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B

B

(d’Hautel, 1808) : Être marqué au B. Locution satirique qui signifie être bigle, borgne, bossu, bancal ou boiteux.
Les marqués au B sont tout bons on tout mauvais. Dicton populaire qui signifie que les gens ainsi disgraciés de la nature, ou possèdent de grandes qualités qui les font généralement estimer ; ou sont remplis de défauts qui les rendent insupportables.
Il ne sait ni A B. Pour il est d’une lourde ignorance.

B (marqué au)

(France, 1907) : On désigne ainsi toute personne atteinte d’une infirmité dont le nom commence par la deuxième lettre de l’alphabet : bancal, bancroche, bègue, boiteux, borgne, bossu. Une vieille superstition populaire attachait à ces disgrâces de la nature certaines fâcheuses influences… influences fâcheuses surtout pour ceux qui en sont atteints.

Baba

(Rigaud, 1881) : Pour ébahi, — dans le jargon du peuple ; en ôtant la première et les deux dernières lettres et doublant la syllabe BA.

(Rossignol, 1901) : Étonné, surpris, ne savoir quoi répondre.

Il était tellement épaté, qu’il en est resté baba.

(France, 1907) : Ébahi, stupéfait. Rester baba, rester bouche bée. Baba, en russe, veut dire vieille. Peut-être ce mot a-t-il été rapporté de la campagne de Russie, où les vieilles, sur leurs portes, regardaient d’un air ahuri passer nos soldats.

Donner du travail aux ouvriers, ce n’est pas bien difficile. Il suffirait, pour cela, d’une poussé de générosité, d’un élan du cœur, chez les marchands de paroles, là-bas, au bout du pont de la Concorde.
Vous m’objecterez que ce serait la première fois, depuis plus de vingt ans, qu’ils s’occuperaient sérieusement du pauvre monde et que nous en resterions tous baba.

(François Coppée.)

Babanquer

(Virmaître, 1894) : Vivre. Synonyme de bien banqueter (Argot des voleurs). N.

Babel

(d’Hautel, 1808) : C’est la tour de Babel. Se dit d’un ouvrage sans fin ; d’un lieu où règnent le désordre et la confusion.

Babillante

(un détenu, 1846) : Lettre.

Babillard

(d’Hautel, 1808) : Un babillard. Pour dire un livre, une lettre, un papier manuscrit ; en un mot, tout ce qui peut fournir à la lecture.

(anon., 1827) : Livre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Livre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Livre.

(Clémens, 1840) : Livre.

(M.D., 1844) : Du papier.

(Halbert, 1849) : Livre.

(Delvau, 1867) : s. m. Confesseur, — dans l’argot des voleurs. Ils donnent aussi ce nom à tout livre imprimé.

(Rigaud, 1881) : Journal. — Griffonneur de babillards, journaliste.

(La Rue, 1894) : Journal, Livre, Confesseur. Avocat. Placet. Lettre délibération. Griffonneur de babillards, journaliste.

(Virmaître, 1894) : Aumônier de prison. Allusion à ce qu’il babillarde sans cesse sans que son inlerloculeur lui réponde (Argot des voleurs). N.

(Virmaître, 1894) : Livre imprimé. On dit aussi : bavard (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Papier (à écrire).

(France, 1907) : Confesseur, avocat ; argot des voleurs. Livre, journal, placet.

Ma largue part pour Versailles ;
Aux pieds de sa Majesté,
Ell’ lui fonce un babillard
Pour me faire défourailler.

(Victor Hugo.)

Aumonier de prison.

La maçonnerie était épaisse ; il ne pouvait saisir aucun bruit. Mais il ne parlait plus jamais de ses deux amis ; et une fois que Sautreuil les avait nommés devant lui, il répondait d’un air gêné : — Le babillard veut que je leur pardonne… ne me causez plus d’eux.

(Hugues Le Roux, Les Larrons.)

Griffonneur de babillard, journaliste.

Babillard, llarde

(Larchey, 1865) : Livre, lettre — Babiller : Lire. — Comparaison d’une lecture au babillage d’une personne qui cause sans s’arrêter.

Ma largue part pour Versailles aux pieds de Sa Majesté ; elle lui fonce un babillard pour me faire défourailler.

Vidocq.

Babillard : Confesseur (Vidocq). — Allusion aux efforts persuasifs des aumôniers de prison vis-à-vis de leur troupeau.

Babillarde

(anon., 1827) : Lettre, épître.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Lettre, épître.

(Bras-de-Fer, 1829) : Lettre.

(Clémens, 1840) : Lettre.

(Halbert, 1849) : Lettre, épître.

(Delvau, 1867) : s. f. Montre.

(Rigaud, 1881) : Lettre.

(Rigaud, 1881) : Montre, pendule.

(La Rue, 1894) : Lettre. Montre.

(Virmaître, 1894) : Montre. Allusion à son tic-tac qui malgré sa monotonie babille et égaie la solitude (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Lettre.
— T’en fais du chi-chi dans la menteuse de babillarde (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Lettre.

Dans le courrier de ce matin, j’avais douze babillardes.

(Hayard, 1907) : Lettre.

(France, 1907) : Lettre, montre. Babillarde volante, télégramme.

Il y a à craindre que la petite ne s’y prenne maladroitement en trouvant la babillarde… qu’elle n’ai attiré l’attention soit des surveillantes, soit de ses voisines en déployant le fafiot.

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris.)

Babillarder

(Virmaître, 1894) : Écrire (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Écrire une lettre.

(France, 1907) : Écrire.

Babillardes (porteur de)

(France, 1907) : Facteur.

Babillardeur, babillardeuse

(France, 1907) : Écrivain, écrivaine.

Babillards

(Delvau, 1867) : s. f. Lettre. On dit aussi Babille.

Babillaudier

(Halbert, 1849) : Libraire.

(Delvau, 1867) : s. m. Libraire, vendeur de babillards.

(France, 1907) : Libraire.

Babille

(France, 1907) : Lettre.

Babiller

(Halbert, 1849) : Lire.

(Delvau, 1867) : v. a. Lire.

(France, 1907) : Lire.

Babilleur

(France, 1907) : Journal.

Babilleuse

(Hayard, 1907) : Bibliothèque.

Babilleuse (la)

(Virmaître, 1894) : Bibliothèque. Allusion aux livres babillards qu’elle contient (Argot des voleurs).

Babine

(d’Hautel, 1808) : Il s’en est torché les babines. Manière triviale d’exprimer que quelqu’un a mangé avec appétit et plaisir d’un mets quelconque.
Qu’il s’en torche les babines. Réponse dure et désobligeante que l’on fait en refusant une chose demandée pour quelqu’un, et qui signifie, qu’il s’en passe.

Babines

(Delvau, 1867) : s. f. pl. La bouche, — dans l’argot du peuple, pour qui sans doute l’homme n’est qu’un singe perfectionné. S’en donner par les babines. Manger abondamment et gloutonnement. S’en lécher les babines. Manifester le plaisir en parlant ou en entendant parler de quelque chose d’agréable, — bon dîner ou belle fille.

(France, 1907) : Bouche ; employé surtout dans ce sens : S’en lêcher les babines.

Babines (les)

(Delvau, 1864) : Les grandes lèvres de la nature de la femme.

Les deux babines un peu retroussées et colorées d’un rouge attrayant qui passe un peu au dehors entre les cuisses.

Mililot.

Babou

(France, 1907) : Grimace, mines plaisantes comme en fait la nourrice pour amuser son nourrisson. (A. Delvau.) Faire la babou, vieux mot trouvé dans Rabelais. Dans le patois béarnais, babou signifie croque-mitaine et se dit d’un homme fort laid. N’est-ce pas là d’où vient babouin, figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde ?

Baboue

(Delvau, 1867) : s. f. Grimace, mines plaisantes comme en fait la nourrice pour amuser le nourrisson. Faire la baboue. Faire la grimace.
L’expression se trouve dans Rabelais — et sur les lèvres du peuple.

Babouin

(d’Hautel, 1808) : Pour visage, bouche. Un petit babouin. Nom que Von donne à un enfant vif, espiègle, étourdi.
Ce mot est injurieux quand on l’adresse à un homme ; et équivaut à chaffouin, mal tourné, mal bâti. On donne aussi ce nom aux figures bizarres que les enfans et les vagabonds s’amusent à tracer sur les murs ; de là est venu le proverbe faire baiser le babouin à quelqu’un, pour dire l’humilier, le réduire à une honteuse obéissance ; .le soumettre entièrement à ses volontés.

(Rigaud, 1881) : Petit bouton qui vient sur les lèvres, après avoir bu dans un verre malpropre ou après quelqu’un de malsain ou simplement parce qu’on est malsain soi-même. — Chez beaucoup de femmes, signe précurseur de l’indisposition mensuelle. Vient du vieux mot français babou, jeu d’enfants qui consistait à faire la moue.

Babouin ou Baboua

(Delvau, 1867) : s. m. Petit bouton de fièvre ou de malpropreté, qui vient à la bouche, sur les babines.
Le babouin était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu’ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n’importe quoi. On comprend qu’à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres, — d’où, par suite d’un trope connu, le nom est passé de la cause à l’effet.

Babouine

(Rigaud, 1881) : Bouche. Babouiner, manger.

(France, 1907) : Bouche.

Babouiner

(d’Hautel, 1808) : Faire le plaisant ; le joli cœur ; employer son temps à des frivolités, à des niaiseries.

Bac

(d’Hautel, 1808) : Passer le bac ; la rue du bac. Voyez Acajou.

(Larchey, 1865) : Baccarat. — Abrév.

La musique n’arrivant pas, on a taillé un petit bac pour prendre patience.

A. Second.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Baccarat, — dans l’argot des petites dames. Tailler un petit bac. Faire une partie de baccarat.

(Rigaud, 1881) : Baccarat, nom d’un jeu de cartes.

Ce serait bien le diable s’il parvenait à organiser de petits bacs à la raffinerie.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(France, 1907) : Apocope de baccara. Faire une partie de bac ou simplement faire un bac.

Baccante

(Virmaître, 1894) : Barbe, favoris. Il en est qui écrivent : bacchantes, c’est l’orthographe que je donne qui est la bonne. Pour favoris, on dit aussi : côtetettes (Argot des voleurs). N.

Bacchanal

(d’Hautel, 1808) : Faire bacchanal. Crier, tempêter faire tapage ; se laisser aller à l’emportement et à la colère.

(Delvau, 1867) : s. m. Vacarme, tapage fait le plus souvent dans les cabarets, lieux consacrés à Bacchus. Argot du peuple.

(France, 1907) : Tapage ; des anciennes fêtes de Bacchus, où le peuple s’enivrait.

Bacchantes

(France, 1907) : Favoris, bacchantes savonnées, favoris blancs.

— Chouette, le birbe aux bacchantes savonnées ! Avec sa « crotte de pie » (pièce de cinquante centimes), j’vas acheter du flan à ma gonzesse, et me payer un crapulos !

(Dubut de Laforest.)

Bacchantes (les)

(Rigaud, 1881) : La barbe et principalement les favoris, — dans le jargon des voleurs. (Rien des prêtresses de Bacchus.) C’est un jeu de mots un peu forcé sur bâche et dont a été formé bacchantes ; mot à mot : celles qui couvrent.

(La Rue, 1894) : Les favoris, la barbe.

Baccon

(anon., 1827) : Pourceau.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Cochon.

(Bras-de-Fer, 1829) : Pourceau.

(Delvau, 1867) : s. m. Porc, — dans l’argot des voleurs. Bacon, lard, dans le vieux langage.

(Virmaître, 1894) : Cochon (Argot des voleurs).

Bacelle

(France, 1907) : Jeune fille ; corruption de pucelle, du latin puelle ; patois des provinces de l’est.

Bachasse

(Halbert, 1849) : Galère.

(Larchey, 1865) : Galère. — Augmentatif de bac : bateau.

En bachasse tu pégrenneras jusqu’au jour du décarement.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. Travaux forcés. Même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Travaux forcés, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Travaux forcés.

(France, 1907) : Travaux forcés. Abréviation de basses-chasses, allusion aux châssis bas desquels sortaient les avirons des anciens rameurs de galères. (Lorédan Larchey.)

Bache

(Virmaître, 1894) : Casquette. Elle abrite la tête comme la bâche les voitures (Argot des voleurs).

Bâche

(Rigaud, 1881) : Casquette. Elle couvre la tête comme la bâche couvre la marchandise.

(Rigaud, 1881) : Enjeu, — dans l’ancien argot des Grecs. — Faire les bâches, bachotter, établir des paris entre compères dans le but d’exploiter des dupes. Allusion à la grosse toile nommée bâche qui sert à garantir une marchandise. La bâche garantit le floueur contre les mauvaises chances du jeu.

(Rigaud, 1881) : Drap, — dans le jargon des troupiers, qui ne couchent pas précisément dans de la batiste. — Se bâcher, se mettre dans la bâche, se coucher.

(La Rue, 1894) : Casquette. Enjeu. Faire les bâches, bâchotter, se dit de grecs qui simulent entre eux des paris dans le but de tromper des dupes.

(Rossignol, 1901) : Casquette.

(Hayard, 1907) : Casquette.

(France, 1907) : Casquette ; argot des voleurs.

Bachelière

(Delvau, 1867) : s. f. Femme du quartier latin, juste assez savante pour conduire un bachot en Seine — et non en Sorbonne.

Bacher

(Virmaître, 1894) : Se coucher (Argot des voleurs).

Bâcher

(Rossignol, 1901) : Se coucher. — Il est tard, je vais me bâcher.

(Hayard, 1907) : Se coucher.

(France, 1907) : Dormir. Se bâcher, se coucher, c’est-à-dire se fourrer sous la bâche ; argot des voleurs. Se dit aussi pour loger : Je bâche rue Mouffetard.

Bâcher (se)

(La Rue, 1894) : Se coucher, dormir.

Baches

(France, 1907) : Voir Bachotteur.

Bachi-bozouks ou Bachi-bouzoucks

(France, 1907) : Troupe irrégulière et indisciplinée ; argot militaire, importé du turc, pendant la guerre de Crimée, où 4.000 Bachi-bouzouks se mirent à la solde de la France, et autant à celle de l’Angleterre.

Bachi-bouzouk, en turc, cela veut dire tête folle, et l’expression ne paraitra pas trop dure à quiconque aura connu ces hordes barbares.

(Vicomte de Noé, Souvenirs de la guerre d’Orient.)

Bachique

(d’Hautel, 1808) : Qui appartient à Bacchus. Le peuple applique ce mot à tout ce qui lui paroit bizarre, grotesque, ou extraordinaire. Ainsi pour exprimer qu’un homme est original, fou, ridicule, il dit qu’Il est bachique. Et de quelque chose qui prête à la risée, C’est bachique.

Bacho

(Rigaud, 1881) : Baccalauréat. — Bachelier. — Passer son bacho, passer son baccalauréat. — Piocher son bacho, travailler à son baccalauréat.

Bachot

(d’Hautel, 1808) : Terme patois usité à Paris parmi les passeurs d’eau, pour dire un méchant petit bateau.

(Larchey, 1865) : Cette abréviation de bachelier désigne à la fois le bachelier, l’aspirant bachelier, l’examen du baccalauréat et enfin la pension spéciale où on se prépare à cet examen. V. Les Institutions de Paris. Bachotteur : Grec chargé du rôle de compère dans une partie de billard à quatre. Il règle la partie, tient les enjeux ou baches et paraît couvrir la dupe de sa protection. Les deux autres grecs sont l’emporteur chargé de lier conversation avec la dupe pour l’amener dans les filets de ses compagnons et la bête qui fait exprès de perdre au début pour l’allécher (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Baccalauréat, — dans l’argot des collégiens.

(France, 1907) : Abréviation de baccalauréat.

Bachoteur

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris. Batelier qui ne sait pas bien son métier, qui conduit mal un bateau.

Bachotier

(Delvau, 1867) : s. m. Préparateur au baccalauréat.

(Rigaud, 1881) : Préparateur au baccalauréat.

(France, 1907) : Préparateur au baccalauréat.

Bachotter

(Delvau, 1867) : v. n. Parier pour ou contre un joueur. Argot des grecs. On dit aussi Faire les bâches.

(France, 1907) : Escroquer au billard.

Bachotteur

(Delvau, 1867) : s. f. Filou « chargé du deuxième rôle dans une partie jouée ordinairement au billard. C’est lui qui arrange la partie, qui tient les enjeux et va chercher de l’argent lorsque la dupe, après avoir vidé ses poches, a perdu sur parole ». V. Bête et Emporteur.

(Rigaud, 1881) : Grec, floueur. — Dans une partie de cartes ou de billard, le bachotteur remplit le rôle de compère. Il flatte la dupe, la conseille et contribue à la faire plumer.

(France, 1907) : « Filou chargé du rôle de compère dans une partie de billard à quatre. Il règle la partie, tient les enjeux ou baches, et paraît couvrir la dupe de sa protection. Les deux autres grecs sont l’emporteur, chargé de lier conversation, et la bête, qui fait exprès de perdre au début pour l’allécher. » (Vidocq.)

Bacler

(Halbert, 1849) : Fermer.

(Larchey, 1865) : Fermer (Vidocq) — (Vieux mot). V. Roquefort.

(Virmaître, 1894) : Faire vite, à la hâte une chose qui demanderait à être soignée. Un maire pressé bacle un mariage, un médecin bacle un pansement, un auteur dramatique bacle une pièce. Mot à mot bacler : se dépêcher (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire vite une chose qui demanderait des soins.

Bâcler

(d’Hautel, 1808) : Son affaire sera bientôt bâclée. Pour, sera bientôt expédiée, promptement conclue.
C’est une affaire bâclée. C’est-à-dire terminée, conclue.
Bâcler la lourde. Terme d’argot ; signifie fermer la porte.

(anon., 1827) : Fermer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fermer.

(un détenu, 1846) : Faire quelque chose.

(Delvau, 1867) : v. a. Fermer, — dans l’argot des voleurs, qui se servent là d’un vieux mot de la langue des honnêtes gens. On dit aussi Boucler.

(France, 1907) : Faire une chose hâtivement et sans soin. Bâcler l’ouvrage.

Bâcler, boucler

(France, 1907) : Enfermer, arrêter ; vieux mot français.

Bacon

(France, 1907) : Cochon ; vieux français passé dans la langue anglaise, bacon, lard, et encore usité dans l’Est.

Bacon ou baccon

(Halbert, 1849) : Porc.

Bacreuse

(Rigaud, 1881) : Poche, — dans le jargon des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Poche.

(France, 1907) : Poche.

Badaud

(d’Hautel, 1808) : Niais, dandin, nigaud, hébété.
Les badauds de Paris. Sobriquet injurieux que l’on donne aux Parisiens à cause de leur frivolité ; et de la surprise qu’ils témoignent sur les choses les moins dignes de fixer l’attention.
Si les Parisiens, hors de leur ville, passent pour badauds aux yeux des étrangers, combien ceux-ci ne le paroissent-ils pas davantage aux Parisiens, en arrivant dans la grande ville ?

Badaud de Paris

(France, 1907) : Niais qui s’amuse de tout, s’arrête à tout, comme s’il n’avait jamais rien vu.
Un jésuite du siècle dernier, le père Labbe, dit que cette expression de badaud vient peut-être de ce que les Parisiens ont été battus au dos par les Normands, à moins qu’elle ne dérive de l’ancienne porte de Bandage ou Badage. Il faut avoir la manie des étymologies pour en trouver d’aussi ridicules.
Celle que donne Littré et qu’il a prise de Voltaire est plus vraisemblable. Badaud vient du provençal badau (niaiserie), dérivé lui-même du mot latin badare (bâiller). Le badaud, en effet, est celui qui ouvre la bouche en regardant niaisement, comme s’il bâillait, qui baye aux corneilles, enfin.
Mais pourquoi gratifier les Parisiens de cette spécialité ? C’est qu’à Paris, comme dans toute grande ville, une foule d’oisifs cherchent sans cesse des sujets de distraction et s’arrêtent aux moindres vétilles. « Car le peuple de Paris, dit Rabelais, est tant sot, tant badault, et tant inepte de nature, qu’un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vieilleux au milieu d’un carrefour assemblera plus de gents que ne feroit un bon prescheur évangélicque. »
Et plus loin : « Tout le monde sortit hors pour le voir (Pantagruel) comme vous savez bien que le peuple de Paris est sot par nature, par béquarre et par bémol, et le regardoient en grand ébahissement… »
Avant lui, les proverbes en rimes du XVIIe siècle disent déjà :

Testes longues, enfans de Paris
Ou tous sots ou grands esprits.

Ces badauds prétendus de Paris sont surtout des campagnards et des gens de province. Le badaud se trouve partout où affluent les étrangers, aussi bien à Londres qu’à Rome et à Berlin.
Corneille dit :

Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés… Il y croit des badauds autant et plus qu’ailleurs.

Et Voltaire :

Et la vieille badaude, au fond de son quartier,
Dans ses voisins badauds vois l’univers entier.

Et enfin Béranger :

L’espoir qui le domine,
C’est, chez un vieux portier,
De parler de la Chine
Aux badauds du quartier.

(Jean de Paris.)

Toute grande ville a sa collection d’imbéciles, car il ne suffit pas à un idiot de Quimper-Corentin ou de Pézenas de vivre à Paris pour devenir spirituel : sa bêtise, au contraire, ne s’y étale que mieux.

Badauder

(d’Hautel, 1808) : Niaiser, s’amuser constamment à des choses frivoles ; s’extasier sur tout.

Badauderie

(d’Hautel, 1808) : Niaiserie, nigauderie, sottise.

Badaudière

(France, 1907) : Paris, ville des badauds.

Parmi tous les badauds de la grande badaudière parisienne, qui est le pays du monde où l’on en trouve le plus, parmi les flâneurs gâcheurs de temps…

(Jean Richepin.)

Badeloris, badeur

(d’Hautel, 1808) : Synonymes de Badaud.

Bader

(d’Hautel, 1808) : Syncope de Badauder, dont ce mot a toutes les acceptions.

Baderne

(La Rue, 1894) : Vieil imbécile.

(France, 1907) : Cette épithète est généralement adressée aux anciens militaires retraités. Une baderne, en termes de marine, est un paillasson fait de vieux cordages.

Badigeon

(Delvau, 1867) : s. m. Maquillage du visage, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Fard. — C’est le pigmentum de Pline, le fucus de Cicéron. — Se coller du badigeon, se farder.

(France, 1907) : Fard dont se couvrent le visage la plupart des femmes qui hâtent ainsi

…Des ans l’irréparable outrage.

Badigeonner

(Rigaud, 1881) : Mettre du fard. C’est ce que Racine appelle :

Réparer des ans l’irréparable outrage.

Se badigeonner, se farder.

(France, 1907) : Se maquiller. Badigeonner la femme au puits, mentir, c’est-à-dire farder la vérité qui sort du puits ; argot des voleurs.

Badigeonner (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se maquiller pour paraître plus jeune.

Badigeonner la femme au puits

(Rigaud, 1881) : Mentir. Mot à mot : farder la vérité au moyen d’un coup de badigeon. La femme au puits, c’est la vérité, — dans le jargon des voleurs qui se sont quelque peu frottés au mur de la littérature.

(Virmaître, 1894) : Farder la vérité. On sait que la vérité sort nue d’un puits ; la badigeonner c’est mentir (Argot des voleurs).

Badigeonner la femme du puits

(La Rue, 1894) : Mentir.

Badigeonner une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, — en employant le blaireau et la peinture à la colle que l’on sait.

Je veux qu’on me paye, moi ! je veux qu’on me badigeonne, moi ! et que l’on me donne des gants.

Lemercier de Neuville.

Badigoince

(Rigaud, 1881) : Joue. — Se caler les badigoinces, manger.

Badigoinces

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les lèvres, la bouche, — dans l’argot du peuple qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Rabelais. Jouer des badigoinces. Manger ou boire.

(France, 1907) : Les lèvres, la bouche et certaines parties secrètes de la femme. Jouer des badigoinces, manger ; argot populaire.

Badinage

(Delvau, 1864) : (que l’on peut prononcer à l’allemande : patinage.) Ce n’est pas autre chose que la préface de la fouterie elle-même :

Cessez ce badinage, Henri, ou je sonne pour appeler mes gens, et vous faire jeter à la porte.

Ponson.

Rions, plaisantons, badinons, mais n’allons pas plus loin.

Henry Monnier.

On fut obligé de la marier plus tôt qu’on ne pensait, parce qu’en badinant avec son accordé, elle devint grosse.

Tallemant de Réaux.

Nanon surtout, et c’était grand dommage,
N’avait encor tâté du badinage.

Grécourt.

Il se servit de l’heure du berger.
Et commençait l’amoureux badinage.

La Fontaine.

De notre amoureux badinage
Ne gardez pas le témoignage,
Vous me feriez trop de jaloux.

Parny.

Badines

(Rigaud, 1881) : Jambes.

Un gros terrier, sortant d’une porte cochère, avait voulu lui boulotter les badines.

(La Petite Lune, 1879.)

Badingateux

(Fustier, 1889) : Terme de mépris employé par les adversaires du régime impérial pour désigner un partisan de ce régime.

Solde de vestes. On prend mesure ; blouses blanches pour braillards, gueulards, badingateux…

(Temps, 1881.)

Badinguet

(France, 1907) : Sobriquet donné à Napoléon III, du nom du maçon qui le fit évader de sa prison du château de Ham. On dit aussi Badingue. Le petit Badingue et son père Badinguet,

À deux sous tout l’paquet !
L’père et la mèr’ Badingue,
À deux sous tout l’paquet !
Le petit Badinguet !

(Chanson faite après Sedan.)

Badinguet, Badingue

(Rigaud, 1881) : Sobriquet donné à Louis Napoléon. Il paraît que c’était le nom du maçon sous les habits duquel le prince s’évada du fort de Ham.

Ce fut dans cet accoutrement qu’il traversa trois cours, des haies de soldats, des groupes de geôliers et de maçons. Au moment de sortir, il avait excité la curiosité assez inquiète de deux de ces derniers, qui paraissaient étonnés de ne pas le connaître, quand l’un d’eux dit à l’autre : Non, ce n’est pas Berton, c’est Badinguet. Et c’est de là qu’est venu ce nom depuis si populaire.

(Ph. Audebrand, Illustration du 1er septembre 1877.)

Badinguiste

(Rigaud, 1881) : Terme de mépris dont se servent les ennemis du régime impérial pour désigner un partisan de Napoléon III, quand ils ont l’aménité de ne pas lui donner du « badingouin, du badingueusard ou du badin-goinfre. »

Le 4 septembre ne fut-il pas pour les badingoinfres, la plus inespérée des solutions.

(G. Guillemot, le Mot d’Ordre du 5 septembre 1877.)

Badinguiste, badingoin, badingueusard, badingouinard

(France, 1907) : Termes de mépris appliqués aux bonapartistes. On dit aussi Badingateux.

Badouillard

(Larchey, 1865) : « Pour être badouillard, il fallait passer trois ou quatre nuits au bal, déjeuner toute la journée et courir en costume de masque dans tous les cafés du quartier latin jusqu’à minuit. »

Privat d’Anglemont.

Badouiller : Faire le badouillard. Badouillerie : Art de badouiller.

La Badouillerie est la mort des sociétés de tempérance.

1844, Cat. poissard.

(Delvau, 1867) : s. m. Coureur de bals masqués, — dans l’argot des étudiants du temps de Louis-Philippe. Le type a disparu, mais le mot est resté.

(Rigaud, 1881) : Viveur, épicurien, ami des plaisirs, de la bonne chère et des bals publics. Le Badouillard, une des nombreuses incarnations du Bousingot, s’est épanoui de 1840 à 1860. La société des Badouillards fut, dans le principe, composée d’étudiants. Pour faire partie de cette société, il fallait subir honorablement certaines épreuves. Il y avait celle du dîner, de l’ingurgitation du Champagne, du punch et des liqueurs fortes, de l’engueulement, du duel, des nuits passées, du bal. Celui qui sortait triomphant de cette série d’épreuves, dont la santé et souvent la raison étaient les enjeux, celui-là était proclamé : « Badouillard. »

Le foyer de l’Opéra était envahi par une multitude de charmants cureurs d’égouts, de délicieux badouillards.

(Musée Philipon, les bals masqués.)

Grande charte des badouillards. Art. 2. — Tout badouillard qui ne sera pas ivre en entrant au bal, sera privé de ses droits civils.

(Physiologie du Carnaval, 1842.)

Badouillard, badouillarde

(France, 1907) : Habitué des bals masqués ; argot des étudiants du temps de Louis-Philippe.

Pour être badouillard, il fallait passer trois ou nuits au bal, déjeuner toute la journée et courir en costume de masque dans tous les cafés du quartier Latin jusqu’à minuit.

(Privat d’Anglemont.)

Badouillarde

(Rigaud, 1881) : Femelle du badouillard.

Toute badouillarde devra prouver à la société que, des pieds à la tête, elle ne possède aucune infirmité.

(Physiologie du Carnaval, 1842.)

Badouille

(Delvau, 1867) : s. f. Homme qui se laisse mener par sa femme. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Homme qui, dans son ménage, ne porte culotte que nominalement.

(France, 1907) : Homme sans volonté, chauffe-la-couche.

Badouiller

(Delvau, 1867) : v. n. Courir les bals, faire la noce.

(Rigaud, 1881) : Courir les bals publics, les lieux de débauche, dans le jargon des viveurs d’il y a trente ans.

(France, 1907) : Courir les bastringues.

Badouillerie

(Delvau, 1867) : s. f. Vie libertine et tapageuse.

(France, 1907) : Vie dissipée et tapageuse.

Baffre

(Delvau, 1867) : s. f. Coup de poing sur la figure. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Soufflet. — Coller une baffre, donner un soufflet.

(La Rue, 1894) : Coup. Soufflet.

(Virmaître, 1894) : Un coup de poing sur la figure. Dans le peuple, cette expression est remplacée par celle-ci :
— Je vais te coller un pain sur la gueule.
— Je vais le fourrer une bègne que tu n’en verras que du feu (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Gifle.

Il m’a tellement fait de niches que je lui ai flanqué des baffres.

Bâffre

(Hayard, 1907) : Gifle, coup.

Baffrer

(Halbert, 1849) : Manger.

(Virmaître, 1894) : Manger avec une grande avidité (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Gifler.

— Si tu ne restes pas tranquille, je vais te baffrer.

Celui qui mange goulûment baffre, c’est un baffreur.

Bâffrer

(Hayard, 1907) : Manger goulûment.

Bafouillage

(Fustier, 1889) : Conversation sans suite, confuse, incohérente. À vrai dire, ce mot rentre plus dans le langage trivial que dans l’argot ; toutefois comme les dictionnaires spéciaux ont jusqu’ici enregistré bafouiller et bafouilleur, j’ai pensé que bafouillage avait également droit d’asile.

J’ai entendu nombre de phrases sans suite, d’exclamations vides, de bafouillages incohérents.

(Écho de Paris, mai 1884).

Bafouiller

(Rigaud, 1881) : Bredouiller.

(Virmaître, 1894) : S’embarquer dans un discours et mélanger les phrases de façon à les rendre incompréhensibles. Vouloir faire le beau parleur et s’exprimer difficilement. Dans le peuple on appelle celui qui bafouille un bafouilleur et on lui offre un démêloir (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Rendre incompréhensible une conversation en s’exprimant difficilement. Un musicien bafouille lorsqu’il exécute mal un morceau de musique.

(Hayard, 1907) : S’embrouiller en parlant.

(France, 1907) : Bredouiller.

Bafouilleur

(Rigaud, 1881) : Bredouilleur. — Bafouilleuse, bredouilleuse.

(France, 1907) : Bredouilleur.

Bafre

(France, 1907) : Coup sur la face ; argot du peuple. Donner ou recevoir ou bafre.

Bâfre

(d’Hautel, 1808) : Bombance, ripaille ; repas copieux et abondant.
Il ne pense qu’à la bâfre. Se dit d’un gourmand, d’un homme qui ne respire que pour manger.

Bâfrer

(d’Hautel, 1808) : Faire grande chère ; faire vie qui dure.

(Delvau, 1867) : v. n. Manger.

(Fustier, 1889) : Manger.

C’était une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait comme quatre.

(Huysmans : À vau-l’eau.)

(France, 1907) : Manger gloutonnement ; « manger… chez les autres », dit le Dr Grégoire.

Quand les loups hurleurs
Attirés par leur fumets,
Les auront bâfrés.

(J. Richepin, La Chanson du sang.)

Bâfrerie

(Delvau, 1867) : s. f. Action de manger avec voracité ; repas copieux.

(France, 1907) : Action de manger gloutonnement.

Bâfreur

(d’Hautel, 1808) : Gourmand, glouton ; homme excessivement enclin aux plaisirs de la table.

Bagage

(d’Hautel, 1808) : Plier bagage. Proposition figurée qui signifie devenir vieux et caduc ; approcher du terme où il faut payer tribut à la nature.

Bagarre

(d’Hautel, 1808) : Confusion, erneute, attroupement tumultueux, occasionne par une querelle, une batterie ou un embarras quelconque.
Il s’est trouvé compris dans la bagarre. Signifie qu’un homme a été victime d’un désordre sans y avoir pris une part active.

Bagasse

(d’Hautel, 1808) : Une vieille bagasse. Au propre, guenille, prétintaille en lambeaux ; au figuré, épithète outrageante qui équivaut à Gourgandine, Coureuse, femme qui a passé sa jeunesse dans la débauche et la prostitution.

(Delvau, 1864) : Vieux mot pour désigner une putain :

…La plus grande bagasse de la ville.

Brantôme.

O Dieu ! que l’homme est malheureux qui épouse de telles chiennes et bagasses.

Tournebu.

Bagasse ou bajasse

(France, 1907) : Servante ou femme de mauvaise vie ; vieux mot. On disait aussi dans le même sens : bague, balances de boucher, bru, cagne, croupière, gueule, punaise, vache.

O Dieu ! que l’homme est malheureux qui épouse de telles chiennes et bagasses.

(Tournebu.)

Et la bajasse tost accort
À sa dame que le clerc tint.

(Anciens fabliaux.)

Florinde a bien la mise de ces ficheuses qui ressemblent aux balances d’un boucher qui pèsent toutes sortes de viande.

(La Comédie de chansons.)

Je suis nommée la vieille bru,
De toutes les autres brus, gouvernante.

(Farces et moralités.)

Cette maraude, cette coigne
Enamoura l’abbé, mon frère.

(Jodelle.)

Lise, cette insigne punaise,
Me fait montre de ses ducats.

(Le Cabinet satyrique.)

Bagatelle

(d’Hautel, 1808) : S’amuser à la bagatelle. Donner son temps & des choses frivoles, ne penser qu’a la dissipation et aux plaisirs.
Il ne faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Voyez Amuser.

(La Rue, 1894) : Amour.

(Rossignol, 1901) : La femme honnête n’aime pas son mari uniquement pour la bagatelle.

(France, 1907) : Une affaire de canapé, ainsi que le disait Napoléon, en parlant de l’amour. Être porté sur la bagatelle, aimer à rendre le devoir amoureux aux dames.

Enfin, dernier tableau, une almée et sont danseur jouèrent la pantomime de la Bagatelle (sic). Impossible de décrire l’enthousiasme des assistants indigènes à ce spectacle.

(Alfred Lecomte.)

Elle ne croyait pas à l’amour
Et très tard resta demoiselle,
Quand, d’un galant, notre donzelle
Accepta la main un beau jour.
Elle prisa fort la bagatelle
Et révéla une ardeur telle
Que le pauvre diable en est mort !
N’éveillons pas le chat qui dort.

Bagatelle (faire la)

(Virmaître, 1894) : Faire l’amour. Quand la maquilleuse de brèmes tire les cartes à une jeune fille et que l’as de pique sort, elle lui annonce qu’elle fera la bagatelle (Argot des filles).

Bagatelle (la)

(Delvau, 1864) : Le plaisir vénérien, la plus sérieuse des occupations de l’espèce humaine. — L’expression appartient à l’argot des filles qui, elles, n’attachent aucune importance à l’amour.

Si j’effleure, dit-elle,
L’asphalte du trottoir,
C’est pour la bagatelle :
Entrez dans mon boudoir.

A. Montémont.

(Rigaud, 1881) : Sacrifice à Vénus. — Faire la bagatelle, sacrifier à Vénus.

Bagatelles de la porte (s’amuser aux)

(France, 1907) : Perdre son temps à des niaiseries, baguenauder, comme ceux qui s’arrêtent devant les parades de saltimbanques appelées par eux Bagatelles de la porte.

Bagne du prolétariat

(France, 1907) : Atelier ou usine ; argot des ouvriers.

Bagnenaudes

(Virmaître, 1894) : Poches. Expression usitée chez les marbriers, surtout les samedis avant la paye.
— J’ai dix ronds qui se baladent dans mes baguenaudes, les mettons-nous dans le commerce ? (chez le mastroquet voisin) (Argot du peuple).

Bagnole

(Delvau, 1867) : s. f. Chapeau de femme, de forme ridicule, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas que les bagnoles, avant de mériter son mépris, avaient mérité l’admiration des dames de Paris en 1722.

(Rigaud, 1881) : Petite chambre malpropre.

(La Rue, 1894) : Mauvaise voiture. Chambre malpropre.

(Virmaître, 1894) : Bouge, masure. Se dit également d’une vieille voiture qui gémit sur ses ressorts rouillés et cahote le voyageur (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Vieille voiture.

(France, 1907) : Diminutif de bagne ; petite chambre malpropre, taudis. Se dit aussi pour voiture à bras.

La maigre salade que les bonnes femmes poussent devant elles dans leur bagnole à bras.

(Jean Richepin.)

On appelait, au siècle dernier, bagnole un chapeau de femme qui fut très en mode en 1722.

Bagnolle

(Fustier, 1889) : Mauvaise voiture.

(Rossignol, 1901) : Voiture de place.

Bagof, bête-à-chagrin

(La Rue, 1894) : Revolver.

Bagotier

(Rossignol, 1901) : Celui qui suit les voitures chargées de bagages de la gare à destination, dans l’espoir qu’on lui fera monter les colis à domicile.

(Hayard, 1907) : Homme qui courre après les fiacres pour monter les malles.

(France, 1907) : Voir Pisteur.

Bagou

(Larchey, 1865) : « Ce mot, qui désignait autrefois l’esprit de répartie stéréotypée, a été détrôné par le mot blague. »

Balzac.

Bagou, Bague : Nom propre (Vidocq). Du vieux mot bagouler : parler. V. Lacombe.

(Rigaud, 1881) : Facilité d’élocution pour ne rien dire, éloquence factice qui en impose aux sots. Les charlatans ont du bagou, soit qu’ils parlent sur la place publique, soit qu’ils débitent leurs boniments du haut d’une tribune. Le bagou n’est que la fausse monnaie du véritable esprit de repartie. Il a été détrôné par sa sœur la blague.

(La Rue, 1894) : Bavardage plein de hardiesse et d’effronterie.

(France, 1907) : Bavardage, platine. La belle avait un fameux bagou.

Bagou ou Bagout

(Delvau, 1867) : s. m. Bavardage de femme ; faux esprit. Argot des gens de lettres et du peuple.
Dans l’argot du peuple, Avoir du bagout équivaut à n’avoir pas sa langue dans sa poche.

Bagou, Bague

(Rigaud, 1881) : Nom propre, dans le jargon des voleurs.

Bagoul

(Halbert, 1849) : Nom.

(Delvau, 1867) : s. m. Nom, — dans l’argot des voleurs.

Bagoulard

(Delvau, 1867) : s. m. Bavard.

(France, 1907) : Bavard.

Bagouler

(Halbert, 1849) : Nommer.

(France, 1907) : Bavarder.

Bague

(d’Hautel, 1808) : C’est une bague au doigt. Se dit d’une propriété que l’on a acquise, qui ne nécessite aucune dépense, et dont on peut se défaire avantageusement en toute occasion.

(Delvau, 1864) : On se sert quelquefois de ce mot pour désigner les parties naturelles de la femme :

Il s’en alla chercher une place éloignée
Pour enfiler la bague et rembourrer le bas
De celle qu’il avait choisie pour ses ébats.

Théophile.

Carvel, j’ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague et ne la lâches ;
Car tandis qu’au doigt tu l’auras,
Ce que tu crains point ne sera.

La Fontaine.

…Du chevalier s’est accusée, qui, comme l’autre, l’avait bien baguée.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

(Delvau, 1867) : s. f. Nom propre, — dans le même argot [des voleurs], par allusion à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

(France, 1907) : Nom propre, argot des voleurs, par allusion, dit Delvau, à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

Baguenaude

(Delvau, 1867) : s. f. Poche, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui y laissent quelquefois flâner de l’argent.

(Rigaud, 1881) : Poche. — Baguenaude à sec, poche vide. — Baguenaude ronflante, poche garnie d’argent.

(La Rue, 1894) : Poche. Baguenaude ronflante, poche pleine d’argent.

(Hayard, 1907) : Poche.

(France, 1907) : Poche ; du fruit du baguenaudier, qui est une gousse pleine de graisse. Baguenaude à sec, poche vide ; — ronflante, poche garnie d’argent. Faire la retourne des baguenaudes, fouiller les poches.

Baguenauder

(d’Hautel, 1808) : Au propre, aller à la recherche des baguenaudes, pour s’amuser à les faire claquer. Au figuré, niaiser, badauder, perdre son temps à des bibus, à des riens.

(Delvau, 1867) : v. n. Flâner, vagabonder, — les mains dans les poches. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Se promener, flâner, paresser, — dans le jargon des voyous. C’est-à-dire avoir les mains dans les baguenaudes, dans les poches.

(Virmaître, 1894) : Flâner, errer par les chemins sans avoir un but déterminé. Être longtemps sans ouvrage (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Flâner.

(France, 1907) : Flâner.

Baguenaudes

(Rossignol, 1901) : Les poches.

Les baguenaudes de mon sérouel sont déglinguées, j’ai paumé un linvé.

Baguenaudier

(d’Hautel, 1808) : Au propre, l’arbuste qui, produit les baguenaudes, gousses remplies d’air que les enfans s’amusent à faire claquer en les pressant entre leurs doigts. Métaphoriquement, homme oisif, musard et paresseux.

Baguenotte

(France, 1907) : Portefeuille.

Baguette

(d’Hautel, 1808) : Faire aller quelqu’un à la baguette. Le commander impérieusement ; se faire obéir en souverain.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, avec lequel on mène les femmes qui ne sont pas sages en frappant sur leur ventre comme sur un tambour.

Dans un coin ell’ tient les baguettes
Des deux tambours du régiment.

Béranger.

Baguette du fourrier

(Merlin, 1888) : Le galon d’or qu’il porte au haut du bras. Est-ce pour cela que lorsqu’il n’est que brigadier, on le traite volontiers de tambour ?

Baguette est cassée (la)

(Fustier, 1889) : Cette expression a remplacé le Zut au berger. (V. Delvau.)

Baguettes de tambour

(France, 1907) : Jambes maigres. Avaler ses baguettes, mourir.

Bahut

(d’Hautel, 1808) : Un petit bahut. Nom que l’on donne par raillerie à un homme court et trapu ; à un bambin.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, dans laquelle l’homme serre — pour un instant — sa pine, comme chose précieuse.

Dans son bahut je flottais bien au large.

(Chanson anonyme moderne.)

(Larchey, 1865) : Institution académique.

Je te croyais au bahut Rabourdon. Jamais j’aurais pensé qu’t’étais devenu potache. Et Furet, as-tu de ses nouvelles ? en v’là un bahuteur. Il a fait la moitié des bahuts au Marais et une douzaine au moins dans la banlieue.

Les Institutions de Paris, 1858.

Quelques fils de famille disent, par extension : le bahut paternel, en parlant du logis de leurs auteurs. Bahut spécial : École de Saint-Cyr.

L’École de Saint-Cyr ! j’ai le bonheur d’être admis à ce bahut spécial.

La Cassagne.

Bahuter : Faire tapage. Terme propre aux élèves de Saint-Cyr. Pour eux, « ceci est bahuté » veut dire aussi : « Ceci a le chic troupier. » Bahuteur : Tapageur.

Cette écorce rude et sauvage qui allait au bahuteur de Saint-Cyr.

La Barre.

Vient du vieux mot bahutier.

Quand un homme fait plus de bruit que de besogne, on dit qu’il fait comme les bahutiers. Car en effet les bahutiers, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles avant que d’en cogner un autre.

(Delvau, 1867) : s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.

(Delvau, 1867) : s. m. Collège, — dans l’argot des collégiens. Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d’aller. Bahut spécial. Saint-Cyr.

(Rigaud, 1881) : École, pensionnat, — dans le jargon des écoliers. — École de Saint-Cyr.

On est heureux en sortant du bahut d’avoir sa chambre, son ordonnance, son cheval.

(Vte Richard, Les Femmes des autres, 1880.)

(Rigaud, 1881) : Mobilier. — Bazarder tout le bahut, vendre tout le mobilier.

(La Rue, 1894) : École. Mobilier.

(France, 1907) : Pension, collège.

J’ai gardé bien des souvenirs du bahut, quelques-uns agréables et joyeux, un plus grand nombre, je ne dirai pas mauvais, mais mêlés d’amertume et souvent d’un certain étonnement sur la façon dont on entendait — je parle, hélas ! de plus d’une demi-douzaine de lustres — l’éducation de la jeunesse militaire.

(Hector France, Souvenirs du Prytanée.)

Bahut spécial

(France, 1907) : École spéciale militaire de Saint-Cyr.

Bahuté (être)

(France, 1907) : Être élégant, bien tourné, avoir du chic, dans le sens militaire ; argot de Saint-Cyr et du Prytanée de La Flèche.

Bahutée (tenue)

(Rigaud, 1881) : Tenue très soignée, tenue élégante, — dans le jargon des troupiers.

Bahuter

(Delvau, 1867) : v. n. Faire du vacarme, — dans l’argot des Saint-Cyriens.

(Rigaud, 1881) : Faire du tapage. Au XVIIe siècle, ce mot signifiait faire plus de bruit que de besogne, par allusion aux ouvriers bahuteurs ou layetiers, « lesquels, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles, avant d’en cogner un autre. ».

(Ch. Nisard, Parisianismes.)

(France, 1907) : Faire du vacarme ; même argot que le précédent [de Saint-Cyr et du Prytanée de La Flèche].

Bahuter la pine (se)

(Delvau, 1864) : Masturber, ou bander fortement.

Car nos coursiers, par l’odeur excités,
Au grand galop se bahutaient la pine
Et tour à tour inondaient les pavés.

Anonyme.

Bahuteur

(Delvau, 1867) : s. m. Tapageur. Se dit aussi d’un élève qui change souvent de pension.

(Rigaud, 1881) : Écolier turbulent, mauvais écolier que l’on change souvent de pension.

Bahuteur, euse

(France, 1907) : Élève qui aime le bruit et le désordre, tapageur. Se dit aussi d’un élève qui passe d’une pension à l’autre.

Bahutier

(d’Hautel, 1808) : Il ressemble aux bahutiers, il fait plus de bruit que de besogne. Se dit d’un homme brouillon et turbulent ; d’un hâbleur qui fait beaucoup de bruit et très-peu d’ouvrage, ainsi que le pratiquent ordinairement les gens de ce métier.

Baigne dans le beurre

(La Rue, 1894) : Souteneur.

(Virmaître, 1894) : On sait que le maquereau maître d’hôtel est appelé par les ménagères : la mort au beurre. Rothschild aussi baigne dans le beurre, mais par la richesse (Argot du peuple).

(France, 1907) : Souteneur, par allusion au maquereau que l’on fait cuire généralement dans du beurre.

Baigne-dans-le-beurre

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux scombéroïdes du trottoir.

(Rigaud, 1881) : Souteneur de filles. Allusion au beurre dont le maquereau est friand, à ce que prétendent les gourmets.

Baigneur

(d’Hautel, 1808) : Nom que les bourgeoises de Paris donnent à leur coiffeur.

Baigneuse

(anon., 1827) : Tête.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tête.

(Halbert, 1849) : Tête.

(Larchey, 1865) : Chapeau de femme (Vidocq). — Du nom d’une coiffure à la mode vers la fin du siècle dernier.

(Delvau, 1867) : s. f. La tête, — dans l’argot des voleurs, qui se lavent et à qui on lave plus souvent la tête que le reste du corps.

(Delvau, 1867) : s. f. Chapeau de femme, — dans le même argot [des voleurs] qui a conservé des reflets de l’argot de la mode au XVIIIe siècle. Baigneuse ou bagnole, c’était tout un.

(France, 1907) : Chapeau de femme.

Baignoire à bon Dieu

(Delvau, 1867) : s. f. Calice, — dans l’argot des voyous.

Baignoire à bon dieu

(Virmaître, 1894) : Le calice. Cette figure peint bien l’hostie consacrée baignant dans le saint-ciboire (Argot des voleurs).

Baignoire à bon Dieu

(France, 1907) : Le calice.

Baignoire à Bon-Dieu

(Rigaud, 1881) : Calice.

Baillaffe

(Clémens, 1840) : Pistolet.

Baillement

(d’Hautel, 1808) : Ce que l’on appelle plaisamment Gambade d’oreiller. Voyez Gambade.

Bailler

(d’Hautel, 1808) : Vous nous la baillez belle. Pour vous moquez-vous de nous ? quel conte nous faites- vous là ?
En bailler d’une. Mentir, bourder, débiter des gasconnades et des fagots ; surprendre la bonne foi de quelqu’un.

Bâiller

(d’Hautel, 1808) : Bâiller après quelqu’un, c’est signe qu’on l’aime. Dicton chimérique sous le rapport moral.

Bailler au tableau

(Rigaud, 1881) : « Terme de coulisses qui s’applique à un acteur, qui voit au tableau la mise en répétition d’une pièce dans laquelle il n’a qu’un bout de rôle. »

(A. Bouchard, La Langue théâtrale, 1878.)

(France, 1907) : Se dit, en argot des coulisses, d’un acteur qui, n’ayant qu’un rôle insignifiant dans une pièce, a tout le loisir de bailler devant les tableaux.

Bailler le colas (faire)

(France, 1907) : Couper le coup à quelqu’un, argot des voleurs : colas pour cou.

Bailler une cotte rouge à une fille

(France, 1907) : Lui prendre sa virginité. Cette expression, qui date du XVIe siècle, s’est conservée dans quelques provinces. Bailler une cotte verte, c’était jeter une fille sur l’herbe.

Jaques au lieu de bailler la cotte verte à s’amie, luy bailla la cotte rouge.

(Heptaméron.)

Dans le patois d’Auvergne, on dit d’une fille séduite : O toumbat un fer. La paysanne dépucelée, honteuse et croyant que tous l’observent, a en effet l’allure fausse d’un cheval qui a perdu un fer.

Bâilleur

(d’Hautel, 1808) : Un bon bâilleur en fait bâiller deux. Pour dire que l’on bâille en voyant bâiller quelqu’un.

Baillive

(Rigaud, 1881) : Nom donné anciennement à une maîtresse de maison de filles. Les variantes de l’époque étaient : Supérieure, maman, abbesse, maquerelle. La dernière a surnagé jusqu’à nous.

Bain (aller au)

(La Rue, 1894) : Se promener.

Bain (prendre un)

(Rigaud, 1881) : Boire beaucoup, — dans le jargon des ivrognes. C’est un amarre que j’attends pour aller prendre un bain. Nous avons pris un fameux bain.

Bain de pied

(Larchey, 1865) : Excédent de liquide versé à dessein dans une tasse ou dans un verre ; il déborde et fait prendre au récipient un bain de pied dans la soucoupe.

(Delvau, 1867) : s. m. Excédent de café ou d’eau-de-vie retenu par la soucoupe ou dans le plateau qu’on place par précaution sous chaque demi-tasse ou sous chaque petit verre. Il y a des gens qui boivent cela.

(France, 1907) : « Excédent de liquide versé pour faire bonne mesure ; il déborde et fait prendre à la tasse ou au verre un bain de pied dans la soucoupe. De là le mot. » (Lorédan Larchey). — « Il y a des gens qui boivent cela », ajoute Delvau.
Prendre un bain de pied se dit, dans l’argot des voleurs, pour condamné à la déportation.

Bain qui chauffe

(Delvau, 1867) : s. m. Nuage qui menace de crever quand il fait beau temps et que le soleil est ardent.

(Rigaud, 1881) : Soleil ardent qui sera suivi de pluie.

(France, 1907) : Nuage qui menace de fondre en pluie, tandis que le soleil est ardent.

Bain-de-pied

(Rigaud, 1881) : Excédant qui tombe d’un petit verre de liqueur dans la soucoupe. — Excédent de café qui inonde la soucoupe. — Une demi-tasse, sans bain-de-pied.

Bain-Marie

(Delvau, 1867) : s. m. Personne d’un caractère ou d’un tempérament tiède. Argot du peuple.

Bain-marie

(France, 1907) : Personne tiède, sans tempérament et, par suite, généralement vertueuse.

Baisé

(Hayard, 1907) : Dupé.

Baise-cul

(d’Hautel, 1808) : Terme ignoble et de mépris. Homme vil et rampant, à qui aucune bassesse ne coûte pour en venir à ses fins.

Baise-mains

(d’Hautel, 1808) : Faire quelque chose à belles baise-mains. C’est-à-dire, avec facilité, avec aisance.
Prendre quelque choses à belles baise-mains. C’est recevoir avec empressement et soumission ce que l’on nous donne.

Baiser

(d’Hautel, 1808) : Baiser le cul de la vieille. Signifie en terme de jeu, ne pas prendre un point dans toute la partie ; et en terme de commerce, ne pas étrenner de la journée.
Il devroit baiser les pas par où elle passe. Se dit d’un homme ingrat, qui cherche à dénigrer une personne à laquelle il a de grandes obligations.
Baiser à la pincette. C’est pincer avec les doigts les deux joues de la personne que l’on veut embrasser sur la bouche ; ce que les enfans appellent Baiser à la godinette.

(Delvau, 1864) : Verbe excessivement actif, que l’humanité passa son temps à conjuguer depuis le premier jour du monde, et qu’Adam et Ève savaient dans tous ses modes avant les conseils libertins du serpent. C’est le to leacher des Anglais, le far l’atto venereo des Italiens et le basiare des latins. — Quant à son étymologie, elle est d’une clarté éblouissante même pour un aveugle. Agnès la devinerait. Baiser, verbe, vient de Baiser, substantif, car la conjonction d’en haut précède toujours la conjonction d’en bas, et il est impossible à une femme dont les petites lèvres ont été touchées par une bouche, de ne pas laisser toucher ses grandes lèvres par une pine. De ceci vient cela, dirait Hugo.

…Et l’homme marié
Baise tout simplement, quand il peut, sa moitié.

Protat.

…Le galant, en effet,
Crut que par là baiserait la commère.

La Fontaine.

Parbleu, qu’un autre la baise.
J’aime mieux baiser mes sœurs.

Collé.

Chaud de boisson, certain docteur en droit,
Voulant un jour baiser sa chambrière,
Fourbit très bien d’abord le bon endroit.

Piron.

Baiser (quelqu’un)

(Hayard, 1907) : Le tromper.

Baiser (se faire)

(Rigaud, 1881) : Se laisser tromper grossièrement, se laisser voler. — Être baisé, être trompé, avoir le dessous dans une affaire d’amour, dans une affaire quelconque, dans une partie de jeu. « — Capitaine ! — Commandant ? — Vous allez faire la partie de la colonelle ; attention ! pas de blagues, pas de mots risqués. — Ayez pas peur… je veux que le tonnerre de N. D. D. m’emporte si… » On joue : Le capitaine (annonçant :) — « Le roi, (entre ses dents :) un foutu gueux. » — La colonelle : « La dame de pique. » — Le capitaine : « Je lui fends le c… (d’une voix de stentor :) atout, ratatout, le poil de mes… moustaches et je prends tout… vous êtes baisée, ma petite mère. »

Baiser à blanc

(Delvau, 1864) : Se branler, — ce qui est une façon de baiser sans femme, quand on est homme, sans homme quand on est femme.

Baiser à l’œil

(Delvau, 1864) : Ne rien payer pour jouir d’une femme galante, comme font les greluchons.

Quand on est jeune on doit baiser à l’œil ;
À soixante ans la chose est chère et rare ;
Aux pauvres vieux l’amour devient avare.

(Chanson d’étudiants.)

Baiser à la florentine

(Delvau, 1864) : Se dit de deux amants qui, en se donnant l’un à l’autre des baisers sur la bouche, se lancent tour à tour de petits coups de langue, pour s’émoustiller mutuellement et jouir en avancement d’hoirie.

Baiser à la papa

(Delvau, 1864) : Bourgeoisement, patriarcalement, comme M. Joseph Prudhomme baise madame Prudhomme, elle sur le dos, et lui sur elle.

Baiser à vit sec

(Delvau, 1864) : Ne pas décharger dans la matrice de la femme, qui, à cause des enfants ou seulement par goût particulier, préfère manger le poisson sans la sauce.

Ainsi, femme qui dit que le vit sec est bon
Voudrait ôter la sauce et le sel au jambon,
Ce qu’il est de plus doux en toute la nature
Et qui donne la vie à toute créature.

Mililot.

Baiser en épicier

(Delvau, 1864) : Faire l’amour purement et simplement, comme un devoir, comme une presque corvée, — et non pas en levrette, non pas à la paresseuse, non pas de cette façon ou de cette autre, inventée par les savants et surtout par les savantes, mais à la mode patriarcale : la femme dessous et l’homme dessus.

Quel moyen puis-je employer
Pour plaire à mon Antoinette ?
Je la baise en épicier…
Le bougre lui fait minette.

Gustave Nadaud.

Baiser en pigeon

(Delvau, 1864) : Faire une langue, comme fut baisée — d’abord — la Vierge Marie.

Elle me baisa en pigeonne, la langue en bouche.

Brantôme.

Baiser la camarde

(Halbert, 1849) : Mourir.

(France, 1907) : Mourir. (Tony Révillon.)

Baiser Lamourette

(France, 1907) : Réconciliation de peu de durée.

Un baiser historique célèbre et dont le souvenir fait sourire à tort, c’est le baiser Lamourette.
L’Assemblée législative de 1792 était divisée. Des députés, les uns voulaient la paix, les autres la guerre. Un parti soutenait la constitution monarchique, un autre parti essayait de la renverser pour rétablir la République.
Cependant les armées ennemies allaient passer la frontière, entrer en France.
Devant ce cri : « La patrie est en danger ! » Les discordes civiles devraient-elles continuer à troubler les discussions de l’Assemblée ? Une pensée commune ne devrait-elle pas réunir tous les citoyens ?
Un brave homme, l’abbé Lamourette, monta à la tribune et fit un appel à la conciliation.
— Jurons de n’avoir qu’un seul esprit, qu’un seul sentiment ! Jurons-nous fraternité éternelle ! Que l’ennemi sache que ce que nous voulons, nous le voulons tous, et la patrie est sauvée !
À ces mots, un souffle d’enthousiasme passa sur l’Assemblée. Les députés des opinions les plus opposées se jetèrent dans les bras les uns des autres. Il n’y eut plus ni droite ni gauche, mais des hommes confondus, échangeant un baiser fraternel. Ce ne fut qu’une trêve dans la guerre implacable entre l’ancien régime et le nouveau ; et pourtant le baiser Lamourette s’impose à l’histoire par sa grandeur, car il représente, dans la Révolution, la tolérance philosophique : des hommes épris du bien, combattant pour le triomphe de leurs idées sans cesser de s’aimer, oubliant, à un moment donné, leurs querelles dans l’élan d’un sentiment de justice et d’amour.

Baiser le cul de la vieille

(Delvau, 1867) : v. a. Ne pas faire un seul point. Argot des joueurs.

(Rigaud, 1881) : Ne pas marquer un seul point dans une partie de cartes.

(Virmaître, 1894) : Joueur déveinard qui perd la partie sans marquer un point. Dans le peuple on dit aussi : passer sous la table (Argot du peuple).

(France, 1907) : Ne pas faire un point ; argot des joueurs.

Baiser ou foutre à couillons rabattus, ou comme un dieu

(Delvau, 1864) : Avec énergie, sans songer au mari que l’on cocufie ni aux enfants que l’on procrée, — comme tous les hommes voudraient bien pouvoir foutre, et comme toutes les femmes voudraient bien être foutues.

Et maintenant, gonzesse, que je t’ai foutue à couillons rabattus, comme tu n’es pas foutue d’être foutue jamais de ta garce de vie…..

Lemercier de Neuville.

Les hommes, lorsqu’ils ont foutu
À double couillon rabattu,
Se lavent dans une terrine.

Dumoulin-Darcy.

Madame Durut, sentant les approches du suprême bonheur, se livre au transport, et, s’agitant à l’avenant, s’écrie : Foutre ! c’est trop de plaisir ! il fout comme un Dieu !

A. de Nerciat.

Baiser ou foutre à la dragonne ou en maçon

(Delvau, 1864) : Jouir d’une femme immédiatement, monter sur elle brutalement, sans préliminaires d’aucune sorte, ni caresses, ni langues, ni pelotage.

Baiser ou foutre à la paresseuse

(Delvau, 1864) : Se placer derrière une femme que l’on veut baiser, couché sur le côté comme elle, entrecroiser mutuellement les cuisses, insinuer doucement l’outil dans le trou qui l’attend, et besogner sans effort.

Celui dont la pine est mollasse, filandreuse,
Et lente à décharger, fout à la paresseuse.

Louis Protat.

Baiser ou foutre en aisselle

(Delvau, 1864) : Tirer un coup dans le pli formé par le dessous du bras et de l’épaule.

En aisselle, en tétons, le Turc met son braqmard.

Louis Protat.

Baiser ou foutre en cygne

(Delvau, 1864) : Baiser une femme à la façon de Jupiter Léda, à genoux et ses jambes sur les épaules.

Baiser ou foutre en levrette

(Delvau, 1864) : Baiser une femme in more — du prince de Canino.

En levrette est encore un moyen fort joli
Quand on a sous son ventre un cul ferme et poli.

Louis Protat.

Baiser ou foutre en tétons

(Delvau, 1864) : Décharger dans cette petite vallée formée par les deux tétons et qu’on peut rendre aussi étroite qu’on veut en les rapprochant avec les mains.

Baiser sur le pouce

(Delvau, 1864) : Tirer un coup précipitamment, là où l’on se trouve, sur une chaise, sur un meuble, sur une botte de paille, etc.

Je t’ai baisée sur le pouce, ça ne compte pas : nous recommencerons sur le lit, quand ton mari sera à son bureau.

Seigneurgens.

Baiseur

(d’Hautel, 1808) : Un grand baiseur. Flagorneur, homme faux et hypocrite, qui mangé de carresses celui dont il veut obtenir quelqu’ayantage, quelque faveur.

Baiseur, baiseuse

(Delvau, 1864) : Synonyme presque décent de Fouteur, fouteuse.

Je ne suis rien qu’un ivrogne,
Quoiqu’on m’estime baiseur.

(Parnasse des Muses)

Point d’éloges incomplets,
S’écriera cette brunette,
À moins de douze couplets,
Au diable une chansonnette !
Quoi ! douze, ou rien ? dit un sot.
Oui, c’est l’humeur de Margot
Nous t’en promettons treize :
Viens, Margot, viens qu’on te baise.

Béranger.

Baiseuses

(France, 1907) : Lèvres.

Baiseuses, balots

(La Rue, 1894) : Lèvres.

Baisotter

(d’Hautel, 1808) : Baiser continuellement quelqu’un, le flatter, le cajoler, lui faire de fréquentes courbettes pour en obtenir ce qu’on désire.

Baisser

(d’Hautel, 1808) : On diroit qu’il n’y a qu’à se baisser et en prendre. Se dit par reproche a quelqu’un qui dépense le bien d’autrui avec profusion, sans aucun ménagement ; ou pour faire entendre qu’une chose est plus difficile à acquérir quelle le paroît. On dit aussi, Il n’a qu’à se baisser et en prendre ; pour exprimer qu’une personne est dans l’abondance, que rien ne manque à ses plaisirs, qu’on fournit à toutes ses dépenses.
Il ne se hausse ni ne se baisse. Se-dit d’un homme flegmatique et indolent, sur la physionomie duquel on ne voit jamais l’impression de la joie ou de la tristesse, de la peur ou de la surprise, qui, en un mot, semble inaccessible à tout sentiment, à toute sensation humaine.

Baisser la tête

(Rigaud, 1881) : Perdre au jeu, être vaincu dans une partie de cartes. (Jargon des marins.) — Baisse la tête, tu as perdu.

Baisser une espace qui lève

(Virmaître, 1894) : Dans les ateliers de typographie, quand un camarade envoie chercher un litre par l’apprenti, il le met sous son rang — le prote n’aime pas que l’on boive pendant le travail ; — il verse une rasade et fait dire au copain qu’il veut régaler :
— Viens donc baisser une espace qui lève. Synonyme de lever le coude (Argot d’imprimerie). N.

Baissier, ière

(France, 1907) : Spéculateur qui joue à la baisse ; le contraire de haussier.

Baite

(France, 1907) : Maison ; argot des voleurs.

Un seul sentiment t’animera,
Celui de grinchir gourdement ;
Jorne et sorgue tu poisseras,
Boucart et baite chenument.

(Commandements des voleurs.)

Baïté

(Larchey, 1865) : Maison, équivalent de boîte (?).

Jorne et sorgue, tu poisseras boucart et baïte chenument.

Vidocq.

Bajaf

(Delvau, 1867) : s. m. Butor, gros homme qui, sous l’effort de la respiration, gonfle ses jaffes ou ses abajoues, comme on voudra. Le peuple dit aussi Gros bajaf.

(France, 1907) : Gros butor.

Bajoter

(Fustier, 1889) : Bavarder, jacasser.

(France, 1907) : Babiller, faire aller ses bajoues.

Bajoues

(Virmaître, 1894) : La face. Les voleurs emploient cette expression pour grimaces (Argot des voleurs).

Bal

(d’Hautel, 1808) : Donner le bal à quelqu’un. Pour dire le chapitrer, le gronder, lui faire danser les olivettes ; le châtier rudement.

(Rigaud, 1881) : Prison. — Poteaux de bal, amis de prison. Bal est l’apocope de ballon qui a la même signification en argot.

(Fustier, 1889) : Peloton de punition. Argot militaire.

(La Rue, 1894) : Prison.

(France, 1907) : Prison. Poteaux de bal, amis de prison. Aller au bal, aller au peloton de punition ; argot militaire. Mettre dans le bal, engager une dupe dans une partie pour la dépouiller. Donner le bal, donner des coups.

Bal (aller au)

(Merlin, 1888) : Le peloton de punition est peut-être, entre toutes, la peine la plus redoutée du troupier. Cela n’a, en effet, rien d’agréable de manœuvrer deux ou trois heures, sans arrêt aucun, en ayant la figure en plein vent ou en plein soleil, ou bien encore le nez cloué au mur ! Quand un homme puni se rend à cet exercice si cordialement détesté, — dérision amère ! — il va au bal.

Bal (donner le)

(Rigaud, 1881) : Donner une volée de coups.

Mme Angot : — Ouin, quand j’ t’aurons encore donné l’ bal.

(Le nouveau Vadé.)

(La Rue, 1894) : Donner des coups (ils font danser).

Baladage ou balladage (chanter au)

(France, 1907) : Chanteur ambulant.

Balade

(Delvau, 1867) : s. f. Promenade, flânerie dans l’argot des voyous. Faire une balade ou Se payer une balade. Se promener.

(Rigaud, 1881) : Promenade, flânerie.

Je m’aboule pour une balade.

(Huysmans, Les sœurs Vatard, 1879.)

Faire la balade, être en balade, se promener.

(Boutmy, 1883) : s. f. « Promenade, flânerie », dit Alfred Delvau. C’est vrai ; mais, pour les typographes, la balade est quelque chose de plus ; c’est une promenade au bout de laquelle il y a un déjeuner, un dîner, ou tout au moins un rafraîchissement ; c’est aussi la promenade au hasard et sans but déterminé ; mais il arrive presque toujours que l’un des baladeurs a une idée lumineuse et entraîne ses camarades dans quelque guinguette renommée.

(La Rue, 1894) : Promenade. Se balader.

Balade ou ballade

(France, 1907) : Promenade ; argot populaire. Faire ou se payer une balade, se promener.

Va, mon vieux, pouss’ toi d’la ballade
En attendant l’jour d’aujourd’hui ;
Va donc, y a qu’quand on est malade
Qu’on a besoin d’pioncer la nuit.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Balader

(un détenu, 1846) : Promener, flâner.

(Delvau, 1867) : v. a. Choisir, chercher. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Choisir, chercher, — dans le jargon des voleurs.

(Rossignol, 1901) : Promener.

Où vas-tu ? — Tu vois, je vais me balader.

Balader (se)

(Larchey, 1865) : Flâner. — Diminutif du vieux mot baler : se divertir, se remuer. V. Roquefort.

Je suis venu me balader sur le trottoir où j’attends Millie.

Monselet.

Balader : Choisir, chercher (Vidocq). — Même racine. Le choix comporte toujours un déplacement. Baladeuse : Coureuse.

Elle t’a trahi sans te trahir. C’est une baladeuse, et voilà tout.

Nerval.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Marcher sans but ; flâner ; et, par extension s’en aller de quelque part, s’enfuir.

(Boutmy, 1883) : v. pr. Flâner, se promener sans but déterminé.

Balader ou ballader (se)

(France, 1907) : Flâner ; du vieux mot baler, se divertir.

Quand a’ s’balladait, sous l’ciel bleu,
Avec ces ch’veux couleur de feu,
On croyait voir eune auréole
À Batignolles.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

S’emploie aussi comme verbe actif :

De son métier i’ faisait rien,
Dans l’jour i’ balladait son chien,
La nuit i’ rinçait la cuvette.

(Ibid.)

Balader, se balader

(Rigaud, 1881) : Marcher, se promener. Ce mot avait, il y a quelques années, le sens de ne rien faire, se croiser les bras. Autrefois on appelait baladinages les danses du peuple.

Baladeur

(un détenu, 1846) : Flâneur, rôdeur.

(Delvau, 1867) : s. m. Flâneur.

(Rigaud, 1881) : Flâneur. — Baladeuse, coureuse de plaisirs.

(Boutmy, 1883) : adj. Qui aime à se balader, à faire une balade.

Baladeur, baladeuse

(France, 1907) : Gens qui préfèrent la fainéantise et la promenade au travail.

Baladeuse

(Delvau, 1864) : Fille de mauvaise vie, — par allusion à la boutique roulante des marchandes des quatre saisons.

Elle t’a trahi sans te trahir. C’est une baladeuse, et voilà tout.

Gérard De Nerval.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme qui préfère l’oisiveté au travail et se faire suivre que se faire respecter.
Se dit aussi de la marchande des rues et de sa boutique roulante.

(Rigaud, 1881) : Voiture de bimbelotier forain. (L. Larchey)

Balai

(d’Hautel, 1808) : Faire le balai neuf. Cette façon de parler n’est guères usitée qu’en parlant d’un domestique qui en entrant dans une nouvelle condition, fait tous ses efforts, les premiers jours, pour contenter son maître.
On dit par menace à un subordonné contre lequel on est en colère, que s’Il ne se retire, on lui donnera du manche à balai sur les épaules.
Il a rôti le balai.
Locution équivoque pour faire entendre qu’un homme a passé sa jeunesse dans la dissipation et la débauche.
Rôtir le balai. Signifie aussi mener une vie obscure et indigente.

(Larchey, 1865) : Gendarme (Vidocq). — On appelle de même raclette une ronde de police ; elle racle les gens que la gendarmerie balaie.

(Delvau, 1867) : s. m. Agent de police, — dans l’argot des petits marchands ambulants.

(Rigaud, 1881) : Dernier omnibus qui rentre au dépôt, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. Ils appellent l’avant-dernière voiture : le manche.

(Rigaud, 1881) : Gendarme, agent de police, — dans le jargon des camelots et des marchands ambulants.

(La Rue, 1894) : Gendarme.

(France, 1907) : Agent de police. Ils balayent en effet la chaussée des petits marchands ambulants et des groupes qui gênent la circulation. Donner du balai, mettre quelqu’un à la porte. « Le général Boulanger était considéré comme le balai qui devait débarrasser la France de la bande des tripoteurs opportunistes. »

Balai de l’estomac

(Rigaud, 1881) : Épinard.

(France, 1907) : Les épinards, dans l’argot du peuple.

Balai de l’estomac (le)

(Delvau, 1867) : Les épinards, — dans l’argot du peuple, qui connaît aussi bien que les médecins la vertu détersive de la Spinacia oleracea.

Balai neuf (faire)

(Rigaud, 1881) : Être rempli de zèle ; bien faire son service ; contenter ses maîtres les premiers jours, — en parlant d’un nouveau domestique.

Balancé

(Virmaître, 1894) : Être renvoyé de sa place.
— J’ai balancé ma femme elle était par trop rasante (Argot du peuple). N.

Balancé (être)

(Hayard, 1907) : Renvoyé d’une place.

Balance de boucher

(Delvau, 1864) : Fille publique, — parce qu’elle pèse toutes sortes de viandes, des quéquettes de jouvenceaux, des courtes de maçons, des pines d’Auvergnats et des vits de maquereaux.

Balancement

(Delvau, 1867) : s. m. Renvoi, congé, — dans l’argot des employés.

(France, 1907) : Renvoi ; argot des employés.

Balancer

(Bras-de-Fer, 1829) : Remuer.

(Clémens, 1840) : Jeter, refuser.

(M.D., 1844) : Renvoyer.

(M.D., 1844) : Jeter.

(un détenu, 1846) : Chasser, renvoyer d’un emploi.

(Larchey, 1865) : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.

Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.

Monselet.

Je l’envoie à la balançoire.

Id.

On dit aussi exbalancer :

Je vais les payer et les exbalancer à la porte.

Vidal, 1833.

Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :

Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.

Hilpert.

Balançoire : mensonge, conte en l’air.

Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.

P. de Kock.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.

(Rigaud, 1881) : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.

Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.

(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras.)

(Rossignol, 1901) : Voir balanstiquer.

(France, 1907) : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.

Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.

(Règles de la chasse aux hommes.)

Balancer la tinette

(Delvau, 1867) : Vider le baquet-latrine, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Vider le baquet aux excréments, — dans le jargon des troupiers. — Quitter un endroit, vider les lieux, jeu de mots facile à saisir.

Balancer le chiffon rouge

(Rigaud, 1881) : Parler. Le chiffon rouge figure la langue. Allusion de couleur. Mot à mot : lancer la langue.

(La Rue, 1894) : Parler.

Balancer le chinois (se)

(Delvau, 1864) : Jouer avec son membre pour jouir, le faire dodeliner de la tête, comme un poussah, jusqu’à ce que, l’érection arrivant, il se tienne roide comme la justice et pleure silencieusement toutes les larmes de son œil unique.

(Rigaud, 1881) : Se livrer à l’onanisme.

Balancer les châssis

(Rigaud, 1881) : Regarder de tous les côtés, jeter les yeux à droite et à gauche, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Regarder vivement de tous les côtés, par ex. en faisant le guet.

(France, 1907) : Faire le guet, avoir l’œil.

Balancer quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Le faire aller, se moquer de lui. Argot des faubouriens.

Balancer sa canne

(Delvau, 1867) : v. a. De vagabond devenir voleur, — ce qui est une manière comme une autre de franchir le Rubicon qui sépare l’honneur du vice.
Signifie aussi Rompre son ban, s’évader.

(Rigaud, 1881) : Passer du vagabondage au vol.

(La Rue, 1894) : Passer du vagabondage au vol. C’est le Rubicon du vagabond.

(France, 1907) : Se transformer de simple vagabond en voleur. Signifie aussi rompre son ban.

Balancer sa largue

(Delvau, 1864) : Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des filles et des maquereaux.

(Delvau, 1867) : v. a. Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des voleurs.

(France, 1907) : Renvoyer sa maîtresse, argot des voleurs ; — ses alènes, devenir honnête homme, se ranger ; — ses châsses, regarder à droite et à gauche.

Balancer ses alênes

(Delvau, 1867) : v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d’honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d’assassin.

(Virmaître, 1894) : Quitter le métier de voleur. Deux escarpes sont embusquées au coin d’une rue ; de loin, ils voient passer un garçon de recettes, une lourde sacoche sur l’épaule. — Quel dommage, dit l’un, que l’on ne puissse effaroucher son pognon. Je balancerai mes alênes et j’irai vivre honnête dans mon patelin (Argot des voleurs).

Balancer ses chasses

(Delvau, 1867) : v. a. Regarder ça et là, distraitement. Argot des voyous.

Balancer ses halènes

(Rigaud, 1881) : Se retirer du commerce du vol. Mot à mot : jeter ses halènes, ses outils.

Balancer son chiffon rouge

(France, 1907) : Parler ; — une lazagne, envoyer une lettre.

Balancer son rondin

(Virmaître, 1894) : Aller au cabinet. Allusion à la forme ronde des excréments (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Aller à la selle.

Balancer un homme

(Delvau, 1864) : Le quitter, soit parce qu’il ne vous donne pas assez d’argent, soit parce qu’il vous ennuie.

Toujours d’avance exigeras
Qu’il fasse tinter son argent ;
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.

(Parnasse satyrique.)

Balancer une femme

(Delvau, 1864) : La renvoyer comme Abraham Agar, soit parce qu’elle devient gênante, soit parce qu’elle est trop libertine.

Elle m’a traité de mufle. — Alors, il faut la balancer.

Charles Monselet.

Balanceur de braise

(Rigaud, 1881) : Changeur.

(Virmaître, 1894) : Changeur. Allusion à l’argent qui ne fait que passer par ses mains, il le balance aussi facilement qu’il le reçoit (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Changeur ; allusion aux balances de ces industriels.

Balanceur de lazagne

(Virmaître, 1894) : Écrire une lettre d’une prison et l’adresser à quelqu’un (Argot des voleurs). V. Arcasineur.

Balanceur de tinettes

(Virmaître, 1894) : Auxiliaires des prisons qui vident les tinettes. Quand elles sont pleines de rnouscaille, elles sont lourdes ; ils impriment un balancement pour les vider : Une, deux et trois. C’est fait. Les troupiers disent : Passer la jambe à Jules. Quand la tinette déborde un loustic s’écrie :
— Prenez-la par les oreilles.
Dans le peuple on dit : Passer la jambe à Thomas (Argot du peuple).

Balancier (faire le)

(France, 1907) : Attendre quelqu’un.

Balançoir

(France, 1907) : Barreau de fenêtre ; argot des voleurs.

Balançoir, balançon

(Larchey, 1865) : Barreau de fenêtre (Vidocq). — Est-ce parce que les prisonniers s’y cramponnent parfois en se balançant ?

Balançoire

(Delvau, 1867) : s. f. Charge de bon ou de mauvais goût, — dans l’argot des coulisses et du peuple. Envoyer à la balançoire. Se débarrasser de quelqu’un qui ennuie ou qui gêne.

(Rigaud, 1881) : Mensonge, mystification.

Tout est ici balançoire ou ficelle.
Sages Mentors, ne vous en offensez ;
Depuis le haut, jusqu’au bas de l’échelle,
Nous balançons ou sommes balancés.

(Les Balançoires de la jeunesse, 1861.)

Envoyer à la balançoire, envoyer au diable.

(France, 1907) : Mystification, mensonge, conte à dormir debout. Envoyer quelqu’un à la balançoire, se débarrasser de lui.

Balançoires

(Delvau, 1864) : Simagrées que fait une fille qui ne veut pas être baisée, mais qui veut bien être payée ; promesses de jouissances qu’elle fait au miché racolé par elle.

Car je connais ces balançoires,
Je suis roublard,
Et j’ pourrais écrir’ les mémoires
Du lupanar.

Lemercier de Neuville.

Balançon

(Delvau, 1867) : s. m. Marteau de fer, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Marteau de fer, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Marteau de fer.

(Virmaître, 1894) : Marteau. Pour frapper vigoureusement il faut balancer son marteau par le manche (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Marteau.

(France, 1907) : Marteau de fer.

Balançons en dure

(Clémens, 1840) : Barreau en fer.

Balandrin

(Delvau, 1867) : s. m. Paquet recouvert d’une toile ; petite balle portative, dans l’argot du peuple, qui se souvient du balandras que portaient ses pères.

(Rigaud, 1881) : Balle de colporteur.

(France, 1907) : Paquet recouvert de toile.

Balanstiquer

(Virmaître, 1894) : Jeter. C’est une amplification de balancer : se débarrasser de quelque chose qui gène, ou d’une personne dont on a assez (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Jeter, se débarrasser d’une chose dont on ne veut pas ou plus. On balanstique sa maîtresse ; on balanstique un vieux chapeau.

(Hayard, 1907) : Chasser, jeter.

Balarou

(Rossignol, 1901) : Nom donné aux cochers de fiacre.

Balauder

(Halbert, 1849) : Mendier.

(Delvau, 1867) : v. n. Mendier, — dans l’argot des prisons.

(France, 1907) : Mendier.

Balayage

(France, 1907) : Nettoyage, élimination.

Balayé

(Virmaître, 1894) : On balaye une foule à coups de canon. On balaye des ouvriers qui ne font pas l’affaire du patron. On balaye la femme quand elle devient par trop gênante. Balayé : synonyme de nettoyage (Argot du peuple). N.

Balayer

(d’Hautel, 1808) : Il ne semble pas qu’on ait balayé cette chambre, car les plus grosses ordures s’y trouvent encore. Manière facétieuse et incivile de parler, pour donner à entendre que les personnes qui sont dans le lieu que l’on a balayé, son elles-mêmes d’une grande mal-propreté.

(Rossignol, 1901) : Renvoyer.

Il est l’heure de fermer la boutique, Il faut balayer les clients.

Balayer les planches

(Rigaud, 1881) : Jouer dans une pièce qui sert de lever de rideau, — dans le jargon des comédiens.

Ayez donc du talent… pour balayer les planches.

(Ed. Brisebarre et Eug. Nus, La Route de Brest, acte IV, scène 1.)

(France, 1907) : Chanter le premier dans un concert, argot des coulisses ; — le trottoir, marcher en laissant traîner sa robe.

Balayer ses enfants

(Delvau, 1864) : Enlever avec un balai ou avec un torchon les gouttes de sperme qu’on a laissées tomber sur le parquet en se branlant ou en baisant une femme sur une chaise.

Balayeuse

(Rigaud, 1881) : Jupe à traîne dont la mode a suivi celle des crinolines. Fausse jupe garnie de dentelles et cousue après la robe, mode de 1876-1879.

(Rigaud, 1881) : Femme qui porte une longue jupe de robe dont elle balaie le pavé. On les a aussi appelées : « La joie des balayeurs. »

(France, 1907) : Longue queue de robe qui ramasse tous les crachats du trottoir.
L’intelligente personne qui traîne ce balai est également appelée balayeuse.

Balcon

(France, 1907) : Même signification que avant-scènes. Il y a quelqu’un au balcon, c’est-à-dire, il y a de la chair étalée dans les goussets du corset.

Balcon (avoir du monde au)

(Virmaître, 1894) : Femme qui possède des seins volumineux (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Balcon (faire le)

(Delvau, 1864) : Moyen ingénieux employé par les filles pour faire savoir à leurs abonnés qu’elles sont visibles : — il leur suffit de mettre au balcon une chaise sur laquelle sera déposée une chemise ou une jupe commencée… puis de retirer le tout quand le client est entré.

Je vous dis que vous faites la fenêtre ; on vous a vue au balcon.
— Ah ! M. le commissaire, comme on vous a trompé : je ne vais jamais à ce bal là.

J. Ch.

Balcon (il y a du monde au)

(Rigaud, 1881) : Locution qui sert à désigner une femme avantagée sous le rapport de la gorge.

Balconnier

(Rigaud, 1881) : Orateur qui parle du haut d’un balcon à une foule plus ou moins en délire ; vocable dont, pendant quelque temps, ont abusé les adversaires politiques de M. Gambetta pour le désigner.

Balconnière

(Rigaud, 1881) : Demoiselle sans préjugés qui, du haut de sa fenêtre, appelle le client.

Baleine

(Rigaud, 1881) : Lame, vague de la mer.

Veux-tu fermer la bouche, braillard, lui dit Simon, ou tu avaleras la première baleine qui tombera à bord.

(E. Sue, Atar-Gull, 1832.)

(Fustier, 1889) : Femme de mauvaise vie.

(France, 1907) : Prostituée. Se dit aussi pour braillard. Rire comme une baleine, rire à gorge déployée et d’une façon ridicule.

Baleine (rire comme une)

(Rigaud, 1881) : Rire à gorge déployée, en montrant une large bouche.

Balgentiaquois

(France, 1907) : Habitant de Beaugency.

Balinstringuer

(France, 1907) : Jeter de haut en bas, d’une fenêtre ou d’un mur. Assassiner. Réunion fantaisiste des deux verbes balancer et dinguer.

Balinstriquer

(Fustier, 1889) : Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner.

Tu sais, lui avait-il dit, j’ai fait un sale coup, j’ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c’est ma tête qui est à couper.

(Gazette des Tribunaux, septembre 1884.)

(La Rue, 1894) : Assassiner. Jeter de haut.

Baliverne

(La Rue, 1894) : Écuelle. Salade.

Baliverner

(d’Hautel, 1808) : Dire ou conter des balivernes ; se jouer de quelqu’un, le berner ; donner son temps à des occupations vaines et frivoles ; niaiser, badauder.

Baliverneur

(Delvau, 1867) : s. m. Diseur de riens, de balivernes. Argot du peuple.

Ballabile

(Rigaud, 1881) : Art de mettre en scène des masses chorégraphiques, et d’en composer la figuration.

Perrot était de première force sur le ballabile.

(Ch. de Boigne.)

Ballade, Goguette balladeuse

(Rigaud, 1881) : « C’est la chanson courant de salle en salle, sans domicile fixe, s’installant aujourd’hui là, demain ici, évitant avec soin la périodicité et l’œil des agents. »

(Eug. Imbert, La Goguette et les goguetiers, 1873.)

Ballader

(Clémens, 1840) : Flâner.

(Hayard, 1907) : Promener.

Balladeur

(Halbert, 1849) : Paresseux, flâneur.

Balladeuses (les)

(Rigaud, 1881) : Testes, — dans l’argot des barrières.

Ballant

(Rigaud, 1881) : Bras, — dans le jargon des barrières. Les voyous marchent les bras ballants ; d’où le surnom.

Balle

(d’Hautel, 1808) : Enfans de la balle. Ceux qui suivent la profession de leurs pères. On désigne aussi sous ce nom et par mépris, les enfans d’un teneur de tripot.
Il est chargé à balle. Manière exagérée de dire qu’un homme a beaucoup mangé ; qu’il crève dans sa peau.
Il y va balle en bouche, mèche allumée. Pour il n’y va pas de main morte ; il mène les affaires rondement.

(d’Hautel, 1808) : Ustensile d’imprimerie qui sert à enduire les formes d’encre.
Démonter ses balles. Expression technique : au propre, l’action que font les imprimeurs lorsqu’ils mettent bas, et qui consiste à détacher les cuirs cloués au bois des balles. Au figuré, et parmi les ouvriers de cette profession, cette phrase signifie s’en aller en langueur ; dépérir à vue d’œil, approcher du terme de sa carrière.

(anon., 1827) : Franc.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Franc (vingt sous).

(Bras-de-Fer, 1829) : Franc.

(un détenu, 1846) : Un franc, pièce de vingt sous.

(Halbert, 1849) : Une livre ou un franc.

(Larchey, 1865) : Tête. — Comme Boule et Coloquinte, balle est une allusion à la rondeur de la tête. Une bonne balle est une tête ridicule. Une rude balle est une tête énergique et caractérisée.

Une balle d’amour est une jolie figure.

Vidocq.

Être rond comme une balle, c’est avoir bu et mangé avec excès. Balle : Franc. — Allusion à la forme ronde d’une pièce de monnaie.

Je les ai payées 200 fr. — Deux cents balles, fichtre !

De Goncourt.

Balle de coton : Un coup de poing. — Allusion aux gants rembourrés des boxeurs.

Il lui allonge sa balle de coton, donc qu’il lui relève le nez et lui crève un œil.

La Correctionnelle.

(Delvau, 1867) : s. f. Secret, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Visage, — dans l’argot des voyoux. Balle d’amour. Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres. Rude balle. Visage caractéristique.

(Delvau, 1867) : s. f. Pièce d’un franc, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : s. f. Occasion, affaire, — dans l’argot du peuple. C’était bien ma balle. C’était bien ce qui me convenait. Manquer sa balle. Perdre une occasion favorable.

(Rigaud, 1881) : Ballet.

(Rigaud, 1881) : Secret.

S’il crompe sa Madeleine, il aura ma balle (s’il sauve sa Madeleine, il aura mon secret.)

(Balzac.)

Mot à mot ; ce qui est caché dans ma balle, dans ma tête. — Faire la balle de quelqu’un, suivre les instructions de quelqu’un.

Fais sa balle, dit Fil-de-Soie.

(Balzac, La Dernière incarnation.)

(Rigaud, 1881) : Figure, tête, physionomie.

Oh c’tte balle !

(Th. Gauthier, Les Jeunes-France.)

(Rigaud, 1881) : Pièce d’un franc. Une balle, un franc. Cinq balles, cinq francs.

(Rigaud, 1881) : Occasion. Rater sa balle, manquer une bonne occasion.

(La Rue, 1894) : Secret. Physionomie. Pièce d’un franc. Occasion.

(Virmaître, 1894) : Celle femme me botte, elle fait ma balle (Argot du peuple). V. Blot.

(Rossignol, 1901) : Chose qui convient qui plaît, qui fait l’affaire.

ça fait ma balle.

(Rossignol, 1901) : Visage, celui qui a une bonne figure a une bonne balle.

(France, 1907) : Secret, affaire, occasion. Cela fait ma balle, cela me convient.

— C’est pas tout ça, il faut jouer la pièce de Vidocq enfoncé après avoir vendu ses frères comme Joseph.
Vidocq ne savait trop que penser de cette singulière boutade ; cependant, sans se déconcerter, il s’écria tout à coup :
— C’est moi qui ferai Vidocq. On dit qu’il est très gros, ça fera ma balle.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq.)

Manquer sa balle, manquer une occasion ; faire balle, être à jeun.

Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.

(Alphonse Humbert.)

On dit aussi dans le même sens : Faire balle élastique.

J’avais fait la balle élastique tout mon saoul.

(Henri Rochefort.)

Faire la balle, agir suivant des instructions ; enfant de la balle, enfant élevé dans le métier de son père ; rond comme une balle, complètement ivre.

(France, 1907) : Pièce d’un franc. Blafard de cinq balles, pièce de cinq francs.

(France, 1907) : Tête, figure. Balle d’amour, beau garçon, argot des filles ; rude balle, contenance énergique ; bonne balle, figure sympathique ou grotesque ; balle de coton, coup de poing.

Balle (enfant de la)

(Boutmy, 1883) : s. m. Ouvrier compositeur dont le père était lui-même typographe, et qui, depuis son enfance, a été élevé dans l’imprimerie. L’origine de cette expression, qui est passée dans la langue vulgaire, est assez peu connue. Elle vient de ce que, avant l’invention des rouleaux, on se servait, pour encrer les formes, de tampons ou balles.

Balle (faire la)

(La Rue, 1894) : Suivre les instructions données, Signifie aussi convenir : cela fait ma balle, cela me convient.

Balle (faire)

(Fustier, 1889) : Être à jeun.

Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.

(A. Humbert : Mon bagne.)

Balle (rond comme)

(Rigaud, 1881) : Pleinement repu. Être rond comme balle, c’est avoir à peine la force de bouger, tant on a bu et mangé.

Balle de coton

(Delvau, 1867) : s. f. Coup de poing.

Balle élastique (faire)

(Halbert, 1849) : Manquer de vivres.

Baller

(d’Hautel, 1808) : Ce verbe dans le vieux langage signifioit danser ; courir les bals. Il n’est guère maintenant usité que de la manière suivante :
Aller les bras ballans. Pour dire marcher indolemment et en laissant aller ses bras suivant le mouvement de son corps.

Ballerine

(Delvau, 1867) : s. f. Danseuse, — dans l’argot des gandins et des journalistes de première année. Habituée de bals publics, — dans l’argot des bourgeois.

Balles

(Delvau, 1864) : Les testicules, à cause de leur forme : c’est avec eux qu’on fusille les femmes — à bout portant.

Ballet

(d’Hautel, 1808) : Faire une entrée de ballet dans une compagnie. C’est-à-dire y entrer brusquement, et en sortir de même.

Ballochard

(Rossignol, 1901) : Celui qui a des balloches.

Balloches

(Delvau, 1864) : Les testicules. — Ce mot vient, soit du verbe ballocher — qui, en argot, veut dire tripoter — soit du fruit du Bélocier, qui portait autrefois le même nom, ou à peu près le même nom, et qui présente en effet une certaine analogie avec la forme des couilles.

Un médisant dit que l’abbé auquel elle vouloit boire, — qui, à la vérité, avait en ses jeunes ans perdu ses deux témoins instrumentaires… en descendant d’un bellocier, c’est un prunier sauvage, — s’appelait monsieur de Non Sunt.

(Contes d’Eutrapel.)

(Rossignol, 1901) : Il y a quarante ans, avant que les magasins des Phares de la Bastille n’existassent et que le canal Saint-Martin ne fût couvert, il y avait sur la place des saltimbanques, prestidigitateurs et marchands de chansons. Il y en avait un, entre autres, qui, à chaque loterie qu’il faisait, ne manquait jamais de dire, lorsqu’il lui restait deux numéros à placer :

J’en ai deux ; qui veut mes deux. Madame, prenez mes deux, j’aimerais être comme Abélard, ne plus en avoir.

Ballon

(d’Hautel, 1808) : Être enflé comme un ballon. Être bouffi d’orgueil ; tirer une grande vanité d’un petit succès ; faire le hautain et le fiérot.
On dit aussi par plaisanterie, en parlant d’une femme dont la grossesse est très-éminente, qu’Elle est enflée comme un ballon.

(Larchey, 1865) : Derrière. — Enlever le ballon : Donner un coup de pied au derrière.

Inutile de faire remarquer l’analogie qu’il y a ici entre la partie du corps ainsi désignée et une peau gonflée de vent qu’on relève du pied.

F. Michel.

(Delvau, 1867) : s. m. Partie du corps humain dont la forme sphérique a été le sujet de tant de plaisanteries depuis le commencement du monde — et de la bêtise. Argot des faubouriens. Enlever le ballon à quelqu’un. Lui donner un coup de pied dans cette partie du corps sur laquelle on a l’habitude de s’asseoir.

(Rigaud, 1881) : Derrière. — Enlever le ballon, donner un coup de pied au derrière.

(Rigaud, 1881) : Postiche en crinoline qui avantage les femmes par derrière.

On a beau dire, Paméla ; femme sans ballon, oiseau sans plume.

(Grévin.)

(Rigaud, 1881) : Prison. — Être en ballon, être en prison. C’est une variante d’être emballé, et une allusion à l’état de l’aéronaute entre ciel et terre, c’est-à-dire mis dans l’impossibilité de s’échapper de la nacelle.

(Fustier, 1889) : Art de tournoyer en dansant. — Verre de bière.

(La Rue, 1894) : Le postérieur. Être ballon, être enlevé par la police.

(Virmaître, 1894) : Prison. Allusion à la forme sphérique de Mazas (Argot des voleurs). N.

(Virmaître, 1894) : Postérieur copieux. Je vais t’enlever le ballon, pour coup de pied dans le derrière (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Prison.

D’où viens-tu ? — Je sors du ballon.

(Hayard, 1907) : Prison.

(France, 1907) : Derrière. Enlever le ballon, donner un coup de pied au cul ; se donner du ballon se disait du temps des crinolines ; se lâcher du ballon, s’enfuir.
D’après Lorédan Larchey, « bien que l’image ou dessin qui sont reproduits paraisse être celle d’un ballon s’élevant du sol, c’est dans la légèreté traditionnelle de M. et Mme Ballon, célèbres danseurs de ballet sous Louis XIV, qu’il faut chercher l’origine du mot. Un Dictionnaire de la danse du siècle dernier le constate bien avant l’invention des aérostats. »
Ballon se dit aussi pour ventre : « Le ballon lui gonfle » et pour prison :

Au coin du boulevard, il rencontra deux gardiens qui emmenaient une fille.
— Tiens, la Momignarde ! Toujours les mêmes, alors ! Y a pas quatre jours qu’elle sort du ballon !

(Oscar Méténier.)

Ballon (avoir du)

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme qui a des fesses énormes, naturelles ou artificielles, comme en ont aujourd’hui, grâce à la crinoline, les Parisiennes, élégantes Vénus hottentotes.

Ballon (carguer son)

(Rigaud, 1881) : Relever ses jupes. Les jours où il lansquine, il y a un tas de pantes à reluquer les flûtes des gonzesses qui carguent leurs ballons. Les jours de pluie, il y a un tas d’imbéciles occupés à regarder les jambes des femmes qui relèvent leurs jupes.

Ballon (gonfler son)

(Rigaud, 1881) : Commencer à donner des signes de grossesse. — Quand ma tortue aura fini de gonfler son ballon.

Ballon (monter en)

(Rigaud, 1881) : C’est une vexation qu’au régiment on fait subir à un nouveau venu. Dans les régiments de cavalerie, les lits sont adossés à une cloison en planches, appelée le bas-flanc par analogie avec les cloisons de bois qui séparent les chevaux ; cette cloison ne monte pas jusqu’au plafond. Pendant la nuit, on entoure le lit du patient au moyen de deux cordes à fourrages qui font nœud coulant, puis au signal : « Comptez-vous quatre, » quatre hommes tirent les cordes passées sur le bas-flanc, et la victime enlevée se trouve bientôt suspendue à deux ou trois mètres, quelquefois le lit sens dessus dessous ; ce qui ne lasse pas d’être fort amusant, pour ceux qui ont organisé cette aimable farce.

Ballon, le ballonné

(Rigaud, 1881) : « C’est la danse qui bondit et rebondit, qui vole, c’est Taglioni. »

(Ch. de Boigne.)

Ballonné

(Rigaud, 1881) : Emprisonné. — Soufflé par les roublards et ballonné à la pointue, pris par les agents de police et enfermé au dépôt de la préfecture.

Ballonner

(France, 1907) : Être emprisonné.

Ballot

(d’Hautel, 1808) : C’est son vrai ballot. Pour, c’est ce qui lui convient ; c’est la chose à laquelle il est le plus propre ; se dit d’un homme qui montre un goût particulier et naturel pour une profession quelconque.

(Rossignol, 1901) : Niais. On dit aussi paquet.

(France, 1907) : Chômage.

Ballot, Ballottage

(Rigaud, 1881) : Manque d’ouvrage, — dans le jargon des tailleurs. — Il y a du ballot, il n’y a pas d’ouvrage.

Balloter

(Rigaud, 1881) : Manquer d’ouvrage.

(Rigaud, 1881) : Jeter, — dans le jargon des voleurs. — Balloter un client avalant, jeter un homme à l’eau après l’avoir volé. Avalant vient d’aval ; le corps suit le cours de l’eau.

(France, 1907) : Jeter.

Balloter un client avalant

(France, 1907) : Jeter à l’eau l’homme qu’on a volé.

Balloter, balanstiquer

(La Rue, 1894) : Jeter. Balloter un client avalant. Jeter à l’eau l’homme que l’on a volé.

Ballotter

(d’Hautel, 1808) : Railler, berner, tourner quelqu’un en ridicule. Un honnête n’aime pas être ballotté, ou pour mieux dire, il ne se met jamais dans ce cas.

Ballottes (les)

(Delvau, 1864) : Les testicules, petites balles avec lesquelles les femmes aiment à jouer et à jouir ; quelquefois les tétons des femmes ou le maniement de cul, tétons, etc.

Elle lui met la main sur les ballottes qu’il a au-dessous de cet engin et les soulève mignardement en les passant et repassant doucement entre les doigts.

Mililot.

Les deux tétons, jolies ballottes du plaisir.

(Moyen de parvenir.)

Ils virent en leur présence ballotter leurs femmes sans y pouvoir apporter aucun remède.

(Les Caquets de l’accouchée.)

Balluchon

(Halbert, 1849) : Paquet.

Balochard

(Delvau, 1867) : s. m. Type d’un personnage de carnaval, fameux sous le règne de Louis-Philippe, et complètement oublié aujourd’hui. Il portait un bourgeron d’ouvrier, une ceinture rouge, un pantalon de cuirassier, et, sur la tête, un feutre défoncé. Tel le représente Gavarni.

(Rigaud, 1881) : Personnage de carnaval, à la mode dans les bals masqués de 1840 à 1850.

C’était une variété de chicard avec un feutre défoncé pour casque.

(L. Larchey)

Chicard, le grand Chicard, l’empereur du carnaval, le protecteur de la confédération des flambards et balochards.

(Musée Philipon.)

(Hayard, 1907) : Fainéant.

(France, 1907) : Type d’un personnage de carnaval du temps de Louis-Philippe. Gavarni l’a représenté dans plusieurs de ses dessins. Le balochard portait un bourgeron d’ouvrier, un pantalon de cavalerie et sur la tête un casque.

Aussi j’laisse l’chic et les chars
Aux feignants et aux galupiers
Et j’suis le roi des Balochards,
Des balochards qui va-t-à pied !

(Jean Richepin, Les Gueux de Paris.)

Balochard, balochard

(Larchey, 1865) : « Le balochard représente surtout la gaîté du peuple ; c’est l’ouvrier spirituel, insouciant, tapageur, qui trône à la barrière. »

T. Delord.

Pardon ! pardon ! Louise la Balocheuse, De t’oublier, toi, tes trente printemps, Ton nez hardi, ta bouche aventureuse, Et tes amants plus nombreux que tes dents.

Nadaud.

Le carnaval parisien a eu aussi ses costumes de balochard. c’était la tenue de chicard, avec un feutre défoncé pour casque.

Balocher

(Larchey, 1865) : « C’est quelque chose de plus que flâner. C’est l’activité de la paresse, l’insouciance avec un petit verre dans la tête. »

T. Delord.

Balocher : S’occuper d’affaires véreuses. — Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. n. Fréquenter les bals publics ; se trémousser. Argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : v. a. Tripoter, faire des affaires illicites. Argot des voyous.

(Delvau, 1867) : v. n. Remuer, pendre, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos des choses.

(Rigaud, 1881) : Courir les bals à l’époque où fleurissaient balochards et balocheuses.

(Rigaud, 1881) : Dérober, faire des affaires illicites.

(France, 1907) : Fréquenter les bals publics, se trémousser ; dans l’argot des voleurs, c’est s’occuper d’affaires véreuses.

Baloches

(France, 1907) : Testicules ; argot populaire.

Balocheur

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui se dérange, qui déserte l’atelier pour le cabaret et le bastringue.

(France, 1907) : Ouvrier qui préfère le mastroquet et le bastringue à l’atelier. Au féminin, balocheuse.

Pardon ! Pardon, Louise la Balocheuse,
De t’oublier, toi, tes trente printemps,
Ton nez hardi, ta bouche aventureuse,
Et tes amants plus nombreux que tes dents.

(Nadaud.)

Balots

(France, 1907) : Lèvres ; se graisser les balots. Mot venant du patois poitevin.

Balouf

(Rigaud, 1881) : Excessif. C’est, sans doute, une altération de balourd. — Une raclée balouf, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Hardi, fort.

(France, 1907) : Très fort ; argot populaire. La satonnade roule à la balouf, la bastonnade roule terriblement.

Balourd

(d’Hautel, 1808) : Un balourd. Terme de mépris ; un ignorant et grossier personnage.

Baloustiquer

(Fustier, 1889) : Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.

(France, 1907) : Enlever, arracher ; argot des voleurs.

Balthazar

(Larchey, 1865) : Repas plantureux. — Allusion biblique.

Je vais me donner une bosse et faire un balthazar intime.

Murger.

(Delvau, 1867) : s. m. Repas copieux, — dans l’argot des étudiants, qui se souviennent du festin biblique.

(Rigaud, 1881) : Festin, grand repas.

(France, 1907) : Festin, repas copieux ; allusion au fameux destin dont il est fait mention dans la Bible.

Baluches

(France, 1907) : Poches ; argot des voleurs.

Baluchon

(M.D., 1844) : Paquet.

(M.D., 1844) : Paquet.

(Larchey, 1865) : Paquet (Vidocq). — Diminutif de Ballot.

(Delvau, 1867) : s. m. Paquet, petit ballot. Argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Petit paquet. — Enlever le baluchon.

Voyons, laisse là ton baluchon.

(Huysmans, Marthe.)

(Virmaître, 1894) : Petit paquet que les compagnons portaient jadis au bout d’un bâton sur l’épaule, en faisant leur tour de France. Ce baluchon contenait leurs vêtements. La coutume s’est perpétuée dans le peuple : des outils et la blouse de travail en paquet composent un baluchon (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Paquet de hardes.

Prends ton baluchon et décanille d’ici.

(Hayard, 1907) : Paquet de peu d’importance.

(France, 1907) : Petit paquet ; argot des ouvriers. Se dit aussi pour derrière. Je vais vous enlever le baluchon.

Baluchoner

(Rossignol, 1901) : Faire des paquets.

Le voleur gui ne trouve pas d’argent dans une maison ou il s’est introduit fait des paquets de linge et vêtements, baluchone.

Baluchonneur

(Fustier, 1889) : Voleur. Ainsi que son nom l’indique, ce malfaiteur vole de préférence les objets faciles à cacher, les petits paquets, par exemple (en argot baluchon est synonyme de paquet). C’est aussi lui qui travaille aux étalages des magasins et qui pratique parfois le vol dit à la bousculade.

La nuit seulement, un certain nombre de baluchonneurs s’y donnent rendez-vous (dans un cabaret) pour faire réchange ou la vente du produit de leur vol.

(Nation, juillet 1885.)

Balzamine

(d’Hautel, 1808) : Plante dont la fleur est très-agréable, et qu’une habitude vicieuse fait appeler Belzamine.

Bamban

(Rossignol, 1901) : Boîteux.

Bambino

(Delvau, 1867) : s. m. Enfant, gamin, bambin, — dans l’argot du peuple, qui parle italien sans le savoir, et seulement pour donner à ce mot une désinence caressante.

(France, 1907) : Enfant, bambin ; mot venu en droite ligne de l’italien.

Bambochade

(Delvau, 1867) : s. f. Tableau sans prétentions, représentant des scènes gaies, — dans l’argot des artistes, qui ont conservé le souvenir de Pierre de Laer.

(France, 1907) : Tableau ou esquisse lestement poché représentant des scènes gaies.

Bamboche

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet donné à un peintre célèbre (P. Van-Laër) d’abord à cause de sa difformité ; puis ensuite par allusion au genre de peinture qu’il avoit adopté, qui consistoit à représenter des auberges, des boutiques, des forges, et autres caricatures. Aujourd’hui c’est un terme de mépris qu’on applique à tout ce qui est petit, laid et grotesque.
Faire ses bamboches. Signifie, en style populaire, se livrer à de grands écarts ; mener une vie libertine et débauchée.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite débauche, de quelque nature qu’elle soit. Argot des faubouriens. Être bamboche. Être en état d’ivresse. Faire des bamboches. Faire des sottises plus ou moins graves, qui mènent en police correctionnelle ou à l’hôpital.

(Delvau, 1867) : s. f. Plaisanterie ; chose de peu de valeur. Dire des bamboches. S’amuser à dire des contes bleus aux hommes et des contes roses aux femmes.

Bamboche (être)

(France, 1907) : Être ivre. Faire bamboche, s’amuser ; dire des bamboches, raconter des histoires égrillardes ou simplement grotesques.

Bambocher

(d’Hautel, 1808) : Faire des fredaines ; se laisser aller à tous les débordemens d’une folle jeunesse ; tenir des propos plaisans et railleurs.
Il ne faut pas bambocher. Pour il ne faut pas plaisanter, badiner ; c’est une chose sérieuse.

Bambocheur

(Delvau, 1867) : s. m. Fainéant ; ivrogne ; débauché. On dit aussi : Bambochineur.

(France, 1907) : Être comme le mari de la mère Gibou, ivrogne et fainéant.

Entre tous surgit un caractère plus tranché, un type exceptionnel, que les étudiants appellent bambocheur. Ses confrères se permettent l’estaminet et la guinguette à titre de distinction, le bambocheur y passe ses jours. Il entre à la taverne à dix heures du matin, déjeune amplement, consomme une infinité de petits verres et de chopes, fume un nombre considérable de pipes, joue au piquet et au billard, et le soir, à une heure avancée, se mêle à des chœurs qui chantent à gorge déployée.

(É. de la Bédollière.)

Au féminin, bambocheuse. Voyez la belle en cuisse, quelle bambocheuse !

Ban

(d’Hautel, 1808) : Il a la bouche grande comme un four à ban. Se dit par exagération d’une personne qui a la bouche fort grande.

Banban

(Larchey, 1865) : Personne de petite taille aux membres noués. — Allusion au dandinement particulier de la marche.

J’entrai chez Dinah, jolie petite brune un peu banban.

Mogador.

(Delvau, 1867) : s. des deux g. Boiteux, bancal, — dans l’argot des bourgeois, qui emploient principalement cette onomatopée à propos d’une femme.

(Rigaud, 1881) : Boiteux, boiteuse. Le banban, la banban.

(France, 1907) : Onomatopée qui désigne une personne chétive, bancale ou boiteuse ; abréviation redoublée de bancroche.

Banbanne

(France, 1907) : Paresseux ; argot des canuts.

Banc

(Delvau, 1867) : s. m. Lit de camp, — dans l’argot des forçats.

(France, 1907) : Lit de camp ; argot des forçats.

Banc (envoyer au)

(Rigaud, 1881) : Congédier, renvoyer. (V. Envoyer au blanc.)

Banc (pied de)

(Rigaud, 1881) : Sergent, — dans le jargon des troupiers.

Banc de terre neuve

(Virmaître, 1894) : De la Bastille à la Madeleine, et de Belleville à Montparnasse, on y pèche la morue sans hameçons (Argot du peuple).

Banc du ciel

(Rigaud, 1881) : En terme de carrier, c’est le lit de pierre d’en haut.

Bancal

(Larchey, 1865) : Sabre courbe. — Allusion aux jambes arquées du bancal.

Voilà M. Granger qui apporte le bancal.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : adj. Qui a une jambe plus courte que l’autre. Argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Sabre de cavalerie, — dans l’argot des troupiers.

(Merlin, 1888) : Sabré recourbé ; par allusion à sa forme.

(France, 1907) : Boiteux.

Bancale

(France, 1907) : Tripot clandestin. La bancale était pleine de grecs.

Bancalon

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de bancal ; bambin, marmouset, être imparfait ; petit homme qui a les jambes contrefaites.

Banco

(France, 1907) : Exclamation des joueurs de lansquenet qui signifie : Je tiens. Faire banco, tenir tout l’argent placé par le banquier devant soi.

Banco !

(Delvau, 1867) : Exclamation de l’argot des joueurs de lansquenet qui signifie : Je tiens ! Faire banco. Tenir les enjeux.

Banco (faire)

(Larchey, 1865) : Tenir tous les enjeux qui sont opposés par le banquier. — Terme de lansquenet.

Certains joueurs arrivent avec dix louis dans leur poche ; ils font des banco de cent, deux cents, trois cents louis.

Karr.

Bancroche

(d’Hautel, 1808) : Terme burlesque et de mauvais goût, que l’on n’emploie que par ironie, en parlant de quelqu’un qui a les jambes torses, qui est mal fait de sa personne.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Qui a les jambes torses.

(France, 1907) : Qui a les jambes torses.

Bande

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; compagnie nombreuse et importune ; société pour laquelle on n’a aucune considération.
Faire bande à part. Rompre une association, ou des liaisons d’amitié ; se retirer d’une communauté ; prendre son particulier.
Une bande de violons, une bande de ménétriers. Pour dire un grand nombre de mauvais musiciens.

Bande (coller sous)

(Larchey, 1865) : Acculer dans une situation difficile — Terme de billard.

(Rigaud, 1881) : Mettre quelqu’un dans une situation difficile, — réduire son contradicteur au silence. — Allusion à l’embarras du joueur de billard dont la bille touche la bande.

(France, 1907) : Être acculé dans une situation difficile ; terme de billard.

Bande à l’aise

(Rigaud, 1881) : Homme mou, sans énergie. Homme froid avec les femmes, celui qui marque 0 au thermomètre, de l’amour. « Non possumus, » voilà leur devise, à eux aussi.

(Virmaître, 1894) : N’en prendre qu’à son temps et n’en faire qu’à sa volonté. Dans le peuple on emploie cette expression par ironie vis à vis d’un vieillard qui, au lieu de remiser son fiacre, court après les filles (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Personne lente et jamais pressée, qui prend son temps pour toute chose.

Dans le peuple, on emploie cette expression par ironie vis-à-vis d’un vieillard qui, au lieu de remiser son fiacre, court après les filles.

(Ch. Virmaître)

Bande à part (faire)

(Virmaître, 1894) : Fuir ses camarades d’atelier, aller boire et manger seul. Synonyme d’ours (Argot du peuple).

Bande d’air

(Delvau, 1867) : s. f. Frise peinte en bleu pour figurer le ciel. Argot des coulisses.

(Rigaud, 1881) : Frise peinte en bleu pour figurer le ciel dans les décors de théâtre.

(France, 1907) : Frise peinte en bleu qui, dans les théâtres, figure le ciel.

Bande noire

(France, 1907) : On désignait de ce nom une association de spéculateurs, composée généralement de capitalistes qui achetaient en bloc les grandes propriétés foncières, pour les revendre au détail Maintenant ce nom est donné plus spécialement à une vaste association de filous qui, spéculant le plus souvent à l’étranger, se font expédier, sous de faux noms et à l’aide de fausses références, des marchandises qu’ils ne payent jamais et revendent à vil prix. C’est à Londres, surtout, et dans quelques autres villes de l’Angleterre et du continent, que fleurit cette bande de coquins.

Elle ne douta plus un instant qu’il ne fit partie de la fameuse bande noire qui a son centre spécial dans un café du voisinage de Leicester Square, et des ramifications dans une douzaine de tavernes mal famées de la métropole, où lon met systématiquement à rançon les maisons de commerce du continent, assez confiantes pour envoyer sur d’illusoires garanties leurs marchandises à ces forbans.

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur.)

Bande sur l’affiche

(Virmaître, 1894) : Bande de papier que les directeurs font coller sur l’affiche, annonçant le spectacle du jour, afin d’indiquer au public un changement par suite de l’indisposition subite d’un artiste ou parfois relâche. Se dit par analogie dans le peuple pour indiquer qu’une femme a son échéance de fin de mois. Il y a une bande sur l’affiche pour relâche (Argot du peuple). N.

Bande sur l’affiche (avoir une)

(France, 1907) : Avoir ses menstrues ; argot des actrices.

Voici quelques-unes des périphrases de l’argot féminin signifiant qu’une femme est à la période menstruelle : Avoir son cardinal, ses mois, sa chemise, sa male semaine, ses ordinaires, son marquis, Martin, ses iniquités, ses choses, ses affaires, ses anglais. Quelques actrices disent encore : Avoir une bande sur l’affiche.

(Dr Michel Villemont.)

Bande-à-l’aise

(Delvau, 1864) : Homme qui n’est que médiocrement porté par son tempérament vers les choses de la fouterie, et qui bande plus volontiers avec son cerveau qu’avec son membre — comme la plupart des écrivains.

Qu’on me baise,
Mon con, Nicaise,
Se présente à toi… ;
Viens, bande-à-l’aise,
Vite, mets-le-moi.

Piron.

Monsieur dit des bons mots souvent,
Mais monsieur bande rarement ;
Monsieur a de l’esprit : j’en suis
Bien aise, bien aise,
Mais comme la peste, je fuis
Un bande-à-l’aise !

Collé.

Bander

(Delvau, 1864) : Être en érection, avoir envie de baiser une femme lorsqu’on est homme, ou un homme lorsqu’on est pédéraste. C’est l’arrigere (relever, hausser, dresser) des Latins.

Qu’on le passe aux verges,
Dit Vénus à part ;
Qu’il soit de ma bande
Banni sans retour :
Jamais il ne bande.

(Les Archers de l’Amour.)

Y bande encore… est-y gentil !

Henry Monnier.

Tout vis-à-vis,
Je vends des vits
Toujours bandants.

Collé.

— On a étendu la signification de ce mot, purement vénérienne, et on s’en sert maintenant au propre et au figuré : au propre, comme il vient d’être dit, au figuré, pour indiquer la violente envie qu’on a d’une chose. Ainsi Mirabeau, voulant peindre la pusillanimité du duc d’Orléans, qui voulait et n’osait pas être criminel, dit : « Ce d’Orléans est un Jean-Foutre qui toujours bande le crime et n’ose le décharger. Ignavum equidem fateor qui continuo erigit scelus et nunquam ejaculari ausus est. »

Bander (faire)

(Delvau, 1864) : Provoquer l’érection de l’homme par des discours libertins ou par des attouchements autour des parties sexuelles.

L’air est plein d’odeurs spermatiques
Qui font bander les plus usés,
Et font sortir de leurs boutiques
Les bourgeois les plus empesés.

(Parnasse satyrique.)

Bander comme un carme

(Delvau, 1864) : Bander très fort, comme savaient bander jadis les carmes, chaux ou déchaux, — chauds surtout, — grâce à la continence qu’ils étaient forcés d’observer.

Bander de la gorge

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme dont les seins se durcissent et se dressent sous l’impression du désir ou du plaisir.

Bander la caisse

(Delvau, 1867) : v. a. S’en aller, s’enfuir.

(Rigaud, 1881) : Se sauver en emportant la caisse. — Allusion à la bande de papier que les directeurs de théâtre font coller sur les affiches pour cause de relâche.

(La Rue, 1894) : Se sauver avec l’argent de la caisse.

(France, 1907) : S’enfuir.

Bander son arc

(Delvau, 1864) : Bander, — le membre viril étant pris pour flèche et la nature de la femme pour cible.

Alors, bandant mon arc sous un autre balcon,
Je ne daignerai plus, vers le but de ton con,
Lancer la flèche de ma pine.

Emmanuel Des Essarts.

Bandiste

(Fustier, 1889) : « On appelle ainsi les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires, prospectus, manifestes électoraux. »

Soleil, 16 nov. 1888.

Bandocher

(Delvau, 1864) : Avoir des velléités d’érection ; n’être pas en train ; bander faiblement, difficilement.

…Elle recréait son impotente lubricité en lui chatouillant le scrotum et les testicules, ce qui le faisait bandocher.

(Anti-Justine, p. 123.)

Bandru

(Halbert, 1849) : Fil.

Banlieusard, arde

(France, 1907) : Habitant de la banlieue ; argot des Parisiens.

Le champ de foire devient le rendez-vous de la bohème banlieusarde, le lieu d’élection des bonnes et des garçons jardiniers ; la gouape du faubourg parisien vient aussi fraterniser. Dès les premières ombres du soir, on flirte derrière les baraques éteintes — quelquefois dedans ; les couples enamourés se ruinent aux petits jeux honnêtes et loyaux : biribi, bonneteau, passe anglaise et autres importations.

(Le Journal.)

Bannette

(Delvau, 1867) : s. f. Tablier, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot au patois lorrain.

(Rigaud, 1881) : Tablier.

(La Rue, 1894) : Tablier.

(France, 1907) : Tablier ; patois lorrain, passé dans l’argot des faubourgs.

Bannière

(d’Hautel, 1808) : Il faut la croix et la bannière pour l’avoir. Se dit de quelqu’un qui se fait beaucoup prier, qui fait le précieux et l’important, en un mot, qui se fait trop valoir ; ou de quelque chose que l’on ne peut se procurer qu’avec beaucoup de peines et de grandes difficultés.
Aller au-devant de quelqu’un avec la croix et la bannière. Signifie lui faire un grand accueil ; se piquer de cérémonies, mettre tout en l’air pour le recevoir.

(Rigaud, 1881) : Chemise. Quand tu auras fini de te promener en bannière. On dit également : bannière volante.

(Virmaître, 1894) : Sac. On dit de celui qui se promène en chemise : il se trimballe en bannière. Allusion aux pans de la chemise qui flottent au vent. On dit aussi : Se promener en panais (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chemise.

Bannière (être en)

(Delvau, 1867) : Être en chemise, dans le simple appareil d’une dame ou d’un monsieur qu’on arrache au sommeil.

(France, 1907) : Être en chemise. Le mot vient du temps ou la bannière nationale était le drapeau blanc.

Banquarde

(France, 1907) : Boutique.

Banque

(Delvau, 1867) : s. f. Paye, — dans l’argot des typographes.

(Delvau, 1867) : s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur. Faire une banque. Imaginer un expédient — d’une honnêteté douteuse — pour gagner de l’argent.

(Delvau, 1867) : s. f. Tout le monde des saltimbanques, des banquistes. Truc de banque ! Mot de passe et de ralliement qui sert d’entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d’une autre spécialité que la leur.

(Rigaud, 1881) : Troupe de théâtre, — dans l’ancien, argot des comédiens.

Le gonze qui est à votre ordre est-il de la banque ? Celui qui est à côté de vous est-il un comédien ?

(Mémoires de Dumesnil.)

(Rigaud, 1881) : Ruse, frime.

C’est une banque.

(Scribe, L’honneur de ma fille, 1836.)

(Rigaud, 1881) : Métier du saltimbanque.

(Rigaud, 1881) : Association entre escrocs. Art de flouer son prochain. Faire une banque, combiner une escroquerie.

(Rigaud, 1881) : Paye des ouvriers typographes.

(Boutmy, 1883) : s. f. Paye des ouvriers. Le prote fait la banque aux metteurs en pages, qui à leur tour la font aux paquetiers. Ce mot entre dans plusieurs locutions. Par exemple on dit : La banque a fouaillé, pour indiquer que le patron n’a pas payé au jour dit. Être bloqué à la banque, c’est ne rien recevoir. Faire banque blèche s’emploie dans le même sens.

(La Rue, 1894) : Troupe de théâtre. Métier de saltimbanque. Ruse, frime. Paye des ouvriers typographes. Association entre voleurs : Faire une banque, être de la banque.

(Virmaître, 1894) : Les voleurs qui se partagent le produit d’un vol emploient cette expression (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Les forains propriétaires des grandes baraques, Pezon, Bidel, Marquetti, Corvi, sont ce que l’on nomme dans les fêtes la Banque, parce qu’ils sont riches.

(France, 1907) : Escroquerie, duperie ; paiement, dans l’argot des ouvriers imprimeurs ; réunion de saltimbanques. Être de la banque, faire partie d’une bande d’escrocs ; faire la banque, allécher le client ; faire une banque, imaginer, préparer une escroquerie. Tailler une banque, tenir les cartes au baccara.

Banque (en tailler une)

(Virmaître, 1894) : Tenir les cartes au jeu de baccara. Mot à mot : Être le banquier (Argot des joueurs).

Banque (être de la)

(Rigaud, 1881) : Être de complicité dans un vol ; avoir droit, comme complice, aux dividendes provenant d’une escroquerie.

Banque (faire la)

(Rigaud, 1881) : Faire mousser la marchandise, — dans le jargon des camelots.

Banque (la faire)

(Virmaître, 1894) : Le samedi, les ouvriers typographes se partagent le prix du travail de la semaine (Argot d’imprimerie).

Banque (la grande)

(Virmaître, 1894) : Baraque des grands forains dans le monde des saltimbanques qui a, connue partout, ses matadors et ses miséreux (Argot des saltimbanques).

Banque (la)

(Hayard, 1907) : Le monde des forains.

Banque blèche (faire)

(Rigaud, 1881) : Ne pas toucher de banque (paye), — dans le jargon des typographes.

Banqueroute

(d’Hautel, 1808) : N’a-t-il pas peur qu’on lui fasse banqueroute ? Pour a-t-il peur qu’on s’en aille sans le payer ? Se dit par ironie et par humeur d’un homme qui ayant prêté de l’argent a quelqu’un, manifeste sur son compte des craintes offensantes.
C’est la banqueroute d’un Juif. Charlatanerie dont les marchands des rues, font un fréquent usage, en criant leurs marchandises, pour faire accroire quelle est à un très-bas et afin d’engager par-là les passans à acheter.

Banquet

(Halbert, 1849) : Banquier.

(Delvau, 1867) : s. m. Dîner, — dans l’argot des francs-maçons.

Banquet d’homme chiche

(France, 1907) : Festin. L’expression est : Il n’est banquet que d’homme chiche. Un avare qui se met en frais dépasse les autres. Un coup de folie de prodigalité le prend ; traitant rarement, il veut, quand il traite, avoir la réputation de faire les choses en grand, avec l’espoir que tout ce qu’il dépense lui rentrera avec usure, d’une façon ou d’une autre.

Banqueter

(d’Hautel, 1808) : Godailler, faire ripaille ; être continuellement dans la bombance et les festins.

Banquette

(Larchey, 1865) : Menton (Vidocq). — La saillie du menton forme en effet une banquette au bas du visage.

(Delvau, 1867) : s. f. Menton, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Menton. — Allusion à la forme du menton.

(La Rue, 1894) : Menton.

(Virmaître, 1894) : Le menton. Allusion à ce qu’il avance sur le visage (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Menton ; argot des voleurs.

Banquier

(d’Hautel, 1808) : Celui qui tient, une banque ; beaucoup disent par corruption Banquetier, Banquetière, comme on dit Bouquetière.

Banquiste

(Halbert, 1849) : Opérateur.

(Delvau, 1867) : s. m. Charlatan ; chevalier d’industrie ; faiseur. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Saltimbanque. Tout individu dont le commerce n’est établi qu’en vue de faire des dupes est un banquiste. Le grand rendez-vous des banquistes est à la Bourse.

(La Rue, 1894) : Saltimbanque. Escroc. Compère, complice.

(Virmaître, 1894) : Charlatan. Tous ceux qui fardent la vérité sont des banquistes, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent. Tous les banquistes ne sont pas sur des tréteaux (Argot du peuple).

(France, 1907) : Charlatan, faiseur, chevalier d’industrie.

Les scandales qui se succèdent dans les assemblées municipales, montrent la légèreté de certains choix populaires. Les suffrages sont escamotés par des banquistes, promettant au peuple plus de beurre que de pain et qui ne songent qu’à faire de leur mandat un instrument d’industries obliques et de spéculations inavouables.

(Henry Bauer, La Ville et le Théâtre.)

Banquistes

(Rossignol, 1901) : Voir banque.

Baptême

(d’Hautel, 1808) : Pour le chef, la tête.
Cette planche lui est tombée sur le baptême. Pour dire, qu’une planche est tombée sur la tête de quelqu’un.

(Delvau, 1867) : s. m. La tête, — dans l’argot des faubouriens, qui se souviennent de leur ondoiement.

(La Rue, 1894) : Tête.

(Virmaître, 1894) : La tête. Le mastroquet baptise son vin. Le peuple, qui a horreur de l’eau, dit des vins baptisés : Ils sont chrétiens. Le buveur fait sa tête (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Tête ; argot de faubouriens. Se mettre sur les fonds du baptême, se mettre dans l’embarras.

Baptême (se mettre sur les fonts du)

(Larchey, 1865) : Se mettre dans l’embarras.

Nous ne voulons enquiller chez aucun tapissier, c’est se mettre sur les fonts du baptême.

(Vidocq).

Pour comprendre ce terme, il faut savoir que Parrain veut dire témoin à charge. C’est donc s’exposer au parrain que se mettre sur les fonts du baptême.

Baptisé à l’eau de morue

(Rossignol, 1901) : Se dit de celui qui a toujours soif.

Baptisé au sécateur

(Virmaître, 1894) : Juif. Allusion à l’opération de la circoncision que subissent les nouveaux-nés suivant le rite juif (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Israélite, allusion à l’opération de la circoncision.

(France, 1907) : Juif. Allusion à la circoncision.

Baptisé d’eau de morue

(Virmaître, 1894) : Ne pas avoir de chance. Homme ou femme à qui rien ne peut réussir. Ce qui équivaut à deveine salée, par allusion à l’eau dans laquelle la morue a été dessalée (Argot du peuple). N.

Baptiser

(d’Hautel, 1808) : Frelater, mélanger, falsifier.
Du vin baptisé. C’est-à-dire, dans lequel on a mis beaucoup d’eau ; fraude très-commune parmi les marchands de vin de Paris.
Un mulet baptisé. Épithète outrageante que l’on donne aux hommes de peine, aux porte-faix, aux crocheteurs.

Baptiser le vin

(Delvau, 1867) : v. a. Le noyer d’eau, — dans l’argot ironique des cabaretiers, qui renouvellent trop souvent, à notre préjudice, le miracle des Noces de Cana, en changeant l’eau en vin.

Baptiste

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donne ordinairement aux Gilles et aux Niais dans les farces comiques.
Il est tranquille comme Baptiste. Se dit d’un hébété, d’un homme apathique et d’une tranquillité imperturbable.

Baquet

(Delvau, 1864) : La nature de la femme dans laquelle l’homme décharge ses ordures liquides :

… Dans le baquet desquelles il eût volontiers lavé son vit.

(Contes de la reine de Navarre.)

(Delvau, 1867) : s. m. Blanchisseuse, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi : Baquet insolent, et l’on a raison, — car je ne connais pas de créatures plus « fortes en gueule » que les lavandières : il semble qu’il leur reste aux lèvres quelques éclaboussures des ordures humaines avec lesquelles elles sont en contact permanent.

(Virmaître, 1894) : Blanchisseuse. On dit aussi : Baquet insolent. On sait que ces dames ne mâchent pas leurs paroles. Quand une ménagère, par économie, va laver son linge au lavoir, les professionnelles l’appellent : graillonneuse ou noyeuse d’étrons. Ce sont les plus mignonnes de leurs déjections (Argot du peuple).

(France, 1907) : « Les forçats se forment pour dîner par groupes de quatre ou six individus. La gamelle où chacun d’eux plonge alternativement sa cuillère s’appelle baquet. » (A. Dauvin.)

Baquet (insolent, à deux pattes)

(Hayard, 1907) : Blanchisseuse.

Baquet de science

(Delvau, 1867) : s. m. Baquet où le cordonnier met sa poix et les autres ingrédients de son métier. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Baquet dont se servent les cordonniers, les forgerons.

Si tu ne veux pas marcher mieux que ça, je te f… dans le baquet de science.

(Le Sublime.)

(France, 1907) : Baquet où trempent les cuirs du cordonnier, dont on a fait ensuite goguenot.

Baquet insolent

(Rigaud, 1881) : Baquet de blanchisseuse. — La blanchisseuse elle-même. — Habituées à voir tant de saletés, ces dames ne se privent pas d’en dire, et leurs insolences sont capitonnées de grossièretés ordurières.

(Rossignol, 1901) : Laveuse qui n’a généralement pas des mots recherchés lorsqu’elle se dispute.

Baquet insolent ou insolpé

(La Rue, 1894) : Blanchisseuse.

Baquet-insolent

(Halbert, 1849) : Blanchisseuse.

Bar

(France, 1907) : Comptoir de débitant de boissons ; venu de l’anglais. Les bars pullulent dans les grandes villes ; on y vend le café, l’absinthe et autres liqueurs fortes.

Dans la salle à manger, un bar anglais, un authentique bar anglais, à haut comptoir, à hauts tabourets, prodiguait aux invités les viandes froides, les sandwiches, les œufs au fromage, les cock-tails et les alcools pimentés. Des domestiques circulaient à travers le salon avec des plateaux chargés de coupes de champagne, de boîtes de cigares variés et de cigarettes égyptiennes.

(F. Vanderem, La Cendre.)

Bar-de-tir

(Halbert, 1849) : Un bas de chausse.

Bar-de-tire

(France, 1907) : Tuyau d’arrosage.

Baragouin

(d’Hautel, 1808) : Bredouillement, langage précipité, obscur et corrompu, très-difficile à comprendre.
On dit aussi par sobriquet d’un homme qui se hâte trop en parlant, ou dont les idées et les paroles sont confuses et obscures que C’est un vrai baragouin.

Baragouinage

(d’Hautel, 1808) : Manière de parier vicieuse, qui rend inintelligible tout ce que l’on dit ; superlatif de Baragouin.

(Delvau, 1867) : s. m. Langage incohérent, confus, incompréhensible. — dans l’argot du peuple, qui dit cela surtout à propos des langues étrangères. On dit aussi Baragouin.

Baragouiner

(d’Hautel, 1808) : Bégayer, bredouiller, chercher de mauvaises excuses pour se dispenser de faire quelque chose.

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Parler bas ; murmurer ; marmotter.

Baragouineur

(d’Hautel, 1808) : Barbouilleur, bégayeur, bredouilleur ; celui qui parle avec trop de précipitation et d’une manière inintelligible.

Barant

(Rigaud, 1881) : Ruisseau, — dans l’ancien argot.

(France, 1907) : Ruisseau ; argot des voleurs, du celtique baranton, fontaine.

Baraque

(d’Hautel, 1808) : Cahutte, masure, maison en mauvais état et de nulle valeur. Au figuré, terme de dénigrement ; atelier, boutique, maison où les ouvriers sont mal payés, et les domestiques mal nourris.

(Delvau, 1867) : s. f. Maison où les maîtres font attention au service, — dans l’argot des domestiques. Journal où l’on est sévère pour la copie, — dans l’argot des aspirants journalistes.

(Rigaud, 1881) : Terme de mépris pour désigner une maison, un magasin, un établissement. Baraque, le magasin dont le patron paye mal ses commis ; baraque, l’administration qui surmène ses employés ; baraque, la maison où les domestiques ne peuvent pas voler à leur aise.

(Rigaud, 1881) : Chevron, — dans le jargon du régiment. Par abréviation de baraquement, campement. — Un vieux pied de banc à trois baraques..

(Rigaud, 1881) : Pupitre d’écolier.

Sa baraque, en étude, ressemble à ces sacs-bazars qui donnaient tant d’originalité à nos zouaves de l’expédition de Crimée.

(Les Institutions de Paris, 1808.)

(Merlin, 1888) : Chevron ; peut-être en raison de sa forme de V renversé, imitant un toit.

(Fustier, 1889) : Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle.

Le jeu de la baraque se compose d’une planchette de cuivre casée à l’angle d’un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon ! l’adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c’est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C’est pour rien ! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.

(Paris-Journal, 1882.)

(Virmaître, 1894) : Maison construite en plâtre, en torchis, provisoirement. Maison où la patronne va par méfiance au marché avec sa bonne. Maison où l’on enferme le vin et les liqueurs. Maison où l’on chipote sur tout, où l’on rogne même la nourriture.
— Tenez, voilà mon tablier, je n’en veux plus de votre baraque, j’en ai plein le dos (Argot du peuple).

(France, 1907) : Nom donné par les domestiques à la maison de leurs maîtres. Chevron que les soldats portaient autrefois sur la manche gauche et qui indiquait un certain temps accompli sous les drapeaux. La première baraque après sept ans de service ; la deuxième après onze ans, et la troisième après quinze. Sorte de jeu qui se compose d’une planchette de cuivre à l’angle d’un billard et percée de 25 cuvettes numérotées.

Baraques à Cavaignac (les)

(Delvau, 1867) : Le no 44, dans l’argot des joueurs de loto, dont l’allusion consacre ainsi le nombre des baraques construites en 1848 au Jardin du Luxembourg, sous la dictature du général Cavaignac.

Baraqueur

(Fustier, 1889) : Joueur de baraque.

(France, 1907) : Joueur de baraque. La baraque est un jeu de hasard qui se joue sur un billard ordinaire avec un appareil spécial

Un joueur tient la queue, les parieurs sont divisés en deux camps ; il s’agit de mettre une bille désignée dans une des cavités de l’appareil. La baraque est un jeu prohibé, parce que l’on peut, avec habileté, voler facilement.

(Ch. Virmaître.)

Baratter

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, parce que, dans l’action amoureuse, la pine de l’homme, en allant et en venant dans le con de la femme, où il a déjà déchargé, a l’air de battre du lait dans une baratte et de faire du beurre. Ce n’est pas du beurre qu’il fait, en barattant ainsi, c’est du fromage.

Barbaque

(Virmaître, 1894) : Viande (Argot des voleurs). V. Bidoche.

(Rossignol, 1901) : Viande.

N’allons pas dans ce restaurant : il y a de la mauvaise barbaque.

(Hayard, 1907) : Viande de mauvaise qualité.

Barbaudier

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Gardien. Barbaudier de castu, gardien d’hôpital.

(Bras-de-Fer, 1829) : Gardien.

(Halbert, 1849) : Portier.

(Larchey, 1865) : Guichetier (Vidocq). — Il est chargé du barbot des prisonniers.

(La Rue, 1894) : Guichetier.

(France, 1907) : Guichetier ; on dit aussi barbotier, parce qu’ils fouillent et barbotent les prisonniers.

Barbaudier de castu

(anon., 1827) : Gardien d’un hôpital.

(Halbert, 1849) : Gardien d’hôpital.

Barbaudier, barbotier

(Rigaud, 1881) : Guichetier. — Barbaudier de castu, concierge d’hôpital. Il est chargé de fouiller, barboter les visiteurs.

Barbautier

(Hayard, 1907) : Gardien de prison.

Barbautiers

(Virmaître, 1894) : Gardiens de prison. Cette expression vient-elle de ce qu’ils sont chargés de garder les barbotteurs ? Vient-elle de ce qu’ils barbottent les prisonniers confiés à leur garde ? (Argot des voleurs). N.

Barbe

(d’Hautel, 1808) : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

(Delvau, 1867) : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

(Rigaud, 1881) : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

(Boutmy, 1883) : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

(Fustier, 1889) : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin.)

(Virmaître, 1894) : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

(Virmaître, 1894) : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

(France, 1907) : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Barbe (avoir de la)

(Rigaud, 1881) : Locution usitée dans le jargon des gens de lettres, pour désigner une vieille histoire qui a couru toute la Presse. — Histoire qui a une barbe de sapeur, histoire très vieille, très connue.

Barbe (avoir la)

(Hayard, 1907) : Être ivre.

Barbe (en prendre une)

(Virmaître, 1894) : Se pocharder. Dans les imprimeries quand un camarade a pris une barbe, on dit aussi qu’il était chargé à cul. Allusion au cheval qui ne peut pas avancer quand sa charge est trop lourde (Argot d’imprimerie).

Barbe (faire sa)

(Fustier, 1889) : Argot théâtral. Gagner de l’argent.

Sa barbe faite, comme on dit en argot théâtral, c’est-à-dire son argent gagné, notre chanteuse s’empresse de quitter le salon.

(Gaulois, 3 octobre 1881.)

Barbe (femme à)

(Fustier, 1889) : Argot militaire.

Terme sous lequel on désigne une beauté sur le retour généralement unique dans chaque ville de garnison, qu’une étrange et irrésistible passion pour le biscuit militaire laisse sans défense contre les assauts du soldat.

(Ginisty : Manuel du Parfait réserviste.)

Barbe (prendre la)

(Larchey, 1865) : S’enivrer.

La Saint-Jean d’hiver, la Saint-Jean d’été, la Saint-Jean-Porte-Latine, le moment qui commence les veillées, celui qui les voit finir, sont autant d’époques où (pour les compositeurs d’imprimerie) il est indispensable de prendre là barbe.

Ladimir.

Barbe (vieille)

(Rigaud, 1881) : Et vieille barbe démocratique, pour désigner un vétéran de la démocratie. Raspail a été souvent appelé « vieille barbe » par ses adversaires politiques. Ennemie de toute inovation comme de toute transaction, la vieille barbe repousse l’opportunisme et ne connaît que le catéchisme des républicains de 1818. Elle n’a jamais voulu se laisser raser par aucun des gouvernements qui se sont succédé depuis cette époque.

M. Madier-Montjau lutte comme une vieille barbe qu’il est, à coups de théories déclamatoires.

(Figaro du 21 janvier 1879.)

Vieille barbe est synonyme de ganache.

Invitez là tous les fossiles
Remis à neuf et rempaillés
Les vieilles barbes indociles,
Fourbus, casses, crevés, rouilles.

(Le Triboulet, du 29 fév. 1880.)

C’est encore ce vieux père Blanqui, qui sera toujours le modèle des vieilles barbes.

(Le Triboulet, du 6 juin 1880.)

Barbe à poux

(Virmaître, 1894) : Barbe de capucin, barbe en broussaille, longue, sale et crasseuse, dans laquelle jamais le peigne ne pénêtre ; les poux peuvent y nicher à l’aise sans crainte d’être dérangés (Argot du peuple). N.

Barbe de la femme (la)

(Delvau, 1864) : Les poils de sa motte, — qu’elle se garde bien de couper et encore moins d’épiler, à l’exemple des femmes d’Orient :

Sur ta laine annelée et fine
Que l’art toujours voulut raser ;
O douce barbe féminine !
Reçois mon vers comme un baiser.

Th. Gauthier.

Barbe-bleue

(France, 1907) : Entrepreneur de travaux de terrassement.

Barbe, barbeau, barbillon

(La Rue, 1894) : Souteneur.

Barbe, barbiset, barbeau, bouffeur de blanc

(Hayard, 1907) : Homme qui vit de la prostitution.

Barbeau

(Delvau, 1864) : Souteneur de filles ; membre de la grande famille des maquereaux — qui n’a rien de commun, que le nom, avec la grande famille des scombéroïdes.

Pègr’ et barbeaux, aboulez au Sauvage ;
Et sans traquer livrez-vous au plaisir ;
On aurait tort de vouloir être sage,
Puisqu’après tout, on sait qu’il faut roidir.

A. Dumoulin.

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de tilles, homme-poisson qui sait nager entre deux eaux, l’eau du vice et celle du vol.

(France, 1907) : Souteneur, domestique attaché à un bordel. On dit aussi barbillon.

Barbeau, barbillon

(Rigaud, 1881) : Souteneur de filles. Encore un mot emprunté à l’ichthyologie pour désigner cette intéressante classe d’industriels.

Barbeaudier

(Delvau, 1867) : s. m. Concierge, — dans l’argot des voleurs. Barbeaudier de castu. Gardien d’hôpital.

Barbèque

(Rigaud, 1881) : Viande, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Viande.

(France, 1907) : Viande.

Barber

(Rossignol, 1901) : Voir Barbe.

Tais-toi, tu nous barbes ou rases.

Ce mot probablement vient de ce que les barbiers sont raseurs en paroles lorsqu’ils vous font la barbe.

(Hayard, 1907) : Ennuyer.

Barberot

(Larchey, 1865) : Barbier (Vidocq). Dimin. de barbier.

(La Rue, 1894) : Barbier.

(France, 1907) : Barbier ; argot des forçats.

Barbet

(d’Hautel, 1808) : Crotté comme un barbet. Se dit d’un homme sale, malpropre et fort crotté, par allusion aux chiens de cette race. On le dit aussi d’un homme tombé dans la plus profonde misère.
Un barbet. Terme de mépris : bambin, marmouset ; homme petit et d’une grande malpropreté.
Suivre quelqu’un comme un barbet. S’attacher à ses pas, le suivre partout avec opiniâtreté.

(France, 1907) : Diable, sans doute à cause de la barbe de bouc avec laquelle on le représente, et qui n’est qu’une réminiscence du satyre antique.

Barbet (le)

(Rigaud, 1881) : Le diable, — dans le jargon des voleurs.

Barbette

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de barbe : petite pointe de vin qui met en gaieté, qui fait babiller et souvent dire des choses que l’on auroit tenues cachées étant à jeun. Terme typographique.

Barbettes

(France, 1907) : Fortifications. On appelle aussi barbettes, dans l’argot de Saint-Cyr, les officiers du génie.

Barbichon

(Delvau, 1867) : s. m. Capucin, — dans l’argot des voyous.

(Virmaître, 1894) : Capucin. Allusion à ce que ces religieux laissent croître leur barbe (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Moine à barbe.

Barbier

(d’Hautel, 1808) : Un barbier rase l’autre. C’est-à-dire que chacun, dans sa profession, doit s’entraider, se prêter secours. Ce proverbe se prend souvent en mauvaise part, et signifie alors que les gens de la même profession s’entendent ensemble, et se soutiennent l’un l’autre dans leurs concussions.
Glorieux comme un barbier. Les barbiers de nos jours out donc bien dégénéré !

Barbifier (se)

(Fustier, 1889) : Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe.

Il s’est barbifié hier ; il a mal aux cheveux aujourd’hui.

(Typologie-Tucker, juin 1885.)

Barbill ou barbillon

(Halbert, 1849) : Qui reçoit de l’argent d’une prostituée.

Barbille

(Delvau, 1867) : s. m. Souteneur de filles, — apprenti barbeau.

Barbillon

(un détenu, 1846) : Souteneur de filles.

(Delvau, 1864) : Souteneur de filles ; homme qui vend sa protection aux putains. — Du moment qu’il a été convenu qu’on appellerait ces drôles-là maquereaux, comme le maquereau est un poisson, on les a appelés aussi d’autres noms de poissons ; on les a même appelés poissons purement et simplement.

Quoi ! pour aller danser, ma chère,
Tu abandonnes le persil,
Et de ton barbillon de père,
Tu ne conserve aucun souci.

A. Dumoulin.

(Larchey, 1865) : Souteneur de filles (Vidocq). — Équivalent de poisson.

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune souteneur de filles.

(Virmaître, 1894) : Souteneur. Diminutif de brochet, quoiqu’ils soient aussi voraces l’un que l’autre pour dévorer la recette de la marmite (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Synonyme de barbize.

(France, 1907) : Jeune souteneur, l’amant des filles de joie.

Barbillon de Beauce

(Virmaître, 1894) : Légumes. Les voleurs disent également : barbillon de Varenne pour navet. Cette dernière expression est des plus anciennes ; on lit en effet dans le dictionnaire d’Olivier Chéreau : barbillons de Varanne (Argot des voleurs).

Barbillons de Beauce

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Légumes, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Légumes. — Barbillons de Varenne, navets.

(La Rue, 1894) : Légumes.

(France, 1907) : Légumes.

Barbillons de varenne

(Halbert, 1849) : Navets.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Navets, — dans l’argot des voleurs, qui savent que ce légume pousse, volontiers, dans les terres sablonneuses. Le dictionnaire d’Olivier Chéreau donne : Babillons de varane.

Barbillons de Varenne

(France, 1907) : Navets.

Barbise

(Virmaître, 1894) : Apprenti souteneur. Il en existe qui n’ont pas quinze ans et qui macrotent déjà les petites bouquetières, quelquefois leurs sœurs (Argot des souteneurs). N.

(France, 1907) : Apprenti souteneur.

Il en existe qui n’ont pas quinze ans et qui macrotent déjà les petites boutiquières, quelquefois leurs sœurs.

(Ch. Virmaître.)

Barbiset

(Virmaître, 1894) : Diminutif de barbe. Plus jeune et moins en faveur (Argot des voleurs). N.

Barbiste

(Delvau, 1867) : s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.

(Rigaud, 1881) : Élève de l’institution Sainte-Barbe.

Il va sans dire que les anciens barbistes font élever leurs fils à Sainte-Barbe.

(Scribe, Maurice.)

(Rigaud, 1881) : Ouvrier typographe qui prend souvent des barbes, c’est-à-dire qui se grise souvent ; ouvrier qui procède par séries soulographiques, — dans le jargon des typographes.

(France, 1907) : Élève ou ancien élève de l’école de Sainte-Barbe.

Barbize

(Rossignol, 1901) : Souteneur.

Barbizet

(France, 1907) : Souteneur.

Magnette excitait par sa crânerie une admiration que rehaussait encore la renommée de son bon cœur et de sa probité, on le donnait pour exemple aux barbizets qui débutaient dans la carrière.

(Oscar Méténier.)

Barbot

(Larchey, 1865) : Canard (Vidocq). — L’acte est mis pour l’acteur. Barbot : Fouille. — Allusion à la main fouillant une poche, comme un bec de canard barbotte dans un trou.

Je fis le barbot et je m’emparai de quelques pièces de vingt et quarante francs.

Canler.

(Delvau, 1867) : s. m. Canard, — dans l’argot des voyous.

(Rossignol, 1901) : Souteneur voleur. — Un voleur est un barbot, les barbots (souteneurs) sont en général des barboteurs.

(France, 1907) : Souteneur ou voleur. Voler au barbot ou faire le barbot, fouiller les poches.

Barbot (vol au)

(La Rue, 1894) : Vol dans les poches.

Barbot, vol au barbot

(Rigaud, 1881) : Vol exécuté dans les poches du prochain. — Faire le barbot, fouiller dans les poches.

Barbotage

(France, 1907) : Vol.

Barbote

(Delvau, 1867) : s. f. Visite minutieuse du prisonnier à son entrée en prison. On dit aussi Barbot s. m.

(Rigaud, 1881) : Visite pratiquée sur la personne des détenus, au moment de leur incarcération.

(La Rue, 1894) : Visite sur la personne des détenus.

(France, 1907) : Visite minutieuse des prisonniers et des femmes à leur entrée en prison, de la tête au pieds, jusque dans les parties les plus secrètes.

Barboter

(Clémens, 1840) : Fouiller.

(Delvau, 1867) : v. a. Fouiller ; voler. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Fouiller dans les poches du voisin ou de la voisine. Les voleurs barbotent beaucoup dans les omnibus. Ils fouillent dans la poche d’autrui comme les canards dans les ruisseaux.

(Boutmy, 1883) : v. a. Voler des sortes dans la casse de ses camarades. Se dit souvent à la place de fricoter et de piller.

(Merlin, 1888) : Fouiller dans les affaires d’autrui ; voler : pêcher en eau trouble.

(Fustier, 1889) : Parler sans savoir ce que l’on dit.

(Rossignol, 1901) : Fouiller, prendre.

On m’a barboté mon blavin.

(France, 1907) : Fouiller, voler. Barboter la caisse, s’approprier le contenu d’un secrétaire ou d’un coffre-fort.

L’un de ces visiteurs occultes, l’abbé X…, avait même profité de la circonstance pour barboter deux livres obscènes, illustrés de galantes images inspirées par le péché peu mortel dont il aime tant à absoudre ses clientes de prédilection.

(Maxime Boucheron.)

Barboteur

(Boutmy, 1883) : s. m. Synonyme de fricoteur et de pilleur de boîtes.

Barboteur de campagne

(France, 1907) : Voleur de nuit.

Barboteur, barboteuse

(Rigaud, 1881) : Celui, celle qui cultive l’art du barbot. — Barboteur de campagne, voleur de nuit.

Barboteuse

(La Rue, 1894) : Prostituée voleuse.

(France, 1907) : Prostituée et voleuse.

Barbotier

(Delvau, 1867) : s. m. Guichetier chargé de la visite des prisonniers à leur entrée.

(La Rue, 1894) : Canapé.

(France, 1907) : Guichetier chargé de fouiller les prisonniers et les cellules.

Barbotier (un)

(M.D., 1844) : Un canard.

Barbotin

(La Rue, 1894) : Produit de vol.

(France, 1907) : Produit du vol.

Après mon dernier barbotin,
J’ai flasqué du poivre à la rousse.

(Jean Richepin.)

Barbots

(Virmaître, 1894) : Voleurs (Argot des voleurs). La romance du pègre dit :

Pègres et barbots, rappliquez au Sauvage
Et sans traquer livrez vous au plaisir.
On aurait tort de vouloir être sage
Puisqu’après tout on sait qu’il faut mourir.

Barbottage

(Fustier, 1889) : Vol.

Le droit au barbottage est absolu.

(A. Humbert : Mon bagne.)

Barbotter

(un détenu, 1846) : Fouiller.

(Halbert, 1849) : Fouiller.

(Larchey, 1865) : Voler (Vidocq). — Mot à mot : faire le barbot.

Tous deux en brav’s nous barbottions, D’or et d’billet nous trouvons un million.

Paillet.

(Virmaître, 1894) : Fouiller les poches de quelqu’un. C’est une spécialité qui demande une certaine adresse. La ménagère souvent la nuit, pendant que son mari sommeille, pratique, sans mandat, une visite domiciliaire dans les poches du dormeur (Argot du peuple).

Barbotteuse

(d’Hautel, 1808) : Coureuse ; gaupe ; courtisane vile et crapuleuse.

Barbottier

(Virmaître, 1894) : Canapé (Argot des voleurs). N.

Barbouillée

(d’Hautel, 1808) : Se moquer de la barbouillée. Blesser les lois de la bienséance et de la délicatesse ; agir délibérément et avec hardiesse ; se moquer de tout ce qu’on peut dire ; faire des propositions extravagantes et ridicules, qui ne peuvent être goutées de personnes.

Barbouilleur

(d’Hautel, 1808) : C’est un barbouilleur. Se dit d’un mauvais écrivain, d’un homme qui parle, d’une manière inintelligible ; d’un croûton ; d’un peintre au balai.

Barbouilleux des pois

(d’Hautel, 1808) : Expression burlesque, pour dire un bredouilleur ; un homme qui parle avec une telle promptitude qu’on ne peut l’entendre.

Barbue

(Larchey, 1865) : Plume (Vidocq). — Allusion aux barbes de plume. V. Arguemine.

(Delvau, 1867) : s. f. Plume à écrire, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Plume.

(Virmaître, 1894) : Plume. Allusion à la barbe des anciennes plumes d’oie (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Plume ; argot des voleurs.

Barda

(Merlin, 1888) : Sac.

(Rossignol, 1901) : Havresac du troupier. C’est probablement de barda que vient le mot barder. La hauteur d’un sac de zouave est connue, il n’a pas plus à porter qu’un soldat d’infanterie ; mais, comme il a l’habitude du voyage, il ne met rien dans le sac, mais tout dessus, de façon que la Charge porte sur les épaules et non sur les reins. Dans le temps, un zouave avait toujours sur son sac un rouleau contenant son linge, un pantalon de drap, une couverture, son manteau, une toile et demie pour camper à deux, un bâton, quatre piquets, une paire de souliers, huit jours de vivres de réserve, soit quatre pains, et un des ustensiles de cuisine et sa gamelle individuelle ; avec les cent cartouches, le fusil, et quelques petits Souvenirs de famille conservés précieusement dans le sac, ça finissait par barder.

(France, 1907) : Bagages ; mot arabe rapporté par les soldats d’Algérie.

Bardache

(Delvau, 1864) : Pédéraste actif ou passif, au choix — des autres.

C’est là un cul de châtré ou de bardache, si jamais il y en a eu.

La Popelinière.

Le capitan était bardache :
Godefroy, seigneur de Bouillon,
L’encula dans une patache.

B. de Maurice.

(France, 1907) : Jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent. On disait enfant d’honneur.

Le prince de Bidache
Criait aux Allemands :
Rendez-moi mon bardache.

(Tallemant des Réaux.)

Bardé

(d’Hautel, 1808) : Il est bardé d’ornemens. Pour il est surchargé, couvert d’ornemens.

Bardeau

(Boutmy, 1883) : s. m. Casseau contenant diverses sortes d’un même caractère.

Barder

(un détenu, 1846) : Bâiller, entrebâiller. Exemple : Une poche barde quand elle est pleine de quelques objets.

(Rossignol, 1901) : Être lourd.

J’ai coltiné toute la journée des colis qui bardaient.

Bardot

(d’Hautel, 1808) : Au figuré, un idiot, un innocent auquel on fait supporter tout le poids des mauvaises plaisanteries.

(France, 1907) : Produit de l’accouplement du cheval et de l’ânesse. Ce produit, plus petit et plus mal conformé que le mulet, ne se trouve guère qu’en Sicile. Voir Brelandage.

Bardou

(France, 1907) : Lourdaud ; vieux français.

Barguignage

(d’Hautel, 1808) : Vétillerie, hésitation, incertitude ; difficulté à prendre un parti.

Barguigner

(d’Hautel, 1808) : Chipoter, tracasser, marchander ; avoir de la peine à se déterminer ; hésiter sur la conclusion d’une affaire.

Barguigneur

(d’Hautel, 1808) : Qui hésite, qui n’est pas sûr de son fait ; tracassier, chicaneur.

Baril de moutarde

(Rigaud, 1881) : Derrière.

(France, 1907) : Culotte ou derrière, c’est-à-dire la partie de notre corps qui change de nom à la suite des reins. « Fi ! quel sale cul, quel baril de moutarde ! »

Bariolage

(d’Hautel, 1808) : Assemblage de couleurs bizarres.

Barioler

(d’Hautel, 1808) : Être bariolé. Pour avoir des habits de couleurs tranchantes et ridicules, qui s’assortissent mal. On dit d’un homme ainsi vêtu : qu’Il est bariolé comme la chandelle des rois ; par allusion à une ancienne cérémonie religieuse, qui consistoit à brûler, la veille des rois, une chandelle de diverses couleurs.

Barka

(France, 1907) : Assez ; argot des soldats d’Algérie.

Baromètre

(d’Hautel, 1808) : Son corps est comme un baromètre. Se dit par raillerie d’un homme qui a de grandes infirmités, et auquel les moindres changemens de temps sont très-préjudiciables.

(Virmaître, 1894) : La médaille des députés. Pour le coiffeur ou l’ouvrier chapelier qui quitte son rasoir ou balance son tablier par un caprice du suffrage universel, la médaille qu’il a dans sa poche marque le beau fixe pendant quatre ans. Elle est pour lui le baromètre du bonheur (Argot du peuple). N.

Baron

(d’Hautel, 1808) : Un baron de la crasse. Surnom dérisoire que l’on donne à un homme affecté dans ses manières et guindé dans ses habillemens, qui sans biens, sans titres, sans fortune, prend des airs de cour, et veut trancher du grand seigneur.

Baron de la crasse

(Delvau, 1867) : s. m. Homme gauche et ridicule en des habits qu’il n’a pas l’habitude de porter, — dans l’argot du peuple, qui se souvient de la comédie de Poisson.

Baron de la Crasse

(Rigaud, 1881) : Se disait au XVIIIe siècle d’un homme grotesque et ridicule dans sa mise, d’un homme qui singeait les gens de qualité. Poisson a laissé une comédie sous le titre du Baron de la Crasse.

Baron de la crasse

(France, 1907) : Homme sale, et mal habillé, qui se donne des airs de gentilhomme.

Baron de la grasse

(Virmaître, 1894) : Individu malpropre, sale, puant, dégoûtant, ne se débarbouillant, suivant une vieille expression, que lorsqu’il pleut (Argot du peuple).

Baronifier

(Delvau, 1867) : v. a. Créer quelqu’un baron, — dans l’argot du peuple, qui a vu mousser de près la Savonnette Impériale.

Baroque

(d’Hautel, 1808) : Singulier, bizarre, quinteux et inégal.

Barouf (faire du)

(Hayard, 1907) : Faire du tapage.

Barque

(d’Hautel, 1808) : La barque embaume. Cri des marchands de bimbeloteries, de bergamottes, etc., qu’ils réitèrent deux ou trois fois de suite pour fixer l’attention des passans sur leurs merchandises, et les exciter à acheter.
Il a mal conduit sa barque. Pour il a mal calculé ses affaires ; ses entreprises n’ont eu aucun succès.
À la barque ! à la barque. Cri des écaillères qui vendent des huîtres de bateaux dans les rues.

Barrabas

(d’Hautel, 1808) : Il est connu comme Barrabas et la passion. Se dit d’un homme auquel le public a souvent affaire, et dont le nom est très-répandu. Cette locution se prend fréquemment en mauvaise part et ne se dit que d’un homme mal famé.

Barraque

(Virmaître, 1894) : Jeu de hasard. Ce jeu se joue sur un billard ordinaire avec un appareil spécial. Un joueur tient la queue, les parieurs sont divisés en deux camps ; il s’agit de mettre une bille désignée dans une des cavités de l’appareil. La barraque est un jeu prohibé parce que l’on peut avec habileté voler facilement (Argot des joueurs). N.

Barre

(d’Hautel, 1808) : Il est roide comme une barre. Pour il a l’air sec et rébarbatif ; le maintien gauche et empesé.

(Delvau, 1867) : s. f. Aiguille, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Aiguille.

(Virmaître, 1894) : Aiguille (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Aiguille ; argot des voleurs. Compter à la barre, c’est compter en traçant des barres sur une ardoise.

Barré

(Delvau, 1867) : adj. et s. Simple d’esprit, et même niais, — dans l’argot du peuple, qui, sans doute, veut faire allusion à une sorte de barrage intellectuel qui rend impropre à la conception.

(Virmaître, 1894) : Taisez-vous, en voilà assez. Fermez çà, barré. Barrée (la rue est). Elle l’est, en ellet, pour ceux qui n’y peuvent passer à cause d’un créancier récalcitrant. On dit aussi : on pave (Argot du peuple).

Barre (compter à la, tenir sa comptabilité à la)

(Rigaud, 1881) : Ce genre de comptabilité, encore en usage chez quelques marchands de vins, consiste à marquer chaque objet de consommation au moyen d’une barre faite à la craie sur une ardoise. Au noble jeu de tourniquet, l’ardoise marche un train d’enfer, et quelquefois, dans sa précipitation, le marchand de vin aligne quelques barres de plus.

Barré (être)

(Virmaître, 1894) : Individu bouché, crédule, ignorant, qui comprend difficilement. Mot à mot : il a la cervelle barrée (Argot du peuple).

Barrée

(France, 1907) : Tête dure.

Barrée (la)

(Virmaître, 1894) : Échelle. Allusion aux échelons que forment les barreaux (Argot des voleurs). V. Montante.

Barrée (rue)

(France, 1907) : Rue où l’on évite de passer à cause d’un créancier qui l’habite.

Barrer

(d’Hautel, 1808) : Il lui a barré le visage. Pour dire, il lui a donné un coup de bâton au milieu du visage ; il l’a étourdi.

(Delvau, 1867) : v. n. Abandonner son travail, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se barrer. S’en aller.

(Delvau, 1867) : v. a. Réprimander, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Quitter son ouvrage. — Réprimander. Se barrer, s’en aller, — dans le jargon des ouvriers.

(La Rue, 1894) : Réprimander.

(Rossignol, 1901) : Quitter, s’en aller, quitter sa maîtresse est la barrer.

Nous ne nous aimons plus, barrons. — Il est tard, barrons, allons-nous-en.

(France, 1907) : Cesser une affaire, réprimander. Se barrer, se défendre.

Barrer (se)

(La Rue, 1894) : Se défendre.

(France, 1907) : Se sauver, s’esquiver. Argot des apaches.

— Barrez-vous, les gosses, y a que du lait dans vos bras et le rouge va pisser ici !

(Charles-Henry Hirsch.)

Barrerot

(Delvau, 1867) : s. m. Barbier, — dans l’argot des forçats.

Barres

(France, 1907) : Mâchoires. Se rafraichir les barres, boire.

Barres (se rafraîchir les)

(Rigaud, 1881) : Boire, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

Barrique

(d’Hautel, 1808) : C’est une grosse barrique. Sarcasme que l’on applique à une personne d’un volumineux embonpoint, et dépourvue de toutes vertus morales.

(Delvau, 1867) : s. f. Bouteille ou carafe, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disaient autrefois Gomorrhe — du nom d’une mesure juive qui indiquait la quantité de manne à récolter.

(France, 1907) : Bouteille ; argot des francs-maçons.

Bartholo

(France, 1907) : Surveillant vieux et jaloux ; nom tiré d’un tuteur incommode de la pièce de Beaumarchais, Le Barbier de Séville.

Bas

(d’Hautel, 1808) : Un petit bas du cul. Terme de mépris. Bambin, marmouset ; homme extrêmement petit de taille, qui fait le j’ordonne et l’entendu.
Déchirez-vous les jambes, vous aurez des bas rouges. Baliverne usitée en parlant à un homme oisif et désœuvré, qui se plaint continuellement de ne savoir que faire.
Descendez, on vous demande en has. Se dit par raillerie lorsque quelqu’un monte sur une échelle ou sur un arbre, vient à tomber par terre.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Se dit d’un homme qui veut prendre un ton au-dessus de ses moyens, et faire des libéralités quand il n’a pas lui-même de quoi subsister.
Les eaux sont basses. Pour, dire qu’on n’a presque plus d’argent ; que les moyens et les ressources sont presqu’épuisées.
À bas couvreur, la tuile est cassée. Se dit pour faire descendre quelqu’un d’un lieu élevé.
À bas la motion. Cri d’improbation qui, des assemblées révolutionnaires, est passé dans la conversation du peuple ; et qui signifie qu’une chose proposée doit être rejetée sans appel. On dit à peu-près dans le même sens, À bas la cabale.
Il y a du haut et du bas dans son esprit, dans sa conduite, dans son humeur. Signifie qu’un homme est inconstant et rempli d’inégalités.
Il est bien bas percé. Pour il est dans un grand dénûment. Se dit aussi en parlant d’un malade, pour faire entendre qu’il est en très-grand danger.
Les hirondelles volent basses. Un usage vicieux fait continuellement employer l’adjectif féminin pour l’adverbe bas, dans cette locution. Il faut dire pour bien parler, Les hirondelles volent bas.

Bas (le)

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, à cause de sa situation.

Gargamelle commença à se porter mal du bas.

Rabelais.

Elle s’accointa de l’un des clercs, lequel par aventure lui mettait l’intelligence de ces mots en la tête par le bas.

Bonaventure Desperriers.

Bas de buffet

(Delvau, 1867) : s. m. Homme ou chose de peu d’importance. Argot du peuple. Vieux bas de buffet. Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a encore des prétentions à l’attention galante des hommes.

(Virmaître, 1894) : Injure à l’adresse des vieilles femmes prétentieuses qui se maquillent outrageusement. Pour accentuer on dit : vieux bas de buffet (Argot du peuple).

(France, 1907) : Vieille coquette prétentieuse et ridicule.

Bas de buffet (vieux)

(Rigaud, 1881) : Vieillard ridicule, vieille femme à prétentions.

Bas de plafond

(Delvau, 1867) : m. Homme d’une taille ridiculement exiguë. On dit aussi Bas du cul.

(France, 1907) : Homme de petite taille. On dit aussi bas du cul.

Bas de soie à un cochon (ça lui va comme des)

(Rigaud, 1881) : Locution populaire qui veut dire : Ça ne lui va pas du tout, ça produit sur lui le plus mauvais effet. — Le sifflet d’ébéne, rien que ça de chic ! ça te va comme des bas de soie à un cochon.

Bas du cul

(Virmaître, 1894) : Petite femme. Dans le peuple, pour bien caractériser sa petitesse, on dit : quand elle pète elle fait des ronds dans le sable (Argot du peuple).

Bas du cul (Monsieur, Madame)

(Rigaud, 1881) : Homme noué, femme nouée. Celui, celle dont le buste trop long est disproportionné avec les jambes. On dit encore : Avoir le derrière dans les talons.

Bas du… derrière

(Rossignol, 1901) : Homme de petite taille.

Trois pouces de jambes et le… derrière tout de suite.

Bas percé

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme pauvre ou ruiné. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Sans le sou.

(Virmaître, 1894) : Être à fond de cale, à bout de ressources. Allusion aux bas percés qui indiquent la misère (Argot du peuple). V. Lac.

Bas percé (être)

(France, 1907) : Être pauvre ; allusion aux bas que l’on portait du temps des culottes et que les pauvres diables ne pouvaient souvent remplacer.

Bas quelque part (avoir un vieux)

(Rigaud, 1881) : Avoir des économies. Les gens de la campagne placent encore leurs économies dans des bas ; de là l’expression.

Bas-bleu

(Delvau, 1867) : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?

(France, 1907) : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :

La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.

(Jean de Meun.)

« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »

Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.

(G. Meurier, Trésor des sentences.)

Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.

(Adages français, XVIe siècle.)

Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :

Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.

Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :

Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !

Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.

Bas-bleuisme

(Delvau, 1867) : s. m. Maladie littéraire spéciale aux femmes qui ont aimé et qui veulent le faire savoir à tout le monde. Le mot a été créé récemment par M. Barbey d’Aurevilly.

(France, 1907) : Manie des désexées.

Les filles trop savantes font généralement de piètres ménagères, et notre société atteindra sûrement la fin du siècle et celle de plusieurs autres avant que les champions et championnes du Droit des femmes soient parvenus à faire entrer dans la cervelle rétive du mâle que, pour une épouse selon l’évangile des maris, l’étude des logarithmes et les recherches philosophiques ou linguistiques ne valent pas l’art modeste enseigné par le baron Brisse, celui d’accommoder les restes.
Nous sommes et resterons longtemps encore, nous autres grossiers barbus, courbés sous le prosaïsme des appétits matériels ; nous n’avons pas changé depuis Molière, et, comme le bonhomme Chrysale, nous vivons de bonne soupe et non de beau langage ; et si nos femmes s’occupent de belles-lettres, qui torchera les enfants et soignera le pot-au-feu ?

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur.)

Bas-off

(Merlin, 1888) : Adjudant de Saint-Cyr et Polytechnique.

(France, 1907) : Abréviation de bas-officier, ancienne appellation des sous-officiers ; argot de Saint-Cyr et de l’École polytechnique.

Bas-off, Bazof

(Rigaud, 1881) : Adjudant sous-officier de l’École polytechnique ; c’est-à-dire bas-officier, par apocope dont les élèves font grand usage. Ainsi : bibli, biblo, pour bibliothèque ; colo, géné, corri, salle de récré, amphi, pour colonel, général, corridor, salle de récréation, amphithéâtre.

Les sept punis, roulés dans leurs draps, ainsi que des fantômes d’opérette, emboîtant le pas du bazof.

(R. Maizeroy, La Vie moderne, 15 sep. 1879.)

Basane

(Delvau, 1867) : s. f. Peau du corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Tanner la basane. Battre quelqu’un.

(Delvau, 1867) : s. f. Amadou, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Peau du corps humain. Amadou. Faire une basane. Défier du geste.

(Virmaître, 1894) : Peau. Les tabliers des forgerons se nomment basane (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Taper sa cuisse en faisant avec la main un geste significatif et dire : « Tiens, voilà pour toi, ou va porter ça à ton capitaine », est tailler une basane.

(France, 1907) : La peau. Tanner la basane à quelqu’un, le battre ; tailler une basane, « Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, arec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante. » (Léon Merlin, La langue verte du troupier.)

On dit aussi basane pour amadou.

Basane (tailler une)

(Merlin, 1888) : Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, arec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante.

Basarder

(un détenu, 1846) : Vendre.

(Virmaître, 1894) : Vendre.
— Je basarde mes frusques, mon mobilier.
Basarder veut dire aussi renvoyer :
— Je basarde ma maîtresse (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vendre.

Je vais basarder mes bois (meubles) à un aminche (ami).

Bascule

(Delvau, 1867) : s. f. Guillotine, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Guillotine. — Basculer, guillotiner.

(Virmaître, 1894) : La guillotine. Allusion à la planche qui bascule pour pousser le condamné sous la lunette (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Guillotine ; argot des faubouriens.

Basculer

(Delvau, 1867) : v. a. Guillotiner. Être basculé. Être exécuté.

(France, 1907) : Guillotiner.

Bascules

(Virmaître, 1894) : Épaules (Argot des voleurs). V. Porte turbin. N.

Basile

(France, 1907) : Calomniateur, personnage des comédies de Beaumarchais.

Basourdi

(Halbert, 1849) : Abattu.

Basourdir

(anon., 1827) : Tuer.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Tuer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Tuer.

(Halbert, 1849) : Abattre, frapper quelqu’un.

(Larchey, 1865) : Assommer (Vidocq). — Abrév. d’abasourdir.

(Delvau, 1867) : v. a. Étourdir, et, par extension naturelle, Tuer, — dans l’argot des voleurs, qui ont dédaigné abasourdir comme trop long. Basourdir ses gaux picantis, ou seulement ses gaux. Chercher ses poux — et les tuer.

(France, 1907) : Aphérèse de abasourdir, tuer ; argot des voleurs.

Basque

(d’Hautel, 1808) : Marcher comme un basque. Marcher comme un fou ; courir comme un écervelé,

Basse

(Delvau, 1867) : s. m. La terre par opposition au ciel. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Terre. Elle est surtout basse pour les paysans. — « La terre est basse » dit-on, proverbialement dans le Midi, lorsqu’un travail exige beaucoup de fatigue.

(La Rue, 1894) : La terre.

(France, 1907) : Terre ; argot des voleurs.

Basse (la)

(Virmaître, 1894) : La terre. Pour qualifier un fainéant qui ne veut pas travailler on dit : il a les côtes en long, ce qui l’empêche de se baisser. La terre est trop basse (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : La terre.

Basses-chasses

(France, 1907) : Les galères, telles qu’elles étaient autrefois quand les forçats ramaient. — Voir Bachasse.

Bassin

(d’Hautel, 1808) : Cracher au bassin. Donne, quelque chose malgré soi ; à contre-cœur.
On dit aussi Faire cracher quelqu’un au bassin. Pour lui soutirer de l’argent ; lui faire payer un écot auquel il n’a point pris part.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, dans laquelle le membre viril nage trop souvent.

J’eusse voulu toujours fouiller dans votre bassin.

Tabarin.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme ennuyeux, — dans l’argot des filles et des faubouriens, qui n’aiment pas à être ennuyés, les premières surtout. On dit aussi Bassinoire.

(Boutmy, 1883) : s. m. Homme ennuyeux. Ce mot appartient aussi à l’argot parisien et n’est pas spécial à la typographie : Tais-toi, vieux bassin. On dit aussi bassinoire.

(Virmaître, 1894) : Insipide, ennuyeux (Argot du peuple). V. Bassinoire.

(Rossignol, 1901) : Individu ennuyeux.

(France, 1907) : Homme ennuyeux. On dit aussi bassinoire. « Quel bassin que ce curé ! »

Bassin, bassinoire

(Larchey, 1865) : Importun.

Allons, vieux bassin, Avez-vous fini vos manières.

Becquet, chanson.

Bassiner : Importuner.

Il me bassine, cet avoué.

Labiche.

Bassinoire : Grosse montre de cuivre. — Moins le manche, elle offre un diminutif assez exact de la bassinoire classique.

C’était une vénérable montre de famille, dite bassinoire en langage familier.

Champfleury.

Bassin, Bassinoire

(Rigaud, 1881) : Individu ennuyeux, qui a le talent de tous agacer les nerfs.

Bassinant

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyeux, importun, bavard.

(Rossignol, 1901) : Ennuyant.

Si Pierre vient, dis-lui que je n’y suis pas, il est bassinant commt un boisseau de puces.

Bassiner

(Delvau, 1867) : v. a. Importuner.

(Rigaud, 1881) : Ennuyer fortement. La conversation de quelqu’un qui vous bassine produit sur les nerfs le mouvement monotone de la bassinoire passée et repassée sur les draps de lit pour les chauffer. — Dans le glossaire génevois de M. J. Humbert ce mot et le précédent ont la même signification que chez nous. À qui la paternité : à Genève ou à Paris ?

(France, 1907) : Ennuyer. « Alexandre Dumas a voulu chausser les escarpins de de Diderot ; mais Dieu sait si Alexandre Dumas nous… bassine. »

Le mot bassiner, appliqué aux personnes comme synonyme d’ennuyer, est-il une injure ?
Voilà un point important de jurisprudence fixé aujourd’hui, grâce au tribunal de Clamecy, qui, conformément aux conclusions du procureur de la République, a déclaré que l’expression : il me bassine constitue une injure envers la personne à laquelle elle est adressée, et il a condamné l’auteur de ce délit à une amende de deux cents francs.

(Radical.)

Bassinet (cracher au)

(Rigaud, 1881) : Donner de l’argent de mauvaise grâce. Autrefois à l’église, et encore aujourd’hui, les offrandes, au moment de la quête, sont déposées dans un plat de métal, dans un bassin. — Cracher au bassinet. Avouer, se décider à parler.

Une fois ! deux fois ! tu ne veux pas cracher au bassinet ?

(J. Lermina, Les Chasseurs de femmes, 1879.)

Bassinoire

(Delvau, 1867) : s. f. Grosse montre, — dansl’argot des bourgeois.

(Rigaud, 1881) : Montre d’argent très large et très épaisse, montre de paysan.

(Fustier, 1889) : « À Paris, il est de ces hôtels où, pour quelques sous, couchent les maçons, qui s’en vont à leur travail, à l’aube. Eh bien ! Par les nuits d’hiver, il est de pauvres diables qui attendent, l’onglée aux mains, que ces maçons soient partis pour se glisser, au rabais, dans leurs draps encore chauds. Ils font queue devant le logeur, comme devant un théâtre. Ils battent la semelle en attendant le sommeil. Ils appellent, dans leur argot, les compagnons maçons qui leur cèdent ainsi leur couche, les bassinoires. »

(J. Claretie : La Vie à Paris.)

(Virmaître, 1894) : Individu qui répète cent fois la même chose pour ne rien dire (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Celui qui répète plusieurs fois la même chose pour ne rien dire.

(France, 1907) : Grosse montre, comme en portaient nos grands-pères. Le mot s’applique également à un individu ennuyeux qui fatigue les gens de son bavardage. « Fifine, vous êtes une bassinoire. »

Un marchand d’antiquités disait un jour à Vivier :
— J’attends une pièce des plus curieuses : la dernière bassinoire de Louis XIV.
— Madame de Maintenon ! s’écrie Vivier.

(Dr Grégoire, Turlutaines.)

Bassouille

(France, 1907) : Boue ; argot des canuts.

Basta

(Merlin, 1888) : Assez, — de l’espagnol. On dit aussi Barka, — de l’arabe.

(France, 1907) : Assez ; mot rapporté par les troupiers d’Algérie.

— Vous pouvez nous fouiller, vous m’avez fait flanquer deux semaines à l’ours et vous avez le toupet de me réclamer de l’argent ! Vous vous montez joliment le bourrichon. J’ai soupé de votre fiole, mon bon ami, basta !

(Hector France, L’Homme qui tue.)

Bastille

(d’Hautel, 1808) : Il ne se remue non plus qu’une bastille. Se dit d’un homme nonchalant, sédentaire et apathique, que l’on ne peut faire mouvoir.

Bastimage

(Delvau, 1867) : s. m. Travail, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Travail, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Travail.

(France, 1907) : Travail ; argot des voleurs.

Bastinguer (se)

(Rigaud, 1881) : Se cacher, — dans le jargon des marins.

Bastos ?

(Rossignol, 1901) : (Puisque vous m’offrez de passer l’été à la campagne et que vous me donnez à choisir entre Vaux et Houilles, je vous assure, mon ami, que de ces deux localités j’aime mieux Vaux qu’Houilles.)

Bastringue

(d’Hautel, 1808) : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.

(Halbert, 1849) : Scie pour scier le fer.

(Larchey, 1865) : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

(Delvau, 1867) : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.

(Delvau, 1867) : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.

(Delvau, 1867) : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.

(Rigaud, 1881) : Vacarme. — Faire du bastringue.

(Rigaud, 1881) : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.

(La Rue, 1894) : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.

(Virmaître, 1894) : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Bal de bas étage.

(Rossignol, 1901) : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :

Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.

(Hayard, 1907) : Bal de bas étage.

(France, 1907) : Bal de barrière.

Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.

(Vieille chanson.)

On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.

Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

(Lorédan Larchey.)

Bastringuer

(d’Hautel, 1808) : Dérivé de Bastringue. Courir les bals ; hanter les mauvais lieux ; mener une vie libertine et débauchée ; gobelotter, siroter ; faire débauche de vin.

(Rigaud, 1881) : Danser, courir les bals. — Bastringueur, bastringueuse, coureur, coureuse de bals publics.

Bastringueur

(d’Hautel, 1808) : Homme de mauvaise vie ; coureur de cabarets ; qui fréquente les bastringues.

Bastringueuse

(Delvau, 1867) : s. f. Habituée de bals publics.

(France, 1907) : Coureuse de bastringues.

Bât

(d’Hautel, 1808) : Un cheval de bât. Un innocent, un imbécile, sur lequel on exerce continuellement le persiflage, la raillerie ; synonyme de Bardot.
Il est rembourré comme le bât d’un mulet. Se dit d’un frileux, d’un homme vêtu et fourré d’une manière ridicule.
Qui ne peut frapper l’âne, frappe le bât. Vieux proverbe qui signifie que lorsqu’on ne peut punir un coupable, on se venge sur un innocent.
On ne sait pas où le bât le blesse. Se dit d’une personne qui dissimule, qui cache une peine, un chagrin intérieur.

Bat-flancs (sauter le)

(Merlin, 1888) : Sauter les murs du quartier, après l’appel du soir.

Bataclan

(d’Hautel, 1808) : Mot baroque et fait à plaisir, qui signifie ustensiles, instrumens, outils nécessaires à la préparation, à la confection d’un ouvrage quelconque.
Il a emporté tout son bataclan. Pour dire tous ses outils, toutes ses affaires.

(Delvau, 1867) : s. m. Mobilier ; outils, — dans l’argot des ouvriers. Signifie aussi bruit, vacarme.

(Virmaître, 1894) : Outils de malfaiteurs (Argot des voleurs) V. Agobilles.

(Virmaître, 1894) : Mobilier. Les jours de terme les ouvriers disent :
— Nous déménageons le bataclan, ou bien : nous enlevons le Saint-Frusquin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Tout ce que l’on possède, meubles et autres objets.

J’ai emporté tout mon bataclan dans une voiture à bras.

(France, 1907) : Mobilier ; argot populaire.

(France, 1907) : Outils ; argot des ouvriers. Nom d’un café chantant à Paris.

Bataclan (tout le)

(France, 1907) : Tout ce qui s’ensuit ; argot populaire.

J’ai vu de petits commerçants (nous laissons de côté, n’est-ce pas, les vagabonds, mendiants, miséreux, ouvriers, et autre populo suspect de partialité), j’ai vu de modestes négociants condamnés en trois minutes, à la correctionnelle, sur le témoignage de sergots dont le serment faisait loi.
— Il vous a appelé ci et ça ?
— Parfaitement, monsieur le président !
Un marmonnement de cheminée gorgée de suie… Et ça y était : un mois, deux mois de prison, l’amende, le casier judiciaire — et tout le bataclan, comme disait je ne sais quel magistrat folichon !

(Séverine.)

Bataille

(d’Hautel, 1808) : C’est son grand cheval de bataille. Pour dire, c’est là son renfort, ce sont les argumens auxquels il a habituellement recours pour se tirer d’embarras.
Sauver quelque chose de la bataille. Sauver ce que l’on peut d’une ruine totale.

(Delvau, 1864) : Sous-entendu amoureuse. L’acte vénérien, d’où nous sortons lassés, mais non rassasiés ; vaincus faute de munitions, mais non dégoûtés. — On dit aussi : Jouer à la bataille.

La lance au poing il lui présente la bataille.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Lors s’écrie en riant : Je vois en ce réduit
Un lit,
Qui servira toute la nuit
De champ à sanglante bataille.

La Fontaine.

Bataille (chapeau en)

(Larchey, 1865) : Chapeau à cornes tombant sur chaque oreille. Mis dans le sens contraire, il est en colonne. Terme de manœuvres militaires.

Les uns portent d’immenses chapeaux en bataille, les autres de petits chapeaux en colonne.

La Bédollière.

(France, 1907) : Se dit du chapeau à deux cornes placé horizontalement sur la tête, comme le portait Napoléon Ier et comme le portent encore les gendarmes : en colonne, c’Est verticalement comme les généraux et les officiers d’état-major.

Bataille de Jésuite ?

(Rossignol, 1901) : Cinq contre un.

Bataille de Jésuites

(Delvau, 1867) : s. f. Habitude vicieuse que prennent les écoliers et que gardent souvent les hommes, — dans l’argot du peuple, qui a lu le livre de Tissot.
On ajoute souvent après Faire la bataille de Jésuites, cette phrase : Se mettre cinq contre un.

Bataille des Jésuites

(Rigaud, 1881) : Exercice de l’onanisme. La variante est : Cinq contre un.

Bataille des jésuites

(Virmaître, 1894) : Habitudes de masturbation. Dans les ateliers, quand un apprenti reste trop longtemps au cabinet, un ouvrier dit à un autre apprenti :

— Vas donc voir s’il ne se fait pas sauter la cervelle.

L’allusion est transparente (Argot du peuple).

Bataille des Jésuites

(France, 1907) : ou cinq contre un. Habitude invétérée dans les maisons d’éducation aussi bien religieuses que laïques.

Bataille des jésuites, cinq contre un (faire la)

(Delvau, 1864) : Se masturber, les jésuites ayant inventé le plaisir solitaire — après Onan.

Batailler

(d’Hautel, 1808) : Chicaner, chipoter, marchander, se débattre, se disputer sur une pointe d’aiguille.

Bataillon

(d’Hautel, 1808) : Arranger son bataillon. Pour dire mettre ses affaires en ordre ; prendre ses mesures pour assurer le succès d’une entreprise.

Bâtard

(d’Hautel, 1808) : L’hiver n’est jamais bâtard, s’il ne vient tôt il vient tard.

Bate (du)

(Rigaud, 1881) : Matière d’or ou d’argent, bijou de prix, — dans l’argot des voleurs. — Ton oignon est en toc. — Non, c’est du bate.

Bate (être de la)

(France, 1907) : Être heureux. Mener en bate, causer pour détourner l’attention. On dit aussi : Mener en bateau, badiner ou escroquer.

Bate (faire)

(Rigaud, 1881) : Arrêter, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire « faire beau » pour… la police.

Bate, batif, bative

(Rigaud, 1881) : Beau, belle, joli, jolie. Tout ce qui est bien est bate pour le peuple. C’est une, déformation de beau. C’est rien bate, c’est très joli. — Être de la bate, être dans une bonne position, être heureux ; on disait autrefois : être de la fête, être de la bonne. — Lorsque les filles soumises sont envoyées, après la visite, à Saint-Lazare, pour y être soignées, elles ont coutume de dire : Le printemps est de la bate, tout est en fleur.

Bateau

(d’Hautel, 1808) : Il est arrivé en quatre bateaux. Manière ironique de dire qu’une personne est arrivée quelque part avec étalage et fracas, accompagnée d’une suite nombreuse.
Il est encore tout étourdi du bateau. Pour il a encore l’esprit troublé d’un événement, d’un malheur récent qui lui est arrivé.
Il n’en vient que deux en trois bateaux. Se dit par dérision, d’une personne dont on a exagéré le mérite.
Un pas de bateau. Certain pas que l’on fait en dansant.

(Rigaud, 1881) : Soulier très large. — Avec de pareils bateaux, vous pouvez traverser l’eau sans crainte, dit-on aux gens chaussés de larges souliers.

(Rossignol, 1901) : Monter un bateau à quelqu’un est de lui dire souvent une chose qui n’est pas. Synonyme de scie.

(France, 1907) : Chaussure.

— Quand partons-nous ?
— Demain, après-midi.
— Pourquoi pas le matin ?
— Parce que j’ai pas de souliers.
— Diable !
— Mais ne te tourmente pas. J’ai mon affaire.
— Loin d’ici ?
— Avenue du Bois. Le cocher d’un comte qui me donne ses vieux bateaux.

(Hugues Le Roux.)

Bateau (monter un)

(Rigaud, 1881) : Faire une mauvaise plaisanterie, chercher à tromper, — dans le jargon des voyous ; formule empruntée aux saltimbanques. C’est une déformation de l’ancien batte, battage qui veut dire en argot menterie. La variante mener en bateau est plus particulièrement usitée chez les voleurs dans un sens analogue, c’est-à-dire donner le change, chercher à égarer la justice en lui faisant prendre une fausse piste.

Bateau (Monter un)

(La Rue, 1894) : Faire une mauvaise plaisanterie, chercher à tromper. Mener en bateau, faire des promesses, causer pour détourner l’attention.

Bateau (monter un)

(France, 1907) : Tromper.

Si rien n’est prêt, c’est votre faute,
Bel amiral qui parlez tant !
Vous avez compté sans votre hôte,
C’est un détail très important ;
Votre confiance est falotte,
Un peu plus d’actes ! moins de mots !
Vous laissez tomber notre flotte,
Mais vous nous montez des bateaux !

(Gringoire.)

Bateau de fleurs

(France, 1907) : Maison de tolérance, terme poétique venu de l’Extrême Orient, où ces maisons sont d’ordinaire installées sur des bateaux.

Il est bon de savoir que ce diable de Roland avait adopté depuis de longues années une maison… close… une de ces maisons hospitalières… que les Chinois, dans leur langage ourlé, nomment un bateau de fleurs… et que Zola appelle dans son style naturaliste, un… Ma foi !… je n’ose pas.
Enfin, la maison était située rue ***, numéro 60.

(Pedro Garcias.)

Dis un bordel, imbécile !

Bateau, bastaud

(La Rue, 1894) : Soulier.

Bateaus-mouches

(France, 1907) : Larges et vilains souliers.

Bateaux

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Souliers oui prennent l’eau. Argot des faubouriens.

Batelage

(Rigaud, 1881) : Fourberie, mensonge ; d’où est dérivé la batterie des voleurs modernes.

Cependant, par ce batelage, ils amassèrent quantité d’argent.

(Ablancourt, Dialogues de Lucien, 1637.)

Batelage est resté dans la langue régulière pour désigner le métier de bateleur.

Batelée

(d’Hautel, 1808) : Un batelé de gens. Expression dédaigneuse et méprisante, pour dire une multitude, une longue suite de personnes.

(Delvau, 1867) : s. f. Une certaine quantité de gens réunis, quoique inconnus. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Foule, réunion de gens qui ne se connaissent pas.

(France, 1907) : Quantité de gens réunis, foule.

Batelier

(Delvau, 1867) : s. m. Battoir de blanchisseuse, dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Battoir de blanchisseuse, — dans le jargon des voleurs.

Bater l’âne

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien. — L’expression date probablement du conte de La Fontaine, le Bât, — imité de Béroalde de Verville.

Bâter l’âne

(France, 1907) : Accomplir l’acte qui perpétue les espèces ; vieille expression.

Depuis, pour parler en paroles couvertes, on a dit bâter l’âne.

(Béroalde de Verville.)

Bateur

(Clémens, 1840) : Celui qui se dit malade sans l’être.

Bath

(Larchey, 1865) : Remarquable. — Terme contemporain du papier anglais dit papier bath, qui fut notre premier papier à lettre. Sans l’h final, nous aurions vu là une abrév. de batif. V. ce mot.

Nous avons fait un lansquenet un peu bath cette nuit.

Vitu.

(Delvau, 1867) : s. m. Remarquablement beau, ou bon ou agréable, — dans l’argot de Breda-Street. Bath aux pommes. Superlatif du précédent superlatif.
Il me semble qu’on devrait écrire Bat, ce mot venant évidemment de Batif. Le papier Bath n’est pour rien là dedans.

(Rossignol, 1901) : Joli, bon, beau. Un bon patron est bath. Du bon vin est bath. Le bon fricot est bath. Être bien, c’est être bath.

(Hayard, 1907) : Bien, beau.

(France, 1907) : Or, argent.

(France, 1907) : Très beau, excellent ; argot des faubouriens. Bath à faire, benêt, c’est-à-dire bon à voler ; bath au pieu, paillard ; bath aux pommes, superlatif de bath nec plus ultra.

Les messieurs en frac disaient : Elle est superbe ! et les gavroches, là-haut : Elle est rien bath ! Un murmure d’admiration montait comme une vague et venait déferler à ses pieds.

(Georges Forgues.)

On dit aussi bot.

Bath au pieu

(Virmaître, 1894) : Femme qui a des qualités extraordinaires au lit (pieu). Terme employé par les passionnés qui, généralement, s’y connaissent (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Une femme ou un homme ayant des petits talents de société est bath au pieu ; on dit aussi : il sait y faire.

Bath aux pommes

(Virmaître, 1894) : Tout ce qu’il y a de mieux, le nec plus ultra en toutes choses (Argot du peuple).

Bath, batif

(La Rue, 1894) : Beau. Or ou argent. Bath à faire, bon à voler. Bath au pieu, galant. Être de la bath, être heureux.

Bâti

(Delvau, 1864) : Membré convenablement : se dit en parlant d’un homme qui a tout ce qu’il faut pour faire jouir une femme.

La résistance est nulle, ou très légère ;
Tu vois pourtant comme je suis bâti.

Parny.

Bâti de boue et de crachat

(Rigaud, 1881) : Bâti à la hâte, sans solidité, en parlant d’une maison, d’une bicoque, d’un ouvrage de maçonnerie. On devrait bien étendre l’expression jusqu’à certains personnages politiques.

Batiau

(Delvau, 1867) : s. m. Préparation au Salé, — dans l’argot des typographes. Aligner son batiau. S’arranger pour avoir une banque satisfaisante.

(Rigaud, 1881) : Préparation au salé. Aligner son batiau, s’arranger pour obtenir une bonne paye, — dans l’argot des typographes. (A. Delvau) Parler batiau, c’est parler des choses de sa profession, c’est-à-dire des choses de l’imprimerie. (Boutmy, Les Typographes parisiens, 1874.)

(Boutmy, 1883) : s. m. Le jour du batiau est celui où le compositeur fait son bordereau et arrête son compte de la semaine ou de la quinzaine. Parler batiau, c’est parler des choses de sa profession, c’est-à-dire pour les typographes des choses de l’imprimerie.

Batiau (jour du)

(France, 1907) : Jour où le compositeur arrête son compte du travail de la semaine ou de la quinzaine. (Lorédan Larchey.)
Parler batiau, parler de son métier.

Batiau ou batiot

(d’Hautel, 1808) : Terme consacré parmi les imprimeurs et qui signifie gain, profit, bonne affaire ; avantage que l’on retire d’une chose sur laquelle on fesoit fonds.
Faire son batiau. Calculer une affaire de manière à y trouver son compte ; mettre quelque chose du côté de l’épée.
Dans l’imprimerie les compositeurs appellent Feuille de batiau, celle sur laquelle ils n’ont fait que quelques pages ; et les imprimeurs, la feuille ou forme qu’ils ont seulement mise en train le samedi, mais qu’ils comptent néanmoins à leur bourgeois comme s’ils l’avoient entièrement achevée, afin de rendre leur banque plus complète, et rétablir l’ordre dans leurs finances que les premiers jours de la semaine ont communément fort dérangées.

Batif

(Clémens, 1840) : Bon.

(M.D., 1844) : Quelque chose de tout neuf.

(Larchey, 1865) : Neuf (Vidocq). — Corruption de battant.

(Delvau, 1867) : adj. Neuf, joli, — dans l’argot des voyous. Le féminin est batifone ou bative.

Batif ou bative

(Virmaître, 1894) : Beau tout ce qu’il y a d’admirable, de supérieur, de merveilleux.
— J’ai un homme, y en a pas de pareil, il est bath (Argot des filles).

Batif, bative, batifonne

(France, 1907) : Neuf, joli.

Batifouiller

(Rossignol, 1901) : S’embrouiller, patauger, dire des bêtises ou des naïvetés.

Bâtiment (être du)

(Rigaud, 1881) : Exercer la même profession.

Il (le rapin) conquiert le droit de traiter avec mépris tout individu qui n’est pas du bâtiment.

(L. Leroy, Artistes et rapins.)

(France, 1907) : Être du même métier.

Batiotage

(d’Hautel, 1808) : Coalition, micmac, cabale d’ouvriers contre leur maître, et qu’ils dirigent souvent les uns contre les autres.

Batioter

(d’Hautel, 1808) : Cabaler, complotter, former une coalition pernicieuse dans l’atelier où l’on est employé.

Batioteur

(d’Hautel, 1808) : Ouvrier intrigant et cabaleur ; sujet pervers qu’un maître doit se hâter d’expulser de ses ateliers.

Bâtir

(d’Hautel, 1808) : Une maison bâtie de boue et de crachat. C’est-à-dire, construite à la légère et avec de mauvais matériaux.
Bâtir sur le devant. Devenir gros et gras ; se faire un ventre à la maître d’hôtel.
Qui bâti ment. Calembourg pitoyable, pour exprimer qu’un homme qui fait bâtir, est toujours obligé de dépenser plus qu’il ne se l’étoit d’abord proposé.
Un mal bâti. Bamboche ; homme mal tourné, rempli d’imperfections.

(Rigaud, 1881) : Mettre en page. — Bâtir la deux, caser sur la forme les paquets qui constitueront la seconde page d’un journal.

(Fustier, 1889) : Terme de couturière ; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l’essayage, des retouches à opérer.

Deuxième séance ; essayage des toilettes bâties.

(Gaulois, 1881.)

(France, 1907) : Être enceinte. Bâtir sur le devant, prendre du ventre.

Batir sur le devant

(Virmaître, 1894) : Être enceinte. — L’allusion est facile à saisir (Argot du peuple). V. Avaler le pépin.

Bâtir sur le devant

(Rigaud, 1881) : Prendre du ventre.

(La Rue, 1894) : Prendre du ventre. (Chez une femme, être enceinte).

Baton

(Virmaître, 1894) : Juge de paix (Argot des voleurs). N.

Bâton

(d’Hautel, 1808) : C’est un bâton merdeux, on ne sert par où, le prendre. Locution, basse et grossière pour dire qu’un homme est revêche et acariâtre ; qu’on ne peut l’aborder sans en recevoir quelques duretés, quelques malhonnêtetés.
Le tour du bâton. Espèce de correctif que l’on aux monopoles, aux exactions, aux friponneries que se permettent certaines gens dans leur emploi. L’homme probe a en horreur le Tour du bâton.
Faire quelque chose à bâtons rompus. C’est-à-dire, après de fréquentes interruptions.
S’en aller le bâton blanc à la main. Se ruiner dans une entreprise, dans une spéculation ; se retirer sans aucune ressource.
C’est son bâton de vieillesse. Pour dire le soutien de ses vieux jours.
Martin bâton. Bâton avec lequel on frappe les ânes.
Avoir le bâton haut à la main. C’est-à-dire être pourvu d’une grande autorité, d’un grand pouvoir.
C’est un aveugle sans bâton. Se dit d’un homme inhabile dans son métier, ou qui manque des choses nécessaires à sa profession.
Tirer au court bâton. Disputer, contester quelque chose avec vigueur et opiniâtreté ; ne céder qu’à la dernière extrémité.
Il crie comme un aveugle qui a perdu son bâton. Voy. Aveugle.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, à cause de ses fréquentes érections qui lui donnent la dureté du bois — dont on fait les cocus. Les femmes s’appuient si fort dessus qu’elles finissent par le casser.

Vous connaissez, j’en suis certaine,
Derrière un petit bois touffu,
Dans le département de l’Aisne,
Le village de Confoutu.
Par suite d’un ancien usage
Qui remonte au premier humain,
Tout homme y fait pèlerinage,
La gourde et le bâton en main.

Eugène Vachette.

Bâton (faire)

(Delvau, 1864) : Bander.

Le temps… où la première guenon venue qui me mettait la main dessus me f’sait faire bâton pendant quinze jours.

Lemercier de Neuville.

J’crois ben qu’ la seul’ médecine
Qui pourrait m’ guérir tout d’ bon
Et m’empécher d’fair’ bâton,
Ce s’rait d’ fair’ sombrer ma pine,
Capitain’, dans un pied d’con.

G. De La Landelle.

Bâton à un bout

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — le seul bâton qui n’ait qu’un bout, en effet.

C’est le bâton à un bout qui me pend entre les jambes.

Rabelais.

Bâton blanc

(France, 1907) : Sobriquet donné jadis au commissaire de police et qui doit dater du temps où les gens de justice portaient baguette.

Bâton creux

(Delvau, 1867) : s. m. Fusil, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Fusil.

(France, 1907) : Fusil ; argot des voleurs. Bâton de cire, jambe ; bâtons de chaises (mener une vie de), faire la noce, mener vie joyeuse et bruyante ; bâton de tremplin, jambe, argot des saltimbanques ; bâton merdeux, personne d’un mauvais caractère, qu’on ne sait par quel bout prendre.

Bâton de cire

(Delvau, 1867) : s. m. Jambe, — dans le même argot [des voleurs].

(France, 1907) : Jambe molle.

Bâton de cire, Bâton de chaise

(Rigaud, 1881) : Jambe, — dans le jargon des voleurs, et bâton de tremplin chez les saltimbanques.

Bâton de cire, de chaise

(La Rue, 1894) : Jambe.

Bâton de maréchal

(Merlin, 1888) : Manche à balai.

Bâton de réglisse

(Fustier, 1889) : Gardien de la paix. Prêtre.

Bâton de sucre de pomme (le)

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — à cause de sa forme, de sa longueur et du goût sucré qu’il a en fondant de plaisir dans la bouche de la femme qui le suce.

Fillettes, qui mourez d’ennui
Et languissez dans la retraite,
Pour mieux dormir toute la nuit,
Il faut employer ma recette :
Si vous désirez un amant,
Si tout bas votre cœur le nomme,
À vos maux il faut un calmant…
Prenez bien vite, mon enfant,
Un bâton de sucre de pomme.

Dumoulin — Darcy.

Bâton de tremplin

(Delvau, 1867) : s. m. Jambe, — dans l’argot des saltimbanques.

Bâton de zan

(Rossignol, 1901) : Celui qui porte une soutane ; un nègre est aussi un bâton de zan.

Bâton merdeux

(Rigaud, 1881) : Personne sans cesse de mauvaise humeur. — C’est un bâton merdeux, on ne sait par quel bout le prendre.

Bâton pastoral

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — avec lequel nous conduisons des troupeaux de femmes au bonheur.

Le simple maniement volontaire d’une main blanche et délicate qui se promène autour de leur bâton pastoral, est suffisant pour leur expliquer tous les mouvements du cœur de leur dame.

Mililot.

Il lui montre son bâton pastoral tout rougeâtre et enflé.

Noel Du Fail.

Bâton rompu

(Fustier, 1889) : « — Quels gens appelez-vous vieilles cannes ? — Les repris de justice. — Et bâtons rompus ? — Les surveillés de la haute police en rupture de ban. »

(Barron : Paris-Étrange.)

(France, 1907) : Surveillé de la haute police en rupture de ban.

— Tout le monde tranquille ici ! ou gare à la « sourde » pour les bâtons rompus et les « vieilles cannes » !
— … Quels gens appelez-vous « vieilles cannes » ?
— Les repris de justice.
— Et les bâtons rompus ?
— Les surveillés de la haute police en rupture de ban.

(Louis Baron, Paris-Étrange.)

Bâtons de chaise (noce de)

(Fustier, 1889) : Orgie.

Batouse

(Larchey, 1865) : Toile (Vidocq). Batouse battante : Toile neuve. — On dit communément battant neuf pour neuf.

(Delvau, 1867) : s. f. Toile, — dans l’argot des voleurs. Batouse toute battante. Toile neuve.

(Virmaître, 1894) : Toile neuve, de batousier (tisserand).
— J’ai une rouillarde en batouse toute battante (neuve) (Argot des voleurs). V. Rouillarde.

(France, 1907) : Toile ; argot des voleurs.

Batousier

(Delvau, 1867) : s. m. Tisserand.

(Virmaître, 1894) : Voleur de toile ou de linge que les blanchisseurs de la campagne font sécher dans les prairies ou sur les haies (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Tisserand.

Batouze

(anon., 1827) : Toile.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Toile.

(Bras-de-Fer, 1829) : Toile.

(Halbert, 1849) : Toile.

(Rigaud, 1881) : Toile. — Batouzier, tisserand, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Toile.

Batouze toute battante

(Halbert, 1849) : Toile neuve.

Batouzier

(Halbert, 1849) : Tisserand.

(La Rue, 1894) : Tisserand.

Batringue

(Clémens, 1840) : Scie à refendre trempée.

Batt

(Boutmy, 1883) : adv. Très bien. Peu usité. Orthographe douteuse.

Battage

(Halbert, 1849) : Menée astucieuse.

(Delvau, 1867) : s. m. Tromperie ; mensonge ; menée astucieuse. Argot des ouvriers. Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.

(Rigaud, 1881) : Abordage commis par malveillance ; bordée d’injures lancées d’un canot à l’autre, farces de mauvais goût faites aux paisibles bourgeois en pleine Seine, — dans le jargon des canotiers.

(Boutmy, 1883) : s. m. Plaisanterie, mensonge ; synonyme de montage.

(Virmaître, 1894) : Se moquer de quelqu’un, dire ce que l’on ne pense pas.
— C’est du battage il n’est pas plus malade que moi (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Dire une chose qu’on ne pense pas est du battage. Celui qui fait le malade, c’est du battage.

(Hayard, 1907) : Mensonge, fausseté.

(France, 1907) : Mensonge, tromperie ; argot des ouvriers. Signifie aussi dommage.

Battage, batte

(Rigaud, 1881) : Menterie. — Monter un battage, mentir.

Battage, batterie

(La Rue, 1894) : Menterie.

Battancourt

(Virmaître, 1894) : Soulier (Argot des voleurs). V. Ripatons.

(France, 1907) : Soulier ; argot des voleurs.

Battandier

(Virmaître, 1894) : Mendier (Argot des voleurs). V. Aller à la chasse avec un fusil de toile.

(France, 1907) : Voler ; argot des voleurs.

Battant

(d’Hautel, 1808) : Un habit tout battant neuf. Pour dire un habit nouvellement fait, nouvellement acheté.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Estomac. Faire trimer le battant, ne rien manger, jeûner.

(Larchey, 1865) : Cœur (Vidocq). — Mot imagé. C’est le cœur à son état ordinaire. Il ne mérite pas encore le nom de palpitant.

(Delvau, 1867) : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Neuf, luisant de propreté. La langue régulière a le mot « battant neuf. »

(Rigaud, 1881) : Cœur. — Estomac.

(La Rue, 1894) : Cœur. Langue. Neuf : tout battant neuf.

(Virmaître, 1894) : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort.

(Virmaître, 1894) : L’estomac.
— J’ai le ventre creux, rien à me coller dans le battant (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Le cœur ; on dit aussi le palpitant.

(France, 1907) : Le cœur ; argot des voleurs. Lorsqu’il bat fort, ils l’appellent palpitant, Se pousser dans le battant, boire ; faire trimer le battant, manger ; n’avoir rien dans le battant, être à jeun. Battant se dit aussi pour neuf ; on a conservé l’expression battant neuf.

Hier, sur le coup de deux heures de l’après-midi, le nouveau ministère, tout battant neuf, reluisant, tiré à quatre épingles, frais, coquet, est entré à la Chambre ; — moins de trois heures après il en est ressorti, l’oreille basse, le pan de l’habit déchiré, un œil au beurre noir, trébuchant, lamentable, avec toute l’apparence d’un lutteur qui, peut-être, est sorti victorieux d’une lutte à main plate, mais qui, assurément, a reçu, au cours de l’engagement, de sérieux horions.

(Victor Meunier, Le Rappel.)

Battant (le) le bocal

(Hayard, 1907) : L’estomac.

Battant, battante

(Virmaître, 1894) : Chose neuve. On dit dans le peuple à tout bout de champ :

— Elle est battante, neuve.

C’est un double emploi (Argot du peuple). N.

Battante

(Rigaud, 1881) : Cloche. — Langue.

(La Rue, 1894) : Cloche.

(France, 1907) : Cloche ; bouche.

— Allons, Mille-Pattes, aide-moi à la gerber (à l’emporter)… D’abord, un coup de foulard sur la battante.

(E. Lepelletier.)

Battaqua

(Halbert, 1849) : Femme malpropre.

Battaudier

(Hayard, 1907) : Mendiant.

Batterie

(Larchey, 1865) : Mensonge (Vidocq). — Allusion aux batteries d’artillerie dont le jeu est souvent caché. On dit de même usuellement démasquer ses batteries — Un faiseur de batteries s’appelle un batteur. Battre : Contrefaire, mot à mot : faire une batterie. — Ce verbe a un peu le même sens dans l’expression actuelle : battre froid. Battre job, battre comtois : Faire le niais (Vidocq). — V. Job, comtois. — Battre morasse : Crier à l’aide, mot à mot : crier à la mort, à l’assassin. — Battre a un autre sens dans Battre son quart (V. Quart), et Battre sa flème : Ne rien faire. — Il a ironiquement le sens actif.

(Delvau, 1867) : s. f. Menterie, — dans le même argot [des faubouriens]. Batterie douce. Plaisanterie aimable.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups échangés, — dans l’arjot des faubouriens. On dit aussi Batture.

(France, 1907) : Mensonge, même sens que battage : du vieux mot baster, tromper. Batterie de cuisine, les dents, la langue, le palais, le gosier, enfin tout l’attirail qui sert à déguster les mets.

Batterie de cuisine

(Delvau, 1867) : s. f. Les dents, la langue, le palais, le gosier. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : L’appareil de la mastication et de la déglutition.

Batteur

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris ; bretteur, spadassin ; homme hargneux et querelleur ; vaurien qui cherche continuellement noise à ceux qui lui sont inférieurs en force.
Batteur de pavé. Vagabond, qui passe son temps et sa vie à rôder.

(un détenu, 1846) : Un désœuvré, fainéant, tapageur, coureur des rues.

(Halbert, 1849) : Menteur.

(Delvau, 1867) : s. m. Menteur ; fourbe. C’est plus spécialement le tiers qui bat comtois pour lever le pante.

(Boutmy, 1883) : s. m. Qui fait des mensonges, des battages.

(La Rue, 1894) : Menteur. Escroc. Normand.

(France, 1907) : Menteur ; argot des voleurs.

— Parbleu ! tu dois faire tes chopins à la sourdine.
— Pas du tout.
— Tu n’affures rien ?
— Ma solde me suffit.
— Batteur !
— Je suis nourri, habillé, blanchi ; je ne manque de rien.
— Pourtant, il y a ici des grinches.
— N’y en a-t-il pas partout ?

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq.)

Batteur d’antif, voleur qui amorce les pantes par son bagout ; argot des prisons. Batteur de flanche, fainéant.

Même aux yeux du peuple qui l’aime,
Il passe un peu pour une flemme,
Gouapeur moins homme que gamin,
Artisse, quoi ! batteur de flanche,
Cheveux trop bouclés, peau trop blanche,
Main trop propre, et poil dans la main.

(Jean Richepin.)

(France, 1907) : Enjôleur.

Batteur d’antif

(Delvau, 1867) : s. m. Indicateur d’affaires, voleur qui ne travaille que de la langue. Argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Indicateur de vols, courtier en vols.

Batteur de beurre

(Rigaud, 1881) : Agent de change, — dans l’argot des voleurs.

Batteur, batteuse de dig-dig

(Rigaud, 1881) : Faux épileptique, fausse épileptique, qui simule une attaque chez un bijoutier ou simplement sur la voie publique, pour exploiter la charité des passants.

Batteuse d’asphalte

(France, 1907) : Prostituée qui raccroche sur le trottoir.
Les femmes des restaurants de nuit forment une catégorie toute spéciale de la prostitution parisienne, entre la batteuse d’asphalte et la fille de brasserie, plus près de celle-ci avec qui elles se rencontrent souvent dans les maisons où on soupe. Elles ont pour la première le plus profond mépris.

Battoir

(d’Hautel, 1808) : Il a les mains comme des battoirs. Se dit d’une personne qui a de grosses et vilaines mains.

(Larchey, 1865) : Main large, main de claqueur, sonore comme un battoir de blanchisseuse.

Dieu ! la belle tragédienne ! En avant les battoirs !

L. Reybaud.

(Delvau, 1867) : s. m. Main, — dans l’argot du peuple, qui s’en sert souvent pour applaudir, et plus souvent pour battre.

(France, 1907) : Large main.

Battoirs

(Rigaud, 1881) : Mains. — Faire trimer les battoirs, applaudir bruyamment, à la manière des claqueurs, comme si l’on se servait de battoirs pour le linge.

(Virmaître, 1894) : Les mains, allusion au bruit que font les blanchisseuses avec leur battoir ; quand les claqueurs applaudissent trop bruyamment, les voyous logés au poulailler crient : Remisez donc vos battoirs (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Les mains.

Battre

(d’Hautel, 1808) : Quand il n’y a pas de foin au ratelier, les ânes se battent. Voyez Âne.
Ils se battent comme chiens et chats. Pour ils sont toujours à se quereller ; ils vivent dans la plus mauvaise intelligence.
Il vaudroit autant se battre contre un mur. Pour dire que la peine qu’on se donneroit pour faire entendre raison à un obstiné, seroit absolument inutile.
Battre quelqu’un comme plâtre. Le battre fréquemment ; l’abîmer de coups.
Battre le pavé. Mener une vie oisive et vagabonde ; ne faire œuvre de ses dix croigts ; rôder perpétuellement.
Battre le fer. Ferrailler, s’escrimer souvent. On dit d’un homme très-exercé dans une profession, qu’Il y a long-temps qu’il bat le fer.
Battre aux champs. S’esquiver, prendre la fuite, se sauver à toutes jambes.
Il faut battre le fer tandis qu’il est chaud. Signifie qu’il ne faut pas laisser échapper une occasion favorable, lorsqu’elle se présente.
Battre le chien devant le loup. Reprendre d’une faute un subalterne devant un supérieur qui s’en rend fort souvent coupable, à dessein de lui donner indirectement une leçon.
Battre le grand prévôt. Ne savoir que faire ; être d’une apathie, d’une paresse insupportables.
Se battre de l’épée qui est chez le fourbisseur. C. à. d. d’une chose qui est incertaine et éloignée.
Battre la campagne. Avoir le transport ; ne savoir ce que l’on dit ; tenir des propos ridicules.
S’en battre l’œil, les flancs ou les fesses. Se mettre peu en peine du résultat d’une affaire ; n’avoir aucune considération pour quelqu’un ; s’inquiéter nullement de lui être ou non agréable.
Se battre les flancs. Ne savoir que faire, être à charge aux autres et à soi-même.
Battre la semelle. Parcourir les pays étrangers ; voyager, chercher des aventures ; rôder.
Autant vaut bien battu que mal battu. C’est-à-dire qu’il ne faut rien faire à demi, quelle que soit la peine ou le dommage qui doive en résulter.
À battre faut l’amour. Signifie que les mauvais traitemens, les duretés, mettent en fuite l’amour et l’amitié.
Nous avons battu les buissons, et les autres ont pris les oiseaux. Pour dire les autres ont retiré le profit de nos peines et de notre travail. C’est le Sic vos non vobis de Virgile.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dissimuler.

(Rigaud, 1881) : Dissimuler, — dans le jargon des saltimbanques.

(France, 1907) : Parler ; argot des voleurs.

— Assez battu, Pâtissier ! dit d’une voix brève Mille-Pattes… il y a assez de Nib-de-Blair dans les environs, il est la Terreur du Pont-de-Flandre, moi l’on me reconnait partout pour la Terreur du Combat, ça suffit avec nous deux… il n’y a pas de place pour toi.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris.)

Battre à la parisienne

(Fustier, 1889) : Voler ou tricher au jeu.

(France, 1907) : Tromper, tricher au jeu.

Battre comptois

(Halbert, 1849) : Faire le niais, l’imbécile.

Battre comtois

(anon., 1827) : Faire le niais, l’imbécile.

(Bras-de-Fer, 1829) : Faire le niais.

(Delvau, 1867) : v. n. Faire l’imbécile, le provincial, — dans l’argot des voleurs, pour qui, à ce qu’il paraît, les habitants de la Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.

(Rigaud, 1881) : Servir de compère, — dans le même jargon (des saltimbanques). — Prêcher le faux pour savoir le vrai, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Service de compère. Dire le faux pour savoir le vrai. Mentir.

(Virmaître, 1894) : Un compère bat comtois en demandant un gant devant une baraque de lutteur. Les spectateurs le prennent pour un adversaire sérieux : dans l’arène il se laisse tomber. Un accusé bat comtois en feignant de ne pas comprendre les questions du juge d’instruction. Une femme bat comtois lorsqu’elle vient de coucher avec son amant et qu’elle jure à son mari en rentrant qu’elle lui est fidèle (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire semblant d’ignorer une chose que l’on sait est battre comtois. Dans les fêtes, aux abords des baraques de lutteurs, il y a toujours des spectateurs qui demandent un gant ou caleçon pour lutter avec le plus fort de la troupe ; on s’imagine que c’est un adversaire sérieux, mais ce n’est qu’un compère qui bat comtois, et qui se laisse toujours tomber pour avoir sa revanche à la représentation suivante afin d’attirer le public. Un voleur bat comtois lorsqu’il ne veut pas comprendre les questions qu’on lui fait et ne dit pas ce qu’il pense. Une femme bat comtois lorsqu’elle fait des infidélités à son homme et qu’elle jure qu’elle lui est fidèle.

(Hayard, 1907) : Faire le compère.

(France, 1907) : Faire l’imbécile, dans l’argot des voleurs, pour lesquels, suivant Delvau, les habitants de Franche-Comté sont des gens simples et naïfs, faciles à tromper par conséquent.

Battre comtois, battre

(Clémens, 1840) : Servir quelqu’un, tromper.

Battre de l’œil

(Rigaud, 1881) : Agoniser.

(France, 1907) : Mourir.

Battre de la fausse monnaie

(Virmaître, 1894) : Battre sa femme (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Battre sa femme ; argot du peuple qui ne se pique pas de galanterie.

Battre des ailes

(Rigaud, 1881) : Faire de grands gestes sans mesure, — dans le jargon du théâtre.

Saint-Léger est doué d’un aplomb sterling… et il bat des ailes… faut voir !

(Musée Philipon, théâtre de Bourg-en-Bresse.)

Battre des bancs

(La Rue, 1894) : Mentir, nier.

Battre en grange et vanner à la porte

(Rossignol, 1901) : C’est une façon comme une autre de ne pas augmenter le nombre de ses enfants.

Battre en ruine

(Rigaud, 1881) : Visiter, — dans l’argot des voleurs. Battre en ruine la cambuse, visiter la chambre. Les voleurs visitent dans le but de dévaliser.

(La Rue, 1894) : Être fouillé.

Battre entiffe

(Virmaître, 1894) : Fair le le niais, l’imbécile.
— Tu battras entiffe quand le quart te demandera comment tu as rousti la tocante à ta dabe (Argot des voleurs).

Battre entifle

(Delvau, 1867) : v. n. Faire le niais. Même argot [des voleurs].

(France, 1907) : Faire le niais ; argot des voleurs.

Battre Job

(Delvau, 1867) : v. n. Dissimuler, tromper. Même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Faire le niais. Job est pour jobard, par apocope.

Battre job

(La Rue, 1894) : Dissimuler.

(France, 1907) : Dissimuler.

Battre l’antif

(Delvau, 1867) : v. n. Marcher, — dans l’argot des voleurs modernes. C’est le : Battre l’estrade des voleurs d’autrefois. Signifie aussi Espionner.

(La Rue, 1894) : Marcher, s’enfuir.

Battre l’antiffe, battre l’estrade

(anon., 1827) : Marcher.

(Halbert, 1849) : Marcher.

Battre l’eau

(France, 1907) : Travailler en vain, se donner une peine inutile comme Xerxès, roi des Perses, qui, au dire d’Hérode, fit frapper de verges la mer, pour la punir d’avoir détruit le pont de vaisseaux qu’il avait jeté sur le détroit séparant Sestos d’Abydos, ou l’Asie de l’Europe. « Le pont était formé de vaisseaux rattachés fortement par des cables fournis par les Égyptiens et les Phéniciens ; une tempête l’ayant détruit, le despote ordonna que l’on battit les eaux de l’Hellespont de 300 coups de fouet, qu’on jetât dans la mer une paire d’entraves, et qu’on la marquât d’un fer rouge. »

Battre l’œil (s’en)

(Delvau, 1867) : Se moquer d’une chose, — dans l’argot des faubouriens. L’expression a une centaine d’années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l’emploient. On dit aussi, dans le même argot, S’en battre les fesses, — une expression contemporaine de la précédente.

(Rigaud, 1881) : S’en moquer.

(France, 1907) : S’en moquer.

— Eh bien !… Je m’en moque ; parbleu ! Je n’épouse pas une vierge. Après tout, qu’elle ait eu pour mari un âne crapuleux comme le défunt thaumaturge ou le bon prince… ou tous les deux à la fois, je m’en bats l’œil!… Elle est comme toutes les autres, ni meilleure, ni pire ; ce n’est pas à vous autres chrétiens de venir nous vanter la chasteté de vos femmes !

(Michel Delines, La Chasse aux Juifs.)

Battre la breloque

(Virmaître, 1894) : Les tapins, au régiment, battent la breloque pour annoncer l’heure de la soupe. Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante cinq minutes, bat la breloque. Avoir le coco fêlé, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est battre la breloque. On dit également : battre la campagne (Argot du peuple).

(France, 1907) : Ne pas savoir ce que l’on fait ; perdre la tête ; aller comme une pendule détraquée.

Battre la caisse

(Delvau, 1867) : v. n. Aller chercher de l’argent. Argot des tambours de la garde nationale.

(Rigaud, 1881) : Être en quête d’argent.

Battre la campagne

(Rossignol, 1901) : Être à l’agonie.

Battre la couverte

(Delvau, 1867) : v. a. Dormir, — dans l’argot des soldats.

(Rigaud, 1881) : Dormir, — dans le jargon des troupiers, C’est-à-dire : rabattre la couverte.

(France, 1907) : Dormir.

Battre la dèche

(France, 1907) : N’avoir pas d’argent. « Voilà plus d’un an que nous battons la dèche. »

Battre la générale, battre le tambour

(Rigaud, 1881) : Trembler, — claquer des dents. — Oudin (Curiosités françaises) donne : Battre le tambour avec les dents.

Battre la muraille

(Rigaud, 1881) : En terme soulographique « battre la muraille » annonce un état d’ivresse plus prononcé que celui qui se traduit par le festonnage. L’ivrogne heurte tantôt la muraille, tantôt il piétine dans le ruisseau. Le trottoir, quelquefois la rue, n’est pas assez large pour lui.

(France, 1907) : Être complètement ivre.

Plus pleins que des futailles,
Du corps battant la muraille,
Escortés de cent canailles,
Ils regagnent la maison.

(Piron.)

Battre la semelle

(Delvau, 1867) : v. a. Vagabonder, — dans l’argot du peuple, qui a peut-être lu l’Aventurier Buscon.

(Rigaud, 1881) : Courir le monde.

Je pris une ferme résolution de m’en aller battre la semelle.

(Buscon.)

Les ouvriers cordonniers se sont, les premiers, servis de cette expression, pour dire aller travailler de ville en ville. (V. Saint-Crépin.)

(Virmaître, 1894) : Dans les grands froids les troupiers battent la semelle pour se réchauffer les pieds, soit qu’ils, frappent sur le sol, soit qu’ils frappent en cadence semelles contre semelles (Argot des troupiers).

(Virmaître, 1894) : Arpenter le trottoir, faire les cent pas en attendant quelqu’un (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Se dit d’une femme sans homme qui, à l’instar de certain photographe, opère elle même. Elle bat la semelle mais ne frappe pas aussi fort que le cordonnier sur son pavé (Argot du peuple). N.

Battre lacouverture

(Virmaître, 1894) : Ne savoir que faire et rester couché toute la journée (Argot des troupiers).

Battre le beurre

(Delvau, 1864) : Introduire son engin dans un vagin un peu gras et l’y agiter avec énergie comme dans une baratte.

D’un moule à merde il fait un moule à pine
Et bat le beurre au milieu d’un étron.

(Parnasse satyrique XIXe siècle.)

(Rigaud, 1881) : Vendre et acheter à la criée les fonds publics à la Bourse, — dans le jargon des voyous. — Est-ce une allusion au bruit de la baratte ? Est-ce une assimilation du terme : faire son beurre, retirer un profit de. En effet les agents de change font le beurre des spéculateurs, sans oublier de faire aussi le leur.

(Fustier, 1889) : Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.

Et ta sœur ? — Ma sœur ? elle bat l’beurre ! »

(La Rue, 1894) : Mener une vie déréglée. Spéculer a la bourse.

(France, 1907) : Spéculer et voler à la Bourse ; argot des bourgeois. Mener une vie déréglée ; argot des faubouriens.

Et ta sœur ? — Ma sœur ? elle bat le beurre.

(Gustave Fustier.)

Battre le biquet

(France, 1907) : Cogner les jambes l’une contre l’autre en marchant.

Battre le briquet

(Delvau, 1867) : v. a. Cogner les jambes l’une contre l’autre en marchant. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Heurter la lettre au composteur avant de l’y laisser tomber, — argot des typographes. (Boutmy.)

(Rigaud, 1881) : Marcher les genoux en dedans.

(Boutmy, 1883) : v. Heurter la lettre au composteur avant de l’y laisser tomber. MM. les compositeurs ne sont pas exempts de tics dans l’accomplissement de leur tâche. Il en est de très préjudiciables à la rapidité du travail et conséquemment au gain qui en résulte. Quelques compositeurs mettent en mouvement tous leurs membres, tandis que le bras droit seul doit agir ; d’autres s’y reprennent à deux fois pour saisir la lettre ; d’autres piétinent ; mais le défaut le plus commun est de battre le briquet.

(Virmaître, 1894) : Frotter en marchant les deux jambes de son pantalon l’une contre l’autre (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Frotter les genoux ou talons en marchant est battre le briquet.

Battre le Job

(Rigaud, 1881) : Ne pas savoir son rôle, perdre la mémoire, — dans le jargon du théâtre. (Manuel des coulisses, 1826.)

Battre le job

(Virmaître, 1894) : V. Battre comtois.

Battre le quart

(France, 1907) : Se promener, pour attirer chez soi les passants.

Et le jour, la nuit, le long des bitumes, des deux côtés de la Seine, elle travaillait, battant son quart, le quart sinistre, le quart des pauvres femelles, ce quart des damnées en vie qui manque à l’Enfer du Dante.

(Dubut de Laforest.)

— Le danger pour vous, savez-vous où il est ? À faire ce que vous faisiez tout à l’heure, à battre le quart le long des maisons, comme une pierreuse. Je m’étonne même que vous n’ayez pas déjà été pincée.

(Albert Cim, Institution des Demoiselles.)

Battre le trimar

(France, 1907) : Même sens que battre le quart.

Elle avait été amenée là par deux horribles petits drôles, un ex-tourneur en cuivre et un aide emballeur, qui avaient lâché l’atelier pour cultiver le bonneteau, le vol à la tire et les rôdeuses de barrières. Ils étaient en train de dresser « la gonzesse » avant de l’envoyer « battre le trimar », lorsque les roussins, « les vaches », survinrent et coupèrent court à l’idylle.

(Albert Cim.)

Battre les fesses (s’en)

(Rigaud, 1881) : S’en moquer. C’est le précurseur de s’en battre la paupière.

Le roi dit : Je m’en bats les fesses.

(Searron, Virgile travesti, L. 7.)

On disait aussi : S’en brimbaler tes fesses.

Battre morasse

(Bras-de-Fer, 1829) : Crier au secours.

(Delvau, 1867) : v. n. Crier au voleur, pour empêcher le volé d’en faire autant. Argot des prisons.

Battre sa flème

(Delvau, 1864) : Courir le guilledou, aller dans les quartiers où la femme donne le plus.

Eh bien ! puisque je suis en train de battre ma flème, je vais connaître cette maison.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : v. n. Flâner, — dans l’argot des voyous.

Battre sa flemme

(Rigaud, 1881) : Flâner. La variante est : Battre la semelle.

(France, 1907) : Se livrer à la paresse.

Battre son plein

(Fustier, 1889) : Être dans tout l’éclat de son talent ou de sa beauté.

Jamais l’artiste de la Renaissance ne fut plus jolie qu’à présent ; elle bat son plein.

(Événement, 1872.)

(France, 1907) : Être en pleine activité, être en pleine floraison de beauté ou de talent.

Battre son quart

(Delvau, 1864) : Se dit des filles de bordel, qui descendent à tour de rôle, pendant un quart d’heure ou une demi-heure, sur le trottoir, où elles raccrochent les passants.

Dorante, en se promenant devant la maison au grand numéro, croise Sylvia, qui bat son quart.

Lemercier de Neuville.

(Delvau, 1867) : v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des maisons mal famées, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs.

(Rigaud, 1881) : Aller et venir sur la voie publique pour raccrocher, — dans le jargon des filles.

(La Rue, 1894) : Chez les filles, raccrocher.

Battre un ban

(France, 1907) : Nier.

Battre un ban au miché

(Delvau, 1864) : Le préparer à la jouissance suprême par des attouchements habiles et souvent répétés.

Je sais attacher un ruban
Selon la grosseur d’une pine ;
Au miché je sais battre un ban,
Je sais tortiller de l’échine.

(Parnasse satyrique.)

Battre un dig-dig

(Virmaître, 1894) : Simuler une fausse attaque d’épilepsie sur la voie publique. L’homme qui pratique ce truc pour donner à l’attaque simulée l’apparence de la vérité, se met préalablement dans la bouche un morceau de savon. En le mâchonnant le savon mousse et lui amène l’écume aux lèvres comme si l’attaque était naturelle. Les batteurs de dig-dig font souvent de fortes recettes (Argot des voleurs).

Battre un quart

(Rigaud, 1881) : Dire des sornettes, faire des contes à endormir, — dans l’ancien argot.

Battre une basane

(Virmaître, 1894) : Geste familier aux gamins qui se frappent la cuisse du revers de la main droite. Ce geste veux dire : Merde (Argot du peuple).

Battu

(d’Hautel, 1808) : Il sent son vieux battu. Se dit par menace à un enfant opiniâtre et mutin, qui retombe dans les fautes pour lesquelles on l’a châtié plusieurs fois, à dessein de lui faire, entendre qu’il ne tardera pas à être corrigé de nouveau s’il continue.

Baubies

(France, 1907) : Fleurs des prairies ; patois du Centre.

Les baubies de cette année-là, je les ai conservées toutes. Elles remplissent deux tiroirs dans ma chambre.

(Rémy Saint-Maurice, la Brehaigne.)

Bauboteur de campagne

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur de nuit.

Bauce

(Hayard, 1907) : Patron.

(France, 1907) : Patron.

Bauce ou Bausse

(Delvau, 1867) : s. m. Patron, — dans l’argot des revendeuses du Temple. C’est le baes flamand. Bauceresse. Patronne. Bauce fondu. Ouvrier qui s’est établi, a fait de mauvaises affaires et est redevenu ouvrier.

Bauce ou bausse

(Virmaître, 1894) : Patron. Dans toutes les chapelleries de France on emploie ce terme (Argot des chapeliers).

Bauche

(Hayard, 1907) : Cartes à jouer.

Baucher

(Halbert, 1849) : Moquer.

(France, 1907) : Se moquer.

Baucher (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se moquer, dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Se moquer. C’est le verbe se gausser estropié pour les besoins de l’argot.

Baucoter

(France, 1907) : Agacer ; argot des voleurs.

Baude

(anon., 1827) : Vér.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Maladie de Vénus.

(Bras-de-Fer, 1829) : Vér…

(Halbert, 1849) : Mal vénérien.

(Larchey, 1865) : Vérole (Vidocq). — Du vieux mot baut joyeux. V. Lacombe Du Cange. — La baude serait donc la joyeuse, ou plutôt le mal de la joie.

(Delvau, 1867) : s. f. Mal de Naples, — dans l’argot des voleurs parisiens.

(Rigaud, 1881) : Maladie vénérienne. Ce qui reste de la fréquentation des ribaudes.

(La Rue, 1894) : Syphilis.

(France, 1907) : Mal vénérien, la syphilis ; du vieux mot baude, débauché.

Baude (la)

(Delvau, 1864) : La vérole. — dans l’argot des voleurs, qui se rapproche plus qu’on ne croit du vieux langage, puisqu’on trouve dans Eutrapel : « Je cuidai avoir le baut, c’est-à-dire avoir gagné le mal padouan. » — Baude ne serait-il pas une syncope de ribaude ?

Baudrouillard

(Rigaud, 1881) : Fuyard. — Baudrouiller, fuir.

(France, 1907) : Fugitif ; argot des voleurs.

Baudrouiller

(Halbert, 1849) : Filer.

(Delvau, 1867) : v. n. Filer, — dans le même argot [des voleurs parisiens]. Se dit aussi pour Fouet s. m.

(La Rue, 1894) : Se promener, filer.

(France, 1907) : Décamper.

Baudru

(anon., 1827) : fouet.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fouet.

(Halbert, 1849) : Fouet.

(Larchey, 1865) : Fouet. — Corruption du vieux mot baudre : courroie, baudrier. V. Roquefort.

(France, 1907) : Fouet.

Baudruche

(Delvau, 1864) : Pellicule de boyau de mouton, que l’on neutralise pour en faire des choses très utiles : — des capotes anglaises.

Bauge

(d’Hautel, 1808) : Avoir de tout à bauge que veux-tu. Avoir de tout en abondance ; être dans un pays de cocagne.

(anon., 1827) : Coffre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Coffre, lit.

(Bras-de-Fer, 1829) : Coffre.

(Halbert, 1849) : Coffre.

(Delvau, 1867) : s. f. Coffre, — dans l’argot des voleurs, qui ne craignent pas d’emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les leurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Ventre, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Ventre.

(La Rue, 1894) : Malle. Coffre-fort.

(France, 1907) : Bahut ; se dit aussi pour ventre.

Baume

(d’Hautel, 1808) : Se débarbouiller ou débarbouiller quelqu’un avec le baume de son cœur. Pour dire débarbouiller, nettoyer la figure de quelqu’un ou la sienne avec sa salive comme le pratiquent ordinairement les nourrices, à l’égard de leurs nourrissons.
Mettre du baume dans le sang à quelqu’un. Le tranquilliser, le rassurer sur ses inquiétudes ; le calmer par des paroles consolantes et des espérances flatteuses. Voyez Argent.

Baume d’acier

(Delvau, 1867) : s. m. Les outils du chirurgien et du dentiste, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas que l’ancienne pharmacopée a eu, sous ce nom-là, un remède composé de limaille d’acier et d’acide nitrique.

(Rigaud, 1881) : Instrument de chirurgie.

(France, 1907) : Instrument de chirurgie. Baume de porte en terre, poison.

Baume de vie (ou de vit)

(Delvau, 1864) : La semence de l’homme, — que donne le vit et qui donne la vie.

C’était pour ce procurer mille morts délicieuses, qu’il ménageait avec art ce baume précieux qui donne la vie.

(Félicia.)

Bausse

(La Rue, 1894) : Patron. Bausse fondu, failli.

Bausse fondu

(Rigaud, 1881) : Chef d’établissement qui a fait de mauvaises affaires.

(France, 1907) : Patron ruiné.

Bausse, bauceresse

(France, 1907) : Patron, patronne.

Bausse, bausseresse

(Rigaud, 1881) : Patron, patronne. — Bourgeois, bourgeoise.

Bausser

(Rigaud, 1881) : Travailler, — dans le jargon des maçons.

(France, 1907) : Travailler.

Bavard

(Delvau, 1867) : s. m. Avocat.

(Hayard, 1907) : Avocat.

(France, 1907) : Avocat.

Bavard (le)

(Merlin, 1888) : Le feuillet de punition, qui suit toujours le dossier du militaire et raconte à ses chefs les fautes passées.

Bavarde

(Delvau, 1867) : s. f. La bouche. — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Langue, bouche. — Boucler sa bavarde, remiser sa bavarde, coucher sa bavarde, se taire.

(France, 1907) : Bouche.

Une main autour de son colas et l’autre dans sa bavarde pour lui arquepincer le chiffon rouge.

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris.)

Se dit aussi pour journal.

Entre larbins :
— Monsieur commence à m’embêter mince.
— Cherche-lui des raisons.
— Inutile. Quand je veux lâcher un singe, j’ai un moyen infaillible.
— Lequel moyen ?
— Le matin ou j’veux avoir mes huit jours, j’lui apporte son courrier dans une pelle à main, et si ça n’suffit pas, j’y dis : — Tiens, v’là tes bavardes.

(Le Journal.)

Bavarde (la)

(Halbert, 1849) : La bouche.

Bavaroise

(d’Hautel, 1808) : Infusion de thé mêlée avec du sirop et du lait, dont la recette vient, dit-on, des Bavarois ; et non Bavaloise, comme on prononce habituellement.

(Fustier, 1889) : Infusion de thé et de sirop de capillaire. — Bavaroise au chocolat, tasse de chocolat à la crème ; bavaroise aux choux, mélange d’absinthe et d’orgeat ; bavaroise de cocher, verre de vin.

Bavaroise au lard

(Virmaître, 1894) : Absinthe épaisse à couper au couteau (Argot du peuple). N.

Bavaroise aux choux

(Rigaud, 1881) : Un verre d’absinthe et orgeat mêlés.

(France, 1907) : Verre d’absinthe et d’orgeat. Bavaroise de cocher, verre de vin.

Bavasser

(Virmaître, 1894) : Personnage qui ne sait ce qu’il dit, qui bavasse à tort et à travers. Mot à mot baver des paroles vides de sens (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Parler à tort et à travers.

Baver

(Delvau, 1867) : v. n. Parler, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Bavarder, bredouiller, s’embrouiller dans ses discours. Le mot date de 1754.

(Rigaud, 1881) : Railler, médire, — dans le jargon des filles.

(France, 1907) : Parler ; argot des faubouriens. Baver des clignots, pleurer ; baver sur quelqu’un, médire, calomnier. La bave est, en ce sens, la salive de l’impuissance et de l’envie. On dit aussi bavasser.

Baver des clignots

(Fustier, 1889) : Pleurer.

(Virmaître, 1894) : Pleurer. Le peuple plus expressif dit : chier des chasses (Argot du peuple). V. ce mot.

Bavette

(d’Hautel, 1808) : Causerie, bavarderie, commérage.
Tailler des bavettes. Jaser, babiller, caqueter à qui mieux mieux, comme le font les femmes entre elles ; et notamment ces sortes de commères qui passent des jours entiers à médire du tiers et du quart et auxquelles on donne à juste titre le nom de Tailleuse de bavettes.

Baveux

(M.D., 1844) : Du savon.

(Fustier, 1889) : Qui ne sait ce qu’il dit ; qui bafouille.

(Rossignol, 1901) : Les camelots qui vendent du savon à détacher sont des baveux.

(Hayard, 1907) : Savon.

(France, 1907) : Homme qui parle pour ne rien dire, sorte de gaga, nom donné aux parasites des premières. Le mot est dans Rabelais.

Ces fâcheux, ces encombrants, qui ne payent jamais leur fauteuil et sont les parasites de nos grandes premières, furent jadis qualifiés d’un mot : on les appela les baveux.
Le nom leur est resté.

(Maxime Boucheron.)

On appelait autrefois baveux le camelot qui vendait le savon à détacher. « Il y a, dit Cofignon, la baveuse à la postiche qui racole sur la voie publique, et le baveux au racolage qui opère sur les quais. »

Allusion à la marque baveuse du savon avec lequel le baveux des quais prétendait nettoyer l’habit du passant. Son industrie est morte aujourd’hui.

(Lorédan Larchey.)

Bayafe

(Larchey, 1865) : Pistolet.

On peut remoucher les bayafes. Alors le taffetas les fera dévider et tortiller la planque où est le carle.

Vidocq.

(France, 1907) : Pistolet ; vieux mot languedocien.

Bayafer

(Delvau, 1867) : v. a. Fusiller, — dans l’argot des voleurs parisiens, qui ont emprunté cette expression aux voleurs du Midi, lesquels appellent un pistolet un bayafe ou baillaf, comme l’écrit M. Francisque Michel.

(France, 1907) : Fusiller ; argot des voleurs.

Bayer

(d’Hautel, 1808) : Baye, Colas ! Espèce d’interjection dont on se sert en parlant à un ébaubi, à un nigaud qui a constamment la bouche béante et qui semble n’avoir jamais rien vu que par le trou d’une bouteille.
Bayer aux mouches, aux corneilles. Niaiser, s’amuser à des frivolités, à des bagatelles ; admirer sottement une chose peu digne de fixer les regards.

Bazar

(Delvau, 1864) : Bordel, — qui est en effet un endroit où l’on expose la femme comme marchandise.

Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames.

Lemercier de Neuville.

(Larchey, 1865) : Maison chétive, ou mal distribuée.

Petit bazar entre cour et jardin.

Labiche.

Bazar : Mobilier.

J’ai vendu la moitié de mon bazar pour payer le médecin.

E. Sue.

Mot contemporain de notre entrée en Afrique. Bazarder : Vendre.

J’ai bazardé mon pantalon.

Les Tribunaux.

(Delvau, 1867) : s. m. Maison où les maîtres sont exigeants, — dans l’argot des domestiques paresseux ; maison quelconque, — dans l’argot des faubouriens ; maison de filles, — dans l’argot des troupiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Ensemble d’effets mobiliers, — dans l’argot de Breda-Street.

(Rigaud, 1881) : Maison de tolérance. Terme de mépris pour désigner une maison, un établissement quelconque. Envoyer promener tout le bazar, envoyer promener toute la maison.

(Rigaud, 1881) : Mobilier, vêtements. — Laver tout le bazar, vendre tout le mobilier.

(Rigaud, 1881) : Or étranger, or à bas titre, — dans le jargon des bijoutiers.

(Fustier, 1889) : Lycée, pension.

Les jeunes citoyens de l’avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.

(Événement, 1881.)

(France, 1907) : Maison de tolérance, bordel, terme militaire ; précédé de sale, appellation que donne les domestiques à la maison de leurs maîtres. Se dit aussi des menus objets que possèdent dans leurs pupitres les écoliers. Bazar signifie aussi lycée et pension, dans l’argot des potaches.

Bazardement

(France, 1907) : Enlèvement, destruction, vente.

Sans être un puits de science, je ne suis pas pourtant l’ignorant passionné que tout homme a le droit d’être par ces temps de doute historique et de bazardement général des traditions.

(Émile Bergerat, Écho de Paris.)

Bazarder

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre, trafiquer. Bazarder son mobilier. S’en défaire, l’échanger contre un autre.

(Rigaud, 1881) : Se défaire d’un objet. — Bazarder son mobilier, vendre son mobilier. — Dans l’argot du régiment, bazarder c’est vendre ses effets de linge et de chaussures.

Au bataillon d’Afrique, la fréquence de ce délit en fait une vertu de corps. Tout conscrit doit, au moins, vider une fois son havre-sac.

(A. Camus, Les Bohèmes du drapeau.)

(France, 1907) : Vendre.

Elle vendit, bazarda d’urgence, sans pitié, fermes et domaines, y compris le rustique castel où elle était née, le pigeonnier de ses ancêtres, comme elle l’appelait en ricanant.

(Albert Cim, Institution des Demoiselles.)

Bazardier

(Rigaud, 1881) : « C’est le petit commerçant qui loue à la journée le rez-de-chaussée d’un immeuble à peine achevé, moyennant une redevance généralement assez modique, qui varie suivant Je quartier. »

(Elie Frébault, Les Industriels du macadam, 1868.)

(France, 1907) : Propriétaire d’un bazar ambulant qui loue provisoirement le rez-de-chaussée ou la boutique d’une maison non achevée.

Bazenne

(Halbert, 1849) : Amadou.

(France, 1907) : Mèche ou amorce ; argot des voleurs.

Bazof

(France, 1907) : Sous-officier, argot de Saint-Cyr ; de l’ancien mot dont on les désignait avant la Révolution : bas officiers.

Et les méchants tours tant de fois joués aux bazofs, ces bêtes noires, les omelettes topographiques arrosées de vin blanc dans les auberges de Bouviers et de Fontenay-le-Fleury, les sorties sans permission, le dimanche, où l’on se défilait au retour, le cœur battant, devant le « ringard » appuyé sur sa canne.

(René Maizeroy.)

(France, 1907) : Hotte de chiffonnier, argot populaire ; apocope de Berri. Se dit aussi pour calme, apocope de béard. Renvoyé bé ou béard, être acquitté.

Bê ! bê !

(Boutmy, 1883) : Cri d’appel, imitant le bêlement du mouton, que poussent, dans quelques ateliers au coup de quatre heures, les imprimeurs et conducteurs altérés.

Bé, béard

(La Rue, 1894) : Calme, tranquille. Renvoyé bé, acquitté.

Bé, Berri

(Rigaud, 1881) : Hotte de chiffonnier. C’est le terme générique dont se servent les chiffonniers pour désigner leur hotte.

Bé, berri

(La Rue, 1894) : Hotte du chiffonnier.

Be, ble

(d’Hautel, 1808) : Le peuple altère la prononciation de ces deux syllabes dans les mots qui en sont terminés ; par exemple dans Arabe, Ambe, il prononce Arable, Amble ; et au contraire dans Agréable, Probable, Sensible, il prononce Agréabe, Probabe, Sensibe.

Béard (rester)

(France, 1907) : Rester calme. Roupiller béard, dormir tranquille ; laisser quelqu’un béard, le laisser dans l’embarras ; n’être pas béard, être agité, inquiet.

Beati pauperes

(d’Hautel, 1808) : Mots ironiques et injurieux qui se disent des gens simples et bornés, par allusion avec un passage de l’Écriture Sainte ainsi conçu : Bien heureux les pauvres d’esprit, etc.

Beau

(d’Hautel, 1808) : Aux derniers les beaux, et plus communément les bons. Se dit par plaisanterie à ceux qui sont appelés les derniers dans une affaire ou à une distribution quelconque, pour leur faire accroire qu’ils seront mieux servis que les premiers. On entend aussi par cette locution, que les choses les moins difficultueuses sont ordinairement gardées pour la fin.
Beau comme le jour qu’il pleuvoit tant. Propos goguenard pour dire que quelqu’un n’est rien moins que beau, ou qu’il est paré ridiculement.
La belle plume fait le bel oiseau. Signifie que la parure et les beaux ajustemens donnent plus d’éclat à la beauté, et rendent supportable la laideur même.
Il fera beau temps, quand on m’y reverra. Pout dire qu’on ne retournera plus dans un endroit où l’on a été trompé, où l’on a essuyé quelque déplaisir.
Il a recommencé comme de plus belle. Pour il s’est remis à faire ce qu’on lui avoit expressément défendu.
Voilà une belle échauffourée, une belle équipée. Pour une étourderie, une inconséquence des plus grandes.
C’est un beau venez-y voir. Se dit d’une chose dont on fait peu de cas, et pour en diminuer la valeur.
À beau jeu, beau retour. Espèce de menace que l’on fait à celui dont on a reçu quelqu’offence, pour lui faire entendre qu’on trouvera tôt ou tard l’occasion de s’en venger.
Être dans de beaux draps. S’être attiré les bras une mauvaise affaire.
Il l’a échappé belle. Pour il a couru un grand danger.
Tout cela est bel et bien, mais je n’en ferai rien. Pour dire que l’on est fermement résolu de ne pas condescendre aux demandes, aux désirs de quelqu’un : qu’on ne veut pas se laisser aller à ses conseils.
Le voilà beau garçon. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est laissé prendre de vin, ou qui s’est mis dans un grand embarras.

(Larchey, 1865) : Homme à la mode.

Le beau de l’Empire est toujours un homme long et mince, qui porte un corset et qui a la croix de la Légion d’honneur.

Balzac.

Il y a les ex-beaux et les beaux du jour.

(Delvau, 1867) : s. m. Le gandin du premier Empire, avec cette différence que, s’il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous. Ex-beau. Élégant en ruines, — d’âge et de fortune.

(France, 1907) : Gandin du premier Empire, die Alfred Delvau, avec cette différence que s’il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous.

Le beau de l’Empire est toujours un homme long et mince, qui porte un corset et qui a la croix de la Légion d’honneur.

(Balzac.)

Beau (ex-)

(France, 1907) : Ancien dandy qui conserve dans l’âge mûr les prétentions de la jeunesse.

Beau blond

(Delvau, 1867) : s. m. Le soleil, — dans l’argot des voleurs, qui ne se doutent pas qu’ils font là de la mythologie grecque.

(France, 1907) : Soleil ; argot des voleurs.

Beau corps (elle a un)

(Delvau, 1864) : Se dit de toute femme laide de visage, quand on veut s’excuser d’avoir couché avec elle une fois ou d’y coucher tous les jours.

Beau du jour

(France, 1907) : « Élégant, homme à la mode. Le beau du jour reçoit d’autres nom qui varient avec le temps. Depuis Louis XVI, on l’a successivement appelé petit-maître, incroyable, merveilleux, fashionable, dandy, mirliflor, gant jaune, lion, gandin, petit crevé, gommeux, etc. » (Lorédan Larchey.)

Beau fils

(France, 1907) : Jeune beau.

Beau temps tombe par morceaux (le)

(Rigaud, 1881) : Il pleut, — dans le jargon des troupiers.

Beauce (plume de)

(France, 1907) : Paille ; argot des voleurs.

Beauce, Beauceresse

(France, 1907) : Revendeur, revendeuse du Marché du Temple.

Beauge

(France, 1907) : Ventre ; argot des voleurs.

Beause

(France, 1907) : Même signification [ventre ; argot des voleurs] que le précédent [Beauge].

Beauté

(d’Hautel, 1808) : Elle a la beauté du diable. C. à. d. la jeunesse ; se dit quelquefois par dénigrement d’une femme qui, sans être belle, ne laisse pas néanmoins par la fraîcheur de son teint, les grâces et l’amabilité de sa personne, de s’attirer les regards et les suffrages des hommes, en dépit de ces beautés froides et inanimées qui semblent rejeter dédaigneusement toute espèce d’hommage.

Beauté du diable

(France, 1907) : Fraicheur et jeunesse, en parlant d’une jeune fille qui n’est ni laide ni jolie.

Beauté vénale

(Delvau, 1864) : Femme qui fait métier et marchandise de ce qu’elle devrait donner pour rien, — l’homme, après tout, ne faisant pas payer les services de sa pine, qui valent bien ceux du con.

O vous, vénales beautés
À l’humeur aventurière,
Vainement vous présentez
Le devant ou le derrière
À l’abbé
La Bédollière,
L’abbé
Qui sera flambé.

Émile De La Bédollière.

Beautés occidentales

(Delvau, 1864) : Les fesses d’une femme, dont les tétons sont les beautés orientales.

Beautés postérieures

(Delvau, 1864) : Les fesses.

Le grand camarade, tourmenté de ses désirs, se mettait préalablement au fait des beautés postérieures de la soubrette… et cherchait à s’établir en levrette, mais de petits coups de cul le dénichaient comme sans dessein.

(Mon noviciat.)

Bébé

(Delvau, 1864) : Nom d’amitié que les filles donnent depuis quelques années aux hommes avec qui elles baisent, — maquereaux ou michés.

Théodore, c’est mon bébé ; M. Martin, c’est mon monsieur.

Lemercier de Neuville.

Un mot dont on nous favorise,
Mot aux nourrices dérobé,
C’est, aurait-on la barbe grise :
— Comment ça va ? Bonjour, bébé.

Fr De Courcy.

(Larchey, 1865) : Poupard. — De l’anglais baby.

Emma arriva le lendemain, au sortir du bal de la Porte Saint-Martin, en costume de bébé.

Ces Dames, 1860.

Bébé sert aussi de mot d’amitié. — Tu sais, mon petit homme, que je n’ai plus un sou, et que ton petit bébé ne doit pas rester sans espèces. — Id.

(Delvau, 1867) : s. m. Costume d’enfant (baby) que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.

(France, 1907) : Petit enfant, garçon ou fille ; de l’anglais baby.

Depuis quelque temps, la lorette se donne des airs de mère de famille ; on la voit tenant par la main une blonde et gentille enfant, dont l’âge varie de quatre à huit ans. Quelquefois, les petites dames se font accompagner par un collégien ; cela leur donne un air respectable.
Ces babys sont nés d’ordinaire dans la loge du concierge ou dans l’échoppe du savetier ; le prix de la location est en raison de la gentillesse du sujet. La leçon est bientôt faite et apprise, les enfants s’en acquittent pour le mieux, ils appellent leur petite mère des plus doux noms, surtout quand les beaux messieurs s’arrêtent devant elles.

(Physionomies parisiennes.)

Mon bébé, terme de tendresse que les dames, petites et grandes, adressent à leur amant.

Avec l’âge, un instinct s’éveille, violent, fougueux, comme une force sans emploi : le désir de la maternité. Moralement, les prostituées sont indignes d’être mères ; physiquement, elles en sont incapables. De la maternité, elles ne peuvent connaître — pour leur châtiment — que les joies amères du sacrifice. Il leur faut un être qui profite de leur dégoût, à qui elles procurent les joies matérielles de l’oisiveté, du vêtement chaud, du vin, de la bonne nourriture. Elles ne sont jamais lasses de satisfaire aux exigences de cet enfant qu’elles se donnent ; elles ont entre elles d’étranges rivalités dans la concurrence du sacrifice. Il faut que cet élu soit plus élégant que les autres, qu’il ait plus d’argent dans ses poches que tous ses camarades, afin qu’il juge par là à quel point il est aimé ! Pour désigner cette catégorie d’élus, les malheureuses stériles ont trouvé un mot ignoble et doux : les bébés.

(Hugues Le Roux, Les Larrons.)

On dit se costumer en bébé, s’habiller en petite fille pour exciter les vieux messieurs aux doux ébats de l’amour.
Bébé se dit aussi pour avorton, en souvenir d’un nain célèbre attaché à la cour du roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, qui s’appelait Bébé.

Bébé (mon)

(Delvau, 1867) : Petit terme de tendresse employé depuis quelques années par les petites dames envers leurs amants, qui en sont tout fiers, — comme s’il y avait de quoi !

Bébète

(Delvau, 1867) : s. f. Bête quelconque, — dans l’argot des enfants.

(France, 1907) : Niais, puéril, enfantin.

Bébête

(d’Hautel, 1808) : Pour dire Bête. Nom que les petits enfans donnent aux animaux.

Bebose

(Rossignol, 1901) : Femme.

Bec

(d’Hautel, 1808) : Pour bouche.
Un oiseau à gros bec, Sobriquet bas et trivial que l’on donne à un goinfre, à un gourmand ; à un homme grossièrement ignorant.
Se refaire le bec. Prendre un bon repas ; s’en mettre jusqu’au nœud de le gorge.
Donner un coup de bec. Et plus souvent Un coup de patte. Censurer, satiriser quelqu’un ou quelque chose, quand on en trouve l’occasion.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. L’entretenir de promesses trompeuses ; le tenir dans l’attente l’alternative.
Avoir bon bec. Parler avec trop d’abondance, babiller, caqueter ; en dégoiser.
Avoir bec et ongles. Savoir repousser à propos une injure, soit par paroles, soit par les voies de faits.
Faire le bec à quelqu’un. Lui faire sa leçon ; lui apprendre ce qu’il doit dire ou répondre. Cette manière de parler signifie aussi corrompre quelqu’un ; le soudoyer pour l’engager au secret.
Mener quelqu’un par le bec. En disposer à volonté ; gouverner son esprit, se rendre maître de toutes ses actions.
Passer la plume par le bec à quelqu’un. Le fourber, le tromper, le friponner.

(Larchey, 1865) : Bouche. — Casser, chelinguer du bec : Avoir mauvaise haleine. — Rincer le bec : Faire boire. — Faire le bec : Donner des instructions. — Avoir du bec : Être éloquent. — Tortiller du bec : Manger. — River le bec : Faire taire. — Fin bec : Gourmand.

(Delvau, 1867) : s. m. Bouche, — dans l’argot des petites dames.

(Rigaud, 1881) : Bouche, langue, langage, visage.

Quand ma muse est échauffée, elle n’a pas tant mauvais bec.

(St-Amand.)

Passer devant le bec, ne pas participer à. Les bons morceaux lui passent devant le bec. — Trouilloter du bec, sentir mauvais de la bouche. Et les variantes : Schlinguer, puer repousser du bec, — avoir la rue du bec mal pavée, manquer de dents. — Se rincer le bec, boire. River le bec, imposer silence. Taire son bec, ne plus parler.

Voyons M’me Rabat-Joie, tais ton bec !… et qu’on vienne baiser son vainqueur !

(Gavarni.)

(France, 1907) : Bouche. Rincer le bec à quelqu’un, lui payer à boire ; se rincer le bec, boire ; tortiller du bec, manger ; chelinguer du bec, avoir mauvaise haleine ; avoir la rue du bec mal pavée, avoir les dents mal rangées ; se calfater le bec, manger ou boire, dans l’argot des voleurs ; ourler son bec, finir son travail, argot des matelots ; claquer du bec, n’avoir rien à manger, allusion aux cigognes qui font claquer leur bec lorsque la faim se fait sentir. Bec fin, gourmet ; river le bec, faire taire par des menaces ; taire son bec, cesser de parler ; avoir bon bec, avoir la langue bien pendue.

Prince, aux Dames parisiennes
De bien parler donnez le prix.
Quoi qu’on dise d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

(François Villon.)

Bec (le)

(Rossignol, 1901) : La bouche.

Bec de gaz

(La Rue, 1894) : Agent de police.

(Virmaître, 1894) : Sergent de ville. Il éclaire les malfaiteurs quand il n’est pas chez le marchand de vins en train d’étouffer un glacis (Argot des souteneurs). N.

(Virmaître, 1894) : À la manille aux enchères, quand le joueur auquel le point est adjugé rencontre un jeu sur lequel il ne comptait pas dans les mains d’un de ses adversaires, il dit : J’ai rencontré un bec de gaz (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Agent de police.

Il éclaire les malfaiteurs quand il n’est pas chez le marchand de vins, en train d’étouffer un glacis.

(Ch. Virmaître.)

Bec, bécot

(Hayard, 1907) : Bouche.

Bec, Beq

(Rigaud, 1881) : Bois à graver, — dans le jargon des graveurs sur bois. — Ourler le bec, finir un travail.

Bécane

(Rigaud, 1881) : Machine à vapeur. Locomotive, — dans le jargon des ouvriers du fer.

(La Rue, 1894) : Machine. Locomotive. Bicycle.

(Virmaître, 1894) : Mauvaise machine à vapeur rafistolée par les Auvergnats de la rue de Lappe, qui marche comme une montre réparée par un charron (Argot du peuple). V. Seringue.

(Rossignol, 1901) : Bicyclette.

(Hayard, 1907) : Machine.

(France, 1907) : Machine à vapeur.

Bécarre

(Fustier, 1889) : Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d’élégant, n’est plus guère usité aujourd’hui.

Le parisien, en tant que langue vient de s’enrichir d’un nouveau mot… Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C’est le bécarre qui gouverne. On est ou on n’est pas bécarre, comme on était jadis ou l’on n’était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d’en faire telle autre… Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.

(Illustration, novembre 1885.)

(France, 1907) : Synonyme de dandy.

En 1885, on était bécarre, comme on avait été raffiné sous Charles IX, libertin sous Louis XV, talon rouge sous la Régence et plus tard incroyable. Le parfait bécarre devait porter des bottes pointues, un pantalon étriqué, le gilet blanc très ouvert, n’avoir qu’un seul gant à la main gauche et surtout paraître très gourmé, très Anglais et très sanglé.

(Frédéric Loliée.)

Bécarre, bécarreux

(France, 1907) : Synonyme de gandin, dandy, mais plus inepte, car il est tout à fait anglicisé. Il doit être grave, raide, gourmé, porter un faux col de vingt centimètres, saluer d’un geste automatique, paraître n’avoir que trente ans, ne pas danser et n’affecter aucune frivolité de manières ou de luxe. Bécarre n’est pas un nouveau mot, Molière a dit plaisamment à propos de musique : Hors du bécarre, point de salut.

Former des jeunes filles suffisamment instruites, mais moins savantes que sensées, de goûts simples et de mœurs irréprochables : ne recruter ces enfants que dans des familles honnêtes, bourgeoises, si l’on veut, d’antiques préjugés, ignorant le pschut !, le v’lan, la gomme, la poisse, le bécarre…

(Albert Cim, Institution de Demoiselles.)

Bécasse

(d’Hautel, 1808) : C’est une bécasse, ou bécassine. Pour dire une fille sotte, ignorante, imbécile.
La bécasse est bridée. Se dit de quelqu’un à qui l’on a tendu quelque piège, et qui s’y est laissé prendre.

(Delvau, 1867) : s. f. Femme ridicule, — dans le même argot [des petites dames].

(Rigaud, 1881) : Femme sotte.

(France, 1907) : Femme maigre et ridicule. (La plupart des vieilles vierges anglaises ont des allures de bécasse.) « Taisez-vous, sainte bécasse ! »

Becfigue de cordonnier

(Rigaud, 1881) : Oie, dinde.

(France, 1907) : Oie ; argot populaire.

Bêchage

(France, 1907) : Critique acerbe.

Dans le monde des journalistes, sitôt qu’un confrère a le dos tourné, on se livre sur lui à un effréné bêchage.

(Hector France.)

Béché

(M.D., 1844) : Mépriser quelqu’un.

Bêche

(France, 1907) : Outil de journaliste, dont il se sert pour tomber sur les camarades. On dit aussi faire de la bêche.

— Mais n’ayons pas l’air de faire de la bêche… on est susceptible chez Moule-à-Singe… Regardons, écoutons, et ne nous faisons pas trop remarquer…

(E. Lepelletier.)

Bécher

(M.D., 1844) : Faire des cancans.

(La Rue, 1894) : Médire.

Bêcher

(Clémens, 1840) : Médire, accuser.

(un détenu, 1846) : Charger, accabler de paroles, de sottises, etc.

(Larchey, 1865) : Battre, dire du mal. Vient du vieux mot béchier : frapper du bec (Du Cange).

Je suis comme je suis, c’est pas une raison pour me bêcher.

Monselet.

Avocat bécheur : Magistrat chargé du ministère public. Il bêche le prévenu.

(Delvau, 1867) : v. a. Médire et même calomnier, dans l’argot des faubouriens, qui ne craignent pas de donner des coups de bec à la réputation du prochain.

(Rigaud, 1881) : Dire du mal. On bêche surtout ses amis. — Mot à mot : travailler quelqu’un ou quelque chose comme on travaille la terre, à coups de bêche.

(Boutmy, 1883) : v. a. Dire du mal de quelqu’un ; faire des cancans sur son compte. Ce mot, dont le sens est à peu près le même que celui de « casser du sucre », n’est pas particulier au langage des typographes, non plus que cette dernière expression.

(Merlin, 1888) : Critiquer, médire.

(Rossignol, 1901) : Abimer, vilipender quelqu’un.

(Hayard, 1907) : Blaguer, débiner.

(France, 1907) : Médire ; du vieux mot béchier, frapper du bec.

Dans un salon.
Cette excellente comtesse de B… est en train de s’en donner à cœur joie sur le compte de ses « bonnes amies ».
Taupin, l’interrompant de la façon la plus respectueuse :
— Après vous la bêche, s’il vous plaît ?

Bécher en douce

(Virmaître, 1894) : Blaguer un ami doucettement mais lui dire de dures vérités sous des apparences de bonhomie (Argot du peuple).

Bêcher en douce

(La Rue, 1894) : Être ironique. On dit aussi blaguer en douceur.

Becheur

(Halbert, 1849) : Moqueur.

Bécheur

(Virmaître, 1894) : Avocat général. Il bêche le prévenu pour le faire condamner quand même. Pour l’avocat bêcheur il n’y a pas d’innocents (Argot des voleurs).

Ou le bêcheur commence à jaspiner.

Bêcheur

(un détenu, 1846) : Le procureur du roi, le ministère public, l’avocat du roi.

(Delvau, 1867) : s. m. Le Ministère public, l’Avocat général. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Avocat chargé de soutenir l’accusation, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Le ministère public. Gascon.

(Rossignol, 1901) : Celui qui bêche, Voir bêcher.

(France, 1907) : Juge d’instruction ou magistrat chargé du ministère public, dans l’argot des voleurs. On dit aussi avocat bêcheur.

Bêcheur (avocat)

(Hayard, 1907) : L’avocat général.

Bêcheur, bêcheuse

(Rigaud, 1881) : Excellent petit camarade, bonne petite camarade, qui ne perd pas une occasion de dire du mal des amis et connaissances.

Bêcheuse

(France, 1907) : Voleuse.

Bécot

(Larchey, 1865) : Petit baiser pris du bout des lèvres avec la prestesse de l’oiseau qui donne son coup de bec.

Encore un bécot.

Champfleury.

(Delvau, 1867) : s. m. Bouche, — dans l’argot des mères et des amoureux. Signifie aussi Baiser.

(Virmaître, 1894) : Bouche, baiser.
— Mon petit homme, donne-moi un bécot.
Embrasse-moi (Argot des filles).

(Rossignol, 1901) : Embrasser.

Donnez-moi un bécot.

(France, 1907) : Baiser.

Bécot (donner un)

(Delvau, 1864) : Baiser la tête d’un vit comme on baise le bec d’une clarinette. Cette aimable action ne faisant aucun bruit, on peut aller longtemps : d’abord moderato, puis allegretto, vivace… chaque pause vaut un soupir.

Et quand je lui donne un bécot,
Comme il lève la tête,
Jacquot !

Al. Dalès.

Bécoter

(Larchey, 1865) : Donner des bécots.

Tiens, j’effarouche les tourtereaux… On se bécotait ici.

Cormon.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner des baisers. Se bécoter. S’embrasser à chaque instant.

(France, 1907) : Embrasser à petit coups comme font les amoureux.

Becotter

(Virmaître, 1894) : Embrasser.
— C’est dégoûtant ! Ces jeunes mariés se bécottent toute la journée (Argot du peuple).

Bécotter

(Delvau, 1864) : Donner des bécots.

Petit bossu
Noir et tortu,
Qui me bécottes
Et fripes mes cottes ;
Petit bossu, noir et tortu,
De me baiser, finiras-tu ?

Béranger.

(Rossignol, 1901) : Embrasser.

Ils sont jeunes, ils passent leur temps à se bécotter.

Becquant

(Rigaud, 1881) : Poulet, — dans le jargon des voleurs.

(France, 1907) : Poulet ; argot des voleurs.

Petit bossu
Noir et tortu
Qui me bécottes…
De me baiser finiras-tu ?

(Béranger.)

Becquants

(La Rue, 1894) : Oiseaux.

Becquée

(d’Hautel, 1808) : Il n’en a que pour une becquée. Se dit d’un goulu, d’un glouton qui avale tout d’une bouchée, et dont on a fait la part trop petite.

Becquetance

(La Rue, 1894) : Nourriture.

(France, 1907) : Vivres, nourriture.

Becqueter

(un détenu, 1846) : Manger avec faim.

(Larchey, 1865) : Manger. De bec.

J’ai vendu ce que j’avais pour becqueter.

Lynol.

(Boutmy, 1883) : v. a. Manger ; synonyme de boulotter.

(La Rue, 1894) : Manger.

(Virmaître, 1894) : Manger.
— J’ai encore cent ronds à becqueter. Viens-tu manger une friture à Auteuil (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Manger.

(France, 1907) : Manger.

Les yeux éraillés et rougis, la lèvre molle, un plat sourire collé sur la face, voûtés, rachitiques, puant l’ylang-ylang, des bagues aux doigts, des diamants à la chemise. Rassemblés pour becqueter finement ensemble, et tâchant, par le vin et la boustifaille, de combler le creux, le vide, le trou de leur existence bêtement gâchée. Pas de femmes. Les femmes, c’est gênant.

Becqueter, Béquiller

(Rigaud, 1881) : Manger. — Mot à mot : jouer du bec.

Bedaine

(d’Hautel, 1808) : Mot du bas comique. Pour ventre rebondi ; panse à la maître d’hôtel.
Remplir sa bedaine. Faire ripaille ; se gorger de bonne-chère.

Bedon

(Delvau, 1867) : s. m. Ventre, — dans l’argot du peuple qui sait son Rabelais par cœur sans l’avoir lu.

(Virmaître, 1894) : Gros ventre. En Normandie on dit bedolle pour bedon (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Le ventre.

Allume (regarde) lago (là) le gonce (l’homme) ; ce bedon, on dirait une vessie à saindoux.

(France, 1907) : Ventre.

Comme ma maîtresse Zoé
— Une brune donzelle —
Me trompait avec un curé
De trente ans plus vieux qu’elle,
Alors, dans son petit bedon,
La faridondaine, la faridondon !
J’ai planté mon couteau, jeudi.

(Georges Prudhomme, Rouge et Noir.)

Bedonner

(Rossignol, 1901) : Prendre du ventre.

Bédouin

(Delvau, 1867) : s. m. Homme dur, brutal, — dans le même argot [du peuple].

(Delvau, 1867) : s. m. Garde national de la banlieue autrefois, — dans l’argot des voyous irrespectueux. Ils disaient aussi Gadouan, Mal-ficelé, Museau, Offarmé, Sauvage.

(France, 1907) : Homme dur, impitoyable. Les Anglais disent dans le même sens : Tartar.

Bée

(Rossignol, 1901) : Hotte de chiffonnier.

Beefsteack à corbeau

(Virmaître, 1894) : Vieille fille publique qui a servi de litière à tout un régiment de cuirassiers (Argot du peuple). N.

Beefsteack à Macquart

(Virmaître, 1894) : Macquart est l’équarrisseur qui a la spécialité d’abattre les vieux chevaux, les carnes hors de service (Argot du peuple).

Beefsteak de la Chamareuse

(Delvau, 1867) : s. m. Saucisse plate, — dans l’argot des faubouriens, qui savent de quelles charcuteries insuffisantes se compose souvent le déjeuner des ouvrières.

Béer aux mouches

(France, 1907) : S’amuser à des puérilités. Cette expression viendrait du plaisir féroce et niais que, suivant Suétone, l’empereur Domitien prenait à tuer les mouches avec une longue aiguille.

Beffeur (c’est un)

(Virmaître, 1894) : Homme qui fait des dupes. Homme d’affaires marron. Ses clients le sont plus souvent que lui (Argot des voleurs).

Beffeur, beffeuse

(France, 1907) : Trompeur, trompeuse.

Bègne ou beigne

(France, 1907) : Coup.

Puisqu’il fallait que l’on cognât,
Pour administrer une bègne,
Rien ne vaut un poing d’Auvergnat.

(Louis Legendre.)

Bègue

(Delvau, 1867) : s. f. Avoine, — dans l’argot des voleurs, qui savent à ce qu’il paraît l’italien (bavia, biada). Ils disent aussi Grenuche.

(Rigaud, 1881) : Avoine, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Avoine. Bézigue.

(France, 1907) : Avoine ; se dit aussi pour bezigue, dont il est l’abréviation.

Bègue, bèze

(Rigaud, 1881) : Bezigue, jeu de cartes. — Jouer au bègue, quarante de bègue, jouer au bezigue, quarante de bezigue.

Bégueule

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux que l’on donne aux femmes du filles qui font les précieuses, les hautaines, les pimbêches.

Bégueulerie

(d’Hautel, 1808) : Minauderie, grimace, air hautain et méprisant ; petites façons fort étudiées, très-familières aux petites maîtresses, et surtout aux petits maîtres de Paris.

Bégueulisme

(Fustier, 1889) : Le mot est de F. Sarcey qui l’a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869.

C’est, dit-il, dans la vie ordinaire, l’art de s’offenser pour le compte des vertus qu’on n’a pas ; en littérature, l’art de jouir avec des goûts qu’on ne sent point ; en politique, en religion et en morale, l’art d’affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.

(France, 1907) :

Le mot est de Francisque Sarcey, qui l’a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869 ; C’est, dit-il, dans la vie ordinaire, l’art de s’offenser pour le compte des vertus qu’on n’a pas ; en littérature, l’art de jouir avec des goûts qu’on ne sent point ; en politique, en religion et en morale, l’art d’affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.

(Gustave Fustier.)

Béguin

(Larchey, 1865) : Passion. — Vient du mot béguin : chaperon, coiffure. Allusion semblable à celle qui fait appeler coiffée une personne éprise.

Il y a bel âge que je ne pense plus à mon premier béguin.

Monselet.

(Larchey, 1865) : Tête.

Tu y as donc tapé sur le béguin.

Robert Macaire, 1836.

(Delvau, 1867) : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : s. m. Caprice, chose dont on se coiffe volontiers l’esprit. Argot de Breda-Street. Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux. Avoir un béguin pour un homme. Le souhaiter pour amant quand on est femme — légère.
On disait autrefois S’embéguiner.

(Rigaud, 1881) : Tête. C’est la tête prise pour le bonnet. Caprice amoureux. — Avoir un béguin, être épris de.

Moi, monsieur, j’ai un béguin pour les hommes rassis et pas trop spirituels… Aussi vous me plaisez.

(Almanach du Charivari, 1880.)

(La Rue, 1894) : Tête. Caprice amoureux.

(Virmaître, 1894) : Petit serre-tête en toile que l’on met sur la tête des enfants nouveau-nés (Argot des nourrices). V. Avoir un béguin.

(Rossignol, 1901) : Être amoureux d’une femme ou d’une chose.

J’ai un béguin pour cette femme. — Allons en ce café, j’ai un béguin pour cet établissement.

Béguin veut aussi dire aimer à… l’œil, sans que ça coûte.

(France, 1907) : Caprice.

— J’ai toujours eu un béguin pour toi, tu sais bien, j’aime les grosses femmes, on ne se refait pas !

(Oscar Méténier.)

C’est pas un’ plaisanterie,
Faut que j’passe mon béguin ;
J’suis pas jolie, jolie,
Mais j’suis cochonne tout plein.

(Louis Baron.)

Frère Laurent. — Alors, vous voulez vous marier ?
Juliette. — Oui, j’ai le béguin pour lui.
Roméo. — Et moi, je l’idole.
Frère Laurent. — Une bonne niche à faire à vos raseurs de pères, ça me va… Une, deux, trois, ça y est… vous l’êtes !

(Le Théâtre libre.)

— J’sais bien qu’i’ n’est pas beau, va, il a une taille de hareng, i’ louche même !
Mais quoi ! elle l’aimait ! Cette asperge montée et défraichie, elle en était toquée ! « C’est bête, va, d’avoir des béguins »

(Aug. Germain.)

Béguin veut dire aussi tête, dans l’argot populaire : Se mettre quelque chose dans le béguin.

Beguin (avoir le)

(Halbert, 1849) : Aimer quelqu’un.

Béguin (avoir un)

(Delvau, 1864) : Avoir envie de coucher avec un homme lorsqu’on est femme, avec une femme lorsqu’on est homme.

Ah ! je ne sais pas quand il se passera, mais j’ai un fier béguin pour toi, va !

Lemercier de Neuville.

Béguin carabiné

(Virmaître, 1894) : Avoir un amour de première force auquel il est impossible de résister (Argot du peuple). N.

Beigne

(Delvau, 1867) : s. f. Soufflet ou coup de poing, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles. On dit aussi Beugne.

(Rigaud, 1881) : Soufflet, contusion. — Donner, flanquer, recevoir, encaisser une beigne.

À une lettre près, c’est ainsi qu’on écrivait ce mot au XVIe siècle, et il avait la même signification. On disait mieux : bigne.

(Ch. Nisard, de l’Étymologie française.)

Se me dévoyé au iront faire une beigne.

(Anciennes poésies françaises, Eglogue sur le retour de Bacchus.)

(La Rue, 1894) : Coup. Soufflet.

(France, 1907) : Coup ; argot populaire. Recevoir une beigne, être battu.

Et pis, mon p’tit loup, bois pas trop,
Tu sais que t’es teigne
Et qu’quand t’as un p’tit coup de sirop
Tu me fous la beigne.

(Aristide Bruant, Dans la rue.)

Béjaune

(d’Hautel, 1808) : Ignorance, sottise, stupidité.
Montrer à quelqu’un son béjaune. Lui donner à connoître son ignorance, son incapacité, son ineptie.

Bélant

(M.D., 1844) : Un mouton.

Bèlant

(Delvau, 1867) : s. m. Mouton, — dans l’argot des voleurs, qui ne se sont pas mis en frais d’imagination pour ce mot.

Bêlant

(France, 1907) : Mouton.

Bêler

(d’Hautel, 1808) : Brebis qui bêle, perd sa goulée. Signifie qu’il ne faut pas trop s’amuser lorsqu’on dine à table d’hôte, ou qu’une occasion favorable est bientôt échappée, si l’on ne se hâte de mettre le temps à profit.
La brebis bêle toujours d’une même manière. Pour dire qu’on ne change guères les impressions qu’on a reçues de la nature.

Belêt

(Rigaud, 1881) : Cheval destiné à l’équarisseur, — dans le jargon des maquignons.

Belette

(Virmaître, 1894) : V. Blanchisseuse.

(France, 1907) : Pièce de 50 centimes ; argot populaire.

Belge

(Rigaud, 1881) : Pipe en terre fabriquée en Belgique.

C’était le long des murs de la chambre, le plus beau musée de belges et de marseillaises culottées.

(Ed. et J. de Concourt, Une Voiture de masques.)

(France, 1907) : Pipe en terre de Belgique.

Belgique (la fuite en)

(Rigaud, 1881) : Départ précipité à l’étranger pour cause de soustraction. La plupart des caissiers infidèles, les banqueroutiers, s’en vont à tire-d’aile vers des climats hospitaliers. La Belgique, pays limitrophe, a été choisie de préférence.

Bélier

(Larchey, 1865) : Cocu (Vidocq). — Allusion aux cornes symboliques du cocuage.

(Delvau, 1867) : s. m. Cocu, — dans l’argot des voyous, pour qui les infortunes domestiques n’ont rien de sacré.

(Rigaud, 1881) : Mari trompé. Délicate allusion aux cornes du bélier.

(France, 1907) : Cocu. Le roi des cocus.

Beliner

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, l’acte bestial par excellence, — belluinus.

Bellander

(France, 1907) : Mendier.

Bellauder

(Halbert, 1849) : Mendier.

Belle

(Delvau, 1867) : s. f. Occasion favorable ; revanche. Argot du peuple. Attendre sa belle. Guetter une occasion. Être servi de belle. Etre arrêté à faux.
Cette dernière expression est plus spécialement de l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Dernière partie, — dans l’argot des joueurs.

(La Rue, 1894) : Occasion. Revanche. Servi de belle, arrêté à faux. Être de belle, n’avoir pas de charge à redouter en justice.

Belle (être de la)

(France, 1907) : N’avoir rien à redouter en justice. Jouer la belle, jouer la partie décisive ; être servi de belle, être victime d’une fausse accusation ; attendre sa belle, attendre une occasion.

Belle (faire la)

(Virmaître, 1894) : Jouer une troisième partie qui décidera quel sera le vainqueur des deux adversaires ayant perdu chacun une manche (Argot du peuple).

Belle (jouer la)

(Larchey, 1865) : Tout risquer d’un seul coup. — On sait que deux joueurs jouent la belle (partie), lorsque après avoir gagné chacun une partie, ils conviennent d’en jouer une décisive.

Belle (la)

(Rigaud, 1881) : Troisième partie, partie décisive aux cartes, au billard, à un jeu quelconque, lorsque chacun des adversaires est manche à manche. — Faire la belle.

Il est essentiel qu’il (le commis-voyageur) laisse gagner la belle à son antagoniste.

(Code du commis voyageur, 1830)

Belle à la chandelle

(Delvau, 1867) : s. f. Femme laide, qui n’a d’éclat qu’aux lumières. Argot du peuple.

(France, 1907) : Laide.

Belle de nuit

(Delvau, 1867) : s. f. Fille oui hante les brasseries et les bals. Même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Rôdeuse de pavé, coureuse de bastringues.

(Virmaître, 1894) : Fille publique déjà vieille qui raccroche la nuit parce que la nuit tous les chats sont gris. Cette expression est ancienne. Vers 1850, on chantait dans une revue intitulée : Vive la Joie et les Pommes de terre représentée aux Folies-Dramatiques, à l’ancien boulevard du Temple.

Tous les soirs l’amateur contemple
Les belles de nuit qui s’font voir,
Sur le boulevard du Temple.

(Argot du peuple).

Belle en cuisses

(Delvau, 1864) : Galanterie que les gens du peuple adressent volontiers à une femme — dont ils n’ont pas encore relevé la robe.

J’ prendrais bien quéque chose, moi… Et toi, la belle en cuisses ?

Lemercier de Neuville.

Belle enfant

(Delvau, 1864) : Nom que l’on donne à une jolie fille, tant qu’elle est en âge de faire l’enfant, ou de faire un enfant.

Ma belle enfant !

Cette expression se trouve dans tous les drames possibles et impossibles, depuis la Pie voleuse, jusqu’à la Grâce de Dieu, etc., etc. Dans cette dernière pièce, elle s’adresse à mademoiselle Clarisse Miroy, qui a 46 ans et est grosse comme mademoiselle Georges : — La belle enfant !

Belle lurette (il y a)

(France, 1907) : C’est-à-dire, il y a longtemps. Cette expression, telle qu’on l’orthographie, n’aurait aucune signification si l’on ne savait que lurette est une corruption de heurette, diminutif de heure, mot encore en usage en Flandre. C’est donc : il y a belle heurette, qu’il faudrait dire.

Belle minette

(France, 1907) : Surnom donné aux petites dames.

Filles aimables, prêtresses de Vénus, vierges folles, horizontales de grande marque, apéritives et belles minettes, écoutez l’histoire suivante :
La doyenne des femmes galantes de Paris, celle qui s’était appelée Du Harlay, l’amie de la Guimard, la maîtresse de Barras, du beau Barras, vient de mourir à l’hôpital de Pontarlier.
Elle était née en 1780. Le vice et la misère en avaient fait un être repoussant.

(Gil Blas.)

Belle petite

(France, 1907) : Même sens que ci-dessus.

Pour la circonstance, elle avait pris ce que les femmes de cette catégorie appellent une tenue de femme honnête. Elle portait un petit chapeau fermé, très simple, recouvert d’une épaisse voilette, et sous la fourrure entr’ouverte on voyait une robe de soie noire d’une parfaite sévérité. Néanmoins, il s’exhalait de toute sa personne ce léger parfum de la femme galante, ce je ne sais quoi provocant qui fait qu’un Parisien expérimenté reconnait aussitôt ce que nos pères appelaient une cocotte, et que l’argot du jour appelle une belle petite.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille.)

Belle sous le linge (être)

(Delvau, 1864) : Ne rien perdre de ses séductions en se mettant nue devant un homme qui vous a trouvée belle habillée.

Il y avait à côté de son nom : bonne créature, assez belle sous le linge, mais gauche et sans mouvement.

La Popelinière.

Belle-de-nuit

(France, 1907) : Coureuse de bals, de gueulants et de cafés.

Quant aux filles publiques, les hommes les désignent par un grand nombre d’appellations. Les messieurs qui ont des prétentions à la distinction disent : fille de joie, courtisane, belle-de-nuit. Comme désignation insultante, on dit : putain, catin. Les autres termes employés avec le plus de grossièreté sont les suivants : garce, gothon, salope, gueuse, toupie, vache, bagasse, calèche, doffière, chameau, grenouille, tortue, volaille, rouscailleuse, couillère, omnibus, giberne, vessie, vezon. Les souteneurs, dans leur argot, disent : gaupe, marmite, dabe, largue, ouvrière, guénippe, ponante, ponisse, panturne, panuche, bourre-de-soie. On se sert aussi des mots poupée et gourgandine.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine.)

Belle-petite

(Rigaud, 1881) : « On ne dit plus : cocotte, en parlant des impures, on dit : belle-petite : c’est le vocable réeemment adopté. »

(Figaro du 25 août 1878.)

Bellemeresque

(France, 1907) : Qui a rapport à la belle-mère. Cet adjectif, mis en circulation par Edmond Lepelletier, mérite de faire son chemin.

Ce gendre, qui pousse peut-être trop loin l’amour de sa belle-maman, vient d’enseigner à ses collègues la manière de traiter la terrible gent bellemeresque.

Voir Caisson.

Bellot, bellotte

(d’Hautel, 1808) : Diminutif de beau, belle.
Mon bellot, ma bellotte. Nom d’amitié que l’on donne aux petits enfans, garçons et filles.

Beluter

(Delvau, 1864) : Faire l’acte copulatif, pendant lequel on remue beaucoup, — volutare.

Belzigues

(un détenu, 1846) : Lunettes.

Bénard

(Rigaud, 1881) : Pantalon, — dans le jargon des Desgrieux de barrière, du nom du tailleur.

— J’aurai besoin d’un bénard neuf dimanche pour aller guincher à Idalie.

(Rossignol, 1901) : Pantalon dit à pieds d’éléphant ou bénard, étroit des genoux et large des pieds, dont le tailleur Bénard, rue du Faubourg-Saint-Antoine, avait le renom pour la fabrication. À une époque, tous les mauvais sujets portaient la cotte à la Bénard.

(Hayard, 1907) : Pantalon.

(France, 1907) : Culotte.

Benedicamus

(Fustier, 1889) : Enfant de chœur. Terme populaire :

Il s’imaginait naïvement que les vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l’organiste, les petits benedicamus.

(Figaro, nov. 1885.)

Bénédiction

(d’Hautel, 1808) : Donner la bénédiction. Pour dire congédier, éconduire.
Donner la bénédiction des pieds et des mains. Signifie en style bas et comique, remuer les pieds et les mains comme le fait un pendu.

Bénédiction de parade

(Rigaud, 1881) : Coup de pied au derrière. Allusion aux coups de pied dont se gratifient MM. les saltimbanques, au moment de la parade.

Bénef

(Larchey, 1865) : Bénéfice.

Un billet, mon maître, moins cher qu’au bureau ! Deux francs cinquante de bénef !

Second.

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope de Bénéfice, — dans l’argot des bohèmes et du peuple.

(Rigaud, 1881) : Bénéfice. — Se retirer du jeu avec du bénef. — Avoir un petit bénef dans une affaire.

(France, 1907) : Apocope de bénéfice.

Bénéfice

(d’Hautel, 1808) : Les chevaux courent les bénéfices, et les ânes les attrapent. Signifie que les bons emplois ne tombent pas toujours aux gens de mérite qui les recherchent ; mais bien à des personnes sans capacité, à qui la faveur seule les fait accorder.

Benêt

(d’Hautel, 1808) : Un grand benêt. Un sot, un niais, un innocent ; un homme d’une grande simplicité d’esprit.

Beni-coco (être de la tribu des)

(Merlin, 1888) : Être un imbécile, un niais.

(France, 1907) : Être simple, facile à duper ; argot militaire. Beni, pluriel de l’arabe ben, fils.

Beni-Mouffetard

(Delvau, 1867) : s. m. Habitant du faubourg Saint-Marceau, — dans l’argot des ouvriers qui ont été troupiers en Algérie.

(France, 1907) : Sobriquet donné par les troupiers aux faubouriens de Paris.

Bénir

(d’Hautel, 1808) : Que le bon Dieu te bénisse ! Phrase interjective, qui marque la surprise, l’improbation, le mécontentement.
Dieu vous bénisse ! Salut, souhait que l’on fait à quelqu’un qui éternue. On se sert aussi de cette locution pour se débarrasser honnêtement d’un pauvre qui demande l’aumône, et auquel on ne veut rien donner.
Il dépenseroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Voyez Autant.
Eau bénite de cour. Fausses carresses, vaines protestations d’amitié.
C’est pain bénit que d’attraper un rusé, un avare. Pour dire que c’est un mal dont chacun rit.
Ventre bénit. Nom que l’on donne aux bedeaux de paroisses, parce qu’ils vivent le plus souvent du pain bénit qu’on les charge de distribuer aux fidèles.
Changement de corbillon, appétit de pain bénit. Vieux proverbe qui signifie que la diversité et la variété plaisent en toutes choses. Voyez Appétit.
Il est réduit à la chandelle bénite. Se dit d’un moribond qui approche de sa dernière heure.

Bénir bas

(Delvau, 1867) : v. a. Donner un ou des coups de pied au derrière de quelqu’un, — comme ferait par exemple un père brutal à qui son fils aurait précédemment demandé, avec sa bénédiction, quelques billets de mille francs pour courir le monde.

(France, 1907) : Donner un coup de pied au derrière.

Bénir des pieds

(Delvau, 1864) : Se dit des spasmes amoureux, pendant lesquels l’homme et la femme gigotent des jambes, comme s’ils voulaient envoyer leur bénédiction urbi et orbi.

(France, 1907) : Être pendu ; allusion aux saccades des pendus.

Bénir ses pieds

(Delvau, 1867) : v. a. Être pendu, — dans l’argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers gigottements d’un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.

Bénissage

(La Rue, 1894) : Louange banale distribuée aux mauvais et aux médiocres comme aux bons.

Bénisseur

(Delvau, 1867) : s. m. Père noble, dans l’argot des coulisses, où « le vertueux Moëssard » passe pour l’acteur qui savait le mieux bénir.

(Rigaud, 1881) : Père de comédie, père noble. Ce n’est pas un homme, c’est un ruisseau.

(Rigaud, 1881) : Faux-bonhomme à qui les promesses et les éloges ne coûtent rien, mais incapable de rendre jamais le moindre service à personne. Les bénisseurs forment une nombreuse classe dans la société, et quiconque a eu besoin sérieusement d’un service, s’est heurté neuf fois sur dix à des bénisseurs.

(La Rue, 1894) : Critique qui abuse du bénissage.

(Virmaître, 1894) : Homme qui trouve toujours tout très bien et n’a jamais une parole amère pour personne. Le critique H. de Lapommeraye fut et restera le plus illustre bénisseur du siècle (Argot du peuple).

(France, 1907) : Donneur de paroles flatteuses et banales, homme politique qui s’efforce de croire et cherche à faire croire aux autres que tout est pour le mieux.

Bénitier

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, que nous emplissons de sperme bénit — par elle.

Je crois bien que notre gros vicaire
Aura mis le doigt au bénitier.

Béranger.

… Aussi, ma foi,
Laissez-moi mettre un doigt
Au bénitier de ma belle Lise.

Emm. Delorme.

Benoit

(Virmaître, 1894) : Maquereau. Benoit, dans le langage populaire, est synonyme d’imbécile, de niais, n’en déplaise à ceux qui portent ce nom. Il veut dire aussi maquereau, dans le monde des filles (Argot des souteneurs). N.

(France, 1907) : Souteneur.

… La vrai vérité
C’est que les Benoits toujours lichent
Et s’graissent les balots.
Vive eul bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin, Chanson des Gueux.)

(France, 1907) : Imbécile, benêt ; argot des canuts.

Benoît

(Hayard, 1907) : Souteneur.

Benoiton

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune homme du monde qui parle argot comme on fait dans La famille Benoiton, pièce de M. Sardou.

Benoiton (Mme)

(Delvau, 1867) : Se dit d’une femme sans cesse absente de sa maison.

Benoiton, benoitonne

(France, 1907) : Bourgeois excentriques dans leur langage et dans leur tenue, d’une pièce de Victorien Sardon : La Famille Benoiton. On en a fait le verbe benoitonner et le substantif benoitonnerie.

Et le soir, les gandins, sur vos pas s’étouffant,
Croiront tous, à vous voir aussi benoitonnée,
Que dans la bicherie une autre biche est née.

(Vie Parisienne.)

Benoitonne

(Delvau, 1867) : s. f. Jeune fille bien élevée qui parle la langue des filles.

Béotien

(France, 1907) : Inintelligent, illettré, ignorant dans les choses de l’art, bourgeois enfin. Dans l’ancienne Grèce, les habitants de la Béotie passaient pour être lourds et grossiers. C’est Louis Desnoyers, auteur des Béotiens de Paris, qui a popularisé ce mot.

Beq

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrage, — dans l’argot des graveurs sur bois, qui se partagent souvent à quatre ou cinq un dessin fait sur quatre ou cinq morceaux de bois assemblés.

(France, 1907) : Ouvrage, argot des graveurs sur bois ; abréviation de bequet, qui a le même sens.

Béquet

(Delvau, 1867) : s. m. Petite pièce de cuir mise à un soulier, — dans l’argot des cordonniers ; petit morceau de bois à graver, — dans l’argot des graveurs ; petit ajouté de copie, — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Petite planche à graver, ouvrage de peu d’importance, — dans le jargon des graveurs sur bois.

(Rigaud, 1881) : Retouche faite à une pièce ou à un acte, raccord, — dans le jargon des acteurs.

(Boutmy, 1883) : s. m. Hausse en papier que l’imprimeur ajoute à la mise en train ou place sous un cliché. Composition de quelques lignes. Ce mot est emprunté au langage des cordonniers pour lesquels il signifie Petit morceau de cuir joint à la semelle.

(Virmaître, 1894) : Le passifleur met des béquets, des pièces, aux vieux souliers ; il en existe qui arrivent à une perfection si grande qu’il est impossible de découvrir la pièce (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Terme d’imprimerie. Petits paquets de composition pour ajouter ou compléter un grand paquet. En corrigeant un article, on ajoute des petits béquets à droite et à gauche pour le corser (Argot d’imprimerie).

Béqueter

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Manger, — dans l’argot du peuple, qui n’oublie jamais son bec.

Bèqueter

(Rossignol, 1901) : Manger.

Il ne me reste qu’une thune pour bèqueter cette semaine.

Béquillard

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard, — dans l’argot des faubouriens, qui n’ont pas précisément pour la vieillesse le même respect que les Grecs.

(Rigaud, 1881) : Vieillard. — Boiteux.

(Rigaud, 1881) : Bourreau. Béquillarde, guillotine.

(La Rue, 1894) : Bourreau.

(France, 1907) : Vieillard, boiteux.

Paris est une ville où rien ne manque.
En cherchant bien, on y trouverait aisément de tout : des béquillards qui, la nuit venue, courent comme des lapins ; de faux culs-de-jatte qui fourrent leurs jambes on ne sait où et des aveugles qui n’ont pas perdu la vue.
Le monde des mendiants est un abime insondable. Il défie toute analyse.

(Charles Mérouvel, Dent pour dent.)

Béquillarde

(La Rue, 1894) : Potence, guillotine.

(France, 1907) : Guillotine ; de béquille, vieux mot pour potence. Boiteuse.

Béquillards (les)

(Virmaître, 1894) : Vieillards infirmes et mendiants que la police arrête quotidiennement et qu’elle est forcée de relâcher faute de délit. Ainsi nommés parce qu’ils ont des béquilles ou qu’ils boitent s’appuyant sur une canne (Argot des voleurs). N.

Béquille

(d’Hautel, 1808) : C’est une vieille béquille. Terme de mépris ; pour dire un vieux radotteur, un vieillard infirme qui a peine à se trainer.

(Halbert, 1849) : Potence.

(Larchey, 1865) : Potence (Vidocq). — La potence ressemble à une béquille. — Béquiller : Pendre. V. Farre.

(Delvau, 1867) : s. f. Potence. — dans l’argot des voleurs, dont les pères ont eu l’occasion de remarquer de près l’analogie qui existe entre ces deux choses.

Béquille du père Banaba (la)

(Delvau, 1864) : Le membre viril de tous les hommes, sur lequel s’appuient si volontiers toutes les femmes. Expression employée dès l’époque de la régence dans de nombreuses chansons.

J’ai perdu ma béquille,
S’écriait Barnaba ;
Quelle est l’honnête fille
Qui la rapportera ?

Collé.

Marc une béquille avoit
Faite en fourche, et de manière
Qu’à la fois elle trouvoit
L’œillet et la boutonnière.

Grécourt.

Béquiller

(Clémens, 1840) : Manger.

(un détenu, 1846) : Manger sans besoin.

(Halbert, 1849) : Manger.

(Larchey, 1865) : Manger. Même étymologie que Becqueter.

C’est égal, je lui ai envoyé un coup de tampon sur le mufle qu’il ne pourra ni béquiller, ni licher de quinze jours.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Manger, — dans l’argot des faubouriens.

(La Rue, 1894) : Pendre. Manger.

(Virmaître, 1894) : Manger (Argot des voleurs). V. Becqueter.

(Rossignol, 1901) : Voir bèqueter.

(France, 1907) : Pendre.

Crompe, crompe, mercandière,
Car nous serions béquillés ;
Sur la placarde de vergne,
Lonfa malura dondaine !
Il nous faudrait gambiller,
Lonfa malu a dondé !

(Vidocq.)

(France, 1907) : Boiter.

Béquilleur

(Halbert, 1849) : Bourreau.

(Delvau, 1867) : s. m. Bourreau, — probablement parce qu’il est le représentant de la Mort, qui va pede claudo comme la Justice.

(France, 1907) : Bourreau.

Berbis

(Delvau, 1867) : s. f. Brebis, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (vervex, vervecis) et à la tradition :

Ne remist buef ne vac, ne chapuns, ne geline,
Cheval, porc, ne berbiz, ne de ble plaine mine,

dit un poème du XIIIe siècle.

Berbuante

(Halbert, 1849) : Une bague.

Berceau

(Delvau, 1867) : s. m. Entourage de tombe, — dans l’argot des marbriers de cimetière, qui croient que les morts ont besoin d’être abrités du soleil.

Bercer

(d’Hautel, 1808) : Bercer quelqu’un. Le cajoler, le nourrir de belles paroles, d’espérances vaines et chimériques.

(La Rue, 1894) : Chloroformiser pour voler.

(France, 1907) : Chloroformiser pour voler.

Bercycotier

(Rigaud, 1881) : Marchand de vin à Bercy, trafiquant de vins à Bercy, courtier en vins.

Berdouillard

(Rigaud, 1881) : Ventru. Berdouille, ventre.

Berdouille

(Halbert, 1849) : Ventre.

(Delvau, 1867) : s. f. Ventre, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Ventre.
— Que boulottes-tu donc, mon vieux, pour avoir une sacrée berdouille comme ça ?
On dit aussi bedaine (Argot du peuple).

(France, 1907) : Ventre.

— T’as bouffé des haricots que t’en as la berdouille gonflée.

(Jean Richepin, Le Pavé.)

Bérengerisme

(France, 1907) : Maladie particulière aux protestants qui se manifeste par des accès de rage vertueuse, comme en ont été atteints les sénateurs Bérenger. Jules Simon et autres bibassons refroidis par l’âge. La récente aventure du sénateur-pasteur évangélique Dide, ardent apôtre du Bérengerisme, démontre suffisamment que la morale publique et officielle de ces bibards n’a rien de commun avec leur morale privée.
Dans son Dictionnaire fin de siècle, Charles Virmaître a donné place à ce mot nouveau :

Le Père la Pudeur qui fonctionne au bal de l’Elysée-Montmartre, bérengérise les danseuses qui lèvent la jambe à hauteur de l’œil sans pantalon :
— Veux-tu cacher ton prospectus ? dit le vieil empêcheur de danser en rond.
— Ça m’est recommandé par mon médecin de lui faire prendre l’air, répond la « Môme Cervelas ».

Bérengérisme

(Virmaître, 1894) : En être atteint, c’est une maladie bien désagréable. Le Père la Pudeur qui fonctionne au bal de l’Elysée-Montmartre, bérengérise les danseuses qui lèvent la jambe à hauteur de l’œil sans pantalon :
— Veux-tu cacher ton prospectus ? dit le vieil empêcheur de danser en rond.
— Ça m’est recommandé par mon médecin de lui faire prendre l’air, répond la Môme Cervelas (Argot du peuple). N.

Berge

(Delvau, 1867) : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Année, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Année.

(Virmaître, 1894) : Brigadier. Pour distinguer un sous-ordre, on ne dit pas un sous-brigadier mais par abréviation un S. B. (Argot des agents de police). N.

(Virmaître, 1894) : Année.
— Je tire cinq berges à la Centrousse de Melun (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Année.

J’ai été sapé à cinq berges pour un vague qui ne m’a rapporté que peau.

(Hayard, 1907) : Année.

(France, 1907) : Année ; argot des voleurs.

C’était un malheureux paillasse, sorti de prison, où il avait tiré trois berges pour attentat à la pudeur. À part cela, le meilleur zig du monde, affirmait-il.

(Jean Richepin.)

I’s apprirent à biffiner ;
Mais i’s n’aimaient pas chiner.
C’qui fait qu’à leur quinzièm’ berge
I’s plaquèr’nt tous deux l’boulot
Afin d’faire l’rigolo
Aux fortifs et l’long d’la berge.

(Blédort.)

(France, 1907) : Brigadier de police. Sous-berge, sous-brigadier.

Bergère

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des troupiers.

(Boutmy, 1883) : s. f. Dans la langue typographique, comme dans les autres argots ce mot désigne une femme.

(France, 1907) : Maîtresse ; dernière carte d’un paquet.

Bergerie

(d’Hautel, 1808) : Enfermer le loup dans la bergerie. C’est enfermer le mal avec la cause qui le produit ; fermer une plaie avant que d’en avoir fast sortir toute la matière nuisible.

Bergeronnette

(La Rue, 1894) : Maîtresse. V. Biche.

(Virmaître, 1894) : Année. Diminutif de berge (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Maîtresse.

Bérgosse

(Rossignol, 1901) : Mouton.

Béri

(Merlin, 1888) : Genre de tunique.

Beribono

(France, 1907) : Nigaud.

Berlauder

(Delvau, 1867) : v. n. Flâner, aller de cabaret en cabaret. Argot des faubouriens. Cette expression est certainement le résultat d’une métathèse : on a dit, on dit encore, berlan pour brelan, berlandier pour brelandier, — et berlauder pour brelander.

(France, 1907) : Corruption de brelander, courir de cabaret en cabaret ; argot populaire.

Berline

(Virmaître, 1894) : Couverture (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Couverture.

(France, 1907) : Couverture.

Berline de commerce

(Delvau, 1867) : s. f. Commis marchand, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Petit commis de magasin. Berline de comme, par abréviation.

(Virmaître, 1894) : Commis-voyageur (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Commis marchand ; argot des voleurs.

Berlingot

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Berlo

(Rossignol, 1901) : Celui qui louche est berlo. Se dit aussi de celui qui a la vue basse.

Berlu

(Halbert, 1849) : Aveugle.

(Delvau, 1867) : s. m. Aveugle, homme qui a naturellement la berlue. Même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Aveugle.

(La Rue, 1894) : Aveugle.

(France, 1907) : Aveugle.

Berlue

(d’Hautel, 1808) : Avoir la berlue. Au propre avoir la vue trouble, être ébloui ; au figuré, raisonner mal de quelque chose, en parler tout de travers ; faire des propositions ou tenir des discours ridicules.

(Larchey, 1865) : Couverture (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. f. Couverture, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Couverture.

(France, 1907) : Couverture, dans l’argot des voleurs.

Berlue, berline

(La Rue, 1894) : Couverture.

Berlus

(Clémens, 1840) : Couvertures.

Bernard

(La Rue, 1894) : Postérieur.

(France, 1907) : Postérieur, le derrière. Aller voir Bernard ou aller voir comment se porte Madame Bernard, aller aux cabinets d’aisances ; allusion, die Rigaud, à saint Bernard représenté, d’ordinaire, ayant en mains des tablettes qui passent pour le papier de rigueur. Les Anglais disent : aller voir Mistress Jones.

Bernard (aller voir)

(Rigaud, 1881) : Aller aux lieux d’aisance. Allusion irrévérencieuse à saint Bernard, représenté ordinairementavec des tablettes à la main. Parti du séminaires le mot s’est répandu dans le monde de la bourgeoisie. Par altération, les personnes du sexe faible disent volontiers : « Aller voir madame Bernard, aller voir comment se porte madame Bernard. »

Bernatier

(France, 1907) : Vidangeur.

Bernement

(d’Hautel, 1808) : Dérision, moquerie, raillerie piquante que l’on exerce sur quelqu’un.

Berner

(d’Hautel, 1808) : Berner quelqu’un. Au propre le faire sauter dans une couverture ; au figuré, ridiculiser une personne, la faire servir de jouet et de passe-temps à la société.

Bernicle

(France, 1907) : C’est fini, attrapé ; plus rien ni personne : Bernicle sansonnet !

Bernique

(d’Hautel, 1808) : Expression adverbiale et badine, qui se dit lorsqu’on est trompé dans ses espérances, dans son attente ; que l’on croyoit tenir quelque chose et que l’on ne tient rien.
Vous comptiez là-dessus ? bernique.

(Virmaître, 1894) : Non. Je ne veux pas. On dit aussi Bernique Sansonnet (Argot du peuple). V. Brenicle.

Bernique-sansonnet !

(Delvau, 1867) : C’est fini ; il n’y a plus rien ni personne. Littré dit « Berniquet pour Sansonnet : tu n’en auras pas. » C’est une variante dans l’argot populaire.

Berniquer

(France, 1907) : S’en aller d’un lieu avec l’intention de n’y pas revenir ; argot populaire.

Berniquet ou breniquet

(d’Hautel, 1808) : Espèce de huche, de bahut.
Envoyer quelqu’un au berniquet. Le réduire à la mendicité ; le ruiner.

Berri

(Delvau, 1867) : s. m. Hotte, — dans l’argot des chiffonniers.

(France, 1907) : Hotte de chiffonnier. Berri, en langue d’oc, signifie s’accoupler en parlant du verrat et de la truie : le chiffonnier est accouplé à sa hotte.

Berribono

(Delvau, 1867) : s. m. Homme facile à duper, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Béricain.

(Rigaud, 1881) : Naïf, — dans le jargon des voleurs.

Berry

(d’Hautel, 1808) : Il est marqué au nez comma les moutons de Berry. Se dit par raillerie de quelqu’un qui a une contusion ou une écorchure au nez ou au visage.

(Larchey, 1865) : Capote d’études à l’École polytechnique.

Toujours plus ou moins culottée, veuve d’un certain nombre de boutons.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Capote d’études, — dans l’argot des polytechniciens.

(Rigaud, 1881) : Capote d’étude des élèves de l’école polytechnique.

(France, 1907) : Capote d’études ; argot des polytechniciens.

Bertelo

(Halbert, 1849) : Vingt sous.

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce d’un franc, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Pièce d’un franc.

(La Rue, 1894) : Pièce d’un franc.

(Virmaître, 1894) : Un franc (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Pièce d’un franc ; argot des voleurs.

Berthe

(France, 1907) : Panier ; du patois d’Auvergne.

Dans les vignes on s’éparpille ; hommes et femmes détachent les grappes, en remplissent des paniers qu’on va ensuite vider dans une berthe. Et quand les berthes débordent, des gars sont là pour les charger sur leurs épaules en deux temps, deux mouvements et ils vont les vider à leur tour dans les bachottes.

(Jacques d’Aurelle.)

Bertrand

(Larchey, 1865) : Fripon dupé par son complice. — La fable connue de Bertrand et Raton, et le drame de l’Auberge des Adrets, ont mis ce terme à la mode.

Il s’était posé à mon endroit en Robert Macaire, me laissant le rôle désobligeant de Gogo ou de Bertrand.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Compère de filou ou de faiseur, — dans l’argot du peuple, qui a gardé les souvenir de la légende de Robert-Macaire.

(France, 1907) : Fripon, complice et victime d’un filou. Souvenir du drame populaire de l’Auberge des Adrets.

Il s’était posé à mon endroit en Robert-Macaire, me laissant le rôle désobligeant de gogo ou de Bertrand.

(Eugène Sue.)

Berzélius

(Rigaud, 1881) : Montre, — dans le jargon des élèves du cours de mathématiques spéciales.

(France, 1907) : Montre ; argot des collèges.

Besace

(d’Hautel, 1808) : Au gueux la besace. Signifie que de tout temps des indigens et les malheureux ont été chargés des travaux les plus pénibles.
Être à la besace. Être réduit à la mendicité.
Il en est jaloux comme un gueux de sa besace. Pour dire qu’un homme est fort ombrageux, et que son amitié pour quelqu’un va jusqu’à la jalousie.
Besace bien promenée nourrit son maître. C’est-à-dire que quelque pauvre que l’on soit, on parvient toujours à gagner sa subsistance en se donnant du mouvement et en cherchant à travailler.

(Delvau, 1864) : Tétons flasques et pendants, comme une besace dont les toiles se touchent ; ou bien le ventre d’une fille enceinte.

Finalement, v’la Boniface
Qui s’ présente et veut m’épouser :
Comme il faut qu’ chacun port’ sa b’sace,
Je m’ promets bien d’ l’utiliser.
Un mal de cœur, suit’ d’un’ scène amoureuse,
Rendit bientôt ma position chanceuse…

Ph. Vionet.

Besaigre

(d’Hautel, 1808) : Tourner au besaigre. Se dit du vin qui s’aigrit, qui tourne à la graisse. Cette locution toute fautive qu’elle paroisse aux yeux des critiques a reçu la sanction de l’usage, et est fort en vogue parmi le peuple.

Besef

(La Rue, 1894) : Beaucoup.

Besicles

(d’Hautel, 1808) : Mettez donc vos besicles, ou vos lunettes. Manière caustique de reprendre quelqu’un qui voit des erreurs où il n’y en a pas.
On dit aussi de celui qui a porté un faux jugement sur quelque chose, sans l’avoir examiné, qu’Il n’a pas mis ses besicles.

Besogne

(d’Hautel, 1808) : Il est né un samedi, il aime bien la besogne faite. Se dit d’un paresseux, d’un homme indolent et oisif qui a une sainte horreur pour le travail.
Faire plus de bruit que de besogne. Voyez Bahutier.
Faire de belle besogne. Signifie ironiquement, ne faire rien qui vaille ; travailler en pure perte.

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien, que nous accomplissons sans douleur — mais non sans fatigue. C’est ce que Fourier appelle le travail attrayant.

Quand ils ont bien travaillé et qu’ils sont saouls de la besogne.

Tabarin.

De le faire cent coups, voire à beau cul levé,
Avec votre Brillant, qui besogne en crevé.

Trotterel.

La belle en train de bien apprendre,
Serrait Lucas, qui, las de besogner,
Par un air abattu lui fit assez comprendre
Qu’on ne peut toujours enseigner.

VIDA.

Besogner

(d’Hautel, 1808) : Expédier de l’ouvrage, travailler rapidement et avec ardeur.

Besoigner

(France, 1907) : Faire la besogne conjugale ; du vieux français besoingner, « Avec gentille épousée le drôle besoignait. »

Quand Thibault, se voulant coucher
Avecques sa femme nouvelle,
S'en vint tout bellement cacher
Un gros maillet en la ruêlle.
« O ! mon doulx ami, ce dict-elle,
Quel maillet vous voi-je empoigner ?
- C'est, dit-il, pour mieux vous coingner.
- Maillet ? dist-elle, il n'en faut nul :
Quand gros Jean me vient besoingner,
Il ne me coingne que le cul. »

(Rabelais.)

Besoin (hôtel de)

(France, 1907) : Maison de prostitution que certains hypocrites affectant le puritanisme prétendent supprimer. Les bordels sont, en quelque sorte, des exutoires qui sauvegardent les honnêtes femmes et leurs filles des tentatives audacieuses de gens trop amoureux.

Besouille

(Delvau, 1867) : s. f. Ceinture, — dans l’argot des voleurs, qui y serrent leurs bezzi, nom italien des deniers.

(Rigaud, 1881) : Ceinture, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Ceinture.

(France, 1907) : Ceinture ; argot des voleurs.

Bessons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les deux seins, — des jumeaux en effet. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Les deux seins (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Les seins ; le même mot signifie jumeaux.

Bestialité

(Delvau, 1864) : Crime honteux que l’on commet avec une bête.

Rien ne fut plus commun au moyen-âge que ce crime que l’on punissait de mort quand il était patent et confirmé par le tribunal. — Les registres du Parlement sont remplis de ces malheureux qu’on brûlait avec leur chien, avec leur chèvre, avec leur vache, avec leur pourceau, avec leur oie ! — On aurait volontiers pardonné à la bête plutôt qu’à l’homme ; mais on la tuait de peur qu’elle ne vint à engendrer un monstrueux assemblage de la bête et de l’homme.

Pierre Dufour.

La lutte s’engage, les coups se portent, la bête devient l’égale de l’homme, Sainte est embestialisée… ensinginée.

Alfred De Musset. (Gamiani.)

Bestiasse

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux qui équivaut à bégueule, sotte pécore, femme dépourvue de sens et d’esprit.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, plus que bête, — dans l’argot du peuple.

(France, 1907) : Triple sot ; argot du peuple.

Bestiole

(d’Hautel, 1808) : Diminutif badin, Nigaude, petite fille simple et crédule.

(Delvau, 1867) : s. f. Petite bête, au propre et au figuré, — dans l’argot du peuple, qui a parfois des qualificatifs caressants.

(France, 1907) : Petite bête.

Béta

(d’Hautel, 1808) : Un gros béta. Épithète grossière et choquante qu’on applique ordinairement à un homme ignorant, épais, sot et borné ; à un ouvrier gauche et maladroit.

(Virmaître, 1894) : Niais, crétin, superlatif d’imbécile (Argot du peuple).

Bêta

(Delvau, 1867) : s. et adj. Innocent et même niais, — dans l’argot du peuple.

(France, 1907) : Niais.

Bétanie

(d’Hautel, 1808) : Idiote, petite sotte qui prête facilement l’oreille aux propos galans.

Bêtasse

(Virmaître, 1894) : Mou, flasque (Argot du peuple).

Bête

(d’Hautel, 1808) : Plus fin que lui n’est pas bête. Locution badine et dérisoire, qui signifie que quelqu’un n’est rien moins que malicieux.
Bête à Pain. Dénomination basse et satirique, que l’on donne communément à un homme peu intelligent, emprunté et inhabile dans tout ce qu’il entreprend.
Bête comme un pot, comme une cruche, comme un oie. Sot et stupide au suprême degré.
Remonter sur sa bête. Rétablir ses affaires ; réparer ses pertes ; reprendre son premier état ; rentrer en faveur après avoir été disgracié.
La bonne bête. Expression piquante qui se dit d’un hypocrite, d’une personne qui affiche des sentimens qu’elle ne ressent pas.
Prendre du poil de la bête. Reprendre ses travaux accoutumés, après un long divertissement ; et dans un sens opposé, se mettre de nouveau en ribotte.
C’est une méchante bête ; une fausse bête. Se dit grossièrement et par dénigrement, d’un homme qui sous des dehors mielleux cache une ame noire et perfide.
Morte la bête, mort le venin. Signifie qu’une fois mort, un méchant n’est plus à craindre.
Quand Jean-Bête est mort, il a laissé bien des héritiers. Pour dire qu’en ce monde, il y a plus de sots que de gens d’esprit.
C’est comme l’arche de Noé, il y a toutes sortes de bêtes. Voyez Arche.
On n’y voit ni bête ni gens. Se dit d’un lieu obscur, où l’on ne peut rien distinguer.
C’est la bête du bon Dieu. Manière ironique de dire que quelqu’un est bon jusqu’à la foiblesse ; qu’on le mène comme on veut.
Faire la bête, faire l’enfant. Jouer l’ingénu ; minauder, avoir l’air de ne pas comprendre une chose dont on a une parfaite connoissance.
Bête épaulée. Fille qui se réfugie sous les lois de l’hymen, pour réparer les désordres de l’amour.
Pas si bête ! Espèce, d’exclamation, pour exprimer que l’on n’a pas donné dans un piège ; que l’on n’a pas voulu consentir à des propositions artificieuses.

(Larchey, 1865) : Voir bachotteur.

(Delvau, 1867) : s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par l’emporteur.

(Rigaud, 1881) : Floueur qui, dans une partie de cartes ou de billard, allèche la dupe, en perdant quelques coups. Il fait la bête.

(Rigaud, 1881) : Vache, — dans le jargon des bouchers.

Un boucher ne dit jamais : j’ai acheté une vache, mais bien : j’ai acheté une bête.

(É. de la Bédollière.)

(La Rue, 1894) : Compère qui allèche la dupe en perdant quelques coups au jeu.

(France, 1907) : Compère d’un escroc au jeu qui allèche le dupe en perdant, en faisant la bête.

Bête (la)

(Delvau, 1864) : La femme, — après l’homme.

Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.

Boileau.

Si je veux croire les railleurs,
Elle a fort peu de cheveux à la tête ;
Les sujets qu’on en dit ne sont pas les meilleurs ;
Ce n’est pas bien l’endroit par où j’ai vu la bête,
Mais elle en a beaucoup ailleurs
Où elle est souvent arrosée
Par la plus douce des liqueurs.

(Le Zombi du grand Pérou.)

Ciel ! poursuit-il, quand est-ce qu’on
Pourra désabuser le monde
De foutre ces bêtes à con
Des animaux le plus immonde.

Collé.

Bête à bon dieu

(Virmaître, 1894) : V. Bête à pain.

(France, 1907) : Personne bonne et inoffensive.

Bête à chagrin

(Virmaître, 1894) : Une femme légitime. Quand elle est acariâtre, et elle l’est souvent par les nécessités de la vie, on lui donne ce nom peu aimable (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Femme.

Bête à concours

(France, 1907) : Élève d’un lycée ou d’une pension que l’on prépare exclusivement pour remporter des prix aux concours généraux, afin de faire honneur à l’établissement.

Durant toute l’année, nous avons tous vu le professeur s’adonner aux élèves de choix, aux bêtes à concours, pour le plus grand dommage du reste de la classe. J’ai passé toute une année en rhétorique latine, sans que le cuistre solennel et assommant qui menait la classe m’ait une seule fois adressé la parole.

(Henri Bauer, La Ville et le Théâtre.)

Bête à cornes

(Rigaud, 1881) : Fourchette, — dans le jargon des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Fourchette (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Fourchette qui n’avait primitivement que deux dents ; homme marié cocu, archi-cocu.

Bête à deux dos (faire la)

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, pendant lequel les deux fouteurs, cellés ensemble par le ventre, ont l’air de n’avoir que des dos. — L’expression a de l’usage. Coquillart s’en est servi, Rabelais après lui, et, après Rabelais, Shakespeare — dans la première scène d’Othello :

Your daughter and the Moor are now making the beast with two backs…

On s’en sert toujours avec avantage dans la conservation.

(France, 1907) : Faire l’amour ; accomplir l’acte qui perpétue l’espèce humaine. L’expression est de vieille date.

Il est difficile à un auteur dramatique de s’échapper des sujets reconnus d’utilité théâtrale et de pratiquer une conception supérieure au mensonge sempiternel de l’amour et aux variations écœurantes de la bête à deux dos. En vain, nous réclamons, pour l’art dramatique avili, un champ plus vaste et plus haut d’expérience : il semble condamné au bagne de la pornographie macabre, sinistre ou farceuse, aux truculences de la pièce rosse, poncif du Théâtre-Libre, ou aux éjaculations idiotes du Vaudeville.

(Henri Bauer, Les grands Guignols.)

… Les rideaux
Sont tirés. L’homme, sur la femme à la renverse,
Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce,
Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes.)

Bête à deux fins

(France, 1907) : Trique ou canne ; ce que les Arabes appellent Sidi Matraque, Monseigneur le Bâton, Privat d’Aiglemont explique cette dénomination : « Cet aimable époux prenait sa bête à deux fins (c’est ainsi qu’il nommait sa canne, parce qu’elle lui servait à faire taire et à faire crier sa femme). »

Bête à pain

(Virmaître, 1894) : Homme bon et simple. Mot à mot : bon comme du bon pain (Argot du peuple).

(France, 1907) : L’homme qui pourvoit au pain du ménage ; bête comme ses pieds, imbécile absolu ; bête comme chou, même sens ; bête épaulée, fille qui a perdu son pucelage ; bête noire, personne qu’on déteste.

Bête comme ses pieds

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot populaire, — de tout individu extrêmement bête.

Bête comme un chou

(Delvau, 1867) : Extrêmement bête, — dans l’argot des bourgeois qui calomnient cette crucifère.

Bête épaulée

(Delvau, 1867) : s. f. Fille qui, le jour de ses noces, n’a pas le droit de porter le bouquet de fleurs d’oranger, — dans l’argot du peuple, cruel quand il n’est pas grossier.

Bête noire

(Delvau, 1867) : s. f. Chose ou personne qui déplaît, que l’on craint ou que l’on méprise. Argot des bourgeois. Être la bête noire de quelqu’un. Être pour quelqu’un un objet d’ennui ou d’effroi.

Bête rouge

(Rigaud, 1881) : Républicain avancé, l’ancien démoc-soc, le radical de nos jours, ainsi désigné par ceux qu’il appelle des réac.

Le correspondant de l’Univers, que l’on n’accusera pas d’être une « bête rouge », écrit à son journal, etc.

(Petit Parisien, du 22 août 1877.)

Bête-à-cornes

(Delvau, 1867) : s. f. Fourchette, — dans l’argot des voyous.

(La Rue, 1894) : Fourchette.

Bête-à-pain

(Delvau, 1867) : s. f. L’homme, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Bête au superlatif. On dit encore : bête comme un chou, bête comme ses pieds, bête comme les pieds de cet homme, bête à manger du foin, bête à payer patente.

(La Rue, 1894) : Homme. Entreteneur.

Betinet

(Virmaître, 1894) : Queue rouge. Le peuple donne ce nom aux paillasses qui font le boniment sur les places publiques ou devant les baraques de saltimbanques pour amasser la foule. L’un d’eux fut célèbre sous le nom de Bétinet, de 1840 à 1850, sur la place de la Bastille. Il était renommé pour ses bêtises stupéfiantes (Argot du peuple).

Bêtises

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Grivoiseries, — dans l’argot des bourgeoises, qui trouvent très spirituels les gens mal élevés qui en disent devant elles.

Bêtises (dire des)

(Larchey, 1865) : Tenir des propos grivois. — Passer des paroles à l’action, c’est faire des bêtises.

(France, 1907) : Dire des grivoiseries. Faire des bêtises, passer des paroles à l’action.

Bêtises (dire)

(Delvau, 1864) : Tenir des propos gaillards, qui font rougir — et godiller — les dames.

Bêtises (faire des)

(Delvau, 1864) : Patiner une femme, peloter un homme : baiser ; sodomiser.

Sois bien sage et bien raisonnable, mais pas trop cochon ; si nous voulons, nous ferons des bêtises.

Henry Monnier.

Lors le prélat, relevant son étole,
Après m’avoir caressé le menton,
M’ fit des bétis’s au pied du Capitole :
J’ai, mes amis, toujours été cochon.

(Parnasse satyrique.)

Bettander

(Delvau, 1867) : v. n. Mendier, — dans l’argot des filous.

(Rigaud, 1881) : Mendier.

(France, 1907) : Mendier.

Betterave

(d’Hautel, 1808) : Rouge comme une betterave. Très-haut en couleur : celui dont le teint est d’un rouge pourpre.
Un nez de betterave. Un nez rubicond et enluminé ; un nez d’ivrogne.

(Delvau, 1867) : s. f. Nez d’ivrogne, — dans l’argot des faubouriens, par allusion à la ressemblance de forme et de couleur qu’il a avec la beta vulgaris.

(Rigaud, 1881) : Nez gros et rouge, nez d’ivrogne.

Betterave (avoir une)

(France, 1907) : Avoir un gros nez rouge et enluminé.

Betterave (ordre de la)

(France, 1907) : Palme d’officier d’académie.

Il y a dans les Miettes de l’année, une revue qui se jouait au Palais-Royal, une scène tout à fait « nature ».
Le compère (Dailly), voyant le ciel s’obscurcir, s’écrie plaisamment : « Garde à vous ! Sauve qui peut ! Il va tomber des palmes académiques… » et il ouvre son parapluie.
Quelques instants après, un exprès lui apporte un pli cacheté : il est nommé officier d’académie, et voilà notre rieur qui, devenu soudain très sérieux, arbore avec orgueil le ruban violet dont il se moquait cinq minutes auparavant.

(Fernand Lefranc, La Nation.)

Beuglant

(Larchey, 1865) : Café chantant.

Nous allâmes au beuglant, c’est-à-dire au café chantant… Vous devez juger par le nom donné à cet établissement que les chants des artistes sont fort peu mélodieux.

Les Étudiants, 1860.

(Rigaud, 1881) : Café-concert. Le premier café-concert auquel on a infligé ce surnom fut le café des Folies-Dauphine, fréquenté par les étudiants.

Nous voici au café beuglant, ainsi nommé dans le quartier parce que, dans le principe, les artistes beuglaient leurs chansons.

(Marc Constantin, Hist. des cafés-concerts.)

(La Rue, 1894) : Café-concert de dernier ordre. Beuglante, chanteuse de café-concert.

(Virmaître, 1894) : Café chantant où les spectateurs chantent en chœur avec les artistes. Les deux plus célèbres furent le Beuglant de la rue Contrescarpe et le Divan japonais de Jehan Sarrazin (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Concert où il y a de mauvais artistes et où les spectateurs chantent avec eux.

(Hayard, 1907) : Café-concert.

(France, 1907) : Café chantant du dernier ordre.

Une place lui fut offerte dans l’orchestre d’un café chantant du Gros-Caillou, un de ces Alcazars de dernier ordre que l’ouvrier parisien qualifie de beuglants ou de bouibouis.

(Albert Cim, La Petite Fée.)

Jadis l’homme seul travaillait. N’ayant ni le café, ni l’assommoir, ni les « beuglants », ni l’hôtel garni, ni le restaurant à faux bon marché, il était forcé de se constituer un intérieur, et se mariait. La femme le soignait, l’habillait, le nourrissait, élevait les enfants. Ceci n’existe presque plus. L’ouvrier agricole a toujours besoin d’une ménagère. Mais l’ouvrier des villes s’en passe, vit au jour le jour, et l’isolement où, de son côté, la femme est tenue, lui livre des filles en assez grand nombre pour tromper au moins son besoin d’aimer.

(Colombine, Gil Blas.)

Bullier, les beuglants, les soupers de la rôtisseuse ne les tentaient pas. Ils aimaient bien mieux rester chez Malmus, parler patois, boulotter entre le café, l’école et la table d’hôte.

(A. Daudet, Numa Roumestan.)

Certes, il y a loin de nos beuglants à ces Music-halls anglais où, au hasard de l’actualité, on sert tout chaud au public le couplet du jour.

(Séverine.)

Beuglant (le)

(Delvau, 1867) : Café-concert.

Beuglante

(France, 1907) : Chanteuse de café-concert.

Beugler

(Delvau, 1867) : v. n. Pleurer, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Pleurer.

(Virmaître, 1894) : Enfant qui crie à en perdre haleine.
— As-tu fini de beugler, horrible crapaud (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Crier.

Il ne parle pas, il beugle comme un veau.

(France, 1907) : Pleurer ; argot populaire.

Beugne

(France, 1907) : Coup ; du vieux mot beigne.

Beurloquin

(France, 1907) : Marchand de chaussures de pacotille.

Beurlot

(Rigaud, 1881) : Maître cordonnier, d’une petite maison. — Beurloquin, patron d’une maison de chaussures de dernier ordre.

(France, 1907) : Petit maître cordonnier.

Beurre

(d’Hautel, 1808) : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

(Larchey, 1865) : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

Chansons, Avignon, 1813.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

(Rigaud, 1881) : Argent.

(La Rue, 1894) : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

(Rossignol, 1901) : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

(France, 1907) : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris.)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal.)

Beurre (au prix où est le)

(Rigaud, 1881) : Dans un moment où tout est si cher. D’abord employée pour désigner la cherté de certains vivres dont la préparation culinaire exige beaucoup de beurre, l’expression s’est étendue à tout objet d’un prix trop élevé pour la bourse de l’acheteur.

Beurre (C’est un)

(Delvau, 1867) : C’est excellent, en parlant des choses, quelles qu’elles soient. Même argot [du peuple].

Beurre (comme un, c’est un)

(Rigaud, 1881) : Parfait, très bon, très bien.

Beurre (faire son)

(Rigaud, 1881) : Tirer profit de ; gagner. — Pour l’employé, c’est une bonne place qui lui permet de prélever un bénéfice plus ou moins licite ; pour l’administrateur d’une grande compagnie, ce sont « les tours de bâton », c’est le « pot de vin » ; pour la cuisinière, c’est le résultat de la danse du panier ; pour la fille entretenue, c’est le fruit de la générosité de « Monsieur ».

Beurre (gros comme deux liards de)

(Rigaud, 1881) : Tout petit, avorton. — C’est gros comme deux liards de beurre et ça pense déjà aux femmes.

Beurre d’oreilles

(Rigaud, 1881) : Sécrétion des oreilles.

Beurre dans les épinards (en avoir ou en mettre)

(Virmaître, 1894) : Bourgeois qui augmente sa fortune par tous les moyens possibles. On sait que les cuisiniers appellent les épinards la mort au beurre, parce qu’ils en absorbent considérablement. L’allusion est facile à comprendre (Argot du peuple).

Beurre demi-sel

(Delvau, 1867) : s. m. Fille ou femme qui n’est plus honnête, mais qui n’est pas encore complètement perdu. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Demoiselle qui n’a eu encore que deux ou trois amants.

(France, 1907) : Fille ou femme qui a jeté son bonnet par-dessus les moulins, mais qui n’est pas encore tombée dans le domaine public.

Une fille perdue s’appelait autrefois une dessalée.

(Alfred Delvau.)

Beurre noir (œil au)

(Rigaud, 1881) : Œil poché. Allusion à la couleur d’un œuf au beurre noir.

Beurre sur la tête (avoir du)

(Rigaud, 1881) : Avoir la conscience chargée de crimes. — Les voleurs juifs disent en hébreu :

Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache.

(Vidocq.)

(La Rue, 1894) : Avoir la conscience chargée de méfaits.

Beurrer

(d’Hautel, 1808) : Enduire quelque chose de beurre.
On dit figurément en terme d’imprimerie, qu’Un ouvrage est beurré, quand l’impression en est pochée, trop chargée d’encre.

Beurrier

(Delvau, 1867) : s. m. Banquier, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Banquier, financier.

(La Rue, 1894) : Banquier.

(France, 1907) : Banquier, l’homme qui fait du beurre.

Beuvailler

(d’Hautel, 1808) : Boire tout le long de la journée, ivrogner, courir de cabaret en cabaret.

Beuvasser

(d’Hautel, 1808) : Boire à petits coups et sans soif.

Bezef

(Rigaud, 1881) : Beaucoup, — dans le jargon des troupiers retour d’Afrique.

Bézef

(Delvau, 1867) : adv. Beaucoup, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi en Afrique et en ont rapporté quelques mots de la langue sabir.

(Merlin, 1888) : Beaucoup, — de l’arabe.

(France, 1907) : Beaucoup ; mot arabe rapporté par les soldats d’Afrique.

Bi-annuel

(Rigaud, 1881) : Poêle, ainsi nommé par les troupiers parce que, dans certains régiments, une chambrée de quarante hommes n’a droit aux bienfaits du poêle que tous les deux ans. Les pelotons de rangs pairs peuvent se chaufferies années paires, et les pelotons de rangs impairs, les années impaires. Il y en a ainsi pour tout le monde… en attendant un peu.

Biancher

(un détenu, 1846) : Payer, solder quelqu’un, délier sa bourse.

Biard

(Halbert, 1849) : Côté.

(Delvau, 1867) : s. m. Côté, — dans l’argot des voleurs, qui voient les choses de biais.

(France, 1907) : Côté, probablement de biais ; argot des voleurs.

Biasse

(France, 1907) : Besace ; du patois béarnais.

Biaude

(France, 1907) : Blouse ; argot importé du patois bourguignon.

Et tirant de dessous sa biaude un mauvais pistolet qu’il venait d’acheter à Langres, Fleuriot l’avait déchargé sur Catherine, qui était tombée sanglante au long de la porte.

(André Theuriet.)

Bibac, bibacho

(France, 1907) : Bachelier ès lettres et ès sciences ; abréviation de bis-bacho, deux fois bachelier.

Bibacier

(Clémens, 1840) : Ancien.

Bibard

(Delvau, 1867) : s. m. Vieil ivrogne, ou vieux débauché, — dans l’argot du peuple, qui cependant ne sait pas que boire vient de bibere.

(France, 1907) : Vieux débauché.

Bibard, biberon

(Larchey, 1865) : Ivrogne (d’Hautel).

Par rapport à ces vieux bibards d’invalides.

La Bédollière.

C’est un fameux biberon. Quand on lui demande quel temps il fait, il vous répond : Il fait soif.

Vidal, 1833.

Bibarde

(France, 1907) : Vieille.

Bibarder

(Delvau, 1867) : v. n. Vieillir dans la fange, dans la misère.

(Rigaud, 1881) : Vieillir dans la misère. (A. Delvau)

(Virmaître, 1894) : Vieillir.
— C’est extraordinaire comme les chagrins te font bibarder.
Bibarder
veut aussi dire boire.
— Bibardons-nous une tasse ? (Argot du peuple).

(France, 1907) : Vieillir.

Bibasse

(M.D., 1844) : Vieille femme.

(Delvau, 1867) : s. f. Vieille femme.

(Virmaître, 1894) : Vieille femme. Arrivée à un certain âge, la femme c’est comme les vieux souliers, ça boit ; elle bibasse dans les bars (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vieux, âgé.

(Hayard, 1907) : Vieille femme.

(France, 1907) : Vieille femme.

Bibasse (la)

(Boutmy, 1883) : s. f. Nom familier sous lequel était désignée la Société typographique de Lyon.

Bibasserie

(un détenu, 1846) : Vieillesse.

(Delvau, 1867) : s. f. Vieillesse. On dit aussi Bibarderie.

(France, 1907) : Vieillesse ; on dit aussi bibarderie.

Bibassier

(Delvau, 1867) : s. m. Vieil homme. Signifie aussi Ivrogne, — le vin étant le lait des vieillards.

(Boutmy, 1883) : s. m. Qui a l’habitude de boire, de bibasser (du latin bibere) ; ivrogne. Signifie plutôt maintenant radoteur, maussade, tatillon, gourgousseur : Vieux bibassier, va !

(Rossignol, 1901) : Synonyme de bibasse.

(France, 1907) : Radoteur, tatillon, comme le sont généralement les vieilles barbes.

Bibassier, Biberon

(Rigaud, 1881) : Vieil ivrogne. À aussi le sens de maniaque, grognon, méticuleux, tatillon, — dans le jargon des typographes. M. Décembre-Alonnier (Typographes et gens de lettres) orthographie bibacier. — Biberon est un vieux mot français.

À toi gentil Anacréon,
Doit son plaisir le biberon,
Et Bacchus te doit ses bouteilles.

(Ronsard, Ode gauloise.)

Bibassier, bibon, birbe, birbette

(La Rue, 1894) : Vieux.

Bibasson

(Rossignol, 1901) : Les vieilles femmes comme il y en a chez le père Lunette et au Château-Rouge sont des bibassons, surtout lorsqu’elles se livrent à la boisson.

(France, 1907) : Vieillard.

Bibasson, bibassier

(Virmaître, 1894) : Vieillard (Argot du peuple). V. Birbe.

Bibelot

(Delvau, 1867) : s. m. Objet de fantaisie, qu’il est de mode, depuis une vingtaine d’années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots. Par extension : Objet de peu de valeur. Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l’origine jouet d’enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd’hui qu’il n’y a plus d’enfants, ce commerce est mort ; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Havresac, porte-manteau, — dans l’argot des soldats.

(Rigaud, 1881) : Objet de peu de volume et peu de valeur. Objet de peu de volume et de beaucoup de valeur. En général, tous les menus objets, plus ou moins artistiques, depuis les bijoux anciens jusqu’aux vieilles seringues prétendues historiques, prennent la dénomination très élastique de « bibelots ».

J’ai été aussi fort bousculé par mon propriétaire, auquel je dois deux termes, et il m’a fallu vendre toutes sortes de bibelots pour m’acquitter d’un.

(H. Murger, Lettres.)

Les deux peuples les plus passionnés, aujourd’hui, pour les bibelots sont le Français et le Chinois, — signe de décadence, — prétendent les philosophes. Pour satisfaire à toutes les exigences, il s’est établi des fabriques de vieux neuf qui déversent journellement leurs produits à l’hôlel Drouot.

(Boutmy, 1883) : s. m. En imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d’importance, tels que factures, adresses, étiquettes, prospectus, circulaires, lettres de mariage, billets de mort, etc. Ces travaux sont aussi appelés bilboquets, et mieux ouvrages de ville.

(Fustier, 1889) : Argot d’imprimerie. Travaux de peu d’importance ; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.

(France, 1907) : Objet de curiosité ou de fantaisie dont il est de mode, depuis quelques années, d’encombrer ses appartements ; du mot bimbelot, jouet d’enfant.

L’appartement est somptueux. Le temple est digne de l’idole. Le lit est anglais, la commode est russe, l’armoire est italienne, le sofa est turc, les fauteuils sont allemands, les bronzes sont espagnols, mais les bibelots sont parisiens.

(Albert Dubrugeaud.)

Ces objets, la plupart de cuir ouvragé, ressemblaient, tous, à ces affreux bibelots connus sous le nom d’article-Paris ; ils en avaient la forme laide et sans art, la destination vague, l’insupportable clinquant.

(Octave Mirabeau, Gil Blas.)

Travaux de peu d’importance, dans l’argot des typographes.

Bibelotage

(Rigaud, 1881) : Petit trafic, échange de marchandises.

Bibeloter

(France, 1907) : Vendre son mobilier. Bibeloter une affaire, entreprendre une affaire. Bibeloter veut dire aussi collectionner des objets d’art ou de fantaisie.
Se bibeloter, se soigner.

Bibeloteur

(Fustier, 1889) : Collectionneur ; amateur de bibelots.

(France, 1907) : Amateur de bibelots, collectionneur.

Bibelotier

(Boutmy, 1883) : s. m. C’est l’ouvrier spécial chargé de faire les bibelots. Pour lui, les règles adoptées en typographie sont lettre morte. Il doit avant tout s’assimiler et faire ressortir l’idée du client, sans s’inquiéter des règles ordinaires. Le bibelotier est le metteur en œuvre des puffistes et des charlatans du jour. Il est l’inventeur de ces réclames bizarres qui forcent l’attention ; c’est lui qui a imaginé la disposition des billets de la loterie du lingot d’or et autres balançoires.

(Fustier, 1889) : Ouvrier imprimeur, spécialement chargé des bibelots.

(France, 1907) : Ouvrier qui ne travaille que dans les moments de presse ; argot des typographes.

Bibelots

(un détenu, 1846) : Toute sorte d’outils.

Bibelotter

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre ses bibelots, et, par extension, ses habits, ses meubles, etc. Argot des filles et des bohèmes. Par extension aussi: Bibelotter une affaire dans le sens de Brasser.

Bibelotter (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’arranger pour le mieux, se mijoter. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Se soigner.

Biberon

(d’Hautel, 1808) : Franc, buveur, gourmet en vin.

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, — dans l’argot du peuple, qui cependant ne doit pas connaître le jeu de mots (Biberius) fait sur le nom de Tibère, impérial buveur.

(Virmaître, 1894) : Pochard qui boit comme une éponge, sans soif. Mot à mot : il tète ou suce tous les liquides possibles (Argot du peuple). V. Suce-Canelle.

(Rossignol, 1901) : Individu qui boit sans besoin et qui tette n’importe quel liquide.

(France, 1907) : Ivrogne.

Bibi

(Delvau, 1864) : Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards — le giton du Satyricon, le Ganymède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; ou mignon de dame.

(Larchey, 1865) : Petit chapeau de femme.

Malaga portait de jolis bibis.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé.

Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ?

Montépin.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit nom d’amitié, — dans l’argot des faubouriens ; petit nom d’amour, — dans l’argot des petites dames.

(Rigaud, 1881) : Nom d’amitié donné indistinctement aux gens et aux bêtes, ou qu’on s’octroie à soi-même. — « C’est à Bibi ça. »

J’aime pas qu’on fasse des manières avec Bibi.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

(Rigaud, 1881) : Fausse clé de petit calibre.

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers. La mode exige aujourd’hui que les chapeaux d’hommes soient pourvus de très petits bords ou, mieux, soient dépourvus de bords. — J’ai lâché le bibi, j’ai arboré le chapeau haute forme.

(Rigaud, 1881) : Nom donné aux chapeaux de femmes, vers la fin du règne de Louis-Philippe, parce que ces coiffures étaient très petites.

Dans le vieux patois bourguignon, on désignait par bibi un petit objet, de quelque nature que ce soit, servant d’amusette aux enfants.

(Ch. Nisard.)

(Merlin, 1888) : Lignard.

(Virmaître, 1894) : Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). V. Tâteuse.

(France, 1907) : Nom d’amitié décerné à soi-même.

Les plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est bibi. »

(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne.)

Ce mot ne viendrait-il pas du patois béarnais bibe, vivre, bibi, je vis ?
On appelait, vers 1830, un certain petit chapeau de femme un bibi.
Bibi
signifie aussi couteau et fausse clé, dans l’argot des voleurs.

S’il faut en croire, dit Lorédan Larchey, un feuilleton publié par Holstein, dans le Constitutionnel du mois de septembre 1872, bibi aurait détrôné monseigneur depuis longtemps.
C’était un bout de dialogue recueilli à la police correctionnelle (en 1848) :
— Accusé, disait le président, au moment de votre arrestation, on a surpris sur vous un trousseau de fausses clés. — Non, citoyen président. — C’était donc un monseigneur ? — Il n’y a plus de monseigneur, citoyen président. — Vous comprenez ce que je veux dire : pour employer votre langue, j’entends un rossignol. — Eh bien ! moi, je ne l’entends pas le rossignol, sans doute parce que je suis en cage. — Prenez garde ! Trêve de jeux de mots ; ils sont déplacés ici plus qu’ailleurs. Vous savez fort bien ce que je veux dire par fausses clés, rossignol, monseigneur ! — Parfaitement, citoyen président, vous voulez dire bibi.
Nous devons ajouter qu’au moment même où paraissait le feuilleton de Holstein, les journaux judiciaires disaient, en parlant de l’arrestation de faux monnayeurs, qu’on avait trouvé à leur atelier, boulevard de Grenelle, un monseigneur. Donc, monseigneur n’est pas encore détrôné tout à fait par bibi.

Bibi (à)

(Rigaud, 1881) : À Bicêtre. On envoie à Bibi, asile des aliénés non payants, celui qui, dans la conversation, lance quelque grosse bêtise, tient un propos extravagant.

(Boutmy, 1883) : Expression équivalente à celle-ci : À Charenton ! Bibi est ici l’abréviation de Bicêtre, asile d’aliénés pour les fous qui ne peuvent payer de pension. On envoie à Bibi ceux dont les pallas sont ou paraissent insensés.

Bibi, débridoir

(La Rue, 1894) : Fausse clé.

Bibine

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.

(Rigaud, 1881) : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bière, — dans le jargon des voyous.

(Rigaud, 1881) : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.

On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.

(Imbert, À travers Paris inconnu.)

(La Rue, 1894) : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.

(Virmaître, 1894) : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.

(Rossignol, 1901) : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.

(Hayard, 1907) : Assommoir, mauvaise bière.

(France, 1907) : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.

Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.

Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.

Bibite

(Delvau, 1864) : Le membre viril — quand il n’est plus ou quand il n’est pas encore assez viril.

Ta pine n’est plus qu’une humble bibite
Indigne d’entrer dans mon entonnoir.

Anonyme.

… Il est appelé…
La bibite au petit par la bonne d’enfant.

Louis Protat.

Bibles

(France, 1907) : Papiers en général, notes, lettres ; argot des voleurs.

Il palpa un portefeuille de cuir usé, le tira, l’ouvrit et en examina le contenu rapidement :
— Des babillardes ! des bibles ! fit il dépité, en ne trouvant dans la poche du portefeuille que des quittances, des notes, des lettres.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris.)

Biblot

(Larchey, 1865) : Objet de fantaisie propre à décorer une étagère. — Abréviation de bimbelot : jouet d’enfant.

Il y a biblot et biblot : celui qu’on gagne à la fête de Saint-Cloud et celui que cent capitaines de navire ont à grands frais rapporté de toutes les îles connues ou inconnues.

Mornand.

(Larchey, 1865) : Bijou.

Trouve-moi des dentelles chouettes ! et donne-moi les plus reluisants biblots.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Outil d’artisan (Vidocq).

(Rigaud, 1881) : Outil d’ouvrier.

(Rigaud, 1881) : Les militaires nomment « biblot » tout ce qui leur sert au régiment, depuis l’aiguille à coudre jusqu’au fusil à aiguille. Le biblot, c’est l’attirail du troupier. Quand son biblot est au grand complet dans son sac, qu’il est en tenue de campagne, il dit qu’il porte « tout le tremblement ».

Bibloter, Bibeloter

(Rigaud, 1881) : Avoir la manie du bibelot, en acheter, faire des échanges. — Dans l’argot des marchands, c’est trafiquer, c’est vendre un jour un article, le lendemain un autre, vendre une foule d’articles disparates ; c’est encore se contenter d’un petit bénéfice. — Les ouvriers appellent « bibeloter » s’ingénier, travailler à temps perdu.

Il lit chez lui (l’ouvrier), dessine ou bibelote une invention qui souvent réussit.

(Le Sublime.)

Biboire

(Fustier, 1889) : Petit récipient en caoutchouc ou en cuir bouilli en forme de bateau et dont on se sert en voyage ou à la chasse pour boire. Les écoliers disent coupe-gueule.

(France, 1907) : Petite coupe en caoutchouc ou en cuir dont se servent les voyageurs, les chasseurs et les écoliers en promenade qui l’appellent coupe-gueule.

Bibon

(Clémens, 1840) : Vieux.

(M.D., 1844) : Vieux homme.

(un détenu, 1846) : Vieux, vieil.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard qu’on ne respecte pas, parce qu’il ne se respecte pas lui-même. C’est une corruption péjorative du mot barbon.

(France, 1907) : Vieil homme méprisable.

Bicamériste

(Rigaud, 1881) : Partisan du partage du pouvoir législatif entre les deux Chambres : le Sénat et la Chambre des députés.

Quoique le mode d’élection du Sénat donnât prise à beaucoup de justes critiques, même de la part des bicaméristes les plus déterminés.

(Em. de Girardin, la France, du 31 oct. 1877.)

Bicarré

(France, 1907) : Élève de mathématiques de quatrième année ; l’élève de première année est appelé bizut ; l’élève de seconde, carré ; celui de troisième, cub ; l’ancien est bicarré ou l’archicub.

Biceps (avoir du)

(France, 1907) : Être fort. Tâter le biceps, s’insinuer dans les bonnes grâces de quelqu’un.

Biche

(Larchey, 1865) : Lorette. — Abréviation de biche d’Alger, synonyme populaire de chameau.

Une biche, — il faut bien se servir de cette désignation, puisqu’elle a conquis son droit de cité dans le dictionnaire de la vie parisienne, — se trouvait cet été à Bade.

Figaro, 1858.

Forte biche : Lorette élégante.

(Delvau, 1867) : s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l’encre de Guyot ; variété de fille entretenue. Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.

(Rigaud, 1881) : Une des nombreuses appellations des coryphées de la prostitution élégante et élevée… comme tarif. Ainsi nommées parce qu’on les rencontre généralement au Bois où elles courent le daim.

Les biches sont des demoiselles plus que douteuses.

(L. Gozlan.)

(En 1869) à l’époque de l’Exposition universelle, on l’appelait le guide de l’étranger dans Paris.

(Jules de Vernay.)

(Rossignol, 1901) : Quand un pêcheur prend du poisson, c’est que ça biche (ça mord). Lorsqu’un individu cherche à faire une dupe et que la dupe mord à l’hameçon, ça biche.

(France, 1907) : Petite dame, féminin de daim, qui est le nom donné à l’amant de ces demoiselles. Il était autrefois fort en usage et semble tombé en désuétude.

Parmi les femmes que l’on désigne sous la dénomination générale de lorettes, il y a trois classesbien distinctes : la femme entretenue, la lorette et la biche… La biche est une apprentie lorette ; ses amants de la veille ne sont jamais ceux du lendemain. On les rencontre un peu partout ; elles ont soin de se placer sous vos pas et viennent au-devant de toutes vos tentations. Le moindre louis, un succulent dîner, ont toujours raison des blondes comme des brunes, voir même des rouges, car il en faut pour tous les goûts.

(Ces Dames.)

Assez rares dans les sentiers des bois, les biches pullullent sur les trottoirs des grandes villes.

(Dr Grégoire.)

Biche (ça)

(Rigaud, 1881) : Ça va bien, ça marche, en parlant d’un travail, d’un commerce, d’une affaire ; mot à mot : ça va comme vont les jambes d’une biche. Quand deux personnes ne sont pas bien ensemble, on dit : ça ne biche pas.

(La Rue, 1894) : Cela va bien.

(Hayard, 1907) : Ça va !

Biche (forte)

(Rigaud, 1881) : Premier sujet du monde galant ; fille à diamants, hôtel, laquais et voiture.

Biche, Bichette

(Rigaud, 1881) : Nom d’amitié donné à la femme aimée, qui, souvent, en retour, vous désigne à ses amis sous le nom de daim.

Biche, chette, chon

(Larchey, 1865) : Mots d’amitié.

Viens ici, ma biche, viens t’asseoir sur mes genoux.

Frémy.

Oui, ma bichette ! oui, mon petit chien-chien.

Leuven.

Mon bichon, tu seras gentil, faudra voir !

Gavarni.

Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV

(La Rue, 1894) : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.

Bicher

(Virmaître, 1894) : Ça prend, ça mord. Dupe qui, comme le poisson, mord à l’hameçon (Argot des gens d’affaires et des pêcheurs).

(Hayard, 1907) : Aller à souhait.

(France, 1907) : Embrasser. Bicher de la mirette, loucher ; ça biche, tout va bien.

Bicherie

(Larchey, 1865) : Monde galant.

Mme Marguerite V., de la haute bicherie du quartier d’Antin.

Les Cocottes, 1864.

(Rigaud, 1881) : Le monde de la galanterie. Haute bicherie, le grand monde de la galanterie, le monde des femmes qui, à quarante ans, vendent à prix d’or et de diamants ce qu’à vingt ans elles donnaient pour un dîner de trente sous.

(France, 1907) : Le mode des petites dames ou biches.

On voit défiler, avec un frou-frou de soie, la haute et la basse bicherie en quête d’une proie, quærens quem devoret.

(Frébault, La Vie à Paris.)

Bichet

(Virmaître, 1894) : Mensonge (Argot des voleurs).

Bichette

(Delvau, 1864) : Le membre viril, — ou plutôt, pour lui restituer son véritable sexe, la pine. — Cette expression, maintenant répandue à Paris, appartient à Nadar, à qui l’on prête des conversations intimes avec Mlle Bichette. Un couplet d’Alexandre Pothey la consacre :

Avis aux dam’s ! qu’on se le dise !
Nadar a l’ sac, et pour de bon !
Le Monstre Vert, Frisette, Élise,
Jusqu’à l’antique Pavillon,
Pour célébrer ce jour de fête,
S’en vont fair’ la cour à Bichette !
D’être avalée elle a le trac !
Nadar a l’ sac !

(Delvau, 1867) : s. f. Petit nom d’amitié ou d’amour, — dans l’argot des petites dames et de leurs Arthurs.

(France, 1907) : Petite biche ; nom d’amitié que les maris donnent à leurs femmes et les amants à leurs maîtresses.

Monsieur. — Mais il y a des choses que tu ne veux pas comprendre, ma pauvre enfant… c’est qu’un homme a de certaines nervosités… avec lesquelles le cœur n’a rien de commun. C’est purement physique. Au fond, eh bien, oui ! je déteste coucher à deux. Toi, tu adores ça. Je respecte ton goût, tu vois même que je m’y conforme ; toi, de ton côté, respecte aussi le mien. Mais vous autres, les femmes, pour ça vous êtes extraordinaires : vous attachez ainsi à un tas de petites pratiques usuelles une importance morale qu’elles n’ont pas. Parce que je ne passe pas mes nuits entières à te tenir pressée contre mon cœur comme si tu allais partir en Sibérie pour un voyage de cinq ans, tu t’imagines que je ne t’aime pas et que tu m’es indifférente ? Sois raisonnable, voyons, ma bichette.
Madame. — Je le suis, et plus que tu ne le crois. Mais vous autres aussi, les hommes, vous êtes bien étonnants. Ça t’ennuie de coucher à deux ; moi, je ne me suis mariée que pour ça.
Monsieur. — Voilà une chose qu’il ne faudrait pas dire devant du monde !

(Henri Lavedan.)

On dit aussi, dans le même sens, biche.

Bichon

(d’Hautel, 1808) : Mon bichon. Nom d’amitié que l’on donne à un petit enfant.
On donne aussi ce nom à une espèce de chiens qui a communément le poil long.

(Delvau, 1864) : Jeune homme qui sert aux plaisirs d’un homme mûr. C’est le giton moderne. — C’est aussi l’amant de cœur, le petit chien complaisant des femmes qui aiment à se faire bichonner, c’est-à-dire, lécher le cul.

(Delvau, 1867) : s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n’importe quels Vautrin.

(Rigaud, 1881) : Éphestion de trottoir.

(Rigaud, 1881) : Terme d’amitié. Nom de diminutif qui veut dire petite Elizabeth, petite Babet. (Hurtaut, Dict. des homonymes.) Ne serait-ce pas plutôt une forme altérée de l’ancien mot bouchon, terme d’amitié, d’où est venu bouchonner ?

Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai,
Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai.

(Molière, École des femmes.)

(Virmaître, 1894) : Petit chien à tout faire. Cet animal est fort affectionné des dames d’un certain monde qui évitent avec lui les accidents et les maladies de neuf mois (Argot des filles).

(Virmaître, 1894) : Outil de chapelier. C’est une sorte de petit tampon de soie ou de velours qui sert à bichonner les chapeaux de soie et à leur donner le coup de fion (Argot des chapeliers).

(France, 1907) : Souliers à bouffettes ; tampon de chapelier qui sert à lustrer, à bichonner le chapeau.

(France, 1907) : Petit jeune homme qui remplit le même rôle que les mignons de Henri III. Se dit aussi pour Jésus ; allusion à sa frisure. Les débauchés, les mignons de la cour de France.
C’est dans l’argot des filles, un de ces abominables petits chiens de manchon et de lit, qu’elles emploient à tout faire.

Bichonner

(Delvau, 1867) : v. a. Arranger avec coquetterie : friser comme un bichon. Argot des bourgeois. Se bichonner. S’adoniser.

(Rossignol, 1901) : Celui qui à soin de sa personne aime à se bichonner. Bichonner veut aussi dire cajoler ; on bichonne sa femme, son chien, ceux que l’on aime.

Bichonner (se)

(Virmaître, 1894) : Homme qui a grand soin de lui-même et qui se bichonne comme une petite maîtresse (Argot du peuple). V. Pommadin.

(France, 1907) : S’arranger les cheveux avec coquetterie.

Bichonnet

(La Rue, 1894) : Menton.

(Virmaître, 1894) : Menton. Ce mot exprime bien l’habitude qu’ont certaines gens de se passer à tout moment la main sur le menton pour se bichonner (se caresser) (Argot du peuple). V. Banquette.

(France, 1907) : Menton.

Bichot

(Rigaud, 1881) : Évêque, — dans l’ancien argot ; de l’anglais bishop.

(France, 1907) : Évêque ; argot des voleurs. Mot introduit probablement par quelque pickpocket, de l’anglais bishop, qui a la même signification.

Bicler

(Virmaître, 1894) : Pour cligner de l’œil. Bicler est une très vieille expression (Argot des voleurs) V. Guigne à gauche.

(France, 1907) : Cligner de l’œil.

Bicoque

(d’Hautel, 1808) : Vieille maison, masure. Au figuré, terme de mépris, maison dont l’intérieur est mal dirigé ; ou les domestiques font maigre chère ; atelier peu lucratif aux ouvriers qui s’y emploient.

Bidache ou bidoche

(France, 1907) : Viande ; argot populaire.
Bidoche est le nom d’une marchande de soupes qui, vers 1830, tenait, près des Halles, une gargote appelée le Restaurant des Pieds humides.

Pour deux sous, la mère Bidoche donnait une portion de haricots, d’oseille, de pois cassés ou d’épinards. La soupe coûtait un sou ; les riches, pour trois sous, pouvaient s’offrir un bœuf entrelardé ou un ragoût de mouton. Quant au vin, il était gratis ; la Fontaine des Innocents ne tarissait jamais ! C’était un type que la mère Bidoche. Ancienne cantinière, elle avait conservé de son existence au régiment des habitudes militaires. Elle avait horreur de la carotte, et ne l’admettait que dans la soupe.

(Ch. Virmaître, Paris oublié.)

Bidard

(Fustier, 1889) : Heureux, veinard. Être bidard, avoir de la chance, réussir dans ce que l’on entreprend.

(Virmaître, 1894) : Heureux, veinard. C’est un nommé Bidard qui gagna un gros lot à une loterie quelconque. On en fit une chanson qui courut les rues : Le père Bidard, la mère Bidard, etc. Depuis ce temps, les chançards sont des Bidards (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Heureux, chançard.

(France, 1907) : Chançard, riche, d’une vieille chanson populaire sur la chance d’un certain Bidard qui gagna le gros lot. Par contre, on dit nib bidard, qui n’a pas de chance. (Grison)

À nous gloire et fortune !
Massacrons les bidards,
Et faisons la Commune
Des lettres et des arts.

(Aristide Bruant.)

Bidault

(Delvau, 1864) : Vieux mot hors d’usage employé dans un sens obscène pour désigner : 1o Le membre viril.

Celle-là vouloit bien avoir de vous autre chose que le bidault.

P. De Larivey.

2o La nature de la femme.

Si j’avois vu votre bidault,
Je serois guéri, ce me semble,
Mais pour voir un peu s’il ressemble
À celui de ma ménagère.

(Farces et Moralités)

Bidet

(d’Hautel, 1808) : Pousser son bidet. S’immiscer dans les affaires d’autrui à dessein d’en tirer profit ; se lancer dans le monde ; achever hardiment une entreprise.

(Delvau, 1864) : 1o Cuvette de forme ovale, ordinairement enchâssée dans un tabouret de même forme, au-dessus de laquelle la femme se place à califourchon pour se laver — après le coït. — Ce meuble indispensable, essentiel, était connu des Romains, qui se lavaient post rem veneream, et quasi religiose. Sa forme était à peu près la même qu’aujourd’hui.

Des coups de Pincecul, quelques coups de bidet.
Enlèveront bientôt, et la trace, et l’effet.

Louis Protat.

Femme prudente se sauve,
À dada sur son bidet.

A. Jacquemart.

2o Le membre viril, dada que les femmes enfourchent pour aller au bonheur.

Il est d’une vigueur que rien ne peut abattre
Que ce drôle était bien mon fait !
Trois fois sans débrider il poussa son bidet.

(Les Plaisirs du cloître.)

À dada, à dada,
À dada sur mon bidet.

Jacquemart.

Il la jeta d’abord sur sa couchette,
Lui présenta son pétulant bidet.

(Le Cosmopolite.)

Chaque père en voyant cette jeune fillette,
Sent son bidet tout prêt à rompre sa gourmette.

Piron.

(Larchey, 1865) : Ficelle transportant la correspondance des prisonniers enfermés à des étages différents (Vidocq). — C’est leur bidet de poste.

(Delvau, 1867) : s. m. « Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse. »

(Rigaud, 1881) : Ficelle qui sert à transporter d’un étage à l’autre la correspondance clandestine des prisonniers.

(La Rue, 1894) : Ficelle transportant la correspondance clandestine des prisonniers enfermés à des étages différents.

(Virmaître, 1894) : Vase intime que l’on rencontre dans les cabinets de toilette un peu chics. Bidet, ainsi nommé par allusion au bidet sur lequel monte le cavalier ; madame se met à cheval dessus, et généralement l’eau ne pourrait servir qu’à faire du Thé de la Caravane (Argot des filles). N.

(Virmaître, 1894) : La ficelle qui sert aux prisonniers pour se transmettre leurs correspondances d’étages en étages. Allusion au bidet de poste (Argot des voleurs). V. Postillon.

(France, 1907) : « Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse. »

(France, 1907) : Vase de toilette des dames, appelé ainsi parce qu’elles l’enfourchent pour s’en servir.

Bidoche

(un détenu, 1846) : Viande.

(Halbert, 1849) : Viande.

(Delvau, 1867) : s. f. Viande, — dans l’argot des faubouriens. Portion de bidoche. Morceau de bœuf bouilli.

(Rigaud, 1881) : Viande, — dans le jargon du peuple. — Morceau de bœuf bouilli, l’ordinaire du soldat, — dans le jargon des troupiers. Il faut joliment tirer sur la bidoche, pour la démolir.

(Merlin, 1888) : Portion de viande.

(La Rue, 1894) : Mauvaise viande. Pièce d’un centime.

(Virmaître, 1894) : Viande. Cette expression est connue depuis 1830. Le nom de la mère Bidoche avait été donné à la marchande de soupe qui tenait le restaurant des Pieds humides à l’ancien marché des Innocents, aux Halles. Le mot est resté dans le peuple, qui dit aussi quand la bidoche est trop dure : c’est de la carne (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Viande.

(Hayard, 1907) : Viande.

(France, 1907) : Voir Bidache.

Bidoche (une)

(M.D., 1844) : Une ration de viande.

Bidon

(Virmaître, 1894) : Ventre. Corruption de bedon ; on dit aussi bidouard. S’emplir le bidon chez le mastroquet : boire (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Marchandise truquée, ventre.

(France, 1907) : Ventre ; de bedon. Attacher un bidon, dénoncer.

Bidonner

(Merlin, 1888) : Boire sec.

(France, 1907) : Boire.

Bidonner à la cambuse

(Delvau, 1867) : v. n. Boire au cabaret, — dans l’argot des marins.

Bidonnier

(Rossignol, 1901) : Truc importé à Paris par des Lyonnais, qui est maintenant blanchi (connu) ; il n’y en a plus que deux pu trois qui se livrent à ce commerce. Le bidonnier achète trois coupons de 1,10 m de mauvais drap de couleur différente ne valant pas plus de 2 fr. 50 le mètre. Il plie les trois coupons de façon à les intercaler les uns dans les autres, il en parait six du côté apparent ; le derrière est enveloppe dans sa grande blouse bleue, cela constitue le bidon. Il offre sa marchandise pour le prix de 25 francs aux consommateurs à la porte des débits. On le plaisante sur lé prix, c’est ce qu’il cherche, et tout en ayant l’air de se fâcher il répond :

Pourquoi marchander ? vous n’avez pas le sou, je parie que si je vous laisse le paquet pour 12 francs, vous ne le prendrez pas.

Le consommateur se pique d’amour-propre, le marché est conclu, il paye, la marchandise lui est ensuite livrée, c’est alors qu’il s’aperçoit ne pas avoir acheté six coupons, mais trois qui ne valent pas le prix de la façon de trois pantalons ; il est volé, mais il n’y a pas escroquerie, le bidonnier lui a parle du paquet et non du nombre des coupons.

(Hayard, 1907) : Qui vend du bidon.

Bien

(d’Hautel, 1808) : Vous serez le bien venu et le mal reçu. Antithèse par laquelle on fait entendre à quelqu’un que sa visite ne sera pas agréable.
Cet homme sent son bien. Pour dire qu’il a les manières nobles, qu’il a reçu une bonne éducation, qu’il est bien né.
En tout bien et tout honneur. C’est-à-dire comme il convient, suivant les règles de la bienséance ; à bonne intention ; à bonne fin.

(Larchey, 1865) : D’apparence distinguée.

Elle aime à causer, surtout avec les messieurs bien.

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Mari ou femme, — dans l’argot du peuple, qui a tout dit quand il a dit Mon bien. C’est plus énergique que ma moitié.

(Delvau, 1867) : adj. et s. Distingué, — dans l’argot des petites dames.

Bien (mon)

(France, 1907) : Mari ou femme, dans l’argot du peuple, ce qui est souvent tout le contraire. Un monsieur bien, un monsieur distingué et qui paie bien.

Bien de la maison (es-tu)

(Virmaître, 1894) : Expression employée au jeu de manille. Dans la partie à quatre, les joueurs sont deux à deux ; ils se questionnent à voix haute pour savoir comment diriger leur jeu :
— Es-tu bien de la maison ? As-tu beaucoup d’atout ? (Argot du peuple). N.

Bien faire (en train de)

(Rigaud, 1881) : En train de manger.

À toutes les tables, dans les environs, des soupeurs déjà en train de bien faire.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Bien mis

(Larchey, 1865) : Fashionable.

Ohé ! ce bien mis, il vient faire sa tête, parce qu’il a du linge en dessous.

E. Sue.

(Delvau, 1867) : s. m. Bourgeois, — dans l’argot du peuple.

Bien servir un homme

(Delvau, 1864) : Le faire bien jouir par des mouvements de croupe habiles et par toutes les fioritures amoureuses connues des femmes savantes.

Les dames de nos bourgeois,
Et j’en eus vingt dans un mois,
M’auraient mieux servi cent fois.

Béranger.

Bienséant

(Delvau, 1867) : s. m. Le derrière de l’homme et de la femme, — dans l’argot des bourgeoises.

(France, 1907) : Le derrière, messire Luc.

Bier

(anon., 1827) : Aller.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Aller.

(Bras-de-Fer, 1829) : Aller.

(Halbert, 1849) : Aller.

(Larchey, 1865) : Aller. — Abrév. d’ambyer.

(Delvau, 1867) : v. n. Aller, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Voler. Mendier. Tromper.

(France, 1907) : Aller, dans l’argot des voleurs. Bier sur l’article, mendier et tromper. Bier sur la coutime, mendier par tous les moyens ; coutime est une altération de toutime qui veut dire tout. Bier sur le franc-mitou, mendier en contrefaisant l’estropié ou le malade, d’une association de la Cour des Miracles appelée les francs-mitous. Bier sur la poigne, mendier en se disant ruiné par la guerre ; bier sur le minsu, mendier. Bier sur la ruffe, mendier en se disant victime d’un incendie ; sans doute de l’italien populaire ruffo, qui signifie feu.

Bière

(d’Hautel, 1808) : Ce n’est pas de la petite bière. Manière plaisante et ironique de dire qu’une personne n’est pas d’une condition médiocre ; qu’elle a une certaine importance.
Poli comme un verre à bière. Brusque, incivil, dépourvu de toute urbanité.
Enseigne à bière. Portrait, croûte ou tableau fait par un mauvais peintre.
Pour exprimer leur aversion pour la bière, les buveurs disent assez plaisamment, qu’ils ne veulent pas mettre leur corps en bière.

(d’Hautel, 1808) : Les œillères et les mercières mettent les enfans dans la bière. Dicton des gens de la campagne, qui signifie qu’il meurt un grand nombre d’enfans, à cette époque de leur dentition.

(Fustier, 1889) : Boîte aux dominos.

(France, 1907) : Boîte aux dominos.

Biffard

(La Rue, 1894) : Bourgeois.

(Virmaître, 1894) : Bourgeois (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Bourgeois.

(France, 1907) : Bourgeois.

Biffe

(France, 1907) : Profession de chiffonnier ; du champenois biffe, qui veut dire chiffon. « Au moyen âge, dit Lorédan Larchey, c’était un nom d’étoffe, et, du temps de Saint Louis, on vendait à Paris les biffes rayés de Provins. »

Biffe (la)

(Rigaud, 1881) : Le métier de chiffonnier.

Biffer

(Larchey, 1865) : Manger goulument (Vidocq). Forme de Bouffer.

(Rigaud, 1881) : Exercer le métier de chiffonnier.

(France, 1907) : Ramasser les chiffons.

Biffeton

(Rigaud, 1881) : Contre-marque, — dans le jargon des ouvriers. — Lettre, procès-verbal, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Lettre, billet.

(Virmaître, 1894) : Billet. Quelques-uns écrivent buffeton c’est une erreur (Argot des camelots).

(Hayard, 1907) : Billet de chemin de fer, de théâtre, et aussi lettre.

(France, 1907) : Lettre, contremarque, renseignement sur un prisonnier. Faux biffeton, faux billet de théâtre. (Grison.)

Biffin

(Clémens, 1840) : Chiffonnier.

(Rigaud, 1881) : Soldat d’infanterie de ligne, — dans le jargon des soldats des autres armes. — Son crochet à lui c’est son fusil.

(La Rue, 1894) : Chiffonnier. Soldat d’infanterie.

(Virmaître, 1894) : Chiffonnier. Ainsi dénommé par le peuple à cause de son crochet qui lui sert à deux fins : à se défendre et à travailler. Depuis 1818, on dit d’un chiffonnier qu’il est membre du comité de recherches. Allusion à ce qu’il fouille dans les tas d’ordures pour y trouver sa vie (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chiffonnier. On nomme aussi les soldats de la ligne des biffins.

(Hayard, 1907) : Chiffonnier.

Biffin, Biffine

(Rigaud, 1881) : Chiffonnier, chiffonnière. Tout ce qui porte la hotte est connu dans la corporation des chiffonniers sous le nom de « biffin ».

Biffin, biffine

(France, 1907) : Chiffonnier, chiffonnière.

Dans un quartier purotin,
Polyte naquit un matin,
D’un biffin et d’une biffine.

(E. Blédort.)

Se dit aussi pour fantassin, à cause sans doute du sac qui se porte comme la hotte.

Biffin, bifin

(Larchey, 1865) : Chiffonnier. — Ce n’est pas le chiffonnier pur-sang, c’est celui qui a déchu d’une position meilleure. De là sans doute le nom de biffin : goulu, donné par l’ancien chiffonnier au nouveau venu.

J’ vois deux bifins et leurs femelles.

Chansonnier, 1836.

Biffre

(Rigaud, 1881) : Nourriture. Dérivé de bâfrer. Passer à biffre, manger. Passer à biffre train express, dévorer, manger comme un affamé.

(France, 1907) : Nourriture. Passer à biffre, manger ; passer à biffre à train express, manger rapidement et gloutonnement.

Bifin

(Delvau, 1867) : s. m. Chiffonnier, — dont le crochet sert à deux fins, à travailler et à se défendre.

(Merlin, 1888) : Fantassin dont le sac est la hotte. Se dit aussi des prévôts d’arme dans la cavalerie.

Bifteck (faire du)

(Rigaud, 1881) : Monter sur un cheval qui trotte dur et mortifie, comme s’il s’agissait d’un bifteck, la partie de l’individu qui repose sur la selle. (L. Larchey)

Bifteck à corbeau

(France, 1907) : Vieille prostituée.

Bifteck à macquart

(France, 1907) : Malpropre, sale individu. Macquart est le nom d’un équarrisseur qui abattait les chevaux vieux ou hors de service. En béarnais, maque signifie tache, souillure, ou encore misérable, qui est sans le sou. Faire du bifteck, frapper, ou bien monter sur un cheval qui trotte sec et par conséquent meurtrit l’assiette du cavalier ; bifteck à la chamareuse, saucisse plate, nourriture ordinaire des chamareuses (petites ouvrières). On dit dans le même sens bifteck de grisette.

Bifteck à Maquart

(Rigaud, 1881) : Sale individu, sale femme, — dans le jargon des voyous. — Maquart est le nom d’un équarrisseur bien connu.

Bifteck de grisette

(Rigaud, 1881) : Saucisse plate, morceau de charcuterie pris dans la boîte du charcutier.

Bifteck ou bidoche à carabin

(France, 1907) : Chair de morgue, d’hôpital ou de guillotine.

Entre autre, il a souci de sa dépouille ; ne résiste pas au désir de jouer un tour à la Faculté ; réclame son corps, lui-même : « Comme Prado et les autres, je ne veux pas aller à l’amphithéâtre. C’est pas parce qu’on m’aura coupé en deux que je serai devenu de la bidoche à carabin. »

(Séverine, Le Journal.)

Bifteckifère

(France, 1907) : Ce qui rapporte de quoi manger des biftecks. Besogne idiote, mais bifteckière, telle que celle d’employé de ministère ou des contributions indirectes.

Bifurqué

(France, 1907) : Collégien qui, arrêté au point où l’étude des sciences se sépare de l’étude des lettres, abandonnait cette dernière pour celle des sciences. Ce système de bifurcation commença en 1832.

De mon temps, la bifurcation des études y était inscrite. On plaçait les élèves de quatrième à la fourche de deux chemins, comme Hercule, et l’on demandait à ces jeunes gens, qui, pour la plupart, n’avaient encore manifesté de dispositions que pour le chat perché ou l’élevage des vers à soie dans un pupitre, s’ils se destinaient aux lettres ou aux sciences, si la gloire d’un Racine ou d’un Bossuet les sollicitait plus que celle d’un Laplace ou d’un Cuvier. Il eût été aussi raisonnable de tirer la chose à l’as de cœur.

(François Coppée.)

Bigard

(Halbert, 1849) : Trou.

(Delvau, 1867) : s. m. Trou, — dans l’argot des voleurs. D’où Bigardée pour Trouée, Percée.

(Rigaud, 1881) : Trou, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Trou.

(France, 1907) : Trou, argot des voleurs ; d’où bigarder, pour trouer.

Bigardée

(Halbert, 1849) : Percée.

Bigarreau rouge (le)

(Delvau, 1864) : Le gland, lorsqu’il n’est plus recouvert par la peau du prépuce et qu’il montre aux regards des jeunes filles sa tête chauve, source de volupté pour elles.

À force de se bander comme je dis, il y a une peau vers le haut qui se retire contre le ventre et découvre une tête qui est faite comme un grog bigarreau rouge.

Mililot.

Bige

(Halbert, 1849) : Ignorant.

(Delvau, 1867) : s. m. Ignorant, — dans le même argot [des voleurs].

Bige, bigeois

(La Rue, 1894) : Imbécile, dupe.

Bige, bigeois, bigeot

(France, 1907) : Imbécile, dupe.

Bige, Bigeois, Bigois

(Rigaud, 1881) : Imbécile, — dans le jargon des voleurs.

Bigeois ou Bigois

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme bige.

Bignou

(Merlin, 1888) : Une clarinette.

Bigois

(Halbert, 1849) : Imbécile.

Bigor

(France, 1907) : Artilleur de marine. Abréviation de bigorneau.

Le bigor, sur terre et sur l’onde,
S’f…iche pas mal des quat’z’éléments ;
Il s’embarque pour le nouveau monde,
Mais il n’en revient pas souvent.
Sans souci d’la couleur des filles,
Il aime aux Indes, tout comme aux Antilles ;
Et voilà, oui, voilà, voilà !
Oui, voilà le bigor français !

(Chanson de l’École polytechnique.

Bigorgnion

(Rigaud, 1881) : Mensonge — dans le jargon des voyous. Lancer des bigorgnions, débiter des mensonges.

Bigorne

(d’Hautel, 1808) : Mot baroque tiré de l’argot des filous.
Jaspiner bigorne. Comprendre et parler le langage des filous. Voy. Jaspiner.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Jargon. Rouscailler bigorne, parler jargon.

(Halbert, 1849) : Langue de l’argot.

(Larchey, 1865) : Argot. — Du vieux mot biguer : changer, troquer. V. Roquefort. L’argot n’est qu’un langage bigué, d’où le diminutif bigorne. — V. Jaspiner.

Rouscaillons bigorne. Qui enterver le saura, à part sézière en rira, mais les rupins de la vergne ne sont dignes de cela.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. m. L’argot des voleurs, — monstre bicorniger en effet, corne littéraire d’un côté, corne philosophique de l’autre, qui voit rouge et qui écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la science philologique.

(Rigaud, 1881) : Argot. — Dans la langue régulière, une bigorne est une enclume à deux bouts, dont l’un finit en pointe. L’argot est une langue à double tranchant, à deux bouts, comme la bigorne. — Jaspiner bigorne, rouscailler bigorne comme daron et daronne, parler argot comme père et mère.

(La Rue, 1894) : Argot. Jaspiner ou rouscailler bigorne, parler argot.

(Rossignol, 1901) : Argot ; mot ancien peu usité, on dit plutôt argoji ou arlogaime. Voir Argonji.

(France, 1907) : L’argot des voleurs, Jaspiner ou rouscailler bigorne, parler argot.

N’est-ce pas l’usage de cette langue que l’on appelle rouscailler bigorne ?

(Louis Barron.)

J’ai rencontré la mercandière
Qui du pivois solisait ;
Je lui jaspine en bigorne,
Lonta malura dondaine !
Qu’as-tu donc à morfiller ?
Lonta malura dondé !

(Vidocq.)

Sobriquet donné par les Bretons aux républicains. Salut aux vaillants bigornes !

Bigorneau

(Larchey, 1865) : Soldat de marine. — Tenue de matelot. Comme le petit coquillage de ce nom, le soldat reste attaché au navire ou aux garnisons de la côte, sans naviguer à l’aide de ses propres forces.

(Delvau, 1867) : s. m. Sergent de ville, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Soldat d’infanterie de marine, — dans le jargon des marins.

(France, 1907) : Sergent de ville, argot populaire ; soldat d’infanterie de marine.

Bigorneaux

(Halbert, 1849) : Sergents de ville.

Bigorniau

(Fustier, 1889) : Auvergnat.

(France, 1907) : Auvergnat.

Nous gravissons un second étage, puis un autre, puis un autre encore, nous touchons au toit, et partout, dans chaque coin de cette maison, d’une régularité immonde, voulue, nous trouvons une chambre pareille, foyer d’infection suffocante et de misère inouïe.
— Et quels gens habitent ces taudis ? demandons-nous à l’hôtesse.
— Un peu de toutes sortes. Des mendiants, des vagabonds, des lipètes et des bigorniaux, c’est-à-dire des Limousins et des Auvergnats ; ces derniers quelquefois par économie, pour faire un sac qui leur permette de s’établir marchands de ferraille, brocanteurs ou charbonniers.

(Louis Barron, Paris-Étrange.)

Bigornion

(France, 1907) : Mensonge.

Bigorno

(Rossignol, 1901) : Soldat de la ligne appelé ainsi par les zouaves. Ils sont appelés aussi les grandes capotes par les Arabes.

Bigotter

(Larchey, 1865) : Prier (Vidocq). — Mot à mot : faire le bigot.

(Delvau, 1867) : v. a. Prier Dieu, — dans l’argot des faubouriens.

(France, 1907) : Faire l’hypocrite, le religieux.

Bigre

(d’Hautel, 1808) : Mot incivil qui en déguise un beaucoup plus grossier encore ; il se prend toujours en mauvaise part, et ne se dit que d’un homme rusé, subtil, adroit et méchant qui sait se retirer des affaires les plus embrouillées.
Le bigre, le petit bigre, sait bien tirer son épingle du jeu.
C’est un mauvais bigre.
Pour dire c’est un homme noir et méchant.
Un bigre à poil. Homme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds ; un luron qui n’entend pas raillerie.
Ce mot est aussi quelquefois interjectif, et marque la surprise, l’inquiétude et l’étonnement.
Bigre comme il y va !

Bigre !

(France, 1907) : Exclamation familière des bourgeois qui n’osent prononcer le vrai mot, qui est bougre !

Bigrement

(Larchey, 1865) : Superlativement. Forme de Bougrement.

C’est bigrement embêtant, allez.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : adv. Extrêmement, — dans l’argot des bourgeois qui n’osent pas employer un superlatif plus énergique.

(France, 1907) : Extrêmement ; même observation que ci-dessus [bigre !].

Bigresse

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux et méprisant qu’on applique à une méchante femme. C’est le féminin de Bigre.
Une méchante bigresse ; pour dire une femme acariâtre, une harpie.

Biguer

(Hayard, 1907) : Échanger.

Bijou

(d’Hautel, 1808) : Mon bijou. Nom flatteur et carressant dont on se sert en parlant à un enfant.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, pour l’homme ; le membre viril, pour la femme, — deux choses précieuses.

Qu’il soit pauvre, avare ou brutal
Un père du moins donne à sa fille
Pour en jouir, soit bien, soit mal,
Un petit bijou de famille.

E. Debraux.

Non, je l’avoue ; aussi je te rends grâce,
Lui dit-il, en tirant un vigoureux bijou.

VADÉ

Répondez-moi, tendres amis des dames,
Si vous me manquiez du plus beau des bijoux.
Par quels moyens, hélàs ! leur plairiez-vous ?

E.T. Simon.

(Delvau, 1867) : s. m. Ornement particulier, — dans l’argot des francs-maçons. Bijou de loge. Celui qui se porte au côté gauche. Bijou de l’ordre. L’équerre attachée au cordon du Vénérable, le niveau attaché au cordon du premier surveillant, et la perpendiculaire attachée au cordon du second surveillant.

(Fustier, 1889) : Nom donné, par antiphrase, chez les restaurateurs de Paris, à toutes les dessertes des plats et des assiettes ; c’est le profit des laveurs de vaisselle.

(Journal des Débats, 1876, cité par Littré.)

(France, 1907) : Décoration de loge maçonnique. Nom donné dans les restaurants de Paris aux dessertes des tables, profit des laveurs de vaisselle (ceux qu’on appelle plongeurs) quand on ne le sert pas de nouveau aux clients.

Bijou artificiel

(Delvau, 1864) : Phallus de cuir, — vulgo godemiché.

J’ai des bijoux artificiels
D’une forte structure
Qui, dans les cons superficiels
Remplacent ta nature.

(Chansons anonymes modernes.)

Certain bijou, qui d’un sexe chéri
Offre l’image et le trait favori,
Sert de Zoé la langueur amoureuse.

Parny.

Bijou d’Amérique

(Rigaud, 1881) : Vagabond, voleur ayant fait élection de domicile dans les carrières d’Amérique.

Bijou de Saint-Laze

(Rigaud, 1881) : Fille qui fait son temps à la prison de Saint-Lazare.

Bijouter

(Rigaud, 1881) : Voler adroitement, enlever des bijoux avec adresse.

(France, 1907) : Voler des bijoux.

Bijouterie

(Delvau, 1867) : s. f. Frais avancés, argent déboursé. Argot des ouvriers et des patrons.

(Rigaud, 1881) : Avance d’argent.

(France, 1907) : Argent avancé sur les gages.

Bijoutier

(Larchey, 1865) : Marchand d’arlequins. V. ce mot.

(Rigaud, 1881) : Regrattier, marchand d’arlequins ; celui qui débite, pêle-mêle, la desserte des grands restaurants.

(La Rue, 1894) : Voleur de bijoux. Marchand d’arlequins.

Bijoutier en cuir

(Rigaud, 1881) : Savetier. — Bijoutier sur le genou, même signification.

(La Rue, 1894) : Savetier.

Bijoutier sur le genou

(Delvau, 1867) : s. m. Cordonnier. On dit aussi : Bijoutier en cuir. Au XVIIe siècle, on disait : Orfèvre en cuir.

(Virmaître, 1894) : Savetier. Allusion aux clous nommés bijoux avec lesquels il ferre les semelles des souliers (Argot du peuple). V. Gniaff.

Bijoutier, bijoutière

(France, 1907) : Marchand ou marchande de reste de cuisine appelés bijoux et aussi arlequins. Bijoutier sur le genou ou en cuir, cordonnier.

Bijoutier, ère

(Delvau, 1867) : s. Marchand, marchande d’arlequins, — dans l’argot des faubouriens, à qui ces détritus culinaires « reluisent dans le ventre ».

Bijoutière

(Rigaud, 1881) : Voleuse qui possède l’art d’escamoter les bijoux avec adresse. — Voleuse qui rançonne les bijoutiers.

Bijoutiers

(Rossignol, 1901) : Marchands de dessertes des maisons bourgeoises et restaurants. Voir Arlequins.

Bilboquet

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet que l’on donne à une femme courte, grosse et mal faite.
On donne aussi ce nom à tout ouvrage frivole, léger, et auquel on n’attache aucune importance.

(Delvau, 1867) : s. m. Femme grosse et courte, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui est le jouet des autres.

(Delvau, 1867) : s. m. Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, etc., — dans l’argot des typographes.

(Rigaud, 1881) : Personne trapue.

(Rigaud, 1881) : Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, — dans le jargon des typographes. (A. Delvau)

(Rigaud, 1881) : Litre de vin.

Une jeune fille à l’œil égrillard qui acceptait un bilboquet à quinze.

(Léon Paillet, Voleurs et Volés.)

(Boutmy, 1883) : s. m. V. Bibelot.

(Virmaître, 1894) : Grosse femme. Il paraît pourtant impossible de jongler avec elle. C’est sans doute par allusion à la boule du bilboquet (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Femme grosse et courte ; litre de vin. Dans l’argot des typographes, on appelle bilboquet de petits travaux tels que : prospectus, tête de lettres, etc.

Bilboquet, lard

(La Rue, 1894) : Vieille et grosse femme.

Bile (se faire de la)

(Clémens, 1840) : Se lamenter, chagriner.

Billancer

(Delvau, 1867) : v. n. Faire son temps, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Faire son temps, payer sa dette à la justice, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Payer. Faire son temps de prison.

(Virmaître, 1894) : Condamné qui a fait sa prison. C’est la corruption de billancher, payer ; en effet, le prisonnier qui a fait sa prison a payé sa dette (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Faire son temps en prison. Corruption du mot suivant [Billancher].

Billancher

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Payer, donner de la bille. Argot des faubouriens. On dit aussi Biller.

(Virmaître, 1894) : Payer.
— C’est dégoûtant, il faut toujours billancher (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Payer quelque chose, acquitter une dette.

(Hayard, 1907) : Payer.

(France, 1907) : Payer.

Billancher, Biller

(Rigaud, 1881) : Payer. — Billanchage, payement.

Billard (décoller, dévisser son)

(Larchey, 1865) : Mourir. V. Claquer.

Billard (dévisser son)

(France, 1907) : Mourir.

— Et toi, Toto, demande le vieil oncle à héritage, que me donneras-tu pour ma fête ?
— Moi, répond l’enfant terrible, ze veux te donner un beau tournevis pour ton billard ; papa dit chaque jour qu’il languit que tu dévisses !

(Mot d’Ordre.)

Billard à cheminée

(France, 1907) : Voir Cheminée.

Billard anglais (jouer au)

(Fustier, 1889) : Pratiquer l’onanisme.

(France, 1907) : Se livrer aux jeux de Vénus. On dit couramment : « Au billard anglais, les billes poussent la queue. »

Billard de campagne

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais billard, — dans l’argot des bourgeois.

Billardier

(France, 1907) : Voleur de billes de billard.

Bille

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Argent.

(Halbert, 1849) : Argent.

(Delvau, 1867) : s. f. L’argent, — dans l’argot des voleurs, qui n’ont pas l’air de se douter que nous avons eu autrefois de la monnaie de billon.

(Rigaud, 1881) : Tête, — dans le jargon des voleurs, et, principalement, tête de dupe. — Faire une drôle de bille.

(Rigaud, 1881) : Monnaie de cuivre, dans le jargon des revendeurs. — Le mot avait la signification d’argent aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Ne pouvant pas s’empêcher
Pour de la bille attraper.

(Parnasse des Muses.)

(La Rue, 1894) : Tête. Monnaie de cuivre. Bille à l’estorque, fausse monnaie.

(France, 1907) : Figure ; même sens que balle. Argot populaire.

Billé

(M.D., 1844) : Payé.

Bille (de la)

(M.D., 1844) : Des espèces.

Bille (fausse)

(France, 1907) : Fausse monnaie. On dit aussi bille à l’estorque.

Bille à châtaigne

(Delvau, 1867) : s. f. Figure grotesque, — dans l’argot des faubouriens.

Bille de billard

(Fustier, 1889) : Crâne dénudé et, par extension, vieillard.

Ah ! mince alors ! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse !…

(Meilhac et Halévy, Lolotte.)

(France, 1907) : Tête chauve. Une bille à la châtaigne, une tête ridicule, à cause de l’habitude de quelques gens de s’amuser à graver des figures grotesques sur des châtaignes.

Bille de bœuf

(Rigaud, 1881) : Saucisson, — dans le jargon des voleurs.

Bille, billemont, billon

(Larchey, 1865) : Espèces monnayées. — Billemont et billon sont des diminutifs de bille qui, comme balle, fait allusion à la forme ronde de la monnaie. V. Attache, Flacul.

L’argent au Temple est de la braise, ou de la thune, ou de la bille.

Mornand.

Nous attendions la sorgue, voulant poisser des bogues, pour faire du billon.

Billebarrer

(d’Hautel, 1808) : Barioler, bigarrer par un mélange de diverses couleurs bisarres.

Billebaude

(d’Hautel, 1808) : Mariage à la billebaude. Mariage conclu tout d’abord.
Ménage à la billebaude. Pour dire, sans ordre, en confusion ; tripot, mauvais ménage.

Billemon

(Halbert, 1849) : Billet.

(Delvau, 1867) : s. m. Billet, — dans l’argot des voleurs.

(France, 1907) : Billet de banque, argot des voleurs.

Billemuche

(Rigaud, 1881) : Billet.

Biller

(Clémens, 1840) : Payer.

(un détenu, 1846) : Payer.

(Virmaître, 1894) : Diminutif de billancher. Même signification (Argot du peuple).

(France, 1907) : Payer.

Billes

(d’Hautel, 1808) : Des billes. Pour dire de l’argent monnoyé ; des espèces sonnantes.
On n’a rien sans billes. C’est-à-dire. qu’on ne peut rien se procurer tans argent.

Billet d’aller et de retour

(Rigaud, 1881) : Paire de gifles, soufflet à répétition, appliqué sur chaque joue pour ne pas faire de jalouse.

Billet de 500, de 1 000

(Larchey, 1865) : De 500 francs, de 1 000 francs. — « Te faut-il beaucoup ? — Un billet de cinq cents. »

Les ressources d’une lorette pour extraire un billet de mille.

Balzac.

Billet de cent, de cinq, de mille

(Rigaud, 1881) : Billet de cent francs, de cinq cents francs, de mille francs, — dans le jargon des gens pour qui le temps est de l’argent.

Il savait trop, par expérience, ce qu’un seul louis, que l’on veut gagner ou rattraper, coûte souvent, par la suite, de billets de cent et même de billets de mille.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

Billet de cinq

(Delvau, 1867) : s. m. Billet de cinq cents francs, — dans l’argot des bourgeois, qui savent aussi bien que les Anglais que time is money, et qui ne perdent pas le leur à prononcer des mots inutiles. Ils disent de même : Billet de mille.

Billet de logement

(Virmaître, 1894) : Quand les filles vont à Montretout (la visite sanitaire), si elles sont malades, elles sont retenues et dirigées sur l’infirmerie de Saint-Lazare ; le médecin inscrit la nature de la maladie sur un bulletin dont la couleur varie suivant la gravité du cas. Une fois installées dans leur lit, le bulletin est placé à la tête du lit dans un petit cadre spécial. De là le nom de billet de logement (Argot des filles).

(France, 1907) : Bulletin que délivre le médecin aux filles malades que l’on envoie à l’infirmerie de Saint-Lazare.

Billet direct pour Charenton

(Fustier, 1889) : Absinthe pure.

L’autre jour, le patron m’a payé un billet direct pour Charenton.

(Gil Blas, 1882.)

Billet pour Charenton

(France, 1907) : Absinthe pure.

Billevesée

(d’Hautel, 1808) : Au propre, bulle que les enfans se plaisent à former dans l’eau de savon. Au figuré, contes en l’air ; bagatelles ; idées creuses et chimériques.

Billier

(Rossignol, 1901) : Payer. Celui qui a été condamné et a purgé sa peine a billié.

Billot

(d’Hautel, 1808) : J’en mettrois ma tête ou ma main sur le billot. Exagération pour affirmer que l’on est certain, convaincu de quelque chose.

Binaise

(Virmaître, 1894) : Abréviation du mot combinaison. Binaise : tirer un plan pour faire quelque chose.
— Faisons une binaise pour nous offrir un kilo (Argot d’imprimerie). N.

Bince

(Fustier, 1889) : Couteau (Richepin.)

(Hayard, 1907) : Couteau.

(France, 1907) : Couteau.

Malheur aux pantres de province
Souvent lardés d’un coup de bince.

(Jean Richepin.)

Bine

(Rigaud, 1881) : Hotte de chiffonnier. — Hotte d’aide-couvreur.

Binel

(Hayard, 1907) : Faillite.

Binelle

(Halbert, 1849) : Faillite.

(Larchey, 1865) : Banqueroute. — Binellier : Banqueroutier. — Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. Faillite, — dans l’argot des voleurs. Binelle-lof. Banqueroute.

(Virmaître, 1894) : Faillite.
— Il est tombé en binelle, mais si les Anglais se tapent, il a carré l’oseille (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Faillite. Le failli a fait binelle.

(France, 1907) : Banqueroute, d’où binellier, banqueroutier.

Binelle-lophe

(Halbert, 1849) : Banqueroute.

Binelle, Binellelof

(Rigaud, 1881) : Faillite, banqueroute, — dans le jargon des voleurs. Pour débine.

Binellier

(Delvau, 1867) : s. m. Banqueroutier.

Binette

(Halbert, 1849) : Figure.

(Delvau, 1867) : s. f. Figure humaine, — dans l’argot des faubouriens, qui me font bien l’effet d’avoir inventé ce mot, tout moderne, sans songer un seul instant au perruquier Binet et à ses perruques, comme voudrait le faire croire M. Francisque Michel, en s’appuyant de l’autorité d’Edouard Fournier, qui s’appuie lui-même de celle de Salgues. Pourquoi tant courir après des étymologies, quand on a la ressource de la génération spontanée ?

(La Rue, 1894) : Figure laide ou ridicule.

(France, 1907) : La figure.

Oh ! là ! là ! c’te gueule,
C’te binette !
Oh ! là ! là ! c’te gueule,
Que voilà !

dit le refrain d’entrée au célèbre cabaret d’Aristide Bruant.

Voici quelle serait, d’après le Journal des Coiffeurs, l’origine de ce mot : « Binette, le coiffeur du roi, ne cédant jamais une de ses belles perruques pour moins de trois mille livre tournois. Il est vrai que ce grand perruquier ne se contentait pas de mettre une simple petite bande d’implanté sur le milieu, et qu’il garnissait toute la partie frontale de fine toile de crin, chose qui donnait à ses devants de perruque in-folio une légèreté extraordinaire. Aussi, comme les élégants de l’époque aimaient à parler toilette, parlaient souvent de binette (leur perruque), surtout lorsqu’elles sortaient de chez le grand faiseur. « Vous avez là une bien jolie binette ! » disait-on lorsqu’on voulait complimenter quelqu’un sur la beauté de sa perruque.
Aujourd’hui, et sans savoir pourquoi, on dit souvent par moquerie : Oh ! la drôle de binette !
Nous devons toutefois, ajoute Lorédan Larchey qui donne cette citation, faire observer que les exemples justificatifs de cette étymologie manquent totalement. En attendant qu’on en trouve quelques-uns, nous verrions plus volontiers dans binette une abréviation de bobinette.

Binette à la désastre

(Rigaud, 1881) : Tête du créancier impayé. (Almanack des débiteurs, cité par L. Larchey.)

Bingre

(Rossignol, 1901) : Nom bien peu connu ; il ne l’est que de Bruant, des aides et exécuteurs des hautes œuvres. Bingre veut dire ne pas être petit-fils de bourreau. Tous le sont de père en fils, ainsi que les aides, il y en a un actuellement qui descend des Samson ; Deibler était un bingre, il n’était pas petit-fils de bourreau ; son fils qui lui a succédé il y a quelques années n’est plus un bingre.

Binôme

(Larchey, 1865) : « Aux laboratoires, nous verrons chacun des élèves (de l’École polytechnique) manipuler avec un camarade qu’il nomme son binôme. »

La Bédollière.

Allusion à la signification algébrique de Binôme : quantité composée de deux termes.

(France, 1907) : Compagnon d’études à l’École polytechnique. Camarade de chambre à l’École d’application, deux termes unis par + et - (plus et moins) formant une quantité.

Binômes

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Camarades de chambre à l’École d’application de Fontainebleau, et compagnons d’études à l’École polytechnique ; amis, copains, frères d’adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent pas, mais qui n’en sont pas moins comme en algèbre, deux termes, unis par — ou par +, et qui n’en forment pas moins à eux deux une quantité.

Binos

(France, 1907) : Les testicules ; du latin binos, deux.

Tu n’as point de frères,
Pardieu ! voici beaux binos.

(Ancien Théâtre François.)

Biographe (se faire)

(Rigaud, 1881) : Être diffamateur (Max. Parr), — dans le jargon des gens de lettres qui n’ont pas été satisfaits de leurs biographies. — L’expression a été créée à l’époque où Paris a été inondé de biographies de grands et de petits-hommes.

Bique

(d’Hautel, 1808) : Pour bête. On dit en plaisantant à une petite fille qui est gauche et maladroite, qui raisonne mal, que c’est une petite bique.

Bique (bouchonner la)

(Merlin, 1888) : Faire le pansage du cheval.

Bique-et-bouc

(Delvau, 1867) : s. m. et f. Créatures des deux genres, — dans l’argot du peuple, ordinairement plus brutal pour ces créatures-là.

(France, 1907) : Hermaphrodite, qui a les organes des deux sexes.

Birbade

(Delvau, 1867) : s. f. Vieille femme, — dans l’argot des faubouriens.

Birbade, birbasse

(France, 1907) : Vieille femme.

Birbasse ou birbade

(Halbert, 1849) : Vieille femme.

Birbe

(Clémens, 1840) : Agé.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieillard. Birbe dab. Grand’père.

(Virmaître, 1894) : Vieillard (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Vieux. Un vieux soldat est un vieux birbe.

(Hayard, 1907) : Vieillard.

Birbe, Birbesse

(Rigaud, 1881) : Vieux, vieille, de l’italien birbo. Pour donner plus de force au mot, qui, en général, n’est usité qu’au masculin, on dit avec un pléonasme : Vieux birbe, ou, encore, aflreux birbe.

Un coup de jus, mon vieux birbe, et une croûte de brignolet !

(Huysmans, Marthe.)

Birbe, birbette, birbon

(France, 1907) : Vieillard.

Les dames des tables d’hôte ont adopté trois mots pour peindre la vieillesse ; à cinquante ans, c’est un birbon ; à soixante ans c’est un birbe ; passé ce délai fatal, c’est une birbette. On ne lui fait plus même les honneurs du sexe masculin.

(Lép Lespès.)

Un vieux birbon voyait maigrir sa femme. Le médecin fut mandé promptement.
— Vous êtes grosses ? et de combien, madame ?
— Hélas ! monsieur, d’une fois seulement.

(A. Glatigny.)

Tu me verrais moins honteux,
Si je te savais un homme
Jeune et comme
N’est pas ce birbe piteux.

Birbe, birbon, birbette

(Larchey, 1865) : « Les dames des tables d’hôte ont adopté trois mots pour peindre la vieillesse : à cinquante-cinq ans, c’est un birbon ; à soixante ans, c’est un birbe ; passé ce délai fatal, c’est une birbette. »

Lespès.

Vidocq donne un quatrième synonyme : birbasse. — Birbe dabe : grand-père. — Birbasserie : vieillerie. — Id.

Birbette

(Delvau, 1867) : s. m. Archi-vieillard, — dans l’argot des petites dames, qui ont dû connaître plus d’un birbante italien, anglais, russe ou suédois.

Biribi

(La Rue, 1894) : Médaillon. Le bataillon de discipline.

(Rossignol, 1901) : Jeu qui se joue dans le genre du bonneteau, mais avec trois quilles creuses, trois coquilles de noix, ou encore trois dés à coudre et une petite boule de liège. À ce jeu bien connu des Arabes, il y a toujours escroquerie puisque la boule que l’on croit être sous une des coquilles, qu’il faut découvrir pour gagner, reste le plus souvent entre les doigts du teneur.

(Rossignol, 1901) : Compagnies de discipline. À la suite d’un certain nombre de punitions, le militaire est envoyé après conseil de corps à biribi ; si là il se conduit mal, il est expédié dans une compagnie coloniale que l’on nomme les Cocos. À biribi il n’a rien de la tenue militaire, il porte veste, pantalon et képi en drap noir, il a les cheveux courts et la figure entièrement rasée ; c’est la différence qu’il y a entre le militaire envoyé aux travaux publics à la suite d’un conseil de guerre, car celui-ci porte toute sa barbe et a la tête entièrement rasée, de là le nom de « tête-de-veau ». Le travail du disciplinaire consiste à casser des cailloux et à faire du terrassement, mais tous trouvent la terre trop basse et qu’il serait plus facile de la travailler si elle était sur un billard. Ils feraient certainement autant de travail si on leur faisait botteler du sable ou piler du liège.

(Hayard, 1907) : Les compagnies de discipline.

(France, 1907) : Compagnie de discipline.

Un auteur, encouragé sans doute par les succès de Descaves, profita de son passage involontaire aux compagnies de discipline pour faire un livre à sensation. Il se plaint avec fracas du régime auquel on l’a soumis, et s’étonne que certains sous-officiers aient pu se départir vis-à-vis de lui de la plus exquise politesse. Biribi, à l’en croire, est un enfer effroyable où, sous le couvert de l’uniforme et avec la permission de l’État, des hommes peuvent impunément supplicier d’autres hommes et exercer leur pouvoir sans contrôle avec des rafinements de cruauté chinoise.

(Marzac, Gil Blas.)

Y en a qui font la mauvais’ tête
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À biribi.

(Aristide Bruant.)

Biribi (dés)

(Virmaître, 1894) : Ce jeu se joue dans les foires et dans les fêtes publiques. C’est un vol audacieux. (Argot des camelots).

Biribi (soldat envoyé à)

(Merlin, 1888) : Aux compagnies de discipline.

Biribi ou birlibi

(France, 1907) : Jeu de bonneteur avec des dés et des coquilles de noix.

Birlibi

(Rigaud, 1881) : Jeu de dés, — dans le jargon des truqueurs ; c’est une variante de biribi. Passer au birlibi, jouer une partie, un coup de dés. — Rincé au birlibi, qui a perdu au birlibi.

(La Rue, 1894) : Jeu de dés et de coquilles de noix.

Birlibibi

(Delvau, 1867) : s. m. Jeu de dés et de coquilles de noix. Argot des voleurs.

Birmingham (être de)

(Rigaud, 1881) : Être très ennuyeux. — Mot à mot : être un rasoir de Birmingham, ville célèbre par ses rasoirs.

Birmingham (rasoir de)

(France, 1907) : Être aussi ennuyeux que les rasoirs de Birmingham sont célèbres.

Bisard

(Larchey, 1865) : Soufflet (Vidocq). — Mot à mot ; vent qui brûle, bise qui ard.

(Delvau, 1867) : s. m. Soufflet de cheminée, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Soufflet de forge, soufflet à feu. C’est un dérivé de bise, — dans le jargon des voleurs.

(France, 1907) : Un soufflet, de bise, vent.

Bisbille

(d’Hautel, 1808) : Petite querelle ; légère contestation ; zizanie.

(Delvau, 1867) : s. f. Querelle, fâcherie, — dans l’argot des bourgeois, qui sans doute ne savaient pas que ce mot vient de l’italien bisbiglio (murmure). Être en bisbille. Être brouillés.

(France, 1907) : Querelle, du mot italien bisbiglio, murmure.

Biscaye

(Delvau, 1867) : n. de l. Bicêtre, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Bicêtre. — Biscayen, pensionnaire de Bicêtre.

(France, 1907) : Bicêtre ; argot des voleurs.

Biscayen

(France, 1907) : Pensionnaire de Bicêtre.

Bischoff

(France, 1907) : Boisson composée de vin blanc, de citron et de sucre ; germanisme.

Biscop

(Fustier, 1889) : Casquette.

(La Rue, 1894) : Casquette.

Biscope ou viscope

(France, 1907) : Casquette.

La viscope en arrière et la trombine au vent.

(J. Richepin.)

Biscornu

(d’Hautel, 1808) : Bizarre ; saugrenu.
Un nom biscornu. Un nom baroque ; difficile à retenir.
Des discours biscornus. C’est-à-dire, frivoles et saugrenus.

Biscotter une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, acte pendant lequel on se remue fortement, — de l’italien scuotere, étymologie tirée par les poils.

Il aimait mieux dépuceler cent filles que Biscotter une veuve.

Rabelais.

Lucrèce fait bien de la sotte
Et ne veut pas qu’on la biscotte.

Théophile.

C’est celui à qui l’on biscotte la femme.

Noël du Fail.

Biscuit

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut pas s’embarquer sans biscuit. Pour, il ne faut pas entreprendre une affaire sans avoir de quoi la soutenir.

(Fustier, 1889) : Argot de joueurs. Le biscuit est une série de cartes fraudées, bizeautées que le grec a toujours sur lui pour s’en servir quand il juge le moment favorable. On dit : servir, préparer un biscuit.

(France, 1907) : Argent. On dit aussi galette.

Biscuit (recevoir un)

(Rigaud, 1881) : « Un biscuit, dans les ténébreux symbolismes des prisons, signifie rien à faire. »

(V. Hugo, Les Misérables.)

Bise

(Rigaud, 1881) : Baiser, caresse, — dans le jargon des enfants et des femmes qui aiment à s’entendre appeler « des chattes ». — Biser, embrasser. — Bise-moi, mon chéri !

Bisenesse

(Rossignol, 1901) : Je crois que ce mot est anglais et signifie occupation ou travail journalier (Business) : Il est très usité par les filles publiques qui au lieu de dire, lorsqu’elles sortent le soir : Je vais trucquer, disent : Je vais faire mon bisenesse ; c’est plus Régence.

Biser

(France, 1907) : Embrasser. « Bisons-nous, la belle. »

Biset

(Rigaud, 1881) : Garde national en costume de ville et en képi.

Oui, je suis biset, moi, Qu’importe la forme ? On peut bien aimer son roi Sans être en uniforme.

(Seribo et Poirson, Une Nuit de la garde nationale, scène 1. — 1815.)

Bismarck (couleur)

(France, 1907) : Brun. Bismarck en colère ou Bismarck malade sont différentes teintes de brun.

Bismarcker

(France, 1907) : Marquer deux fois.

Bisot

(Virmaître, 1894) : Ami (Argot des voleurs). V. Aminches.

(France, 1907) : Ami ; argot des voleurs.

Bisquant

(Delvau, 1867) : adj. Ennuyeux, désagréable, — dans l’argot du peuple.

(France, 1907) : Ennuyeux, désagréable ; argot populaire.

Bisquer

(d’Hautel, 1808) : Éprouver un déplaisir, un mécontentement secret, et que l’on n’ose faire éclater ; se manger les sens.
Faire bisquer quelqu’un. Le faire endêver, le contrecarrer dans ses vues ou ses projets.

(Delvau, 1867) : v. n. Enrager, — dans l’argot des écoliers.

(France, 1907) : Être ennuyé, rager.

Bissac

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, qu’elle tend si fréquemment à l’homme, pour qu’il l’emplisse — de sperme.

Le texte dit que foullando,
En foulant et fesant zic, zac.
Le galant se trouve au bissac.

(Ancien Théâtre français.)

Après cinq ou six bons mots
Fait entrer Genfrey au bissac.

(Farces et Moralités.)

Bissard

(Halbert, 1849) : Pain bis.

(Delvau, 1867) : s. m. Pain bis, — dans l’argot des voyous.

(Rigaud, 1881) : Pain bis. Passer au bissard, manger du pain bis.

(France, 1907) : Pain bis ; argot des écoliers.

Bistaud ou bistot

(France, 1907) : Jeune apprenti de commerce. Vol en bistaud, vol commis par les jeunes gens employés dans les magasins.

Bisto ou bistourne

(France, 1907) : Cor de chasse.

Bistoquer

(Delvau, 1864) : Vieux mot hors d’usage, signifiant se servir du bistoquet, espèce de queue, de billard employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Notre mignon lui répondit
Que deux fois l’avait bistoquée.

(Recueil de poésies françaises.)

Mais au moins, dites-moi, l’a-t-il point bistoquée ?

P. De Larivet.

Bistoquette

(Delvau, 1864) : La pine.

Savez-vous, bons citadins.
Ce que le dieu des jardins
A bien plus gros que la tète ?
Turlurette,
C’est la bistoquette.

Louis Pesteau.

Bistot

(Rigaud, 1881) : Apprenti commis en nouveautés.

Un employé, flairant une bonne commande, met tous les bistots en campagne.

(Louis Noir, Le Pavé de Paris.)

(La Rue, 1894) : Jeune commis de magasin.

Bistourne

(Virmaître, 1894) : Cor de chasse. Allusion à la forme tournée de l’instrument (Argot du peuple).

Bistro

(La Rue, 1894) : Marchand de vin.

(Virmaître, 1894) : Marchand de vins. On dit aussi des petits commis des magasins de nouveautés qu’ils sont des bistros (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Marchand de vins.

Viens-tu chez le bistro du coin, il y a des purées a trois pétards (absinthe à trois sous).

Bistrot

(Hayard, 1907) : Débitant de boissons.

(France, 1907) : Marchand de vins.

Chez le bistrot te soûleras
Avec maint mauvais garnement.

(E. Blédort.)

Bit

(Halbert, 1849) : Partie honteuse d’une femme.

Bitoux

(France, 1907) : Ignoble individu ; du patois languedocien bitou, pourceau.

La petite est assez gentille, mais le mari est encore plus canaille que son beau-père. Une fois établi, le mouton deviendra un tigre pour le pauvre monde. Regarder ses yeux : dans deux ou trois ans, il sera tout à fait bitoux. Je ne vous comprends pas de vous être embâtée de tout ce monde-là.

(Louis Daryl, 13, rue Magloire.)

Bitte

(France, 1907) : Nom que les petits garçons donnent à leur verge.

Bitte et bosse

(France, 1907) : Exclamation joyeuse des marins.

Tout à la noce !
Bitte et bosse !
Ho ! hissa ! Ho !
Gai matelot !

(Chant de mer.)

Bitter cuirassé

(Rigaud, 1881) : Bitter mélangé avec du curaçao, — dans le jargon des gens adonnés aux cuirs ; ceux qui parlent à peu près correctement disent bit-ter-curaçao.

(France, 1907) : Bitter mélangé de curaçao.

Bitume (demoiselle du)

(France, 1907) : Prostituée de bas étage. On dit que ces pauvres filles font le bitume ou qu’elles foulent ou polissent le bitume, quand elles raccrochent sur les boulevards.

Bitume (fouler le)

(Rigaud, 1881) : Se promener, flâner. — Faire le bitume, faire le bit, faire le trottoir, — dans le jargon des filles.

Bitumer

(Delvau, 1867) : v. n. Raccrocher les passants, — dans l’argot des filles habituées du trottoir. On dit mieux Faire le bitume.

(France, 1907) : Raccrocher les passants.

Biture

(Larchey, 1865) : Excès de boisson. — Du vieux mot boiture : goinfrerie. V. Roquefort.

N’aspirons-nous le grand air que pour l’ineffable joie d’engloutir impunément du piqueton jusqu’au gobichonnage majeur, jusqu’à prendre une biture ?

Luchet.

(Delvau, 1867) : s. f. Réfection copieuse, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Béatitude bachique, nourriture copieuse. — Se flanquer, s’administrer une biture soignée.

(Rossignol, 1901) : Être ivre à ne plus pouvoir marcher est avoir une biture.

(Hayard, 1907) : Ivresse.

(France, 1907) : Repas copieux, fortement arrosé de boisson. Se coller une biture carabinée.

Le seul plaisir un peu pittoresque qu’on se donne en pays étrangers, c’est une bosse avec les Anglais. Une bosse ou une biture, c’est-à-dire une orgie, est de rigueur en certaines circonstances.

(G. de La Landelle, Les Gens de mer.)

Biture (s’en flanquer une)

(Virmaître, 1894) : Se saouler comme un cochon (Argot du peuple).

Biturer

(Delvau, 1867) : v. n. Manger copieusement.

(France, 1907) : Boire ou manger avec excès.

Biturer (se)

(Rigaud, 1881) : Bien manger et bien boire.

Bizet

(Merlin, 1888) : Garde national ou réserviste.

(France, 1907) : Garde national réfractaire ou qui persiste ou qui se refuse à porter un uniforme. Cette appellation viendrait du beau-frère de Bourrienne qui, en 1815, refusa d’obéir aux ordres du général russe qui exigeait que les patrouilles de Paris fussent composées d’un nombre égal de Russes, de Prussiens et de gardes nationaux. De là on donna le nom de Bizet d’abord aux gardes nationaux récalcitrants, puis à ceux qui persistaient à faire leur service vêtus en civil.

Bizut

(France, 1907) : Élève de première année en mathématiques spéciales ; argot des écoles. — Voir Bicarré.

Blackboulage

(France, 1907) : Échec dans un examen ou dans une candidature.

Blackbouler

(France, 1907) : Refuser ; être refusé. Pour rejeter quelqu’un, on dépose une boule noire ; noir, en anglais, se dit black : on voit d’ici la formation du mot.

…Il pourrait bien se faire que Maxence de Tournecourt fut blackboulé au Cercle des Truffes.

(Pompon.)

Blafard

(Rigaud, 1881) : Matière d’argent : Une toquante en blafard, une montre d’argent. — Monnaie d’argent : Un blafard de vingt ronds, une pièce d’un franc.

(France, 1907) : Pièce d’argent.

Il avait vu sauter un’ pièce de cent sous,
Se cognant au trottoir dans un bruit de cymbales,
Un écu flambant neuf, un blafard de cinq balles.

(Richepin, Chanson des gueux.)

Blafarde

(Fustier, 1889) : La mort.

(France, 1907) : La Mort.

Blafarde (la)

(M.D., 1844) : La lune.

(La Rue, 1894) : La mort.

Blague

(Larchey, 1865) : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel.

(Larchey, 1865) : Verve ; faconde railleuse.

Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Plaisanterie.

Je te trouve du talent, là sans blague !

De Goncourt.

Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin !

Monselet.

(Delvau, 1867) : s. f. Gasconnade essentiellement parisienne, — dans l’argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre, — MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc., — et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu’à Ménage ? Un gamin s’est avisé un jour de la ressemblance qu’il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut ! Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar. Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu’on sait ; parler avec habileté de ce qu’on fait. Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d’écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester. Pousser une blague. Raconter d’une façon plus ou moins amusante une chose qui n’est pas arrivée.

(Rigaud, 1881) : Mensonge, bavardage, plaisanterie, verve.

Ils (les malthusiens) demandent ce que c’est que la morale. La morale est-elle une science ? Est-elle une étude ? Est-elle une blague ?

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris.)

M. F. Michel fait venir blague de l’allemand balg, vessie à tabac, avec transposition de l’avant-dernière lettre. M. Nisard soutient que le mot descend de bragar, braguar, qui servait à désigner soit une personne richement habillée, soit un objet de luxe. Quant à M. Littré, il le fait remonter à une origine gaélique ; d’après lui, blague vient de blagh, souffler, se vanter. Quoi qu’il en soit, le mot a été employé d’abord et propagé par les militaires, vers les premières années du siècle, dans le sens de gasconnade, raillerie, mensonge (V. Dict. de d’Hautel, 1806, Cadet Gassicourt, 1809, Stendhal, 1817). Sans remonter aussi loin, il ne faut voir dans le mot blague qu’un pendant que nos soldats ont donné au mot carotte.

(France, 1907) : À un grand nombre de significations ; d’abord, mensonge, hâblerie. « Blague à part, causons comme de bons camarades que nous sommes. »

— Non, ma chérie, le bonheur n’est pas une blague, comme tu le dis, mais les gens sont idiots avec leur manière de concevoir la vie. Être heureux, qu’est-ce que cela évoque à l’esprit ? Une sensation pareille qui dure des années après des années ! Vois combien c’est inepte… L’existence est faite d’une quantité de secondes toutes différentes et qu’il s’agit de remplir les unes après les autres, comme des petits tubes en verre. Si tu mets dans tes petits tubes de jolis liquides colorés et parfumés, tu auras une suite exquise de sensations délicates qui te conduiront sans fatigue à la fin des choses… On veut toujours juger la vie humaine par grands blocs, c’est de là que vient tout le mal… Amuse la seconde que tu tiens, fais-la charmante, ne songe pas qu’il en est d’autres… Voilà comment on est heureux… le reste est de la blague.

(J. Ricard, Cristal fêlé.)

Blague signifie ensuite plaisanterie, raillerie.

Le spectacle est d’autant plus curieux qu’on est les uns sur les autres et que la promiscuité y est presque forcée.
Le garçon du restaurant y blague le client qu’il servait tout à l’heure avec respect ; les souteneurs y débattent leurs petites affaires avec leurs douces moitiés au nez et à la barbe de ceux qui viennent de payer ces filles.
C’est la tour de Babel de la débauche nocturne.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille.)

C’est à l’héroïque blague, à l’irrespect du peuple de Paris, que Rochefort dut son succès. La Lanterne d’Henri Rochefort est une œuvre collective. C’est l’étincelle d’un courant. Ce courant lui était fourni par la pile immense, surchargée des mécontentements publics.

(Paul Buquet, Le Parti ouvrier.)

Blague, faconde, verve, habileté oratoire.

Un homme d’esprit et de bonnes manières, le comte de Maussion, a donné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : l’art de se présenter sous un jour favorable, de se faire valoir, et d’exploiter pour cela les hommes et les choses.

(Luchet.)

Blague, causerie.

Blague à tabac

(Virmaître, 1894) : Vieilles tétasses molles et flasques qui tombent outrageusement (Argot du peuple).

(France, 1907) : Sein de vieille femme. Titis, tétés, tétons, tétasses, tétarasses, pour arriver aux blagues à tabac. Ce sont les diverses formes qu’affectent les seins des filles et des femmes.

Blague d’acier (avoir une)

(Rigaud, 1881) : Avoir la langue bien pendue.

Blague dans le coin

(Rigaud, 1881) : Plaisanterie à part, sérieusement parlant. Les raffinés ne craignent pas de dire dans le même sens : Blague sous les aisselles.

Blague sous les aisselles !

(Delvau, 1867) : Expression de l’argot des ouvriers, pour signifier qu’ils cessent de plaisanter, qu’ils vont parler sérieusement, et pour inviter les interlocuteurs à en faire autant. On dit aussi : Blague dans le coin.

Blaguer

(d’Hautel, 1808) : Mentir, hâbler, gasconner ; railler, se mocquer, se jouer de quelqu’un ; tenir des propos ridicules, des discours dénués de sens commun.

(Clémens, 1840) : Mentir.

(Larchey, 1865) : Causer.

Nous venons blaguer.

Balzac.

(Larchey, 1865) : Posséder cette verve familière, pittoresque et railleuse qui est l’humour des conversations parisiennes.

Enfin elle blague aujourd’hui, elle qui ne connaissait rien de rien, pas même ce mot-là !

Balzac.

(Larchey, 1865) : Plaisanter.

Ne blaguons plus.

Balzac.

Un homme blagué : un homme raille, berné.

(Delvau, 1867) : v. n. Mentir d’une agréable manière, ou tout simplement parler. Blaguer quelqu’un. Se moquer de lui.

(Rigaud, 1881) : Mentir, railler, parler beaucoup.

(France, 1907) : Parler, raillerie, plaisanter, mentir.

Blagues (plastron à)

(Rigaud, 1881) : Individu qui sert de point de mire à des plaisanteries de société, à des plaisanteries de régiment.

Blagues à tabac

(Delvau, 1864) : Se dit des tétons qui ne se tiennent pas assez.

Ceux qui disent que les tétons
Flottent au vent comme des vagues,
Suzanne, tant des polissons :
On voit bien que ce sont des blagues.

Anonyme.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Seins plus dignes d’une sauvagesse de la Nouvelle-Calédonie que d’une femme civilisée. Argot des faubouriens.
« Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues ! » ai-je entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier que lui.

(Rigaud, 1881) : Seins qui, selon l’expression d’une de nos plus volumineuses actrices, pourraient passer dans un anneau de rideau, et même dans un anneau de mariage.

(Rossignol, 1901) : La femme qui a des seins tombants a des blagues à tabac.

Blagueur

(d’Hautel, 1808) : Menteur ; hâbleur ; fanfaron ; persiffleur ; mauvais plaisant.

(Clémens, 1840) : Menteur.

(Larchey, 1865) : Menteur.

En 1813, deux femmes, Pauline la Vache et Louise la Blagueuse, enlevèrent 50 000 fr.

Vidocq.

Les marchands sont encore de fameux blagueurs.

Ricard.

(Larchey, 1865) : Loustic.

Il ne pouvait y avoir circonstance si grave qui empêchât ce blagueur fini de se livrer à sa verve.

L. Desnoyer.

(Delvau, 1867) : s. m. Gascon né sur les bords de la Seine, dont le type extrême est le baron de Worsmspire et le type adouci le Mistigris de Balzac.

Blagueur, Blagueuse

(Rigaud, 1881) : Bavard, menteur, vantard. C’est un joli blagueur. — La femelle, la blagueuse, n’est souvent qu’une gueuse qui a de la blague.

Blagueur, blagueuse

(France, 1907) : Menteur, menteuse à la façon des Gascons.

Vous les voyez, à la tribune,
Quand l’occasion est opportune,
Nous parler de gloire et d’honneurs,
Blagueurs !

Blaichard

(France, 1907) : Commis, cul-de-plomb ; du vieux mot blaiche, paresseux.

Et les ouvriers, en vidant à midi une bonne chopine, la trogne allumée, les regards souriants, se moquent des déjetés, des blaichards.

(Richepin, Le Pavé.)

Blaiche

(Larchey, 1865) : Médiocre. — Du vieux mot blaiche : mou, paresseux. — V. Lacombe.

Blair

(Rigaud, 1881) : Nez, — dans le jargon des voleurs. — Se cingler le blair, se soûler.

(La Rue, 1894) : Nez.

(Hayard, 1907) : Nez.

(France, 1907) : Nez.

Il y a longtemps que je t’ai dans le blair.

(Ed. Lepelletier.)

Se bouffer le blair ; argot des voleurs.

Blaire

(Virmaître, 1894) : Nez. Cette expression est en usage depuis plus de cinquante ans dans les faubourgs, où les terreurs à la sortie des bals publics se bouffaient le blaire (Argot des souteneurs).

(Rossignol, 1901) : Nez.

As-tu vu ce blaire ? on dirait une tranche de brie de 4 sous bien servie.

(France, 1907) : Joue.

Blaireau

(Larchey, 1865) : Conscrit.

Moi, j’ai carotté un blaireau…

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. m. Conscrit, — dans l’argot des vieux troupiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune homme de famille qui se croit des aptitudes littéraires et qui, en attendant qu’il les manifeste, mange sa légitime en compagnie de bohèmes littéraires.

(Rigaud, 1881) : Conscrit. — C’est-à-dire préposé au blaireau « balai », parce que les nouveaux venus au régiment ont plus que les autres droit aux honneurs du balayage.

(Rigaud, 1881) : Balai, — dans le jargon du régiment. Être de garde au blaireau, être de corvée au balayage.

(Merlin, 1888) : Conscrit.

(France, 1907) : Se dit à la fois du balai et du conscrit, sans doute parce que le conscrit maladroit est souvent commandé de corvée pour le maniement du blaireau.

Blaireauteau

(Rigaud, 1881) : Individu pourvu d’un grand nez ; c’est un dérivé de blair, — (jargon des voyous).

Blaireauter

(Larchey, 1865) : Peindre avec trop de fini, faire abus du pinceau de blaireau qu’on a entre les mains.

Aussi sa peinture est-elle fameusement blaireautée.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : v. a. Peindre avec trop de minutie. — dans l’argot des artistes qui n’ont encore pu digérer Meissonnier.

(France, 1907) : Abuser du blaireau en peinture, c’est-à-dire peindre avec trop de fini.

Blanc

(d’Hautel, 1808) : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

(M.D., 1844) : Connu.

(Delvau, 1867) : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

(Delvau, 1867) : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

(Rigaud, 1881) : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

(Rigaud, 1881) : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur.)

(Hayard, 1907) : Argent.

(France, 1907) : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants tourvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux.)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

(France, 1907) : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Blanc (envoyer au)

(Rigaud, 1881) : Envoyer promener, — dans le jargon des voyous ; par altération pour « envoyer au banc », c’est-à-dire envoyer s’asseoir. Adressée à une femme, l’expression prend le sens de « envoyer raccrocher », et fait partie du vocabulaire des souteneurs. L’étymologie est la même que dans mangeur de blanc.

Blanc (être)

(M.D., 1844) : Être connu.

(La Rue, 1894) : Être innocent. Être à blanc, avoir un faux nom.

Blanc (faire du)

(Rigaud, 1881) : Faire le joli cœur, l’empressé auprès d’une femme. C’est mot à mot : « faire les yeux blancs, les yeux amoureux », — dans le jargon des voyous. — Quand t’auras fini de faire du blanc, faudra le dire. On dit aussi faire le blanc, pour le blanc de l’œil.

Blanc (jeter du)

(Rigaud, 1881) : Interligner, intercaler entre les lignes composées à l’imprimerie de petites lames de plomb, afin de donner du jour et de favoriser le coup d’œil typographique.

Blanc (n’être pas)

(Rigaud, 1881) : Être compromis, craindre d’être réprimandé.

Blanc (verre de, un de)

(Rigaud, 1881) : Verre de vin blanc.

Blanc d’Afrique

(Rigaud, 1881) : Les six et les cinq d’un jeu de dominos, dans le jargon des joueurs de dominos.

Blanc d’Espagne

(Fustier, 1889) : Sous le nom du parti des Blancs d’Espagne, on. désigne ainsi, dans le jargon politique et dans le langage de la presse, l’ensemble des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme. A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste toulousain, les Blancs d’Espagne répondirent par cet autre sobriquet à l’adresse de leurs adversaires, partisans du comte de Paris : Blancs d’Eu.

Le parti des Blancs d’Espagne ne sera jamais sérieux.

(Ed. Hervé : Soleil, juillet 1884.)

Mr. E. Veuillot est un Blanc d’Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de se soumettre à un étranger.

(Matin, juillet 1884.)

Blanc d’Eu

(France, 1907) : Orléaniste ; appelé ainsi en souvenir du château d’Eu que possède la famille d’Orléans.

Blanc partout

(France, 1907) : Apprenti pâtissier appelé patronnet et gâte-sauce.

Blanc sale

(Rigaud, 1881) : Chiffon commun dans le jargon des chiffonniers.

Blanc-bec

(d’Hautel, 1808) : Étourdi, fanfaron, jeune homme sans expérience, qui a à peine de la barbe au menton. Ce mot ne s’emploie que par mépris.

Blanc-vilain

(Delvau, 1867) : s. m. Distributeur de boulettes municipales destinées aux chiens errants, — dans l’argot des faubouriens, qui, d’un nom propre probablement, ont fait une qualification applicable à une profession.

(France, 1907) : Homme dont les fonctions consistaient jadis à jeter des boulettes empoisonnées aux chiens errants.

Blanc, Blanche

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie de marc.

Le blanc est une affreuse eau-de-vie composée de je ne sais trop quoi.

(Imbert.)

Blancharde

(Rossignol, 1901) : Argenterie.

Blanche

(La Rue, 1894) : Eau-de-vie de marc.

(France, 1907) : Eau-de-vie de marc.

Blanche (Dame)

(Rigaud, 1881) : Bouteille de vin blanc, — dans le jargon des ivrognes, à qui le chef-d’œuvre de Boïeldieu a laissé des souvenirs.

Blanchemont (pivois de)

(France, 1907) : Vin blanc.

Blanches

(France, 1907) : Une des différentes variétés des types de caractères d’imprimerie, dans l’argot des typographes : les blanches, les grasses, les noires, les maigres, les allongées, les larges, les ombrées, les perlées, l’anglaise, l’américaine, la grosse normande.

Blanchette

(Virmaître, 1894) : Hiver. Allusion à la neige et au givre qui couvre les rues et les toits d’une nappe blanche (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Hiver ; argot des voleurs qui disent aussi blanchouillarde.

Blanchi

(Rossignol, 1901) : Chose connue.

C’est un vieux truc, il est blanchi depuis longtemps,

Un avocat blanchit son client.

Blanchi (mal)

(France, 1907) : Nègre.

Blanchir

(d’Hautel, 1808) : À blanchir un nègre on perd son savon. Pour dire que toutes les représentations ne font rien sur un homme incorrigible.
Tête de fou ne blanchit jamais. Parce que les fous sont exempts, dit-on, des soucis qui font blanchir les cheveux.
Blanchir quelqu’un. C’est le laver d’une accusation ; le tirer d’une mauvaise affaire.

(France, 1907) : C’est, en terme de journaliste, multiplier es alinéas dans un texte, ou encore revoir et corriger le texte d’un auteur :

Henri Heine ne savait pas le français grammaticalement, a écrit l’auteur des Souvenirs intimes. Il se faisait traduire par un certain Wolff, sorte de pion alsacien, et quand d’aventure il écrivait lui-même en français, il se faisait blanchir d’abord par Gérard de Nerval, puis par un employé de Buloz. — Faut-il reconnaître sous ce dédaigneux qualificatif professionnel Saint-René Taillandier ?

(Gonzague-Privat.)

En argot typographique, blanchir « c’est jeter des interlignes » dans le texte.

Blanchir du foie

(La Rue, 1894) : Avoir dessein de trahir.

(France, 1907) : Hésiter à faire partie d’une expédition, avoir dessein de trahir.

Blanchisseur

(d’Hautel, 1808) : Le peuple a coutume de dire blanchisseux ; ce qui est un barbarisme.

(Delvau, 1867) : s. m. Celui qui revise un manuscrit, qui le polit, — dans l’argot des gens de lettres, par allusion à l’action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d’une planche rugueuse une planche lisse. Signifie aussi Avocat.

(La Rue, 1894) : Avocat.

(Virmaître, 1894) : Avocat. Ce mot date du procès du fameux empoisonneur Couty de Lapommerais. Dans les couloirs du palais, avant l’audience des assises, on discutait la condamnation ou l’acquittement ; la majorité des avocats étaient d’avis qu’il serait acquitté parce que Lachaud blanchit. Lachaud était le défenseur de Lapommerais. Les voleurs se souviennent du calembour (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Avocat.

(Hayard, 1907) : Avocat.

(France, 1907) : Avocat, qui en effet est chargé de rendre l’accusé blanc comme neige ; homme de lettres qui revoit les manuscrits des débutants littéraires et les rend présentables au public.

Blanchisseuse

(d’Hautel, 1808) : Porte le deuil de sa blanchisseuse. C’est-à-dire, être négligent et malpropre ; porter du linge excessivement sale.

(Virmaître, 1894) : Pièce de cinquante centimes (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Pièce de dix sous ; argot des voleurs.

Blanchisseuse de tuyaux de pipe

(Delvau, 1864) : Fille ou femme galante qui, d’une pipe en terre rouge, fait en un tour de cul ou de main une pipe en écume.

Blanchisseuse de tuyaux de pipes

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Femme qui crée des refuges insolites à la dépravation.

(Virmaître, 1894) : Blanchisseuse qui ne blanchit jamais rien, elle n’a que l’apparence. Elle habite généralement aux environs des hôtels, pour avoir la clientèle des commis-voyageurs qui désirent être servis à la minute (Argot du peuple).

(France, 1907) : Prostituée de bas étage.

Blanchouillard, blanchette

(La Rue, 1894) : Hiver.

Blanchouillarde

(Virmaître, 1894) : Hiver. Diminutif de blanchette (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Voir Blanchette.

Blanqueter

(France, 1907) : Argenter.

Blanquetier

(France, 1907) : Argenteur.

Blanquette

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Argenterie.

(Bras-de-Fer, 1829) : Argenterie.

(Larchey, 1865) : Argenterie (Vidocq). — Allusion à la blancheur de son éclat.

(Delvau, 1867) : s. f. Argenterie, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Argenterie, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Argenterie.

(Virmaître, 1894) : Argenterie (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Argent.

(Hayard, 1907) : Argenterie.

(France, 1907) : Pièce d’argent, ou plat d’argent.

Elle ne fourgue que de la blanquette, des bogues et des broquilles. C’est dommage, car c’est une bonne bougresse.

(Vidocq.)

Blanquette, Blanquette taroquée

(Clémens, 1840) : Argenterie, idem marquée.

Blanquiste

(France, 1907) : Membre d’une des nombreuses sectes qui divisent le parti socialiste et qui a pris pour patron le révolutionnaire Blanqui.

Quant à M. Vaillant, qui passe pour blanquiste et qui s’en vante, il n’a oublié qu’un des principes de son maître : le patriotisme. Blanqui était, en effet, aussi patriote que son prétendu disciple l’est peu. Il voulait faire triompher ses idées révolutionnaires par la France, comme M. Vaillant veut les faire triompher par l’Allemagne.

(La Nation.)

L’humanité avant la patrie.

Blase

(La Rue, 1894) : Numéro. Nom.

Blasé

(Rigaud, 1881) : Enflé, boursouflé, — dans le jargon des voleurs ; de l’allemand blasen, souffler.

(France, 1907) : Enflé ; de l’allemand blasen, soufflé. Argot des voleurs.

Blasé, ée

(Delvau, 1867) : adj. Enflé, ée, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression à l’allemand blasen (Souffler).

Blaucarde

(Clémens, 1840) : Planche en sape.

Blavard

(France, 1907) : Châle ; augmentatif de blave.

Blave

(un détenu, 1846) : Mouchoir.

(La Rue, 1894) : Cravate.

(Virmaître, 1894) : La cravate (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Mouchoir.

(France, 1907) : Cravate ; argot des voleurs.

Blave à ressort

(La Rue, 1894) : Revolver.

(France, 1907) : Pistolet.

Blavin

(anon., 1827) : Mouchoir.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Mouchoir. Faire le blavin, voler le mouchoir.

(Bras-de-Fer, 1829) : Mouchoir.

(M.D., 1844) : Mouchoir.

(Halbert, 1849) : Mouchoir.

(Larchey, 1865) : Mouchoir (Vidocq). — Dimin. du vieux mot blave : bleu. V. Roquefort. — Un grand nombre de mouchoirs sont de cette couleur. — Blaviniste : Voleur de mouchoirs. — V. Butter.

(Delvau, 1867) : s. m. Mouchoir, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Mouchoir, — dans l’ancien argot.

(Rigaud, 1881) : Pistolet de poche, — dans le jargon des voleurs.

(Merlin, 1888) : Mouchoir, — de l’argot parisien. On dit aussi un parc aux huîtres.

(La Rue, 1894) : Mouchoir.

(Virmaître, 1894) : Mouchoir. Une vieille chanson dit :

Le parrain care sa frime dans son blavin.

(Argot des voleurs). V. Aniterge.

(Rossignol, 1901) : Mouchoir.

(Hayard, 1907) : Mouchoir.

(France, 1907) : Mouchoir de poche ; du vieux mot blave, bleu. On peut remarquer que, dans les campagnes, les mouchoirs à carreaux bleux sont encore en usage.
Pistolet de poche, dans l’argot des voleurs.

Blavin, Bogue à 4 quarts

(Clémens, 1840) : Cravate, mouchoir.

Blaviniste

(Delvau, 1867) : s. m. Pickpocket qui a la spécialité des mouchoirs.

(Rigaud, 1881) : Voleur de mouchoirs ; et, par extension, voleur qui s’attaque à des objets de peu d’importance.

(Virmaître, 1894) : Voleur qui a la spécialité de faire le blavin (Mouchoir) (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Voleurs de blavins.

Blaze

(Virmaître, 1894) : Numéro (Argot des voleurs). N.

(Rossignol, 1901) : Nom ; celui qui a raqué sous faux blaze a été condamné sous faux nom.

(Hayard, 1907) : Nom.

(France, 1907) : Numéro ; argot des voleurs. Nom.
Diminutif de blason. Le numéro est, en effet, l’armoirie qui distingue un prisonnier d’un autre.

Blé

(d’Hautel, 1808) : Il ne sait pas seulement comment vient le blé. Se dit d’un homme ignorant et borné, qui n’a jamais sorti de la ville.
Manger son blé en herbe. Être dépensier ; manger son revenu avant que les termes en soient échus.
Crier famine sur un tas de blé. C’est se plaindre de la misère les mains pleines.
Être pris comme dans un blé. Être attaqué à l’improviste, sans armes et sans aucune défense.

(Virmaître, 1894) : Argent monnayé (Argot des voleurs), V. Aubert.

(Hayard, 1907) : Argent.

Blé battu

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, — dans l’argot des paysans de la banlieue de Paris, pour qui blé en grange représente en effet de l’argent. Avoir du blé en poche. Avoir de l’argent dans sa bourse. N’avoir pas de blé. N’avoir pas le sou.

(France, 1907) : Argent ; argot des paysans.

Blé en grenier

(France, 1907) : Marchandise d’un débit certain.
Avoir du blé en grenier, être à son aise ; argot des paysans.

Bleau

(Rossignol, 1901) : Prix. Acheter une chose bon bleau c’est l’acheter bon marché.

Bléchard

(La Rue, 1894) : Laid. Devenir bléchard, dépérir.

(Virmaître, 1894) : Laid, disgrâcié de la nature. Dans les faubourgs ou dit d’une femme dans ce cas :
— Elle est rien blèche (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Être ou objet laid.

(France, 1907) : Laid, disgracié. Voir Blaichard.

Blécharde

(Virmaître, 1894) : C’est le superlatif de bléchard. Pour bien accentuer on ajoute qu’elle a une gueule à faire tourner la soupe au lait (Argot du peuple).

Blèche

(d’Hautel, 1808) : Faire le blèche. Signifie manquer de fermeté, reculer dans une affaire d’honneur, être poltron.
C’est un blèche. Pour, c’est un poltron, un lâche dont on ne doit rien attendre.

(Rigaud, 1881) : Laid, désagréable. — Faire blèche, amener un coup nul. (L. Larchey.)

(Rossignol, 1901) : Vilain. Une chose ou personne vilaine est blèche.

(Hayard, 1907) : Laid, mal tourné, disgracieux.

(France, 1907) : Mauvais, médiocre ; du vieux mot blaiche, mou, paresseux. Faire banque bléche, ne pas recevoir de salaire ; faire blèche, perdre au jeu.

Blèche (faire)

(Boutmy, 1883) : v. Amener un coup nul au jeu des cadratins. Par extension, faire banque blèche, c’est ne pas toucher de banque. V. Banque.

Bléchir

(d’Hautel, 1808) : Faire le blèche, se dédire, se rétracter honteusement ; se dégager d’un engagement au moment de son exécution.

Blencar

(M.D., 1844) : De l’argent.

Blencarder

(M.D., 1844) : Blanchir.

Bler

(La Rue, 1894) : Aller.

(France, 1907) : Aller ; aphérèse d’ambler.

Blesche

(La Rue, 1894) : Apprenti voleur. Médiocre, vilain, mauvais.

(France, 1907) : Apprenti voleur.

Blessé

(d’Hautel, 1808) : Il travaille comme trois morts et quatre blessés. Se dit d’un paresseux, d’un homme indolent et sans capacité, qui travaille avec une extrême nonchalance.
Tant de tués que de blessés, il n’y a personne de mort. Se dit en riant, d’un petit événement qui n’a amené aucune suite fâcheuse.
Il est blessé au cœur et partout. Manière ironique d’exprimer que l’on a piqué l’orgueil de quelqu’un ; qu’on l’a blessé à l’endroit sensible.

Bleu

(Larchey, 1865) : Conscrit. — Allusion à la blouse bleue de la plupart des recrues.

Celui des bleus qui est le plus jobard.

La Barre.

(Larchey, 1865) : Gros vin dont les gouttes laissent des taches bleues sur la table.

La franchise, arrosée par les libations d’un petit bleu, les avait poussés l’un l’autre à se faire leur biographie.

Murger.

(Delvau, 1867) : s. m. Bonapartiste, — dans l’argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l’appellent rouge, la monnaie de leur couleur. Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs.

(Delvau, 1867) : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers ; cavalier nouvellement arrivé, — dans l’argot des élèves de Saumur.

(Delvau, 1867) : s. m. Manteau, — dans l’argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.

(Delvau, 1867) : s. m. Vin de barrière, — dans l’argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets. On dit aussi Petit bleu.

(Delvau, 1867) : s. m. Marque d’un coup de poing sur la chair. Faire des bleus. Donner des coups.

(Delvau, 1867) : adj. Surprenant, excessif, invraisemblable. C’est bleu. C’est incroyable. En être bleu. Être stupéfait d’une chose, n’en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle. Être bleu. Être étonnamment mauvais, — dans l’argot des coulisses.
On disait autrefois : C’est vert ! Les couleurs changent, non les mœurs.

(Rigaud, 1881) : « C’est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds ; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réalise au bruit du canon. »

(A. Camus.)

En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey)

(Rigaud, 1881) : Manteau ; à l’époque où l’homme au petit manteau-bleu était populaire.

(Merlin, 1888) : Conscrit.

(La Rue, 1894) : Conscrit. Vin. Manteau. C’est bleu ! c’est surprenant.

(Virmaître, 1894) : Jeune soldat. Se dit de tous les hommes qui arrivent au régiment. Ils sont bleu jusqu’à ce qu’ils soient passés à l’école de peloton (Argot des troupiers).

(Rossignol, 1901) : Soldat nouvellement incorporé. À l’époque où on ne recrutait pas dans le régiment de zouaves, celui qui y était admis après un congé de sept ans était encore un bleu ; les temps sont changés.

(Hayard, 1907) : Jeune soldat.

(France, 1907) : Conscrit. Ce terme remonte à 1793, où l’on donna des habits bleus aux volontaires de la République. L’ancienne infanterie, jusqu’à la formation des brigades, portait l’habit blanc. Bleu, stupéfait, le conscrit étant, à son arrivée au régiment, étonné et ahuri de ce qu’il voit et de ce qu’il entend ; cette expression ne viendrait-elle pas de là, plutôt que de « congestionné de stupéfaction », comme le suppose Lorédan Larchey ? J’en suis resté bleu signifierait donc : J’en suis resté stupéfait comme un bleu. On dit, dans le même sens, en bailler tout bleu. On sait que les chouans désignaient les soldats républicains sous le sobriquet de bleus.

Bleu (être)

(Rigaud, 1881) : Éprouver une grande surprise. — Elle est bleue celle-là ! cette nouvelle est difficile à croire. — Faire des bleus, pincer de manière à laisser la signature des doigts sur la chair. — Passer au bleu, avoir perdu un objet, se consoler d’une perte. — En faire voir des bleues, causer des contrariétés. — Colère bleue, violente colère.

Bleu (gros)

(Rigaud, 1881) : Gros vin du midi, vin dont on se sert pour les coupages.

Bleu (j’en suis)

(Virmaître, 1894) : Être étonné, ne rien comprendre, en rester ébahi (Argot du peuple).

Bleu (n’y voir que du)

(Virmaître, 1894) : Être volé sans s’en apercevoir (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Ne pas s’apercevoir d’une chose que l’on vous fait.

Je lui ai ratissé son morlingue, il n’y a vu que du bleu. — J’ai fait passer au bistro deux bocks au bleu.

Bleu (passer au bleu)

(Virmaître, 1894) : Faire disparaître un objet quelconque. Le samedi de paye quand l’ouvrier care un peu de galtouze, la ménagère dit :
— Mon vieux tu m’as fait passer cent sous au bleu (Argot du peuple).

Bleu (passer au)

(Hayard, 1907) : Faire disparaître.

(France, 1907) : Faire disparaitre, perdre. « Mon argent est passé au bleu. » N’y voir que du bleu, ne s’apercevoir de rien.

Bleu (pays)

(France, 1907) : Pays où le ciel est toujours bleu. Le Midi.

Bleu, Petit bleu

(Rigaud, 1881) : Mauvais vin qui tâche la nappe en bleu. — Mettre le piton dans le bleu, boire du vin au litre. — Voué au bleu, ami de la bouteille.

Bleu, petit bleu, gros bleu

(France, 1907) : Vin rouge. Ce terme de bleu que tous les étymologistes attribuent aux taches bleues laissées sur les tables de cabaret ou les nappes ne serait-il pas une corruption du mot béarnais blous, pur, sans mélange, donné ironiquement : bii blous, en béarnais, vin pur ?

Le p’tit bleu,
P’tit bleu,
P’tit bleu,
Ça vous met la tête en feu,
Ça ravigote un peu.

(Air de L. de Wentzel.)

Bleue (elle est)

(France, 1907) : Chose étonnante à laquelle on ne croit pas. En voilà une de bleue, je la trouve bleue. Une colère bleue se dit d’une violente rage.

Bleue (la)

(Hayard, 1907) : L’absinthe.

Bleuet

(La Rue, 1894) : Billet de banque.

(Virmaître, 1894) : Billet de banque. Allusion à la couleur bleue des précieux papiers (Argot des voleurs). V. Talbin d’altèque.

(Hayard, 1907) : Billet de banque.

(France, 1907) : Billet de banque.

Blézimarder

(Rigaud, 1881) : Se couper mutuellement la réplique, empêcher le voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe, — dans le jargon des acteurs. (Figaro du 31 juillet 1876, cité par Littré.) C’est sans doute une altération toute moderne de blesinarder, qui voulait dire flâner, musarder.

Ce verbe, dit M. Duflot, vient de Blésinard, un des types de Grassot, personnage flâneur, débraillé et sans soucis, dans la Vénus à la fraise.

(France, 1907) : S’interrompre sur la scène ; terme de coulisses.

Blindé

(Rigaud, 1881) : Ivre au superlatif, — dans le jargon des ouvriers. — Blindé ! pour avoir étouffé cinq ou six perruches ! t’es donc pas un homme ?

(Rigaud, 1881) : C’est un des noms que le peuple a donnés aux nouveaux urinoirs successeurs des rambuteaux. Les variantes sont : Les cuirassés, les tourne-autour, les introuvables.

Blinder (se)

(France, 1907) : S’enivrer.

Blindés

(Merlin, 1888) : (Voyez Coquillards).

Blindocher (se)

(Rigaud, 1881) : Se griser légèrement. C’est le diminutif d’être blindé, — dans le jargon du peuple. — Je me blindoche le dimanche et je suis blindé le lundi.

Blioteuse

(La Rue, 1894) : Fille publique.

(France, 1907) : Prostituée.

Bloc

(Larchey, 1865) : Prison. — Du vieux mot bloc : barrière. V. Roquefort.

Prenez trois hommes et menez cette fille au bloc.

V. Hugo.

(Delvau, 1867) : s. m. La salle de police. Argot des soldats. Être au bloc. Etre consigné. Signifie aussi Prison.

(Rigaud, 1881) : Prison, salle de police, — dans le jargon des troupiers.

Encore deux jours de bloc pour cette chienne de théorie.

(Randon, Croquis militaires.)

Pourquoi es-tu au bloc, mon pauvre vieux ?

(Vte Richard, Les Femmes des autres.)

Mettre, fourrer au bloc, consigner.

(Merlin, 1888) : Salle de police, prison. On dit : mettre, et mieux f… au bloc, à la boîte, ou clou, etc.

(La Rue, 1894) : Marché. Prison.

(France, 1907) : Prison ; argot populaire.

On parle de progrès, d’humanité, de sentiments altruistes, on invoque comme une des plus précieuses conquêtes de 89 la liberté individuelle. Voilà le cas qu’ils en font, les gredins que ton vote imbécile vient de rehausser au pouvoir ! Défense d’avoir faim, défense d’être sans travail et sans logis, sinon au bloc !…

(Jean Grave, La Révolte.)

Mais si — prodigieux progrès !
Un beau matin Thémis s’emballe
Et, pour servir nos intérêts,
Renvoie à l’argousin la balle ;
Si, pour son amabilité,
Sa douceur, son humeur amène,
Au bloc à son tour on l’emmène,
J’en suis rudement épaté.

(Blédort.)

Bloc (faire un)

(France, 1907) : Faire un marché.

Blocaus

(Hayard, 1907) : Chapeau haut de forme.

Blockaus

(Fustier, 1889) : Chapeau de haute forme.

(France, 1907) : Ancien schako des soldats d’infanterie et de certains corps de cavalerie, énorme, lourd, disgracieux, qui les faisait ressembler à des redoutes.

Blockhaus

(Delvau, 1867) : s. m. Garni, — dans l’argot des chiffonniers, qui parlent allemand sans le savoir.

Blockhauss

(Merlin, 1888) : Schako, — de l’allemand Block et house, ou haus.

Blokaus

(Virmaître, 1894) : Chapeau haut de forme (Argot du peuple). V. Bloum.

Blombe

(Clémens, 1840) : Heure.

Blond

(d’Hautel, 1808) : Un beau blond. Phœbus, damoiseau ; joli garçon à blonde chevelure.
Délicat et blond. Se dit d’un farfadet, d’un pédant ; d’un homme qui s’en fait trop accroire.
Blond d’Égypte. Terme ironique, qui se dit d’une personne qui a la peau brune et basanée.

Blond (beau)

(France, 1907) : Se dit ironiquement de gens qui ne sont ni beaux ni blonds.

Blonde

(Delvau, 1864) : Maîtresse, — quelle que soit la couleur de ses cheveux ou de son poil.

Puissé-je…
Cramper dans le cul
De ma blonde !

Émile Debraux.

(Larchey, 1865) : Amante.

Blonde s’emploie dans ce sens sans distinction de la couleur des cheveux, car il existe une chanson villageoise où, après avoir fait le portrait d’une brune, l’amoureux ajoute qu’il en fera sa blonde.

Monnier, 1831.

(Delvau, 1867) : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Vin blanc, bouteille de vin blanc. Être porté sur la blonde, peloter la blonde, aimer le vin blanc. Se coller une ou deux blondes dans le fanal pour tasser les imbéciles, boire une ou deux bouteilles de vin blanc pour arroser les huîtres. — Courtiser la brune et la blonde, boire alternativement, au cours d’un repas, du vin blanc et du vin rouge.

(Rigaud, 1881) : Maîtresse, amante. Se dit surtout en parlant de la maîtresse d’un homme marié. C’est l’autre, le numéro deux, quelle que soit d’ailleurs la nuance de ses cheveux. Le blond est une couleur tendre et la blonde représente la tendresse en ville. — Être chez sa blonde, Aller voir sa blonde.

— Si j’vas diner avec ma blonde,
Je n’sais pourquoi, je fuis tout l’monde ;
Avec sa femm’ pas tant d’façon,
On est très bien, même dans l’salon.

(Meinfred, Le Garçon converti, chans.)

(La Rue, 1894) : Bouteille de vin blanc.

(France, 1907) : Maîtresse ou bouteille de vin blanc.

Pour l’amour d’une blonde
J’ai fait bien des faux pas ;
Les beautés de ce monde
À mes yeux n’avaient pas
D’appas.

Pour l’amour d’une brune
J’ai fui le cru natal ;
Sur le cours de la lune
J’ai mis mon capital…
Ces deux sœurs non pareilles,
Belle nuit et beau jour
Habitaient des bouteilles
Où je bus tour à tour
L’amour.

(Gustave Nadaud.)

Blonde, brune

(Fustier, 1889) : Verre de bière de couleur brune ou blonde.

Les garçons (de café) libérés avant leurs confrères dépouillent rapidement la veste et le tablier blanc, se mettent en civil comme ils disent, et s’en vont boire des bocks dans les brasseries attardées. Seulement, ils ne sont pas assez naïfs pour donner en s’en allant le pourboire d’usage ; ils demanderaient plutôt, quand vient le quart d’heure de Rabelais, une remise sur le prix des brunes et des blondes qu’ils ont absorbées.

(Figaro, 1882.)

Blondin

(d’Hautel, 1808) : Nom que l’on donne à un petit-maître, à un céladon ; et familièrement à celui qui a les cheveux blonds.

(Delvau, 1864) : Séducteur, quelle que soit la couleur de ses cheveux.

L’autr’ jour, en rentrant chez moi,
J’trouv’la cle dans la serrure…
J’entre et j’ vois ma femm’ près d’un grand blondin,
Tout autre aurait pris la mouche soudain…

J. E. Aubry.

De certain blondin la binette
Me faisait mazurker le cœur.

S. Tostain.

Bloqué

(France, 1907) : Être bloqué à la banque, ne pas toucher son salaire ; argot des ouvriers.

Bloquer

(d’Hautel, 1808) : Au propre, terme d’imprimerie qui signifie suppléer à une lettre manquante, par une autre lettre que l’on renverse ; au figuré, oublier quelqu’un dans une distribution où il avoit droit.
On l’a bloqué. Pour, on a pris sa part ; on n’a pas pensé à lui ; on l’a totalement oublié.

(Halbert, 1849) : Abandonner.

(Larchey, 1865) : Consigner.

Colonel, c’est que je suis bloque. — Je vous débloque.

J. Arago, 1838.

(Larchey, 1865) : Vendre. V. Abloquir.

(Delvau, 1867) : v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police, — ce qui est le boucler, vieille forme au verbe blouquet.

(Delvau, 1867) : v. a. Abandonner, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : v. a. Jouer à la bloquette, — dans l’argot des enfants.

(Rigaud, 1881) : Mettre en prison, au bloc — dans le jargon des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Abandonner, — dans le jargon des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Faire défaut, faillir, dans le jargon des typographes ; allusion au terme d’imprimerie bloquer qui a le sens de mettre provisoirement un caractère au lieu et place d’un autre. (L. Larchey) Bloquer le mastroquet, ne pas payer le marchand de vin.

(Boutmy, 1883) : v. a. Remplacer provisoirement un signe typographique dont on manque par un autre de même force. Par extension, Manquer, faire défaut, faillir. Bloquer le mastroquet, c’est ne pas payer le marchand de vin.

(La Rue, 1894) : Mettre en prison. Abandonner.

(France, 1907) : Emprisonner, consigner ; se dit aussi pour abandonner. Dans l’argot des typographes, c’est remplacer temporairement une lettre par une autre.

Bloquette

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu de billes, auquel on bloque.

Bloquir

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Vendre.

(Bras-de-Fer, 1829) : Vendre.

(Clémens, 1840) : Vendre.

(Delvau, 1867) : v. a. Vendre des objets volés, ordinairement en bloc. (V. Abloquer.)

(Rigaud, 1881) : Vendre. — Bloquisseur, bloquisseuse, marchand, marchande, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Vendre. Acheter.

(France, 1907) : Vendre.

Il est entendu que c’est toi qui va bloquir, puisque tu connais le fourgat.

(Marc Mario et Louis Launay.)

Blot

(Larchey, 1865) : Bon marché (Vidocq). — Corruption de Bloc. Les marchés d’objets en bloc sont, on le sait, les plus avantageux.

(Delvau, 1867) : s. m. Prix d’une chose, — dans l’argot des faubouriens. C’est mon blot ! Cela me convient.

(Rigaud, 1881) : Chose, affaire qui convient. « Ça fait mon blot », ça fait mon affaire. C’est simplement le mot lot augmenté d’un B.

L’as-tu enfin le sénat de tes rêves ?.. Voyons, cette fois-ci, ça fait-il ton blot ?

(Le Titi, 1879.)

(La Rue, 1894) : Prix. À bas blot, à bas prix.

(Hayard, 1907) : Prix, affaire.

(France, 1907) : Affaire. Ça fait mon blot, ça fait mon affaire. Prix. — À bas blot, à bas prix.

— Ben oui !… Ben oui !… J’ai pris une seconde femme… C’est pus le même blot ! Ah ! la mâtine !… Ah ! la garce ! Il lui faut du mâle… C’est pire qu’une chatte, qu’une chienne, qu’un moigneau !… Moi, j’ai d’l’âge, vous comprenez ben… et pis j’ai jamais été porté là-dessus… Mais il lui faut, à elle, n’importe comment !…

(Octave Mirabeau.)

Blot (c’est mon blot)

(Virmaître, 1894) : J’ai ce que je désire, elle fait bien mon blot. Ça fait le blot, ça fait le compte (Argot du peuple). V. Balle. N.

Bloum

(Virmaître, 1894) : Même signification que précédemment (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chapeau.

(France, 1907) : Réserviste.

On les appelait bloum à cause de leurs képis défoncés, ressemblant mieux à un chapeau de civil.

(Marcel Schwob, Écho de Paris.)

Bloûm

(Rigaud, 1881) : Chapeau haute forme, dans le jargon des voyous. Allusion au bruit produit par un coup de poing appliqué sur un chapeau haute forme ; le renfoncement est un genre de plaisanterie très goûté dans le monde des voyous.

Bloumard

(France, 1907) : Chapeau.

Blousard

(France, 1907) : Porteur de blouse employé dans un mauvais sens.

Aujourd’hui, les blousards des meetings, les souteneurs immondes qui rêvent de travailler en grand, délaissent leur trottoir pour pérorer dans les cohues.

(René Maizeroy, Coup de clairon.)

Blouse

(d’Hautel, 1808) : Se mettre dans la blouse. Se tromper dans une spéculation.
Mettre quelqu’un dans la blouse. Le faire dupe, l’attraper, le friponner.
On dit aussi d’une personne que l’on a incarcérée, qu’On l’a mis dans la blouse.

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, qui, au jeu de billard amoureux, reçoit les deux billes de l’homme — avec la queue.

Que je voudrais avoir aussitôt un écu,
Voire deux, voire trois, dans ma pauvre fouillouse.
Comme on a mis de coups dedans votre belouse.

Trottbrel.

Blouse (la)

(Delvau, 1867) : Le peuple, — dans l’argot dédaigneux des gandins.

Blouse blanche

(Rigaud, 1881) : Faux ouvrier vêtu d’une blouse blanche et fortement soupçonné d’appartenir à la police On a reproché au dernier gouvernement impérial d’avoir, en 1870, favorisé la bruyante manifestation des blouses blanches en faveur de la guerre. On les a vues parcourir le boulevard aux cris de : « A Berlin ! à Berlin ! »

Blouser

(d’Hautel, 1808) : Égarer, duper, tromper, friponner, quelqu’un.
Se blouser. S’abuser ; se tromper dans une spéculation.

(La Rue, 1894) : Tromper.

(France, 1907) : Tromper ; expression venue d’un terme de billard.

Blouser (se)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Faire un pas de clerc, une sottise ; se tromper, — dans l’argot du peuple, qui a voulu faire une allusion à la blouse du billard.

Blouses

(France, 1907) : Les prolétaires, porteurs de blouse.

Mais ce n’est pas pour les blouses que je réclame un mont Aventin. Les blouses savent lutter, se défendre et montrer le poing. Le mont Aventin, il le faudrait aux ronds de cuir, aux serfs des ministères, de la paperasserie judiciaire et procédurière, aux crève-la-faim en redingote des bureaux de comptabilité, à tous ceux enfin qui se résignent à mourir lentement de leur travail.

(Ed. Deschaumes.)

Blousier

(Larchey, 1865) : Voyou, mot à mot : porteur de blouse.

Vous verrez là des blousiers qui viennent fumer.

Delvau.

(Delvau, 1867) : s. m. Voyou, porteur de blouse, — dans l’argot des gens de lettres.

(Rigaud, 1881) : Individu vêtu d’une blouse ; se prend, le plus souvent, en mauvaise part, pour désigner un voyou.

(France, 1907) : Voyou.

Bob, bobe, bobineau

(France, 1907) : Montre.

Bobe

(Hayard, 1907) : Chaîne et montre.

Bobèche, Bobe, Bobéchon

(Rigaud, 1881) : Tête. Se monter le bobe, se monter le bobéchon, se passionner pour.

Bobéchon

(France, 1907) : La tête, la bobèche où flambent les idées. Se monter le bobèchon, se monter la tête, s’illusionner.

Bobèchon

(Delvau, 1867) : s. m. La tête, — dans l’argot du peuple, par allusion à la bobèche qui surmonte le chandelier. Se monter le bobèchon. S’illusionner sur quelqu’un ou sur quelque chose ; se promettre monts et merveilles d’une affaire — qui accouche d’une souris.

Bobéchon (se monter le)

(Virmaître, 1894) : On dit aussi se monter le bourrichon. Croire qu’une chose fausse est vraie et prendre un désir pour une réalité (Argot du peuple). N.

Bobelin

(Rigaud, 1881) : Botte, — dans le jargon des revendeurs.

Bobelins

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Bottes, — dans l’argot des marchandes du Temple, qui ont l’air d’avoir lu Rabelais.

(France, 1907) : Bottes.

Bobinage (vol au)

(France, 1907) :

Le vol au bobinage consiste à entourer de papier de soie les bobines de soie brute, puis à peser le tout, en marquant comme tare une bobine non surchargée de papier. Cela s’appelle aussi piquage d’once, la soie étant encore pesée à l’once dans le midi.

(Hogier-Grison.)

Bobinasse

(France, 1907) : Tête.

Un vieux, empaqueté comme un oignon en hiver, fait boire une fille à l’air ingénu, malgré tout.
— La Mionette, encore un verre !
Elle, de sa bouche sur laquelle l’argot est triste, répond :
— Oui, encore, toujours ! p’tête que je te trouverai moins enrenardant, quand la vinette m’aura enchevêtré la bobinasse.

(Louise Michel.)

Bobinche

(Virmaître, 1894) : L’ancien théâtre Bobino. Les étudiants disaient Bobinsky (Argot des étudiants).

Bobine

(un détenu, 1846) : Figure risible.

(Delvau, 1867) : s. f. Tête, visage, — dans l’argot du peuple, qui a constaté fréquemment les bobes ou grimaces que les passions font faire à la figure humaine, d’ailleurs terminée cylindriquement.

(Rigaud, 1881) : Tête, physionomie. — Bobine décidée, crâne chauve. La variante est : Bille d’ivoire.

Comme ta bille d’ivoire reluit ! disait à Murger une Aspasie au rabais. — Je crois bien, je fais venir le frotteur une fois par semaine.

(Virmaître, 1894) : Tête (Argot du peuple). V. Tronche.

(Rossignol, 1901) : Visage.

Tu es malade, il faut te soigner : tu as une sale bobine.

(Hayard, 1907) : Visage.

(France, 1907) : Figure ; du vieux français bobe, moue, grimace.

Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Votre figure est charmante et mutine.
Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Laissez-moi baiser votre cou mignon.
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
De l’échafaud j’ai sauvé ma bobine ;
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
Car j’ai fait la nique au grand coutelas.

(Jules Jouy.)

Plus de fil sur la bobine, être chauve.

(France, 1907) : Montre.

Bobine (en jonc)

(Hayard, 1907) : Montre et chaîne en or.

Bobine (en plâtre)

(Hayard, 1907) : Montre et chaîne en argent.

Bobine (laisser en)

(La Rue, 1894) : Abandonner. Mettre en bobine. Engager ses effets.

(France, 1907) : Abandonner. Mettre en bobine, engager ses frusques.

Bobine, bobéchon

(La Rue, 1894) : Tête.

Bobine, Bogue

(Rigaud, 1881) : Montre, — dans le jargon des voleurs. — Bobine à la manque, montre en cuivre.

Bobine, bogue

(La Rue, 1894) : Montre.

Bobinette (jeu de la)

(Rigaud, 1881) : Jeu de dés tenu dans les foires par les truqueurs. « Jeu franc et loyal » comme ils disent. Lisez : « Un jeu de dupes ».

Bobino

(Delvau, 1867) : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Bobine.

(Delvau, 1867) : Le théâtre du Luxembourg, qui a disparu. Argot des étudiants. On disait aussi Bobinche et Bobinski.

(Virmaître, 1894) : Montre (Argot des voleurs). V. Babillarde.

Bobino en jonc

(Virmaître, 1894) : Montre en or (Argot des voleurs).

Bobino en platre

(Virmaître, 1894) : Montre en argent (Argot des voleurs).

Bobino ou Bob

(Rossignol, 1901) : Montre.

J’ai payé le bobino et la bride trois cigs.

Montre et chaîne trois louis.

Bobinskoff

(Rigaud, 1881) : Entreteneur sérieux, — celui qui tient la bobine de la destinée d’une femme, — dans le jargon des filles entretenues, chez qui la mode, pour le moment, est de russifier certains noms. C’est ainsi que Machinscoff signifie le premier venu, Machin, et Beguinskoff, celui qui est l’objet d’un caprice, béguin.

Bobo

(d’Hautel, 1808) : Mot badin et enfantin qui sert ordinairement aux enfans à exprimer les maux légers ou les douleurs qu’ils ressentent.

(Delvau, 1867) : s. m. Mal, — dans l’argot des enfants. Il n’y a pas de bobo. Il n’y a pas de mal, — dans l’argot des faubouriens, qui parlent ici au figuré.

(France, 1907) : Mal, dans l’argot des enfants.

Bobonne

(Rigaud, 1881) : Bonne, servante.

Tout au plus si les petits garçons qui marchaient en tête risquèrent une observation sur la bobonne d’Emma.

(Ed. About, Trente et quarante, 1865.)

(France, 1907) : Servante, bonne d’enfants.

Aux bobonnes tu souriras
Et leur feras du boniment.

(E. Blédort)

Bobosse

(Delvau, 1864) : Entreteneur, miché sérieux.

Mais parlez-moi d’ ces vieux bobosses
Qui sans façon vous font présent
D’une guimbarde et de deux rosses :
C’est du nanan.

Émile Debraux.

(Delvau, 1867) : s. m. Vieux galantin bossu, — dans l’argot du peuple.

(Delvau, 1867) : s. f. Fille ou femme affligée d’une gibbosité. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Bosse. — Bossue. (L. Larchey) Elle est un peu bobosse. Avoir une bobosse dans l’estomac, être enceinte.

(France, 1907) : Bossue ; se dit aussi d’un vieux galantin, dans l’argot populaire.

Bobottier

(France, 1907) : Personne qui se plaint toujours ; de bobo.

Boc

(anon., 1827) : Montre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Montre. Boc d’orient, montre d’or.

Boc, bocan

(France, 1907) : Cabaret de bas étage ou bordel, maison de prostitution ; du vieux mot boque, bouc. « Le bouc, dit Lorédan Larchey, était l’emblème de la luxure et des querelles. On disait jadis boquer pour frapper. »

Le meilleur bocan du Marais
Devient presque une solitude.

(Cyrano de Bergerac.)

Chez la grosse Cateau vas-tu donc au bocan ?

(La Fontaine.)

Boc, bocan, boucan ou bocard

(Delvau, 1864) : Bordel, — dans l’argot militaire ou populaire. — Voir aussi boxon et bousin.

Le meilleur bocan du Marais
Devient presque une solitude.

Cyrano de Bergerac.

Chez la grosse Catedu, vas-tu donc au bocan ?

La Fontaine.

Boc, bocard, bocson

(Larchey, 1865) : Mauvais cabaret, lieu de débauche. — Vient du vieux mot boque : bouc. V. Roquefort. — Le bouc est l’emblème de la luxure et des querelles. On disait jadis boquer pour frapper.

Montron, ouvre ta lourde, si tu veux que j’aboule et pionce en ton bocson.

Vidocq.

Bocal

(Larchey, 1865) : Petit appartement.

Voyons si le susdit bocal est toujours à louer.

Montépin.

(Larchey, 1865) : Estomac.

Au restaurant le bohème dit qu’il va se garnir le bocal.

Lespès.

Dans les deux mots, l’allusion s’explique d’elle-même, et les logements parisiens continuent de la mériter.

(Delvau, 1867) : s. m. Carreau de vitre, — dans l’argot des faubouriens.

(Delvau, 1867) : s. m. Estomac. Se garnir le bocal. Manger.

(Delvau, 1867) : s. m. Logement.

(Rigaud, 1881) : Vitre, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte en bocal, marchandise sous vitrine.

(Rigaud, 1881) : Estomac. Bocal vide, estomac à jeun. Emplir le bocal, manger. — Se rincer le bocal, boire.

(La Rue, 1894) : Vitre. Estomac. Logement.

(France, 1907) : Anus, dans l’argot du peuple, toujours disposé aux grasses plaisanteries. Se dit aussi de l’estomac et d’un petit logement.

Bocal ou boc (?)

(Rossignol, 1901) : Anus.

Bocard

(Clémens, 1840) : Lieu public où vont les filles.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais lieu habité par des femmes de mauvaise vie. Argot des soldats.

(Virmaître, 1894) : Maison de tolérance (Argot du peuple). V. Magasin de blanc.

(Rossignol, 1901) : Tôle ou Christ, maison à grand numéro.

(France, 1907) : Même signification que Boc.

(France, 1907) : Beaucaire ; argot des voleurs.

Bocard, bordel

(La Rue, 1894) : Prostibulum.

Boche

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvais sujet — dans l’argot des petites dames, qui le préfèrent au muche. (V. ce dernier mot.)

(La Rue, 1894) : Mauvais, laid. Allemand. Tête de boche, individu entêté ou d’esprit borné, tête dure.

(Virmaître, 1894) : Allemand (Argot du peuple). V. Alboche.

(France, 1907) : Mauvais garnement ; argot des petites dames. Tête de boche, Allemand.

Boche (tête de)

(Rigaud, 1881) : Tête dure, individu dont l’intelligence est obtuse, c’est-à-dire tête de bois, — dans le jargon du peuple. Dans le patois de Marseille une boule à jouer est une boche.

(Boutmy, 1883) : s. f. Tête de bois. Ce terme est spécialement appliqué aux Belges et aux Allemands parce qu’ils comprennent assez difficilement, dit-on, les explications des metteurs en pages, soit à cause d’un manque de vivacité intellectuelle, soit à cause de la connaissance imparfaite qu’ils ont de la langue française et de leur impardonnable ignorance de l’argot typographique.

Boche ou Alboche

(Rossignol, 1901) : Tous ceux des nationalités où l’on parle allemand.

Bochon

(Rossignol, 1901) : Coup. Recevoir un coup, c’est attraper un bochon.

Bock

(Rigaud, 1881) : Verre de bière, plus grand que la chope. De l’allemand bockbier, bière nouvelle, mot à mot : bière de bouc.

(France, 1907) : Verre de bière ; germanisme inutile, puisque l’on avait déjà le mot chope. C’est, parait-il, l’abréviation de bock-bier (bière du bouc), marque de fabrique d’une bière célèbre en Allemagne.

Il est bon que les habitués des cafés qui sont encore à la contribution indirecte des 10 ou 15 centimes donnés par-dessus le prix du bock ou de la demi-tasse sachent ceci : — dans une grande partie de ces établissements, le patron prend sa part, une part de lion — des produits du tronc aux gratifications ; il en est même où ce produit est affermé d’avance par un des garçons. On a calculé que les pourboires, à Paris, représentent quatre millions par an.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris.)

Bocker

(Rigaud, 1881) : Prendre des bocks.

Ne pas bocker le soir ! mais mon chat, pourquoi ne m’envoies-tu pas en province tout de suite ?

(Darjou, Croquis parisiens.)

(France, 1907) : S’abrutir comme les Allemands en vidant des bocks de bière en nombre infini.

Bocoter

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Enrager.

Bocotter

(Delvau, 1867) : v. n. Murmurer, marmotter entre ses dents ; rechigner, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Grogner, ne pas être content.

(France, 1907) : Grogner ; bêler comme une bocquotte (chèvre).

Bocque

(France, 1907) : Montre.

Bocquotte

(France, 1907) : Chèvre ; féminin du provençal boc, bouc.

Bocson

(Rigaud, 1881) : Maison de tolérance, lieu mal famé.

(La Rue, 1894) : Logis, garni.

(France, 1907) : Maison de prostitution, bordel, garni de bas étage ; église, dans l’argot des libres penseurs.

Quand douze plombes crossent,
Les pègres s’en retournent
Au tapis de Montron.
Montron, ouvre ta lourde,
Si tu veux que j’aboule,
Et piausse en ton bocson.

(Mémoires de Vidocq.)

Bœuf

(d’Hautel, 1808) : Mettre la charrue devant les bœufs. Mettre devant ce qui doit être derrière.
Lourd comme un bœuf. Se dit d’un butord, d’un homme qui marche pesamment.
Saigner comme un bœuf. Pour dire, abondamment.
C’est la pièce de bœuf. Se dit d’une chose dont on fait un usage continuel, ou d’une personne que l’on a coutume de voir journellement et à des heures marquées.
Bœuf saignant, mouton bélant, porc pourri ; tout ne vaut rien s’il n’est bien cuit. Pour marquer le degré de cuisson qui convient à chacune de ces viandes.
Je ne lui ai dit ni œuf ni bœuf. Pour, je ne lui ai dit ni oui ni non ; je ne lui ai adressé aucune injure.
On dit des gens grossiers, sots et stupides ; qu’Ils sont de la paroisse Saint-Pierre-aux-Bœufs, patron des grosses bêtes.
Le bœuf ne doit pas aller avant le char. Pour dire que chacun, selon sa condition, doit se tenir à sa place.
Dieu donne le bœuf et non pas la corne. Signifie que Dieu donne les moyens et les grâces ; mais qu’elles demeurent sans efficacité lorsqu’on ne s’aide pas soi-même par un travail ardent et assidu.

(Larchey, 1865) : Monstrueux. — Mot à mot : aussi énorme qu’un bœuf.

Regarde donc la débutante. Quel trac bœuf ! Elle va se trouver mal.

Ces Petites Dames.

(Delvau, 1867) : s. m. Second ouvrier, celui à qui l’on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des cordonniers.

(Delvau, 1867) : adj. Énorme, extraordinaire, — dans l’argot des faubouriens. Avoir un aplomb bœuf. Avoir beaucoup d’aplomb.

(Rigaud, 1881) : Énorme, colossal. — Un succès bœuf, un aplomb bœuf ; n’est guère employé qu’avec ces deux mots.

(Rigaud, 1881) : Roi d’un jeu de cartes.

(Rigaud, 1881) : Second ouvrier cordonnier. — Ouvrier tailleur qui fait les grosses pièces. — Petit bœuf, ouvrier qui commence une pièce, qui l’ébauche.

(Rigaud, 1881) : Mauvaise humeur, emportement, colère. Dans le jargon des typographes, ce mot est synonyme de chèvre. — Prendre un bœuf, gober son bœuf, avoir son bœuf, se mettre en colère, être en colère.

(Boutmy, 1883) : s. m. Colère, mécontentement ; synonyme de chèvre. V. ce mot. Ajoutons cependant que le bœuf est un degré de mécontentement plus accentué que la chèvre. Le bœuf est une chèvre à sa plus haute puissance. Gober, avoir son bœuf, être très contrarié, se mettre en colère.

(Boutmy, 1883) : s. m. Composition de quatre ou cinq lignes qu’un compagnon fait gratuitement pour son camarade momentanément absent. S’emploie presque exclusivement dans les journaux. On disait autrefois tocage.

(Fustier, 1889) : Joli, agréable. C’est rien bœuf ! dit le peuple.

(La Rue, 1894) : Mauvaise humeur. Prendre un bœuf, se mettre en colère.

(France, 1907) : Roi du jeu de cartes, appelé ainsi parce qu’il est le plus gros et le plus puissant du jeu. Avoir son bœuf, être en colère ; être le bœuf, être la dupe dans une affaire ; se mettre dans le bœuf, tomber dans une situation critique, allusion au bœuf bouilli ordinaire des ouvriers et des petits bourgeois. On appelle bœuf un apprenti tailleur en passe de devenir ouvrier et les seconds ouvriers cordonniers.

Bœuf (avoir un mâle)

(Virmaître, 1894) : Être fort en colère. Superlatif de bouffer son bœuf (Argot d’imprimerie).

Bœuf (être le)

(Rigaud, 1881) : Payer pour les autres, avoir tous les désagréments d’une affaire, supporter, seul, les conséquences d’une entreprise qui a mal tourné.

Bœuf (faire un)

(Rigaud, 1881) : Remplacer momentanément à la besogne un compagnon qui est allé relever un factionnaire, par exemple, — dans le jargon des typographes.

Bœuf, bœuve

(France, 1907) : Extraordinaire, étonnant ; argot des écoles militaires. C’est bœuf ! c’est chic ; une chance beuve.

Bœuffer

(Rigaud, 1881) : Ramer, — dans le jargon des canotiers de la Seine. C’est-à-dire se fatiguer autant qu’un bœuf.

Bœufier

(Boutmy, 1883) : s. m. Facile à mettre en colère, qui gobe facilement son bœuf.

(France, 1907) : Rageur.

Bœufs portent cornes et veaux cornettes

(France, 1907) : Cette expression, bien que hors d’usage, mérite par son originalité de prendre place ici. L’explication en est donnée par Fleury.

Bœufs est mis là pour gens de robe, avocats et conseillers, ou procureurs, et veaux pour les jeunes docteurs licenciés. On dit que les premiers sont bœufs qui porteront cornes, parce que ceux d’entre eux qui sont vieux et qui ont de belles jeunes femmes, sont sujets à êtres cocus. Les seconds sont appelés veaux à cornettes parce qu’ils sont si enflés d’avoir le bonnet de docteur, qu’à peine font-ils quatre pas sans leur robe et le chaperon qui y est attaché, qu’on nomme cornette.

Boffete

(France, 1907) : Coup de poing ou claque sur l’oreille ; vieux français.

Bog en jonc

(Virmaître, 1894) : Montre en or. Quelques-uns écrivent bogues et baube, mais ce n’est pas exact (Argot des voleurs).

Bog, bogue

(Larchey, 1865) : Montre. — Onomatopée ; bog comme toc imite le bruit de la montre. — V. Toquante, Butter, Litrer, Billon.

(France, 1907) : Montre.

Bogue

(Bras-de-Fer, 1829) : Montre.

(un détenu, 1846) : Montre.

(Delvau, 1867) : s. f. Montre, — dans l’argot des voleurs. Bogue en jonc. Montre en or. Bogue en plâtre. Montre en argent.

Bogue (un)

(M.D., 1844) : Une montre.

Bogue d’Orient

(Bras-de-Fer, 1829) : Montre d’or.

Bogue d’orient

(France, 1907) : Montre d’or.

En faisant nos gambades,
Un grand messière franc
Voulant faire parade
Serre un bogue d’Orient.

(Chanson de forçats.)

On dit aussi bogue en jonc.

Bogue en jonc

(Halbert, 1849) : Montre d’or.

Bogue en platre

(Halbert, 1849) : Montre d’argent.

Bogue en plâtre

(France, 1907) : Montre d’argent.

J’enflamme sa limce
Son bog en plâtre, ses passes.

(Vidocq.)

Bogue en plâtre, en jonc

(Larchey, 1865) : Montre d’argent, d’or. — Allusions de couleurs. — Tire-bogue : Voleur de montres. — Boguiste : Horloger.

Bogue ou polard ?

(Rossignol, 1901) : On raconte que les fakirs Indiens s’y passent en signe de chasteté, un gros anneau en fer.

Bogue, Toquente

(Clémens, 1840) : Montre.

Boguiste

(Delvau, 1867) : s. m. Horloger.

(Rigaud, 1881) : Horloger, — dans le jargon des voleurs. — Ma toquante a le trac, faudrait la mettre en pension chez le boguiste, ma montre est détraquée, il faudrait la confier à l’horloger.

(France, 1907) : Horloger.

Bohème

(d’Hautel, 1808) : Vivre comme un bohème. N’avoir ni feu ni lieu ; mener une vie errante et vagabonde.

(Larchey, 1865) : « La bohème se compose de jeunes gens. tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit, y sont représentés… Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. »

Balzac.

La citation suivante est le correctif de cette définition trop optimiste.

La bohème, c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… Nous ajouterons que la bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

Murger.

On dit un bohème.

Tu n’es plus un bohème du moment que je t’attache à ma fortune.

Augier.

Comme on voit, le bohème du dix-neuvième siècle n’a de commun que le nom avec celui de callot. Saint-Simon a connu l’acception fantaisiste du mot bohème. M. Littré en donne un exemple, bien qu’il n’admette bohème qu’en mauvaise part.

(Delvau, 1867) : s. f. Etat de chrysalide, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l’état de papillons ; Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation ; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s’endorment — souvent pour toujours — une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.

(Delvau, 1867) : s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature : c’est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger — dont ils ont fait la réputation.

(France, 1907) :

est un mot vieilli que nous eussions voulu éviter ; non point précisément parce qu’il a vieilli, mais parce qu’il ne s’applique plus qu’imparfaitement au groupe de Parisiens dont nous entreprenons de décrire les mœurs et d’esquisser les silhouettes. Bohème est un mot du vocabulaire courant de 1840. Dans le langage d’alors, il est synonyme d’artiste ou d’étudiant, viveur, joyeux, insouciant du lendemain, paresseux et tapageur… Le bohème de 1840 se moque de ses créanciers, tire des carottes à son paternel et contre les créanciers.

(Gabriel Guillemot.)

S’il faut s’en rapporter à la définition d’Alfred Delvau, le bohème ne serait qu’un paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables de cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phtisique, ou en prison comme escroc.
Ce mot est vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’il remonte, puisque avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais il avait disparu de la littérature : c’est Balzac qui l’a ressuscité, et, après Balzac, Henri Mürger — dont il a fait la réputation, — dans son livre La Vie de Bohème.
Voyons maintenant quelle était, sur la bohème, l’opinion de Balzac et Mürger :

La bohème, die Balzac, se compose de jeunes gens, tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit y sont représentés… Ce mot bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a.

Le tableau est un peu flatteur et je préfère le correctif de l’auteur de la Vie de Bohème :

La bohème c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… La bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

Au royaume de Bohème :
— Je te quitte, je suis en retard. Tu n’aurais pas six sous à me prêter pour prendre l’omnibus ?
— Impossible, je n’ai qu’une pièce de deux francs.
— Ça ne fait rien, prête tout de même, je prendrai un fiacre.

Bohême

(Rigaud, 1881) : « Une société composée de toutes les sociétés, bizarre, monstrueux assemblage de talent et de bêtise, d’ivresse et de poésie, d’avenir et de néant, et qu’on nomme la bohème. » (H. Maret, Le Tour du monde parisien.)

C’est un vice de nature qui fait le bohème. Il naît de la paresse et de la vanité combinées. Tant qu’il y aura des paresseux et des vaniteux. il y aura des bohèmes.

(G. Guillemot, Le Bohême, 1868.)

Bohémienne

(d’Hautel, 1808) : Une vieille bohémienne. Nom injurieux et de mépris que l’on donne à une femme qui a vieilli dans la débauche et le vice ; à une tireuse de carte : à une diseuse de bonne aventure.

Boigne (donner une)

(Hayard, 1907) : Coup, frapper.

Boilard

(Virmaître, 1894) : Le temps (Argot des voleurs).

Boileau

(Rossignol, 1901) : Souliers percés.

Mes chaussures qui etaient des molières sont maintenant des boileaus.

Boire

(d’Hautel, 1808) : C’est un fameux homme, il boit un verre d’eau sans le mâcher.
Phrase baroque et facétieuse, pour dire qu’un homme est médiocre, en toutes choses ; qu’il fait beaucoup de bruit ; qu’il se donne un grand mouvement pour ne rien faire d’étonnant.
Boire un coup à sec. Signifie en terme populaire, aller se promener sans se rafraîchir ; sans boire un coup.
Boire comme un sonneur. Sabler à plein verre ; faire une grande débauche de vin ; par allusion avec les gens de cette profession qui s’enivrent continuellement. On dit dans le même sens, Boire à-tire-larigot.
Ce n’est pas la mer à boire. C’est-à-dire que malgré qu’une chose offre des difficultés, elles ne sont cependant pas insurmontables, et qu’on espère en venir à bout.
À petit manger bien boire. Signifie qu’à défaut de bonne chère, il faut boire dru et long-temps.
Qui fait la faute la boive. Pour dire que chacun doit porter la peine de son étourderie, de ses erreurs.
Boire comme un trou. C’est boire à excès, de manière à s’enivrer.
Il a plus bu que je ne lui en ai versé. Se dit en voyant un homme que le vin fait trébucher ; qui a totalement perdu l’équilibre.
Donner pour boire. C’est donner une petite récompense à celui qui vous a rendu quelque service : cette locution se prend aussi en mauvaise part, et signifie battre, châtier quelqu’un.
Vin versé faut le boire. Signifie au figuré que quand une affaire est commencée, il faut la terminer.
Qui a bu boira. Vieux proverbe qui n’a pas encore trouvé de contradicteurs ; se dit aussi par extension de certain défaut dont on ne se corrige jamais.
Boire le vin de l’étrier. C’est-à-dire, boire bouteille avant de partir et de se séparer d’un ami.
Il a toute honte bue ; il a passé par devant l’huis d’un pâtissier. Se dit d’un homme audacieux et effronté qui a levé le masque.
Boire le petit coup. Caresser la bouteille ; faire une petite ribotte.
On ne sauroit si peu boire qu’on ne s’en sente. Se dit par ironie de ceux à qui il échappe quelqu’indiscrétion après avoir bu.

(Hayard, 1907) : Recevoir des coups.

Boire à la bouteille du bourreau

(France, 1907) :

Cette expression, qui avait encore cours au siècle dernier, a pour origine un curieux châtiment infligé pendant le moyen âge, aux femmes querelleuses ou calomniatrices en France, en Allemagne et dans presque tout le nord de l’Europe. On les promenait trois fois autour de l’hôtel de ville d’abord avec un chien ou une roue de charrue au cou, puis ce fut une pierre parfois sculptée en tête de femme avec une langue pendante et haletante, « comme celle d’un chien fatigué », ou l’image d’un chien ou d’un chat, enfin une bouteille appelée la bouteille du bourreau. On montre à Budissin (Hongrie) une de ces pierres représentant deux femmes qui se disputent et qui furent publiquement châtiées en 1675. C’est la dernière date ou cette peine fut infligée.

Boire à la grande tasse

(Virmaître, 1894) : Se jeter dans la Seine. En effet, l’homme qui se noie peut boire à son aise, la tasse est assez large et assez profonde (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Se jeter à l’eau pour se suicider.

Boire à tire-larigot

(France, 1907) : Boire avec excès. L’Académie dit que, selon quelques-uns, il faudrait écrire à tire la Rigaud. Elle se base sur une anecdote qui remonte au XIIIe siècle, d’après laquelle Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, aurait donné une très grosse cloche à la cathédrale de cette ville, qu’on appela Rigaud, du nom du donateur. Or, comme cette cloche était fort lourde, les sonneurs, qui sont des gens fort altérés d’habitude, l’étaient bien davantage après avoir tiré la Rigaud, et buvaient en conséquence. On a étendu le sens de cette expression. On chante, on crie, on joue à tire-larigot.

Boire au goulot

(Delvau, 1864) : Sucer un homme.

Mais, grossier comme un matelot,
Par le rustre je fus forcée
De boire à même le goulot.

Marcillac.

Boire dans la grande tasse

(Rigaud, 1881) : Se noyer, être noyé. (L. Larchey)

(France, 1907) : Se noyer. Boire de l’encre, se trouver en compagnie et s’apercevoir que l’amphitryon a laissé votre verre vide ; — du lait, être applaudi, argot des coulisses ; — un bouillon, perdre de l’argent dans une entreprise ; se noyer ; — une goutte, être sifflé, argot des théâtres, « opposition à boire du lait, dit Lorédan Larchey ; le lait est doux, mais la goutte est raide. » Boire au-dessus de l’œil jard, comprendre l’argot. « Boire au-dessus de l’œil fait allusion au verre levé en signe de reconnaissance. » (Ibid.)

Boire dans le même verre

(Delvau, 1864) : Baiser à plusieurs la même femme, — qui heureusement a le soin de se rincer après que chacun de ses amants a bu.

Boire de l’encre

(Rigaud, 1881) : Arriver lorsqu’une tournée a été déjà absorbée ou qu’il ne reste plus rien dans un litre. (Argot des typographes).

(Boutmy, 1883) : C’est la situation fâcheuse à laquelle parait réduit un frère qui, invité à prendre sa part d’une consommation, arrive quand la fiole a été vidée rubis sur l’ongle. Dans son désappointement, il ne manque pas de s’écrier : Est-ce que vous croyez que je vais boire de l’encre ? Non, car on fait alors apporter aussitôt une autre fiole.

Boire du lait

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir un joli succès, dans l’argot des comédiens, assez chats.

(Rigaud, 1881) : Être content par suite d’un succès, par suite de louanges ; éprouver de la satisfaction.

(Virmaître, 1894) : Être content. Se réjouir du mal qui arrive à un ennemi (Argot du peuple).

Boire seul

(Delvau, 1864) : Se masturber, ce qui est jouir en égoïste, sans trinquer avec un vagin.

V’là que j’bande… Ah ! n’craignez rien… J’n’ai jamais eu c’ défaut-là… Un Français ne… boit… jamais seul…

Tisserand.

Boire un coup

(Delvau, 1864) : Gamahucher une femme après l’avoir baisée, pour se préparer au second coup. La femme ne s’étant pas lavée, on est obligé d’ingurgiter le résultat de la première émission. Ce qui est rentrer dans son bien… avec intérêts. Voici à ce sujet une anecdote qui explique la chose :

M. Z., couché avec une actrice de la Comédie-Française, Mademoiselle X, avait déjà, courant la poste, fait une course… féconde. La fantaisie lui vint de gamahucher. Il invita donc la dame à passer au lavabo. Celle-ci, craignant le froid, ou ne tenant au sacrifice que pour plaire au sacrificateur, ne daigna pas se déranger, et, parodiant un vieux proverbe, elle s’écria en riant : « Ah ! bah !… quand le coup est tiré, il faut le boire ! »

Boire une goutte

(Delvau, 1867) : v. a. Être sifflé, — dans le même argot [des comédiens]. Payer une goutte. Siffler.

(Rigaud, 1881) : Être sifflé. — Payer une goutte, siffler, — dans le jargon des acteurs.

Bois

(d’Hautel, 1808) : Recevoir une voie de bois. Pour recevoir une volée de coups de bâton ; être étrillé, houspillé.
Cela vaut une voie de bois. Se dit en plaisantant à celui qu’un exercice ou un travail pénible a mis en sueur.
On sait de quel bois il se chauffe. Pour on connoit sa conduite ; on sait ce dont il est capable.
Ne savoir de quel bois faire flèche. Pour, ne savoir où donner de la tête, ni comment subsister.
On dit d’une viande dure ou trop cuite, qu’Elle est dure comme du bois.
Un visage de bois flotté. Visage blême, pâle et défait.
À gens de village trompette de bois. Signifie qu’il faut que les choses soient proportionnées à la condition des personnes.
Qui craint les feuilles n’aille pas au bois. Pour dire qu’un peureux ne doit point se hasarder dans des opérations dangereuses.
Gare le bois ! Pour dire gare les coups de bâton !
Il est du bois dont on fait les flûtes. Pour il a l’humeur douce et égale ; il est de l’avis de tout le monde ; il ne s’oppose à rien.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se mêler des querelles entre mari et femme.
Trouver visage de bois. C’est trouver la porte fermée quand on va chez quelqu’un.
Il est du bois dont on les fait. C’est-à-dire d’un rang, d’un mérite à pouvoir prétendre, aspirer à cet honneur, à cet emploi.

(Rossignol, 1901) : Meubles ; mes bois, mes meubles.

Bois (avoir du)

(France, 1907) : Avoir des amis parmi les spectateurs dont les applaudissements essayent d’enlever la salle ; terme de coulisses. Remettre du bois, pousser à l’enthousiasme.

Bois (être dans ses)

(La Rue, 1894) : Être dans ses meubles.

(France, 1907) : Être chez soi, dans ses meubles.

Bois (mettre du)

(Rigaud, 1881) : En style de vaudevilliste, c’est envoyer des amis çà et là, un peu à toutes les places, pour réchauffer l’enthousiasme du public engourdi par le froid de certaines pièces. Le rôle des amis consiste à s’écrier :

Admirable ! sublime ! comme c’est trouvé !… Quel talent !… C’est du Molière !

Coût à l’auteur : un souper à base de choucroûte ou de volaille froide, selon que la pièce est en un acte ou en cinq actes.

Bois au-dessus de l’œil-jard

(Halbert, 1849) : Savoir et entendre l’argot.

Bois blanc (société des)

(France, 1907) : C’était une association de laïques et de prêtres qui s’engageaient à vivre le plus simplement possible, à renoncer au luxe, à toutes les mollesses de la vie ; et l’on prétendait que les membres de cette association s’interdisaient tout autre mobilier que celui de bois blanc. Cette association avait été fondée par le curé de la Madeleine, l’abbé Le Rebours, mort de chagrin, dit-on, en avril 1894, à la suite de l’explosion de la bombe de l’anarchiste Pauwel. Elle n’eut pas grand succès ; les mondaines se refusèrent à l’introduction du bois blanc dans leur salon.

Bois blec

(Rigaud, 1881) : Toupie d’un sou, — dans le jargon des enfants. Mot à mot : toupie en bois blec ; blec pour blanc.

Bois dur

(La Rue, 1894) : Repris de justice.

(France, 1907) : Repris de justice.

Les repris de justice se subdivisent en margotins, cotrets, falourdes et fagots, s’il faut en croire le Roi des grecs, mélodrame de Belot joué en mars 1883. Le point de départ de toutes ces subdivisions ne doit pas être cherché ailleurs que dans fagot.

(Lorédan Larchey.)

Bois pourri

(Delvau, 1867) : s. m. Amadou, dans l’argot des voyous.

(France, 1907) : Amadou ; bois tortu, vigne.

Aussi le jus du bois tortu
Sera mon but toute ma vie.

(Ballard.)

Bois vert

(France, 1907) : Homme inexpérimenté ou inutile. « Rien à faire avec ces gens, ce sont bois vert. »

Bois-tortu

(Delvau, 1867) : s. m. Vigne, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot aux poètes du XVIIe siècle.

Boisé (être)

(Rigaud, 1881) : Être trompé par sa femme.

Boisseau

(d’Hautel, 1808) : Il a la tête comme un boisseau. Manière exagérée de dire que quelqu’un a la tête très-enflée.
Dire des boisseaux de paroles ou d’injures. Caqueter, jaser perpétuellement ; n’ouvrir la bouche que pour dire des paroles sottes et grossières.
Cacher la chandelle sous le boisseau. C. à d. déguiser ses talens, ses moyens, sa capacité ; dissimuler ; se présenter sous de faux dehors.

(Clémens, 1840) : Shako.

(Delvau, 1867) : s. m. Schako, — dans l’argot des vieux troupiers.

(Rigaud, 1881) : Schako. — Chapeau haute forme.

(Rigaud, 1881) : Litre de vin. — Demi-boisseau, demi-litre.

(Merlin, 1888) : Schako, comme le précédent.

(La Rue, 1894) : Litre de vin. Tête. Chapeau haut de forme.

(Virmaître, 1894) : Chapeau haut de forme. Allusion de forme et aussi à la grandeur de certains chapeaux qui, assurément, pourraient servir à mesurer des pommes de terre (Argot du peuple). V. Bloum.

(Rossignol, 1901) : Chapeau haut de forme.

(France, 1907) : Litre de vin ; chapeau à haute forme.

Boisson

(d’Hautel, 1808) : S’adonner à la boisson. Se passionner pour le jus de la treille ; se livrer à tous les excès de l’ivrognerie.

Boissonner

(d’Hautel, 1808) : Siroter ; gobelotter ; se laisser abrutir par le vin.

(Larchey, 1865) : Boire avec excès (d’Hautel).

Dites donc, voisin, on a un peu boissonné chez vous hier ?

Gavarni.

(Delvau, 1867) : v. n. Boire plus que de raison.

(France, 1907) : Boire outre mesure.

Boissonneur

(Fustier, 1889) : Pilier de cabaret.

Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.

(Huysmans : Les Sœurs Vatard.)

(France, 1907) : Client de cabaret.

Boissonnier

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne.

(France, 1907) : Ivrogne.

Boit dans son blanc (un)

(Merlin, 1888) : Troupier à moustaches grises.

Boit sans soif

(Virmaître, 1894) : Ivrogne (Argot du peuple). V. Sac à vin.

Boite

(Delvau, 1867) : s. f. Théâtre de peu d’importance, — dans l’argot des comédiens ; bureaux de ministère, — dans l’argot des employés ; bureau de journal, — dans l’argot des gens de lettres ; le magasin ou la boutique, — dans l’argot des commis.

(France, 1907) : Mauvaise maison, logement où l’on est mal. Aussi ce terme est-il employé pour désigner tout endroit où l’on travaille, ou du moins où l’on est obligé de travailler : pour l’ouvrier, son atelier ou son usine est une boite ; pour l’employé, c’est son magasin ou son bureau ; pour le domestique, c’est la maison de ses maîtres ; pour l’écolier, c’est la pension, le collège ou l’école.

Pourquoi, en dépit des souffrances endurées, n’éprouve-t-on aucune amertume rancunière contre la boite, comme nous l’appelions en nos mauvais jours, lorsque les minutes paraissaient si longues ?

(René Maizeroy.)

Boîte

(d’Hautel, 1808) : C’est la boîte à la malice. Se dit d’un enfant spirituel, espiègle et malin.
Il semble toujours qu’il sorte d’une boîte. Se dit par ironie d’une personne qui est toujours tirée à quatre épingles ; dont le maintien est roide et affecté.
Dans les petites boîtes les bons onguents. Manière, honnête d’excuser la petitesse de quelqu’un, parce que les choses précieuses font ordinairement peu de volume.
Mettre quelqu’un dans la boîte aux cailloux. Pour le mettre en prison ; le coffrer.

(Delvau, 1864) : Sous-entendu : à jouissance, ou bien encore, boîte à pines. Fille publique.

(Rigaud, 1881) : Atelier, maison, magasin, établissement quelconque

Dans l’argot domestique, tout ce qui n’est pas une bonne maison est une boite. Une bonne maison est celle où les maîtres ne sont pas regardants et où l’on peut s’arrondir sans être inquiété.

(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens.)

(Boutmy, 1883) : s. f. Imprimerie, et particulièrement mauvaise petite imprimerie. C’est une boîte, dit un vieux singe ; il y a toujours mèche, mais hasard ! au bout de la quinzaine banque blèche. Casse. Faire sa boîte, c’est distribuer dans sa casse. Pilleur de boîtes ou fricoteur, celui qui prend, à l’insu et au détriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caractères les plus courantes dans l’ouvrage qu’il compose, et qui manquent au pilleur ou qu’il a déjà employées. V. Planquer des sortes.

(Fustier, 1889) : Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte : être souvent puni ; avoir une tête à boîte : être affligé d’une maladresse qui attire sur vous les préférences de l’instructeur. — Grosse boîte, prison.

(Rossignol, 1901) : Terme d’employés ou d’ouvriers. Un agent de police qui va à la préfecture va à la boîte. Pour un employé, son magasin est sa boîte ; l’atelier pour l’ouvrier est sa boîte.

(Rossignol, 1901) : Salle de police. Tous ceux qui ont été militaires ont certainement entendu dire par tous les grades.

Je vais vous flanquer à la boîte.

Boîte (faire sa)

(Rigaud, 1881) : Distribuer les caractères d’imprimerie dans la casse. — (Jargon des typos.)

Boîte (fermer la)

(Rigaud, 1881) : Fermer la bouche, se taire.

Boite (fermer sa)

(France, 1907) : Se taire.

Un bavard rencontre un homme d’esprit. Il pérore sur l’instinct des animaux :
— Voyez, disait-il, l’huitre même à de l’intelligence.
— Beaucoup d’intelligence, répond l’homme d’esprit, elle sait fermer sa boite !

Boîte (la grande)

(Virmaître, 1894) : La préfecture de police (Argot des voleurs). V. Tour pointue.

Boîte (la)

(Hayard, 1907) : La préfecture.

Boîte à asticots

(Rigaud, 1881) : Cercueil,

Ah ! tu veux rire, satané pilier de beuglant ! mais attends un peu que je sorte de ma boîte à asticots, et tu verras !

(Saint-Patrice, Aventure de Nabuchodonosor Nosebreaker.)

Boîte à cailloux

(Rigaud, 1881) : Prison. Le mot date du XVIIIe siècle. Aujourd’hui les soldats appellent simplement boite, la salle de police. La variante est : boîte aux réflexions.

Boite à canaille

(France, 1907) : C’est ainsi que, dans Germinie Lacerteux, MM. de Goncourt font désigner, par un de leurs personnages, le populaire omnibus. Le mot, tout malséant qu’il soit, et sans doute à cause de cela, méritait de faire fortune. Il rappelle celui de ce cocher de fiacre qui, après un échange de bordée d’injures avec un confrère de la Compagnie des Omnibus, lui lança comme suprême insulte : « Eh ! va donc, cocher d’indigents ! »

Le bon peuple qui travaille, qui peine, qui bûche ; les ouvrières de tous corps d’état, « petites mains » très lasses, petits pieds chaussés dur ; les employés. les institutrices gantées de filoselle noire ; l’intime bourgeoisie, si voisine de l’artisan que l’on ne saurait distinguer, tels sont les assidus de la boite à canaille.

(Séverine.)

Boite à cornes

(Delvau, 1867) : s. f. Chapeau, coiffure quelconque, — dans l’argot des faubouriens.

(France, 1907) : Chapeau ou bonnet. Boite à dominos, bouche, allusion aux dents ; cercueil, allusion aux os ; — à gaz, estomac ; — à surprise, la tête ; — à violon, cercueil ; — à biscuit, pistolet ; — à jaunets, écrin ; — à femmes, brasserie ; — à pastilles, ciboire ; — à pandore, boite contenant de la cire molle pour prendre l’empreinte des serrures ; — au sel, tête ; — aux cailloux ou aux réflexions, prison ; — aux refroidis, la Morgue ; — d’échantillons, tonneau de vidange ; — au lait, la gorge. Tête à boite, tête à punitions, figure d’imbécile ou de raisonneur, dans l’argot militaire.

Boîte à cornes

(Rigaud, 1881) : Chapeau d’homme.

(Virmaître, 1894) : Chapeau. Allusion aux cocus qui y cachent leurs cornes (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Chapeau haut de forme ou autres.

(Hayard, 1907) : Chapeau.

Boîte à domino

(Virmaître, 1894) : Brancard couvert qui sert dans les hôpitaux à transporter les morts de leur lit à l’amphithéâtre. Allusion de forme (Argot du peuple).

Boite à dominos

(Delvau, 1867) : s.