rigaud, 1881) : Faire honneur à un engagement souscrit par le cœur au profit des sens, — dans l’argot des grandes dames. Dans le monde faubourien, où l’on n’enguirlande pas les expressions, les femmes disent : « S’exécuter à la bonne franquette. »

Deuil

(d’Hautel, 1808) : Porter le deuil de sa blanchisseuse. Voy. Blanchisseur.
Porter un deuil joyeux. Porter le deuil d’une personne dont l’intérêt faisoit désirer la mort.

Deuil (grand)

(Rigaud, 1881) : Café avec cognac. — Demi-deuil, café sans cognac. (L. Larchey)

Deuil (il y a du)

(Rigaud, 1881) : Ça marche mal dans le ménage.

Deuil (Il y a du)

(La Rue, 1894) : Ça va mal ; il y a du danger.

Deuil (ongle en)

(Larchey, 1865) : Ongle cerné d’une crasse noire.

J’aurai l’air d’être en deuil depuis la cravate jusqu’aux ongles, inclusivement.

A. Second.

Deuil (très)

(Fustier, 1889) : Homme du monde ou mieux voulant se faire passer comme tel. Le mot, d’usage boulevardier, n’a fait qu’une courte apparition en 1886. Il faisait allusion au deuil porté avec ostentation par certaines personnes à l’occasion de la mort de la comtesse de Chambord.

Deuil de sa blanchisseuse (porter le)

(Rigaud, 1881) : Porter du linge très sale.

Deux

(d’Hautel, 1808) : N’en faire ni une ni deux. Ne plus garder de ménagement ; rompre toute mesure ; prendre sur le champ son parti.
Les deux font la paire. Se dit ironiquement de deux personnes qui ont les mêmes inclinations, les mêmes habitudes, les mêmes défauts.
Ils s’entendent tous deux comme larron en foire. Se dit de deux personnes qui forment clique ou coterie ; qui ont une intrigue, un intérêt commun.
Marcher deux à deux comme frères mineurs.
Deux chapons de rente,
etc. Voy. Chapons.
Il n’en fit pas à deux fois. Pour, il se détermine promptement.

Deux adjoints (les)

(Delvau, 1864) : Les testicules, qui accompagnent partout le membre viril, — le maire naturel de Confoutu.

Ses deux adjoints lui font escorte ;
Mais, par un caprice nouveau,
Tous les deux restent à la porte :
Il entre seul à son… bureau.

Eugène Vachette.

Deux bibelots (les)

(Delvau, 1864) : Les testicules, avec lesquels les femmes se plaisent à jouer.

Donne-moi tes deux bibelots, mon chéri, que je les pelote.

Jean Du Boys.

Deux cocottes (les)

(Delvau, 1867) : Le numéro 22, — dans l’argot des joueurs de loto.

Deux d’amour

(Delvau, 1867) : s. m. Le numéro 2, — dans le même argot [des joueurs de loto].

Deux fois

(Rigaud, 1881) : Expression très usitée dans les régiments de cavalerie et qui équivaut à une négation. Le sous-off de garde dit : Tiens, tiens, tiens ! vous avez des bretelles deux fois demi-tour sur les hanches. — J’ai planché non pas deux fois, mais une bonne. — Quelquefois cette expression s’emploie dans le sens de « plus souvent : » Veux-tu me prêter cinq ronds ? — Deux fois.

Deux galons

(Fustier, 1889) : Lieutenant. Argot militaire.

Comment, disait-on, un médecin de deuxième classe qui n’a que le grade de lieutenant dans l’armée, un deux galons va commander des amiraux !

(Événement, juin 1884.)

Deux oreilles

(Delvau, 1864) : Les deux couilles.

Tu ronfles, tu sommeilles,
Tu mérit’rais, dans c’cas,
Puisque tu n’t’en sers pas,
Que j’te coup’ les deux oreilles.
Adrien, c’n’est pas bien, etc.

(Anonyme moderne.)

Deux sœurs

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les nates de Martial, — dans l’argot des faubouriens.

Deux sœurs (les)

(Delvau, 1864) : Les deux fesses, inséparables.

Deux sœurs (mes)

(Virmaître, 1894) : Dans le peuple, par abréviation, on dit : mes deux pour te faire une paire de lunettes. Ce n’est pas des fesses qu’il s’agit, comme le dit Delvau, mais des testicules. On appelle aussi deux sœurs, les deux nattes de cheveux que les femmes portent sur leurs épaules (Argot du peuple).

Deux sous du garçon

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Le pourboire que chaque consommateur est forcé — sous peine d’être « mal servi » — de donner aux garçons de café, qui s’achètent des établissements avec le produit capitalisé de cet impôt direct.

Deux trous (les)

(Delvau, 1864) : L’anus et le con.

Le trou du cul, le trou du con,
Sont deux trous qui me semblent farces :
Par l’un, on jouit d’un garçon
Et par l’autre on jouît des garces.
Tous les deux me sont défendus ;
Mais puisqu’il faut que je me perde…
Je préfère le trou du cul,
Malgré mon dégoût pour la merde.

Bing.

Devant

(d’Hautel, 1808) : Préposition de lieu.
Si vous êtes pressé, courez devant. Se dit aux gens qui affectent des airs expéditifs et, empressés.
Mettre tout sens devant derrière, sens dessus dessous. Mettre tout en confusion, en désordre ; bouleverser quelque chose de fond en comble.
Bâtir sur le devant. Voy. Bâtir.

Devant (le)

(Delvau, 1864) : Les parties sexuelles de l’homme et de la femme.

Le p’tit gueux, près des femmes,
Bientôt s’mit à courir,
Pour offrir
Son devant aux mesdames.

(Chanson anonyme moderne.)

On pourra désormais avoir confiance en moi, car on dit communément qu’il faut se défier du devant d’une femme, du derrière d’une mule, et d’un moine de tous les côtés.

(Le Moine sécularisé.)

Ah ! mon Dieu, quelle injustice que l’honneur d’un homme dépende du devant d’une femme !

Ch. Sorel.

Devant de gilet

(Delvau, 1867) : s. m. Gorge de femme, — dans l’argot des faubouriens.

Devantier

(d’Hautel, 1808) : Pour dire tablier.

Déveine

(Larchey, 1865) : Malheur constant. V. Veine.

Il paraît que la banque est en déveine.

About.

(Delvau, 1867) : s. f. Malheur constant dans une série d’opérations constantes. Être en déveine. Perdre constamment au jeu.

Devenir

(d’Hautel, 1808) : D’évêque devenir meunier. Passer d’une charge considérable à un emploi médiocre.
Devenir cruche. Rabêtir ; perdre tout le fruit de l’éducation qu’on a reçue.

Dévergondée

(d’Hautel, 1808) : C’est une dévergondée. Terme injurieux qui ne s’emploie qu’en parlant d’une fille sans pudeur, d’une effrontée qui a levé le masque.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui a toute vergogne bue, — dans l’argot des bourgeoises, qui quelquefois donnent ce nom à une pauvre fille dont le seul crime est de n’avoir qu’un amant.

Dévidage

(Larchey, 1865) : Discours aussi long que le dévidage d’un écheveau.

(Delvau, 1867) : s. m. Long discours, bavardage interminable, — dans l’argot des voleurs. Dévidage à l’estorgue. Accusation.

(Rigaud, 1881) : Promenade dans le préau d’une prison. (L. Larchey)

(Rigaud, 1881) : Long discours.

(Hayard, 1907) : Bavardage.

Dévidage à l’estorgue

(Larchey, 1865) : Acte d’accusation.

(Rigaud, 1881) : Mensonge. — Acte d’accusation.

(Virmaître, 1894) : Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier. Dévider : parler : à l’estorgue, faussement (Argot des voleurs). Dévider : promenade en dévidoir que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). V. Queue de cervelas.

Dévider

(Larchey, 1865) : Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à l’estorgue : Mentir. — Dévideur : Bavard (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder. Dévider à l’estorgue. Mentir. Dévider le jar. Parler argot. On dit aussi Entraver le jar.

(Rigaud, 1881) : Parler. C’est dévider le fil d’un discours dans le langage métaphorique et précieux. — Dévider le jars, parler argot.

(La Rue, 1894) : Parler. Dévidage à Veslorgue, mensonge, acte d’accusation. Dévidage d’amiches, dénonciation d’amis.

(Rossignol, 1901) : Parler.

Dévider le jars

(Halbert, 1849) : Parler argot.

(Hayard, 1907) : Parler argot.

Dévider son chapelet

(Virmaître, 1894) : Les portières se chargent de cette opération en cancanant sur les locataires (Argot du peuple).

Dévideur

(Delvau, 1867) : s. m. Bavard.

Dévierger

(Delvau, 1867) : v. a. Séduire une jeune fille et la rendre mère, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Enlever la fleur de l’innocence à une jeune fille, ainsi qu’on s’exprime sous la coupole de l’Institut les jours où il n’y a pas de prix de vertu à décerner. — C’est, en bon français, peut-être, faire une femme avant la lettre… de faire part du mariage.

Deviner

(d’Hautel, 1808) : Je vous donne cent ans pour le deviner. Se dit à celui que l’on cherche à embarrasser par quelqu’énigme, ou par quelque question, difficile à résoudre.
Il devine que c’est fête quand les boutiques sont fermées. Se dit d’un homme simple et crédule, à qui l’on en impose facilement.

Dévirginer

(Delvau, 1864) : Ôter la virginité.

Ceux-ci ne trouvèrent pas d’autres moyens que de les dévirginer eux-mêmes avant qu’elles pussent tenter personne.

Pigault-Lebrun

Oui, tout semblait m’annoncer qu’enfin j’allais être, et même très agréablement, dévirginée.

(Mon noviciat.)

Extasiée, fendue par l’énorme grosseur du vigoureux bourdon de mon dévirgineur,… je restai quelque temps accablée par la fatigue et le plaisir.

(Mémoires de miss Fanny.)

Dévisager

(Delvau, 1867) : v. a. Égratigner le visage, le meurtrir de coups, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Regarder quelqu’un avec attention.

Dévisser

(Rigaud, 1881) : Estropier, casser un ou plusieurs membres.

Tu veux donc te faire dévisser ?

(L. Cladel, Ompdrailles, le Tombeau des lutteurs.)

(La Rue, 1894) : Estropier. Dévisser son billard, mourir.

Dévisser (se)

(Fustier, 1889) : « C’était l’école préparatoire de Sainte-Barbe qui dévissait. Et pourquoi dévissait-elle l’école préparatoire ? Parce que beaucoup d’élèves étaient mécontents de ce que quelques-uns de leurs camaraaes avaient été renvoyés… »

(Constitutionnel, février 1883.)

Dévisser la pétronille (se.)

(Rigaud, 1881) : Se mettre en frais d’imagination, se creuser la cervelle, — dans le jargon des voyous.

Dévisser le coco

(Rigaud, 1881) : Tordre le cou, étrangler.

Dévisser son billard

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon des piliers de café. Et par abréviation : dévisser. — Que devient, Machin ? Il a dévissé.

(Virmaître, 1894) : Mourir. Quand le billard est dévissé, adieu la partie. Un à peu près dit qu’il n’y a plus Moyaux de faire une partie de Billoir quand on joue Troppmann (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mourir.

(Hayard, 1907) : Mourir.

Dévisseur

(Delvau, 1867) : s. m. et adj. Médisant, débineur, — dans l’argot des gens de lettres et des faubouriens.

Devoir

(d’Hautel, 1808) : On dit d’un homme qui a des dettes innombrables, qu’Il doit à Dieu et à diable.
Il doit plus d’argent qu’il n’est gros.
Manière, exagérée de dire qu’un homme est fort endetté.
Il n’y a point de borne qui ne lui doive un denier. Pour dire qu’un homme est musard, causeur ; qu’il s’arrête à tout bout de champ.
Qui fait ce qu’il peut, fait ce qu’il doit. Signifie qu’on doit savoir gré à quelqu’un de la bonne volonté et du zèle qu’il met à s’acquitter de ses devoirs.
Il doit au tiers et au quart. Pour, il a des créanciers de tout état, de toute condition.
Qui doit a tort. Signifie qu’un débiteur est toujours condamnable quand il ne paye pas ses dettes.
Chose promise, chose due. Pour, il est du devoir d’un honnête homme de tenir inviolablement ses promesses.
Je lui en dois. Pour, je me vengerai de lui dès que l’occasion s’en présentera.
Il croit toujours qu’on lui en doit de reste. Se dit d’un vaniteux, d’un homme très-prévenu de son mérite, et pour lequel on semble ne jamais faire assez

Devoir (le)

(Delvau, 1864) : La fouterie, qui est en effet le premier des devoirs, le plus sacré, celui auquel on manque le moins tant qu’on est jeune et qu’on sait jouer des reins.

Allons ! rentre chez toi, père de famille ! et fais ton devoir près de ta femme, cela dût-il te valoir un enfant !

Lemercier de Neuville.

Puis quand on vint au naturel devoir,
Ah ! dit Catin, le grand dégel s’approche.
Vrai, dit-il, car il va pleuvoir.

Cl. Marot.

Devoir une dette

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir promis un rendez-vous d’amour, — dans l’argot des filles, qui sont brouillées avec la grammaire comme avec la vertu, et qui redoutent moins un pléonasme qu’un agent de police.

Dévorant

(d’Hautel, 1808) : C’est un dévorant. Pour, c’est un envahisseur, un homme ardent et cupide. Se dit communément d’un ouvrier qui entreprend plus d’ouvrage qu’il n’en peut faire, et souvent au détriment de ses camarades.
Un appétit dévorant ; une soif dévorante. Métaphores, pour un grand appétit ; une altération excessive.

(Larchey, 1865) : Compagnon.

Je ne suis pas un dévorant, je suis un compagnon du devoir de liberté, un gavot.

Biéville.

(Delvau, 1867) : s. m. Compagnon du Tour de France, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Pour dévoirant, compagnon du devoir.

Terme du compagnonnage qui nous a légué une petite ménagerie assez intéressante ; il y avait le singe, le lapin, le renard de liberté, le loup, etc… c’est-assez logique d’avoir le dévorant.

(Le Sublime.)

Dévorer

(d’Hautel, 1808) : Manger avec avidité, en glouton ; travailler avec trop d’empressement.
Dévorer un livre. Le lire promptement, et sans désemparer ; se laisser entrainer au charme qu’il inspire.
Il ne mange pas ; mais il dévore. Se dit d’un homme qui mange avidement.

Dévotion

(d’Hautel, 1808) : Ceci est à votre dévotion. Pour, à votre volonté, à votre commandement, à votre disposition.
Il n’est dévotion que de jeunes prêtres. Phrase proverbiale qui signifie qu’on n’est jamais plus ardent dans une entreprise quelconque, que lorsqu’on la commence.

Dévoyé

(Rigaud, 1881) : Acquitté ; renvoyé des fins de la plainte, — dans le jargon des voleurs.

Dia

(d’Hautel, 1808) : Mot dont les charretiers se servent pour faire aller leurs chevaux à gauche.
Il n’y a pas moyen de parler à cet homme, il n’entend ni à dia ni à hu-hau. Et plus communément, il n’entend ni dia ni hahu. Pour dire, qu’il est impossible de lui faire entendre raison.

Diable

(d’Hautel, 1808) : Que le diable te ramasse ! Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se baisse pour ramasser ce qu’il a laissé tomber.
Quand un homme bat sa femme, le diable s’en rit. Manière plaisante d’excuser les brutalités que certains hommes exercent sur leurs femmes.
On dit vulgairement, lorsqu’il pleut pendant que le soleil luit sur l’horizon, que c’est le diable qui bat sa femme.
Il a le diable au corps.
Se dit d’un homme qui fait des choses extravagantes et nuisibles à ses propres intérêts.
Que le diable m’emporte, si je lui cède ! Espèce de jurement pour affirmer qu’on est résolu de tenir tête à quelqu’un.
Le diable ne sera pas toujours à ma porte. Pour dire que l’on espère n’être pas éternellement malheureux.
Tirer le diable par la queue. Vivre péniblement, et avec une grande économie.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il, est meilleur qu’il ne le paroit.
On dit de quelqu’un qui n’a aucune succession à attendre, et auquel on ne fait jamais de don, que si le diable mouroit, il n’hériteroit pas même de ses cornes.
Diable ! comme il y’va !
Interjection qui marque la surprise et le mécontentement.
Je crois que le diable s’en mêle. Se dit d’une affaire dans laquelle on éprouve continuellement de nouveaux obstacles.
Se donner à tous les diables. S’impatienter, se dépiter, se dégoûter de quelque chose.
Cela s’en est allé à tous les diables. C’est-à dire, s’est dispersé, sans qu’on sache ce que c’est devenu.
Faire le diable à quatre. Faire du bruit, du tintamare ; mettre tout en désordre ; se déchaîner contre quelqu’un ; lui faire tout le mal possible.
En diable. Il a de l’argent en diable ; des dettes en diable. Pour dire, extraordinairement.
Que le diable t’emporte ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un, dans un mouvement d’humeur.
Qu’il s’en aille au diable ! Qu’il aille où il voudra, pourvu qu’il ne m’importune plus.
C’est un bon diable. Pour, un bon enfant, un bon vivant.
On dit aussi ironiquement, un pauvre diable, pour un misérable ; un homme de néant.
Un méchant diable ; un diable incarné ; un diable d’homme. Pour dire, un homme à craindre, et dont il faut se méfier.
Quand il dort, le diable le berce. Se dit d’un chicaneur, d’un méchant qui se plaît perpétuellement à troubler le repos des autres.
C’est un grand diable. Pour, c’est un homme d’une grande stature ; mal fait, mal bâti.
Un valet du diable. Celui qui fait plus qu’on ne lui commande.
Crever l’œil au diable. Faire le bien pour le mal ; se tirer d’affaire malgré l’envie.
Il est vaillant en diable ; il est savant en diable. Pour, il est très-courageux, très-savant.
Le diable n’y entend rien ; y perd son latin. Pour exprimer qu’une affaire est fort embrouillée ; que l’on ne peut s’y reconnoître.
Le diable étoit beau, quand il étoit jeune. Signifie que les agrémens de la jeunesse donnent des charmes à la laideur même.
Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne vous tue. Pour, il vaut mieux tuer son ennemi que de s’en laisser tuer.
Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. Pour dire que la mauvaise fortune a ses instans de relâche.
C’est là le diable ! Pour, voilà le point embarrassant ; le difficile de l’affaire.
Un ouvrage fait à la diable. C’est-à-dire à la hâte ; grossièrement ; sans goût ; sans intelligence.

(Delvau, 1867) : s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.

(Delvau, 1867) : s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.

(Rigaud, 1881) : Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)

(La Rue, 1894) : Agent provocateur. Coffre-fort.

(Virmaître, 1894) : Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.

Diable (à la)

(Delvau, 1867) : adv. Avec précipitation, sans soin, sans précaution, — dans l’argot du peuple.

Diable au vert (au)

(Delvau, 1867) : Très loin, — dans le même argot [du peuple]. Un grand nombre de savantes personnes veulent que cette expression populaire vienne du château de Vauvert, sur l’emplacement duquel fut jadis bâti le couvent des Chartreux, lui-même depuis longtemps remplacé par le bal de la Grande Chartreuse ou Bal Bullier : je le veux bien, n’ayant pas assez d’autorité pour vouloir le contraire, pour prétendre surtout être seul de mon avis contre tant de inonde. Cependant je dois dire d’abord que je ne comprends guère comment les Parisiens du XIVe siècle pouvaient trouver si grande la distance qu’il y avait alors comme aujourd’hui entre la Seine et le carrefour de l’Observatoire ; ensuite, j’ai entendu souvent, en province, des gens qui n’étaient jamais venus à Paris, employer cette expression, que l’on dit exclusivement parisienne.

Diable bat sa femme et marie sa fille (le)

(Delvau, 1867) : Il pleut et fait soleil tout à la fois, — même argot [du peuple].

Diable en prendrait les armes ! (le)

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot du peuple, qui l’emploie pour renforcer une menace, pour donner plus de poids à un ultimatum. Se dit aussi à propos d’un grand vacarme « où l’on n’entendrait pas Dieu tonner ». Quand on n’entend pas Dieu tonner, c’est qu’en effet le « diable en a pris les armes ».

Diable en prendrait les armes (que le)

(Rigaud, 1881) : Exorbitant. Dire, faire une chose étonnante, tenir un propos tellement extravagant, donner de telles preuves de courage… en paroles, que le diable, effrayé, en prendrait les armes, s’il les entendait.

Diablement

(d’Hautel, 1808) : Terme d’exagération qui signifie excessivement ; dans le plus haut degré.
Cet ouvrage est diablement dur. Pour, est excessivement pénible.

Diablerie

(d’Hautel, 1808) : Mauvais tour ; intrigue ; méchanceté noire.
Il y a quelque diablerie là dessous. Pour, il y a quelque manège, quelqu’intrigue dans cette affaire.

Diablesse

(d’Hautel, 1808) : Au fond, c’est une bonne diablesse. Pour dire qu’une femme, quoique vive et emportée, ne laisse pas cependant que d’avoir un bon cœur, et quelques qualités précieuses.
C’est une méchante diablesse. Pour dire une femme processive, méchante au dernier degré.

Diablezot !

(d’Hautel, 1808) : Sorte d’exclamation, du langage familier.
Vous pensez qu’on doive vous croire, diablezot ! C’est-à-dire je ne suis point assez sot pour cela. ACAD.

Diablotin

(d’Hautel, 1808) : Petit enfant espiègle, vif et lutin, dont on ne peut venir à bout

Diamant

(Delvau, 1867) : s. m. Voix de la plus belle eau, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Clou de soulier, — dans le jargon des troupiers. Prends garde d’user les diamants de tes godillots, prends garde de trop marcher.

(Rigaud, 1881) : Pavé. (L. Larchey)

Diamants

(Halbert, 1849) : Pavés.

Diantre

(d’Hautel, 1808) : Diantre ! comme vous y allez. Exclamation familière qui marque-la surprise, et qui dit autant que diable.
Au diantre ! Pour,allez vous promener ; laissez moi en repos.

Dictionnaire Verdier

(Delvau, 1867) : s. m. Lexique fantastique, — dans l’argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu’un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement.

Dieu

(d’Hautel, 1808) : Tous les jours que Dieu fasse, on le rencontre en cet endroit. Pour, il y va tous les jours ; on l’y voit perpétuellement.
Faire quelque chose pour l’amour de Dieu. C’est-à-dire par contrainte ; de mauvaise grace ; en rechignant.
Dieu vous bénisse, Dieu vous assiste. Se dit à quelqu’un qui éternue, ou à un pauvre que l’on veut congédier.
Dieu me confonde ! Dieu me damne ! Espèces de jurement qui servent à affirmer.
Il s’en est donné Dieu sait comme. Pour, il est s’est bien diverti ; bien réjoui.
Que le bon Dieu le bénisse. Espèce d’interjection qui exprime le mécontentement que l’on éprouve de ce que quelqu’un n’a pas exécuté ce dont on l’avoit chargé.
Ce que femme veut, Dieu le veut. Manière honnête de dire que les femmes sont tellement opiniâtres, qu’il en faut passer par tout ce qu’elles veulent.
Faire un Dieu de son ventre. Aimer passionné ment la bonne chère ; mettre tous ses plaisirs à bien manger.
On dit aussi d’un homme lâdre et intéressé, qu’Il fait un dieu de son argent.

Dieu (il n’y a pas de bon)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : il n’y a pas de bon Dieu qui puisse m’empêcher de faire ce que je veux faire.

Dieu (manger le bon)

(Rigaud, 1881) : Communier. — Mangeur, mangeuse de bon Dieu, celui, celle qui s’approche souvent de la Sainte Table.

Dieu bat ses matelas

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot du peuple, — lorsqu’il tombe de la neige.

Dieu Terme (le)

(Delvau, 1867) : Les 8 janvier, 8 avril, 8 juillet et 8 octobre de chaque année, — dans l’argot des bonèmes.

Différer

(d’Hautel, 1808) : Ce qui est différé n’est pas perdu. Signifie que lorsqu’on a fait une promesse à quelqu’un, le retard qu’éprouve son accomplissement ne doit pas pour cela en tenir quitte.

Difficile

(d’Hautel, 1808) : Il est difficile à ferrer, à chausser. Se dit d’un homme que l’on ne manie pas comme on veut, dont on obtient difficilement ce que l’on désire.
Faire le difficile. Pour dire faire le délicat, le dégoûté, le dédaigneux ; n’être pas du goût de tout le monde.

Difficulté

(Fustier, 1889) : Argot de sport. Être en difficulté, se dit d’un cheval qui a de la peine à garder son avance.

Au dernier tournant Gladius était en difficulté pour conserver son rang à côté de Bivouac qui prenait le dessus.

(Journal officiel.)

Dig-dig

(La Rue, 1894) : Épilepsie. Batteur de dig-dig, escroc qui simule l’épilepsie pour exploiter la charité publique.

Dig, dog, savatte

(d’Hautel, 1808) : Terme de jeu dont les enfans, les écoliers se servent en jouant à la faillousse.

Digelettes

(Hayard, 1907) : Bagues.

Digelettes ou dégelettes

(Virmaître, 1894) : Ragues (Argot du peuple).

Digérer

(d’Hautel, 1808) : C’est bien dur à digérer. Se dit d’une offense, d’une insulte, d’une injustice dont on est la victime, et que l’on ne peut oublier,
Il a un estomac d’autruche, il digéreroit du fer. Exagération usitée en parlant d’un grand mangeur, d’un goinfre, d’un glouton à qui rien ne fait mal.

Digestion

(d’Hautel, 1808) : Un morceau de dure digestion. Pour dire un morceau de résistance, un ouvrage volumineux et de longue haleine ; une injure, une offense impardonnables.

Digue

(Rigaud, 1881) : Femme, dans l’ancien argot du Temple.

Vieux mot fort usité parmi les pitres et les queues rouges du XVIIe siècle.

(V. Hugo.)

(La Rue, 1894) : Femme, prostituée.

(Rossignol, 1901) : Rien. Celui qui ne possède rien n’a que l’digue.

Digue-digue

(Larchey, 1865) : Attaque d’épilepsie. — De dinguer : tomber. V. Camboler.

Digue-Digue

(Delvau, 1867) : s. f. Attaque d’épilepsie, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Attaque d’épilepsie, — dans le jargon des voleurs.

Diguedigue

(Rossignol, 1901) : Épilepsie. Tomber de cette maladie, c’est tomber du diguedigue.

Dijonnier

(Larchey, 1865) : Moutardier (Vidocq). — Dijon est la capitale de la moutarde.

(Delvau, 1867) : s. m. Moutardier, — dans l’argot des faubouriens.

Diligence

(d’Hautel, 1808) : C’est la diligence embourbée. Locution ironique que l’on applique à une personne nonchalante, d’une lenteur insupportable.

Diligence (la) de lyon

(Delvau, 1864) : C’est une des postures (voir ce mot) les plus curieuses et les plus rares. Nombre de grands amateurs de Vénus sont morts sans la connaître ; c’est que, pour l’exécuter, il faut trouver une femme qui réunisse deux qualités rares : l’ardeur, d’abord. Nombre de femmes feignent d’être ardentes pour plaire à l’homme qu’elles veulent séduire, mais ne sont au fond que de simples patients et non des agents, et ici il faut que la femme soit agent et que l’homme soit patient. Ensuite, il faut qu’elle ne soit pas neutralisée par une sotte pudeur, résultat de la tyrannie des hommes exercée continuellement jusqu’ici sur les femmes. Quand une femme donc est ardente et libre, elle prend un homme qui lui plaise sous tous les rapports ; elle le met nu comme un ver, l’étend sur un lit en lui mettant des coussins sous la tête et sous les reins, et toute nue elle-même, elle se met à cheval à cru sur lui, s’embrochant sur le pivot naturel, c’est-à-dire sur son vit. Alors, elle fait comme le postillon sur un des chevaux des anciennes diligences de Lyon. S’appuyant un peu sur les épaules de son amant, elle s’avance en chevauchant et le vit se relève près du ventre de l’homme. Elle recule et le vit se renfonce dans son con jusqu’à la garde. Elle s’anime ; elle va de plus fort en plus fort, comme si la diligence parcourait un chemin raboteux. Ses yeux s’égarent, ses cheveux se dénouent. Elle jouit, elle jouit, mais elle va toujours ; elle va jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait exténuée de décharge spermatique ; car il faut remarquer que l’homme, étendu sur ses coussins, ne pouvant pas bouger, bande de plus en plus, jusqu’à la fin, mais ne décharge pas. La femme tombe alors comme morte dans les bras de son amant, lequel, tout enflammé, finit de son côté comme il peut.

“ Je serai bien aimable, je me mettrai toute nue, dit-elle insidieusement. — Passe ton chemin, répond le fidèle époux, ayant encore présente à la pensée l’image des charmes de sa jeune moitié. — Je te ferai le grand jeu ! — Non — Feuille de rose ! — Non. — Le tire-bouchon américain ? — Connu… tu m’ennuies. — Eh bien, tiens, tu me plais, viens, tu ne payeras pas et nous ferons la diligence de Lyon… ”

(Fantaisiste, I, 177.)

Diligence de lyon (la promettre)

(Virmaître, 1894) : Chose invraisemblable que promit un jour une fille à un client de hasard. Elle mourut subitement avant d’avoir réalisé sa promesse. C’était, à ce qu’il paraît, vraiment fantastique : il fallait cinquante mètres de cable, une ancre de marine en acier fondu, cinq kilos de chandelles-des-six, un tonneau de mélasse, un kilo d’essence de géranium, trente éponges, la graisse d’un guillotiné, un fémur de fille vierge, dix litres de pétrole, deux cartouches de dynamite… Le client parcourut le monde entier à la recherche de la diligence de Lyon, il mourut à son tour sans la rencontrer (Argot des filles). N.

Diligence de Rome

(Delvau, 1867) : s. f. La langue, — dans l’argot du peuple, qui sait qu’on va partout quand on sait demander son chemin.

(La Rue, 1894) : La langue.

Dimanche

(Delvau, 1867) : adv. Jamais, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Dimanche après la grand’ messe.

(Delvau, 1867) : s. m. Endroit d’un navire ou d’une maison qu’on a oublié de nettoyer, — dans l’argot des marins.

Dimasine

(Delvau, 1867) : s. f. Chemisette, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Chemisette.

Dinde

(Delvau, 1867) : s. f. Femme sotte, maladroite, sans aucun des charmants défauts de son sexe, — dans l’argot du peuple, qui a, du reste, l’honneur de se rencontrer avec Shakespeare : Goose (oie), dit celui-ci en deux ou trois endroits de ses comédies.

(Rigaud, 1881) : Femme sotte.

Dindon

(d’Hautel, 1808) : Il est le dindon de la farce. Pour dire il est seul dupe dans cette affaire ; c’est lui qui en supporte tous les frais ; qui sert de risée et de bardot à la compagnie.
On dit aussi par raillerie d’un idiot qui garde le silence par stupidité, qu’Il est comme le dindon, qu’il ne dit rien et n’en pense pas plus.
Bête comme un dindon.
Pour, rien de plus sot, de plus inepte.
Un grand dindon. Un grand imbécile homme simple, gauche, niais et borné.
On appelle vulgairement ce volatile un danseur ; un jésuite. Voyez Jésuite.

(Larchey, 1865) : Niais, dupe. — V. Gogo.

J’ne veux pas être le dindon de vos attrapes.

Vadé, 1788.

Mari dindon : Mari trompé.

Il est le dindon de la farce ; il est seul dupe dans cette affaire.

d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, dupe. Être le dindon de la farce. Être la victime choisie, payer pour les autres.

Dindonner

(Larchey, 1865) : Duper.

Je n’ai jamais été chiche avec les femmes, mais je n’aime pas à être dindonné.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, duper.

(Rigaud, 1881) : Duper.

Je lui ai démontré qu’il était dindonné, ce que nous appelons refait au môme.

(Balzac.)

(La Rue, 1894) : Duper.

Dindonnière

(d’Hautel, 1808) : Fille qui garde les dindons. On donne aussi ce nom par mépris à une demoiselle de campagne qui veut s’élever au-dessus de sa condition.

Dindornier

(Delvau, 1867) : s. m. Infirmier, — dans l’argot des voleurs.

Dindornier de castu

(Virmaître, 1894) : Infirmier. Prisonnier employé comme auxiliaire pour remplir ces fonctions dans les infirmeries des prisons (Argot des voleurs). N.

Dîner

(d’Hautel, 1808) : Dîner par cœur. Se passer de dîner, arriver quand la table est desservie.
On dit pour exprimer le déplaisir que l’on sent en voyant une personne ennuyeuse, incommode et importune, j’ai dîné quand je vois cet homme.
On dit aussi d’un homme qui dine à table d’hôte et qui ne se rend pas à l’heure : Son assiette dîne pour lui, ce qui signifie qu’il n’en paiera pas moins son écot.
S’il est riche qu’il dîne deux fois. Dicton des gens pauvres à l’égard des riches.

Dîner en ville

(Delvau, 1867) : v. n. Manger un peut pain en marchant à travers les rues ; — dans l’argot parfois navrant des bohèmes.

Dîner par cœur

(Delvau, 1867) : v. n. Ne pas dîner du tout, — dans l’argot du peuple.

Dinguer

(Larchey, 1865) : Tomber. — Envoyer dinguer : Jeter à terre.

(Delvau, 1867) : v. n. N’être pas d’aplomb, — dans l’argot des coulisses, — où l’on emploie ce verbe à propos des décors et des machinistes.

(Delvau, 1867) : v. n. Flâner, se promener, — dans l’argot des faubouriens. Envoyer quelqu’un dinguer. Le congédier brusquement, s’en débarrasser en le mettant à la porte.

(Rigaud, 1881) : Lancer, frapper, laisser tomber, onomatopée du bruit d’un objet qui tombe à terre. — Envoyer dinguer, envoyer promener. — En terme de théâtre un objet qui dingue est un objet mal équilibré, qui menace de tomber.

(Virmaître, 1894) : Envoyer dinguer quelqu’un, c’est l’envoyer promener. Quand deux hommes se battent et que l’un tombe sur le pavé, sa tête dingue. Synonyme de sonner (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Jeter, renvoyer. Une chose qui ne plait pas ou plus, on l’envoie dinguer. Un patron envoie dinguer un ouvrier qui ne fait pas son affaire.

Dinguer (envoyer)

(Hayard, 1907) : Envoyer promener.

Dire

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas à dire mon bel ami, il faut que cela aille. Se dit pour contraindre quelqu’un à faire une chose pour laquelle il montre une grande aversion.
Ce n’est pas pour dire ; ce n’est pas l’embarras. Locutions vicieuses qui équivalent à ce n’est pas qu’on y trouve à redire ; ce n’est pas qu’on soit jaloux, envieux, etc.
Se moquer du qu’en dira-t-on. Se mettre peu en peine de tout ce qu’on peut dire ; violer les bienséances ; lever entièrement le masque.
Mon petit doigt me l’a dit. Se dit par plaisanterie, en parlant aux enfans, pour leur faire entendre qu’on est instruit de leurs espiègleries.
Il ne dit rien, mais il n’en pense pas moins. Se dit d’un homme dont l’air, au défaut de la voix, manifeste le mécontentement.
Quand les mots sont dits, l’eau bénite est faite. Pour dire qu’un marché est conclu, et qu’il n’y a plus à revenir contre.
Cela soit dit en passant. C’est-à-dire à la dérobée, une fois pour toutes.
Qu’en voulez-vous dire ? Que proposez-vous ? Qu’avez-vous à objecter ?
Il en dit pis que pendre. Pour, il ne cesse de médire sur cet homme.
En dire de rudes. Conter des fagots, des bourdes, des choses invraisemblables.
Si le cœur vous en dit. Invitation familière que l’on fait à quelqu’un, et qui équivaut à ne vous gênez nullement sur cette chose, si elle peut vous faire plaisir.
C’est donc pour vous dire. Équivaut à, pour en revenir à ce que je voulois dire, à ce que je disois, etc. Le facétieux Brunet a osé le premier introduire cette locution vicieuse sur un théâtre, il est vrai, où toutes les licences de langage semblent être permises.

(Delvau, 1867) : v. n. Plaire, agréer, convenir, — dans l’argot du peuple. Cela ne me dit pas. Je n’ai pas d’appétit, de goût pour cela.

Dire la sienne

(Delvau, 1867) : v. a. Raconter son histoire ou chanter sa romance après que les autres ont chanté ou raconté. Même argot [du peuple].

Dire quelque chose

(Rigaud, 1881) : Éveiller la sensualité, — dans le jargon des libertins. — Ne rien dire, laisser froid, indifférent. Cette femme ne me dit rien.

Diridornier

(Rigaud, 1881) : Infirmier.

Discret

(d’Hautel, 1808) : Il est discret comme un boulet de canon. Se dit d’un homme imprudent, babillard et léger, qui va divulguer à chacun les secrets qu’on lui a confiés.

Discrétion

(Fustier, 1889) : Pari.

Des paris gagnés ou perdus qui, le plus souvent, prennent la forme compromettante et le titre étrange de discrétion.

(Indépendance belge, 1868.)

Discussion avec les pavés (avoir une)

(Delvau, 1867) : Tomber sur les pavés et s’y égratigner le visage, soit en état d’ivresse, soit par accident, — dans l’argot des ouvriers, qui ont de ces discussions-là presque tous les lundis, en revenant de la barrière.

Disloquer

(d’Hautel, 1808) : Cette affaire lui a disloqué la cervelle. Pour, lui a dérangé le cerveau ; a égaré sa raison.

Disparoître

(d’Hautel, 1808) : Il n’a fait que paroître et disparoître. Pour, il est entré et sorti avec la même précipitation.

Dispensaire

(Delvau, 1864) : Endroit spécial, à la préfecture de police, où sont obligées de se rendre une fois par semaine les filles en carte, afin d’y subir de la part des médecins qui s’y trouvent, une visite minutieuse de santé.

Disposer

(d’Hautel, 1808) : L’homme propose et Dieu dispose. Signifie que les desseins, les projets ne s’accomplissent pas toujours suivant le désir de celui qui les forme.
On dit d’une personne qui gouverne à son gré le bien d’autrui, qu’elle en dispose comme des choux de son jardin.

Disputer

(d’Hautel, 1808) : Disputer sur la pointe d’une aiguille. C’est-à-dire sur les choses les plus légères ; sur des bibus, des riens ; être fort près regardant sur ses propres intérêts.

Disputeur

(d’Hautel, 1808) : Qui aime à contredire ; qui aime disputer, contrarier.

Disqualifié

(Fustier, 1889) : Argot de turf. Cheval disqualifié, cheval mis hors concours par suite d’une infraction au règlement commise par son propriétaire ou par son jockey. (Littré.)

Distingué

(Fustier, 1889) : Verre de bière.

Distraction

(d’Hautel, 1808) : Il est sujet aux distractions. Pour dire, à mots couverts, qu’un homme est sujet au vol et à la rapine ; qu’il s’empare souvent du bien d’autrui.

Distribuer

(Boutmy, 1883) : v. intr. Mettre chaque lettre dans le cassetin qui lui est propre Distribuer à la Belge. Distribuer cran dessus.

District

(Virmaître, 1894) : Maison de tolérance. Ces maisons sont parquées dans des quartiers spéciaux. C’est un restant des vieilles coutumes du moyen-âge, où les ribaudes étaient parquées dans les clapiers de la Cité. Mot à mot : maison dans un district (Argot des souteneurs). V. Bocard.

Divertir (se)

(Delvau, 1864) : Baiser ferme et dru, ce qui est encore le moins trompeur de tous les plaisirs humains.

Il s’en allait, contre son gré, voir quelque fille pour se divertir, et, étant là, s’efforçait si fort sur elle qu’il en était allégé.

Mililot.

Et cherche un ami jeune et beau,
Par qui tu sois mieux divertie.

Maynard.

Au lit, le divertissement
Qui se donne entre deux courtines,
Tient un peu trop du sacrement.

Chapelle.

Dix-huit

(d’Hautel, 1808) : Se mettre sur son dix-huit. Expression burlesque et vulgaire qui signifie, s’endimancher ; se parer de ses plus beaux habits ; se pomponner ; s’éléganter.

(Larchey, 1865) : « Le fabricant de dix-huit s’appelle le riboui… Le dix-huit n’est pas un soulier remonté ou ressemelé, c’est plutôt un soulier redevenu neuf : de là lui vient son nom grotesque de Dix-huit ou deux fois neuf. Le dix-huit se fait avec les vieilles empeignes et les vieilles tiges de bottes qu’on remet sur de vieilles semelles retournées, assorties, et qui, au moyen de beaucoup de gros clous, finissent par figurer une chaussure. »

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Soulier ressemelé, c’est-à-dire deux fois neuf (9), — dans l’argot calembourique du peuple.

(Rigaud, 1881) : Soulier remis à neuf avec de vieux cuirs provenant de vieux souliers. Jeu de mot sur deux fois neuf — Dans l’argot des tailleurs un dix-huit est un vêtement retourné. — Dans le supplément à son dictionnaire français, M. Littré donne à « se mettre sur son dix-huit » le sens de « mettre ses plus beaux habits. » Je n’ai jamais entendu à Paris cette expression. M. Littré n’aurait-il pas confondu avec « se mettre sur son trente-et-un ? »

(La Rue, 1894) : Souliers ressemelles (deux fois neufs).

(Virmaître, 1894) : Ce mot est né d’un calembourg. Un soulier ressemelé est deux fois neuf. 2 fois 9 18 (Argot du peuple).

Dixième (passer au)

(Larchey, 1865) : Devenir fou. — Terme usité parmi les officiers d’artillerie. Frappés du nombre des camarades que leur enlevaient des attaques subites d’aliénation mentale, ils disent : Il est passé au dixième (régiment), pour montrer combien ils sont décimés par des pertes sur lesquelles l’étude des sciences exactes n’est pas, dit-on, sans influence.

Doche

(Rossignol, 1901) : Mère. Ma doche, ma mère.

(Hayard, 1907) : Mère.

Doctes pucelles (Les)

(Delvau, 1867) : Les neuf Muses, — dans l’argot des Académiciens, qui devraient pourtant se rappeler le

…casta quam nemo rogavit

de Martial. Si les Muses avaient des amants plus platoniques, tout le monde y gagnerait, — et surtout la littérature française.

Docteur (le)

(Delvau, 1864) : Le vit, — qui sert en même temps de remède.

Vieilles, jeunes, laides, belles,
Toutes aiment le docteur,
Et toutes lui sont fidèles…
Toutes ? non, c’est une erreur :
On dit qu’il en est entre elles,
Dans la crainte d’un malheur,
Qui se passent du docteur.

Doctrinaire

(Larchey, 1865) : « On donne ce nom à une secte de gens bilieux, mais enchantés d’eux-mêmes, qui avouent que rien n’est plus raisonnable que leur propre raison. »

Ch. Blanc, 1844.

Dodiner

(d’Hautel, 1808) : Se dodiner. Se dorloter ; prendre ses aises, ses commodités ; avoir grand soin de sa personne.

Dodo

(d’Hautel, 1808) : Faire dodo. Mot d’enfant ; qui signifie dormir.

(Larchey, 1865) : Lit. — Redoublement de la première syllabe de Dormir.

Dans le dodo jusqu’à midi, Je reste en attendant l’appétit.

La Femme comme on en voit peu, chanson, 1789.

(Delvau, 1867) : s. m. Lit, — dans l’argot des enfants et des filles. Faire dodo. Dormir.

Dodu

(d’Hautel, 1808) : Gras et dodu comme une latte. Locution ironique, pour dire qu’une personne est maigre et décharnée.

Dog-cart

(Delvau, 1867) : s. m. Sorte de voiture de maître, d’invention anglaise, et maintenant à la mode française. Argot des gandins et des carrossiers.

Dogue

(d’Hautel, 1808) : Gros chien.
C’est un vrai dogue. Signifie au figuré, un homme grossier, brutal et ignorant. Voyez Bouledogue.

Doigt

(d’Hautel, 1808) : Il y a mis les quatre doigts et le pouce. Signifie, il s’est donné beaucoup de peine pour faire réussir une affaire ; il s’y est employé avec ardeur.
Il a de l’esprit jusqu’au bout des doigts. Pour dire qu’une personne est très-spirituelle.
Ne faire œuvre de ses dix doigts. Se croiser les bras ; ne rien faire de la journée ; être excessivement paresseux.
Mon petit doigt me l’a dit. Voyez. Dire.
Ce sont les deux doigts de la main. Se dit de deux personnes liées d’une étroite amitié, et qui sont inséparables.
Il s’en est léché les doigts. Pour, il a mangé de ce mets avec plaisir ; il en désiroit encore.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. Pour, il ne faut pas s’initier dans les secrets de ménage.
Il sait cela sur le bout de son doigt. C’est-à dire, il sait cela par cœur.
Je n’en mettrois pas mon doigt au feu. Pour je n’en jurerois pas ; je n’en suis pas bien certain.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Avoir l’esprit au bout des doigts. Faire tout ce que l’on veut de ses mains ; être fort industrieux.
Un doigt de vin. Pour dire très-peu de vin.
Il s’en mord les doigts. Se dit de quelqu’un qui regrette de n’avoir pas fait une chose qui lui avoit d’abord été proposée.
Donner sur les doigts. Réprimander, corriger quelqu’un.
Être servi au doigt et à l’œil. Pour dire, à souhait ; au premier commandement.
Être à deux doigts de sa perte. Pour, être dangereusement malade ; sur le point d’être ruiné ; dans un péril éminent.
Les cinq doigts de la main ne se ressemblent pas. Pour dire que rien n’est semblable dans la nature.
Faire aller une montre au doigt et à l’œil. Se dit d’une mauvaise montre qu’on est obligé de toucher souvent pour la remettre à l’heure.
Il n’en a donné qu’à lèche doigt. C’est-à dire, avec parcimonie ; à regret.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, que nous insinuons si volontiers dans le dé de la femme.

Et moy d’un seul petit coup
J’ay gagné la chaude-pisse,
Et du doigt de quoy je pisse
On m’en a coupé le bout.

(Chansons folâtres.)

Il cherche le temps et le lieu
Pour mettre le doigt du milieu
Dans la bague de ta nature.

Théophile.

Sans y réfléchir j’enfonçai
Ce pauvre doigt jusqu’à la gard

E. Debraux

Ma seringue, sans nul obstacle,
Peut seule opérer un miracle :
Pour guérir radicalement.
Prenez un doigt de lavement.

J. Cabassol.

Ce passe-temps partout d’usage
Favorise plus d’un amant :
La fillette innocente et sage,
Par là s’engage très souvent.
L’amour qui toujours nous partage
A soin que tout soit débrouillé,
Il dissipe plus d’un nuage
En conduisant le doigt mouillé.

(La Goguette du bon vieux temps.)

Doigt dans l’œil (se fourrer le)

(Larchey, 1865) : S’abuser, ne pas bien voir les choses. Le nom de la cause est donné à l’effet.

Il s’est un peu fourré le doigt dans l’œil, le brave garçon.

De Goncourt.

Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude : Se faire de grandes illusions.

(Rigaud, 1881) : Se tromper. — Se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude, se tromper grossièrement, s’abuser au dernier point. — Faire partie de la société du doigt dans l’œil, s’illusionner sur son propre compte.

(Virmaître, 1894) : Prendre ses désirs pour la réalité, croire que s’est arrivé. S’imaginer être aimé pour soi-même. Se figurer avoir du talent (Argot du peuple).

Doigt dans l’œil (se mettre le)

(Rossignol, 1901) : Se tromper.

Je croyais vous connaître, je nie suis mis le doigt dans l’œil. — Je pensais que vous auriez fait mon affaire, je me suis mis le doigt dans l’œil.

Doigt de cour

(Delvau, 1864) : Le médium de la main droite, qui sert à branler les femmes.

Savez-vous pourquoi nos belles
Sont si froides en amour ?
Ces dames se font entre elles,
Par un ingénieux retour,
Ce qu’on nomme un doigt de cour.

De Champcenetz.

Doigts de mort

(Rigaud, 1881) : Salsifis, — dans le jargon du peuple. Allusion à la ressemblance entre des doigts de mort et des salsifis épluchés.

Dombeur

(Virmaître, 1894) : Pince qui sert aux voleurs pour fracturer les portes (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

(Hayard, 1907) : Pince-monseigneur.

Domino

(Larchey, 1865) : Dent. — Allusion de forme et de couleur. Pris en mauvaise part. — Quel jeu de dominos se dit de dents longues et jaunes. — Les jolis petites dents sont des quenottes ou des loulouttes.

Jouer des dominos signifie manger.

Balzac.

(Fustier, 1889) : (V. Retaper le domino.)

Domino-culotte

(Delvau, 1867) : s. m. Le domino restant dans la main du joueur.

Dominos

(Clémens, 1840) : Dents.

(Halbert, 1849) : Dents.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les dents, — dans l’argot du peuple, qui emploie là, sans s’en douter, une expression du slang anglais. Avoir le jeu complet. Avoir toutes ses dents. Jouer des dominos. Manger.

(Rigaud, 1881) : Dents. — Jouer des dominos, manger.

(La Rue, 1894) : Dents.

(Rossignol, 1901) : Dents.

Dominus

(d’Hautel, 1808) : Faire des dominus vobiscum. Signifie se retourner souvent pour parler à quelqu’un ; se distraire de ses occupations pour jaser.

Don d’amour

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour désigner l’acte vénérien.

Oui, mais aussi nous gagnons quelque chose,
Dit la jeune Ève, et son souris propose
Le don d’amour.

Parny.

Je ne fais que requérir,
Sans acquérir,
Le don d’amoureuse liesse.

Cl. Marot.

Conclusion, que Renaud sur la place
Obtint le don d’amoureuse merci.

La Fontaine.

Dondon

(d’Hautel, 1808) : Une grosse dondon. Sobriquet injurieux que l’on donne à une servante d’auberge ; à une grosse réjouie ; à une femme grasse et d’un solide embonpoint.

(Delvau, 1864) : Femme facile, qui se laisse prendre le cul par le premier venu, et, au besoin, se laisse baiser par lui.

Toinette, fraîche dondon,
Chantait ainsi son martyre.

Jules Poincloud.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme chargée d’embonpoint ; servante de cabaret — dans le même argot [du peuple].

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot dédaigneux des bourgeoises.

Donne

(La Rue, 1894) : Regard. La donne souffle mal, le regard est mauvais.

Donner

(d’Hautel, 1808) : Se donner du pied au cul. S’émanciper ; faire des siennes ; prendre de grandes libertés.
S’en donner à tire-larigot ; s’en donner à cœur-joie. Se rassasier de plaisir ; en prendre tout son soul.
Donner un pois pour avoir une fève ; un œuf pour avoir un bœuf. Semer pour recueillir ; faire un présent peu considérable dans le dessein d’en retirer un grand profit.
En donner de dures, de belles. Craquer, hâbler, exagérer.
À cheval donné, on ne regarde point à la bride. Voyez Cheval.
Se faire donner sur les doigts. Se faire corriger ; trouver son maitre.
S’en donner de garde. Éviter de faire une chose.
On ne donne rien pour rien.
Il n’en donne pas sa part aux chiens.
Voyez Chiens.
Se donner à tous les diables. Se dépiter, se dégoûter de quelque chose quand on y trouve de grands obstacles ; se mettre en colère.
Donner de la gabatine. Tenir des propos ambigus ; faire des promesses que l’on ne veut point tenir.
Qui donne au commun ne donne pas à un. Signifie que personne ne vous tient compte de ce que vous donnez au public.
Donner de la tablature. C’est donner de la peine, du fil à retordre à quelqu’un dans une affaire ; mettre de grands obstacles à son succès.
Donner des verges pour se fouetter. Procurer à un ennemi les moyens de vous nuire.
Donner de cul et de tête dans une affaire. Pour dire y employer toute son industrie, tout son savoir.
Se donner du menu. Signifie prendre ses aises ; se divertir ; ne rien ménager à ses plaisirs.
Le peuple dit à l’impératif de ce verbe, donne moi-zen, il faut dire : donne-m’en, ou donne moi de cela.
Il donneroit jusqu’à sa chemise.
Se dit d’un homme généreux et libéral à l’excès.
À donner donner ; à vendre vendre. Signifie qu’il ne faut pas faire acheter ce que l’on veut donner, ni user d’une libéralité mal entendue lorsqu’on veut vendre.
Donnant, donnant. Pour dire de la main à la main ; ne livrer la marchandise qu’en en recevant l’argent.
Qui donne tôt, donne deux fois. Proverbe qui signifie que la manière de donner vaut souvent plus que ce que l’on donne.
Il ne faut pas se donner au diable pour deviner cela. Veut dire qu’une chose n’a rien de difficile, qu’on peut aisément la deviner.
Vous nous la donnez belle ! et plus communément encore : vous nous la baillez belle. Voyez Bailler.
Je donnerois ma tête à couper. Serment extravagant pour exprimer que l’on est très-sûr de ce que l’on dit.
Donner du nez en terre. Être ruiné dans ses espérances et dans ses entreprises.
Donner un coup de collier. Voyez Coup.

(Delvau, 1867) : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Être donné. Être dénoncé.

(Rigaud, 1881) : Pour donner dans le piège ; abonder, — dans le jargon des filles.

Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas, arpentant le terrain jusqu’à deux heures du matin.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874.)

(La Rue, 1894) : Dénoncer.

(Virmaître, 1894) : Dénoncer. Les nonneurs en dénonçant, mot à mot : donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Dénoncer.

Donner (la)

(Rigaud, 1881) : Regarder, dans le jargon des voleurs. — Le roublard la donne sur nos fioles, l’agent regarde nos physionomies. — La donne souffle mal, le regard d’un tel n’est pas franc, locution employée par les voleurs lorsqu’ils se sentent devinés soit par un agent, soit par n’importe qui. — La donner sur la croustille, n’avoir que du pain à manger ; c’est-à-dire tomber sur le pain.

(Rigaud, 1881) : Chanter, — dans l’argot des barrières. C’est-à-dire : donner de la voix. — Entends-tu comme le gossier la donne ? entends-tu comme le particulier chante ?

(Fustier, 1889) : Penser, croire, juger. Argot des voyous.

(La Rue, 1894) : Regarder. Le roublard la donne sur nos fioles. L’agent regarde nos visages. Signifie aussi comprendre.

Donner (s’en)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Prendre d’un plaisir avec excès, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : S’amuser beaucoup. — Donner du cambouis, railler, tromper.

Donner (se la)

(Delvau, 1867) : v. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot elliptique des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Se battre. Mot à mot : se donner la volée de coups.

(La Rue, 1894) : Se battre. S’en aller, s’enfuir.

Donner à la bourbonnaise (la)

(Delvau, 1867) : Regarder quelqu’un d’un mauvais œil, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Vouloir du mal à un individu, n’oser lui en faire, ne lui rien dire, mais le regarder d’un mauvais œil.
— Qu’est-ce que tu as donc que tu la donnes à la Bourbonnaise sur le barbauttier ?
— Y m’a foutu huit jornes de franc carreau (Argot des voleurs).

Donner cinq et quatre

(Delvau, 1867) : v. a. Donner deux soufflets, l’un de la paume de la main, où les cinq doigts assemblés frappent ensemble ; l’autre du revers de la main, le pouce demeurant alors sans action. Argot du peuple. On dit aussi Donner dix-huit.

Donner dans

(Rigaud, 1881) : Fréquenter : Donner dans la canaille. — Avoir du goût pour : Elle donne dans le militaire.

Donner dans l’œil

(Delvau, 1867) : v. n. Plaire, — dans l’argot des petites dames, qui l’emploient aussi bien à propos des gens que des choses dont elles ont envie. Les faubouriens disent : Taper dans l’œil. C’est plus expressif, — parce que c’est plus brutal. Molière a employé Donner dans la vue avec la même signification, j’ai trouvé dans le Tempérament, tragédie parade de 1755 : Il m’a donné dans l’œil, employé dans le même sens.

Donner dans l’œil à un homme ou à une femme

(Delvau, 1864) : Donner envie à un homme de coucher avec une femme, ou à une femme de coucher avec un homme.

Il m’a dit que votre chienne de mine lui avait donné dans l’œil.

La Popelinière.

Donner de coups de pied (ne pas se)

(Delvau, 1867) : Faire son propre éloge, se dire des choses aimables, s’avantager dans un récit. Argot du peuple.

Donner de l’air

(Clémens, 1840) : Se sauver.

Donner de l’air (se)

(Bras-de-Fer, 1829) : Se sauver.

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’en aller de quelque part, non parce qu’on y étouffe, mais parce qu’on s’y ennuie, ou parce qu’il est l’heure de se retirer.

(La Rue, 1894) : Partir, s’enfuir. Donner un pont à faucher, tendre un piège. Donner un redoublement de fièvre, charger un accusé d’un nouveau méfait.

Donner de l’œil dans la perspective

(Rigaud, 1881) : Avoir l’œil au guet, — dans le jargon des truqueurs.

En ce moment arrivent deux agents, que les associés de Mi-chon n’avaient pas vus, bien que donnant de l’œil dans la perspective.

(Paris-Vivant, le Truqueur, 1858.)

Donner de la grosse caisse

(Delvau, 1867) : Faire des réclames à un livre ou à un médicament, — dans l’argot des journaux.

Donner de la salade

(Delvau, 1867) : Battre, secouer quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que cette expression est une corruption de Donner la salle, c’est-à-dire fouetter un écolier en public. Ils disent aussi Donner une chicorée.

Donner des idées

(Larchey, 1865) : Inspirer d’amoureux désirs.

Donner du balai

(Delvau, 1867) : Chasser quelqu’un, remercier un employé, congédier un domestique, — dans l’argot des bourgeois.

Donner du bon temps (se)

(Delvau, 1864) : Passer sa jeunesse a baiser les filles, quand on est homme, et à se faire baiser par les hommes, quand on est fille. C’est le Aimons ! aimons ! de M. Alphonse de Lamartine.

Où qu’est le mal après tout ? On béquille, on s’amuse, on s’donne du bon temps, on oublie sa misère : c’est toujours ça d’gagné.

Henry Monnier.

Not’ vivandière
S’en donna tant,
Qu’il survint un enfant.

H. Debraux.

Se donner à crédit pendant qu’on est si belle,
Et pendant qu’on pourrait amasser des trésors,
Ma fille, proprement c’est là ce qu’on appelle
Faire folie de son corps.

Montreuil.

(Delvau, 1867) : Se divertir, « cueillir le jour » et la nuit, — dans le même argot [des bourgeois].

Donner du cambouis

(Delvau, 1867) : Se moquer de quelqu’un, lui jouer un tour, le duper, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis trois cents ans : « Ah ! très orde vieille truande ! vous me baillez du cambouys ! » s’écrie le Diable dans la Farce du meunier.

Donner du chasse à la rousse

(Fustier, 1889) : Faire le guet.

Tu donneras du chasse a la rousse, au moment
Où le patron fera son petit boniment.

(De Caston : Le Voyou et le Gamin.)

Donner du contentement aux hommes

(Delvau, 1864) : Savoir les faire jouir comme il faut, par des moyens que réprouve la morale et qu’autorise le bonheur.

Il dit qu’il me veut rendre une des plus habiles qui soient capables de donner du contentement aux hommes.

Mililot.

Donner du fil à retordre

(Delvau, 1867) : Embarrasser quelqu’un, lui rendre une affaire épineuse, une question difficile à résoudre.

Donner du flan, de la galette

(Fustier, 1889) : Argot des grecs. Jouer honnêtement.

Donner du mal

(Delvau, 1864) : Communiquer la maladie vénérienne par le coït.

Elle est belle, ma Joséphine… et elle connaît son affaire !…
Mais, pas d’bêtises, ô mon père ! elle vous donnerait du mal…

Tisserand.

Donner du mal (se)

(Delvau, 1864) : Dans l’argot des filles publiques, c’est raccrocher fréquemment sur le trottoir, c’est monter souvent avec de nouveaux michés.

Mais, va, c’est égal,
Je m’ donnerai du mal,
Je veux c’ soir, bravant Saint-Lazare.
Labourer l’ persil.

Dumoulin.

Donner du plaisir

(Delvau, 1864) : Faire jouir un homme à coups de cul, ou une femme à coups de queue.

Il faut de tous ces dons savoir bien se servir,
Savoir les employer à donner du plaisir
A ceux qui dans nos bras cherchent la jouissance.

Louis Protat.

Donner du tabac

(Larchey, 1865) : Battre. — V. Esbrouffe.

Si tu m’échauffes la bile, je te f… du tabac pour la semaine !

Vidal, 1833.

Donner du vague

(Halbert, 1849) : Chercher pratique.

(La Rue, 1894) : Chercher fortune, vagabonder.

Donner du vent

(Delvau, 1867) : Brimer, — dans l’argot des Saint-Cyriens.

Donner du vinaigre

(Delvau, 1867) : Tourner très vite, — dans l’argot des enfants, lorsqu’ils jouent à la corde.

Donner l’assaut

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, monter sur elle et entrer par la brèche que vous savez.

Dames, dansez, et que l’on se déporte,
Si m’en croyez, d’écouter à la porte,
S’il donnera l’assaut sur le minuit.

Cl. Marot.

Donner l’aubaine

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, qui s’en trémousse beaucoup — de joie.

Aussi la dernière du bout
Se pâmant, cria : Le roi fout
Et chanta : Bon !
Le roi Salomon
M’en et donné l’aubaine !

Collé.

Donner la migraine à une tête de bois

(Delvau, 1867) : v. a. Être excessivement ennuyeux, — dans l’argot des gens de lettres. L’expression appartient à Hippolyte Babou.

Donner la sauce

(Delvau, 1864) : Donner la vérole.

Présent le plus funeste
Que puisse faire aux vits la colère céleste.

Donner le coup de pouce

(Larchey, 1865) : Étrangler.

Donner le picotin

(Delvau, 1864) : Baiser une femme — qui mourrait d’inanition sans cette ration d’amour quotidien.

Un dimanche matin, il cuidait lui donner le picotin.

(Moyen de parvenir.)

Donner le plaisir à une femme

(Delvau, 1864) : Besogner du membre dans son vagin.

Témoin son père, qui a donné le plaisir à Marguerite, la servante que vous avez chassée.

Mililot.

Donner le sac

(Larchey, 1865) : Mettre à la porte. — Mot à mot : Forcer quelqu’un à faire sa malle, son sac.

Donner ou recevoir un clystère

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, — par allusion a la forme de la seringue que l’on introduit dans le cul. Aussi trouve-t on dans les vieux auteurs, et notamment dans Rabelais, cette expression : Clystère barbarin dans le sens d’enculement. La seringue disparaît de jour en jour devant le clyso-pompe et autres irrigateurs : dans cinquante ans, nos petits-neveux ne sauront plus ce que c’est que de donner ou recevoir un clystère — barbarin ou non.

Donner sa langue aux chiens, aux chats

(Larchey, 1865) : Renoncer à deviner.

Je donne ma langue aux chiens, dit Jérôme, je renonce.

E. Sue.

Donner sa rose

(Delvau, 1864) : Offrir son pucelage sur l’autel du dieu Priape.

Ma fille, avant d’ céder ta rose,
Retiens bien ce précepte-là.

E. Debraux.

Donner son bout

(Delvau, 1867) : v. a. Congédier un ouvrier, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi donner son bout de ficelle.

Donner sur le biffeton

(Rigaud, 1881) : Lire l’acte d’accusation et dévoiler les antécédents de l’accusé.

Donner un branle

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Mais quand quelqu’un lui donne un branle,
En l’absence de son cocu,
Vous diriez, comme elle se branle,
Qu’elle a des épines au cu.

Théophile.

Donner un coup de cul

(Delvau, 1864) : Se remuer sous l’homme, de façon à le faire jouir lorsque cela tarde trop.

En baisant, à propos donner un coup de cul.

Louis Protat.

Donner un coup de pied jusque…

(Delvau, 1867) : Aller jusqu’à tel endroit désigné, — dans l’argot du peuple.

Donner un coup de pilon

(Virmaître, 1894) : Les mendiants qui ont une jambe de bois nomment cette jambe un pilon. L’allusion de forme est juste. Quand ils vont mendier à une porte, ils ont soin de faire voir leur infirmité, de là l’expression donner un coup de pilon (Argot des mendiants). N.

Donner un coup de poing dont on ne voit que la fumée

(Delvau, 1867) : v. a. L’appliquer sur le visage avec une grande violence, — même argot [du peuple]. J’ai entendu la phrase, et j’ai frémi pour celui a qui elle s’adressait : « Je te donnerai un coup de poing au nez, que tu n’en verras que la fumée ! » disait un robuste Auvergnat à un ouvrier d’apparence médiocre.

Donner un pont à faucher

(Halbert, 1849) : Tendre un piége.

(Delvau, 1867) : v. a. Tendre un piège, — dans l’argot des voleurs.

Donner un redoublement de fièvre

(Delvau, 1867) : v. a. Révéler un nouveau méfait à la charge d’un accusé, — dans le même argot [des voleurs].

Donner une affaire

(Larchey, 1865) : Céder les renseignements propres à commettre un vol.

Donner une danse

(Larchey, 1865) : Casser les épaules à coup de bâton.

d’Hautel, 1808.

Donneur d’affaires

(Delvau, 1867) : s. m. Celui qui indique les vols à faire.

Donnez-la

(Virmaître, 1894) : Prenez garde, il y a du danger. Mot d’avertissement pour prévenir de l’arrivée de la police. Synonyme d’acrée (Argot des voleurs).

Donnez-la !

(Delvau, 1867) : Méfiez-vous, — dans le même argot [des voleurs].

Dont auquel

(Larchey, 1865) : Auquel rien n’est comparable.

Car moi je suis un militaire dont auquel.

Vadé, 1756.

(Delvau, 1867) : adj. À qui rien n’est comparable, — dans l’argot du peuple. Il y a plus d’un siècle déjà que ce barbarisme court les rues.

Donzelle

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Fille de moyenne vertu, dont les mœurs et la conduite sont fort irrégulières.

(Delvau, 1864) : Fille ou femme légère — comme chausson.

Tu veilleras à ce que la donzelle n’essaye pas de nous faire voir le tour.

X. De Montepin.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille qui préfère la compagnie des hommes à celle des femmes, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi Maîtresse.
Comme les mots déchoient ! La donzelle du Moyen Âge était la demoiselle de la maison, — dominicella, ou domina ; la donzelle du XIXe siècle est une demoiselle de maison.

Dor

(Delvau, 1867) : s. m. Or, du dor, — dans l’argot des enfants.

Dorancher

(Delvau, 1867) : v. a. Dorer, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Dorer.

(Virmaître, 1894) : Pour dorer, par extension comme billancher pour biller. On trouve fréquemment dans l’argot du peuple un changement de finale pour exprimer un mot (Argot du peuple).

Dorée (petite)

(Fustier, 1889) : Femme de mœurs légères. Ce mot lancé vers l’année 1884 n’a point été adopté et a duré autant que la mode qui, à cette époque aussi bien pour les femmes honnêtes que pour celles qui ne le sont pas, était de porter des vêtements brodés, soutachés, pailletés d’or.

On a déjà débaptisé certaines parisiennes qu’on appelait hier encore des horizontales ; le nom qu’elles portent est les petites dorées.

(Temps, octobre 1885.)

Le Soir a pris pour des ouvrières les petites dorées, autrement dit : les cocottes.

(Bataille, novembre 1884.)

Dorer

(d’Hautel, 1808) : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Signifie qu’une bonne réputation vaut mieux qu’une ceinture dorée, qui étoit autre fois la marque distinctive que des femmes honnêtes. Voyez Ceinture.
Dorer la pillule. Adoucir quelque chose de fâcheux par de belles paroles.
Il est fin à dorer. C’est-à-dire, rusé, d’une grande subtilité dans les affaires.

Dorlotter

(d’Hautel, 1808) : Se dorlotter. Se reposer ; prendre des soins minutieux de sa santé, comme le font les fats et les damoiseaux.

Dormant

(d’Hautel, 1808) : Terme figuré et burlesque, pour dire un lit, un coucher.

Dormir

(d’Hautel, 1808) : Qui dort dîne. Se dit par plaisanterie d’une personne qui se laisse aller au sommeil au moment où l’on se met à table.

(d’Hautel, 1808) : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit en plaisantant d’un enfant mutin, espiègle, et difficile à conduire.
Dormir comme un sabot. C’est-à-dire, très profondément, comme le font ordinairement les apathiques, les gens d’un sang lourd et épais ; et par allusion au sabot qui, agité fortement par le fouet d’un enfant, semble ne décrire aucun mouvement, et être tout-à-fait immobile.
Dormir comme une marmotte. Avoir l’air nonchalant, et toujours endormi. On sait que les marmottes dorment six mois de l’année.
Il ne sait s’il dort ou s’il veille. Se dit d’une personne étonnée, surprise, stupéfaite.
Des contes à dormir debout. Histoires ennuyeuses et mensongères.
Dormir la grasse matinée. C’est dormir en paresseux, toute la matinée.
Il ne faut pas réveiller le chat qui dort. Voy. Éveiller.
On dit communément parmi le peuple, dormir un somme, pour faire un somme, prendre un moment de sommeil.
Dormir sans débrider. Dormir la nuit entière sans s’éveiller.
Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c’est signe de mort.
On dit d’un homme alerte, vigilant, intrigant dans les affaires, que le diable le berce quand il dort.
Il ne dort non plus qu’un jaloux.
Pour, il a le sommeil inquiet, agité, fort léger ; un rien suffit pour le réveiller.
Dormir à bâtons rompus. Se réveiller vingt fois dans une nuit.
Le bien vient en dormant. Proverbe qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre ; et qui se dit de certaines gens à qui il arrive des bonnes fortunes qu’elles n’ont pas méritées par leurs travaux.

Dormir à la corde

(Virmaître, 1894) : Avant l’invention des refuges municipaux (les haras de la vermine) il existait, rue des Trois-Bornes, un bouge tenu par le père Jean. L’unique salle avait à peu près vingt mètres de long sur trois mètres de largeur. Dans toute la longueur, une grosse corde était tendue ; elle était terminée par deux forts anneaux qui la fixaient à chaque extrémité. Les clients, la plupart des giverneurs, payaient trois sous d’entrée ; cette somme leur donnait le droit de s’accroupir les bras sur la corde et de dormir. Cinquante environ pouvaient y trouver place. À cinq heures du matin le père Jean sonnait le réveil en tapant avec un morceau de fer sur une vieille casserole. Parmi les dormeurs il y en avait dont le sommeil était dur : ils ne se levaient pas. Alors le père Jean décrochait la corde et les dormeurs tombaient sur les dalles. Dormir à la corde est resté légendaire (Argot du peuple). N.

Dormir d’un œil

(Virmaître, 1894) : Faire semblant de dormir, avoir l’œil ouvert et l’oreille aux aguets. Le prévenu enfermé dans sa cellule avec un mouton ne dort que d’un œil pour ne pas, pendant son sommeil, laisser échapper des révélations. On dit aussi dormir en gendarme (être en éveil) (Argot du peuple).

Dormir dans l’auge

(Virmaître, 1894) : Paresseux pour qui le travail est un supplice. Allusion au cochon, qui, lorsqu’il est gavé, s’endort dans son auge (Argot du peuple). N.

Dormir debout (pied à)

(Larchey, 1865) : Pied démesurément large et long.

Votre général qui a des pieds à dormir debout.

Gavarni.

Dormir en chien de fusil

(Delvau, 1867) : v. n. C’est, — dans l’argot du peuple, — prendre en dormant une posture qui donne au corps la forme d’une S ou du morceau de fer qu’on abat sur le bassinet de certaines armes à feu lorsqu’on veut tirer.

(Virmaître, 1894) : Dormir en cerceau. Allusion à la forme de l’ancien chien de fusil à piston (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Les jambes raccourcies.

Dormir en gendarme

(Rigaud, 1881) : Ne dormir que d’un œil.

Dormir sur le pan de la chemise de sa femme

(Virmaître, 1894) : Quand un ouvrier arrive en retard à l’atelier, les camarades le plaisantent et le saluent par cette phrase, qui a un sens caché.
— Tu as dormi sur le pan de la chemise de ta femme (Argot du peuple). N.

Dormir sur le roti

(Virmaître, 1894) : Être couché avec sa femme et s’endormir au moment psychologique. S’endormir sur son travail (Argot du peuple). N.

Dorsay

(Delvau, 1867) : s. m. Petite jaquette élégante, — dans l’argot des tailleurs et des gandins.

Dort en chiant

(Virmaître, 1894) : Ouvrier qui va fréquemment au cabinet et y reste longtemps : pendant ce temps-là il ne travaille pas. Cette expression s’applique surtout aux maçons qui restent accroupis jusqu’à ce que les jambes leur fassent mal. Dans le peuple on dit :
— Tu chies comme les maçons (Argot du peuple). N.

Dort-dans-l’auge

(Delvau, 1867) : s. m. Paresseux, homme qui s’endort sur la besogne, — dans l’argot du peuple.

Dort-en-chiant

(Delvau, 1867) : s. m. Homme mou, paresseux, lambin.

Dos

(d’Hautel, 1808) : Il a bon dos. Se dit d’un homme absent, sur lequel on rejette toutes les fautes ; et quelquefois d’un homme opulent qui peut supporter les frais d’une forte entreprise.
Être dos à dos. Vivre en mauvaise intelligence ; ne remporter ni l’un ni l’autre l’avantage dans un procès.
N’avoir pas une chemise à mettre sur son dos. Être réduit à une extrême indigence.
On mettra cela sur son dos. C’est-à-dire, sur son compte ; on lui fera payer les charges de cette affaire.
Faire le gros dos. Faire le fat ; se donner de l’importance ; faire le riche, le financier, lorsqu’on n’a pas le sou.
On dit d’un homme difficile à manier, et que l’on n’offense jamais impunément, qu’Il ne se laisse pas manger la laine sur le dos.
On dit dans un sens contraire, d’un homme mou et lâche, qui souffre tout sans mot dire, qu’Il se laisse manger la laine sur le dos.
Iļs ont toujours le dos au feu et le ventre à la table.
Se dit des gens qui font un dieu de leur ventre ; qui ne respirent que pour manger.
On dit d’un homme ennuyeux et importun, qu’on le porte sur son dos.

(Rossignol, 1901) : Souteneur. On dit aussi donner du dos ou du rein, cela regarde les chattes.

Dos (scier le)

(Larchey, 1865) : Importuner. V. Scier.

Moi, ça me scie le dos.

Rétif, 1782.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer. — En avoir plein le dos, manière d’exprimer son mécontentement, lorsque quelqu’un ou quelque chose vous ennuie énormément.

Dos d’azur

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de filles. (V. Dauphin.) On dit aussi Dos vert.

Dos vert

(La Rue, 1894) : Souteneur.

(Virmaître, 1894) : Maquereau. Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le dos. L’allusion est transparente. (Argot du peuple).

Dos vert ou dos d’azur

(Delvau, 1864) : Maquereau, souteneur de filles, parce que le scombre dont on a emprunté le nom pour flétrir ces sortes de gens a le dos d’un beau bleu métallique, changeant en vert irisé, et rayé de noir.

Écoute-moi, dos vert de ces putains sans nombre,
Ombre du grand Thomas qui de Priape est l’ombre.

Dumoulin

Je ne suis pas un miché, je suis un dos d’azur.

Lemercier de Neuville.

Dos vert, Dos d’azur

(Rigaud, 1881) : Souteneur de filles. Allusion aux écailles vertes d’un poisson sous le nom duquel les souteneurs sont généralement désignés.

C’est aussi un dos vert de la plus belle espèce.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Dos, dos vert

(Hayard, 1907) : Souteneur.

Dossière

(Delvau, 1867) : s. f. Fille publique, — dans l’argot des voleurs, qui n’ont certainement pas voulu dire, comme le prétend un étymologiste, « femme sur laquelle tout le monde peut s’asseoir ». Quelle étymologie alors ? Ah ! voilà ! Difficile dictu. Une dossière, c’est une femme qui joue souvent le rôle de supin.

(Rigaud, 1881) : Poche assujétie dans toute la longueur du dos d’un paletot et particulière aux voleurs à la détourne qui s’en servent comme d’une besace.

Tous ces objets (un coupon de soie, un portefeuille, une tabatière en argent, une douzaine de mouchoirs) étaient dissimulés dans une poche pratiquée dans le dos du pardessus.

(Petit Journal du 30 juin 1880.)

(Rigaud, 1881) : Prostituée qui gagne sa vie à genoux. Fellatrix.

(Virmaître, 1894) : Chaise (Argot du peuple). N.

Dossière de satte

(Larchey, 1865) : Chaise de bois. — Dossière : Prostituée de dernier ordre. — Mot à mot : femme sur laquelle tout le monde peut s’asseoir. V. Calège.

(Delvau, 1867) : s. f. Chaise, fauteuil, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Chaise.

(La Rue, 1894) : Chaise.

Dossières

(Clémens, 1840) : Filles qui font le commerce honteux.

Douanier

(Rigaud, 1881) : Absinthe. — Allusion à la couleur verte du costume des douaniers.

Doublage

(anon., 1827) : Larcin, larronage.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vol.

(Bras-de-Fer, 1829) : Larcin.

(Halbert, 1849) : Larcin, larronnage.

(Delvau, 1867) : s. m. Vol, — dans l’argot des voyous, qui appellent les voleurs Doubleurs, probablement parce qu’ils témoignent une grande duplicité.

Doublage, Doublé

(Rigaud, 1881) : Vol ; mensonge. — Monter un doublé, en imposer.

Doublage, doublé

(La Rue, 1894) : Vol, mensonge.

Double

(d’Hautel, 1808) : Voir double. Être gris n’avoir pas sa raison.
Jouer à quitte ou double. C’est-à-dire, le tout pour le tout.
Double jeûne, double morceau. Signifie que l’abstinence d’une chose vous donne des désirs plus vifs d’en faire usage.

(Larchey, 1865) : Sergent-major, maréchal des logis chef. L’insigne de ce sous-officier est un double galon.

Si son double un soir pris d’humeur noire veut tempêter… il n’a pas le dernier.

Wado.

(Delvau, 1867) : s. m. Sergent-major, — dans l’argot des soldats, qui l’appellent ainsi probablement à cause de ses deux galons dorés.

(Rigaud, 1881) : Gardien-chef, — dans le jargon des prisons. Le mot est également en usage au régiment pour désigner un sergent-major. Allusion aux doubles galons.

Doublé

(Halbert, 1849) : Volé.

Double (le)

(Merlin, 1888) : Le sergent-major, — par allusion à son double galon.

Double cholette

(Larchey, 1865) : Litre (Vidocq). — Double vanterne : Lunettes. — Mot à mot : double vitre.

Double six

(Delvau, 1867) : s. m. Nègre, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Les deux dents au milieu de la mâchoire supérieure. Argot des faubouriens.

Double-face

(La Rue, 1894) : Armoire à glace.

Double-six

(Rigaud, 1881) : Poseur. Fat sans cesse occupé à étudier ses poses, à faire valoir ses avantages. Au jeu de dominos la première pose est au joueur qui a le double-six ; d’où le surnom donné au poseur, au fat.

(Virmaître, 1894) : Nègre (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Nègre.

Doubler

(Delvau, 1867) : v. a. Voler.

(Rigaud, 1881) : Tromper ; voler.

Doubler le cap

(Rigaud, 1881) : Faire un détour. On double le cap lorsqu’on prend le chemin le plus long afin d’éviter de passer devant la porte d’un créancier.

Doubler un cap

(Larchey, 1865) : « Doubler un cap dans Paris, c’est faire un détour, soit pour ne pas passer devant un créancier, soit pour éviter l’endroit où il peut être rencontré. »

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Passer heureusement une échéance, un 1er ou un 15, sans avoir un billet protesté, — dans l’argot des commerçants, qui connaissent les écueils de la Fortune. Henry Murger, dans sa Vie de Bohème, appelle ce 1er et ce 15 de chaque mois le Cap des Tempêtes, à cause des créanciers qui font rage à ce moment-là pour être payés.

Doublette

(Halbert, 1849) : Escroc.

Doubleur

(anon., 1827) : Larron.

(Bras-de-Fer, 1829) : Larron.

(Halbert, 1849) : Voleur.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur. Doubleur de sorgue. Voleur de nuit.

(Hayard, 1907) : Menteur.

Doubleur de sorgue

(Bras-de-Fer, 1829) : Larron de nuit.

(Virmaître, 1894) : Voleur de nuit. Il double la journée (Argot des voleurs). V. Attristé.

Doubleur de Sorgue

(Hayard, 1907) : Voleur de nuit.

Doubleur, Doubleuse

(Rigaud, 1881) : Menteur, menteuse ; voleur, voleuse.

Doubleuse

(Halbert, 1849) : Voleuse.

Doubleux

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleur. Doubleux de sorgue, voleur de nuit.

Doubleux de sorgue

(Halbert, 1849) : Larron de nuit.

Doubleux de sorgue ou sorgne

(anon., 1827) : Larron de nuit.

Doublon

(Rigaud, 1881) : Répétition dumême mot ou de la même phrase, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. m. Répétition du même mot, du même membre de phrase ou de la même phrase de la copie. Cette répétition, due au manque d’attention de l’ouvrier, a pour lui les mêmes inconvénients que le bourdon et exige souvent un remaniement.

Doublonniste

(Boutmy, 1883) : s. m. Compositeur qui fait habituellement des doublons.

Doublure

(d’Hautel, 1808) : On dit, en terme de théâtre, d’un acteur, qui prend momentanément le rôle d’un autre, que c’est sa doublure.
Fin contre fin n’est pas bon à faire doublure.
C’est-à-dire que les gens rusés se trompent difficilement entr’eux.

(Delvau, 1867) : s. f. Acteur secondaire, chargé de remplacer, de doubler son chef d’emploi malade ou absent. Argot des coulisses.

Doublure de la pièce

(Delvau, 1867) : s. f. « Ce qu’il y a sous le corsage d’une robe de femme », — dans l’argot des bourgeois, qui, quoique très Orgon, sont parfois de la famille de Tartufe.

Douce

(d’Hautel, 1808) : Aller à la douce, comme les marchands de cerises. Faire tout doucement ses petites affaires, par allusion avec les marchands de cerises qui vont très-lentement dans les rues, en criant leur marchandise.

(Larchey, 1865) : Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.

(Delvau, 1867) : s. f. Étoffe de soie ou de satin, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Fièvre, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Soie, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Soie. Fièvre.

Douce (à la)

(Delvau, 1867) : adv. Doucement, — dans l’argot du peuple. On dit quelquefois : À la douce, comme les marchands de cerises.

Douce (aller à la)

(Rigaud, 1881) : Aller doucement, se porter assez bien.

ALINE : Et mon oncle comment va-t-il ?
L’HOMME : À la douce, à la douce.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant.)

Faire quelque chose à la douce, ne pas se presser.

Douce (s’en offrir une)

(Virmaître, 1894) : V. Bataille des Jésuites. N.

Douce affaire

(Delvau, 1864) : L’affaire de cœur, c’est-à-dire du cul, douce à faire, en effet, bien que ses suites soient quelquefois amères. — Se donner, ou se coller une douce : se masturber.

Le portrait ravissant, l’image enchanteresse
Qu’en tout temps je me fais de ton con, de ta fesse,
De ta motte, des poils, blonds ou noirs, mais soyeux,
Qui viennent mollement frisotter auteur d’eux,
A mon organe cause une telle secousse,
Que j’ai beau tous les jours me coller une douce,
Dans mes rêves ton con m’agace et me poursuit.
Et me fait dans mes draps décharger chaque nuit…
Cette agitation me fatigue et me pèse :
Aussi, sans plus tarder, faut-il que je te baise.

Louis Protat. (Serrefesse.)

Doucette

(Larchey, 1865) : Lime (Vidocq). — Allusion au travail de la lime qui opère tout doucement.

(Delvau, 1867) : s. f. Lime, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Lime.

(Virmaître, 1894) : V. Mordante.

Douceur

(d’Hautel, 1808) : En douceur. Avec mesure, circonspection, tout doucement.
La douceur. Sobriquet que l’on donne à un homme fort doux. Les soldats ont coutume de se donner entr’eux des sobriquets qui caractérisent leurs manières d’être. On appelle La douceur un soldat doux et complaisant ; Sans-Chagrin, un soldat d’une humeur facile et enjouée ; Va de bon cœur, un soldat ferme et courageux ; Bras de fer, celui qui a le poignet vigoureux, qui tire bien des armes, etc., etc.

(La Rue, 1894) : Mettre quelqu’un en douceur, c’est le tromper ou le voler en le flattant.

Douceur (le mettre en)

(Rigaud, 1881) : Tromper quelqu’un avec de douces paroles ; voler quelqu’un en le flattant.

Douceurs

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Choses de diverse nature qu’on porte aux malades ou aux prisonniers, — aux uns des oranges, aux autres du tabac.

Douches (les)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Les mains.

Douillard

(Delvau, 1867) : s. m. Homme riche, fourni de douille. Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.

(Virmaître, 1894) : Peut s’entendre de deux manières. Clovis Hugues a beaucoup de douilles (cheveux). Rothschild a beaucoup de douilles (argent) (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui a des douilles (cheveux).

(Hayard, 1907) : Ennuyeux (arg. typo).

(Hayard, 1907) : Riche ; personne, travail ennuyeux.

Douillard, Douillarde

(Rigaud, 1881) : Homme riche, femme riche.

Douille

(un détenu, 1846) : Cheveux.

(Larchey, 1865) : Argent.

Il y a de la douille à grinchir.

Paillet.

Du vieux mot double : monnaie. V. Roquefort. — Douiller : Donner de l’argent. — Douillard : Homme qui a de la douille.

Oh ! oh ! fit-il, un public ficelé ! rien que des hommes et des douillards.

De Pène.

(Larchey, 1865) : Cheveux. — Du vieux mot doille : mou, délicat. V. Roquefort. — Douilles savonnés : Cheveux blancs. — Douillure : Chevelure. — Douillette : Crin (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Argent, monnaie, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Argent. — Douille fraîche, argent qu’on vient de recevoir.

(Merlin, 1888) : (Voyez Galette).

(La Rue, 1894) : Argent. Cheveux. Douiller du carme, payer. Douilles savonnées, cheveux blancs.

Douiller

(Rossignol, 1901) : Payer.

Je n’ai pas d’argent, douille pour moi, je te rembourserai.

Un individu qui a déjà été condamne a douillé (payé).

Douiller, Douiller du carme

(Rigaud, 1881) : Donner de l’argent, payer, — dans le jargon des voleurs. Encore un qui ne douille pas souvent avec les aminches : faut toujours lui rincer le bec !

Douilles

(anon., 1827) : Cheveux.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cheveux.

(Clémens, 1840) : Cheveux.

(Halbert, 1849) : Cheveux.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Cheveux, — dans le même argot [des voleurs et des faubouriens]. Douilles savonnées. Cheveux blancs.

(Merlin, 1888) : Cheveux.

(Virmaître, 1894) : Cheveux (Argot du peuple). V. Alfa.

(Rossignol, 1901) : Cheveux ; celui qui en a beaucoup est riche en douilles.

(Hayard, 1907) : Cheveux.

Douilles (les)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Les cheveux.

(M.D., 1844) : Les cheveux.

Douilles savonnées

(Virmaître, 1894) : Cheveux blancs. Lorsque les cheveux commencent à grisonner, la chevelure est poivre et sel (Argot du peuple). N.

Douilles, Douillets

(Rigaud, 1881) : Cheveux. La partie de la tête que recouvrent les cheveux est très sensible ; d’où le mot douillet.

Y veut s’ garantir les douillets.

(Le Parfait catéchisme poissard.)

Douilles savonnés, cheveux blancs. Piger les douilles, prendre aux cheveux, tirer les cheveux.

Douillet

(Delvau, 1867) : s. m. Crin, crinière.

(La Rue, 1894) : Innocent. Crin.

Douillet, Douille-mince (jamais)

(Rigaud, 1881) : Innocent, — dans le jargon des voleurs.

Douillet, Douillette

(Rigaud, 1881) : Crin, — dans le jargon des voleurs.

Douillettes

(Rigaud, 1881) : Figues, en terme des halles.

Douillure

(Delvau, 1867) : s. f. Chevelure.

Douleur

(d’Hautel, 1808) : À la chandeleur, les grandes douleurs. Parce qu’à cette époque les froids sont ordinairement le plus piquans.

Douleur (étrangler la)

(La Rue, 1894) : Boire un verre d’eau-de-vie.

Douleur (papier à)

(Rigaud, 1881) : Papier timbré, protêt, congé par huissier, — dans le jargon du peuple.

Douliet (les)

(M.D., 1844) : La barbe.

Douloureuse

(Rigaud, 1881) : Dans le « pittoresque argot parisien de bas étage, la douloureuse est tout simplement la carte à payer, autrement dit l’addition. » (X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

(La Rue, 1894) : La carte à payer.

(Rossignol, 1901) : Note à payer.

Douloureuse (la)

(Virmaître, 1894) : La carte à payer. Quand on paye c’est toujours douloureux, c’est l’éternel quart d’heure de Rabelais (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Note de restaurant.

Dousse

(Halbert, 1849) : Fièvre, attouchement personnel.

(Rigaud, 1881) : Fièvre, — dans l’ancien argot.

Doussin

(Halbert, 1849) : Plomb.

(Delvau, 1867) : s. m. Plomb, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Plomb. Doussiner, plomber, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Plomb.

(Virmaître, 1894) : Plomb (Argot des voleurs). V. Gras double.

(Hayard, 1907) : Plomb.

Doussiné, ée

(Halbert, 1849) : Plombé, plombée.

Doux

(d’Hautel, 1808) : Du doux. Nom que le peuple de Paris donne à toutes les liqueurs huileuses, sucrées et agréables à boire ; comme il dit du rude, en parlant de toutes liqueurs fortes.
Doux comme un agneau. Se dit quelquefois par ironie de quelqu’un qui a trop de foiblesse, qui se laisse aller à tout vent.
Ce qui est amer à la bouche est doux au cœur. Se dit par plaisanterie aux enfans qui répugnent à prendre quelque médicament.
Un médecin d’eau-douce. Pour, un mauvais médecin.
Il a avalé cela doux comme lait. C’est-à-dire, il a pris cela sans rien dire ; il ne s’est pas aperçu du tour qu’on alloit lui jouer.
Filer doux. Souffrir patiemment une injure ; être soumis aux ordres de quelqu’un que l’on craint.

(Delvau, 1867) : s. m. Crème de menthe, anisette, vespétro, etc., — dans l’argot des bourgeoises.

Doux (du)

(Rigaud, 1881) : Liqueur douce. Un verre de doux.

Doux (un verre de)

(Larchey, 1865) : « Un verre de liqueur sucrée, par opposition à un verre de liqueur forte ou de rude. »

d’Hautel, 1808.

Doux larcin

(Delvau, 1867) : s. m. Baiser, — dans l’argot des académiciens, qui traitent l’Amour d’« aimable voleur de cœurs ».

Douzaine

(d’Hautel, 1808) : La couple vaut mieux que la douzaine. Voy. Couple.
On dit, par ironie, d’un mauvais poëte, d’un mauvais écrivain, d’un artiste médiocre, que c’est un poëte, un écrivain, un artiste, à la douzaine.
Et, dans un sens opposé, pour dire qu’un sujet, qu’un objet est rare, estimable, qu’il n’y en a pas treize à la douzaine.

Dragée

(d’Hautel, 1808) : Il a reçu la dragée. Locution méchante et railleuse, en parlant d’une personne qui a été atteinte d’une balle, qui a été blessée dans une affaire.
Il a avalé la dragée. Se dit d’une personne à laquelle on a joué quelque tour, sans qu’elle s’en apperçut ; qui est tombée dans le piège qu’on lui tendoit.
Écarter la dragée. Laisser échapper, en parlant à quelqu’un, quelques petites parties de salive ; ce qui est fort désagréable pour celui qui en est atteint.

(Larchey, 1865) : Balle. — Allusion à la forme.

Il a reçu la dragée : Il a été atteint d’une balle.

d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. f. Balle, — dans l’argot des troupiers. Recevoir une dragée. Être atteint d’une balle. On dit aussi Gober la dragée.

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon des voyous. Se piquer la dragée, se griser.

Y li a foutu un va-te-laver sur le mufle qui lui a escarbouillé la dragée et dévissé trois dominos.

(Rigaud, 1881) : Balle, — dans le jargon des troupiers. Des dragées qu’on distribue aux baptêmes de feu.

(Merlin, 1888) : Balle.

Drageoires

(Virmaître, 1894) : Les joues (Argot des voleurs). V. Jaffles.

Dragiste

(Rigaud, 1881) : Ouvrier confiseur spécialement chargé de la fabrication des dragées.

Dragon

(d’Hautel, 1808) : C’est un vrai dragon. Terme de mépris qui se dit d’une femme éveillée, hardie, qui n’a ni décence, ni vertu, ni pudeur.

Dragons (aller voir défiler les)

(Rigaud, 1881) : Jeûner forcément. À l’heure du déjeuner, les ouvriers qui n’ont ni argent ni crédit chez le miarchand de vin disent :

Nous allons les voir défiler.

Drague

(M.D., 1844) : Médecin.

(Halbert, 1849) : Chirurgien, drille.

(Delvau, 1867) : s. f. Attirail d’escamoteur, tréteaux de charlatan, — dans l’argot des faubouriens, qui savent avec quelle facilité les badauds se laissent nettoyer les poches.

(Rigaud, 1881) : Fonds de commerce de saltimbanque ; le métier de banquiste lui-même.

Il avait pris des associés et monté une drague.

(J. Vallès.)

(Virmaître, 1894) : Le médecin. Allusion à la drague qui nettoye la Seine. Le médecin de prison qui a le purgatif facile, drague les intestins des malades qui sont au castu (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Médecin, charlatan, marchand d’onguent.

Dragueur

(Larchey, 1865) : Banquiste (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Charlatan, escamoteur, saltimbanque.

(Rigaud, 1881) : Saltimbanque.

Drainer

(Fustier, 1889) : Ruiner. Le mot est expressif et fait image.

— Il se fera remisier ou il vendra des lorgnettes. — À moins qu’il n’épouse Coralie quand elle aura drainé le planteur et le fils du fabricant.

(Du Boisgobey : Paris-Bandit.)

Drap

(d’Hautel, 1808) : La lisière est pire que le drap. Se dit familièrement pour faire entendre que les habitans des frontières d’une province auxquels on attribue certains défauts, sont pires que ceux de l’intérieur de la province même.
Mettre quelqu’un dans de beaux draps. Le mettre dans l’embarras ; lui causer de la peine ; lui jouer de mauvais tours.
Les plus riches ainsi que les plus pauvres n’emportent qu’un seul drap en mourant. Maxime dont les humains ne peuvent se pénétrer.
On dit d’un homme qui veut tout envahir, qu’Il veut avoir le drap et l’argent.
Tailler en plein drap.
Agir d’après ses propres volontés ; tailler et rogner librement dans une affaire.

Drap mortuaire

(Fustier, 1889) : Filet. Argot des braconniers.

La perdrix grise est ensevelie chaque jour dans le drap mortuaire.

(France, octobre 1885.)

Drapeau

(d’Hautel, 1808) : Il ne se soutient non plus qu’un drapeau mouillé. Se dit d’un homme dont la foi blesse est telle, qu’il ne peut se soutenir.

(Delvau, 1867) : s. m. Serviette, — dans l’argot des francs-maçons. Grand drapeau. Nappe.

(Rigaud, 1881) : Serviette, — dans le jargon des francs-maçons. — Grand drapeau, nappe.

(Rigaud, 1881) : Drap de lit. Être sous les drapeaux, être couché.

Drapeau (être de garde au)

(Rigaud, 1881) : « Dans le jargon pittoresque des garnisons, on a donné à cette expression une acception que les règlements militaires n’avaient point prévue. Un officier est de garde au drapeau quand il est aux arrêts. On dit aussi qu’un camarade est de garde au. drapeau lorsqu’il ne paraît pas le soir à la pension, et qu’il y envoie chercher par son ordonnance un dîner pour deux. » (Fr. de Reifienberg, La Vie de garnison.) Dans le monde de la bourgeoisie, on dit du mari qui est obligé d’accompagner sa femme en soirée ou de rester à la maison auprès de madame, qu’il est de garde au drapeau.

Drapeau, drap de lit (planter un)

(Hayard, 1907) : Ne pas payer ses dettes.

Drapeaux

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Couches, langes de nouveau-né, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot depuis quelques siècles.

Draper

(d’Hautel, 1808) : Draper quelqu’un. Le censurer, lui faire de vives réprimandes ; l’invectiver.

Dresser

(d’Hautel, 1808) : Dresser une batterie. Tendre un piége ; se mettre en mesure pour assurer le succès d’une affaire.
Cela fait dresser les cheveux de la tête. Métaphore de mauvais goût. Pour, cela fait horreur.
Un bon oiseau se dresse de lui-même. Signifie que lorsqu’on est né avec des dispositions, l’instruction est bien moins pénible.

(Delvau, 1864) : Venir en érection.

Enfin tant que nous sommes,
Combien de membres d’hommes
Nous avons fait dresser.

(Cabinet satyrique.)

Drille

(d’Hautel, 1808) : Un vieux drille. Un homme qui, après avoir fait des siennes dans sa jeunesse, mène encore une vie déréglée dans un âge avancé.

(anon., 1827) : Soldat.

(Bras-de-Fer, 1829) : Soldat.

Dringue

(Delvau, 1867) : s. f. Ventris fluxus, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Pièce de cinq francs, — dans le jargon des voleurs. Une dringue tarte refroidie sur le zinc du mastroc, une fausse pièce de cinq francs clouée sur le comptoir du marchand de vin.

(Fustier, 1889) : Vêtement, redingote.

(La Rue, 1894) : Pièce de 5 francs. Diarrhée. Peur.

(Virmaître, 1894) : Pièce de cinq francs en argent (Argot des voleurs). V. Tune.

(Rossignol, 1901) : Pièce de 5 francs.

Drive (être en)

(Rigaud, 1881) : Tirer une bordée, prolonger de son autorité une permission, — dans l’argot de la marine. Drive est par altération pour dérive.

Drogue

(d’Hautel, 1808) : Repasser la drogue. Locution basse et triviale qui signifie charger quelqu’un d’une chose difficultueuse et désagréable, d’une corvée ; lui faire supporter le fardeau d’une affaire.
On dit d’un charlatan, d’un homme qui met un trop grand prix à ses services, qu’il fait bien valoir sa drogue.

(Larchey, 1865) : Mauvaise femme. — On dit souvent drogue pour une chose de mauvaise qualité.

(Delvau, 1867) : s. f. Chose de mauvaise qualité, étoffe inférieure, camelote, — dans l’argot des bourgeois, qui se rappellent le droguet de leurs pères.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme acariâtre, et, de plus, laide, — dans l’argot du peuple, qui a de la peine à avaler ces créatures-là. Se dit aussi d’un Homme difficile à vivre.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu de cartes, — dans l’argot des troupiers, qui condamnent le perdant à porter sur le nez un petit morceau de bois fendu. Faire une drogue. Jouer cette partie de cartes.

(Rigaud, 1881) : Coquine, méchante femme. — Petite drogue, petite-coureuse.

Drogué

(M.D., 1844) : Demander.

Droguer

(d’Hautel, 1808) : Ce verbe construit avec faire, signifie être retenu malgré soi dans un lieu où l’on n’est pas à son aise ; y attendre quelqu’un ; planter le piquet.
Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue. Pour, il m’a fait attendre pendant long-temps ; il m’a fait niaiser ; lambiner ; bayer aux mouches.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mendier.

(Halbert, 1849) : Demander.

(Larchey, 1865) : Attendre infructueusement : — Métaphore empruntée au jeu de la drogue.

Vous droguez nuit et jour autour de sa maison.

G. Sand.

Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue.

d’Hautel, 1808.

(Larchey, 1865) : Dire. V. Girofle.

(Delvau, 1867) : v. n. Attendre, faire le pied de grue, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. n. Demander, — dans l’argot des voleurs, qui savent qu’on attend toujours, et quelquefois longtemps, une réponse.

(Rigaud, 1881) : Mendier. (1829.)

(Rigaud, 1881) : Attendre depuis longtemps, faire le pied de grue. — Faire droguer, faire attendre.

(La Rue, 1894) : Dire. Demander. Attendre.

(Virmaître, 1894) : Demander. Allusion à droguer, attendre.
— Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait droguer pour la peau (Argot du peuple et des voleurs).

(Hayard, 1907) : Attendre.

Droguerie

(Delvau, 1867) : s. f. Demande.

Drogueur

(M.D., 1844) : Mendiant.

Drogueur de bretelles

(M.D., 1844) : Mendiant de naissance.

Drogueur de la haute

(Delvau, 1867) : s. m. Escroc habile, qui sait battre monnaie avec des histoires.

(Rigaud, 1881) : Escroc qui exploite la crédulité publique au moyen de prétendues souscriptions financières ou patriotiques, de quêtes, de loteries, d’indulgences, de fausses eaux de Lourdes, etc., etc…

(Virmaître, 1894) : Voleur du grand monde (Argot des voleurs).

Droguiste

(Rigaud, 1881) : Escroc, filou qui exerce à domicile en cherchant à apitoyer les âmes aussi sensibles que crédules. C’est une forme nouvelle de drogueur.

(La Rue, 1894) : Escroc qui exploite la charité au moyen de fausses souscriptions, etc.

Droit

(d’Hautel, 1808) : Cela est droit comme mon bras quand je me mouche. Se dit par raillerie de quelque chose qui va de travers.
Où il n’y a rien le roi perd ses droits. Pour dire qu’il ne faut pas intenter de procès aux gens qui sont insolvables.
Droit comme un échalas ; comme un cierge. Se dit par raillerie d’un homme qui a le maintien roide et affecté.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit figurément de quelque chose mal fait et tortu.
C’est son bras droit. Pour dire c’est l’homme qui dirige tous ses travaux ; à qui il doit toute sa réputation.

Droite

(d’Hautel, 1808) : Il ne connoît pas sa main gauche d’avec sa main droite. Se dit par mépris d’un ouvrier inhabile, d’un homme peu exercé dans son état, et qui a la manie, le sot orgueil de faire l’entendu dans tout.

Droite (aller à, être à)

(Rigaud, 1881) : Aller aux cabinets d’aisances, être aux cabinets d’aisances, — dans le jargon des employés de commerce.

Drôle

(d’Hautel, 1808) : C’est un drôle de corps. Pour dire un plaisant original ; un homme bizarre et ridicule.
Drôle. Terme d’injure, que l’on adressé à quelqu’un dans un moment de colère. Drôle que tu es, je t’apprendrai à vivre.
Il se donne aussi à un fainéant, à un bretteur, à un aventurier, un vaurien.

Drôle (pas ou peu)

(Delvau, 1867) : adj. Expression de l’argot du peuple, qui l’emploie à propos de tout et de rien, d’un événement qui l’afflige ou d’une histoire qui l’ennuie, d’une bretelle qui se rompt ou d’une tuile qui tombe sur la tête d’un passant, etc., etc.

Drôle (pas)

(Larchey, 1865) : Très-malheureux. — Expression singulière, dont le peuple de Paris connaît seul la valeur saisissante. Si quelqu’un est frappe par un accident grave, on le plaint par ces mots : « Le pauvre homme ! ça n’est pas drôle ! » Un homme sans ressources dira : « Je ne sais si je mangerai ce soir, et ça n’est pas drôle. »

Et ça vous fiche des coups… — Ça c’est peu drôle.

Gavarni.

Drôlerie

(d’Hautel, 1808) : Des drôleries. Pour dire des friandises, des choses de fantaisie ; des frivolités.
Drôlerie, au propre signifie boufonnerie, goguenarderie, gaillardise, bagatelle divertissante.

Drôlesse

(d’Hautel, 1808) : Terme insultant et de mépris, qui équivaut à coureuse, femme dévergondée, de mauvaise vie.

(Delvau, 1864) : Fille ou femme de mœurs plus que légères — qui souvent n’est pas drôle du tout, à moins qu’on ne considère comme drôleries les chansons ordurières qu’elle chante au dessert.

Mais tout n’est pas rose et billets de mille francs dans l’existence phosphorescente, fulgurante, abracadabrante de ces adorables drôlesses, qui portent leurs vingt ans sans le moindre corset.

A Delvau.

(Delvau, 1867) : s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre Cythère, — dans l’argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne sont que dévergondées.

(Delvau, 1867) : s. f. Maltresse, concubine, — dans l’implacable argot des bourgeoises, jalouses de l’empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec leur fortune.

Drolibus

(d’Hautel, 1808) : C’est drolibus. Manière burlesque de dire que quelque chose est fort, drôle, qu’il prête éminemment à la risée.

Drôlichon, ne

(Delvau, 1867) : adj. Amusant, drôle, — dans l’argot du peuple.

Dromadaire

(Rigaud, 1881) : Femme de mauvaise vie, c’est une variante pour ne pas toujours dire : chameau.

Dru

(d’Hautel, 1808) : Boire dru. Pour dire avec intrépidité ; faire sauter quelques bouchons sans aller de travers.
Avaler quelque chose dru comme mouche. Se dit d’un gourmand, d’un glouton qui mange avidement, et qui, comme on dit, ne fait que tordre et avaler.
Dru. Pour gai, joyeux.
C’est un dru. Se dit d’un compagnon gaillard, et toujours en belle humeur.

Du même tonneau

(Virmaître, 1894) : La même chose. Un homme politique veut tout réformer, il fait de belles promesse à ses électeurs et ne fait pas mieux que ses devanciers. C’est du même tonneau. Du vin à douze ou du vin à seize, Bordeaux ou Bourgogne : C’est du même tonneau (Argot du peuple). N.

Du vent ! De la mousse !

(Larchey, 1865) : Rien pour toi ! — Vent signifie ici vesse. — V. Mousse.

Du vent ! de la mousse !

(Delvau, 1867) : Phrase de l’argot des faubouriens, qui l’emploient fréquemment en réponse à quelque chose qui leur déplaît ou ne leur va pas. Ils disent aussi, soit : De l’anis ! soit : Des navets ! soit : Des nèfles ! soit : Du flan !
Qu’on ne croie pas l’expression moderne, car elle a des chevrons : « Si on la loue en toutes sortes de langues, elle n’aura que du vent en diverses façons, » dit La Serre, historiographe de France, dans un livre adressé à mademoiselle d’Arsy, fille d’honneur de la reine (1638).

Duc

(Fustier, 1889) : Grande voiture se rapprochant de la Victoria. Le duc est à deux places avec un siège par derrière et un par devant pour deux domestiques sur chaque. — Petit chapeau rond, de la forme du melon et que portent les souteneurs qui ont des prétentions à l’élégance.

Duc de Guiche

(Delvau, 1867) : s. m. Guichetier, — dans l’argot des faubouriens.

Duc de guiche

(Virmaître, 1894) : Guichetier. À l’instar des anciens ducs féodaux, il règne sur ses vassaux : — les prisonniers (Argot des voleurs).

Duc de Guiche

(Hayard, 1907) : Guichetier.

Duce

(Rigaud, 1881) : Signes conventionnels et indicatifs que pratiquent au jeu les grecs entre eux. C’est ce qu’ils nomment encore la télégraphie. Vient de dux, ducere conducteur, conduire. Le duce règle la conduite du grec au jeu.

Le dusse (sic) se varie à l’infini, et les grecs qui, dans une partie, craignent d’avoir été remarqués, changent de système pour le lendemain.

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.)

Duce (envoyer le)

(Rossignol, 1901) : Signe. Le complice d’un escroc au jeu de cartes en voie le duce à son compère, pour lui dire la carte qu’il doit jouer.

Duce (le)

(La Rue, 1894) : L’ensemble des signes conventionnels et indicatifs que se font les grecs associés pour tricher.

Duchène

(d’Hautel, 1808) : Le père Duchène. Nom apocryphe d’un vil folliculaire qui, pendant les troubles de la révolution, et à la faveur d’un style bas, grossier, trivial et populaire, vomissoit, dans une feuille ainsi intitulée, des imprécations et de sanglantes injures contre les premières autorités de l’état.
Le peuple a fait justice de cet écrivain incendiaire, en le livrant au mépris qu’il mérite ; et lorsqu’il veut parler d’une rage vaine, d’un cour roux impuissant et dont on a n’a rien à redouter, il dit : c’est la colère du père Duchène.

Duchêne (passer à)

(Rigaud, 1881) : Payer, — dans le jargon des barrières. C’est-à-dire se faire arracher une dent. Duchêne est le nom d’un très populaire et très habile dentiste, le Calvin de la mâchoire. Maintenant que nous avons bouffé, faut passer à Duchêne ; garçon ! la craie.

Duchesse

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chef femelle d’une bande de voleurs.

(La Rue, 1894) : Femme d’un chef de bande.

Duconneau

(Virmaître, 1894) : Être niais.
— Tu es plus bête que celui d’où tu sors (Argot du peuple). N.

Dulcinée

(d’Hautel, 1808) : Faire la dulcinée du Toboso. Expression ironique dont on se sert pour peindre une bégueule, une mijaurée, une femme qui s’en fait trop accroire.
Dulcinée, est aussi le nom que l’on donne à une femme galante, à une maîtresse, à une donzelle.

(Delvau, 1864) : Maîtresse ; femme entretenue ; fille publique.

Ma dulcinée est-elle venue ?

Auguste Ricard.

(Larchey, 1865) : Maîtresse. — Dû à la vogue du roman de Cervantes.

Une mijaurée qui s’en fait accroire fait la Dulcinée du Toloso. — Dulcinée veut dire aussi une femme galante, une donzelle.

d’Hautel, 1808.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des bourgeois, qui cependant se garderaient bien de se battre pour la leur, même contre des moulins.

Dumanet

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat crédule à l’excès, — dans l’argot du peuple, qui a conservé le souvenir de ce type de vaudeville, né le jour de la prise d’Alger.

Duo d’amour

(La Rue, 1894) : Yeux pochés.

(Virmaître, 1894) : Yeux pochés (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Les deux yeux pochés.

Duo sans musique

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien, qu’on accomplit à deux sans faire aucun bruit, sans sonner un seul mot, en se contentant de soupirer.

Dur

(Larchey, 1865) : Fer (Vidocq).

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie. V. Chenique.

Pour faire place aux petits verres de dur.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Raide.

(Delvau, 1867) : s. m. Fer, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Durin.

(Rigaud, 1881) : Vente difficile d’un livre, — en terme de libraire. Ce n’est pas un mauvais ouvrage, mais c’est dur.

(Rigaud, 1881) : Fer, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

(La Rue, 1894) : Fer. Eau-de-vie. Travaux forcés. Travailler sur le dur. Voler en chemin de fer.

(Virmaître, 1894) : Il est au dur : en prison. C’est dur : pénible, difficile. C’est dur à digérer : grosse sottise ou blague impossible à avaler. Dur à cuire : vieux troupier qui ne ressent rien. Dur (être dans son) : être ce jour-là plus courageux qu’à l’ordinaire (Argot des voleurs).

Dur (au)

(Rigaud, 1881) : Travaux forcés.

Dur (être au)

(Hayard, 1907) : En réclusion ; (être dans son), travailler avec énergie.

Dur (être dans son)

(Rigaud, 1881) : Être très assidu à l’ouvrage, être dans le feu du travail. (Argot des typographes).

(Boutmy, 1883) : v. Travailler avec une ardeur sans pareille. En général, c’est dans la semaine du batiau, quelques jours avant la remise du bordereau, que les ouvriers sont dans leur dur.

Dur (le)

(Rossignol, 1901) : Travaux forcés. Celui qui est condamné à cette peine est envoyé au dur, à la Nouvelle-Calédonie ou la Guyane.

Dur à avaler

(Delvau, 1867) : adj. Se dit — dans l’argot du peuple — d’une histoire invraisemblable à laquelle on se refuse à croire, ou d’un accident dont on a de la peine à prendre son parti. On dit aussi, dans le même sens : Dur à digérer.

Dur à cuire

(d’Hautel, 1808) : Un dur à cuire. Nom baroque et de mépris que les ouvriers donnent à leur maître, quand il montre de la résistance à leurs volontés ; qu’il sait se faire obéir et respecter.
Dur à la desserre. Voyez Desserre.
Il est dur comme du fer. Se dit d’un homme raisonnable que rien ne peut attendrir.
Quand l’un veut du mou, l’autre veut du dur. Se dit par comparaison de deux personnes qui sont continuellement en opposition.
Avoir l’oreille dure. Pour dire être un peu sourd.
On dit figurément d’un homme intéressé et parcimonieux, qui ne prête pas facilement de l’argent, qu’Il a l’oreille dure.

(Larchey, 1865) : Homme solide, sévère, ne mollissant pas. V. d’Hautel.

En voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire.

L. Reybaud.

(Rigaud, 1881) : Individu qui ne se laisse ni attendrir, ni intimider facilement. — Vieux dur à cuire ; par allusion aux légumes secs qui ne cuisent pas facilement.

Dur-à-cuire

(Delvau, 1867) : s. m. Homme insensible à la douleur, physique ou morale.

Dur-à-la-détente

(Delvau, 1867) : adj. et s. Homme avare, qui ne lâche pas volontiers les ressorts de la bienfaisance ou du crédit, — dans l’argot du peuple, pour qui ces sortes de gens sont de « singuliers pistolets ». On dit aussi Dur à la desserre.

Duraille

(Delvau, 1867) : s. f. Pierre, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Dure. Dure à briquemon. Pierre à briquet. Ils disent aussi Dure à riffle. Duraille sur mince. Diamant sur papier.

(La Rue, 1894) : Pierre. Duraille sur mince, diamants sur papier.

(Virmaître, 1894) : Pierre (Argot des voleurs).

Duraille sur mince

(Virmaître, 1894) : Diamant sur carte (Argot des voleurs). N.

Durailles d’orphelins

(Halbert, 1849) : Pierreries.

Dure

(Halbert, 1849) : Pierre en terre.

(Larchey, 1865) : Terre (Vidocq). — On dit classiquement coucher sur la dure. dans ces quatre acceptions du mot dur, l’effet est pris pour la cause.

(Delvau, 1867) : s. f. La terre, — dans l’argot des voleurs et du peuple. Coucher sur la dure. Coucher à la belle étoile.

(Rigaud, 1881) : La terre. La grande langue a l’expression « coucher sur la dure, » c’est le nuda humo cubat de Virgile.

(La Rue, 1894) : La terre. La maison centrale. Voler à la dure, étourdir d’un coup de bâton un homme pour le voler.

Dure (la)

(anon., 1827) : La terre.

(Bras-de-Fer, 1829) : La terre.

(Rigaud, 1881) : Maison centrale de force et de correction.

(Virmaître, 1894) : Terre. Les vagabonds, qui y couchent souvent, savent par expérience qu elle n’a pas la mollesse d’un lit de plume (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Terre.

(Hayard, 1907) : La terre.

Dure (une)

(M.D., 1844) : Une pierre.

Dure (vol à la)

(Rigaud, 1881) : Vol qui consiste à étourdir d’un coup de poing ou d’un coup de bâton celui qu’on veut dépouiller. La variante est : Vol à la rencontre. Faire le client à la dure, étourdir d’un coup de bâton un homme et le voler.

Durème

(Larchey, 1865) : Fromage (Vidocq).

(Virmaître, 1894) : Fromage blanc (Argot des voleurs).

Durême

(Delvau, 1867) : s. m. Fromage blanc, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Fromage, — dans l’ancien argot. Eau de moule. Absinthe très claire coupée avec beaucoup d’eau ; elle arbore la couleur vert-clair de l’eau dans laquelle nagent les moules cuites.

Durer

(d’Hautel, 1808) : Faire durer le plaisir long-temps. Se dit des choses que l’on ménage, que l’on consomme petit à petit.
Faire vie qui dure. Dissiper, ne rien réserver pour l’avenir.
On dit par dérision d’un niais, d’un homme qui n’a aucun usage du monde, qu’il est bien neuf, qu’il durera long-temps.

Duret (du)

(M.D., 1844) : Du cuivre.

Durillon

(Delvau, 1867) : s. m. Gibbosité humaine, — dans l’argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire. Ils disent aussi Loupe.

(Rossignol, 1901) : Avare. — « Il est tellement durillon qu’il se sert des règles de sa femme pour ne pas en acheter, » On dit aussi dur à la détente.

Duriner

(Delvau, 1867) : v. a. Ferrer, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Ferrer. Allusion à la dureté des chaînes avec lesquelles autrefois on ferrait les forçats (Argot des voleurs).

Durs (Durs)

(Clémens, 1840) : Fers.

Duval

(Fustier, 1889) : Argot des filles. On désigne ainsi les petites mendiantes, bouquetières ou autres qui, arrêtées par les agents, sont depuis le préfectorat de M. Ferdinand Duval placées à Saint-Lazare, dans un local spécial bien entendu, et cela jusqu’à leur majorité à moins que leurs parents ne les viennent réclamer.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique