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C

C… es au cul (avoir des)

(Rigaud, 1881) : Être brave, ne pas se laisser intimider, — dans le jargon du peuple.

C’est à cause des mouches

(Boutmy, 1883) : Réplique goguenarde que l’on fait à une question à laquelle on ne veut pas répondre. Un lundi après midi, un frère gouailleur interpelle ainsi son camarade : Eh ! dis donc, compagnon, pourquoi n’es-tu pas venu à la boîte ce matin ? L’autre répond par ce coq-à-l’âne : C’est à cause des mouches.

C’est le chat !

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot du peuple, qui souligne ironiquement un doute, une dénégation. Ainsi, quelqu’un disant : Ce n’est pas moi qui ai fait cela. — Non ! c’est le chat ! lui répondra-t-on.

C’est plus fort que de jouer au bouchon avec des pains à cacheter dans six pieds de neige

(Virmaître, 1894) : Expression employée pour marquer le comble de l’étonnement. On dit aussi c’est fort de café (Argot du peuple). N.

C’est que j’tousse

(Rossignol, 1901) : Si, au contraire.

Tu ne connais pas la rue du Paon-Blanc ? — Non, c’est que j’tousse, j’y demeure.

C’est tout pavé

(Larchey, 1865) : Ironiquement pour dire : C’est très loin d’ici, mais la route est si bonne !

C’est un bon

(Larchey, 1865) : C’est un homme solide, à toute épreuve.

Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.

Chenu.

Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.

C’est un pompier

(Larchey, 1865) : C’est un fort buveur.

Ça (avoir de)

(Rigaud, 1881) : Avoir de l’argent. — Avoir du courage, en accompagnant l’expression d’un coup de poing à l’endroit du cœur. — Regorger de trésors cachés sous le corsage, en parlant d’une femme.

Ça (c’est), c’est un peu ça

(Larchey, 1865) : C’est superlatif.

Ils sont laids que c’est ça.

Pecquet.

C’était ça, presque aussi bath qu’au café.

Monselet.

On me cognait, mais c’était ça.

Zompach, 1852.

Ça (cela)

(Delvau, 1864) : Ça, c’est le vit ; ça, c’est le con ; — ça, c’est tous les agréments de la fouterie qu’on n’osa nommer, parce qu’ils s’appellent comme ça. — Faire ça, ou cela, c’est faire l’amour. Faire ci et ça, c’est faire ça… et autre chose.

Quand je suis sur ça,
Mon plaisir ne se peut comprendre,
Et, ma foi, sans ça.
Que pourrais-je faire de ça ?
J’aime assez m’y reprendre,
Pour arriver encore à ça.
Afin de mieux m’étendre
Sur ce beau sujet-là
Ah ! que j’aime ça !
Ce mot me plaît à la folie ;
Il semble déjà
Que je suis à même de ça.

(Gaudriole de 1884.)

Ça (être)

(Delvau, 1867) : Être parfait, comme il faut que ce soit — dans l’argot du peuple.

Ça (il a de)

(Virmaître, 1894) : Se dit de quelqu’un qui possède beaucoup d’argent. Les filles, pour vanter les agréments d’un homme, disent : Il a de çà ; mais ce n’est pas d’argent qu’il s’agit (Argot du peuple).

Ça (pas)

(Rigaud, 1881) : Rien, pas le sou. — La locution se souligne en faisant claquer l’ongle du pouce sur une des dents de devant. — C’est un peu ça ! c’est très bien. — Comme c’est ça ! comme c’est vrai, comme c’est naturel ! — Pas de ça ! pas de plaisanteries, ne nous émancipons pas ! — dans le jargon des Lucrèces de boutique.

Ça colle

(Rossignol, 1901) : Ça va.

Ça ne va que d’une fesse

(Virmaître, 1894) : Chose qui va mal. Besogne accomplie avec répugnance. Être très malade (Argot du peuple). N.

Ça roule

(Larchey, 1865) : Je me porte bien, je fais de bonnes affaires. — Ça roule se dit aussi d’une manœuvre effectuée sans ensemble.

Ça te la coupe

(Larchey, 1865) : Cela te contrarie, te déroute (d’Hautel, 1808).

Cab

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Cabotin, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Cabot.

Cab ou Cabot

(Rossignol, 1901) : Chien.

Cab, Cabot

(Rigaud, 1881) : Chien, vilain chien qui n’appartient à aucune race. — Cabot vient de clabaud, crieur, braillard, d’où clabauder, dans la langue régulière. En hébreu clab veut dire chien ; clabauder est formé de clab.

Cabale

(d’Hautel, 1808) : Ligue, coalition, clique que forment entre eux les ouvriers pour faire augmenter le prix de leurs journées.
À bas la cabale. Cri d’improbation ; se dit lorsqu’il s’élève quelque rumeur dans un lieu public, soit pour opinion, soit par l’effet d’une menée quelconque.

(Clémens, 1840) : Réunions de claqueur.

Cabaler

(Clémens, 1840) : Conspirer.

Cabaleur

(d’Hautel, 1808) : Brouillon, trouble-fête ; personnage dangereux qui excite au trouble, qui met le désordre partout.

Cabande, Cabombe

(Rigaud, 1881) : Chandelle, — dans le jargon des ouvriers. — Estourbir la cabande, souffler la chandelle. — Tape-à-la mèche, honneur à la cabande, souffle la chandelle, — dans le jargon des chiffonniers. On disait autrefois : camoufle et camouflet, chandelier.

Cabanon

(d’Hautel, 1808) : Petite cabanne.
Les cabanons. On nomme ainsi un rassemblement de petites cabannes, dans lesquelles on renferme les fous à Bicêtre ; le peuple dit par corruption les galbanons

(Rigaud, 1881) : Salle de police infligée aux convalescents, — argot des soldats d’infanterie de marine.

Cabaret

(d’Hautel, 1808) : Cabaret borgne. Un méchant petit cabaret, un trou.
Cette maison est un cabaret. Se dit par mépris d’une maison mal tenue, où le premier venu est admis à boire et à manger.
Il y a au cabaret du vin à tout prix. Signifie que toutes les choses n’ont pas la même valeur ; que l’on est servi selon le prix que l’on met à ses acquisitions

Cabaret borgne

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais lieu, cabaret de mauvaise mine.

Cabaret des six-fesses

(Virmaître, 1894) : Auberge tenue par trois femmes (Argot du peuple). N.

Cabarmont

(M.D., 1844) : Cabaret.

Cabas

(d’Hautel, 1808) : Un vieux cabas. Terme de mépris ; voiture antique ; mauvais fiacre, traîné ordinairement par des haridelles qui valent moins encore.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux chapeau d’homme ou de femme, — dans l’argot des bourgeois.

Cabasser

(Delvau, 1867) : v. n. Bavarder, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Tromper, et même Voler.

(Virmaître, 1894) : Bavarder sans cesse à tort et à travers (Argot du peuple).

Cabasseur

(Delvau, 1867) : s. m. Faiseur de cancans. Signifie aussi Voleur.

(Rigaud, 1881) : Bavard. — Cabasser, bavarder, tromper.

(Virmaître, 1894) : Cancanier ou cancanière (Argot du peuple).

Cabasson

(Rigaud, 1881) : Vieux chapeau de femme, chapeau démodé.

Cabe

(Fustier, 1889) : Elève de troisième année à l’École normale.

Cabe, cabot

(Larchey, 1865) : Chien (Vidocq). — Contraction des deux mots : qui aboie. Les voleurs ont, comme toujours, donné le nom de l’acte à l’acteur. Au lieu de dire le chien, ils ont dit : le qui aboie, et en abrégeant : le qu’abe, le qu’abo. V. Calvin, Combre.

Cabeau

(Clémens, 1840) : Chien.

Cabèche, caboche

(Hayard, 1907) : Tête.

Cabermon

(Delvau, 1867) : s. f. Cabaret, — dans l’argot des voleurs.

Cabermont

(Larchey, 1865) : Cabaret (Vidocq). — Corruption de mot.

(La Rue, 1894) : Cabaret.

Cabermont, Cabermuche

(Rigaud, 1881) : Cabaret, — dans le jargon des voleurs.

Cabestan

(Larchey, 1865) : Agent de police. — Comparaison de la corde qu’enroule le cabestan à celle avec laquelle l’agent garrotte les criminels (?). V. Macaron.

(Delvau, 1867) : s. m. Officier de paix, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Officier de paix.

(La Rue, 1894) : Agent de police. Officier de paix.

(Virmaître, 1894) : Officier de paix. Il fait virer ses sous-ordres (Argot des voleurs). V. Bricule.

Cabillot

(Larchey, 1865) : « L’ennemi naturel du matelot, c’est le soldat passager, plus souvent nommé cabillot, à cause de l’analogie qu’on peut trouver entre une demi-douzaine de cabillots (chevilles) alignés au râtelier et des soldats au port d’armes. » — Physiologie du Matelot, 1843. — La langue romane avait déjà cabi : serré, rangé. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat, — dans l’argot des marins.

(Rigaud, 1881) : Soldat de passage sur un navire, — dans le jargon des marins.

Cabinet

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où l’homme fait ses nécessités amoureuses, — ce qui donne à ce cabinet une odeur sui generis fort agréable, quoique un peu violente.

Le jardinier voyant et trouvant le cabinet aussi avantageusement ouvert, y logea petit à petit son ferrement.

Noël Du Fail.

(Rigaud, 1881) : Atelier des dessinateurs et graveurs pour étoffes.

Cabinet de lumière

(Rigaud, 1881) : « Le sanctuaire du magasin (de nouveautés.) C’est une petite pièce carrée, sans aucune fenêtre : comme meubles, un divan de velours vert ou grenat, souvent une psyché au lieu de glace ; au milieu, un guéridon où l’on fait chatoyer sous la lumière du lustre les nuances tendres ou vives qui feront fureur demain. » (Commis et demoiselles de magasin, 1868.) C’est dans ce cabinet que les élégantes jugent de l’effet que produiront aux lumières les robes d’apparat.

Cabinet des grimaces

(Rigaud, 1881) : Lieux d’aisances.

Câble

(Rigaud, 1881) : Mari, — dans le jargon des voyous ; par allusion au câble du ballon captif de la cour des Tuileries, une des curiosités de l’Exposition de 1878. Aujourd’hui une gloire crevée comme tant d’autres.

Cabo

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chien.

(Delvau, 1867) : s. m. Chien, — dans l’argot du peuple, qui a contracté le vieux mot Clabaud. On dit aussi Cabe.

(Rigaud, 1881) : Caporal, — dans l’argot du régiment.

(Merlin, 1888) : Caporal. — N’est-ce qu’une apocope du mot, ou bien le désigne-t-on ainsi en raison de son métier de chien ?

Cabochard

(Rigaud, 1881) : Chapeau, — dans le jargon du peuple.

Caboche

(d’Hautel, 1808) : Pour la tête, le chef de l’homme.
Rien ne peut entrer dans sa maudite caboche. Se dit de quelqu’un qui a la tête dure et l’intelligence très-bornée.
Il se fera donner sur la caboche. Pour il se fera corriger.
Quand il a mis quelque chose dans sa caboche, le diable ne lui ôteroit pas. Se dit d’un opiniâtre, d’un sot, d’un homme extrêmement entêté.
Une grosse caboche. Une grosse tête.
Une bonne caboche. Une tête bien organisée, pleine de sens et de jugement.

(Halbert, 1849) : Tête.

(Delvau, 1867) : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui s’éloigne bien du χεφαλέ, grec et du caput latin, mais ne s’éloigne pas du tout de la tradition : « D autant plus qu’il n’avoit pas beaucoup de cervelle en sa caboche, » — disent les Nuits de Straparole.

Biau sire, laissiés me caboche,
Par la char Dieu, c’est villenie !

disent les poésies d’Eustache Deschamps. On dit aussi Cabosse.

(Virmaître, 1894) : Tête (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Tête.

Caboche, Cabèce

(Rigaud, 1881) : Forte tête. C’est la tête de l’homme intelligent. Une caboche à X, une tête à mathématiques.

D’un petit tonnerre de poche, Lui frêle toute la caboche.

(Scarron, Gigantomachie, chap. 5.)

Caboche, cabéche

(La Rue, 1894) : Tête.

Caboches

(un détenu, 1846) : Sabots.

Cabochon

(Delvau, 1867) : s. m. Coup reçu sur la tête, ou sur toute autre partie du corps.

(Rigaud, 1881) : Caractère d’imprimerie très usé ; vignette effacée, déteriorée.

(Rigaud, 1881) : Taloche, choc, contusion. — Se cabochonner, se battre.

(Rossignol, 1901) : Coup ou blessure.

J’ai reçu un cabochon qui m’a fendu la tête.

Cabombe

(Virmaître, 1894) : La chandelle. Quelques-uns écrivent calombe ou calbombe ; le vrai mot est cabombe (Argot du peuple).

Cabonte

(Merlin, 1888) : On dit plus souvent camoufle, chandelle.

Cabot

(M.D., 1844) : Chien.

(un détenu, 1846) : Chien.

(Boutmy, 1883) : s. m. Chien, et surtout Chien de petite taille. Ce mot n’est pas particulier à l’argot typographique.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Élève-cabot, élève caporal. Cabot pris absolument dans le sens de caporal est inusité. (Ginisty : Manuel du réserviste.)

(La Rue, 1894) : Chien. Caporal. Cabot du quart, secrétaire (chien) du commissaire. Cabot ferré, gendarme.

(Virmaître, 1894) : Chien (Argot du peuple). V. Alarmiste.

(Virmaître, 1894) : Chien du commissaire de police. Par abréviation on dit simplement le cabot du quart (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Caporal.

(Hayard, 1907) : Chien.

Cabot ferré

(Bras-de-Fer, 1829) : Gendarme à cheval.

(Virmaître, 1894) : Gendarme. Allusion aux clous qui garnissent les semelles de bottes des gendarmes (Argot des voleurs). V. Hirondelle de potence.

Cabot ou Cabotin

(Rossignol, 1901) : Mauvais artiste lyrique ou dramatique.

Cabot, Cabotin

(Rigaud, 1881) : Acteur sans talent et sans dignité. D’après M. Ed. Fournier, Cabotin était le nom d’un célèbre opérateur nomade, qui, en même temps que tous les gens de son métier, était, tout ensemble, imprésario et charlatan, vendait des drogues et jouait des farces. (Chanson de Gauthier-Garguille, préface.)

Cabotin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux, qui signifie histrion, batteleur ; comédien ambulant, indigne des faveurs de Thalie.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais acteur, — le Rapin du Théâtre, comme le Rapin est le Cabotin de la Peinture.

Cabotinage

(Delvau, 1867) : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.

(Rigaud, 1881) : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.

Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.

(Petit dict. des coulisses, 1835.)

Cabotine

(Delvau, 1867) : s. f. Drôlesse qui fait les planches au lieu de faire le trottoir.

(Rigaud, 1881) : Actrice qui, sans plus de talent que le cabotin, possède une corde de plus à son arc. Elle se sert du théâtre comme d’un bureau de placement pour ses charmes. — Terme de mépris pour désigner une actrice quelconque dont on a à se plaindre ou qu’on veut blesser.

Il (le marquis de Caux) l’insultait (la marquise de Caux, la Patti)… Ainsi il a dit plusieurs fois : Maudit soit le jour où j’ai épousé une cabotine comme toi !

(Liberté du 6 août 1877, Compte rendu du procès Caux-Patti.)

Cabotiner

(Delvau, 1867) : v. n. Aller de théâtre en théâtre et n’être engagé nulle part.

(Rigaud, 1881) : Jouer comme un mauvais acteur ; jouer partout, mal et sans succès.

Caboulot

(Larchey, 1865) : « Le caboulot est un petit café où l’on vend plus spécialement des prunes, des chinois et de l’absinthe. » — Daunay, 1861. — Une monographie des Caboulots de Paris a paru en 1862. — C’est aussi un cabaret de dernier ordre. V. Camphrier.

(Delvau, 1867) : s. m. Boutique de liquoriste tenue par de belles filles bien habillées, qui n’ont pour unique profit que les deux sous du garçon.
Ce mot a une vingtaine d’années. Au début, il a servi d’enseigne à un petit cabaret modeste du boulevard Montparnasse, puis il a été jeté un jour par fantaisie, dans la circulation, appliqué à toutes sortes de petits endroits à jeunes filles et à jeunes gens, et il a fait son chemin.

(Rigaud, 1881) : Débit de liqueurs servies par des femmes aimables, trop aimables. Les fruits à l’eau-de-vie et l’absinthe y tiennent le premier rang.

Mot pittoresque du patois franc-comtois, qui a obtenu droit de cité dans l’argot parisien. Il désigne un trou, un lieu de sordide et mesquine apparence, par extension petit bazar, petit café. Le caboulot de la rue des Cordiers, qui est le plus ancien de tous, s’ouvrit en 1852.

(Ces dames, 1860.)

Le caboulot, c’est-à-dire le débit de la prune et du chinois, du citron confit à l’état de fœtus dans l’esprit-de-vin, le tout couronné par une femme à peu près vêtue, belle comme la beauté diabolique d’Astarté… et elle rit et elle chante et elle trinque, et elle passe ensuite derrière le rideau… et le caboulot a multiplié comme la race d’Abraham.

(Eug. Pelletan, La Nouvelle Babylone.)

(La Rue, 1894) : Petit débit de liqueurs.

(Virmaître, 1894) : Cabaret de bas étage. Brasserie où les consommateurs sont servis par des femmes. Caboulot n’est pas juste, on devrait dire maison tolérée. Cette expression a pour berceau le quartier latin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Débit de bas étage.

(Hayard, 1907) : Cabaret.

Caboulote

(Rigaud, 1881) : Hébé de caboulot. La caboulote tient à la fois du garçon de café et de la fille de maison. Elle est chargée de verser à boire, de pousser à la consommation et le client à la porte, par les épaules, s’il fait trop de tapage.

Voici des actrices, des modèles, des caboulotes, des marchandes de bouquets et de plaisir.

(Ed. Robert, Petits mystères du quartier latin, 1860.)

Caboulottière

(Rigaud, 1881) : Même signification que ci-dessus.

L’an dernier, ayant écrit un entrefilet des plus virulents contre les caboulottières, nous avons reçu les cartes de 876 de ces demoiselles.

(Tam-Tam du 6 juin 1880.)

Cabrer

(Halbert, 1849) : Se fâcher.

Cabrer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se fâcher, — dans l’argot des bourgeois.

(Merlin, 1888) : Se fâcher, se raidir, s’emporter. Cette expression — est-il besoin de le dire ? — n’est employée que dans la cavalerie.

Cabrio

(Rigaud, 1881) : Chapeau de femme, à l’époque où les femmes portaient de larges chapeaux ; c’est l’apocope de cabriolet.

Je n’ai pas moins changé mon cabrio contre une paire de bottines à talons de cuirassier.

(H. de Lynol, Encore une industrie inconnue.)

Le cabrio semble vouloir revenir à la mode ; juste retour des choses d’ici-bas.

Cabriole

(d’Hautel, 1808) : Saut de joie ; danse folâtre.
Faire des cabrioles. Danser de joie ; manifester un grand contentement

(Rigaud, 1881) : Chambre, chambrée, — dans le jargon des voleurs ; c’est une déformation de cambriolle. Choper une cabriole au rendêve des espagnols, louer une chambre dans un hôtel garni de dernier ordre ; c’est mot à mot : louer une chambre au rendez-vous de la vermine.

Cabrioler

(d’Hautel, 1808) : Sauter, faire des gambades, des cabrioles ; danser en fou

Cabriolet

(Larchey, 1865) : Chapeau de femme. — Une capote de femme ressemble assez à celle d’un cabriolet.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit instrument fort ingénieux que les agents de police emploient pour mettre les malfaiteurs qu’ils arrêtent hors d’état de se servir de leurs mains.

(Rigaud, 1881) : Hotte de chiffonnier, — dans le jargon du peuple.

(Rigaud, 1881) : Corde à nœuds, longue de vingt-cinq centimètres et munie, aux deux extrémités, de deux morceaux de bois. C’est à l’aide de cette corde que les agents de police lient les mains des détenus.

Ainsi nommée parce qu’en la serrant on fait cabrioler le patient.

(F. du Boisgobey.)

(Fustier, 1889) : Petite boîte servant à classer des fiches.

(La Rue, 1894) : Poucettes, lien dont les agents se servent pour tenir les malfaiteurs.

(Virmaître, 1894) : Corde de boyau de chat, ou forte ficelle de fouet, terminée par deux chevilles. Les gardes et les agents passent le cabriolet au poignet des prisonniers pour prévenir les évasions et empêcher les récalcitrants de se révolter. (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Outil de répression à l’usage des gardes républicains et agents de police. Cet objet se compose d’une chaine d’environ 20 centimètres terminée à chaque bout par une poignée en bois en forme d’olive assez longue, que l’on met aux détenus quand on les extrait de prison pour les conduire au tribunal ou à l’instruction. Le cabriolet se passe au poignet gauche du détenu pour prévenir l’évasion, et les deux poignées sont tenues par la main droite du garde.

(Hayard, 1907) : Entraves au poignet des prisonniers.

Cabriolet, cachemire d’osier

(Larchey, 1865) : Hotte de chiffonnier (Vidocq). — Comparaison ironique. Comme le cachemire, la hotte se met sur le dos. Même ironie pour le premier mot. Le chiffonnier roule avec son cabriolet comme le fantassin part à cheval sur Azor.

Cabrioleur

(d’Hautel, 1808) : Charlatan, farceur, danseur de corde ; homme vif et pétulant qui sautille continuellement à la manière des chevreaux.

Cabrion

(Delvau, 1867) : s. m. Rapin, loustic, mauvais farceur, — dans l’argot des gens de lettres, qui se souviennent du roman d’Eugène Sue (Les Mystères de Paris).

Caca

(d’Hautel, 1808) : Terme dont on se sert ordinairement pour nommer les ordures et les excrémens des enfans, et que ceux-ci appliquent eux-mêmes à tout ce qui est sale et malpropre.
C’est du caca. Se dit aux petits enfans pour les dégoûter de quelque chose qu’ils veulent avoir, ou quelquefois seulement pour les empêcher d’y toucher

(Delvau, 1867) : s. m. Évacuation alvine, — dans l’argot des enfants ; Vilenie, — dans l’argot des grandes personnes qui connaissent le verbe Cacare. Faire caca. Ire ad latrinas.

(Rigaud, 1881) : Double quatre d’un jeu de dominos. Les joueurs de dominos, pour varier et animer le jeu, disent encore « Bazaine », qu’ils alternent avec Caca.

Cacade

(d’Hautel, 1808) : Faire une cacade. C’est ce que l’on appelle communément, Saigner du nez, ou être obligé de renoncer à une entreprise téméraire, dont on s’étoit vanté de venir à bout.

(Delvau, 1867) : s. f. Reculade, fuite honteuse, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Voltaire.

Cacade, Cagade

(Rigaud, 1881) : Bêtise. — Faire une cagade, se tromper grossièrement.

Cachalot

(Virmaître, 1894) : Femme qui a des aptitudes spéciales. Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche (Argot des filles). N.

Cachan (aller à)

(Rigaud, 1881) : Se cacher. Jeu de mots sur le village de Cachan, près d’Arcueil. (L’expression date du XVIIIe siècle.)

Cache

(d’Hautel, 1808) : Pour cachette ; lieu secret ; nœud d’une affaire

(Delvau, 1867) : s. f. Endroit où l’on se cache. Argot des enfants. Jouer à cache-cache. Jouer à se cacher.

Cache-folie

(Rigaud, 1881) : Postiche en cheveux. En terme de coiffeur, le cache-folie comprend tout ce qui se rattache à l’art du postiche en cheveux.

Cache-fringues

(Virmaître, 1894) : Armoire (Argot des voleurs). N.

Cache-misère

(Delvau, 1867) : s. m. Vêtement ample, boutonné jusqu’au menton et dissimulant tant bien que mal l’absence de la chemise. Argot du peuple.

Cache-Misère

(Rigaud, 1881) : Vêtement ample et surtout très long, qui a la prétention de couvrir la détresse des guenilles et l’absence de linge. Le mac-fariane, pour les hommes, le waterproof, pour les femmes, sont des cache-misère pair excellence. — Un bohème avait adopté pour cache-misère une vieille robe de chambre, dans laquelle il est mort sur un banc du Pont-Neuf.

Cachemire

(Delvau, 1867) : s. m. Torchon, — dans l’argot ironique des faubouriens. Donner un coup de cachemire sur une table. L’essuyer.

Cachemire (coup de)

(Rigaud, 1881) : Coup de serviette, — dans le jargon des habitués de café. On réclame ordinairement un coup de cachemire pour approprier le marbre de la table, avant de se livrer aux émotions du domino.

Cachemire d’osier

(anon., 1827) : Hotte de chiffonnier.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Hotte de chiffonier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Hotte de chiffonnier.

(Halbert, 1849) : Hotte de chiffonnier.

(Delvau, 1867) : s. m. Hotte, — dans l’argot des chiffonniers. Ils disent aussi Cabriolet, et Carquois d’osier.

(Rigaud, 1881) : Hotte de, madame la chiffonnière, — dans le jargon du peuple.

(Rossignol, 1901) : Hotte de chiffonnier.

Cachemire d’osier, cabriolet

(La Rue, 1894) : La boîte des chiffonnières.

Cachemite

(Delvau, 1867) : s. f. Cachot, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Cachot ; avec changement de la dernière syllabe. Les lettrés de Mazas disent également cachemar, cachemuche, cachemince, selon qu’ils parlent en uche, mince ou mar.

Cachemite, mitard

(La Rue, 1894) : Cachot.

Cachemitte

(anon., 1827) : Cachot.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cachot.

(Bras-de-Fer, 1829) : Cachot.

(Halbert, 1849) : Cachot.

Cacher

(d’Hautel, 1808) : Il est fin comme Gribouille qui se cache dans l’eau peur de la pluie. Se dit par raillerie d’un homme dénué de finesse et de subtilité, dont les ruses et les tours sont si maladroitement, si grossièrement conçus, qu’il est presqu’impossible de ne pas les apercevoir.

(d’Hautel, 1808) : Cacher son jeu. Agir avec finesse ; ne divulguer ni sa conduite ni ses desseins.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Manger, — dans l’argot des faubouriens.

Cachet de la mairie

(Rigaud, 1881) : Témoignage laissé à une chemise par une personne qui a, peut-être, manqué de papier. On dit aussi le cachet de M. le maire, la marque de fabrique.

Cachet de la République

(Delvau, 1867) : s. m. Coup de talon de botte sur la figure. Argot des voyous.

Cachet de la république

(Virmaître, 1894) : C’est un coup de pied canaille. Quand deux hommes se battent, le plus fort, d’un coup de talon, écrase la figure de son adversaire. Il lui pose le cachet (Argot du peuple).

Cachet de M. le Maire

(Delvau, 1867) : s. m. Tache breneuse à la chemise. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Tache à la chemise, derrière, ce qui indique l’oubli du papier traditionnel (Argot du peuple).

Cachotter

(d’Hautel, 1808) : Faire des cachoteries ; parler à voix basse et mystérieusement, à dessein de cacher des choses d’une médiocre importance.

Cachotterie

(d’Hautel, 1808) : Entretien mystérieux.

(Delvau, 1867) : s. f. Mystère fait à propos de choses qui n’en valent pas la peine. Même argot [du peuple].

Cachottier

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sournois, mystérieux, qui ne confie rien à personne.

Cacophonie

(d’Hautel, 1808) : Quiproquo, malentendu, dissonance, irrégularité.
Les personnes qui parlent mal, prononcent cacaphonie.

Cadancher ou Callancher

(Rossignol, 1901) : Mourir.

Il est bien malade : il va callancher.

Cadavre

(Delvau, 1867) : s. m. Synonyme de corps. Même argot [du peuple]. Se metre quelque chose dans le cadavre. Manger.

(Delvau, 1867) : s. m. Secret qu’on a intérêt à cacher, — faute ou crime, faiblesse ou malhonnêteté. Argot des gens de lettres. Savoir où est le cadavre de quelqu’un. Connaître son secret, savoir quel est son vice dominant, son faible.

(Rigaud, 1881) : Corps humain vivant. Promener son cadavre, se promener. — Aller se refaire le cadavre, aller manger. — Travailler le cadavre de quelqu’un, rouer quelqu’un de coups.

Cadavre (connaître le, Savoir où est le)

(Rigaud, 1881) : Connaître une particularité de la vie de quelqu’un qu’il a intérêt à tenir secrète. C’est grâce à la connaissance de certains cadavres, qu’il est donné à tant de chanteurs d’exploiter tant de monde. — Il y a un cadavre : il y a complicité. Le cadavre est une intimité inexpliquée entre deux ou plusieurs personnes de position et de rang différents et qu’on soupçonne d’avoir trempé dans quelque mauvaise action.

Cadavre (jouer le)

(Rigaud, 1881) : S’acharner après un banquier en déveine, en argot de joueurs.

Ils jouaient le veinard, absolument comme d’autres jouaient le cadavre, s’acharnant contre le banquier, qui était dans une période malheureuse.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Cadavre (piétiner sur le)

(Rigaud, 1881) : Médire d’une personne récemment décédée, diffamer un mort de la veille, — dans le jargon des gens de lettres. — « Attendez au moins qu’il soit froid », dit-on, quand la médisance est par trop hâtive.

Cadédis

(d’Hautel, 1808) : Juron badin en usage parmi les Gascons, et qui équivaut à morbleu ! tubleu ! tudieu !
Un petit cadédis,
pour dire un petit cheval vif et fringant.

Cadelle en cé

(Clémens, 1840) : Chaîne en argent.

Cadelle en dure

(Clémens, 1840) : Chaîne en fer.

Cadelle en fagots

(Clémens, 1840) : Chaîne de forçats.

Cadelle en jonc

(Clémens, 1840) : Chaîne en or.

Cadelle en rouget

(Clémens, 1840) : Chaîne de cuivre.

Cadelles

(Clémens, 1840) : Chaînes.

Cadence

(d’Hautel, 1808) : Mettre hors de cadence. Pour déconcerter ; démonter quelqu’un ; le contrarier dans ses vues, dans ses projets.

Cadène

(Delvau, 1867) : s. f. Chaîne de cou, — dans l’argot des voleurs, dont les pères ont jadis fait partie de la Grande Cadène qui allait de Paris à Toulon ou à Brest.

(Rigaud, 1881) : Chaîne, — dans l’ancien argot ; du latin catena.

(La Rue, 1894) : Chaîne.

(Hayard, 1907) : Chaîne.

Cadenne

(Larchey, 1865) : Chaîne de cou (Vidocq). La racine latine (catena) est demeurée presque intacte.

(Virmaître, 1894) : Chaîne de montre. Quelques-uns écrivent cadelle, mais c’est bien cadenne, car on appelait ainsi la grande chaîne de forçats qui autrefois partaient de Bicêtre pour les bagnes de Brest ou de Toulon. Cette expression est restée (Argot des voleurs).

Cadet

(d’Hautel, 1808) : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pince en fer (Voyez Monseigneur).

(M.D., 1844) : Instrument avec lequel on casse une porte.

(un détenu, 1846) : Principal outil pour casser les portes.

(Halbert, 1849) : Outil pour forcer les portes.

(Larchey, 1865) : Derrière.

Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.

Vadé.

(Larchey, 1865) : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.

(Larchey, 1865) : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.

Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.

Le Casse-Gueule, chanson, 1841.

(Delvau, 1867) : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].

(Delvau, 1867) : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »

(Delvau, 1867) : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

(Rigaud, 1881) : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.

(Rigaud, 1881) : Apprenti maçon.

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.

(La Rue, 1894) : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.

(Virmaître, 1894) : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).

Cadet de haut appétit

(Delvau, 1867) : s. m. Grand mangeur, ou dépensier.

Cadet de mes soucis (c’est le)

(Delvau, 1867) : Phrase de l’argot du peuple, qui signifie : Je ne m’inquiète pas de cela, je m’en moque.

Cadet, Monseigneur

(Clémens, 1840) : Pince en fer à l’usage des voleurs.

Cadets

(Virmaître, 1894) : Outils de voleurs (Argot des voleurs). V. Agobilles.

(Hayard, 1907) : Outils de cambrioleur.

Cadichon

(Larchey, 1865) : Montre (Vidocq). — Diminutif de Cadran. Le cadran des montres est fort petit.

(Delvau, 1867) : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Montre, — dans le jargon des voleurs.

Cador

(Rigaud, 1881) : Chien, — dans le jargon des voleurs.

Cador du quart

(Rigaud, 1881) : Secrétaire du commissaire de police. Mot à mot : chien du commissaire.

Cadran

(d’Hautel, 1808) : Faire le tour du cadran. C’est-à-dire dormir la grasse matinée ; se coucher à minuit et se lever à midi.
Il a montré son cadran solaire. Se dit par plaisanterie des enfans qui, en jouant, laissent voir leur derrière.
Il est comme un cadran solaire. Se dit d’un homme fixe dans ses habitudes, et qui met beaucoup de régularité et d’ordre dans ses affaires.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, à laquelle le membre viril sert d’aiguille pour marquer les heures minuscules du bonheur.

Conduis vite l’aiguille au milieu du cadran.

(Théâtre italien.)

(Larchey, 1865) : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran.

Est-ce l’apothicaire Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?

Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle.

(Delvau, 1867) : s. m. Le derrière de l’homme, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.

Cadran solaire

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Endommager le cadran solaire, donner du pied dans le derrière.

(Virmaître, 1894) : Le derrière. Allusion à sa forme ronde. Cette expression vient du Pont cassé, pièce représentée au théâtre Séraphin, au Palais-Royal. Nicolas, le comique de la troupe de marionnettes, répondait à l’officier, le jeune premier, qui lui demandait l’heure, en lui montrant son derrière. En même temps il lui chantait : Voilà le cadran solaire. Tire lire, lire… (Argot du peuple).

Cadran, cadichon

(La Rue, 1894) : Montre.

Cadratin

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme, — dans le jargon des typographes. Au propre, le cadratin est un petit morceau de fonte qui sert à maintenir les caractères d’imprimerie. Les ouvriers, pour se distraire, ont combiné un jeu avec les cadratins.

Cadratins

(Boutmy, 1883) : s. m. pl. Petits parallélépipèdes de même métal et de même force que les caractères d’imprimerie, mais moins hauts que les lettres de diverses sortes. Ils servent à renfoncer les lignes pour marquer les alinéas et portent sur une de leurs faces un, deux ou trois crans. Jeu des cadratins. On joue avec ces petits prismes rectangulaires à peu près comme avec les dés à jouer. Les compositeurs qui calent, et même ceux qui ne calent pas, s’amusent quelquefois à ce jeu sur le coin d’un marbre. Quand le joueur n’amène aucun point, on dit qu’il fait blèche. Il va sans dire que l’enjeu est toujours une chopine, un litre ou toute autre consommation. Les typographes appellent aussi cadratin le chapeau de haute forme, désigné dans l’argot parisien sous le nom si juste et si pittoresque de tuyau de poêle.

Cadre

(Rigaud, 1881) : « Le personnel du ballet et des comparses se classe par rang de taille. C’est ce qu’on appelle le cadre. » (A. Bouchard, La langue théâtrale.) Les vieux habitués de l’Opéra se plaisent assez à rompre la glace de ce cadre.

(Fustier, 1889) : Le personnel du service de la police de sûreté. — Lettre supposée, écrit apocryphe.

J’estime qu’aucun de vous, quand vous en aurez pris connaissance, ne s’imaginera que c’est une lettre supposée, un cadre, comme nous disons dans notre argot de journalisme.

(XIXe Siècle, 1881.)

Cafard

(Rigaud, 1881) : Écolier rapporteur, petit espion de collège, — dans le jargon des collégiens.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Insecte qui travaille la tête d’un officier et le rend intolérable pour ses hommes. Par extension, l’officier lui-même, atteint de cette infirmité. (Ginisty : Manuel du réserviste.)

(Virmaître, 1894) : Individu qui affecte des dehors religieux. Hypocrite qui n’en croit pas un traître mot et exploite la crédulité publique. Cafard est employé comme terme de mépris (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Ouvrier qui, dans les ateliers, capte la confiance de ses camarades pour rapporter aux patrons ce qu’ils pensent et ce qu’ils disent (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Rapporteur. Celui qui rapporte au patron ce que font ou disent ses camarades.

(Hayard, 1907) : Mouchard.

Cafarde

(Larchey, 1865) : Lune (Vidocq). — C’est la lune voilée qui se dissimule derrière un nuage avant d’être la Moucharde, de briller de tout son éclat.

(Delvau, 1867) : s. f. La lune, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent les indiscrétions de cette planète assistant à leurs méfaits derrière un voile de nuages.

(Rigaud, 1881) : Lune, — dans le jargon des voleurs. — Cafarde ouatée, lune à demi cachée par les nuages.

(La Rue, 1894) : La lune.

(Virmaître, 1894) : La lune (Argot des voleurs). V. Moucharde.

Cafarder

(Rigaud, 1881) : Rapporter aux maîtres les fautes de ses condisciples, espionner ses camarades.

(Rigaud, 1881) : Protéger, patronner, — en terme d’École militaire. Un ancien qui cafarde un melon, le prend sous sa protection.

Vous savez que je cafarde M. de Sartène ; je le recommande à vos bons soins.

(Saint-Patrice, Mémoires d’un gommeux.)

(Virmaître, 1894) : Moucharder, dénoncer (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Rapporter, moucharder.

Café

(d’Hautel, 1808) : Prendre son café aux dépens de quelqu’un. Rire, se jouer, se moquer de quelqu’un ; le railler avec finesse, lui faire des louanges excessives, outrées, et qu’il ne mérite pas.

Café (fort de), fort de chicorée, fort de moka

(Larchey, 1865) : Excessif, peu supportable.

On dit : C’est un peu fort de café, pour exprimer que quelque chose passe les bornes.

d’Hautel, 1808.

Oh ! Oh ! dirent Schaunard et Marcel, ceci est trop fort de moka.

Murger.

S’unir à un autre ! C’est un peu fort de chicorée.

Cormon.

On sait quelle irritation le café trop fort cause dans le système nerveux. La chicorée jouit des honneurs peu mérités du synonyme. Il semble qu’ici, comme dans le café du pauvre, elle tienne à entrer en fraude. En revanche, on sait que le moka tient le haut de l’échelle.

Café (prendre son)

(Rigaud, 1881) : S’amuser aux dépens de quelqu’un. — Fort de café, très fort, peu supportable. Misérable jeu de mots comme on en commettait tant, il y a quelques années ; de la même famille que : « Elle est bonne d’enfants », pour dire qu’une chose est amusante. Fort de café est pour fort eu café, trop chargé en café, expression empruntée aux amateurs de café au lait.

Café d’abbé

(Rigaud, 1881) : Café très clair. C’est-à-dire du café comme devraient en prendre les abbés pour ne pas être agités.

Café des deux colonnes

(Delvau, 1864) : Prendre son café aux deux colonnes, c’est-à-dire gamahucher une femme. Le con sert le café au lait ; les deux jambes sont là, pour la forme, et ne servent que d’enseigne : aux Deux Colonnes.

Cafemon

(M.D., 1844) : Café.

Cafetière

(Rigaud, 1881) : Tête, figure, — dans le jargon des charbonniers.

Bing ! en plein sur la cafetière !

(Tam-tam, du 23 mai 1880.)

(Rossignol, 1901) : Tête.

Cafetière, caisson

(La Rue, 1894) : Tête.

Cafiot

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; mauvais café ; ripopée.

(Virmaître, 1894) : Mauvais café fait avec de la chicorée ou avec des résidus de vieux marc de café déjà épuisés (Argot du peuple). V. Jus de chapeau.

Cage

(d’Hautel, 1808) : Mettre en cage. Signifie mettre en prison ; priver quelqu’un de sa liberté. On dit d’une petite maison, d’une bicoque, que c’est une Cage.

(Delvau, 1867) : s. f. Prison, — dans l’argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l’on tenait à empêcher l’homme qui vole de s’envoler. Cage à chapons. Couvent d’hommes. Cage à jacasses. Couvent de femmes. Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

(Delvau, 1867) : s. f. Atelier de composition, — dans l’argot des typographes. Ils disent aussi Galerie.

(Rigaud, 1881) : Prison. — Oiseau en cage, prisonnier. — Mettre en cage, mettre en prison.

Ce fut peut-être le maréchal de Matignon qui mit Philippe de Commes en cage.

(Du Puy, Thuana, 1669.)

(Rigaud, 1881) : Atelier de composition des ouvriers typographes.

(Fustier, 1889) : Tête. Ne plus avoir de mouron sur la cage, être chauve.

Cage (ne plus avoir de mouron sur la)

(Rigaud, 1881) : Être chauve, — dans le jargon du peuple, qui dit aussi : Ne plus avoir de cresson sur la fontaine.

Cage à lapins

(Rigaud, 1881) : Chambre petite, mais sale.

Cageton

(Halbert, 1849) : Hanneton.

(Delvau, 1867) : s. m. Hanneton, — dans l’argot des voleurs, qui savent qu’il est impossible de mettre ce scarabée en cage, et qui voudraient bien jouir du même privilège.

Cagnard

(d’Hautel, 1808) : Poltron, capon, pestard ; homme avare et paresseux ; très-attaché à ses foyers.

Cagnarder

(d’Hautel, 1808) : Vivre dans l’oisiveté, dans une honteuse paresse ; faire de sordides économies.

Cagne

(d’Hautel, 1808) : Un cagne. Synonyme de Cagnard, dont il semble être une apocope.

(Bras-de-Fer, 1829) : Gendarme.

(Larchey, 1865) : Cheval (Vidocq). — Pris en mauvaise part. Abrév. du vieux mot cagnard : mou, paresseux. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. f. et m. Personne paresseuse comme une chienne, — dans l’argot du peuple. C’est aussi le nom qu’il donne au cheval, — pour les mêmes raisons.

(Rigaud, 1881) : Le comble de la paresse. Plus forte que la flemme, qui présente un état passager, la cagne est constitutionnelle ; c’est carogne, par suppression de deus lettres.

Vénus, la bonne cagne, aux paillards appétits.

(Saint-Amand, Le Melon.)

Avoir la cagne, faire la cagne.

(Rigaud, 1881) : Agent de police. C’est une variante de cogne.

(Rigaud, 1881) : Cheval, — dans le jargon des voleurs.

Avec ça qu’il est chouette ton cagne ! Il a une guibolle cassée.

(Cailler.)

(Fustier, 1889) : Mauvais chien.

Dans la bonté des chiens, il y a des bizarreries inouïes ; les disgraciés sont quelquefois les intelligents et, dans la même portée, il y a trois cagnes pour un bon chien.

(Carteron : Premières chasses.)

Cagner

(Fustier, 1889) : Faire la cagne ; reculer devant une besogne difficile ou dangereuse. (Littré).

Cagnotte

(Larchey, 1865) : « Espèce de tirelire d’osier recevant les rétributions des joueurs. »

Montépin.

(Delvau, 1867) : s. f. Rétribution tacitement convenue qu’on place sous le chandelier de la demoiselle de la maison. Argot des joueurs du demi-monde.

Cagnotte en détresse

(Rigaud, 1881) : Prostituée qui exploite les abords des cercles, guettant la sortie des joueurs heureux, généreux et amoureux… de la première venue. Elle sait qu’il y a des joueurs qui ont le gain tendre.

Çago

(M.D., 1844) : Cela.

Cagon

(anon., 1827) : Voleur solitaire.

Cagou

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Voleur solitaire.

(Bras-de-Fer, 1829) : Voleur solitaire.

(Halbert, 1849) : Voleur solitaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur solitaire, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Chef de voleurs. Voleur se portant caution pour un nouveau venu.

Cagou, cagoux

(Rigaud, 1881) : Dignitaire à la cour du grand Coësre ; dignité disparue, dignitaire éclipsé aujourd’hui. Dans le royaume argotique, les cagoux étaient des professeurs d’argot au double point de vue de la théorie et de la pratique. Ils portaient le titre d’archi-suppôts. D’après Graudval, le cagou était un voleur qui opérait seul : misanthropie et escamotage.

Cahin caha

(d’Hautel, 1808) : Il va cahin caha. Pour dire tout doucement, tant bien que mal.

Cahin-caha

(Delvau, 1867) : adv. Avec peine, de mauvaise grâce, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie : qua hinc, qua hac.

Caillasse

(Delvau, 1867) : s. f. Cailloux, — dans le même argot [du peuple].

Caillasses

(un détenu, 1846) : Pavés, cailloux des rues.

Caille

(d’Hautel, 1808) : Chaud comme une caille. Se dit de quelqu’un qui est brûlant et très agité.
Caille coiffée. Sobriquet qu’on donne aux femmes sans pudeur, et qui prennent des airs libres et dégagés

Caillé

(Larchey, 1865) : Poisson. — Vidocq. — Mot à mot : couvert d’écailles. — Du vieux mot caille : écaille. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : s. m. Poisson, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Poisson, — dans l’ancien argot. Il est couvert d’écailles, d’où le nom.

(Virmaître, 1894) : Poisson quelle que soit sa nature. Il est caillé, il a des écailles (Argot des voleurs).

Caille coiffée

(Delvau, 1867) : s. f. Femme éveillée, un peu plus amoureuse que son mari ne le voudrait, — dans l’argot du peuple, qui connaît les mœurs du Coturnix.

Caille, poigne

(Clémens, 1840) : Gant.

Caillette

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux que l’on donne à une commère, à une méchante langue.

Caillou

(Delvau, 1867) : s. m. Figure grotesque, — dans l’argot des voyous. Signifie aussi Nez.

(Rigaud, 1881) : Figure. — Se sucer le caillou, s’embrasser. — Avez-vous fini de vous sucer le caillou ?

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau)Avoir son caillou, être légèrement pris de vin.

(La Rue, 1894) : Bonne tête, Naïf. Crâne. Nez.

(Virmaître, 1894) : Tête. Il a rien un sale caillou (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Tête.

(Hayard, 1907) : Tête chauve.

Caïman

(Fustier, 1889) : Maître, surveillant. Argot des élèves de l’École normale.

Je rentrai si en retard, que le père Estiévant, le portier, qui me vendait du chocolat, fut obligé de me marquer tout comme un autre sur sa liste. Je pensais avoir une excuse et je l’exposai au caïman…

(Gaulois, 1880.)

Caisse

(d’Hautel, 1808) : Bourrer sa caisse. Signifie se remplir le ventre, manger à regorger.
Bander la caisse. C’est-à-dire, s’en aller.
Battre la caisse. Courir après l’argent, faire des démarches pour s’en procurer.

Caisse (battre la grosse)

(Rigaud, 1881) : Faire beaucoup de réclame pour quelque chose ou pour quelqu’un. — Allusion aux coups de grosse caisse de MM. les saltimbanques.

Caisse (donner de la grosse)

(Larchey, 1865) : Louer très-bruyamment — Allusion aux bateleurs qui attirent leur public à coups de grosse caisse.

Il faut qu’Artémise réussisse.. C’est le cas de donner de la grosse caisse à se démancher le bras.

L. Reybaud.

Caisse (sauver la)

(Rigaud, 1881) : Se sauver avec la caisse, fuir en emportant un dépôt d’argent. Entre caissiers : — Encore un de nos confrères qui vient de se sauver. — Le pauvre homme !.. et il a gagné la frontière ? — Non, on l’a pincé. — Pincé ! le troisième depuis cette semaine…. c’est à vous dégoûter du métier !

Caisse (se taper sur la)

(Rigaud, 1881) : Ne rien avoir à manger. Les ouvriers disent dans le même sens : Se taper sur la baraque.

Caisse d’épargne

(Delvau, 1867) : s. f. La bouche, dans l’argot du peuple, qui a l’ironie amère, parce qu’il sait que les trois quarts du salaire sont absorbés par ce gouffre toujours ouvert. Il l’appelle aussi, en employant une image contraire, Madame la Ruine.

(Rigaud, 1881) : Bouche. — Mettre à la caisse d’épargne, manger.

(Virmaître, 1894) : Le marchand de vin. C’est là, en effet, que les ouvriers placent non seulement leurs économies, mais souvent l’argent de la paie (Argot du peuple). N.

Caisse noire

(Fustier, 1889) : Fonds secrets mis à la disposition du Ministre de l’Intérieur et du Préfet de police.

Croyez-vous que l’argent de la caisse noire ne pourrait pas être plus utilement employé ?

(Figaro, 1882.)

Caisson

(Delvau, 1867) : s. m. Tête, — dans l’argot des soldats. Se faire sauter le caisson. Se brûler la cervelle.

(Rigaud, 1881) : Tête. — Se faire sauter le caisson, se faire sauter la cervelle avec une arme à feu.

Caisson (faire sauter le)

(Larchey, 1865) : Faire sauter la cervelle.

Quelle mort préférez-vous ? — Faites-moi sauter le caisson.

P. Borel, 1833.

Caisson (se faire sauter le)

(Merlin, 1888) : Se brûler la cervelle.

Calabre

(Halbert, 1849) : Teigne.

(Delvau, 1867) : s. f. Teigne, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Teigne, — dans le jargon des voleurs.

Calabre, calot

(La Rue, 1894) : Teigne.

Calain

(Halbert, 1849) : Vigneron.

(Delvau, 1867) : s. m. Vigneron, — dans le même argot [des voleurs].

Calamistrer

(d’Hautel, 1808) : Retaper, friser avec un fer à toupet.

Calance

(d’Hautel, 1808) : Terme d’imprimerie. Interruption que l’on met, sans nécessité, dans son travail, pour satisfaire à une humeur oisive et vagabonde. La Calance provient quelquefois aussi d’une intermission involontaire dans l’ouvrage ; ce qui force alors l’ouvrier à se reposer malgré lui.
Faire sa calance. Muser, vagabonder ; abandonner son ouvrage pour vaquer à des frivolités.

(Boutmy, 1883) : s. f. Action de caler, état de celui qui cale.

Calancher

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des vagabonds.

(Rigaud, 1881) : Mourir.

(La Rue, 1894) : Mourir.

(Virmaître, 1894) : Mourir. Pour indiquer qu’un objet n’est pas d’aplomb, on dit : il calanche (penche) à droite ou à gauche (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Mourir.

Calande

(Rigaud, 1881) : Promenade, — dans le jargon des voleurs. — Se pousser la calande, se promener.

(La Rue, 1894) : Promenade. Calandriner le sable, traîner sa misère.

Calandriner le sable

(Delvau, 1867) : v. a. Traîner sa misère, — dans l’argot des voyous.

Calandriner, caler le sable

(Rigaud, 1881) : Traîner la misère, — dans le jargon des souteneurs.

Calbombe

(La Rue, 1894) : Bougie, flambeau.

(Rossignol, 1901) : Chandelle, bougie.

(Hayard, 1907) : Chandelle.

Calcul

(Delvau, 1864) : Plaisir vénérien.

Les deux amants étoient au plus fort de leur calcul.

P. De Larivet.

Je sais quelqu’un
Qui rend encor le calcul
Nul.

Collé.

Calé

(Larchey, 1865) : Riche (d’Hautel). — Terme de marine. Être calé, c’est avoir assez de biens pour en remplir sa cale. Usité en 1808.

Les plus calés sont quelquefois gênés.

E. Sue.

(Rigaud, 1881) : Riche, cossu. Rien de tel que l’argent pour vous caler ; c’est-à-dire pour vous mettre d’aplomb et vous donner de l’aplomb.

(La Rue, 1894) : Riche, bien posé.

(Rossignol, 1901) : Riche, instruit, connaissant son métier. Une personne riche est calée. Si elle est instruite, elle est calée. Celui qui connaît bien son métier est calé.

(Hayard, 1907) : Riche.

Calé (être)

(Fustier, 1889) : Dans l’argot des écoles, cette expression est synonyme de savoir ses leçons, ses cours, connaître à fond les matières d’un examen.

Cale en dos

(Rossignol, 1901) : Bossu.

Il a une cale dans l’dos.

Calé, ée

(Delvau, 1867) : adj. Riche, heureux, — dans l’argot du peuple, à qui il semble qu’un homme calé ne peut plus tomber ni mourir.

Calebasse

(d’Hautel, 1808) : Frauder la calebasse. Pour dire tromper quelqu’un, le frustrer de la part qui lui revient.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tête.

(Larchey, 1865) : Tête. — Allusion de forme.

Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm’ ça.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : s. f. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui ont trouvé une analogie quelconque entre l’os sublime et le fruit du baobab, presque aussi vides l’un que l’autre. Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.

(Fustier, 1889) : Secret. Vendre la calebasse, révéler le secret. (Littré.)

(La Rue, 1894) : Tête.

(Virmaître, 1894) : Seins. Se dit quand les malheureux sont sans consistance, qu’ils pendent et se répandent (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Objets, marchandises, produit d’un vol.

Calebasses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Gorge molle, qui promet plus qu’elle ne tient.

(Rossignol, 1901) : Seins pendants. Il y a une quantité de noms selon l’âge : titis, tétés, tétons, tétasses, tripasses, calebasses, blagues à tabac, cuirs à rasoirs.

Calèche du Préfet

(Virmaître, 1894) : Le panier à salade qui transporte les voleurs des postes de police au Dépôt de la préfecture (Argot des voleurs).

Caleçon

(d’Hautel, 1808) : Le peuple de Paris prononce Caneçon ; par une contradiction assez bizarre, il dit Calonier, au lieu de Canonnier.
Les mots falbala, lentille éprouvent une altération semblable ; et on entend presque continuellement dire un Falbana, des Nentilles.

Calége

(Delvau, 1867) : s. f. Femme entretenue, — dans l’argot des voleurs qui prononcent calèche à la vieille mode.

Calège

(Larchey, 1865) : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux.

Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche ; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier.

Vidocq.

Vient de cale, qui signifiait grisette au dix-septième siècle.

Gombault, qui se piquait de n’aimer qu’en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse.

Tallemant des Réaux.

(Rigaud, 1881) : Fille richement entretenue, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire fille calée, par altération.

(La Rue, 1894) : Fille entretenue richement.

Calembredaines

(d’Hautel, 1808) : Bourdes, contes en l’air, discours frivoles et saugrenus.

Calence

(Rigaud, 1881) : Manque d’ouvrage, — dans le jargon des ouvriers.

Calendes

(d’Hautel, 1808) : Renvoyer quelqu’un aux calendes grecques. C’est-à-dire, l’envoyer promener, le remettre à une époque qui ne doit jamais arriver ; parce que les Grecs n’ont jamais eu de calendes, mais bien les Romains qui donnoient ce nom au premier jour de chaque mois.

Calendriner sur le sable

(Virmaître, 1894) : Être dans une misère noire (Argot des voleurs).

Caler

(d’Hautel, 1808) : Être bien ou mal calé. Signifier être bien ou mal dans ses affaires.
On dit aussi d’un homme misérablement vêtu, qu’il est bien mal calé.
Se caler. Se mettre dans ses meubles, sortir de l’état d’indigence où l’on se trouvoit.
Le voilà bien calé. Pour, le voilà bien restauré, il doit être bien satisfait. Se dit ironiquement d’une personne à qui l’on accorde un foible secours pour le dédommager d’une perte considérable.

(Delvau, 1867) : v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes, — dans l’argot des enfants.

(Delvau, 1867) : v. n. Céder, rabattre de ses prétentions, — ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : v. n. N’avoir pas de besogne, attendre de la copie, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Maltraiter, corriger à coups de poing, — dans le jargon des voyous.

(Rigaud, 1881) : N’avoir rien à faire, se croiser les bras en attendant de l’ouvrage.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Rester sans ouvrage. Le typographe cale pour deux raisons : soit parce qu’il manque de copie, soit parce que les sortes font défaut ; quand il n’a pas de disposition au travail, il flème.

(La Rue, 1894) : Avoir peur. Chômer. Se caler, manger.

(Virmaître, 1894) : On cale un meuble avec un coin de bois. Un homme riche est calé. Les typographes emploient cette expression pour dire qu’ils attendent de la copie, ils calent (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Ne pas travailler.

Câler

(d’Hautel, 1808) : Câler. Terme typographique. Faire le paresseux ; mener une vie oisive ; rester les bras croisés quand on a de l’ouvrage.

(Larchey, 1865) : Ne rien faire.

La plus grande jouissance du compositeur d’imprimerie est de câler.

Ladimir.

Caler des boulins

(Rigaud, 1881) : Faire des trous.

Caler l’école

(Delvau, 1867) : v. a. N’y pas aller, la lâcher, — dans l’argot des écoliers qui ont appris assez de latin et de grec pour supposer que ce verbe vient de chalare et de χαλάω.
Mais les grandes personnes, même celles qui ont fait leurs classes, veulent qu’on dise caner et non caler, s’appuyant sur la signification bien connue du premier verbe, qui n’est autre en effet que Faire la cane, s’enfuir. Mais je persisterai dans mon orthographe, dans mon étymologie et dans ma prononciation, parce quelles sont plus rationnelles et qu’en outre elles ont l’avantage de me rappeler les meilleures heures de mon enfance. En outre aussi, à propos de cette expression comme à propos de toutes celles où les avis sont partagés, je pense exactement comme le chevalier de Cailly à propos de chante-pleure :

Depuis deux jours on m’entretient
Pour savoir d’où vient chante-pleure :
Du chagrin que j’en ai, je meure !
Si je savais d’où ce mot vient,
Je l’y renverrais tout à l’heure…

Caler les amygdales (se)

(Rigaud, 1881) : Manger. Et les variantes : se caler les soupapes, se caler les joues, se les caler.

Caler les joues

(Virmaître, 1894) : Bien boire et bien manger. Allusion aux joues qui gonflent lorsqu’elles sont pleines (Argot du peuple).

Caler les joues (se)

(Hayard, 1907) : Bien manger.

Caler sa biture

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à la compagnie Lesage.

Caleter

(Rigaud, 1881) : Décamper, — dans le jargon des truqueurs. Lorsque le bonneteur ou l’un de ses compères a aperçu de loin le képi d’un sergent de ville, tout ce monde de filous qui entoure les jeux de hasard se sauve à la débandade au mot d’ordre de : Tronche à la manque, Plaine et Norvège, ciletez fort, caletez bien ! La police ! Sauvez-vous vite, sauvez-vous bien de tous les côtés !

(La Rue, 1894) : Se sauver. Tronche à la manque, plaine et Norvège, caletez fort ! crie le guetteur au bonneteur (la police ! sauvez-vous vite !)

Caleur

(d’Hautel, 1808) : Lâche, mou, paresseux, ouvrier enclin à la dissipation et à la fénéantise.

(Rigaud, 1881) : Garçon, de l’allemand Kellner, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier typographe qui attend de la copie, que le manque de copie force à se croiser les bras. Dans les ateliers de composition, ce mot n’a plus le sens, qu’il avait autrefois, de mauvais ouvrier, fainéant et ivrogne.

(Boutmy, 1883) : s. m. Ouvrier qui n’a pas de travail. C’est à tort que B. Vinçard, qui s’intitule « typographiste », et avant lui Momoro, « le premier imprimeur de la Liberté », définissent le caleur : celui qui est nonchalant ou ivrogne. En tout cas, le mot n’a plus aujourd’hui cette signification blessante.

(Hayard, 1907) : Qui ne travaille pas.

Calfeutrer une femme

(Delvau, 1864) : Boucher son trou avec une pine.

Le garçon de boutique calfeutra aussi bien mon bas, que maître juré qui soit du métier de culetis.

(Variétés historiques et littéraires.)

Caliborgne

(Rigaud, 1881) : Borgne.

Caliborgne ou caliborgnon

(Virmaître, 1894) : Borgne (Argot des voleurs). V. Guigne à gauche.

Calibre

(d’Hautel, 1808) : N’être pas du même calibre. Signifie, au figuré, n’avoir pas les mêmes mœurs, les mêmes inclinations ; différer entièrement de sentimens et d’opinions.

(Larchey, 1865) : Qualité. — On sait que les armes et bouches à feu sont graduées par calibre.

Un particulier de ce calibre-là.

Randon.

Calic

(Fustier, 1889) : Commis de magasin de nouveautés. Abr. de Calicot.

Calice

(d’Hautel, 1808) : On dit des gens qui sont vêtus avec luxé et recherche, qui ont des habits galonnés sur toutes les coutures, qu’ils sont dores comme des calices.

Calicot

(Larchey, 1865) : Commis marchand. Mot à mot : vendeur de calicot.

Triple escadron ! le calicot s’insurrectionne.

P. Borel, 1833.

(Delvau, 1867) : s. m. Commis d’un magasin de nouveautés, — dans l’argot du peuple. Le mot date de la Restauration, de l’époque où les messieurs de l’aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu’on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

Calicote

(Larchey, 1865) : Femme fréquentant un ou plusieurs calicots.

Clara Fontaine est une étudiante, Pomaré est une calicote.

Paris dansant.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse de commis de nouveautés.

Californien

(Larchey, 1865) : Riche. — Grâce à des découvertes aurifères bien connues, ce mot a remplacé le Pérou dans nos locutions proverbiales.

La jeune fille regrettait de ne pouvoir garder pour elle-même cette bonne fortune californienne.

Montépin.

Califourchon

(d’Hautel, 1808) : Être à califourchon. Être assis sur quelque chose jambe çà et là, comme lorsqu’on monte un cheval en croupe.

Caliguler

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont gardé rancune au Caligula d’Alexandre Dumas.

Calijatte

(La Rue, 1894) : Empoisonnement.

Câlin

(d’Hautel, 1808) : Un câlin. Sobriquet qu’on donne à un paysan qui, sous un air niais, sot et indolent, cache beaucoup de finesse et d’industrie.

(Fustier, 1889) : Tonnelet d’étain dont se servent les marchands de coco. Le tonnelet lui caresse, lui câline le dos. (Richepin.)

Câliner

(d’Hautel, 1808) : Faire le câlin, flatter, carresser quelqu’un.
Se câliner, avoir grand soin de sa personne, se délicater, se dorloter ; vivre dans l’indolence et l’oisiveté.

Calino

(Larchey, 1865) : Homme ridiculement naïf. — C’est une pièce du vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type.

L’artiste était fort ennuyé par une espèce de calino.

Figaro.

(Delvau, 1867) : s. m. Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez simples d’esprit, par exemple, pour s’imaginer avoir vu bâtir la maison où ils sont nés.

Calinot

(Rigaud, 1881) : Type du naïf, petit fils de La Palisse et frère de Jocrisse. Découvert par MM. Ed. et J. de Goncourt dans : Une Voiture de Masques, Calino a été mis en pièce par MM. Barrière et Fauchery. L’orthographe primitive de MM. de Goncourt donne Calinot par un t aujourd’hui l’on écrit Calino sans t, probablement par économie, puisque Calinot a fait calinotades.

Calinotade

(Delvau, 1867) : s. f. Naïveté qui frise de près la niaiserie.

(Rigaud, 1881) : Naïveté digne de Càlino.

Calinte

(Rigaud, 1881) : Culotte, — dans le jargon des voyous. — Ta calinte bâille, ta culotte est déchirée.

Calique

(Rigaud, 1881) : Commis de magasin de nouveautés. C’est une variante de calicot.

Callancher

(un détenu, 1846) : Mourir.

Callibistri

(Delvau, 1864) : Le membre viril, ou la nature de la femme.

Montrant mon callibistri à tout le monde, qui n’était pas petit sans doute.

Rabelais.

Je crois que les callibistris des femmes de ce pays sont à meilleur marché que les pierres.

Rabelais.

Callot

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Teigneux.

(Delvau, 1867) : s. m. Teigneux, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Teigneux. Vient de calabre, teigne (Argot des voleurs).

Callots

(anon., 1827) : Teigneux.

(Bras-de-Fer, 1829) : Teigneux.

(Halbert, 1849) : Taigneux.

Callots (les)

(Hayard, 1907) : Les yeux.

Calme et inodore (être)

(Larchey, 1865) : Affecter une certaine sévérité de manières. — Ces deux mots ne vont jamais l’un sans l’autre, et parodient sans doute quelque manuel de civilité puérile et honnête.

(Delvau, 1867) : Se conduire convenablement, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Se tenir tranquille. Les personnes qui ont une teinture de chimie ne manquent pas d’ajouter : inattaquable par les acides.

Caloquet

(d’Hautel, 1808) : Chapeau, bonnet, colifichets dont les femmes ornent leurs têtes.

(anon., 1827) : Chapeau.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chapeau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chapeau.

(Halbert, 1849) : Chapeau.

(Larchey, 1865) : Coiffure de femme (d’Hautel). — Caloquet : Chapeau.

Achetez un caloquet plus méchant, le vôtre n’est pas trop rup.

L. de Neuville.

Caloquet : Couronne. V. Dab.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau.

(Virmaître, 1894) : Chapeau (Argot du peuple). V. Bloum.

Calorgne

(d’Hautel, 1808) : Mot burlesque et satirique pour dire, un bigle, un myope, un loucheur, celui qui a quelqu’infirmité sur la vue, qui l’empêche de voir clairement les objets.

(Delvau, 1867) : s. m. Borgne, ou seulement Bigle. On dit aussi Caliborgne.

Calot

(Larchey, 1865) : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

(Delvau, 1867) : s. m. Dé à coudre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi coquille de noix.

(Delvau, 1867) : s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant, — dans l’argot des enfants.

(Rigaud, 1881) : Dé à coudre, parce qu’il a la forme d’une calotte microscopique.

(Rigaud, 1881) : Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr.

Récompense honnête à qui rapportera le calot 3118.

(La Vie moderne, 30 août 1879.)

(Rigaud, 1881) : Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l’ancien jargon des clercs de notaire.

Quant aux farces d’étude, c’est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu’ils les exercent.

(Le Peintre des coulisses, 1822.)

Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d’importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.

(Fustier, 1889) : Argot des commis de nouveautés : acheteur difficile, ennuyeux à servir.

Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.

(P. Giffard.)

V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.

(La Rue, 1894) : Dé à coudre. Coquille de noix. Œil saillant. Officier supérieur.

(Virmaître, 1894) : Grosse bille avec laquelle les enfants jouent à la poucette (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Synonyme de jeu de biribi.

Calot, callot

(Rigaud, 1881) : Sujet de la Cour des Miracles. Les calots étaient des mendiants chargés du rôle de teigneux.

Calotin

(Delvau, 1867) : s. m. Prêtre, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Prêtre ; celui qui porte la calotte.

On a été prodigue avec eux : ils ont chacun un calotin.

(H. Monnier, Sciences populaires.)

Calots

(un détenu, 1846) : Yeux.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Yeux ronds comme des billes, — dans l’argot des faubouriens. Boiter des calots. Loucher.

(Rigaud, 1881) : Coquilles de noix. — Gros yeux à fleur de tête, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Les yeux mauvais. Calots à la manque (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Yeux. De grands yeux sont de grands calots.

Calots (ribouler des)

(Rigaud, 1881) : Regarder avidement, ouvrir de grands yeux étonnés, écarquiller les yeux, — dans le jargon des voyous.

Riboulant des calots à chaque devanture de boulanger.

(Le sans-culotte, 1878.)

Calotte

(d’Hautel, 1808) : Donner une calotte ou des calottes à quelqu’un. Signifie, en terme populaire, le frapper durement à la tête ; se porter sur lui à des voies de fait.
Il se passe bien des choses sous la calotte des cieux, pour dire sur la terre.
Il n’a pas encore la calotte de plomb. Pour dire il n’a pas encore atteint l’âge de l’expérience. C’est un écervelé, un étourdi, un fou.
Il auroit besoin de la calotte de plomb. Pour il auroit besoin des conseils de l’expérience.

(Halbert, 1849) : Teigneuse.

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Assiette à soupe, — dans le jargon des voleurs.

Et il déposa sur la table un saladier de faïence écorné, balafré, rapiécé, une douzaine de morceaux de sucre dans une calotte.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris.)

(Fustier, 1889) : Assiette creuse. Sorte de pâtisserie où il entre des confitures.

Vous vous imaginez peut-être qu’il est question de quelques petites fnandises dont on nous donnait de nombreuses indigestions durant notre jeunesse et qui portaient ce nom si joli, si gracieux, si adorable de petites calottes ; il y avait làdedans des confitures.

(Gazette des Tribunaux.)

Pot de confiture ayant la forme d’une grande calotte sans anse ni oreilles. (Littré.)

Les calottes dont nous nous entretenons sont des pots de confitures.

(Gazette des Tribunaux, avril 1874.)

Calotte (la)

(Delvau, 1867) : Le Clergé, — dans l’argot des bourgeois. Le régiment de la calotte. La Société de Jésus, — sous la Restauration. Aux XVIIe et XVIIIe siècles on avait donné ce nom à une société bien différente, composée de beaux esprits satiriques.

Calottée

(Rigaud, 1881) : Boîte en fer-blanc où les pêcheurs à la ligne renferment les asticots, leur espérance.

Calotter

(d’Hautel, 1808) : Signifie frapper avec la main ; corriger, châtier un enfant en lui donnant des coups sur la tête.
Tu te feras calotter. Pour tu te feras battre corriger, souffleter.

(Larchey, 1865) : C’est frapper de la main sur la tête, faire une calotte de coups.

Calottez-moi, gifflez-moi.

J. Arago, 1838.

(Delvau, 1867) : v. a. Souffleter.

Calottin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet outrageant que l’on donne aux jeunes ecclésiastiques.

(Larchey, 1865) : Ecclésiastique. — Allusion à la calotte cléricale. — Dans le Déjeuner de la Râpée, pièce poissarde de L’Écluse (1750), une poissarde repousse un abbé en disant :

Adieu, monsieur le calottin !

Calouquet

(Rigaud, 1881) : Étudiant en médecine. À cause de l’ancien béret, nommé calouquet, qui servait de coiffure aux étudiants.

Les grisettes du pays latin ne disent pas Carabin, c’est Calouquet.

(Les Voleurs et les volés, 1840.)

Calte

(Rossignol, 1901) : Va-t’en.

Je suis pressé, je calte.

Calter

(M.D., 1844) : Finir.

(Virmaître, 1894) : S’en aller. Calter est synonyme de débiner ; on dit à quelqu’un en danger : calte au plus vite ou bien débine-toi (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : S’en aller.

(Hayard, 1907) : Se sauver, se taire.

Calvigne

(anon., 1827) : Vigne.

(Bras-de-Fer, 1829) : Vigne.

(Halbert, 1849) : Vigne.

(Larchey, 1865) : Vigne (Vidocq). — Mot à mot : lieu qu’a l’vigne, qui est planté de vigne.

(Delvau, 1867) : s. f. La vigne, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Clavigne.

Calvin

(anon., 1827) : Raisin.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Raisin.

(Bras-de-Fer, 1829) : Raisin.

(Halbert, 1849) : Raisin.

(Larchey, 1865) : Raisin (Vidocq). — Donnant le nom du jus au fruit, les voleurs ont dit le qu’a le vin pour le raisin. V. Cabe.

(Delvau, 1867) : s. m. Raisin. On dit aussi Clavin.

(Rigaud, 1881) : Raisin. — Calvigne, vigne, — dans l’ancien argot.

Calvine

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vigne.

Calypso (faire sa)

(Fustier, 1889) : Faire des manières, des embarras. C’est la variante savante de faire sa tète.

Tu peux r’tourner à ton potage !
Ah ! monsieur fait sa Calypso !
En v’la z’un muf !…

(L’entr’acte à Montparnasse.)

Camarade

(d’Hautel, 1808) : Camarade à la salade, compagnon à coups de bâton. Dicton populaire et badin, dont on se sert pour marquer la mauvaise intelligence qui existe entre plusieurs personnes qui vivent ensemble.

Camarade (la mort)

(Clémens, 1840) : La mort.

Camaraderie

(Delvau, 1867) : s. f. Aide mutuelle mais intéressée que se prêtent les gens de lettres, journalistes ou dramaturges, pour arriver à la fortune et à la réputation. C’est la courteéchelle appliquée à l’art et à la littérature, c’est-à dire aux deux plus respectables choses qui soient au monde, — les plus respectables et les moins respectées, « Passe-moi la casse et je te passerai le séné. Dis que j’ai du génie et je crierai partout que tu as du talent. »
Le mot est nouveau, dans ce sens du moins, car les membres de la société de la casse et du séné, souvent, ne sont que des associés et pas du tout des amis ; ils s’aident, mais ils se méprisent. C’est Henri Delatouche, l’ennemi, et, par conséquent, la victime de la camaraderie, qui est le parrain de ce mot, dont la place était naturellement marquée dans ce Dictionnaire, sorte de Muséum des infirmités et des difformités de la littérature française.

Camarde

(un détenu, 1846) : La garde, la police, les municipaux.

(Delvau, 1867) : s. f. La Mort, — dans l’argot des voleurs, qui trouvent sans doute qu’elle manque de nez.

(Virmaître, 1894) : La mort (Argot des voleurs).

Mais si la grive,
Parfois arrive,
Pour nous servir,
Nous suivre ou nous courir,
Cont’ la camarde,
Toujours en garde,
On a bien soin,
De jouer du surin.

(Romance du Pègre).

Camarde (la)

(M.D., 1844) : La mort.

(Rigaud, 1881) : La mort. Épouser la camarde, trépasser.

Une vieille vous dit : — Holà !
Il faut épouser la camarde…
N’parlons pas d’ça.

(Dîners de l’anc. cercle dramatique)

(La Rue, 1894) : La mort.

Camarde ou Camargue

(Rossignol, 1901) : La mort.

Camarluche

(Virmaître, 1894) : Camarade (Argot du peuple).

Camaro

(Delvau, 1867) : s. m. Camarade, ami, — dans l’argot des faubouriens.

Camaro, Camarluche

(Rigaud, 1881) : Camarade.

Eh ! Bourdeau, eh ! las-d’aller ! lève-toi, c’est ton camarluche qui t’appelle !

(Huysmans, Marthe, 1879.)

Les deux cents camaros se connaissaient, se tutoyaient.

(R. Maizerov, La Vie moderne, 6 sept. 1879.)

Camaros

(Virmaître, 1894) : Même signification. Même argot.

(Rossignol, 1901) : Les camarades.

Cambola

(Virmaître, 1894) : Faux épileptique (Argot des voleurs). V. Battre un dig-dig.

Camboler

(Larchey, 1865) : Tomber. — Contraction de Caramboler.

V’là qu’elle cambole sur son prussien et feint de tomber de son digue-digue.

Decourcelle, 1840.

(Delvau, 1867) : v. n. Se laisser choir. Même argot [des faubouriens].

Cambouis

(Merlin, 1888) : Train des équipages. Celui de l’ancienne garde s’appelait le Royal Cambouis.

Cambraisier

(Clémens, 1840) : Voleur de campagne.

Cambre

(M.D., 1844) : Chapeau.

Cambrieux

(Halbert, 1849) : Chapeau.

Cambriole

(d’Hautel, 1808) : Pour dire petite chambre.
La cambriole du milord. Signifie, en terme d’argot, la chambre d’une personne riche et fortunée.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chambre.

(M.D., 1844) : Une chambre.

(Halbert, 1849) : Chambre.

(Delvau, 1867) : s. f. Chambre, — dans l’argot des voleurs. Cambriole de Milord. Appartement somptueux. Rincer une cambriole. Dévaliser une chambre.

(Fustier, 1889) : Boutique. (Richepin.)

(La Rue, 1894) : Chambre.

(Rossignol, 1901) : Logement.

(Hayard, 1907) : Domicile.

Cambrioleur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques, en l’absence de leurs locataires. Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.

(La Rue, 1894) : Dévaliseur de chambres.

(Virmaître, 1894) : Vol à la cambriotte. Ce vol fut célébré par B. Maurice :

Travaillant d’ordinaire,
La sorgue dans Pantin,
Pour mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.
Ma gente cambriotte,
Rendoublée de camelotte,
De la dalle au flaquet.
Je vivais sans disgrâce,
Sans regout ni morace,
Sans taf et sans regret.
Le quart-d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte.
Lui montrant la couleur.
L’on vient, l’on me ligotte,
Adieu, ma cainbriotte,
Mon beau pieu. mes dardants.
Je monte à la Cigogne.
On me gerbe à la grotte,
Au tap et pour douze ans.

Cambriolle

(Clémens, 1840) : Chambre.

(Larchey, 1865) : Chambre (Vidocq). — Diminutif du vieux mot cambre : chambre. V. Roquefort. — V. Pieu, Esquintement, Rincer.

(Rigaud, 1881) : Chambre. La variante est : Cambrouse.

Cambriolleur

(Rigaud, 1881) : Voleur qui opère dans les chambres, dans les appartements.

Cambriolleurs

(Larchey, 1865) : Voleurs s’introduisant dans les chambres (cambriolles) par effraction ou par escalade. — M. Canler les divise en six classes. — Vidocq, sans apporter autant de méthode que Canler dans la classification des cambriolleurs, ajoute des particularités assez curieuses sur leurs costumes où dominent les bijoux et les cravates de couleurs tranchées, telles que le rouge, le bleu ou le jaune ; sur la manie singulière de faire faire leurs chaussures et leurs habits chez les mêmes confectionnneurs, ce qui n’était souvent pas un petit indice pour la justice ; sur leur habitude de se faire accompagner d’une fausse blanchisseuse dont le panier cache leur butin. — Les plus dangereux cambriolleurs sont appelés nourrisseurs, parce qu’ils nourrissent une affaire assez longtemps pour en assurer l’exécution, et, autant que possible, l’impunité.

Cambron

(Bras-de-Fer, 1829) : Cabane.

Cambronne (le mot de)

(Larchey, 1865) : Merde ! — Cette allusion à un mot historique discutable, sert aujourd’hui d’équivalent à une injure populaire fort répandue. Que Cambronne l’ait dit ou non, on ne lui en fera pas moins honneur. Nous rappelons aux curieux qui voudraient s’édifier à ce sujet, un chapitre des Misérables de M. Victor Hugo ; un article de M. Cuvillier Fleury, aux Débats, qui sera sans doute reproduit dans ses études littéraires, et enfin une lettre publiée par le journal L’Intermédiaire, du 15 février 1864.

Cambrose

(anon., 1827) : Serrante.

Cambrosse

(Bras-de-Fer, 1829) : Servante.

Cambrou

(Delvau, 1867) : s. m. Domestique mâle. Même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : Domestique mâle. Il garde la cambrouse (Argot des voleurs).

Cambrou, cambrouse

(Larchey, 1865) : Serviteur, servante (Vidocq). — Corruption de l’ancien mot : cambrier ; valet de chambre. Chambrière est resté.

Cambrouse

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Servante, cuisinière.

(Clémens, 1840) : Campagne.

(Larchey, 1865) : Campagne (Vidocq). — Du latin campus : campagne. — Cambrousier : Voleur de campagne (id.). — V. Garçon.

La rousse pousse comme des champignons, et même dans la cambrouse, ils viennent vous dénicher.

Patrie du 2 mars 1852.

(Delvau, 1867) : s. f. Gourgandine, — dans l’argot des faubouriens, qui se rencontrent sans le savoir avec les auteurs du Théâtre-Italien.

(Rigaud, 1881) : Pensionnaire d’une maison de tolérauce, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Campagne. Cambrousier, paysan, — dans le jargon des marchands forains.

(Rossignol, 1901) : Campagne. Celui qui est né ou qui habite la campagne est un cambrousier.

Cambrouser

(Fustier, 1889) : Servir comme domestique. (Richepin.)

(La Rue, 1894) : Servir comme domestique.

Cambrousier

(Halbert, 1849) : Homme de province.

(Delvau, 1867) : s. m. Brocanteur, -dans l’argot des revendeurs du Temple.

(Rigaud, 1881) : Voleur de campagne, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier peintre-vitrier attaché à un petit établissement de peinture-vitrerie, dans le jargon des peintres en bâtiment.

(Rigaud, 1881) : Revendeur qui tenait un peu de tout, — dans l’ancien argot du Temple. Le cambrousier a été le précurseur du brocanteur.

(Virmaître, 1894) : Escarpe qui vole tout ce qui lui tombe sous la main en parcourant la France. Ce nom lui vient de ce qu’il opère dans les cambrousses (maison) (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Paysan, provincial.

(Hayard, 1907) : Charlatan.

Cambrousière

(Halbert, 1849) : Femme de province.

Cambrousiers

(Larchey, 1865) : « C’est ainsi que les marchands forains nomment les paysans. »

Privat d’Anglemont.

Cambrousse

(Delvau, 1867) : s. f. Banlieue, campagne, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Camplouse.

Cambrousse, camplouse

(La Rue, 1894) : La campagne.

Cambroux

(Halbert, 1849) : Domestique mâle.

(Rigaud, 1881) : Valet de chambre, garçon d’hôtel. — Cambrouse, femme de chambre. — Mastroc de cambrouse, aubergiste.

Cambrure

(Rigaud, 1881) : Savate, — dans le jargon des chiffonniers.

Cambuse

(Halbert, 1849) : Maison.

(Delvau, 1867) : s. f. Cabaret, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi logis quelconque, taudis.

(Rigaud, 1881) : Petite chambre mal meublée.

(Virmaître, 1894) : Maison qui ne tient pas debout, bâtie avec de la boue et du crachat. Cambuse : cabaret où l’on sert mal et de mauvaise marchandise (Argot du peuple).

Cambuse à merde

(Rigaud, 1881) : Derrière, dans le jargon des marins.

Cambuse aux potins

(Rigaud, 1881) : Chambre des députés. — Cambuse des genoux, Sénat.

Cambusier

(Virmaître, 1894) : Le maître de la cambuse. Cambusier : qui tient la cantine au bagne ou à bord (Argot du peuple).

Cambuter

(Hayard, 1907) : Changer.

Camélia, dame aux camélias

(Larchey, 1865) : « Quand la lorette arrive à la postérité, elle change de nom et s’appelle dame aux camélias. Chacun sait que ce nom est celui d’une pièce de Dumas fils, dont le succès ne semble pas près de finir au moment où nous écrivons. »

E. Texier, 1852.

Camellia

(Delvau, 1867) : s. m. Femme entretenue, — par allusion à Marie Duplessis, qui a servi de type à Alexandre Dumas fils, pour sa Dame aux Camélias. C’est par conséquent un mot qui date de 1852. Les journalistes qui l’ont employé l’ont écrit tous avec un seul l, — comme Alexandre Dumas fils lui-même, du reste, — sans prendre garde qu’ainsi écrit ce mot devenait une injure de bas étage au lieu d’être une impertinence distinguée : un camellia est une fleur, mais le camélia est un χάμηλος.

Camelot

(d’Hautel, 1808) : Il est comme le camelot, il a pris son pli. Signifie qu’une personne a contracté des vices ou de mauvaises inclinations dont il ne peut se corriger.

(M.D., 1844) : Marchands des rues.

(un détenu, 1846) : Marchand ambulant ou marchand de contre-marques.

(Larchey, 1865) : « C’est-à-dire marchand de bimbeloteries dans les foires et fêtes publiques. »

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand ambulant, — dans l’argot des faubouriens, qui s’aperçoivent qu’on ne vend plus aujourd’hui que de la camelotte.

(Rigaud, 1881) : Marchand ambulant, porte-balle, étalagiste sur la voie publique. Le soir, le camelot ouvre les portières, ramasse les bouts de cigares, mendie des contre-marques, donne du feu, fait le mouchoir et même la montre s’il a de la chance.

(La Rue, 1894) : Petit marchand dans les rues. Crieur de journaux. Signifie aussi voleur.

Camelote

(anon., 1827) : Chose.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vol que font les forçats en allant à la fatigue.

(La Rue, 1894) : Butin du chiffonnier. Marchandise du camelot ou marchandise de mauvaise qualité. Signifie aussi prostituée.

(Rossignol, 1901) : La marchandise de mauvaise qualité est de la camelote ; si elle est mal faite, elle est camelotée. Un camelot nomme sa marchandise sa camelote.

Cameloteuse

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : La recéleuse qui achète la camelote.

Camelotte

(d’Hautel, 1808) : C’est de la camelotte ; ce n’est que de la camelotte. Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité en est au-dessous du médiocre.

(M.D., 1844) : Marchandise.

(un détenu, 1846) : Mauvaise marchandise.

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvaise marchandise ; besogne mal faite, — dans l’argot des ouvriers ; Livre mal écrit, dans l’argot des gens de lettres. Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif ; ils ont dit : Un mariage camelotte.

(Delvau, 1867) : s. f. « Femme galante de dix-septième ordre, » — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d’un mauvais usage, faite de poils de chèvre, de laine, de soie et de coton de rebut, d’où camelotte. — Tout l’article-Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelotte.

Ah ! ce n’est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se déchire quand on la regarde.

(Balzac, l’Illustre Gaudissard.)

(Rigaud, 1881) : Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J’ai de la bonne camelotte, j’ai de la bonne marchandise.

(Rigaud, 1881) : Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chiffonniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail ; le cuivre, du rouget, le plomb, du mastar ; le gros papier jaune, du papier goudron ; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos ; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies ; les croûtes de pain, des roumies ; les têtes de volaille, des têtes de titi ; les cheveux, des douilles ou des plumes ; les tissus laine et coton, des gros ; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs ; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.

(Rigaud, 1881) : Prostituée de bas étage.

(Virmaître, 1894) : Marchandise. Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit : c’est de la camelotte (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Marchandise.

Camelotte dans le pied

(Larchey, 1865) : En flagrant délit de vol.

J’ai été pris, la camelotte dans le pied.

La Correctionnelle, journal.

Camelotte en pogne

(Halbert, 1849) : Le vol dans la main.

(Delvau, 1867) : s. f. Vol dans la main. Argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Flagrant délit de vol. Mot à mot : marchandise dans la main, la pogne.

(Virmaître, 1894) : Voler un objet quelconque dans la main de quelqu’un (Argot des voleurs).

Camelotte, grinchie

(Clémens, 1840) : Objets provenants de vols.

Camelotter

(Halbert, 1849) : Marchander, ou vendre.

(Delvau, 1867) : v. n. Marchander ou vendre. Signifie aussi mendier, vagabonder.

Camelottes, le monde camelotte

(Delvau, 1864) : Celui des femmes galantes d’une catégorie très infime. Les fleuves ne peuvent pas remonter à leur source ; les mots y remontent volontiers, au-contraire ; par exemple celui-ci. Il est de création moderne, quant au sens nouveau qu’on lui a donné sans songer à l’étymologie : or, camelotte vient de camelus, qui veut dire chameau.

Camembert

(Fustier, 1889) : Montre. Argot du peuple.

Quelle heure avez-vous à votre camembert ? — Mon ca… ? — Ah ! c’est vrai ! vous parlez correctement, vous. J’ai voulu dire votre montre.

(Vie parisienne, novembre 1883.)

Camerluche

(Fustier, 1889) : Camarade. (Richepin.)

(Hayard, 1907) : Camarade.

Camionner

(Rigaud, 1881) : Accompagner, promener. — Camionner une grue, promener une femme, — dans le jargon des voyous.

Camisard en bordée

(Rigaud, 1881) : Soldat des compagnies de discipline.

Camisards

(Merlin, 1888) : Soldats des compagnies de discipline.

Camisole

(La Rue, 1894) : Gilet.

Camouffe

(un détenu, 1846) : Chandelle.

Camouffle

(anon., 1827) : Chandelle.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chandelle.

Camouffler

(Halbert, 1849) : Déguisement.

Camouffler (se)

(un détenu, 1846) : Changer, se mettre à l’abri, se garer.

Camoufle

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chandelle. Esquinter la camoufle, souffler la chandelle.

(Clémens, 1840) : Déguisement, chandelle.

(Halbert, 1849) : Chandelle.

(Larchey, 1865) : Chandelle (Vidocq).Camouflet : Chandelier. — Du vieux mot camouflet : fumée.

(Delvau, 1867) : s. f. Chandelle, — dans l’argot des voleurs. La camoufle s’estourbe. La chandelle s’éteint.

(La Rue, 1894) : Chandelle. Signalement.

(Virmaître, 1894) : Chandelle (Argot du peuple). V. Cabombe.

(Rossignol, 1901) : Chandelle, bougie.

Ma camoufle est jtourbe, Je n’ai plus de rifle, Déboucle-moi la lourde, Pour l’amour du meg.

(Hayard, 1907) : Chandelle.

Camouflé (être)

(Fustier, 1889) : Avoir reçu les derniers sacrements.

Dès qu’il fut, suivant la pittoresque expression, camouflé, c’est-à-dire dès qu’il eut reçu le sacrement de l’Extrême-Onction…

(Humbert : Mon bagne.)

Camoufle, Stourbe

(Clémens, 1840) : Chandelle éteinte.

Camouflement

(Delvau, 1867) : s. m. Déguisement, — parce que c’est à tromper que sert la camoufle de l’instruction et de l’éducation.

(Rigaud, 1881) : Déguisement. — Se camoufler, se déguiser, — dans le jargon des voleurs. Vient de l’italien camuffare, se cacher la tête.

Camoufler

(M.D., 1844) : Se rendre méconnaissable.

(Larchey, 1865) : Déguiser. — Mot à mot : cacher le muffle. — Camouflement : Déguisement (Vidocq).

(Delvau, 1867) : v. pr. S’instruire, — se servir de la camoufle, de la lumière intellectuelle et morale.

(Rigaud, 1881) : Falsifier. — Camoufler la bibine et le pive, falsifier la bière et le vin.

(La Rue, 1894) : Falsifier. Arranger.

(Virmaître, 1894) : Réparer. On camoufle un décor (Argot des artistes).

(Rossignol, 1901) : Arrêter. Celui qui se fait arrêter se fait camoufler.

Camoufler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se déguiser.

(La Rue, 1894) : Se déguiser.

(Virmaître, 1894) : Changer de costumes et de physionomie afin de n’être pas reconnu (Argot des souteneurs et Sûreté).

(Rossignol, 1901) : S’habiller de façon à se rendre méconnaissable.

(Hayard, 1907) : Machiner, se grimer, changer d’aspect.

Camouflet

(d’Hautel, 1808) : Mortification, affront sanglant.
On donne aussi le nom de camouflet à une fumée épaisse qu’on souffle malicieusement au nez de quelqu’un avec un cornet de papier.

(Delvau, 1867) : s. m. Chandelier.

(Rigaud, 1881) : Chandelier.

Camp

(d’Hautel, 1808) : Camp volant.
Il est comme un camp volant.
Pour dire, turbulent, toujours en mouvement ; il ne peut rester un moment dans le même lieu.
Ficher le camp. S’en aller, s’esquiver, prendre la fuite.

Camp des six bornes

(Delvau, 1867) : s. m. Endroit du cimetière où les marbriers font leur sieste aux jours de grande chaleur. Piquer une romaine au camp. Dormir.

(Rigaud, 1881) : Endroit d’un cimetière où les marbriers font la sieste aux jours de grande chaleur. (A. Delvau) Piquer une romance au camp, dormir. — Lever le camp, se réveiller et retourner au travail.

Campage, Campe

(Rigaud, 1881) : Évasion, départ précipité, poudre d’escampette, — dans le jargon des voleurs. Déformation d’escampette. Camper, se sauver en toute hâte ; pour décamper. C’est le mot français camper, quitter, à peine détourné de son acception.

Campagnard

(d’Hautel, 1808) : Un franc campagnard. Manière ironique de dire qu’un homme est brusque et grossier ; qu’il n’a pas les manières civiles et urbaines.

Campagne

(d’Hautel, 1808) : Les pauvres gens en allant à Bicêtre, disent, qu’ils vont à leur maison de campagne.

Campagne (aller à la)

(Larchey, 1865) : Être enfermée à la maison de Saint-Lazare. — Usité parmi les filles.

Campagne (neuf de)

(Rigaud, 1881) : « Le grec escamote des neuf sur le tapis ou en apporte dans ses poches (pour le triomphe du baccarat). Ces neuf dits de campagne lui serviront à abattre contre le banquier. » (A. Cavaillé.)

Campagnes

(Delvau, 1864) : Les aventures amoureuses d’une femme : autant d’amants, autant de campagnes — sous de simples soldats comme sous tel ou tel général, militaires ou bourgeois. — Le mot est pris quelquefois dans le sens de : Années consacrées au service de l’homme, à propos duquel il y a tant d’enrôlements volontaires.

Madame Durut : « J’ai pourtant, comme tu sais, mes petits trente-six ans bien comptés, dont, grâce à Dieu, vingt campagnes. »

Andréa De Nerciat.

Campe

(Clémens, 1840) : Maison.

Campêche

(Fustier, 1889) : Vin.

Pourvu qu’on ait du campêche à douze sous le litre…

(Figaro, 1882.)

Camper

(d’Hautel, 1808) : Camper un soufflet à quelqu’un. Pour lui appliquer, lui donner un soufflet.
Campe-toi où tu pourras ; campe-toi là. Pour mets-toi où tu pourras ; mets-toi à cette place.
On dit d’un homme qui change continuellement de logis, qu’il ne reste pas long-temps campé dans le même endroit.

Camphre

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie. — Allusion a l’alcool camphré. — V. Casse-poitrine.

Aux buveurs émérites et à ceux qui ont depuis bien des années laissé leur raison au fond d’un poisson de camphre.

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie de qualité inférieure, âpre au gosier et funeste à l’estomac, comme on en boit dans les cabarets populaciers ou assommoirs.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie extracommune.

Camphré

(Larchey, 1865) : Alcoolisé.

Dis donc, avec ton gosier camphré, tu fais bien tes embarras.

1844, Catéch. poissard.

Camphrier

(Larchey, 1865) : Buveur d’eau-de-vie.

Entends-tu, vieux camphrier, avec ta voix enrhumée.

1844, Catéch. poissard.

(Larchey, 1865) : « Le camphrier est un sale débit de liqueurs atroces à un sou le verre et à dix-sept sous le litre. Le caboulot ne diffère du camphrier que par sa moindre importance comme établissement. C’est, du reste, le même breuvage qu’on y débite aux mêmes habitués. »

Castillon.

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand de vin et d’eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi pour buveur d’eau-de-vie.

(Rigaud, 1881) : Débit de vins et liqueurs d’un ordre tout à fait inférieur. La variante est : Alambic au camphre.

Camplouse

(Halbert, 1849) : Campagne.

Campo

(Delvau, 1867) : s. m. Congé, — dans l’argot des écoliers et des employés, qui ne sont pas fâchés d’aller ad campos et de n’aller ni à leur école ni à leur bureau. Avoir campo. Être libre.

Campos

(d’Hautel, 1808) : Avoir campos ; donner campos ; prendre campos. Signifie avoir, donner ou prendre un congé.

Camus

(d’Hautel, 1808) : Qui a le nez court et plat.
Le voilà bien camus. Se dit, par raillerie, d’un homme confus, penaud et tout honteux de n’avoir pas réussi dans une affaire dont il disoit être certain.
Rendre camus. Réprimer la hardiesse, le langage audacieux de quelqu’un.

(Delvau, 1867) : adj. Étonné, confus, comme quelqu’un qui viendrait de « se casser le nez », — dans l’argot du peuple.

Camuse

(anon., 1827) : Carpe.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Carpe.

(Bras-de-Fer, 1829) : Carpe.

(Halbert, 1849) : Carpe.

(Delvau, 1867) : s. f. Carpe, — dans l’argot des voleurs, qui alors n’ont pas vu les carpes des bassins de Fontainebleau.

(Rigaud, 1881) : Carpe, — dans l’ancien argot. À cause de son museau aplati.

Camuse (la)

(Delvau, 1867) : La Mort, — dans le même argot [des voleurs].

Canage

(Delvau, 1867) : s. m. Agonie, — dans l’argot des voyous, qui ont vu caner souvent devant la mort.

(Rigaud, 1881) : Agonie. — Peur.

(La Rue, 1894) : Agonie. Peur. Caner la pégrenne, mourir de faim.

Canage, cane

(Larchey, 1865) : Mort. — V. Caner.

Canaille

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux que l’on donne à la lie du peuple.
Ce ne sont que des canailles. Se dit de toutes personnes pour lesquelles on a un grand mépris.

Canal

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas mal, pour mettre dans le canal. Quolibet trivial et populaire qui se dit d’un homme laid, difforme et d’une grande prétention ; d’un fat dénué des connoisąnces nécessaires à son emploi, ou qui veut prendre des airs au-dessus de sa condition.
Le canal d’Angoulême. Pour dire le gosier, la gorge.
Pour faire entendre qu’un homme s’est ruiné par intempérance et sensualité, on dit que : Toute sa fortune est passée par le canal d’Angoulême.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, qui est en effet le canal du bonheur — pour les femmes. Quel dommage qu’on soit forcé de le faire draguer si souvent par les chirurgiens !

Par le canal de son amant
Le bîen qui arrive en dormant.

Collé.

Canan (un)

(Merlin, 1888) : Apocope de canonnier.

Canapé

(Larchey, 1865) : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevarts sont de tristes canapés.

(Delvau, 1867) : s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon, — dans l’argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.

(Rigaud, 1881) : Lieu de promenade ordinaire, sorte de petite Bourse des émigrés de Gomorrhe et des Éphestions de trottoir. — Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot étaient, d’après Vidocq, des canapés très dangereux. Aujourd’hui le passage Jouffroy et les Champs-Elysées sont devenus les lieux de prédilection de ces misérables dévoyés.

(La Rue, 1894) : Lieu où se réunissent les individus de mœurs innommables.

(Virmaître, 1894) : Femme copieusement douée du coté des fesses. Le mot est en usage chez les pédérastes qui ne recherchent pas cet avantage du côté féminin (Argot des voleurs).

Canard

(d’Hautel, 1808) : Boire de l’eau comme un canard ou comme une Cane. Pour dire boire beaucoup d’eau et coup sur coup, ce qui arrive assez ordinairement à ceux qui ont fait une grande débauche de vin.
Bête comme un canard.
Donner des canards à quelqu’un.
Pour lui en faire accroire ; le tromper.

(M.D., 1844) : Fausse nouvelle.

(Halbert, 1849) : Nouvelle mensongère.

(Larchey, 1865) : Récit mensonger inséré dans un journal.

Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Fausse nouvelle.

Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommés canards.

Mornand.

(Larchey, 1865) : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier. autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — dès 1612, dans le ballet du courtisan et des matrones, M. Fr. Michel a trouvé « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de d’Hautel, 1808.

(Larchey, 1865) : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie.

Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari !

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. m. Imprimé crié dans les rues, — et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.

(Delvau, 1867) : s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire, — dans l’argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des blagues qu’ils composent.

(Delvau, 1867) : s. m. Mari fidèle et soumis, — dans l’argot des bourgeoises.

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant, — s’ils ont été bien sages.

(Delvau, 1867) : s. m. Chien barbet, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l’eau comme de simples palmipèdes, water-dogs.

(Delvau, 1867) : s. m. Fausse note, — dans l’argot des musiciens. On dit aussi Couac.

(Rigaud, 1881) : Mensonge, fausse nouvelle. — Au dix-septième siècle, donner des canards à quelqu’un avait le sens de lui enfaire accroire, lui en imposer. (Ch. Nisard, Parisianismes.)

(Rigaud, 1881) : Méchant petit journal, imprimé sans valeur.

Ne s’avisa-t-il pas de rimer toutes ses opinions en vers libres, et de les faire imprimer en façon de canard ?

(Ed. et J. de Goncourt.)

(Rigaud, 1881) : Mauvaise gravure sur bois, — dans le jargon des graveurs sur bois.

(Rigaud, 1881) : Cheval, — dans le jargon des cochers. J’ai un bon canard, bourgeois, nous marcherons vite. Ainsi nommé parce que la plupart du’temps, à Paris, à l’exemple du canard, le cheval patauge dans la boue.

(Rigaud, 1881) : Morceau de sucre trempé dans du café. Comme le canard, il plonge pour reparaître aussitôt. Rien qu’un canard, un petit canard. On donne aussi ce nom à un morceau de sucre trempé dans du cognac.

(Boutmy, 1883) : s. m. Nom familier par lequel on désigne les journaux quotidiens, et quelquefois les autres publications périodiques. Le Journal officiel est un canard, le Moniteur universel est un canard, tout aussi bien que le Journal des tailleurs et que le Moniteur de la cordonnerie ou le Bulletin des halles et marchés.

(La Rue, 1894) : Journal. Fausse nouvelle inventée pour relever les Faits-Paris. Imprimé banal crié dans la rue.

(Virmaître, 1894) : Mauvais journal. Quand un journal est mal rédigé, mal imprimé, pas même bon pour certain usage, car le papier se déchire, c’est un canard (Argot du peuple et des journalistes).

(Virmaître, 1894) : Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade.
— Bec salé, c’est un sale canard (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Nouvelle fausse ou exagérée. Ce système est employé par certains journaux aux abois. On pourrait en citer cinquante exemples depuis les écrevisses mises par un mauvais plaisant dans un bénitier de l’église Notre-Dame-de-Lorette et qui retournèrent à la Seine en descendant par les ruisseaux de la rue Drouot ; jusqu’au fameux canard belge. Un huissier à l’aide d’une ficelle pécha vingt canards qui s’enfilèrent successivement, comme Trufaldin dans les Folies Espagnoles de Pignault Lebrun, il fut enlevé dans les airs, mais la ficelle se cassa et il tomba dans un étang ou il se noya. Ce canard fit le tour du monde arrangé ou plutôt dérangé par chacun, il y a à peine quelques années qu’il était reproduit par un journal, mais la fin était moins tragique, l’huissier était sauvé par un membre de la Société des Sauveteurs à qui on décernait une médaille de 1re classe. Pour sauver un huissier on aurait dû lui fourrer dix ans de prison (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Journal, fausse nouvelle.

Canard (deuxième)

(Merlin, 1888) : Deuxième servant d’artillerie.

Canard sans plumes

(Delvau, 1867) : s. m. Nerf de bœuf, — dans l’argot du peuple.

Canard, couac

(Larchey, 1865) : « Ces explosions criardes des instruments à vent si connues sous le nom de canards. » — V. Luchet. — Le second mot est une onomatopée, et la comparaison d’une fausse note au cri du canard (couac) a fait former le premier.

Canard, Couac

(Rigaud, 1881) : Fausse note, — note qui ne sort pas du gosier du chanteur. Quand l’émission du son commande plus d’une note, le canard prend le nom d’oie. L’autruche est un canard considérable, tout ce qu’il y a de plus fort en couacs, — dans le jargon des chanteurs.

Canarder

(Larchey, 1865) : Faire feu d’une embuscade comme si on était à l’affût des canards sauvages. — Canarder : tromper.

On a trop canardé les paroissiens… avec la philanthropie.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : v. a. Fusiller, — dans l’argot des troupiers, pour qui les hommes ne comptent pas plus que des palmipèdes.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper.

(Rigaud, 1881) : Tromper. — Plaisanter. (L. Larchey)

Canarder sans faffs

(Virmaître, 1894) : Braconner sans port d’armes (Argot des voleurs).

Canardier

(M.D., 1844) : Crieur public.

(Larchey, 1865) : Crieur, confectionneur de fausses nouvelles.

Place au célèbre Édouard, le canardier par excellence, le roi des crieurs publics !

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Crieur de journaux. Signifie aussi journaliste.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier typographe attaché à la composition d’un journal ou canard. Pour les typographes, tous les journaux, depuis le Journal officiel jusqu’au Journal… des chiffonniers, sont des canards.

(Boutmy, 1883) : s. m. Compositeur d’un journal.

Canari

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, serin, — dans le même argot [du peuple].

Canasson

(Delvau, 1867) : s. m. Cheval, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que cet animal se nourrit de son aussi bien que d’avoine : cane-à-son.

(Rigaud, 1881) : Mauvais cheval. Chapeau de femme, coiffure démodée. On prononce can’son, canasson est une forme de canard. — Vieux canasson : Mot d’amitié. (L. Larchey)

(Merlin, 1888) : Cheval.

(La Rue, 1894) : Vieux cheval. Rosse.

(Virmaître, 1894) : Vieux cheval hors de service. On appelle aussi les vieillards : canasson (Argot du peuple). V. Gaye.

(Rossignol, 1901) : Vieux, mauvais. Un mauvais cheval est un canasson. Une vieille prostituée est également un canasson.

(Hayard, 1907) : Mauvais cheval.

Cancan

(Larchey, 1865) : Danse. — Du vieux mot caquehan : tumulte (Littré).

Messieurs les étudiants, Montez à la Chaumière, Pour y danser le cancan Et la Robert Macaire.

Letellier, 1836.

Nous ne nous sentons pas la force de blâmer le pays latin, car, après tout, le cancan est une danse fort amusante.

L. Huart, 1840.

M. Littré n’est pas aussi indulgent.

Cancan : Sorte de danse inconvenante des bals publics avec des sauts exagérés et des gestes impudents, moqueurs et de mauvais ton. Mot très-familier et même de mauvais ton.

Littré, 1864.

(Delvau, 1867) : s. m. Médisance à l’usage des portières et des femmes de chambre. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Fandango parisien, qui a été fort en honneur il y a trente ans, et qui a été remplacé par d’autres danses aussi décolletées.

(Rigaud, 1881) : La charge de la danse, une charge à fond de train… de derrière.

(La Rue, 1894) : Danse excentrique, un degré de moins que le chahut et la tulipe orageuse.

Cancan ou quanquan

(d’Hautel, 1808) : Faire un grand cancan de quelque chose. C’est-à-dire, faire beaucoup de bruit pour rien. Ce mot vient de la dis pute sur la prononciation de quamquam.

Cancaner

(Delvau, 1867) : v. n. Danser le cancan ; — Faire des cancans.

(Rigaud, 1881) : Danser le cancan.

Cancanier

(Delvau, 1867) : adj. et s. Bavard, indiscret. Qui colporte de faux bruits, des médisances. On dit aussi Cancaneur.

Cancanner, pincer le cancan

(Larchey, 1865) : Danser le cancan — Pincer un léger cancan n’est pas tout à fait cancaner ; c’est une chorégraphie mixte où se fait deviner seulement le fruit défendu. — Chahuter, c’est épuiser au contraire toutes les ressources pittoresques de ce fandango national.

On va pincer son petit cancan, mais bien en douceur.

Gavarni.

J’ai cancané que j’en ai pus de jambes.

Id.

Cancre

(d’Hautel, 1808) : Un pauvre cancre. Terme injurieux et de mépris. Ignorant crasse ; homme d’une avarice sordide ; égoïste.

(Delvau, 1867) : s. m. Collégien qui ne mord volontiers ni au latin ni aux mathématiques, et qui préfère le Jardin des plantes de Buffon au Jardin des racines grecques de Lancelot.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Avare, homme qui n’aime point à prêter. Argot du peuple. Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par incapacité, soit par inconduite.

Cane

(d’Hautel, 1808) : Être peureux comme une cane ; ou faire la cane. Manquer de cœur, de courage dans une affaire d’honneur.
Quand les canes vont aux champs, les premières vont devant. Se dit à ceux qui font des demandes importunes : quand viendra-t-il ? quand sera-ce ? quand ? etc.
Mouillé comme une cane. Se dit de quel qu’un qui a été surpris par une grande pluie.

Cané

(Hayard, 1907) : Paysan riche.

Canelle

(Rigaud, 1881) : Chaîne de gilet, — dans le jargon des voleurs.

Tu d’vrais bien m’ donner ton petit dada qu’ t’as au bout de la canelle de ton bogue.

(Canler.)

(La Rue, 1894) : Caen.

(Virmaître, 1894) : La ville de Caen.
— Il y a un bath chopin à faire à Canelle, en es-tu ? (Argot des voleurs).

Caner

(Larchey, 1865) : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane.

Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne.

Rabelais.

Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre.

Marco Saint-Hilaire.

(Larchey, 1865) : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir peur, s’enfuir, faire la cane ou le chien.

(Delvau, 1867) : v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres. Caner son article. Ne pas envoyer l’article qu’on s’était engagé à écrire.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Agoniser, mourir, tomber. — Sacrifier à Richer. — Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot caler qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l’ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier.

C’est un art que les canes posssèdent d’instinct… Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burlesques.

(Ch. Nisard, Curiosités de l’Étymologie française.)

Déjà dans Rabelais, nous relevons l’expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner :

Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu.

(L. L.)

(Virmaître, 1894) : Avoir peur, reculer. Caner : synonyme de lâcheté (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Avoir peur ou ne pas oser faire une chose. Un gamin cane l’ecole, lorsqu’il ne s’y rend pas.

(Hayard, 1907) : Avoir peur.

Caner la pegrenne

(Virmaître, 1894) : Mourir de faim (Argot des voleurs).

Caner la pégrenne

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir de faim, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Mourir de faim.

Caneton

(Boutmy, 1883) : s. m. Petit canard, journal de peu d’importance. V. Feuille de chou.

Caneur

(Rigaud, 1881) : Poltron.

Canfouine

(La Rue, 1894) : Domicile.

(Virmaître, 1894) : Domicile (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Logement, maison.

(Hayard, 1907) : Domicile.

Caniche

(d’Hautel, 1808) : Un caniche. Nom injurieux que l’on donne à un homme de vilaine figure, mal propre dans son habillement, et qui a les cheveux coupés.

(Larchey, 1865) : Ballot carré (Vidocq) aux coins duquel la toile d’emballage forme des oreilles semblables à celles d’un petit chien.

(Delvau, 1867) : s. m. Chien en général, — dans l’argot du peuple, pour lequel le caniche est le seul chien qui existe, comme le dada est pour les enfants le seul cheval de la création.

(Delvau, 1867) : s. m. Ballot à oreilles, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Ballot carré dont la toile d’emballage figure, aux quatre coins, des oreilles de chien.

(Virmaître, 1894) : Ballot à oreilles. Allusion aux longues oreilles de chien-mouton (Argot des voleurs). N.

Canichon

(Delvau, 1864) : Con poilu et frisé comme un caniche.

Est-il bien méchant, ma tante,
Vot’ p’tiot canichon ?
Non, que m’répond ma parente,
C’est un vrai bichon.
N’sens-tu pas sa bouche qu’est close ?
Entre ton doigt d’dans…
— Tiens, que j’dis, la drôle de chose,
Vot’ quien n’a point d’dents.

Léon Charly.

Canif

(d’Hautel, 1808) : Donner des coups de canif dans le contrat. Se rendre coupable d’adultère ; violer la foi conjugale.

Canne

(un détenu, 1846) : Surveillance Imposée par un jugement ; casser la canne : rompre la surveillance ou son ban.

(Delvau, 1867) : s. f. Surveillance de la haute police, — dans le même argot [des voleurs].

(Delvau, 1867) : s. f. Congé, renvoi plus ou moins poli, — dans l’argot des gens de lettres, dont quelques-uns ont une assez jolie collection de ces rotins. Offrir une canne. Prier un collaborateur de ne plus collaborer ; l’appeler à d’autres fonctions, toutes celles qu’il voudra — mais ailleurs.

(Rigaud, 1881) : Démission donnée à un rédacteur de journal. Mot à mot : lui offrir sa canne pour le voir partir.

(Rigaud, 1881) : Surveillance de la haute police.

Il y a la canne majeure et la canne mineure.

(L. Larchey)

Être en canne, résider dans une localité désignée ; se dit d’un libéré.

Canne (être en)

(Rossignol, 1901) : Dans le temps, lorsqu’un individu soumis à la surveillance par suite d’une condamnation quittait sa résidence obligée, il était en canne et pouvait être arrêté pour rupture de ban ; il en est de même aujourd’hui pour les interdits.

Canne (la)

(Halbert, 1849) : Surveillance de la haute police.

Canne (vieille)

(Fustier, 1889) : « Quels gens appelez-vous vieilles cannes ? — Les repris de justice. »

(Barron : Paris-Étrange.)

Canne à pêche

(Rigaud, 1881) : Individu très maigre.

Canne d’aveugle

(Virmaître, 1894) : Bougie. Allusion à la forme droite comme la canne sur laquelle s’appuie l’aveugle (Argot des voleurs).

Canne, trique

(La Rue, 1894) : Surveillance de la haute police.

Cannelle

(d’Hautel, 1808) : Être cannelle. Pour dire être d’une grande simplicité, d’une rare bêtise.
Mettre quelqu’un en cannelle. Le mettre en pièce ; tenir des discours outrageans sur son compte.
Mettre quelque chose en cannelle. Le briser, le mettre en morceaux.

Canner

(un détenu, 1846) : Tomber, mourir.

Cannotes

(Clémens, 1840) : Dents, voir Dominos.

Canon

(d’Hautel, 1808) : Il est bourré comme un canon. Se dit d’un goinfre, d’un gouliafre, qui a mangé avec excès

(Larchey, 1865) : Mesure de liquide en usage chez les marchands de vins de Paris. — N’oublions pas que canon signifie verre dans le vocabulaire des francs-maçons. — Prendre un can sur le comp : Prendre un canon sur le comptoir.

Les canons que l’on traîne à la guerre Ne valent pas ceux du marchand de Vin.

Brandin, Chansons, 1826.

(Delvau, 1867) : s. m. Verre, — dans l’argot des francs-maçons ; petite mesure de liquide, — dans l’argot des marchands de vin. Petit canon. La moitié d’un cinquième. Grand canon. Cinquième.

(Rigaud, 1881) : Verre, de vin. Il y a le canon du broc et le canon de la bouteille. Selon nous, c’est un mot du jargon des francs-maçons entré dans le domaine de l’argot du peuple. — D’après M. Génin, canon qu’il faut écrire cannon, est le diminutif de la canne, mesure pour les liquides. C’est un mot saxon conservé dans l’anglais et dans l’allemand. « Tant va la canne à l’eau qu’il li convient briser. » Vieux proverbe que nous avons rajeuni par le : « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise. » — Siffler un canon sur le zinc, boire un verre de vin sur le comptoir.

(Virmaître, 1894) : Verre de vin. Allusion à la forme sphérique du verre (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Petit verre contenant du vin rouge, qui se vendait il y a vingt ans dix centimes sur le comptoir des marchands de vins. Ce modèle de verre sans pied a disparu, mais le nom est reste et le prix augmente ; la contenance était d’environ six centilitres. Il y avait alors une chanson en vogue dans laquelle on disait :

N’ayez pas peur du canon, C’n’est pas la mer à boire.

Canonner

(Delvau, 1867) : v. n. Fréquenter les cabarets.

(Delvau, 1867) : v. n. Crepitare, — dans l’argot facétieux des faubouriens, amis du bruit, d’où qu’il sorte.

(Rigaud, 1881) : Boire des canons de vin.

À l’heure où Paris canonne, alors que la France ouvrière s’imbibe en lisant la feuille de la rue du Croissant.

(Vaudin, Gazetiers et Gazettes.)

(Rigaud, 1881) : Tirer le canon. Sacrifier à crepitus ventris. Canonnade, série d’offrandes à crépitas ventris.

(Virmaître, 1894) : Boire des canons sur le zinc du mastroquet (Argot du peuple).

Canonneur

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de canons.

Canonnier

(Virmaître, 1894) : Les cambrioleurs. V. ce mot.

Canonnier de la pièce humide

(Larchey, 1865) : Voir artilleur.

(Delvau, 1867) : s. m. Infirmier, — dans l’argot des soldats.

(Virmaître, 1894) : Soldat infirmier qui opère sur les derrières de l’armée (Argot du peuple).

Canonnière

(d’Hautel, 1808) : Pour dire le postérieur, le derrière.
Décharger sa canonnière, pour dire lâcher un mauvais vent ; faire ses nécessités.

(Delvau, 1867) : s. f. Le podex de Juvénal, dans l’argot des faubouriens. Charger la canonnière. Manger. Gargousses de la canonnière. Navets, choux, haricots, etc.

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Charger la canonnière, manger. — Gargousse de la canonnière, navets, choux, haricots. (A. Delvau)

Cant

(Delvau, 1867) : s. m. Argot des voleurs anglais, devenu celui des voleurs parisiens.

(Delvau, 1867) : s. m. Afféterie de manières et de langage ; hypocrisie à la mode. Expression désormais française. Le cant et le bashfulness, deux jolis vices !

(Rigaud, 1881) : Argot des voleurs anglais.

Cantaloup

(Larchey, 1865) : Niais. — V. Melon.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, melon, — dans l’argot des faubouriens.

Cantharide

(Delvau, 1864) : Insecte qui, réduit en poudre, est un aphrodisiaque énergique et dangereux qu’emploient les gens épuisés par les excès vénériens pour en recommencer d’autres.

La cantharide est, à Cythère,
En usage comme à Paris ;
Son effet est très salutaire,
Surtout pour nous autres maris.
Ce bonbon me change en Alcide !
J’étais si faible auparavant…
En avant de la cantharide !
Oui, la cantharide en avant. !

J. Du Boys.

Cantique

(Delvau, 1867) : s. m. Chanson à boire, — dans l’argot des francs-maçons, qui savent que chanter vient de cantare.

Canton

(anon., 1827) : Prison.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prison.

(Bras-de-Fer, 1829) : Prison.

(Halbert, 1849) : Prison.

(Larchey, 1865) : Prison (Vidocq). — Du vieux mot canton : coin. C’est dans les coins qu’on est à l’ombre. — Cantonnier : Prisonnier. V. Carruche.

(Delvau, 1867) : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Prison, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Prison. Capitaine. Capitaliste, agioteur.

(Virmaître, 1894) : Prison. Le prisonnier y est en effet cantonné (Argot des voleurs).

Cantonade

(Delvau, 1867) : s. f. Partie du théâtre en dehors du décor, — dans l’argot des coulisses. Parler à la cantonade. Avoir l’air de parler à quelqu’un qui est censé vous écouter, — au propre et au figuré. Écrire à la cantonade. Écrire pour n’être pas lu, — dans l’argot des gens de lettres.

Cantonnier

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Prisonnier.

(Halbert, 1849) : Prisonnier.

(Delvau, 1867) : s. m. Prisonnier.

(Rigaud, 1881) : Prisonnier.

Cantonniers

(anon., 1827) : Prisonniers.

(Bras-de-Fer, 1829) : Prisonniers.

Canulant

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyeux, importun, insupportable, — dans l’argot du peuple, qui a une sainte horreur des matassins, armés comme l’on sait, qui poursuivent M. de Pourceaugnac.

(Rigaud, 1881) : Tannant.

Canularium

(Fustier, 1889) : Argot des élèves de l’École normale. Sorte d’investiture ; épreuves que subissent à l’École les nouveaux venus. Dans le numéro du 13 novembre 1887 du journal La Paix, M. Joseph Montet a fait une curieuse description de cette cérémonie.

Canule

(Larchey, 1865) : Homme canulant. — Canuler : importuner.

C’est canulant.

H. Monnier.

Mot inventé par les ennemis du clystère.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme ennuyeux, obsédant.

(Rigaud, 1881) : Personnage ennuyeux, celui qui obsède son semblable et cherche à s’insinuer.

(Virmaître, 1894) : Petit instrument placé au bout d’une seringue, d’un irrigateur. Canule : Être ennuyeux.
— Ah ! lâche-nous, voilà une heure que tu nous canules (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Personne ennuyeuse.

Canuler

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer, obséder.

(Rigaud, 1881) : Obséder, ennuyer, tanner.

(Boutmy, 1883) : v. a. Ennuyer, fatiguer.

Canuleur

(Boutmy, 1883) : adj. Ennuyeux, fatigant.

(Fustier, 1889) : V. Delvau, Canule.

Caoua

(Rossignol, 1901) : Mot arabe beaucoup usité, qui veut dire café.

Caoudgi

(Rigaud, 1881) : Café, — dans l’argot de l’armée. Mot importé par nos soldats retour d’Afrique.

Caoutchouc

(Rigaud, 1881) : Mont-de-Piété, — dans le jargon des voyous. Jeu de mots sur les qualités du caoutchouc et du Mont-de-Piété qui prêtent également l’un et l’autre, chacun à sa manière. L’immortel auteur des Pensées d’un emballeur avait déjà émis cette réflexion, empreinte d’une certaine mélancolie : « Le Mont-de-Piété prêterait davantage s’il était en caoutchouc. »

(Rigaud, 1881) : Clown qui semble en caoutchouc, tant il est souple. (Littré.)

Travail extraordinaire de M. Schlan, ! homme serpent, premier caoutchouc et gymnaste du monde.

(Indépendance belge, 11 sept. 1868.)

Cap (doubler le)

(Fustier, 1889) : Faire un détour pour éviter un créancier. (V. Delvau : Rue barrée.)

Capable

(d’Hautel, 1808) : Avoir l’air capable ; prendre un air capable. Signifie avoir ou prendre un ton suffisant et tranchant ; faire le pédant, le fanfaron, l’habile homme.
C’est un homme capable. Se dit aussi en bonne part d’un homme qui a de la capacité, d’un bon ouvrier.

Capahuter

(Larchey, 1865) : Assassiner son complice pour s’approprier sa part (Vidocq). — Du nom de Capahut, un malfaiteur coutumier du fait.

(Delvau, 1867) : v. a. Assassiner un complice pour s’approprier sa part du vol.

(Rigaud, 1881) : Assassiner son complice et l’alléger de sa part de butin. C’est, paraît-il, un nommé Capahut qui a mis, autrefois, ce procédé violent à la mode. À part quelques escarpes érudits, qui connaît aujourd’hui Capahut ? La gloire n’est qu’un mot !

Caparaçonner

(d’Hautel, 1808) : Il est bien caparaçonné. Se dit en plaisantant d’un homme paré, endimanché, dont le maintien est roide et embarrassé.

Cape

(Halbert, 1849) : Écriture.

(Delvau, 1867) : s. f. Écriture, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Écriture, — dans l’ancien argot. — Capine, écritoire. — Capir, écrire.

Cape-de-biou

(d’Hautel, 1808) : Jurement gascon, et qui signifie tête-de-bœuf.

Capet

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau, — dans l’argot des ouvriers.

Capilotade

(d’Hautel, 1808) : Mettre quelqu’un en capilotade. Le maltraîter en paroles, ne plus garder de mesure dans les médisances que l’on débite sur son compte ; le mettre en pièces.

Capine

(Halbert, 1849) : Écritoire.

(Delvau, 1867) : s. f. Écritoire.

Capir

(Halbert, 1849) : Écrire.

(Delvau, 1867) : v. a. Écrire.

Capiston

(Rigaud, 1881) : Capitaine, — dans le jargon des troupiers, — Capiston bêcheur, capitaine adjudant-major.

(Merlin, 1888) : Capitaine. — On dit encore piston.

(Virmaître, 1894) : Capitaine (Argot des troupiers).

(Rossignol, 1901) : Capitaine.

(Hayard, 1907) : Capitaine.

Capitaine

(Larchey, 1865) : Agioteur (Vidocq). Corruption de Capitaliste.

(Delvau, 1867) : s. m. Agioteur, dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Capitaliste, — dans le même argot [des voleurs].

Capitaine bécheur

(Delvau, 1867) : s. m. Capitaine rapporteur, — dans l’argot des soldats.

Capitaine de la soupe

(Rigaud, 1881) : Se dit ironiquement pour désigner un capitaine qui n’a jamais vu le feu, et qui n’a gagné son grade qu’au tour d’ancienneté.

Capitainer

(Delvau, 1867) : v. a. Agioter.

Capital

(Fustier, 1889) : Vertu, virginité de la femme. Le mot a été créé par M. Alexandre Dumas.

Généralement, c’est une femme dont le capital s’est perdu depuis de longues années.

(Théo-Critt : Nos farces à Saumur.)

(La Rue, 1894) : Virginité de la femme.

Capitation

(d’Hautel, 1808) : Il est bon comme la capitation. Se dit d’un enfant importun, hargneux, indocile et méchant, et par une allusion maligne avec un impôt ainsi nommé qui pesoit autrefois sur le peuple.

Capitole

(Rigaud, 1881) : Nom donné par les écoliers au cachot, représenté le plus souvent par un grenier, dans les écoles. On dit : « monter au Capitole », par allusion classique. (L. Larchey)

Capitonnée

(Virmaître, 1894) : Femme bien en chair, qui a une gorge bien développée, qui se tient ferme sans le secours du corset. On dit aussi qu’elle est meublée.
— Ah ! Gugusse, mince de viande, ça ferait rien un bath traversin (Argot du peuple). N.

Capitonner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Garnir le corsage de sa robe « d’avantages » en coton, — dans l’argot des petites dames qui, pour séduire les hommes, ont recours à l’Art quand la Nature est insuffisante.

Capitulard

(Rigaud, 1881) : Pendant la guerre de 1870-71, le peuple, qui veut le succès à n’importe quel prix, avait décerné ce sobriquet à tout général qui capitulait. Au plus fort de nos revers, il vit des capitulards partout, et quand Bazaine livra Metz aux Prussiens, il fut salué : Roi des capitulards.

Capon

(d’Hautel, 1808) : Câlin, flatteur, hypocrite ; homme lâche et poltron. Les écoliers appellent capon, pestard, celui de leurs camarades qui va se plaindre ou rapporter au maitre. Le mot capon signifie aussi parmi le peuple un joueur rusé et de mauvaise foi, qui est très-habile au jeu.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Écrivain des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Lâche, — dans l’argot du peuple, trop coq gaulois pour aimer les chapons.

Caponner

(d’Hautel, 1808) : Agir de ruse en jouant : en terme d’écolier, faire le pestard, aller rapporter, se plaindre au maître.

(Delvau, 1867) : v. n. Reculer, avoir peur.

(Fustier, 1889) : Argot des écoles. Rapporter au maître les fautes de ses condisciples.

Capons

(anon., 1827) : Les écrivains des autres.

Caporal

(Larchey, 1865) : Tabac à fumer. — Allusion à un tabac haché plus gros, dit de soldat, qui est vendu a un prix moindre.

Un fumeur très-ordinaire brûle à lui seul son kilogramme de caporal par mois, cent francs par an au bas mot, dont soixante-dix pour le Trésor.

A. Luchet.

(Delvau, 1867) : s. m. Tabac de la régie.

(Rigaud, 1881) : Tabac à fumer. Ainsi désigné primitivement par les soldats pour le distinguer du tabac de cantine. Le caporal est, pour le soldat, du tabac supérieur, du tabac gradé, d’où le surnom.

Caporal (le petit)

(Rigaud, 1881) : Surnom que les soldats de la garde avaient donné à Napoléon Ier. Les invalides, qui ont fait les guerres du premier Empire, le désignent encore sous ce nom et aussi sous celui du Petit Tondu.

Capot

(d’Hautel, 1808) : Être capot. Ne point faire de levées dans une partie ; et par extension, être mal dans ses affaires, être ruiné. Il signifie aussi être honteux, surpris et confus.

(Rigaud, 1881) : Trou du souffleur, pour capote ; par allusion à la forme de cette boîte dont le couvercle rappelle la capote de cabriolet.

Capote

(Delvau, 1864) : Autrement dit, redingote anglaise. Préservatif en baudruche ou en caoutchouc historié, dont on habille le membre viril, toutes les fois qu’on le conduit au bonheur, — ce qui ne le préserve pas du tout de la chaude-pisse ou de la vérole, d’après l’opinion du docteur Ricord, autorité compétente en cette matière, qui a dit : « La capote est une cuirasse contre le plaisir et une toile d’araignée contre la vérole. » Les frères Millan, gros et petits, sont seuls intéressés à soutenir le contraire.

Il fuyait me laissant une capote au cul.

Louis Protat.

Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez le gros Millan,
S’enflent d’elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.

(Parnasse satyrique.)

Capote anglaise

(Rigaud, 1881) : Pour les voyageuses via Cythère, c’est un préservatif contre le mal de mer ; pour les voyageurs, c’est une sorte de ceinture de sauvetage. — Les Italiens ont donné à ce petit appareil le nom d’un de leurs meilleurs auteurs comiques ; ils l’ont nommé goldoni. Peut-être l’auteur du Bourru bienfaisant passait-il pour un homme de précaution ?

Capou

(Delvau, 1867) : s. m. Écrivain public, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Écrivain public (Argot des voleurs).

Capouls

(Rigaud, 1881) : Coiffure d’homme, à bandeaux en cœur, inaugurée en 1874 par le ténor Capoul, placée sous son patronage et adoptée par les jeunes élégants, les garçons coiffeurs et les commis de magasin qui visent à l’élégance.

Capous

(Halbert, 1849) : Les écrivains des autres.

Câpre

(Rigaud, 1881) : Chèvre. — Câpres, crottes de chèvre.

Caprice

(d’Hautel, 1808) : Il a autant de caprices qu’un chien a de puces. Locution burlesque, pour exprimer les nombreuses fantaisies qu’ont les enfans mal élevés.

(Delvau, 1864) : Amant ou maîtresse.

Mon dernier caprice m’a cassé trois dents.

Gavarni.

(Larchey, 1865) : Objet d’une vive et subite affection.

Tu es mon caprice, et puisqu’il faut sauter le pas, que du moins j’y trouve du plaisir.

Rétif, 1776.

(Delvau, 1867) : s. m. Amant de cœur, — dans l’argot de Breda-Street, où l’on a l’imagination très capricante. Caprice sérieux. Entreteneur.

Capsule

(Delvau, 1867) : s. f. Chapeau à petits bords, à la mode depuis quelques années. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme, — dans le jargon du peuple. — Schako d’infanterie. (L. Larchey)

(Merlin, 1888) : Chapeau à haute forme.

(La Rue, 1894) : Chapeau. Schako.

(Virmaître, 1894) : Chapeau (Argot du peuple). V. Bloum.

Capsule (chapeau)

(Larchey, 1865) : Chapeau affectant les petits bords et la forme cylindrique d’une capsule de fusil ; à la mode depuis 1860. V. Carreau.

Captif (enlever le)

(Rigaud, 1881) : Donner du pied au derrière ; variante de : enlever le ballon ; mot à mot : enlever le ballon captif, par allusion à feu l’aérostat de l’ingénieur Giffard.

Capucin

(d’Hautel, 1808) : Être capucin ou capucine. Pour dire n’avoir pas le sou, être dépourvu d’argent.

(Rigaud, 1881) : Lièvre, en terme de chasseurs.

Il y avait même quelques vieux capucins dont il voulait faire son profit à la barbe de ses compagnons de chasse.

(Musée Philipon.)

Capucine

(Larchey, 1865) : « Veuillez excuser notre ami, il est gris jusqu’à la troisième capucine. » — Murger. — C’est comme si l’on disait : Il en a par dessus le menton. La troisième capucine est très-près de la bouche du fusil.

Capucine (jusqu’à la troisième)

(Rigaud, 1881) : Énormément, à fond. — S’ennuyer jusqu’à la troisième capucine.

Caque

(d’Hautel, 1808) : La caque sent toujours le hareng. Pour dire que quelle que soit la fortune que l’on ait acquise, on se sent toujours de la bassesse de son extraction, et qu’il est bien difficile de se défaire des mauvaises habitudes que l’on a contractées dans sa jeunesse. Fortuna non mutat genus.
Être serré comme des harengs dans une caque.
Pour être serré, gêné dans un lieu ; y être fort à l’étroit.

Caquer

(Delvau, 1867) : v. n. Alvum deponere, — dans l’argot du peuple.

Caquet

(d’Hautel, 1808) : Rabattre le caquet à quelqu’un. Le faire taire, soit par des menaces, des rebuffades ou des mortifications.

(d’Hautel, 1808) : Il mêle tout le monde dans ses caquets. Pour il médit sur Pierre et Paul, il n’épargne personne dans ses propos.

Caquet bon bec

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à une babillarde, à une commère.

Caquetage

(d’Hautel, 1808) : Causerie, commérage, bavardage, propos nuisibles et indiscrets. Se prend toujours en mauvaise part.

Caqueter

(d’Hautel, 1808) : Bavarder, babiller ; dire des choses frivoles et inutiles ; montrer de l’indiscrétion dans ses discours.

Caqueterie

(d’Hautel, 1808) : Paroles superflues.

Caqueteur, caqueteuse

(d’Hautel, 1808) : Qui babille qui bavarde beaucoup ; diseur de rien ; commère.

Carabas

(Delvau, 1867) : s. m. Vieille berline de comte ou de marquis, carrosse d’un modèle suranné.

(Delvau, 1867) : s. m. Riche propriétaire de terres ou de maisons. On dit aussi Marquis de Carabas.

Carabin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à un étudiant en chirurgie.

(Delvau, 1867) : s. m. Étudiant en médecine, — dans l’argot du peuple.

Carabinade

(d’Hautel, 1808) : Farce, tour de carabin.

Carabine

(Halbert, 1849) : Grisette d’étudiant.

(Delvau, 1864) : Femme qui fréquente les élèves en médecine et se fait carabiner par eux.

… Son petit air mutin
Plaît fort au quartier Latin.
C’est Flora, la carabine,
Dont la mine si lutine,
Promet à chacun son tour
Un beau jour d’amour.

J. Choux.

(Larchey, 1865) : Fouet de conducteur du train. — Allusion ironique à son claquement.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse d’étudiant.

(Delvau, 1867) : s. f. Fouet, — dans l’argot des soldats du train.

(Rigaud, 1881) : Demoiselle du quartier latin vouée aux étudiants en médecine, vulgo « carabins ».

Carabiné

(Larchey, 1865) : De première force. — Terme de marine. On sait qu’un vent carabiné est très-fort.

(Rigaud, 1881) : Violent, très fort ; mot emprunté au vocabulaire des marins. Une déveine carabinée, une forte déveine.

(Rossignol, 1901) : Un liquide fort en degrés d’alcool est carabiné. Une absinthe forte est carabinée. Celui qui est atteint sérieusement d’une maladie qui, dit-on, a été rapportée par Christophe Colomb, est carabiné.

Carabine (la)

(Merlin, 1888) : Fouet du soldat du train.

Carabiné, ée

(Delvau, 1867) : adj. De première force ou de qualité supérieure. Argot du peuple. Plaisanterie carabinée. Difficile à accepter, parce qu’excessive.

Carabiner

(Delvau, 1867) : v. n. Jouer timidement, aventurer en hésitant son argent sur quelques cartes. Argot des joueurs de lansquenet.

(Rigaud, 1881) : Jouer de peur, jouer la carotte aux jeux de hasard.

Carabiner une femme

(Delvau, 1864) : La baiser à la gendarme, la flûte entre les jambes.

Et tandis que vous jouerez gros jeu avec la princesse, ne pourrai-je point carabiner avec la soubrette ?

(Théâtre italien.)

Carabinier de la Faculté

(Fustier, 1889) : Pharmacien.

Caracoler

(Delvau, 1864) : Baiser, ce qui est proprement faire des caracoles sur le ventre d’une femme.

Carafe

(Rigaud, 1881) : Gosier, — dans le jargon des voyous. Fouetter de la carafe, sentir mauvais de la bouche.

Carafe, coco, cornet

(Hayard, 1907) : Gorge, gosier.

Carafes (faire rire les)

(Rigaud, 1881) : Dérider les personnes les plus graves, à force de dire des bêtises.

Carambolage

(Delvau, 1867) : s. m. Lutte générale, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Choc de deux voitures dans la rue. Les voyous que cela amuse disent :
— Ah zut, mince de de carambolage (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Accouplement.

Caramboler

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, parce que l’homme se sert de sa queue pour jouer au billard amoureux, pour y faire des effets de queue, pour mettre ses billes dans la blouse de la dame.

(Larchey, 1865) : Faire d’une pierre deux coups.

Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre quelqu’un, et surtout plusieurs quelqu’uns à la fois ; faire coup double, au propre et au figuré.

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.

(Virmaître, 1894) : Au billard, faire toucher les trois billes (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : V. Rouscailler.

Caramboler ?

(Rossignol, 1901) : Rien du billard. Voir Rouscailler.

Carant

(Halbert, 1849) : Planche.

(Delvau, 1867) : s. m. Planche, morceau de bois carré, — dans l’argot des voleurs.

Carante

(Halbert, 1849) : Table.

(Larchey, 1865) : Table (Vidocq). — Diminutif de carrée ( ?). — Allusion de forme.

(Delvau, 1867) : s. f. Table.

(Rigaud, 1881) : Table, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Table.

Carapata

(La Rue, 1894) : Marinier de la Seine.

(Rossignol, 1901) : Soldat d’infanterie.

Carapater

(Rossignol, 1901) : Marcher, se dépêcher.

(Hayard, 1907) : Fuir, se sauver.

Carapater (se)

(Rigaud, 1881) : Se cacher. — Se sauver pour ne pas être vu ou reconnu.

Surveillés de près, comme nous le serions certainement, nous n’aurions plus la chance de nous carapater.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

Carapatter (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se sauver, jouer des pattes. Argot des faubouriens.

Carat

(d’Hautel, 1808) : Il est bête à trente-six carats. Manière exagérée et grossière d’exprimer qu’un homme est d’une stupidité, d’une ineptie au-dessus de tout ce qu’on peut imaginer.

(Rossignol, 1901) : Années. Ce mot est employé par les placiers ou correspondants de maisons de tolérance de province pour désigner l’âge d’une femme : il dira que le colis qu’il va expédier a dans les dix-huit carats pour âge.

Caravane

(d’Hautel, 1808) : Faire ses caravanes. C’est-à dire des tours de jeunesse ; mener une vie libertine et débauchée, donner dans les plus grands excès.

Caravanes

(La Rue, 1894) : Aventures galantes : raconter ses caravanes.

Carbeluche galicé

(Halbert, 1849) : Chapeau de soie.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau de soie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Chapeau haut de forme.

Carcagne

(Rigaud, 1881) : Usurier, — dans l’ancien argot des bagnes.

Carcagno

(un détenu, 1846) : Usurier, arpagon, avare.

(Delvau, 1867) : s. m. Usurier, — dans l’argot des faubouriens.

Carcagnos

(La Rue, 1894) : Usurier.

Carcagnot

(M.D., 1844) : Prisonnier, qui prête de l’argent à ses collégues à intérêt. Avant le système pénitentiaire, cela existait dans les prisons et existe encore dans les bagnes. Le carcagnot prête 2 sous pour 3, et en dix ans de temps, amasse des sommes immenses.

(Virmaître, 1894) : Brocanteur, usurier, juif qui achète tout à vil prix sans s’occuper de la provenance (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Brocanteur, usurier.

Carcan

(Larchey, 1865) : Cheval étriqué, femme maigre et revêche.

C’est pas un de ces carcans à crinoline.

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux cheval bon pour l’équarrisseur. Argot des maquignons.

(Rigaud, 1881) : Cheval, — dans le jargon des soldats de cavalerie, qui se vengent par cette épithète des soins assidus qu’il leur faut donner à la plus noble conquête que l’homme ait faite. — Mauvais cheval, — dans le jargon du peuple. — Femme maigre. C’est un vieux carcan.

Carcan à crinoline

(Delvau, 1864) : Nom que les voyous donnent aux drôlesses du quartier Breda, qui font de l’embarras avec leurs crinolines à vaste envergure sous lesquelles il y a souvent des maigreurs désastreuses.

C’est pas un de ces carcans à crinoline.

Charles Monselet.

Carcan à strapontin

(Virmaître, 1894) : Vieille fille publique. De carcan : vieux cheval (Argot des filles).

Carcasse

(d’Hautel, 1808) : Une vieille carcasse. Terme injurieux et méprisant ; duègne revêche et grondeuse, qui n’a que la peau et les os.

(Delvau, 1867) : s. f. Le corps humain, — dans l’argot du peuple. Avoir une mauvaise carcasse. Avoir une mauvaise santé.

(Rigaud, 1881) : Corps humain. Ne savoir que faire de sa carcasse, être désœuvré.

Carcasse (etats de)

(Rigaud, 1881) : Reins, — dans le jargon des voleurs. Prends garde que je te fasse une descente à coups de salaire dans les environs des États.

Carcasser

(Virmaître, 1894) : Tousser.
— Carcasse-donc ton dernier poumon tu ne nous emmerderas plus la nuit (Argot du peuple).

Carcassier

(Delvau, 1867) : s. m. Habile dramaturge, — dans l’argot des coulisses. On dit aussi Charpentier.

Carder

(d’Hautel, 1808) : Pour dire peigner, friser, coiffer.
Il est bien cardé. Se dit par plaisanterie d’un homme frisé avec recherche et prétention.

(Delvau, 1867) : v. a. Égratigner le visage de quelqu’un à coups d’ongles. Argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Égratigner.

(Rossignol, 1901) : Battre quelqu’un ou se faire battre.

Il m’embêtait, je lui ai cardé la peau. — Je me suis fait carder.

Cardeuil (quart d’œil)

(Clémens, 1840) : Commissaire.

Cardinal de la mer

(Delvau, 1867) : s. m. Le homard, — dans l’argot ironique des gens de lettres, par allusion à la bévue de Jules Janin.

Cardinale

(Delvau, 1867) : s. f. Lune, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Lune, — dans l’ancien argot. Allusion à l’influence périodique qu’on lui attribuait sur certaine indisposition féminine, indisposition en faveur de laquelle Michelet a écrit un roman.

Cardinales

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les menses des femmes, — dans l’argot des bourgeois.

(La Rue, 1894) : Époques de la femme.

Cardinales (les)

(Delvau, 1864) : Les menstrues, qui teignent en rouge la chemise des femmes. — On disait même autrefois : « Le cardinal est logé à la motte », pour signifier : « Cette femme a ses menstrues. »

La jeune fille un peu pâle et tout éplorée,
À son amant chéri dit cet aveu fatal
Qu’elle avait pour neuf mois perdu son cardinal.

(Tour du Bordel.)

Cardinaliser (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Rougir, soit d’émotion, soit en buvant. L’expression appartient à Balzac. Déjà Rabelais avait parlé des « escrevisses qu’on cardinalise à la cuite ».

Cardon

(d’Hautel, 1808) : Frais comme un cardon. Pour dire vermeille, plein de santé.

Care

(Delvau, 1867) : s. f. Cachette, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. On dit aussi Planque.

(Rigaud, 1881) : Échange. — Vol à la care, vol à l’échange : vol au change de monnaie.

(La Rue, 1894) : Échange. Vol au change de monnaie fait par le carreur.

Care (vol à la care)

(Virmaître, 1894) : Les careuses entrent dans un magasin, principalement dans les bureaux de tabacs et demandent à changer des pièces d’un certain millésime contre d’autres. Profitant de l’inattention des commerçants, elles escamotent une partie des pièces (Argot des voleurs).

Care (vol à la)

(Rossignol, 1901) : La femme qui vole un objet dans un magasin commet un vol à la care parce qu’elle le cache. Il y a des careuses de profession qui, pour commettre ce vol, ont dessous leur jupe un grand sac où elles enfouissent le produit de leurs vols. Ce sac est nommé par elles un kanguroo (sarigue), probablement pour faire allusion à la poche que cet animal a sur le ventre pour y mettre ses petits.

Care (voler à la), carer, caribener

(Larchey, 1865) : Voler. Un marchand en proposant un échange avantageux de monnaies anciennes contre des nouvelles (Vidocq). — Carer n’est qu’une forme ancienne (V. Roquefort) et par conséquent un synonyme de charrier. V. ce mot. — Caribener est un diminutif.

Carême

(d’Hautel, 1808) : Si le carême dure sept ans, vous aurez fini cet ouvrage à Pâques. Se dit ironiquement et par reproche à une personne nonchalante et paresseuse qui ne termine rien ; à un ouvrier d’une lenteur extrême et dont on ne voit pas finir la besogne.
Carême-prenant. Les jours gras, saturnales, temps de folies et de divertissement.
Il a l’air de carême-prenant. Se dit par raillerie d’un homme habillé d’une manière grotesque et ridicule.
Cela vient comme mars en carême. Pour dire à point nommé, fort à-propos.
Hirondelles de carême. On donnoit autrefois ce nom à un ordre de frères mendians qui alloient quêter pendant tout le carême.
Pour trouver le carême court, il faut faire une dette payable à Pâques.
Face de carême.
Visage blême, maigre et décharné.
Amoureux de carême. Damoiseau ; homme qui affecte de l’indifférence, de la froideur. Voyez Amoureux transi.
Il faut faire carême prenant avec sa femme, et Pâques avec son curé. Maxime grivoise du bon vieux temps.
Tout est de carême. Se dit pour excuser les libertés que l’on prend, les folies que l’ont fait pendant le carnaval.

Carer

(Delvau, 1867) : v. a. Cacher, se mettre à l’abri.

(Rossignol, 1901) : Cacher, dissimuler, mettre de côté.

Caresser

(d’Hautel, 1808) : Caresser quelque chose ; en faire souvent usage.
Caresser la bouteille. Pour aimer à boire ; boire souvent ; s’adonner à l’ivrognerie.

Caresser un homme

(Delvau, 1864) : Le peloter, lui passer une main adroite dans la pantalon pour réveiller le membre qui y dort sur ses deux coussins, et le faire ainsi gaudilier. — Caresser une femme, la baiser, — ce qui est, pour elle, la caresse par excellence.

Chloé, d’où vient cette rigueur ?
Hier tu reçus mes caresses,
J’accours aujourdhui plein d’ardeur
Et tu repousses mes tendresses.

E. T. Simon.

Afin, se disoit-il, que nous puissions, nous autres,
Leurs femmes caresser, ainsi qu’ils font les nôtres.

Regnier.

J’avais un mari si habile,
Qu’il me caressait tous les jours.

(Parnasse satyrique.)

La jeune demoiselle qui avait été si bien caressée, s’imaginait que cela devait durer toutes les nuits de la même façon.

D’Ouville.

Il les repoussa de la porte, la referma, et retourna caresser la belle.

Tallemant des Réaux.

Si vous voulez madame caresser,
Un peu plus loin vous pouviez aller rire,

La Fontaine.

Que de caresses
Que de tendresses.
Pour réchauffer vos cœurs, vieux députés !

Gustave Nadaud.

Careur

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur dont la spécialité consiste à s’établir à portée du tiroir de caisse d’un marchand, sous prétexte de pièces anciennes à échanger, et à profiter de la moindre distraction pour s’emparer du plus de pièces possible — anciennes ou nouvelles. On dit aussi Voleur à la care. C’est le pincher anglais.

(Rigaud, 1881) : Voleur à la care.

Carfouiller

(Fustier, 1889) : Fouiller jusqu’au fond, dans tous les sens. « Il délibéra longtemps avec luimême pour savoir… s’il lui carfouillérait le cœur avec son épée ou s’il se bornerait à lui crever les yeux.

(Figaro, 1882.)

Carge

(Halbert, 1849) : Balle.

(Delvau, 1867) : s. f. Balle, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Balle, ballot.

(La Rue, 1894) : Balle, fardeau.

Cargot

(Larchey, 1865) : Cantinier. — Corruption de gargotier. — V. Aide.

(Virmaître, 1894) : Cantinier. Ce n’est pas une corruption de gargotier, car d’après les règlements des prisons le cargot ne fait pas de cuisine et ne vend que des aliments froids, du fromage et de la charcuterie. Comme les cantiniers sont arabes, qu’ils étranglent le plus qu’ils peuvent, on les a baptisés du nom de cargot, synonyme d’usurier, abréviation de carcagnot (Argot des voleurs). N.

Carguer ses voiles

(Delvau, 1867) : v. a. Agir prudemment, prendre ses invalides, — dans l’argot des marins.

Caribener

(Delvau, 1867) : v. a. Voler à la care. On dit aussi Carer.

(Virmaître, 1894) : Vol à la care. Le voleur qui a cette spécialité se nomme un caribeneur (Argot des voleurs).

Caricature (faire la)

(Rigaud, 1881) : À l’école (des Beaux-Arts), une fois par semaine, les élèves s’assemblent, un d’eux sert de modèle, son camarade le pose et l’enveloppe ensuite d’une pièce d’étoffe blanche, le drapant le mieux qu’il peut ; et c’est ce qu’on appelle « faire la caricature ». (Didier, 1821, Œuvres complètes, cité par Littré.)

Carie, Blé

(Clémens, 1840) : Argent monnayé.

Carillon

(d’Hautel, 1808) : Bruit, tapage, criaillerie, tumulte.
Faire carillon. Pour dire faire vacarme, quereller, crier, gronder, s’emporter en reproches contre quelqu’un.
Sonner à double carillon. C’est-à-dire à coups redoublés à la porte de quelqu’un qui ne veut pas ouvrir, ou qui est absent.

Carillonner

(d’Hautel, 1808) : Carillonner quelqu’un. Le gourmander ; le blâmer hautement ; le traiter avec une grande dureté.

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, en frappant les parois de sa cloche avec le battant priapesque.

Et il carillonne à double carillon de couillons.

Rabelais.

N’est-ce pas un sujet de rire, lorsqu’on est sur le point de carillonner à ma paroisse.

D’Ouville.

Caristade

(Boutmy, 1883) : s. f. Secours que l’on donne aux passants. V. Passade et rouleur.

Carle

(Bras-de-Fer, 1829) : Argent.

(Larchey, 1865) : Argent (Vidocq). — De Carolus, ancienne monnaie de Charles VIII. V. Bayafe.

Le cidre ne vaut plus qu’un carolus.

Ol. Basselin.

Carline

(Bras-de-Fer, 1829) : Mort.

(Larchey, 1865) : La mort (Vidocq). — Allusion au masque noir de Carlin et à son nez camus. Jadis on appelait la mort camarde, parce qu’une tête de mort n’a pour nez qu’un os de très-faible saillie.

(Delvau, 1867) : s. f. La Mort, — dans l’argot des bagnes. La carline (carlina vulgaris) est une plante qui, au dire d’Olivier de Serres, prend son nom du roi Charlemagne, qui en fut guéri de la peste. La vie étant aussi une maladie contagieuse, ne serait-ce pas parce que la mort nous en guérit, grands et petits, rois et manants, qu’on lui a donné ce nom ? Ou bien est-ce parce qu’elle nous apparaît hideuse, comme Carlin avec son masque noir ?

(Rigaud, 1881) : La mort, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : La mort.

(Rossignol, 1901) : La mort. Ancien mot dont on ne se sert guère.

Carline (la)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : La mort.

(Virmaître, 1894) : La mort. Ce mot est usité dans les bagnes pour désigner cette vilaine personne. Allusion au personnage de Carlin dont le visage est couvert d’un masque noir (Argot des voleurs).

Carmagnol

(d’Hautel, 1808) : « Nom donné d’abord à une espèce d’air et de danse, ensuite à une forme particulière de vêtement ; puis aux soldats qui le portoient ou qui chantoient des carmagnoles, » etc. Dict. de l’Académie, supplément.
Faire danser la carmagnole à quelqu’un. Au figuré, signifioit, dans les troubles de la révolution, le guillotiner, le mettre à mort par tous les supplices de ce temps.

Carmagnole

(Delvau, 1867) : s. m. Soldat de la République, — dans l’argot des ci-devant émigrés à Colentz.

Carmaluche

(Clémens, 1840) : Camarade.

Carme

(un détenu, 1846) : Argent monnayé.

(Halbert, 1849) : Miche.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs. Quelques étymologistes veulent qu on écrive et prononce carle, — probablement par contraction de carolus.

(Delvau, 1867) : s. m. Miche de pain, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Argent. — Carmer, donner de l’argent. — Carme à l’estoque, ou carme à l’estorgue, fausse monnaie.

(Virmaître, 1894) : Argent (Argot des souteneurs). V. Aubert.

(Rossignol, 1901) : Argent.

(Hayard, 1907) : Argent.

Carme à l’estoque

(Hayard, 1907) : Fausse monnaie.

Carme à l’estorgue

(Virmaître, 1894) : Fausse monnaie (Argot des voleurs).

Carme, carle

(La Rue, 1894) : Argent.

Carmer

(Delvau, 1867) : v. n. Payer, faire des effets de poche.

(La Rue, 1894) : Payer.

(Virmaître, 1894) : Payer (Argot des voleurs). V. Billancher.

(Rossignol, 1901) : Payer.

(Hayard, 1907) : Payer.

Carnaval

(Delvau, 1867) : s. m. Personne vêtue d’une façon extravagante, qui attire les regards et les rires des passants. Argot des bourgeois.

Carne

(Halbert, 1849) : Charogne, mauvaise viande.

(Larchey, 1865) : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne.

Un morceau d’carne dur comme un cuir

Wado.

(Larchey, 1865) : Mauvaise femme. — C’est la carogne de Molière.

Je la renfoncerais dedans à coups de souliers… la carne.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot du peuple, qui a l’air de savoir que le génitif de caro est carnis. Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.

(Rigaud, 1881) : Basse viande. — Italianisme. — Sale et méchante femme ; pour carogne.

Ah ! la carne ! voilà pour ta crasse. Débarbouille-toi une fois en ta vie.

(E. Zola.)

(Virmaître, 1894) : Viande dure. On dit d’un homme impitoyable :
— Il est dur connue une vieille carne.
L’ouvrier qui ne veut rien faire est également une carne (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Viande de mauvaise qualité. Un mauvais cheval est une carne ; une méchante femme est aussi une carne.

Carner, caner

(La Rue, 1894) : Mourir.

Carner, roidir, roide

(Clémens, 1840) : Mourir, mort, morte.

Carogne

(d’Hautel, 1808) : Une carogne ; une vieille carogne. Mot injurieux qui s’applique aux femmes de mauvaise vie. Molière a fait un fréquent usage de ce mot.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie.

Caron

(Rigaud, 1881) : Vieux papiers destinés aux fabricants de carton, — dans l’argot des chiffonniers.

Carotier

(Rigaud, 1881) : Individu qui vit d’expédients, qui tire des carottes. Dans le Jura ceux qui font la contrebande du tabac sont connus sous le nom de tabatiers ou carotiers.

L’ivrognerie et la débauche sont leurs moindres vices ; le vol leur est aussi familier que la fraude, et les incendiaires ne sont pas rares parmi eux.

(Ch. Toubin, Les Contrebandiers de Noirmont.)

Au régiment, ou donne le nom de carotier à celui qui se fait porter malade, et qui n’est que malade imaginaire, à celui qui cherche un prétexte pour éviter une corvée. — Il y a une légère nuance entre le carotier et le carotteur : le premier s’inspire plus particulièrement des circonstances pour arriver à ses fins ; chez l’autre c’est une habitude invétérée, un sacerdoce.

Carottage

(Rigaud, 1881) : Art de tirer des carottes, de soutirer de l’argent sous un faux prétexte.

(Fustier, 1889) : V. Delvau : Carotte.

Carotte

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — par allusion à sa forme et à sa couleur.

Pourquoi la retires-tu, ta petite carotte ? Je ne voulais pas te la manger.

E. Jullien.

(Delvau, 1867) : s. f. Prudence habile, — dans l’argot des joueurs. Jouer la carotte. Hasarder le moins possible, ne risquer que de petits coups et de petites sommes.

(Delvau, 1867) : s. f. Escroquerie légère commise au moyen d’un mensonge intéressant, — dans l’argot des étudiants, des soldats et des ouvriers. Tirer une carotte. Conter une histoire mensongère destinée à vous attendrir et à délier les cordons de votre bourse. Carotte de longueur. Histoire habilement forgée.

(Rigaud, 1881) : Mensonge fabriqué dans le but de soutirer de l’argent. — Cultiver la carotte. — Tirer une carotte de longueur. — Les premiers, les militaires se sont servis de cette expression. C’est là, sans doute, une allusion aux carottes de tabac. Lorsque les militaires demandent de l’argent, c’est presque toujours pour acheter, soi-disant, au tabac, du tabac à chiquer, vulgo carotte.

(Rigaud, 1881) : Roux ardent. Couleur de cheveux qui rappelle les tons de la carotte, couleur fort à la mode pendant les années 1868, 69 et 70. Les femmes se firent teindre les cheveux « blond ardent », avant de s’appliquer la teinture « beurre rance. »

(La Rue, 1894) : Demande d’argent sous un faux prétexte. Duperie. Mensonge.

(Virmaître, 1894) : Mensonge pour tromper ou duper quelqu’un. Tirer une carotte : emprunter de l’argent. Tirer une carotte de longueur : la préparer de longue main. Le troupier tire une carotte à sa famille quand il lui écrit qu’il a perdu la clé du champ de mnœuvre, ou qu’il a cassé une pièce de canon (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mensonge. Le militaire a la réputation d’en tirer à ses parents pour obtenir de l’argent. Il y en a de légendaires et de carabinées : lorsqu’il raconte qu’il a perdu son chef de file, ou casse le front de bandière, perdu la clé du champ du manœuvres, qu’il passera au conseil s’il n’a pas d’argent pour les remplacer.

Carotte (la)

(Merlin, 1888) : La visite du docteur au régiment. C’est le moment où plus d’un carottier « en tire une de longueur », en prétextant une maladie imaginaire pour se faire exempter du service.

Carotte (tirer une)

(Larchey, 1865) : Demander de l’argent sous un faux prétexte.

Nul teneur de livres ne pourrait supputer le chiffre des sommes qui sont restées improductives, verrouillés au fond des cœurs généreux et des caisses par cette ignoble phrase : « Tirer une carotte. »

Balzac.

Carotte de longueur. Grosse demande, demande subtile. — Vivre de carottes : Vivre en faisant des dupes.

Carotte dans le plomb

(Rossignol, 1901) : Celui qui est enroue ou a la voix cassée à une carotte dans le plomb.

Carotte dans le plomb (avoir une)

(Delvau, 1867) : v. a. Se dit d’un chanteur qui fait un couac ou chante faux, — dans l’argot des coulisses ; avoir l’haleine infecte, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Chanter faux.

Carotte filandreuse

(Virmaître, 1894) : Carotte tirée de longueur, mais peu claire comme explications. Allusion à une vieille carotte pleine de filaments, qui ne se digère pas facilement.
— Ça ne prend pas, la carotte est filandreuse (Argot du peuple). N.

Carotter

(d’Hautel, 1808) : Jouer petit jeu ; n’être point hardi au jeu.

(Larchey, 1865) : Obtenir de l’argent en tirant une carotte :

Allons, va au marché, maman, et ne me carotte pas.

(Larchey, 1865) : Ne vivre que de légumes. Vivre mesquinement.

Il se dépouillait de tout… Il sera très heureux de vivre avec Dumay en carottant au Havre.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Se servir de carottes pour obtenir de l’argent de son père, de son patron, ou de toute personne charitable. Carotter l’existence. Vivre misérablement. Carotter le service. Se dispenser du service militaire, ou autre, en demandant des congés indéfinis, sous des prétextes plus ou moins ingénieux.

(Delvau, 1867) : v. n. Jouer mesquinement, ne pas oser risquer de grands coups ni de grosses sommes.

(Rigaud, 1881) : Se contenter d’un léger bénéfice en exposant peu. — Carotter à la Bourse, dans les affaires. — Jouer très serré, jouer petit jeu, — dans le jargon des joueurs.

Carotter le service

(Larchey, 1865) : Éluder sous de faux prétextes les obligations du service militaire.

Carottes

(d’Hautel, 1808) : Tirer des carottes à quelqu’un. Locution basse et tout-à-fait populaire, qui signifie sonder quelqu’un avec adresse ; le faire jaser, le tourner en tout sens, afin de savoir ce qu’il n’a pas dessein de révéler ; ce que l’on appelle d’une manière moins triviale, Tirer les vers du nez.
Il ne mange que des carottes. Pour dire qu’un homme vit misérablement ; qu’il fait maigre chère.

Carottes cuites (avoir ses)

(Rigaud, 1881) : Être près de mourir, — dans le jargon du peuple.

Carotteur

(Delvau, 1867) : s. et adj. Celui qui carotte au jeu.

Carotteur, tier

(Larchey, 1865) : Tireur de carottes.

Allons, adieu, carotteur !

Balzac.

Joyeux vivant, mais point grugeur et carottier.

Vidal, 1833.

Carottier

(d’Hautel, 1808) : Celui qui joue mesquinement, qui craint de perdre.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui vit d’expédients, qui ment volontiers pour obtenir de l’argent. Carottier fini. Carottier rusé, expert, dont les carottes réussissent toujours.

(Merlin, 1888) : Hâbleur, malin, filou.

(Virmaître, 1894) : Homme qui fait le métier d’en tirer pour vivre (Argot du peuple).

Caroublage

(Fustier, 1889) : Sorte de vol. (V. Delvau : Caroubleur.)

Carouble

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fausse clef. La carouble s’est esquintée dans la serrante, la clef s’est cassée dans la serrure.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fausse clé.

(M.D., 1844) : Fausse clé.

(Halbert, 1849) : Fausse clef.

(Larchey, 1865) : fausse clé (Vidocq). V. Esquintement.

(Delvau, 1867) : s. f. Fausse clé, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Fausse clé, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Soir, nuit, — dans le jargon des voleurs. — Être vu à la carouble, être arrêté le soir.

(La Rue, 1894) : Fausse clé. Soir, nuit. Vu à la carouble, arrêté le soir.

(Virmaître, 1894) : Clé employée par les carroubleurs (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Fausse clé.

Caroubler

(Rossignol, 1901) : Ouvrir une porte avec de fausses clés.

Caroubles

(Rossignol, 1901) : Fausses clés.

Caroubleur

(Clémens, 1840) : Voleur avec fausses clefs.

(Larchey, 1865) : « Voleur employant des caroubles fabriquées par lui-même sur des empreintes livrées par des domestiques, des frotteurs, des peintres, ou des amants de servantes. — Le Caroubleur à la flan ou à l’esbrouffe vole aussi avec de fausses clés, mais au hasard, dans la première maison venue. Le Caroubleur au fric-frac emploie, au lieu de clés, un pied de biche en fer appelé cadet, monseigneur, ou plume. »

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. Individu qui vole à l’aide de fausses clés. On dit aussi caroubleur refilé. Caroubleur à la flan. Voleur à l’aventure.

(Rigaud, 1881) : Voleur qui opère à l’aide de fausses clés. — Caroubleur au fric-frac, voleur avec effraction au moyen d’un ciseau à froid, d’un clou, d’une pince.

(Virmaître, 1894) : Vol à l’empreinte à l’aide de fausses clés (Argot des voleurs). V. Boite de Pandore.

(Rossignol, 1901) : Celui qui carouble. Le voleur à l’aide de fausses clés est un caroubleur.

Carpe

(d’Hautel, 1808) : Faire la carpe pâmée. Feindre de se trouver mal ; être indolent, nonchalant et paresseux ; faire le damoiseau, le délicat, le sensible.

Carpe (faire la)

(Fustier, 1889) : S’évanouir, se pâmer.

Carpe (paire la)

(La Rue, 1894) : S’évanouir. Se pâmer.

Carre

(d’Hautel, 1808) : Cet homme a une carre solide. Pour dire qu’il a les épaules larges et bien fournies.

(Rigaud, 1881) : Cachette. — Carre du paquelin, Banque de France. Mot à mot : cachette du pays. Les voleurs prononcent carre du patelin, par corruption.

(Rigaud, 1881) : Dans l’argot des tailleurs, la carre est la mesure entre les épaules, par abréviation pour carrure.

Carré

(d’Hautel, 1808) : Un mâtin carré. Expression triviale ; pour dire un homme râblu, fort, vigoureux et robuste.
C’est carré comme une flûte. Manière plaisante et contradictoire de dire que quelque chose fait l’affaire ; que c’est tout juste ce qu’il faut. On dit aussi par raillerie d’un homme qui raisonne en dépit du sens commun, qu’il raisonne juste et carré comme une flûte.
Un marchand de bois carré. Se dit ironie d’un marchand d’allumettes.

(Fustier, 1889) : Elève de seconde année à l’École normale.

Carre (à la)

(La Rue, 1894) : Économiser, mettre de côté.

Carré (être)

(Delvau, 1867) : Avoir une grande énergie, aller droit au but. Argot des bourgeois.

Carré de rebectage

(Virmaître, 1894) : La Cour de cassation. Quelquefois elle diminue la peine du condamné ou l’acquitte complètement. Il est rebecqueté. Rebecqueté se dit pour raccommoder, se rapprocher (Argot des voleurs).

Carre des petites gerbes

(Virmaître, 1894) : La police correctionnelle (Argot des voleurs).

Carré des petites gerbes

(Rigaud, 1881) : Police correctionnelle, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : chambre des petits jugements. Les clients du tribunal correctionnel qui ne sont pas forcés de savoir que « gerbe » est unsubstantif féminin disent volun-tiers : carrés des petits gerbes.

Carré du rebectage

(Rigaud, 1881) : Cour de cassation, Mot à mot : chambre de la médecine.

Carre, carrer

(Hayard, 1907) : Cachette, cacher.

Carreau

(d’Hautel, 1808) : Traiter quelqu’un comme un valet de carreau. Pour dire n’en faire aucun cas ; le malmener ; lui marquer un grand mépris.
Mettre le cœur sur le carreau. Rébus bas et vulgaire, pour dire rejeter les alimens que l’on a pris ; vomir.

(Larchey, 1865) : Lorgnon monocle.

M. Toupard, cinquante-deux ans, petite veste anglaise, chapeau capsule, un carreau dans l’œil.

Mém. d’une Dame du Monde, 1861.

(Rigaud, 1881) : Œil, — dans le jargon des voleurs. — Carreau brouillé, œil louche. — Carreau à la manque, borgne. — Affranchir le carreau, surveiller, ouvrir l’œil ; et par abréviation : franchir le carreau.

(La Rue, 1894) : Œil. Affranchir le carreau, surveiller, regarder attentivement. Pince d’effraction.

Carreau (aller au)

(Rigaud, 1881) : Aller pour se faire engager. C’est la place de Grève des musiciens de barrière.

Chaque dimanche (ils) ont l’habitude de se réunir sur le trottoir de la rue du Petit-Carreau, où les chefs d’orchestre savent les rencontrer.

(A. Delvau)

Carreau de vitre

(Delvau, 1867) : s. m. Monocle, — dans l’argot des faubouriens.

Carreaux

(Virmaître, 1894) : Les yeux (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Outils spéciaux des malfaiteurs (Argot des voleurs). V. Tateuse.

(Virmaître, 1894) : Fer à repasser dont se servent les tailleurs pour aplatir les coutures (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Yeux.

(Rossignol, 1901) : Outils de voleurs.

Carreaux brouillés

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Maison mal famée, tapis franc, — abbaye des s’offre-à-tous.

(Rigaud, 1881) : Maison de tolérance.

De par le règlement, les volets doivent être fermés, les carreaux dépolis dans ces dépotoirs à gros numéros.

(Le Sublime.)

Carrée

(Rigaud, 1881) : Chambre, — dans le jargon des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Chambre. Maison centrale.

(Rossignol, 1901) : Maison, logement.

(Hayard, 1907) : Chambre.

Carrée des petites gerbes

(La Rue, 1894) : Police correctionnelle.

Carrefour des écrasés

(Rigaud, 1881) : Carrefour formé par le boulevard Montmartre, la rue Montmartre et la rue du Faubourg-Montmartre. C’est un des endroits de Paris les plus dangereux pour les piétons, à cause de la quantité de voitures qui s’y croisent et de la pente du boulevard Montmartre qui ne permet pas aux cochers d’arrêter leurs chevaux à temps. Le nombre des personne écrasées, chaque année, en cet endroit, lui a valu la lugubre dénomination de « Carrefour des écrasés. »

Carreleur de souliers

(Virmaître, 1894) : Ouvrier lorrain qui vient tous les étés parcourir nos campagnes avec sa hotte sur le dos. Il raccommode les souliers. Ce nom lui vient de ce qu’il crie : carreleur de souliers. Ce à quoi les gamins répondent :
— Gare l’aut’ soulier ! (Argot du peuple).

Carrelure

(d’Hautel, 1808) : Il s’est fait une bonne carrelure de ventre. Se dit figurément d’un homme qui a fait un bon repas, et qui en avoit grand besoin.

Carrelure de ventre

(Delvau, 1867) : s. f. Réfection plantureuse, — dans l’argot du peuple, qui éprouve souvent le besoin de raccommoder son ventre déchiré par la faim.

Carrelure du ventre

(Rigaud, 1881) : Repas copieux.

Je croyais refaire mon ventre d’une bonne carrelure.

(Molière, Le médecin volant, scène ni.)

Carrément

(Delvau, 1867) : adv. D’une manière énergique, carrée.

(Virmaître, 1894) : N’aie pas peur, vas-y carrément (Argot du peuple).

Maintenant que tu n’as plus q’ta chemise,
Tu peux y aller carrément.

Carrer

(d’Hautel, 1808) : Se carrer. Se pavaner en marchant ; prendre un air arrogant et fier ; faire l’homme d’importance.

(un détenu, 1846) : Cacher.

Carrer (se)

(Clémens, 1840) : Se garer, se garantir, se cacher.

(Halbert, 1849) : Se cacher.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se donner des airs, faire l’entendu, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Se recarrer.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se cacher, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Se garer de, se sauver. — Se carrer de la débine, sortir de la misère.

Carrer de la débine (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se tirer de la misère.

Carreur

(Clémens, 1840) : Voleur dans les boutiques en marchandant.

(un détenu, 1846) : Compagnon, camarade, compère d’un voleur.

Carrosse

(d’Hautel, 1808) : C’est un vrai cheval de carrosse. Se dit d’un homme stupide et brutal ; d’un butor auquel on ne peut faire entendre raison.

Carrouble

(Clémens, 1840) : Clef.

Carroubles

(un détenu, 1846) : Clefs.

Carroubleur

(un détenu, 1846) : Casseur de portes.

Carroubleur à la flanc

(Halbert, 1849) : Voleur à l’aventure.

Carroubleur refilé

(Halbert, 1849) : Voleur à fausse clef.

Carrousse

(d’Hautel, 1808) : Faire carrousse. Ribotter ; faire ripaille.

Carruche

(Larchey, 1865) : Prison (Vidocq). Diminutif du vieux mot car : coin. V. Roquefort. — V. Canton. — Comte de la Carruche : Geôlier.

(Virmaître, 1894) : Prison (Argot des voleurs). V. Gerbe.

Cart-d’œil

(un détenu, 1846) : Commissaire de police.

Cartaud

(Halbert, 1849) : Imprimerie.

Cartaude

(Delvau, 1867) : s. f. Imprimerie, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Imprimé.

(Rigaud, 1881) : Imprimerie. — Cartaudé, imprimé. — Cartaudier, imprimeur. — Cartauder, imprimer, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Imprimerie. Cartaudier, imprimeur.

Cartaudé

(Halbert, 1849) : Imprimé.

Cartauder

(Halbert, 1849) : Imprimer.

(Delvau, 1867) : v. a. Imprimer.

Cartaudier

(Halbert, 1849) : Imprimeur.

(Delvau, 1867) : s. m. Imprimeur.

Carte

(d’Hautel, 1808) : Il ne sait pas tenir ses cartes. Pour, c’est une mazette au jeu de cartes ; se dit par raillerie d’une personne qui se vantoit d’être fort habile à manier les cartes, et que l’on a battue complètement.
On dit aussi, et dans le même sens, au jeu de dominos, Il ne sait pas tenir ses dez.
Perdre la carte.
Pour se déconcerter, se troubler, perdre la tête dans un moment ou le sang-froid étoit indispensable.
Il ne perd pas la carte. Se dit par ironie d’un homme fin et adroit ; qui tient beaucoup à ses intérêts ; à qui on n’en fait pas accroire sur ce sujet.
On appelle Carte, chez les restaurateurs de Paris, la feuille qui contient la liste des mets que l’on peut se faire servir à volonté ; et Carte payante, celle sur laquelle est inscrit le montant de l’écot, que l’on présente à chaque assistant lorsqu’il a fini de diner.
Savoir la carte d’un repas. C’est en connoître d’avance tout le menu.
Brouiller les cartes. Mettre le trouble et la division entre plusieurs personnes.
Donner carte blanche. C’est donner une entière liberté à quelqu’un dans une affaire.
Un château de carte. Au figuré, maison agréable, mais peu solidement bâtie.

(Delvau, 1867) : s. f. Papiers d’identité qu’on délivre à la Préfecture de police, aux femmes qui veulent exercer le métier de filles. Être en carte. Être fille publique.

Carte (avoir sa, ou être en)

(Delvau, 1864) : Être inscrite comme fille exerçant le métier de putain, sur le registre ad hoc ouvert a la préfecture de police.

Dès demain
Je ferai demander ta carte à la police,
Et tu pourras alors commencer ton service.

Louis Protat.

Carte (être en)

(Rigaud, 1881) : Être inscrite à la préfecture de police sur le livre des filles soumises. L’administration remet à toute fille soumise une carte où est inscrit son nom. À chaque visite, cette carte est frappée d’un timbre et la fille est tenue de la montrer à la première réquisition des agents ; d’où le mot : « Être en carte ».

Carte (piquer la)

(Rigaud, 1881) : Marquer d’un léger coup d’ongle, d’un signe microscopique les cartes dont on a besoin de se souvenir, et principalement les rois, à l’écarté… lorsqu’on veut corriger le sort et mériter le nom de grec. Ce système est bien démodé aujourd’hui, parce qu’il a été trop pratiqué jadis et qu’il est trop connu. Aux jeux de commerce, les grecs s’en tiennent au télégraphe, et, aux jeux de hasard, ils opèrent à l’aide de la portée.

Carte (revoir la)

(Larchey, 1865) : On comprend l’ironie du mot en se rappelant qu’on entend par carte la liste des mets choisis pour son repas.

Carte de géographie

(Rigaud, 1881) : Impressions… sur toile d’un voyage au pays des rêves.

Cartes transparentes

(Delvau, 1864) : Cartes à jouer qui, au premier abord, ressemblent à d’innocentes cartes, mais qui, lorsqu’on les regarde avec attention, entre le soleil et les yeux, sont autant de conpulsamenti à fouterie.

Elle fait défiler devant ses yeux une foule de cartes transparentes, qui sont autant des outrages au bon goût qu’aux bonnes mœurs.

Lemercier de Neuville.

Carton

(Larchey, 1865) : Carte à jouer.

Je n’ai pas parlé des tables d’hôte où on donne le carton, c’est-à-dire où l’on fait jouer.

Lespès.

Lorsqu’on a dîné entre amis, il faut bien remuer des cartons peints pour se dégriser.

About.

(Delvau, 1867) : s. m. Carte à jouer, — dans l’argot de Breda-Street, où fleurit le lansquenet. Manier le carton. Jouer aux cartes. — On dit aussi Graisser le carton et Tripoter le carton. Maquiller le carton. Faire sauter la coupe.

(Rigaud, 1881) : Carte à jouer. Manier, patiner, tripoter le carton, jouer aux cartes.

(Hayard, 1907) : Sans argent ; (être) être refait.

Carton (de)

(Rigaud, 1881) : Qui n’est pas sérieux, qui ne connaît pas son métier. Se place toujours, dans ce sens, immédiatement après un substantif. — Un michet de carton, un entreteneur pour rire. — Un avocat de carton, un mauvais avocat. — Un cuisinier de carton, un cuisinier sans aucune espèce de connaissances culinaires.

(Boutmy, 1883) : De peu de valeur. Correcteur, compositeur de carton. Correcteur, compositeur inhabile. Cette expression est à peu près synonyme de mie de pain.

Cartonné en caruche

(Bras-de-Fer, 1829) : Arrêté et mis en prison.

Cartonner

(Rigaud, 1881) : Jouer aux cartes. Passer sa vie à cartonner.

Cartonnier

(Delvau, 1867) : adj. Mal habile dans son métier. Argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Celui qui aime à jouer aux cartes, qui joue habituellement aux cartes.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier qui n’est pas bien au fait du métier qu’il exerce : pour ouvrier de carton.

Cartouche

(d’Hautel, 1808) : Nom d’un insigne voleur.
C’est un cartouche. Se dit d’un homme rusé, adroit et fripon, qui ne vit que de ce qu’il escroque.

Cartouche (avaler sa)

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon militaire. (A. Camus.)

Cartouchière à portée

(Fustier, 1889) : Réservoir de cartes que les grecs placent sous leur gilet et où ils trouvent classées et numérotées toutes les portées possibles.

Caruche

(anon., 1827) : Prison.

(Bras-de-Fer, 1829) : Prison.

(Halbert, 1849) : Prison.

(Delvau, 1867) : s. f. Prison, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Cachot, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Cachot. Comte de la caruche, guichetier.

Cas

(d’Hautel, 1808) : Mettre des si et des cas dans une affaire. Signifie, hésiter, tâtonner, barguigner ; être dans l’incertitude ; ne savoir à quoi se décider.
Tous vilains cas sont reniables. Parce qu’il est de la foiblesse humaine de nier les fautes que l’on a commises.
On dit faire son cas. Pour se décharger le ventre ; faire ses nécessités.

(Delvau, 1864) : Le membre viril aussi bien que la nature de la femme.

Un capucin, malade de luxure,
Montroit son cas, de virus infecté…

Piron.

Je croyois que Marthe dût être
Bien parfaite en tout ce qu’elle a ;
Mais, à ce que je puis connoître,
Je me trompe bien à cela,
Car, bien parfaite, elle n’est pas
Toujours en besogne à son cas.

Berthelot.

Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, et le cas mol, s’il demande à le faire, est un fol.

(Moyen de parvenir.)

Mon cas, fier de mainte conquête.
En Espagnol portoit la tete.

Regnier.

Il avoit sa femme couchée près de lui, et qui lui tenoit son cas à pleine main.

Brantôme.

Les tétons mignons de la belle,
Et son petit cas, qui tant vaut.

Marot.

Le cas d’une fille est fait de chair de ciron, il démange toujours ; et celui des femmes est de terre de marais, on y enfonce jusqu’au ventre.

Brantôme

La servante avait la réputation d’avoir le plus grand cas qui fût dans le pays.

D’Ouville.

(Delvau, 1867) : s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute (casus) est plus ou moins bruyante. Faire son cas, Alvum deponere. Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.

Casaquin

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de casaque, pour dire le derrière de la poitrine, le dos.
On lui a donné sur le casaquin. C’est-à-dire, il a reçu une volée de coups de bâton.
Traîner son casaquin. Mener une vie disetteuse et pénible.

(Larchey, 1865) : Corps (d’Hautel 1808).

Je te tombe sur la bosse, je te tanne le casaquin.

Paillet.

(Delvau, 1867) : s. m. Le corps humain, — dans l’argot du peuple. Sauter ou tomber sur le casaquin à quelqu’un. Battre quelqu’un, le rouer de coups. Avoir quelque chose dans le casaquin. Être inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie.

Casaquin (travailler le)

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : travailler sur la casaque de quelqu’un à coups de poing. — Le vêtement est pris pour la personne elle-même. — Variante : Prendre mesure d’un casaquin.

Tiens, v’là Madeleine et Marie-Jeanne qui vont s’ prendre mesure d’un casaquin.

(E. Bourget, La Reine des Halles, chans.)

Cascade

(Delvau, 1867) : s. f. Plaisanterie ; manque de parole, — chute de promesse.

(Rigaud, 1881) : Bouffonnerie. — Fredaine.

Cascader

(Rigaud, 1881) : Faire des folies, se livrer à des bouffonneries. Dire de grosses plaisanteries. — En style de théâtre, charger un rôle, ajouter au rôle des facéties d’un goût souvent douteux ; improviser des bouffonneries.

(La Rue, 1894) : Mener une vie déréglée. Cascadeur, cascadeuse, homme, femme menant une vie déréglée.

Cascades

(d’Hautel, 1808) : Faire ses cascades. Faire des fredaines ; mener une vie irrégulière et libertine, faire des siennes.

(Larchey, 1865) : Vicissitudes, folies.

Sur la terre j’ai fait mes cascades.

Robert Macaire, chanson, 1836.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Fantaisies bouffonnes, inégalités grotesques, improvisations fantasques, — dans l’argot des coulisses.

Cascades (faire des)

(Larchey, 1865) : « Ce mot dépeint les fantaisies bouffonnes, les inégalités grotesques, les lazzi hors de propos, les improvisations les plus fantasques. »

J. Duflot.

Cascadeur

(Rigaud, 1881) : Farceur qui professe la cascade.

Cascadeuse

(Delvau, 1864) : Drôlesse du quartier Breda, qui se joue de l’amour et des amoureux.

Ne t’y fie pas : c’est uns cascadeuse.

Charles Monselet.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui, — dans l’argot des faubouriens, — laisse continuellement la clé sur la porte de son cœur, où peuvent entrer indifféremment le coiffeur et l’artiste, le caprice et le protecteur.

(Rigaud, 1881) : Femme qui court les lieux où l’on s’amuse. — Farceuse qui de la cascade n’a que la chute.

Cascaret

(d’Hautel, 1808) : Nom baroque et injurieux que l’on donne à un homme de basse extraction. Ce mot ne s’applique qu’aux animaux ; particulièrement aux chiens et aux cochons.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans importance, de mine malheureuse ou d’apparence chétive. Argot du peuple.

Case

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, — dans laquelle se trémousse si agréablement le petit oiseau à longue queue que les savants appellent penis et les ignorants, pine.

Des autres perroquets il diffère pourtant,
Car eux fuient la cage, et lui, il l’aime tant,
Qu’il n’y est jamais mis qu’il n’en pleure de joie.

(Cabinet satyrique.)

Elle le prit de sa main blanche,
Et puis dans sa cage le mit.

Regnard.

Lisette avait dans un endroit
Une cage secrète :
Lucas l’entrouvrit, et tout droit
D’abord l’oiseau s’y jette.

Collé.

(Delvau, 1867) : s. f. Maison, logement quelconque, — dans l’argot du peuple, qui parle latin sans le savoir. Le patron de la case. Le maître de la maison, d’un établissement quelconque ; le locataire d’une boutique, d’un logement.

Case (la)

(Rossignol, 1901) : Domicile.

Caser

(Fustier, 1889) : Abrév. de casernement. Argot des élèves de l’École Polytechnique.

Caserne

(d’Hautel, 1808) : Au propre, quartier, logement de soldats. Au figuré, terme de mépris qui se dit d’une mauvaise maison, ou les domestiques sont mal payés et mal nourris ; d’un atelier ou les ouvriers ne peuvent retirer leurs journées.

Casimir

(Delvau, 1867) : s. m. Gilet, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Gilet.

(Virmaître, 1894) : Gilet. Allusion à l’étoffe (Argot des voleurs). V. Boîte à Sigue.

Casin

(Rigaud, 1881) : Jeu de la poule au billard. — Jouer le casin.

Casoar

(Rigaud, 1881) : Plumet du shako des élèves de Saint-Cyr ; par extension, toute volaille servie sur la table de l’École est saluée du nom de casoar.

Casque

(Larchey, 1865) : Chapeau rond. — Casque à mèche : Bonnet de coton à mèche.

Il dévoilera les mensonges cotonneux de madame et apportera dans le salon le casque a mèche de monsieur.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau, — dans l’argot des faubouriens, pour qui c’est le mâle de casquette. Casque-à-mèche. Bonnet de coton.

(Delvau, 1867) : s. m. Effronterie, aplomb, blague du charlatan. Avoir du casque, c’est-à-dire parler avec la faconde de Mangin.

(Rigaud, 1881) : Talent oratoire du saltimbanque. — Avoir du casque, rappeler feu Mangin par les belles manières et la facilité d’élocution. — Il y a des hommes politiques qui ont du casque, presque autant que ce fameux marchand de crayons.

Casque (avoir le)

(Rigaud, 1881) : C’est ce que les filles traduisent par avoir un caprice pour un homme. Mot à mot : être solidement coiffé de quelqu’un, avoir quelque chose comme un béguin d’acier.

(Rigaud, 1881) : Éprouver une douleur névralgique à la calotte de la tête, le lendemain d’un excès bachique. — Avoir son casque de pompier, avoir la tête très lourde par suite d’ivresse, comme si l’on portait un casque.

(La Rue, 1894) : Avoir la tête lourde par suite d’ivresse. Signifie aussi avoir un caprice.

(Virmaître, 1894) : Être malin, savoir profiter des occasions, les saisir aux cheveux, même lorsqu’elles sont chauves. Avoir son casque : avoir bu a en être saturé.
— Il a son casque, il en a plein la peau (Argot du peuple).

Casque (avoir son)

(Delvau, 1867) : v. a. Être complètement gris, — ce qui amène naturellement une violente migraine, celle que les médecins appellent g aléa, parce qu’elle vous coiffe comme avec un casque.

Casque-à-mèche

(Rigaud, 1881) : Apprenti commis dans un magasin de bonneterie.

(Merlin, 1888) : Bonnet de nuit. Expression usitée dans le langage familier ordinaire, mais qui a évidemment pour lieu d’origine la caserne.

Casquer

(Halbert, 1849) : Croire un mensonge.

(Delvau, 1864) : Donner de l’argent à use femme galante quand on est miche, à un maquereau quand on est femme galante. Casquer, c’est tendre son casque ; tendre son casque, c’est tendre la main : la fille d’amour tend la main, et l’homme qui bande y met le salaire exigé pour avoir le droit d’y mettre sa queue.

En ai-je t’y reçu de l’argent des menesses !… Oui, elles ont casqué, et dru !…

Lemercier de Neuville.

(Larchey, 1865) : Donner dans un piége. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.

(Delvau, 1867) : v. n. Payer, — dans l’argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière — armée — de déposer votre offrande dedans.
Signifie aussi : donner aveuglément dans un piège, — de l’italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première, — celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple : J’ai casqué pour le roublard (je l’ai pris pour un malin).

(Rigaud, 1881) : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au casque de Bélisaire dans lequel les âmes sensibles de l’époque déposaient leurs aumônes. — Celui à qui l’on tire une carotte « casque ».

C’est pas tout ça ! Casques-tu, oui ou non ?

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(Boutmy, 1883) : v. intr. Payer plus souvent qu’à son tour : faire casquer un plâtre. Par extension, taquiner.

(Merlin, 1888) : Abouler, payer pour les autres.

(La Rue, 1894) : Payer. Donner dans un piège. Ne pas casquer, refuser.

(Virmaître, 1894) : Payer (Argot des filles). V. Billancher.

(Rossignol, 1901) : Payer, croire.

C’est une banne pâte, nous allons le faire casquer d’une tournée. — Il casque ; il croit ce que je lui ai dit.

(Hayard, 1907) : Payer.

Casquette

(Larchey, 1865) : Chapeau de femme. V. Chouette.

(Delvau, 1867) : s. f. Chapeau de femme, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Ivre. Être casquette.

Un peu casquette,
Plus d’un buveur
Dehors rejette
La divine liqueur.

(L. Festeau, Un jour de fête à la barrière.)

Casquette (être)

(Delvau, 1867) : v. n. Être sur la pente d’une forte ivresse, avoir son casque.

Casqueur

(Fustier, 1889) : Argot des coulisses. Le public payant, par opposition aux billets de faveur et au service de presse.

Cassant

(Halbert, 1849) : Noyer.

(Delvau, 1867) : s. m. Noyer, arbre, — dans l’argot des voleurs ; biscuit de mer, — dans l’argot des matelots.

Cassante

(Larchey, 1865) : Noix, dent. (Vidocq). — Effet pris pour la cause. La noix se casse et la dent casse.

Cassantes

(anon., 1827) : Des noix.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Noix

(Bras-de-Fer, 1829) : Noix.

(Halbert, 1849) : Noix, noisettes.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les dents, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Dents.

(Virmaître, 1894) : Les dents (Argot du peuple). V. Dominos.

Casse

(d’Hautel, 1808) : Donner de la casse. Supplanter quelqu’un ; le déposséder de son emploi ; signifie aussi parmi les soldats l’action de licencier un régiment ou un corps.

(Delvau, 1867) : s. f. Ce que l’on casse. Argot des garçons de café.

(Boutmy, 1883) : s. f. Ensemble des deux compartiments qui contiennent les diverses sortes de lettres. La casse se divise en deux parties : le bas de casse et le haut de casse ; la première renferme les lettres minuscules, les cadrats, les cadratins, les signes de ponctuation, etc. ; la seconde, les majuscules, les petites capitales, les lettres accentuées et diverses autres sortes moins usitées que celles du bas de casse. Au figuré, Fond de casse, reste d’une barbe de la veille.

Casse (la)

(Rigaud, 1881) : Porcelaines ou cristaux cassés par maladresse dans un café ou dans un restaurant. Dans la plupart de ces établissements, les garçons sont responsables de la casse. Dans d’autres, elle est l’objet d’un forfait. On retient tant par mois à chacun des garçons pour la couvrir.

Cassé la patte à Coco (ne pas avoir)

(Rigaud, 1881) : Ne pas être malin, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Coco est pris dans le sens de cheval. Pour exprimer la même idée, on dit dans le civil : N’avoir pas inventé le fil à couper le beurre.

Casse-cou

(d’Hautel, 1808) : On appelle ainsi un escalier roide et étroit, un lieu obscur, où l’on risque de tomber à chaque pas que l’on fait.
On donne aussi ce nom dans les manèges aux gens employés à monter les chevaux jeunes et vicieux.
Casse-cou ! Cri d’avertissement au jeu de colin-maillard, lorsque la personne qui a les yeux bandés est sur le point de se heurter contre un corps quelconque.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme hardi jusqu’à l’audace, audacieux jusqu’à l’imprudence, jusqu’à la folie. Argot du peuple.

Casse-cul

(d’Hautel, 1808) : Il s’est donné un casse-cul sur la glace. Se dit de quelqu’un qui a fait une chute sur le derrière.

(Delvau, 1867) : s. m. Chute qu’on fait en glissant. Argot du peuple. Les enfants jouent souvent au casse-cul.

Casse-gueule

(d’Hautel, 1808) : Pour dispute, batterie ; lieu obscur et dangereux.

(Larchey, 1865) : Bal public de dernier ordre, où on se bat souvent.

Veux-tu v’nir aux Porcherons, Ou j’irons au cass’gueule à la basse Courtille.

Duverny, Chanson, 1813.

(Delvau, 1867) : s. m. Bal de barrière, — dans l’argot des faubouriens qui s’y battent fréquemment.

Casse-Gueule

(Rigaud, 1881) : Bal public fréquenté par des gentilshommes du ruisseau qui, à la moindre contestation, ponctuent le visage de leurs contradicteurs.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie tout à fait inférieure.

Elle regarda ce que buvaient les hommes, du casse-gueule, qui luisait pareil à de l’or dans les verres.

(E. Zola.)

On dit aussi casse-poitrine.

Casse-gueule

(La Rue, 1894) : Mauvaise eau-de-vie. Bal public du dernier ordre.

Casse-museau

(Delvau, 1867) : s. m. Coup de poing, — dans le même argot [des faubouriens]. C’est le nom d’une sorte de pâtisserie dans l’ouest de la France. Rabelais dit casse-musel.

Casse-noisette

(Delvau, 1864) : Habile contraction du sphincter du vagin qui retient prisonnier le membre viril qui s’est engagé, la tête la première, dans ces mystérieuses Thermopyles, et le force ainsi à combattre vaillamment — et à jouir.

L’art du casse-noisette remonte à la plus haute antiquité ; quelques femmes modernes le pratiquent encore avec succès, avec moins de succès cependant que les Chinoises, qui sont conformées de façon à faire gaudiller le Chinois le plus écourté du Céleste Empire.

A. François.

Je possède l’art du casse-noisette,
Qui ferait jouir un nœud de granit.

Anonyme.

(Delvau, 1867) : s. m. Figure grotesque, où le nez et le menton sont sur le point d’accomplir le mariage projeté depuis leur naissance.

Casse-poitrine

(Larchey, 1865) : « Cette boutique est meublée de deux comptoirs en étain où se débitent du vin, de l’eau-de-vie et toute cette innombrable famille d’abrutissants que le peuple a nommés, dans son énergique langage, du Casse-Poitrine. »

Privat d’Anglemont.

Ces demoiselles n’ont plus la faculté de se faire régaler du petit coup d’étrier, consistant en casse-poitrine, vespetro, camphre et autres ingrédients.

Pétition des filles publiques de Paris, Paris, 1830, in-8.

(Delvau, 1867) : s. m. Eau-de-vie poivrée, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Individus voués aux vices abjects, qui manustupro dediti sunt, dit, le docteur Tardieu.

(Virmaître, 1894) : Mauvaise eau-de-vie. En effet, elle casse rudement la poitrine de ceux qui en boivent (Argot du peuple). V. Eau d’aff.

Casse-poitrine, camphre

(La Rue, 1894) : Mauvaise eau-de-vie.

Casse-tête

(d’Hautel, 1808) : Enfant vif et turbulent ; bruit incommode ; vin qui porte à la tête ; et générale ment tout ce qui demande une grande contension d’esprit.

Casse-Tête

(Rigaud, 1881) : Vin très capiteux. Mot à mot : vin qui casse la tête.

Casseau

(Boutmy, 1883) : s. m. Espèce de casse dans laquelle on met des lettres de deux points, des fractions et autres signes. Les casseaux sont aussi des tiroirs munis de cassetins ; enfin, on donne encore le nom de casseau à chacune des deux parties de la casse.

Casser

(d’Hautel, 1808) : Se casser le ventre. Terme badin et militaire ; se passer de diner, ou de manger aux heures accoutumées.
Casser les vitres. Signifie ne plus garder de mesures dans une affaire ; en venir aux gros mots, aux termes injurieux.
Je t’en casse, Minette. Manière badine et plaisante de parler, qui signifie, ce n’est pas pour toi ; tu n’auras rien de ce que tu demandes.
Il est cassé aux gages. Pour, il est tombé en défaveur en disgrace. Se dit aussi d’un domestique que l’on a congédié.
Se casser le cou ou le nez. Se blouser dans des spéculations, dans une affaire ; faire un faux calcul.
Qui casse les verres les paye. Vieille maxime, fort peu mise à exécution ; car la plupart du temps ceux qui cassent les verres ne sont pas ceux qui les payent.
Elle a cassé ses œufs. Manière basse et triviale de dire qu’une femme a fait une fausse couche.

(un détenu, 1846) : Rompre. Casser sa canne : rompre son ban. Casser sur quelqu’un : révéler.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : v. a. Couper, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Manger. Le mot date du XVIIIe siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.

(Rigaud, 1881) : Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.

(Rigaud, 1881) : Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.

(Rigaud, 1881) : Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule, casser la margoulette, casser la figure.

(La Rue, 1894) : Mourir. Dénoncer. Manger. Se la casser, se sauver.

(Rossignol, 1901) : Dire, avouer. Un détenu qui a fait des aveux a cassé. Dire une chose est casser.

Il me l’a dit, il me l’a cassé.

Casser (à tout)

(Fustier, 1889) : Considérable, fantastique, inouï.

Le public voit la quatrième page de son journal occupée par la réclame à tout casser du grand bazar.

(Giffard : Les grands bazars.)

Casser (se la)

(Larchey, 1865) : S’enfuir.

Vous vous esbignez. Ils se la cassent.

A. Second.

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’en aller de quelque part ; s’enfuir.

(Rigaud, 1881) : Quitter un endroit où l’on s’ennuie. — À tout casser, énorme, prodigieux, auquel rien ne résiste. — Un succès à tout casser. Ne s’emploie guère qu’en parlant d’un succès, par allusion à ceux de théâtre, où le public manifeste son enthousiasme en frappant à coups de talons de bottes, à coups de petits bancs, au risque de tout casser.

Casser des cailloux

(Rossignol, 1901) : Le militaire envoyé à la discipline est envoyé casser des cailloux.

Casser des emblèmes

(La Rue, 1894) : Conter des mensonges.

Casser du bec

(Larchey, 1865) : Sentir mauvais. — Casser a ici le sens de couper, ce qui donne mot à mot : couper de son bec… celui des autres. V. Couper la gueule.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir une haleine infecte, — dans l’argot des faubouriens.

Casser du grain

(Delvau, 1867) : v. a. Ne rien faire de ce qui vous est demandé. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Désobéir, — dans le jargon des voleurs.

Casser du sucre

(Delvau, 1867) : v. a. Faire des cancans, — dans l’argot des cabotins.

(Rigaud, 1881) : Dire du mal. — Casser du sucre à la rousse, dénoncer un complice.

(La Rue, 1894) : Médire de quelqu’un. Dénoncer.

(Virmaître, 1894) : Dénoncer. Casser du sucre sur quelqu’un : en dire du mal (Argot des voleurs). V. Mouton.

(Rossignol, 1901) : Dire du mal de quelqu’un.

Il a cassé du sucre sur mon orgue au patron.

(Hayard, 1907) : Dénoncer.

Casser la ficelle

(Rigaud, 1881) : S’évader. (L. Larchey) Se sauver des mains des agents.

Casser la gueule à son porteur d’eau

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir ses menses, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Avoir ses menstrues, dans le jargon des voyous. (A. Delvau)

(La Rue, 1894) : Menses. Époques de la femme.

Casser la hane

(anon., 1827) : Couper la bourse.

(Bras-de-Fer, 1829) : Couper la bourse.

(Halbert, 1849) : Couper la bourse.

(Delvau, 1867) : v. a. Couper la bourse, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Couper la bourse (Argot des voleurs).

Casser la marmite

(Delvau, 1867) : v. a. Se ruiner ; s’enlever, par une folie, tout moyen d’existence. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Être ruiné, avoir fait de mauvaises affaires, — dans le jargon des souteneurs pour qui les femmes sont des marmites.

Casser la pièce

(Rigaud, 1881) : Entamer, changer une pièce d’argent ou d’or. Casser la roue de derrière, entamer la pièce de cent sous, dans le jargon des ouvriers.

Casser le cou

(La Rue, 1894) : Manger. Frapper. Se casser le cou, la gueule, faire une chute dangereuse.

Casser le cou à un chat

(Delvau, 1867) : v. a. Manger une gibelotte, — dans l’argot du peuple.

Casser le cou à une négresse

(Delvau, 1867) : v. a. Vider une bouteille.

Casser le goulot à une bouteille

(Rigaud, 1881) : Vider une bouteille en un clin d’œil. — Lorsqu’ils sont pressés… de boire, et faute de tire-bouchon, les ivrognes cassent le goulot de la bouteille, c’est ce qu’ils appellent : « Guillotiner la négresse. »

Casser le lit

(Delvau, 1864) : Baiser avec énergie, à tout casser, le sommier élastique et le cul de la femme — plus élastique encore.

Sur le lit que j’ai payé
Je ne sais ce qui se passe :
À peine l’ai-je essayé,
Que le bougre me le casse.

Gustave Nadaud.

Casser le nez (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Avoir une déception plus ou moins amère, depuis celle qu’on éprouve à trouver fermée une porte qu’on s’attendait à trouver ouverte, jusqu’à celle qu’on ressent à voir un amant chez une femme qu’on avait le droit de croire seule.

(Rigaud, 1881) : Ne trouver personne, trouver porte close.

Casser le sucre à la rousse

(Delvau, 1867) : Dénoncer un camarade ou plutôt un complice. Argot des voleurs.

Casser les os de la tête

(Rigaud, 1881) : Embrasser avec effusion, — dans le jargon du peuple.

Casser sa bouteille

(Fustier, 1889) : Expression populaire datant de l’année 1885 ; c’est vouloir se donner de l’importance, se gonfler, se faire aussi gros que le bœuf… et n’y point réussir.

Casser sa cane

(Rigaud, 1881) : Dormir. Quand elle dort, le cou reployé sous l’aile, la cane paraît être cassée en deux.

Casser sa canne

(Delvau, 1867) : v. a. Dormir, et, par extension, mourir.

(Virmaître, 1894) : Rompre sa surveillance. Casser sa canne : mourir. Casser une canne : dormir (Argot du peuple). V. Sorguer.

Casser sa canne, sa trique

(La Rue, 1894) : Rompre son ban. Dormir.

Casser sa chaîne

(Rigaud, 1881) : Devancer l’heure de sortie de l’atelier.

Casser sa cruche

(Delvau, 1867) : v. a. Perdre le droit de porter le bouquet de fleurs d’oranger, — dans l’argot du peuple, qui interprète à sa manière le tableau de Greuze.

Casser sa ficelle

(Delvau, 1867) : v. a. S’évader du bagne ou d’une maison centrale, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : S’évader de la prison. Allusion au hanneton qui s’évade quand le fil qu’il a à la patte se brise (Argot des voleurs). N.

Casser sa pipe

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, dans l’argot des faubouriens et des rapins.

(Boutmy, 1883) : v. Mourir. Cette expression est passée dans le langage du peuple parisien.

(La Rue, 1894) : Mourir.

(Virmaître, 1894) : Mourir. On donne pour origine à cette expression qu’un fumeur, attablé dans un cabaret, mourut subitement. Sa pipe lui tomba des lèvres et se cassa. Quand on le releva, un des assistants s’écria :
— Tiens il a cassé sa pipe (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Mourir.

Casser son cable

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté l’expression à Commerson. C’est une allusion à la rupture du câble transatlantique.

Casser son lacet

(Fustier, 1889) : Abandonner sa maîtresse, rompre toutes relations avec elle.

Alors, c’est dit, nous cassons notre lacet ?

(Huysmans : Les Sœurs Vatard.)

Casser son œuf

(La Rue, 1894) : Faire une fausse couche.

Casser son sabot

(Delvau, 1867) : v. a. Perdre le droit de porter un bouquet de fleur d’oranger, — dans l’argot du peuple.

(La Rue, 1894) : Perdre sa virginité.

Casser son verre de montre

(Virmaître, 1894) : Tomber sur le derrière (Argot du peuple). V. Tomber pile.

Casser sur

(Rigaud, 1881) : Dénoncer.

Casser un œuf

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Je ne vous ferai point de mal, je veux casser un œuf, qui est près de durcir dans votre ventre.

(Moyen de parvenir)

Casser une canne

(Rigaud, 1881) : Se sauver, dans le jargon des voleurs.

Casser une croûte

(Delvau, 1867) : v. a. Manger légèrement en attendant un repas plus substantiel. Argot des bourgeois.

Casser une loirde

(Virmaître, 1894) : Briser une porte (Argot des voleurs).

Casser une porte

(La Rue, 1894) : Voler avec effraction.

Casserolage

(Rigaud, 1881) : Accusation nouvelle, — dans l’ancien argot des voleurs. — Dénonciation, — dans l’argot moderne.

Casserole

(d’Hautel, 1808) : Récurer la casserole. Pour dire se purger après une maladie.

(Larchey, 1865) : Personne dénonçant à la police. Il est à noter que le dénonciateur s’appelle aussi cuisinier.

(Delvau, 1867) : s. f. Mouchard, — dans le même argot [des voleurs].

(Delvau, 1867) : s. f. L’hôpital du Midi, — dans l’argot des faubouriens. Passer à la casserolle. Se faire soigner par le docteur Ricord : être soumis à un traitement dépuratif énergique.

(Rigaud, 1881) : Tout dénonciateur auprès de la police, homme ou femme, est une « casserole », — dans le jargon des voleurs qui prononcent de préférence caste-rôle. — C’est également le nom donné aux agents de police. Passer à casserole, se voir dénoncer.

(Rigaud, 1881) : Étudiant de dixième année, qui n’a jamais étudié que l’absinthe et la pipe, qui a pris ses inscriptions dans tous les caboulots, qui a soutenu des thèses d’amour avec toutes les filles du quartier latin, — dans le jargon des étudiantes de 1860.

(Fustier, 1889) : Prostituée.

La casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.

(Réveil, juin 1882.)

(La Rue, 1894) : Dénonciateur. Agent de police. L’hôpital du Midi. Prostituée.

(Rossignol, 1901) : Indicateur de la police. Tout individu qui donne des indications à la police pour faire arrêter un voleur est une casserole. Dans le public, il y a une fausse légende qui dit que les marchands de vin ou de quatre saisons sont de la police et touchent deux francs par jour. Cela n’est pas ; aucune casserole n’est attachée officiellement à la police, elle est payée par l’agent (sur le visa de son chef) à qui elle a donne une indication ayant amené l’arrestation d’un voleur ; la somme varie selon l’importance de l’affaire indiquée, généralement de cinq à dix francs (plutôt cinq francs par tête). La préfecture de police n’a absolument aucun rapport avec les casseroles qui sont en général des repris de justice. La casserole des brigades politiques est certainement plus canaille que les précédentes, parce que cette casserole est souvent un ami que vous recevez à votre table et qui vous trahit ; aussi est-il appointé suivant l’importance des services qu’il peut rendre et mieux que les agents officiels ; il n’est connu que du chef de brigade avec qui il correspond et son nom est un numéro. Il touche au mois ou à la semaine sur les fonds secrets alloués ; il y en a partout, dans les salons, les ateliers et même la presse ; leurs services ne valent certes pas la dépense.

(Hayard, 1907) : Mouchard.

Casserole (la remuer)

(Virmaître, 1894) : Dénoncer. Mot à mot : cuisiner (faire parler). Allusion au cuisinier qui remue la casserole (Argot des voleurs).

Casserole (passer à la)

(Rigaud, 1881) : Traiter par des sudorifiques les blessures de l’amour.

Casseroles

(Halbert, 1849) : Mouchard.

Casserolles

(La Rue, 1894) : Étalage de décorations. On dit aussi ferblanterie et batterie de cuisine.

Cassés (des)

(Rigaud, 1881) : Débris de marrons glacés, débris de pâtisserie. Les gamins font une grande consommation de cassés.

Cassetin

(Boutmy, 1883) : s. m. Subdivision de la casse, petit compartiment dans lequel on met chaque sorte de lettres ou signes typographiques.

Casseur

(d’Hautel, 1808) : Un casseur. Terme injurieux et de mépris qui équivaut à tapageur, crâne, mauvais sujet, hâbleur, fanfaron.

(Larchey, 1865) : Tapageur, prêt à tout casser.

La manière oblique dont ils se coiffent leur donne un air casseur.

R. de la Barre.

(Delvau, 1867) : s. m. Fanfaron, qui a l’air de vouloir tout casser, — dans l’argot du peuple. Mettre son chapeau en casseur. Sur le coin de l’oreille, d’un air de défi.

(La Rue, 1894) : Tapageur. Dénonciateur.

Casseur de portes

(Halbert, 1849) : Voleur avec effraction.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur avec effraction, — dans l’argot des voyous.

Cassin

(La Rue, 1894) : Petite maison, petite boutique.

Cassin, Cassine

(Rigaud, 1881) : Boutique, magasin de dernier ordre. — Terme de mépris pour désigner un établissement quelconque. — Dérivés du vieux mot français case.

Finablement les mena banqueter dans une cassine hors la porte.

(Rabelais, l. IV.)

Cassine

(d’Hautel, 1808) : Ce mot signifioit autrefois une petite maison de campagne ; maintenant il n’est plus d’usage que parmi le peuple qui l’emploie par dérision pour dire un logement triste et misérable, un trou, une maison où l’on n’a pas toutes ses aises.

(Delvau, 1867) : s. f. Maison où le service est sévère, — dans l’argot des domestiques paresseux ; atelier où le travail est rude, — dans l’argot des ouvriers gouapeurs.

(Rigaud, 1881) : Salle d’étude, quartier, — dans le jargon du collège. (Albanès.)

Cassine (une)

(Larchey, 1865) : « Ce mot signifiait autrefois une petite maison de campagne ; maintenant, il n’est plus d’usage que pour dire un logement triste et misérable. » — d’Hautel, 1808. — Diminutif de Case.

Cassolette

(d’Hautel, 1808) : On donne figurément, et par plaisanterie, ce nom aux boîtes des gadouards, lorsqu’ils viennent de vider quelques fosses.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouche, — dans l’argot des faubouriens. Plomber de la cassolette. Fetidum halitum emittere.

(Delvau, 1867) : s. f. La matula de Plaute, et le « Pot qu’en chambre on demande » de Lancelot, — dans l’argot du peuple, qui va chercher ses phrases dans un autre Jardin que celui des Racines grecques. Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d’immondices et qu’il s’en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les fraises.

Cassolette (ouvrir la)

(Rigaud, 1881) : Parler avec la contre-partie de la bouche.

Castapianne

(Fustier, 1889) : Blennorrhée. Argot militaire.

Caste de charrue

(Halbert, 1849) : Un quart d’écu.

(Delvau, 1867) : s. m. Quart d’un écu, — dans l’argot des voleurs.

Castille

(Delvau, 1867) : s. f. Petite querelle, — dans l’argot des bourgeois, qui cependant n’ont pas lu l’Histoire de Francion. Chercher castille. Faire des reproches injustes ou exagérés.

Castion

(Halbert, 1849) : Chapon.

Castor

(Larchey, 1865) : Officier de marine qui évite les embarquements. — Le castor bâtit volontiers sur le rivage.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau d’homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle ou en paille, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie pas cette expression précisément en bonne part.

Castoriser (se)

(Fustier, 1889) : Argot des officiers de marine. Ne pas embarquer ; rester sur le plancher des vaches, pourvu d’un poste soit au ministère, soit autre part.

Castrat

(Delvau, 1864) : Se dit, non pas seulement des hommes qui ont perdu leurs testicules naturellement, mais encore de ceux qui ne bandent plus à force d’avoir bandé dans le cours de leur vie.

Dans tan théâtre, où règnent les castrats.

Joachim Duflot.

Es-tu pédéraste ou castrat, voyons ?
Un pareil état m’excite et m’offense :
Descends de mon lit, ou bien rouscaillons.

Anonyme.

Castroz

(anon., 1827) : Chapon.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Chapon.

(Bras-de-Fer, 1829) : Chapon.

(Halbert, 1849) : Chapon du Mans.

(Delvau, 1867) : s. m. Chapon, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Castion.

Castu

(anon., 1827) : Hôpital.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Hôpital.

(Bras-de-Fer, 1829) : Hôpital.

(Halbert, 1849) : Hôpital.

(Delvau, 1867) : s. m. Hôpital, — dans l’argot des voleurs, qui savent mieux que personne que les premiers établissements hospitaliers en France, notamment l’hôpital général à Paris, ont été de véritables forteresses, castelli.

(Rigaud, 1881) : Hôpital, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Hôpital. Cachot.

(Virmaître, 1894) : Infirmerie, hôpital (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Hôpital.

Castuc

(Larchey, 1865) : Prison (Vidocq). — Corruption du vieux mot castel, château. — V. Ravignolé.

(Delvau, 1867) : s. f. Prison, un autre hôpital, celui des vices, qui sont la maladie de l’âme.

Castus

(Larchey, 1865) : Hôpital. — Vient du même mot, a moins que ce ne soit un jeu de mots sur la grande phrase de l’hôpital : Qu’as-tu (que ressentez-vous ?). C’est ainsi qu’on appelle les douaniers qu’as-tu là.

(Rigaud, 1881) : Cachot, — dans l’ancien argot.

Casuel

(d’Hautel, 1808) : Cet adjectif, dans sa véritable acception, signifie fortuit, accidentel ; mais le peuple l’emploie continuellement dans le sens de fragile, et dit en parlant à quelqu’un qui porte des objets qui se cassent aisément : Prends-garde, ceci est casuel.

(Virmaître, 1894) : Vente de hasard sur laquelle on ne comptait pas. Casuel : ce que les mariages, les baptêmes et les enterrements rapporlent aux curés. Casuel : le miché que fait la fille en dehors de son entreteneur (Argot du peuple). N.

Cat

(Delvau, 1867) : s. m. Chat, — dans l’argot des enfants, qui parlent mieux le vieux français que les grandes personnes :

Lou cat a fain
Quant manjo pain,

dit un fabliau ancien.

Cataplasme

(d’Hautel, 1808) : Un cataplasme de Venise. Pour dire, soufflet ; coup appliqué avec la main sur le visage.

(Rigaud, 1881) : Capitaine de place, — dans le jargon du régiment. Le mot se renverse ; c’est ainsi qu’on dit : Le cataplasme m’a donné deux jours de planche. Et : Le major m’a fait coller deux capitaines de place au ventre.

(Rigaud, 1881) : Soupe très épaisse. — Homme lourd, épais au moral. — Cataplasme de Venise, soufflet.

Cataplasme au gras

(Delvau, 1867) : s. m. Épinards, — dans l’argot des faubouriens.

Cataplasme de Venise

(Delvau, 1867) : s. m. Soufflet, coup sur le visage, — dans l’argot du peuple.

Catau, catin

(La Rue, 1894) : Prostituée.

Catau, ou cathos, ou catin

(Delvau, 1864) : Fille ou femme légère — comme chausson. Nom de femme qui est devenu celui de toutes les femmes — galantes.

Je vous chanterai, dans mes hexamètres,
Superbe catin dont je suis l’amant.

(Parnasse satyrique)

Une catin, sans frapper à la porte,
Des cordeliers jusqu’à la cour entra.

Marot.

Parmi les cataux du bon ton,
Plus d’une, de haute lignée,
À force d’être patinée
Est flasque comme du coton.

Émile Debraux.

Retiens cette leçon, Philippine : quelque catin que soit une femme, il faut qu’elle sache se faire respecter, jusqu’à ce qu’il lui plaise de lever sa jupe. — Je pense de même…

Andréa De Nerciat.

… En tout, tant que vous êtes
Non, vous ne valez pas, ô mes femmes honnêtes,
Un amour de catin.

Alfred De Musset.

Des catins du grand monde
J’ai tâté la vertu.

Émile Debraux.

Cateau

(d’Hautel, 1808) : Terme outrageant, qui équivaut à prostituée, fille de joie, gourgandine, femme qui mène une conduite libertine et crapuleuse.

Cathau

(Delvau, 1867) : s. f. Fille qui n’a pas voulu coiffer sainte Catherine et s’est mariée avec le général Macadam.

Catholique

(d’Hautel, 1808) : Elle n’est pas trop catholique. Se dit en plaisantant d’une chose dont la bonté, la valeur paroissent équivoques ; d’une pièce de monnoie quelconque peu marquée, et que l’on croit fausse.
Catholique à gros grains. Homme peu fidèle aux devoirs de la religion Chrétienne.

Catholique à gros grains

(Delvau, 1867) : s. m. Catholique peu pratiquant, — dans l’argot des bourgeois.

Catiche

(Virmaître, 1894) : Diminutif de catin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Fille publique.

(Hayard, 1907) : Prostituée.

Catimiser (se)

(Delvau, 1867) : De fille honnête devenir fille.

Catin

(d’Hautel, 1808) : Une franche Catin. Femme impudique et dévergondée.

(Delvau, 1867) : s. m. Un nom charmant devenu une injure, dans l’argot du peuple, qui a bien le droit de s en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de Sévigné elle-même.

(Virmaître, 1894) : Fille publique. Catin : petite poupée. Catin : nom d’amitié donné à une maîtresse. (Argot du peuple).

C’est aujourd’hui la St-Crépin
Les savetiers se frisent
Mon cousin ira voir catin.

Cato

(Fustier, 1889) : Maîtresse.

Alors comme il (le souteneur) n’a plus d’argent, il en demande à sa cato qui devient rapidement sa marmite.

(Voltaire, 1881.)

Cato, Catiche

(Rigaud, 1881) : Catin. — Gerbe des catiches, bureau des mœurs.

Catze

(Delvau, 1864) : Mot à la fois flamand et italien (cazzo), signifiant le membre viril.

À ton catze prends la carrière,
Pour t’enfoncer en la barrière
De mon chose.

Théophile.

Cauchemar

(d’Hautel, 1808) : Cet homme donne le cauchemar. Se dit d’un bavard, d’un ennuyeux dont on évite la rencontre et la société.

Cauchemar, Cauchemardant

(Rigaud, 1881) : Personne ennuyeuse, importune.

Cauchemardant

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyeux, importun, — dans l’argot des faubouriens.

Cauchemarder

(Larchey, 1865) : Ennuyer comme un cauchemar.

C’est cauchemardant ; depuis deux ans, elle en raconte.

Jaime.

(Delvau, 1867) : v. a. Ennuyer, obséder.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer, tanner.

Où vas-tu ? D’où viens-tu ? Où as-tu été ? Pour être sans cesse cauchemardée comme ça, ah ! nom d’un chien, autant prendre un vrai mari tout de suite !

(Grévin.)

Se cauchemarder, s’inquiéter.

Caudaf

(M.D., 1844) : Eau-de-vie.

Cause grasse

(Delvau, 1867) : Cause amusante à plaider et à entendre plaider, — dans l’argot des avocats, héritiers des clercs de la Basoche. Le chef-d’œuvre du genre est l’affaire du sieur Gaudon contre Ramponneau, Me Arouet de Voltaire plaidant — la plume à la main.

Causer

(d’Hautel, 1808) : Assez causé. Pour, n’en dites pas davantage, silence, chut, motus.

(Delvau, 1864) : Faire l’amour. C’est par antiphrase, sans doute, puisqu’on ne parle guère lorsqu’on baise : on a trop à faire pour cela.

Asseyons-nous sur ce canapé, mon ami, et… causons.

Lemercier de Neuville.

Il dit à Baron que, quoiqu’il fatiguât beaucoup à la comédie, il aimerait mieux être obligé d’y danser tous les jours, que d’être seulement une heure à causer avec la maréchale.

(La France galante)

Causette

(Delvau, 1867) : s. f. Causerie familière, à deux, dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce mot à George Sand. Faire la causette. Causer tout bas.

Causeuse

(Delvau, 1864) : Femme chaude du cul.

Il n’en fut pas de même du Basque, qui trouvait que la maréchale était une causeuse inexorable.

(La France galante)

Causotter

(Delvau, 1867) : v. n. Se livrer à une causerie intime entre trois ou quatre personnes.

Cautère

(d’Hautel, 1808) : Ce remède lui a fait comme un cautère sur une jambe de bois. Manière goguenarde de dire qu’un remède n’a pas produit l’effet qu’on en attendoit, qu’il n’a servi à rien, ou qu’il a été administré trop tard.

Caution

(d’Hautel, 1808) : Il est sujet à caution. Locution insultante pour la personne qui en est l’objet, et qui signifie qu’elle est d’une foi suspecte ; qu’il ne faut pas s’y fier ; que l’on se garde bien de la croire sur parole.

Cavalcade

(Delvau, 1867) : s. f. Aventure galante. Avoir vu des cavalcades. Avoir eu de nombreux amants.

Cavalcades

(Larchey, 1865) : Vicissitudes amoureuses.

Ça fait des manières, une porte-maillot comme ca. — Et qui en avait vu des cavalcades.

Gavarni.

Cavale

(d’Hautel, 1808) : On dit par raillerie et par mépris d’une femme fort grande et qui a un air dégingandé, que C’est une grande cavale.

(Clémens, 1840) : Évasion.

(Delvau, 1867) : s. f. Course précipitée, fuite, — dans l’argot des voyous. Se payer une cavale. Courir.

(Delvau, 1867) : s. f. Grande femme maigre, mal faite, déhanchée.

(Rigaud, 1881) : Départ précipité, fuite, évasion, — dans le jargon des voleurs. Jouer la cavale, s’enfuir.

(La Rue, 1894) : Fuite, évasion. Se cavaler.

Cavaler

(Clémens, 1840) : Sauver.

(M.D., 1844) : Courir.

(Virmaître, 1894) : Se sauver.
— Cavale-toi v’la la rousse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : S’en aller, se sauver.

Je suis en retard, je me cavale.

(Hayard, 1907) : Se sauver.

Cavaler (s’évader)

(Clémens, 1840) : S’évader (en terme de galère), on le dit aussi pour se sauver.

Cavaler (se)

(Bras-de-Fer, 1829) : S’évader.

(un détenu, 1846) : Se sauver, prendre la fuite.

(Halbert, 1849) : S’enfuir.

(Larchey, 1865) : S’enfuir avec la vitesse d’un caval : cheval. V. Roquefort.

Il faut se cavaler et vivement.

Chenu.

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’enfuir comme un cheval, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Se sauver avec une vitesse qui rappelle celle du cheval.

(Merlin, 1888) : Partir, fuir, naturellement… au galop.

Cavaler au rebectage

(Rigaud, 1881) : Se pourvoir en cassation. Mot à mot : courir à la médecine. — Cavaler cher au rebectage, se pourvoir en grâce. Mot à mot : courir très vite à la médecine.

(La Rue, 1894) : Se pourvoir en cassation. Cavaler cher au rebectage, se pourvoir en grâce.

Cavaler de l’avant

(Clémens, 1840) : Se sauver, vite.

Cavaler dessus

(La Rue, 1894) : Assaillir, attaquer.

Cavalerie (grosse)

(Fustier, 1889) : Cureurs d’égout. Allusion à leurs bottes.

Cavaleur

(Rossignol, 1901) : Si tous les hommes étaient comme (d’après l’histoire) a été Salomon, qui avait sept cents femmes et trois cents concubines, ils ne seraient pas des cavaleurs : ils auraient suffisamment de travail chez eux.

Cavalier seul

(Fustier, 1889) : Danse plus ou moins échevelée qu’on exécute seul, dans un quadrille, en face des trois autres personnes qui complètent la figure.

Peu à peu, elle se laissa aller à exécuter un étourdissant cavalier seul.

(Vie Parisienne, 1881.)

Cavalot

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de menue monnaie, — dans le même argot [des faubouriens].

Cave

(d’Hautel, 1808) : Eau bénite de cave. Pour dire le jus de la treille ; le vin.

(Rigaud, 1881) : Église, — dans l’ancien argot.

(Virmaître, 1894) : Homme. Allusion à l’estomac de l’homme qui emmagasine une foule de choses (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Imbécile ; celui qui joue à un jeu de hasard où il ne gagnera pas est pour le teneur un cave.

Cavé

(Larchey, 1865) : Dupe (Vidocq). — Mot à mot : tombé dans un trou, une cave. — Même image que dans enfoncé, casqué.

(Delvau, 1867) : s. m. Dupe, — dans le même argot [des faubouriens].

(Rigaud, 1881) : Dupé, mystifié, — dans le jargon des voleurs.

Cavé, enfoncé, casqué

(La Rue, 1894) : Homme, dupe.

Cavée

(Halbert, 1849) : Église.

(Delvau, 1867) : s. f. Église, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent les rhumatismes.

Caviar

(Fustier, 1889) : Ce mot, sans doute trouvé dans un restaurant à la mode, avait la prétention de détrôner V’lan, Pschutt et Bécarre, tous vocables aussi idiots d’ailleurs et synonymes d’élégance, de chic. Comme ses aînés, Caviar n’a point eu de succès ; il est mort en bas-âge.

On dit d’une demoiselle ultra-chic qu’elle est on ne peut plus Caviar.

(Charivari, 1886.)

Cayenne

(Delvau, 1867) : s. m. Cimetière extra muros, — dans l’argot du peuple, pour qui il semble que ce soit là une façon de lieu de déportation. Il dit aussi Champ de Navets. — parce qu’il sait qu’avant d’être utilisés pour les morts, ces endroits funèbres ont été utilisés pour les vivants.

(Delvau, 1867) : s. m. Atelier éloigné de Paris ; fabrique située dans la banlieue. Argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Atelier, usine, — dans le jargon des ouvriers, pour qui le travail est un supplice.

(Rigaud, 1881) : Ancien cimetière de Saint-Ouen, au-delà du boulevard Ornano. — Surnom du village qui avoisine ce cimetière ; ainsi nommés parce que l’un et l’autre sont très éloignés.

Cazin

(Virmaître, 1894) : Partie de billard qui se joue avec une quille au milieu du tapis (Argot du peuple). N.

Caziner

(Virmaître, 1894) : Jouer au cazin, faire toucher par la bande les billes, en jouant avec la rouge (Argot du peuple).

(Clémens, 1840) : Argent.

(Larchey, 1865) : Argent. V. Chêne.

(La Rue, 1894) : Argent (métal). Tout de cé, très bien.

Ce matois

(M.D., 1844) : Ce matin.

Ce n’est pas à faire !

(Delvau, 1867) : Je m’en garderais bien ! Cette expression, familière aux filles et aux voyous, est mise par eux à toutes les sauces : c’est leur réponse à tout. Il faudrait pouvoir la noter.

Ce qui se pousse

(Larchey, 1865) : Monnaie. Allusion à l’acte de compter des écus.

Ceci, ou cela

(Delvau, 1864) : Le membre viril — avec quoi on fait cela aux dames, — ou bien la nature de la femme.

Parbleu, dit-il, prenez ceci,
Il est d’assez bonne mesure.

Grécourt.

Si vous mettez la main au devant d’une fillette, elle la repoussera bien vite et dira : Laissez cela.

(Moyen de parvenir.)

…Il est nommé Pine par la lorette ;
Un Chose, ou bien Cela, par une femme honnête.

Louis Protat.

Céder à un homme

(Delvau, 1864) : Se laisser baiser par lui, c’est-à-dire par son membre, qui sait mieux accoler que sa bouche.

Victime d’une ruse indigne,
La trop confiante Léda
Croyait ne caresser qu’un cygne,
Quand à Jupin, elle céda.

Jules Ruel.

Ceinture

(d’Hautel, 1808) : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Pour dire qu’une bonne réputation l’emporte sur la richesse ; que rien au monde n’est plus précieux qu’une bonne renommée ; ce qui malheureusement n’est pas toujours le partage de la probité. Ce proverbe vient de ce qu’autrefois les femmes honnêtes portoient comme marque distinctive une ceinture dorée.
Être pendu à la ceinture de quelqu’un. C’est lui faire une cour assidue pour en obtenir quel que faveur ; le suivre continuellement et partout.

Ceinturé

(Rossignol, 1901) : Arreté.

J’ai été ceinturé par un flicard.

Céladon

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard galant, — dans l’argot des bourgeois, dont les grand’mères ont lu l’Astrée. On dit aussi Vieux céladon.

Cellotte

(Virmaître, 1894) : Cellule (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Cellule.

(Hayard, 1907) : Cellule de prison.

Cémaisse

(La Rue, 1894) : La police (ces mess.).

Cendrillon

(d’Hautel, 1808) : Nom méprisant que l’on donne à une petite fille de basse extraction peu soigneuse de sa personne et qui se traine continuellement dans les ordures et les cendres ; et à une petite servante employée aux plus bas détails du ménage.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeune fille à laquelle ses parents préfèrent ses sœurs et même des étrangères ; personne à laquelle on ne fait pas attention, — dans l’argot du peuple, qui a voulu consacrer le souvenir d’un des plus jolis contes de Perrault.

Censure (passer la)

(Rigaud, 1881) : C’est la visite faite chaque jour au dépôt par les agents du service de sûreté pour s’assurer s’ils ne reconnaîtront pas quelques récidivistes. En style de police, cela s’appelle faire le dépôt. (V. Mémoires de Canler.)

Censurer

(d’Hautel, 1808) : Pour dire mettre des condition usuraires à un marché ; abuser de la bourse, de la fortune d’un ami ; faire supporter toutes les charges d’une affaire à quelqu’un ; faire le métier d’usurier.

Cent

(d’Hautel, 1808) : Le numéro 100. Facétie pour dire les privés, les lieux d’aisance, parce qu’on a coutume de numéroter ainsi ces sortes de cabinets dans les auberges.
Faire les cent coups. Faire des fredaines impardonnables ; se porter à toutes sortes d’extravagances et d’excès ; mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser en un mot toutes les lois de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.

Cent coups (être aux)

(Delvau, 1867) : Être bouleversé ; ne savoir plus où donner de la tête. Argot des bourgeois.

Cent coups (faire les)

(Delvau, 1867) : Se démener pour réussir dans une affaire ; mener une vie déréglée. — Argot des bourgeois.

Cent pieds de merde (je voudrais te voir dans)

(Virmaître, 1894) : Souhait d’un gendre à sa belle-mere féroce ou à une femme crampon (Argot du peuple). N.

Cent Suisse

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donnoit aux soldats qui formoient autrefois une des gardes d’honneur du roi, laquelle étoit composée de cent hommes suisses.
On dit figurément et en mauvaise part d’une femme qui a l’air sodaltesque, hardi et effronté, que C’est un vrai Cent Suisse.

Central

(Rigaud, 1881) : Détenu faisant son temps-dans une maison centrale de force et de correction.

(Fustier, 1889) : Bureau télégraphique de la place de la Bourse, à Paris. Argot des employés du ministère des Postes. Être nommé au Central. — Elève de l’École centrale ; un central, des centraux.

Les élèves de l’École centrale se sont livrés hier à une fantaisie que la police a eu le bon goût de ne pas gêner… Les centraux se sont réunis sur la place de la Bastille, et, se formant en monôme…

(Rappel, 1881.)

Centrale

(Rigaud, 1881) : École Centrale, — dans le jargon des collégiens. — Je pense entrer à Centrale si je suis retoqué à l’X, je pense entrer à l’École Centrale, si je suis refusé à l’École Polytechnique.

Centrale (la)

(M.D., 1844) : Maison centrale de détention.

Centre

(M.D., 1844) : Nom.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, qui est en effet l’ombilic du monde ; tout part de là, et tout y est ramené, — On dit aussi, mais c’est une superfétation : Centre de délices.

D’un seul coup, Rose rejeta la couverture ; il ne s’attendait pas à nous voir totalement nues, et nos mains placées au centre de la volupté.

(Rideau levé.)

Celle des deux qui triomphait par ses gestes et sa débauche, voyait tout à coup sa rivale éperdue fondre sur elle, la culbuter, la couvrir de baisers, la manger de caresses, la dévorer — jusqu’au centre la plus secret des plaisirs, se plaçant toujours de manière à recevoir les mêmes attaques.

(Gamiani.)

(Larchey, 1865) : Nom. — Centre à l’estorgue : faux nom. V. Estorgue. — Coquer son centre : Donner son nom. (Vidocq). — V. Ravignolé.

(Delvau, 1867) : s. m. Nom, — dans l’argot des voleurs, qui savent que le nom est en effet le point où convergent les investigations de la police, et qui, à cause de cela, changent volontiers de centre. Centre à l’estorgue. Faux nom, sobriquet. Centre d’altèque. Nom véritable.

(Rigaud, 1881) : Nom. — Centre à l’estorgue, faux centre, faux nom, sobriquet, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Nom. Taroquer son centre. Signer son nom. Centre à blanc. Faux nom.

(Virmaître, 1894) : Nom. Quant une personne donne un faux nom, c’est un centre à l’estorgue (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Nom. Celui qui est arrêté et qui donne un faux nom a donné un faux centre.

(Hayard, 1907) : Nom.

Centré (être)

(Rigaud, 1881) : Avoir fait de mauvaises affaires, — dans le jargon des ouvriers du fer.

Centre à l’estorgue

(M.D., 1844) : Faux nom.

Centre de gravité

(Larchey, 1865) : Derrière.

Porter une main furtivement timide à son centre de gravité.

Ed. Lemoine.

(Delvau, 1867) : s. m. Nates, — dans l’argot des bourgeois, qui ont emprunté cette expression-là aux Précieuses.

Centrier

(Larchey, 1865) : Député du centre conservateur sous Louis-Philippe.

Moreau ! mais il est député de l’Oise. — Ah ! c’est le fameux centrier.

Balzac.

Centrier, centripète

(Larchey, 1865) : Soldat du centre.

Centriot

(Fustier, 1889) : Surnom, sobriquet.

Il a surtout le génie des centriots (surnoms). C’est lui qui a donné à un pâle gringalet, mauvaise langue et joueur de méchants tours… le joli surnom de Fleur de teigne.

(Humbert : Mon bagne.)

Centrouses

(Rossignol, 1901) : Prisons centrales où sont envoyés tous les condamnés à plus d’une année de prison.

Centrousse

(Virmaître, 1894) : Maison centrale (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Prison centrale.

Cependant

(d’Hautel, 1808) : Cependant… En se pendant on s’étrangle. Quolibet. Réponse goguenarde que l’on fait à une personne qui met des cependant partout ; qui trouve des obstacles dans les moindres choses, qui commente les ordres qu’on lui donne au lieu de les exécuter.

Cerbère

(Larchey, 1865) : Portier malhonnête. — Comparaison mythologique.

Misérable, disait-elle au cerbère, si mon mari le savait. — Bah ! répondait-il… un terme de payé, ça aide.

Ricard.

(Delvau, 1867) : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Sergent de ville, — dans le jargon des gamins. — Portier, en souvenir du portier des enfers, ou parce que la plupart des maisons de Paris sont des enfers.

Cercher

(Delvau, 1867) : v. a. Chercher, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (circare) et à la tradition : « Mes sommiers estoient assez loin, et estoit trop tard pour les cercher, » dit Philippe de Commines.

Li marinier qui par mer nage,
Cerchant mainte terre sauvage,
Tout regarde il à une estoile,

disent les auteurs du Roman de la Rose.

Cercle

(d’Hautel, 1808) : Repêcher quelqu’un au demi-cercle. Signifie rattraper quelqu’un, ou quelque chose que l’on avoit d’abord laissé échapper, mais qui ne pouvoit manquer d’une manière ou d’autre de retomber entre les mains ; se venger d’une injure que l’on feignoit d’avoir oublié.
Il s’est sauvé, mais on le repêchera au demi-cercle. Se dit d’un criminel évadé, mais qui ne peut échapper aux poursuites de la justice.

(Larchey, 1865) : Pièce d’argent. — Allusion à la forme circulaire de la monnaie.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent monnayé, — dans l’argot des voleurs.

Cerclé

(Larchey, 1865) : Tonneau (Vidocq). — Allusion aux cercles qui retiennent les douves.

(Delvau, 1867) : s. m. Tonneau, — dans le même argot [des voleurs].

(Hayard, 1907) : Être pris.

Cercle (pincer au demi)

(Rigaud, 1881) : Surprendre quelqu’un dans un moment psychologique. Un mari qui rentre de la chasse et qui trouve sa femme dans le feu d’une conversation avec son cousin ou tout autre, la pince au demi-cercle. Repincer au demi-cercle, se revancher, rendre la réciproque.

Cérémonie

(d’Hautel, 1808) : Faire de la cérémonie. Affecter des manières polies ; faire des grimaces, des minauderies.

(Delvau, 1864) : L’acte le plus important de la vie, celui qui se fait avec le plus de pompe — quand on a affaire à une bonne suceuse.

J’en connais qui sont adonnées à la cérémonie — Qn’entends-tu par la cérémonie ? interrompit-elle — C’est, Madame, repris-je, de donner le fouet ou de le recevoir.

(Mœurs du temps, I, 159.)

Que bonne part de la cérémonie
Ne fût déjà par le prêtre accomplie.

La Fontaine.

Cerf

(d’Hautel, 1808) : Une jambe de cerf. Pour dire une jambe fluette, maigre et sans mollet.
Au cerf la bière et au sanglier le mière (médecin.) Vieux proverbe qui signifie que les plaies que font le cerf sont beaucoup plus dangereuses que celles du sanglier.

Cerf (se déguiser en)

(Rigaud, 1881) : Se sauver avec la vitesse d’un cerf.

Cerf (se déguiser en) courir

(Larchey, 1865) : Allusion à la vitesse du cerf.

Cerf-volant

(Delvau, 1867) : s. m. Femme qui attire sous une allée ou dans un lieu désert les enfants entrain de jouer pour leur arracher leurs boucles d’oreilles et quelquefois l’oreille avec la boucle — Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Jouet d’enfant composé de baguettes d’osier, recouvertes de feuilles de papier, que les gamins enlèvent en l’air avec une ficelle. Les voleuses qui dans les jardins publics s’emparent des boucles d’oreilles des jeunes enfants se nomment des cerf-volants parce que le vol accompli elle se sauvent en courant comme un cerf (Argot des voleurs).

Cerf-Volant (le)

(Rigaud, 1881) : Vol pratiqué sur les petites filles, un genre de vol bien ancien et toujours nouveau.

Boulevard Picpus, une femme restée inconnue a abordé une petite fille de quatre ans, qui jouait devant la maison de ses parents, lui a donné dix centimes et lui a décroché ses boucles d’oreilles d’une valeur de quinze francs.

(Petit Journal du 14 août 1877.)

La virtuose de ce genre de vol se nomme la cerf-volant, parce qu’après le vol, elle file avec la vitesse du cerf.

Cerise

(d’Hautel, 1808) : Ça va à la douce, comme les marchands de cerises. Réponse usitée parmi le peuple lorsqu’une personne demande à une autre des nouvelles de sa santé, de ses affaires ; pour dire que l’on se porte cahin caha, et que l’on conduit tout doucement sa barque ; par allusion avec les paysans qui viennent vendre leurs cerises à la ville et qui crient par les rues, À la douce, cerise à la douce.
On dit d’un mauvais cheval que c’est une rosse, un marchand de cerises.

(Larchey, 1865) : Cheval aussi mauvais que les bidets qui portent des cerises au marché. — Un mauvais cavalier monte aussi en marchand de cerises (d’Hautel).

(Fustier, 1889) : Ouvrier maçon des environs de Paris (Littré).

Messieurs, ce n’est pas là une appellation insultante ; nous appelons marchands de cerises, les ouvriers de la banlieue de Paris, ceux qui nous environnent.

(Nadaud : Journal officiel.)

Cerises (marchand de)

(Rigaud, 1881) : Ouvrier en bâtiment qui travaille extra muros, — dans le jargon des ouvriers en bâtiment de Paris.

Cerisier

(Fustier, 1889) : Petits chevaux de louage, ainsi nommés parce qu’ils portent ordinairement les cerises de Montmorency aux marchés de Paris.

Sterny sur un cerisier, Sterny en compagnie d’une grosse dame à âne.

(Soulié : Le Lion amoureux.)

Les Cerisiers de Montmorency sont les petits chevaux pacifiques qu’on loue pour se promener dans les environs ; autrefois, ils transportaient des cerises ; de là leur nom.

(Rappel, 1874. V. Littré.)

Cerneau

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune fille, — dans l’argot des gens de lettres.

(La Rue, 1894) : Jeune fille.

Cerner les yeux (se)

(Delvau, 1864) : Se masturber, ce qui culotte furieusement les yeux, en effet.

Voilà que j’bande… Ah ! n’craignez rien… j’n’ai jamais eu c’défaut-là… Et puis… ça cerne les yeux.

Tisserand.

Certain bobo

(Delvau, 1864) : La vérole, qui est un mal certain. Piron l’appelait un petit mal gaillard.

Un jeune élève d’Esculape
Me guérit de certain bobo…
Un beau jour, il me dit : Ma chère,
En moi, vos yeux ont excité
Certain feu. Je le laissai faire,
Pour m’assurer de ma santé.

(Gaudriole de 1834.)

Certificats de bêtise

(Merlin, 1888) : Chevrons. Pour donner raison à la fameuse chanson :

Un soldat, c’est comme son pompon,
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête, etc.

Céruse

(d’Hautel, 1808) : Fin comme céruse. Pour dire, d’une subtilité extrême, dont toutes les actions sont fardées, et tendent à faire des dupes.

Cervelas

(Delvau, 1864) : Nom que donnent au vit la plupart des cuisinières ; aussi bien que : boudin, saucisson, andouille, bout de viande, etc., selon la forme, la longueur ou la grosseur de l’objet, qui est un produit de la cochonnerie.

Oui, mon cher, à vot’ cervelas
On a fait un’ rude’ brèche…
Vous n’me l’mettrez pas, Nicolas :
Je n’aim’ que la viand’ fraîche.

J. E. Aubry.

Cervelle

(d’Hautel, 1808) : Un sans-cervelle. Étourdi, évaporé ; homme inconséquent et léger dans tout ce qu’il fait ou ce qu’il dit.
Il a une cervelle de lièvre, il la perd en courant. Se dit d’un homme très-distrait et qui a une fort mauvaise mémoire.
Perdre la cervelle. Pour, perdre la tête, déraisonner.
Mettre ou tenir quelqu’un en cervelle. Phrase proverbiale qui signifie le tourmenter ; lui faire espérer long-temps quelque chose dont il attend le résultat ; le tenir en suspens.

Ces messieurs

(Virmaître, 1894) : Agents de police.
— Ne vous hasardez pas ce soir sur le trottoir, ces messieurs y seront (Argot des filles).

César

(d’Hautel, 1808) : Il faut rendre à César ce qui est à César. Paroles évangéliques, que le peuple travestit ainsi : Il faut rendre à Paul ce qui est à César, etc., parce que l’on rend souvent justice et honneur à qui ils ne sont pas dus.
On dit en plaisantant d’un homme petit et foible qui fait le vaillant et le fanfaron, que C’est un petit César.

Cesser de l’être

(Delvau, 1864) : Ne plus être pucelle.

Je le suis encore, m’a-t-elle dit en riant, je voudrais cesser de l’être par un joli homme comme toi.

Rétif De La Bretonne.

Cet

(d’Hautel, 1808) : Ce pronom est presque toujours mal prononcé, du moins par les personnes qui parlent mal. En effet, on entend continuellement dire, soit au masculin, soit au féminin, ç’t’homme, ç’te femme, pour cet homme, cette femme.

Cha-Fust

(Fustier, 1889) : Cours de machine professé à l’École navale. Argot de l’École. « Chacun de ces cours, outre son titre ofikiel, porte un nom spécial pour les élèves du Borda. Le cours de machine est le cha-fust, mot formé par onomatopée… Naturellement les professeurs empruntent leur titre au nom du cours. » On dit : le chafustard… (Illustration, septembre 1885.)

Chabanais

(Rossignol, 1901) : Tapage, cris.

Si ce soir, en rentrant, ma femme me dit quelque chose qui me déplaise, je vais lui faire du chabanais. — Quel bruit vous faites, en voila un chabanais !

Chabannais

(Delvau, 1867) : s. m. Reproches violents, quelquefois mêlés de coups de poing, — dans le même argot [du peuple]. Ficher un chabanais. Donner une correction.

(Rigaud, 1881) : Bruit, tapage, dispute. Faire un joli chabannais.

Tout le monde, y compris N. savait qu’il y aurait le soir du chabannais.

(Figaro, du 14 juillet 1880.)

(Virmaître, 1894) : Faire du tapage, du bruit.
— Allons, viens boire le dernier verre,
— Y a pas de pet, la bourgeoise ferait un rude chabannais.
Faire du chabannais dans une assemblée : troubler l’ordre (Argot du peuple).

Chabier

(La Rue, 1894) : S’évader.

Chabler

(Virmaître, 1894) : Lancer des pierres dans un arbre pour en abattre les fruits. Chabler est le synonyme de gauler (Argot du peuple) N.

Chabrol

(Fustier, 1889) : Mélange de bouillon et de vin.

Chacal

(Delvau, 1867) : s. m. Zouave, — dans l’argot des soldats d’Afrique, par allusion au cri que poussent es zouzous en allant au feu.

(Rigaud, 1881) : « Est un petit nom d’amitié que le maréchal Bugeaud donnait aux zouaves dans ses moments de bonne humeur, et que nous avons gardé, entre nous, comme, signe de ralliement. » (A. Arnault, Les Zouaves, acte 1.)

Chacun

(d’Hautel, 1808) : Chacun sa chacune. Pour chacun la sienne. Se dit en parlant d’une société ou chaque homme donne le bras à une femme.
À Chacun le sien n’est pas trop. Signifie que la justice veut que chacun ait strictement ce qui lui appartient.

Chafofurer (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’égratigner.

Chafouin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux que l’on donne à un homme maigre et chétif ; qui a la mine sournoise, laide et renfrognée.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Sournois, rusé, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter cette expression à Saint-Simon, qui l’a employée à propos de Dubois.

Chafrioler

(Larchey, 1865) : Se complaire.

L’atmosphère de plaisirs où il se chafriolait.

Balzac.

M. Paul Lacroix affirme que ce verbe a été inventé par Balzac en ses Contes drolatiques.

Chafrioler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se caresser, se complaire, — à la façon des chats. L’expression appartient à Balzac.

Chagrin

(d’Hautel, 1808) : N’aie pas de chagrin. Pour, ne t’inquiète pas ; laisse-moi faire ; ne te mêle pas de cela.

Chagrin (noyer le)

(Rigaud, 1881) : Boire.

C’est à la cantine, en noyant le chagrin, que l’on attrape les buveurs d’encre.

(Fréd. de Reiffenberg, La Vie de garnison.)

Chahut

(Larchey, 1865) : Dispute.

Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie.

Monselet.

(Larchey, 1865) : Danse populaire.

Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers.

1833, Mansion.

La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée.

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan, — qui a été lui-même remplacé par d’autres cordaces de la même lascivité. Quelques écrivains font ce mot du féminin.

(Delvau, 1867) : s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups, — dans l’argot des faubouriens. Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret ; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.

(Rigaud, 1881) : Cancan poussé à ses dernières limites, l’hystérie de la danse. On dit également le ou la chahut.

Un d’eux, tout à fait en goguette, se laissera peut-être aller jusqu’à la chahut.

(Physiologie du Carnaval)

(Rigaud, 1881) : Bruit, tapage. Faire du chahut.

(La Rue, 1894) : Dispute, tapage, mêlée. Danse de bastringue.

Chahuter

(Larchey, 1865) : Faire tapage, danser le chahut.

Ce verbe, qui, à proprement parler, signifie crier comme un chat-huant, vient du nom de cet oiseau autrefois appelé chahu ou cahu…

Fr. Michel.

Ça mettra le vieux Charlot en gaîté… il chahutera sur sa boutique.

E. Sue.

(Larchey, 1865) : Renverser, culbuter.

Sur les bords du noir Cocyte, Chahutant le vieux Caron, Nous l’fich’rons dans sa marmite, etc.

Chanson de canotiers.

(Delvau, 1867) : v. n. Danser indécemment.

(Delvau, 1867) : v. a. Secouer avec violence ; renverser ; se disputer.

(Rigaud, 1881) : Bousculer, faire du vacarme. — Chahuteur, chahuteuse, danseur, danseuse de chahut, tapageur, tapageuse.

(Rigaud, 1881) : Danser la chahut.

Chahuter, pincer le cancan,
Sur l’abdomen coller sa dame ;
Voilà le danseur à présent,

(P. J. Charrin, Les Actualités.)

(Rossignol, 1901) : Jouer, s’amuser, danser.

Finis de chahuter, je ne veux pas rire.

Au bal celui qui se démène en dansant le quadrille chahute.

Chahuteur

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais sujet.

Chahuteuse

(Delvau, 1864) : Coureuse de bals publics, qui danse volontiers la chahut au lit.

(Delvau, 1867) : s. f. Habituée des bals publics ; dévergondée.

Chaillot (à)

(Larchey, 1865) : Terme injurieux fort en usage à Paris. C’est comme si on criait : À l’eau ! à l’eau ! — Et par le fait, Chaillot est au bord de la Seine. Le mot pourrait être fort ancien, si on en juge par cet extrait d’une mazarinade de 1649 (La Nape renversée).

Les gens de l’assemblée s’en allèrent je ne sçay où, à Chaillot ou à Saint-Cloud.

(La Nape renversée).

À Chaillot les géneurs.

Les Cocottes, 1864.

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : allez vous promener à Chaillot. On envoie à Chaillot, pour s’en débarrasser, les imbéciles, les niais, les gêneurs, ceux qu’un rien étonne, les décrépits de l’intelligence.

Est-ce à cause des hôtes de Sainte-Perrine — ruines humaines pour la plupart — qu’il est de bon goût, depuis quelques années, de crier : À Chaillot ! toutes les fois que dans la conversation quelqu’un dit une sottise ou émet une proposition extravagante ?

(A. Delvau, Hist. anecdotique des barrières de Paris.)

Chaillot (ahuri, abruti de)

(Rigaud, 1881) : Celui qu’un rien étonne, sorte d’idiot. — Une des nombreuses parodies de Taconnet, acteur et fournisseur ordinaire de Nicolet, porte pour titre : Les Ahuris de Chaillot ou Gros-Jean Bel-esprit.

Chaîne (doubler la)

(Rigaud, 1881) : Dans le jargon des régiments de cavalerie a la signification de tenir serré, de couper les vivres ; allusion aux chevaux auxquels on double la chaîne lorsqu’ils sont sujets à se détacher. — Le vieux me double la chaîne, mon père me tient serré. — Autrefois l’officier me donnait la permission de dix heures, mais depuis que je me suis si bien cuité, il a doublé la chaîne.

Chair

(d’Hautel, 1808) : Il est de chair et d’os comme vous. Se dit par reproche à celui qui maltraite son semblable ; et signifie : il est votre égal, il est de même nature que vous.
Se hacher comme chair à pâté. Pour, se battre à toute outrance.
Rire entre cuir et chair. Se moquer intérieurement d’une personne ; rire sous cape.
La chair nourrit la chair. Pour dire que les alimens les plus en usage sont les viandes.
Jeune chair et vieux poisson. Signifie qu’il faut manger les animaux quand ils sont jeunes, et les poissons quand ils sont vieux.
Il n’y a point de belle chair près des os. Pour dire qu’une personne maigre et décharnée ne peut être belle.
On ne sait s’il est chair ou poisson. Se dit d’un homme caché, d’un sournois que l’on ne peut définir.
Vendeurs de chair humaine. Raccoleurs, embaucheurs ; ceux qui faisoient autrefois métier de vendre des jeunes gens aux capitaines de recrutement.
L’esprit est prompt, la chair est foible. Paroles évangéliques dont on se sert communément par plaisanterie, pour dire que l’homme se laisse facilement entrainer à ses passions.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, que les femmes ne craignent pas de consommer même en Carême parce que ce jeûne là serait de tous le plus pénible et le plus impossible. — D’où l’expression biblique d’œuvre de chair.

Bon, bon ! sur ce ton-là, la petite friande,
Il lui faut la chair vive après toute autre viande.

J. De Schélandre.

Chair humaine (vendeur de)

(Larchey, 1865) : Agent de remplacement militaire. — Au dix-huitième siècle, on donnait déjà ce nom aux sergents recruteurs.

Chairez !

(Fustier, 1889) : Hardi ! Courage ! Cette interjection se trouve dans l’ouvrage d’Alph. Humbert intitulé : Mon bagne.

Chaleur

(d’Hautel, 1808) : Ses grandes chaleurs sont passées. Se dit d’un homme impétueux et ardent qui a jeté tout son feu ; d’une personne dont l’âge a ralenti les passions et l’activité.
Couvrez-vous, la chaleur vous est bonne. Se dit par ironie d’un homme incivil et grossier, qui ne se découvre pas, même devant les personnes qui commandent le respect.

Chaleur !

(Fustier, 1889) : Exclamation qui sert à marquer la surprise, le mépris, l’intention de ne pas faire telle ou telle chose. S’emploie toujours ironiquement ; elle est synonyme de Maladie ! ou de ça ne serait pas à faire !

Dans le Casino susdit, on jouerait le baccarat et les dames seraient admises ! Oh ! chaleur !

(Le Joueur, 1881.)

Chaleur (etre en)

(Delvau, 1864) : Avoir envie d’homme lorsqu’on est femme, de femme lorsqu’on est homme, — et de chienne lorsqu’on est chien.

De sa fécondité la cause
S’explique en y réfléchissant !…
Il est clair pour l’observateur
Qu’il doit toujours être en chaleur.

Louis Protat.

Châlier

(Rigaud, 1881) : Commis de magasin préposé à la vente des châles, — dans le jargon de la nouveauté.

Chaloupe

(Larchey, 1865) : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C’te chaloupe ! » crie Un gamin de Gavarni derrière une élégante.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme à toilette tapageuse, — dans l’argot des voyous. Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.

Chaloupe (faire la)

(Rigaud, 1881) : Exécuter un pas de cancan à l’aide d’un tangage furieux du train de derrière.

Vous faites la chaloupe, et c’est une variété du cancan.

(Physiologie du Carnaval, 1842.)

Chaloupe orageuse

(Larchey, 1865) : Variété pittoresque du cancan. V. Tulipe.

Ils chaloupaient à la Chaumière.

Les Étudiants, 1864.

Comparaison de la danse au roulis d’une chaloupe.

Chalouper

(Delvau, 1867) : v. n. Danser le chahut.

(Rigaud, 1881) : Marcher en balançant les épaules.

Quant à Henri de Car… tête de dogue aussi sur des épaules trapues et un corps chaloupant !…

(M. Rude, Tout Paris au café.)

Chalumeau

(Delvau, 1864) : Le roseau percé d’un trou avec lequel l’homme joue les airs variés de la polissonnerie dans le vagin de la femme.

Mais son doux chalumeau
M’ayant d’amour éprise,
Ce n’est rien de nouveau
Si je fis la sottise.

(La Comédie de chansons.)

Chamailler

(d’Hautel, 1808) : Chicaner, disputer sur des riens, comme le font ordinairement ceux qui ont l’humeur querelleuse et inégale ; se battre.

Chamailler (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se disputer, — dans l’argot du peuple.

Chamailler des dents

(Delvau, 1867) : v. n. Manger.

Chamaillis

(d’Hautel, 1808) : Démêlé, petit différend ; légère dissension ; chicane.

Chamarreuse

(La Rue, 1894) : Brodeuse.

Chambard

(Fustier, 1889) : Bruit, tapage. « Il est de tradition à l’École (Polytechnique) que, à la rentrée, les anciens démolissent les meubles des nouveaux, jettent leurs oreillers et leurs matelas par les fenêtres et dispersent leurs affaires. Cest ce qu’on appelle faire le chambard.

(Temps, 1881.)

(Rossignol, 1901) : Bruit.

Mes voisins ont fait tellement de chambard la nuit passée, que je n’ai pas fermé l’œil.

(Hayard, 1907) : Bruit, tapage.

Chambard (en faire)

(Virmaître, 1894) : Faire un potin infernal (Argot du peuple). V. Chambarder.

Chambard, chambarder, chambardement

(La Rue, 1894) : Bruit, tapage, renversement, bris.

Chambardement

(Fustier, 1889) : Renversement, bris.

Gambetta, vil objet de mon ressentiment,
Ministres ennemis de tout chambardement,
Sénateurs que je bais…

(Événement, 1881)

(Rossignol, 1901) : Faire du chambard.

Chambarder

(Delvau, 1867) : v. a. Secouer sans précaution ; renverser ; briser, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

(Fustier, 1889) : Faire du bruit, du chambard.

Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l’École (Polytechnique), comme vous en avez l’habitude…

(XIXe siècle, 1881.)

On dit familièrement en Bretagne chambarder pour : remuer, bousculer quelqu’un ou quelque chose. (V. Delvau : Chambarder.).

(Virmaître, 1894) : Tout casser, tout démolir, bouleverser une maison de fond en comble, renouveler son personnel. Mot à mot : faire balai neuf (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Jeter.

Dans un moment de colère, j’ai chambardé par la fenêtre tout ce qu’il y avait dans les meubles.

Chamberlan, Chambrelan

(Rigaud, 1881) : Ouvrier en chambre.

Chambert, Chambertin

(Rigaud, 1881) : Indiscret, — dans l’argot des voleurs. — Chambertage, indiscrétion. — Chamberter, commettre une indiscrétion. Allusion au bon vin, au vin de Chambertin, qui délie la langue et fait parler.

Chamberter

(Virmaître, 1894) : S’amuser. Quant les troupiers mettent les lits en bascules, qu’ils chahutent toute la chambrée, ils chambertent les camarades (Argot du troupier).

Chambre

(d’Hautel, 1808) : Avoir des chambres vides dans la tête. Pour dire, avoir l’esprit aliéné, le cerveau creux ; être attaqué de folie.
On dit aussi par raillerie d’un spectacle peu fréquenté, et moitié vide pendant les représentations, qu’il y a beaucoup de chambres à louer.

Chambre (être en)

(Rigaud, 1881) : Ne pas être dans ses meubles ; mot à mot : être en chambre meublée, — dans le jargon des apprenties femmes galantes.

Chambre (la)

(Rigaud, 1881) : C’est, dans le jargon des revendeurs, la salle qui leur est affectée à l’hôtel Drouot, la salle no 16 où se font les ventes des objets apportés par les brocanteurs. Pour eux, c’est la Chambre par excellence, comme Urbs était la ville, Rome pour les Romains. — Faire vendre à la chambre. — Acheter à la chambre.

Chambre à louer (avoir une)

(Rigaud, 1881) : Avoir un grain de folie. Allusion à la tête dont les idées saines sont parties.

Chambre des comptes

(Rigaud, 1881) : Chambre conjugale, — dans le jargon des bourgeois.

Chambre des pairs

(Delvau, 1867) : s. f. Bagne à vie, — dans l’argot des prisonniers.

(Rigaud, 1881) : On appelait ainsi au bagne le côté des galériens condamnés à perpétuité. Les condamnés à temps formaient le côté désigné sous le nom de Chambre des députés. (L. Larchey)

Chambrelan

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Ouvrier qui travaille en chambre ; ou locataire qui n’occupe qu’une chambre.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier en chambre ; locataire qui n’occupe qu’une seule chambre, — dans l’argot du peuple.
On dit aussi Chamberlan, et ce mot, comme l’autre, est la première forme de Chambellan. Les gens du bel air ont donc tort de rire des petites gens, — qui parlent mieux qu’eux, puisqu ils parlent comme Villehardouin, comme Joinville, comme Froissard, qui parlaient comme les Allemands (Kämmerling ou Chamarlinc).

Chambrer

(Delvau, 1864) : Sécurité que l’en prend en renfermant dans sa chambre l’homme ou la femme qu’on destine à ses plaisirs amoureux, dans la crainte qu’ils ne portent à d’autres une partie du tribut que l’on se réserve.

Ailleurs, la comtesse, avec moins d’égards pour son estomac, chambre le joli Fessange.

(Les Aphrodites.)

Sachez, dit-il, que je chambre
Certaine femme de chambre.

Grécourt.

(Fustier, 1889) : Perdre, voler. Argot des grecs.

Chambrillon

(d’Hautel, 1808) : Petite servante employée aux plus basses occupations du ménage.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite servante, — dans le même argot [du peuple].

Chameau

(Delvau, 1864) : Fille de mauvaises mœurs, nommée ainsi par antiphrase sans doute, le chameau étant l’emblème de la sobriété et de la docilité, et la gourgandine, l’emblème de l’indiscipline et de la gourmandise.

L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau.

Louis Protat.

Suivre la folie
Au sein des plaisirs et des ris,
Oui, voilà la vie
Des chameaux chéris
À Paris.

Justin Cabassoc.

(Larchey, 1865) : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas.

Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte !

Vidal, 1833.

Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer.

F. Deriège, 1842.

(Delvau, 1867) : s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes. Le mot a une cinquantaine d’années de bouteille.

(Delvau, 1867) : s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s’arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.

(Rigaud, 1881) : Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l’adresse d’une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit un insolent dont le nom m’échappe.

Chameliers (les)

(Merlin, 1888) : Les anciens guides.

Champ

(d’Hautel, 1808) : Il y a long-temps que son honneur court les champs. Se dit malignement d’une fille sans pudeur et sans mœurs ; pour faire entendre qu’elle a commencé de bonne heure à s’adonner au libertinage et au vice. On dit aussi d’un écervelé, d’un fou, d’un homme sans jugement, que son esprit court les champs.
Prendre la clef des champs.
Pour s’échapper, prendre l’essor.
Il a un œil au champ et l’autre à la ville. Se dit d’un homme vigilant, qui voit ce qui se passe de près et de loin.
Il y a assez de champ pour faire glane. Signifie que quel que soit l’état où le sort nous a placés, avec une bonne conduite et de l’activité, on peut toujours trouver de l’emploi.
À tout bout de champ. Pour dire à tout propos ; à tout moment.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, que Dieu a condamné l’homme à labourer et à ensemencer, ce à quoi il ne manque pas.

Si pour cueillir tu veux donques semer,
Trouve autre champt et du mien te retire.

Marot.

De manière que son champ ne demeurât point en friche.

Ch. Sorel.

(Larchey, 1865) : Champagne.

Maria. Oh !… du champ !… — Eole… agne. — Maria. Qu’est-ce que vous avez donc ? — Eole. On dit du champagne. — Maria. Ah bah ! où avez-vous vu ça ?

Th. Barrière.

(Rigaud, 1881) : Vin de Champagne ; par abréviation. — Voulez-vous un verre de champ ? — Je m’en sens Montebello à la bouche…

(Fustier, 1889) : Argot de sport. L’ensemble des chevaux qui se présentent pour figurer dans la même épreuve. Parier pour un cheval contre le champ, c’est parier pour un cheval contre tous ses concurrents. (Littré.)

Champ d’oignons

(Delvau, 1867) : s. m. Cimetière, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que les morts empruntent aux vivants un terrain utilisé pour l’alimentation de ceux-ci.

Champ de bataille

(Delvau, 1864) : Le lit, sur lequel se tirent tant de coups et, tout au contraire de l’autre, se fabriquent tant de créatures humaines. — On employait autrefois ce mot pour : la nature de la femme. L’expression moderne est plus exacte.

Il fallut abandonner le champ de bataille et céder Haria.

Diderot.

Quoiqu’il me parût fort dur de quitter le champ de bataille avant d’avoir remporté la victoire, il fallut m’y décider pourtant.

Louvet.

Champ de navet

(Virmaître, 1894) : Cimetière d’Ivry. Il est ainsi nommé parce qu’il est sur l’emplacement de champs dans lesquels jadis les paysans cultivaient des navets. Au Château d’Eau sur l’emplacement de la caserne du prince Eugène (ci-devant) il existait un bal qui se nommait aussi pour les mêmes raisons, vers 1833, le Champ de Navet (Argot du peuple).

Champ de navets

(Rigaud, 1881) : Cimetière des suppliciés, cimetière d’Ivry.

Champ de tabac

(Merlin, 1888) : Cimetière.

Champagne

(d’Hautel, 1808) : Attrape, Champagne, c’est du lard. Phrase goguenarde dont on se sert pour railler quelqu’un à qui l’on a joué quelque tour, et que l’on est parvenu à attraper, à prendre dans quelque piège.

Champagne (fine)

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie fine. — Du nom d’un village de la Charente-Inférieure.

Nous lui ferons prendre un bain de fine champagne.

Cochinat.

Champagnes (les)

(Rigaud, 1881) : Société de touristes parisiens, excursionnistes. (Imbert, À travers Paris inconnu.)

Champe

(Hayard, 1907) : Champagne.

Champfleurisme

(Delvau, 1867) : s. m. École littéraire dont Champfleury est le chef. C’est le réalisme.

Champfleuriste

(Delvau, 1867) : s. et adj. Disciple de Champfleury.

Champigneul

(Hayard, 1907) : Garde-champêtre.

Champignon

(d’Hautel, 1808) : Il vient comme un champignon. Se dit figurément d’un enfant plein de vigueur et de santé qui se développe sans secousse et d’une manière heureuse.
On dit aussi par ironie d’un homme qui, de pauvre qu’il étoit, s’élève subitement, qu’il est venu en une nuit comme un champignon.

(Delvau, 1864) : Végétation charnue et maligne qui vient sur le membre viril par suite d’un contact suspect.

Elle n’eut jamais chaude-pisse,
Ni vérole, ni champignon.

H. Raisson.

Champignon (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril, à cause de sa forme qui rappelle celle des cryptogames dont les femmes sont si friandes, surtout quand ce sont des champignons de couche.

Si son champignon
Ressemble à son piton.
Quel champignon,
Gnon, gnon,
Qu’il a, Gandon,
Don, don !

Alexandre Pothey.

Champion

(d’Hautel, 1808) : C’est un fameux champion. Se dit par raillerie d’un homme inhabile, sans force sans courage et sans énergie.
On dit aussi d’une femme dont la vertu et les mœurs sont suspectes, que C’est une championne.

Champoreau

(Delvau, 1867) : s. m. Café à la mode arabe, concassé et fait à froid, — dans l’argot des faubouriens qui ont été troupiers en Afrique. Pour beaucoup aussi, c’est du café chaud avec du rhum ou de l’absinthe.

(Merlin, 1888) : En Afrique, le champoreau est une sorte de café composé d’orge grillé ou de gland doux, additionné de sirop à la gélatine ; en France, dans les casernes, c’est le café froid ou chaud, quand ce n’est pas, comme dans certaines cantines de notre connaissance, un mélange indéfinissable, quelque chose comme du noir de fumée délayé dans l’acide nitrique.

Champs

(Fustier, 1889) : Champs-Elysées. Argot des filles, des souteneurs et de toute la population interlope qui, la nuit venue, fait élection de domicile aux Champs-Elysées.

Chançard

(Larchey, 1865) : Favorisé habituellement par la chance.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme heureux en affaires ou en amour, — dans l’argot du peuple.

Chançard, Chançarde

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui a de la chance.

On n’est pas chançard tous les jours.

(Hennique, La Dévouée.)

Chance au bâtonnet (avoir de la)

(Rigaud, 1881) : Réussir.

La chance l’y tourne, comme si elle avait joué au bâtonnet avec moi.

(Amusements à la grecque, 1764.)

Chanceler

(Delvau, 1867) : v. n. Être gris à ne plus pouvoir se tenir sur ses jambes, — dans le même argot [du peuple].

Chanceux

(d’Hautel, 1808) : C’est un homme bien chanceux. Pour dire auquel on ne peut se fier ; sujet à caution ; sans réputation, sans crédit.

Chancre

(d’Hautel, 1808) : Espèce d’ulcère qui ronge la partie du corps où il s’est formé.
Manger comme un chancre. Locution grossière, pour dire manger avec excès, comme un glouton ; être difficile à rassasier.

(Delvau, 1864) : Petit ulcère cancéreux qui se déclare ordinairement sur le membre viril à la suite d’un contact malsain et qui, s’il n’est pas soigné, finit par infecter l’économie.

Jamais du moins on ne m’a vu
Foutre des chaudes-pisses ;
Pleins de chancres et de morpions.

(Parnasse satyrique.)

(Delvau, 1867) : s. m. Grand mangeur, homme qui dévore tout, — dans le même argot [du peuple].

Chand, chande

(Fustier, 1889) : Marchand, marchande.

Chandeleur

(d’Hautel, 1808) : À la chandeleur les grandes douleurs. Parce qu’ordinairement à cette époque le froid se fait sentir avec beaucoup de rigueur.

Chandelier

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, dans laquelle brûle la chandelle de l’homme.

(Delvau, 1867) : s. m. Le nez, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon des voyous ; un nez qui laisse couler beaucoup de chandelles.

(Fustier, 1889) : Souteneur de filles.

Dans l’argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur de filles.

(Figaro, janvier 1886. V. Infra : Relever le chandelier.)

(La Rue, 1894) : Souteneur. Nez.

Chandelière

(Rigaud, 1881) : Femme qui tient une table d’hôte et des tables de jeu à l’adresse des grecs, à la plus grande gloire du dessous du chandelier et au détriment des pigeons.

Chandelle

(d’Hautel, 1808) : Trente-six, chandelles et le nez dessus, il n’y verroit pas plus clair. Se dit par exagération d’un homme sans intelligence, sans perspicacité, pour lequel les choses les plus claires et les plus simples deviennent obscures et embrouillées.
Il a passé comme une chandelle. Pour exprimer qu’une personne est morte sans crises, qu’elle a terminé doucement sa carrière ; ou qu’un malade a expiré au moment où l’on s’y attendoit le moins.
Ses cheveux frisent comme des chandelles. Se dit figurément d’une personne dont les cheveux sont plats, roides, et ne bouclent pas naturellement.
C’est un bon enfant qui ne mange pas de chandelle. Locution basse et triviale, pour faire entendre qu’un homme n’a pas l’humeur facile ; qu’il n’est pas aisé à mener ; qu’il ne se laisse pas marcher sur le pied.
Ses yeux brillent comme des chandelles. C’est-à-dire sont vifs, sémillans, pleins de feu.
Donner une chandelle à Dieu et une autre au diable. Ménager les deux partis, profiter de la mésintelligence qui règne entre plusieurs personnes.
À chaque Saint sa chandelle. Signifie qu’il faut faire des présens à chacun de ceux dont on peut avoir besoin dans une affaire.
Le jeu ne vaut pas la chandelle. Pour dire qu’une chose ne vaut pas la dépense, les frais qu’elle occasionne.
Il doit une belle chandelle au bon Dieu. Se dit de celui qui a échappé à un péril imminent, qui est revenu d’une dangereuse maladie.
On lui a fait voir mille chandelles. Se dit de quelqu’un à qui l’on a causé un grand éblouissement en le frappant rudement proche les yeux.
Cacher la chandelle sous le boisseau. Dissimuler ses opinions ; cacher son savoir faire.
Il a toujours deux chandelles qui lui pendent au nez. Se dit d’un enfant morveux ; d’un homme malpropre qui n’ayant pas soin de se moucher a continuellement des roupies au nez.
La chandelle se brûle. Se dit pour avertir quel qu’un qui perd inutilement un temps précieux.
La chandelle s’éteint. Manière figurée de dire qu’un homme approche du terme de sa carrière, qu’il s’en va mourant.
La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. Se dit de ces égoïstes : qui ne font aucun bien pendant leur vie, et se contentent seulement de faire espérer quelque chose après leur mort.
Il est bariolé comme la chandelle des rois. Voyez Barioler.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, qui fond et coule trop souvent — au feu du vagin de la femme.

Voici maître curé qui vient pour allumer sa chandelle, ou pour mieux dire l’éteindre.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

De femmes qui montrent leurs seins,
Leurs tétins, leurs poitrines froides,
On doit présumer que tels saincts
Ne demandent que chandelles roides.

G Coquillart.

(Delvau, 1867) : s. f. Mucosité qui forme stalactite au-dessous u nez, — dans le même argot [des faubouriens].

(Delvau, 1867) : s. f. Soldat en faction. Même argot [des faubouriens]. Être entre quatre chandelles. Être conduit au poste entre quatre fusiliers.

(Rigaud, 1881) : Mucosité nasale trop indépendante embrouillée avec le mouchoir. Souffler sa chandelle, se moucher avec les doigts, après reniflement.

(Rigaud, 1881) : Litre de vin, bouteille. Elle est chargée d’allumer l’ivrogne.

(Rigaud, 1881) : Baïonnette. — Se ballader entre quatre chandelles, marcher entre quatre soldats qui vous mènent au poste.

(La Rue, 1894) : Agent de police. Bouteille.

Chandelle (faire fondre une)

(Fustier, 1889) : Boire une bouteille de vin.

La chiffonnière faisait alors un bout de toilette avant d’aller faire fondre une chandelle dans le sous-sol du père Grandesomme.

(Réveil, 1882.)

Chandelle (faire une)

(Fustier, 1889) : Lancer une balle en hauteur de telle sorte qu’elle puisse facilement retomber dans les mains des joueurs. Argot des enfants. Allusion à la chandelle romaine, sorte de fusée.

Chandelle (moucher la)

(Virmaître, 1894) : On dit cela au moutard qui laisse pendre sous son nez un filet de morve. On appelait autrefois chandelle les troupiers qui faisaient le service des postes de Paris pour conduire les voleurs aux bureaux des commissaires de police.
— J’ai été conduit entre quatre chandelles.
Allusion à la raideur du fusil (Argot du peuple).

Chandelle (tenir la)

(Larchey, 1865) : Être placé dans une fausse position, favoriser le bonheur d’autrui sans y prendre part.

Embrassez-vous, caressez-vous, trémoussez vous, moi je tiendrai la chandelle.

J. Lacroix.

Une chanson imprimée chez Daniel, à Paris, en 1793, — Cadet Roussel républicain, — fournit cet exemple plus ancien :

Cadet Roussel a trois d’moiselles
Qui n’sont ni bell’s ni pucelles,
Et la maman tient la chandelle.

Chandelle brûle (la)

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot des bourgeois, — pour presser quelqu’un, l’avertir qu’il est temps de rentrer au logis.

Change

(Rigaud, 1881) : Trousseau fourni par les maîtresses de maison de tolérance à leurs pensionnaires, — dans le jargon des filles. Rendre son change, laisser ses nippes quand on passe d’une maison dans une autre.

Changement

(d’Hautel, 1808) : Changement de corbillon fait trouver le vin bon. Signifie qu’il suffit souvent de changer une chose de lieu ou de forme, pour la faire trouver meilleure.
On dit aussi, Changement de corbillon, appétit de pain bénit. Pour dire que la nouveauté et la variété plaisent en toute chose.

Changer

(d’Hautel, 1808) : C’est pour changer la même chose. Locution badine et ironique qui se dit lors qu’on remplace une chose par une autre qui a les mêmes inconvéniens, et qui est de même nature, ou qu’on substitue à un remède sans effet remède qui n’est pas plus efficace.
Il a été changé en nourrice. Se dit en mauvaise part d’un enfant qui, soit au physique, soit au moral, ne ressemble nullement aux auteurs de ses jours.
Il a changé son cheval borgne contre un aveugle. Voyez Aveugle.
Changer de batterie. Donner une autre direction à ses projets, à ses desseins.

Changer de composteur

(Delvau, 1867) : Passer à un autre exercice, manger après avoir causé, rire après avoir pleuré, etc. Argot des typographes et des ouvriers.

Changer ses olives d’eau

(Delvau, 1867) : v. n. Meiere, — dans l’argot des faubouriens.

Changer son fusil d’épaule

(Virmaître, 1894) : Changer d’avis ou d’opinion. On dit pour exprimer la même chose : mettre son drapeau dans sa poche. Ou bien encore : retourner sa veste (Argot du peuple).

Changer son poisson d’eau

(Rigaud, 1881) : Uriner.

(Virmaître, 1894) : Aller pisser. L’allusion est claire (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Uriner.

Changeur

(Delvau, 1867) : s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.

(Rigaud, 1881) : Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout flambant neuf. En été cet honnête industriel en est réduit à l’échange du chapeau.

(Rigaud, 1881) : Loueur de costumes pour messieurs les voleurs. Le changeur tenait une garderobe variée, grâce à laquelle sa clientèle pouvait se travestir selon les besoins du crime. Encore une industrie disparue, encore un industriel sur le pavé.

(La Rue, 1894) : Marchand d’habits fournissant aux voleurs des vêtements pour se déguiser.

(Virmaître, 1894) : Le fripier chez lequel les voleurs vont se camoufler moyennant un abonnement : tout comme les avocats chez le costumier du barreau. Ils trouvent là tous les costumes nécessaires pour leurs transformations (Argot des voleurs).

Chanoine

(d’Hautel, 1808) : Vivre comme un chanoine. Mener une vie nonchalante et oisive ; vivre dans l’abondance et la retraite.

(Delvau, 1867) : s. m. Rentier, — dans l’argot des voleurs. Au féminin, Chanoinesse.

(Fustier, 1889) : Récidiviste des maisons centrales.

Chanoine de Monte-a-regret

(Delvau, 1867) : Condamné à mort.

Chanson

(d’Hautel, 1808) : Pour sornettes, fadaises, contes en l’air.
Il ne se paie pas de chansons. Signifie, il veut des effets et non de vaines paroles.
C’est la chanson de rịcochet, on n’en voit pas la fin. Pour dire, c’est une conversation aussi sotte qu’ennuyeuse ; c’est toujours les mêmes paroles, la même répétition.
C’est bien une autre chanson. Pour c’est bien une autre affaire ; c’est une affaire à part.

Chantage

(un détenu, 1846) : Vol par pédérastie.

(Larchey, 1865) : Extorsion d’argent sous menace de révélations scandaleuses.

Le chantage, c’est la bourse ou l’honneur…

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Industrie qui consiste à soutirer de l’argent à des personnes riches et vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs turpitudes ; ou seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou moins bien, en les menaçant de les éreinter dans le journal dont on dispose.

(Rigaud, 1881) : Mise en demeure d’avoir à donner de l’argent sous peine de révélation.

Le chantage est un vol pratiqué non plus à l’aide du poignard ou du pistolet, mais d’une terreur morale, que l’on met sur la gorge de la victime qui se laisse ainsi dépouiller sans résistance.

(A. Karr, les Guêpes, 1845.)

L’inventeur du chantage est Farétin, un très grand homme d’Italie, qui imposait les rois, comme de nos jours tel journal impose tels acteurs.

(Balzac, Un grand homme de province à Paris.)

(La Rue, 1894) : Extorsion d’argent sous menace de révéler un secret.

Chantage (banque de)

(Halbert, 1849) : Où l’on escompte la diffamation.

Chanté

(Halbert, 1849) : Dénoncé.

Chanté (être)

(Delvau, 1867) : Être dénoncé, — dans l’argot des voleurs.

Chanteau

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau de pain ou d’autre chose, — dans l’argot du peuple.

Chanter

(d’Hautel, 1808) : Faire chanter quelqu’un. Locution burlesque qui signifie soutirer, censurer, rançonner quelqu’un ; lui faire payer par ruse ou par force une chose qu’il ne devoit pas.
Faire chanter quelqu’un. Signifie aussi le faire crier, en lui infligeant quelque châtiment.
Chanter pouille. Gourmander, repousser gronder quelqu’un.
Chanter magnificat à matines. Pour faire quelque chose à contre-temps, à rebours.
Chanter une gamme à quelqu’un. Le reprendre, lui faire des sévères, remontrances.
Il faut chanter plus haut. Pour dire, il faut enchérir, offrir davantage.
Il nous chante toujours la même chose. Pour dire il répète toujours la même chose ; il gronde continuellement.
Qu’est-ce que vous nous chantez là ? Locution ironique et familière que l’on adresse à quel qu’un qui tient des discours ridicules ou des propos que l’on ne goûte nullement ; ce qui équivaut à : Que voulez vous dire ? Qu’est-ce que cela signifie ?

(Larchey, 1865) : Être victime d’un chantage.

Tout homme est susceptible de chanter, ceci est dit en thèse générale. Tout homme a quelques défauts de cuirasse qu’il n’est pas soucieux de révéler.

Lespès.

Faire chanter signifie obtenir de l’argent de quelqu’un en lui faisant peur, en le menaçant de publier des choses qui pourraient nuire à sa considération, ou qu’il a pour d’autres raisons un grand intérêt a tenir ignorées.

Roqueplan.

Faire chanter : Faire payer par ruse une chose qu’on ne doit pas.

d’Hautel, 1808.

Étymologie incertaine. Faire chanter devrait, selon nous, s’appliquer a la bourse. C’est celle-ci qui ouvre sa bouche pour faire entendre le chant de ses pièces d’or.

(Delvau, 1867) : v. a. Parler, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie ce verbe qu’en mauvaise part. Faire chanter. Faire pleurer.

(Rigaud, 1881) : Payer pour obtenir le silence de quelqu’un.

(La Rue, 1894) : Dire. Faire chanter, mettre à contribution.

Chanter (faire)

(Delvau, 1867) : Faire donner de l’argent à un homme riche qui possède un vice secret que l’on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être loué dans un feuilleton. L’expression est vieille comme le vice qu’elle représente.

(Rigaud, 1881) : Battre monnaie à l’aide d’un secret. — Aux XVIIe et XVIIIe siècles l’expression avait le sens de soumettre, faire entrer en composition.

Porteront le fer et le feu au cœur de la France et la feront chanter.

(Lucien, trad. Per. d’Ablancourt.)

Les voleurs modernes emploient le verbe « charrier » dans le sens de faire chanter.

Chanter l’introït

(Delvau, 1864) : Introduire son membre dans le vagin d’une femme, ce qui est le commencement (introitus) de la jouissance.

Une catin s’offrant à l’accolade,
À quarante ans, il dit en introït.

Piron.

Chanter le chant du départ

(Delvau, 1867) : v. a. Quitter une réunion une compagnie d’amis, — dans l’argot des bohèmes.

Chanter pouille

(Delvau, 1867) : v. n. Chercher querelle, dire des injures. Argot du peuple.

Chanterelle

(d’Hautel, 1808) : Appuyer sur la chanterelle. Manière de parler figurée, qui signifie prêter aide et secours à quelqu’un dans une affaire ; ou hâter le succès d’une entreprise par son approbation et son crédit.

Chanterelle (appuyer sur la)

(Larchey, 1865) : Faire crier. — Assimilation de la voix à la corde aiguë d’un instrument.

Chanteur

(Clémens, 1840) : Celui qui fait contribuer les rivettes.

(un détenu, 1846) : Voleur pédéraste.

(Halbert, 1849) : Voleur spéculant sur la bienfaisance.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans moralité qui prend en main la cause de la morale quand elle est outragée par des gens riches.

(Rigaud, 1881) : Misérable gredin qui exerce l’art du chantage. Le prototype du chanteur est celui qui exploite les passions honteuses des émigrés de Gomorrhe, qu’il sait faire financer sous menace de révéler leurs turpitudes. Quelquefois des compères interviennent sous les espèces de faux agents des mœurs. — Le nombre des chanteurs est infini, et le chantage s’exerce sur toutes les classes de la société.

Chanteur de la chapelle Sixtine

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui, par vice de conformation ou par suite d’accident, pourrait être engagé en Orient en qualité de capi-agassi.

Chanteur-recette

(Rigaud, 1881) : Artiste lyrique dont le nom sur l’affiche attire le public dans un théâtre.

Et cependant Duprez était toujours le chanteur-recette de l’Opéra.

(Ch. de Boigne.)

Chanteurs

(Larchey, 1865) : « Hommes exploitant la crainte qu’ont certains individus de voir divulguer des passions contre nature. Ils dressent à cette fin des jeunes gens dits Jésus qui leur fournissent l’occasion de constater des flagrants délits sous les faux insignes de sergents de ville et de commissaires de police. La dupe transige toujours pour des sommes considérables. » — Canler. Vidocq range dans la catégorie des chanteurs — 1. Les journalistes qui exploitent les artistes dramatiques ; — 2. Les faiseurs de notices biographiques qui viennent vous les offrir à tant la ligne ; — 3. Ceux qui vous proposent à des prix énormes des autographes ayant trait à des secrets de famille. — « Sans compter, ajoute-t-il, mille autres fripons dont les ruses défraieraient un recueil plus volumineux que la biographie Michaud »

Chantier

(d’Hautel, 1808) : Il est sur le chantier. Se dit d’un ouvrage commencé et auquel on travaille avec ardeur et persévérance.

(Rigaud, 1881) : Embarras, complication ; par allusion à l’encombrement des chantiers. (L. Larchey)

(La Rue, 1894) : Embarras, complication.

Chapardage

(Rigaud, 1881) : Maraudage. En Afrique les soldats des compagnies de discipline pratiquent un chapardage bien entendu.

Chaparder

(Larchey, 1865) : Marauder. — De chat-pard : chat-tigre ou serval. — Les zouaves passent pour les plus habiles chapardeurs de l’armée française.

(Delvau, 1867) : v. a. Marauder, — dans l’argot des troupiers.

(Merlin, 1888) : Marauder, voler.

(Virmaître, 1894) : Aller à la maraude (Argot des troupiers).

(Rossignol, 1901) : Prendre.

En nous promenant à la campagne, nous avons chapardé des cerises.

(Hayard, 1907) : Marauder.

Chapardeur

(Delvau, 1867) : s. m. Maraudeur.

(Rigaud, 1881) : Maraudeur. — Soldat en maraude. — Mari qui trompe sa femme.

(Virmaître, 1894) : Qui chaparde (Même argot).

(Rossignol, 1901) : Celui qui chaparde.

Chape

(d’Hautel, 1808) : Trouver chape-chutte. Trouver une occasion favorable, une bonne fortune, une affaire galante.
Se débattre de la chape à l’évêque. Contester sur une chose qui n’est ni ne peut être d’aucun intérêt pour les personnes qui se la disputent.

Chapeau

(d’Hautel, 1808) : On dit du chapeau ou du bonnet d’un homme stupide, ignorant et grossier, que c’est un couvre sot.
Mettre un beau chapeau sur la tête de quelqu’un.
Débiter sur son compte des propos outrageans.
Il y avoit beaucoup de femmes, mais pas un chapeau. Se dit d’une assemblée ou il n’y avoit pas d’hommes.
On dit d’un homme qui a une jolie demoiselle que cela lui vaudra des coups de chapeau. Pour exprimer qu’on lui fera politesse, qu’on recherchera son alliance.
Elle s’est donnée-là un mauvais chapeau. Se dit d’une fille qui a fait quelqu’action contre la pudeur et la chasteté, qui a terni sa réputation.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, dont se coiffe si volontiers la tête un membre viril.

Que tes main s’est piqué les doigts
Au chapeau de la mariée.

Béranger.

(Fustier, 1889) : Homme de paille, remplaçant sans titre sérieux.

Ce ne sont pas des chapeaux que j’ai laissés à mon siège d’administrateur (de compagnie financière), mais bien des titulaires réels.

(Journal officiel belge, mars 1874, cité par Littré.)

Cet emploi vient de l’habitude, dans les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.

Chapeau en bataille

(Delvau, 1867) : s. m. Dont les cornes tombent sur chaque oreille. Argot des officiers d’état-major. Chapeau en colonne. Placé dans le sens contraire, c’est-à-dire dans la ligne du nez.

Chapeau en goudron (avoir un)

(Delvau, 1864) : Enculer un homme ou une femme, ce qui couvre le membre viril d’un brai de vilaine couleur et de plus vilaine odeur.

Dans le trou d’ ton cul faut que j’ m’affalle ;
Tach’de ravaler ton étron,
Pour que je n’ sorte pas d’ici
Avec un chapeau de goudron.

Alphonse Karr.

Chapelain

(Boutmy, 1883) : s. m. Celui des ouvriers qui tient les copies de chapelle. (B. Vinçard.) Inusité depuis que la chapelle n’existe plus.

Chapelet

(d’Hautel, 1808) : Défiler son chapelet. Dire à quelqu’un ce que l’on a sur le cœur ; ne rien lui déguiser.
Il n’a pas gagné cela en disant son chapelet. Se dit malignement d’un homme qui a été puni de quelque faute ; ou de quelqu’un qui s’est promptement enrichi.

Chapelet de saint-François

(Virmaître, 1894) : Chaîne qui sert à attacher les condamnés. C’est un chapelet que volontiers ils n’égrèneraient bien pas (Argot des voleurs).

Chapelet de St-François

(Rossignol, 1901) : Menottes à l’usage des gendarmes pour attacher les poignets des détenus. C’est une chaine d’environ un mètre, faite en fil de fer, à laquelle est un cadenas à chaque bout. Celui qui a cet outil aux poignets a toujours l’air d’égrainer un chapelet.

Chapelle

(d’Hautel, 1808) : Jouer à la chapelle. S’occuper de choses frivoles, de futilités, comme le font ordinairement les enfans.

(Delvau, 1864) : Le con — que l’homme ne voit pas sans ployer les genoux.

Il tâcha de faire entrer son idole dans ma chapelle ; à quoi je l’aidai en écartant les cuisses et en avançant le croupion autant qu’il me fut possible.

(Mémoires de miss Fanny.)

Tous les passants dedans cette chapelle
Voulaient dévots apporter leur chandelle.

(La Chapelle d’amour.)

Le compagnon lui plut si fort,
Qu’elle voulut en orner sa chapelle.

Piron.

(Delvau, 1867) : s. f. Cabaret, buvette quelconque, — dans l’argot des ouvriers, dévots à Bacchus. Faire ou Fêter des chapelles. Faire des stations chez tous les marchands de vin.

(Rigaud, 1881) : Comptoir de marchand de vin. Une chapelle où les ivrognes vont faire leurs dévotions.

(Boutmy, 1883) : s. f. Réunion des typographes employés dans la même imprimerie, et qui constituait une sorte de confrérie. Les chapelles n’existent plus.

(Fustier, 1889) : Coterie.

Chapelle (faire)

(Rigaud, 1881) : Se chauffer à un feu de cheminée ou devant un poêle, en relevant ses jupes de manière à montrer un peu plus que la couleur des jarretières. — Faire chapelle ardente, se chauffer comme il est dit ci-dessus, mais sans jupes.

Chapelle (préparer sa petite)

(Rigaud, 1881) : Ranger dans le sac tous les objets d’équipement, — dans le jargon des troupiers.

Chapelle (rester en)

(Rigaud, 1881) : Se dit en terme d’équarrisseur, des chevaux qui attendent, attachés, le moment fatal.

Leurs crinières et leurs queues sont coupées ras. Autrefois un cheval restait ainsi quelquefois plusieurs jours en chapelle, et pen-dant ce temps-là on ne lui donnait pas à manger.

(Paris en omnibus, 1854.)

Chapelle blanche

(Virmaître, 1894) : Le lit. Allusion à la blancheur des draps (Argot du peuple). N.

Chapelure

(Rossignol, 1901) : Cheveux. Celui qui a peu de cheveux n’a plus de chapelure sur le jambonneau.

Chapelure sur le jambonneau (pas de)

(Virmaître, 1894) : Absence complète de cheveux. Genou hors ligne. On dit aussi : pas de cresson sur le caillou (Argot du peuple).

Chaperon

(d’Hautel, 1808) : (Bonnet). Ils sont comme deux têtes dans un chaperon. Se dit de deux personnes qui ont les mêmes sentimens, les mêmes opinions et qui vivent dans une très-grande familiarité.
Qui n’a point de tête, n’a que faire de chaperon.

Chaperonner

(Virmaître, 1894) : Protéger quelqu’un. Mot à mot : lui servir de chaperon pour le couvrir (Argot du peuple).

Chapi

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau, — dans l’argot des faubouriens, dont les ancêtres ont dit chapel et chapin.

Chapiteau

(Delvau, 1867) : s. m. La tête, — sommet de la colonne-homme, Même argot [des faubouriens].

Chapitre

(d’Hautel, 1808) : Sujet, matière. On s’est entretenu sur son chapitre. Pour dire on a parlé de lui.
Il n’a pas voix au chapitre. Pour dire il n’a ni crédit, ni prépondérance dans cette affaire.

Chapitrer

(d’Hautel, 1808) : Gronder, faire des réprimandes à quelqu’un, lui laver la tête.

Chapon

(d’Hautel, 1808) : Gros comme un chapon.
Il a les mains en chapon rôti.
Se dit figurément d’un homme qui est sujet à prendre, qui s’empare de tout ce qui lui tombe sous la main ; et au propre de quelqu’un qui a les doigts crochus et retirés.
Qui chapon mange, chapon lui vient. Signifie que le bien vient souvent à ceux qui n’en ont pas besoin.
Deux chapons de rente. Se dit de deux personnes ou de deux choses inégales, parce que il y a toujours un de ces chapons gras et l’autre maigre.
Ce n’est pas celui à qui le bien appartient qui en mange les chapons. Se dit d’un bien, d’une terre dont le véritable propriétaire est frustré ; ou d’un homme qui porte le nom d’une terre, et n’en touche pas les revenus.
On appelle chapon de Limousin, des chataignes ou marrons, parce que ces fruits sont très-abondans en Limoge.
Se coucher en chapon. Se coucher après avoir bien bu, bien mangé ; ou se coucher les jambes recroquevillées.

(Delvau, 1864) : (au figuré) ; Homme châtré ou impuissant.

En termes de cuisine, l’on appelle chapon le croûton de pain frotté d’ail qui aromatise la salade.
Un de nos confrères, célèbre par sa continence… forcée, dînait dimanche à la campagne.
— Aimez-vous le chapon ? lui demande la maîtresse de la maison.
— Oh ! non, je ne peux pas le sentir.
— Parbleu ! fit un convive, ça lui rappelle Boileau.

Émile Blondet.

Pour ma part, moi j’en réponds,
Bien heureux sont les chapons.

Béranger.

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau de pain frotté d’ail, — dans l’argot du peuple, qui en assaisonne toutes les salades. On dit aussi Chapon de Gascogne.

Chapon de Limousin

(Delvau, 1867) : s. m. Châtaigne.

Chaponner un homme

(Delvau, 1864) : Le châtrer, lui couper les testicules, — comme le bon chanoine Fulbert fit au libertin Abeilard.

Je te chaponnerai, puis je t’arracherai les couilles rasibus.

Louis Protat.

Chapska

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau. Argot des faubouriens. C’est un souvenir donné à la coiffure des lanciers polonais, — de la garde nationale de Paris.

Chapuiser

(Delvau, 1867) : v. n. Tailler, couper, — dans l’argot du peuple, qui emploie là un des vieux mots de notre langue.

Charabia

(Larchey, 1865) : « toutes ces affaires se traitent en patois d’auvergne dit charabia. »

Balzac.

(Larchey, 1865) : Auvergnat. On dit aussi Auverpin.

Que penseriez-vous d’un homme qui n’est ni Auverpin ni Charabia ?

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Patois de l’Auvergne. Se dit aussi pour Auvergnat.

(Rigaud, 1881) : Auvergnat, charbonnier, porteur d’eau. C’est le langage de l’Auvergnat pris pour l’Auvergnat lui-même. D’autres fois on appelle l’Auvergnat un fouchtra, par allusion à son juron favori.

Charades

(Delvau, 1864) : Jeu de société qui, comme tous les jeux innocents, ne contribue pas peu à l’instruction des jeunes filles.

On jouait aux charades chez la princesse M… — Une jeune dame proposa celle-ci :
« Mon premier est un instrument de plaisir.
Mon second sert dans les jeux de hasard,
Et mon tout est le nom d’un grand homme. »
— Je le tiens ! s’écria madame A… Et elle articula, presque timidement, ces deux syllabes : Con-dé.
— C’est assez compris, dit l’auteur ; mais il y a quelque chose de trop grand et quelque chose de trop petit.
Une dernière dame hasarda : Lamotte-Piquet.
— Il y a du bon, mais ce s’est pas encore cela. Personne ne dit plus mot)… Eh bien ! le nom de mon homme, c’est… Vagin-jeton.
La princesse en rit encore !
Voici une anecdote qui concerne cette aimable femme :
On lui avait recommandé un jeune auteur d’avenir. Celui-ci se présente un jour qu’elle avait fixé pour le recevoir.
— Ah ! c’est vous, dit-elle, Monsieur… Monsieur Lévy, je crois ?
— Madame, je me nomme Lèpine.
— Oh ! mon Dieu, reprend la princesse, c’est la même chose. Il me semblait bien aussi qu’il y avait un vit ou une pine au bout de votre Lé. — Asseyez-vous donc, je vous prie, et quand je connaîtrai votre affaire, je verrai ce que je puis pour vous.

(Historique.)

Charbon

(d’Hautel, 1808) : On ne peut rien tirer d’un sac à charbon. Pour dire qu’il n’y a rien d’honnête à prétendre d’un ignorant ou d’un sot parvenu.
Il a l’ame noire comme du charbon. Manière exagérée de dire qu’un homme est faux, perfide, hypocrite et méchant.
Il y a bien du charbon de rabais. Pour dire qu’une marchandise est bien diminuée de prix.
Gracieux comme un sac à charbon. C’est-à dire brusque, revêche, qui a l’humeur acariâtre et farouche.

Charbonnier

(d’Hautel, 1808) : Noir comme un charbonnier.
Charbonnier est maître chez lui.
Pour dire que chacun est maître en son logis.

Charbonnier (faire comme le, faire)

(Rigaud, 1881) : Observer les préceptes matrimoniaux de Malthus.

Charcuter

(Delvau, 1867) : v. a. Couper un membre ; opérer.

(Rigaud, 1881) : Faire une opération chirurgicale, — dans le jargon du peuple.

Charcutier

(d’Hautel, 1808) : et non chartutier, comme le disent beaucoup de personnes.

(Delvau, 1867) : s. m. Chirurgien.

Charcutier (le)

(Merlin, 1888) : Le chirurgien militaire.

Charcutier, Charcuitier

(Rigaud, 1881) : Chirurgien, qui estropie le patient. — Ouvrier qui estropie l’ouvrage.

Chardon du Parnasse

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais écrivain, — dans l’argot des Académiciens, dont quelques-uns pourraient entrer dans la tribu des Cinarées.

Chardonneret

(Delvau, 1867) : s. m. Gendarme, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion au liseré jaune du costume de la maréchaussée.

Charenton

(d’Hautel, 1808) : Village près Paris, où il y a une école vétérinaire, et un lieu de retraite pour les fous de distinction. Le peuple prononce Chalenton.

(Rigaud, 1881) : Absinthe. — Un Charenton, un train direct pour Charenton, un verre d’absinthe, — dans le jargon du peuple qui sait que l’absinthe conduit à la folie, et qui en boit quand même.

Charge

(d’Hautel, 1808) : Goguette, farce, bouffonnerie.
Il est chargé. Pour il est plaisant et jovial. Se dit d’un homme qui fait de grands efforts pour divertir les autres. Terme de peinture.

(d’Hautel, 1808) : Une charge est le chausse-pied du mariage. Pour dire qu’un homme revêtu d’un emploi trouve facilement à se pourvoir en mariage.

Chargé

(Virmaître, 1894) : Quand une fille fait un miché elle dit :
— J’ai chargé.
Dans la nuit elle fait le contraire elle le décharge de son morlingue (Argot des filles). N.

Chargé (avoir)

(Rigaud, 1881) : Être enceinte, — dans le jargon du peuple. La femme qui a chargé porte un voyageur de neuf mois. — Encore une qui a chargé. Hé ! la p’tite mère, vous en avez chargé un de taille !

Chargé (être)

(Delvau, 1867) : Être en état d’ivresse, dans l’argot des ouvriers.

Chargé à cul

(Rossignol, 1901) : Être ivre à ne pouvoir marcher.

Chargé par la culasse

(Virmaître, 1894) : Prendre un lavement. Les passifs se chargent également par le même côté. Allusion aux canons (Argot du peuple). V. Passifs.

Chargée (être)

(Delvau, 1867) : Avoir levé un homme au bal, ou sur le trottoir, — dans l’argot des petites dames.

Charger

(d’Hautel, 1808) : Il est chargé comme un mulet. Pour dire très-chargé, surchargé de travaux et de peines.
Chargé de ganaches. Se dit d’un homme qui a de grosses mâchoires.
Charger. Pour exagérer, folâtrer, faire des bouffonneries, des farces.
Charger un récit, un portrait. En exagérer les détails, les circonstances et les traits.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Enlever un décor. Argot des coulisses. C’est la manœuvre contraire à Appuyer.

(Rigaud, 1881) : Enlever un décor, — dans le jargon du théâtre.

Chargez là-haut… les bandes d’air… Chargez encore… là… bien.

(Ed. Brisebarre et Eug. Nus, la Route de Brest, 1857.)

(Rigaud, 1881) : Prendre un voyageur, — dans le jargon des cochers de fiacre. — Avoir trouvé acquéreur, — dans celui des filles.

(Merlin, 1888) : Pour les cavaliers, sortir en ville, faire une sortie.

(Fustier, 1889) : Verser du vin, remplir un verre de liquide.

Charge-moi vite une gobette de champoreau.

Traduction : Sers-moi un verre de café additionné d’eau-de-vie. (Réveil, 1882.)

Charger des petits produits

(Rigaud, 1881) : Travailler, — dans le jargon des chiffonniers.

Charger en ville

(Rigaud, 1881) : Une très pittoresque expression des régiments de dragons qui veut dire sortir en ville.

Charger la brème

(Rigaud, 1881) : Filouter au jeu, marquer une carte, substituer une carte à une autre, — en terme de grec. — C’est un fameux travailleur qui charge rudement la brème et qui a toujours l’air de flancher à la bonne.

Chargez !

(Rigaud, 1881) : Versez et faites bonne mesure ! Commandement des ivrognes sous le feu des canons.

Charibotage

(La Rue, 1894) : Écriture.

Charibotée

(Virmaître, 1894) : En avoir sa charge. Cela veut aussi dire beaucoup.
— Elle a une charibotée d’enfants (Argot du peuple). V. Tiolée.

Chariot

(Rigaud, 1881) : Nom anciennement donné au bourreau par le peuple de Paris.

Charité

(d’Hautel, 1808) : On diroit qu’il vous fait la charité en donnant ce qu’il vous doit. Se dit de quelqu’un qui paie ses dettes de mauvaise grace et à contre-cœur.
Charité bien ordonnée commence par soi-même. Signifie qu’il faut travailler pour soi, avant que de travailler pour les autres.
C’est une charité qu’on lui prête. Pour dire on lui impute à tort cette faute.

Charivari

(d’Hautel, 1808) : Bruit de chaudrons, et autres instrumens.
Faire charivari. Faire du bruit, mettre le trouble et la confusion en un lieu ; criailler, gonder, quereller.

Charlataner

(d’Hautel, 1808) : Éblouir par de belles paroles ; tâcher d’entraîner par des discours flatteurs et artificieux, comme le font les hâbleurs et les charlatans.

Charlemagne

(Larchey, 1865) : Poignard d’infanterie. — Allusion ironique à l’épée du grand monarque.

(Delvau, 1867) : s. m. Sabre-poignard, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Sabre-baïonnette.

(Merlin, 1888) : Sabre-baïonnette.

Charlemagne (faire)

(Larchey, 1865) : Se retirer du jeu sans plus de façon qu’un roi, et sans laisser au perdant la faculté de prendre sa revanche.

Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne sans pudeur.

About.

(Rigaud, 1881) : Quitter une partie de cartes au moment où l’on vient de réaliser un bénéfice.

La comtesse fait Charlemagne à la bouillotte.

(Victor Ducange, Léonide ou la vieille de Suresnes, 1830.)

Si je gagne par impossible, je ferai Charlemagne-sans pudeur, et je ne me reprocherai point d’emporter dans ma poche le pain d’une famille.

(Ed. About, Trente et quarante.)

Les étymologistes ont voulu faire remonter l’origine du mot jusqu’à l’empereur Charlemagne, parce que cet empereur a quitté la vie en laissant de grands biens. Comme tous les noms propres familiers aux joueurs, le nom de Charlemagne a été, sans doute, celui d’un joueur appelé Charles. On a dit : faire comme Charles, faire Charles et ensuite faire Charlemagne. On appelle bien, dans les cercles de Paris, la dame de pique : « la veuve Chapelle », du nom d’un joueur. On a bien donné au second coup de la main au baccarat en banque, le nom de « coup Giraud », nom d’un officier ministériel, d’un notaire. Les joueurs ne connaissent rien que le jeu, rien que les joueurs et leurs procédés. La vie pour eux est toute autour du tapis vert. S’ils ont appris quelque chose, ils l’ont bientôt oublié, et ils professent le plus grand mépris pour tout ce qui ne se rattache pas directement au jeu. Ils se moquent bien de l’empereur Charlemagne et de tous les autres empereurs ! En fait de-monarque, ils ne connaissent que les monarques de carton.

(Virmaître, 1894) : Se mettre au jeu avec peu d’argent, gagner une certaine somme et se retirer de la partie sans donner de revanche (Argot des joueurs).

Charlot

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Le bourreau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bourreau.

(M.D., 1844) : Le boureau.

(Halbert, 1849) : Le bourreau.

(Larchey, 1865) : « Le peuple et le monde des prisons appellent ainsi l’exécuteur des hautes œuvres de Paris. » — Balzac.

Allez, monsieur le beau, Que Charlot vous endorme ! Tirez d’ici, meuble du Châtelet.

Vadé, 1788.

V. Garçon.

(Delvau, 1867) : L’exécuteur des hautes œuvres, — dans l’argot du peuple. Le mot est antérieur à 1789. Soubrettes de Charlot. Les valets du bourreau, chargés de faire la toilette du condamné à mort. Les Anglais disent de même Ketch ou Jack Ketch, — quoique Monsieur de Londres s’appelle Calcraft.

(La Rue, 1894) : Le bourreau. Voleur.

(Virmaître, 1894) : Le bourreau (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Le bourreau.

(Rossignol, 1901) : Roué, malin, méfiant.

Il n’est pas facile de le tromper, il est Charlot.

(Hayard, 1907) : Le bourreau.

Charlotte

(Virmaître, 1894) : Pince (Argot des voleurs). V. Monseigneur.

Charmant

(Halbert, 1849) : Galeux.

Charmante

(Halbert, 1849) : Gale.

(Halbert, 1849) : Galeuse.

(Larchey, 1865) : Gale.

La charmante y fait gratter bien des mains, aussi la visite était-elle rigoureuse.

Vidal, 1833.

(Delvau, 1867) : s. f. La gale, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : La gale, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : La gale.

(Virmaître, 1894) : La gâle. Par allusion aux vives démangeaisons que cause cette maladie, on la nomme aussi la frotte (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : La gale.

Charmante (la)

(Hayard, 1907) : La gale.

Charme

(d’Hautel, 1808) : Il se porte comme un charme. Pour il est frais et vermeil ; il se porte parfaitement bien.

Charmer

(d’Hautel, 1808) : Charmer les puces. Manière de parler burlesque et bachique, qui signifie chasser l’ennui, la mélancolie en s’enivrant du doux jus de la treille.

Charmer les puces

(Delvau, 1867) : v. a. Se mettre en état d’ivresse, — dans l’argot du peuple.

Charmes

(Delvau, 1864) : Les tétons, les fesses etc…de la femme, qui charment en effet nos yeux et notre imagination.

Avec beaucoup de charmes, c’est-à-dire de beauté, on peut manquer de charme : on peut de même avoir beaucoup de charme avec très peu de beauté. Réunir le et les, c’est la perfection à son comble.

A. de Nerciat.

Et laisse voir ses charmes, dont la vue
Est pour l’amant la dernière faveur.

Parny.

… Y vendre au poids de l’or toutes les voluptés,
Et des charnues, souvent, qu’on n’a pas achetés.

Louis Protat.

Charnière

(Delvau, 1864) : Le périné, c’est-à-dire l’endroit qui sépare le con du trou du cul.

Elle s’en est tant foutu,
Qu’elle s’est rompu la charnière…
Si bien que du con au cul,
Ça ne fait plus qu’une gouttière :
Bon, bon, de la Bretennière.

(Vieille chanson.)

Charogne

(d’Hautel, 1808) : Il pue comme une charogne. Se dit grossièrement d’un homme qui exhale une odeur désagréable, ou qui est sujet à lâcher de mauvais vents.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme difficile à vivre, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Homme roué, corrompu.

(Virmaître, 1894) : Individu rugueux, difficile à vivre, être insociable. On dit aussi de quelqu’un qui sent mauvais :
— Tu pues comme une charogne.
De charogne on a fait charognard.
Généralement les patrons ou les contremaîtres qui commandent durement sont qualifiés tels par les ouvriers (Argot du peuple). X.

Charogneux (article)

(Rigaud, 1881) : Article sur la vente duquel un commis en nouveautés n’a pas de bénéfice à attendre, article d’affiche. Une sale boîte où il n’y a que des articles charogneux.

Charon

(Larchey, 1865) : Voleur (Vidocq). — Diminutif de Charrieur. V. ce mot.

Dessus le pont au Change, certain agent de change se criblait au charon.

Vidocq.

Charpenter

(d’Hautel, 1808) : Pour couper, tailler à tort et à travers et maladroitement ; il signifie aussi frapper, battre, tomber à bras raccourci sur le dos de quelqu’un.
Un ouvrage charpenté. Pour dire fait à la grosse, sans soin, sans aucun goût.

Charpenter le bourrichon (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’enflammer à propos de n’importe qui ou de n’importe quoi, — dans l’argot des ouvriers.

Charpentier

(Larchey, 1865) : Auteur dramatique dont le talent consiste à bien tracer la charpente c’est-à-dire le plan d’une pièce.

As-tu vu la pièce d’hier ? — Oui, c’est assez gentil. — Est-ce bien charpenté ? — Peuh ! couci-couci.

De la Fizelière.

Il n’est pas si facile de se montrer un habile charpentier.

Second.

(Delvau, 1867) : s. m. Celui qui agence une pièce, qui en fait la carcasse, — dans l’argot des dramaturges, qui se considèrent, avec quelque raison, comme des ouvriers de bâtiment.

Charretée. (en avoir une)

(Fustier, 1889) : Être complètement ivre.

Charretier

(d’Hautel, 1808) : Il n’est si bon charretier qui ne verse. Pour dire qu’il n’y a point d’homme si habile qu’il soit, qui ne fasse des fautes.
Il jure comme un charretier embourbé. Se dit d’un homme qui n’a que des juremens dans la bouche, qui tempête et sacre à tout propos.

Charrette

(d’Hautel, 1808) : Avaleur de charrettes ferrées. Matamor, gascon, hâbleur, fier-à-bras.

Charriade à l’américaine

(Larchey, 1865) : « Il exige deux compères ; celui qui fait l’américain et celui qui lui sert de leveur ou de jardinier. Le leveur lie conversation avec tous les naïfs qui paraissent porter quelque argent. Puis on rencontre l’américain qui leur propose d’échanger une forte somme en or contre une moindre somme d’argent. La dupe accepte et voit bientôt les charrieurs s’éloigner, en lui laissant contre la somme qu’il débourse des rouleaux qui contiennent du plomb au lieu d’or. » — Canler.

Charriage

(un détenu, 1846) : Vol en accostant quelqu’un.

(Larchey, 1865) : Action de charrier. — Charrier : terme générique qui signifie voler quelqu’un en le mystifiant (Vidocq).Charrieur, careur, charon : Voleurs pratiquant le charriage. Charrier vient des anciens verbes charier, chariner aller, procéder, mystifier. V. Roquefort. — Ce dernier sens répond tout à fait à celui de Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. Vol pour lequel il faut deux compères, le jardinier et l’Américain, et qui consiste à dépouiller un imbécile de son argent en l’excitant à voler un tas de fausses pièces d’or entassées au pied d’un arbre, dans une plaine de Grenelle quelconque. S’appelle aussi Vol à l’Américaine.

(Rigaud, 1881) : Le mot charriage, dans la langue des voleurs est un terme générique qui signifie voler un individu en le mystifiant. (Vidocq.)

(La Rue, 1894) : Vol à la mystification. Charriage à l’américaine. Le charriage à la mécanique c’est le coup du père François (le vol par strangulation).

Charriage à la mécanique

(Larchey, 1865) : Un voleur jette son mouchoir au cou d’un passant et le porte à demi-étranglé sur ses épaules pendant qu’un complice le dévalise.

(Virmaître, 1894) : Ce genre de vol est l’enfance de l’art ; un mouchoir suffît. Le voleur le jette au cou d’un passant, il l’étrangle à moitié, le charge sur son épaule pendant qu’un complice le dévalise. C’est exactement le coup du père François, toutefois pour exécuter celui-ci les voleurs se servent d’une courroie flexible ou d’un foulard de soie (Argot des voleurs).

Charriage au coffret

(Virmaître, 1894) : Ce vol là est plus drôle. Un individu, ayant l’aspect d’un anglais s’adresse à la dame de comptoir d’un grand café, et lui confie un coffret, mais avant de le fermer à clé il lui fait voir qu’il contient une quantité de rouleaux d’or. Il le ferme, la dame serre précieusement. Dans la soirée, il revient dire qu’il a perdu sa clé, et lui emprunte quelques centaines de francs. Sans crainte (elle est garantie), elle les lui donne, et ne le revoit plus. Finalement, on fait ouvrir le coffret, il n’y a que des jetons de cercles (Argot des voleurs).

Charriage au pot

(Larchey, 1865) : Il débute de la même façon que le précédent. Seulement l’américain offre à ses deux compagnons d’entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d’un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.

(Virmaître, 1894) : Ne demande pas non plus un grand effort d’imagination : un pot et un imbécile aussi bête que lui suffisent. Deux voleurs abordent un individu à l’air naïf. Après quelques stations dans les cabarets, ils lui offrent de le conduire dans un bocard éloigné. En chemin, ils avisent un terrain vague, l’un des deux voleurs exprime à ses compagnons la crainte d’être volé car il porte sur lui une grosse somme. Devant eux il la cache dans le pot qu’il enterre. Plus loin il se ravise et dit au naïf d’aller déterrer l’argent caché, mais auparavant il lui fait donner ce qu’il a sur lui. Le naïf part, ne trouve que des rouleaux de plomb dans le pot et quand il revient les voleurs sont loin (Argot des voleurs).

Charrier

(d’Hautel, 1808) : On le fera bien charrier droit. Se dit par menace, pour on le forcera de se bien comporter, à s’acquitter de son devoir.

(Rigaud, 1881) : Servir de compère ; tricher au préjudice de ses associés pour faire gagner un compère, — dans le jargon des grecs, qui disent également mener en double.

(Fustier, 1889) : Chercher à savoir.

(La Rue, 1894) : Voler au charriage. Servir de compère. Chercher à savoir. Se moquer. Calomnier.

(Virmaître, 1894) : Signifie se moquer de quelqu’un. Synonyme de mener en bateau (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Se moquer, faire aller.

(Hayard, 1907) : Se moquer de quelqu’un.

Charrier (se)

(Rigaud, 1881) : Aller, venir d’un côté, de l’autre, sans but précis, — dans le jargon du régiment. — Qu’est-ce que t’as à te charrier comme ça depuis une heure ?

Charrier à la mécanique

(Rigaud, 1881) : Avoir la précaution d’étrangler un peu et même tout à fait le patient, tandis qu’un camarade le dépouille.

Charrier droit

(Rigaud, 1881) : Obéir, marcher droit.

Il (Louis XI) estoit maistre avec lequel il falloit charrier droit.

(Mémoires de Ph. de Commynes.)

Et qu’il fera bien s’il me croit
Désormais de charrier droit.

(Scarron, Gigantomachie, ch. I.)

La locution date de loin, mais elle n’en est pas moins très usitée de nos jours, et particulièrement parmi la classe ouvrière.

Charrieur

(un détenu, 1846) : Voleur en accostant.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur qui a la spécialité du charriage. Charrieur, cambrousier. Voleur qui exploite les foires et les fêtes publiques. Charrieur de ville. Celui qui vole à l’aide de procédés chimiques. Charrieur à la mécanique. Autre variété de voleur.

(Rigaud, 1881) : Compère, — dans le jargon des grecs.

(Rigaud, 1881) : Curieux, — dans l’argot des voleurs. — Charriage, curiosité. — J’aime pas le charriage, moi.

(Fustier, 1889) : adj. Curieux. — Subst. Individu qui se tient aux abords de certains cercles pour le compte desquels il racole les joueurs.

Ces nobles personnes ont toujours deux ou trois grecs à leur solde. Elles ont aussi des charrieurs et des charrieuses qui sont chargés de rabattre les pigeons.

(Henri IV, 1881.)

(La Rue, 1894) : Voleur au charriage. Curieux. Racoleur pour les tripots.

Charrieur cambrousier

(Halbert, 1849) : Voleur à l’aide du charlatanisme.

Charrieur de ville

(Halbert, 1849) : Voleur par les procédés chimiques.

Charrieur ou Charrida

(Rossignol, 1901) : Les voleurs à l’américaine sont aussi des voleurs au charriage ; ils se moquent de l’individu qu’ils cherchent à voler : ils le charrient pour arriver à lui escroquer ce qu’il possède d’argent sur lui.

Charrieur, Charron

(Rigaud, 1881) : Voleur qui est adonné au charriage. — Les charrieurs exploitent, presque toujours, la bêtise d’un fripon.

Charron

(d’Hautel, 1808) : Ma montre est chez le charron. Réponse facétieuse qu’une personne qui n’a pas de montre fait à celle qui lui demande quelle heure il est.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur.

(La Rue, 1894) : Voleur.

Charron (crier au)

(Hayard, 1907) : Crier avec violence, se plaindre.

Charrue

(d’Hautel, 1808) : C’est une vraie charrue. Se dit injurieusement d’une personne indolente et inhabile, qui se plaint continuellement ; d’un véritable emplâtre.
Mettre la charrue devant les bœufs. Faire quelque chose à contre-sens, en dépit du sens commun.
Être à la charrue, tirer la charrue. Pour dire avoir beaucoup de mal, faire un travail fort pénible.
Une charrue mal attelée. Gens liés par intérêt ou par société et qui s’accordent mal ensemble.

Charrue complète

(Rigaud, 1881) : Quinte, quatorze et le point au jeu de piquet.

Chartreuse de vidangeur

(Fustier, 1889) : Demi-setier de vin rouge.

Chartron

(Delvau, 1867) : s. m. Position des acteurs vers la fin d’une pièce. Faire ou Former le chartron. Ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final.

(Rigaud, 1881) : Position des acteurs vers la fin de la pièce. Former le chartron, ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final. (A. Delvau)

Chas d’occas

(Halbert, 1849) : Loucher.

Chas ou Chasse

(Delvau, 1867) : s. m. Œil, — dans l’argot des voleurs, soit parce que les yeux sont les trous du visage, ou parce qu’ils en sont les châssis, ou enfin parce qu’ils ont parfois, et même souvent, la chassie.
Ce mot qui ne se trouve pourtant dans aucun dictionnaire respectable, est plus étymologique qu’on ne serait tenté de le supposer au premier abord. Je m’appuie, pour le dire, de l’autorité de Ménage, qui fait venir chassie de l’espagnol cegajoso, transformé par le patois français en chaceuol, qui voit mal, qui a la vue faible. Et, dans le même sens nos vieux auteurs n’ont-ils pas employé le mot chacius ?
Châsses d’occase. Yeux bigles, ou louches.

Chass. d’Af.

(Merlin, 1888) : Apocope de chasseur d’Afrique.

Chasse

(d’Hautel, 1808) : C’est la chasse de St. Romain, portée par deux vilains. Brocard qui se dit pour plaisanter deux personnes qui portent ensemble quelque chose de précieux.

(d’Hautel, 1808) : Donner une chasse à quelqu’un. Pour le réprimander, lui donner une mercuriale ; le gourmander vivement.

(Larchey, 1865) : Mercuriale (d’Hautel, 1808).

C’est pas l’embarras, faut croire qu’il aura reçu une fameuse chasse pour être remonté si en colère.

H. Monnier.

Donner une chasse, c’est mot à mot pourchasser à coups de langue.

(Delvau, 1867) : s. f. Réprimande, objurgation, reproches, — dans l’argot des ouvriers. Foutre une chasse. Faire de violents reproches.

(Rigaud, 1881) : Semonce. — Flanquer une chasse.

Chasse (marquer de)

(Rigaud, 1881) : Marquer d’une raie transversale les côtes d’un animal qu’on envoie à l’abattoir, — dans le jargon des bouchers.

Chasse à courre

(Rigaud, 1881) : Verte réprimande qui se termine par un congé en bonne forme.

Châsse d’occase

(Rigaud, 1881) : Œil louche. — Châsse à l’estorgue, œil de verre.

Chasse-coquin

(Delvau, 1867) : s. m. Bedeau, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Bedeau, suisse ; vieux mot français ; c’était celui qui chassait les gueux de l’église.

Chasse-cousin

(d’Hautel, 1808) : Ripopée, vin qui n’est pas potable ; qui, comme on dit, fait sauter les chèvres

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais vin, — dans l’argot des bourgeois, qui emploient volontiers ce remède héroïque, quand ils « traitent » des parents importuns, pour se débarrassera jamais d’eux.

Chasse-marais

(Rigaud, 1881) : Pour chasse-mar, c’est-à-dire chasseur avec la terminaison argotique mar ; surnom du chasseur d’Afrique.

Chasse-marée

(Merlin, 1888) : Chasseurs d’Afrique. — Est-ce par allusion à la vitesse de leur course, comparée à celle des navires du même nom ?

Chasse-noble

(Halbert, 1849) : Chasse-coquin, gendarme, chasses-yeux.

(Delvau, 1867) : s. m. Gendarme, — dans l’argot des voleurs, qui se rappellent sans doute que leurs ancêtres étaient des grands seigneurs, des gens de haute volée.

Chasse, chassis

(Larchey, 1865) : Œil. — L’œil est pour la vue une sorte de châssis.

Je m’arcboute et lui crève un chassis.

Vidocq.

V. Coquer, Balancer, Estorgue.

Châsse, Châssis

(Rigaud, 1881) : Œil. Y aller d’un coup de châsse, jeter un coup d’œil, — dans le jargon du peuple. — Se foutre l’apôtre dans la châsse, se tromper, s’illusionner ; mot à mot se mettre le doigt dans l’œil. — Fermer les châssis, dormir.

Châsse, châssis

(La Rue, 1894) : Œil. Paupière.

Chasselas

(Fustier, 1889) : Vin.

Je prendrais bien quelque chose de chaud. Est-ce qu’il y a du chasselas sur le feu, madame Antoine ?

(Huysmans : Sœurs Vatard.)

Chasser

(d’Hautel, 1808) : On dit populairement de quelqu’un qui a bon appétit, qui aime à manger le gibier que les autres tirent : Il chasse bien au plat.
Un clou chasse l’autre.
Signifie qu’ici bas les événemens se succèdent rapidement, que le plus fort chasse continuellement le plus foible.
Bon chien chasse de race. Proverbe qui n’est pas toujours d’une grande vérité, et qui signifie que les enfans ont ordinairement les vertus ou les vices de leurs pères, qu’ils en suivent les exemples.
La faim chasse le loup du bois. Signifie que la nécessité oblige à faire des choses pour lesquelles on avoit une grande aversion.
Leurs chiens ne chassent pas ensemble. Se dit de deux personnes qui vivent en mésintelligence, qui n’ont ni les mêmes principes, ni les mêmes inclinations.

(Clémens, 1840) : Détourner quelque chose.

(Delvau, 1867) : v. n. Fuir, — dans l’argot des faubouriens.

Chasser au plat

(Delvau, 1867) : v. n. Faire le parasite, — dans l’argot du peuple.

Chasser avec in fusil de toile

(Virmaître, 1894) : Mendier dans les campagnes. Allusion à la besace de toile que portent les mendiants pour y mettre ce qu’on leur donne (Argot des voleurs).

Chasser des reluits

(Larchey, 1865) : Pleurer (Vidocq). — Mot à mot : chasser les larmes des yeux.

(Delvau, 1867) : v. n. Pleurer. Argot des voleurs.

Chasser le brouillard

(Delvau, 1867) : v. a. Boire le vin blanc ou le petit verre du matin, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Chasser l’humidité.

Chasses

(Clémens, 1840) : Yeux.

(un détenu, 1846) : Yeux.

(Virmaître, 1894) : Les yeux. On dit d’une femme qui pleure :
— Elle chie des yeux (Argot du peuple).

Châsses

(Rossignol, 1901) : Les yeux.

Chasses (les)

(M.D., 1844) : Les yeux.

Châsses (les)

(Hayard, 1907) : Les yeux.

Châsses, Châssis

(Rigaud, 1881) : Lunettes.

Chasseur

(d’Hautel, 1808) : Un bon chasseur ne chasse jamais sur ses terres. Signifie qu’un homme adroit ne se livre à aucun écart dans les contrées, qu’il habite.

(Clémens, 1840) : Celui qui vole son camarade.

(Fustier, 1889) : Domestique, petit groom qui, dans les cafés et restaurants bien tenus,est à la disposition des consommateurs, pour faire leurs commissions.

Châssis

(d’Hautel, 1808) : Pour conserves, besicles, lunettes.
Il n’a pas mis ses châssis. Se dit en plaisantant d’un homme qui a commis quelque erreur ; qui a mal lu quelque chose.
Ce mot se prend aussi pour la vue, les yeux.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les yeux. Argot des faubouriens.

Châssis, Sabords

(Clémens, 1840) : Verre à boire.

Chassue

(Halbert, 1849) : Aiguille.

(Delvau, 1867) : s. f. Aiguille, — dans l’argot des voleurs, qui savent que toute aiguille a un chas.

Chassure

(Halbert, 1849) : Urine.

(Delvau, 1867) : s. f. Lotium, — dans le même argot [des voleurs].

Chasublard

(Rigaud, 1881) : Prêtre, celui qui porte la chasuble.

Vit-on un seul royaliste, un seul cagot, un seul chasublard, prendre les armes pour la défense du trône et de l’autel ?

(G. Guillemot, le Mot d’Ordre, du 6 septembre 1877.)

Chat

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
A la nuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.

(Bras-de-Fer, 1829) : Geôlier.

(Larchey, 1865) : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

(Larchey, 1865) : Nom d’amitié.

Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.

Ces Dames, 1860.

(Delvau, 1867) : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.

(Delvau, 1867) : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.

(Delvau, 1867) : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.

(Rigaud, 1881) : Pudenda mulierum.

(Rigaud, 1881) : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.

(Rigaud, 1881) : Guichetier, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.

(Rigaud, 1881) : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.

(La Rue, 1894) : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.

Chat (être)

(Delvau, 1867) : Avoir des allures caressantes, félines, — dans l’argot du peuple, qui dit cela en bonne comme en mauvaise part.

Chat (mon petit)

(Virmaître, 1894) : Terme d’amitié employé souvent vis-à-vis d’une jeune fille. Chat… (Argot du peuple). V. Tâte-minette. N.

Chat à neuf queues

(Merlin, 1888) : Martinet.

Chat dans la gouttière

(Rigaud, 1881) : Enrouement persistant éprouvé par un chanteur.

Chat, chatte

(Delvau, 1864) : Nom que les femmes donnent à la divine cicatrice qu’elles ont au bas du ventre, — à cause de son épaisse fourrure, et aussi parfois à cause des griffes avec les quelles elle déchire la pine des honnêtes gens qui s’y frottent.

Elle aime tous les rats
Et voudrait, la Lesbienne,
Qu’à sa langue de chienne
Elles livrent leurs chats.

Joachim Duflot.

Chataigne

(Virmaître, 1894) : Soufflet.
— Je vais te coller une chataigne, ou je vais te plaquer un marron (Argot du peuple).

Châtaigne

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet appliqué sur la joue, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression à des Lyonnais.

(Rossignol, 1901) : Gifle.

Si tu continues à m’embêter, je vais t’envoyer une châtaigne.

On dit aussi un marron.

(Hayard, 1907) : Coup.

Chataud, de

(Delvau, 1867) : adj. et s. Gourmand, gourmande, — dans l’argot du peuple. « J’étais chataude et fainéante, » dit la jolie Manon de Rétif de la Bretonne.

Château

(Fustier, 1889) : Abrév. de Chateaubriand. (V. Delvau.)

Château-branlant

(Delvau, 1867) : s. m. Chose ou personne qui remue toujours, et qu’à cause de cela on a peur de voir tomber. Argot du peuple.

Château-Campèche

(Rigaud, 1881) : Mauvais vin coloré avec du bois de Campèche ; par opposition ironique à Château-Laffite.

Chateaubriand

(Rigaud, 1881) : Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restaurants. — Un Chateaubriand aux pommes.

Chatellerault

(Virmaître, 1894) : Couteau. Allusion à la ville renommée pour sa fabrication. On pourrait aussi bien dire Thiers ou Noutron (Argot des voleurs). V. Lingre.

Châtier

(d’Hautel, 1808) : Qui aime bien châtie bien. Signifie que l’amour d’un bon père pour ses enfans ne doit point le rendre aveugle sur leurs défauts ; que le devoir lui ordonne, au contraire, de réprimer avec sévérité le vice, dès qu’il se montre en eux.

Chaton

(d’Hautel, 1808) : Diminutif ; petit chat. Nom d’amitié, que l’on donne aux plus petits enfans.

(Fustier, 1889) : Petit chat. Individu charmant. (Richepin.)

Chatouillage au roupillon

(Fustier, 1889) : Vol au poivrier.

Chatouille (une)

(Virmaître, 1894) : Une chansonnette. Vieux terme de goguette :
— Allons, dégoise-nous ta petite chatouille (Argot du peuple). N.

Chatouiller

(d’Hautel, 1808) : Se chatouiller pour se faire rire. C’est se représenter intérieurement en soi-même des sujets agréables et burlesques qui excitent à rire, ou chercher à se mettre en joie, quoiqu’on n’en ait pas sujet. On dit aussi, et dans le même sens, Se pincer pour se faire rire.

Chatouiller le public

(Rigaud, 1881) : Charger un rôle, ajouter à la prose de l’auteur des facéties dans l’espoir de faire rire le public. (Jargon des coulisses.)

Chatouilleur marron

(Rigaud, 1881) : C’est le romain, le claqueur de fonds publics. Son rôle consiste à chauffer une émission, à stimuler le zèle des souscripteurs, comme le rôle des chevaliers du lustre consiste à chauffer la pièce, à entretenir le feu sacré des acteurs. (Jargon de la Bourse.)

Châtrer

(d’Hautel, 1808) : Châtrer une bourse. En diminuer la valeur, en ôter une partie.
Voix de châtré. Voix aigre, foible et grêle.

(Delvau, 1864) : Rendre un homme inhabile à la génération, en lui coupant les testicules.

Beau con dont la beauté tient mon âme ravie,
Qui les plus vieux châtrés pourrait faire dresser.

Théophile.

Chatte

(Delvau, 1867) : s. f. Autrefois écu de six livres, aujourd’hui pièce de cinq francs, — dans l’argot des filles.

(Fustier, 1889) : Pédéraste. Argot des voleurs. Terme injurieux que s’adressent les enfants des rues.

(Virmaître, 1894) : Homme aimé des pédérastes pour ses manières câlines. La femme aussi est chatte si elle est câline à ses heures, à d’autres elle sait griffer (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Lop ou lob, gueuse, coquine, tante, fiote, copaille, tapette. Singulier masculin qui se fait mettre au féminin.

Chattement

(Delvau, 1867) : adv. Doucement, calmement. L’expression est de Balzac.

Chaud

(d’Hautel, 1808) : Plâtre-chaud. Sobriquet injurieux que l’on donne à un maçon qui ne sait pas son métier ; à un architecte ignorant.
Jouer à la main chaude. Au propre, mettre une main derrière son dos, comme au jeu de la main chaude. Le peuple, dans les temps orageux de la révolution, disoit, en parlant des nombreuses victimes que l’on conduisoit à la guillotine, les mains liées derrière le dos, ils vont jouer à la main chaude, etc.
C’est tout chaud tout bouillant. Pour dire que quelque chose qui doit être mangé chaud est bon à prendre. On dit aussi d’un homme qui est venu d’un air empressé et triomphant annoncer quelque mauvaise nouvelle, qu’Il est venu tout chaud tout bouillant annoncer cet évènement.
Chaud comme braise.
Ardent, bouillant, fougueux et passionné.
Tomber de fièvre en chaud mal. C’est-à-dire, d’un évènement malheureux dans un plus malheureux encore.
Avoir la tête chaude. Être impétueux, et sujet à se laisser emporter à la colère.
On dit, par exagération, d’une chambre ou la chaleur est excessive, qu’Il y fait chaud comme dans un four.
Il fait bon et chaud.
Pour dire que la chaleur est très-forte. Voy. Bon.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. C’est-à-dire, pousser vivement une affaire quand l’occasion est favorable.
À la chaude. Dans le premier transport.
Cela ne fait ni chaud ni froid. C’est-à-dire, n’influe en rien, n’importe nullement.
La donner bien chaude. Exagérer un malheur, donner l’alarme pour une un événement de peu d’importance, faire une fausse peur.
Si vous n’avez rien de plus chaud, vous n’avez que faire de souffler. Se dit à quelqu’un qui se flatte de vaines espérances, qui se nourrit d’idées chimériques.
Il n’a rien eu de plus chaud que de venir m’apprendre cet accident. Pour, il est venu avec empressement, d’un air moqueur et joyeux m’annoncer cet accident.

(Larchey, 1865) : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier :

Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.

Courrier burlesque, 2e p., 1650.

(Delvau, 1867) : adj. et s.. Rusé, habile, — dans l’argot du peuple, assez cautus. Être chaud. Se défier. Il l’a chaud. C’est un malin qui entend bien ses intérêts.

(Delvau, 1867) : adj. Cher, d’un prix élevé.

(La Rue, 1894) : Dangereux. Passionné. Se tenir chaud, être sur ses gardes.

Chaud ! chaud !

(Delvau, 1867) : Exclamation du même argot [du peuple], signifiant : Vite ! dépêchez-vous !

(Rigaud, 1881) : Vite ! vite !

Chaud (avoir)

(Rigaud, 1881) : Avoir peur, — dans le jargon des voyous. Le saisissement causé par la peur détermine souvent la transpiration.

Chaud (être)

(Rigaud, 1881) : Se tenir sur ses gardes.

(Rossignol, 1901) : Malin. Ce mot me rappelle un beau nègre, nomme Barca, qui était soldat aux zouaves de la garde. Étant en faction dans l’intérieur des Tuileries, l’Empereur passa près de lui et lui causa. Barca ne répondit pas, et Napoléon III demanda à l’officier de Service si ce nègre ne comprenait pas le français. Lorsque Barca fut relevé de faction, on lui demanda pourquoi il n’avait pas répondu à l’empereur.

Lui chaud, dit Barca, mais moi je brûle ; le Kibir voulait me faire parler étant de faction pour me f… iche dedans.

Il est vrai que la consigne interdit aux sentinelles de causer. J’ai rencontré en Kabylie, en 1871, lors de l’insurrection, Barca qui regrettait les madames la France et la barrière Zobi : barrière de l’École, ainsi nommée par les Arabes ayant tenu garnison à Paris, en raison d’un grand nombre de maisons à grand numéro qui y existaient avant 1870.

Chaud (il est)

(Virmaître, 1894) : Malin, rusé, méfiant. Se dit de quelqu’un difficile à tromper (Argot du peuple).

Chaud (mettre le petit au)

(Rigaud, 1881) : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des troupiers.

Chaud comme braise (être)

(Delvau, 1864) : Se dit d’un homme qui bande toujours, pour qui toutes les femmes sont égales devant sa pine.

Dans les gardes-françaises
J’avais un amoureux,
Fringant, chaud comme braise,
Jeune, beau, vigoureux.

J.-J. Vadé.

Je suis étroit, chaud comme braise,
Mon pucelage vaut le tien.

(Parnasse satyrique.)

Chaud de la pince

(Delvau, 1864) : Homme ardent aux plaisirs vénériens ; bon fouteur.

C’était un chaud de la pince
Qui peuplait dans chaque province
L’hospice des enfants trouvés.

Louis Festeau.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de complexion amoureuse.

(Rigaud, 1881) : Luxurieux. On disait jadis : chaud de reins.

Où les centaures saouz, au bourg Atracien
Voulurent, chauds de reins, faire nopces de chien.

(Régnier, satire X.)

(Virmaître, 1894) : Hommes pour qui toutes les femmes sont bonnes. On dit d’un homme chaud :
— Chien enragé mord partout (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Individu pour qui n’importe quelle femme est bonne.

Chaud de lance ?

(Rossignol, 1901) : J’ai entendu chanter dans les caveaux, une chanson sur l’hôpital du Midi, aujourd’hui hôpital Ricord, dont voici un couplet :

On vous donne des tisanes et des graines, Du copahu ainsi que de l’Opiat, Et de l’iodure pendant la. quarantaine, Matin et soir après chaque repas. Le potassium sur tous les hommes Fait son effet, dit le docteur Simonet ; Essayez-en, mes bonnes gens, De tous ces remèdes, vous en serez contents.

Chaud et froid

(Rossignol, 1901) : Si une dame vous loue son local pour un instant, qu’avant de l’habiter vous ne visitiez pas les papiers pour vous rendre compte que tout est bien en règle, vous êtes en danger d’y trouver un courant d’air et d’y attraper un chaud et froid.

Chaude comme braise

(Virmaître, 1894) : Femme hystérique qui aime tous les hommes (Argot du peuple).

Chaude lance

(La Rue, 1894) : Gonorrhée.

(Virmaître, 1894) : Maladie qui se soigne à l’hôpital Ricord, ou chez les charlatans qui vantent leurs spécifiques dans les pissotières.
— Traitement facile à suivre, en secret, même en voyage, guérison radicale sans rechute (Argot du peuple).

Chaude-lance

(Delvau, 1864) : Le faux-nez de la chaude-pisse.

Le soldat de Lobau,
Dit-on, n’eut pas de chance,
Car une chaude-lance
Lui corda le bayou.

Joachim Duflot.

(Larchey, 1865) : Gonorrhée (Vidocq) — Allusion à la chaleur et aux élancements du canal de l’urètre.

Chaude-pisse

(Delvau, 1864) : Écoulement vénérien au canal de l’urètre, — une des épines de cette rose qu’on appelle la femme.

… Suis-tu d’abord quel nom
Donner à l’instrument par où te mâle pisse
Et par lequel aussi lui vient la chaude-pisse ?

Louis Protat.

Chaudière à boudins blancs

(Rigaud, 1881) : Partner des émigrés de Gomorrhe.

Chaudière à peau d’âne

(Merlin, 1888) : Grosse caisse.

Chaudron

(d’Hautel, 1808) : Récurer le chaudron. Se purger, prendre des médicamens après une maladie.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, — vase que la pine de l’homme se charge de fourbir et de laver.

Son mari n’était d’aventure assez roide fourbisseur d’un chaudron tel que le sien.

(Le Synode nocturne des tribades)

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvais piano qui rend des sons discordants, — dans l’argot des bourgeois. Taper sur le chaudron. Jouer du piano, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Vieux et mauvais piano.

Chaudronner

(Delvau, 1867) : v. a. Aimer à acheter et à revendre toutes sortes de choses, comme si on y était forcé.

Chaudronnier

(Delvau, 1867) : s. m. Acheteur et revendeur de marchandises d’occasion, — de la tribu des Rémonencq parisiens.

Chaudronniers

(Merlin, 1888) : Cuirassiers. — C’est ainsi que les appellent railleusement, et peut-être avec une légère pointe de jalousie, les militaires des autres armes, qui comparent ainsi à un vulgaire chaudron leur cuirasse étincelante.

Chaudrons

(Merlin, 1888) : Les gros instruments de musique de cuivre.

Chauffe grippard

(Virmaître, 1894) : Chaufferette (Argot du peuple).

Chauffe la couche

(Larchey, 1865) : Homme qui ne connaît au lit que les douceurs du sommeil.

Les maris qui obtiennent le nom déshonorant de chauffe la couche.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui aime ses aises et reste volontiers au lit, — dans l’argot du peuple. J’ai entendu employer aussi cette expression dans un sens contraire à celui que je viens d’indiquer, — dans le sens d’Homme qui s’occupe des soins incombant à la femme de ménage. C’est le mari de la femme qui porte les culottes.

(Virmaître, 1894) : Homme qui fait dans son ménage l’ouvrage de la femme. Il soigne les enfants, il chauffe la couche (Argot du peuple).

Chauffe-la-couche

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donne par raillerie à un tatillon, à un homme qui se mêle des moindres détails du ménage ; ce sobriquet s’applique aussi à un avare, à un parcimonieux.

Chauffer

(d’Hautel, 1808) : Je ne me chauffe pas de ce feu-là. Pour, ce n’est pas ma manière de vivre ; je suis bien opposé à ce système.
Ce n’est pas pour vous que le four chauffe. Se dit à ceux que l’on veut exclure d’une chose à laquelle ils prétendent avoir part ; à un homme qui fait le galant auprès d’une femme qu’il ne doit point posséder.
Il verra de quel bois je me chauffe. Espèce de menace, pour dire quel homme je suis.
Allez lui dire cela, et vous chauffer ensuite à son four. Manière de défier quelqu’un d’aller redire à un homme le mal qu’on se permet de dire de lui en arrière.

(Larchey, 1865) : Applaudir chaleureusement. V. Chaud.

Elle recueillait les plaintes de son petit troupeau d’artistes… on ne les chauffait pas suffisamment.

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : v. n. Aller bien, rondement, avec énergie.

(Rigaud, 1881) : Faire l’empressé auprès d’une femme. — Stimuler, pousser, jeter feu et flamme. Chauffer des enchères, chauffer une affaire. — Chauffer une entrée, saluer d’une salve d’applaudissements un acteur à son entrée en scène. La mission de la claque est de chauffer le entrées et les sorties des acteurs en vedette.

(Rigaud, 1881) : Battre ; arrêter, dans le jargon des voyous. Se faire chauffer, se faire arrêter. — Se faire chauffer par un cerbère, se faire arrêter par un sergent de ville.

(La Rue, 1894) : Battre. Arrêter. Courtiser avec ardeur. Aller bien, vite. Fouiller pour voler.

(Virmaître, 1894) : On chauffe une pièce pour la faire réussir et obtenir un succès. Chauffer une réunion publique. Chauffer une femme : la serrer de près, lui faire une cour assidue. On disait autrefois : coucher une femme en joue. On ajoute de nos jours, par ironie :
— tu ne la tireras pas, ou bien encore : Ce n’est pas pour toi que le four chauffe.
Chauffer
une affaire pour attirer les actionnaires (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Prendre, battre.

Joseph a chauffé sa femme en partie fine avec un amoureux ; il a aussi chauffé l’amoureux de quelques coups de poing.

Chauffer la scène

(Rigaud, 1881) : « Se remuer, s’agiter, s’évertuer pour faire rendre à un rôle plus qu’il ne contient. De chauffer à brûler les planches, il n’y a qu’un pas. »

(A. Bouchard, La Langue théâtrale.)

Chauffer le four

(Delvau, 1867) : v. a. Se griser. Avoir chauffé le four. Être en état d’ivresse.

(Rigaud, 1881) : Boire beaucoup. — Ce n’est pas pour lui que le four chauffe, le profit, l’agrément ne sera pas pour lui.

Chauffer un élève

(Fustier, 1889) : Lui appliquer des moyens d’instruction oui hâtent ses connaissances aux dépens du développement total. (Littré.)

Il ne réussit qu’après avoir été chauffé dans une maison spéciale, par un professeur qui lui mâchait ses devoirs.

(Pellerin : Le roman d’un blasé.)

Chauffer une femme

(Delvau, 1867) : v. a. Lui faire une cour sur le sens de laquelle elle n’a pas à se méprendre. Nos pères disaient : Coucher en joue une femme.

Chauffer une femme, chauffeur

(Delvau, 1864) : Homme qui bande pour une femme et qui la serre de près, comme l’épervier la colombe, pour épier le moment favorable où il pourra fondre dessus, la pine en avant.

Loquemans, c’est l’officier, le chauffeur de la petite.

Henry Monnier.

Chauffer une pièce

(Delvau, 1867) : v. a. Lui faire un succès, la prôner d’avance dans les journaux ou l’applaudir à outrance le jour de la représentation.

Chauffer une place

(Delvau, 1867) : v. a. La convoiter, la solliciter ardemment. Nos pères disaient : Coucher en joue un emploi.

Chauffeur

(Larchey, 1865) : Homme d’entrain.

C’était un bon enfant… un vrai chauffeur !

H. Monnier.

(Larchey, 1865) : Courtisan.

C’est l’officier, le chauffeur de la petite.

Id.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de complexion amoureuse. Se dit aussi de tout homme qui amène la gaieté avec lui.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Hâbleur, blagueur.

Chaufournier

(Rigaud, 1881) : Garçon chargé de verser le café.

Chaumir

(Larchey, 1865) : Perdre (Vidocq). — Corruption de chomer ( ?). Le chômage entraîne une perte d’argent.

(Delvau, 1867) : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Perdre.

Chausser

(d’Hautel, 1808) : Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Signifie que les ouvriers négligent ordinairement pour eux-mêmes les avantages que leur donne leur profession.
Elles chaussent le même point. Se dit de deux personnes qui ont mêmes inclinations, mêmes sentimens.

(Larchey, 1865) : Convenir (d’Hautel, 1808).

Les diamants ! ça me chausse, ça me botte.

Mélesville.

(Delvau, 1867) : v. a. Convenir, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas dire botter.

(Rigaud, 1881) : Convenir. Vieux mot ; autrefois on disait se chausser au point, en parlant de deux amoureux.

Toutes en fait d’amour se chaussent en un point.

(Régnier.)

Chausser le cothurne

(Delvau, 1867) : v. a. Écrire ou jouer des tragédies, — dans l’argot des académiciens, qui parlent presque aussi mal que les faubouriens la noble langue dont ils sont les gardiens, comme les capi-agassi sont ceux d’un sérail.

Chausser une femme

(Delvau, 1864) : Être le mâle qui lui convient, avoir le membre qui s’adapte le mieux à son con.

Je veux dire que tu es un crâne fouteur, que ta me cgausses comme jamais, en effet, je n’ai été chaussée.

Lemercier de Neuville.

Chausses

(d’Hautel, 1808) : Les fripons, (ou toute autre injure) sont dans vos chausses, entendez-vous ? Réponse que fait ordinairement la personne offensée à l’offenseur, et qui signifie, cette injure yous est personnelle ; vous donnez votre nom aux autres. Cette locution est très-usitée parmi le peuple de Paris.
Cette femme porte les hauts-de-chausses. C’est-à-dire, s’arroge les droits qui n’appartiennent qu’à son mari.
Prendre son cul pour ses chausses. Locution burlesque et triviale qui signifie se méprendre, se tromper grossièrement.
Faire dans ses chausses. Pour avoir peur, être dans un grand trouble, une grande agitation.
Tirer ses chausses. S’esquiver, s’enfuir, se sauver furtivement.
Il a la clef de ses chausses. Se dit d’un jeune homme qui est hors de la férule, de l’âge où l’on donne le fouet.
C’est un gentilhomme de Beauce, il se tient au lit quand on racoûtre ses chausses. Dicton facétieux et railleur, qui se dit d’un noble sans fortune qui affecte des airs qui ne conviennent point sa position.
Vous avez des chausses de deux paroisses. Se dit à celui qui a des bas ou des souliers dépareillés.

Chaussettes

(Merlin, 1888) : Gants. Pour le civil, pour le pékin, le gant est un vêtement de luxe ; pour les soldats, c’est la chaussette ; rien donc d’étonnant à ce qu’ils affublent l’un de la dénomination de l’autre.

Chaussettes (essence de)

(Rigaud, 1881) : Puanteur des pieds. Le peuple qui aime à plaisanter ne manque pas de dire que la meilleure essence de chaussettes doit sortir des bottes d’un gendarme ou des souliers d’un facteur rural. — La plaisanterie de l’essence de chaussettes, de l’excellent fromage recueilli dans les bottes d’un bon gendarme, et autres du même parfum, date de loin. On trouve dans les adages français du XVIe siècle : « Talons de gendarmes, talon de fromage. » — Au XVIIIe siècle, on disait couramment : Sentir le pied de messager. (Hurtaud, Dict. des homonymes.)

Chaussettes de deux paroisses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Chaussettes dépareillées.

(Rigaud, 1881) : Chaussettes dépareillées.

Chaussettes polonaises

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Morceaux de papier dont les soldats s’enveloppent les pieds.

Chaussettes russes

(Merlin, 1888) : À défaut de chaussettes dont le gouvernement n’a jamais songé à les munir, les troubades s’enveloppent tant bien que mal les pieds de morceaux d’étoffes qu’ils découpent principalement dans leurs vieilles culottes. Ces chiffons prennent le nom pompeux de chaussettes russes ou polonaises : serait-ce une invention des Cosaques, ou simplement un nom donné en raison du…. suif dont elles sont imprégnées et qui, affirmait-on jadis, était un régal pour les soldats moscovites ?

(Virmaître, 1894) : Être nu-pieds dans ses souliers (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chiffons dont on s’entortille les pieds en guise de chaussettes. Ce n’est qu’à la rentrée de Crimée en 1851, que j’ai entendu pour la première fois dénommer ces chiffons, dont on faisait à cette époque grand usage dans l’armée, des. chaussettes russes.

Chausson

(d’Hautel, 1808) : Tout son équipage tiendroit dans un chausson. Se dit par raillerie de quelqu’un dont le trousseau, le bagage est fort mince, et la bourse bien plus modique encore.

(Delvau, 1864) : Fille de la dernière catégorie, qui chausse tout le monde et se fait chausser par tout le monde.

Joséphine ! elle a chausse le cothurne à la salle de la Tour d’Auvergne, chez Ricourt… — C’est pour cela que je l’appelle chausson… qu’elle est.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. m. Femme ou fille qu’une vie déréglée a avachie, éculée. Putain comme chausson. Extrêmement débauchée. Aurélien Scholl a spirituellement remplacé cette expression populaire, impossible à citer, par cette autre, qui n’écorche pas la bouche et qui rend la même pensée : Légère comme chausson.

(Delvau, 1867) : s. m. Pâtisserie grossière garnie de marmelade de pommes et de raisiné. Les enfants en raffolent parce qu’il y a beaucoup à manger et que cela ne coûte qu’un sou.

(Delvau, 1867) : s. m. Boxe populaire où le pied joue le rôle principal, chaussé ou non.

(Virmaître, 1894) : Putain. Femme pour qui tout homme est bon. On dit putain comme chausson, parce que le chausson prête beaucoup et va à tous les pieds (Argot du peuple).

Chaussonner

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des coups de pied.

Chaussure

(d’Hautel, 1808) : Un réparateur de la chaussure humaine. Manière précieuse et affectée de désigner un enfant de Saint-Crépin, cordonnier ou savetier.
Trouver chaussure à son pied. Rencontrer ce qui convient ; trouver son maître, trouver à qui parler.

Chaussure à son pied

(Virmaître, 1894) : Femme laide et défectueuse qui trouve quand même un amant on à se marier. Elle a trouvé chaussure à son pied (Argot du peuple). N.

Chauve

(d’Hautel, 1808) : L’occasion est chauve. C’est-à-dire, qu’il faut se hâter d’en profiter lorsqu’elle se présente, qu’une fois perdue, elle se rencontre rarement.

Chauvin

(Rigaud, 1881) : Ultra-patriote. — Type de soldat en 1830.

Chauvin, niste

(Larchey, 1865) : Patriote ardent jusqu’à l’exagération.

Je suis Français ! Je suis Chauvin !

Cogniard, 1831.

Allusion au nom d’un type de caricatures populaires. le chauvinisme est la doctrine de chauvin

Le chauvinisme a fait faire de plus grandes choses que l’amour de la patrie dont il est la charge.

Noriac.

Chauvinisme

(Rigaud, 1881) : Amour exagéré de la patrie.

Le chauvinisme a fait faire plus de grandes choses que l’amour de la patrie dont il est la charge.

(J. Noriac, Le 101e régiment.)

Tout sentiment excessif peut tourner au chauvinisme.

Chè

(un détenu, 1846) : Ivrogne. Être de chè, être ivre.

Chef

(d’Hautel, 1808) : Pour tête, ce qui conduit le corps.
Découvrir le chef Saint-Blin. Ôter son chapeau ou son bonnet ; se découvrir la tête.

(Merlin, 1888) : Sergent-major.

Chef d’attaque

(Rigaud, 1881) : Chef d’une bande de voleurs. — Abadie était un chef d’attaque.

Chef de calotte

(Fustier, 1889) : « Dans les pensions militaires, on appelle chef de calotte le plus ancien et le plus élevé en grade des officiers qui mangent ensemble… »

(H. Malot : Le lieutenant Bonnet.)

Chef de cuisine

(Rigaud, 1881) : Contre-maître dans une brasserie.

Chef-d’œuvre

(d’Hautel, 1808) : Au propre, ce mot exprime quelque chose de parfait. Au figuré, il se prend souvent en mauvaise part, et l’on dit par dérision à un homme qui a commis quelque légèreté : Vous avez fait là un beau chef-d’œuvre.

Chelingoter de la gueule

(Virmaître, 1894) : Puer de la bouche (Argot du peuple). V. Trouilloter de la hurlette.

Chelinguer

(Delvau, 1867) : v. n. Puer, — dans l’argot des faubouriens. Chelinguer des arpions. Puer des pieds. On dit plus élégamment : Chelinguer des arps. Chelinguer du bec. Fetidum emittere halitum. L’expression ne viendrait-elle pas de l’allemand schlingen, avaler, ouvrir trop la bouche ?

(La Rue, 1894) : Puer.

Chelinguer, Schelinguer

(Rigaud, 1881) : Puer. — Schelinguer du goulot, schelinguer du couloir, sentir mauvais de la bouche — Schelinguer des arpions, puer des pieds.

Chemin

(d’Hautel, 1808) : Il va son petit bonhomme de chemin. Se dit d’un homme prudent et réservé, qui sans faire des affaires brillantes, ne laisse cependant pas que de se soutenir honorablement.
Il ne va pas par trente-six chemins. Se dit d’une personne qui s’explique ouvertement, sans détour, qui brusque les façons et les cérémonies.
Le chemin de Saint-Jacques. Pour dire la voie lactée.
Prendre le chemin des écoliers. Prendre le plus long, faire de grands détours pour arriver au but.
Faire son chemin. Pour dire se produire, par venir, faire ses affaires.
Il ne faut pas aller par quatre chemins. Pour il ne faut pas tergiverser ; il faut se décider, dire franchement et sans ménagement ce que l’on pense.
Il trouvera plus d’une pierre dans son chemin. Pour, il rencontrera bien des obstacles.
À chemin battu il ne croit point d’herbe. Signifie qu’il n’y a aucun bénéfice à faire dans un état dont tout le monde se mêle en même temps.
Je te mènerai par un petit chemin où il n’y aura pas de pierres. Se dit par menace à un enfant mutin, pour je te ferai marcher droit ; et en riant, d’un chemin étroit et difficultueux, dans lequel on ne peut passer que les uns après les autres : c’est le chemin du paradis.
Il n’en prend pas le chemin.
Pour, il ne se met pas en mesure de faire telle ou telle chose ; de réussir dans une affaire quelconque.
Il prend le chemin de l’Hôpital. Se dit d’un prodigue, d’un dépensier, qui se ruine en de folles dépenses.
Aller droit son chemin. Se conduire avec probité, d’une manière franche et loyale.
Suivre le grand chemin des vaches. On dit plus communément la poste aux ânes ; ce qui signifie la routine ordinaire.

Chemin de fer

(Delvau, 1867) : s. m. Variété du jeu de baccarat, — où l’on perd plus vite son argent.

(Rigaud, 1881) : Baccarat où chaque joueur tient à son tour les cartes, et fait office de banquier. Ainsi nommé parce qu’il va plus vite que le baccarat en banque.

Le démon du baccarat du lansquenet et du chemin de fer exerçait partout ses ravages.

(Les Joueuses, 1868.)

On nomme encore chemin de fer un jeu où chaque intéressé, peut à sa volonté, lorsqu’il a les cartes en main, jouer soit le baccarat, soit le lansquenet, soit le vingt-un.

Chemin du paradis

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, — où l’on ne peut aller qu’un à un, le baton de chair à la main.

Cheminée

(d’Hautel, 1808) : Un mariage fait sous le manteau de la cheminée. Union projetée et arrêtée entre les parens des deux futurs, à l’insu et sans le consentement de ces derniers. Mariage dont l’intérêt des deux familles fait souvent l’unique base.
Faire quelque chose sous la cheminée. C’est-à-dire à la dérobée, furtivement.
Il faut faire une croix à la cheminée. Se dit par plaisanterie d’un paresseux qui a fait plus de diligence qu’à l’ordinaire, et pour marquer la surprise de le revoir si vite ; d’un homme que l’on n’a vu depuis fort long-temps ; et en général de toutes les choses que l’on fait par hasard comme elles devroient toujours être faites.
Il a pris cela sous le manteau de la cheminée. Se dit de celui qui fait quelque récit dénué de fondement, ou qui se permet de faire quelque chose sans qu’on le lui ordonne.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, que l’homme se charge de ramoner souvent avec la pine, de peur d’incendie, car elle flambe toujours.

Ramonnez-moy ma cheminée,
Ramonnez-la-moy hault et bas.
Une dame, la matinée,
Ramonnez-moy ma cheminée,
Disoit, de chaleur forcenée
Mon amy, prenons nos esbas,
Ramonnez-moy ma cheminée,
Ramonnez-la moy hault et bas.

(Fleur de poésie.)

Cheminer autrement que de pieds

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, dans lequel, en effet, on fait beaucoup marcher la pine, — cette troisième jambe qui se fatigue si vite.

Lycaste pourrait bien l’avoir fait cheminer
Autrement que des pieds ; ce sexe est si fragile
Que, prenant bien son temps, vertement on l’enfile.

Trotterel.

Chemise

(d’Hautel, 1808) : Ils ne font plus qu’un cul, qu’une chemise. Locution ironique et triviale qui se dit des personnes qui sont toujours ensemble ; et qui après avoir été brouillées, vivent dans une grande familiarité.
La chemise est plus près que le pourpoint. C’est-à-dire qu’en toute affaire les intérêts personnels doivent passer avant ceux des autres.
Être en chemise. Gallicisme ; n’avoir d’autre vêtement sur soi qu’une chemise.
Il mangera jusqu’à sa dernière chemise. Se dit d’un bélître, d’un prodigue, d’un homme adonné au jeu, à la débauche, au libertinage

(Rigaud, 1881) : « Dans les tripots, la chemise est la carte que le banquier est tenu de mettre en sens inverse sous le paquet de cartes qu’il a en main, afin d’en cacher la dernière. Dans les cercles, on se sert à cet ellet d’une carte noire et épaisse. » (A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu.) Cette carte a reçu le nom de « négresse » par allusion à sa couleur. C’est avec la négresse que l’on fait couper.

Chemise de conseiller

(Delvau, 1867) : s. f. Linge volé, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu, dit M. Francisque Michel, donner à entendre que le linge saisi servait à faire des chemises à leurs juges.

Chemise ronde

(Fustier, 1889) : Argot des troupiers qui désignent ainsi le civil, l’individu qui n’est pas soldat. Engager dans les chemises rondes, ne pas s’engager ou se réengager, rester dans la vie civile.

Chemises (compter ses)

(Larchey, 1865) : Vomir. — Allusion à la posture penchée de l’homme qui vomit.

(Rigaud, 1881) : Vomir.

(La Rue, 1894) : Vomir.

Chemises de conseiller

(Rigaud, 1881) : Linge volé.

(La Rue, 1894) : Linge volé.

Chenailler

(Virmaître, 1894) : Faire des reproches à quelqu’un. C’est une façon polie pour ne pas dire engueuler.
— Je ne t’ai pourtant rien fait pour que tu soies toujours à me chenailler (Argot du peuple). N.

Chenapan

(d’Hautel, 1808) : Mot injurieux et tiré de l’allemand qui signifie un vaurien, un garnement, un homme dépravé, un bandit.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie. C’est une déformation de schnap. — C’est ce geux de chenapan qui m’a tapé sur la coloquinte.

Chenatre, chenu

(Halbert, 1849) : Bon, beau.

(Larchey, 1865) : Bon (Vidocq).Chenu sorgue : Bonsoir.

Chenu sorgue, roupille sans taffe.

Vidocq.

Chenu reluit : Bonjour. V. Fourgat.

Chenâtre, chenu

(anon., 1827) : Bon, beau.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bon, beau.

Chêne

(d’Hautel, 1808) : Payer en feuilles de chêne. Signifie payer quelqu’un en effets de nulle valeur.

(Bras-de-Fer, 1829) : Homme.

(Larchey, 1865) : Homme. — Abréviation de chenu. — Le chêne serait un homme chenu à voler, bon à voler.

Qu’as-tu donc morfillé ? — J’ai fait suer un chêne, son auber j’ai enganté et ses attaches de cé.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme victime, — dans l’argot du bagne. Faire suer le chêne. Tuer un homme. Chêne affranchi. Homme affranchi, voleur.
Les voleurs anglais ont le même mot : oak, disent-ils d’un homme riche. To rub a man down with an oaken towel, ajoutent-ils en parlant d’un homme qu’ils ont tué en le frottant avec une serviette de chêne, — un bâton.

(Rigaud, 1881) : Homme bien mis. Le chêne n’est pas le premier venu pour le voleur. — Faire suer un chêne, tuer un homme.

(La Rue, 1894) : Homme de bonne apparence. Faire suer un chêne, tuer un homme.

Chêne (faire suer le)

(un détenu, 1846) : Assassiner.

Chènevrière

(d’Hautel, 1808) : C’est un épouvantail de chènevrière. Propos choquant qui se dit d’une personne difforme, laide et mal vêtue.

Chenil

(d’Hautel, 1808) : Au propre, loge où l’on renferme les chiens. Au figuré, terme de mépris, petit logement incommode, sale et malpropre.
C’est un vrai chenil que cette chambre. Pour dire qu’il y règne une grande malpropreté, un grand désordre.

Chenille

(d’Hautel, 1808) : On dit en parlant d’un homme d’une laideur extraordinaire, C’est une chenille.
Elle est laide comme une chenille.
Manière injurieuse et exagérée de dire qu’une personne est d’une laideur extrême.
Être en chenille. Être dans son négligé, dans ses habits de matin.

(Virmaître, 1894) : Femme laide (Argot du peuple). N.

Chenillon

(Delvau, 1867) : s. m. Fille laide ou mal mise, — dans l’argot des bourgeois.

Chenique

(Larchey, 1865) : Eau-de-vie. — diminutif de chenu : Bon.

Cheniqueur

(Larchey, 1865) : Buveur d’eau-de-vie.

Être cheniqueur, railleur, vantard, gourmand, Courir au feu comme à la gloire, Du troupier français v’là l’histoire.

Wado, Chanson.

Chenoc

(La Rue, 1894) : Mauvais, avarié. Vieil infirme.

Chenu

(d’Hautel, 1808) : Au propre, blanc de vieillesse ; on s’en sert au figuré pour exprimer le haut degré de bonté d’une chose quelconque.
Ce vin est chenu. Pour, est bon, exquis, excellent.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bon, excellent, admirable.

(Larchey, 1865) : Bon, exquis. — Le Dictionnaire de Leroux (1718) l’emploie dans ce sens : Voilà du vin chenu. Selon d’Hautel (1808), chenu, signifiant au propre blanc de vieillesse (Roquefort), est appliqué au vin que la vieillesse améliore, et par extension à toute chose de première qualité.

Goujeon, une prise de tabac. — Oui-da, t’nez en v’là qu’est ben chenu.

Vadé, 1755.

As-tu fréquenté les marchandes de modes ? c’est là du chenu !

P. Lacroix, 1832.

(Delvau, 1867) : adj. Bon, exquis, parfait, — dans l’argot des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Bon, beau. Chenu reluit : bonjour. Chenue sorgue, bonsoir. Chenument, très bien.

Chenu reluit

(Delvau, 1867) : adv. Bonjour, — dans l’argot des voleurs. Chenu sorgue. Bonsoir.

Chenu, Chenue

(Rigaud, 1881) : Bon, bonne, beau, belle. — Du temps de la bande à Cartouche, le mot chenu était déjà, depuis longtemps, dans le courant argotique. On le trouve dans les Fourberies de Cartouchey pièce de Legrand. — Chenu reluit, bonjour, chenu sorgue, bonsoir, — dans l’ancien argot.

Chenuement

(anon., 1827) : Fort bien.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fort bien.

Chenument

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Fort bien.

(Halbert, 1849) : Fort bien.

(Larchey, 1865) : Très-bien. V. Artie.

Une ville a beau feindre de se défendre ch’nument.

Vadé 1755.

(Delvau, 1867) : adv. Très bien. Vadé l’a employé.

Chéquards

(Virmaître, 1894) : Les députés, ou, du moins, les Cent-Quatre à qui on reprocha si vivement d’avoir reçu des chèques du baron de Reinach et du fameux Arton (Argot du peuple). N.

Cher

(d’Hautel, 1808) : C’est magnifique et pas cher. Phrase dérisoire et satirique, qui se dit d’une chose ou d’une action dont on veut rabaisser la valeur.
Mon cher, ma chère. Pour dire mon ami, mon amie ; terme d’amitié, et quelquefois de hauteur dont se servent les gens de qualité en parlant à leurs inférieurs.

(Rigaud, 1881) : Beaucoup, énormément, — dans le jargon des voleurs ; se place après le verbe qu’il, modifie. Se cavaler cher, courir ventre à terre.

(La Rue, 1894) : Beaucoup, énormément, rude, élevé, très bien.

(Rossignol, 1901) : Beaucoup.

Pour quatre sous de brie, tu es mal servi : il n’y en a pas cher.

Cherche !

(Delvau, 1867) : Rien, — dans l’argot des gamins et des faubouriens. Avoir dix à cherche. Avoir dix points lorsque son adversaire n’en a pas un seul.

Cherche-midi

(Merlin, 1888) : Prison de ville.

Chercher

(d’Hautel, 1808) : Chercher des poux à la tête de quelqu’un. Pour dire lui faire une mauvaise querelle ; le chicaner sur la moindre chose ; lui chercher noise à propos de rien.
Chercher midi à quatorze heures. Chercher des détours dans une affaire ; trouver des obstacles dans les choses les plus simples.
Chercher la lune en plein jour. Entreprendre une chose impossible à exécuter ; se donner de la peine inutilement.
Chercher quelqu’un par mer et par terre. Mettre tous ses soins pour rencontrer quelqu’un.
Le bien cherche le bien. Pour dire que le bien vient toujours à ceux qui n’en ont pas besoin. Voyez Botte.

(La Rue, 1894) : Chicaner, disputer : chercher quelqu’un.

Chercher la petite bête

(Delvau, 1867) : v. a. Vouloir connaître le dessous d’une chose, les raisons cachées d’une affaire, — comme les enfants les ressorts d’une montre. Argot du peuple. Avoir trop d’ingéniosité dans l’esprit et dans le style, s’amuser aux bagatelles de la phrase au lieu de s’occuper des voltiges sérieuses de la pensée. Argot des gens de lettres.

(Boutmy, 1883) : v. Être trop minutieux dans le travail. C’est surtout aux correcteurs qu’on reproche de chercher la petite bête. Que ne leur reproche-t-on pas encore !

Chercher midi à quatorze heures

(Delvau, 1867) : v. a. Hésiter à faire une chose, ou s’y prendre maladroitement pour la faire, — dans l’argot du peuple, ennemi des lambins. Signifie aussi : Se casser la tête pour trouver une chose simple.

Chère

(d’Hautel, 1808) : Faire chère lie. Se divertir, faire chère fine, faire bonne chère.
Il n’y a chère que de vilain, quand il traite tout y va. C’est-à-dire que quand les avaricieux se mettent en dépense, ils ne ménagent rien.
Il ne sait quelle chère lui faire. Pour il ne sait quel accueil, quelle réception lui faire.
Un cher, ou une chère épice. Marchand ou marchande qui surfait sa marchandise, qui vend à un prix exorbitant.
Chère de commissaire. Repas étendu et recherché, ou l’on sert viande et poisson.

Chèrement

(d’Hautel, 1808) : Il leur vendra chèrement sa peau. Se dit d’un homme déterminé avant que de mourir à se bien défendre contre ceux qui l’attaquent.

Cherrer

(Rossignol, 1901) : Frapper fort.

Tape dessus, et il faut le cherrer, il l’a mérité.

(Hayard, 1907) : Serrer, étrangler.

Chérubin

(d’Hautel, 1808) : Un petit chérubin. Terme flateur et caressant que l’on donne à un enfant beau, aimable et poli.
Un visage de chérubin. Se dit par plaisanterie d’un visage rubicon et enluminé, comme l’ont ordinairement les buveurs.

Chetar ou Jetar

(Delvau, 1867) : s. m. Prison. Argot des voleurs.

Chétif

(Rigaud, 1881) : Enfant de Limousin qui accompagne son père à Paris et l’aide dans ses travaux. — (Jargon des maçons.)

Cheulard

(Rigaud, 1881) : Gourmand, ivrogne ; par altération pour gueullard.

Cheval

(d’Hautel, 1808) : Il se tient à cheval comme une pincette sur le dos d’un âne. Se dit par dérision d’un mauvais écuyer ; d’un homme à qui l’art du manège est absolument inconnu.
Monter sur ses grands chevaux. Se fâcher ; prendre un ton menaçant, colère, et quelquefois injurieux.
Faire voir à quelqu’un que son cheval n’est qu’une bête. Convaincre un sot, un présomptueux de son ignorance et de son inhabileté.
C’est un bon cheval de trompette. Se dit d’un homme que les cris et les emportemens ne peuvent émouvoir.
Changer son cheval borgne pour un aveugle. Voy. Aveugle.
Il fait bon tenir son cheval par la bride. C’est à-dire, gouverner son bien par ses propres mains.
Il est aisé d’aller à pied, quand on tient son cheval par la bride. Pour dire qu’on endure bien de petites incommodités, quand on peut s’en délivrer à volonté.
N’avoir ni cheval ni mule. Être dans une condition médiocre ; être contraint d’aller à pied.
C’est un cheval échappé. Se dit d’un jeune homme fougueux qui se laisse aller à de grands déportemens.
L’œil du maître engraisse le cheval. Pour dire que la vigilance du maître ajoute à la valeur de son bien.
À cheval hargneux, étable à part. Signifie qu’il faut écarter les gens querelleurs de la bonne société.
Parler cheval. Pour dire, baragouiner ; s’exprimer d’une manière inintelligible.
Un coup de pied de jument ne fait point de mal au cheval. Pour dire qu’il faut prendre gracieusement tout ce que disent les femmes, quelque piquant que cela soit.
Un cheval de bât. Voy. Bât.
Des hommes et des chevaux, il n’en est point sans défauts. Proverbe que l’expérience n’a point encore démenti.
À jeune cheval vieux cavalier. C’est-à-dire, qu’il faut un cavalier expérimenté pour monter un cheval mutin et indompté.
On dit d’un parasite qui ne sait pas monter à cheval, qu’Il se tient mieux à table qu’à cheval.
Qui a de beaux chevaux, si ce n’est le roi ?
Se dit quand on voit des choses de grand prix dans les mains d’un homme très-opulent.
Une selle à tous chevaux. Chose qui peut servir à plusieurs usages ; remède que les empiriques emploient pour toutes sortes de maladies.
C’est l’ambassade de Viarron, trois chevaux et une mule. Se dit par dérision d’un train en désordre.
Une médecine de cheval. Se dit d’une médecine dont les effets sont très-violens.
Un travail de cheval. C’est-à-dire, très-pénible, très-fatigant, et souvent peu lucratif.
Il est bien temps de fermer l’écurie, quand le cheval est échappé. Se dit à quelqu’un dont la négligence a entraîné quelque malheur, et qui prend des précautions quand il n’y a plus de remède.
Écrire à quelqu’un une lettre à cheval. Lui écrire d’une manière menaçante et injurieuse.
Une fièvre de cheval. Une fièvre dévorante. Voy. Bataille.
Les enfans appellent un cheval un Dada. Voy. Broncher, brider.

(Larchey, 1865) : Homme brusque, grossier.

(Rigaud, 1881) : Les figures et les dix au jeu de baccarat. — Il n’y a donc que des chevaux au tirage.

Cheval (jouer à)

(Rigaud, 1881) : « C’est risquer (au baccarat en banque) une somme moitié sur chaque tableau, de sorte que, si un tableau perd et que l’autre gagne, le coup est nul. » (A. Cavaillé.) — Faire le reste de la banque à cheval. — On dit également jouer le cheval.

Cheval de corbillard (faire son)

(Fustier, 1889) : Faire le malin, poser.

Cheval de retour

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Forçat évadé et repris.

(Bras-de-Fer, 1829) : Forçat évadé.

(Larchey, 1865) : Condamné conduit au bagne pour la seconde fois.

C’est un cheval de retour, vois comme il tire la droite.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux forçat, récidiviste.

(Rigaud, 1881) : Ancien forçat. — Récidiviste, celui qui a la nostalgie de la prison.

(La Rue, 1894) : Récidiviste.

(Rossignol, 1901) : Celui qui a déjà été condamne et qui retourne en prison est cheval de retour.

Cheval de trompette

(Larchey, 1865) : Personne ne s’effrayant pas plus des menaces, que le cheval d’un trompette, du son aigre de son instrument. — Usité en 1808.

Moi d’abord, je suis bon cheval de trompette, le bruit ne m’effraie point.

H. Monnier.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme aguerri à la vie, comme un cheval de cavalerie à la guerre. Argot du peuple. Être bon cheval de trompette. Ne s’étonner, ne s’effrayer de rien.

Cheval ficelle

(Larchey, 1865) : Cheval de course léger et décousu.

Chevalier

(d’Hautel, 1808) : Chevalier de la triste figure. Homme bizarre et ridicule dont la physionomie prête à la risée.

Chevalier de l’aune

(Larchey, 1865) : Commis en nouveautés.

Il n’y a que ces chevaliers de l’aune pour aimer la boue au bas d’une robe.

Balzac.

De la rosette : Sodomiste. — Du printemps : Niais portant un œillet rouge à la boutonnière pour singer une décoration.

Chevalier de la courte lance

(Rigaud, 1881) : Savetier, par allusion au tranchet ; le mot date de 1649.

Chevalier de la gripette

(Virmaître, 1894) : Homme qui suit les femmes (Argot du peuple). N.

Chevalier de la grippe

(Rigaud, 1881) : Filou (1821) ; pour l’agrippe.

Chevalier de la rosette

(Delvau, 1864) : Pédéraste actif ou passif.

(Virmaître, 1894) : Homme qui aime son sexe (Argot du peuple). N.

Chevalier du bidet

(Fustier, 1889) : Souteneur.

Chevalier du crochet

(Delvau, 1867) : s. m. Chiffonnier.

Chevalier du lansquenet

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui fait volontiers le pont, à n’importe quel jeu de cartes, — dans l’argot des bourgeois, qui ne sont pas fâchés de mettre au rancart certaines autres expressions sœurs aînées de celle-ci, comme Chevalier d’industrie, etc.

Chevalier du lustre

(Delvau, 1867) : s. m. Applaudisseur gagné. Argot de théâtre. On dit aussi Romain.

Chevalier du mètre

(Delvau, 1867) : s. m. Commis de nouveautés.

Chevalier grimpant

(Virmaître, 1894) : Les cambrioleurs. Allusion à ce que les voleurs opèrent aux étages supérieurs des maisons et qu’ils gravissent tous les escaliers (Argot des voleurs).

Chevance

(Delvau, 1867) : s. f. Ivresse, — dans l’argot des voleurs, qui savent que, dans cet état, les plus gueux se croient toujours heureux et riches.

(La Rue, 1894) : Ivresse.

Chevaucher

(Delvau, 1864) : Monter sur une femme comme sur une cavale pleine d’ardeur, et la conduire au bonheur à grands coups de cet éperon que nous avons tous au bas du ventre.

Il m’a dit que, lorsqu’il me pouvait tirer à l’écart, il était si animé à me chevaucher sur-le-champ, qu’il ne pouvait plus commander à son vit roide.

Mililot.

Vous me promîtes que quand vous seriez mariée, je vous chevaucherois.

(Les cent Nouvelles nouvelles.)

Carmes chevauchent nos voisines,
Mais cela ne m’est que du moins.

F. Villon.

Un médecin, toi sachant,
Va ta femme chevauchant.

Tabourot, S. Des Accords.

Les dévotes beautés qui vont baissant les yeux,
Sont celles le plus souvent qui chevauchent le mieux.

Piron.

Chevaucher à l’antique

(Delvau, 1864) : Enculer une femme ou un homme, ce qui est, en somme, la plus logique manière de monter le cheval.

Jaquet, ignorant la pratique
D’Hippocrate et de Gallien,
Chevauchait un jour à l’antique
Margot, que chacun connaît bien.

Théophile.

Chevaucheur

(Delvau, 1864) : Baiseur, homme monté sur une femme — qui galope vers la jouissance.

Et rien alors n’est plus gai pour le chevaucheur
Que de voir, dans un cadre ondoyant de blancheur,
Le joyeux va et vient de l’énorme derrière.

Emmanuel Des Essarts.

Chevaux à double semelle

(Larchey, 1865) : Jambes.

Tiens, apprête tes chevaux à double semelle, prends ce paquet et valse jusqu’aux Invalides.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Jambes.

Chevelu

(Delvau, 1867) : s. m. Romantique, — dans l’argot des bourgeois de 1830.

Chevelu (art, école)

(Larchey, 1865) : Art, école Romantique. — Les longs cheveux y étaient de mode.

Il peuplait mon salon de jeunes célébrités de l’école chevelue.

L. Reybaud.

L’art chevelu a fait une révolution pour abolir les tirades de l’art bien peigné.

Chevet

(d’Hautel, 1808) : Être brouillé avec le chevet. Ne pouvoir clore l’œil ; avoir de cruelles insomnies.
Consulter le chevet. Réfléchir sur l’oreiller ; délibérer d’une chose pendant la nuit ; prendre conseil d’une personne expérimentée et en qui on a de la confiance.

Cheveu

(d’Hautel, 1808) : C’est arrangé comme des cheveux sur la soupe. Pour dire, mal disposé, arrangé en dépit du sens commun, dans le plus grand désordre ; se dit aussi d’un ouvrage fait à la hâte, sans soin et sans précaution.
Il a de beaux cheveux. Se dit figurément, et par mépris de toutes choses en mauvais état, usées, et dont on ne peut guère tirer parti.
Il ne s’en faut pas de l’épaisseur d’un cheveu. Hyperbole qui signifie, il s’en faut de si peu de chose que cela ne vaut pas la peine d’en parler ; il est impossible d’en approcher de plus près.
Il couperoit un cheveu en quatre. Se dit d’un homme ménage et parcimonieux jusqu’à l’avarice.
Tirer quelque chose par les cheveux. Pour dire, amener quelque chose d’une manière gauche et forcée.
Prendre l’occasion aux cheveux. Saisir promptement le moment favorable, lorsqu’il se présente.
Il ne regarde pas à un cheveu près. Signifie, il est désintéressé, coulant en affaire.

(Larchey, 1865) : Inquiétude, souci aussi tourmentant qu’un cheveu avalé l’est pour le gosier.

Veux-tu que je te dise, t’as un cheveu. — Eh bien ! oui, j’ai un cheveu.

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. m. Embarras subit, obstacle quelconque, plus ou moins grave, — dans l’argot du peuple.
Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble à ce mot et le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux cheveu rouge de Nisus auquel les Destins avaient attaché le salut des Mégariens ; mais la vérité est qu’il sort tout simplement et tout trivialement de la non moins fameuse soupe de l’Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur parisien.
Trouver un cheveu à la vie. La prendre en dégoût et songer au suicide. Voilà le cheveu ! C’est une variante de : Voilà le hic !

(Rigaud, 1881) : Entrave, obstacle. — Lorsqu’une affaire ne marche pas bien, l’on dit : « il y a un cheveu, » — Avoir un cheveu dans son existence, avoir un chagrin qu’on ne saurait oublier. — Avoir un cheveu pour quelqu’un, ressentir un caprice pour quelqu’un.

Elle a un cheveu pour lui, voilà tout… comme cela se dit dans notre monde.

(A. Delvau, Le Grand et le petit trottoir.)

(Boutmy, 1883) : s. m. Travail qui offre des difficultés ou qui est ennuyeux et peu lucratif.

(Fustier, 1889) : Argot des coulisses. Mot dit pour un autre quand la langue vous fourche : « Majesté, votre sire est bien bonne ! » — Travail difficile, ennuyeux. — Voilà le cheveu ; voilà la difficulté.

Cheveux (avoir mal aux)

(Rigaud, 1881) : Éprouver une douleur à la racine des cheveux. C’est l’état de bien des ivrognes le lendemain des fêtes bachiques. Les cheveux font mal parce que la tête est très sensible par suite de l’excès de la veille.

(Boutmy, 1883) : v. Avoir un mal de tête occasionné par des excès bacchiques faits la veille.

Cheveux (bouder aux)

(Rigaud, 1881) : Commencer à être chauve.

Cheveux (passer la main dans les)

(Merlin, 1888) : C’est le rôle du perruquier de la compagnie que de passer la main dans les cheveux de ses camarades, c’est-à-dire de les tondre suivant l’ordonnance.

Cheveux (se faire des)

(Rigaud, 1881) : S’impatienter, se morfondre, se faire de la bile. — Se faire des cheveux gris, même signification, — dans le jargon du peuple.

Mais pourquoi qu’a m’fait des ch’veux gris ?
Faudrait qu j’y fout’ l’argent d’mes s’maines.
J’ai beau y coller des châtai’nes,
A r’pique au tas tous les samedis.

(La Muse à Bibi, nocturne, 1879.)

(Fustier, 1889) : S’inquiéter, se tourmenter.

Cheveux (trouver des)

(Rigaud, 1881) : Faire des observations pour la moindre chose ; trouver à reprendre sur tout.

Vous trouvez des cheveux à tout ce que je dis.

(Grévin.)

Chevillard

(Delvau, 1867) : s. m. Boucher sans importance, — dans l’argot des gros bouchers, qui n’achètent pas à la cheville, eux !

(Rigaud, 1881) : Revendeur en gros et en demi-gros de viande dépecée, en terme de boucher ; c’est celui qui vend à la cheville.

Cheville

(d’Hautel, 1808) : Il ne vient pas à sa cheville. Comparaison exagérée et dérisoire, pour dire qu’un homme est infiniment plus petit qu’un autre.

(d’Hautel, 1808) : Il n’y manque pas une cheville. Se dit d’un ouvrage fait avec beaucoup de soin, et entièrement terminé.
Autant de trous que de chevilles. Pour autant de demandes, autant de réponses ; autant de personnes que de places.

Cheville ouvrière ou cheville d’adam

(Delvau, 1864) : Le membre viril avec lequel on bouche le trou de toutes les Èves que l’on rencontre.

Que je voudrais bien être
Femme d’un menuisier,
Ils ne font rien que cheviller.

Gautier-Garguille.

Cheviller

(d’Hautel, 1808) : Il a l’ame chevillée dans le corps. Se dit d’un homme qui, quoique dans un âge avancé, résiste néanmoins à de grandes infirmités, à des maladies dangereuses.

Chevilles

(Rigaud, 1881) : Pommes de terre frites, — dans le jargon des voleurs. Elles bouchent le trou qu’a fait la faim.

Chèvre

(d’Hautel, 1808) : Le vin fait danser les chèvres. Manière burlesque de dire qu’un vin est dur et détestable à boire, que c’est de la ripopée.
Prendre la chèvre. Ne pas entendre raillerie, bouder, se choquer de peu de chose, se fâcher.
Cette expression autrefois comique, n’est plus maintenant en usage que parmi les imprimeurs où elle a conservé ses acceptions primitives. Ainsi, en terme typographique :
Gober une bonne chèvre. Signifie être très en colère, se fâcher sérieusement.
Ménager la chèvre et les choux. Flatter le fort et l’opprimé ;ménager les intérêts de deux partis opposés.
Où la chèvre est attachée il faut quelle y broute. Voyez Attacher.
La chèvre a pris le loup. Se dit des trompeurs qui tombent eux-mêmes dans leur embûche.
On dit qu’un homme a une barbe de chèvre lorsqu’il n’a de la barbe que sous le menton et par bouquet.
Il aimeroit une chèvre coiffée. Se dit par raillerie d’un homme peu difficile en amour, et à qui toutes les femmes plaisent indistinctement.

(Delvau, 1867) : s. f. Mauvaise humeur, — dans l’argot des ouvriers, et spécialement des typographes. Avoir la chèvre. Être en colère. Gober la chèvre. Être victime de la mauvaise humeur de quel qu’un. Signifie aussi se laisser berner.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, Prendre la chèvre.

(Boutmy, 1883) : s. f. Mécontentement, colère. Gober sa chèvre, c’est s’irriter, se fâcher, poussé à bout par les plaisanteries de l’atelier ou pour toute autre cause. Cette expression est très ancienne. Molière l’emploie en un sens très voisin de celui qu’elle a aujourd’hui, dans Sganarelle ou le Cocu imaginaire (scène XII), pièce représentée en 1660 :

D’un mari sur ce point j’approuve le souci ;
Mais c’est prendre la chèvre un peu bien vite aussi.

Chèvre (gober sa)

(Larchey, 1865) : Se mettre en colère. — La chèvre est peu endurante de sa nature.

Chèvre (prendre la, gober la)

(Rigaud, 1881) : Être en colère. Vieille expression remise dans la circulation par les typographes et que l’on rencontre déjà dans Régnier.

Et n’est Job, de despit, qui n’en eust pris la chèvre.

(Sat. X.)

Chevronné

(Larchey, 1865) : Récidiviste (Vidocq). — Allusion aux chevrons qui marquent l’ancienneté du service militaire.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Récidiviste, — dans l’argot des prisons.

(Virmaître, 1894) : Voleur récidiviste qui a fait plusieurs congés en prison. Allusion aux anciens briscards de l’armée qui portaient des chevrons sur le bras (Argot des voleurs).

Chevrotin

(d’Hautel, 1808) : Homme qui prend facilement la chèvre, qui n’entend pas le badinage, qui prend les plaisanteries au sérieux. Terme typographique.

(Rigaud, 1881) : Ouvrier irascible, celui qui prend facilement la chèvre, — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. m. Irascible, toujours mécontent et grondeur. V. Chèvre.

Chevrotin (être)

(Delvau, 1867) : Avoir un caractère épineux, difficile â manier, qui amène souvent des chèvres.

Chiade

(Rigaud, 1881) : Bousculade, — dans le jargon des écoles. (L. Larchey)

Chiailler

(Rigaud, 1881) : Pleurer ; pour piailler, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Pleurer.

Chialer

(M.D., 1844) : Crier.

(M.D., 1844) : Crier.

(Virmaître, 1894) : Pleurer. Ou dit aussi : y aller de sa larme (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Pleurer.

(Hayard, 1907) : Pleurer.

Chiard

(Virmaître, 1894) : Petit enfant. Allusion à ce qu’il fait dans ses couches (Argot du peuple). N.

Chiarder

(Rigaud, 1881) : Travailler, — dans le jargon des collégiens.

Chiasse

(d’Hautel, 1808) : Au propre, écume des métaux, excrémens de la mouche et du ver. On dit aussi figurément par mépris de quelqu’un ou de quelque chose dont on veut diminuer la valeur, C’est de la chiasse. N’est-ce pas une belle chiasse ? C’est la chiasse du genre humain.

(Delvau, 1867) : s. f. Diarrhée, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Chose de peu de valeur ; marchandise avariée. Même argot [du peuple]. Chiasse du genre humain. Homme méprisable.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des faubouriens, disrespectueux de la femme en général et en particulier.

(Virmaître, 1894) : Vieille fille publique. C’est le dernier degré de l’abaissement (Argot des souteneurs).

Chiasse (avoir la)

(Virmaître, 1894) : Avoir peur. Mot à mot : se lâcher dans sa culotte (Argot du peuple). V. Taf.

(Rossignol, 1901) : Avoir peur.

Chiatique

(Rossignol, 1901) : Un individu ou une chose embêtante est chiatique.

Chibis !

(Fustier, 1889) : Attention !

Chibre

(Delvau, 1864) : Un des mille noms du dieu de Lampsaque. — Le mot nous vient des marins, qui appellent le nez guibre surtout lorsqu’il est un peu fort. D’où le proverbe : gros nez, gros — chibre.

J’y vois le brutal vent du Nord
Qui son énorme chibre agite
Pour enfiler dame Amphitrite.

P. J.

Tu me disais alors que pour pouvoir te plaire,
Une femme devait vous dire et savoir faire
Toutes les saletés et toutes les horreurs ;
Que cela ranimait le chibre fouteurs.

Louis Protat.

Chic

(Larchey, 1865) : Élégance.

Vous serez ficelé dans le chic.

Montépin.

L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.

Noriac.

À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire. Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique.

Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe.

Th. Gautier, 1838.

Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature.

C’étaient là de fameux peintres. comme ils soignaient la ligne et les contours ! comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.

La Bédollière.

Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé.

C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs.

P. Féval.

Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.

(Delvau, 1867) : s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte, — dans l’argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle. Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d’imagination, de souvenir.

(Delvau, 1867) : s. m. Goût, façon pittoresque de s’habiller ou d’arranger les choses, — dans l’argot des petites dames et des gandins. Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon — ou de mauvais — goût. Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.

(La Rue, 1894) : Distinction, élégance, cachet. Facilité banale ou bon goût en art. Signifie aussi mauvais genre en art.

(Virmaître, 1894) : Il a du chic, il est bien.
C’est une femme chic, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée. L’origine de cette expression n’est pas éloignée. Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs. Quand le ministre demanda la note, il lit la moue. Le soir même il leur en lit le reproche et leur dit : Vous manquez de chic, pas de chic. Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il lit une grimace sérieuse : Trop de chic, trop de chic, fit-il. Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).

Chic (être)

(Delvau, 1867) : Être bien, être bon genre, — dans le même argot [des petites dames et des gandins]. Monsieur Chic. Personne distinguée — par sa générosité envers le sexe. Discours chic. Discours éloquent, — c’est-à-dire rigolo.

Chic, chique

(Larchey, 1865) : Distingué, qui a du chic. — « C’est chique et bon genre. »

Ça un homme chic ! C’est pas vrai, c’est un calicot.

Les Cocottes. 1864.

Chic, Chique

(Rigaud, 1881) : Le suprême de l’élégance, de la perfection.

Il absorbe à lui seul une foule de sens. Ce qu’on nommait le goût, la distinction, le comme il faut, la fashion, la mode, l’élégance, se fondent dans le chic.

(N. Roqueplan, Parisine.)

Le mot avait au XVIIe siècle à peu près le sens qu’il a aujourd’hui, comme on peut le voir par l’exemple suivant :

J’use des mots de l’art, je mets en marge hic. J’espère avec le temps que j’entendrai le chic.

(Les Satyres de Du Lorens.)

En terme d’atelier le chic, mot affreux et bizarre et de moderne fabrique signifie : absence de modèle et de nature. Le chic est l’abus de la mémoire ; encore le chic ebt-il plutôt une mémoire de la main qu’une mémoire du cerveau.

(Baudelaire, Salon de 1846.)

Faire de chic, c’est travailler sans le secours du modèle. — Être pourri de chic, être très bien mis, avoir beaucoup de distinction. — Femme chiquée, élégante mise à la dernière mode. — Dans le grand chic, dans le grand genre. — C’est du monde chic, c’est du monde très bien. Pour ces dames, une connaissance chic, c’est un homme généreux.

Un vieux monsieur de la Bourse, ou ce qu’on appelle une connaissance chic.

(Bertall, Petite étude sur le chic parisien.)

Chican

(Halbert, 1849) : Marteau.

(Delvau, 1867) : s. m. Marteau, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Marteau (Argot des voleurs). V. Balançon.

Chicane (grinchir à la)

(Larchey, 1865) : Prendre la bourse ou la montre d’une personne en lui tournant le dos. Ce genre de vol exige une grande dextérité (Vidocq). — De là le mot de chicane qui a le sens de finesse.

(Virmaître, 1894) : Variété du vol à la rencontre. Chicaner un individu pour le battre, pendant qu’un complice le dévalise (Argot des voleurs). V. Aquigeurs.

Chicaner

(d’Hautel, 1808) : Cela me chicane. Pour cela me contrarie, me fâche, me tourmente.

Chicanier

(d’Hautel, 1808) : Tracassier, vétillard, homme d’une humeur querelleuse et processive.

Chicard

(Halbert, 1849) : Pas mal.

(Larchey, 1865) : Le héros du carnaval de 1830 a 1850. Son costume, bizarre assemblage d’objets hétéroclites, se composait le plus souvent d’un casque à plumet colossal, d’une blouse de flanelle et de bottes fortes. Ses bras à moitié nus s’enfonçaient dans des gants à manchette de buffle. Tel était le fond de la tenue ; quant aux accessoires, ils variaient à l’infini. Celui qui le premier mit ce costume à la mode était un marchand de cuirs ; son chic le fit nommer Chicard. Il donna des bals et inventa un pas nouveau.

Et puis après est venu Chicard, espèce de Masaniello qui a détrôné l’aristocratie pailletée des marquis, des sultans et a montré le premier un manteau royal en haillons.

M. Alhoy.

L’homme de génie qui s’est fait appeler Chicard a modifié complètement la chorégraphie française.

T. Delord.

La sage partie du peuple français a su bon gré à maître Chicard d’avoir institué son règne de mardi-gras.

J. Janin.

Mais qu’aperçois-je au bal du Vieux Chêne ? Paméla dansant le pas chicard.

Chauvel.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Superlatif de Chic. Ce mot a lui-même d’autres superlatifs, qui sont Chicandard et Chicocandard.

(Delvau, 1867) : s. m. Type de carnaval, qui a été imaginé par un honorable commerçant en cuirs, M. Levesque, et qui est maintenant dans la circulation générale comme synonyme de Farceur, de Roger-Bontemps, de Mauvais sujet.

(Rigaud, 1881) : Costume carnavalesque mis à la mode, pendant la période de 1830 à 1850, par une célébrité chorégraphique qui lui donna son nom ou plutôt son surnom. Les chicards ont révolutionné les bals publics et, pendant vingt ans, ils ont imprimé une grande vogue à la descente de la Courtille. — La danse de Chicard, leur maître, n’a jamais été ni bruyante, ni extravagante. Il procédait à pas serrés, mimant, grimaçant, roulant ses gros yeux en boule de loto. Grande fut sa gloire. On a dit le « pas chicard » pour rappeler sa manière, chicarder, danser comme Chicard. On a créé les vocables chicandar, chicocan-dar, pour désigner quelque chose de très chic comme l’inventeur du fameux pas qui, lui-même, a dû son sobriquet au chic qui le caractérisait. Chicard a passé, son pas n’est plus, seul le mot chic, le radical, a survécu.

Chicard, chicandard, chicocandard, chicancardo

(Larchey, 1865) : Très-chic, très remarquable. — V. chocnoso.

On y boit du Vin qu’est chicandard, chicancardo.

Vacherot, Chanson, 1851.

Une dame très-belle, très-coquette, très-élégante, en un mot très-chicandarde.

Ed. Lemoine.

Un auteur plus chicocandard.

Th. Gautier.

Un déjeuner chicocandard.

Labiche.

Chicardeau

(Delvau, 1867) : adj. m. Poli, aimable, — dans l’argot des faubouriens.

Chicarder

(Larchey, 1865) : Danser le pas chicard.

Quand un bal de grisettes est annoncé, le vaurien va chicarder avec les couturières.

E. Deriège.

(Delvau, 1867) : v. n. Danser à la façon de Chicard, « homme de génie qui a modifié complètement la chorégraphie française », affirme M. Taxile Delord.

Chicardot

(Halbert, 1849) : Poli.

(Rigaud, 1881) : Poli.

Chiche

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas chiche de promettre. Se dit d’un homme inconsidéré, d’un hâbleur qui promet beaucoup plus qu’il n’est en son pouvoir de tenir.
Il n’est pas chiche de paroles. Se dit d’un bavard, d’un homme qui ne peut s’empêcher de parler à tort et à travers, et continuellement.
Autant dépense chiche que large. Pour dire que les gens ladres et parcimonieux, font parfois de folles dépenses qui renversent tout-à-coup leurs longues économies.
Il n’est festin que de gens chiches. Signifie que ceux qui traitent rarement, se distinguent des autres quand ils espèrent que cela peut être utile à leurs intérêts.

(Delvau, 1867) : s. m. Économe, et même Avare, — dans l’argot des bourgeois. On dit aussi Chichard. — Notre vieux français avait chice.

(Virmaître, 1894) : Avare de son argent, lésineur qui tondrait un œuf. Chiche de ses pas, de sa personne, qui ne rendrait jamais un service à qui que ce soit. Chiche veut aussi dire : défier quelqu’un de faire quelque chose.
— Chiche de faire ça (Argot du peuple).

Chiche !

(Delvau, 1867) : Exclamation de défi ou de menace, — dans l’argot des enfants et des ouvriers.

Chicherie

(Delvau, 1867) : s. f. Lésinerie. Notre vieux français avait chiceté.

Chichi

(Rossignol, 1901) : Amitiés, manières.

Ne fais pas tant de chichi, puisque tu n’en penses pas un mot. — Tu en fais des chichi ; ne dirait-on pas que tu sors de la culotte d’un prince.

Chichstrac (ou mieux schiestrac)

(Merlin, 1888) : du dialecte alsacien. Excrément. — Corvée de chichstrac, corvée de quartier, c’est-à-dire balayage, nettoyage des cuisines, cours et autres lieux.

Chicorée

(Larchey, 1865) : Voir café.

(Delvau, 1867) : s. f. Verte réprimande, reproches amers qui souvent se changent même en coups. Tout le monde connaît le goût de la cichoriumendivia ou non endivia.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme maniérée, chipie. Faire sa chicorée. Se donner des airs de grande dame, et n’être souvent qu’une petite dame.

(Rigaud, 1881) : Réprimande.

(La Rue, 1894) : Réprimande. Danse.

Chicot

(d’Hautel, 1808) : Au propre, morceau qui reste, soit d’un arbre, soit d’une dent. Au figuré le point le plus difficile, le plus embarrassant.
C’est-là le chicot. Pour voilà la grande difficulté.
Payer chicot par chicot. Payer par petite somme ; payer à regret, se faire tirer l’oreille pour acquitter une dette.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit morceau de dent, de pain, ou d’autre chose, — dans l’argot du peuple.

Chicoter

(d’Hautel, 1808) : Il ne fait que chicoter. Pour il conteste sur des bagatelles, sur des riens.

Chicoter (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se disputer, se battre pour des riens. Même argot [du peuple]. Ce verbe est vieux : on le trouve dans les Fabliaux de Barbazan.

Chié

(Delvau, 1867) : part. passé. Ressemblant. C’est lui tout chié. Il a le même visage et surtout le même caractère.

Chié (tout)

(Rigaud, 1881) : Parfait de ressemblance. — C’est son portrait tout chié.

Chié dans le panier de quelqu’un jusqu’à l’anse (avoir)

(Rigaud, 1881) : Avoir donné à quelqu’un de graves sujets de mécontentement ; ne plus inspirer aucune espèce de confiance. C’est, mot à mot : avoir rempli le panier de quelqu’un de l’ordure des mauvais procédés.

Chie dessus

(Rigaud, 1881) : Chislehurst, — dans l’argot des voyous qui trouvent la prononciation anglaise trop difficile, sans doute.

Chié sa graisse (avoir)

(Rigaud, 1881) : Avoir considérablement maigri, — dans le jargon du peuple.

Chie tout debout

(Virmaître, 1894) : Se dit d’un ouvrier indolent, nonchalant. Synonyme de dort debout (Argot du peuple). N.

Chie-dans-l’eau

(Merlin, 1888) : Pseudonyme pittoresque donné au marin, qui s’en console en songeant que lui, au moins, n’est pas astreint à la corvée de chichstrac, et pour cause.

Chie-tout-debout

(Rigaud, 1881) : Veston. C’était autrefois le : Ne te gêne pas dans le parc.

Chiée (en avoir une)

(Virmaître, 1894) : Avoir une chiée d’enfants. Avoir une chiée d’ennuis à ne savoir où donner de la tête (Argot du peuple). N.

Chiée (une)

(Rossignol, 1901) : Beaucoup.

Garçon, j’ai faim, donnez-moi un bifteck large comme mes fesses, avec une chiée de haricots autour.

Chien

(d’Hautel, 1808) : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

(Halbert, 1849) : Secrétaire.

(Larchey, 1865) : Mot d’amitié. V. Chat.

(Larchey, 1865) : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

Biéville.

(Larchey, 1865) : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

(Larchey, 1865) : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

d’Hautel, 1808.

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

(Delvau, 1867) : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence,désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

(Delvau, 1867) : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

(Delvau, 1867) : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

(Rigaud, 1881) : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845.)

(Rigaud, 1881) : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens.)

(Rigaud, 1881) : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

(Rigaud, 1881) : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

(Boutmy, 1883) : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

(La Rue, 1894) : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

Chien (avoir du)

(Delvau, 1864) : Se dit en parlant d’une femme qui s’attife d’une façon provocante, qui porte incontinent — à l’incontinence.

(Virmaître, 1894) : Posséder un aplomb remarquable. Femme qui n’est pas belle, mais qui a beaucoup d’audace et plaît quand même. Elle a du chien (Argot du peuple).

Chien (de)

(Rigaud, 1881) : Enorme, colossal, très fort. Une soif de chien, une faim de chien, une peur de chien.

Chien (du)

(Rigaud, 1881) : Du soigné. — Du dur, des coups.

Voilà du chien, attends ! apprête ton linge sale !

(E. Zola.)

(Rigaud, 1881) : Verve endiablée, élégance originale.

Eh bien, ma chère, nous leurs ferons tourner la tête… toi avec ton insolente beauté, moi avec mes petites facultés, avec ce je ne sais quoi qui m’estpropre, et qu’on appelle communément — du « chien. »

(Oct. Feuillet, Le journal d’une femme, 1878.)

(Rossignol, 1901) : Travail payé d’avance à un ouvrier. Lorsqu’il le fait, c’est du chien, parce qu’il ne lui revient rien.

Chien (faire du)

(Rigaud, 1881) : Faire un ouvrage payé d’avance. Parce qu’on ne le fait qu’au dernier moment et qu’on travaille dur quoique à contre cœur, l’argent étant mangé depuis longtemps.

Chien (faire le)

(Fustier, 1889) : Dans l’argot des cordons bleus, c’est suivre Madame au marché avec un panier dont, en pareil cas, on ne peut faire danser l’anse.

Une cuisinière à une de ses amies : Du moment qu’on ne fait pas le chien, la maison me va !

(Figaro, 1882.)

Chien (l’autre, cet autre)

(Rigaud, 1881) : L’autre individu, cet autre individu, celui dont, par mépris, on ne veut pas prononcer le nom.

Chien (voilà le)

(Rigaud, 1881) : Voilà la difficulté. La variante est : Voilà le chiendent.

Chien coiffé (s’éprendre du premier)

(Rigaud, 1881) : S’éprendre de la première femme venue. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Cet homme aimerait une chèvre coiffée. (Le Roux, Dict. comique.)

Chien courant

(Rigaud, 1881) : Garde-frein, employé chargé de fermer les portières et de crier les stations, — dans le jargon des mécaniciens des chemins de fer.

Chien curieux (le)

(Merlin, 1888) : Adjudant de semaine. Voyez le suivant.

Chien de collège

(Larchey, 1865) : Maître d’études. — Chien de régiment : Caporal ou brigadier. — Leurs missions sont un peu celles du chien de berger. — Chien de commissaire : Secrétaire de commissaire de police.

Chien de magasin

(Rigaud, 1881) : Sergent d’habillement, — dans le jargon du régiment.

Chien de régiment

(Delvau, 1867) : s. m. Caporal ou brigadier, — dans l’argot des soldats.

Chien du commissaire

(Delvau, 1867) : s. m. Agent attaché au service du commissaire ; celui qui, il y a quelques années encore, allait par les rues sonnant sa clochette pour inviter les boutiquiers au balayage.

(Rigaud, 1881) : Secrétaire du commissaire de police.

Chaque coup de sonnette lui semblait le coup de sonnette du chien du commissaire.

(E. de Goncourt, La fille Elisa.)

Chien du quartier

(Rigaud, 1881) : Adjudant sous-officier, — dans le jargon du régiment. La variante est : Chien du régiment.

(Merlin, 1888) : Adjudant de semaine ; l’homme le plus craint, et, par contre, le plus détesté du quartier. Très bien nommé, du reste, car il est le seul gardien responsable de la caserne.

Chien pour un homme (avoir un)

(Rigaud, 1881) : Être éprise d’un homme, — dans le jargon des filles.

Chien tout pur

(Virmaître, 1894) : Eau-de-vie. Allusion au buveur qui a la voix rauque et aboie en parlant (Argot du peuple). V. Eau d’aff.

Chien vert

(Rigaud, 1881) : Terme d’amitié à l’adresse de filles entretenues, Mon petit chien vert.

Chien, Sacré-Chien

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie aussi mauvaise que forte. — On disait et l’on dit encore dur comme du chien, pour désigner soit un liquide qui racle la gorge au passage, soit une denrée comestible rebelle à la mastication. Il n’est donc pas étonnant que l’eau-de-vie très forte ait été désignée sous le nom de sacré-chien et chien par abréviation.

Chiendent

(d’Hautel, 1808) : Voilà le chiendent. Pour, voilà le point le plus difficile ou le plus important de l’affaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Difficulté, obstacle, anicroche, — dans l’argot du peuple, qui sait avec quelle facilité le hunds- grass pousse dans le champ de la félicité humaine. Voilà le chiendent. Voilà le hic.

(La Rue, 1894) : Difficulté.

Chienlit

(Delvau, 1867) : s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement, — dans l’argot du peuple, qui n’a p>as été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu’au XVe siècle pour trouver — dans chéaulz, enfants, et lice, chienne — une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c’est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare — en français — date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n’a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle ; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l’avait été, et l’on peut dire qu’il est né tout d’une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d’ingéniosité à ce propos ; mais aussi, son point de départ était par trop faux : « La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison. » M. Nisard a tort, qu’il me permette de le lui dire : les gamins de Paris ont toujours prononcé chit-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s’écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.

Chienlit (à la) !

(Delvau, 1867) : Exclamation injurieuse dont les voyous et les faubouriens poursuivent les masques, dans les jours du carnaval, — que ces masques soient élégants ou grotesques, propres ou malpropres.

Chienner

(Delvau, 1864) : Se livrer, avec une femme, à toutes sortes de polissonneries cyniques, caninæ nuptiæ.

(Delvau, 1867) : v. n. Se dit — dans l’énergique argot du peuple — des femmes qui courent après les hommes, renversant ainsi les chastes habitudes de leur sexe.

Chiennerie

(Delvau, 1867) : s. f. Vilenie, liarderie ; mauvais tour, — dans le même argot [du peuple].

Chiens (ce n’est pas pour les)

(Rigaud, 1881) : Ce n’est pas à dédaigner ; c’est fait pour le genre humain — « L’hôpital n’est pas fait pour les chiens, » disent les gens du peuple, qui pourtant ne redoutent rien tant que l’hôpital.

Chiens crevés, Chiens écrasés

(Rigaud, 1881) : Faits divers qui sont en réserve sur le marbres d’une imprimerie et qui servent à justifier une page quand il manque de la copie, — dans le jargon des journalistes.

Chiens perdus ou bien Chiens noyés

(Boutmy, 1883) : s. m. pl. C’est ainsi que les journalistes désignent les nouvelles diverses. Le metteur en pages a besoin d’un chien perdu pour boucher un trou, quand les rédacteurs n’ont pas fourni assez de copie.

Chier

(d’Hautel, 1808) : Il a chié dans ma malle jusqu’au cadenas. Se dit d’une personne dont on a sujet de se plaindre, et à laquelle on garde rancunes.
On dit bassement d’une personne grossière et mal élevée, qui est sujette à lâcher des vents, qu’elle ne fait que chier.
Bientôt, s’il n’y prend garde, on lui chiera sur le nez.
Locution grossière et exagérée qui signifie qu’un homme est d’une foiblesse impardonnable ; qu’il laisse trop abuser de sa patience et de son autorité.
On dit bassement d’une personne pour laquelle on a le plus grand mépris, que l’on chie sur elle.
Chier sur la besogne.
Dédaigner l’ouvrage dont on est chargé ; le laisser là.

(Fustier, 1889) : Mot élégant qu’emploient les enfants qui, jouant aux billes, manquent leur coup. J’ai chié, je n’ai pas attrapé la bille.

Chier (envoyer)

(Rigaud, 1881) : Envoyer au diable.

Chier (faire)

(Rigaud, 1881) : Horripiler quelqu’un à force de stupidités. Mot à mot : débiter des drogues parlées qui procure le dévidement.

Chier (tu me fais)

(Virmaître, 1894) : Tu m’ennuies (Argot du peuple).

Chier dans la main

(Rigaud, 1881) : Se montrer très familier.

Chier dans la malle ou dans le panier de quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. n. Lui jouer un tour qu’il ne pardonnera jamais, — dans le même argot [du peuple]. Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu’un : Il a chié dans mon panier jusqu’à l’anse.
L’expression, qu’on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée, où on lit : « Cettuy-là a fait caca en nos paniers : il a ses desseins à part. »

Chier dans la vanette

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Être sans gêne.

Chier dans le cassetin aux apostrophes

(Delvau, 1867) : v. n. Devenir riche, — dans l’argot des typographes, qui n’ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.

(Rigaud, 1881) : Je n’en veux plus, j’en ai plein le dos. On dit aussi : il a chié dans ma malle (Argot du peuple). N.

(Boutmy, 1883) : v. Cette phrase grossière et malséante peut se traduire en langage honnête par : « Quitter le métier de typographe. »

Chier dans le panier

(La Rue, 1894) : Quitter le métier, avoir assez du métier, — dans le jargon des typographes.

Chier dans mon panier jusqu’à l’anse (il a)

(Virmaître, 1894) : Jouer à quelqu’un un tour impardonnable.

Chier dans ses bas

(Delvau, 1867) : v. n. Donner des preuves d’insanité d’esprit, — dans l’argot du peuple.

Chier de grosses crottes (ne pas)

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir mal dîné, ou n’avoir pas dîné du tout.

(Rigaud, 1881) : En présence d’un triste repas, d’une maigre chère, on dit très vulgairement : Nous ne chierons pas de grosses crottes.

Chier de petites crottes

(Delvau, 1867) : v. a. Gagner peu d’argent, vivre dans la misère.

Chier debout

(Rossignol, 1901) : Nom donné aux chasseurs de Vincennes qui, lors de la formation de leur corps par le duc d’Orléans, avaient comme les enfants le pantalon fendu sur le derrière, de façon qu’ils pussent satisfaire un besoin pressant sans quitter le havresac et le fourniment ; de là le nom de chier debout. Il arrivait parfois aux chasseurs étant en voyage, de jouer au saut de mouton. Souvent ils faisaient exprès de ne pas boutonner le derrière du pantalon et laisser passer le drapeau blanc.

Chier des carottes

(Delvau, 1867) : v. a. Se dit de toute personne qui non potest excernere, ou difficillime excernit, ou excernit sanguinem.

Chier des chasses

(Delvau, 1867) : Pleurer. Argot des voyous.

Chier des cordes à puits

(Virmaître, 1894) : Individu qui est tellement constipé qu’il reste une heure sur la tinette en poussant des soupirs à fendre l’âme (Argot du peuple).

Chier des yeux

(Delvau, 1867) : Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Pleurer.

Mais patience passe science, il ne faut pas tant chier des yeux.

(La Comédie des proverbes.)

(Virmaître, 1894) : Pleurer (Argot du peuple). V. Baver des clignots.

(Rossignol, 1901) : Pleurer.

Chier dessus

(Rigaud, 1881) : Renoncer par découragement. Abandonner après efforts infructueux.

Chier du poivre

(Delvau, 1867) : v. n. Manquer à une promesse, à un rendez-vous ; disparaître au moment où il faudrait le plus rester.

(Rigaud, 1881) : Rester sourd à la demande d’un service ; quitter un ami lorsqu’il a besoin de vous.

(Virmaître, 1894) : Se sauver des mains des agents. S’en aller sans tambour ni trompette. Synonyme de pisser à l’anglaise (Argot du peuple). N.

Chier dur

(Rigaud, 1881) : Travailler avec ardeur. — Prendre une prompte et énergique détermination.

Chier sur l’œil

(Delvau, 1867) : v. n. Se moquer tout à fait de quelqu’un.

Chier sur la besogne

(Delvau, 1867) : Travailler mollement, et même renoncer au travail.

Chier sur le mastic

(Rigaud, 1881) : Envoyer le travail au diable, — dans le jargon du peuple. J’en ai assez du turbin, je chie sur le mastic, à la fin des fins. La variante : Chier sur la besogne a en outre le sens de s’endormir sur le travail, travailler avec nonchalance.

Chier sur quelqu’un ou sur quelque chose

(Delvau, 1867) : Témoigner un grand mépris pour elle ou pour lui ; l’abandonner, y renoncer. Brantôme a employé cette expression à propos de la renonciation du ministre protestant David.

Chierie

(Rigaud, 1881) : Grand ennui, dérangement. Quelle chierie ! quel ennui !

(Hayard, 1907) : Ennui.

Chieur d’encre

(Delvau, 1867) : Écrivain, journaliste.

(Rigaud, 1881) : Employé de bureau. — Homme de lettres.

(Virmaître, 1894) : Écrivain (Argot du peuple). V. Cul de plomb.

Chiffarde

(Halbert, 1849) : Assignation.

(Halbert, 1849) : Pipe.

(Larchey, 1865) : Pipe (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Assignation à comparoir, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Pipe, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Papier timbré, assignation.

(La Rue, 1894) : Pipe. Assignation à comparaître.

(Virmaître, 1894) : Pipe (Argot du peuple). V. Bouffarde.

(Virmaître, 1894) : La pipe.
— Pas mèche de fumer ma chiffarde, pas de saint-père (Argot du peuple).

Chiffarde, Chiffonnière

(Rigaud, 1881) : Pipe dont le tuyau est cassé presque à la naissance du fourneau.

Chiffe

(d’Hautel, 1808) : C’est de la chiffe. Se dit par mépris d’une étoffe de mauvaise qualité.
Mou comme chiffe. Se dit d’une personne nonchalante, lâche, paresseuse et sans énergie.

(Delvau, 1864) : Se dit d’un membre viril trop mou, — qui n’est plus ou qui n’est pas encore assez viril.

Ah ! vous n’êtes pas un homme, vous êtes une chiffe !

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : s. f. Homme sans énergie, chiffon pour le courage, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Mou comme une chiffe, mais c’est un pléonasme.

(Rigaud, 1881) : Langue, — dans le jargon des voyous qui disaient autrefois chiffon rouge. — Faire crosser la chiffe, parler. Mot à mot : faire sonner la langue ; c’était autrefois dans le môme sens : Balancer le chiffon rouge. — Avaler sa chiffe, mourir.

Chiffe (la)

(Rigaud, 1881) : Le métier du chiffonnier ; c’est chiffon par abréviation. — Zig de la chiffe, chifferton, chiffonnier.

Chifferlinde

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie, — dans le jargon des chiffonniers qui disaient autrefois chifferton.Boire une chifferlinde, boire la goutte.

Chifferton

(Larchey, 1865) : Chiffonnier (id.).

Chifferton ou Chiffreton

(Delvau, 1867) : s. m. Chiffonnier, — dans l’argot des faubouriens.

Chiffon

(d’Hautel, 1808) : Marie chiffon. Sobriquet injurieux ; femme ou fille à qui la coquetterie fait tourner la tête, d’ailleurs peu soigneuse et peu propre.
On donne aussi ce nom à une femme tatillonne et bavarde.

(Larchey, 1865) : Mouchoir. — Chiffonnier : Voleur de mouchoirs.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite fille — et aussi grande fille — à minois ou à vêtements chiffonnés. Voltaire a employé cette expression à propos de la descendante de Corneille.

Chiffon de pain

(Delvau, 1867) : s. m. Morceau de pain coupé, — dans l’argot du peuple.

Chiffon rouge

(Bras-de-Fer, 1829) : Langue.

(Halbert, 1849) : La langue.

(Larchey, 1865) : Langue. — Allusion à la couleur et à la souplesse de la langue. V. Balancer.

(Delvau, 1867) : s. m. La langue, — dans l’argot des voleurs, qui sont parfois des néologues plus ingénieux que les gens de lettres. Balancer le chiffon rouge. Parler. Les voleurs anglais disent de même Red rag.

(Rossignol, 1901) : La langue.

Chiffon, Chiffornion

(Rigaud, 1881) : Mouchoir.

Chiffonnage

(Fustier, 1889) : Le contenu de la hotte du chiffonnier.

On trouva une quantité étonnante de chiffonnage dans les trois hottes.

(Clairon, 1881.)

Chiffonner

(d’Hautel, 1808) : Une figure chiffonnée. Un visage dont les traits, sans être beaux ni réguliers, forment cependant un ensemble agréable.
Cela me chiffonne. Pour cela m’embarrasse, m’inquiète, me tourmente.

(Delvau, 1867) : v. a. Contrarier, ennuyer, — dans l’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.

Et lorsqu’ils sontpochards, ils chiffonnent les bonnes

(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés.)

(La Rue, 1894) : Contrarier.

Chiffonnier

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui se plaît dans le désordre.

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur de mouchoirs, — qui sont des chiffons pour ces gens-là.

(Rigaud, 1881) : Voleur de mouchoir, — dans l’ancien argot.

Chiffonnier de la double colline

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais poète, — dans l’argot des gens de lettres.

Chiffornion

(Delvau, 1867) : s. m. Foulard ; loque ; chiffons, — dans l’argot des voyous.

Chiffre

(d’Hautel, 1808) : Cet homme n’est qu’un zéro de chiffre. C’est-à-dire, n’a nulle autorité, nul pouvoir.

Chiffrer

(Delvau, 1864) : Le prix, d’un coucher avec une courtisane, ou avec une putain. À Mabille :

La Dame. — Finissez donc, monsieur ! vous chiffonnes mon mouchoir !..…
Le Monsieur. — Madame, c’est pour voir votre chiffre.
La Dame. — Mon chiffre, c’est cent francs. (Nain jaune.)

Chifornion

(Halbert, 1849) : Foulard.

Chigner

(Larchey, 1865) : Pleurer.

Ça lui fera du bien de chigner.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Bouder ; gronder. — Chignard, boudeur, grognon.

(Rossignol, 1901) : Griser.

Chigner des yeux

(Delvau, 1867) : v. n. Pleurer, — dans le même argot [des voyous].

Chigner, Chigner des yeux

(Rigaud, 1881) : Pleurer.

Ah ! ses largues doivent joliment chigner desyeux !

(Balzac.)

Chignon

(d’Hautel, 1808) : Prendre quelqu’un par le chignon du cou. Pour dire, le saisir au cou par derrière.

Chimique

(Delvau, 1867) : s. f. Allumette chimique, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Allumette chimique. — Briller une chimique au falzar, allumer une allumette contre le pantalon.

Chinage

(Fustier, 1889) : Action de faire la chine. — Plaisanterie.

Chine

(Fustier, 1889) : Sorte de vol.

Chiné

(M.D., 1844) : Aller offrir ses marchandises.

Chiner

(Larchey, 1865) : Aller à la recherche de bons marchés.

Remonenq allait chiner dans la banlieue de Paris.

Balzac.

Les roulants ou chineurs sont des marchand d’habits ambulants qui, après leur ronde, viennent dégorger leur marchandise portative dans le grand réservoir du Temple.

Mornand.

(Delvau, 1867) : v. n. Brocanter, acheter tout ce qu’il y a d’achetable — et surtout de revendable — à l’hôtel Drouot.

(Rigaud, 1881) : Critiquer, se moquer de.

(Rigaud, 1881) : Crier dans les rues, — dans le jargon des marchands d’habits ambulants. Quand ils parcourent la ville, au cri de : « habits à vendre ! » ils chinent, ils vont à la chine.

(Rigaud, 1881) : Porter un paquet sur le dos ; trimballer de la marchandise, — dans le jargon des marchands ambulants : c’est une abréviation de s’échiner.

(Merlin, 1888) : Médire de quelqu’un ; le ridiculiser.

(Fustier, 1889) : Travailler. (Richepin.) — Plaisanter.

(La Rue, 1894) : Crier et vendre dans les rues ; Brocanter. Plaisanter.

(Virmaître, 1894) : Blaguer quelqu’un. — Il est tellement chineur que tout le monde passe à la chine (Argot du peuple). N.

(Virmaître, 1894) : Courir les rues ou les campagnes pour vendre sa camelotte. Chiner est synonyme de fouiner. Comme superlatif on dit chignoler (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Le marchand d’habits qui court les rues pour acheter de vieux vêtements, c’est un chineur, il fait la chine. Le marchand ambulant chine sa camelote de porte en porte. Le marchand de chiffons qui court les rues est aussi un chineur. Il y a aussi le chineur à la reconnaissance du mont-de-piété dont le montant du prêt est toujours surchargé et qui cherche à escroquer un passant, Le camelot qui offre sa marchandise aux abords des cafés est chineur. On remarque encore le chineur au balladage qui vend dans une voiture dite balladeuse ; le chineur à la boîterne, avec une boîte.

(Rossignol, 1901) : Blaguer, plaisanter quelqu’un est le chiner ; celui qui chine est aussi un chineur.

(Hayard, 1907) : Blaguer, courir les rues et la campagne pour vendre ou acheter.

Chineur

(Delvau, 1867) : s. m. Marchand de peaux de lapins, — dans l’argot des chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un Raphaël qu’un lot de fonte.

(Rigaud, 1881) : Marchand d’habits ambulant qui va déverser ses achats sur le carreau du Temple. — Marchand qui va offrir à domicile des objets souvent volés. — Filou qui vole en augmentant frauduleusement la valeur apparente des objets.

Le Mont-de-Piété n’a guère à se défendre que contre deux sortes de filous parfaitement catégorisés : les chineurs et les piqueurs d’once. il ne faut pas croire que cette fraude s’arrête aux objets précieux ; on chine tout.

(Maxime du Camp, Revue des Deux-Mondes 1873.)

Un des procédés du chineur consiste à forer les chaînes, les bracelets, pour en extraire l’or qu’il remplace par du cuivre. Les employés du Mont-de-Piété ont été, plus d’une fois, victimes de ce genre de vol. — Dans le jargon des chiffonniers, un chineurest un marchand, un commerçant quelconque.

(Merlin, 1888) : Méchante langue ou mauvais plaisant.

(La Rue, 1894) : Colporteur. Marchand d’habits.

(Virmaître, 1894) : Genre de voleurs dont les procédés se rapprochent de ceux des charrieurs. Ils sont pour la plupart originaires du Midi (Argot des voleurs).

Chinfkeniau

(Delvau, 1867) : s. m. Ornement de tête ou de cou, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi coup à la tête ou au visage, — au chanfrein.

Chinois

(d’Hautel, 1808) : Un Chinois de paravent. Nom injurieux que l’on donne à un bambin, à un homme petit, laid, difforme et ridicule, comme on nous représente les Chinois.

(Delvau, 1864) : Le vit, toujours chauve — par la tête — et pour qui le con est le céleste empire. On dit : se polir, ou se balancer le Chinois, pour se branler.

(Larchey, 1865) : Homme original, fantasque.

Là-dessus, v’là mon Chinois qui se fâche.

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. m. Original ; quidam quelconque, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Chinois de paravent.

(Delvau, 1867) : s. m. Petite orange verte, confite dans l’eau-de-vie, qui est, à ce qu’il paraît, le produit d’un oranger particulier, le citrus vulgaris chinensis, le bigaradier chinois.

Chinoiser jaspin

(Rigaud, 1881) : Parler argot. (P. Mahalin, Les Monstres de Paris, 1880.)

Chinoiserie

(Delvau, 1867) : s. f. Farce, plaisanterie de bon ou de mauvais goût.

Chiottes

(Fustier, 1889) : Cabinets d’aisances.

Chipe (la)

(Rigaud, 1881) : Vol d’un objet de peu de valeur.

Chiper

(d’Hautel, 1808) : Terme d’écolier qui signifie prendre avec adresse, dérober avec subtilité.

(Delvau, 1867) : v. a. Dérober, — dans l’argot des enfants ; voler, — dans l’argot des grandes personnes. Peccadille ici, délit là.
Génin donne à ce mot une origine commune au mot chiffon, ou chiffe : le verbe anglais to chip, qui signifie couper par morceaux. Je le veux bien ; mais il serait si simple de ne rien emprunter aux Anglais en se contentant de l’étymologie latine accipere, dont on a fait le vieux verbe français acciper ! Acciper, par syncope, a fait ciper ; ciper à son tour a fait chiper, — comme cercher a fait chercher.

(Boutmy, 1883) : v. a. Prendre de la lettre, des sortes ou des espaces à son camarade. On dit aussi fricoter.

(Virmaître, 1894) : Prendre (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Voler.

Chiper, chaparder

(La Rue, 1894) : Prendre, voler.

Chipette

(Delvau, 1867) : s. f. Rien ou peu de chose, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Lesbienne, — dans l’argot des voleurs, qui ne connaissent pas le grec, mais dont les ancêtres ont connu le rouchi.

Chipeur

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant qui emprunte les billes ou les tartines de ses camarades ; homme qui vole les porte-monnaie et les mouchoirs de ses concitoyens.

Chipie

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui fait la dédaigneuse, qui prend de grands airs â propos de petites choses, — dans l’argot du peuple, ennemi né des grimaces.

Chipoter

(d’Hautel, 1808) : Lanterner, barguigner, faire quelque chose contre son gré, manger de mauvais cœur et sans appétit.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire des façons ; s’arrêter à des riens. Ce mot appartient à la langue romane. Signifie aussi : Manger du bout des dents.

(Fustier, 1889) : Être regardant, liarder.

Il doit également ne jamais chipoter sur le prix des consommations.

(Frondeur, 1880.)

(Virmaître, 1894) : Marchander. Chipoter dans son assiette avant de manger (Argot du peuple). N.

Chipoteur

(d’Hautel, 1808) : Qui mange sans avoir faim, qui gazouille l’ouvrage, qui travaille d’une manière lâche et paresseuse.

Chipoteuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme capricieuse ; variété de Chipie.

Chipotier

(d’Hautel, 1808) : Tatillon, minutieux à l’excès, chicaneur. Au féminin, Chipotière.
C’est un franc chipotier.

Chipotier, ère

(Delvau, 1867) : s. m. et f. Celui, celle qui ne fait que chipoter.

Chipper

(Rossignol, 1901) : Prendre. Voir Chaparder.

Chiquage

(Rigaud, 1881) : Mensonge, bavardage. — Planche au chiquage, confessionnal.

Chique

(d’Hautel, 1808) : Une chique de tabac. On appelle ainsi une pincée de tabac que les soldats., les marins et la plupart des journaliers mettent dans leur bouche pour en prendre toute la substance. Voyez Chiquer.
Une chique de pain. Pour dire une bribe, un morceau de pain.

(Halbert, 1849) : Bon ton.

(Larchey, 1865) : Église (Vidocq). V. Momir, Rebâtir. Couper la chique : Dérouter. — Du vieux mot chique : finesse (Roquefort).

De la réjouissance comme ça ! Le peuple s’en passera. C’est c’qui coupe la chique aux bouchers.

Gaucher, Chansons.

Couper la chique à quinze pas : Se faire sentir de loin.

(Larchey, 1865) : Voir chic. — chiquement — Avec chic.

(Delvau, 1867) : s. f. Église, — dans l’argot des voleurs, qui, s’ils ne savent pas le français, savent sans doute l’anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l’allemand (Kirch).

(Delvau, 1867) : s. f. Griserie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi mauvaise humeur, — l’état de l’esprit étant la conséquence de l’état du corps. Avoir une chique. Être saoul. Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.

(Delvau, 1867) : s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir — dégoûtant. Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir. On dit aussi, pour imposer silence à quelqu’un : Pose ta chique et fais le mort.

(Rigaud, 1881) : Église, — dans l’ancien argot des voleurs ; vient de l’italien chièsa.

(Rossignol, 1901) : Beau, bien, bon. Une bonne action est chique. Un bel objet est chique. Une femme bien mise est chique.

Chiqué

(Rigaud, 1881) : Fait avec chic. — S’emploie en parlant des choses : un tableau chiqué.

Chique (ça ne vaut pas une)

(Rigaud, 1881) : Ça ne vaut rien.

Au XIVe siècle, on appelait chique en Dauphiné une pièce de monnaie de cette province qui était la plus petite et avait le moins de valeur.

(Ch. Nisard.)

Il faut plutôt chercher l’étymologie dans la chique de tabac qui n’est pas d’une grande valeur.

Chique (coller sa)

(Fustier, 1889) : Argot des enfants qui se servent surtout de cette expression au jeu dit de saute-mouton. Colle ta chique et fais le mort.

Chique (couper la)

(Rigaud, 1881) : Couper la parole ; synonyme de couper le sifflet.

Chiqué (être)

(Delvau, 1867) : Être fait, peint ou dessiné avec goût, avec esprit, avec chic.

Chique (poser sa)

(Rigaud, 1881) : Mourir. — Se taire. — Pose ta chique et fais le mort. Tais-toi et ne bouge pas.

Chique de pain

(Delvau, 1867) : s. f. Morceau de pain.

(Rigaud, 1881) : Croûton de pain.

Chiquement

(Delvau, 1867) : adv. Avec chic.

Chiquenaude

(d’Hautel, 1808) : Il ne vaut pas une chiquenaude. Manière injurieuse et exagérée de dire qu’un homme n’a aucune espèce de mérite.
On ne lui a pas seulement donné une chiquenaude. Pour exprimer que l’on n’a fait aucun mauvais traitement à un enfant qui jette les hauts cris.

Chiquer

(d’Hautel, 1808) : Au propre, mâcher du tabac en feuille. Au figuré, prendre ses repas habituels ; et par extension faire endêver ou pester quelqu’un, le railler, se moquer de lui.
On dit d’un homme pauvre qui n’a rien à mettre sous la dent, qu’il n’a pas de quoi chiquer.

(Halbert, 1849) : Battre.

(Larchey, 1865) : Faire avec chic, supérieurement.

Je leur en ferai des discours, et des chiqués.

Chenu.

Auprès d’elle, Eugénie Nu Bras, Nous chique avec génie, Son pas.

1846, Privat d’Anglemont.

(Larchey, 1865) : Manger, dépenser. — Mot de la langue romane. V. Roquefort.

Ne pourrions-nous pas chiquer un légume quelconque ? mon estomac abhorre le vide.

Balzac.

Il m’a fallu tout mettre en plan. J’ons chiqué jusqu’aux reconnaissances.

Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836.

(Larchey, 1865) : Battre. Mot à mot : avaler. Même racine que la précédente.

(Delvau, 1867) : v. a. Dessiner ou peindre avec plus d’adresse que de correction, avec plus de chic que de science véritable.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, donner des coups, — dans l’argot des faubouriens, qui déchiquettent volontiers leurs adversaires, surtout lorsqu’ils ont une chique. Se chiquer. Échanger des coups de poing et des coups de pied.

(Delvau, 1867) : s. m. Manger.

(Rigaud, 1881) : Battre. — Se chiquer, s’invectiver, en venir aux mains. — Chiquerie, rixe.

(La Rue, 1894) : Manger. Battre. Mentir, simuler. Feindre une scène.

Chiquer (pour)

(Rossignol, 1901) : Plaisanter, pour rire. — « Ce que vous me dites n’est pas sérieux, c’est sans doute pour chiquer. » Pendant l’exposition de 1889, un agent anglais demandait à un français s’ils étaient bien payés : « Oui, pour chiquer, » lui répondit le Français, l’Anglais prit aussitôt son dictionnaire de poche, mais ne put comprendre la signification des mots : pour chiquer.

Chiquer (se)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Se battre.

Chiquer contre

(Rossignol, 1901) : Dire le contraire de ce que l’on pense. Ne pas avoir l’air de comprendre une chose dont on vous parle lorsqu’on la connaît est chiquer contre.

Tu n’as pas besoin de me chiquer contre en plaidant le faux pour savoir le vrai.

Chiquer des sortes

(Boutmy, 1883) : v. Synonyme de fricoter.

Chiquer-contre

(Virmaître, 1894) : V. Battre comtois.

Chiquer, Chiquer comte

(Rigaud, 1881) : Mentir, simuler, — dans le jargon des voleurs. Comte est pour comtois. — Les saltimbanques se servent aussi de cette expression.

Chiquer, Chiquer les légumes

(Rigaud, 1881) : Manger, — dans le jargon du peuple.

Chiquet

(d’Hautel, 1808) : La plus petite partie d’une chose.
Il a payé chiquet à chiquet. Pour dire peu à peu, par petites sommes. Ce mot est toujours masculin ; c’est donc un barbarisme que fait le peuple en disant une chiquette de pain, pour un petit morceau de pain.

Chiquette

(Delvau, 1867) : s. f. Petit morceau.

Chiquette à chiquette

(Delvau, 1867) : adv. Par petits morceaux. C’est évidemment le même mot que chicot, qui a lui-même pour racine le vieux mot français chice.

Chiqueur

(d’Hautel, 1808) : Qui est sujet à chiquer. On dit aussi figurément d’un homme qui mange beaucoup et qui aime passionnément la table, que c’est un bon chiqueur.

(Larchey, 1865) : Glouton. — Chiqueur : Artiste dessinant de chic, sans étudier la nature.

(Delvau, 1867) : s. m. Mangeur, glouton.

(Delvau, 1867) : s. m. Artiste qui fait de chic au lieu de faire d’après nature.

(Rigaud, 1881) : Peintre sculpteur qui fait de chic.

Un tas de chiqueurs et de chiqueuses font de petites ordures.

(Le Triboulet, du 6 juin 1880.)

Chiqueur, Chiqueur de blanc

(Rigaud, 1881) : Fainéant ; souteneur de filles.

Chiquier

(La Rue, 1894) : Nom de l’associé du camelot qui donne l’exemple et engage l’acheteur en achetant lui-même l’objet au moment où le bonisseur vient d’en dire le prix.

Chirurgie (être en)

(Rigaud, 1881) : Être en traitement dans un hôpital pour une affection chirurgicale. — Être en médecine, être, en qualité de malade, dans le service de la médecine, — dans le jargon des hôpitaux.

Chirurgien en vieux

(Delvau, 1867) : s. m. Savetier qui répare les vieux cuirs, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Savetier. (A. Delvau)

Chislehurstienner

(Rigaud, 1881) : Fêter un anniversaire bonapartiste. Vient de Chislehurst, résidence de l’ancienne famille impériale.

Plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies aux abords de l’église Saint-Augustin, les unes pour Chislehurstienner, les autres pour voir Chislehurstienner.

(Rappel du 18 août 1877.)

Chisnouffe

(Hayard, 1907) : Coup.

Chlasse

(Virmaître, 1894) : Saoul à ne pas tenir debout (Argot des souteneurs). N.

(Hayard, 1907) : Ivre.

Chnic

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie.

Chocailler

(d’Hautel, 1808) : Boire à l’excès. Se dit exclusivement des gens du bas peuple qui s’enivrent sur le cul d’un tonneau.

Chocaillon

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; femme ou fille crapuleuse, qui s’adonne au vin et à tous les excès de la débauche.

(Delvau, 1867) : s. f. Ivrognesse, chiffonnière, — dans l’argot des bourgeois.

Chochotte

(Hayard, 1907) : Efféminé.

Chocnoso, chocnosof, koxnoff

(La Rue, 1894) : Brillant, remarquable.

Chocnoso, sof, sophie, sogue, koxnoff

(Larchey, 1865) : Brillant. — On ne paraît pas bien fixé sur l’orthographe de ce mot.

Dans cette situation, comment dire ?… — Chocnoso…

Balzac.

Dans Pierre Grassou, le même auteur écrit Chocnosoff.

Je m’en vais chez le restaurateur commander un dîner kox-noff.

Champfleury

C’est koksnoff, chocnosogue, chicardo, snoboye.

Bourget, Chansons

Sa plume était chocnosophe, et ses goûts ceux d’un pacha.

Commerson.

Chocnosoff

(Delvau, 1867) : s. et adj. Brillant, élégant, beau, parfait, — dans l’argot des faubouriens et des rapins.

Chocolat

(Fustier, 1889) : Naïf, crédule. Argot des voleurs et principalement des joueurs de bonneteau.

Ils (les bonneteurs) s’associent à trois : celui qui fait le chocolat et qui est chargé de commencer la partie, de l’allumer en jouant ; l’enquilleur ou lourdier qui tient la portière de la voiture, invitant les voyageurs à monter dans le compartiment, et, enfin, le patineur, qui monte lorsqu’il n’y a plus qu’une place et qui doit tenir les trois cartes.

(Temps, 1886.)

(La Rue, 1894) : Naïf, crédule. Compère du bonneteur.

Chocolat (être)

(Hayard, 1907) : Être dupé.

Chœur

(d’Hautel, 1808) : Tondu comme un enfant de chœur. Se dit plaisamment d’une personne que l’on a rasée, ou qui est naturellement chauve.

Choisir

(d’Hautel, 1808) : Qui choisit prend le pire. Ce proverbe ne doit s’entendre que des personnes qui se mêlent de choisir parmi les objets dans lesquels elles n’ont aucune connoissance.

Cholera

(Rossignol, 1901) : Une femme méchante est un Cholera ou un panaris.

Choléra

(Delvau, 1867) : s. m. Viande malsaine, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot des bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.

(Rigaud, 1881) : Zinc, zingueur, — dans le jargon des couvreurs.

(Rigaud, 1881) : Viande malsaine, viande de qualité inférieure, — dans le jargon des bouchers. (A. Delvau)

(Fustier, 1889) : Débris de fromages. Argot du peuple.

« — Que désire monsieur ?
« — Deux sous de choléra, s’il vous plaît !
f On peut entendre cette demande et cette réponse s’échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux. Or, qu’est-ce que le choléra ? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l’étalage et sur les tables de service.

(Figaro, oct. 1886.)

(Hayard, 1907) : Épouse.

Cholette

(Halbert, 1849) : Chopine.

(Larchey, 1865) : Demi-litre (Vidocq)

(Delvau, 1867) : s. f. Chopine de liquide, — dans l’argot des voleurs. Double cholette. Litre.

(Rigaud, 1881) : Chopine, demi-litre.

(Rossignol, 1901) : Chopine, demi-litre de vin.

Chomer

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas chomer les fêtes avant qu’elles soient venues. Pour il ne faut pas se réjouir des choses qui ne sont point encore arrivées ; ou s’affliger des maux avant qu’ils soient venus.
Chomer de tout. Pour être dans un besoin absolu.
C’est un saint qu’on ne chome plus. Se dit d’un homme tombé dans la disgrace la plus profonde.

Choper

(un détenu, 1846) : Prendre à l’improviste.

(Larchey, 1865) : Voler (Vidocq). — Mot à mot : toucher quelque chose pour le faire tomber. — Roquefort donne choper dans ce sens.

(Delvau, 1867) : v. a. Attraper en courant, — dans l’argot des écoliers.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, voler, — dans l’argot des voleurs. Se faire choper. Se faire arrêter.

(Rigaud, 1881) : Voler, prendre. — Chopin, vol. — Choper une boite, arrêter un logement, se loger, — dans le jargon des voleurs.

(Merlin, 1888) : Comme chiper, voler. Se faire choper, se faire prendre, arrêter.

(Rossignol, 1901) : Voir chipper.

Chopin

(anon., 1827) : Objet volés.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vol, objet volé.

(Bras-de-Fer, 1829) : Coup.

(M.D., 1844) : Sac d’argent.

(Halbert, 1849) : Objet volé.

(Larchey, 1865) : Vol.

Quand un voleur fait de la dépense, c’est qu’il a fait un chopin.

Canler.

(Delvau, 1867) : s. m. Objet volé ; coup ; affaire. Bon chopin. Vol heureux et considérable. Mauvais chopin. Vol de peu d’importance, qui ne vaut pas qu’on risque la prison.

(Rigaud, 1881) : Profit, réussite, bonne aubaine, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Profit, bonne aubaine. Petit vol. Coup, affaire.

(Rossignol, 1901) : Bonne affaire.

Chopin (faire un)

(Virmaître, 1894) : Bonne affaire. Mettre la main sur une femme qui possède des qualités exceptionnelles. Si la chose faite ne vaut rien, on dit :
— Tu as fait un sale chopin (Argot du peuple).

Chopine

(d’Hautel, 1808) : Mettre pinte sur chopine. Gobeloter, s’enivrer, boire de cabaret en cabaret ; des petites mesures passer aux grandes.

Chopine en bois

(Rigaud, 1881) : Broc de bois à l’usage des marchands de vin.

Chopiner

(d’Hautel, 1808) : Boire chopine à chopine, faire débauche de vin.

(Delvau, 1867) : v. n. Hanter les cabarets, — dans l’argot dédaigneux des bourgeois, qui, eux, hantent les cafés. Chopiner théologalement, dit Rabelais.

Chopotte

(Rossignol, 1901) : Chopine, demi-litre de vin.

Choppe (être)

(Halbert, 1849) : Être pris.

Chopper

(Rigaud, 1881) : Fauter, faire un premier faux-pas hors du sentier de l’honneur, trébucher, — en parlant d’une jeune fille.

Ma sœur ne choppera pas, je suis là.

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

(La Rue, 1894) : Faire une faute, en parlant d’une jeune fille. Se faire surprendre, arrêter.

Choquer

(d’Hautel, 1808) : En terme bachique, heurter, trinquer, faire carillon avec les verres ; porter une santé.

Choquotte (c’est de là)

(Rigaud, 1881) : C’est très bien, très agréable, d’un excellent rapport. Dans le jargon des chiffonniers chocotte signifie « os gras. » (V. Camelotte.)

S’ mett’e un p’tit brin en ribote
Et, dans l’coin d’un caboulot,
Gentiment s’rincer le goulot
Sans c’ pendant sortir soulot,
C’est de la choquotte.

(La Muse à Bibi.)

Chose

(Larchey, 1865) : Dignité.

Tu me feras peut-être accroire que tu n’as rien eu avec Henriette ? Vois-tu, Fortuné, si tu avais la moindre chose, tu ne ferais pas ce que tu fais…

Gavarni.

(Larchey, 1865) : Indignité.

C’est ce gueusard d’Italien qui a eu la chose de tenir des propos sur Jacques.

Ricard.

(Larchey, 1865) : Embarrassé. — Du vieux mot choser : gronder. V. Roquefort.

Ma sainte te ressemble, n’est-ce-pas, Nini ? — Plus souvent que j’ai un air chose comme ça !

Gavarni.

Ce pauvre Alfred a sa crampe au pylore, ça le rend tout chose.

E. Sue.

Mamselle, v’là qu’vous m’rendez tout chose, je vois bien que vous êtes un esprit fort.

Rétif, 1783.

(Delvau, 1867) : Nom qu’on donne à celui ou celle qu’on ne connaît pas. On dit aussi Machin. Ulysse, au moins, se faisait appeler Personne dans l’antre de Polyphème !

(Delvau, 1867) : adj. Singulier, original, bizarre, — dans l’argot du peuple, à qui le mot propre manque quelquefois. Avoir l’air chose. Être embarrassé, confus, humilié. Être tout chose. Être interdit, ému, attendri.

Chose (le)

(Delvau, 1864) : Pseudonyme pudibond de la pine ou du con.

Après, il me fait empoigner son chose, qu’il a roide, et quelquefois me prend à force de corps et me fait rouler sur lui.

Mililot.

Mais votre chose est tout petit, comme l’on dit, que si vous l’apportez en quelque lieu, à peine si l’on perçoit qu’il y est.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Quand je l’eus lavé une pose,
Soudain je vis dresser son chose.

(Farces et Moralités.)

Serait-il vrai, bouche de rose,
Ce que m’a dit un imprudent :
Que vous vous passez moins de chose
Qu’un espagnol de cure-dent ?

Théophile.

O ! ouy, ma foi, elle a un chose
Qui ne bouge de la maison,
Ainsi que fait celuy Lison,
Ainsi fatelu et douillet.

(Ancien Théâtre français.)

Ton chose, me dis-tu,
À si petite ouverture,
Qu’un vit moindre qu’un fêtu
Y serait à la torture.

(Cabinet satyrique.)

Chose de (avoir la)

(Rigaud, 1881) : Avoir la délicatesse de, avoir l’avantage de, faire montre d’un bon procédé. Et, en abrégeant : Avoir ce-lui de. — Avoir quelque chose pour quelqu’un, ressentir de l’affection pour quelqu’un. — Tout chose, embarrassé, penaud.

Chose, machin

(Larchey, 1865) : On appelle ainsi celui dont on ne se rappelle pas le nom (d’Hautel).

Chose est malade. — Qui ça, Chose ?

H. Monnier.

La coutume est ancienne. Tallemant des Réaux conte que M. le Mage, conseiller à la Cour des aides, dit toujours Chose au lieu du nom.

Chose, machin, machine

(d’Hautel, 1808) : Ces mots sont d’un grand secours dans le langage du peuple ; on pourroit presque dire dans la conversation familière. En effet, ils suppléent continuellement à tous noms quelconques d’objets ou de personnes que la mémoire ne présente pas à l’instant.
Dites à Chose, à Machin ou Machine de s’occuper de cela. C’est chose, Machin ou Machine qui a fait cela. Pour c’est un tel ou une telle.
On dit aussi que l’On travaille pour l’intérêt de la chose, pour dire l’intérêt d’une affaire, le bien commun.
Avoir l’esprit à sa chose. C’est-à-dire être très assidu à son ouvrage.
On dit d’un homme maladroit, ou qui a un maintien gauche et emprunté, qu’il a l’air d’un chose, pour dire d’un nigaud, d’un stupide, d’une bête.

Chose, Machin, Untel

(Rigaud, 1881) : Terme de mépris lorsqu’on ne veut pas désigner quelqu’un par son nom. — Celui dont le nom nous échappe s’appelle aussi Chose, Machin.

Comment, Nana, ce sont tes amis, et tu ne sais seulement pas comment ils se nomment ? — Ma foi, non ; moi, je les appelle toujours : Ohé ! Machin !… ou bien : Dis donc, Chose ! et ils entendent très bien.

(Grévin.)

Chou

(d’Hautel, 1808) : Chou chou. Nom amical et carressant que l’on donne aux petits enfans. On dit aussi Mon chou.
Chou pour chou.
À la pareille, semblablement.
Aller à travers choux. Agir inconsidérément ; comme un écervelé.
Faire ses choux gras. Faire bien ses affaires ; Se divertir.
Faire ses choux gras de quelque chose. En faire ses délices.
Vous pouvez en faire des choux, des raves. C’est-à-dire, ce que vous voudrez, ce que bon vous semblera.
Ce n’est pas le tout que des choux. Pour dire que l’on n’a fait qu’une partie de ce qui est nécessaire pour venir à bout d’une entreprise.
Il s’y entend comme à planter des choux. Se dit d’un homme qui entreprend un état dont il n’a aucune connoissance.
S’il t’ennuie, envoie-le planter des choux. Équivaut à envoie-le promener.
On dit de quelqu’un qui dispose avec trop de liberté des biens d’autrui, qu’Il en fait comme des choux de son jardin.
Trognon de chou.
Sobriquet que l’on donne aux petites personnes laides et contrefaites.
On dit aux enfans qui font des demandes indiscrètes sur leur naissance, qu’ils sont venus sous un chou.
Elle fait bien valoir ses choux.
Se dit d’une personne trop prévenue de son mérite et de ses qualités personnelles, et qui met un haut prix à ses services.
Ménager la chèvre et les choux. Voyez Chèvre.
Il ne vaut pas un trognon de chou. Pour il est dénué de toute capacité ; il n’est bon à rien.

(Larchey, 1865) : Sobriquet amical.

L’une m’appelle mon chou, mon ange.

Francis, 1825.

(Rigaud, 1881) : Résultat des fouilles nasales, — dans le jargon des collégiens.

Chou colossal

(Larchey, 1865) : Entreprise destinée à tromper le public par des promesses ridiculement alléchantes.

Il y a deux ou trois ans, on vit à la quatrième page des journaux un éloge pompeux d’un nouveau chou… Ce chou était le chou colossal de la Nouvelle-Zélande, servant à la fois à la nourriture des hommes et des bestiaux et donnant un ombrage agréable pendant l’été. C’était un peu moins grand qu’un chêne, mais un peu plus grand qu’un prunier. On vendait chaque graine un franc… On en achetait de tous les coins de la France. — Au bout de quelques mois, les graines du chou colossal avaient produit deux ou trois variétés de chou connues et dédaignées depuis longtemps. La justice s’en mêla.

Alph. Karr, 1841.

L’inventeur du chou colossal était un bonnetier. Il se suicida en voyant la mauvaise tournure que prenait la spéculation.

Chou pour chou (aller)

(Rigaud, 1881) : Suivre exactement la copie imprimée. (Boutmy, Les Typographes parisiens.) C’est une réminiscence du proverbe : Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris.

Autrefois le terrain du village d’Aubervilliers était presque entièrement planté de choux qui passaient pour meilleurs que ceux des autres endroits. De là ce proverbe dont on se sert pour égaler sous quelque rapport deux choses dont l’une a été trop rabaissée, ou pour signifier que chaque chose a une qualité qui la rend recommandable.

(Quitard, Dict. des Proverbes.)

(Boutmy, 1883) : v. Suivre exactement la copie imprimée. C’est l’équivalent de Kif-kif.

Chou-blanc

(Delvau, 1867) : s. m. Insuccès, le chou blanc étant, dans la classe des Brassicées, ce que la rose noire est dans la famille des Rosacées : le désespoir des chercheurs d’inconnu. Faire chou blanc. Échouer dans une entreprise ; manquer au rendez-vous d’amour ; revenir de la chasse le carnier vide, etc.

Chouan

(La Rue, 1894) : Cœur.

Chouart

(Delvau, 1864) : Ancien mot hors d’usage employé dans un sens obscène pour désigner le membre viril.

Voici maître Jean Chouart qui demande logis.

Rabelais.

Il tira son chouart vif et glorieux.

(Moyen de parvenir.)

Le sculpteur à la main savante,
Par un chef-d’œuvre de son art,
A surtout formé Jean Chouart.

Piron.

Choucarde

(Merlin, 1888) : Brouette.

Chouchouter

(Larchey, 1865) : Choyer tendrement. Vient de chou.

Tu seras chouchouté comme un dieu.

Balzac.

(Delvau, 1867) : v. a. Choyer, caresser, traiter de petit chou. L’expression est de Balzac.

Chouchoûter

(Rigaud, 1881) : Choyer, dorloter. Le mot est de Balzac et n’a guère été employé que par lui.

Au lieu de vous chouchouter, elle vous a fait aller comme un valet.

(Balzac, Un Ménage de garçon)

Choucroute (tête ou mangeur de)

(Larchey, 1865) : Allemand.

Choucrouter

(Delvau, 1867) : v. n. Manger de la sauer-kraut, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi parler allemand.

Choucrouteur

(Delvau, 1867) : s. m. Allemand, mangeur de sauer-kraut. On dit aussi Choucroutemann.

Choucroutmann

(Virmaître, 1894) : Allemand. Allusion au mangeur de choucroute (Argot du peuple). N.

Choucrouttemann

(Rossignol, 1901) : Allemand.

Chouet

(M.D., 1844) : Spirituel, joli.

Chouette

(d’Hautel, 1808) : Malin comme une chouette. Pour dire sans finesse, sans esprit, gauche et dépourvu d’industrie.

(Clémens, 1840) : Jolie, belle.

(un détenu, 1846) : Quelque chose de bien. Largue chouette, femme qui est bien. Cela est chouette.

(Halbert, 1849) : Beau, remarquable.

(Delvau, 1867) : adj. Superlatif de Beau, de Bon et de Bien, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Chouettard et Chouettaud, — sans augmentation de prix.

(Rigaud, 1881) : Beau, excellent. Chouette, alors ! — très bien alors ! Femme chouette, belle femme. Repas chouette, bon repas.

(Rigaud, 1881) : Malin. (Le Sublime.) — Faire la chouette, jouer à l’écarté, à l’impériale, seul contre plusieurs adversaires qui prennent les cartes à tour de rôle et qui parient de concert.

(La Rue, 1894) : Beau, joli. Jolie prostituée.

(Virmaître, 1894) : Superlatif de tout ce qu’il y a de plus beau, le suprème de l’admiration. Chouette (être fait) : être arrêté par les agents. Ce n’est pas chouette : ce n’est pas bien. Elle n’est pas chouette : elle est laide (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Beau, belle, bien, bon, bonne.

(Hayard, 1907) : Beau, bien.

Chouette (être)

(Halbert, 1849) : Être pris.

(Delvau, 1867) : Être pris, — dans l’argot des voleurs, qui opèrent la nuit comme les chats-huants, et, le jour, s’exposent comme eux à avoir sur le dos tous les oiseaux de proie policiers, leurs ennemis naturels.

Chouette (faire une)

(Delvau, 1867) : Jouer au billard seul contre deux autres personnes.

Chouette-centre

(M.D., 1844) : Vrai nom.

Chouette, tard, taud

(Larchey, 1865) : Parfait.

Cré chien ! Loïse, t’as là une casquette un peu chouette !…

Gavarni.

Ah ! vous avez là une chouette femme.

Gavarni.

Voici peut-être un des premiers exemples du mot :

Ma femme sera coincte et jolye comme une belle petite chouette.

Rabelais.

Chouettement

(Larchey, 1865) : Parfaitement.

Suis-je près d’un objet charmant, Pour l’allumer chouettement, Mon cœur est comme une fournaise.

Festeau.

(Delvau, 1867) : adv. Parfaitement.

Chouffliqueur

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais ouvrier, Savetier, — dans l’argot des typographes, qui, à leur insu, se servent là de l’expression allemande schuhflicker.

Chouffliqueur ou Choufflite

(Merlin, 1888) : Cordonnier, savetier. On dit aussi choumaque, de l’allemand schumaker.

Chouflic

(Boutmy, 1883) : s. m. Mauvais ouvrier. Expression employée dans d’autres argots.

Chouflik, Chouflique, Choumak

(Rigaud, 1881) : Savetier.

Le chouflik a du sang gaulois dans les veines ; il tient à son indépendance ; il est né savetier, il mourra savetier… jamais cordonnier.

(Petit Journal pour rire.)

Choufliquer

(Rigaud, 1881) : Faire mal un ouvrage. Mot à mot : travailler comme un chouflique, un savetier. — En terme de journaliste, c’est introduire beaucoup de blanc, de remplissage, de réjouissance dans le corps d’un article.

Chouia

(Merlin, 1888) : Doucement — de l’arabe.

Chouia-Chouia

(Rigaud, 1881) : Comme ci, comme ça ; tout doucement, — Aller son bonhomme de chemin, chouia-chouia, — dans le jargon des soldats retour d’Afrique.

Choula

(Rigaud, 1881) : Synagogue, temple israélite.

Choumaque

(Delvau, 1867) : s. m. Cordonnier, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute guère qu’il prononce presque bien le mot allemand Schumacher. On dit aussi Choufflite : mais ce mot n’est qu’une corruption du précédent.

Choumara

(Merlin, 1888) : Marmite.

Chourin

(Larchey, 1865) : Couteau. — Chouriner : Donner des coups de couteau. Formes des mots surin et suriner, usités dans le même sens. — Le Chourineur est un type des Mystères de Paris d’E. Sue.

(Rigaud, 1881) : Couteau ; pour surin.

(Hayard, 1907) : Couteau.

Chouriner

(Bras-de-Fer, 1829) : Frapper à coup de couteau.

(M.D., 1844) : Donner des coups de couteau.

(Delvau, 1867) : v. a. Tuer, — dans l’argot des ouvriers qui ont lu les Mystères de Paris d’Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n’ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l’argot des voleurs. V. Suriner.

(Rigaud, 1881) : Frapper à coups de couteau.

(La Rue, 1894) : Tuer à coups de couteau ou chourin.

Chourineur

(Halbert, 1849) : Tueur de chevaux.

(Delvau, 1867) : s. m. Assassin, — par allusion au personnage des Mystères de Paris, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu’il paraît, grand plaisir à tuer. L’étymologie voudrait que l’on dit Surineur ; mais l’euphonie veut que l’on prononce Chourineur.

(Rigaud, 1881) : Tueur de chevaux — dans l’ancien argot. Celui qui se sert du chourin. Type d’un des principaux personnages des Mystères de Paris.

Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur
A fait d’un jour d’orgueil un jour de déshonneur.

(V. Hugo, Châtiments.)

Chouter

(Fustier, 1889) : Caresser. (Richepin.)

Choux (être dans les)

(Rigaud, 1881) : Ne pas avoir accompli la tâche qu’un typographe est tenu de faire dans un temps donné, être en retard dans son travail.

(Boutmy, 1883) : Se dit, dans les journaux, par les compagnons qui, pour une cause ou pour une autre, craignent de ne pas arriver à faire leur pige ; dans les maisons de labeur, lorsque, le jour du batiau approchant, on craint de ne pouvoir arriver à faire une banque moyenne.

Chrétien

(Delvau, 1867) : s. m. Homme, à quelque religion qu’il appartienne. Argot du peuple. Viande de chrétien. Chair humaine.

Chrétien (lait)

(Larchey, 1865) : Lait baptisé, étendu d’eau.

Une douzaine de drôlesses déguisées en laitières vendent du lait trois fois chrétien.

Privat d’Anglemont.

Chrétienté

(d’Hautel, 1808) : Marcher sur la chrétienté. Avoir ses souliers et ses bas percés ; être dans une extrême indigence.

Chronomètre

(Delvau, 1867) : s. m. Montre en général. Argot des bourgeois.

Chrysalide

(Delvau, 1867) : s. f. Vieille coquette, dans l’argot des faubouriens, qui ont parfois l’analogie heureuse, quoique impertinente.

Chtibes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Bottes, — dans l’argot des voyous.

Chuchotage

(d’Hautel, 1808) : Barbarisme. Pour chuchoterie, cachoterie, air mystérieux, entretien de ceux qui se parlent à l’oreille.

Chuchoter

(d’Hautel, 1808) : Parler bas à l’oreille, faire mystère de quelque chose.

Chuchoteur, chuchoteuse

(d’Hautel, 1808) : Celui ou celle qui a coutume de chuchoter.

Chuter

(Delvau, 1867) : v. n. Tomber, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi, et alors ce verbe est actif, Empêcher de réussir, — dans l’argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Pour une demoiselle, c’est tomber… dans les bras d’un amoureux.

Chyle (se refaire le)

(Rigaud, 1881) : Faire un bon dîner.

Quand il dîne au restaurant, l’ouvrier dit qu’il va se refaire le chyle.

(Léo Lespès, Paris dans un fauteuil.)

Ci-devant

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard, — qui a été jeune.

(Delvau, 1867) : s. m. Noble.

Cibiche

(Rigaud, 1881) : Cigarette, — dans le jargon des voyous. Mot dont on n’a conservé que la première syllabe.

(Rossignol, 1901) : Cigarette.

(Hayard, 1907) : Cigarette.

Cibige

(Virmaître, 1894) : Cigarette (Argot du peuple).

Cibige, grillante

(La Rue, 1894) : Cigarette.

Cible à coups de pied

(Delvau, 1867) : s. f. Le derrière. Argot du peuple.

Ciboule

(d’Hautel, 1808) : Marchand d’ognons se connoît en ciboule. Ce proverbe signifie que l’on est difficilement trompé dans les détails de sa profession.

Ciboulot

(Fustier, 1889) : Tête. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : La tête. Perdre le ciboulot : perdre la tête. Se faire sauter le ciboulot : se brûler la cervelle.
— Son ciboulot est vidé (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : La tête.

Ciboulot, citronade

(La Rue, 1894) : Tête.

Cicogne

(Delvau, 1867) : s. f. Le Palais de justice, — dans l’argot des voleurs. Dab de la Cigogne. Le procureur général.

Ciel

(d’Hautel, 1808) : Tu l’auras dans le ciel. C’est-à-dire jamais : manière badine de refuser à quelqu’un une chose qu’il redemande.
Remuer ciel et terre. Hyperbole qui signifie faire de grands efforts, mettre tout en œuvre pour faire réussir une affaire.
Ses cheveux poignardent le ciel. Se dit par raillerie d’une personne coiffée ridiculement.

Ciel, mon mari !

(Rigaud, 1881) : « Les actrices de cette dernière catégorie (celles que les entreteneurs mettent au théâtre) ont reçu une dénomination particulière. On les appelle, dans l’argot des coulisses, des « ciel, mon mari ! » Leur rôle se borne généralement à prononcer cette phrase traditionnelle, avec un chapeau de satin et une robe de velours épinglé, lorsqu’elles voient paraître par la porte du fond l’acteur qui est censé les prendre en flagrant délit d’infidélité. » (Paris-actrice, 1854.)

Cierge

(d’Hautel, 1808) : Il est droit comme un cierge. Se dit par exagération et raillerie d’un homme qui a un maintien roide, affecté.

(Delvau, 1864) : Le membre viril — qui brûle et se fond sur l’autel de la femme. Fondre est mis là, souvent, pour couler.

Mais cela seulement fut suffisant pour l’en dégoûter, disait qu’elle avait vu la mèche qui était si déliée, qu’il n’y avait guère d’apparence que le cierge fût bien gros.

D’Ouville.

La femme, quelque putain qu’elle soit, est la sainte à qui l’on doit le plus de cierges.

Lemercier.

(Delvau, 1867) : s. m. Sergent de ville en grande tenue, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

(Rigaud, 1881) : Sergent de ville en faction dans la rue, — dans le jargon des voyous.

(La Rue, 1894) : Espion. Agent.

Cierge est éteint à Saint-Jean de Belleville (le)

(Rigaud, 1881) : Les ouvriers qui habitent Belleville se servent de cette expression lorsqu’en jouant aux cartes ils n’ont pas d’as dans leur jeu. — Pour en avoir, il faut faire brûler un cierge à saint Jean-Baptiste. (Le Sublime.)

Cig

(Rigaud, 1881) : Apocope de cigale qui, dans le jargon des voleurs, a la signification de pièce d’or, pièce de vingt francs.

Entends-tu babiller les cig chez le balanceur de braise ? entends-tu sonneries pièces de vingt francs chez le changeur ?

(Rossignol, 1901) : Pièce de 20 francs.

Cigale

(Larchey, 1865) : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

(Delvau, 1867) : s. f. Cigare, — dans l’argot du peuple, qui frise l’étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.

(Delvau, 1867) : s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque « la bise est venue ».

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs, qui aiment à l’entendre sonner dans leur poche. Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

(Rigaud, 1881) : Chanteuse ambulante.

Cigare

(Rossignol, 1901) : Synonyme de cig.

Cigarette

(Delvau, 1864) : Le membre viril — que toutes les femmes savent si bien rouler dans leurs mains et porter à leur bouche par le gros bout.

Vous, luronnes, qui des dragons
Porteriez l’épaulette,
De cigares bien gros, bien longs,
Avez-vous fait emplette ?
S’ils sont trop mous ou mal tournés,
Prenez ma cigarette
Prenez,
Prenez ma cigarette.

S. Lajjarde.

Cigogne

(d’Hautel, 1808) : Un cou de cigogne. Cou allongé et sans grâce.
Des contes à la cigogne. Contes de vieilles, discours saugrenus.

(Larchey, 1865) : Préfecture de police. — V. Dab.

Railles, griviers et cognes nous ont pour la cigogne en partie tous paumés.

Vidocq.

(Rigaud, 1881) : Palais de justice. Ainsi nommé par les voleurs par allusion à la flèche de la Sainte-Chapelle.

(Virmaître, 1894) : Le Dépôt de la Préfecture de police (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Prison de Mazas, prévention.

Cigogne ou Cigove

(un détenu, 1846) : Maison d’arrêt de la Force, justice.

Cigogne, poivrière

(La Rue, 1894) : Palais-de-Justice.

Cigue

(Clémens, 1840) : Pièce d’or.

Cimate

(La Rue, 1894) : Prise de tabac.

Ciment

(Delvau, 1867) : s. m. Moutarde. — dans l’argot des francs-maçons.

Cimetière

(d’Hautel, 1808) : Il a de l’esprit, il a couché au cimetière. Se dit par raillerie d’un ignorant, d’un homme qui a l’esprit lourd et épais.
Il est à remarquer que le peuple de Paris prononce cimequière, tandis qu’ailleurs, par une contradiction singulière, il dit perrutier, au lieu de perruquier.

Cindam

(Rossignol, 1901) : Tabac.

Cinglé

(Hayard, 1907) : Ivre.

Cingler le blaire (se)

(Virmaître, 1894) : Se saouler. Se piquer le nez (Argot du peuple).

Cinq

(d’Hautel, 1808) : Vous en avez cinq lettres. Manière précieuse de dire à quelqu’un vous en avez menti.
Donner une giroflée à cinq feuilles à quelqu’un. Métaphore burlesque qui signifie appliquer un soufflet à quelqu’un.
On dit aussi dans le même sens, Donner cinq et quatre, la moitié de dix-huit.
Mettre cinq et retirer six.
Se dit par plaisanterie des gens mal élevés, qui mettent les cinq doigts au plat et qui en retirent quelque bon morceau que l’on compte pour le sixième.

Cinq à sept

(Fustier, 1889) : Argot des gens mondains. Réceptions, visites entre intimes. Elles ont lieu avant le dîner, de cinq à sept heures du soir.

Madame du Deffand qui fut une des fondatrices de ce que nous appelons de nos jours des cinq à sept.

(Gaulois, 1882.)

Cinq centimados, Cinq centimadorès

(Rigaud, 1881) : Cigare de cinq centimes.

Un cinq centimados ! c’est bien la peine de le suivre une demi-heure !… Filou, va… et ça fait le gentilhomme !

(Denoue et Damoureite, Croquis parisiens.)

Cinq contre un

(Virmaître, 1894) : V. Bataille des jésuites.

Cinq et trois font huit

(Rigaud, 1881) : Boiteux.

(Virmaître, 1894) : Boiteux. On dit aussi ban-ban. Allusion au balancement du boiteux en marchant (Argot du peuple).

Cinq sous

(Delvau, 1867) : s. m. Cigare de vingt-cinq centimes.

Cinq-centimados

(Delvau, 1867) : s. m. Cigare d’un sou, — dans l’argot des faubouriens, qui ont voulu parodier à leur façon les trabucos, les cazadores, etc.

Cinquième

(Delvau, 1867) : s. m. Verre de la contenance d’un cinquième de litre, — dans l’argot des marchands de vin. Les faubouriens amis de l’euphonie, disent volontiers cintième.

(Rigaud, 1881) : Cinquième partie du litre, l’équivalent d’un canon. Par altération, cintième est beaucoup plus usité.

On étouffe tranquillement un cintième.

(L’art de se conduire dans la soc. des pauvres bougres.)

Cinquième rêne

(Rigaud, 1881) : Crinière de cheval. — Attraper la cinquième rêne, attraper la crinière de peur de tomber quand un cheval se cabre ou trotte trop dur, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

Cintième

(Fustier, 1889) : Casquette à ponts. (Richepin.)

Cintrer

(Rigaud, 1881) : Tenir. Être cintré, être maintenu, être dans l’impossibilité de bouger.

(La Rue, 1894) : Donner.

Cipal

(Larchey, 1865) : Soldat de la garde municipale.

Les danses ont été légèrement échevelées, mais, suivant les auteurs de la Corde sensible : Le Cipal n’a rien a dire Aux entrechats de la vertu.

Naquet.

(Delvau, 1867) : s. m. Garde municipal, — dans l’argot des voyous, amis des aphérèses.

(Rigaud, 1881) : Municipal, soldat de la garde municipale, aujourd’hui garde républicaine.

(Virmaître, 1894) : Abréviation de municipal. (Argot du peuple).

Il est franc et loyal,
Y craint pas le cipal.

(Rossignol, 1901) : Cipaux, municipal, municipaux.

(Hayard, 1907) : Garde de Paris.

Cirage

(Fustier, 1889) : Éloge ; réclame élogieuse, compte rendu sur le mode dithyrambique.

Cire

(d’Hautel, 1808) : On dit facétieusement d’un homme qui a les yeux chassieux, remplis d’humeurs, qu’il fait de la cire.
Il est jaune comme de la cire.
Pour, il a le teint bilieux et safrané.
Il est mou comme de la cire. Se dit d’un homme pusillanime, sans vigueur, sans caractère et sans énergie.
C’est une cire molle. C’est-à-dire, il reçoit toutes les impressions qu’on veut lui donner.
Il fond comme la cire au soleil. Pour, il maigrit, il change sensiblement.
Un nez de cire. Pour un nez bien formé.
Cela lui vient comme de cire. Fort à propos.

Ciré

(Rigaud, 1881) : Nègre, — dans le jargon du peuple.

Cire (vol à la)

(Rigaud, 1881) : Ce vol était cultivé avec un certain succès dans les restaurants de premier ordre, avant l’invention du ruolz. Un voleur s’attablait, escamotait un ou deux couverts d’argent, les collait sous la table au moyen d’un emplâtre de poix ou de cire, et un compère était chargé de vernir les recueillir. Depuis, le même procédé s’est renouvelé, avec une variante, dans les établissements où le ruolz n’avait pas encore remplacé l’argenterie. Les filous se chargeaient de la substitution. Aujourd’hui que tous les restaurants emploient le ruolz, ces aimables industriels ont dû chercher autre chose. Ils n’ont pas été loin. Ils emportent le ruolz.

Cire aux yeux (avoir de la)

(Rigaud, 1881) : Ne pas être clairvoyant, perspicace.

Mais n’ayant pas de la cire aux yeux, il continua simplement à voir clair.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeaudes lutteurs, 1879.)

Cirer

(d’Hautel, 1808) : Bien retapé et bien ciré. Se dit par raillerie d’un petit maître, d’un homme qui affecte une propreté ridicule.
Ils sont égaux comme cire. Se dit de deux personnes dont le physique et le moral sont absolument semblables.

(Fustier, 1889) : Faire un éloge outré de quelqu’un ou de quelque chose.

Cirer en fourrier (se)

(Rigaud, 1881) : Frotter ses souliers entre les planches de son lit et sa paillasse, afin de leur donner une apparence de propreté, — dans l’argot du régiment. (Bernadille, Le Français.)

Cireur

(Virmaître, 1894) : Vol à la cire. Voleur qui barbotte les couverts dans les rares restaurants où l’on se sert encore d’argenterie. Il s’attable, déjeune tranquillement, puis, profitant du mouvement occasionné par le service, il colle adroitement avec de la cire un couvert sous la table, puis s’en va tranquillement. Quelques instants plus tard un complice vient s’asseoir à la même table et fourre le couvert dans sa poche. Ce vol est sans danger, si on s’aperçoit de la soustraction, le voleur demande que l’on le fouille, comme on ne trouve rien on lui fait des excuses (Argot des voleurs).

Cireux

(d’Hautel, 1808) : Pour chassieux. Sobriquet que l’on donne à celui qui a les yeux remplis d’humeurs et de chassie.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Qui a delà chassie, de la cire aux yeux.

(Virmaître, 1894) : Qui a de la cire aux yeux. Dans le peuple on dit de celui qui est afiligé de cette infirmité qu’il fournit les cierges au Sacré-Cœur (Argot du peuple).

Cirurgien

(Delvau, 1867) : s. m. Médecin, chirurgien, — dans l’argot du peuple, qui parle comme Ambroise Paré écrivait. C’est le χειρουργικός des anciens.

Ciseaux (rédacteur aux)

(Rigaud, 1881) : Journaliste chargé du découpage des journaux. C’est celui qui prend aux autres feuilles, en les citant ou ne les citant pas, ce qu’il y trouve de plus saillant, de plus en rapport avec la nuance de son journal.

Messieurs, disait un rédacteur en chef à ses collaborateurs, vous êtes tous les mêmes, vous ne lisez du journal que ce que vous faites. — Pas toujours, répondit un des interpellés, quand nous coupons, nous ne lisons jamais.

Citadelle (grande)

(Fustier, 1889) : Gardien-chef dans une prison. Argot des malfaiteurs.

Il parait que, dans le Dictionnaire de la prison, grande citadelle signifie gardien chef.

(Gazette des Tribunaux, août 1883.)

(La Rue, 1894) : Gardien-chef. On l’appelle aussi double.

Citoyen officieux

(Delvau, 1867) : s. m. Laquais, — dans l’argot révolutionnaire, qu’on emploie encore aujourd’hui.

Citron

(d’Hautel, 1808) : Jaune comme un citron. Expression métaphorique, pour exprimer qu’une personne a la jaunisse, ou toute autre maladie qui altère sa couleur naturelle.

(Larchey, 1865) : Note aigre.

Trois citrons à la clef.

Nadar.

(Rigaud, 1881) : Tête, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Se dit d’un individu qui n’a jamais à la bouche que des paroles amères pour tous (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : La tête.

Ne te casse pas le citron à chercher, tu ne trouveras pas.

(Hayard, 1907) : Tête.

Citrouillard

(Rigaud, 1881) : Dragon, par allusion à la couleur de la tunique.

Citrouille

(d’Hautel, 1808) : Une grosse citrouille. Terme de mépris, pour dire une femme petite et d’un embonpoint rustique, par allusion avec cette espèce de fruit qui est d’une grosseur monstrueuse.
Cela lui pend au nez comme une citrouille. Locution triviale et burlesque, pour dire qu’une chose ne peut fuir à quelqu’un ; que, quoi qu’il fasse, il ne pourra l’éviter.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Cavalier-dragon.

(Rossignol, 1901) : Dragon.

Citrouilles

(Merlin, 1888) : Les dragons, par allusion à leur casque, autrefois en cuivre, tandis que celui des cuirassiers était en acier.

Civade

(Halbert, 1849) : Avoine.

(Delvau, 1867) : s. f. Avoine, — dans l’argot des maquignons et des voleurs, qui emploient un mot de la vieille langue française. Civade, vient de cive, qui venait de cæpa, oignon, d’où cæpatum civet, plat à l’oignon ; et l’étymologie n’a rien de forcé, aimé venant bien d’amatum. Les Espagnols disent cebada pour Orge.

(Rigaud, 1881) : Avoine, — dans le jargon des maquignons ; vient du provençal civade.

Civard

(Halbert, 1849) : Herbage.

(Delvau, 1867) : s. m. Herbage.

Cive

(Halbert, 1849) : Herbe.

(Delvau, 1867) : s. f. Herbe.

Civil

(Larchey, 1865) : Bourgeois. V. Astiquer.

Clabaud

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris qui équivaut à balourd, benêt ; homme dont la langue est dangereuse ; grand parleur.

Clabaudage

(d’Hautel, 1808) : Clabauderie, criaillerie, bavardage ; paroles indiscrètes et dangereuses.

Clabauder

(d’Hautel, 1808) : Crier sans sujet ; faire des commérages ; se complaire à la médisance.

(Delvau, 1867) : v. n. Crier à propos de tout, et surtout à propos de rien, — comme un chien. Argot des bourgeois. Signifie aussi Répéter un bruit, une nouvelle ; faire des cancans, — et alors il est verbe actif.

Clabauder, clapeter

(La Rue, 1894) : Manger.

Clabaudeur

(d’Hautel, 1808) : Brailleur, criard ; bavard qui parle à tort et à travers.

Clafot

(Rigaud, 1881) : Jeu de Colin-Maillard, — dans le jargon des enfants.

Clair

(d’Hautel, 1808) : Tu n’es pas fils de vitrier, on ne voit pas clair à travers ton corps. Locution métaphorique et plaisante pour dire à quelqu’un qui se met devant votre jour, qu’il s’en ôte, afin que l’on puisse voir clair.
C’est tout clair ; c’est clair et net. Expression adverbiale très-usitée dans la mauvaise conversation, et qui équivaut à c’est entendu, c’est évident ;rien n’est plus véritable.
Clair comme de l’eau trouble. Expression contradictoire, pour dire qu’une affaire est très-embrouillée.
Faire de l’eau claire. Prendre de la peine inutilement, faire de fausses démarches.

(Larchey, 1865) : Œil. — Allusion à l’éclat du regard.

Allumez vos clairs et remouchez.

Balzac.

(Rigaud, 1881) : Œil, — dans le jargon des voleurs. — Souffler ses clairs, dormir.

Clair comme de l’eau de boudin

(Virmaître, 1894) : Affaire obscure, enbrouillée. Mot à mot : aflaire ténébreuse. Allusion à la noirceur de l’eau qui sert aux charcutiers pour faire cuire le boudin (Argot du peuple). N.

Clairté

(Delvau, 1867) : s. f. Lumière, netteté, beauté, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (claricas) et à la tradition.

Parquoy s’ensuit qu’en toute claireté
Son nom reluyt et sa vertu pullule,

dit Clément Marot.

Clampin

(d’Hautel, 1808) : Pour dire un boiteux. C’est aussi un sobriquet que l’on donne aux campagnards qui, sous un air niais et indolent, cachent beaucoup de finesse et de subtilité.

(Delvau, 1867) : s. m. Fainéant, traîne-guêtres, homme qui a besoin d’être fortifié par un clamp, — le clamp de l’énergie et de la volonté.

Clampiner

(Delvau, 1867) : v. n. Marcher paresseusement, flâner.

Clapier

(Delvau, 1864) : Grand con où peuvent se loger lapin et la pine.

Je les ai furetés tous deux, ces clapiers-là, j’en connais peu d’aussi logeables.

A. de Nerciat.

Mais au clapier de qui les bords
Sont couverts de nouvelle mousse.

(Cabinet satyrique.)

(Delvau, 1867) : s. m. Maison mal famée, où l’on élève du gibier domestique à l’usage des amateurs parisiens. L’expression se trouve dans beaucoup d’écrivains des XVe et XVIe siècles.

Clapoter

(Rigaud, 1881) : Chavirer, — dans le jargon des canotiers de la Seine ; et par altération crapauter.

(Rigaud, 1881) : Manger, — dans le jargon des voyous.

Claque

(d’Hautel, 1808) : Il ne vaut pas une claque. Manière fort incivile de dire que quelqu’un ou quelque chose n’a ni mérite ni valeur.
Donner une claque. Pour, frapper avec la main, donner un soufflet.

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet, — dans l’argot du peuple, qui aime les onomatopées. Figure à claques. Visage moqueur qui donne des démangeaisons à la main de celui qui le regarde.

(Virmaître, 1894) : Maison de tolérance. Abréviation de claque-dents (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Maison de tolérance.

Claqué

(Delvau, 1867) : s. m. Homme mort. La boite aux claqués. La Morgue. Le jardin des claqués. Le cimetière des hospices.

Claque (en avoir sa)

(Rigaud, 1881) : En avoir sa charge ; en avoir assez.

(La Rue, 1894) : En avoir assez.

Claque (la)

(Rossignol, 1901) : Groupe de spectateurs dans les théâtres et concerts qui payent leur place meilleur marché qu’au bureau pour applaudir (claquer) sous la direction d’un chef de claque et faire le succès des artistes, Le succès de J’artiste dépend le plus souvent de sa générosité ; plus il donne à la fin du mois au chef de claque, plus il est applaudi. Au Théâtre Français, il est alloué au chef de claque des appointements mensuels par la direction pour recruter des claqueurs à qui il lui est défendu de faire payer la place.

Claque (mec de la)

(Rigaud, 1881) : Claqueur, — dans le jargon des voyous.

Claque-dent

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux ; gueux, misérable qui grelotte ; qui meurt de froid ; hâbleur, charlatan, grand bavard.

Claque-dents

(La Rue, 1894) : Cabaret du plus bas degré. Prostibulum. Tripot.

Claque-faim

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans ressources, qui meurt de faim. Le peuple dit aussi, dans le même sens, Claque-soif, — par compassion, l’homme qui meurt de soif étant pour lui plus à plaindre que celui qui meurt de faim.

Claque-patin

(Fustier, 1889) : Individu dont la savate claque contre le talon. (Richepin.)

Claque, claque-dents

(Fustier, 1889) : Restaurant de bas étage.

Claque, Claquedent

(Rigaud, 1881) : Maison de tolérance, — dans Je jargon des voleurs. — Dans le jargon des voyous, claque s’entend par extension d’une fille de maison publique ; ils disent également : les gonzesses de la claque.

Quand les gonzesses de la claque vont à Montretout il y a toujours du rabiot pour Saint-Lago. Quand les filles de maison passent à la visite, il y a toujours du profit pour St-Lazare.

Claquedent se prend encore dans le sens de mauvais lieu quelconque, cabaret borgne ou tripot.

Si parmi les joueurs, quelques honnêtes gens s’étaient fourvoyés, tous, du moins, fréquentaient le claquedent pour des motifs plus ou moins avouables.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Claquemurer (se)

(d’Hautel, 1808) : Mener une vie sédentaire et retirée ; se renfermer en quatre murailles.

Claquer

(d’Hautel, 1808) : Donner une claque, un soufflet, ou tout autre coup avec la main.
Faire claquer son fouet. Se prévaloir hautement de quelqu’avantage ; faire le glorieux, le vaniteux.

(Halbert, 1849) : Manger.

(Larchey, 1865) : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service.

C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc.

Delvau.

(Larchey, 1865) : Manger — Allusion au bruit des mâchoires.

Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit.

Wado, Chanson.

On dit au figuré Claquer : dissiper.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des soufflets.

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre une chose, s’en débarrasser, — dans le même argot [du peuple]. Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

(Delvau, 1867) : v. n. Manger, — dans l’argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.

(Delvau, 1867) : v. n. Mourir. — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Mourir.

(Rigaud, 1881) : Manger ; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.

(Rigaud, 1881) : Dépenser. — Avoir tout claqué, avoir tout dépensé.

(Boutmy, 1883) : v. intr. Mourir. Ce mot n’est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l’attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu’aux faubourgs.

(La Rue, 1894) : Mourir.

(La Rue, 1894) : Vendre.

(Virmaître, 1894) : Donner une claque sur la figure ou sur le contraire. Synonyme de gifle. Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Mourir. Allusion à un objet qui claque, qui casse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mourir. Il est bien malade : il va claquer.

(Hayard, 1907) : Mourir.

Claquer du bec

(Virmaître, 1894) : Avoir faim et ne rien avoir à se mettre sous la dent. La faim donne la fièvre, les dents claquent (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Jeûner. Ne pas avoir de quoi déjeuner.

(Hayard, 1907) : Avoir faim.

Claques (figure à)

(Larchey, 1865) : Figure qu’on souffletterait volontiers.

Oui, ces figures a claques, nous les caresserons.

Cogniart, 1831.

Claquet

(d’Hautel, 1808) : La langue lui bat comme un claquet à moulin. Se dit d’un babillard, d’un homme qui parle continuellement à tort et à travers.

Claquette

(Rigaud, 1881) : Bavard.

Claqueurs

(Virmaître, 1894) : Applaudisseurs à gages (Argot du peuple). V. Romains.

Clarinette

(d’Hautel, 1808) : Pour dire fusil.
Prendre la clarinette de cinq pieds. Signifie se faire soldat ; entrer au service militaire ; s’enrôler.

(un détenu, 1846) : Fusil.

(Larchey, 1865) : Fusil de munition. — V. Agrafer, Toile.

Quant au fantassin, il est obligé de porter un fusil de quatorze livres, aimable clarinette de cinq pieds.

Vidal, 1833.

(La Rue, 1894) : Fusil.

Clarinette de cinq pieds

(Delvau, 1867) : s. f. Fusil, — dans l’argot des soldats.

(Merlin, 1888) : Fusil.

Clarinette, Clarinette de six pieds

(Rigaud, 1881) : Fusil d’infanterie. — Jouer de la clarinette, se battre à coups de fusil, — dans le jargon des troupiers.

Nous allons être obligés de jouer un trio de clarinette.

(A. Camus.)

Clas clas

(d’Hautel, 1808) : Pour exprimer le bruit d’une bombe, d’un feu d’artifice ; etc.
Faire un grand clas clas. Faire beaucoup de bruit pour rien.

Classe

(d’Hautel, 1808) : Un fripon de la première classe. Pour dire un grand coquin, un fripon insigne.
On dit aussi, et dans le même sens, un fripon de la première volée.

Classe (être de la)

(Rigaud, 1881) : N’avoir plus qu’une année de service à faire, — dans le jargon des troupiers. (Bernadille.) — Ohé ! la classe, viens-tu payer un dur ?

Classe dirigeant (un)

(Rigaud, 1881) : C’est-à-dire une personne appartenant aux classes qui ont la prétention de diriger les autres, l’opposé du prolétariat.

V’là l’ carêm’ : le class’ dirigeant,
Qu’est él’vé dans les « bons principes »,
Va fair’ pénitence en n’ mangeant
Plus d’ pieds d’cochon truffés ni d’tripes.

(La Petite Lune, 1879.)

Claude

(d’Hautel, 1808) : Pour niais, gilles ; idiot, homme simple et crédule à l’excès.

(Rigaud, 1881) : Imbécile, — dans le Jargon des voyous.

Clavigner

(Halbert, 1849) : Vendanger.

Clavin

(Halbert, 1849) : Clou.

(Delvau, 1867) : s. m. Clou, — dans l’argot des voleurs, plus fidèles à l’étymologie (clavus) qu’à l’honnêteté.

(La Rue, 1894) : Vin. Clou.

(Hayard, 1907) : Clou.

Clavine

(Halbert, 1849) : Vigne.

Clavineur

(Halbert, 1849) : Vendangeur.

Clavinier

(Halbert, 1849) : Vignoble.

Clavins

(Virmaître, 1894) : Clous. Les voleurs ne connaissent pourtant guère le latin. Clavin vient de clavus (Argot des voleurs).

Clavins (des)

(Halbert, 1849) : Raisins.

Claviot

(d’Hautel, 1808) : Terme bas et populaire qui équivaut à expectoration, crachat ; flegme qui s’arrête dans la gorge.
Un gros claviot. Pour dire un crachat très-épais.<