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A

A (petites)

(France, 1907) : Ce mot énigmatique sert à désigner ces associations amicales d’anciennes et d’anciens élèves d’écoles primaires qui n’étaient que 50 en 1889 et qui sont aujourd’hui plus de 4000.

A b c

(d’Hautel, 1808) : Renvoyer quelqu’un à l’A b c. Lui faire connoître avec peu de ménagement son ignorance et son incapacité.

À Chaillot !

(Delvau, 1867) : Exclamation populaire, passée dans l’argot des drôlesses de Breda-Street, et par laquelle on se débarrasse de quelqu’un qui gêne.

À cherche

(Rigaud, 1881) : À rien ; pas un point ; c’est-à-dire qui cherche à faire un point. Terme de joueurs d’écarté. Nous sommes trois à cherche.

À cran

(Rossignol, 1901) : Être en colère.

À d’autres, dénicheur de merles !

(France, 1907) : « Essayez de duper d’autres personnes ; quant à moi, je vous connais, vous ne m’attraperez plus. » Vieux dicton.

Un jeune paysan se confessait d’avoir endommagé la haie d’un voisin pour s’emparer d’un nid de merles.
— Avez-vous au moins pris les petits ? lui demanda le curé. — Non, je les ai laissés dans le nid, ils étaient trop jeunes encore. J’irai les prendre samedi prochain.
Le curé lui donna l’absolution en l’engageant à ne plus trouer les haies. Le samedi arrive, le villageois court à son nid, mais le trouva vide… Bon, se dit-il, le curé m’a prévenu. — Quelque temps après, il revint en confesse. Cette fois ce n’était plus une haie qu’il avait endommagée.
— Oh ! oh ! dit le curé, quel âge a-t-elle ? — Seize ans. — Jolie ? — La plus jolie du village. — La plus jolie ! Oh ! oh ! J’en connais beaucoup de jolies. Comment s’appelle-t-elle ? Où demeure-t-elle ? — Comment elle se nomme ? Où elle demeure ? s’écrie le paysan indigné. À d’autres, dénicheur de merles !
Et il sortit aussitôt du confessionnal.

À l’aveuglette

(d’Hautel, 1808) : A tâtons, sans y voir le moins du monde.

À l’ombre

(Larchey, 1865) : En prison. — Le soleil n’y donne guère — V. Brûler.

Quand on aura mis à l’ombre tous les Jean-foutres.

1793, Hébert.

À la balade (chanteurs)

(France, 1907) : Chanteurs ambulants.

À la bonne (prendre une chose)

(France, 1907) : La prendre de bonne humeur ; faire contre fortune bon cœur. Avoir quelqu’un à la bonne se dit pour aimer.

À la carre

(Halbert, 1849) : Mettre de côté.

À la carre (dégringoler)

(France, 1907) : Voler dans les boutiques. Ces sortes de larcins sont principalement effectués par les femmes, et les mieux mises, dans les grands magasins.

À la clé

(Delvau, 1867) : Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent fréquemment leur chef d’orchestre leur dire : « Il y a trois dièzes ou trois bémols à la clé, » et qui ont retenu l’expression sans en comprendre le sens exact. Ainsi : Il y a des femmes, ou des côtelettes à la clé, signifie simplement : Il y a des femmes, — ou des côtelettes.

(France, 1907) : Façon de parler explétive des comédiens, qui entendent fréquemment leur chef d’orchestre leur dire : « Il y a trois dièses ou trois bémols à la clé », et qui ont retenu l’expression sans en comprendre le sens exact. Ainsi : Il y a des femmes ou des côtelettes à la clé, signifie simplement : Il y a des femmes ou des côtelettes. (A. Delvau.)

À la corde (logement)

(France, 1907) : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre.)

À la coule (être)

(France, 1907) : Être au fait d’une chose, la connaître.

S’il avait été au courant, à la coule, il aurait su que le premier truc du camelot, c’est de s’établir au cœur même de la foule.

(Jean Richepin.)

À la douce

(Larchey, 1865) : Doucement.

Comment qu’ça va, vous, à ce matin ? — Mais, merci, à la douce.

H. Monnier.

On dit quelquefois à la douce, comme les marchands de cerises, par allusion au cri de ce métier (à la douce ! à la douce !).

À la flan, à la rencontre (fabriquer un gas)

(France, 1907) : Attaquer et voleur la nuit au petit bonheur.

À la flanc

(M.D., 1844) : Au hasard.

À la fourche

(France, 1907) : On dit adverbialement et proverbialement : à la fourche, pour dire négligemment et grossièrement. Cela est fait à la fourche, Panser des chevaux à la fourche. (Dict. de l’académie.) Mais, comme le fait observer judicieusement l’auteur des Remarques morales, philosophiques et grammaticales sur ledit dictionnaire, l’expression prétendue proverbiale à la fourche ne devrait point se trouver là ; car elle ne peut être grammaticalement expliquée avec la bienséance convenable à un dictionnaire d’Académie. On se souvient d’une jeune demoiselle qui dit à Huet, évêque d’Avranches, en présence de père et mère : Monseigneur paroit tout Jean fourche. L’Académie française, dont ce docte prélat fit lui-même partie durant un demi-siècle, ne fut guère moins naïve que cette enfant.
C’est à la foutre qu’il faudrait dire et comme s’expriment les gens qui ne se piquent pas de purisme et de délicatesse dans leur langage.

À la grive !

(France, 1907) : Avertissement des voleurs entre eux pour indiquer l’approche de la police, pour veiller au grain, ce qui répond au vesse ! vesse ! des collégiens. Grive signifie la garde, de grivois, ancien sobriquet des soldats.

Par contretemps ma largue
. . . . . . . . .
Pour gonfler ses valades,
Encasque dans un rade,
Sert des sigues à foison ;
On la crible à la grive,
Je m’la donne et m’esquive :
Elle est pommée marron.

(Mémoires de Vidocq.)

À la manque

(France, 1907) : À gauche ; argot des ouvriers. Avoir du pognon à la manque, être sans argent ; Être à la manque, trahir.

Pas un de nous ne sera pour le dab à la manque.

(Balzac.)

À la ringue

(France, 1907) : Mettre quelqu’un à la ringue, le battre.

À la ringué

(La Rue, 1894) : Un homme à la ringué est un homme battu.

À la six-quatre-deux

(France, 1907) : En désordre, à l’envers. Faire une chose à la six-quatre-deux, la faire sans goût et sans soin. On dit dans le même sens : à la va te faire foutre.

À la sonde

(France, 1907) : Être rusé, éveillé, habile.

À la tarre

(Halbert, 1849) : Voler des mouchoirs.

À la tête du can

(M.D., 1844) : Devant tout le monde.

À pince

(Rossignol, 1901) : Pédestrement.

J’ai fait le trajet de Paris à Marseille à pince.

À poils

(Larchey, 1865) : Un homme à poils est un homme résolu. C’est le brave à trois poils de Molière.

Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir.

1793, Hébert.

M’est avis qu’il faut z’être un artiste à poil (de mérite) pour ça.

Désaugiers.

À priori

(France, 1907) : D’abord, en premier lieu. Latinisme.

La tentative de faire rentrer dans l’histoire, d’arracher aux brouillards de la théologie une personnalité qui, jusqu’à l’âge de trente ans, est absolument inconnue et qui, à partir de cet âge, apparaît au milieu des miracles, tantôt absurdes et tantôt ridicules, est une tentative si difficile qu’on peut à priori la déclarer impossible.

(Auguste Dide, La Fin des religions.)

À reculons

(d’Hautel, 1808) : Aller à reculons. Pour dire en arrière, en reculant.
Ils sont comme les cordiers, ils gagnent leur vie à reculons. Se dit de ceux dont les affaires vont mal, dont la fortune va en déclinant, au lieu d’augmenter. On dit aussi de ceux qui n’avancent nullement dans leurs entreprises, Ils vont à reculons comme les écrevisses.

À renaud (être)

(M.D., 1844) : Être contrarié.

À table (se mettre)

(France, 1907) : Confesser un crime.

À tout casser

(Delvau, 1867) : Extrêmement, — dans l’argot du peuple.

À user le soleil

(M.D., 1844) : À vie.

À vau-l’eau

(d’Hautel, 1808) : Toute ses espérances sont à vau-l’eau. Pour dire, évanouies, perdues.

Ab hoc et ab hac

(d’Hautel, 1808) : Mots empruntés du latin, et qui signifient confusément, sans rime ni raison. On doit éviter de se servir de ces sortes d’expressions, et généralement de tous les mots pris du latin, qui, en n’ajoutant rien à l’agrément de la conversation, ne servent qu’à montrer la prétention de celui qui les emploie.

(France, 1907) : Çà et là, confusément. Locution latine.

Qu’on raisonne ab hoc et ab hac
Sur mon existence présente.
Je ne suis plus qu’un estomac ;
C’est bien peu, mais je m’en contente.

(Fontenelle.)

Ab irato

(France, 1907) : En colère ; latinisme.

Abadie

(Delvau, 1867) : s. f. Foule, — dans l’argot des voleurs, qui l’appellent ainsi, avec mépris, parce qu’ils ont remarqué qu’elle se compose de badauds, de gens qui ouvrent les yeux, la bouche et les oreilles d’une façon démesurée.

(France, 1907) : Monastère ; patois du Midi.

Abadie, abadis

(France, 1907) : Foule ; argot des voleurs. D’après Alfred Delvau, ce mot viendrait de badaud, le badaud formant l’élément général des foules. Mais j’opine pour le provençal Abadie, abbaye, dérivé lui-même de l’italien Abbadia, les abbayes étant remplies d’une foule de moines fainéants.

Abadis

(Larchey, 1865) : Foule, rassemblement (Vidocq). — Vient du vieux mot de langue d’oc : abadia : forêt de sapins. V. Du Cange. — L’aspect d’une multitude ressemble à celui d’une forêt. On dit : Une forêt de têtes.

Pastiquant sur la placarde, j’ai rembroqué un abadis du raboin.

Vidocq.

Abadis ou abadie

(Virmaître, 1894) : V. Trépe.

Abadouce

(Clémens, 1840) : Toile fine, mousseline.

Abajoues

(Delvau, 1867) : s. f. pl. La face, — dans l’argot du peuple.
Il n’est pas de mots que les hommes n’aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu’ici l’abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d’une tête de veau ou d’un groin de cochon. Nous sommes loin de l’os sublime dédit. Mais nous en verrons bien d’autres.

(France, 1907) : La face, dans l’argot du peuple qui compare volontiers son semblable à un cochon.

Abalobé

(France, 1907) : Argot du peuple. Étonné, stupéfait.

Abalourdir

(Delvau, 1867) : v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.

(France, 1907) : Rendre balourd, gauche, niais.

Abancetes

(France, 1907) : Avancer, au sens de marcher. Ha abancetes, en parlant d’une fille, signifie anticiper le mariage, « emprunter un pain sur la fournée ». Idiome béarnais. En espagnol, on dit : Elle a fait Pâques avant Rameaux.

(S. Lespy et P. Raymond.)

Abandonner (s’)

(Delvau, 1864) : Se livrer complètement à un homme, lui ouvrir bras et cuisses, lui laisser faire tout ce que lui conseillent son amour et sa lubricité.

Ce n’est pas le droit naturel
À fille de s’abandonner.

(Farces et Moralités.)

Si ma femme, impatiente de ma langueur, à autrui se abandonne.

Rabelais.

Lise, qui partout s’abandonne,
Ne fait qu’en flatter son mari.

Théophile.

Abasourdir

(d’Hautel, 1808) : Étourdir quelqu’un de plaintes sans fondement ; l’importuner, l’obséder ; le jeter dans la consternation, et l’abattement.
Cet homme est abasourdissant. Pour, est ennuyeux, fatigant ; ses discours sont d’une insipidité accablante.

(France, 1907) : Tuer ; argot des voleurs.

Abat-faim

(Delvau, 1867) : s. m. Plat de résistance, — gigot ou roastbeef plantureux.

(France, 1907) : Plat de résistance.

Abat-foin (tomber dans l’)

(France, 1907) : Être coulé à fond, tomber dans la misère ou le gâtisme, être déchu. Expression du Centre. L’abat-foin est l’ouverture pratiquée dans le plancher des granges pour faire descendre le foin.

Abat-joues

(Rigaud, 1881) : Les joues de ce second visage qu’il n’est pas bienséant de montrer en public.

Abat-reluit

(Delvau, 1867) : s. m. Abat-jour à l’usage des vieillards. Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Cette expression désigne la visière placée sur la casquette des vieillards ou des gens faibles de la vue pour adoucir l’intensité de la lumière (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Abat-jour ; argot des voleurs.

Abatage

(d’Hautel, 1808) : Avoir de l’abatage. Locution figurée et populaire, qui signifie être d’une haute stature ; être fort, vigoureux, taillé en Hercule.
En terme de police, ce mot signifie l’action de tuer les chiens errans ; c’est aussi un terme reçu parmi les acheteurs de bois vif.

(Rigaud, 1881) : Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.

Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.

(Vast-Ricouard, Le Tripot.)

(Rigaud, 1881) : Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.

(Rigaud, 1881) : Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.

(Rigaud, 1881) : Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.

Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.

(Le Sublime).

(Hayard, 1907) : Réprimande, de patron à ouvrier.

(France, 1907) : Abattre son jeu au baccara, argot des joueurs.

Ainsi qu’un bon comptable, il laissa passer les premiers coups sans risquer aucun enjeu ; il attendait sa main. Quand les cartes lui vinrent, il poussa trois louis, et abattit huit ; mais, en consultant son point, ses mains tremblaient de plus en plus, et de la sueur lui coulait des cheveux sur les tempes. Il fit ce qu’on appelle paroli, et, toujours plus convulsif, abattit neuf.

(Maurice Montégut.)

L’autre soir, au cercle. Le banquier perdait beaucoup. Un ponte qui venait de passer quatre fois prend les cartes pour le cinquième coup, et tombe sur le tapis, foudroyé par une attaque d’apoplexie.
Le banquier (très tranquillement). — Allons bon ! encore un abatage !

On appelle aussi abatage un ouvrage rapidement exécuté, d’après l’expression bien connue : abattre de la besogne.

Abatage (vente à l’)

(Rigaud, 1881) : Vente sur la voie publique. Aujourd’hui presque tous les grands magasins de nouveautés pratiquent la vente à l’abatage et encombrent les trottoirs avec des marchandises plus ou moins défraîchies.

Abati

(Clémens, 1840) : Bras.

Abatis

(d’Hautel, 1808) : En style vulgaire, les extrémités supérieures : les mains, les doigts.
On lui a donné sur les abatis. Pour, on l’a corrigé, châtié ; on l’a remis à sa place.
On dit aussi par menace à un enfant mutin qui s’expose à la correction, qu’Il se fera donner sur les abatis.

(Larchey, 1865) : Pieds, mains. — Allusion aux abatis d’animaux. — Abatis canailles : Gros pieds, grosses mains.

Des pieds qu’on nomme abatis.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Le pied et la main, — l’homme étant considéré par l’homme, son frère, comme une volaille. Avoir les abatis canailles Avoir les extrémités massives, grosses mains et larges pieds, qui témoignent éloquemment d’une origine plébéienne.

(Rigaud, 1881) : Pieds, mains et, par extension, les autres membres. S’applique en général aux extrémités grosses et communes. Avoir les abatis canailles.

Tu peux numéroter tes abatis.

(La Caricature du 7 fév. 1880.)

(Virmaître, 1894) : Les pieds ou les mains. Dans le peuple, on dit d’un individu mal conformé : Il a des abatis canailles, ou encore il a des abatis à la manque. Quand deux hommes se battent, la foule dit du plus faible : il peut numéroter ses abatis (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Les membres du corps humain.

Abattage

(La Rue, 1894) : Étalage de marchandises en plein vent. Vive réprimande.

(Rossignol, 1901) : Celui qui est grand de taille, a de longs abattis et, par conséquent, de l’abattage.

(Rossignol, 1901) : Recevoir des réprimandes d’un chef ou d’un patron.

Abattage (en avoir)

(Virmaître, 1894) : Être grand, fort, d’une taille à dominer. — Il a de l’abattage, il peut frapper fort (Argot du peuple). N.

Abattage (en recevoir un)

(Virmaître, 1894) : Être grondé à en être abattu. Équivalent à recevoir un gras, un suif, en un mot, à être enlevé (Argot du peuple). N.

Abatteur

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne à un ouvrier brouillon et envahisseur, qui s’attache moins à bien travailler, qu’à faire beaucoup de besogne.
Abatteur de quilles, ou Abatteur de bois. Hâbleur, fat, fanfaron ; homme incapable de grandes actions, et dont tout le talent consiste dans un débordement de paroles frivoles et stériles.

Abatteur de bois

(Delvau, 1864) : Fouteur, — son outil étant considéré comme une cognée, et la nature de la femme, à cause de son poil, comme une forêt.

Il n’étoit pas grand abatteur de bois, aussi étoit-il toujours cocu.

Tallemant des Réaux.

Les beaux abatteurs de bois sont, comme les rois et les poètes, des rares aves.

Baron Wodel.

Ce Jacques était un grand abatteur de bois remuant.

(Moyen de parvenir)

Il lui présenta cent mille choses que ces abatteurs de femmes savent tout courant et par cœur.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Je me connais en gens ;
Vous êtes, je le vois, grand abatteur de quilles.

Régnier.

Abatteur de bois, abatteur de bois remuant, de femmes ou de quilles

(France, 1907) : Se disait autrefois pour désigner un homme valeureux en amour.

Bien que je sois poussé du désir de paraître,
Ne me souhaitez pas que la faveur des rois
Me fasse quelque jour grand veneur ou grand maitre :
C’est assez que je sois grand abatteur de bois.

(Le cabinet satyrique.)

Ce Jacques était un grand abatteur de bois remuant.

(Béroalde de Verville)

Il lui présenta cent mille choses que ces abatteurs de femmes savent tout courant et par cœur.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Je me connais en gens ; vous êtes, je le vois, grand abatteur de quilles.

(Régnier.)

Abatteurs de noix

(Merlin, 1888) : Les anciens lanciers (Voyez Allumeurs de gaz).

Abattis

(Rigaud, 1881) : Nombreuses révocations dans un personnel administratif. — Hécatombes de fonctionnaires de l’État que la cognée ministérielle abat comme la cognée du bûcheron abat les arbres d’une forêt.

C’est pour affirmer… que le journal de M. Decazes a collaboré à l’abattis, en quelques semaines, de 54 préfets, de 38 secrétaires généraux et de 125 sous-préfets.

(Aug. Vacquerie, le Rappel du 23 octobre 1877.)

(La Rue, 1894) : Les pieds, les mains, les membres en général. Abattis canailles, extrémités grosses, rougeaudes, massives.

(Rossignol, 1901) : Les bras et jambes sont des abattis.

(France, 1907) : Les pieds et les mains ; argot du peuple.

Parigo, quoi !… Des Batigneulle’,
Toujours prêt à coller un paing,
Mais j’comprends pas qu’on s’cass’ la gueule
Pour gagner d’quoi s’y tout’ du pain
El’travail… c’est ça qui nous crève,
Mêm’ les ceux qu’est les mieux bâtis,
V’là pourquoi j’m’ai mis en grève…
Respec’ aux abattis.

(Aristide Bruant.)

Avoir les abattis canailles, avoir les extrémités massives et larges. Numérote tes abattis.

Abattis (les)

(M.D., 1844) : Les bras.

Abattoir

(Halbert, 1849) : Cachot des condamnés.

(Delvau, 1867) : s. m. Le cachot des condamnés à mort, à la Roquette, — d’où ils ne sortent que pour être abattus devant la porte de ce Newgate parisien.

(Rigaud, 1881) : Cellule des condamnés à mort à la Roquette.

(Fustier, 1889) : Cercle de jeu. On y immole en effet force pigeons.

(Virmaître, 1894) : Lieu où l’on abat les animaux ; les prisonniers ont donné ce nom au cachot des condamnés à mort (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Cellule à la prison de la Roquette, occupée par les condamnés à mort, d’où ils ne sortent que pour être abattus. Se dit aussi des ateliers malsains où les ouvriers sont maltraités et qui, par le fait, sont de véritables abattoirs d’hommes.

Abattre

(d’Hautel, 1808) : En abattre. Jeter à bas beaucoup d’ouvrage ; travailler à la hâte et sans aucun soin ; en détacher. Voyez Détacher.
On dit aussi en bonne part d’un ouvrier expéditif, habile dans tout ce qu’il fait, qu’Il abat bien du bois.
Petite pluie abat grand vent. Signifie qu’il faut souvent peu de chose pour apaiser un vain emportement ; pour rabattre le caquet à un olibrius, un freluquet.

(Rigaud, 1881) : Faire beaucoup d’ouvrage en peu de temps. J’en ai-t’y abattu !

(Rigaud, 1881) : Étaler son jeu sur la table, en style de joueur de baccarat. — Méry, qui cultivait pour le moins autant ce jeu que la Muse, avait érigé en axiome le distique suivant :

Quand on a bien-dîné, qu’on est plein comme un œuf, Il faut après un huit toujours abattre un neuf.

(Virmaître, 1894) : Faire des dettes, L. L. Abattre veut dire faire beaucoup d’ouvrage. — C’est un ouvrier habile, il en abat en un jour plus que ses compagnons en une semaine (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire beaucoup de travail est en abattre.

(France, 1907) : Se disait dans le sens de posséder une femme.

Il fut trouver la dame en sa chambre, laquelle, sans trop grand effort de lutte, fut abattue.

(Brantôme.)

Je me laissai abattre par un garçon de taverne sur belles promesses.

(Variétés historiques et littéraires.)

Abattre (en)

(Delvau, 1867) : Travailler beaucoup, — dans l’argot des ouvriers et des gens de lettres.

(France, 1907) : Travailler beaucoup ; argot des ouvriers et des gens de lettres. J’en ai abattu beaucoup ce matin.

Abattuci

(Rigaud, 1881) : Abatage, — dans le jargon des joueurs de baccarat, par similitude de nom. Encore un abattuci ! c’est un abonnement.

Abbaye

(d’Hautel, 1808) : Faute d’un moine l’abbaye ne manque pas. Proverbe fort usité, et qui veut dire, que pour une seule personne qui manque à une partie de plaisir, les autres ne doivent pas moins s’en divertir pour cela. Cette manière de parier marque l’humeur, le dépit.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Four.

(Halbert, 1849) : Four.

(Delvau, 1867) : s. f. Four, — dans l’argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une quinzaine d’années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l’arrivée des ouvriers chaufourniers.

(Rigaud, 1881) : Carrière à plâtre, four à plâtre, domicile ordinaire des vagabonds de Paris.

(La Rue, 1894) : Four. Four à plâtre ; il sert de domicile aux vagabonds.

(France, 1907) : Réduit, briquetterie ou four à chaux dans lequel les voleurs et les vagabonds se réfugient la nuit. Les Buttes-Chaumont étaient jadis une grande Abbaye.

Abbaye de cinq pierres

(Virmaître, 1894) : Les cinq dalles de granit placées devant la Roquette, sur lesquelles on monte l’échafaud. Lacenaire dédia ces strophes à ces cinq dalles :

Oh ! je vous connais bien, dalles qui faites place
Aux quatre pieds de l’échafaud.
Dalles de pierres blanches ou ne reste plus trace
Du sang versé par le bourreau.

Abbaye de clunis (l’)

(Delvau, 1864) : Le cul. — de clunis, fesse, croupe, — une abbaye qui ne chômera jamais faute de moines.

Abbaye de monte à regret

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Potence, guillotine.

Abbaye de Monte-à-Regret

(Bras-de-Fer, 1829) : Guillotine.

(un détenu, 1846) : Échafaud.

(Halbert, 1849) : L’échafaud.

(Larchey, 1865) : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.

(Delvau, 1867) : s. f. L’échafaud, — dans l’argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.

(Rigaud, 1881) : L’ancienne guillotine, — dans le langage classique de feu les pères ignobles de l’échafaud. Terrible abbaye sur le seuil de laquelle le condamné se séparait du monde et de sa tête.

(La Rue, 1894) : L’échafaud.

(Virmaître, 1894) : La guillotine. L’expression peut se passer d’explications : ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : La guillotine. Cette désignation n’a plus raison d’être depuis 1871, époque à laquelle les treize marches pour y monter ont été supprimées.

(Hayard, 1907) : L’échafaud.

(France, 1907) : La potence ou l’échafaud.

Comme une abbaye l’échafaud sépare de ce monde, et c’est à regret qu’on monte les marches.

(Lorédan Larchey.)

Mon père a épousé la veuve, moi je me retire à l’Abbaye de Monte-à-regret.

(Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné.)

Les voleurs appellent encore l’échafaud Abbaye de Saint Pierre, la guillotine étant autrefois placée sur cinq pierres, devant la Roquette.

Abbaye de s’offre à tous

(Delvau, 1864) : Bordel, dont les victimes cloîtrées s’offrent volontiers à tout venant qui tient à communiquer avec elles sur l’autel de leur dieu des jardins.

(Rigaud, 1881) : Maison de tolérance du temps jadis.

Abbaye de s’offre-à-tous

(Virmaître, 1894) : V. Bocard.

Abbaye de Saint-Pierre

(Rigaud, 1881) : Nom que donnaient à la guillotine, il y a une quinzaine d’années, les lauréats de Cour d’assises ; jeu de mots sur saint Pierre et cinq pierres, par allusion aux cinq dalles qui formaient le plancher de l’échafaud. Depuis qu’il est à ras de terre, c’est la Plaine rouge, le Glaive ou encore la Veuve Razibus.

Abbaye des s’offre à tous

(La Rue, 1894) : Lupanar.

Abbaye des s’offre-à-tous

(Delvau, 1867) : s. f. Maison conventuelle où sont enfermées volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de vestales que dans l’opéra de Spontini.
Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.

(France, 1907) : Couvent pour les jeunes personnes dénuées d’argent autant que de préjugés.

Abbaye ruffante

(Delvau, 1867) : Four chaud, — de rufare, roussir.

(La Rue, 1894) : Four chaud.

Abbaye ruffiante

(Virmaître, 1894) : Four chaud, dans lequel les vêtements des prisonniers sont passés au soufre pour détruire la vermine (Argot des voleurs).

Abbaye rusante

(anon., 1827) : Four chaud.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Four chaud.

(Bras-de-Fer, 1829) : Four chaud.

(Halbert, 1849) : Four chaud.

Abbé

(d’Hautel, 1808) : Pour un moine, on ne laisse pas de faire un abbé. Signifie la même chose que, Faute d’un moine l’abbaye ne manque pas.
On l’attend comme les moines font l’abbé. C’est-à-dire nullement ; qu’on dîne ou qu’on soupe sans attendre quelqu’un qui ne se rend pas à table à l’heure convenue.
Abbé de Sainte-Espérance. On appelle ainsi par dérision celui qui prend la qualité d’abbé sans en avoir le titre, et plus souvent de celui qui n’a aucun bénéfice. On donne néanmoins le nom d’abbé à tout homme qui porte l’habit ecclésiastique, quoiqu’il n’ait ni bénéfice, ni abbaye.
Le moine répond comme l’abbé chante. Signifie que les inférieurs règlent ordinairement leurs discours sur ceux de leurs supérieurs.

Abbesse

(Delvau, 1864) : Grosse dame qui tient un pensionnat de petites dames à qui on n’enseigne que les œuvres d’Ovide et de Gentil-Bernard : autrement dit Maîtresse de bordel, — le bordel étant une sorte de maison conventuelle habitée par d’aimables nonnains vouées, toutes au dieu de Lampsaque.

Lorsque tu vas rentrer, ton abbesse en courroux
Te recevra bien mal et te foutra des coups.

Louis Protat.

(Fustier, 1889) : Maîtresse d’une maison de tolérance. On dit plus communément : Madame.

(La Rue, 1894) : Maîtresse d’une maison de tolérance.

(Virmaître, 1894) : Maîtresse d’une maison de tolérance. Allusion aux filles qui sont cloîtrées comme dans un couvent (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Tenancière d’une maison à gros numéro où les pensionnaires sont cloitrées et reçoivent la visite d’hommes, le plus possible.

(France, 1907) : Matrone d’une maison de tolérance qu’on désignait aussi sous le nom de couvent. On dit également mère abbesse, ce que les gens polis appellent comme elles dames de maisons.

Les dames de maisons ne sont, de fait, que des prostituées qui en réunissent d’autres ; si elles n’appartiennent pas à la classe des prostituées lorsqu’elles demandent leur livret, la demande de ce livret équivaut à un véritable enregistrement parmi les prostituées. Si elles allèguent que, pour tenir des prostituées, elles ne se prostituent pas elles-mêmes, quelle garantie peut donner de cette allégation l’état auquel elles se vouent ? Il y a faculté implicite pour elles de tirer parti de leur personne, comme elles le font des femmes qu’elles régissent, sans qu’elles puissent donner aucune garantie du contraire. Tous les peuples civilisés ont, d’un commun accord, placé les prostituées en dehors de la loi commune. Mais quelle est la plus coupable de celle qui se prostitue pour ne pas mourir de faim, ou de celle qui, par calcul, par avarice, prostitue les autres, et emploie pour cela les moyens les plus iniques, les plus immoraux, les plus infâmes, ceux enfin qui répugnent le plus aux règles de ce sentiment intérieur que la nature place dans le cœur de tous les hommes ? Que l’on consulte à cet égard l’opinion du public, et l’on verra que s’il y a une différence entre une dame de maisons et ses tristes victimes dans le mépris qu’il leur porte, l’avantage ne se trouve pas du côté de la première. Or, en cela, comme dans beaucoup d’autres choses, le jugement du public doit être notre règle ; j’ai sondé à ce sujet l’opinion de ceux qui ont étudié ce qui regarde la prostitution et j’ai trouvé dans tous mépris profond pour les dames de maisons, et mépris adouci par la commisération pour les prostituées.

(Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris.)

On disait au siècle dernier Appareilleuse (Voir Maquerelle).

Ils furent de là prendre des courtisanes chez une appareilleuse.

(La France galante.)

Abcès

(Delvau, 1867) : s. m. Homme au visage boursouflé, au nez à bubelettes, sur lequel il semble qu’on n’oserait pas donner un coup de poing, — de peur d’une éruption purulente.
On a dit cela de Mirabeau, et on le dit tous les jours des gens dont le visage ressemble comme le sien à une tumeur.

(France, 1907) : Argot du peuple. Homme ou femme au visage boursouflé et pustuleux. On donnait ce nom à Mirabeau.

Abeilard

(Delvau, 1864) : Nom qu’on donne à tout homme qui se trouve dans le cas de cet abbé, dont il est question dans les Contes d’Eutrapel, lequel en ses jeunes ans « avoit perdu ses deux témoins instrumentaires. »

Abeilardiser

(Delvau, 1864) : Rendre un homme impuissant en le châtrant, comme fit le chanoine Fulbert à l’amant d’Héloïse.

D’un colonel vous courtisez la femme ;
Surpris, il vous abeilardisera.

Pommereul.

Abélardiser

(Delvau, 1867) : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.

(France, 1907) : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :

D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.

(Pommereul)

Abeller

(France, 1907) : Rendre beau, parer, endimancher : mot poitevin. Bel, en celtique, signifie lumineux. En rouchi et en artésien, c’est le nom de la lune.

Abéquage (voler à l’)

(France, 1907) : Voler dans la maison où l’on s’est engagé comme domestique. Mot à mot : où on est nourri, abéqué. (Lorédan Larchey.)

Abéquer

(Larchey, 1865) : Nourrir. — Abéqueuse : Nourrice (Vidocq). — De l’ancien mot abêcher : donner la becquée. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. a. Nourrir quelqu’un, lui donner la béquée, — dans l’argot du peuple, qui prend l’homme pour un oiseau.

(La Rue, 1894) : Nourrir.

(France, 1907) : Nourrir quelqu’un, dans l’argot du peuple. Donner la béquée. Nous avons les vieux mots béquiller, becqueter, pour manger, d’où Tortiller du bec.

Abéqueuse

(Delvau, 1867) : s. f. Nourrice ou maîtresse d’hôtel.

(La Rue, 1894) : Nourrice.

(Virmaître, 1894) : Maîtresse d’hôtel ou nourrice : elles donnent la becquée. Cette expression s’applique depuis peu aux voleuses qui dévalisent les magasins de nouveautés en se servant d’un enfant. Ce vol nécessite trois personnages : la mère, la nourrice et le momignard. Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profilant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne d’une impatience très vive.
— Te tairas-tu, lui dit-elle ; allez-vous en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois.
Leur manière d’opérer se nomme le vol à la nourrice (Argot des voleurs). N.

(France, 1907) : Nourrice ou maitresse d’hôtel.

Aber

(France, 1907) : Nom donné en Basse-Bretagne aux embouchures de quelques cours d’eau formant une échancrure de rivage favorablement disposée pour offrir un abri aux navires. C’est de ce nom qu’on a fait havre.

(E. Peiffer.)

Aberger

(France, 1907) : Aborder, débarquer, conduire le bateau vers la berge. En Bresse, les personnes qui désirent passer la rivière hèlent le batelier par ce cri : Aberge !

(Pierre Malvezin.)

Aberou

(France, 1907) : Noisetier ; idiome béarnais.

Abêti

(Virmaître, 1894) : Lourd, pâteux, nonchalant. Mot à mot : abruti par des pratiques personnelles ou de naissance (Argot du peuple). N.

Abétir

(d’Hautel, 1808) : Devenir de jour en jour plus stupide. Le peuple dit rabêtir.

Abigoter (s’)

(France, 1907) : Devenir bigot. Vieux mot tombé à tord en désuétude et conserver seulement par le peuple.

Abigotir (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Devenir bigot, hanter assidûment les églises après avoir hanté non moins assidûment d’autres endroits, — moins respectables. Le mot a trois ou quatre cents ans de noblesse.

Abîme

(d’Hautel, 1808) : C’est un abîme de sucre. Se dit par plaisanterie d’un mets qui absorbe une grande quantité de sucre.

Ablativo

(d’Hautel, 1808) : Il a mis cela ablativo, tout en un tas. Pour dire pêle-mêle, confusément. Ce mot, noté comme bas dans les vocabulaires, n’est plus maintenant d’usage, même parmi le peuple.

Abloquer

(Virmaître, 1894) : Acheter en tas, en bloc. Les brocanteurs bloquent un tas de marchandises les plus disparates (Argot des camelots). V. revidage.

Abloquer ou Abloquir

(Delvau, 1867) : v. n. Acheter, — dans l’argot des voleurs, qui n’achètent cependant presque jamais, excepté en bloc, à l’étalage des marchands.

Abloquer, abloquir

(France, 1907) : Acheter, argot des voleurs ; de bloc.

Abloquer, Ablotier

(La Rue, 1894) : Acheter.

Abloquir

(anon., 1827) : Acheter.

(Bras-de-Fer, 1829) : Acheter.

(Clémens, 1840) : Acheter.

(Halbert, 1849) : Acheter.

(Larchey, 1865) : Acheter en bloc (Vidocq).Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.

Abloquire

(M.D., 1844) : Acheter.

Abloquiseur

(Clémens, 1840) : Revendeur.

Abloquiseuse de verdouces

(Clémens, 1840) : Marchande de pommes.

Ablotir

(France, 1907) : Même sens que abloquer.

Ablucher

(France, 1907) : Faire fléchir, ployer, en parlant de l’action du vent et de la pluie sur les récoltes. Mot central et bourguignon, dérivé de blache.

(P. Malvezin.)

Abominer

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir de l’aversion pour quelque chose et de l’antipathie pour quelqu’un. — ce que dit clairement l’étymologie de ce mot : ab, hors de, et omen, d’omentum, estomac. Expression du vieux français et des jeunes Parisiens.

(France, 1907) : Détester ; argot du peuple. Vieux mot ; de ab, hors, et omentum, estomac.

Abondance

(d’Hautel, 1808) : L’abondance. On appelle ainsi dans les pensions, la boisson que l’on sert aux écoliers pendant leurs repas.
Abondance de biens ne nuit pas. Signifie que quelque bien que l’on possède, on est toujours disposé à recevoir encore celui qui peut arriver.
Parler d’abondance de cœur. Parler avec facilité et sans préparation ; se décharger le cœur ; dire franchement à quelqu’un le sujet de ses peines.
De l’abondance du cœur la bouche parle. Signifie qu’il est difficile de ne pas bien parler d’une chose dont le cœur est plein.

Abonder

(d’Hautel, 1808) : Abonder dans le sens de quelqu’un. Le flatter, entrer dans ses idées, quoiqu’on ne les approuve pas, ainsi que le pratiquent les adulateurs et les courtisans. En style familier, Abonder en son sens, signifie montrer de l’opiniâtreté dans ses opinions.

Abonné au guignon

(Virmaître, 1894) : Déveine persistante, qu’aucun effort ne peut conjurer. On dit aussi : « Il a si peu de chance qu’il se noierait dans un crachat » (Argot du peuple).

(France, 1907) : Malchanceux, pauvre diable poursuivi par la déveine.

Abonné au guignon (être)

(Delvau, 1867) : Être poursuivi avec trop de régularité par la déveine. Argot des faubouriens.

Abonnir

(d’Hautel, 1808) : Devenir meilleur. Le peuple dit rabonnir. Ce barbarisme est très fréquent.

Abord (d’)

(d’Hautel, 1808) : Primo d’abord. Expression batologique et vulgaire, qui signifie En premier ; Premièrement.
On dit d’une manière vicieuse, ou tout au moins surabondante, dans le style familier, Tout d’abord, pour dès le premier instant.

Aborgner (s’)

(Rigaud, 1881) : Regarder avec attention, ouvrir l’œil, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Regarder avec attention.

Aboucher (s’)

(d’Hautel, 1808) : Conférer avec quelqu’un, chercher à s’arranger avec lui, à dessein de terminer un différend à l’amiable ; parlementer.

(Delvau, 1864) : Avoir trouvé chaussure à son pied, et mettre son pied — à moelle — dedans.

On veut chercher
À s’aboucher.

Collé.

Aboudier

(Halbert, 1849) : Sasser.

Abougri

(d’Hautel, 1808) : Un abougri, ou rabougri. Un très petit individu, un homme difforme, ratatiné, cassé de vieillesse. Le mot rabougri est aussi un terme d’histoire naturelle.

Aboule

(Halbert, 1849) : Viens.

Aboulée

(Fustier, 1889) : Accouchée. Aboulement : accouchement.

Aboulement

(Hayard, 1907) : Accouchement.

Abouler

(Bras-de-Fer, 1829) : Compter.

(Clémens, 1840) : Venir de suite.

(M.D., 1844) : Venir.

(Halbert, 1849) : Venir.

(Larchey, 1865) : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.

Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.

Labiche.

Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :

Mais quant aux biscuits, aboulez.

Balzac.

Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.

(Delvau, 1867) : v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

(Rigaud, 1881) : Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.

Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.

(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856.)

Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.

(La Rue, 1894) : Donner, remettre. Venir.

(Virmaître, 1894) : Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.

— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.

On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Donner.

Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.

(Hayard, 1907) : Donner, à regret.

(France, 1907) : Donner, apporter : « mais, ainsi que dit Charles Nisard, l’idée de sommation ou de violence en est inséparable. »

Pègres et barbots, aboulez des pépettes…
Aboulez tous des ronds ou des liquettes,
Des vieux grimpans, brichetons, ou arlequins.

(Le Cri du Peuple, Fév. 1886)

Le patois et l’argot, auxquels il est commun, l’entendent ainsi. Que le patois l’ait pris de l’argot ou l’argot du patois, il est sûr qu’on n’en fait pas moins d’usage dans l’un que dans l’autre, que la plupart de nos provinces se le sont approprié, et qu’il fleurit même parmi le peuple de Paris.

(Curiosité de l’étymologie française.)

Signifie aussi venir, dans l’argot des voleurs.

Et si tézig tient à sa boule,
Fonce ta largue, et qu’elle aboule
Sans limace nous cambrouser.

(Richepin, La Chanson des Gueux.)

Il signifie également accoucher. — Voir Affouler

Abouler de braise

(Delvau, 1864) : Payer une fille, lui donner le salaire du plaisir qu’elle va vous donner — avec la vérole ou la chaude-pisse.

Ça me semble tout drôle d’avoir à abouler d’la braise au lieu d’en recevoir.

Lemercier de Neuville.

— Ange ! murmurai-je, plein d’aise
Comme un amoureux innocent.
— Il faut abouler de la braise,
Me dit-elle en me repoussant.

A. Delvau.

Abouler le pagne

(M.D., 1844) : Porter à manger à un prisonnier.

Aboulez

(Halbert, 1849) : Venez.

Abour

(Halbert, 1849) : Sas ou tamis.

(France, 1907) : Crible ; argot des voleurs.

Abouter

(un détenu, 1846) : Approcher.

Aboutissant

(d’Hautel, 1808) : Il connoit les tenants et les aboutissants de cette affaire. Pour, il en a une connoissance parfaite ; il est initié dans ses plus secrets détails.

Aboyer

(d’Hautel, 1808) : Clabauder, criailler, gronder après quelqu’un ; l’accabler de propos grossiers et outrageans.
Tout chien qui aboye ne mord pas. Signifie que ceux qui épanchent leur humeur en menaces et en paroles injurieuses, font souvent plus de bruit que de mal.
Aboyer à la lune. Crier, pester, tempêter inutilement et contre plus fort quo soi.

Aboyer contre la lune

(France, 1907) : Perdre son temps en criailleries inutiles et vaines. Lunam atlatrare, disaient les Romains.

Aboyeur

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris, nom que l’on donne aux crieurs des rues, et généralement à ces hommes qui n’ont sans cesse à la bouche que des injures et des obscénités. Ce mot servoit aussi, pendant la révolution, à désigner les esprits exaspérés que les chefs de parti mettoient en ayant, pour exciter le peuple à l’insubordination et à la révolte.

(Delvau, 1867) : s. m. Crieur public ou particulier qui se tient dans les marchés ou à la porte des théâtres forains.

(Rigaud, 1881) : Employé chargé, dans une prison, d’appeler les prisonniers au parloir. — Individu qui crie des imprimés dans les rues. — Crieur dans les ventes publiques, dans les bals de barrière, devant la porte de certains bazars. À l’Hôtel Drouot, le célèbre Jean, de grimaçante mémoire, est resté comme le type du parfait aboyeur. — Dans les réunions publiques, les aboyeurs sont ceux qui empêchent par leurs cris l’orateur de parler ou de continuer. (Le Sublime.)

(La Rue, 1894) : Crieur dans les bazars, les ventes publiques ou dans les rues. Dans les prisons, le détenu qui appelle les prisonniers.

(Virmaître, 1894) : Nom donné dans les prisons à l’auxiliaire chargé d’appeler les détenus à voix haute pour le greffe ou pour l’instruction. Ce nom est également donné aux crieurs qui, dans les ventes publiques, aboient la mise à prix des objets à adjuger (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Détenu chargé d’appeler par un acoustique les prisonniers qui sont dans la salle commune du dépôt, pour aller soit au greffe, soit à l’instruction.

(France, 1907) : Crieur, qui se tient aux portes des ventes publiques ou privées, ou devant les théâtres forains pour appeler les clients. On nomme également ainsi les journalistes qui aboient constamment dans la presse contre les hommes publics ou les personnalités en vue.

Abracadabra

(d’Hautel, 1808) : Ce mot, qui vient du grec abrax ou abraxa, servoit à former une figure superstitieuse à laquelle les anciens attribuoient une grande efficacité pour guérir toute espèce de maladies. Cette figure est encore en vénération dans les campagnes ; les villageois l’attachent an cou de leurs enfans, et la regardent comme un souverain préservatif.
Voici la disposition que l’on donne aux caractères de ce mot magique.

A B R A C A D A B R A
A B R A C A D A B R
A B R A C A D A B
A B R A C A D A
A B R A C A D
A B R A C A
A B R A C
A B R A
A B R
A B
A

(Delvau, 1867) : adv. D’une manière bizarre, décousue, folle, — dans l’argot du peuple, qui a conservé ce mot du moyen âge en oubliant à quelle superstition il se rattache. Les gens qui avaient foi alors dans les vertus magiques de ce mot l’écrivaient en triangle sur un morceau de papier carré, qu’ils pliaient de manière à cacher l’écriture ; puis, ayant piqué ce papier en croix, ils le suspendaient à leur cou en guise d’amulette, et le portaient pendant huit jours, au bout desquels ils le jetaient derrière eux, dans la rivière, sans oser l’ouvrir. Le charme qu’on attachait à ce petit papier opérait alors, — ou n’opérait pas.
Faire une chose abracadabra. Sans méthode, sans réflexion.

Abracadabrant

(Rigaud, 1881) : Étonnant, merveilleux, cocasse. D’abracadabra, mot cabalistique auquel on attribuait des vertus magiques pour guérir la fièvre, en le portant au cou écrit d’une certaine manière.

Je n’avais jamais lu ces pièces qui m’avaient tant réjoui à la scène ; je me figurais, comme bien d’autres, qu’elles avaient besoin du jeu abracadabrant de leurs interprètes.

(E. Augier, Préface du théâtre complet de Labiche, 1878.)

(France, 1907) : Merveilleux, extraordinaire, stupéfiant. Ce mot burlesque vient d’abracadabra,formule magique du moyen âge que l’on écrivait en triangle renversé et qui passait pour guérir les fièvres et prévenir d’autres maladies. Victor Hugo, dans le « Sabbat » des Odes et Ballades, a fait de ce mot un vers :

Satan vous verra,
De vos mains grossières,
Parmi les poussières
Écrivez, sorcières :
Abracadabra.

Abracadabrant, -e

(Delvau, 1867) : adj. Étonnant, extraordinaire, merveilleux, épatant, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont emprunté cette expression à l’abracadabra du Romantisme.

Satan vous verra.
De vos mains grossières,
Parmi des poussières,
Écrivez, sorcières,
Abracadabra !

dit Victor Hugo dans la pièce des Odes et Ballades intitulée le Sabbat. Cet abracadabra était en effet assez singulier, et je comprends qu’on l’ait raillé en en faisant un adjectif, — sans se douter que depuis longtemps le peuple en avait fait un adverbe.

Abracadabrantisme

(Rigaud, 1881) : Art d’écrire, de dire des choses étonnantes, insensées.

Il faut bien que je me tienne au courant de l’abracadabrantisme.

(A. Delvau, Le Grand et le petit trottoir.)

Abraser

(France, 1907) : Écraser, détruire ; au passif, s’écrouler : « Not’ mur s’abrase. » Mot bourbonnais et berrichon, dérivé de braser, parallèle de bréser et briser.

(P. Malvezin.)

Abraté

(France, 1907) : Fatigué, paresseux, privé de bras. Patois du Centre.

Abreuvoir

(Delvau, 1867) : s. m. Cabaret, — d’où l’on sort plus altéré qu’on n’y est entré. D’où l’expression proverbiale: Un bon cheval va bien tout seul à l’abreuvoir, pour dire : Un ivrogne n’a pas besoin d’y être invité pour aller au cabaret.

(Virmaître, 1894) : La boutique du marchand de vins où les ouvriers ont l’habitude chaque matin de boire la goutte. Quand la station a été trop prolongée, que l’homme rentre au logis éméché dans les grandes largeurs, la ménagère lui dit d’un ton rogne : As-tu assez abreuvé ton cochon ? (Argot du peuple).

(France, 1907) : Cabaret. On dit aussi et avec plus juste raison Assommoir. C’était primitivement le nom d’un cabaret de Belleville.

Abreuvoir à mouches

(d’Hautel, 1808) : Plaie large et profonde, faite au visage avec le tranchant d’un sabre, ou quelquefois même avec un instrument contondant.
L’abreuvoir à mouches provient fort souvent des blessures que les enfans de Bacchus se font, soit en se battant à coups de poings, soit en donnant du nez contre terre.

Abri

(d’Hautel, 1808) : Il a les yeux à l’abri du vent. Se dit par raillerie d’un homme qui a les yeux petits et très renfoncés. On dit proverbialement : Un homme sans abri, est un oiseau sans nid.

Abri-fou

(France, 1907) : Voile tendu sur la tête des mariés pendant la bénédiction nuptiale. Expression des provinces de l’Ouest.

Abricot

(France, 1907) : La nature de la femme ; argot des couvents de filles.

Abricot de la jardinière (l’)

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, — qu’elle soit jardinière ou princesse.

Abricot fendu

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, qui ressemble, en effet, à ce fruit, — ce qui permet de supposer, vu l’absence de toutes preuves contraires, que le Paradis terrestre était un immense abricotier.

Abrier

(France, 1907) : Mettre à couvert, protéger ; vieux français.

Abrou

(France, 1907) : Abreuvoir ; patois du Poitou. En béarnais ; abeurade, abeurador, de abeura, abreuver.

Abruti

(Delvau, 1867) : s. m. Élève assidu, acharné à l’étude, — dans l’argot des Polytechniciens, dont la plupart sont encore trop jeunes pour ne pas être un peu fous.

(France, 1907) : Élève assidu qui s’abrutit dans l’étude ; argot des écoles.

Abruti de Chaillot

(France, 1907) : Lourdaud, tête de pioche. Cette expression est très vieille ; on disait autrefois :

Aheury de Chaliéau,
Tout estourdy sortant du bateau.

Cette expression vient évidemment de l’époque où Chaillot, avant d’être un faubourg de Paris, était un petit village tourné en ridicule par les citadins.
On connait l’air étonné et ahuri des paysans qui arrivent pour la première fois dans une grande ville, et si ceux de Chaillot ont eu les honneurs du proverbe, c’est sans doute pour l’unique raison que Chaliéau rimait à peu près avec bateau, ou qu’il est peut-être le plus ancien village de la Seine.
Quant au mot aheury, il appartient, suivant Ch. Nodier, au patois de Paris et de sa banlieue, et parait être une onomatopée des sons que font entendre les campagnards dans l’ébahissement.
Il convient d’ajouter, avec Lorédan Larchey, que le village de Chaillot fut toujours le point de mire des mauvais plaisants. Quand on parlait d’une Agnès de Chaillot, c’était pour désigner une fille suspecte.
On dit : « À Chaillot, les gêneurs ! »

Abrutir sur (s’)

(Rigaud, 1881) : Faire traîner un ouvrage en longueur ; même signification que s’endormir sur le rôti, mais plus courte et plus énergique.

(Fustier, 1889) : Faire traîner un ouvrage en longueur, dit Rigaud. J’y ajouterai le sens de : étudier longuement, avec soin. Je me suis abruti sur mes math.

Abs

(Delvau, 1867) : s. m. Apocope d’Absinthe, créée il y a quelques années par Guichardet, et aujourd’hui d’un emploi général.
Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne : abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu’elles n’aient pas le temps de prononcer les mots entiers.

(Rigaud, 1881) : Absinthe, par apocope. — À son lit de mort, un vieil ivrogne, frappé de paralysie, démenait sa bouche en d’affreuses grimaces, pour arriver à expectorer de minute en minute une série de abs, abs désespérés. On crut qu’il demandait l’absolution, et on lui dépêcha un prêtre. À cette vue, la paralysie semble battre en retraite, tout le monde croit qu’un miracle va s’opérer… Le vieux biberon a poussé un grand cri, il se lève sur son séant et, par un suprême effort du gosier, il lâche un formidable « N. D. D. l’absinthe ! » retombe sur l’oreiller et meurt. C’était de l’absinthe qu’il demandait.

Absent

(d’Hautel, 1808) : Il ne faut jamais parler des absens. Répartie mordante et équivoque que l’on fait à quelqu’un qui parle continuellement et sans aucun motif de l’excellence de son cœur, de l’étendue de son esprit, de l’élévation de son ame, à dessein de lui faire entendre qu’il ne possède rien de tout cela.
Les os sont pour les absens. Pour dire que les personnes qui ne se rendent pas à table à l’heure fixe, s’exposent à n’avoir que les restes des autres.
Les absens ont toujours tort. Signifie qu’un penchant naturel porte la plupart des hommes à rejeter les fautes dont ils sont personnellement coupables sur ceux qui sont absens.

Absinthage

(Delvau, 1867) : s. m. Action de boire l’absinthe, ou de la faire.

(Rigaud, 1881) : Habitude de boire de l’absinthe. Cultiver l’absinthage, se livrer à l’absinthage.

Absinthe (faire son)

(Delvau, 1867) : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

(Rigaud, 1881) : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Absinthe (heure de l’)

(Delvau, 1867) : Le moment de la journée où les Parisiens boivent de l’absinthe dans les cafés et chez les liquoristes. C’est de quatre à six heures.

Absinthe (l’heure de l’)

(Rigaud, 1881) : Avant dîner, entre quatre et cinq heures. Heure à laquelle on se rend au café pour prendre des apéritifs. Tel donne rendez-vous à un ami, à l’heure de l’absinthe, qui n’a jamais pris d’absinthe de sa vie. Dans les cafés littéraires, c’est l’heure où l’on a coutume de se réunir pour prendre langue.

(Elle) est d’éclosion toute récente ; elle date de l’épanouissement et de la splendeur de la petite presse. L’heure de l’absinthe est la résultante logique des échos de Paris et de la chronique.

(J. Guillemot, Le Bohème, 1868.)

C’était le temps où le timbre des pendules a commencé à sonner cette heure particulière, qui en dure deux ou trois, et qu’on a appelée l’heure de l’absinthe.

(Maxime Rude.)

Absinthe en parlant (faire l’)

(Rigaud, 1881) : Lancer, en parlant, de petits jets de salive, — dans le jargon des piliers de café. L’étymologie est anecdotique.

Pelloquet est là, et demande une absinthe, qu’on lui sert, sans lui apporter en même temps la carafe d’eau. Il parle — comme il parlait toujours — la pipe à la bouche, et postillonnant dans son verre… — Eh bien ? demande-t-il tout à coup, et la carafe ? — Ne vous dérangez pas, garçon, crie une habituée : l’absinthe est faite.

(Maxime Rude, Tout Paris au café.)

Et avec cela, quand elle ouvrait la bouche pour jaser, elle faisait l’absinthe !

(Huysmans, les Sœurs Vatard.)

Absinther (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’adonner à l’absinthe, faire sa boisson favorite de ce poison.

(Rigaud, 1881) : Boire de l’absinthe.

Absintheur

(Delvau, 1867) : s. m. Buveur d’absinthe.

(Rigaud, 1881) : Buveur d’absinthe. Privat d’Anglemont, une autorité, donne « absinthier » dans le même sens.

(France, 1907) : Buveur d’absinthe.

Entre officiers de différents grade, du lieutenant au colonel, il n’existe que des rapports de camarade à camarade, d’hommes du même monde, ayant reçu la même éducation et sachant qu’il n’est entre eux que des distinctions de hiérarchie militaire cessant hors du terrain de manœuvre et de la caserne. Notre légendaire culotte de peau, le bravache, le capitaine Fracasse, le traîneur de sabre, l’absintheur sont des types inconnus.

(Hector France, L’armée de John Bull.)

On dit : s’absinther, pour se griser avec de l’absinthe.

Absinthier

(Delvau, 1867) : s. m. Débitant d’absinthe, c’est-à-dire de poison.

(France, 1907) : Débitant d’absinthe.

Absinthisme

(Rigaud, 1881) : Maladie particulière aux buveurs d’absinthe. Nom donné par le docteur Lunel à l’affection chronique résultant de l’abus de cette liqueur L’absinthisme conduit ses victimes à l’hystérie, l’épilepsie, l’idiotisme et la mort.

Absorber

(Delvau, 1867) : v. n. et a. Manger ou boire abondamment.

Absorption

(Larchey, 1865) : Repas offert chaque année aux anciens de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. On y absorbe assez de choses pour justifier le nom de la solennité.

Lorsque le taupin a été admis, il devient conscrit et comme tel tangent à l’Absorption. Cette cérémonie annuelle a été imaginée pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement.

La Bédollière.

(Delvau, 1867) : s. f. Cérémonie annuelle qui a lieu à l’École polytechnique, et « qui a été imaginée, dit Émile de la Bédollière, pour dépayser les nouveaux, les initier aux habitudes de l’École, les accoutumer au tutoiement ». Le nom a été donné à cette fête de réception, parce qu’elle précède ordinairement l’absorption réelle qui se fait dans un restaurant du Palais-Royal, aux dépens des taupins admis.

(France, 1907) : On appelle ainsi un repas annuel offert à la promotion ancienne de l’École polytechnique par la promotion nouvelle. Elle a lieu dans un restaurant du Palais-Royal, le jour de la rentrée des anciens.

Abuser d’une femme

(Delvau, 1864) : En jouir charnellement, soit de gré, soit de force, — mais le plus souvent de gré, les femmes se plaisant à être ainsi abusées.

Vous êtes un infâme, vous avez lâchement abusé de moi pendant mon sommeil… — Vous m’en voulez donc ?… — Oui, parce qu’il fallait attendre que je fusse réveillée.

Baron Wodel.

Abuseur

(d’Hautel, 1808) : Trompeur, séducteur, corrupteur, celui qui cherche à faire des dupes en amour, et ce qu’on nomme plus élégamment un Lovelace. Ce terme, quoiqu’usité dans le langage familier, doit être sévèrement rejeté de la bonne conversation.

Acabané

(France, 1907) : Qui vit en concubinage ; patois du Centre.

Acabit

(d’Hautel, 1808) : Il est d’un bon acabit. Se dit ironiquement d’une personne qui fait quelque proposition ridicule, et équivaut à, Il se moque pas mal de moi. Hors de ce cas, c’est un terme d’économie rurale, qui ne s’emploie qu’en parlant des animaux.

(France, 1907) : Bonne ou mauvaise qualité des gens ou des choses. Être de bon ou de mauvais acabit.

Acabit de la bête

(Delvau, 1867) : s. m. Bonne ou mauvaise qualité d’une chose ou d’une personne. Argot du peuple. Être de bon acabit. Avoir un excellent caractère, ou jouir d’une excellente santé.

Académicien

(Rigaud, 1881) : Terme de profond mépris lancé par les romantiques de 1830 à la tête de tous les bourgeois qui s’habillaient à peu près comme tout le monde, pensaient et vivaient à peu près comme tout le monde.

Quelle injure, alors ! tout homme à tête chauve était académicien de droit, et, à ce titre, subissait, etc.

(J. Claretie, Pelrus Borel le Lycanthrope.)

Il lui fit voir l’échelle ascendante et descendante de l’esprit humain… Comment ensuite l’on ne comptait plus, et que l’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux-toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante : Académicien et membre de l’Institut !

(Th. Gautier, Les Jeunes-France.)

Académie d’amour

(Delvau, 1864) : Lieu où on va pour jouer au jeu de Vénus — et de Mercure : en bon français, Bordel. — Le mot se trouve dans le Francion de Ch. Sorel et dans les Aventures burlesques de Dassoucy.

Allons-nous à l’Académie, se soir ? — Non, je ne suis pas en queue.

J. Le Vallois.

Acagnarder

(d’Hautel, 1808) : Se caliner, se dorloter ; s’attacher à quelque chose au point de ne pouvoir s’en séparer.

Acagnarder (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin y comme un vieux chien las d’aboyer à la lune et de courir après les nuages, — ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J’ai souligné à dessein coin et chien : c’est la double étymologie de ce verbe, que n’osent pas employer les gens du bel air, quoiqu’il ait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S’acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire, — coin. On dit aussi s’acagnarder dans un fauteuil.

(France, 1907) : Fainéanter, vivre seul en son coin, argot populaire ; du vieux français cagnard, lieu retiré, encore en usage dans le Midi où, en beaucoup de localités, la promenade publique s’appelle le cagnard.
Dans certains départements du Nord, ce mot précédé du préfixe en a la signification de s’encanailler, ce qui montre sa dérivation du latin canis, chien : « Elle s’encagnarde avec tous les voyous. »

Soumis, toujours content quand il pouvait en pantoufles s’accargnarder au logis, — c’était lui qui époussetait les meubles, nettoyait les lampes et vidait les eaux dans les plombs.

(Camille Lemonnier.)

Acailler

(France, 1907) : Poursuivre à coups de pierres. Mot du Nord, dérivé de cail, pierre. V. Achailler.

Acajou

(d’Hautel, 1808) : Bois qui vient de l’Amérique, et dont on fait de fort beaux meubles. Le peuple de Paris prononce Arcajou, et dit, Une commode de bois d’arcajou. Il prononce de même Barque, pour Bac, et dit : Passer le barque. La rue du Barque.

(Rigaud, 1881) : Crâne chauve. — Avoir un acajou, un bel acajou bien luisant.

(Hayard, 1907) : Chauve.

Acalifourchonner (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se mettre à califourchon sur n’importe quoi, dans l’argot du peuple, qui parle comme Cyrano de Bergerac écrivait.

Acanter

(France, 1907) : Poser sur côté, pencher ; verser à boire ; « acante moi un coup ». Mot normand et picard, dérivé de cant, bord, coté.

(P. Malvezin.)

Accagnardir (s’)

(Virmaître, 1894) : Être indolent qui s’amuse à des bagatelles, qui piétine sur place et dormirait, comme dit le proverbe, le cul dans la rivière par dix degrés au-dessous de zéro (Argot du peuple).

Accareuse

(La Rue, 1894) : Commode.

Accent

(Larchey, 1865) : Voir arçon.

(France, 1907) : Crachat ayant pour but d’avertir un camarade qu’il se tienne sur ses gardes ; argot des voleurs. — Voir Arçon.

Accent, Arçon

(Rigaud, 1881) : Signe d’intelligence entre voleurs. — Signal de reconnaissance. Avoir de l’accent, signifie être reconnu pour un voleur à certains signes.

Accentuer ses gestes

(Delvau, 1867) : v. a. Donner un soufflet ou un coup de poing, — ce qui est une manière de se prononcer suivant les règles de l’accent tonique.

Accessoires

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène ; tous les objets dont l’usage est nécessaire à l’action d’une pièce de théâtre, depuis la berline jusqu’à la croix de ma mère. Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d’accessoires, un poulet d’accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.

(Virmaître, 1894) : Objets de théâtre. Dans le peuple, on donne à ce mot un tout autre sens : accessoires, les testicules (Argot du peuple). N.

Accident

(d’Hautel, 1808) : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.

(Delvau, 1864) : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.

La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.

Collé.

(France, 1907) : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?

Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?

(« Germinal », Mot d’Ordre.)

Accident féminin

(Delvau, 1864) : Avoir ses règles. Événement prévu qui arrive juste quand une femme, ayant un ou plusieurs bons coups à tirer, donnerait tout pour qu’il y eût retard.

Nul autre que Pinange ne m’avait enfilée ; peu de jours avant de le rendre heureux, j’avais eu mon accident féminin ; il était donc bien avéré que ce qui allait se développer dans mes flancs était son paternel ouvrage.

A. de Nerciat.

Accidenter

(France, 1907) : Euphémisme pour tuer.

Qui ne se souvient de l’affaire Pivoteau ? Notre camarade Pivoteau fut, en 1903, condamné à cinq ans de réclusion pour avoir accidenté un contremaître ivrogne et féroce qui, le traquant d’emploi en emploi, lui empêchait tout embauchage, le condamnant ainsi à la misère, l’acculant au suicide.

(E. Janvion, La Guerre sociale.)

Accidentier

(Virmaître, 1894) : Voleur qui profite des accidents, et sait au besoin les faire naître pour dévaliser ceux qui en sont les victimes. Le voleur s’empresse autour du blessé, et pendant que lui et un de ses complices le portent chez le pharmacien, ils dévalisent le pauvre diable en route. Ce genre de vol est nouveau (Argot des voleurs).

Accin

(France, 1907) : Enceinte, circuit ; encore en usage en Champagne pour désigner l’enclos autour d’une maison ; autour de l’église, accin désigne le cimetière.

(E. Peiffer.)

Acciper

(d’Hautel, 1808) : Du latin Accipere, prendre. Terme très en faveur parmi les écoliers ; dont ils ont fait par corruption Chiper, qui n’est pas d’un usage moins fréquent parmi eux.

Accoerrer

(Halbert, 1849) : Accommoder, arranger.

Accœurer

(La Rue, 1894) : Accommoder de bon cœur.

Accointances (avoir des)

(Delvau, 1864) : Commercer charnellement avec un homme lorsqu’on est femme, avec une femme lorsqu’on est homme.

Je supposai qu’elle avait eu des accointances avec le baron ou avec son laquais.

A. Lireux.

De quelque valet l’accointance
Serait-ce bien votre désir ?

Théophile.

C’est qu’à l’ombre des crucifix,
Souvent faites filles ou fils,
En accointant les belles-mères.

G. Coquillart.

Il faut que quelqu’un se soit accointé que notre ménage a ainsi renforcé.

(Les Cent Nouvelles nouvelles.)

Accolade

(Delvau, 1864) : Baiser qui engendre l’envie de baiser, — à ce point que le même mot sert aux deux actions, la chaste et la libertine.

Une catin s’offrant à l’accolade,
À quarante ans il dit son introït.

Piron.

(Delvau, 1867) : s. f. C’était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche l’homme qu’on ordonnait chevalier ; c’est aujourd’hui un soufflet que peut recevoir tout le monde sur n’importe quelle joue.

Accoler

(d’Hautel, 1808) : Accoler la cuisse. Accoler la botte à quelqu’un. Pour dire lui embrasser la cuisse.
On ne se sert de cette locution qu’en mauvaise part, et pour tourner en ridicule les témoignages affectés d’amitié, de joie ou de soumission d’un subalterne envers son supérieur.

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, — dont le début est presque toujours une accolade mutuelle.

Quand le jeune et charmant champion
Accola la charmante Armide,
Notre morpion se hâta
De gagner la forêt humide
Qui devant lui se présenta.

B. De Maurice.

C’était un adieu que lui disaient toutes les femmes, filles et garces qu’il avait accolées.

(Moyen de parvenir.)

Accommodement

(d’Hautel, 1808) : Un mauvais accommodement vaut mieux qu’un bon procès. Du moins, c’est, de part et d’autre, un moyen assuré de ne pas tout perdre.

Accommoder

(d’Hautel, 1808) : Il l’a bien accommoddé. Pour il l’a traité d’une rude manière ; il l’a rossé d’importance.
Accommoder quelqu’un de toutes pièces. Tenir des discours outrageans sur son compte ; le diffamer, ternir sa réputation.
On l’a accommodé tout de rôti. Pour on l’a molesté, berné ; on l’a fort maltraité.
Le voilà bien accommodé. Se dit par raillerie d’un homme qui s’est enivré ou battu, et qui est dans un état à ne pouvoir paroître.

Accommoder au beurre noir

(La Rue, 1894) : Pocher l’œil d’un coup de poing.

Accommoder quelqu’un à la sauce piquante

(Delvau, 1867) : v. a. Se moquer de lui, — et même se livrer sur sa personne à des voies de fait désagréables.

(Rigaud, 1881) : Relever les ridicules de quelqu’un avec le filet de vinaigre de la parole, comme les cuisinières relèvent une sauce avec un filet de vinaigre plus ou moins d’Orléans. Déjà au XVIIIe siècle, accommoder avait le sens de maltraiter. — Je l’ai pas mal accommodé à la sauce piquante. — Ça ne m’étonne pas, il est assez cornichon pour ça.

Accommoder quelqu’un au beurre noir

(Delvau, 1867) : v. a. Lui pocher les yeux à coups de poing.

Accommoder une femme

(Delvau, 1864) : La baiser convenablement de manière qu’elle ne réclame pas — à moins qu’elle ne soit trop gourmande.

Mon drôle met pied à terre, descend la demoiselle, et l’accommode de toutes pièces.

D’Ouville.

Accomoder

(France, 1907) : Faire l’acte qui perpétue les races ; vieux français.

Mon drôle met pied à terre, descend la demoiselle, et l’accommode de toutes pièces.

(D’Ouville.)

On disait aussi Accomplir :

Elle aimait son mari pour le bien et aise qu’elle avait eu d’être accomplie.

(Béroalde de Verville.)

Accomplir son désir

(Delvau, 1864) : Faire l’acte copulatif, qui est et sera l’éternelle desiderium de l’humanité — mâle et femelle.

Il disait à ses gens de la tenir par les bras, tandis que Robin accompliroit son désir.

Ch. Sorel.

Accord

(d’Hautel, 1808) : Il est de tous bons accords. Signifie il est d’une humeur égale et facile, il condescend volontiers à tout ce qui peut plaire à ses semblables.

Accordailles

(d’Hautel, 1808) : Cérémonies dont on fait précéder ordinairement la signature d’un contrat.
On dit, pour révoquer en doute une union projetée, que Les accordailles ne sont point encore signées. Il est du bon ton de dire Les accords.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de fiançailles ; il y a toutefois une légère nuance : elles se font généralement sans le secours du maire ; les conjoints ne sont pas liés par l’écharpe municipale (Argot du peuple). N.

Accordéon

(Delvau, 1867) : s. m. Chapeau Gibus, — dans l’argot des faubouriens, par allusion au soufflet placé à l’intérieur de ce chapeau. Se dit aussi d’un chapeau ordinaire sur lequel on s’est assis par mégarde.

(Rigaud, 1881) : Chapeau à claque, chapeau sur lequel on s’est assis avec ou sans intention.

T’es pas un frère ! tu m’as mis mon chapeau en forme d’accordéon.

(Le Triboulet du 22 fév. 1880.)

(France, 1907) : Chapeau gibus.

Accorder

(d’Hautel, 1808) : Accorder ses flûtes. Faire ses préparatifs, se mettre en mesure pour l’accomplissement d’un dessein quelconque.
Ils s’accordent comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où le mari et la femme se querellent, se disputent continuellement ; et par extension, de toutes personnes dont les caractères sont incompatibles.

Accorder sa flûte

(Delvau, 1864) : Se préparer à l’acte vénérien ; bander, — la pine de l’homme étant l’instrument dont les femmes connaissent le mieux l’embouchure et dont elles jouent le plus savamment, soit avec la langue, soit avec les doigts, soit avec le cul.

Allons, mon bel ami, accordez votre jolie petite flûte.

Durand

Mais Jeannot plus se délectait
D’accorder sa flûte avec elle.

Théophile.

Accorder ses faveurs

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme qui ouvre son cœur, ses bras et ses cuisses à un homme pour qu’il use et abuse de cette ouverture.

Ne sera-ce qu’une déclaration de sentiment ? Faudrait-il lui accorder les faveurs ?

La Popelinière.

Accordeur de flûtes

(La Rue, 1894) : Juge de paix.

(Virmaître, 1894) : Juge de paix (Argot du peuple). V. Baton.

Accordeur de la camarde

(Rigaud, 1881) : Le bourreau, lorsqu’il procède à la toilette du condamné à mort.

Accordeur de pianos

(Rigaud, 1881) : Libertin qui prend la taille des femmes pour un clavier, et qui pince, tapote et palpe comme s’il promenait ses doigts sur les touches d’un piano.

Accordeux

(France, 1907) : Qui arrange un mariage ; patois du Centre.

Accoster

(d’Hautel, 1808) : S’accoster de quelqu’un. Le hanter, le fréquenter, avoir des relations étroites avec lui, Ce verbe ainsi construit, se prend toujours en mauvaise part, et signifie s’associer à une personne d’une conduite suspecte.

Accotoir

(d’Hautel, 1808) : Faire de quelqu’un son accotoir. Abuser de sa complaisance, de sa trop grande bonté, pour le surcharger de fonctions, pénibles et désagréables.

Accouchée

(d’Hautel, 1808) : Les caquets de l’accouchée. Babil, conversation des femmes entr’elles, lorsqu’elles visitent une accouchée.
Faire l’accouchée. Locution goguenarde : se tenir au lit par oisiveté et mollesse.

Accoucher

(d’Hautel, 1808) : Il est enfin accouché de cet ouvrage. Se dit par ironie de quelqu’un qui a mis un temps considérable à faire une chose qui n’offroit aucune difficulté.
Accouche-donc. Manière impérieuse et piquante de dire à un homme qui bégaye, à un bavard dont l’entretien ennuie, d’en venir promptement au fait.

(Delvau, 1867) : v. n. Avouer, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Se décider à parler. — Mettre au monde une œuvre d’art, souvent d’autant plus mauvaise que l’accouchement a été plus laborieux.

(La Rue, 1894) : Avouer à la Justice.

(Virmaître, 1894) : Avouer, parler. Quand un prévenu garde un mutisme obstiné, les agents chargés de le « cuisiner » lui disent : Accouche donc, puisque c’est le même prix (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Avouer. — Un individu accouche lorsqu’on lui fait avouer une chose qu’il ne voulait pas dire.

(Hayard, 1907) : Avouer.

(France, 1907) : Avouer, se décider à faire une chose pénible ; argot populaire.

Le peuple ne se sert-il pas du mot accoucher pour faire sentir et la peine qu’on a à se défaire d’une chose quelconque, et la difficulté qu’on éprouve quelquefois à s’exprimer ?

(Charles Nisard.)

Accoucher de quelque chose

(Delvau, 1867) : Divulguer un secret ; faire paraître un livre ; prendre un parti.

Accouffler (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’accroupir, s’asseoir sur les talons, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot aux patois du Centre, où l’on appelle couffles des balles de coton, sièges improvisés. On dit aussi s’accrouer.

Accoufler

(France, 1907) : S’accroupir, argot populaire ; du mot couffles, petits sièges dont on ce sert dans les département du centre.

Accouplée

(Hayard, 1907) : Tribade.

Accouplées

(Virmaître, 1894) : Expression qui désigne dans un monde spécial les habituées du Rat Mort, de la Souris ou du Hanneton, deux femmes qui s’aiment avec une ardente passion et en conséquence détestent les hommes (Argot des filles). V. Gougnottes. N.

Accouplement (l’)

(Delvau, 1864) : L’acte copulatif, qui accouple souvent un jeune homme avec une vieille femme, un vieillard avec une jeune fille, un libertin avec une presque pucelle, une bête avec un homme d’esprit.

À tout prix je voulus la renvoyer chez elle ;
Mais elle résista, — ce fut mon châtiment,
Et jusqu’au rayon bleu de l’aurore nouvelle,
J’ai dû subir l’horreur de notre accouplement.

Henri Murger.

Accoupler (s’)

(Delvau, 1864) : Faire l’œuvre de chair, qui consiste dans une conjonction de deux créatures de sexes différents.

Il en est de certaine hommes comme des animaux ; ils n’aiment pas, ils s’accouplent aux femmes, qui pour eux ne sont que des femelles.

Baron Wodel.

Accoutrement

(d’Hautel, 1808) : Pour vêtement ; ornement bizarre et ridicule.

Accoutrer

(d’Hautel, 1808) : Accoutrer quelqu’un de toutes pièces. Voy. Accommoder.

Accoutumer

(d’Hautel, 1808) : Il est accoutumé à cela comme un chien d’aller nu-tête. Comparaison basse et burlesque, qui équivaut à, il a une grande habitude de ce travail ; il le fait sans effort, sans y penser le moins du monde.

Accroc

(d’Hautel, 1808) : Il y a bien un autre accroc à cette affaire. Signifie qu’il ’y est survenu de grands obstacles qui en empêchent le succès.

Accroc au mariage (faire un)

(Delvau, 1864) : Faire son mari cocu ; donner une rivale à sa femme.

Mais quand tu s’ras dans ton ménage,
Faut pas pour ça t’ priver d’amant,
Car les accrocs faits au mariage,
C’est du nanan.

E. Debraux.

Accroche-cœurs

(Delvau, 1864) : Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche — dans leur pantalon.

Sur nos nombreux admirateurs
Dirigeons nos accroche-cœurs.

Louis Festeau.

(Larchey, 1865) : Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie. Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris, — selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.

(Rigaud, 1881) : Mèche de cheveux que les souteneurs de barrière portent plaquée sur la tempe, coiffure qu’ils affectionnent : d’où le surnom donné au souteneur lui-même.

(France, 1907) : Petite mèche de cheveux formant boucle sur les tempes, autrefois fort à la mode chez les Espagnoles. On appelle également ainsi les touffes plus grossières que ramenaient au-dessus des oreilles les jeunes souteneurs et plus vulgairement appelées rouflaquettes.

Accrocher

(d’Hautel, 1808) : Il est accroché à un clou par terre. Facétie, pour dire qu’un objet quelconque que l’on croyoit avoir bien rangé, est tombé et traîne à terre.
Il a été accroché à la lanterne. Terme révolutionnaire ; pour, on l’a pendu à la lanterne.
Il s’est laissé accrocher en chemin. Pour, il s’est laissé entrainer à une partie de plaisir sur laquelle il ne comptoit nullement.
Cette affaire est accrochée. C’est-à-dire, retardée, suspendue par quelqu’opposition.
Belle fille et méchante robe trouvent toujours qui l’accroche.
S’accrocher. Se battre, se prendre aux cheveux, à la manière des porte-faix.

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien — pendant lequel l’homme est accroché à la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques minutes.

Et elle rit quand on parle d’accrocher.

(Moyen de parvenir.)

Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la mousse.

Em. Durand.

(Larchey, 1865) : Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe.

Ah ! les biblots sont accrochés.

De Montépin.

Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir. S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.

(Delvau, 1867) : v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Mettre un objet au Mont-de-Piété. Il est accroché au clou.

(La Rue, 1894) : Mettre un objet au Mont-de-Piété.

(France, 1907) : Mettre en gage.

Êtes-vous entrés quelquefois dans un de ces nombreux bureaux de prêt qu’on désigne aussi sous le nom de ma tante ? Non. Tant mieux pour vous. Cela prouve que vous n’avez jamais eu besoin d’y accrocher vos bibelots et que votre montre n’a jamais retardé de cinquante francs.

(Frérault, La Vie de Paris.)

Prendre par ruse. Se dit également pour consigner un soldat, le retenir au quartier.

Accrocher son paletot

(Virmaître, 1894) : Voleur qui, chez le juge d’instruction, farde la vérité. Mot à mot : Mentir (Argot des voleurs). N.

Accrocher un paletot

(Rigaud, 1881) : Mentir — dans le jargon du peuple. L’ouvrier qui a accroché son paletot au Mont-de-Piété n’annonce pas toujours bien exactement à sa ménagère le prix de l’engagement. Il escamote souvent une petite pièce au profit du marchand de vin.

(La Rue, 1894) : Mentir.

Accrocher, agrafer, amarrer

(Hayard, 1907) : Arrêter, aborder quelqu’un.

Accrocs

(La Rue, 1894) : Mains.

Accropetonner (s’)

(France, 1907) : S’accroupir, se mettre à cropetons ; patois du Centre.

Accrouer (s’)

(France, 1907) : S’accroupir, s’asseoir sur les talons. Vieux français conservé dans le Centre et l’Ouest.

Accureuse

(Virmaître, 1894) : Commode (Argot des voleurs). N.

Achailler

(France, 1907) : Poursuivre à coups de pierres. Mot angevin, de chail, pierre ; cail dans le Nord. Voir Acailler.

Achanter

(France, 1907) : Poser de côté, mettre sur chant. Achanter une brique, une planche.

Achar

(France, 1907) : Voir Autor.

Achar (d’)

(Larchey, 1865) : Avec acharnement. V. Autor.

Achate

(Hayard, 1907) : Ami.

Ache

(France, 1907) : Abeille. Achères, lieu où l’on élève les abeilles.

Acheter

(d’Hautel, 1808) : Qui bon l’achète bon le boit. Veut dire que, pour boire de bon vin, il faut y mettre le prix. On étend aussi ce proverbe à toutes les choses d’un usage habituel.

(Rossignol, 1901) : Se moquer de quelqu’un est l’acheter.

As-tu fini de m’acheter, sans quoi je vais me fâcher.

Acheter chat en poche

(France, 1907) : Conclure légèrement un marché sans avoir examiné l’objet qu’on achète. Un paysan retors mit un chat dans un sac — poke — mot saxon dont nous avons fait poche, — et le vendit sur le marché comme cochon de lait à un benêt ou un ivrogne qui acheta de confiance et ne s’aperçut de la duperie qu’après la disparition du filou. Acheter le chat pour le lièvre, dit-on encore.

Acheter quelqu’un

(Virmaître, 1894) : Se moquer, lui faire croire des choses insensées, se payer sa tête. Mot à mot : prendre un individu pour un imbécile. Acheter à la course, voler en passant un objet quelconque à un étalage (Argot du peuple).

(France, 1907) : Le tourner en ridicule, se moquer, se payer sa tête.

Acheter une conduite

(Delvau, 1864) : Se ranger après avoir été très dérangée par les michés ; épouser un seul homme après avoir été mariée au genre humain.

Les filles qui ont fait des économies en suant le plus possible du con, peuvent seules s’acheter une conduite ; il y a des messieurs qui ne sont pas plus délicats que Vespasien et qui, comme cet empereur, prétendent que l’argent n’a pas d’odeur.

A. François.

Acheteur

(d’Hautel, 1808) : Il y a plus de fous acheteurs que de fous vendeurs. Signifie que les vendeurs ne sont jamais dupes des marchés qu’ils font, parce qu’ils connoissent tous les défauts de leurs marchandises.

Achetoir ou achetoires

(France, 1907) : Argent ; argot des voleurs.

Achetoires

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Argent, — dans le même argot [des filles].
Maurice Alhoy trouvait le mot trivial. Il est au contraire charmant et bien construit. Montaigne n’a-t-il pas écrit : « Je n’ai pas de gardoire » ? Garder, gardoire ; acheter, achetoires.

(Virmaître, 1894) : Monnaie. Cette expression est très usitée dans le peuple. Le père ne travaille pas, tout est au mont-de-piété, pas de feu dans le poêle, l’enfant pleure :
— Maman, maman, j’ai froid, j’ai faim.
— Mon pauvre petit, je n’ai pas d’achetoires (Argot du peuple).

Achetoirs

(Rossignol, 1901) : Argent.

Si j’avais des achetoirs je me paierais un complet.

Achever

(d’Hautel, 1808) : Amincir. Approprier. Assortir. Aucun de ces verbes n’est susceptible d’augmentation. Néanmoins une pratique vicieuse les fait construire avec la particule réduplicative. Les locutions suivantes sont, pour ainsi dire, consacrées par l’usage :
Je racheverai cet ouvrage un autre jour.
Il commence à se rapproprier.
Il aura de la peine à rassortir cette étoffe.
Au lieu de dire : J’Acheverai cet ouvrage ; il commence à s’Approprier ; il aura de la peine à Assortir ; etc.
Voilà pour l’achever de peindre. Se dit par raillerie d’un homme accablé d’infortunes, à qui il survient, quelques nouveaux malheurs ; d’un buveur, qui après avoir pris plus dc vin qu’il n’en peut supporter, se met encore à boire ; d’un valétudinaire qui commet quelqu’extravagance pernicieuse à sa santé.

Achever un homme

(Delvau, 1864) : Le sucer, ou le branler, ou le faire piner tellement, dans la même soirée, qu’il tombe épuisé sur le flanc comme un lapin. — Les anciens avaient le même verbe ; ils disaient, soit : peragere viros ; soit : ex haurire crebro concubitu.

Tu l’as éreinté, ton homme ; encore un coup, et tu l’achèveras.

Lemercier de Neuville.

Acœurer

(Delvau, 1867) : v. a. Accommoder, arranger de bon cœur. Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Y aller de bon cœur. Assommer un individu, l’accommoder à la sauce pavé, le frapper avec entrain (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Faire un chose de bon cœur, s’accomoder avec quelqu’un ; argot des voleurs.

Acolyte

(d’Hautel, 1808) : Pour associé, fauteur, compagnon.

Acoquiner

(d’Hautel, 1808) : Le feu du poêle acoquine. C’est-à-dire, attire, rend frileux ceux qui s’en approchent.
S’acoquiner. S’attacher, se complaire, prendre goût à quelque chose.

Acoquiner (s’)

(Rigaud, 1881) : Vivre en état de concubinage. Mot à mot : vivre avec une coquine.

Il se faisait pitié maintenant à lui-même, en pensant qu’il avait été jusque-là assez bon enfant pour rester acoquiné avec une ouvrière.

(Vast-Ricouard, Le Tripot, 1880.)

Acquérir

(d’Hautel, 1808) : Je vous suis tout acquis. Pour, je vous suis entièrement dévoué.
Ce verbe offre quelques difficultés pour les personnes à qui la conjugaison n’en est pas familière ; il n’est pas rare d’entendre dire : J’Acquererai, nous Acquérerons, etc. C’est acquerrai, acquerrons qu’il faut dire.

Acquêt

(d’Hautel, 1808) : Il n’y a pas de plus bel acquêt que le don. Proverbe qui signifie qu’il n’y a point de bien plus agréablement ni plus légitimement acquis que celui qui est donné.

Acquit

(d’Hautel, 1808) : Par manière d’acquit. Sans faire semblant de rien, négligemment ; sans avoir l’air d’y toucher.
Tâchez de savoir cela par manière d’acquit. C’est-à-dire finement, avec subtilité.

Acquitter

(d’Hautel, 1808) : Il se ruine à promettre ; mais il s’acquitte à ne rien tenir. On rencontre dans la société bon nombre de ces gens officieux qui réalisent ce proverbe dans tous ses points.

Acré

(Rigaud, 1881) : Paix ! Silence ! Exclamation lancée à l’atelier, soit pour avertir les camarades de se taire ou de se méfier, soit pour annoncer l’entrée du patron. — Quand il y a de l’acrè, ça va mal, le patron n’est pas content. C’est une abréviation de sacré nom d’un chien ou de sacré nom de n’importe quoi.

(Rossignol, 1901) : « Sauvons-nous, il y a du pet, voilà les rateaux. »

Acré, acrée ou acrie

(France, 1907) : Méfiance, attention !

Acrée donc !

(Delvau, 1867) : Cette interjection, qui signifie « Tais-toi ! » se jette à voix basse pour avertir qu’un nouvel arrivant est ou peut être suspect. On dit aussi Nibé donc !

(France, 1907) : Tais-toi.

Acrée ou Acrie

(Delvau, 1867) : s. f. Méfiance, cousine germaine de l’acrimonie. Même argot [des voleurs].

Acrée ou acrier ou acré

(Virmaître, 1894) : Méfie-toi, prends garde, il y a du pet (danger), voilà la rousse (Argot des voleurs).

Acrée, Aczay !

(La Rue, 1894) : Méfiance. Acrée donc ! Méfie-toi ! Tais-toi.

Acreniller (s’)

(France, 1907) : Se rider, former de petits angles, cesser d’être lisse, en parlant des prunes et autres fruits qui sèchent. Mot poitevin, saintongeais, etc., dérivé de crea, angle, cran.

(P. Malvezin.)

Acrès !

(Hayard, 1907) : Méfiance ! Chut ! Gare !

Acrie ou acré

(Halbert, 1849) : Méfiance.

Acrinquer (s’)

(France, 1907) : S’agripper à un angle de mur ou à un rocher pour monter. Mot de plusieurs dialectes et de même origine que s’acreniller.

(P. Malvezin.)

Acrobate

(Rossignol, 1901) : Aide déménageur employé à l’époque du terme dans les moments de presse.

Acte

(Delvau, 1864) : Coup tiré avec une femme, — par allusion sans doute à la chemise qu’on lève et qu’on abaisse, comme le rideau d’un théâtre, avant et après chaque acte. Plus il y a d’actes, plus le vaudeville amuse la femme — qui se garde bien de siffler.

Quand nous en arriverons à l’acte, je te prouverai, carogne, que les petits en ont plus gros que les grands.

Em. Durand.

Actéoniser

(Delvau, 1864) : Tromper son mari.

Une marchande qui dès le lendemain de ses noces a actéonisé son mari.

(Les Caquets de l’accouchée.)

(France, 1907) : Tromper son mari, à cause des cornes qui poussèrent à Actéon, changer en cerf lorsqu’il surprit Diane au bain. Vieux style.

Une marchande qui, dès le lendemain de ses noces, a actéonisé son mari.

(Les Caquets de l’accouchée.)

— Vous me voyez très inquiète, ma chère Mathilde… mon mari a des migraines affreuses… il souffre comme si son front allait éclater…
— Rassurez-vous, j’ai été marée deux fois et je connais cette maladie… c’est le bois qui travaille !

Acteur

(Virmaître, 1894) : La tournure que portent les femmes pour faire bouffer leur robe. Celle tournure est ainsi nommée parce qu’elle est au-dessus du trou du souffleur (Argot du peuple). N.

Acteur (l’)

(Delvau, 1864) : L’homme qui joue le rôle d’amoureux dans la comédie à deux personnages dont l’auteur a désiré garder l’anonyme, et qui porte pour titre : La Fouterie.

Lui, un acteur ! dit la dame, qui savait à quoi s’en tenir sur le jeu secret du sire. C’est un cabotin vulgaire, plutôt, qui s’est usé en jouant avec des drôlesses.

Léon Sermet.

À peine fut cette scène achevée.
Que l’autre acteur par sa prompte arrivée,
Jeta la dame en quelque étonnement.

La Fontaine.

Acteur-guitare

(Delvau, 1867) : s. m. Acteur qui ne varie pas assez ses effets et n’obtient d’applaudissements que dans certains rôles larmoyants, par exemple Bouffé et Mme Rose Chéri. Argot des coulisses.

(France, 1907) : Acteur qui donne toujours la même note, qui n’a qu’une corde à son arc.

Acteuse

(Fustier, 1889) : « Cette petite variante me fit trouver le mot acteuse qui, depuis, a été naturalisé dans l’argot parisien. Nana n’est pas une actrice, c’est une acteuse. Elle a une ligne, du chic et non du talent. On ne l’entend pas, on la voit. L’acteuse est entière dans cette nuance. »

(Champsaur : Évènement, février 1887.)

Actif

(Virmaître, 1894) : Ne se prend pas, dans le monde où ce mot est employé, dans le sens d’activité. Il veut dire que l’actif est l’amant du passif (Argot des pédérastes). V. Passif.

Action (l’)

(Delvau, 1864) : Le jeu de la pine et du con, — qui est l’action par excellence.

Arrivons tout de suite à l’action, veux-tu ?

La Popelinière.

Et puis l’action ordinaire
Est si sale après la façon.

Théophile.

Action fréquente (l’)

(Delvau, 1864) : La fouterie, qui est la chose que l’on fait le plus souvent quand on est jeune, vigoureux et bien membré.

Il concède indulgence plénière à tous les religieux de l’ordre de nature, de corps véreux que la débilité de l’âge ou l’action fréquente causera.

Mililot.

Action honteuse (l’)

(Delvau, 1864) : La fouterie, dont rougissent le plus en public les gens qui la font le plus sans vergogne en particulier.

L’œil pour regarder l’action honteuse avec une chaleur vive et représenter à la personne aimée l’image du plaisir de son âme…

Mililot.

Actionnaire

(Delvau, 1867) : s. m. Homme crédule et simple, qui s’imagine que tout ce qu’on lui raconte est arrivé, que toutes les offres qu’on lui a faites sont sincères, etc. Argot des gens de lettres.

(France, 1907) : Homme crédule et facile à duper comme quantité d’actionnaires, ceux du Panama par exemple ; argot des journalistes, qui prêtent trop souvent la main à cette sale besogne qui, d’après les récents scandales, rapporte gros.

Actuaire

(France, 1907) : Bien que ce mot soit français, il ne se trouve pas dans Littré. La profession d’actuaire est peu connue ; voici en quoi elle consiste : l’actuaire est le comptable versé dans le maniement des chiffres et les calculs arithmétiques. C’est lui qui établit les tables de mortalité pour les compagnies d’assurances sur la vie et détermine la proportion des primes à payer pour tous les sinistres.

Ad nutum

(France, 1907) : À la volonté, à la fantaisie, sur un signe.

Un directeur dans son cabinet, c’est un souverain sur sou trône, aucuns disent aussi un sultan dans son harem. Pour les auteurs, il est le dispensateur de la gloire et de la fortune. De son goût et de son caprice peut dépendre la destinée d’un homme. Il gouverne despotiquement tout un monde d’artistes, de figurants, d’employés, de machinistes et ce monde doit lui obéir ad nutum.

(Henri Fouquier.)

Ad patres

(d’Hautel, 1808) : Expression latine qui signifie Vers ses pères.
II y a longtemps qu’il est ad patres.
Pour dire il est mort depuis long-temps.
Envoyer quelqu’un ad patres. L’envoyer promener ; l’envoyer paître.

Addition

(Larchey, 1865) : Carte à payer.

C’est l’addition même de l’un de ces repas-là.

Delvau.

Ce néologisme fort juste s’explique de lui-même.

(Delvau, 1867) : s. f. Ce que nos pères appelaient la carte à payer, ce que les paysans appellent le compte, et les savants en goguettes le quantum.

(Rigaud, 1881) : Carte à payer chez le restaurateur, le total des objets de consommation.

Les gens qui suivent les modes disent l’addition.

(Eug. Wœstyn, Physiologie du dineur.)

On n’a jamais souffert que le mot addition fût prononcé au Café de Paris. C’est ce que les gens bien élevés appellent la carte.

(Nestor Roqueplan, Parisine.)

Malgré l’indignation de Nestor Roqueplan, le mot addition a prévalu ; il est généralement employé par quatre-vingt-dix-neuf consommateurs sur cent.

Adieu

(d’Hautel, 1808) : Adieu, bon soir. Proposition explétive, pour, en voilà assez ; taisez-vous.
Adieu paniers, vendanges sont faites. Pour dire qu’il n’est plus temps de faire une chose, que la saison en est passée, ou qu’on ne s’en soucie plus.
Adieu, vous dis. Se dit à quelqu’un qui ennuie et que l’on veut congédier.

Adipeux

(Merlin, 1888) : Nom donné au vétérinaire, — du tissu ainsi appelé.

Adjectiver quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Lui adresser des injures, qui ne peuvent être en effet que des adjectifs.

(France, 1907) : Lui lancer des injures.

Adjoint

(Rigaud, 1881) : Valet de bourreau, par euphémisme.

M. Roch (l’exécuteur des hautes œuvres) dit : Mon adjoint.

(Imbert.)

(France, 1907) : Aide du bourreau ; argot des voleurs.

Adjudant (tremper un)

(Merlin, 1888) : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour les cuisiniers en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont, pour divers motifs, le plus d’intérêt à satisfaire. Aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut rechercher l’origine de cette expression ?

(Fustier, 1889) : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d’intérêt à satisfaire ; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut chercher l’origine de cette expression ?

(Merlin, La langue verte du troupier.)

(France, 1907) : Tremper un morceau de pain dans le premier bouillon, ce que font généralement toutes les cuisinières ; argot militaire.

Adjudant de manège

(Rigaud, 1881) : Garde manège, par ironie, dans le jargon des soldats de cavalerie.

Adjuger une banque à un opérateur

(Fustier, 1889) : Argot de cercle. Voler ou tricher au jeu. (V. Revers.)

Administrer une douche

(Delvau, 1864) : Faire pleuvoir le sperme dans le cul brûlant de la femme, — cette adorable folle dont nous sommes tous fous.

Le dieu des jardins en ce lieu
Une heureuse douche administre.

(Le Cabinet satyrique.)

Je lui administrai une douche qui l’inonda et la fit crier comme à Panurge : Je naye, je naye, je naye !

Baron Wodel.

Adonnés

(France, 1907) : Amants, qui se sont donnés l’un à l’autre. Patois normand.

On contait qu’ils avaient été adonnés dans leur jeunesse : c’est-à-dire qu’ils s’étaient aimés sans passer sous le clocher.

(Hugues Le Roux.)

Adorable

(d’Hautel, 1808) : C’est adorable ! Phrase exclamative que les freluquets, les pédans, les petits maîtres de Paris ont continuellement à la bouche ; ils croyent avoir tout dit quand ils ont prononcé, avec une affectation ridicule : C’est adorable !

Adorer

(d’Hautel, 1808) : Adorer le veau d’or. Faire la cour, flatter bassement un homme dont tout le mérite consiste dans la fortune et les emplois.

Adresse

(d’Hautel, 1808) : Un bureau d’adresse. Investigateur, entremetteur qui se fait une occupation de recueillir toutes les anecdotes du quartier, et auquel on s’adresse pour avoir des renseignemens sur tout ce qui s’y passe.

Adresser

(d’Hautel, 1808) : Il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints. Pour dire qu’on obtient plus facilement une faveur en s’adressant directement au maître qu’à ses subdélégués.

Adroit

(d’Hautel, 1808) : Il est adroit de ses mains comme un cochon de sa queue. Comparaison triviale et satirique que l’on fait en parlant d’un homme gauche et maladroit dans tout ce qu’il fait, qui ne peut venir à bout des choses les plus ordinaires. On dit aussi d’une manière moins incivile et dans le même sens : Il est gauche des deux mains.
Un tout-adroit. Espèce de juron qui équivaut à jeanfesse, et qui sert à déguiser un mot beaucoup plus grossier encore.

Adroit comme un prêtre normand

(France, 1907) : Maladroit, gaucher. Cette ironie proverbiale vient de ce que saint Gaucher était prêtre en Normandie. Elle porte simplement sur l’équivoque de gaucher avec le nom du saint.

Adroit du coude

(Delvau, 1867) : adj. m. Qui a plus l’habitude de boire que celle de travailler. Argot du peuple.

(France, 1907) : Amoureux de la bouteille, ayant plus l’habitude de lever le coude pour boire que pour travailler.

Adroite en amour (être)

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme ou d’une fille qui connaît sur le bout du doigt et de la langue l’art de faire jouir les hommes.

Adroite en amour,
Elle y sait plus d’un tour.
C’est une aisance !
Une indécence !
L’on croit voir une femme de cour !

Collé.

Aff

(un détenu, 1846) : Eau-de-vie.

(Larchey, 1865) : Abrév. d’Affaire. — V. Débiner.

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Apocope d’Affaires, — dans l’argot des petites dames.

(La Rue, 1894) : Affaire. Vie. Âme.

(France, 1907) : Apocope d’affaires. Maquiller une aff, machiner un coup. Avoir ses affs, avoir ses menstrues.

Aff (eau d’)

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie.

L’affe pour la vie est de la plus haute antiquité. Troubler l’affre a fait les affres, d’où vient le mot affreux, dont la traduction est ce qui trouble la vie.

(Balzac, La Dernière incarnation de Vautrin.)

D’après M. Lorédan Larchey, aff est l’abréviation de paf, qui désignait autrefois l’eau-de-vie.

Aff, affe (eau d’)

(France, 1907) : Eau-de-vie ; argot des voleurs. — Voir Tord-boyaux.

La v’là l’enflée, c’est de l’eau d’affe, elle est toute mouchique celle-là.

(Vidocq.)

Alfred Delvau pense que Aff, vie, vient de Affres, la vie des voleurs étant dans des affres perpétuelles. Il ne parle évidemment que des petits ; les gros voleurs, jouissant dans la quiétude de leurs rapines, meurent couverts d’honneurs et entourés de considération.

Affaire

(d’Hautel, 1808) : Monsieur tant affaire. Sobriquet qui signifie positivement un faiseur d’embarras, un charlatan.
Son affaire est dans le sac. Son affaire est faite. La première de ces locutions signifie qu’une affaire est conclue, terminée ; la seconde se dit d’une personne perdue, ruinée ; d’un criminel qui a subi sa sentence.
Faire ses affaires. Pour satisfaire à ses besoins naturels.
Les affaires font les hommes. Veut dire qu’un homme quelqu’inapte qu’il soit, devient habile dans un haut emploi.
Vous avez fait là une belle affaire. Se dit par ironie et par reproche à quelqu’un qui a commis quelqu’indiscrétion qui petit lui être nuisible.
À demain les affaires. Pour, nous verrons cela demain ; aujourd’hui ne pensons qu’à nous divertir.
Ceux qui n’ont point d’affaires s’en font. Signifie qu’il est dans la nature de l’homme de s’inquiéter, de se tourmenter, d’agir continuellement d’une manière ou d’autre.
Il entend ou il sait les affaires. Pour dire qu’un homme est habile et exercé dans les négociations ; qu’il se conduit avec prudence et selon les conjonctures.
Avoir affaire à la veuve et aux héritiers. Avoir de l’occupation par-dessus les yeux ; ne savoir auquel entendre ; être obligé de répondre à plusieurs personnes, à plusieurs parties divisées d’intérêts.

(Bras-de-Fer, 1829) : Vol.

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la femme.

Le grand cordelier ayant achevé son affaire.

(Moyen de parvenir.)

Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire
Femme qui vous surpasse en traite d’agilité.

(Cabinet satyrique.)

Pense que peut en cela faire
Qui se plait à l’affaire.

Jodelle.

Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que quand elle était à demi forcée et abattue.

Brantôme.

Dites-vous que l’amour parfait
Consiste en l’amoureuse affaire.

Théophile.

Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.

Protat.

Mon cher ami, j’ai l’habitude
De me couvrir, en me baignant,
D’un sac qui me cache et me serre
Des pieds jusques à l’estomac…
Parbleu ! c’est prudent, dit Voltaire,
Et votre affaire est dans le sac.

C. Fournier.

Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un poil de votre affaire ?

D’Ouville.

(Delvau, 1867) : s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Vol en perspective. — Affaire à la manque, procès.

(La Rue, 1894) : Vol ou assassinat. Affaire juteuse, affaire fructueuse.

(Virmaître, 1894) : Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).

Affairé

(d’Hautel, 1808) : Avoir l’air affairé. Paroître très préoccupé, très empressé ; faire l’homme d’importance.

Affaire (avoir son)

(Delvau, 1867) : Avoir son compte, soit dans un duel, soit dans un souper, — être presque tué ou presque gris. Argot du peuple.

Affaire (donner ou faire son)

(Larchey, 1865) : Tuer.

L’un d’eux doit m’faire C’te nuit mon affaire.

Désaugiers.

Avoir son affaire : Être ivre-mort.

Je propose l’absinthe… Après quoi j’avais mon affaire, là, dans le solide.

Monselet.

Avoir ses affaires : Avoir ses menstrues. V. Anglais.

Affaire (faire son)

(Rigaud, 1881) : Avoir reçu une blessure grave. — Être complètement soûl.

(Rigaud, 1881) : Battre quelqu’un, le tuer.

En attendant que Golo te fasse ton affaire.

(H. Crémieu et E. Tréfeu, Geneviève de Brabant.)

Au XVIIIe siècle on disait : ses affaires sont faites, pour : il est perdu, il est ruiné.

Affaire avec quoi l’homme pisse (l’)

(Delvau, 1864) : La pine, — un mot que n’osent pas avoir à la bouche les femmes qui ont le plus au cul la chose qu’il représente.

N’en as-tu pas vu quelqu’un qui pissât, et cette affaire avec quoi il pisse ?

Mililot.

Affaire chouette

(Clémens, 1840) : Vol bien fait.

Affaire dans le sac

(Rossignol, 1901) : Une affaire faite, une affaire terminée, est une affaire dans le sac.

Affaire de cœur

(Delvau, 1864) : Coucherie, — cor étant mis là pour cunnus.

Vous êtes en affaire ? me cria-t-il à travers la porte, pendant que j’accolais ma drôlesse et la suppéditais avec énergie, — Oui, répondis-je en précipitant mes coups, je suis en affaire… de cœur.

J. Le Vallois.

Affaire donnée

(M.D., 1844) : Vols que l’on exécute d’après le consentement et les renseignements de portiers ou de domestiques. Ces vols n’arrivent que trop fréquemment.

Affaire esbrouffée

(Clémens, 1840) : Vol manqué.

Affaire filée

(M.D., 1844) : Coup prémédité depuis longtemps.

Affaire juteuse

(Delvau, 1867) : s. f. D’un bon rapport. Argot des Mercadets.

Affaire Majeure

(Clémens, 1840) : Vol considérable.

Affaires

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Se dit de l’indisposition menstruelle des femmes. Argot des bourgeois.

Affaires (avoir ses)

(Delvau, 1864) : Avoir ses menstrues, qui sont toute une affaire, en effet.

Ce n’est pas le jour des affaires
Qu’il parait le plus affairé.

Eugène Vachette.

(Rigaud, 1881) : Avoir ses menstrues.

Affaires (manquer ses)

(Rigaud, 1881) : Perdre son temps avec un amant de cœur et négliger les amants sérieux, — dans le jargon des filles galantes.

Affaler

(Rossignol, 1901) : Tomber, coucher.

Je suis fatigué, je vais m’affaler sur mon pieu.
Du premier coup de poing, je l’ai affalé.

Affaler (s’)

(Delvau, 1867) : Tomber, — dans l’argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : S’échouer, s’étendre. S’affaler sur le pieu, se coucher, — dans le jargon du peuple. C’est un mot emprunté au vocabulaire des marins.

Affaler son grelot

(Virmaître, 1894) : Se taire. Dans le peuple, on dit d’une femme bavarde qu’elle est un moulin à paroles. Quand elle bavarde trop bruyamment, on lui conseille de mettre du papier dans sa sonnette. L’image est fort juste, la sonnette ne tinte plus (Argot du peuple). N.

Affamé

(d’Hautel, 1808) : Un pou affamé. Épithète injurieuse et de mépris. Homme obscur et misérable, qui, parvenu à un emploi lucratif, travaille par des concussions et d’odieux monopoles à s’y enrichir promptement.
Ventre affamé n’a point d’oreille. Signifie qu’on entend difficilement raison quand on est pris par la faim.
Affamé comme un jeune levron. Qui a un appétit dévorant.

Affamée (l’)

(Virmaître, 1894) : La bouche. Allusion à la faim ou à la femme hystérique affamée de baisers (Argot des voleurs). N.

Affameur

(Hayard, 1907) : Exploiteur.

Affe

(Delvau, 1867) : s. f. La vie, — dans l’argot des voleurs, qui me font l’effet d’avoir à dessein confondu avec affres, leur existence étant un perpétuel effroi de la justice et des gendarmes. Eau d’affe. Eau-de-vie.

(Virmaître, 1894) : La vie. Les voleurs vivant dans des transes continuelles, comme le mourant, ils ont des affres. Affres en français signifie angoisses (Argot des voleurs). V. Affe.

Affe (l’)

(anon., 1827) : La vie.

(Bras-de-Fer, 1829) : La vie.

(Halbert, 1849) : La vie.

(Virmaître, 1894) : L’âme. Son affe se débine. Mot à mot : il rend l’âme (Argot des voleurs). N.

Affeur

(M.D., 1844) : Peureux.

Affiater

(France, 1907) : Tromper en flattant ; patois du Centre.

Affienter

(France, 1907) : Fumer une terre ; patois du Centre

Affilé

(d’Hautel, 1808) : Elle a le bec bien affilé. Manière de dire qu’une femme est caqueteuse et babillarde, quelle aime beaucoup à jaser. Le peuple de Paris dit Elle a le bec bien effilé.

Affiler le bandage

(Delvau, 1864) : Bander, — arrigere.

Ainsi que des amants temporels pigeonnaient la mignotise d’amour, affilant le bandage.

(Moyen de parvenir.)

Affluer

(La Rue, 1894) : Verser une somme d’argent.

Affoler

(Delvau, 1867) : v. a. Accabler de coups, blesser, endommager, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (à et fouler) et à la tradition : « Vous nous affolerez de coups, monsieur, cela est sûr » dit Rabelais. « Ce qui me console, / C’est que la pauvreté comme moi les affole » dit Mathurin Régnier.

(France, 1907) : Blesser, accabler de coups ; dérivé de l’italien affolare, qui a la même signification.

Affouement

(France, 1907) : Tiraillement. Embarras causé par plusieurs occupations à la fois.

Affouer

(France, 1907) : Tirailler, étourdir, faire perdre la tête, rendre fou. Patois du Centre.

Affouler

(France, 1907) : Accoucher avant terme, avorter. C’est un vieux mot dérivé comme le précédent d’affolare, et déjà passé chez nous au XVe siècle.

Lequel Frobert conseilloit à icelle femme qu’elle beust de la rue ou de l’eau ardente, et que c’estoit la chose au monde qui plustost laferoit affouler d’enfant.

(Lettre de remission de 1447.)

Tout semble, dit Charles Nisard, attester les rapports étroits qui existent entre affouler et abouler : rapports de son, rapports d’orthographe, rapport d’idée. Dans l’une comme dans l’autre, l’action qu’ils expriment est celle qui résulte de la pression et de la violence. Une femme affoule parce qu’on lui administre des drogues qui tuent son fruit et en précipitent l’issue ; un homme aboule, parce que l’objet qu’on veut de lui, on le lui extorque plutôt qu’on ne le lui demande, et qu’on le lui prendrait par force, s’il faisait mine seulement de le faire attendre. Le peuple ne se sert-il pas du mot accoucher pour faire sentir et la peine qu’on a à se défaire d’une chose quelconque, et la difficulté qu’on éprouve parfois à s’exprimer ?

Affourchée sur ses ancres

(Virmaître, 1894) : Fille publique qui renâcle sur le turbin pour faire tortorer son souteneur. Cette expression ancienne est fréquemment employée, car l’image est frappante. Affourchée, immobile comme le vaisseau amarré dans le port. Sur ses ancres, sur ses jambes. La fille ne trimarde pas (Argot des souteneurs).

Affourcher sur ses ancres (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Prendre du repos ; se retirer du service. Argot des marins.

(France, 1907) : Se retirer du service ou se reposer, dans l’argot des marins.

Affranchi

(Delvau, 1867) : s. et adj. Corrompu, qui a cessé d’être honnête. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Voleur que les remords n’empêchent pas de dormir, c’est-à-dire affranchi de tout scrupule.

(La Rue, 1894) : Homme perverti, n’ayant plus de scrupules. Voleur n’ayant plus de remords. Fagot affranchi, forçat libéré.

(Rossignol, 1901) : Quelqu’un que l’on a mis au courant d’une chose qu’il ignorait a été affranchi. — Un individu qui n’ignore rien est un affranchi.

(France, 1907) : Initié au vol, argot des voleurs ; affranchi des préjugés vulgaires, sans doute. Se dit aussi d’un condamné qui a purgé sa peine.

Affranchi (être)

(Virmaître, 1894) : Ne rien craindre. On dit dans le peuple d’une fille qui a perdu son capital : elle est affranchie (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Connaître une question, ne rien craindre.

Affranchir

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Initier.

(Larchey, 1865) : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales.

Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d’un voyou un grinche.

(Delvau, 1867) : v. a. Châtrer, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Couper.

(Rigaud, 1881) : Donner des leçons de vol à un novice. Pousser quelqu’un au vol, corrompre un témoin.

(Fustier, 1889) : Terme de joueur : On dit qu’une carte est affranchie lorsqu elle n’est plus exposée à être prise. J’ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame. — Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d’affranchissement.

(Virmaître, 1894) : Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol. S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).

(Virmaître, 1894) : Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque. Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Faire connaître à un complice les êtres d’une maison où l’on veut commettre un vol est l’affranchir.

(Hayard, 1907) : Débaucher.

(France, 1907) : Initié un adepte. Le débarasser de ses derniers scrupules. Se dit également pour châtrer. La châtré est en effet affranchi de certaines passions.

Affranchir un gonse

(Clémens, 1840) : Gagner quelqu’un.

Affranchisseur

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui rend hongres les animaux entiers. On dit aussi Coupeur.

(Virmaître, 1894) : Voleur qui pousse un honnête homme pressé par le besoin à voler (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Celui qui châtre.

Affranchisseux

(France, 1907) : Châtreur. Patois de l’Est et de l’Ouest.

Affres

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Reproches, — dans l’argot du peuple. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

(Rigaud, 1881) : Reproches, blâme.

(La Rue, 1894) : Reproches.

(France, 1907) : Reproches.

Affriander un homme

(Delvau, 1864) : Le tenter du gaillard péché de luxure en lui montrant un mollet bien tourné, une gorge bien ferme, des fesses bien blanches, etc.

Serais-je étonnée de te voir un caprice pour ces princesses-là (des fesses) ? Va, va, mon cher, elles en ont affriandé bien d’autres.

A. de Nerciat.

Affriolant

(d’Hautel, 1808) : Appétissant, ragoûtant ; rempli de charmes et d’attraits ; séduisant.

Affront (faire un)

(Delvau, 1864) : Débander juste au moment où il faut bander le plus roide, — seule impertinence que les femmes ne pardonnent pas.

Tournez en ridicule
Ceux qui n’avancent pas
Plus d’un pas,
Ou qui font
Un affront
Au second.

Collé.

Affronteux (chemin des)

(France, 1907) : Argot des paysans.

C’est le chemin qui détourne de la rue principale à l’entrée des villages et les côtoie à l’extérieur. On suppose que les gens qui craignaient de recevoir quelque affront mérité le prennent pour éviter d’être vus.

(G. Sand, La Mare au Diable.)

Affrusquer (s’)

(France, 1907) : S’habiller.

Affur

(un détenu, 1846) : Bien.

(Halbert, 1849) : Profit.

(Delvau, 1867) : s. m. Profit, — dans l’argot des voleurs.
Le mot vient en ligne droite de ad furem (même signification), qui vient lui-même du fur (voleur de nuit), de Cicéron.

(La Rue, 1894) : Bénéfice d’un vol. Argent d’avance sur un ouvrage, dans le jargon des ouvriers.

Affur ou affure

(Virmaître, 1894) : Profit, bénéfice.
— J’ai mon fade d’affure (part de vol ou d’une opération quelconque) (Argot des voleurs).

Affur, affure

(France, 1907) : Profits, bénéfices ; argot des voleurs. Avoir de l’affur, avoir de l’argent.

Quand je vois mon affure
Je suis toujours paré,
Du plus grand cœur du monde
Je vais à la profonde
Pour vous donner du frais.

(Vidocq.)

Ce mot vient évidemment du latin ad furem, qui vient lui-même de fur, larron de nuit. Se dit aussi d’une avance faite à un ouvrier.

Affurage

(France, 1907) : Profits d’un vol.

Affurage, affure

(Larchey, 1865) : Profit. — Affurer : Gagner (Vidocq). — De l’ancien mot furer : dépouiller. V. Du Cange.

Eh vite ! ma culbute, quand je vois mon affure, je suis toujours paré.

Vidocq.

Affurage, Affure

(Rigaud, 1881) : Bénéfice, — dans le jargon des voleurs.

Affure

(Rigaud, 1881) : Avance d’argent sur un ouvrage, — dans le jargon des ouvriers. — La variante est : Avoir du poulet.

(Rossignol, 1901) : Gain, bénéfice. Dans une partie de cartes, celui qui gagne affure.

(Hayard, 1907) : Profit, bénéfice, gain, licite ou non.

Affurer

(anon., 1827) : Triompher, tromper.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Triompher, tromper, amasser. Il affure d’auber, il amasse de l’argent.

(Bras-de-Fer, 1829) : Attraper, tromper.

(Halbert, 1849) : Triompher, tromper.

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper, faire un profit illicite.

(Rigaud, 1881) : Voler, réaliser un bénéfice, — dans l’ancien argot. Du latin fur, voleur.

(Virmaître, 1894) : Tromper, faire un profit illicite. A. D. Cette expression signifie : gagner. L’argent que les croupiers étouffent sur la cagnotte, les sous que l’enfant détourne d’une commission ; le conducteur d’omnibus qui oublie de sonner un voyageur, c’est de l’affure (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Le bénéfice que l’on a dans une affaire est affurer.

(France, 1907) : Tromper, faire des profits. Affurer de l’auber, gagner de l’argent.

En goupinant comme ça on n’affure pas d’auber.

(Vidocq.)

Affût

(d’Hautel, 1808) : Être à l’affut. Épier finement l’occasion de faire quelque chose ; être aux aguets.

Affut (d’)

(Delvau, 1867) : Rusé, malin, habile. Argot du peuple. On dit aussi homme d’affût.

Affût (être d’)

(Rigaud, 1881) : Être malin. — Un d’affût, un homme malin. Futé est resté dans le langage régulier.

(France, 1907) : Être rusé, malin, sur le qui-vive, avoir l’œil au guet.

Affut (homme d’)

(Larchey, 1865) : Malin, roué. — Vient du vieux mot affuster : viser, coucher en joue.

Affût (Homme d’)

(La Rue, 1894) : Malin, roué.

Affuté

(Rossignol, 1901) : Bien malade. Il est affuté : il n’a pas longtemps à vivre.

Affûté

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas bien affûté. Pour il n’est ni fin ni rusé ; ce n’est pas un grand sorcier.
Affûté ne se dit ordinairement que des outils que l’on affile sur une pierre.

Affuter

(Halbert, 1849) : Gagner.

(Virmaître, 1894) : Tromper. A. D. J’ignore où il a pu entendre que ce mot avait cette signification, il est pourtant depuis longtemps en usage dans le monde des ouvriers. Affuter un outil, le passer sur la meule pour le rendre tranchant. Quand, dans les ateliers, on embauche un ouvrier, il attend sa paye du samedi ou de la fin du mois pour être affuté, savoir ce qu’il gagnera (Argot du peuple). N.

Affûter

(Delvau, 1867) : v. a. Tromper quelqu’un, le surprendre. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Embaucher. — S’affûter, s’habiller. — Affûter ses pincettes, se préparer à sortir.

(France, 1907) : Tromper, prendre par ruse. Affûter ses pincettes, marcher ou courir. S’affûter le sifflet, boire.

Faut pas aller chez Paul Niquet
Si fois l’jour, s’affûter le sifflet.

(Chansons de P. Durand.)

Affuter (s’)

(France, 1907) : Se parer. Vieux français.

Servantes, pastourelles
C’est le mois d’mai,
Le mois d aimer ;
Affutez-vous, les belles,
De biaux rubans
Pour vos galants.

Affûter (ses crochets, ses crocs, ses meules, ses tabourets)

(Hayard, 1907) : Manger.

Affuter des pincettes (s’)

(Virmaître, 1894) : Courir, se sauver à grande vitesse (Argot des voleurs).

Affûter ses meules

(Rigaud, 1881) : Bien manger, bien jouer des mâchoires. Les meules sont les dents qui servent à broyer les aliments. Chez les misérables, elles broient trop souvent dans le vide. La variante est : Graisser ses meules.

Affûter ses pincettes

(Delvau, 1867) : Courir, ou seulement marcher. Argot des faubouriens.

(Hayard, 1907) : Danser.

Affûter, affurer

(La Rue, 1894) : Tromper. Gagner. Prendre.

Affutiau

(d’Hautel, 1808) : Bagatelle, brimborions : colifichets.
Il a mis tous ses affutiaux. Pour il s’est paré de ses plus beaux ornemens.

Affutiaux

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Bagatelles, brimborions quelconques, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté cette expression au patois des paysans.

(France, 1907) : Bagatelles, menus objets.

Affûtier

(France, 1907) : Braconnier qui chasse à l’affût.

Afistoler

(d’Hautel, 1808) : Verbe du vieux langage qui signifie ajuster ; orner, embellir. Le peuple dit rafistoler.

(Fustier, 1889) : Arranger.

Afrioler

(d’Hautel, 1808) : Affriander, aiguiser l’appétit ; accoutumer à la friandise ; séduire.

Afrognat

(France, 1907) : Moineau ; patois de la Sologne.

Afur

(M.D., 1844) : Bénéfice.

Agacer le sous-préfet

(Delvau, 1864) : Se masturber. — L’expression est tout à fait moderne, et fréquemment employée, quoique d’une étymologie difficile.

Agacer un polichinelle sur le zinc

(Virmaître, 1894) : On nomme polichinelle un verre d’eau-de-vie, environ un cinquième de litre, que certains pochards abrutis boivent sur le zinc. Il en est qui agacent jusqu’à cinq polichinelles dans une matinée (Argot du peuple). N.

Agaceur

(Fustier, 1889) : Boute-en-train, — argot de sport.

Agaillardir (s’)

(d’Hautel, 1808) : Pour se divertir, se mettre en belle humeur ; se réjouir, devenir plus libre, s’émanciper.

Agalir

(France, 1907) : Endurcir ; par extension, rendre insensible, cœur agali. Mot des départements du Nord, et de la même origine que gal et galet, pierre. Une autre forme moins répandue est agaler, en bourbonnais.

Aganter

(Rigaud, 1881) : Attraper au vol ; mot emprunté au provençal. C’est enganter avec changement de syllabe. — Aganter une claque, attraper un soufflet.

Agarcailler (s’)

(France, 1907) : Fréquenter les garçons. Expression du Centre.

Agasse

(France, 1907) : Pie. Idiome du Centre et du Midi. Margot l’agasse, Margot la pie

Agate

(Halbert, 1849) : Faïence.

(Delvau, 1867) : s. f. Faïence quelconque, — dans l’argot des voleurs.

(France, 1907) : Faïence ; argot des voleurs.

Agater

(Delvau, 1867) : v. n. Recevoir des coups, être pris, — étrenner de n’importe quelle façon. Argot des faubouriens.

(Rossignol, 1901) : Plaisanter, blaguer quelqu’un.

(France, 1907) : Recevoir des coups, être pincé. Même sens qu’écoper dans l’argot populaire.

Âge

(d’Hautel, 1808) : Un homme d’âge. Locution elliptique ; pour dire un homme avancé en âge ; un vieillard, un barbon.
S’il vit, il aura de l’âge. C’est-à-dire avec le temps, il acquerra de l’expérience.
L’âge n’est fait que pour les chevaux. Signifie, qu’on ne doit faire à personne reproche de son âge ; qu’un homme sage, vigoureux et sain, paroît toujours jeune.

Agenouillée

(Fustier, 1889) : Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n’a point fait fortune.

Pas de coin de rue qui n’ait maintenant sa douzaine d’agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.

(Évènement, août 1884.)

(Virmaître, 1894) : Fille du demi-monde et même du demi-quart qui a des aptitudes spéciales. L’expression est suffisamment expliquée par la position d’être agenouillée… pas sur les dalles d’une église pour prier le bon Dieu (Argot des filles). N.

(France, 1907) : Prostituée dont la spécialité s’indique d’elle-même.

Agent

(Delvau, 1864) : Celui qui agit : le doigt, le vit ou le fouteur. Ce mot s’emploie aussi pour les sodomites ; le nom d’agent appartient à celui qui encule par opposition au mot patient, donné à celui qui se fait enculer.

Mais en un mot, si Monrose, agent de plein gré, ne devint pas patient avec autant de résignation que le père, c’est que…

(Félicia.)

Agiot

(d’Hautel, 1808) : Faire l’agiot. Accaparer ; trafiquer sur l’or, l’argent, les effets publics, et particuliers ; faire un commerce illicite.

Agioteur

(d’Hautel, 1808) : Qui fait l’agiot, qui spécule sur les misères publiques.

Agir

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, — celui qui exige la plus grande dépense d’activité : Res, non verba !

Les poètes chantent la femme, les goujats la baisent ; les uns agissent pendant que les autres pensent : les goujats sont plus heureux que les poètes.

Baron Wodel.

Agita ou agoua

(Virmaître, 1894) : Eau. Corruption du mot latin aqua (Argot des voleurs).

Agneau

(d’Hautel, 1808) : Agneau de garce. Agneau de truie. Termes bas, ignobles, grossiers et fort insultans : le premier signifie un enfant de fille publique, et le second dit autant que goret, cochon.

Agnès

(Delvau, 1864) : Jeune fille embarrassée de son pucelage ; fausse ingénue qui affecte de croire que les enfants se font par l’oreille, bien que son petit cousin lui ait appris par quel autre endroit ils s’improvisent.

Je n’aime pas ces Agnès-là, je leur préfère des garces franchement déclarées.

Lireux.

Agnieu

(France, 1907) : Aujourd’hui ; patois normand,

Agnioux

(France, 1907) : Doux, caressant, plaintif ; d’où agniousetées, doléances, câlineries. Patois du Centre. C’est aussi les joyaux d’une mariée.

Agobille

(Delvau, 1867) : s. f. Outil, — dans l’argot des voleurs.

(France, 1907) : Outil de voleur.

Agobilles

(Rigaud, 1881) : Outils, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Les outils des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Outils employés par les malfaiteurs pour voler. Ce mot est très ancien (Argot des voleurs).

Agonant

(France, 1907) : Agaçant.

Oh ! ma petite compagnie, que tu deviens agonante !

(Willy, Claudine à Paris.)

Agonir

(d’Hautel, 1808) : Agonir quelqu’un de sottises. L’injurier, le honnir, l’invectiver de paroles sales et outrageantes.

(Delvau, 1867) : v. n. Accabler d’injures et de sottises. Argot des bourgeois et du peuple.
Ne serait-ce pas une corruption d’abonir, faire honte, un vieux verbe français encore employé en Normandie ainsi qu’agonir. On dit aussi Agoniser.

Agonir, agoniser

(Larchey, 1865) : Insulter. C’est l’agonizin des Grecs.

Je veux t’agoniser d’ici à demain.

Ricard.

Si bien que je fus si tourmentée, si agonie de sottises par les envieuses.

Rétif, 1783.

(France, 1907) : Insulter, accabler d’injures. Alfred Delvau pense que ce mot est une corruption d’ahonir, vieux verbe français encore employé en Normandie.

Agoraphobie

(France, 1907) : État maladif de certaines personnes qui ont la terreur du vide ou des espaces et qui tremblent à l’idée de parcourir une place, une rue, un lieu largement ouvert ; du grec agora, marché, place publique, et phobeô, je hais. Le contraire est la claustrophobie.

Agoua

(Delvau, 1867) : s. f. Eau, — dans l’argot des canotiers, qui parlent espagnol (agua) on ne sait pas pourquoi.

(Rossignol, 1901) : Eau ou aqua. Mot espagnol devenu arabe ; ce que l’on nomme du sabir. Ce mot a été rapporté par les Parisiens envoyés aux bataillons d’infanterie légère d’Afrique où vont tous les jeunes gens condamnés avant leur incorporation, de sorte que ces bataillons ne sont composés que de voleurs. Dans le temps, il n’y avait, dans ces bataillons, que des militaires condamnés par les conseils de guerre pour tout autre délit que pour vol, bris d’armes, vente d’effets, désertion, etc., etc. À cette époque celui qui avait servi aux Zéphirs ne s’en cachait pas.

(Hayard, 1907) : Eau (de l’espagnol agua).

(France, 1907) : Eau. Mot rapporté par les soldats d’Afrique, où il vient en ligne directe de l’espagnol agua.

Agouer

(France, 1907) : Rebuter, rassasier. Être agoué d’aliments, être agoué d’un métier, d’un travail. Cochon agoué, cochon gras, bon à tuer. S’agouer, tousser, s’étrangler en buvant de travers. Dérivé de goule, gorge. Patois du Centre.

Agouïller

(France, 1907) : Égorger, tuer. Patois du Centre.

Le jour de la Saint-Thomas
Agouïlle un cochon gras.

Agrafe

(Rigaud, 1881) : Main. — Serrer les agrafes, serrer les mains.

(France, 1907) : Main.

Agrafer

(Larchey, 1865) : Arrêter.

Le premier rousse qui se présentera pour m’agrafer.

Canler.

Agrafer : Consigner. Même sens qu’accrocher.

J’ai jeté la clarinette par terre, et il m’a agrafé pour huit jours.

Vidal, 1833.

(Delvau, 1867) : v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple. Se faire agrafer, Se laisser prendre.

(Fustier, 1889) : Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler.

C’est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d’agrafer cette nuit-là.

(Belot et Dantin : Le Parricide.)

(La Rue, 1894) : Arrêter.

(France, 1907) : Arrêter. Se faire agrafer, se laisser prendre. (Delvau.)

Agrafer, agriffer

(Rigaud, 1881) : Arrêter. Dérivé de griper, prendre avec avidité, agriper et agraper.

Agrément (avoir de l’)

(Rigaud, 1881) : Terme de coulisses pour signifier l’action d’être applaudi.

Mademoiselle Mars n’a pas eu d’agrément en voulant s’initier prêtresse de la muse tragique.

(Petit dictionnaire des coulisses, 1835.)

(France, 1907) : Se faire applaudir ; argot des coulisses. Se pousser de l’agrément.

Agrément (se pousser de l’)

(Rigaud, 1881) : S’amuser, passer un moment agréable. Quand on a massé toute la semaine, il faut bien un peu se pousser de l’agrément le dimanche.

Agrément de banque

(Rigaud, 1881) : Bénéfice réalisé dans la même journée à la Bourse. (Argot de la Bourse).

Agréments naturels

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Il arrive de province ce matin, et la fatigue du voyage fait un peu de tort à ses agréments naturels.

(Les Aphrodites.)

Agricher

(Rossignol, 1901) : Prendre, tenir.

Il se sauvait, je l’ai agriché par un abattis.

(France, 1907) : Accoster, saisir subitement.

Agriffer

(un détenu, 1846) : Saisir, empoigner, prendre au collet.

Agriffer (s’)

(d’Hautel, 1808) : Se rattraper à quelque chose par les griffes qui en style populaire signifient mains. Ce verbe ne s’emploie au propre qu’en parlant des animaux à griffes, comme les chats, etc.

Agrincheur

(France, 1907) : Filou.

Agrippe-rossignols

(France, 1907) : Vrilles de vigne.

…Ces cassants tire-bouchon verts que les gamins de tous pays, dans leur langage fait de poésie et de chimère, appellent des agrippe-rossignols.

(Paul Arène.)

Agripper

(d’Hautel, 1808) : Synonyme d’Acciper, prendre à la dérobée, avec finesse et subtilité tout ce qui se trouve sous la main.
On dit aussi à quelqu’un, pour l’avertir de retenir ce qu’on lui jette Agrippe cela.
Tâche d’agripper cette place. C. à d. fais ton possible pour t’en saisir, t’en emparer.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre à l’improviste, subitement. Argot du peuple. Signifie aussi filouter, dérober adroitement.

(France, 1907) : Même sens qu’agricher. S’agripper, en venir aux mains.

Agripper (s’)

(Delvau, 1867) : Se prendre aux cheveux avec quelqu’un.

Agrolle

(France, 1907) : Corbeau ; patois du Centre.

Agualuro

(Virmaître, 1894) : Jeter, bannir. On emploie cette expression pour envoyer promener quelqu’un loin de soi (Argot des voleurs).

Aguerre

(France, 1907) : Voir Daguerre.

Aguicher

(Rigaud, 1881) : Attirer, — dans le jargon des voleurs. — Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un imbécile pour le voler.

(Hayard, 1907) : Prendre, saisir.

(France, 1907) : Exciter, agacer, mettre en humeur, appeler.

… Il appelle la femme de chambre… et comme il la trouve jolie, il le lui dit… très clairement, sous le nez de sa femme… il a raison, du reste, d’aguicher la petite femme de chambre, car elle est diablement jolie !… des yeux !… et un sourire !… et une façon de regarder à travers les cils !… et un tact dans la canaillerie !…

(Samp, Gil Blas.)

Aguicher, agricher

(La Rue, 1894) : Attirer. Assaillir. Lier. Aguicher un sinve pour le dégringoler, attirer un homme pour le tuer. Aguicher signifie aussi exciter.

Aguigner

(France, 1907) : Taquiner.

Aguinettes

(France, 1907) : Étrennes, dérivé du breton.

Après le repas, on est rentré au salon pour la distribution des aguinettes (étrennes), du vieux langage breton. Toutes les boîtes étaient surmontées d’une branche de la plante parasitique et druidique, du gui (d’où aguinettes).

Ah !

(d’Hautel, 1808) : Cette interjection, construite avec le négatif non, produit un jeu de mot désagréable (ânon). Il faut avoir soin d’éviter cette construction en parlant comme il arrive quelquefois dans cette phrase : ah ! non, certainement, etc.

Ah ! Le bon billet qu’a La Châtre !

(France, 1907) : Le jeune marquis de La Châtre aimait éperdument la fameuse Ninon de Lenclos. Il reçut l’ordre de rejoindre son régiment et ne pouvait se consoler d’être obligé de quitter sa maitresse. Ce qui le désolait le plus était la pensée qu’elle pouvait lui être infidèle : elle avait beau lui jurer une éternelle constance, ses serments ne le rassuraient que peu, lorsque enfin une idée lumineuse lui vint en l’esprit, ce fut d’exiger de Ninon qu’elle s’engageât par écrit à lui rester fidèle. Peut-être avait-il connaissance du vieux proverbe latin : « Verba volant, scripta manent. »
Ninon consentit bien vite à donner par écrit tous les serments imaginables et jura sur le papier ce qu’elle avait juré par paroles. Le marquis mis le billet comme un talisman sur son cœur et s’en alla tranquillisé.
Deux jours après son départ ou peut-être le soir même, Ninon qui se trouvait dans les bras d’un nouvel amant se mit tout à coup à rire, et comme l’heureux successeur du naïf marquis lui en demandait l’explication, elle redoubla de gaité, s’écriant à plusieurs reprises : Ah ! le bon billet qu’a La Châtre ! Ah ! le bon billet qu’a La Châtre !
Cette saillie de la célèbre courtisane est devenue proverbiale et il n’est peut-être pas de mot qui ait été cité davantage pour exprimer le peu de solidité de certaines promesses sur lesquelles on compte sans aucune raison.

Ahanner, ahaner

(France, 1907) : Souffler, être essoufflé, gémir. Ce mot qui, d’après l’Académie, serait peu usité, est au contraire, dit le comte Jaubert, très usité dans les patois du Centre.

Cependant que j’ahanne
À mon blé que je vanne
À la chaleur du jour.

(Joachim du Bellay.)

Ahuri

(d’Hautel, 1808) : Ahuri de Chaillot. Étourdi, jeune écervelé qui agit sans circonspection et fort imprudemment.

Ahuri de Chaillot

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, homme un peu braque. Argot des faubouriens. (V. À Chaillot !)

(France, 1907) : Voir Abruti.

(Delvau, 1867) : s. m. Vin de Champagne, — dans l’argot des vaudevillistes de la Restauration.

Aide

(d’Hautel, 1808) : Aller à la cour des aides. Ouvrir un emprunt, chercher des secours dans la bourse, ou le crédit de ses amis.
Bon droit a besoin d’aide. C’est-à-dire qu’en ce bas-monde, la droiture et l’équité ne suffisent pas seules au succès d’une affaire, qu’il faut encore avoir de bons avocats et de puissantes protections pour réussir.

Aide-cargot

(Larchey, 1865) : Valet de cantine.

Aide-cargot, un dégoûtant troupier fait semblant de laver la vaisselle.

Wado.

(Delvau, 1867) : s. m. Aide de cuisine, — dans l’argot des troupiers, par corruption d’aide-gargot.

(France, 1907) : Aide de cuisine, pour aide-gargotier.

Aide-mari

(Delvau, 1864) : Amant, — qui aide en effet l’époux dans sa besogne conjugale, mais à son insu, bien entendu.

Il est assez égal que les enfants qu’elle pourra donner à son époux soient de lui ou du plus fécond des aide-mari qu’elle favorise.

A. de Nerciat.

(Virmaître, 1894) : L’amant. Il aide à la besogne conjugale, sans en avoir les désagréments. On dit aussi l’autre. Pour les omnibus traînés par trois chevaux, on dit : ménage à trois. Allusion à ce qu’ils tirent les uns après les autres (Argot du peuple). N.

Aides (aller à la cour des)

(Rigaud, 1881) : Une femme va à la cour des aides, lorsqu’elle donne un ou plusieurs collaborateurs à son mari. L’expression date du dix-huitième siècle.

Aie-aie

(Delvau, 1867) : s. m. Omnibus, — dans l’argot des faubouriens.

Aigle blanc

(Virmaître, 1894) : Chef de bande de voleurs. Sans doute parce que l’aigle vole haut (Argot des voleurs). V. Méquard. N.

Aiglefin

(Delvau, 1867) : s. m. Chevalier d’industrie, escroc du grand et du petit monde, vivant aux dépens de quiconque l’écoute.
C’est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable, — c’est-à-dire aussi problématique, — que l’orthographe officielle, aigrefin. Le peuple prononce le nom comme je l’écris : est-ce par euphonie, est-ce par tradition ? je l’ignore, et les savants n’en savent pas plus que moi là-dessus « Aigre faim, faim très vive (homme affamé) », dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite aiglefin, et les escrocs ne sont pas moins affamés d’argent que d’autre chose.

(France, 1907) : Filou, chevalier d’industrie. Le peuple prononce ce mot tel qu’il doit être écrit, tandis que les puristes disent aigrefin, qui n’a aucune signification. L’orthographe populaire s’explique d’elle-même, escroc hardi et entreprenant, vivant comme l’aigle de hardies rapines. C’est aussi le nom d’une ancienne monnaie.

Aiglon

(Virmaître, 1894) : Apprenti voleur (Argot des voleurs). N.

Aigrette conjugale

(Delvau, 1864) : Au figuré : ornement de tête de MM. les cocus ; les cornes que leur font porter mesdames leurs épouses.

X… a couché avec madame Z…? Encore un fleuron à ajouter à l’aigrette conjugale de son mari.

(Diable au corps)

Aiguerive (mal d’)

(France, 1907) : Convulsions des enfants pour lesquelles on allait en pèlerinage à l’abbaye d’Aiguevive, appelée par corruption Aiguerive dans toute la contrée, près de Montrésor (Indre-et-Loire).

Aiguilan

(France, 1907) :

Petit gâteau de forme bizarre que tous les pâtissiers de Vierzon (Cher) vendent pendant quelques jours des environs de Noël.

(Comte Jaubert, Glossaire du Centre.)

Aiguille

(d’Hautel, 1808) : De fil en aiguille. De propos en propos ; d’une chose à une autre.
Elle ne sait pas faire un point d’aiguille. Se dit d’une fille ignorante et paresseuse ; d’une véritable idiote.
Disputer sur la pointe d’une aiguille. Contester, chicaner sur la moindre chose.
Fournir quelqu’un de fil et d’aiguille. C’est-à-dire de tout ce qui lui est nécessaire ; pourvoir à tous ses besoins.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, avec lequel on pique les femmes — qui en enflent pendant neuf mois.

Mariette est femme très honnête,
Et si ce n’est un jour de fête,
Elle a toujours l’aiguille en main.

Théophile.

Un vieil homme est comme une vieille horloge, plus elle va avant, plus l’aiguille se raccourcit.

Tamarin.

(Delvau, 1867) : s. f. Clé, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Clé — Barbe de huit jours, — dans le jargon des voleurs. Elle pique comme une aiguille.

(La Rue, 1894) : Clé.

(Virmaître, 1894) : Fausse clé (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Clé, dans l’argot des voleurs. Carte pointant entre les autres de façon à seconder la tricherie d’un grec. (Lorédan Larchey.)

S’il voit qu’un pigeon se dispose à lui tenir banco, il ne manquera pas de le faire couper immédiatement sous l’aiguille.

(Cavaillé.)

Aiguille à tricoter les côtes

(France, 1907) : Épée ou fleuret.

Aiguiller

(France, 1907) : Marquer une carte.

Aiguiller, Aiguiller la brème

(Rigaud, 1881) : Disposer, corner une carte de façon à ce qu’elle dépasse légèrement les autres ; cela facilite le coupage dans le pont. La carte ainsi disposée s’appelle l’aiguille. Elle conduit au pont la main de celui qui coupe, comme une aiguille de chemin de fer conduit un train sur telle ou telle voie.

Aiguillette

(d’Hautel, 1808) : Lâcher l’aiguillette. Donner cours aux nécessités naturelles.
Courir l’aiguillette. Chercher les aventures, les bonnes fortunes ; hanter les femmes de mauvaise vie. Cette manière de parler vient de ce qu’autrefois à Toulouse, les prostituées étoient obligées de porter, comme marque d’infamie, une aiguillette sur l’épaule.

Aiguilleur

(Rigaud, 1881) : Grec qui a l’habitude d’aiguiller la carte. Mot emprunté au vocabulaire des chemins de fer.

(Virmaître, 1894) : Vol au moyen de fausses clés (Argot des voleurs).

Aiguillon

(Delvau, 1864) : Le membre viril, Avec lequel on pique les femmes pour les réveiller quand elles sont endormies.

Et profitant d’un moment de faiblesse,
Il lui glissa sont fringant aiguillon.

Piron.

Aiguillonner

(Delvau, 1864) : Travailler du bout de la langue sur un vit, ou sur un clitoris.

… Dès lors, il a le nez sur la céleste mappemonde, et sa longue amoureuse aiguillonne le brûlant bijou.

(Aphrodites.)

Aiguiser

(d’Hautel, 1808) : Aiguiser ses couteaux. Pour se préparer à se battre ; affiler ses armes.

Aile

(d’Hautel, 1808) : Cela ne va que d’une aile ; et plus communément encore, Cela ne va que d’une fesse. Pour exprimer qu’une affaire est embarrassée par quelque circonstance cachée ; qu’un ouvrage est mené mollement et avec une grande nonchalance.
Rogner les ailes. Diminuer le crédit, l’autorité, la fortune de quelqu’un.
En avoir dans l’aile. Pour dire, être amoureux, être vivement épris.
Il ne bat plus que d’une aile. Se dit d’un homme qui perd tous les jours de son crédit, et dont les affaires sont très-dérangées.
Tirer pied ou aile de quelqu’un ou de quelque chose. Rattraper ce que l’on peut d’un débiteur insolvable, d’une mauvaise créance.
Il veut voler avant que d’avoir des ailes. Se dit d’une personne qui fail des entreprises au-dessus de ses forces, et dans un temps peu opportun.
Autant qu’en couvriroit l’aile d’une mouche. Hyperbole, qui signifie en très-petite quantité.
Baisser l’aile. Déchoir de sa condition ; être triste, mélancolique.

(Delvau, 1867) : s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens, l’homme étant considéré par eux comme une oie. On dit aussi Aileron.

(Rigaud, 1881) : Bras. Attrapez mon aile pour la ballade ! Donnez-moi le bras pour la promenade.

Aile, aileron

(La Rue, 1894) : Bras.

(France, 1907) : Bras. En avoir dans l’aile, être frappé d’impuissance ; mot à mot : avoir reçu du plomb dans l’aile, ne plus pouvoir voler. (Lorédan Larchey.)

Aile, leron

(Larchey, 1865) : Bras.

Appuie-toi sur mon aile, et en route pour Châtellerault.

Labiche.

Je suis piqué à l’aileron, tu m’as égratigné avec tes ciseaux.

E. Sue.

Aileron

(d’Hautel, 1808) : On appelle ainsi vulgairement les mains, les doigts.
II se fera donner sur les ailerons. C’est-à-dire, sur les oreilles, sur les doigts. On ne se sert de cette façon de parler que par menace pour faire entendre que l’on se propose de rabattre la jactance et l’orgueil d’un impertinent, d’un présomptueux.

(Rigaud, 1881) : Pied, main.

Qu’est-ce, qui bronche ici ? que je lui abatte un aileron.

(É. de la Bédollière, Les Industriels.)

Ailerons

(Rossignol, 1901) : Les bras.

Ailerons ou aile

(Virmaître, 1894) : Bras.

— Mademoiselle, voulez- vous accepter mon aile.

Couvrir une femme d’une aile protectrice.

— Prends mon aile, s’y te touche, je le crève.

(Argot du peuple). V. Abatis.

Ailes de pigeon (faire les)

(France, 1907) : Danser en battant les jambes et rapprochant les talons.

Aille (terminaison en)

(La Rue, 1894) : Souvent l’argot se borne à ajouter, à la fin du mol, la terminaison en aille, en orgue, en iergue, en uche, en mare. Ex. : Vouziergue trouvaille bonorgue ce gigotmuche ? Trouvez-vous bon ce gigot ? Épicemare, épicier. V. Largonji.

Aille, iergue, mare, orgue, uche

(France, 1907) : Suffixes employés par les voleurs pour déguiser leurs mots.

Aimant

(Delvau, 1864) : Ce qui attire l’homme à la femme, et vice versa.

Quand mes baisers passionnés lui coupant la parole, quand mes téméraires mains et le reste ont mis le feu partout… nos aimants se joignant, s’attirent, s’unifient… l’univers est oublié !…

Monrose.

(Delvau, 1867) : s. m. Embarras, manières, épate. Même argot [des faubouriens]. Faire de l’aimant. Faire des embarras, protester hypocritement de son amitié pour quelqu’un, afin de l’attirer à soi.

Aimant (faire de l’)

(Rigaud, 1881) : Chercher à attirer l’attention, comme l’aimant attire le fer.

(France, 1907) : Faire des embarras, des protestations d’amitié pour mieux duper.

Aimer

(d’Hautel, 1808) : Je t’aime comme la colique. Manière triviale et figurée d’exprimer que l’on a de l’aversion pour quelqu’un, qu’on le déteste.
Qui aime Bertrand aime son chien. Proverbe populaire qui signifie que quand on aime quelqu’un, on fait amitié à tout ce qui lui appartient.
Il l’aime comme ses petits boyaux, comme la prunelle de ses yeux. Pour dire que rien n’est plus précieux ; que l’on n’aime rien au monde davantage.
Aimer mieux deux œufs qu’une prune. Préférer un grand avantage à un petit ; calculer parfaitement ses intérêts.
Qui m’aime me suit. Proverbe qui a beaucoup de ressemblance avec ce vers de Virgile :

Qui te, Pollio, amat, veniat quo te quoque gaudet.

Voyez Suivre.

(Delvau, 1864) : Synonyme élégant et pudique de foutre. Quand un homme dit à une femme : « Je vous aime. » il veut lui dire et elle comprend parfaitement qu’il lui dit : « Je bande comme un carme, j’ai un litre de sperme dans les couilles, et je brûle de l’envie de te le décharger dans le con. » Il n’y a que les poètes, les impuissants et les mélancoliques qui aient osé jusqu’ici donne à ce verbe éminemment actif un sens passif — et ridicule.

… la fille entretenue
Dit : Aimons !!!…

Protat.

Aimer à crédit

(Delvau, 1867) : v. a. Être l’amant de cœur d’une femme entretenue, — dans l’argot de Breda-Street, où cependant,

Tout en chantant Schubert et Weber,
On en vient à réaliser
L’application de l’algèbre
À l’amour, à l’âme, au baiser.

On dit aussi Aimer à l’œil.

(Virmaître, 1894) : Être l’amant de cœur d’une femme. Ne la payer qu’en nature. De la famille des maquereaux (Argot des filles).

Aimer à crédit ou à l’œil

(France, 1907) : Jouir des faveurs d’une femme sans bourse délier, comme le font les Arthurs.

Aimer au chasse

(Virmaître, 1894) : Aimer à l’œil, faire une queue à son souteneur avec un passant galbeux (Argot des filles). N.

Aimer bien ses parents

(France, 1907) : Être un imbécile, dans l’argot de la canaille. « Dans un article du Gaulois, dit Lorédan Larchey, sur le Paris-Féroce, M. Louis Le Bourg dit en parlant des malfaiteurs de Montmartre : « Une locution enfin donnera, mieux que tous les tableaux, le niveau de l’état moral. On dit d’un être idiot : Il aime bien ses parents. »

Aimer ça

(Delvau, 1864) : Avoir un goût fort vif pour les choses de la fouterie et pour la fouterie elle-même.

Monsieur, tout ce qu’il vous plaira.
J’aime assez ça,
J’aime bien ça.

Collé.

Aimer comme la colique

(Rigaud, 1881) : Détester.

Aimer comme ses petits boyaux

(Rigaud, 1881) : Ressentir une vive affection.

(France, 1907) : Le ventre étant la divinité de la plupart des êtres humains, ainsi que l’a constaté Hugo,

Le ventre est dieu, le ventre est roi.

cette expression s’est trouvée naturellement pour définir le superlatif de l’affection.

Aimer l’homme

(Delvau, 1864) : Avoir du goût pour la pine, s’en servir le plus souvent possible ; jouer franchement des fesses lorsqu’on est sous l’homme.

Les femmes qui aiment l’homme sont assez rares, aujourd’hui que les femmes aiment si volontiers la femme et que les tribades ont remplacé les jouisseuses.

A. François.

Aimer la femme

(Delvau, 1864) : Avoir le tempérament amoureux, aimer à aimer — quelque femme que ce soit.

Que voulez-vous, mon père ? j’aime la femme et je le lui prouve le plus souvent que je peux.

J. Du Boys.

Aimer la marée

(Delvau, 1864) : Aimer à gamahucher une femme, se dit par allusion à l’odeur sui generis qu’exhale son vagin. — L’expression date seulement du XVIIIe siècle, et elle vient de l’académicien Saint-Aulaire, le même qui avait fait sur la duchesse du Maine le fameux quatrain où il est déjà question de Téthys. Il serait dommage de priver la postérité de ce second quatrain, qui méritait de devenir aussi fameux que le premier :

De l’écume des mers, dit-on,
Naquit la belle Cythérée :
C’est depuis ce temps que le con
Sent toujours un peu la marée.

Aimer le cotillon

(Delvau, 1864) : Aimer la femme — surtout quand elle est déshabillée.

Vous aimez trop le cotillon, mon cher, il vous en cuira.

E. Durand.

Aimer le goudron

(Delvau, 1864) : Aimer s’enculer, soit les femmes, soit les hommes, — ce qui embrène la queue.

Pour Jupiter, façon vraiment divine,
Le con lui pue, il aime le goudron.

(Chanson anonyme moderne.)

Aimer pour peau de balle

(Virmaître, 1894) : Aimer pour rien. Perdre son temps et sa jeunesse, amour qui ne rapporte pas (Argot des filles). N.

Aimer quelqu’un comme ses petits boyaux

(Delvau, 1867) : v. a. l’aimer extrêmement. — Argot du peuple. On dit aussi Aimer quelqu’un comme la prunelle de ses yeux.

Aimeuse

(Delvau, 1864) : Petite dame — galante, — qui fait profession d’aimer. — Synonymes : putain, lorette, cocotte, grue, catin, vache, etc., etc.

Les Juifs avaient leurs Madeleines ;
Les fils d’Homère leurs Phrynês.
Délaçons pour tous les baleines
De nos corsets capitonnés.
Rousses, blondes, brunes ou noires,
Sous tous les poils, sous tous les teints…
Qu’il pourrait, raconter d’histoires,
Le cercle de nos yeux éteints !
Folâtres ou rêveuses,
Nous charmons ;
Nous sommes les aimeuses,
Aimons !

Eug. Imbert.

Ain ?

(d’Hautel, 1808) : Espèce d’interrogation, qui équivaut à Plaît-il ? Que dites-vous ? On se sert fort communément de ce monosyllabe pour engager quelqu’un, que l’on n’a pas bien entendu ou compris, à répéter ce qu’il a dit.

Aînesse

(d’Hautel, 1808) : Le droit d’aînesse. On fait un calembourg de cette expression en élidant l’i du dernier mot ; et l’on dit en riant à une fille sotte et ignorante, qui se glorifie d’être l’aînée, qu’elle a le droit d’ânesse.

Air

(d’Hautel, 1808) : Il vit de l’air du temps. Se dit en mauvaise part, d’un intrigant, d’un homme qui, sans état, et sans aucune espèce de fortune, ne laisse pas néanmoins de faire figure et de bien vivre. On se sert aussi de cette locution en plaisantant pour exprimer qu’une personne mange très-peu et rarement.
Avoir l’air de sainte n’y touche. Avoir la mine et le langage d’un patelin, d’un hypocrite fieffé.
Tirer en l’air. Hâbler, enfler, exagérer ; mentir avec audace.
Il fend l’air. Se dit par hyperbole d’un homme vaniteux et hautain, qui prend un ton bien au-dessus de sa condition, et devant lequel il faut que tout plie et s’humilie.
Des contes en l’air. Discours frivoles et mensongers ; gasconnades.
Prendre l’air du bureau. Aller voir où en sont les affaires ; faire acte d’apparition en un lieu, pour examiner ce qui s’y passe.
Avoir tout l’air. Il a tout l’air d’un mauvais sujet ; il en a tout l’air. Pour dire, il prend le genre et la tournure d’un vaurien.

Air (avoir de l’)

(La Rue, 1894) : Marcher avec inquiétude et méfiance.

Air (se donner de l’)

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Se sauver.

(Rigaud, 1881) : Se sauver. Les variantes sont : Se pousser de l’air, jouer la fille de l’air.

Allons, môme, pousse-toi de l’air !

(X. de Montépin, Les viveurs de Paris.)

Air (se donner de l’air, se pousser de l’air, jouer la fille de l’air)

(La Rue, 1894) : Partir, se sauver.

Air (se donner ou se pousser de l’)

(France, 1907) : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :

Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.

Air (se donner, se pousser de l’, jouer la fille de l’)

(Larchey, 1865) : Fuir. — Les deux premiers termes font image ; le troisième a été enfanté par la vogue de La Fille de l’Air, une ancienne pièce du Boulevard du Temple.

La particulière voulait se donner de l’air.

Vidal, 1833.

Dépêchez-vous et jouez-moi la Fille de l’air avec accompagnement de guibolles.

Montépin.

Allons, môme, pousse-toi de l’air.

Id.

Vivre de l’air du temps : Être sans moyens d’existence. Terme ironique.

Tous deux vivaient de l’air du temps.

Balzac.

Être à plusieurs airs : Être hypocrite, jouer plusieurs rôles à la fois.

Air cochon (avoir un)

(Delvau, 1864) : Avoir un visage provoquant, qui appelle l’homme, qui le convie à manquer de respect à la femme qui a ce visage ; avoir les yeux égrillards, bouche voluptueuse, etc.

Je vous ai un petit air cochon comme tout.

Lemercier de Neuville.

Aise

(d’Hautel, 1808) : Se pâmer d’aise. Être dans l’ivresse et le ravissement ; dans l’extase et le transport.
N’en prendre qu’à son aise. Travailler nonchalamment ; ce que l’on appelle prendre ses coudées franches.

Aisé

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas aisé. Pour, il a l’humeur rude et difficile ; on ne fait pas de cet homme tout ce qu’on veut ; il est peu coulant en affaire.

Aisil

(France, 1907) : Vinaigre ; vieux français, du bas latin acetum, aigre.

Aitre

(France, 1907) : Maison, foyer ; vieux français, du latin atrium.

Ajuster

(d’Hautel, 1808) : Ajustez vos flûtes pour que cela soit prêt. Pour, faites en sorte, prenez vos mesures, etc. On dit aussi par raillerie en parlant à des musiciens dont les voix et les instrumens sont discordans : Ajustez mieux vos flûtes.
Il a été bien ajusté. Il a été ajusté comme il faut. Pour dire, il a été maltraité, rossé d’importance.
Ajustez vos flûtes. Se dit encore aux gens qui se prennent de dispute, et équivaut à, arrangez-vous comme bon vous semblera, puisqu’on ne peut vous mettre d’accord.

Ajuster une femme

(Delvau, 1864) : La baiser, — ce qui est ajuster le membre viril dans son vagin avec la raideur d’une flèche lancée d’une main sûre.

Ajuter

(France, 1907) : Traire ; du latin adjuvare, soulager, d’où ajus, lait que donne une vache qu’on ajute. En vieux français, ajuter signifie accoucher.

Alambiquer (s’)

(d’Hautel, 1808) : S’inquiéter, se troubler ; se fatiguer l’esprit par de vaines chimères.
La tête lui tournera à force de s’alambiquer l’esprit. C’est-à-dire tant il s’agite et se tourmente.

Alander

(France, 1907) : Mettre au large ; alander les bestiaux, les envoyer en pâturage, dans la lande. Alander la porte, l’ouvrir toute grande. Mot du Centre, dérivé de lande, espace, étendue de pays.

Alangué

(France, 1907) : Beau parleur, bavard. Patois du Centre.

Alarmiste

(d’Hautel, 1808) : Nom donné dans la révolution à ceux qui se faisoient un jeu de répandre des nouvelles fausses et alarmantes. Ce mot est demeuré dans la conversation familière.

(Delvau, 1867) : s. m. Chien de garde. Argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Chien de garde.

(La Rue, 1894) : Chien de garde.

(France, 1907) : Chien de garde.

Alarmistes

(Virmaître, 1894) : Chien de garde. L’animal donne l’alarme à ses maîtres. En 1848, les alarmistes étaient des bourgeois qui répandaient chaque jour des mauvaises nouvelles (Argot des voleurs).

Albache

(Virmaître, 1894) : Faux nom, en donner un. On nomme ainsi le voleur qui donne un faux nom pour dissimuler son identité (Argot des voleurs). N.

(Hayard, 1907) : Faux nom.

Albinos

(Rigaud, 1881) : Couleur blanche d’un jeu de dominos.

Alboche

(Virmaître, 1894) : Allemand. Autrefois les ouvriers disaient boche, pour qualifier un lourdeau, al a été ajouté pour désigner les Allemands en général (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : On désigne ainsi les Allemands, Luxembourgeois, Alsaciens, tous ceux qui parlent l’allemand.

(Hayard, 1907) : Allemand.

(France, 1907) : Allemand.

Album

(Rigaud, 1881) : Chapeau à haute forme, — dans le jargon des charbonniers.

Alchimie

(d’Hautel, 1808) : Faire l’alchimie avec ses dents. Figure triviale, qui signifie remplir sa bourse par l’épargne de sa bouche. Tel, le roi Midas, qui convertissoit en or tout ce qu’il touchoit.

Alciabidiser

(Delvau, 1864) : Agir en pédéraste passif, se laisser enculer — comme Alcibiade par Socrate.

Alcoolique

(Rigaud, 1881) : Pour alcoolisé. Ivrogne imbu des principes alcooliques, saturé de trois-six, récipient humain à absinthe, — dans le jargon des médecins. La passion de l’alcool est tellement impérieuse chez certains ivrognes, qu’ils arrivent, faute de mieux, à absorber de l’alcool camphré. On en a vu même, en extase devant la boutique des pharmaciens, faire les yeux doux aux bocaux à fœtus et à vers solitaires.

Alcoran, alguazil, almanach

(d’Hautel, 1808) : Le peuple de Paris prononce arcoran, arguazil, armanach, et change presque généralement la syllabe al en ar dans les mots où elle est ainsi placée.

Alêne

(d’Hautel, 1808) : Il se laisseroit donner cent coups d’alêne dans les fesses, plutôt que de se battre. Se dit bassement d’un homme dénué de courage et d’énergie, qui souffre lâchement les outrages et les insultes qu’on lui fait, sans en demander raison.

Alènes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Outils de voleur, en général, — sans doute à cause de leur forme subulée.

(France, 1907) : Outil de voleurs.

Alentoir

(Larchey, 1865) : C’est alentour avec changement arbitraire de la dernière syllabe, procédé très-commun en argot.

(Delvau, 1867) : adv. Aux environs, alentour. Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Aux environs, aux alentours.
— Nib de Tronche fait le pet aux alentoirs pendant que les aminches ratiboisent la cambrousse du garnaffier (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Alentour.

(France, 1907) : Alentour.

Alfa

(Virmaître, 1894) : Cheveux blonds. On sait que l’alfa, plante textile qui sert à fabriquer la pâte au papier, a absolument l’aspect d’un paquet de filasse. Allusion de fait et de couleur (Argot des voleurs). N.

Algèbre

(d’Hautel, 1808) : C’est de l’algèbre pour lui. Locution métaphorique qui équivaut à, il ne comprend rien à ce travail, il y est tout-à-fait inhabile.

Algonquin

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et de mépris, qui signifie balourd malotru ; homme audacieux et grossier. On se sert particulièrement de ce mot pour désigner un étranger ou un inconnu dont la figure est dure et rebutante, et qui se présente en un lieu avec hardiesse et incivilité.

Alguazil

(d’Hautel, 1808) : En françois, ce mot se prend toujours en mauvaise part, et signifie espion, recors, un subalterne de la justice. Voy. Alcoran.

Alicante

(d’Hautel, 1808) : Port d’Espagne duquel on exporte un vin fort estimé et qui en porte ordinairement le nom. Les personnes qui parlent mal ont coutume de ne point faire sonner la syllabe te qui termine ce mot, et de dire du vin d’Alican.

Alicot

(France, 1907) : Ragoût d’abatis de volaille. Idiome béarnais.

Aligner

(d’Hautel, 1808) : S’aligner. Se mettre sur ses gardes, prendre ses dimensions pour réussir dans une affaire.
Aligner les affaires. Locution basse et figurée, qui veut dire arranger, disposer les choses de manière à n’en être pas dupé ; se garder un quant à part ; faire son lot dans une distribution.

(Delvau, 1867) : v. n. Mettre le couvert, — dans l’argot des francs-maçons.

(Rossignol, 1901) : Se battre.

Si tu n’es pas content, allons nous aligner.

Dans l’armée lorsque deux militaires vont en duel, ils vont s’aligner.

Aligner (s’)

(Delvau, 1867) : Se battre en duel, — dans l’argot des troupiers.

(Rigaud, 1881) : Avoir affaire à, dans le jargon du régiment. S’emploie surtout dans l’expression : Allez donc vous aligner avec des types pareils ! c’est-à-dire : allez raisonner avec de pareilles brutes !

(Merlin, 1888) : Se battre en duel.

(Virmaître, 1894) : Les duellistes s’alignent pour se battre. Quand un travail est très soigné l’ouvrier dit avec fierté : Hein ! comme c’est aligné. Quand il s’agit d’argent, aligner est synonyme d’allonger (Argot des voleurs).

Aligner sur la pancarte (se faire)

(Rigaud, 1881) : C’est mot à mot, dans l’argot du régiment : Se faire aligner sur la pancarte des hommes punis.

Alise

(France, 1907) : Ornière, bourbier, terre fangeuse. Patois normand.

Alison

(France, 1907) : Ver de la viande corrompue. Patois du Centre.

Allant

(d’Hautel, 1808) : Il n’est pas bien allant. Pour il est malingre et mal portant ; il a une très-mauvaise santé.

Allemand

(d’Hautel, 1808) : Une querelle d’Allemand. Noise, zizanie, querelle injuste et mal fondée, suscitée, sans aucun sujet, et sous le seul prétexte de se débarrasser de quelqu’un qui est à charge.

Aller

(d’Hautel, 1808) : Ça ne va pas pire. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un qui demande des nouvelles de votre santé, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; que l’on se porte passablement bien.
Faire aller quelqu’un. Le railler finement et sans qu’il s’en aperçoive ; le faire jaser dans le dessein de le tourner ensuite en ridicule.
Cette locution signifie aussi mener quelqu’un par le bout du nez ; faire un abus révoltant de sa foiblesse et de sa bonne foi.
Aller sur la hauteur. Façon de parler qui exprime, parmi une certaine classe du peuple de Paris, l’action d’aller riboter, prendre ses ébats, se divertir dans les guinguettes qui sont situées hors de la ville.
Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à veau l’eau. Ces trois manières de parler ont à-peu-près le même sens et signifient qu’une fortune considérable s’est trouvée dissipée, anéantie, par la mauvaise conduite de celui qui la possédoit.
On dit aussi d’une affaire sur laquelle on comptoit, et qui ne prend pas une tournure favorable, qu’Elle s’en est allée en eau de boudin.
Il va et vient comme trois pois dans une marmite. Phrase burlesque qui exprime assez bien les allées et venues, le mouvement, l’agitation continuelle qu’un homme impatient et brouillon se donne pour des choses qui n’en valent souvent pas la peine.
Ne pas aller de main morte. Signifie frapper de toute sa force ; montrer de la vigueur et de l’énergie dans une affaire.
Un las d’aller. Paresseux, fainéant qui a toutes les peines du monde à travailler ; qui ne sait que faire de sa personne.
Cela va sans dire. Pour cela est clair, évident, incontestable.
Cela va et vient. Manière mercantile de parler, et qui signifie que le gain du commerce n’est pas réglé ; qu’il va tantôt en augmentant, et tantôt en diminuant.
Aller ou le roi va à pied. C’est-à-dire, aux privés, où l’on ne peut envoyer personne à sa place.
Tout y va la paille et le blé. Signifie, il se ruine en de folles dépenses ; il sacrifie toute sa fortune à l’objet de son enthousiasme.
Aller un train de chasse. Marcher avec précipitation ; mener une affaire tambour battant.
Tous chemins vont à Rome. Pour dire qu’il y a plusieurs voies pour parvenir dans un lieu, ou réussir à quelque chose.
Cela n’ira pas comme votre tête. Se dit par réprimande à quelqu’un, pour cela n’ira pas suivant votre désir ; selon que vous l’imaginez.
Cette maison est son pis aller. C’est-à-dire, il s’y emploie quand il ne trouve pas mieux ailleurs ; il y entre et il en sort à volonté.
Aller son petit bon-homme de chemin. Faire droitement sa besogne ; n’entendre finesse en rien ; se conduire avec prudence et probité.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Se dit par raillerie d’une personne qui travaille avec une activité et une ardeur ridicules, sans faire pour cela beaucoup d’ouvrage.
Cela ne va que d’une fesse. Pour dire qu’une affaire, ou un ouvrage va lentement ; qu’on ne le pousse pas avec la vigueur et l’activité convenables ; qu’il est mal dirigé.
Cela va comme il plaît à Dieu. Manière fine et ironique de faire entendre qu’une affaire est mal menée ; qu’on en néglige absolument la conduite.
Toujours va qui danse. Voy. Danser.
Il va comme on le mène ; il va à tout vent. Se dit d’un homme foible et pusillanime, sans énergie, sans force de caractère, qui n’a d’autre impulsion que celle qu’on lui donne ; qui change continuellement de résolution.
À la presse vont les fous. c’est-à-dire qu’il faut être dénué de sens pour mettre l’enchère sur une chose que beaucoup de personnes veulent acquérir.
Que les plus pressés aillent devant. Se dit par humeur, quand on se trouve en société avec des personnes qui marchent fort vite, et qu’on ne peut pas suivre.
Qu’il aille au diable. Imprécation que l’on se permet dans un mouvement de colère, contre quelqu’un qui importune, et qui équivaut à qu’il aille se promener ; qu’il me laisse tranquille.
Tout va à la débandade. Pour tout est en désordre, dans la plus grande confusion.
Il s’en va midi. Pour dire l’heure de midi approche ; elle n’est pas éloignée.
On se sert souvent, et à tort, du verbe être au lieu du prétérit du verbe aller, et l’on dit : Je fus ou nous fûmes hier au spectacle ; pour J’allai ou nous allâmes, etc.

Aller (s’en)

(Delvau, 1867) : Vieillir, — dans l’argot de Breda-Street, où l’on s’en va aussi vite que les roses.

Aller à bord de l’eau

(un détenu, 1846) : Aux galères, Toulon, Brest, Rochefort.

Aller à Bougival

(France, 1907) : Écrire un article de nul intérêt pour le public ; argot des journalistes.

Aller à crosse

(Hayard, 1907) : Avouer.

Aller à Cythère

(Delvau, 1864) : Ce que les délicats appellent Ad summam voluptatem parvenire, et les voyous Aller au bonheur — le seul voyage que l’on ne puisse faire seul, et que l’on fait toujours à cheval sur une belle jument.

J’aime, dit Ros’, quand on m’mène à Cythère,
Qu’on se promèn’ pendant plusieurs instants ;
Dès qu’on r’ssort, ça n’ m’amuse guère.

Dida.

Aller à dache

(Virmaître, 1894) : Mot à mot allez vous faire voir, vous m’ennuyez (Argot du peuple).

Aller à dame

(Delvau, 1864) : Baiser ; coucher avec une femme. — Cette expression, empruntée au jeu de dames, a été inventée par un pion de l’institution Sainte-Barbe.

(Virmaître, 1894) : Être assommé à coups de poings et tomber comme une masse sur le pavé (Argot du peuple). V. Fluxion de pavé.

(Rossignol, 1901) : Tomber.

Il ne tient pas sur les fûmerons, d’une poussée je l’ai fait aller à dame.

(Hayard, 1907) : Tomber comme une masse.

Aller à l’arche

(Delvau, 1867) : v. n. Aller chercher de l’argent. Argot des voyous.

(France, 1907) : Aller en quête d’argent ; argot des voleurs.

Aller à l’astic

(Delvau, 1867) : Astiquer son fourniment. Argot des soldats.

Aller à la campagne

(Larchey, 1865) : Elles ont disparu trois, quatre ou six mois. On les savait malheureuses. Elles reparaissent tout à coup plus fières et plus fringantes que jamais ; elles ont été passer une saison à la campagne (dans une maison de prostitution de province).

Ces Dames, 1860.

Aller à la chasse avec un fusil de toile

(Delvau, 1867) : v. n. Mendier, porter la besace. Argot du peuple.

(France, 1907) : Mendier comme font les loqueteux avec une besace au dos.

Aller à la cour des aides

(Delvau, 1867) : Se dit d’une femme qui trompe son mari en faveur d’un ou de plusieurs amants. L’expression date de l’Histoire comique de Francion.

(La Rue, 1894) : Tromper son mari.

(France, 1907) : Ressource d’une femme qui, n’étant point satisfaite des devoirs que lui rend ou ne lui rend pas son mari, emprunte l’aide de personnes moins circonspectes.

Aller à la crémerie

(Rossignol, 1901) : Voir Descendre à la cave.

Aller à la messe des trépassés, y porter pain et vin

(France, 1907) : Aller à la messe après avoir bien bu et bien mangé.

Aller à la retape

(Delvau, 1867) : v. n. Attendre quelqu’un sur une route pour l’assassiner. Argot des prisons.

(France, 1907) : Aller attendre quelqu’un sur la route pour le tuer ou le voler ; argot des voleurs. Dans l’argot des filles, c’est aller à la recherche d’un client.

Aller à la visite

(Delvau, 1864) : Se dit des filles publiques qui, au jour fixé par les règlements de police, doivent se rendre au Dispensaire pour subir un examen de santé de la part de médecins ad hoc qui les renvoient si elles sont saines et les retiennent si elles sont malades.

C’est demain, âmes sœurs, le jour de la visite.

Albert Glatiny.

Aller à Niort

(un détenu, 1846) : Ne rien dire, se taire, garder le silence.

(Delvau, 1867) : v. a. Nier, — dans l’argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d’Eutrapel.

(Virmaître, 1894) : Nier. Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction. Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria : N’avouez jamais (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Faire l’ignorant.

Un voleur qui ne veut rien avouer, s’il fait l’ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, va à Niort.

(Hayard, 1907) : Nier, ignorer.

(France, 1907) : Nier. Suivre le dernier avis d’Avinain : « N’avouez jamais. » Cette expression vient des contes d’Eutrapel et n’est guère plus employée que par les voleurs. On trouve dans Vidocq : « S’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons » (S’il nie il faut lui brûler les pieds).

Aller à Niort, Dire à Niort

(La Rue, 1894) : Nier.

Aller à pinada

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, — à dada — sur une pine.

Aller à ses affaires

(Delvau, 1867) : Ce que les Hébreux appellent hesich raglaw, les Anglais to shite, les Espagnols cagar, les Flamands schyten, les Italiens cacare, et les Grecs χέζειν.

Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d’affaires, la chaise percée, et brevet d’affaires le privilège d’entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d’affaires.

(France, 1907) : où le roi ne va qu’à pied. « C’est, à mots couverts, disait Scarron, le lieu où l’on va se décharger du superflu de la mangeaille. »

Aller au beurre

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, dont le con ne tarde pas à devenir ainsi une baratte.

Zut ! je veux aller au persil pour aller au beurre, moi, na !

Lemercier de Neuville.

Aller au bonheur

(Delvau, 1864) : Jouir en baisant, parvenir à la félicité suprême. — Cette expression, une des plus justes de la langue érotique moderne, est précisément celle qui se lisait comme enseigne sur les bordels de Pompéï : Hic habitat felicitas.

Tu as donc envie d’aller au bonheur, mon petit homme !

Lemercier de Neuville.

Aller au café

(Delvau, 1864) : Gamahucher une femme. On dit aussi : prendre sa demi-tasse au café des Deux-Colonnes.

Aller au carreau

(Delvau, 1867) : v. n. Aller pour se faire engager, — dans l’argot des musiciens de barrières, qui chaque dimanche ont l’habitude de se réunir sur le trottoir de la rue du Petit-Carreau, où les chefs d’orchestre savent les rencontrer.

Aller au diable de biterne

(France, 1907) : Proverbe languedocien, même acception et même sens que le diable de Vauvert à Paris. Duchat donne l’origine de cette expression : « C’était dans le XVe siècle une opinion fort commune parmi le peuple du Languedoc, que certaines sorcières du pays se transportaient la nuit dans une plaine déserte, où elles adoraient le diable sous la figure d’un bouc placé sur la pointe d’un rocher, et baisaient le derrière de cet animal, auquel elles donnaient le nom de diable de Biterne. Le peuple était en outre persuadé que ces femmes se livraient en ce lieu à toutes sortes d’impudicités. C’est surtout par allusion à ce dernier préjugé que Carpatim, dans les faits et gestes du bon Pantagruel, jure par le diable de biterne d’embourrer quelques-unes de ces coureuses d’armées. »

Aller au gratin

(Delvau, 1864) : Baiser une femme publique, — à l’œil — ce qui est une gourmandise pour certains travailleurs. Allusion au gratin que laisse un mets au fond de la casserole et qui trouve toujours un amateur — quand tout le monde est servi.

Aller au jardin

(M.D., 1844) : Voleur allant faire un coup.

Aller au numéro cent

(Larchey, 1865) : Se rendre aux lieux d’aisance. — Calembour. C’est le numéro qui sent le plus.

Aller au persil

(M.D., 1844) : Promenade d’une prostituée.

(Delvau, 1864) : Se dit des femmes autorisées qui se promènent le soir dans les rues, sur les trottoirs, et qui ne cessent de se promener que lorsqu’un galant homme, un peu gris, les prie de se reposer — pour tirer un coup avec lui, dans une chambre de bordel ou dans un arrière-cabinet de marchand de vins. — Voy. Aller au beurre.

(Delvau, 1867) : Sortir pendant le jour, aller se promener, — dans l’argot des filles libres, qui, à leur costume de grisettes d’opéra-comique, ajoutent l’indispensable petit panier pour avoir l’air d’acheter… rien du tout, le persil se donnant pour rien chez les fruitières, mais en réalité pour se faire suivre par les flâneurs amoureux.
On dit également : Cueillir du persil et Persiller.

Aller au persil ou persiller

(France, 1907) : Sortir pendant le jour avec un panier au bras sous le prétexte d’aller aux provisions et, en réalité, pour raccrocher et se faire suivre par les hommes.

Aller au pot

(Delvau, 1867) : Prendre dans des dominos restants. Argot des joueurs. On dit aussi Fouiller au pot.

Aller au pré

(Halbert, 1849) : Condamné au bagne.

Aller au rapport sans arme

(Virmaître, 1894) : Moucharder ses camarades. Expression employée dans les ateliers pour indiquer que l’un des leurs va chaque jour au rapport, chez le patron pour lui raconter ce qui se passe et même ce qui ne se passe pas (Argot du peuple).

Aller au refil

(Virmaître, 1894) : Dénoncer un complice (Argot des voleurs). V. Mouton N.

(Rossignol, 1901) : Rendre, donner.

Il faut aller au refil de ce que tu me dois.

Il y a aussi une autre façon d’aller au refil, c’est lorsqu’un ivrogne ne peut garder le liquide qu’il a dans l’estomac ; alors il va au refil.

(Hayard, 1907) : Dénoncer.

Aller au safran

(Delvau, 1867) : v. n. Manger son bien, — dans l’argot des bourgeois qui disent cela depuis longtemps.

(France, 1907) : Manger son bien.

Aller au trot

(Delvau, 1867) : v. n. Se dit — dans l’argot des faubouriens — d’une fille en toilette de combat qui va « faire le boulevard ».

(France, 1907) : Même sens qu’aller à la retape, dans l’argot des faubouriens.

Aller au vague

(M.D., 1844) : Aller commettre un vol.

Aller au vice

(Delvau, 1864) : Aller au bordel.

(Delvau, 1867) : Hanter les mauvais lieux, — dans l’argot des bourgeois.

(France, 1907) : Aller dans un mauvais lieu, au bordel.

Aller aux mûres sans crochet

(France, 1907) : Ne rien entreprendre sans être muni de ce qui est nécessaire pour faciliter le succès. Allusion à la façon dont il faut cueillir les mûres. Le mûrier étant un arbre qui étend ses rameaux flexibles loin de son tronc, pour atteindre les fruits, il faut attirer à soi les branches ; par conséquent, ceux qui n’ont pas eu la précaution de se munir d’un crochet ne peuvent faire qu’une maigre récolte.
On dit dans le même sens : S’embarquer sans biscuit.

Aller aux pruneaux

(Delvau, 1867) : Plaisanterie qu’on fait à l’hôpital, à tout nouveau venu qui parait un peu naïf ; elle consiste à l’engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu’on désigne. Celui qui a l’imprudence d’aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l’innocent qui va le 1er avril chez l’épicier chercher de l’huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

(France, 1907) : Farce que l’on fait, dans les hôpitaux militaires, aux nouveaux venus naïfs et qui consiste à aller dans une salle voisine demander son dessert à tel ou tel malade qu’on dit chargé de la distribution.

Aller avec un homme

(Rigaud, 1881) : Se prostituer à un homme, — dans le jargon des filles et de leurs souteneurs.

C’est-y grossier ces nouvelles couches sociales ! dit une fille en s’écartant, comment peut-il y avoir des femmes qui aillent avec ça ?

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Aller chez Faldès

(Fustier, 1889) : Partager.

(La Rue, 1894) : Partager le produit d’un vol.

Aller chez le voisin

(Delvau, 1864) : Enculer une femme ; se tromper, volontairement ou involontairement, d’endroit.

Tiens… me voilà… Pas comme ça, donc ! Tu va chez le voisin… Laisse-moi te conduire.

H. Monnier.

Aller comme une corneille qui abat des noix

(France, 1907) : Se trémousser étourdiment, aller à l’aventure, mettre tout le corps en mouvement comme le ferait une corneille, de la tête et de la queue.
On dit aussi dans le même sens : Aller et venir comme un pois en pot.

Aller d’attaque (y)

(Delvau, 1864) : Baiser avec énergie, sur l’herbe ou sur une chaise, sous le ciel du lit ou sous le ciel de Dieu, sans se préoccuper des passants et des enfants.

La limace… là, bien blanche, avec ses creux et ses montagnes, ça m’met sens sus d’sous… Allons-y d’attaque !

Lemercier de Neuville.

Aller dare dare

(France, 1907) : Se dépêcher, aller vivement. Dare et l’impératif du vieux verbe français darer, aller sans crainte, que les Anglais ont pris de nous, to dare, oser.

Aller de (y)

(Rigaud, 1881) : Payer. Y aller de ses dix francs. — Y aller d’une, de deux, de trois, payer une bouteille, deux bouteilles, etc. Y aller de sa goutte, de sa larme, pleurer, être ému jusqu’aux larmes. — Y être allé de son voyage, avoir fait une démarche inutile. — Y aller gai-mar, faire quelque chose gaiement.

Aller de l’avant

(France, 1907) : Se conduire audacieusement, être téméraire, ne rien craindre. Expression populaire.

Au loin, là-bas, émergent dans la plaine
Nos fantassins qui vont drapeaux au vent ;
Rien qu’à la voix du chef qui les entraine,
Comme l’on sent… qu’ils iraient de l’avant !

(Jules Célès.)

Aller de sa larme (y)

(Delvau, 1867) : Ne pas craindre de se montrer ému, au théâtre ou dans la vie, à propos d’un événement touchant, réel ou fictif. Argot des gens de lettres et des faubouriens.

Aller de son beurre

(Delvau, 1864) : Jouir copieusement, lorsqu’on est sous l’homme, sans craindre la vérole et les enfants, et décharger deux ou trois fois sans qu’il ait déconné.

Tu m’as fait crânement jouir, cochon ! Voilà la première fois que j’y vas de mon beurre aussi franchement.

Lemercier de Neuville.

Aller de son voyage

(Delvau, 1864) : Les filles de bordel emploient cette expression pour dire qu’elles ont joui avec un miché : « J’y ai été de mon voyage. »

Aller du cul

(Delvau, 1864) : Se trémousser dans la jouissance vénérienne, ou dans l’attente de cette jouissance, qui est toujours précédée d’une foule de friandises fort agréables.

Il se trémoussa vers moi en se baissant, et moi vers lui en me haussant ; les culs nous allaient à tous deux comme s’il eût eu déjà le vit au con.

Mililot.

Aller en bateau

(Rossignol, 1901) : Remettre toujours quelqu’un au lendemain, soit pour lui solder une facture ou pour un emploi qu’il sollicite, est le faire aller en bateau.

Aller en blonde

(France, 1907) : Aller en bonne fortune. Expression du Centre.

Aller en Flandres sans couteau

(France, 1907) : Vieux dicton hors d’usage, allusion à l’habitude en Flandre et dans toute l’Allemagne de toujours porter avec soi un étui renfermant un couteau et une fourchette, les voyageurs ne trouvant ni l’un ni l’autre dans les auberges. Aller en Flandres sans couteau avait donc à peu près la même signification que S’embarquer sans biscuit. Dans la collection des proverbes Flamengs et François du XVIe siècle on trouve ce dicton :

Qui va en Flandres sans couteau
Il perd de beure maint morseau.

Dans ses Dialogues du nouveau langage françois italianisé, Henry Estienne dit : « Il vaudroit mieux aller en Flandres sans couteau (ce que toutesfois l’ancien proverbe ne conseille pas) qu’aller à la cour sans estre garni d’impudence. »

Aller en Galilée

(Boutmy, 1883) : v. Remanier, remettre en galée. M. Ch. Sauvestre, qui, lui aussi, est un ancien typo devenu journaliste, nous signale cette expression pittoresque :

Aller en Galilée, dit-il, c’est faire des remaniements qui nécessitent le transport d’une page ou d’une portion de page du marbre, où elle était en forme, dans la galée, sur la casse. Aller en Germanie n’est rien, comparativement au guignon d’aller en Galilée.

Galilée est évidemment une corruption plaisante de galée.

Aller en Germanie

(Boutmy, 1883) : v. Remanier. Cette expression, d’allure si preste, s’applique pourtant, comme on voit, à une chose très désagréable pour le compositeur. Lorsqu’il qu’il a commis un bourdon ou un doublon et qu’il est forcé de remanier un long alinéa, on dit qu’il va en Germanie. Cette locution, récemment introduite dans quelques ateliers, vient-elle des nombreux remaniements que la Prusse a fait subir, depuis 1866, à la carte d’Allemagne, et même, hélas !, à la carte de France ? Un vieux typographe nous fait remarquer que cette locution : Aller en Germanie, dont on n’aperçoit pas distinctement l’origine, que nous venons tout à l’heure de chercher au-delà du Rhin, est purement et simplement une corruption. Quand un compositeur a commis un bourdon, il s’écrie de mauvaise humeur : Allons ! bon ! Il faut que je remanie. D’où aller en je remanie, puis en Germanie.

Aller en rabattant

(Delvau, 1867) : Vieillir, sentir ses forces s’épuiser. Argot du peuple.

(France, 1907) : Vieillir.

Aller en remonte

(France, 1907) : Terme des dames de maisons, alias maquerelles, pour indiquer qu’elles renouvellent leur personnel.

— Je vais vous dire ce que, dans notre profession, signifie aller en remonte. Les mêmes personnes ne peuvent pas toujours rester dans la même maison ; au bout de quelque temps on les a trop vues, et ce que le client demande avant tout, c’est du nouveau. Alors on fait des échanges avec les confrères. Par exemple, je vois une dame qui me plaît chez Mme Séraphin : eh bien ! je paie sa dette, et je la prend chez moi, contre une autre que je donne à mon tour, me faisant payer, moi aussi, bien entendu. Nous agissons de même avec la province. Toujours une femme a contracté des dettes dans l’établissement qu’elle quitte, c’est très rare autrement, je ne sais même pas si le contraire s’est jamais vu.

(Louis Daryl : 13, rue Magloire.)

Aller et retour (donner ou faire l’)

(Delvau, 1864) : Tirer deux coups avec une femme, sans déconner.

C’est un pauvre homme, dit-elle ; il ne peut pas même faire l’aller et retour sans être sur les dents.

A. François.

Aller faire faire (s’)

(Delvau, 1867) : Expression injurieuse — de l’argot des bourgeois par laquelle on se débarrasse de quelqu’un qui vous gêne ou vous ennuie. Le second verbe faire en remplace un autre qui est tantôt paître, tantôt un autre plus énergique.

Aller l’amble

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, soit parce que dans cette besogne l’homme imite l’allure des chevaux qui vont l’amble, autre le trot et le pas, entre fort et doucement, soit parce que pour aller l’amble amoureux il faut être deux — ambo.

Aller où le roi n’envoie personne

(Rigaud, 1881) : Aller aux lieux d’aisances. La variante est : Aller où le roi va à pied.

Aller où le roi ne va qu’à pied

(Larchey, 1865) : Ce rappel à l’égalité est de tous les temps. On disait au dix-septième siècle :

C’est à mots couverts le lieu où l’on va se décharger du superflu de la mangeaille…

Scarron, qui n’a pas dédaigné de donner l’hospitalité à cette métaphore éminemment philosophique, ajoute :

C’est ce qu’on nomme à Paris, chez les personnes de qualité, la chaise percée ; car depuis environ vingt ans la mode est venue de faire ses nécessités sans sortir de sa chambre, et cela par un pur excès de propreté.

Aller où le roi va à pied

(Delvau, 1867) : V. Aller à ses affaires dans l’argot du peuple.
C’est précisément pour y avoir été que Henri III fut blessé mortellement par Jacques Clément, qui le frappa sur sa chaise d’affaires.

(Virmaître, 1894) : Satisfaire un besoin dans le silence d’un cabinet qui n’a rien de ministériel. L’allusion est juste ; malgré sa grandeur, le roi ne pourrait y aller en voiture (Argot du peuple).

Aller que d’une fesse (n’)

(Delvau, 1867) : Se dit — dans le même argot [du peuple] — de quelqu’un qui n’est pas très bien portant, ou de quelque affaire qui ne marche pas à souhait de celui qui l’a entreprise.
C’est l’ancienne expression, plus noble : N’aller que d’une aile.

(France, 1907) : Se dit de quelqu’un qui n’est pas bien portant ou dont les affaires ne marchent pas à souhait.

Aller se faire couper les cheveux

(Delvau, 1864) : Aller au bordel. — L’expression date de l’établissement des bains de mer de Trouville, fréquentés par la meilleure société parisienne. Trouville est pour ainsi dire un faubourg du Havre, mais un faubourg sans bordels. Les messieurs sans dames qui ont des besoins de cœur s’échappent, vont au Havre et reviennent l’oreille basse, la queue entre les jambes, comme honteux de leurs mauvais coups. D’où venez-vous ? leur demandent les dames. — J’ai été me faire couper les cheveux, répond chaque coupable. — Les dames trouvaient — trouvillaient, dirait Commerson — qu’ils allaient bien souvent se faire arranger — la chevelure.

Aller se faire foutre

(France, 1907) : Aller au diable.

Aller se faire lanlaire

(Fustier, 1889) : Se débarrasser d’un importun. L’envoyer promener.

… Votre cœur ? Il n’y a que les gens qui n’ont que ça qui le proposent… Ça ne suffit pas… Vous pouvez aller vous faire lanlaire… !

(Huysmans, Les sœurs Vatard.)

Aller son petit bonhomme de chemin

(Delvau, 1867) : Aller doucement ; se conduire prudemment — pour aller longtemps.

Aller sur la haquenée des cordeliers

(France, 1907) : Aller à pied. Les cordeliers, faisant partie des ordres mendiants, ne chevauchaient guère.

Aller sur une jambe (ne pas s’en)

(Delvau, 1867) : Boire un second verre ou une seconde bouteille, — dans l’argot des ouvriers, qui ont une manière à eux de marcher et de faire marcher les gens.

Aller trop vite à l’offrande et faire choir le curé

(Delvau, 1864) : Décharger au moment où l’on va baiser une femme, que l’on a désirée trop longtemps, et débander immédiatement.

Aller voir défiler les dragons

(Delvau, 1867) : Dîner par cœur, c’est-à-dire ne pas dîner du tout, — dans l’argot du peuple, qui se rappelle le temps où, ne pouvant repaître son ventre, il allait repaître ses yeux, sous la République, des hussards de la guillotine, et sous l’Empire des dragons de l’Impératrice. Qui admire, dîne !

(Virmaître, 1894) : Ne pas manger. Être de la revue signifie la même chose (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Se passer de manger.

(France, 1907) : Se passer de dîner ; expression qui vient sans doute de l’habitude qu’on les pauvres gens qui n’ont pas de quoi dîner d’errer par les rues et d’assister au défilé des soldats, aux parades militaires qui avaient lieu précisément à l’heure où l’on dine.
Les Anglais disent : To dine with Duke Humphrey, dîner avec le duc Humphrey, à cause de l’aventure arrivée à un gentleman qui, ayant été visiter avec plusieurs de ses amis le tombeau du duc Humphrey de Glocester, y fut enfermé par plaisanterie ou par mégarde et y resta pendant que le reste de la compagnie dînait dans une hôtellerie voisine. Quand on lui ouvrit le caveau, on dit qu’il avait dîné avec le duc Humphrey et le proverbe resta.

Aller voir Moricaud

(Delvau, 1867) : v. n. Aller au Dispensaire, — dans l’argot des filles, qui disent cela depuis une vingtaine d’années, par allusion au nom de M. Marécot, sous-chef du bureau des mœurs, chargé de statuer sur le sort des visitées, après le rapport du médecin visiteur M. Denis.
Elles disent aussi Aller à saint Denis.
Les femmes corrompues corrompent naturellement tout — jusqu’aux noms des gens avec qui elles sont en contact.

Allez donc !

(Larchey, 1865) : Locution destinée à augmenter dans un récit la rapidité de l’acte dont on parle.

J’avais mon couteau à la main… et allez donc !… j’entaille le sergent, je blesse deux soldats.

E. Sue.

Allez donc vous laver !

(Delvau, 1867) : Interj. de l’argot des voyous, pour signifier : Allez-vous-en donc ! vous me gênez ! On dit aussi Allez donc vous asseoir !

Allez voir là-bas si j’y suis

(Virmaître, 1894) : Ce qui veut dire nettement à une personne : Foutez-moi le camp (Argot du peuple).

Allez vous asseoir

(Virmaître, 1894) : Terme employé pour envoyer promener un individu ennuyeux. Cette expression ancienne a servi à un chansonnier de 1848 pour composer une chanson dont le refrain : Allez vous asseoir est resté célèbre (Argot du peuple).

Allez vous faire fiche !

(Larchey, 1865) : Allez au diable.

Ce mot cache un jurement très grossier.

d’Hautel, 1808.

Eh bien ! dis à grand’maman qu’elle aille se faire fiche !

Gavarni.

Alliance

(Rigaud, 1881) : Poucettes.

Alliances

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Poucettes avec lesquelles les gendarmes joignent les mains des malfaiteurs pour gêner leurs mouvements.

(Virmaître, 1894) : Poucettes. Les gendarmes mettent poucettes aux prisonniers pour les conduire de brigade en brigade. (Argot des voleurs) V. Cabriolet.

(France, 1907) : Poucettes.

Alliances (les)

(Hayard, 1907) : Les poucettes.

Allonger

(d’Hautel, 1808) : S’allonger sur les planches. Faire injure à Terpsicore ; danser sans grâce et sans légèreté, comme les personnes qui ne sont pas exercées dans cet art.
Quand les veaux s’allongent, le cuir est à bon marché. Comparaison facétieuse que l’on applique aux personnes qui s’étendent d’une manière indécente.
Allonger la courroie. Figurément, étendre les choses au-delà de leur durée ; trainer, à dessein, une affaire en longueur.

Allonger (s’)

(Delvau, 1864) : Bander, — dans l’argot des maquignons.

(Delvau, 1867) : Payer, se fendre, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Se laisser tomber dans la rue. — S’étirer les bras en bâillant.

Allonger (se les)

(La Rue, 1894) : Courir vivement.

Allonger la ficelle, la courroie, la croupière

(Merlin, 1888) : Augmenter une punition.

Allonger les radis

(France, 1907) : Payer. Allonger la ficelle, augmenter une punition, en argot militaire.

Allonger, Allonger de l’argent, s’Allonger

(Rigaud, 1881) : Donner de l’argent, c’est-à-dire allonger le bras pour payer.

Allumage

(Rigaud, 1881) : L’un des premiers degrés du thermomètre de l’ivresse.

Allumage (professeur d’)

(Virmaître, 1894) : Grec qui apprend à ses élèves le moyen à employer pour allumer les joueurs naïfs. Il y avait anciennement au boulevard du Temple, un café où se rencontraient les grecs, il était connu sous le nom de café d’allumage (Argot des grecs). V. Suiffart.

Allume

(Clémens, 1840) : Regarde.

Allumé

(Rigaud, 1881) : Légèrement pris de vin. — Enthousiasmé.

Allumé (être)

(Delvau, 1867) : Être sur la pente de l’ivresse, soit parce qu’on a bu plus que de raison, soit parce au on a trop regardé une jolie fille. Même argot [des faubouriens].

Allumelle

(Delvau, 1864) : Membre viril.

Plusieurs n’aimassent tout autant
Pour chatouiller leur allumelle
Le réservoir d’une pucelle.

(Heures de Payhos.)

Allumer

(d’Hautel, 1808) : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.

(Clémens, 1840) : Regarder.

(Larchey, 1865) : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795).

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

Reybaud.

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

H. Monnier.

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

Montépin.

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

La Correctionnelle, journal.

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

(Delvau, 1867) : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

(Delvau, 1867) : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Clians.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

(Rigaud, 1881) : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe.)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

(Rigaud, 1881) : Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs.)

(La Rue, 1894) : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

(Virmaître, 1894) : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

(France, 1907) : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :

Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris.)

Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !

Allumer (s’)

(Delvau, 1864) : Être en érection, soit devant une femme, soit devant une photographie obscène.

Il ne s’allume pas !… Je ne s’rais pourtant pas fâchée qu’i m’ baise car il a un rude membre.

Lemercier de Neuville.

(France, 1907) : Prendre feu aux rayons des yeux d’une femme.

Entre horizontales.
— Tu sais ? Ce vieux à favoris blancs qui m’a fait l’autre soir une déclaration au Jardin de Paris ?… Voici deux fois que je dîne avec lui et il ne s’allume pas.
— Méfie-toi, ma chère, il doit être de la régie.

Allumer des clairs

(La Rue, 1894) : Regarder avec attention.

Allumer la chandelle

(Delvau, 1864) : Mettre un homme en état de baiser, par des attouchements habiles aux environs de son braquemard et sur son braquemard lui-même.

Allumer la quitourne

(Virmaître, 1894) : Fille qui fait la fenêtre, qui raccroche en chambre. À la tombée de la nuit elle allume sa lampe. Comme elle la tourne de façons différentes pour signaler aux passants qu’elle est libre ou occupée, de là, la qui-tourne (Argot des filles).

Allumer le flambeau d’amour

(Delvau, 1864) : Copuler.

J’m’approch’ crânement et j’ lui propose
D’allumer le flambeau d’ l’amour ;
Cédant au désir qui m’allèche.
De mon feu n’ jaillit qu’un’ flammèche.

F. De Calonne.

Allumer le miston

(Delvau, 1867) : Regarder quelqu’un sous le nez.

(La Rue, 1894) : Passer à l’exécution d’une affaire convenue entre complices.

Allumer les cierges

(La Rue, 1894) : Faire le guet (guetter les agents).

Allumer ses clairs

(Delvau, 1867) : Regarder avec attention.

Allumer son pétrole

(Delvau, 1867) : v. a. S’enflammer l’imagination, — dans l’argot des petites dames, qui savent combien l’homme est inflammable. On dit aussi Allumer son gaz — ce qui, en effet, est une manière de prendre feu.

(Virmaître, 1894) : Rendre quelqu’un amoureux. Mot à mot l’enflammer.
— Le grand t’a donc plaquée ?
— Comme un pet.
— T’a pas su y enflammer le pétrole (Argot des filles).

(France, 1907) : S’enflammer l’imagination. On dit aussi allumer son gaz, argot des filles.

Allumer un homme

(Delvau, 1864) : Se dit des femmes légères — comme chausson — qui, par leurs regards incendiaires, provoquent les hommes à la fouterie.

Elle ! elle n’allumerait pas même un homme en amadou.

Lemercier.

Allumes

(Rigaud, 1881) : Morceaux de bois sec, dans le jargon des boulangers.

Allumette

(d’Hautel, 1808) : Il est gros, comme une allumette. Se dit par raillerie d’un homme qui n’est ni grand ni robuste ; qui fait le tatillon, le querelleur et beaucoup de bruit.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, avec lequel on met le feu à tant de jeunes imaginations.

N’approche pas de moi ton allumette : tu me brûlerais, et je n’y suis pas disposée.

Baron Wodel

Modeste appelle une allumette
Ce que lui montre son amant.

E. T. Simon.

Allumette ronde (attraper une)

(Rigaud, 1881) : Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de capipayne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.

Allumettes

(Rigaud, 1881) : Jambes longues et maigres. Prends garde, tes allumettes vont prendre feu.

(France, 1907) : Jambes. Allusion à la maigreur des toutes jeunes filles qui grandissent.

Madame Cardinal,
Devant l’air virginal
Qu’ont encor ses gamines,
Prie : « Ô Dieu qui les fis,
Fait-nous tirer profits
De leurs gentilles mines.
Je ne manquerai pas
D’aider leurs premiers pas,
Afin que tu permettes
Qu’elles puissent, devant
Le grand public, souvent
Jouer des allumettes. »

(Blédort, Chansons de faubourg.)

Allumeur

(Delvau, 1867) : s. m. Compère, homme qui fait de fausses enchères, — dans l’argot des habitués de l’hôtel Drouot.

(Rigaud, 1881) : Juge d’instruction, dans le jargon des voleurs. Il éclaire l’alfaire, il porte la lumière sur l’affaire.

(Rigaud, 1881) : Entraîneur, compère dans les bazars, les ventes publiques, les théâtres forains.

Les allumeurs sont des employés aux gages des saltimbanques, qui entraînent le public à leur suite, en donnant l’exemple.

(G. Escudier, Les Saltimbanques.)

Exploiteur du public crédule,
Fripons exerçant leurs talents,
Depuis la fausse somnambule
Jusqu’à l’allumeur de chalands.

(A. Pommier, Paris, 1867.)

(Fustier, 1889) : Voleur. Les allumeurs ont pour mission de racoler les ouvriers les samedis de paye et de les emmener chez le marchand de vin. Là, ils leur offrent libéralement à boire jusqu’à ce que les malheureux rentrent chez eux complètement ivres. Alors commence le rôle des meneuses et des travailleurs. V. ces mots. — Grec dont les fonctions consistent à mettre une partie en train.

Maintenant les deux allumeurs qui se trouvent mêlés à la partie reçoivent également une subvention.

(Gil Blas, 29 mars 1882.)

(La Rue, 1894) : Juge d’instruction. Compère des saltimbanques qui entraine le public en donnant l’exemple d’entrer.

(Virmaître, 1894) : Agent provocateur chargé d’organiser un complot politique quand le gouvernement a besoin d’effrayer la population pour faire voter une loi réactionnaire. On en trouve un curieux exemple dans les Mémoires de Claude, à propos de l’Internationale et des allumeurs de la rue des Gravilliers. (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Agent provocateur.

(France, 1907) : Aiglefin qui pousse à la boisson les ouvriers au jour de paye et, lorsqu’ils sont ivres, les fait voler par ses complices males ou femelles.

Au jour dit, nos trois gaillards sont venus dans un cabinet du restaurant en question et, après le dîner, l’allumeur, qui attend un peu de confiture, propose un écarté, qui est accepté.

(Gil Blas.)

Allumeurs de gaz

(Merlin, 1888) : Les anciens lanciers, par allusion à leur arme, comparée au long roseau dont se servent les employés des compagnies du gaz.

Allumeuse

(Delvau, 1867) : s. f. Marcheuse, dans l’argot des filles.

(Rigaud, 1881) : Femme payée par l’administration d’un bal public pour danser et avoir l’air de beaucoup s’amuser. — Femme dont le métier consiste à attirer l’attention des hommes, à faire de l’œil, sur la voie publique, dans les théâtres, en chemin de fer et ailleurs. Elle cherche à allumer sa victime, à l’incendier de son regard.

(La Rue, 1894) : Femme payée pour donner l’entrain dans un bal ou pour attirer les hommes.

(France, 1907) : Femme chargée par les dames des maisons de prostitution de recruter des clients.

Nous trouvons justement à la porte de l’hôtel une gitana aux yeux flamboyants qui guettait notre sortie. Bien qu’elle fut maigre comme une bonne jument du Haymour, elle était encore assez jeune et passable pour battre pour son compte les buissons de Cythère ; mais, veuve et chargée de famille, elle ne travaillait que pour autrui.
Retirant de son doigt une bague, comme dans les vieux romans espagnols, elle nous la présenta, non pour nous l’offrir de la part d’une señora prise subitement du mal d’amour, mais pour nous la vendre.
Ce commerce de l’unique bijou qu’elle possédat ne servait qu’à en couvrir un autre, car, continuant à tenir sa bague du bout des doigts, elle nous raconta confidentiellement qu’elle connaissait deux señoritas muy hermosas et muy jovenes (très belles et très jeunes) qui raffolaient des seigneurs français.
C’était une allumeuse.

(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne.)

Allure (il a de l’)

(Merlin, 1888) : Se dit d’un beau ou vaillant cavalier.

Alorie

(France, 1907) : Oiseau dont la tête est ornée d’une huppe. Vieux français, d’où est dérivé alouette.

Alors

(d’Hautel, 1808) : Alors comme alors. Locution adverbiale et explétive, pour dire qu’on se conduira dans une affaire selon que les circonstances, le lieu et le temps l’exigeront.

Alouette

(d’Hautel, 1808) : Manger comme une alouette. Faire la petite bouche ; manger très-peu. On dit en sens, contraire : Manger comme un ogre. Pour dire gloutonner manger excessivement.
Si le ciel tomboit, il y auroit bien des alouettes de prises. Réponse que l’on fait à ceux qui se creusent la tête à prévoir des accidens qui ne peuvent arriver, et qui ajoutent a tout des si et des mais.
Il croit que les alouettes tombent toutes rôties dans le bec. Manière figurée de dire qu’un homme est si nonchalant et si paresseux, qu’il ne se donne aucun mouvement même pour se procurer les choses de première nécessité.

Alouser

(France, 1907) : Câliner. Idiome méridional. Ce mot, dans le Centre, signifie tromper, du latin lusus.

Chacun r’conduit sa belle
En l’alousant
Si tendrement,
Qu’ la lun’, dans les venelles,
Tous ces soirs-là
N’ s’y montre pas.

Alpa

(Rigaud, 1881) : Vêtement. Abréviation d’alpaga. Se payer un alpa système Jardinière ou système Godchau.

Alpa, alpague

(La Rue, 1894) : Vêtement.

Alpaga

(Halbert, 1849) : Habit.

(Delvau, 1867) : s. m. Habit, dans l’argot des voleurs et des faubouriens.

(France, 1907) : Habit ; argot populaire.

Alpage

(France, 1907) : Période de l’année pendant laquelle le bétail reste eu plein air dans certaines parties de la chaîne des Alpes, désignées sous le nom d’alpes et qui sont séparées entre elles par des barrières, palissades, petits murs, quand les barrières naturelles font défaut.

(E. Peiffer.)

Alpague

(Virmaître, 1894) : Abréviation d’alpaga.
— Je vais me balader, Nini passe-moi mon alpague (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Veston.

Ton alpague est trop court, il ne te cache pas le foirpette.

(Hayard, 1907) : Paletot (d’alpaga).

Alpenstock

(France, 1907) : Sorte de bâton ferré de voyage dont la mode et le nom viennent d’outre-Manche.

Les femmes ne sont pas les moins audacieuses dans ces ascensions. Plus d’une a planté bravement son alpenstock sur la dernière crête du mont Blanc. L’an dernier, on a compté six de ces ascensionnistes féminins.

Alphonse

(Delvau, 1867) : s. m. Nom d’homme qui est devenu — dans l’argot des filles — celui de tous les hommes assez peu délicats pour se laisser aimer et payer par elles.

(Rigaud, 1881) : Joli jeune homme qui reçoit de l’argent des femmes séduites par sa beauté et ses complaisances. Type d’un personnage d’une comédie de M. Dumas fils. Fort à la mode un moment, le mot a déjà vieilli. Alphonse de barrière. Souteneur de barrière. Le nom d’Alphonse, pour désigner un homme qui vit des générosités d’une femme, paraît être bien antérieur à la comédie de M. Dumas fils. Il y a une vingtaine d’années, il devait avoir cours au quartier latin, s’il faut en croire l’exemple suivant :

L’an dernier, elle avait un Alphonse pour lequel elle travaillait du matin au soir et souvent du soir au matin. L’Alphonse est parti.

(Petits Mystères du quartier latin, 1800.)

(La Rue, 1894) : Souteneur.

(Virmaître, 1894) : Souteneur. On a attribué cette expression à M. Alexandre Dumas qui en a fait le titre d’une pièce ; elle était connue depuis plus de vingt ans par la chanson si populaire de Lacombe : Alphonse du Gros-Caillou (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Homme qui vit de la prostitution.

(France, 1907) : Homme entretenu par une femme galante ; amant, ou, comme on disait autrefois, ami de cœur.
Ce surnom vient d’une pièce qu’Alexandre Dumas fit représenter au Gymnase sous le titre : Monsieur Alphonse, et dont le héros était précisément de la catégorie de ceux que le XVIIIe siècle appelait Greluchons.
Les allemands défigurent le personnage sous le nom de Louis ; les Anglais sous celui de Sunday-man, l’homme du dimanche, parce que la dame, qui se repose ce jour-là, le lui consacre entièrement.
On dit aussi Arthur, mais il y a une différence. L’Alphonse est celui qui est payé, l’Arthur se contente de ne rien donner. On les appelle aussi dos, dauphin, barbeau, chevalier de la guiche, marlou, maquereau, mac, poisson, etc. — Voir Poisson.

Tout homme qui ne se ruine pas pour une femme est un Alphonse, et quand un homme s’est ruiné, il y a bien des chances pour qu’il le devienne.
Tel est l’horrible dilemme dans lequel se débat la pauvre humanité.

(Henriette de Barras.)

Alphonsisme

(Fustier, 1889) : Le métier (?) de l’Alphonse.

L’ Alphonsisme brutal ne disparaîtra qu’avec la prostitution.

(La Bataille, mai 1882.)

(France, 1907) : État de celui qui se fait entretenir par les femmes ; que ce soit par sa femme légitime ou par sa maîtresse, le cas est identique. Les messieurs sans le sou qui épousent de riches héritières font de l’alphonsisme. Voir Alphonse.

Une dame est appuyée sur la corde qui sépare les bains des deux sexes.
Survient un monsieur taxé, à tort ou à raison, d’alphonsisme.
— Madame, lui dit-il familièrement, m’avez-vous vu déjà nager ?
— Comment donc ! c’est à croire que vous avez eu un poisson parmi vos ancêtres.

Alpion

(La Rue, 1894) : Tricheur au jeu.

Alpiou

(Delvau, 1867) : s. m. Homme qui triche au jeu, — par allusion au nom donné autrefois à la marque que l’on faisait à sa carte en jouant à la bassette.

Altèque

(Larchey, 1865) : Beau, bon, excellent (Vidocq). — Du vieux mot alt (grand, fort, élevé) accompagné d’une désinence arbitraire, comme dans féodec. V. Roquefort. — Frangine d’Altèque : Bonne sœur. — Frime d’altèque : Charmante figure. V. Coquer.

(Delvau, 1867) : adj. Beau, brave, excellent, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot (altus) à Virgile.

(Rigaud, 1881) : Beau, excellent. D’altar, d’où dérivent les mots altier, altitude.

(La Rue, 1894) : Beau, bon, excellent.

(Virmaître, 1894) : Beau, plus que beau (Argot des voleurs).

Alter ego

(France, 1907) : Littéralement, autre moi-même. Être l’alter ego de quelqu’un, être un autre lui-même.

Allons-y ! D’abord, je souhaite
Au seul grand, à Victor Hugo,
De ne plus dire a tout poète :
« Vous êtes mon alter ego. »

(Jean Richepin.)

Alucher

(France, 1907) : Allumer. Mot blaisois, vendômois, bourguignon, haut breton, etc., dérivé de lucher, luire.

Alzingue

(Virmaître, 1894) : Même signification qu’alpague.

Amadou

(Delvau, 1867) : s. m. « C’est dequoy les argotiers se frottent pour se faire devenir jaunes et paraistre malades, » — c’est-à-dire pour amadouer et tromper les bonnes âmes.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme qui prend aisément feu — afin d’être aimé, amatus. Argot du peuple.

(France, 1907) : Substance avec laquelle les mendiants et les vagabonds enduisent leur face pour se donner une apparence maladive.

Les anciens argotiers, ceux du moins qui avaient établi leurs pénates dans la Cour des Miracles, et dont la profession était de vivre d’aumônes, en simulant des infirmités, exprimaient la substance particulière au moyen de laquelle ils se faisaient paraitre jaunes et malades par le mot amadou.

(Charles Nisard, Curiosités de l’Étymologie française.)

Amadouage

(Halbert, 1849) : Mariage.

(Delvau, 1867) : s. m. Mariage — dans l’argot des voleurs.

(Rigaud, 1881) : Mariage, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Mariage.

Amadoue

(Halbert, 1849) : Se grimer.

Amadoué

(Halbert, 1849) : Marié.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme marié.

Amadouer (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se grimer pour tromper. Même argot [des voleurs].

Amagade (à l’)

(France, 1907) : En cachette ; idiome du Midi. « Elle recevait chaque soir son cousin le vicaire à l’amagade. »

Amandes de pain d’épice

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Dents noires et rares. Argot des faubouriens. L’expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le soir de la Ire représentation du Cotillon, au Vaudeville, avait cassé trois dents à un quidam.

(France, 1907) : Dents noires et sales.

Amandes de pain dépice

(Rigaud, 1881) : Grandes dents d’anglaise. Pour que rien ne se perde dans la langue métaphorique de l’argot, on appelle, par contre, « dents d’anglaise » les amandes de pain d’épice.

Amandes de pains d’épice

(Virmaître, 1894) : V. Dominos.

Amant

(Delvau, 1864) : Nom que l’on donne, non pas à l’homme qui aime une femme, mais à celui qui la fout.

Un vieux monsieur millionnaire,
Remplaçant le prince Charmant
Rêvé par toute pensionnaire,
De Manette eût été l’amant.

A. Delvau.

Amant de carton

(Delvau, 1867) : s. m. Amant sans conséquence, — dans l’argot des petites dames.

Amant de cœur

(Delvau, 1864) : Greluchon, maquereau, homme qui, s’il ne se fait pas entretenir par une femme galante, consent cependant à la baiser quand il sait parfaitement qu’elle est baisée par d’autres que lui : c’est, pour ainsi dire, un domestique qui monte le cheval de son maître. Il y a cette différence entre l’amant simple et l’amant dit de cœur que le premier est un fouteur qui souvent se ruine pour sa maîtresse, et que le second est un fouteur pour lequel sa maîtresse se ruine quelquefois — quand il la fout bien. Aussi devrait-on appeler ce dernier l’amant de cul, le cœur n’ayant absolument rien voir là-dedans.

(Larchey, 1865) : Les femmes galantes nomment ainsi celui qui ne les paie pas ou celui qui les paie moins que les autres. La Physiologie de l’Amant de cœur a été faite par Marc Constantin en 1842. Au dernier siècle, on disait indifféremment Ami de cœur ou greluchon. Ce dernier n’était pas ce qu’on appelle un souteneur. Le greluchon ou ami de cœur n’était et n’est encore qu’un amant en sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de mystérieuses amours.

La demoiselle Sophie Arnould, de l’Opéra, n’a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très-aisé dans son état, est devenu l’ami de cœur et le monsieur.

(Rapports des inspecteurs de Sartines)

Ces deux mots avaient de l’avenir. Monsieur est toujours bien porté dans la langue de notre monde galant. Ami de cœur a détrôné le greluchon ; son seul rival porte aujourd’hui le non d’Arthur.

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune monsieur qui aime une jeune dame aimée de plusieurs autres messieurs, et qui, le sachant, ne s’en fâche pas, — trouvant au contraire très glorieux d’avoir pour rien ce que ses rivaux achètent très cher. C’est une variété du Greluchon au XVIIIe siècle. On disait autrefois : Ami de cœur.

(La Rue, 1894) : L’homme aimé pour lui-même, par opposition à l’homme aimé pour son argent.

Amar, Amarre

(Rigaud, 1881) : Camarade, par abréviation, — dans le jargon des ouvriers. — Un amarre d’attaque, un ami dévoué.

Amar, amarre

(France, 1907) : Ami, dans l’argot des voleurs.

Amarre

(La Rue, 1894) : Colle. Piège.

Amarré

(Virmaître, 1894) : Allusion aux amarres qui fixent les bateaux sur la jetée, dans les ports. Amarrer quelqu’un, se l’attacher.
— J’ai amarré un chouette gonce qui casque tout le temps (Argot du peuple).

Amarrer

(Rossignol, 1901) : Attirer quelqu’un à soi.

On le dit peu causeur, mais je vais quand même tâcher de l’amarrer par du boniment pour savoir ce qu’il a dans le ventre (ce qu’il pense).

Amarris

(Delvau, 1864) : Vieux mot hors d’usage signifiant matrice, employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Et madame qui perd l’attente
Ou. bien que donnent les maris,
Soupire de son amarris.

J. Grévin.

C’est ma maîtresse
Qui a mal à son amatrix.

(Ancien Théâtre français.)

Amasser

(d’Hautel, 1808) : Amasser des écus. Pour thésauriser ; mettre sou sur sou ; faire de grandes économies.

Amateur

(Larchey, 1865) : Homme s’occupant peu de son métier. — À l’armée revient surtout l’usage de ce mot. Un officier cultivant les lettres, les arts, les sciences même avec le plus grand succès, ne sera jamais qu’un amateur. Amateur sert aussi dans l’armée d’équivalent au mot de bourgeois. Un officier dira : Il y avait là cinq ou six amateurs ; comme un soldat ou un sous-officier dira : Il y avait là cinq ou six particuliers. Un clerc amateur travaille sans émoluments. Amateur : Rédacteur qui ne demande pas le paiement de ses articles. — 1826, Biographie des Journalistes.

(Delvau, 1867) : s. m. Bourgeois, — dans l’argot des troupiers.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme du monde qui ne fait pas payer sa copie. Argot des gens de lettres.

(Rigaud, 1881) : Mot à mot : amateur du beau sexe, entreteneur éphémère.

Si ce n’est pas sa femme (la femme du Sublime) qui est trop vieille et trop laide, c’est sa fille qui aura été vendue et que sa mère instruira dans l’art de rançonner l’amateur.

(Le Sublime.)

En peinture, en littérature, l’amateur est un monsieur à qui sa fortune permet de cultiver les beaux-arts sans chercher à en tirer un profit quelconque. — Travailler en amateur c’est, en style d’artiste, travailler peu et faire mauvais.

Amatiner (s’)

(d’Hautel, 1808) : Se prostituer à tout venant ; se mésallier ; se livrer au premier venu, à la manière des bêtes.

(Delvau, 1864) : Se prostituer à tous les hommes comme une chienne chaude à tous les mâtins.

Amatir

(France, 1907) : Caresser, apaiser par de petites tapes amicales. Patois artésien et bressan, de mater.

Amaujeter

(France, 1907) : Mener à mal, tirer mauvais parti d’une personne ou d’une chose. Ce père a amaujeté sa fille, l’a mal mariée. Patois du Centre.

Amazone

(Fustier, 1889) : Grec de race femelle.

Le grec de la classe moyenne, autrement dit le grec nomade,… travaille rarement seul ; il s’adjoint des compères appelés comtois et des auxiliaires féminins appelés amazones.

(Le Baccarat, 1881.)

Ambassadeur

(Halbert, 1849) : Cordonnier.

(Halbert, 1849) : Entreteneur d’une fille.

(Delvau, 1867) : s. m. Cordonnier — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour souteneur de filles.

(Rigaud, 1881) : Cordonnier, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau) — Souteneur bien vêtu. Le bal qu’ils fréquentent est d’ailleurs très connu sous le nom « d’ambassade. » — « Allons à l’ambassade » disent les artistes du quartier Pigalle qui veulent s’encanailler ou qui cherchent des sujets d’études immorales. — Autrefois c’était un « ambassadeur d’amour. »

C’est un ambassadeur d’amour.

(Molière, Georges Dandin.)

Ambes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Les jambes — dans l’argot des voleurs, qui serrent de près une étymologie : αμφω en grec, ambo en latin, d’où ambes dans l’ancien langage français, — trois mots qui ont la même signification, deux : les jambes vont par paire.

(Rigaud, 1881) : Jambes. — Suppression de la première lettre.

Ambier

(anon., 1827) : Fuir.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Courir.

(Bras-de-Fer, 1829) : Fuir.

(Halbert, 1849) : Fuir.

(Larchey, 1865) : Fuir (Vidocq). — Du vieux mot amber : enjamber. V. Roquefort.

(Delvau, 1867) : v. n. Fuir, jouer des ambes.

Ambulante

(Rigaud, 1881) : Fille publique. Allusion aux marches et contremarches auxquelles ces demoiselles se livrent, avant de se livrer au public. Le mot remonte au siècle dernier.

Une belle soirée qu’elles étaient assises au pied d’un arbre, et interrogeaient les passants, s’ils voulaient s’amuser (c’est le terme technique avec lequel ces ambulantes expriment sous une image honnête l’acte de leur métier le plus malhonnête).

(Anecdotes sur la comtesse Du Barri, 1776.)

(Virmaître, 1894) : Fille qui va de cafés en cafés, tantôt à Montmartre tantôt à Grenelle. C’est généralement une fille rangée qui n’a pas de souteneur. Elle passe dans son quartier pour une laborieuse ouvrière qui va travailler au loin. Elle ne ramène jamais chez elle (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Voleuse qui va de maison en maison offrir de menus objets de vente.

Ame

(d’Hautel, 1808) : C’est un corps sans ame. On appelle ainsi un homme dépourvu de toute sensibilité, sans pitié pour le malheur d’autrui ; une personne froide et indifférente, qui vit dans l’indolence la plus parfaite.
L’ame d’un fagot. Les menues branches que l’on place ordinairement au milieu.

Amen

(d’Hautel, 1808) : De l’amen. Pour dire des espèces sonnantes, de l’argent monnoyé.
Il est toujours là pour dire amen. Pour, il applaudit sans cesse aux actes de rigueur et de sévérité :il envenime tout.
Attendez jusqu’à amen. C’est-à-dire, jusqu’à la fin.
Depuis pater jusqu’à amen. Depuis le commencement jusqu’à la fin.

Amende

(d’Hautel, 1808) : Ce sont les battus qui paient l’amende. Se dit, lorsqu’au lieu d’accorder quelqu’indemnité aux personnes qui ont été injustement frustrées de leurs droits, on les condamne au contraire comme ayant tort.
On dit par dérision à un homme oisif et paresseux, qui se plaint de ne savoir que faire : Va-t-en battre le grand prévôt, tu gagneras double amende.

Amendier fleuri

(Rigaud, 1881) : Régisseur, dans le jargon des acteurs. Cet employé est chargé de distribuer les amendes ; d’où le jeu de mots.

Amener (s’)

(Rigaud, 1881) : Venir, se rendre à, — dans le jargon du peuple.

Amène-toi ce soir à ma boîte.

(Le Triboulet du 9 mai 1880.)

Amer

(d’Hautel, 1808) : Il est d’une bêtise amère. C’est-à-dire, dénué d’intelligence ; d’une extrême insipidité.
Ce qui est amer à la bouche, est doux au cœur. Se dit en plaisantant à ceux, qui se plaignent que ce qu’ils mangent est amer ; et particulièrement aux enfans pour les engager à prendre un médicament dont l’amertume les répugne.
Amer comme chicotin. D’une amertume insupportable.

(Rigaud, 1881) : Bitter. Cette liqueur a le double désavantage d’être amère et corrosive.

Amère (la trouver mauvaise)

(Virmaître, 1894) : Les voleurs principalement trouvent toujours leurs condamnations amères. Synonyme de il faut avaler la pilule (Argot du peuple).

Américain

(Delvau, 1867) : s. m. Compère du jardinier dans le vol appelé charriage.

(Fustier, 1889) : Breuvage qui tient le milieu entre le grog et le punch.

Garçon ! un américain !

(Véron, Paris vicieux.)

(France, 1907) : Compère du jardinier dans le vol appelé charriage, qui consiste à dépouiller un imbécile de son argent en l’excitant à voler un tas de fausses pièces d’or entassées au pied d’un arbre dans une plaine de Grenelle quelconque. S’appelle aussi : Vol à l’américaine. (Alfred Delvau.)

Américain (l’)

(Rigaud, 1881) : Chemin de fer américain. Omnibus qui roule sur des rails ; le précurseur des tramways en France. L’Américain dessert encore les lignes du Louvre à Versailles, Saint-Cloud et Sèvres et la ligne de Rueil à Marly.

Américain (œil)

(Larchey, 1865) : Œil investigateur. — L’origine du mot est dans la vogue des romans de Cooper et dans la vue perçante qu’il prête aux sauvages de l’Amérique.

Ai-je dans la figure un trait qui vous déplaise, que vous me faites l’œil américain ?

Balzac.

J’ai l’œil américain, je ne me trompe jamais.

Montépin.

Œil américain : œil séducteur.

L’œillade américaine est grosse de promesses, elle promet l’or du Pérou, elle promet un cœur non moins vierge que les forêts vierges de l’Amérique, elle promet une ardeur amoureuse de soixante degrés Réaumur.

Ed. Lemoine.

(Rigaud, 1881) : Œil auquel rien n’échappe. Dans une ronde des bagnes, on parle de cet œil américain qui fait le succès des charrieurs.

Pour être un voleur aigrefin il faut un œil américain. Pour détrousser un citadin, Ah ! vive un œil américain.

(Léon Paillet, Voleurs et Volés.)

(Rigaud, 1881) : Œil fascinateur. Dans le monde de la galanterie, longtemps l’Américain a passé pour avoir le double mérite de posséder de l’argent et d’être généreux. Lorsqu’un homme paraissait réunir les conditions de générosité requises, il ne manquait pas de plaire à ces dames qui lui trouvaient l’œil américain.

Oh ! voilà deux petites femmes qui s’arrêtent… Elles s’asseyent devant nous… La brune me fait un œil américain.

(Paul de Kock, Le Sentier aux prunes.)

Aujourd’hui, quand une femme dit à une autre : un tel a l’œil américain, traduisez : Méfie-toi, ou méfions-nous, c’est un floueur. Elles en ont tant vu de toutes les couleurs et de tous les pays, qu’elles ne croient plus ni aux Russes, ni aux Américains.

Américaine

(Larchey, 1865) : Voiture découverte à quatre roues.

Une élégante américaine attend à la porte de l’hôtel Rothschild. Un homme fort bien mis y monte, repousse un peu de côté un tout petit groom, prend lui-même les guides et lance deux superbes pur-sang au galop.

Figaro.

(Delvau, 1867) : s. f. Voiture découverte à quatre roues. Argot des carrossiers.

Américaine (vol à l’)

(Rigaud, 1881) : Vol au change, un des vols les plus pratiqués à Paris, où il y a tant d’imbéciles à qui l’on fait accepter des rouleaux de plomb doré pour des rouleaux d’or, tant d’imbéciles qui se laissent prendre à des pièges encore plus grossiers.

(Virmaître, 1894) : Ce vol fut inventé par Hurand qui, en 1844, était détenu à la prison de la Force. On sait en quoi consiste ce vol qui est fréquemment pratiqué. Il a donné naissance au vol au charriage qui se divise en plusieurs catégories. (Argot des voleurs). V. Charriage.

Ami

(d’Hautel, 1808) : Ils vont ensemble comme une paire d’amis. Pour dire, bras dessus bras dessous ; ils vivent dans une grande familiarité.
Ami jusqu’à la bourse. Comme le sont les soi-disant amis du jour ; c’est-à-dire, tant qu’on n’a besoin ni de leur bourse, ni de leur crédit, ni de leur protection.
Ils sont amis comme cochons. Manière basse et triviale de parler, pour exprimer que des personnes qui, naguères, se détestoient, se sont rapprochées par intérêt, et affectent de se donner réciproquement de grands témoignages d’amitié.
Les bons comptes font les bons amis. Proverbe dont on ne sauroit trop se pénétrer, et qui signifie, que pour conserver la bonne intelligence dans une association quelconque, il faut apporter mutuellement beaucoup d’ordre et de probité dans les comptes.

(Delvau, 1864) : Synonyme décent d’amant, qui est lui-même synonyme de fouteur.

Les autres qui auront plus de hâte et prendront des amis par avance pour en essayer…

Mililot.

(Rigaud, 1881) : Voleur émérite, d’après Balzac. Voleur qui professe un culte pour son métier, et ne met rien au-dessus du vol.

Ami de collège

(France, 1907) : Compagnon de prison.

Ami du prince

(France, 1907) : Entremetteur, proxénète, dans le style pompeux de jadis :

Il eut l’emploi, qui n’est certes pas mince,
Et qu’à la cour, où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince.

(Voltaire.)

Amicablement

(Delvau, 1867) : adv. Avec plaisir, affectueusement, de bonne amitié, — dans l’argot du peuple, dont les bourgeois auraient tort de rire. Je ne conseille à personne de cesser de prononcer amicalement ; mais je trouve qu’en prononçant amicablement, les ouvriers serrent de plus près l’étymologie, qui est amicabilis, amicable. Amicabilem operam dare, dit Plaute, qui me rend un service d’ami en venant ainsi à la rescousse.

Amignoter

(d’Hautel, 1808) : Cajoler, flatter, choyer ; traiter quelqu’un avec de grands ménagements. Ce verbe ne s’emploie guères qu’en parlant des enfans auxquels une tendresse aveugle se plaît à prodiguer des soins minutieux et délicats.

Aminche

(La Rue, 1894) : Ami.

(Virmaître, 1894) : Ami. Quand deux voleurs sont associés ils sont aminches d’aff’. (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Ami, camarade.

(Hayard, 1907) : Ami.

Aminche d’aff

(La Rue, 1894) : Complice.

Aminche, Amunche

(Rigaud, 1881) : Ami. Les voleurs disent encore avec re-doublement : Aminchemince, aminchemar, quand ils ne sont pas pressés. — Aminche d’aff, complice. Mot à mot, ami d’affaire. Dans le jargon des voleurs, affaire veut dire vol.

Aminche, amunche

(France, 1907) : Ami ; argot des voleurs.

Aminches d’aff

(Virmaître, 1894) : Amis d’affaires. Un vol pour un voleur est une affaire, comme voler c’est travailler (Argot des voleurs).

Aminci

(Fustier, 1889) : Elégant, à la mode, dans l’argot boulevardier. L’aminci a été le frère du boudiné ; tous deux n’ont fait qu’une courte apparition dans le jargon des précieux.

De jeunes amincis, à court de distractions, avaient eu l’intention de visser sur un tuyau de gaz… l’annonce en lettres de feu du bal à l’Elysée…

(Écho de Paris, février 1885)

Tous les soirs (dans la baraque d’un lutteur) au milieu d’horizontales de grande marque, au milieu d’amincis en frac et cravate blanche, il y a des luttes épiques.

(Univers illustré, juillet 1884.)

Amincir

(d’Hautel, 1808) : Devenir plus mince, et non Ramincir, comme le disent un grand nombre de personnes.

Aminge

(M.D., 1844) : Un ami.

Amiral

(Hayard, 1907) : Couteau (argot de bagne).

Amis comme cochons

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Inséparables.

Amiteux

(Delvau, 1867) : adj. Amical, aimable, doux, bon.

Amitié

(d’Hautel, 1808) : L’amitié passe le gant. Se dit par excuse à quelqu’un dont on serre la main sans se déganter, ce qui est fort incivile.

(Delvau, 1864) : Dans tout vocabulaire érotique, amitié est le synonyme d’amour. — C’est tout un petit drame intime et bourgeois, qui se joue à trois personnages ; la femme, le mari et l’amant. S’il en survient un quatrième, c’est l’ami de l’amant, qui, presque toujours, est à l’amant…

…Ce que l’amant est au mari.

Gavarni.

Amoché

(Rossignol, 1901) : Avoir reçu des coups ou en avoir donné.

Qu’as-tu sur la figure ? — J’ai été amoché.

(Hayard, 1907) : Abimé, blessé.

(France, 1907) : Qui a reçu des taloches.

— Dis donc, hé, vieux ! retire donc ton pif que je voie la gonzesse qui se fait peloter par l’amoché, derrière toi.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq.)

Amocher

(Delvau, 1867) : v. a. Blesser, meurtrir. Argot des faubouriens. S’amocher la gueule. Se meurtrir mutuellement le visage à coups de poing.

(Rigaud, 1881) : Donner des taloches ; pour moucher.

(Virmaître, 1894) : Recevoir des coups. Quant ils laissent de fortes traces on dit que l’ami a été rudement amoché (Argot du peuple). V. Trinquer.

(Hayard, 1907) : Frapper.

(France, 1907) : Donner des taloches, évidemment de moucher.

Amocher quelqu’un

(Rossignol, 1901) : C’est lui laisser traces des coups qu’on lui a portés.

Amorcer

(d’Hautel, 1808) : Attirer par des flatteries et de fausses caresses quelqu’un dans un piège.

(La Rue, 1894) : Préparer un vol ou se préparer à voler.

Amouillante

(France, 1907) : Vache prête à vêler, commençant à jeter le liquide.

Amour

(d’Hautel, 1808) : C’est un amour en culotte. Expression facétieuse et dérisoire dont on se sert en parlant d’un damoiseau, d’un petit garçon rempli de prétentions et d’amour de soi même, et qui, comme Adonis, se croit un chef-d’œuvre de beauté et de perfection.
Un remède d’amour. Epithète injurieuse : femme d’une extrême laideur et totalement dépourvue de graces et d’amabilité.
Il n’y a pas de belles prisons ni de laides amours. C’est-à-dire quelquelque beau que soit un lieu, il paroit toujours affreux à celui qui y est détenu ; et que l’on s’aveugle facilement sur les imperfections d’une personne que l’on aime passionnément.

(Delvau, 1864) : Sentiment de création moderne. Les anciens ne connaissaient que la fouterie, — ce que Théophile Gautier, un poète, a si fort à tort appelé un « sentiment ridicule accompagné de mouvements malpropres, » — et il était donné à notre génération, épuisée par tant de masturbations intellectuelles, d’inventer cette sinistre plaisanterie qui dépeuplerait promptement la terre, si les Auvergnats n’étaient pas là.

L’amour est une affection
Qui, par les yeux, dans le cœur entre,
Et par forme de fluxion
S’écoule par le bas du ventre.

Régnier.

(Delvau, 1864) : Substantif des deux genres : échange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que l’on peut faire ; pour toutes les sottises que l’on peut dire. — On a de l’amour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari : jadis on languissait, on brûlait, on mourait d’amour ; aujourd’hui, on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on l’achète.

E. Jouy.

De son vit couturé de chancreuses ornières,
Pénétrer, chancelant, au fond d’un con baveux,
Mettre en contact puant les canaux urinaires,
De scrofules pourris, nous créer des neveux.
De spermes combinés faire un hideux fromage ;
Au fond de la cuvette, humide carrefour,
En atomes gluants voir le foutre qui nage…
Voilà l’amour !

Paul Saunière.

(Larchey, 1865) : Aimable comme l’Amour.

Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.

L. Reybaud.

Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.

Frémy.

Amour d’homme

(Delvau, 1867) : s. m. Homme dont raffolent les femmes — dans l’argot de Breda-Street, où M. Taine devrait bien aller faire son cours d’esthétique, car on y a des idées biscornues sur la beauté et sur l’amour.

Amour de

(Rigaud, 1881) : Charmant, ravissant, fait pour plaire.

Il portait un amour de redingote noire.

(J. Barbey d’Aurévilly, Les Diaboliques, 1874.)

Amour physique (l’)

(Delvau, 1864) : Le seul amour, le véritable amour, celui des gens bien portants d’esprit et de corps, — enfin celui que prisent sérieusement toutes les femmes, même celles qui lisent le plus de romans.

En style énergique
Mon amour physique
S’explique.

Collé.

Amour platonique

(Delvau, 1864) : L’amour ridicule par excellence, l’amour des poètes, des gens qui ont plus de cervelle que de queue, et qui aiment la femme à distance respectueuse parce que leurs moyens ne leur permettent pas de l’aimer plus près.

Je fais grand cas,
De l’amour pur et platonique,
Mais je n’en use pas.

Collé.

Amour socratique

(Delvau, 1864) : La pédérastie, que Socrate pratiquait si volontiers à l’endroit — je veux dire à l’envers d’Alcibiade.

Amouracher (s’)

(d’Hautel, 1808) : Devenir amoureux jusqu’à en perdre la raison. On dit vulgairement s’Enmouracher.

Amoureuse entreprise (l’)

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien.

Amoureux

(d’Hautel, 1808) : Amoureux des onze mille vierges. Terme de dérision. Homme volage et inconstant ; cœur banal qui s’enflamme également pour toutes les femmes.
Amoureux transi. Homme indifférent et flegmatique, qui n’aime que par calcul et intérêt.

(France, 1907) : Bossu, dans l’argot populaire.

(Une bande de bambins poursuivant un enfant bossu.) — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Laissez-moi, vous me faites du mal !
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue ! (Ils le frappent et le renversent.)
L’enfant. — Vous êtes méchants, vraiment… brigands, assassins, voleurs ! Ne me battez pas tous à la fois aujourd’hui, vous me battrez demain.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !
L’enfant. — Oh ! si j’étais fort !
Tous. — Fort à quoi, l’amoureux, fort à quoi ?
L’enfant. — Fort, fort à casser le ciel, je vous écraserai tous.
La bande. — Hue ! l’amoureux, hue !..
Le bourgeois, attendri. — Chers enfants ! C’est l’espoir de la France, oui, monsieur, l’espoir de la France ; oui, monsieur, l’espoir de la France.

(Jules Noriac.)

Amoureux (papier)

(Rigaud, 1881) : Papier qui boit l’encre, — en terme d’imprimerie.

Amoureux de carême

(Rigaud, 1881) : Amoureux timide. Le peuple disait autrefois proverbialement : Amoureux de carême, qui a peur de toucher à la chair.

(France, 1907) : Amoureux timide. En carême, les bons catholiques n’osent manger la chair. L’analogie est facile à saisir.

Amoureux des onze mille vierges

(Delvau, 1864) : Jeune homme timide qui toutes les nuits couche, en imagination, avec toutes les femmes qu’il a rencontrées dans la journée, et, en réalité, avec la veuve Poignet, — qu’il a toujours sous la main.

Je n’ai jamais sérieusement aimé qu’une femme, la mienne ; et cependant, comme tous les jeunes gens, j’ai été amoureux des onze mille vierges.

A. François.

(France, 1907) : C’est être amoureux de toutes les femmes et croire aussi que toutes les femmes sont dignes d’être aimées. Presque tous les jeunes gens sont, au sortir du collège, amoureux des onze mille vierges. Ce chiffre énorme est une allusion au martyre de sainte Ursule qui fut, dit la légende, mise à mort par les Huns au IVe siècle, près de Cologne, avec onze mille compagnes. Quelle blague !

Amoureux larcin

(Delvau, 1864) : La petite oie de la fouterie, la monnaie de la jouissance, — baisers dérobés, fesses pincées, etc.

Dans ses amoureux larcins,
Le papelard se rengorge ;
Quand sa main flân’ sur ma gorge,
Il dit qu’il ador’ les saints.

Jules Poinclou.

Amoureux transi

(Delvau, 1864) : Baiseur plus chaud en paroles qu’en action, et qu’à cause de cela les femmes tiennent en maigre estime.

Il arrive de là que ceux qui aiment le plus, comme ces amoureux transis, sont ceux qui chevauchent le moins.

Mililot.

Ampasses

(Clémens, 1840) : Draps de lits.

Amphibie

(Boutmy, 1883) : s. m. Ouvrier typographe qui est en même temps imprimeur ou correcteur.

Amphigouri

(d’Hautel, 1808) : Discours ambigu et embrouillé dont les mots ne présentent aucun sens déterminé.

Amphigourique

(d’Hautel, 1808) : Obscur, burlesque ; adjectif du mot précédent.

Ampoigner

(Clémens, 1840) : Saisir quelque chose.

Amunche

(Delvau, 1867) : s. m. Ami, — dans l’argot des voleurs.

Amusatif

(Delvau, 1867) : adj. Drôle, plaisant, amusant, — dans l’argot des faubouriens.

Amuser

(d’Hautel, 1808) : Il se faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Phrase par laquelle les bateleurs, les saltimbanques, terminent ordinairement la harangue qu’ils font à leurs auditeurs, pour les engager à venir voir les curiosités qui ne sont point exposées à leurs regards.
S’amuser à la moutarde. Donner son temps à des choses oiseuses et frivoles, et négliger des affaires d’une utilité reconnue.
Amuser le tapis. Perdre le temps en vain discours et sans rien conclure.

Amuser (s’)

(Delvau, 1864) : Se branler.

Amuser à la moutarde (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se laisser distraire de son devoir ou de sa besogne par des niaiseries, des frivolités — dans l’argot du peuple, qui trouve sans doute que la vie pourrait se passer de ces condiments.

(Rigaud, 1881) : Perdre son temps à des bêtises.

Grande colère du père Duchêne de voir les sans-culottes s’amuser à la moutarde.

(Le père Duchêne.)

Amuser le tapis

(France, 1907) : En terme de jeu, cette locution signifie que l’on cause au lieu de jouer, qui est une chose sérieuse. Au figuré, cela veut dire qu’on cherche à amuser les personnes présentes pour gagner du temps.

Amuser les noisettes

(France, 1907) : Tirer les oreilles. Expression du Borda.

Amuser un homme

(Delvau, 1864) : Le faire jouir par tous les moyens connus et inconnus.

Dans mon bordel il vient souvent beaucoup de vieux,
Ce sont ceux-là, d’ailleurs, qui nous payent le mieux :
Sais-tu par quels moyens, petite, on les amuse, Et de quelle façon à leur égard on use ?

Louis Protat.

Amusette (faire l’)

(Delvau, 1864) : Se peloter mutuellement en attendant le moment de baiser, ou après avoir baisé ; plus spécialement, se branler avec l’extrémité d’un membre viril, quand on est femme.

Lorsque nous avions couru quelques postes et que j’avais quelque peine à remonter sur ma bête, elle, qui n’était ni fatiguée ni rassasiée, s’emparait avec autorité de ma lavette et faisait l’amusette.

A. François.

Amuseur

(d’Hautel, 1808) : Le même qu’Abuseur. Voy. ce mot.

Amuseux

(France, 1907) : Enjôleur. Un amuseux de filles.

Adieu, galant trompeux,
Amuseux de fillettes ;
Tu as mon cœur en gage,
À présent tu t’en vas.
En passant la rivière,
Galant, tu périras.

(Chanson recueillie par le comte Jaubert, à Bengy-sur-Craon.)

Anandryne

(Delvau, 1864) : Femme qui n’aime pas les hommes, ou au moins leur préfère les femmes pour se livrer au libertinage et à la fouterie. Sapho était anandryne ; elle avait un long clitoris et s’en servait comme un homme de son vit avec les femmes. Horace appelait Sapho mascula, femme mâle, femme hommesse, comme le dit Mirabeau dans son Erotika Biblion. Les Vestales à Rome, les Gymnopédistes à Sparte, instituées par Lycurgue, étaient anandrynes.

Anarcho

(France, 1907) : Anarchiste. Épouvantail du bourgeois. Partisan de la nouvelle évolution sociale.

Anastasie

(Rigaud, 1881) : Nom donné par les journalistes au bureau de la censure littéraire. Les dessinateurs la représentent toujours une paire de ciseaux menaçants à la main, fer aussi cruel pour les œuvres de l’esprit que le rasoir du chanoine Fulbert pour l’amant infortuné de l’infortunée Héloise. — Un dessin de la Revue parisienne du 9 août 1877 représente une soirée chez Anastasie, avec cette légende :

Le domestique annonçant : MM. X., Y., Z., journalistes, dessinateurs. — Madame Anastasie (à un invité) : Soyez donc assez aimable pour voir si on a servi les glaces aux amendes et aux suspensions ?

(France, 1907) : La censure ; argot des gens de lettres. Voici l’origine de ce nom donnée par l’Intermédiaire des chercheurs et des curieux : « Un petit journal illustré, qui avait souvent des difficultés avec la censure des dessins, voulut la personnifier et il choisit le prénom d’Anastasie, uniquement parce que ce prénom a cours dans les vaudevilles et qu’on est accoutumé à en rire. Telle est l’origine d’Anastasie, qui, depuis, a désigné, parmi les journalistes, non seulement la censure des dessins, mais encore la censure de toute publication périodique imprimée. »
« Même dans les sphères officielles, il n’y a pas bien longtemps encore, tout ce qui rappelait la propagation de l’espèce humaine était tenu pour éminemment pornographique. Et il me souvient qu’Anastasie, cette vieille prude qui donne si facilement son visa aux ordures débitées dans tous nos beuglants, interdit une ravissante chanson d’Henry Rubois, dont voici le premier couplet et le refrain :

Vous qui par vos grâces exquises
Gouvernez le monde au total,
Ô femmes ! premières assises
De l’édifice social.
Dans les temps troublés où nous sommes,
Mes belles croqueuses de pommes,

Faites des enfants,
On a besoin d’hommes !
Faites des enfants
Roses, bien portants ! »

(Georges Nazim, Estafette.)

Anc

(France, 1907) : Avec ; patois du Centre.

L’ange Gabriel
Qui descend du ciel
Anc un pot de miel
Demande à Marie...

(Noël Berrichon.)

Anchois

(Delvau, 1864) : La verge d’un petit garçon, et même la queue d’un homme lorsqu’elle a des dimensions trop grêles, — par allusion à la gracilité de ce poisson.

Approche ton anchois, ton mignon… là.. bien… tu y es. Le sens-tu frétiller ?

Léon Sermet.

Anchois (œil bordé d’)

(Larchey, 1865) : Œil aux paupières rougies et dépourvues de cils.

Je veux avoir ta femme — Tu ne l’auras pas. — Je l’aurai, et tu prendras ma guenon aux yeux bordés d’anchois.

Vidal. 1833.

Anchois (yeux bordés d’)

(Rigaud, 1881) : Yeux dont les paupières rougies et tuméfiées figurent des lanières d’anchois. Quand on a vu une fois de pareils yeux, on est dégoûté des anchois pour la vie.

Anchtibé

(Rossignol, 1901) : Arreté, mis en prison.

Tu connais le môme Bidoche, eh bien ! il a été anchtibé ce matin par les rousses.

Ancien

(d’Hautel, 1808) : Pour vieux ; avancé en âge.
Qu’en dites-vous, mon ancien ? Expression familière et peu respectueuse dont la jeunesse a coutume de faire usage en s’adressant à un vieillard.

(Delvau, 1867) : s. m. Élève de première promotion, — dans l’argot des Saint-Cyriens et des Polytechniciens.

(Rigaud, 1881) : Élève de deuxième année ou de première division dans une école militaire. (Saint-Patrice.)

Ancien, conscrit

(Larchey, 1865) : Élèves de première et de seconde promotion à l’École polytechnique ou à l’École de Saint-Cyr.

Ancienne

(Rigaud, 1881) : Ancienne maîtresse — C’est une ancienne.

(Rigaud, 1881) : Ancienne fille galante exerçant un commerce.

La propriétaire, une ancienne, fait la causette avec elle.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris.)

Certaines tables d’hôte souvent tenues par une ancienne.

(Idem.)

Ancrer

(d’Hautel, 1808) : Il est bien ancré dans cette maison. Pour il s’y est mis sur un tel pied, il s’y est tellement affermi, qu’il est presqu’impossible de le supplanter.

Andalouserie

(Delvau, 1867) : s. f. Romance mi-cavalière, mi-sentimentale, comme on en chante dans les cafés-concerts, et où il est toujours question du « beau ciel de l’Andalousie », des « beaux yeux des brunes Andalouses », et où le héros s’appelle toujours Pedro et l’héroïne Paquita. Argot des bourgeois.

Anderlique

(Rigaud, 1881) : Homme dégoûtant, sale, malpropre, celui qui dit ou écrit des saletés. Allusion à l’anderlique, petit tonneau employé en vidange pour recevoir les résidus de la fosse. (Le Sublime.)

(France, 1907) : Tonneau de vidange.

C’était un’ tonn’ pas mouchique,
C’était un girond tonneau,
L’anderlique, l’anderlique,
L’anderlique de Landerneau.

(A. Gill.)

Andosse

(anon., 1827) : Échine, dos.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Échine, dos.

(Bras-de-Fer, 1829) : Dos.

(Halbert, 1849) : Échine du dos.

(France, 1907) : Le dos ; argot des voleurs.

Andosses

(Clémens, 1840) : Epaules.

Andouille

(d’Hautel, 1808) : Il a le nez gros comme une andouille. Comparaison triviale et populaire, pour dire que quelqu’un a le nez gros et pointu.
Rompre l’andouille au genou. Négocier une affaire par des voies peu propres à la faire, réussir. On dit familièrement et dans le même sens, Rompre l’anguille au genou.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, dont les femmes sont si friandes, — elles qui aiment tant les cochonneries !

De tout te gibier, Fanchon,
N’aime rien que le cochon ;
Surtout devant une andouille,
Qu’aux carmes l’on choisira,
Elle s’agenouille, nouille,
Elle s’agenouillera.

Collé.

(Larchey, 1865) : Personne molle, sans énergie (Vidocq).

(Delvau, 1867) : s. m. Homme sans caractère, sans énergie, — dans l’argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

(Rigaud, 1881) : Personne sans énergie. Grand dépendeur d’andouilles, individu de haute taille, un peu sot. Les andouilles sont pendues au plafond. Il faut être grand pour les dépendre, et ce travail ne demande pas beaucoup d’intelligence.

Le grand dépendeur d’andouilles, qui l’endormait, a aussi disparu.

(Huysmans, Gaulois du 26 juin 1880)

(France, 1907) : Sot. Grand dépendeur d’andouilles, triple sot.

Les hommes grands ne sont pas en faveur parmi le peuple ; il juge de leur esprit en sens inverse de leur taille. Ainsi, lorsqu’il qualifie quelqu’un de sot, il ne manque guère d’y joindre l’épithète de grand, pris dans le sens de long. Un nain lui parait alors un géant qui n’aurait qu’à étendre le bras pour dépendre une andouille, fut-elle raccourcie de moitié. C’est pour cela que, dans son langage, grand dépendeur d’andouilles est synonyme de sot, de niais, d’imbécile fieffé, puisque en fait de taille il n’y en a pas de supérieure à celle de l’individu qui se met, sans intermédiaire, en contact avec les plus hauts plafonds… Il y a, en quelques provinces, notamment en Bourgogne, ce dicton :
« Grand Niquedouille
Qui décroche des andouilles. »

…Il est question, dans Béroalde de Verville, non pas des dépendeurs, mais de dépouilleurs d’andouilles :

Or bien que nous faisions ici mine de rire si le disons-nous à la honte de ces despouilleurs d’andouilles (les cordeliers), pour les nettoyer, et qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d’actions impudentes. (Le Moyen de parvenir.)

(Charles Nisard.)

Andouille des carmes (l’)

(Delvau, 1864) : Le membre viril.

Andouille mal ficelée

(Virmaître, 1894) : Individu déguingandé. à la démarche traînante. Se dit surtout de quelqu’un mal habillé, ayant des allures ridicules. On dit aussi : mal fagoté (Argot du peuple).

Andouilles (dépendeurs d’)

(Larchey, 1865) : On sait que les andouilles se pendent au plafond. Le peu d’élévation des planchers parisiens relègue en province ce terme, qui désigne un individu de grande stature.

Andrins

(Delvau, 1864) : Culistes, hommes qui ne font aucun cas des charmes féminins et ne fêtent que des Ganymèdes.

Les andrins sont les jacobins de la galanterie ; les janicoles en sont les monarchiens démocrates, et les francs sectateurs du beau sexe sont les royalistes de Cythère.

(Diable au corps)

Androgyne

(Delvau, 1864) : Pédéraste, qui réunit en lui les deux sexes puisqu’il sert de maîtresse aux hommes et d’amant aux femmes, — comme ce grand libertin de Jules-César, qui était le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris.

Androgyne (faire l’)

(Delvau, 1864) : Baiser une femme, ce qui est proprement réunir les deux sexes en un seul.

Ane

(Rigaud, 1881) : Terme de relieur, boîte où tombent les rognures. Est-ce une allusion aux livres, qui, la plupart, contiennent tant d’âneries ?

Âne

(d’Hautel, 1808) : Quand il n’y a pas de foin au ratelier les ânes se battent. Locution proverbiale qui signifie que la mésintelligence et la discorde se mettent bientôt dans un ménage où l’indigence se fait sentir.
Un roussin d’Arcadie. Pour dire un baudet ; un âne.
Faire l’âne pour avoir du son. Feindre d’ignorer une chose dont on est parfaitement instruit, à dessein de se moquer ensuite de celui à qui on veut la faire raconter.
Méchant comme un âne rouge. Proverbe qui se dit d’un enfant espiègle et mutin, capable de toutes sortes de malices.
Il y a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin. Se dit à celui qui, par la ressemblance des noms de deux personnes, a commis quelqu’équivoque.
Brider l’âne par la queue. Faire une chose à rebours ; la commencer par où elle doit finir.
Faute d’un point, Martin perdit son âne. Signifie qu’il s’en est fallu de bien peu de chose, que l’on ne gagnât la partie au jeu.
Chercher son âne quand on est dessus. Chercher une chose que l’on tient sans y prendre garde, comme il arrive quelquefois que l’on cherche son chapeau lorsqu’on le tient à la main ou qu’on l’a sur la tête.
Tenir son âne par la queue. Prendre ses mesures, se précautionner pour ne pas perdre ce que l’on ne possède que d’une manière incertaine.
Un âne bâté. Mot injurieux qui signifie sot, stupide, ignorant.
Sangler quelqu’un comme un âne. Au propre, le serrer dans ses habits à l’étouffer ; au figuré, le traiter avec la dernière rigueur.
C’est le pont ou la poste aux ânes. Pour dire qu’une chose est très-facile à faire lorsqu’on y est habitué ; que ce n’est qu’une routine.
Des contes de peau d’âne. Des discours dénués de vraisemblance : vieilles histoires dont on berce les enfans.
Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Dicton usité en parlant d’un homme excessivement ignorant ; ou de celui qui écrit tellement mal, qu’il ne peut lui-même se déchiffrer.
Elle ne vaut pas le pet d’un âne mort. Se dit d’une personne que l’on méprise extrêmement, et d’une chose à laquelle on n’accorde aucune espèce de valeur.
Monter sur l’âne. Pour dire, faillir, faire banqueroute, mettre la clef sous la porte.
Avoir des oreilles d’âne. Au propre, avoir de grandes oreilles ; et métaphoriquement, être d’une lourde ignorance.
L’âne du commun est toujours le plus mal bâté. Signifie qu’on s’inquiète peu de tout bien qui n’est pas particulier.
Boire en âne. Locution bachique qui équivaut à faire du vieux vin ; ne pas vider son verre tout d’un trait.
Têtu comme un âne, comme un mulet. Extrêmement opiniâtre.
On ne sauroit faire boire un âne, s’il n’a soif. Façon de parler incivile, pour dire qu’il n’est pas aisé de contraindre un obstiné à faire quelque chose contre sa volonté.

Ane Camin

(Clémens, 1840) : Terme de voleur pour nommer leur femme.

Ânerie

(d’Hautel, 1808) : Faute des plus grossières ; ignorance, bévue impardonnable.

Ânes de Beaune

(France, 1907) : Ce sobriquet donné aux habitants de Beaune date du XIIIe siècle et viendrait d’une riche famille de marchands, originaire de cette ville et dont le nom était Asne. D’un autre côté, le Glossaire des Noëls bourguignons de Lamonnoye prétend que ce surnom a été donné par les habitants de Dijon qui avaient coutume de ridiculiser ceux de Beaune, et disaient, en parlant d’un ignorant ou d’un niais, qu’il était de Beaune ou qu’il fallait l’y envoyer.

Anesthésieurs

(France, 1907) :

Les vols, dits au narcotique, sont l’œuvre d’individus connus sous le nom « d’anesthésieurs » ; ils se mettent en quête de personnes disposées à boire avec le premier venu, et dans les grands centres, ces sujets-là foisonnent.
Après s’être assuré que le buveur choisi possède de l’argent, ou l’endort en lui faisant fumer du tabac mélangé avec de l’opium, ou bien en lui versant dans son verre un liquide dont l’effet procure un assoupissement assez long permettant de le dévaliser en toute sécurité.

(G. Macé, Un Joli Monde.)

Aneton

(France, 1907) : Sobriquet donné aux habitants du village protestant d’Asnières, près de Bourges, dérivé du nom de ce village.

Anette

(France, 1907) : Canard sauvage ; patois du Nord.

Ange

(d’Hautel, 1808) : Rire aux anges. Rire niaisement et sans aucun sujet.
Il a vu des anges violets. Se dit d’un visionnaire, ou pour railler quelqu’un dont la vue a été troublée, obscurcie par un coup qu’il a reçu sur les yeux.

Ange gardien

(Delvau, 1867) : s. m. Homme dont le métier — découvert, ou tout au moins signalé pour la première fois par Privat d’Anglemont — consiste à reconduire les ivrognes à leur domicile pour leur éviter le désagrément d’être écrasés ou dévalisés — par d’autres.

(Rigaud, 1881) : Accompagnateur d’ivrognes. Avant l’annexion des anciennes barrières, un grand nombre de marchands de vin avaient attaché à leurs établissements « des anges gardiens » chargés d’accompagner les ivrognes à domicile, de veiller à leur sûreté et de leur éviter le désagrément d’être dévalisés par les voleurs au poivrier. Industrie disparue aujourd’hui.

(France, 1907) : Individu dont la profession consiste à ramasser les ivrognes et à les reconduire à domicile.

(France, 1907) : Sonnette électrique placée à l’intérieur d’un coffre-fort.

Angérien

(France, 1907) : Habitant de Saint-Jean-d’Angély.

Anges pissent (les)

(Rigaud, 1881) : Il pleut.

Anglais

(Clémens, 1840) : Créancier.

(Delvau, 1864) : Noble étranger, fils de la perfide Albion ou de la rêveuse Allemagne, qui consent à protéger de ses guinées une femme faible — de vertu — pendant toute la durée de son séjour à Paris.

Amélie ne te recevra pas, Polyte : elle est avec son Anglais.

Watripont.

(Larchey, 1865) : Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais.

Assure-toi que ce n’est point un anglais.

Montépin.

Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire.

Crétin.

Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique.

Il est aussi brave
Que sensible amant,
Des Anglais il brave
Le débarquement.

Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851.

(Delvau, 1867) : s. m. Créancier, — dans l’argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l’on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu’il se trouve dans Marot ; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l’oubli pendant près de trois cents ans, puisqu’il ne parait être en usage à Paris que depuis une trentaine d’années.

(Delvau, 1867) : s. m. Entreteneur, — dans l’argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu’il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des Victoires et Conquêtes.

(Rigaud, 1881) : Créancier. Avoir un tas d’anglais à ses trousses. Par suite d’une vieille antipathie de race, le débiteur a octroyé au créancier le surnom d’anglais, ennemi.

(Rigaud, 1881) : Menstrues. Allusion à l’uniforme rouge des soldats anglais. — Avoir ses anglais. Les anglais sont débarqués.

(Fustier, 1889) : Terme de sport. On dit qu’un cheval a de l’anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.

(Virmaître, 1894) : Créancier. Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804. Napoléon Ier avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins, deux heures au moins avant ses collègues. L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.
— Sire, répondit le commis c’est à cause des anglais.
— Je ne vous comprends pas.
— Sire, les anglais sont vos ennemis, mes créanciers sont les miens.
— Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.
Le mot est resté et est employé fréquemment (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Créancier.

Ne passons pas devant ce troquet, c’est un Anglais, je lui ai planté un drapeau.

(France, 1907) : Ce nom est employé dans le sens de créancier. Est-ce parce que, comme le dit Alfred Delvau, tout individu à qui l’on doit est considéré comme un ennemi ? Ce serait alors un signe de la vieille haine contre nos voisins d’Outre-Manche, haine d’ailleurs partagée par eux, car le mot remonte fort loin. Suivant Pasquier, il viendrait des réclamations continuelles des Anglais qui prétendaient que la rançon du roi Jean fait prisonnier à la bataille de Poitiers, en 1356, et fixée à trois millions d’écus d’or par le traité de Brétigny, n’avait pas été entièrement payée. Oudin, dans ses Curiositez françoises cite ce proverbe : « Il y a des Anglois dans cette rue, je n’y veux pas aller », c’est-à-dire des créanciers. Enfin on trouve dans Clément Marot :

Oncques ne vis Anglois de votre taille,
Car a tout coup, vous criez baille, baille !

— Menstrues, argot des filles ; allusion à la couleur de l’uniforme des fantassins anglais qui ont, à l’inverse des nôtres, la tunique rouge et le pantalon bleu : Les Anglais ont débarqué, les menstrues sont venues.

Anglais ?

(Rossignol, 1901) : Penses-tu que les Boërs auront le dessus. — Mon cher, pas possible, les Anglais sont débarqués.

Anglais (avoir ses)

(Delvau, 1864) : Avoir ses menstrues, à cause de la couleur rouge de cet écoulement, qui est aussi la couleur de l’uniforme anglais.

Puis de son corps couvrant ma mère,
Dans le sang des Anglais baigné,
Que de coups a tirés mon père
Dans la montagne où je suis né.

(Chanson anonyme moderne.)

(Delvau, 1867) : Avoir ses menses, — dans l’argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l’uniforme des soldats d’Albion. Elles disent aussi : Les Anglais ont débarqué.

Anglais (ils débarquent)

(Virmaître, 1894) : Il est aussi brave, Que sensible amant. Des anglais il brave, Le débarquement. (Argot du peuple), V. Bande sur l’affiche.

Anglais à prunes

(France, 1907) : Voyageur économe, argot des restaurateurs et des hôteliers, parce que, vu le haut prix où sont généralement taxés les fruits, il se contente de quelques prunes. On dit aussi Anglais de carton.

Anglais ont débarqué (les)

(Delvau, 1864) : Les menstrues ont fait leur apparition.

Il n’y a pas moyen ce soir, mon chéri : les Anglais ont débarqué.

Lynol.

Anglais, (voir les)

(La Rue, 1894) : Époques de la femme.

Anglaise

(Delvau, 1867) : s. f. Écot, part de chacun dans une affaire ou dans on dîner. Argot des saltimbanques. Faire une anglaise. Payer chacun son écot.

(Delvau, 1867) : s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter les sous de chacun et à garder pour soi les faces ; un second prend les piles qui restent et rejette, etc. Jouer à l’anglaise. Jouer aux sous.

(Rigaud, 1881) : Jeu de sous à pile ou face, jeu favori des voyous.

Anglaise (faire une)

(Rigaud, 1881) : Se cotiser pour aller boire bouteille chez le marchand de vin, — dans le jargon des ouvriers. — C’est ce que les Italiens appellent faire une Romaine, se régaler à la Romaine.

Anglaise (pisser à l’)

(La Rue, 1894) : S’éloigner sous un prétexte quelconque et ne pas revenir.

Anglaise (s’esbigner à, pisser à l’)

(Rigaud, 1881) : Quitter une société sans rien dire à personne. Cela évite des salutations et des serrements de main qui n’en finiraient plus.

Anglaises

(France, 1907) : Écot. La part qu’apporte chacun dans une affaire ou dans un dîner. Danser à l’anglaise, donner un faux prétexte. Filer ou pisser à l’anglaise, s’esquiver sans payer ou sans mot dire, compliment que les Anglais nous retournent en disant dans le même sens : Prendre un congé français.

Elle avait demandé à son vieux trois sous pour un petit besoin et le vieux l’attendait encore. Cela s’appelle pisser à l’anglaise.

(É. Zola.)

Angliche

(Rigaud, 1881) : Étranger. Après la restauration des Bourbons, les étrangers étaient des angliches pour le Parisien. — Homme dur.

Ça n’a pas de cœur, ce merlan-là, grommela-t-il, c’est un angliche.

(V. Hugo.)

Angluce

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Oie. Tortiller de l’angluce, manger de l’oie.

(Delvau, 1867) : s. f. Oie, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Oie.

(Virmaître, 1894) : Oie (Argot des voleurs). V. Ornichon.

(France, 1907) : Oie.

Angluces

(anon., 1827) : Oies.

(Bras-de-Fer, 1829) : Oies.

(Halbert, 1849) : Oies.

Angluche

(France, 1907) : Anglais.

Angoisse

(d’Hautel, 1808) : Faire avaler des poires d’angoisse à quelqu’un. Lui faire éprouver de mauvais traitemens ; lui rendre la vie dure et malheureuse.

Angora

(Delvau, 1864) : Petit nom d’amitié que les filles donnent à leur con, à cause de son épaisse fourrure.

Flatte mon angora, cher ange, baise-le de tes lèvres : nous allons jouir.

J. Le Vallois.

Angoulème

(Rigaud, 1881) : Bouche, du vieux mot goule, gueule. — Se caresser l’angoulème, faire bonne chère.

(Virmaître, 1894) : La bouche (Argot des voleurs). V. Affamée.

Angoulême

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Bouche.

(Bras-de-Fer, 1829) : Bouche.

(Delvau, 1867) : s. f. La bouche — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l’argot du peuple, par corruption du verbe français engouler, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l’Angoumois.

(La Rue, 1894) : Bouche.

(France, 1907) : La bouche, argot des voleurs ; imitation du vieux mot français engouler, mettre en goule, dont nous avons fait gueule, goulu, goulafre, gueuleton. Se caresser l’angoulême, manger et boire.

Angoulême (l’)

(anon., 1827) : La bouche.

(Halbert, 1849) : La bouche.

Angrainer

(Rossignol, 1901) : Attirer quelqu’un dans une idée que l’on peut avoir, c’est l’angrainer. Autour des jeux de hasard dans les fêtes, il y a toujours des compères qui misent pour angrainer le jeu (le mettre en train) et engager les poires à faire de même.

Anguille

(d’Hautel, 1808) : Écorcher l’anguille par la queue. C’est faire quelque chose à rebours ; commencer par où l’on doit finir.
Anguille sous roche. Entreprise qui se trame sous main ; mauvais desseins, perfidie concertée en cachette.
Il est comme l’anguille de Melun, il crie avant qu’on l’écorche. Se dit d’un homme qui, étant sur le point de subir une opération, crie avant qu’on l’ait touché ; ou d’une personne qui se plaint d’un mal avant qu’il soit arrivé. Il y a plusieurs versions sur l’origine de ce proverbe ; une des plus accréditée est celle-ci, donnée par Barbazan.
« On représentoit à Melun les mystères de Saint-Barthélemi, qui, suivant la tradition de l’église, fut écorché ; et comme toutes les actions se passoient sur le théâtre, un nommé Languille qui faisoit le personnage du saint, fut attaché à une croix, pour être, en apparence, écorché ; celui qui le lioit, lui ayant fait mal, il se mit à pousser un grand cri ; et aussitôt quelques-uns des spectateurs se mirent à dire : Languille crie avant qu’on l’écorche. »

(Larchey, 1865) : Ceinture (Vidocq). — Une ceinture de cuir noir gonflée d’argent ressemble assez à une anguille.

(Delvau, 1867) : s. f. Ceinture, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Fouet à sabot, — dans l’argot des enfants.

(Fustier, 1889) : Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l’anguille.

(Virmaître, 1894) : Ceinture. Allusion à sa souplesse (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Ceinture.

(France, 1907) : Ceinture ; argot des voleurs.

(France, 1907) : Jeune voleur, mince et agile, qui s’introduit dans les immeubles par l’imposte. Voir Vol à la venterne et Venternier.

Anguille de buisson

(Rigaud, 1881) : Couleuvre. Plus délicate, au dire des amateurs, que l’anguille de rivière, de même que le chat est plus aimable à l’estomac que le lapin domestique.

(France, 1907) : Serpent.

Anicheux

(France, 1907) : Mauvais lecteur, de anichonner, ânonner. Patois du Centre.

Anicroche

(d’Hautel, 1808) : Obstacle, difficulté, embarras.
Il y a toujours quelqu’anicroche qui s’oppose à l’accomplissement des promesses. Se dit d’un homme de mauvaise foi, qui trouve toujours des prétextes pour ne pas tenir ce qu’il a promis.
On dit aussi d’une personne querelleuse, qu’Elle attrappe toujours quelqu’anicroche. Pour dire qu’elle se suscite de mauvaises affaires, qu’elle s’attire sans cesse de mauvais traitemens.

Animal

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux et grossier que l’on adresse à quelqu’un dans un mouvement de colère, et qui signifie, et qui signifie sot, stupide, ignorant. Pour donner plus de force à cette épithète, le peuple y ajoute ordinairement le mot bête, et dit animal-bête.
« Jamais il ne faut dire d’un homme, c’est un animal, avance l’auteur d’une Néologie, mais l’on peut dire : c’est un anomal, d’après le mot grec, qui signifie irrégulier, sans règle ». Il me semble qu’il seroit mieux de ne dire ni l’un ni l’autre.

Animisime

(France, 1907) : Doctrine de la croyance aux êtres spirituels. Néologisme.

L’animisme est bien le point de départ et le lien de toutes les aberrations mythiques et mystiques.

(André Lefèvre, La Religion.)

Anis

(France, 1907) : Exclamation expressive de refus. Même sens que Des nèfles ! Flûte !

Anisette de barbillon

(Rigaud, 1881) : Eau.

(La Rue, 1894) : Eau claire. On dit aussi sirop de canard.

(France, 1907) : Eau. On dit aussi Élixir de grenouille.

Et comme le garçon lui apportait une carafe d’eau :
— Veux-tu remporter ça ! dit-il, je n’aime pas l’anisette à barbillons.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille.)

Anisette de goujon

(Rossignol, 1901) : Eau.

Aniterge

(Virmaître, 1894) : Mouchoir (Argot des voleurs). V. Blavin.

Anneau d’Hans Carvel (l’)

(Delvau, 1864) : Le con de la femme — dans lequel tout honnête homme doit mettre le doigt quand il n’y peut plus mettre la pine.

Une femme aimable est un anneau qui circule dans la société, et que chacun peut mettre à son doigt.

Sophie Arnould.

Chantons l’anneau du mariage,
Bijou charmant, bijou béni ;
C’est un meuble utile au ménage,
Par lui seul un couple est uni.
Avant quinze ans, jeune fillette
Veut que l’on pense à son trousseau,
Et qu’on lui mette, mette, mette,
Mette le doigt dans cet anneau.

Béranger.

Année

(d’Hautel, 1808) : Quand il y a treize personnes à table, il en meurt une dans l’année. M. Grimod de la Reynière, donne une interprétation aussi gaie que spirituelle à ce préjugé ridicule ; il dit à ce sujet, dans son almanach des Gourmands : que « c’est sans doute un très-grand malheur d’être treize à table, quand il n’y a à manger que pour douze ».
Il nous en a donné pour la bonne année. C’est-à-dire, il nous a donné plus d’ouvrage que nous n’en pouvons faire.

Annoncier

(Rigaud, 1881) : Ouvrier typographe chargé de la quatrième page du journal, des annonces. Un bon annoncier est très apprécié.

Annuaire sous le bras (passer l’)

(Rigaud, 1881) : Quand un officier est promu à l’ancienneté, on dit qu’il passe l’annuaire sous le bras ou bien avec la protection de la veuve Berger-Levrault, laquelle est l’éditeur de l’annuaire.

(Fr. de Reiffenberg, La Vie de garnison, 1863.)

Anonchali

(Delvau, 1867) : adj. Découragé, abattu par l’ennui ou le chagrin — dans l’argot du peuple, fidèle à la tradition du vieux langage.

(France, 1907) : Abattu. Vieux mot.

Anquiller

(Rossignol, 1901) : Entrer, pénétrer.

Anquilleuse

(anon., 1827) : Femme qui porte un tablier, pour cacher ce qu’elle vole chez les marchands.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Femme qui porte un tablier.

(Bras-de-Fer, 1829) : Femme qui porte un tablier pour cacher ce qu’elle vole.

(Halbert, 1849) : Femme qui porte un tablier pour cacher ce qu’elle vole.

(La Rue, 1894) : Voleuse des magasins de nouveautés. Elle cache les objets volés sous ses jupons, entre ses jambes ou quilles.

(France, 1907) : Voleuse de magasin qui cache entre ses jambes les objets volés. Ce mot, qui date de plusieurs siècles, s’explique de lui-même. Entre-quilles, pour entre-jambes, entre-cuisses.

Anquilleuse, ou voleuse à la mitaine

(Rigaud, 1881) : Voleuse à la détourne qui s’attaque aux magasins de nouveautés. Habile à faire tomber un coupon d’étoffe, elle se sert de ses pieds, chaussés de bas en forme de mitaine, pour cacher la marchandise entre ses jambes, quilles, ce qui ne l’empêche ni de marcher, ni même de courir, quand elle sent la police à ses trousses.

Anquillons

(Rossignol, 1901) : Entrons.

Anse

(d’Hautel, 1808) : Faire le pot à deux anses. Mettre les mains Sur les hanches, soit pour quereller, comme le font les poissardes ; soit par pédanterie, comme le font les petits maîtres et les fats.
Faire danser l’anse du panier. Commettre quelqu’infidelité dans les dépenses que l’on est chargé de faire pour compte d’autrui, ainsi que le pratiquent à Paris la plupart des serviteurs à gages, et notamment les maitres d’hôtels et les cuisinières de grosses maisons.

(Delvau, 1867) : s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens. Offrir son anse. Offrir son bras. Faire le panier à deux anses. Se promener avec une femme à chaque bras.

(Rigaud, 1881) : Bras.

(France, 1907) : Bras ; argot des faubouriens. Offrir son anse, Faire le panier à deux anses. On appelle aussi anses les oreilles.

Anse du panier (faire danser l’)

(Rigaud, 1881) : Gagner sur la dépense du ménage. L’expression remonte à l’an 1636. (La Response des servantes.) Faire danser est pris dans le sens de faire sauter, voler. C’est donc mot à mot : faire sauter une partie de l’argent destiné à l’achat des provisions que protège l’anse du panier.

Anses

(Delvau, 1867) : s. f. pl. Oreilles, — parce qu’elles sont de chaque côté de la tête comme les anses de chaque côté d’un pot.

(La Rue, 1894) : Oreilles.

Anses (panier à deux)

(Larchey, 1865) : Homme qui se promène avec une femme à chaque bras. — De ce terme imagé découle l’expression offrir son anse : offrir son bras.

(Rigaud, 1881) : Homme qui se promène avec une femme pendue à chacun de ses bras, et qui doit regretter de ne pas en avoir une troisième, tant il semble heureux et fier. Les militaires non gradés et nos bons villageois font souvent le panier à deux anses.

Anses de panier

(La Rue, 1894) : Bras.

Anspezade

(Rigaud, 1881) : Élève de première classe à l’école de Saint-Cyr.

Anthropisme

(France, 1907) : Tendance à douer les êtres et les choses de facultés animales et humaines.

C’est en vertu de sa tendance anthropique que l’homme s’est transporté dans ses dieux et qu’il adore en eux ce qu’il leur a librement prêté.

(André Lefèvre, La Religion.)

Antienne

(d’Hautel, 1808) : Chanter une antienne à quelqu’un. Pour lui annoncer quelque mauvaise nouvelle ; lui faire de vifs reproches ; le gronder ; le vespériser.

Antif

(Delvau, 1867) : s. m. Marche, — dans l’argot des voleurs. Battre l’antif. Marcher. Signifie aussi Tromper, dissimuler.

(La Rue, 1894) : Chemin, marche.

(France, 1907) : Marche ; argot des voleurs. Battre l’antif, marcher. Antif, dit Lorédan Larchey, est un vieux mot qui signifie antique et se rencontre souvent dans les textes du moyen âge uni à celui de chemin. Un chemin antif était un chemin ancien, c’est-à-dire frayé.

Antif (battre l’)

(Rigaud, 1881) : Espionner ; par altération pour antifle.

Je me défie maintenant des railles qui entrent ici pour battre l’antif.

(Imbert, À travers Paris-inconnu.)

C’est-à-dire mot à mot : fréquenter l’église, faire métier de cafard, de jésuite.

Antif ou antiffle

(Virmaître, 1894) : Marcher.
— Que fait la môme ?
— Elle bat l’antif pour dégoter un miché (Argot des souteneurs).

Antif, Antiffe

(Rigaud, 1881) : Chemin. — Battre l’antif, battre le pavé, le chemin. Au dix-huitième siècle, on disait dans le même sens : Battre la calabre, par altération pour calade, montée.

Antife

(Halbert, 1849) : Marche.

Antifer

(Rossignol, 1901) : Synonyme de anquiller.

La lourde était bouclée, j’ai antifé de riffe.

(Hayard, 1907) : Entrer.

Antiffe

(anon., 1827) : Marche.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Marcher. Batter l’antiffe, marcher vite.

(Bras-de-Fer, 1829) : Marche.

(Delvau, 1867) : s. f. Église, — dans le même argot [des voleurs]. On dit aussi Antiffle et Antonne.

(Virmaître, 1894) : Église (Argot des voleurs). V. Antonne.

Antiffer

(France, 1907) : Marcher.

Antiffle

(France, 1907) : Église. Battre l’antiffle, faire l’hypocrite ; du vieux mot antie, église.

Antiffler

(Delvau, 1867) : v. n. Se marier à l’église.

(France, 1907) : Se marier à l’église.

Antifle (battre l’)

(La Rue, 1894) : Cafarder, espionner, faire le niais.

Antifle Antonne

(Rigaud, 1881) : Église, — dans l’ancien argot.

Antifler

(Rigaud, 1881) : Marier, — dans le jargon des voleurs.

Antifler, entifler

(Larchey, 1865) : Marier (Vidocq). Vient du mot entifle : église. — Là se fait la célébration du mariage. Entifler est donc mot à mot : mener à l’église.

Ah ! si j’en défouraille, ma largue j’entiflerai.

Vidocq.

(entifle — antie).

Antifs

(Hayard, 1907) : Chemin.

Antilfler

(La Rue, 1894) : Marier.

Antilles

(Halbert, 1849) : Testicules.

(France, 1907) : Testicules.

Antipather

(Larchey, 1865) : Avoir de l’antipathie.

Pas une miette ! Je l’antipathe.

Gavarni.

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir de l’aversion, de l’antipathie pour Quelqu’un ou pour quelque chose. Argot des lorettes et des bourgeoises. Le mot est de Gavarni.

(France, 1907) : Haïr.

Antiquaille

(d’Hautel, 1808) : Terme de mépris dont on se sert en parlant de choses vieilles, antiques, qui ne sont plus de mode.

Antique

(Delvau, 1867) : s. m. Élève oui sort de l’École. Argot des Polytechniciens.

(Rigaud, 1881) : Personnage à idées arriérées, mis à la mode du temps jadis. L’opposé de moderne.

Antiquité

(Virmaître, 1894) : Vieille femme Au temps de sa jeunesse Théophile Gautier, en compagnie d’un de ses amis, se promenait dans le jardin des Tuileries. Il avisa une vieille femme vêtue d’une robe à ramages qui datait au moins du Directoire. Il s’approcha d’elle, le chapeau à la main.
— Madame, lui dil-il, je raffole des antiquités, voulez-vous me permettre de baiser le bas de votre robe ?
Elle répondit fièrement :
— Si monsieur veut embrasser mon cul, il a vingt cinq ans de plus que ma robe (Argot du peuple).

Antone

(Clémens, 1840) : Eglise.

Antonisme

(Delvau, 1867) : s. m. Maladie morale introduite dans nos mœurs par Alexandre Dumas, vers 1831, époque de la première représentation d’Antony, et qui consistait à se poser en homme fatal, en poitrinaire, en victime du sort, le tout avec de longs cheveux et la face blême. Cette maladie, combattue avec vigueur par le ridicule, ne fait presque plus de ravages aujourd’hui. Cependant il y a encore des voltigeurs du Romantisme comme il y a eu des voltigeurs de la Charte.

Antonne

(Larchey, 1865) : Église (Vidocq). — Diminutif du vieux mot antie : église. V. Du Cange. On donne de même à l’église le nom de priante.

(Virmaître, 1894) : Église. Du vieux mot : Antie (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Église, sans doute parce qu’on y entonne des chants :

Au matin, quand nous nous levons,
J’aime la croûte de parfond,
Dans les antonnes trimardons
Ou aux creux de ces ratichons.

(Chanson de l’argot, propre à danser en rond.)

Antonneur

(Virmaître, 1894) : Voleur qui a la spécialité de dévaliser les églises. Il vole l’argent contenu dans les troncs à l’aide d’une baleine enduite de glu (Argot des voleurs).

Antony

(Larchey, 1865) : « En 1831, après les succès d’Antony, les salons parisiens furent tout à coup inondés de jeunes hommes pâles et blêmes, aux longs cheveux noirs, à la charpente osseuse, aux sourcils épais, à la parole caverneuse, à la physionomie hagarde et désolée… de bonnes âmes, s’inquiétant de leur air quasi cadavéreux, leur posaient cette question bourgeoisement affectueuse : « Qu’avez-vous donc ? » À quoi ils répondaient en passant la main sur leur front : « J’ai la fièvre. » — Ces jeunes hommes étaient des Antonys. »

Ed. Lemoine.

(Delvau, 1867) : s. m. Un nom d’homme qui est devenu un type, celui des faux poitrinaires et des poètes incompris.

Antroler

(Halbert, 1849) : Emporter.

(Larchey, 1865) : Emporter (Vidocq). — Des mots entre roller : rouler ensemble. V. Du Cange.

(France, 1907) : Emporter.

Antroller

(anon., 1827) : Emporter.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Emporter.

(Bras-de-Fer, 1829) : Emporter.

Anus (l’)

(Delvau, 1864) : Le trou du cul.

Déferle ton entrecuisse,
Que j’ contemple
Le saint temple
De Vénus,
Et ton anus.

G. De La Landelle.

Août

(d’Hautel, 1808) : Paon. Pour bien prononcer ces deux mots, il ne faut former qu’une seule syllabe de chacun. C’est donc à tort que l’on prononce A-oût, Pa-on ; au lieu de dire Pan, Oût.
En août et en vendanges, il n’y a ni fêtes ni dimanches. Proverbe qui signifie, qu’en ce temps, on est fort occupé à recueillir tous les fruits de la terre.

Aoûteron

(France, 1907) : Moissonneur, parce que la moisson se fait en août. On prononce outron. Patois du Centre.

Apache

(France, 1907) : Voleur, souteneur et, au besoin, assassin. Ce néologisme est de date récente ; il a été donné aux bandits de Paris et de la banlieue, en souvenir de la férocité de la tribu des Peaux-Rouges de ce nom.

Sans être lâche outre mesure,
Les apaches, je vous assure,
Qui, sous l’œil du gouvernement,
Empoisonnent la Métropole,
Me causent une terreur folle,
Rien que d’y penser seulement.

(Raoul Ponchon.)

Apaiser

(La Rue, 1894) : Assassiner.

(France, 1907) : Assassiner ; la meilleure manière, en effet, d’obtenir le silence.

Apascliner (s’)

(Delvau, 1867) : v. réfl. S’acclimater, — dans l’argot des voleurs. (V. Paclin.)

(Virmaître, 1894) : S’acclimater. L’aminche s’apascline doucettement à bunobé (Argot des voleurs), N.

(France, 1907) : S’acclimater ; de paclin, pays. Argot des voleurs.

Apasqueliner, apaqueliner (s’)

(La Rue, 1894) : S’acclimater.

Apéritive

(Fustier, 1889) : Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l’indique, l’apéritive fréquente d’ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière.

Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l’état d’apéritive… mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demimondain.

(Gil Blas, mai 1887.)

Apéritives

(France, 1907) : Femmes du demi-monde.

Les loges sont toujours brillamment occupées par nos grandes horizontales, et les fauteuils par celles qu’Arène nomme des apéritives. On y voit aussi des hommes politiques et des ministres renversés qui semblent enchantés d’être débarrassés des soucis du pouvoir.

(Gil Blas.)

Apéro

(Hayard, 1907) : Absinthe (d’apéritif).

Aphrodisiaques

(Delvau, 1864) : Remèdes propres à tonifier, à roidir — momentanément — le membre qui a cessé d’être viril, par suite de maladies ou d’excès vénériens. Les stimulants les plus généralement employés sont les truffes, le musc, le phosphore, le safran et les cantharides.

Puis, ce sont encor des parfums
Aphrodisiaques en diable.

A. Delvau.

Apic

(Halbert, 1849) : Ail.

(Delvau, 1867) : s. m. Ail, — dans le même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : Ail.

(France, 1907) : Ail.

Apic, Aspic

(Rigaud, 1881) : Œil, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire as de pique, allusion de forme, si l’on veut.

Apiéceur

(Rigaud, 1881) : Ouvrier tailleur qui fait la grande pièce, c’est-à-dire le paletot, la redingote, l’habit.

Apiquer

(France, 1907) : Descendre ; argot du Borda.
Apiquer
un camarade, c’est décrocher le ruban de son hamac et le laisser ainsi prendre de lui-même la position verticale. S’apiquer en police, descendre à la salle de police.

Aplafourchir

(France, 1907) : Écraser, effondrer, aplatir. Patois du Centre.

Aplatir

(d’Hautel, 1808) : S’aplatir. Pour dire se coucher à plat ventre ; s’étendre tout de son long ; s’endormir ; faire un somme dans le lieu où l’on se trouve, comme le font les gens pris de vin, que l’on voit étalés dans les rues.

(Rigaud, 1881) : Réduire au silence, confondre son contradicteur. Le superlatif est : Aplatir comme une punaise.

Aplomb (coup d’)

(Larchey, 1865) : Coup vigoureux, tombant verticalement sur le but.

Sus c’coup là, je m’aligne.
L’gonse allume mon bâton,
J’allonge sur sa tigne
Cinq à six coups d’aplomb.

Aubert, chanson, 1813.

Ah ! fallait voir comme il touchait d’aplomb.

Les Mauvaises Rencontres, chanson.

Aplomb (être d’)

(France, 1907) : Être fort, hardi.

Aplomber

(Delvau, 1867) : v. a. Étonner, étourdir par son aplomb. Même argot [des voleurs].

(France, 1907) : Imposer par son aplomb.

Apocalypse

(d’Hautel, 1808) : Cheval de l’Apocalypse. Terme de dérision en usage parmi le peuple, pour désigner une haridelle ; un criquet ; un mauvais cheval.

Apogne cornue

(France, 1907) : Sorte de pain que les parrains et marraines avaient l’habitude de donner à leurs filleuls ou filleules au temps de Noël, dans les Amognes.

Apollotte

(Halbert, 1849) : Sain.

Aponiché

(France, 1907) : Assis.

Apoplexie de templier

(Delvau, 1867) : s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide, capiteux. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Transport au cerveau par suite d’excès alcooliques. — Les templiers n’étaient pas précisément renommés pour leur sobriété. On a dit, pendant longtemps, boire comme un templier.

(France, 1907) : Coup de sang provoqué par des excès de boisson et de mangeaille, suivant le proverbe : Boire comme un templier.

Apostrophe

(d’Hautel, 1808) : Au figuré, soufflet, coup de poing, coup de bâton appliqué sur le visage ; et qui y laisse one contusion, une blessure.

(Rigaud, 1881) : Soufflet, coup de poing sur le visage. (Dict. : des homonymes, Hurtaut, 1775.)

Apothicaire

(d’Hautel, 1808) : Mémoire d’Apothicaire. Compte surchargé, et sur lequel il y a beaucoup à rabattre.
Faire de son corps une boutique d’apothicaire. Se droguer continuellement ; prendre, sans nécessité, des médicamens.
Un apothicaire sans sucre. Homme qui ne possède aucune des connoissances nécessaires à son état.

(Delvau, 1864) : Pédéraste, ou sodomite ; homme qui se trompe volontairement de côté quand il est au lit avec une femme et qui l’encule au lieu de la baiser.

Jean, ce frotteur invaincu,
Au soir, dans une taverne,
Frottait Lise à la moderne,
C’est-à-dire par le cul.
Elle, qui veut qu’on l’enfile,
Selon sa nécessité,
Disait d’un cœur irrité
Qu’un clystère est inutile
À qui crève de santé.

(Le Cabinet satyrique.)

Apothicaire sans sucre

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui est mal outillé ; marchand qui est mal fourni des choses qui concernent son commerce.

(France, 1907) : Homme qui manque des choses indispensables à sa profession.

Apôtre

(d’Hautel, 1808) : Faire le bon apôtre. C’est faire l’empressé, le doucereux, le patelin ; cacher son jeu sous des dehors hypocrites.

(Larchey, 1865) : Doigt (Vidocq). — Est-ce parce que les apôtres sont souvent représentés avec l’index levé ?

(Rigaud, 1881) : Doigt, — dans le jargon des voleurs. Les doigts ont la mission de dérober avec zèle.

(La Rue, 1894) : Doigt.

Apôtre de l’anus

(Delvau, 1864) : Pédéraste, ou seulement sodomite, — homme qui se plaît à envoyer (ἀποστέλλω) son sperme dans le vagin breneux d’un autre homme, de préférence au vagin naturel de la femme.

Ah ! Dans toute la chrétienté,
Il faut que la société
Envoie des missionnaires,
De saints apôtres de l’anus,
Qui, tirant les vits des ornières,
Prêchent l’Évangile des culs.

Collé.

Apôtres

(anon., 1827) : Doigts.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Doigts.

(Bras-de-Fer, 1829) : Doigts.

(Halbert, 1849) : Doigts.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les doigts de la main, — dans l’argot des voleurs, qui font semblant d’ignorer que les disciples du Christ étaient douze.

(Virmaître, 1894) : Les doigts (Argot des voleurs). V. Ministre de l’Intérieur.

(France, 1907) : Les doigts ; argot des voleurs.

Apôtres (les)

(Hayard, 1907) : Les doigts des mains.

App (salon d’)

(Halbert, 1849) : Salon d’Apollon.

Appachonner

(La Rue, 1894) : Attirer.

(Virmaître, 1894) : Attirer à soi.
— J’ai appachonné unmorlingue dans la valade d’un goncier pendant qui baillait devant les sigues de la Boutanche d’un balanceur de braise (Argot des voleurs). N.

Appareiller

(Delvau, 1867) : v. n. Sortir, se promener, — dans l’argot des marins.

(France, 1907) : Sortir ; argot des marins.

Apparieuse

(d’Hautel, 1808) : Terme de dénigrement ; entremetteuse, femme dont l’occupation favorite est de fabriquer des mariages.

Appas

(Delvau, 1864) : Les beautés d’une femme qui excitent le désir de l’homme, — mais principalement ses tétons.

Ah ! Marion, malgré tes appas,
Non, non, je n’y survivrai pas.

Béranger.

(Larchey, 1865) : Seins.

Madame fait des embarras,
Je l’ai vu mettre en cachette
Des chiffons pour des appas.

Matt., Chansons.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Gorge de femme, — dans l’argot des bourgeois.

Appeler

(d’Hautel, 1808) : Qu’on m’appelle comme on voudra, pourvu que ce ne soit pas trop tard à la soupe. Quolibet populaire, par lequel celui dont on a estropié le nom, ou à qui on en a donné un autre que le sien, veut faire entendre qu’il ne se formalise nullement de cette équivoque.
C’est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. « Ce proverbe vient de ce que Jean de Montmorency, premier du nom, seigneur de Nivelle, ayant embrassé le parti du comte de Charolois, le père qui étoit dans le parti opposé , fit faire à son fils plusieurs sommations de revenir auprès de lui ; et sur le refus d’obéir, il le traitoit de chien. » ACAD.

Appeler Azor

(Delvau, 1867) : v. a. Siffler un acteur comme on siffle un chien. Argot des comédiens.

(France, 1907) : Siffler un acteur ; argot des coulisses.

Appeler burque

(Rossignol, 1901) : Vomir. — Celui qui fait des efforts pour vomir prononce exactement burque.

Appétit

(d’Hautel, 1808) : Changement de viande met en appétit. Manière proverbiale d’exprimer le dégoût que l’on conçoit pour les choses dont on fait un usage journalier.
L’appétit vient en mangeant. Signifie que plus on a de bien, plus on veut en avoir.
Un cadet de haut appétit. Pour dire un gros mangeur ; un gouliafre, un glouton.
Un appétit de femme grosse. C’est-à-dire un appétit bizarre et déréglé.

Appétit (avoir)

(Delvau, 1864) : Se sentir des démangeaisons amoureuses, être en disposition de baiser.

Te sens-tu en appétit ce soir ? — Un appétit énorme ! — Alors, allons à la Patte de chat.

Lemercier.

Applique

(Delvau, 1867) : s. f. Partie de décors qui se place à l’entrée des coulisses, sur les portants. Même argot [des comédiens].

Appliquer la peau d’un garçon (s’)

(Delvau, 1864) : S’introduire le membre viril dans le vagin.

C’est un grand soulagement d’être aimée, et je trouve, pour moi, que je m’en trouve mieux de la moitié depuis que je me suis appliqué la peau d’un garçon dessus.

Mililot.

Appliquer un homme sur l’estomac (s’)

(Delvau, 1864) : Se laisser enfiler comme une perle par lui, la perle sur le dos, et l’homme sur la perle.

Et fût-il coiffeur ou laquais, d’aussi huppées que vous se l’appliqueront sur l’estomac sans lui demander ses preuves.

A. de Nerciat.

Appointé de la cagnotte

(France, 1907) : Racoleur de tripots. On les appelait autrefois truands ou compères.

Appointement

(d’Hautel, 1808) : Foncer à l’appointement. Fournir de l’argent à quelqu’un ; subvenir à ses dépenses ; l’entretenir de tout ce qu’il a besoin.
Charger quelqu’un d’appointemens. Se dit plaisamment pour battre, dauber, rosser quelqu’un à tours de bras.

Apport Paris (l’)

(d’Hautel, 1808) : Lieu où s’assemblent les marchandes de denrées. Le peuple dit, par corruption, la Porte Paris.

Apprendre

(d’Hautel, 1808) : Il fait bon vivre et ne rien savoir, on apprend toujours. Se dit malignement et pour tourner en dérision les leçons qu’on reçoit quelquefois de gens fort ignorans.
Il veut apprendre à son père à faire des enfans. Se dit par raillerie d’un jeune inconscient qui veut remontrer à un homme plus savant et plus expérimenté que lui.

Apprenti

(d’Hautel, 1808) : et vulgairement Apprend rien. Sobriquet que l’on donne à un enfant dénué de capacité et de goût, qui ne fait aucun progrès dans son métier, et dont on désespère de faire un sujet.

(Delvau, 1867) : s. m. Premier grade de la maçonnerie symbolique.

Apprentif

(Delvau, 1867) : s. m. Jeune garçon qui apprend un métier, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (Apprehendivus) et à la tradition : « Aprentif jugleor et escrivain marri, » dit le Roman de Berte.

(France, 1907) : Apprenti. En ce cas, l’argot populaire est fidèle à l’étymologie.

Apprivoiser une fille

(Delvau, 1864) : La dépuceler, — ce qui la rend naturellement moins sauvage.

Malgré les grands parents, malgré les fortes grilles,
Mon cher, je connais l’art d’apprivoiser les filles.

Léon Sermet.

Approprier

(d’Hautel, 1808) : S’approprier. Se nettoyer ; s’ajuster ; se parer. Le peuple dit, en ce sens, Se rapproprier.

Appuyé (être)

(La Rue, 1894) : Avoir des relations intimes : appuyé à une femme.

Appuyer

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. Argot des coulisses. (V. Charger.)

(Rigaud, 1881) : Faire monter un décor, — dans le jargon des machinistes.

(Virmaître, 1894) : Abaisser un décor, le faire descendre des frises sur la scène. A. D. Appuyer est pris dans un autre sens :
— Je vais m’appuyer six heures de chemin.
— Je vais m’appuyer ce vieux birbe sur l’estomac, quelle corvée !
— Je vais m’appuyer une chopine (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Prendre, s’offrir une chose.

J’ai faim ; voilà une belle côtelette que je vais m’appuyer. — Ma voisine est une belle fille que je voudrais bien m’appuyer.

Appuyer sur la chanterelle

(Delvau, 1867) : v. n. Toucher quelqu’un où le bât le blesse ; prendre la cigale par l’aile : insister maladroitement sur une chose douloureuse, souligner une recommandation. Argot du peuple.

(Rigaud, 1881) : Répéter, insister de manière à agacer. Inutile d’appuyer sur la chanterelle, j’ai compris.

(France, 1907) : Insister, appuyer une recommandation, toucher la corde sensible. La chanterelle est, dans un instrument à cordes, celle qui donne les sons les plus aigus ; c’est sur elle aussi que s’exécute le plus souvent le chant d’une partition. De là son nom.

Après

(d’Hautel, 1808) : Après lui, il faut tirer l’échelle. Pour dire il a atteint le plus haut degré de perfection ; il n’y a plus rien à faire après lui.
Après la pluie vient le beau temps. Signifie que le mauvais temps, les circonstances malheureuses, ne peuvent pas toujours durer ; et qu’un temps orageux présage assez ordinairement des jours calmes et sereins.
Après la pause vient la danse. C’est-à-dire qu’après avoir fait honneur à la table, il cst naturel de rechercher les agrémens que procure la danse.
Il va trop de chiens après cet os. Se dit bassement en parlant d’une succession où il y a beaucoup d’héritiers, pour exprimer que la part de chacun sera fort petite ; d’un emploi brigué par un grand nombre de concurrens ; d’une femme qui, comme Pénélope, est obsédée de galans et d’adorateurs.

Après la panse, vient la danse

(Delvau, 1864) : Vieux proverbe : Après la mangeaille, la fouterie.

Pour se mettre en humeur, il faut emplir la panse ;
Sans Cérès et Bacchus, Vénus est sans pouvoir ;
Un ventre bien guédé est plus prompt au devoir :
Après la panse, aussi, ce dit-on, vient la danse.

(Proverbes d’amour.)

Aquarium

(Rigaud, 1881) : Réunion de souteneurs. — Estrade d’un bal public de Paris qui leur est affectée.

(La Rue, 1894) : Réunion de souteneurs.

(Virmaître, 1894) : Lieu où se réunissent les souteneurs. Allusion aux poissons. Aquarium : La Chambre des députés. Cette expression n’est pas très polie pour ces messieurs, qui assurément ne sont pas tous des poissons, mais comme elle est d’origine anarchiste, elle ne surprendra personne (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Débit ou établissement fréquenté par les souteneurs : aquarium à maquereaux.

(France, 1907) : Endroit où se réunissent les souteneurs ou poissons.

Aquiger

(anon., 1827) : Faire.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Faire. Il aquige le riflard : il fait le bourgeois.

(M.D., 1844) : Battre.

(Halbert, 1849) : Prendre.

(Larchey, 1865) : Palpiter. V. Coquer. Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, — dans l’argot des faubouriens. Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

(Delvau, 1867) : v. a. Battre, blesser, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : v. a. Faire, — dans le même argot [des voleurs]. Aquiger les brimes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

(La Rue, 1894) : Prendre, dérober. Faire. Blesser. Battre. Endommager.

(Virmaître, 1894) : Battre, blesser. On dit par corruption de celui qui est battu : il est attigé (Argot du peuple).

(Virmaître, 1894) : Prendre. Aquiger n’est pas le vrai mot, c’est quiger (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Prendre, dans l’argot des faubourgs et voler, dans celui des voleurs.

Aquiger les brèmes

(France, 1907) : C’est marquer les cartes à jouer.

Aquigeur

(Virmaître, 1894) : Voleur qui cherche querelle à un passant. Pendant qu’il le bat, un complice le dévalise proprement et lestement (Argot des voleurs).

Aquigeuses (les)

(M.D., 1844) : Les dents.

Aquilin (faire son)

(Rigaud, 1881) : Faire la mine. C’est-à-dire faire son nez aquilin.

(France, 1907) : Prendre de grands airs.

Aquiquer

(Bras-de-Fer, 1829) : Faire.

Arabe

(d’Hautel, 1808) : Usurier, avare, turcaret ; homme sans miséricorde, sans pitié pour ses créanciers.

(Delvau, 1867) : s. et adj. Homme dur, inexorable, — dans l’argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis plus d’un siècle.

(Rigaud, 1881) : Avare, usurier. (Hurtaut, dict. des homonymes. 1775.)

Araigne

(Rigaud, 1881) : Crochet en fer dont se servent les bouchers pour accrocher la viande. Primitivement ces crocs à plusieurs branches avaient la forme de pattes d’araignées.

Araignée

(d’Hautel, 1808) : Main d’araignée ; Pate d’araignée ; Doigts d’araignée. Main sèche, étique et décharnée ; doigts longs, fluets et maigres.

(Delvau, 1864) : Faire patte d’araignée. Action de prendre les couilles et le vit de l’homme de manière à chatouiller le tout à la fois en allant de la tête du vit au périnée et au trou du cul, de haut en bas, à droite et à gauche et retour, en y joignant des coups de langue au filet du vit décalotté, le tout jusqu’à jouissance complète. — Voir patte d’araignée.

(Rigaud, 1881) : Voiture montée sur roues très-hautes et pourvue seulement d’un siège. Elle a des airs de faucheux ; d’où son nom. Elle sert spécialement aux maquignons pour essayer les chevaux.

(Fustier, 1889) : Vélocipède à deux roues dont l’une, celle de devant, est très grande, et l’autre, celle de derrière, d’un diamètre très petit.

(France, 1907) : Femme maigre et mal bâtie, Araignée de comptoir. Signifie aussi prostituée, Araignée de bastringue, de trottoir :

Elle attend les flâneurs qui passent, l’Araignée ;
Qu’il fasse ou non soleil, qu’il fasse chaud ou froid,
Elle est à la fenêtre ; en regardant, on voit
Aux rideaux entr’ouverts sa tête mal peignée.

(Jérôme Monti, Le Traquenard.)

Avoir une araignée dans le plafond, avoir une idée fixe, ou un grain de folie.

Araignée dans le plafond

(Rossignol, 1901) : Une personne détraquée a une araignée dans le plafond.

Araignée dans le plafond (avoir une)

(Larchey, 1865) : Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.

(Rigaud, 1881) : Extravaguer par instant. Le plafond figure le crâne ; l’araignée y file sa toile et empêche les idées de sortir claires et nettes.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de loufoque. Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).

Araignée de bastringue

(Rigaud, 1881) : Fille qui tend ses toiles dans les bals publics ; (Riche-en-gueule ou le nouveau Vadé 1824.) Les voyous d’aujourd’hui appellent les filles qui raccrochent : des araignées de pissotière. Quœrens quem devoret.

Araignée de comptoir

(Rigaud, 1881) : Mercier, — dans le jargon des couturières. Le mercier est toujours blotti derrière son comptoir comme l’araignée derrière sa toile. Envoyer le rouffion chez l’araignée de comptoir.

Araignée de trottoir

(Fustier, 1889) : Boutiquier en plein vent, camelot.

Il (le promeneur) a fait aux araignées de trottoir une rente qui, suivant la position, varie de 10 sous à 10 francs par jour.

(Estafette, 1881.)

Araignée du matin

(France, 1907) : L’araignée donne le moyen de pronostiquer le temps ; jamais on ne voit une araignée par les matinées de rosée abondante, ce qui est signe de beau temps ; par les matinées sèches et sans rosée, on l’aperçoit dans sa toile ; signe de pluie certaine : « Araignée du matin, chagrin. »
Dans les soirées chaudes, l’araignée sort volontiers de sa toile pour saisir les insectes qui, dans ces conditions atmosphériques, voltigent en grand nombre, présage d’un beau lendemain : « Araignée du soir, espoir ! »
Nous ne parlerons pas ici de l’araignée dans le plafond, qui est du ressort du médecin aliéniste, et qui hante nombre de politiciens.

Arbalete

(Halbert, 1849) : Croix.

Arbalète

(d’Hautel, 1808) : Il est parti comme un trait d’arbalète. Pour dire que quelqu’un a disparu brusquement, et que sa sortie a été occasionnée par un mouvement d’humeur.
Il n’y a qu’un trait d’arbalète. Manière exagérée de dire qu’un lieu est très-peu éloigné d’un autre.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, probablement par jeu de mots, parce qu’on bande, — à moins qu’on ne dise bander que parce qu’on appelle la pine une arbalète destinée à blesser la femme au ventre.

Bandez votre arbalète, mon doux ami, et visez-moi dans le noir.

E. Durand.

(Larchey, 1865) : Croix de cou, bijou de femme (Vidocq). — Allusion à la ressemblance d’une arbalète détendue avec une croix.

(Delvau, 1867) : s. f. Croix de femme, dite à la Jeannette. Argot des voleurs. Arbalète d’antonne. Croix d’église. Ils disent aussi Arbalète de chique, arbalète de priante.

(Rigaud, 1881) : Croix à la Jeannette, qui est devenue plus tard la fameuse croix de ma mère dont les dramaturges ont fait une consommation effrayante. (V. les œuvres complètes de M. Dennery.)

(La Rue, 1894) : Croix de col.

(France, 1907) : Croix de Jeannette, de priante.

Arbalète d’antonne

(France, 1907) : Croix d’église ; argot des voleurs.

Arbalète de chique, d’antonne, de priante

(Rigaud, 1881) : Croix d’église, — dans le jargon des voleurs.

Arbi

(Rigaud, 1881) : Arabe, — dans le jargon de nos soldats d’Afrique.

Eh l’arbi ! combien ta viande ?

(Ant. Camus, Les Bohèmes du drapeau.)

Arbi, arbico

(France, 1907) : Arabe et, par extension, ancien soldat d’Afrique.

C’était des turcos, ses hommes, un bataillon de grands arbis dégingandés, troupiers finis, ivrognes et chapardeurs, tous vieux soldats, beaucoup avec des brisques rouges sur leurs vestes bleu de ciel.

(Paul Bonnetain, En Campagne.)

Chasseurs, la tribu est rasée,
Les arbis sont pincés ;
Pinçons les dératés
Qui voudraient nous escoffier.

Élégant chasseur,
Monte avec ardeur
Au haut de la montagne ;
Le Bédouin est là,
Il t’ajustera,
Mais il te ratera.

(Chanson d’Afrique.)

Arbif

(Halbert, 1849) : En colère.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme violent, en colère, qui se rebiffe. Même argot [des voleurs].

(La Rue, 1894) : En colère.

(France, 1907) : « Homme violent, en colère, qui se rebiffe. » (Alfred Delvau) ; argot des voleurs.

Arbouteaux de Sabri

(Clémens, 1840) : Sabot de bois.

Arbre

(d’Hautel, 1808) : Il faut se tenir au gros de l’arbre. Signifie que, dans toute affaire, il faut embrasser le parti qui semble le plus raisonnable, et choisir autant que possible le plus juste et le plus fort.

Arc-en-ciel (faire l’)

(Fustier, 1889) : Argot des Grecs.

J’ai fait l’arc-en-ciel. — Qu’entendez-vous par là ? — Je vous ai jeté les cartes très loin, d’une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j’ai pu les voir lorsqu’elles sont arrivées à leur point culminant.

(Belot : Le Roi des Grecs.)

Arcarot

(France, 1907) : Tromperie.

Arcasien

(Rigaud, 1881) : Malin, — dans l’ancien argot.

(La Rue, 1894) : Malin.

(Hayard, 1907) : Voleur au trésor caché.

Arcasien ou Arcasineur

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur qui se sert de l’arcat pour escroquer de l’argent aux personnes timides autant que simples. On dit aussi Arcase.

Arcasien, sineur

(Larchey, 1865) : Celui qui monte un arcat.

Arcasin, arcasien, arcasineur

(France, 1907) : Ces mots désignent les mendiants à domicile qui, sous de faux dehors, trompent la confiance ; également les mendiants par lettres ou arcats, appelées aussi lettre de Jérusalem. Monter un arcat, écrire de prison une lettre demandant une avance sur une somme considérable à toucher ou un trésor enfoui que l’emprunteur découvrira au prêteur. Arcat dérive de arcane, mystère, chose cachée.

Arcasineur

(Rigaud, 1881) : Mystificateur doublé d’un filou. Se dit aujourd’hui de celui qui exerce la mendicité à domicile.

(La Rue, 1894) : Mendiant à domicile.

(Virmaître, 1894) : Voleur au trésor caché. Le voleur se nomme arcasien parce qu’il procède au moyen d’une lettre (arcat) écrite d’une prison quelconque à l’individu qu’il s’agit d’escroquer. L’arcat indique généralement un trésor caché à l’étranger. Des naïfs mordent toujours dans l’espoir d’un gros gain (Argot des voleurs).

Arcat

(Delvau, 1867) : s. m. Escroquerie commise au moyen de lettres de Jérusalem. (V. ce mot.)

Arcat (monter un)

(Larchey, 1865) : Écrire de prison à un provincial, et lui demander une avance sur un trésor enfoui dans son pays et dont on promet de lui révéler la place. La lettre qui sert à monter l’arcat s’appelle lettre de Jérusalem, parce qu’on l’écrit sous les verrous de la Préfecture. Vidocq assure qu’en l’an VI, il arriva de cette façon plus de 15.000 fr. à la prison de Bicêtre. Vient d’arcane : mystère, chose cachée.

(Rigaud, 1881) : Mystifier dans le but de voler. — Il y a une dizaine d’années, plusieurs personnes reçurent des lettres d’arcat, écrites par des prisonniers espagnols et dans lesquelles, en retour d’une certaine somme, on s’engageait à révéler l’endroit où l’impératrice Eugénie, en quittant la France, avait caché ses bijoux. Arcat vient d’arcane, mystère.

Cette fois c’est Midhat-Pacha qui, exilé, avant de s’embarquer pour Brindisi, confia à l’auteur de la lettre, son prétendu secrétaire, une cassette contenant une dizaine de millions. C’est toujours le même roman de la cassette enterrée, des plans qui serviront à la retrouver et qui sont dans une malle saisie qu’il faut dégager et qui exige une certaine somme qu’on demande aux destinataires. de la lettre.

(Petit Journal du 14 sept. 1878.)

L’arcat ou lettre de Jérusalem était pratiquée au XVIIIe siècle, avec tout autant de succès que de nos jours. Nous en trouvons un exemple relaté dans le Paris métamorphosé de Nougaret, (an VII.)

(La Rue, 1894) : Écrire de prison à une dupe, une Lettre de Jérusalem pour demander une avance d’argent sur un prétendu trésor enfoui dont on promet de révéler la place.

Arcavot

(Rigaud, 1881) : Mensonge, — dans le jargon des marchands juifs. — Il est probable que l’arcat des voleurs vient d’arcavot. Il se sera rencontré un voleur de juif qui aura propagé le mot.

Arche

(d’Hautel, 1808) : C’est l’arche de Noé, où il y a toutes sortes de bêtes. Se dit par mépris d’une maison habitée par des gens de toutes classes et de tous états ; où de nombreux ménages se trouvent rassemblés.

Arche (aller à l’)

(Rigaud, 1881) : Être en quête d’argent, courir après des débiteurs récalcitrants.

(La Rue, 1894) : Chercher de l’argent.

(France, 1907) : Chercher de l’argent ; du vieux mot arche, armoire, coffre, qui a fait archives. (Lorédan Larchey.)

Arche (aller à)

(Larchey, 1865) : Chercher de l’argent (Vidocq) — Du vieux mot arche (armoire secrétaire) qui a fait archives. Le secrétaire sert de coffre-fort aux particuliers.

Arche (fendre l’)

(Rigaud, 1881) : Importuner.

(France, 1907) : Ennuyer. Allez-vous en, vous me fendez l’arche.

Arche de Noé

(Delvau, 1867) : s. f. L’Académie française, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas qu’ils se permettent une impertinence inventée par Claude Le Petit, un poète brûlé en Grève pour moins que cela.

Arche de Noé (c’est l’)

(France, 1907) : Il y a toute sorte de bêtes. Se dit d’une maison ouverte à tout le monde.

Archers

(d’Hautel, 1808) : Archers de l’écuelle ; Pousse-culs ; Chasse-coquins. Noms dérisoires et injurieux que l’on donnoit autrefois à des hommes armés que la police entretenoit dans les rues de Paris, à dessein de ramasser les mendians, les gens sans aveu.

Archet

(d’Hautel, 1808) : Faire grincer l’archet. Jouer du violon à la manière des ménétriers ; cette métaphore n’est usitée qu’en parlant d’un croque-note, d’un mauvais musicien.
Il a passé sous l’archet. Se dit d’un réprouvé, d’un homme chargé d’opprobre et d’infamie, sur lequel la justice a déployé en différentes circonstance toute sa sévérité.

Archi-bête

(d’Hautel, 1808) : Sot, ignorant, stupide au suprême degré.

Archi-suppot

(Halbert, 1849) : Docteur.

Archi-suppôt de l’argot

(Delvau, 1867) : s. m. Docteur ès filouteries.

Archicube

(Fustier, 1889) : Ancien élève de l’École normale.

Monsieur, vous êtes mon archicube et je vous dois le respect. J’explique, pour les profanes, ce terme rébarbatif : vous êtes entré à l’École plus de trois ans avant moi.

(France, 1907) : Élève de troisième année à l’École normale, un ancien par conséquent.

Ce que mon archicube Francisque Sarcey nous disait et nous dit encore depuis trois mois, c’est ceci : que les précautions imposées aux directeurs de théâtres pour prévenir les incendies ne sont qu’une plaisanterie énorme, radicalement inutile, qu’il n’en brûlera pas un théâtre de moins, et que le nombre des spectateurs rôtis n’en sera pas diminué d’une demi-douzaine.

(Joseph Moutet, Gil Blas.)

Archipointu

(Delvau, 1867) : s. m. Archevêque. — dans l’argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de travestir ainsi le mot archi-épiscopus.

(France, 1907) : Archevêque.

Archisuppôt de l’argot

(France, 1907) : Haut dignitaire de l’ancienne truanderie.

Les archisuppôts sont ceux que les Grecs appellent philosophes, les Hébreux scribes, les Latins sages, les Égyptiens prophètes, les Indiens gymnosophistes, les Assyriens chaldéens, les Gaulois druides, les Perses mages, les Français docteurs. En un mot, ce sont les plus savants, les plus habiles marpeaux de toutine l’argot, qui sont des écoliers débauchés, et quelques ratichons, de ces coureurs qui enseignent le jargon à rouscailler bigorne, qui ôtent, retranchent et réforment l’argot ainsi qu’ils veulent, et ont aussi puissance de trucher sur le toutine sans ficher quelque floutière.

(Langage de l’argot réformé.)

Arco

(Virmaître, 1894) : Avare (Argot des voleurs). V. Grippe-sous.

Arçon

(Clémens, 1840) : Avertissement.

(La Rue, 1894) : Signe de reconnaissance entre voleurs qui consiste à cracher fortement à terre ou à courber le pouce de la main droite sur la joue de façon à figurer un c ou petit arc.

(France, 1907) : Signe de reconnaissance des voleurs entre eux. « Du temps de Vidocq (1837), dit Lorédan Larchey, c’était un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. La courbe du C représente la forme d’un arc. » D’où le vieux mot arçon, archet, petit arc.

Si c’étaient des amis de Pantin, je pourrais me faire reconnaître, mais des pantes nouvellement affranchis, des paysans qui font leur premières armes, j’aurais beau faire l’arçon.

(Vidocq.)

Arçon, accent

(Larchey, 1865) : Signe d’alerte convenu entre voleurs. Du temps de Vidocq (1837) c’était un crachement et un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. — Vient d’arçon : archet, petit arc. V. Roquefort. — La courbe du C représente bien la forme d’un arc. — Accent nous paraît de même une allusion au son du crachat.

Arçonner

(Clémens, 1840) : Prévenir, tàter, fouiller, frapper.

(Halbert, 1849) : Faire parler.

(Delvau, 1867) : v. a. Parler à quelqu’un, l’apostropher, le forcer à répondre. Argot des voleurs.
Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l’écrivant ainsi : arresoner ; je l’ai cherché en vain dans les dictionnaires. D’un autre côté, les voleurs disent : Faire l’arçon, pour signifier : Faire le signal de reconnaissance ou d’avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d’un crachement et le dessin d’un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.

(La Rue, 1894) : Faire parler. Faire l’arçon.

(France, 1907) : Apostropher à haute voix quelqu’un pour l’obliger à répondre..

Arçonner une lourde

(Clémens, 1840) : Frapper à une porte.

Arçonneur

(Hayard, 1907) : Voleur qui fait le guet.

Arçonnier

(Virmaître, 1894) : Celui qui donne le signal de l’alarme convenu entre les voleurs. Au temps de Vidocq, le C figuré à l’aide du pouce sur la joue droite signifiait : prenez-garde voilà la rousse (Argot des voleurs).

Arcpincer

(Larchey, 1865) : Arrêter quelqu’un. — Pincer au demi-cercle est très usité dans le même sens. Il est à remarquer qu’arc et demi-cercle sont presque synonymes et qu’ils paraissent dériver de la même image.

Arcpincer ou Arquepincer

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, saisir quelqu’un ou quelque chose. Argot des faubouriens.

Arcpincer ou arquepincer

(France, 1907) : Saisir, prendre ; argot populaire.

Mademoiselle, veuillez arcpincer mon anse.
J’ai promis de reconobrer tous les grinchisseurs et de les faire arquepincer.

(Vidocq.)

Ardants (les)

(Halbert, 1849) : Les yeux.

Ardent

(Delvau, 1867) : s. m. Chandelle, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression, avec tant d’autres, à l’argot des Précieuses.

(Rigaud, 1881) : Chandelle, — dans l’ancien argot. — Ardents, yeux.

(La Rue, 1894) : Chandelle, lumière. L’œil.

(France, 1907) : Chandelle ; argot des voleurs qui appellent les mouchettes fauche-ardents.
Se dit également des yeux : les ardents.

Ardent (buisson)

(France, 1907) : La touffe soyeuse de poils qui ombrage la partie du bas du ventre de la femme. Le très galant duc de Bourgogne créa l’ordre de la toison d’or en l’honneur du buisson ardent de la belle Marie de Crumbrugge.

La baronne de Santa-Grue,
Sous les baisers de son amant
— Qui ne s’oublie en tel moment ? —
Émit une note incongrue.

L’amoureux en reste bredouille
Et tout aussitôt s’interrompt ;
Puis s’incline, courbe le front
Et dévotement s’agenouille.

Mais elle, payant de toupet,
Lui dit, comme s’il se trompait :
— Qu’est-ce, m’amour ? — Vive l’Église !

Je crois, tel miracle m’aidant ;
J’entends sortir, nouveau Moïse,
Une voix du buisson ardent.

Ardents

(Larchey, 1865) : Yeux. — Dict. d’argot moderne, 1844. — Le verbe allumer entraînait naturellement ce substantif.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les yeux, — dans le même argot [des voleurs].

(Virmaître, 1894) : Les yeux (Argot des voleurs).

Ardents (les)

(Hayard, 1907) : Les yeux.

Ardillier

(France, 1907) : Lieu rempli de ronces et d’épines.
Le chef d’escadron E. Peiffer, dans ses Recherches sur l’origine et ta signification des noms de lieux, donne, d’après un vieux fabliau publié par la Société Nivernaise, une anecdote sur ce mot :

La femme d’un brave villageois venait de rendre le dernier soupir ; pour la conduire à sa dernière demeure il fallait traverser un fourré rempli d’épines. Or, tandis que le convoi funèbre cheminait à travers le sentier broussailleux, une branche de ronce s’attacha au linceul qui enveloppait le corps de la défunte, si bien et si fort que les épines pénétrant dans la chair provoquèrent une douleur qui rappela la pauvre femme à la vie.
Mort n’étoit que léthargie.
À quelque temps de là il advint que la villageoise passait une seconde fois de vie à trépas, et comme on se disposait à la mener en terre.
 Lors li veuf moult ploreux
 Dit aux ansépultureux ;
 Prindes soigneusement garde
 Ke l’ardillier ne li arde.

Ardillon

(d’Hautel, 1808) : Pointe de métal attachée à la chape d’une boucle ; le peuple dit, par corruption, Arguillon.

(Delvau, 1864) : Le membre viril, soit parce qu’il pique, soit parce qu’il brûle.

Au lieu de sentir lever son ardillon, il se sentait plus froid qu’à l’ordinaire.

D’Ouville.

Je sens ton ardillon… Ah ! je le sens… Chien ! chien ! tu me brûles…

Baron Wodel.

Ardoise

(Rigaud, 1881) : Tête. — Chapeau. — Se fourrer dans l’ardoise, se mettre dans la tête.

(La Rue, 1894) : Tête. Chapeau.

Ardoise (avoir l’)

(Rigaud, 1881) : Avoir un compte ouvert dans une gargote, chez un marchand de vin, où le grand-livre est représenté par une planche d’ardoise.

(France, 1907) : Avoir crédit chez le mastroquet, l’habitude chez les marchands de vins étant de marquer les comptes sur une ardoise.

Ardoise (boire à l’)

(Virmaître, 1894) : Il existait autrefois un marchand de vin à la barrière Montparnasse ; le patron ne sachant ni lire ni écrire, les clients marquaient eux-mêmes leurs dépenses sur une ardoise à l’aide d’un morceau de craie. Un jour le brave homme s’aperçut que les consommateurs s’entendaient, et que le dernier qui marquait effaçait avec sa manche, comme par mégarde, les comptes précédents. Il coupa le crédit, mais l’expression de boire à l’ardoise est restée (Argot du peuple). V. Marquer à la fourchette. N.

Arga

(France, 1907) : Part du butin ; argot des voleurs.

Argagnasses

(Rossignol, 1901) : Voir anglais.

Arganeau

(France, 1907) : Anneau qui unit deux forçats.

Argent

(d’Hautel, 1808) : On donne vulgairement à ce précieux métal, des noms plus bizarres les uns que les autres. Voici les principaux : de l’Aubert ; du Baume ; de la Mazille ; du Sonica ; des Sonnettes. Tous ces mots servent alternativement à désigner l’or, l’argent, le cuivre, en tant que ces métaux sont monnoyés, et qu’ils ont une valeur nominale.
L’argent est rond c’est pour rouler. Se dit pour excuser les folles dépenses et les prodigalités d’un bélître, d’un dissipateur.
Vous ne faites argent de rien. Reproche obligeant et bourgeois que l’on adresse à un convive qui ne fait pas honneur à la table, ou qui semble ne pas manger de bon appétit.
Manger de l’argent. Expression métaphorique, qui équivaut à dissiper, dépenser avec profusion, se ruiner.
Il a mangé plus gros que lui d’argent. Se dit par exagération d’un homme dépensier et prodigue, dont la jeunesse a été fort déréglée.
Faire argent de tout. C’est-à-dire, faire toutes sortes de commerce ; se procurer de l’argent de tout ce qui tombe sous la main. Se prend aussi en bonne part, et signifie être d’une humeur égale et facile, s’accommoder aux circonstances les plus désagréables.
Il y va bon jeu bon argent. Pour il agit avec franchise et loyauté ; ses intentions sont remplies de droiture.
C’est de l’argent en barre. Et plus communément, C’est de l’or en barre. Se dit pour vanter la Solvabilité de quelqu’un ; et signifie que ses promesses valent de l’argent comptant.
Il est chargé d’argent comme un crapaud de plumes. Façon de parler burlesque, qui signifie qu’un homme est absolument dépourvu d’argent.
Mettre du bon argent contre du mauvais. Faire des dépenses pour une chose qui n’en vaut pas la peine ; plaider contre un insolvable.
Point d’argent point de suisse. C’est-à-dire, rien pour rien.
Bourreau d’argent. Prodigue, dissipateur ; panier percé.
Qui a assez d’argent a assez de parens. Proverbe qui n’a pas besoin d’explication.
Jeter l’argent à poignée, ou par les fenêtres. Le dépenser mal à propos, et sans aucune mesure ; en faire un mauvais usage.
Qui a de l’argent a des pirouettes. C. à d. qu’avec ce maudit métal on obtient tout ce qu’on veut.
Il veut avoir l’argent et le drap. Se dit d’un usurier, d’un homme rapace qui veut tout envahir.
Il a pris cela pour argent comptant. Se dit par raillerie d’un homme simple et crédule que l’on est parvenu à tromper par quelque subterfuge.
Argent comptant porte médecine. Pour dire que l’argent comptant est d’un grand secours dans les affaires.
C’est de l’argent changé. Dicton des marchands, pour persuader aux chalands que la marchandise qu’ils achettent est à très-bon compte, et qu’ils n’y gagnent rien.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Signifie que de belles paroles, de beaux discours, ne suffisent pas pour remplir les engagemens, que l’on a contractés envers quelqu’un.
N’être point en argent. Gallicisme qui signifie, être gêné, n’avoir point de fonds disponibles.

Argent de menestrier

(France, 1907) : Vieux dicton. Argent dépensé aussitôt que gagné. Antoine Robert, curé de la Chapelle, s’exprime ainsi dans son Antibaladin (1611) :

Vous devriez reconnoytre la faute que vous faites de voir que l’argent de vostre journée s’évanouit d’entre vos mains ainsi que la neige se fond aux rayons du soleil, Dieu ne permettant pas que ce que vous acquérez aux jours de festes que vous violez vous fasse grand profit.
Pardonnez-moi si je dis que de là est venu le proverbe argent de menestrier.

Argent mignon

(Delvau, 1867) : s. m. Argent destiné à satisfaire des curiosités ou des vanités, — dans l’argot des bourgeoises, à qui le superflu est nécessaire, et qui, plutôt que de s’en passer, le demanderaient à d’autres qu’à leur mari.

Argenteux

(d’Hautel, 1808) : Qui a le gousset garni d’argent, qui est à son aise. On n’emploie guère ce mot que dans un sens négatif : Je ne suis guère argenteux pour le moment. Pour dire que l’on ne possède pas beaucoup d’argent dans l’instant où l’on parle.

Argomuche

(Rossignol, 1901) : Argot.

Argonji

(Rossignol, 1901) : Argot. Le vrai mot est argoji, mais le mot le plus moderne est arlogaille.

Argot

(d’Hautel, 1808) : Langage des porte-balles entr’eux, et qui se compose en partie de termes burlesques, de néologismes baroques et de mots anciens que l’usage a rejetés ; on donne aussi ce nom au patois des vauriens, des filous, qui, est inintelligible pour les honnêtes gens.
Les argots. Les extrémités supérieures et inférieures les mains et les pieds.
Fendre l’argot. Se sauver à toutes jambes ; s’éclipser.
Se dresser sur ses argots. Prendre un air arrogant ; s’emporter, se mettre en colère.
Se faire donner sur les argots. Pour se faire battre ; se faire redresser, corriger.

(Halbert, 1849) : Bête.

(Delvau, 1867) : s. m. Imbécile, — dans le langage des voleurs.

(France, 1907) : Imbécile.

Argot, arguche

(Larchey, 1865) : Diminutifs d’argue. Ruse, finesse. V. Roquefort. — L’argot n’est en effet qu’une ruse de langage. V. Truche.

Argoté

(d’Hautel, 1808) : Pour dire, dégourdi, fin, subtil et mâdré.
C’est un luron argoté. Signifie, c’est un fin matois, qui sait faire tourner à son avantage les circonstances les plus défavorables.

(un détenu, 1846) : Homme qui connaît l’argot.

(Halbert, 1849) : Qui se croit malin.

(La Rue, 1894) : Qui se croit malin et qui est dupe.

(France, 1907) : Se croire malin, spirituel et se faire duper.

Argoter

(d’Hautel, 1808) : Parler l’argot ; tenir le langage des porte-balles et des filous.

(Rigaud, 1881) : Parler argot. Argotier, celui qui connaît et parle l’argot comme un académicien est censé connaître et parler la langue française.

(La Rue, 1894) : Parler argot.

(Rossignol, 1901) : Parler argot.

Dévidez-vous l’argoji.

Argoteur

(Rigaud, 1881) : Celui qui parle l’argot comme certains faiseurs de romans font parler leurs personnages.

Argotier

(Delvau, 1867) : s. m. Voleur, — dont l’argot est la langue naturelle.

(France, 1907) : L’antiquité nous apprend, et les docteurs de l’argot nous enseignent qu’un roi de France ayant établi des foires à Niort, Fontenay et autres lieux du Poitou, plusieurs personnes se voulurent mêler de la mercerie ; pour remédier à cela, les vieux mercies s’assemblèrent, et ordonnèrent que ceux qui voudraient, à l’avenir, être merciers, se feraient recevoir par les anciens, nommant et appelant les petits marcelots, pêchons, les autres melotiers-hure. Puis ordonnèrent un certain langage entre eux, avec quelques cérémonies pour être tenues par les professeurs de la mercerie. Il arriva que plusieurs merciers mangèrent leurs balles ; néanmoins ils ne laissèrent pas d’aller aux susdites foires, où ils trouvèrent grande quantité de pauvres gueux et de gens sans aveu, desquels ils s’accostèrent, et leur apprirent leur langage et cérémonies. Des gueux, réciproquement, leur enseignèrent charitablement à mendier. Voilà d’où sont sortis tant de braves et fameux Argotiers, qui établirent l’ordre qui suit :
Premièrement, ordonnèrent et établirent un chef ou général qu’ils nommèrent Grand-Coëre ; quelques-uns le nommèrent roi des Tunes, qui est une erreur : c’est qu’il y a eu un homme qui a été Grand-Coëre trois ans, qu’on appelait roi de Tunes, qui se faisait trainer par deux grands chiens dans une petite charrette, lequel a été exécuté dans Bordeaux pour ses méfaits. Et après ordonnèrent dans chaque province un lieutenant qu’ils nommèrent Cagou, les Archisuppôts de l’Argot, les Narquois, les Orphelins, les Milliards, les Marcandiers, les Riffodes, les Malingreux, les Capons, les Piètres, les Polissons, les Francs-Migoux, les Callots, les Sabuleux, les Hubins, les Coquillards, les Courtaux de Boutanches et les Convertis, tous sujets du Grand-Coëre, excepté les Narquois, qui ont secoué le joug de l’obéissance.

J’aime un argotier au mufle de fauve,
Aux yeux de vieil or, aux reins embrasés,
Qui seul fait craquer mon lit dans l’alcôve
Et mon petit corps sous ses grands baisers.

(Jean Richepin.)

Argoulet

(d’Hautel, 1808) : Un pauvre argoulet. Terme de mépris ; homme obscur et de néant ; chevalier d’industrie ; pauvre hère.

Argousin

(Rigaud, 1881) : Contre-maître, — dans le jargon des ouvriers qui comparent l’atelier à une galère.

(La Rue, 1894) : Policier. Gardien de prison ou du bagne. Contremaître.

(France, 1907) : Contremaître, parce qu’il remplit près des ouvriers le métier des argousins.

Argouzin

(d’Hautel, 1808) : Sobriquet injurieux qui équivaut à iroquois, butord, lourdaud, homme stupide et grossier. C’est aussi le nom qu’on donne aux officiers subalternes qui surveillent les galériens.

Arguche

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

(Delvau, 1867) : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

(Rigaud, 1881) : Argot, avec changement de la dernière syllabe.

(Rigaud, 1881) : Niais, — dans le jargon des voleurs.

(France, 1907) : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.

Arguche, argot

(La Rue, 1894) : Niais.

Arguemine

(Larchey, 1865) : Main.

Je mets l’arguemine à la barbue.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. Main, — dans l’argot des voleurs.

(France, 1907) : Main ; argot des voleurs.

Argument

(Delvau, 1864) : Pousser un argument naturel et irrésistible ; c’est-à-dire une déclaration d’amour, sous la forme d’un bon vit — dans un bon con, qui ne trouve rien à redire à cela.

Sans brusquer une fillette,
Moi j’attends patiemment
Qu’elle soit bien en goguette
Pour pousser mon argument.

E. C. Piton.

Arguse

(M.D., 1844) : Argot.

Aria

(Rigaud, 1881) : Embarras, obstacle, étalage de toilette. En patois champenois haria signifie tapage.

Aricoteur

(France, 1907) : Bourreau ; argot des voleurs.

Aristarque

(France, 1907) : Critique éclairé, sévère et juste. On oppose son nom à celui de Zoïle. Il naquit dans le IIe siècle avant Jésus-Christ à Samothrace et fut disciple du grammairien Aristophane de Byzance ; fixé à Alexandrie, il se fit un grand nom par ses travaux judicieux sur Homère dont il débarrassa les poèmes de vers et d’expressions qui lui parurent l’œuvre de copistes.

Aristo

(Larchey, 1865) : Aristocrate.

C’est vrai ! tu as une livrée, tu es un aristo.

D’Héricault.

(Delvau, 1867) : s. des deux g. Apocope d’Aristocrate, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois, Réactionnaire, etc., — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le meilleur, l’excellent, άρίστοσ. Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

(Rigaud, 1881) : Aristocrate — Pour l’ouvrier, un aristo est le monsieur qui porte des gants gris-perle ; pour le voyou, c’est l’ouvrier qui se paye un cigare de dix centimes ; pour le pégriot, c’est le voyou qui vient de ramasser un cigare à moitié fumé.

(France, 1907) : Apocope d’aristocrate, nom généralement donné par les ouvriers aux bourgeois.

Aristoffe (l’)

(Delvau, 1864) : Maladie honteuse, dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. — Le mot viendrait-il de l’italien arista, épine ? ou du grec ἄριστος, la meilleure — des maladies — ou la maladie des aristos ?

J’en ai eu quatorze depuis celle-là, et de toutes couleurs, car quoi qu’en disent les malins, les aristoffes se suivent et ne se ressemblent pas.

Lemercier de Neuville.

Arlatenque

(France, 1907) : Arlésienne.

Il sera bon de se trouver en Arles le dimanche et de s’égarer dès l’aurore dans le frais dédale des rues, courtes, se coupant à angle droit, où les diligentes Arlatenques, coiffées du mouchoir matinal à cornes, donnent un suprême coup de pinceau aux façades basses des maisons dont le rez-de-chaussée, jusqu’au premier étage, reçoit chaque samedi, comme chacun sait, une couche de lait de chaux.

(Paul Arène.)

Arlequin

(d’Hautel, 1808) : Un habit d’arlequin. On appelle ainsi et par mépris, un enfant né d’un commerce illicite ; une composition de toutes sortes de pièces qui n’ont aucun rapport entr’elles ; un habit racommodé de morceaux de diverses couleurs.

(Larchey, 1865) : Rogatons achetés aux restaurants et servis dans les gargotes de dernier ordre.

C’est une bijoutière ou marchande d’arlequins. Je ne sais pas trop l’origine du mot bijoutier ; mais l’arlequin vient de ce que ces plats sont composés de pièces et de morceaux assemblés au hasard, absolument comme l’habit du citoyen de Bergame. Ces morceaux de viande sont très copieux, et cependant ils se vendent un sou indistinctement. Le seau vaut trois francs. On y trouve de tout, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.

Privat d’Anglemont.

(Delvau, 1867) : s. m. Plat à l’usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d’aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu’à la tête de maquereau. C’est une sorte de carte d’échantillons culinaires.

(Rigaud, 1881) : Épaves de victuailles recueillies pêle-mêle dans les restaurants, dans les grandes maisons, et débitées aux pauvres gens. La variante est : Bijou.

En effet, c’est une chose affreuse que les arlequins… une chose affreuse, puisqu’elle a empoisonné deux hommes, la semaine dernière, l’un en vingt-quatre heures.

(Le Titi, du 17 janv. 1879.)

Ça un arlequin, la petit’ mère ! vous vous foutez de moi… c’est tout au plus du dégueulis.

(La Rue, 1894) : Reste de victuailles des maisons bourgeoises et des restaurants.

(Rossignol, 1901) : Rogatons divers ramassés dans les restaurants et vendus dans les marchés aux malheureux ; arlequin, parce que du poisson peut être mêlé avec du lapin ou autres victuailles.

(France, 1907) : Assemblage de restes achetés dans les restaurants par les gargotiers de dernier ordre et provenant de la desserte des tables. On y trouve de tout, dit P. d’Anglemont, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.

Autrefois chez Paul Niquet
Fumait un vaste baquet
Sur la devanture,
Pour un ou deux sous, je croix,
On y plongeait les deux doigts,
Deux, à l’aventure,
Les mets les plus différents
Étaient là, mêlés, errants,
Sans couleur, sans forme,
Et l’on pêchait, sans fouiller,
Aussi bien un vieux soulier
Qu’une truffe énorme.

(Richepin, La Chanson des Gueux.)

Arlequins

(Virmaître, 1894) : Détritus de toutes sortes de mets que les cuisiniers des restaurants vendent à des marchandes des Halles. Ces débris sont triés avec soin, et elles en font des assiettes assorties que les malheureux achètent un ou deux sous. Cette expression vient de l’habit d’Arlequin, qui est composé d’étoffes de différentes couleurs (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Débris d’aliments mélangés.

Arlogaille

(Rossignol, 1901) : Argot.

Arme à gauche (passer l’)

(Larchey, 1865) : Mourir, militairement parlant. Aux enterrements, le soldat passe l’arme sous le bras gauche.

Toute la famille a passé l’arme à gauche.

Lacroix, 1832.

Il a reçu une volée que le diable en a pris les armes : Il a reçu une volée mortelle, telle que le diable aurait pu emporter son âme. — arme est souvent pris pour âme au moyen âge.

(Rigaud, 1881) : Mourir, — dans le jargon des troupiers.

(Merlin, 1888) : Mourir.

Arme de l’homme (l’)

(Delvau, 1864) : Son outil à génération, avec lequel il blesse souvent les femmes, — heureuses d’être ainsi blessées.

À ces mots me relevant,
Plus dispos qu’auparavant,
Je me saisis de mon arme.

(La France galante.)

Elle me rappelait le tambour de ma compagnie à astiquer et fourbir ainsi mon arme.

Lemercier.

Armée roulante

(Bras-de-Fer, 1829) : Chaîne de forçats.

(Delvau, 1867) : s. f. La chaîne des forçats, — supprimée depuis une cinquantaine d’années.

(France, 1907) : On appelait ainsi la chaîne des forçats, qui, sous la conduite de garde-chiourmes, se rendait de Paris aux bagnes de Brest, de Toulon, de Lorient ou de Rochefort.

Armer

(d’Hautel, 1808) : Armé jusqu’aux dents. Se dit par métaphore, d’un homme peureux et poltron, qui s’arme plus que ne l’exige sa sûreté personnelle.

Armes

(d’Hautel, 1808) : Il représente les armes de Bourges. Se dit satiriquement d’un homme mal élevé, qui, sans égard pour les personnes qui l’entourent, et au mépris de toute bienséance, s’étale tout de son long dans un fauteuil ; par allusion aux armes de Bourges qui représentoient un âne assis dans un fauteuil.

Armoire

(Merlin, 1888) : Havresac. N’était-ce pas, en effet, le seul meuble mis autrefois à la disposition du soldat ?

(La Rue, 1894) : Bosse. Havre-sac.

(Rossignol, 1901) : Au revoir.

Je m’en vais, armoire, à bientôt.

(France, 1907) : Havresac, bosse.

Armoire à glace

(Rigaud, 1881) : Quatre d’un jeu de cartes.

(Virmaître, 1894) : Sac du troupier (Argot du troupier). V. As de carreau.

Armoire à poils

(Rigaud, 1881) : Sac de soldat d’infanterie.

Armoire à richer

(Virmaître, 1894) : Le ventre. Allusion aux matières fécales que contiennent les intestins (Argot du peuple).

Armoire aux reliques

(France, 1907) : Coffre au linge sale.

S’il ne vous répugne pas d’avoir une idée de l’état de malpropreté inouïe dans lequel la plupart des réfugiés nous arrivent, jetez un coup d’œil sur notre armoire aux reliques.
Ce disant, elle souleva le couvercle d’une large caisse, où se trouvait enfermé, en attendant un blanchissage urgent, du linge de corps, immonde, d’une couleur de suie, répandant d’infectes émanations.

(Louis Barron, Paris-Étrange.)

Armone

(Rossignol, 1901) : Celui qui n’est pas content, qui parle fort et s’emporte, fait de l’armone.

Armure d’Éros

(France, 1907) : Ce que nous appelons Capotes anglaises et nos voisins d’outre-Manche Lettres françaises. C’est ainsi que d’un pays à l’autre on se renvoie la balle.

Dame Coignet avoua au président des assises qu’en femme prudente elle avait dans son chiffonnier une provision de ces confections de mode anglaise que débitent à Paris des frères de nom italien, confections que le XVIIIe siècle fragonardesque appelait Armures d’Éros, carquois légers où il conserve ses flèches et que notre siècle, plus terre à terre, appelle les water-proofs de l’amour. L’infortuné Courtial était encore revêtu de cette cuirasse imperméable quand il reçut le coup fatal. Seule avec son cadavre, sa complice s’empressa de lui retirer cette pièce à conviction, qui ne figura pas aux débats.

(Gil Blas.)

Arnac (à l’)

(France, 1907) : Avec préméditation.

Arnac (donner de l’)

(La Rue, 1894) : Tricher.

Arnache

(Larchey, 1865) : Tromperie (Vidocq). — Du vieux mot harnacher : tromper.

(Delvau, 1867) : s. m. Agent de police, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. f. Tromperie, trahison, dans l’argot des voyous. À l’arnache. En trompant de toute manière. Être à l’arnache. Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.

(Virmaître, 1894) : Agent de police. A.D. Arnache : trompeur. (L. L.) Les voleurs disent : Arnaque. Cette expression vient du vieux mot français : harnacher ; il est employé, sans doute, par les voleurs, parce que les agents les harnachent en les ligottant, soit avec les alliances, soit avec le cabriolet (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Tromperie, trahison. Être à l’arnache, être rusé ; argot populaire. Dans l’argot des voleurs, arnache signifie policier, mouchard.

Arnache, Arnac

(Rigaud, 1881) : Tromperie. Jouer l’arnache, duper.

(Rigaud, 1881) : Agent de police, — dans le jargon des voleurs.

Arnache, arnac, arnacle

(La Rue, 1894) : Agent de police. Jouer l’arnacle, duper.

Arnacher

(Hayard, 1907) : Maquiller un objet.

Arnacle

(France, 1907) : Même sens que Arnache.

Arnaque

(Halbert, 1849) : Agent de sûreté.

(Virmaître, 1894) : Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.

(Rossignol, 1901) : Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.

Arnaque (l’)

(Hayard, 1907) : La police.

Arnaquer

(Hayard, 1907) : Abimer, recevoir ou donner des coups, machiner quelque chose.

Arnau

(Halbert, 1849) : Mauvaise humeur.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvaise humeur, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. C’est une contraction de Renauder.

(Rigaud, 1881) : Braillard, individu qui se répand en criailleries, dès qu’il s’aperçoit qu’on veut lui faire du tort, qui renaude, dans le jargon des voyous. C’était, autrefois, le pante arnau, la dupe braillarde et récalcitrante. — Pourquoi avez-vous assassiné cet homme ? — Dame ! mon président, il était aussi par trop arnau.

Arnaud

(Rossignol, 1901) : Être en colère ; celui qui n’est pas content est arnaud.

(France, 1907) : Débauché, coureur de filles. Dans le patois méridional, un chat est appelé arnaud.

Arnaud (avoir son)

(France, 1907) : Être de mauvaise humeur, dans l’argot des ouvriers, paraître renfrogné. En béarnais, le chat se dit arnaut : arnaut malacarous, chat à mine renfrognée.

Arnauder

(France, 1907) : Grogner, contraction de renauder.

Arnelle

(Delvau, 1867) : n. de l. Rouen, — dans l’argot des voleurs.

(France, 1907) : Rouen, argot des voleurs, qui disent Arnellerie pour rouennerie.

Arnellerie

(Delvau, 1867) : s. f. Rouennerie.

Arnif

(Hayard, 1907) : Police.

(France, 1907) : Policier, appelé aussi bec de gaz, bourrique, cierge, flique, laune, peste, vache.

Arnoul dine

(France, 1907) : Locution picarde qui s’emploie lorsque quelqu’un vient demander à parler à une personne occupée ou qu’on ne veut pas déranger.
Cet Arnoul était un notaire de la Ferté-Milon. Henri II, prince de Condé, se rendit un jour chez lui incognito pour lui faire dresser un bail. Mais le tabellion était en train de dîner : aussi sa femme dit-elle à l’étranger : Arnoul daine (dine) ; asseyez-vous sus che ban ; quand Arnoul daine, ou ne lui parle mie. Le prince y consentit. Son repas terminé, le notaire dressa l’acte, et reconnaissant sa méprise à la signature d’Henri de Bourbon, il se confondit en excuses. « Ne craignez rien, brave homme, lui dit le prince, il fallait bien qu’Arnoul daine. »

Aronde

(France, 1907) : Hirondelle. À Bourges, les enfants chantent à l’arrivée des hirondelles :

Ah ! l’aronde, vole ! vole ! vole !
Ah ! l’aronde, vole ! vole donc !

Arpagar

(Delvau, 1867) : n. de l. Arpajon, près Paris, — dans le même argot [des voleurs].

(France, 1907) : Arpajon, appelé autrefois Chartres, ville de Seine-et-Oise.

Arpe

(Clémens, 1840) : Doigt.

Arpent

(d’Hautel, 1808) : Il a le nez ou le visage d’un arpent. Hyperbole qui signifie qu’un homme a le nez, la figure très-alongés ; et quelquefois avec malignité, pour faire entendre qu’une personne a l’air triste et consterné, qu’elle éprouve une contrariété, un déplaisir intérieur.

Arpenter

(d’Hautel, 1808) : Se hâter ; marcher avec une grande vitesse ; ce que l’on appelle figurément, courir la poste.

Arpenter (le trimar, la cambrouse)

(Clémens, 1840) : Courir (la campagne, le grand chemin).

Arpenter le terrain

(Clémens, 1840) : Courir vite.

Arpenteur

(d’Hautel, 1808) : Pour dire un habile piéton ; un homme qui marche à pas de géant ; qui va comme un Basque.

Arpète

(Rigaud, 1881) : Apprenti, — dans le jargon des ouvriers. Par altération d’arpente. L’apprenti, en effet, est toujours par monts et par chemins. Il arpente l’atelier et les rues, à ses moments perdus, quand on ne l’emploie pas à des travaux qui le voueront plus tard à l’orthopédiste et au fabricant de bandages.

(La Rue, 1894) : Apprenti.

(Hayard, 1907) : Apprenti.

(France, 1907) : Apprenti.

Elle n’était pas tendre pour les arpètes, ni pour personne, du reste. Ses lèvres pincées ne s’ouvraient qu’aux mauvaises paroles.

(Jacques Constant, L’Arpète.)

Arpette

(Virmaître, 1894) : Apprenti de n’importe quel métier. Ce mot se prend aussi dans le sens de petit, moufflet, diminutif de moutard (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Apprenti.

(France, 1907) : Apprenti.

Arpion

(Clémens, 1840) : Pied.

(Larchey, 1865) : Pied. — C’est le vieux mot arpion : griffe, ongle (Lacombe). On a dit arpion comme on dit pattes.

J’aime mieux avoir des philosophes aux arpions.

E. Sue.

(Rigaud, 1881) : Argot des chiffonniers.

(Rigaud, 1881) : Pied. D’arpion, griffe ; d’où harponner. Plomber des arpions, sentir mauvais des pieds.

(La Rue, 1894) : Pied. C’est aussi le nom de l’argot des chiffonniers.

Arpionner

(France, 1907) : Marcher. Voir Arpions.

Un jour, il en a assez d’arpionner les grandes routes, de manger du cheval crevé dans les cantines, de boire d’ignobles mixtures qui le grisent sans le désaltérer, de porter des vêtements qui fondent à la pluie et se racornissent au soleil, de vivre seul et sans le sou, guetté par le lit d’hôpital et la fosse commune.

(Lucien Descaves, Le Chemineau.)

Arpions

(Delvau, 1867) : s. m. pl. Les pieds de l’homme, considérés — dans l’argot des faubouriens — comme griffes d’oiseau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas souvent.

(Virmaître, 1894) : Vieille expression qui veut dire : pieds. Jean Hiroux disait au président des assises :
— Je demande qu’on fasse sortir le gendarme, il plombe des arpions.
— Gendarme, répondit le président, remuez vos pieds dans vos bottes d’ordonnance. Prévenu, la punition commence (Argot des voleurs).

(Rossignol, 1901) : Les pieds.

(France, 1907) : Les pieds, argot populaire ; du vieux français Harpions, griffes, appelés ainsi, dit Alfred Delvau, à cause de leurs ongles que les gens malpropres ne coupent pas et ne nettoyent jamais.

Près des théâtres, dans les gares,
Entre les arpions des sergots,
C’est moi que j’ceuill’ les bouts d’cigares,
Les culots d’pipe et les mégots.

(Jean Richepin.)

Arpions (les)

(M.D., 1844) : Les doigts.

(Halbert, 1849) : Les pieds.

(Hayard, 1907) : Les pieds.

Arquepincer

(Bras-de-Fer, 1829) : Arrêter.

(Halbert, 1849) : Prendre, saisir.

(Rigaud, 1881) : Dérober adroitement. — Prendre, surprendre avec adresse. — Un voleur arquepince un porte-monnaie, un agent survient qui arquepince le voleur.

(La Rue, 1894) : Dérober très adroitement. Arrêter le voleur de même.

(Rossignol, 1901) : Prendre, arrêter.

Arquer (s’)

(Delvau, 1867) : Se courber en vieillissant. Argot du peuple.

(France, 1907) : Se courber sous le poids de l’âge.

Arrache-cou

(France, 1907) : Mauvais vin, piquette. Patois du Centre.

Arrache-pied

(d’Hautel, 1808) : Travailler d’arrache-pied. Phrase idiotique qui signifie travailler avec ardeur et sans intermission ; ne pas désemparer qu’on n’ait terminé son ouvrage.

Arracher

(d’Hautel, 1808) : Il vaut mieux laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez. Veut dire qu’il vaut mieux tolérer une petite imperfection dans un enfant, que lui en attirer une plus grande en voulant la réformer.
Arracher une dent à quelqu’un. Signifie le tromper ; lui soutirer de l’argent à titre d’emprunt, mais au fond dans le dessein de ne pas le lui rendre.
On ne peut arracher une parole de lui. Se dit par impatience d’un homme qui s’obstine à ne pas vouloir parler ; qui ne satisfait nullement aux questions qu’on lui adresse.

Arracher du chiendent

(Halbert, 1849) : Chercher pratique.

(Delvau, 1867) : v. n. Chercher pratique, ou plutôt victime, — dans l’argot des voleurs, qui n’exercent ordinairement que dans les lieux déserts.

(Rigaud, 1881) : Attendre en vain en plein air. — Le Don Juan de comptoir qui, les pieds dans la boue, attend sa belle pour calmer les élans de l’amour, le voleur qui, au coin d’une rue, attend une pratique convenable pour calmer les élans de la faim, arrachent, l’un et l’autre, du chiendent. Le trop confiant créancier, qui attend chez lui la visite d’un débiteur, arrache du chiendent en chambre.

(La Rue, 1894) : Attendre vainement.

(France, 1907) : Chercher un coup à faire, une occasion de voler ou de tuer.

Arracher son copeau

(Delvau, 1864) : C’est le to leacher des Anglais, qu’il ne faudrait pas croire spécial aux menuisiers, — parce qu’il n’y a pas que les menuisiers qui sachent se servir du rabot que la nature a placé au ventre de tous les hommes.

(Delvau, 1867) : v. a. Travailler courageusement, faire n’importe quelle besogne avec conscience. Argot des ouvriers.

(France, 1907) : Travailler courageusement et avec conscience ; argot des ouvriers.

Arracher son pavé

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien, — à cause de l’effort que cela exige sans doute.

Oui, c’est ainsi toutes les fois que j’arrache mon pavé avec une demoiselle.

Lemercier de Neuville.

Arracher un pavé

(Rigaud, 1881) : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.

(Virmaître, 1894) : V. Rouscailler.

(Rossignol, 1901) : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.

(France, 1907) : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.

Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…

(Pompon, Gil Blas.)

Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.

Arracheur

(d’Hautel, 1808) : Il ment comme un arracheur de dents. C’est-à-dire audacieusement ; au-delà de toute expression ; parce que les gens qui exercent la profession de dentiste, se font une habitude d’amplifier, de dénaturer les choses les plus naturelles et les plus simples : leur exagération devient surtout insupportable, lorsqu’ils parlent de leur adresse surprenante, de l’efficacité de leurs remèdes, des cures miraculeuses qu’ils ont opérées.

Arracheur de chien-dent

(Virmaître, 1894) : Voleur qui cherche une occasion de voler (Argot des voleurs).

Arrangée (être)

(Delvau, 1864) : Être baisée.

Ah ! monsieur, je suis saccagée !
Vous n’en viendrez jamais à bout !
La comtesse était arrangée,
Et criait encor d’un ton doux :
Arrangez-vous.

Collé.

Arrangemaner

(Rigaud, 1881) : Tromper, duper. Le grec arrangemane sa dupe en la dépouillant de tout son argent. Arrangemaner aux petits oignons, duper d’une manière tout à fait hors ligne. — Arrangemaner un aminche, trahir un camarade.

(La Rue, 1894) : Tromper, duper.

(France, 1907) : Tricher ; argot des voleurs.

Arrangemann

(Virmaître, 1894) : Arranger. Arranger quelqu’un en lui faisant faire une opération ruineuse. Les grues arrangent les pantes. Une femme arrange un homme en lui communiquant un mal vénérien. On arrange un homme en le battant à plate couture.
— Il est arrangemann, le gonce, il ne rebiffera pas, il est foutu d’en crapser (Argot des souteneurs). N.

Arranger

(d’Hautel, 1808) : Il l’a joliment arrangé. Pour il l’a vertement réprimandé ; il l’a invectivé ; il l’a houspillé de manière à ce qu’il s’en souvienne.

(Rossignol, 1901) : Tromper ou se tromper dans une vente ou un achat, c’est-à-dire payer ou vendre plus cher que la chose ne vaut, est être arrangé ou arranger. Arrangé veut aussi dire : avoir besoin des soins de spécialistes qui affichent l’adresse de leur domicile dans les urinoirs.

(Hayard, 1907) : (Voyez arnaquer) tromper.

(France, 1907) : Voler ou tricher.

Arranger une femme, ou un homme

(Delvau, 1864) : La bien baiser, ou le bien branler.

Tu dois bien arranger une femme, hein ?

Lemercier de Neuville.

Qu’il soit vioc ou non,
Arrange-le tout d’même.

Dumoulin.

Arrangeur

(Fustier, 1889) : Argot de cercle. Individu qui, lorsqu’un chef de partie ne sait pas séquencer les cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa… collaboration.

(France, 1907) : Escroc qui met un jeu de cartes en train.

Arrêter les frais

(Delvau, 1867) : v. a. Interrompre un récit ; laisser une affaire en train ; renoncer à poursuivre une entreprise au bout de laquelle on ne voit que de l’ennui. Argot du peuple.

(Hayard, 1907) : Cesser.

(France, 1907) : Interrompre une affaire, y renoncer ; argot populaire.

Arrhes

(d’Hautel, 1808) : Donner des arrhes au coche. Déposer quelques sûretés comme garantie de l’engagement que l’on prend dans une affaire ou dans une société quelconque.

Arrière

(d’Hautel, 1808) : En arrière. On prononce habituellement et à tort en errière. Il est à remarquer que ce mot n’éprouve aucune altération dans la prononciation, quand il est lié à un substantif ; et que l’on donne un son plein et ouvert à l’a dans arrière-boutique ; arrière-garde ; arrière-pensée.

Arrière-boutique

(Delvau, 1864) : Le cul, qui est situé sur le derrière, et dans lequel le membre aime à se réfugier quand il est resté quelque temps dans la boutique, qui est sur le devant.

À l’instant cette demoiselle, ouvrant son arrière-boutique, laissa aller un vent.

D’Ouville.

Arrière-train ou arrière-boutique

(France, 1907) : Le derrière.

À l’instant cette demoiselle, ouvrant son arrière-boutique, laissa aller un vent.

(D’Ouville.)

Rien ne me déplaît plus par contre que ce crin
Dont les dames se font un faux arrière-train.

(H. Briollet.)

Arriver

(d’Hautel, 1808) : Arrive qui plante. Façon de parler libre et délibérée, pour exprimer que l’on ne se met nullement en peine de tout ce qui peut arriver ; que quelque chose qui puisse en résulter, on est fermement résolu à satisfaire ses désirs et ses fantaisies.
C’est un malheur arrivé par un accident. Voy. Accident.

Arriver à ses fins

(Delvau, 1864) : Finir par baiser une femme pour laquelle on bandait, — ce qui est la fin de tout roman d’amour.

Là ! tu en es arrivé à tes fins, petit cochon !

Watripon.

Arriviste

(France, 1907) : Jeune ambitieux sans scrupule qui veut arriver à tout prix, dût-il marcher sur le corps de son père.

Ah ! le joli mot : Arriviste ! Il peint un temps, il caractérise une époque. J’envie M. Alcanter de Brahm qui l’a trouvé. La lettre A de la nouvelle édition du Dictionnaire est achevée ; je le regrette : j’aurais combattu pour l’entrée officielle de ce mot nouveau dans la langue. .L’Arriviste, c’est le mot-type. Sarcey parlait avec acharnement de la scène à faire : la comédie à faire, la comédie moderne, c’est l’Arriviste.

(J. Claretie.)

Arrondie

(Virmaître, 1894) : Montre. Allusion à sa forme ronde (Argot des voleurs).

Arrondir

(d’Hautel, 1808) : Commencer à s’arrondir. Locution gourmande qui signifie en venir à être las de manger ; avoir la bedaine bien remplie ; être presque rassasié.
On dit aussi d’un homme qui de jour en jour augmente ses économies et son bien-être, qu’Il commence à s’arrondir.

Arrondir (s’)

(Rigaud, 1881) : Mettre de l’argent de côté. Mot à mot : arrondir sa fortune.

Arrondir (se faire)

(France, 1907) : le globe ou Enfler le tablier.

Je vois s’enfler le tablier
De plus d’une friponne.

(Béranger.)

Arrondissement (chef-lieu d’)

(Rigaud, 1881) : Femme dans un état de grossesse avancée.

(France, 1907) : Femme dans l’état dit intéressant et qui ne peut guère intéresser que l’amant ou le mari.

Arrosage

(Rigaud, 1881) : Acompte donné à un créancier.

(Fustier, 1889) : Action de boire, de s’arroser le gosier.

(France, 1907) : Action de boire.

Arroser

(d’Hautel, 1808) : Arroser ses créanciers. Leur donner à chacun de petits à-comptes, afin de les rendre plus traitables et arrêter leurs poursuites.

(Delvau, 1864) : Éjaculer dans la nature de la femme — un charmant petit jardin dont nous sommes les heureux jardiniers. Pluie ou sperme, quand cela tombe à propos, cela féconde.

Pourquoi ne voudraient-elles pas être arrosées ?

Cyrano De Bergerac.

(Rigaud, 1881) : Donner un à-compte à un créancier.

À quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là ?

(V. Hugo, Ruy-Blas.)

(Rigaud, 1881) : Ajouter de l’argent à une somme engagée après un coup gagné à la ponte. — Risquer une nouvelle mise en banque après décavage, — dans le jargon des joueurs. Ordinairement, à la ponte, on arrose après le premier coup de gain. C’est mot à mot : arroser le tapis avec de l’argent tiré de la masse. À force d’arroser sans succès, on finit par être à sec.

(Virmaître, 1894) : Donner un accompte sur une dette. Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose. Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser. Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama. Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). JV.

(Rossignol, 1901) : À la suite d’un achat on va boire une consommation pour arroser l’objet acheté.

(Hayard, 1907) : Payer, donner des acomptes.

(France, 1907) : Faire des dépenses. Arroser le tapis, terme de joueur à la roulette pour couvrir le tapis d’argent. Arroser ses galons, terme militaire, payer sa bienvenue dans son nouveau grade. Arroser un créancier, lui donner des acomptes.

Arroser le bouton

(Delvau, 1864) : Décharger son sperme dans le vagin d’une femme, sur le bouton de son clitoris.

Son directeur, dit-on,
Craignant qu’on lui ravisse
Sa Rose, sa Clarisse,
Lui arros’ le bouton.

Joachim Duflot.

Arroser ses galons

(Delvau, 1867) : v. a. Offrir à boire à ses camarades quand on est reçu sous-officier. Argot des soldats.

Arroser un créancier

(Delvau, 1867) : v. a. Lui donner un acompte, — dans l’argot des bohèmes, assez mauvais jardiniers.

Arroseur de verdouze

(Delvau, 1867) : s. m. Jardinier, dans l’argot des voleurs.

Arroseur de Verdouze

(Rigaud, 1881) : Maraîcher.

Arroseur de verdouze

(Virmaître, 1894) : Jardinier (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Jardinier ; argot des voleurs.

Arrosoir (coup d’)

(Rigaud, 1881) : Verre de vin, tournée sur le comptoir du marchand de vin, opération qui arrose l’estomac.

(France, 1907) : Boire un verre de vin.

Arroumey

(France, 1907) : Ronce ; patois gascon.

Arsenal

(Delvau, 1867) : s. m. Arsenic, — dans le même argot [des voleurs].

(Rigaud, 1881) : Arsenic. Changement de la dernière syllabe.

(La Rue, 1894) : Arsenic.

(France, 1907) : Arsenic.

Arsoner un pantre

(M.D., 1844) : S’assurer si un homme est porteur de choses qui vaillent la peine, et qui soient susceptibles d’être volées.

Arsonnement

(Larchey, 1865) : Onanisme (Vidocq). — Du vieux mot arson : incendie. L’analogie est facile à expliquer. — On emploie le verbe s’arsonner.

Arsonner

(Rigaud, 1881) : Fouiller, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : Fouiller.

Arsouille

(Larchey, 1865) : Anagramme du vieux mot souillart : homme de néant. La souillardaille était jadis la canaille d’aujourd’hui. V. Du Cange.

C’étaient des arsouilles qui tiraient la savate.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son langage. Argot du peuple. Milord L’Arsouille. Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.

(Rigaud, 1881) : Individu qui a le genre et les goûts canailles.

(La Rue, 1894) : Voyou, crapule.

(France, 1907) : Individu ignoble, soit par ses vêtements, ses mœurs ou son langage. Du vieux mot souillart qui a le même sens. Le surnom de Milord l’arsouille fut donné à Lord Seymour à cause de ses crapuleuses excentricités.

Arsouiller

(Delvau, 1867) : v. a. et n. Engueuler, — dans l’argot des faubouriens.

Arsouiller (s’)

(Rigaud, 1881) : Se compromettre avec des arsouilles, fréquenter des gens crapuleux.

(La Rue, 1894) : S’encanailler.

Art (faire de l’art pour)

(Larchey, 1865) : Cultiver les arts ou les lettres sans y chercher uniquement une occasion de lucre. V. Métier (Faire du).

Nous avons connu une école composée de ces types si étranges, qu’on a peine à croire à leur existence ; ils s’appelaient les disciples de l’art pour l’art.

Murger.

Artaban (fier comme)

(France, 1907) : Se dit d’un vaniteux orgueilleux. Artaban est le héros d’un roman de La Calprenède.

La Calprenède a de l’imagination. Ses héros ont le front élevé ; il offre des caractères finement dessinés, et celui d’Artaban a fait une espèce de fortune, car il est passé en proverbe. Il est vrai que ce proverbe môme prouve le ridicule de l’exagération.

(Laharpe, Cours de littérature.)

Vous voyez là, sous son ruban,
L’auteur de trois pets, quatre vesses
Que l’on renifle à Montauban.
Le voyez-vous, sous son ruban
Qu’il étaie comme Artaban,
Et plus large que ses deux fesses ?
Vous voyez là, sous son ruban,
L’auteur de trois pets, quatre vesses.

(Raoul Ponchon.)

Arthur

(Delvau, 1864) : Nom poli qu’on donne à l’amant de cœur d’une femme galante. C’est le chevalier à la mode de Dancourt.

Toute lorette, inévitablement, a son Arthur, comme toute fille publique son maquereau, comme toute pomme pourrie son ver.

Baron Wodel.

(Larchey, 1865) : Voir Amant de cœur.

Quant aux Arthurs de Ces Dames.

Delvau.

Arthur : Homme à prétentions galantes.

Un haut fonctionnaire bien connu, membre d’une académie, Arthur de soixante ans.

De Boigne.

(Delvau, 1867) : Amant de cœur, — dans l’argot de Breda-Street.

(France, 1907) : Amant de cœur d’une fille ou homme à bonnes fortunes.

Arthurine

(Delvau, 1867) : s. f. Femme légère, — la femelle naturelle de l’Arthur. Argot du peuple.

(France, 1907) : Fille de mœurs légères.

Artichaut

(d’Hautel, 1808) : Un artichaut. Pour dire un nigaud, un homme maladroit et ignorant ; un sot ; un imbécile. Ce mot est très à la mode parmi le peuple de Paris.

Artichaut (cœur d’)

(France, 1907) : Amant inconstant.

…Cœur d’artichaut
C’est mon genre ; un’ feuille pour tout l’monde
Au jour d’aujourd’hui, j’gob’ la blonde ;
Après-d’main, c’est la brun’ qu’i’ m’faut.

(Gil.)

Artiche

(La Rue, 1894) : Porte-monnaie.

(Rossignol, 1901) : Porte-monnaie.

(Hayard, 1907) : Porte-monnaie.

Artiche (l’)

(Virmaître, 1894) : Le derrière.
— Je vais t’enlever l’artiche.
On nomme artiches, par abréviation d’artichauts, les barres de fer pointues et hérissées qui couronnent les murs et les grilles des prisons (Argot des voleurs).

Article

(d’Hautel, 1808) : Il est fort sur l’article. Pour dire, à mots couverts, qu’un homme est vigoureux, robuste et très-enclin à la luxure ; qu’il se livre avec incontinence aux plaisirs de l’amour.
Mettre tout en un article. Pour mettre tout en désordre, en confusion.
Il a mangé tout son bien en un article. Se dit d’un dissipateur, d’un prodigue, qui s’est ruiné par une passion quelconque.

Article (être fort sur l’)

(Delvau, 1864) : Être toujours prêt à foutre, — porté sur sa pine comme un gourmand l’est sur sa bouche.

Et sur l’article, ah ! que j’étais solide ;
Dis-moi, Marion, dis-moi, t’en souviens-tu ?

(Chanson anonyme moderne.)

La marquise est froide sur l’article.

Louvet.

Article (faire l’)

(Delvau, 1864) : Se dit des maquerelles plantées le soir sur le seuil des bordels, qui essaient d’y faire entrer les passants en leur dépeignant rapidement, avec des couleurs un peu fortes mais saisissantes, les beautés diverses et les talents particuliers de leurs pensionnaires.

Tu resteras sur le seuil du bazar et tu feras l’article pour nos demoiselles.

Lemercier.

(Larchey, 1865) : Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce.

Malaga ferait l’article pour toi ce soir.

Balzac.

Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article.

Montépin.

Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir. Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.

(Rigaud, 1881) : Faire valoir une marchandise, faire ressortir les qualités d’une personne. Le boutiquier et la fille s’entendent mieux que personne à faire l’article.

Article (porté sur l’)

(Rigaud, 1881) : De complexion amoureuse. Mot à mot : porté sur l’article femme, dont le Parisien fait une si grande consommation.

Article 4 (payer son)

(Boutmy, 1883) : v. Payer sa bienvenue en entrant dans un atelier. Voici l’origine de cette expression. Dans le temps où les compositeurs portaient l’épée, chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie par un règlement. Ce règlement stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. Ces exemplaires étaient vendus, et l’argent qu’on en retirait consacré à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L’article 4 de ce règlement, le seul qui soit par tradition resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, en parlant de l’article 4, les mots verset 20, qu’il faut traduire : « Versez vin. » — Dans le nord de la France on dit : payer ses quatre heures au lieu de payer son article 4.

Article de foi

(Rigaud, 1881) : Petit verre d’eau-de-vie, — dans le jargon des ivrognes du dix-huitième siècle.

Article touché

(Larchey, 1865) : Article vigoureusement fait. — Terme de peinture.

Comme c’est écrit ! comme c’est touché !

L. Reybaud.

Articlier

(Larchey, 1865) : C’est un articlier. Vernon porte des articles, fera toujours des articles, et rien que des articles. Le travail le plus obstiné ne pourra jamais greffer un livre sur sa prose.

Balzac.

(Delvau, 1867) : s. m. Homme de lettres parqué dans la spécialité des articles de petits journaux. Le mot a été créé par H. De Balzac.

(France, 1907) : Journaliste qui a la spécialité des articles de petits journaux.

C’est un articlier, Vernon porte des articles, fera toujours des articles, et rien que des articles. Le travail le plus obstiné ne pourra jamais greffer un livre sur sa prose.

(Balzac.)

Artie

(Halbert, 1849) : Pain.

(Delvau, 1867) : s. m. Pain, — dans l’argot des voleurs, d’aujourd’hui et d’autrefois, ainsi qu’il résulte du livre d’Olivier Chéreau, le Langage de l’Argot réformé, publié au XVIe siècle. Artie de Meulan. Pain blanc. Artie de Gros-Guillaume. Pain noir. Artie de Grimault. Pain chanci.
On dit aussi Arton et Lartie.

(Rigaud, 1881) : Pain, — dans l’ancien argot. — Artie savonné, pain blanc ; artie du Gros-Guillaume, pain noir.

(Virmaître, 1894) : V. Bricheton.

Artie de grimaut

(Halbert, 1849) : Pain moisi.

Artie de gros-guillaume

(Halbert, 1849) : Pain bis.

Artie de merlan

(France, 1907) : Pain blanc. Artie de Gros-Guillaume, de Grimault, pain chandi.

Entervez, marques et mions,
J’aime la croûte de parfond ;
J’aime l’artie, j’aime la crie,
J’aime la croûte de parfond.

(Le Jargon.)

Artie de meulan

(Halbert, 1849) : Pain blanc.

(Virmaître, 1894) : Pain blanc. Allusion à la blancheur des farines produites par les moulins de cette ville (Argot des voleurs).

Artie du gros guillaume

(Virmaître, 1894) : Pain abominablement noir qui rappelle celui du siège de Paris, en 1870, qui contenait de tout, excepté de la farine (Argot des voleurs).

Artie, artif, artiffe

(France, 1907) : Pain ; argot des voleurs.

Artie, arton

(Larchey, 1865) : Pain.

En cette piolle
On vit chenument ;
Arton, pivois et criolle
On a gourdement.

Grandval, 1723.

(La Rue, 1894) : Pain. Arton savonné, pain blanc. Arton brutal, pain noir.

Artif

(Rossignol, 1901) : Pain. On dit aussi Gringue, Gringal, Larton, Brignolet.

(Hayard, 1907) : Pain.

Artillerie de cupidon ou de vénus

(Delvau, 1864) : Les parfums, les aphrodisiaques en général — et surtout en particulier.

Artilleur

(Delvau, 1867) : s. m. Ivrogne, homme qui boit beaucoup de canons. Argot des ouvriers.

(Rigaud, 1881) : Ivrogne. Allusion aux canons des marchands de vin où les ivrognes allument leurs mèches.

(France, 1907) : Ivrogne ; argot des ouvriers.

Artilleur (fille d’)

(Merlin, 1888) : Fille à puissante poitrine. Pourquoi fille d’artilleur ? Parce que son père lui a glissé deux boulets dans le corset.

Artilleur à genoux

(Larchey, 1865) : infirmier. — Allusion au canon du clystère et à la posture que réclame sa manœuvre. Ph. Le Roux (1718) nomme déjà mousquetaires à genoux les apothicaires. — On dit aussi : Canonnier de la pièce humide.

(Delvau, 1867) : s. m. Infirmier militaire, — dans l’argot du peuple, qui a entendu parler des mousquetaires à genoux des siècles précédents. On dit aussi Artilleur de la pièce humide.

Artilleur de la pièce humide

(Rigaud, 1881) : Infirmier militaire. — Pompier.

Artilleurs de la pièce humide

(Merlin, 1888) : Infirmiers, par allusion à l’instrument de l’emploi. — On dit aussi : Artilleurs à genoux.

(France, 1907) : Infirmiers militaires.

« C’est les mitrons », disait le bourgeois connaisseur sur un petit ton de pitié. « Ce sont les artilleurs de la pièce humide », soulignaient les voisins, des frondeurs plus méchants. Et sur nos fronts planait, non la Gloire aux ailes largement déployées, aux gestes superbes, à l’allure héroïque, mais la seringue du matassin, la seringue de Molière, la seringue d’étain, énorme, à canule, la seringue de café-concert, la seringue classique et démodée, emblème des basses œuvres médicales.

(« Germinal », Mot d’Ordre.)

C’est un sauveur
Que l’artilleur
De la pièce humide ;
Dans son coup de feu,
C’est un vrai preu’ ;
Là, rien ne l’intimide,
Il est souvent couvert d’éclat,
Il n’en est pas plus fier pour c’la
L’artilleur de la pièce humide.

On dit, dans l’argot du peuple : Artilleur à genoux.

Artiste

(Delvau, 1867) : s. m. Médecin vétérinaire, — dans l’argot des faubouriens et des paysans.

(Rigaud, 1881) : Vétérinaire, — dans le jargon des voyous.

(Fustier, 1889) : Dans le jargon des ouvriers : camarade, compagnon.

(Fustier, 1889) : Cadavre exposé à la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet, un théâtre.

La salle d’exposition… est divisée en deux parties par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées… douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches, habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes. Quand toutes les places sont vides, ils disent qu’on fait relâche.

(Du Boisgobey : Le fils de Monsieur Lecoq.)

Artiste en chef

(Merlin, 1888) : Vétérinaire en premier.

Artistes

(d’Hautel, 1808) : Les bistrions, les plus vils bateleurs, les artisans les plus obscurs, les décrotteurs même ; prennent depuis quelque temps, à Paris, le titre d’Artistes : on ne peut assurément pousser plus loin l’impudeur et la dérision.

Arton

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Pain. Arton brutal, pain bis ; arton savonné, pain blanc.

(Delvau, 1867) : V. Artie.

(France, 1907) : Pain, argot des voleurs ; du provençal artoun.

Artonner

(Virmaître, 1894) : Tromper la police. C’est l’insaisissable Arton à qui revient l’honneur de ce mot.
— Depuis six marqués, j’artonne l’arnaque (Argot des voleurs). N.

Artoupan

(La Rue, 1894) : Garde-chiourme.

(France, 1907) : Gardien de dépôt ; argot des voleurs.

As

(Rigaud, 1881) : Les restaurateurs et les limonadiers désignent sous ce nom la table qui porte le numéro 1, et, par extension, le consommateur assis à cette table. C’est ordinairement la plus proche de la porte d’entrée.

Dans l’enceinte gastronomique, vous devenez un chiffre, un numéro… un pied de cochon à l’as ; enlevez chaud !

(Léo Lespès, Paris dans un fauteuil.)

As (être à l’)

(Rigaud, 1881) : Avoir la poche bien garnie d’argent, — dans le jargon des voleurs. À la plupart des jeux, l’as est la plus belle carte.

(La Rue, 1894) : Posséder de l’argent. Passer à l’as, ne rien donner.

As de carreau

(Larchey, 1865) : Havre-sac d’infanterie. — Allusion à sa forme carrée.

Troquer mon carnier culotté contre l’as de carreau ou l’azor du troupier.

La Cassagne.

(Delvau, 1867) : s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme. On l’appelle aussi Azor, — à cause de la peau de chien qui le recouvre.

(Delvau, 1867) : s. m. Le ruban de la Légion d’honneur, — dans l’argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.

(Rigaud, 1881) : Ruban de la Légion d’honneur. — Sac de soldat d’infanterie.

(Merlin, 1888) : Havresac ; placé dans un certain sens, il affecte la forme d’un losange, qui est aussi celle de l’as de carreau. Il en avait également jadis la couleur, alors qu’il était fait d’une peau de veau garnie de son poil.

(Virmaître, 1894) : Sac du fantassin (Argot du troupier). V. Armoire à glace.

As de Carreau

(Hayard, 1907) : Sac de soldat.

As de carreau

(France, 1907) : Le sac du troupier, à cause de sa forme carrée et de sa couleur. On dit aussi Azor, parce qu’il est en peau de chien. Le ruban de la Légion d’honneur, qu’on appelait aussi autrefois tablette de chocolat.

As de carreau dans le dos (avoir l’)

(Rigaud, 1881) : Être bossu, — dans l’argot du régiment.

As de pique

(d’Hautel, 1808) : Terme équivoque et satirique qui veut dire en propres termes, un niais, un idiot, un stupide.
Il est là comme un as de pique. Pour dire ne sait quelle contenance tenir ; il a l’air gauche, hébêté. Molière a fait usage de cette expression dans le Dépit amoureux.

(Rigaud, 1881) : Le fondement. — Écusson en drap noir apposé au collet de la capote des soldats du bataillon d’Afrique.

(Virmaître, 1894) : Se dit d’une femme qui possède abondamment ce que d’autres n’ont que très peu… (Argot du peuple). V. Fournitures.

(France, 1907) : L’anus ; argot populaire.

L’infirmier, la seringue au poing, cria au malade : « Allons, montre ton as de pique. »

(Les Joyeusetés du régiment.)

As de pique (fichu comme l’)

(Rigaud, 1881) : Mal bâti, mal mis. Un individu fichu comme l’as de pique, un individu mal bâti ou mal mis. — Ouvrage fichu comme l’as de pique, ouvrage bousillé.

(France, 1907) : Mal mis, mal bâti, négligé dans ses vêtements. On appelait autrefois as de pique un homme de nulle valeur, un sot. On trouve cette expression dans Molière : « Taisez-vous, as de pique ! »

As de pique (fichu comme un)

(Larchey, 1865) : Mal bâti, mal vêtu. Jadis on appelait as de pique un homme nul.

Taisez-vous, as de pique !

Molière.

As percé

(Rigaud, 1881) : As seul de sa couleur, — dans les mains d’un joueur de bouillotte. Les joueurs prudents n’engagent jamais le jeu avec un as percé.

As-tu fini !

(Rigaud, 1881) : C’est-à-dire : as-tu fini de faire des embarras, as-tu fini de nous ennuyer !

As-tu fini ? ou as-tu fini tes manières ?

(France, 1907) : Expression populaire, signifiant : Vous avez beau faire, vous ne me tromperez pas.

Ascension

(d’Hautel, 1808) : On dit d’une personne indolente, et qui ne se donne aucun mouvement, qu’Elle est comme l’Ascension, quelle n’avance ni ne recule.
À l’Ascension, blanche nappe et gras mouton. Pour dire qu’en ce temps le mouton cst préférable an veau.

Asinver

(Delvau, 1867) : v. a. Abêtir quelqu’un, — dans l’argot des voleurs, pour qui les honnêtes gens sont des sinves.

(France, 1907) : Rendre simple, de sinve, niais ; argot des voleurs.

Asperge

(d’Hautel, 1808) : C’est une asperge sucée. Comparaison railleuse et triviale que l’on applique à une personne grande et efflanquée, dont le maintien est roide et embarrassé.

(Delvau, 1864) : Le membre viril — dont les femmes sont si friandes, et qu’elles sucent volontiers, avec la sauce blanche qui les accommode ordinairement.

Asperge montée

(Delvau, 1867) : s. f. Personne d’une grandeur démesurée et, avec cela, maigre. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Grande femme toute en jambes, maigre et sèche comme un copeau. On dit aussi : longue comme un jour sans pain (Argot du peuple).

(France, 1907) : Personne grande et maigre ; argot populaire.

Aspergès

(Delvau, 1864) : Le membre viril avec lequel, en effet, nous aspergeons de foutre le con des femmes. — On dit mieux : Goupillon.

C’est bien dit ; car, comme j’estime,
L’aspergès d’un moine sans doute
Est si bon, qu’il n’en jette goutte
Qu’elle ne soit bénie deux fois.

(Ancien Théâtre français.)

Asphaltais

(Rigaud, 1881) : Flâneur, celui qui se promène sur l’asphalte.

Mademoiselle Hélène est la plus charmante blonde qui, de mémoire d’asphaltais, etc.

(J. Noriac.)

La variante plus parisienne est : Polisseur d’asphalte.

Asphalte (polir l’)

(France, 1907) : Flâner, arpenter les boulevards.

Asphalteuse

(Virmaître, 1894) : Fille qui raccroche sur le trottoir. Elle foule l’asphalte en tous sens (Argot des filles).

Asphyxier le pierrot

(Larchey, 1865) : Boire un verre de vin blanc. — Allusion de couleur.

J’étais-t-allé à la barrière des Deux-Moulins, histoire d’asphyxier le pierrot.

La Correctionnelle.

Aspi

(France, 1907) : Avare.

Aspic

(d’Hautel, 1808) : Une langue d’aspic. Médisant, brouille-ménage, homme dangereux, que l’on doit soigneusement éviter.

(Halbert, 1849) : Avare.

(Larchey, 1865) : Calomniateur (Vidocq). — Grâce à leur venin, ces serpents ont toujours symbolisé la calomnie. L’aspic des voleurs n’est que la vipère des honnêtes gens.

(Delvau, 1867) : s. m. Avare, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.

(Virmaître, 1894) : Avare. Aspic signifie aussi mauvaise langue, langue de vipère. Cette expression est empruntée au proverbe : Mieux vaut un coup d’épée qu’un coup de langue (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Avare.

(France, 1907) : Mauvaise langue, calomniateur ; argot populaire.

Aspiquerie

(France, 1907) : Calomnie.

Aspirant de narine

(Rossignol, 1901) : Mouchoir.

Assaillir une femme

(Delvau, 1864) : La baiser ; monter, la queue en main, à l’assaut de son vagin.

Jean, cette nuit, comme m’a dit ma mère,
Doit m’assaillir.

Gautier-Garguille.

Après que ce premier assaut fut donné, la belle recouvra la parole.

Ch. Sorel.

Mais Trichet du premier assaut
Se contenta. Chétive était la dose
Au gré d’Alix.

Vadé.

Assassin

(d’Hautel, 1808) : Le peuple dit Assassineur. Si un littérateur distingué, avance dans une Néologie dont il est l’auteur, que l’on doit dire assassinateur, assassinement, pourquoi ne seroit-il pas permis au peuple, privé des ressources de l’étude et de l’instruction, de dire tout simplement assassineur ?
Un assassineur de morts.
Terme de dérision, pour dire un bravache, un fanfaron, un enfonceur de portes ouvertes.

(France, 1907) : Adversaire politique ou religieux ; homme qui ne pense pas comme vous.

L’abbé Grégoire, le conventionnel, écrivait un jour à l’un de des collègues :
— Venez donc dîner demain chez moi. Hier, à la tribune, vous m’avez appelé assassin. Mais, en politique, on sait qu’un assassin est un homme qui n’a pas les mêmes opinion que vous.

Assaut

(d’Hautel, 1808) : Faire assaut de bêtises et de malhonnêtetés. Débiter à qui mieux mieux des sornettes, des contes biscornus ; se dire réciproquement de grosses injures.

Assembler

(d’Hautel, 1808) : Il a bientôt assemble son conseil. Pour dire il a bien vite pris ses résolutions ; il est prompt dans ses déterminations.

Asseoir (allez vous)

(Rigaud, 1881) : En voila assez, laissez-moi tranquille. Formule empruntée à celle dont se servent les présidents de chambre lorsqu’un témoin a terminé sa déposition.

Asseoir (s’)

(Larchey, 1865) : Tomber, ironiquement : s’asseoir par terre. Allez-vous asseoir : Taisez-vous. — Allusion à la fin obligée des interrogatoires judiciaires. — Asseyez-vous dessus : Imposez-lui silence. — En 1859, M. Dallès a fait deux chansons intitulées l’une : Allez vous asseoir, et l’autre : Asseyez-vous donc là-d’sus. — Un petit théâtre de Paris a également donné ce premier terme pour titre à une revue de fin d’année.

(Delvau, 1867) : Tomber. Envoyer quelqu’un s’asseoir. Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.

(France, 1907) : Tomber. Envoyer quelqu’un s’asseoir, le jeter par terre ou le congédier, le faire taire. Tu dis des âneries, va donc t’asseoir. C’est une réminiscence de la coutume des juges qui disent au témoin ou à l’accusé : « Allez vous asseoir. » S’asseoir sur le bouchon, s’asseoir par terre ; — sur quelqu’un, lui imposer silence ; — sur quelque chose, n’y attacher aucune importance.

Asseyez-vous dessus
Et que ça finisse ;
Asseyez-vous dessus
Et n’en parlons plus !

(A. Dale, Chansons.)

Asseoir (s’) sur quelqu’un

(Fustier, 1889) : Le faire taire. Asseyez-vous dessus, dit-on en parlant d’un gamin qui crie et gêne ainsi les personnes avec lesquelles il se trouve. — S’asseoir sur quelque chose, n’en pas faire cas.

Tous tes discours, tout’s tes promesses d’autrefois, tu t’asseois dessus !

(L’esclave Ivre, no 1.)

Asseoir sur le bouchon (s’)

(Delvau, 1864) : S’asseoir sur une pine, de façon à être baisée, soit en grenouille par devant, soit en levrette par derrière.

Viens t’asseoir sur le bouchon, garce, et si tu ne jouis pas, c’est que tu ne le voudras pas.

V. Caillaud.

Assesseur

(Fustier, 1889) : Joueur complaisant qui, placé au baccarat à côté du tailleur, paye et encaisse pour le compte de celui-ci.

Asseyez-vous dessus

(Rigaud, 1881) : Faites-le taire à tout prix. Mot à mot : étouffez ses cris, au besoin, en vous asseyant sur lui. Se dit surtout, dans le monde des voyous, lorsqu’un enfant au maillot piaille. Asseyez-vous dessus, et que ça finisse.

Assez

(d’Hautel, 1808) : Assez causé. Pour chut ! Silence ! en voilà assez de dit ; motus.

Assiette au beurre

(France, 1907) : Figure populaire pour signifier les honneurs, les places, les pots-de-vin que se partagent les gens au pouvoir, députés, sénateurs, ministres, etc.

Une poignée d’intrigants, de tripoteurs, d’aventuriers au passé louche ont barboté la fortune de la France. Ils se partagent les emplois, les honneurs, les distinctions, les sinécures. Rien ne peut contre eux, ni les concussions avérées, ni les honteux trafics, ni le népotisme éhonté, ni les scandales, ni le discrédit qu’ils nous attirent devant les nations, ni même leur propre médiocrité. Comme l’hydre de Lerne qui multipliait ses têtes à mesure qu’on en abattait, il semble que chaque honte nouvelle les raffermisse au pouvoir.
Et le peuple, qui a d’abord assisté avec indignation et stupeur à ce spectacle de nos hontes, retombe dans sa fataliste indifférence jusqu’à ce que le coup de fouet d’un suprême scandale vienne le secouer de sa torpeur. Alors, d’un formidable coup de pied, il enfoncera la porte de la salle où l’on se partage l’assiette au beurre et chassera la tourbe aux gémonies.

(Hector France, Lettres rouges.)

Assiette au beurre (avoir l’)

(Rigaud, 1881) : Être un des heureux de ce monde, — dans le jargon du peuple. — Ceux qui détiennent l’assiette au beurre ont toutes les jouissances que procure la fortune et celles que procure une haute situation. — C’est donc toujours les mêmes qu’auront l’assiette au beurre ?

Assigner

(d’Hautel, 1808) : Ses rentes sont assignées sur les brouillards de la Seine. Se dit plaisamment et par raillerie d’un homme qui n’ayant ni bien ni patrimoine, veut par le faste et la dépense en imposer à des créanciers soupçonneux et importuns.
Assigner, Signer. Les personnes qui parlent bien mouillent le g en prononçant ces deux mots, comme dans magnifique ; le peuple en retranche tout-à-fait cette consonne et dit, Assiner, Siner.

Assis (les)

(France, 1907) : Les commis aux écritures, employés de bureau, ronds de cuir, culs de plomb, chieurs d’encre.

Oh ! c’est alors qu’il faut plaindre… les malheureux qu’un travail sédentaire courbe sur un bureau… c’est alors qu’il convient de se lamenter sur le sort des assis.

(Richepin, Le Pavé.)

Assister

(d’Hautel, 1808) : Dieu vous assiste. Vœu stérile, ou plutôt manière d’éconduire un pauvre auquel on refuse l’aumône. C’est aussi une salutation respectueuse que l’on fait à une personne qui éternue.
Dieu assiste trois sortes de personnes : les enfans, les fous et les ivrognes. On dit plus habituellement, qu’Il y a un dieu pour les enfans, les fous et les ivrognes, parce que les chutes fréquentes qu’ils font, leur sont rarement préjudiciables.

(Delvau, 1867) : v. a. Porter le pagne à un détenu, — dans l’argot des voleurs et des filles.

(France, 1907) : Porter à manger à un détenu ; argot des voleurs et des filles.

Assoce

(Rigaud, 1881) : Associée, — dans le jargon des couturières. Dans les grands ateliers de couture, les ouvrières travaillent deux à deux, et elles s’appellent « associées. » La première associée fait les garnitures des corsages et la seconde associée les accessoires : boutonnières, doublures, etc.

Associée

(Delvau, 1867) : s. f. Femme légitime. Argot des typographes.

(France, 1907) : Femme légitime ; argot populaire.

Assommer

(d’Hautel, 1808) : Quand l’un dit tue, l’autre dit assomme. Pour exprimer que deux personnes enchérissent l’une sur l’autre de sévérité et de dureté dans les punitions qu’ils infligent à leurs subordonnés.
On dit grossièrement et méchamment des femmes qui sont parvenues à un âge avancé, et qui semblent promettre une longue vieillesse, que Pour qu’elles mourussent, il faudroit les assommer.
Assommer se prend aussi, par exagération, pour fatiguer, ennuyer, accabler. On dit d’un bavard, d’un importun, qu’Il assomme par la longueur et l’ennui de ses discours.

Assommoir

(Delvau, 1867) : s. m. Nom d’un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent, — sans remarquer l’éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de vin de Champagne.

(Rigaud, 1881) : Débit de liqueurs, comptoir de marchand de vin.

Les assommoirs sont des mines à poivre ou boîtes à poivre.

(Le Sublime.)

J’entrerai en face, au petit assommoir.

(Ad. d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864.)

(Merlin, 1888) : Cabaret où l’on vend de la mauvaise eau-de-vie, ou cette boisson même.

(Virmaître, 1894) : Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui assomment les buveurs. Le premier assommoir, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé Montier. Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les assommés ; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers. Cette chambre s’appelait la Morgue (Argot du peuple).

(France, 1907) : Cabaret. — Voir Abreuvoir.

Assommoir (poivre d’)

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie débitée par un marchand de vin de dernier ordre.

L’eau-de-vie servie dans les assommoirs est du… oui vitriol. Il est incroyable que l’estomac puisse supporter ce liquide.

(Le Sublime.)

Assommoir, abreuvoir

(La Rue, 1894) : Débit de liqueurs.

Assortir

(d’Hautel, 1808) : Aparier. Voy. Achever.

Assoter

(d’Hautel, 1808) : S’infatuer d’une opinion quelconque ; devenir sottement amoureux. On dit plus communément rassoter.
Suivant l’auteur de la Néologie, Assoter signifie rendre sot.

Assourdir

(d’Hautel, 1808) : Ce verbe est un composé de sourd et en conserve absolument la prononciation ; c’est donc un barbarisme, que de prononcer Assurdir comme le font un grand nombre de personnes.

Assurance

(d’Hautel, 1808) : Il a été mis en lieu d’assurance. Pour il a été incarcéré, mis en prison.
Il a l’assurance d’un meurtrier. Se dit d’un homme hardi, effronté, qui soutient avec impudence une chose évidemment fausse.

Assurance (une)

(M.D., 1844) : Une canne.

Astec

(Delvau, 1867) : s. m. Avorton, homme chétif, — dans l’argot du peuple. Adversaire méprisable, — dans l’argot des gens de lettres. C’est un souvenir du passage à Paris, il y a quelques années, de ces petits monstres mexicains exhibés sous le nom d’Aztecs.

(France, 1907) : Homme chétif, avorton. Du nom de nains mexicains qu’on exhibe de temps à autre sur le continent.

Astèque

(Hayard, 1907) : Individu maigre, chétif, grêle.

Astic

(anon., 1827) : Épée.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Épée.

(Bras-de-Fer, 1829) : Épée.

(Halbert, 1849) : Épée.

(Larchey, 1865) : Tripoli, mélange servant à nettoyer les pièces de cuivre.

Et tirant du bahut sa brosse et son astic, il se met à brosser ses boutons dans le chic.

Souvenirs de Saint-Cyr.

(Delvau, 1867) : s. f. Epée, — dans l’argot des voleurs, qui ne se doutent pas que ce mot vient de l’allemand stich, chose pointue, dont on a fait estic, puis astic, et même asti.

(Delvau, 1867) : s. m. Tripoli, — dans l’argot des troupiers, qui s’en servent avec un mélange de savon, d’eau-de-vie et de blanc d’Espagne, pour nettoyer les cuivres de leur fourniment. D’où Aller à l’astic.

(Rigaud, 1881) : Polissoir, — dans le jargon des cordonniers.

(Merlin, 1888) : Tripoli.

(France, 1907) : Épée, argot des voleurs ; le l’allemand Stich, objet pointu.

(France, 1907) : Tripoli dont on se sert dans l’armée pour nettoyer les cuivres.

Asticot

(Delvau, 1864) : Le membre viril, qui grouille dans la nature de la femme comme un ver blanc dans la viande.

Tu écorches mon asticot, salope !

Lemercier.

(Larchey, 1865) : Vermicelle (Vidocq). Calembour. Le vermicelli italien s’applique à un asticot, à un vermisseau, comme à une pâte alimentaire.

(Delvau, 1867) : s. m. Vermicelle, — dans l’argot des faubouriens.

(Rigaud, 1881) : Maîtresse d’un souteneur.

(Rigaud, 1881) : Vermicelle, — dans le jargon des voleurs.

(La Rue, 1894) : La femme du souteneur.

(Virmaître, 1894) : Vermicelle (Argot des voleurs). N.

(Virmaître, 1894) : Fille publique. Asticot : personne mince comme un fil (Argot du peuple).

(France, 1907) : Vermicelle ; argot des faubouriens. Se dit aussi de la maîtresse d’un souteneur ou d’un voleur. « Jeu de mot, dit Lorédan Larchey : l’asticot sert d’amorce aux poissons (souteneurs). »

Asticot dans la noisette

(Virmaître, 1894) : Personne qui a des absences de mémoire. On sait que l’asticot dévore l’amande de ce fruit, par analogie il dévore la cervelle (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Être un peu déséquilibré.

Asticot de cercueil

(Rigaud, 1881) : Verre de bière, — dans l’argot des étudiants, que les jeux de mots de ce calibre ne dégoûtent pas.

(France, 1907) : Verre de bière ; jeu de mot sur ver et bière.

Asticoter

(d’Hautel, 1808) : Contrarier, tracasser, tourmenter quelqu’un sur de petits détails ; chicaner sur la pointe d’une aiguille.

(Delvau, 1867) : v. a. Harceler quelqu’un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.

(France, 1907) : Harceler quelqu’un, l’ennuyer, le tracasser sans cesse.

La poésie de T… vous connaissez ça : le coupelet graveleux qui dilate les faces niaises des Benjamins du parvis de la Bourse, le rondeau où le naturalisme est bafoué, où Zola et Daudet sont asticotés par cet animalcule. Pourtant, la chose paraît à la rampe. Sa stupéfiante bêtise, sa banalité hurlante navrent les honnêtes gens et ravissent le quantum de sots qui compose un public des premières.

(Henry Bauer, Les Grands Guignols.)

Le gouvernement a tort de ne pas le ménager, ce public d’artistes qui ne fait pas de politique, et qu’on amène fatalement à en faire en l’asticotant, trois cent soixante-cinq jours par an, dans ses goûts, ses habitudes, dans sa soif du beau, sa faim d’indépendance, dans son adoration de l’idéal.

(Séverine, Gil Blas.)

Asticoteur

(d’Hautel, 1808) : Chipotier, homme difficultueux et vétillard.

Astique

(Virmaître, 1894) : Bien avant que les Aztèques ne vinssent du fond du Brésil, cette expression servait à désigner les êtres chétifs et malingres (Argot du peuple). V. Avorton.

Astique (faire l’)

(Rigaud, 1881) : Astiquer son fourniment, faire son lit, cirer ses bottes, — dans le jargon de Saint-Cyr.

L’astique, une science très amusante de la grande manœuvre en plusieurs tableaux, qui se joue entre les quatre murs de l’École.

(B. Maizeroy, La Vie moderne, 2 août 1879.)

Astiqué à l’ail (un ceinturon)

(Merlin, 1888) : Brillant comme du vernis. Pour arriver à ce résultat, il faut en user, de l’huile de coude !

Astiquer

(Delvau, 1864) : Faire l’amour, — dans l’argot des filles et des maquereaux, l’astic pour eux étant une épée, et l’épée piquant.

(Larchey, 1865) : Nettoyer.

Quand son fusil et sa giberne sont bien astiqués.

1833, Vidal.

Un troupier dira de bourgeois élégants : Ce sont des civils bien astiqués. La marine donne à ce mot de nombreux synonymes :

Peste ! maître Margat, vous avez l’air d’un Dom Juan… — Un peu, que je dis ! on a paré la coque… On s’a pavoisé dans le grand genre ! On est suifé et astiqué proprement.

Capendu.

Astiquer : Battre.

Sinon je t’astique, je te tombe sur la bosse.

Paillet.

Du vieux mot estiquer : frapper d’estoc ou de la pointe. V. Du Cange. — Nous croyons cette étymologie commune à l’autre sens. L’homme qui frappe droit exécute le même mouvement qu’un fourbisseur en exercice.

(Fustier, 1889) : Fourbir, nettoyer, se pomponner.

C’est qu’on est un peu beau, mon vieux,
Quand on s’astique.

(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)

Astiquer (s’)

(Delvau, 1864) : Se masturber, soit seul, soit à deux.

Deux gendarmes, un beau dimanche,
S’astiquaient le long d’un sentier ;
L’un branlait une pine blanche
Et l’autre un vit de cordelier.

(Parnasse satyrique XIXe siècle.)

(Delvau, 1867) : v. réfl. Se chamailler de paroles avant d’en venir aux voies de fait. On dit aussi Astiquer quelqu’un, dans le sens d’Agacer.

(Fustier, 1889) : Se masturber.

Astiquer la baguette

(Delvau, 1864) : Branler un homme, — le ventre de la femme servant de tambour à cette baguette-là, que nous savons tous manier aussi bien que les tapins de profession.

Celle-ci, d’un tambour astiquait la baguette.

Louis Protat.

Astuce

(Rossignol, 1901) : Toupet, audace, effronterie.

Atelier

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, — où se fabrique l’Humanité.

Quand on entre à l’atelier, il faut avoir son outil en bon état afin de besogner convenablement, et toi, tu ne bandes seulement pas !

A. Manvoy.

Quoi, c’est là tout le stratagème ?
Dit un valet, voyant le drôle à l’atelier.

Piron.

(Delvau, 1867) : s. m. L’endroit où l’on se réunit — dans l’argot des francs-maçons.

(Rigaud, 1881) : Chambre à coucher, — dans le jargon des femmes entretenues. — Venez visiter mon atelier.

Atigé

(Rigaud, 1881) : Malade. — Planque aux atigés, hôpital.

(La Rue, 1894) : Malade. Planque aux atigés : hôpital.

(France, 1907) : Malade ou ruiné.

Atiger

(anon., 1827) : Blesser.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Blesser.

(Halbert, 1849) : Blesser.

(Delvau, 1867) : v. a. Blesser quelqu’un avec une arme quelconque. Argot des prisons.

(Rigaud, 1881) : Malmener, frapper. — Atiger cher, défigurer.

(La Rue, 1894) : Frapper. Atiger cher, frapper dur, défigurer, massacrer.

(France, 1907) : Frapper ou blesser quelqu’un.

Atouser

(Delvau, 1867) : v. a. Encourager quelqu’un, lui donner de l’atout. Même argot [des prisons].

(France, 1907) : Encourager. Donner de l’atout à quelqu’un ; argot des voleurs.

Atout

(d’Hautel, 1808) : Terme burlesque ; qui équivaut à mornifle, taloche, horion.
Il a reçu un fameux atout. Pour dire il a été rossé, équipé d’une belle manière.

(un détenu, 1846) : Estomac.

(Larchey, 1865) : Coup grave.

Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort.

Balzac.

Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons. Atout : Courage (Vidocq).

Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout.

E. Sue.

Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui. Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

(Delvau, 1867) : s. m. Courage, — parce que souvent au jeu de cartes, l’atout c’est du cœur.

(Delvau, 1867) : s. m. Aplomb, acquis, assurance, — dans l’argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.

(Delvau, 1867) : s. m. Coup plus ou moins grave que l’on reçoit en jouant — maladroitement — des poings avec quelqu’un.

(Delvau, 1867) : s. m. Estomac, — dans l’argot des voleurs.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi capacités, talents.

(Rigaud, 1881) : Courage. — Avoir de l’atout, avoir du courage.

(Rigaud, 1881) : Contusion ; coup de poing. Retourner atout, donner une gifle.

(La Rue, 1894) : Courage. Coup. Estomac.

(Virmaître, 1894) : Avoir du courage. Avoir des atouts dans son jeu. Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant : Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant : Je coupe. Le soldat répond : Ah ! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde ! Recevoir un atout : être sérieusement blessé. C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.

(Hayard, 1907) : Courage, audace, coup.

(France, 1907) : Courage, aplomb, assurance : Quand on a les atouts dans son jeu, on va hardiment.

Tu m’as donné la bonne mesure, tu es un cadet qui a de l’atout.

(Eugène Sue.)

Signifie aussi coup : recevoir des atouts, et, dans l’argot des voleurs, estomac.

(France, 1907) : Argent ; argot des faubouriens.

Atout !

(France, 1907) : L’exclamation populaire, après un coup reçu.

Atout (de l’)

(Halbert, 1849) : Du courage.

Atouts (le plus d’)

(Fustier, 1889) : Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.

Attabler (s’)

(d’Hautel, 1808) : Se mettre à table dans le dessein d’y demeurer long-temps. Ce verbe ne s’emploie que par mépris, en parlant des godailleurs, des coureurs de cabarets.

Attache

(d’Hautel, 1808) : Être comme un chien à l’attache. Être dans un emploi très-assujettissant, et où l’on éprouve une contrariété perpétuelle.

(Halbert, 1849) : Boucle.

(Larchey, 1865) : Boucle (Vidocq). — Effet pris pour la cause. Une boucle sert à attacher. V. Chêne.

J’engantais sa tocquante, ses attaches brillantes avec ses billemonts.

Vidocq.

(Delvau, 1867) : s. f. Boucle, — dans l’argot des voleurs. Attaches d’huile. Boucles de souliers en argent. Attaches d’Orient. Boucles en or.

(Rigaud, 1881) : Attachement, affection ; se trouve dans le diction. des homonymes d’Hurtaut, 1775.

(Hayard, 1907) : Boucle.

Attache de gratousse

(France, 1907) : Nœud de dentelle. Gratousse signifiant dentelle parce que, dit Lorédan Larchey, elle gratte légèrement la peau.

Attacher

(d’Hautel, 1808) : Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute. Signifie proverbialement que quelle que soit la condition où l’on se trouve placé par le sort, il faut s’y soumettre sans murmure, et y demeurer constamment attaché.

Attacher le bidon

(Virmaître, 1894) : Dénoncer un camarade. Synonyme de remuer la casserole (Argot des voleurs).

Attacher un bidon

(France, 1907) : Dénoncer quelqu’un ; argot des voleurs. Le signaler à la police comme un chien à qui on accroche une casserole à la queue.

Attacher une gamelle

(Rossignol, 1901) : Promettre à un ami de passer la soirée avec lui et ne pas y rester est lui attacher une gamelle ; on dit aussi :

Je suis pressé, je m’en vais, je t’attache une gamelle.

Attaches

(anon., 1827) : Boucles.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Boucle. Attaches d’huile, boucles d’argent.

(Bras-de-Fer, 1829) : Boucles.

Attaches d’auber

(Bras-de-Fer, 1829) : Boucles d’argent.

Attaches d’huile

(anon., 1827) : Boucles d’argent.

(Halbert, 1849) : Boucles d’argent.

Attaches d’Orient

(Bras-de-Fer, 1829) : Boucles d’or.

Attaque (d’)

(Larchey, 1865) : Vivement, spontanément. — Un homme d’attaque est un homme d’action.

(Rigaud, 1881) : Avec ardeur, avec courage. — Un d’attaque, c’est-à-dire un homme d’attaque, déterminé, courageux, bon travailleur. — Être d’attaque, ne pas bouder à l’ouvrage.

Il est arrivé de province, c’est un de nos pays qui est d’attaque.

(Le Sublime.)

Attaque (être d’)

(Delvau, 1867) : v. s. Être solide, montrer du sang-froid, du courage, de la résolution dans une affaire. Argot du peuple. Y aller d’attaque. Commencer une chose avec empressement, avec enthousiasme.

(La Rue, 1894) : Être courageux, vif ou habile au travail.

(France, 1907) : Être résolu, énergique. D’attaque signifie violent, dur.

V’lan ! v’là l’vent qui m’fiche eun’ claque,
Fait vraiment un froid d’attaque.

(Richepin.)

Coupeau marchait de l’air esbrouffeur d’un citoyen qui est d’attaque.

(Zola, L’Assommoir.)

Atteindre

(d’Hautel, 1808) : Il ne s’en manque pas de l’épaisseur d’un cheveu, qu’il n’atteigne à cette hauteur. Manière exagérée de faire entendre qu’il n’en faut de bien peu de chose, de presque rien, que quelqu’un n’atteigne a une hauteur déterminée.

Attelage

(France, 1907) : Le mari et l’amant ; la femme les conduit.

Et je me rappelle cette phrase que disait la jolie marquise de Luxille à une de ses amies : « Vous ne sauriez croire, ma chère, comme mon attelage me donne du mal depuis quelque temps ! »

(Champaubert.)

Attelage (double)

(Rigaud, 1881) : Quatorze de rois au jeu de piquet.

Attelage (un bon)

(Merlin, 1888) : Une bonne paire d’amis, chez les cavaliers.

Attendre

(d’Hautel, 1808) : Qui s’attend à l’écuelle d’autrui, a souvent mal dîné. C’est-à-dire que celui qui fait fonds sur des secours étrangers, est souvent trompé dans ses espérances ; qu’il est prudent de pourvoir soi-même à ses besoins, si l’on ne veut pas être exposé à manquer de tout.
Attendez-moi sous l’orme. Avertissement badin que l’on donne à quelqu’un, et qui veut dire précisément ne comptez pas sur moi.
Il ennuie à qui attend. Pour le temps paroît bien long à celui qui attend.
Il faut attendre le boiteux. Signifie qu’il faut, avant d’ajouter foi à une nouvelle, en attendre la confirmation.

Attendre l’omnibus

(France, 1907) : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.

Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !

(Alph. Karr, Les Guêpes.)

Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.

Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.

(Oudin, Curiositez françoises.)

Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.

(Ch. Nisard.)

Attendrir (s’)

(Larchey, 1865) : S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer.

Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : v. réfl. Arriver à cette période de l’ivresse où l’on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.

Attente

(d’Hautel, 1808) : Vous n’y perdrez que l’argent et l’attente. Se dit aux personnes qui prêtent à des insolvables.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
L’attente ou le terme vaut l’argent. Pour que les personnes qui prennent un terme trop long pour s’acquitter, payent avec l’intérêt de la somme qu’ils doivent. Ce proverbe signifie aussi que quelqu’un qui s’est engagé à terme fixe, est censé ne rien devoir jusqu’au jour de l’échéance.

Attentif

(d’Hautel, 1808) : Attentive. Le peuple n’emploie jamais que le masculin de ce mot, et dit indistinctement d’un homme ou d’une femme, Il est attentif, elle est attentif.

Attifer

(d’Hautel, 1808) : S’attifer. Se friser, se carder, se coiffer avec prétention et recherche.

Attigé

(d’Hautel, 1808) : Avoir la figure ou l’œil attigés. C’est-à-dire le visage meurtri de coups, l’œil noir et poché. Cette expression est d’un fréquent usage parmi les écoliers et les petits garçons qui courent les rues.

(Rossignol, 1901) : Être grièvement blessé est être attigé ; celui qui est atteint d’une maladie vénérienne est également attigé.

Attiger

(Bras-de-Fer, 1829) : Blesser, frapper.

(Hayard, 1907) : Frapper.

Attignole

(Rigaud, 1881) : Boulette de charcuterie cuite au four. Le déjeuner de bien des pauvres diables.

Attignoles

(Virmaître, 1894) : Rognures de viandes hachées et vendues sous forme de boulettes. L’expression est normande, mais elle est devenue parisienne en s’éloignant du sens primitif. Dans le peuple, pour exprimer qu’un individu a été fortement endommagé dans une rixe, on dit : Il a reçu de rudes attignoles (Argot du peuple). N.

(France, 1907) : Tripes à la mode de Caen.

Attouchements

(Virmaître, 1894) : Être assez indiscret pour vouloir s’assurer si une jolie femme porte un pantalon et met ses jarretières au-dessus du genou. Synonyme de peloter (Argot du peuple) V. Baisenses.

Attoucheuse

(Virmaître, 1894) : Fille publique. Le mot est suffisamment expressif. Allusion aux ménagères qui tâtent la viande chez le boucher pour s’assurer de son degré de fraîcheur (Argot des filles).

Attrapage

(Rigaud, 1881) : Réprimande. — Dispute. — Critique bruyante et souvent injuste de public à acteur.

Ça va mal, dit Mignon, radieux à Steiner, un joli attrapage, vous allez voir !

(Zola, Nana.)

(France, 1907) : Reproche sévère, critique acerbe.

Attrapance

(Boutmy, 1883) : s. f. Vive dispute.

Attrape

(Delvau, 1867) : s. f. Plaisanterie, mensonge, — dans l’argot du peuple, qui disait cela du temps de Calvin. On dit aussi Graine d’attrape.

(France, 1907) : Plaisanterie, mensonge ; argot populaire.

Attrape-science

(Delvau, 1867) : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Attrape-Science

(Rigaud, 1881) : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Attrape-science

(Boutmy, 1883) : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

(France, 1907) : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Attraper

(Delvau, 1867) : v. a. Engueuler, — dans le même argot [du peuple]. Se faire attraper. Recevoir, sans l’avoir demandée, une bordée d’injures poissardes.

(Delvau, 1867) : v. a. Éreinter un livre ou un confrère. Argot des journalistes.

(Delvau, 1867) : v. a. Siffler. Argot des coulisses. Se faire attraper. Recevoir des pommes crues et des sifflets.

(Rigaud, 1881) : Réprimander. — Critiquer à haute voix, avec une malveillance marquée, soit une pièce, soit un acteur en scène. Au XVIIIe siècle, on disait entreprendre dans le même sens. — S’attraper, se disputer.

(Boutmy, 1883) : v. a. Faire des reproches, chercher noise à un compagnon dont on croit avoir à se plaindre.

Attraper l’ognon

(Delvau, 1867) : v. a. Recevoir un coup destiné à un autre ; paver pour ceux qui ont oublié leur bourse, argot des faubouriens.
On dit aussi Attraper le haricot ou la fève, — sans doute par allusion au haricot ou à la fève qui se trouve dans le gâteau des rois, et qui met celui à qui elle échoit dans la nécessité de payer sa royauté.

Attraper l’oignon

(France, 1907) : Recevoir un coup. Attraper le lustre, ouvrir une large bouche ; argot des coulisses.

Attraper la fève

(Rigaud, 1881) : Payer pour autrui. — Recevoir un coup destiné à un autre.

Attraper le haricot ou la fève

(France, 1907) : Avoir à payer pour d’autres. Allusion au gâteau des Rois où celui qui trouve la fève doit régaler les convives.

Attraper le lustre

(Rigaud, 1881) : Ouvrir une large bouche sans pouvoir produire la note voulue, — dans le jargon des chanteurs.

Attraper quelqu’un

(France, 1907) : Le gronder, et, par contre : Se faire attraper, être grondé.

Attraper quelque chose

(Delvau, 1864) : Gagner la chaude-pisse ou la vérole dans un coït malsain, avec une coureuse ou avec une honnête femme.

Que ces drôlesses-là sont souvent de bons greniers à chaudes-pisses ! ce qu’on appelle de véritables attrape-michés.

Comte De Caylus.

Si j’attrape quéque chose, au moins j’ l’aurai pas volé.

Lemercier de Neuville.

Attrapeur

(Rigaud, 1881) : Critique malveillant, bruyant et ignorant. L’attrapeur s’attaque à la pièce, aux auteurs, aux décors, au souffleur au besoin. C’est presque toujours un ami de l’auteur ou un impuissant ou un quidam entré au théâtre avec un billet de faveur.

Attrappe-minette

(d’Hautel, 1808) : Attrappe-nigaud ; niaiserie, manège grossier auquel les ignorans et les sots peuvent seuls se laisser prendre.

Attrappe-minon

(d’Hautel, 1808) : Hypocrite, cagot, homme fin, rusé et de mauvaise foi, qui se fait un jeu d’abuser de la simplicité des gens.

Attrapper

(d’Hautel, 1808) : Attraper une bonne maladie ; un bon mal de tête. Locution contradictoire et bizarre, qui signifie tomber dangereusement malade ; avoir un grand mal de tête.
Les plus fins y sont attrapés. Se dit pour exprimer que la qualité d’un objet quelconque est si difficile à connoître, qu’une fraude est faite avec tant de subtilité, qu’il faut y regarder de bien près pour ne pas s’y laisser tromper.
As-tu été attrapé ? — Non. — Eh ! bien, que la f… t’attrape. Rébus bas et ignoble, fort en usage parmi le peuple au temps du carnaval.

Attrimer

(anon., 1827) : Prendre.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Attirer, prendre. Attrimer les robaux, faire courir les gendarmes.

(Halbert, 1849) : Prendre.

(Delvau, 1867) : v. a. Prendre, saisir. Argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Voler. Attrimer les robaux, tromper, faire courir les gendarmes.

(France, 1907) : Prendre ; argot des voleurs.

Attrimer au trime-ligourt

(La Rue, 1894) : Voler trois fois très bien.

Attrimer le rovau

(France, 1907) : Tromper le gendarme. — Voir Rovau.

Attrimer les robaux

(Rigaud, 1881) : Faire courir les gendarmes. (Mémoires d’un forçat ou Vidocq dévoilé, glossaire d’argot, 1829.) Attrimer est un augmentatif de trimer.

Attriquer

(Larchey, 1865) : Acheter (Vidocq). — Ce doit être un mot ancien, car Du Cange lui donne un pendant dans attrosser : vendre.

(Delvau, 1867) : v. a. Acheter des effets volés.

(Virmaître, 1894) : Acheter des effets volés, sans pour cela être un receleur habituel : Fourgat ou Meunier (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Acheter des effets volés. Être attriqué, être mal mis.

Attriqueuse

(Delvau, 1867) : s. f. Femme qui achète des objets volés.

(Virmaître, 1894) : Vendre des objets volés (Argot des voleurs).

Attristé

(Virmaître, 1894) : Voleur qui ne travaille que la nuit, sans se soucier des pendus glacés (Becs de gaz) (Argot des voleurs).

Au bonjour

(Halbert, 1849) : Voler le matin pendant le sommeil.

Au clou (être)

(Halbert, 1849) : Être détenu.

Au col (être)

(M.D., 1844) : Être en prison.

Au dure (être)

(M.D., 1844) : Être condamné aux travaux forcés.

Au plan

(Halbert, 1849) : En prison.

Au prix où est le beurre

(France, 1907) : Expression populaire exprimant la cherté des vivres.

Au trot

(Rigaud, 1881) : Vite, dépêchez-vous, — dans le jargon des soldats de cavalerie. — Allez me seller mon cheval, au trot. — À la charge. À toute vitesse, prompt comme l’éclair. Aussitôt le coup fait, je pars à la charge.

Aubade

(d’Hautel, 1808) : Donner l’aubade à quelqu’un. Le gourmander, le traiter durement, se porter sur lui à des voies de fait.

Aubade (donner l’)

(Rigaud, 1881) : Faire un sacrifice matinal à Vénus. (XVIIe siècle.) C’est mot à mot : donner l’aubade amoureuse. Felix qui potuit.

Aubades (courir les)

(France, 1907) : Visites suivies de divertissements que, d’après un ancien usage des Amognes, le futur mari faisait chez ses voisins avec ses amis la veille du mariage.

Aubépine

(d’Hautel, 1808) : Cette fleur printanière, d’un parfum très-agréable, est nommée vulgairement, et par corruption, Noble-épine.

Aubépine (faire son)

(France, 1907) : Faire sa mijaurée, sa sainte nitouche.

Tu fais ton aubépine ! Eh ! Fiche-moi la paix,
Sinon je cogne dur. Suis-je donc un niais ?
Quoi ! Tu ne gagnes rien et tu veux que je t’aime !

(Jérôme Monti, Le Traquenard.)

Auber

(Larchey, 1865) : Somme d’argent (Vidocq). — Calembour sur l’équivoque présentée par le vieux mot maille, qui signifiait en même temps monnaie et maille de auber ou cotte de mailles. V. Du Cange. — Au point de vue financier comme au point de vue militaire, l’auber a donc représenté la réunion d’un certain nombre de mailles. — V. Chêne.

(La Rue, 1894) : Argent, monnaie, V. Beurre.

(Rossignol, 1901) : Argent.

Payes-tu un glacis ? — je n’ai pas d’auber.

Auber ou aubert

(France, 1907) : Argent ; argot des voleurs. Ce mot date de loin et ne serait qu’un jeu de mots du moyen âge où la maille était une monnaie et le haubert une cotte de mailles. Avoir de l’aubert était donc, comme dit Charles Nisard, être couvert de mailles ou d’argent. Le nombre de mots pour désigner le « vil métal » est considérable et prouve le rôle important qu’il joue dans le monde d’en bas comme dans celui d’en haut. Nous avons : achetoires, beurre, bille, braise, carle, cercle, cigale, cuivre, dale, douille, face, galette, graisse, huile, jaunet, médaille, métal, mitraille, monacos, monarque, noyaux, patard, pèze, philippe, picaillon, pimpion, quantum, quibus, rond, roue de derrière, roue de devant, sine qua non, sit nomen, sonnette, thune, vaisselle de poche, etc.

Plus d’aubert nestoit en fouillouse.

(Rabelais.)

Aubert

(d’Hautel, 1808) : Mot baroque. Pour argent monnoyé ; espèces sonnantes.

(Delvau, 1867) : s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs qui connaissent leur Villon, ou dont les ancêtres faisaient monnaie avec les mailles des hauberts, comme les enfants avec les loques de cuivre.

(Virmaître, 1894) : Argent (Argot des voleurs).

(Hayard, 1907) : Argent.

Auge

(d’Hautel, 1808) : Un cochon à l’auge. Terme injurieux ; gouliafre, glouton, qui mange malproprement ; homme sale et sans tenue.

Auguer, antifler de sec

(Hayard, 1907) : Se marier.

Augure

(d’Hautel, 1808) : Un oiseau de mauvais augure. Alarmiste, homme taciturne et mélancolique, qui se plaît à répandre de mauvaises nouvelles.

Aujourd’hui

(d’Hautel, 1808) : Au jour d’aujourd’hui. Pléonasme très-fréquent, qui signifie au temps actuel ; au temps qui court.

Aujourd’hui, demain

(France, 1907) : Ces deux adverbes se trouvent ensemble dans une série de dictons du XVe siècle d’une haute portée philosophique. J’en donne quelques-uns ici :

Aujourd’hui ami, demain ennemi.
— marié, — marri.
— en fleur, — en pleur.
— en chère, — en bière.
— roy, — rien.
— grand, — petit.
— maistre, — valet.
— trompeur, — trompé.
— chaud, — froid.
— en terre. — enterré.
— en verdure, — en pourriture.
— devant, — derrière.
— à moy, — à toy.
— en haut, — en bas.
— créditeur, — débiteur.

Aulieurs de, aulieurs que

(d’Hautel, 1808) : Espèce de prépositions adversatives, qui équivalent à Au lieu de, Au lieu que, dont elles ne sont qu’une corruption.

Aumône

(d’Hautel, 1808) : Quand il paie ce qu’il doit, il semble qu’il fasse l’aumône. Se dit d’un avare, d’un mauvais payeur ; d’un homme qui acquitte ses dettes à contre cœur.

Aumône amoureuse

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien, — la femme étant censée donner et l’homme recevoir, quoique, en réalité, l’un donne autant que l’autre.

Belle dame, faites-moi l’aumône amoureuse, je vous en supplie, je bande trop ! — J’en suis fâchée, mon cher, mais j’ai mes pauvres.

Seigneurgens.

Aumonier

(Virmaître, 1894) : Vol à l’aumône. Autrefois, cette expression désignait les dévaliseurs de bijoutiers. Le voleur marchandait des bijoux, un mendiant survenait et sollicitait une aumône. L’attention du bijoutier était détournée pendant qu’on lui dévalisait ses vitrines ; quand il s’apercevait du vol, les voleurs étaient loin (Argot des voleurs).

Aumônier

(Rigaud, 1881) : Variété de voleur à la détourne. Un gentleman est, chez un joaillier, en train de choisir dans un fort lot de bagues à brillants, lorsqu’une tête de mendiant apparaît à la porte. L’acheteur met la main à la poche et glisse au pauvre diable, avec deux ou trois sous, une ou deux magnifiques bagues de la collection. Le gentleman est un filou, le mendiant, un compère.

(La Rue, 1894) : Voleur à la détourne qui, chez le bijoutier où il s’est présenté comme acheteur, glisse un bijou dans la main d’un mendiant, son compère, qui vient demander l’aumône.

Aune

(d’Hautel, 1808) : Il sait ce qu’en vaut l’aune. C’est-à-dire ; il a acquis à ses propres dépens de l’expérience dans ces sortes d’affaires ; il sait à quoi s’en tenir là-dessus.
Il a toujours dix aunes de boyaux de vides au service de ses amis. Se dit par raillerie d’un gros mangeur, d’un homme qui fait un dieu de son ventre, et qui est toujours disposé à sec mettre à table.
Mesurer tout le monde à son aune. Juger tous les hommes d’après ses propres facultés.
Il ne faut pas mesurer tous les hommes à l’aune. Signifie que le courage et l’esprit ne gisent pas dans l’élévation de la taille ; que l’on rencontre souvent beaucoup de capacité dans les petits hommes.
Tout du long de l’aune. Façon de parier comique et adverbiale qui équivaut à, beaucoup, excessivement, sans aucun ménagement.

Auprès

(d’Hautel, 1808) : S’il n’en veut pas, qu’il se couche auprès. C’est-à-dire, qu’il aille se promener, qu’il aille au diable ; se dit de quelqu’un qui refuse ce qu’on lui présente, et pour affirmer qu’on n’est pas disposé à satisfaire ses caprices.

Aure (le grand)

(France, 1907) : Dieu ; argot des voleurs.

Auriol

(France, 1907) : Doré, couleur d’or. Patois méridional.

Aùs

(Rigaud, 1881) : « Chaque saison a ses articles défraîchis, et même démodés, ses aùs, dans la langue de magasin. »

(Commis et demoiselles de magasin, 1868.)

Aùs, dans le même jargon, signifie encore une personne qui ne sait pas au juste ce qu’elle veut acheter, un tatillon qui tourne, retourne la marchandise, fait tout étaler et s’en va comme il était venu ; la terreur des commis de magasin. Aujourd’hui, aùs n’est usité que dans ce dernier sens.

Auseignot

(Virmaître, 1894) : Auxiliaire. Détenu qui par faveur et moyennant une modique rétribution, remplit dans la prison les fonctions les plus grossières (Argot des voleurs).

Aussitôt

(d’Hautel, 1808) : Aussitôt pris, aussitôt pendu. Phrase proverbiale qui sort à exprimer une prompte expédition, ou l’emploi que l’on fait sur-le-champ d’une chose qui tombe sous la main.

Austo

(France, 1907) : Salle de police ; argot militaire. On dit aussi Ousto.

Aut vincere aut mori

(France, 1907) : Vaincre ou mourir. Locution latine.

Autan

(Larchey, 1865) : Grenier (Vidocq). — Vient du vieux mot hautain : élevé !, en bas latin altanus. V. Roquefort. — Un grenier occupe toujours le haut de la maison.

Autant

(d’Hautel, 1808) : Autant lui en pend à l’oreille, et plus communément au derrière. Pour, il peut d’un moment à l’autre lui en arriver tout autant.
S’applique à celui qui tourne en dérision un malheur arrivé à son semblable.
Il en a autant qu’il lui en faut. Manière ironique de dire qu’un homme est passablement gris.
Il consommeroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Proverbe usité en parlant d’un dissipateur, d’un prodigue, à la dépense duquel personne ne peut suffire.
Je fais autant de cas de lui que de la boue de mes souliers. Expression injurieuse qui dénote le mépris extrême que l’on fait de quelqu’un.
Il a autant de bien qu’il en pourroit tenir dans mon œil. Pour dire que quelqu’un ne possède ni rentes, ni patrimoine.
Autant comme autant. Pour pareillement, d’une manière égale, uniforme.
Autant vaut être mordu d’un chien que d’une chienne. Signifie que puisqu’un malheur est inévitable, peu importe d’où il vienne, il faut prendre bravement son parti.
Il aime tant à prendre, qu’il prendroit jusque sur l’autel. Se dit d’un homme rapace et envahisseur ; d’un escogriffe, d’un filou.

(Rigaud, 1881) : Mot très employé au régiment, et qui a plusieurs acceptions. Signifie : je me trompe, c’est-à-dire. Ex. :

Qu’a dit le pied de banc ? Il n’a rien dit… autant, il a dit comme ça que les hommes de corvée seraient de corvée.

Veut dire encore : à recommencer. — Ça ne va pas ce mouvement, autant. Se dit, aussi, très souvent, dans le sens de : tout comme moi, moi aussi.

Peux-tu m’avancer mon prêt, je n’ai pas le rond ? — Autant.

Autel

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, où nous venons, prêtres fervents, officier chaque jour, culotte bas et pine en main.

Et dévotement sur l’autel,
Je pose mes lèvres tremblantes :
De ma langue, en flammes ardentes,
S’élancent…

A. François.

À l’autel de la volupté
Soudain s’approche une inconnue
Du morpion silencieux.

B. De Maurice.

Si tous les autels de Vénus étaient aussi dégoûtants.

(Les Maris à la mode.)

(Delvau, 1867) : s. m. La table devant laquelle est assis le vénérable. Argot des francs-maçons.

Autel de besoin

(Rigaud, 1881) : Fille publique, — dans le jargon du peuple.

(Virmaître, 1894) : Femme ou fille. Allusion à l’hôtel qui s’ouvre pour ceux qui paient. Autel sur lequel l’homme sacrifie par nécessité. Se dit souvent dans le peuple d’une femme légitime (Argot des souteneurs).

(France, 1907) : Fille publique, pour autel à besogner.

La belle, en train de bien apprendre,
Serrait Lucas, qui, las de besogner,
Par un air abattu lui fit comprendre
Qu’on ne peut toujours enseigner.

(Vadé.)

Autel de plume

(Delvau, 1867) : s. m. Le lit, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis longtemps, comme le témoigne ce couplet d’une vieille chanson que nos grand’ mères chantaient, en s’accompagnant de l’épinette, sur l’air de Le démon malicieux et fin :

À Damon vous avez tout permis
Pour l’hymen qu’il vous avait promis ;
Mais, Iris, savez-vous la coutume ?
Avez-vous pu l’en croire a son serment ?
Ceux que l’on fait sur un autel de plume
Sont aussitôt emportés par le vent !

(France, 1907) : Le lit.

Avez-vous pu l’en croire à son serment !
Ceux que l’on fait sur un autel de plume
Sont aussitôt emportés par le vent.

(Vieilles chansons.)

Déjà, dans l’ardeur qui m’anime,
Je m’avançais vers cet autel sacré
Où l’amour seul peut rendre un culte légitime.

(Colardeau.)

Autel de plume (l’)

(Delvau, 1864) : Le lit, sur lequel l’homme et la femme officient avec une ferveur dont le Dieu — de Lampsaque — doit être content.

Avez-vous pu l’en croire à son serment ?
Ceux que l’on fait sûr un autel de plume
Sont aussitôt emportés par le vent.

Collé.

Auteur

(Larchey, 1865) : Père. — Abrév. d’auteur de mes jours.

Il est impossible de voir un auteur (père) plus chicocandard.

Th. Gautier.

(Delvau, 1867) : s. m. Père ou mère, — dans l’argot des faubouriens et des vaudevillistes.

Auteur à beurrière

(d’Hautel, 1808) : Mauvais auteur dont les ouvrages n’ont de débit que chez les fruitières et les épiciers.

Auteur beurrier

(Delvau, 1867) : s. m. Écrivain dont les productions ne se vendent pas en livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l’épicier, qui en enveloppent leurs produits.

(France, 1907) : Auteur malheureux dont les livres ne servent que chez l’épicier ou le marchand de beurre.

Automédon

(Delvau, 1867) : s. m. Cocher, — dans l’argot des académiciens et des vaudevillistes de l’école Scribe, qui se souviennent de l’écuyer d’Achille.

Autor

(Rossignol, 1901) : Autorité.

Autor (d’)

(Halbert, 1849) : D’autorité.

(Larchey, 1865) : D’autorité. — Abrév. — Un coup d’autor et d’achar est irrésistible. On joint d’ordinaire ces deux mots.

Et d’autor et d’achar
Enfoncé le jobard.

De Montépin.

Autor (jouer d’)

(France, 1907) : Apocope d’autorité. Faire quelque chose d’autor, agir délibérément et péremptoirement.

— Dis donc, fourline, la première fois que nous trouverons la Pégriotte, faut l’emmener d’autor.

(Eugène Sue.)

Être d’aplomb, d’autor, de taille
À ne jamais perdre bataillle
Dans la rue aussi bien qu’au pieu ;
Tous ces trucs, si tu te figures
Que ce sont là des sinécures,
Ah ! fichtre ! Ah ! foutre ! Ah ! nom de Dieu !

(Jean Richepin.)

Autor et Achar (d’)

(Hayard, 1907) : D’autorité, avec acharnement.

Autor et d’achar (d’)

(Delvau, 1867) : Apocope d’Autorité et d’Acharnement, qu’on emploie, — dans l’argot des faubouriens, — pour signifier : Vivement, sans répliquer, en grande hâte.

Autor et d’Achar (d’)

(Rigaud, 1881) : D’autorité et avec acharnement. Terme employé par les joueurs d’écarté, lorsqu’ils jouent sans aller aux cartes. Jouer d’autor et d’achar. — Faire de l’autor. Prendre des airs autoritaires.

Autor et d’achar (d’)

(France, 1907) : Achar est l’acopoque d’acharnement. Travailler d’autor et d’achar, se mettre énergiquement à l’œuvre.

Et d’autor et d’achar
Enfonce le jobard.

(Xavier de Montépin.)

Autor et d’achard (d’)

(Virmaître, 1894) : Abréviation d’autorité et d’acharnement. Lorsque deux joueurs font une partie d’écarté et que l’un demande des cartes à son adversaires, l’autre lui répond : Non, j’y vais d’autor et d’achard (Argot du peuple).

Autour

(d’Hautel, 1808) : Tourner autour du pot. User de détours, de subterfuges pour faire une chose, on pour en parler ; ne pas aller droit au fait.

Autre

(d’Hautel, 1808) : Comme dit ç’tautre. Cette manière de parler est toujours suivie d’une maxime sentencieuse, dont on ne nomme pas l’auteur. Car, comme dit ç’tautre : Quand on crache en l’air cela retombe sur le nez, etc.
À d’autres. Pour dire, on ne m’en fait pas accroire : cherchez vos dupes ailleurs.
Autre chose est de dire, et autre chose est.de le faire. C’est-à-dire qu’il est plus, facile de parler que d’agir.
Il en a fait bien d’autres. Pour dire que quelqu’un a fait des siennes ; qu’il a fait plus d’une fredaine dans sa vie.

Autre (être l’)

(La Rue, 1894) : Étre la dupe.

Autre (l’)

(Larchey, 1865) : Nom donné à Napoléon I par ses partisans. Sous Louis XVIII, il avait une valeur exceptionnelle ; il signifiait : l’Autre souverain.

M. de Saint-Robert était, du temps de l’Autre, officier supérieur dans un régiment de la vieille.

Couailhac.

(Rigaud, 1881) : Nom que, sous la Restauration, donnaient à Napoléon Ier les militaires restés fidèles à leur empereur, qu’ils appelaient aussi l’Ancien, c’est-à-dire l’autre souverain. — L’autre, cet autre, désigne une personne qu’on ne veut pas nommer ou citer :

Mais feignant de croire, comme dit l’autre, qu’il (le corps humain) est né de sa propre puissance.

(L. Veuillot.)

Pour un homme marié, l’autre c’est sa maîtresse, l’autre femme. Pour la femme mariée, c’est l’amant. — Être l’autre, être dupe.

Vous criez quand les garçons demandent de l’argent, vous dites qu’il dérangent la partie : avec tout ça, c’est moi qui suis l’autre.

(A. de Gaston.)

Autre côté (femme de l’)

(Larchey, 1865) : Les étudiants de Paris appellent ainsi les lorettes habitant la rive droite, c’est-à-dire l’autre côté de la Seine (pour le quartier latin).

C’est Annette. C’est une femme de l’autre côté.

Les étudiants, 1860.

Autre paire de manches (c’est une)

(Delvau, 1867) : C’est une autre affaire. Expression populaire usitée dès le milieu du XVIIIe siècle.

Autruche

(d’Hautel, 1808) : Un estomac d’autruche. Estomac complaisant qui digère avec promptitude et facilité toutes sortes d’alimens : tel est ordinairement celui des parasites et des épicuriens.

Autrui

(d’Hautel, 1808) : Prendre son cœur par autrui. Ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait.
Le mal d’autrui n’est que songe. Proverbe dont chaque jour les malheureux n’éprouvent que trop la réalité.

Auvergnat (avaler l’)

(Rigaud, 1881) : Communier.

Auvergnate

(Delvau, 1864) : Qui appartient au troisième sexe — puisqu’elle n’est pas homme et ne veut pas être femme.

Consommateurs des deux sexes, hommes et femmes, pas d’Auvergnats, tout au plus quelques Auvergnates très élégantes, fleurs du mal qui se respirent entre elles.

A. Delvau.

Auverpin

(Larchey, 1865) : Auvergnat. V. Charabia.

(Delvau, 1867) : s. m. Auvergnat, — dans l’argot des faubouriens, qui donnent ce nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.

(Virmaître, 1894) : Auvergnat. On dit aussi : Auverplum et Bougnat (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Auvergnat ; il y a un mot plus moderne qui est ploume.

(France, 1907) : Auvergnat ; argot populaire.

Et là seulement vous trouverez les bals-musette, les vrais, tenus par des Auverpins à la fois mastroquets et charbonniers, hantés par des Auverpins aussi, porteurs d’eau, commissionaires, frotteurs, cochers.

(Richepin, Le Pavé)

Auverpinches

(Rigaud, 1881) : Gros souliers comme en portent les Auvergnats.

(France, 1907) : Souliers grossiers dont se servent les Auvergnats.

Avachir (s’)

(d’Hautel, 1808) : Au propre, ce mot se dit des souliers qui deviennent trop larges ; le peuple s’en sert au figuré, et par extension, pour exprimer, qu’une femme devient trop grasse ; qu’elle acquiert un embonpoint ridicule.

Avalé le pépin (avoir)

(Delvau, 1867) : Être enceinte, — par allusion à la fameuse pomme dans laquelle on prétend que notre mère Ève a mordu.

(La Rue, 1894) : Être enceinte.

Avalé sa canne ou son sabre (avoir)

(France, 1907) : Être gourmé et raide comme le sont la plupart de nos voisins d’outre-Manche.

Enfin un troisième gentleman, Archibald Stiffy, absolument taciturne et si raide qu’on supposait que, par quelque manœuvre maladroite, il avait avalé sa canne. Malgré ses vingt ans, il affichait aussi, par un signe à sa boutonnière, le renoncement aux futiles passions et la sagesse de l’âge mûr, son amour de la tempérance et son enrôlement dans l’armée du ruban bleu, en même temps que son mutisme obstiné était sans doute destiné à rappeler aux bavards que le silence est d’or.

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur.)

Avale tout dru

(d’Hautel, 1808) : Glouton, goulu ; celui qui mange avec une extrême avidité.

Avalé une chaise percée (avoir)

(Delvau, 1867) : Se dit dans l’argot des faubouriens, — à propos de quiconque a l’haleine homicide.

(France, 1907) : Avoir une haleine forte.

Avale-tout

(Fustier, 1889) : Femme qui ne recule devant aucune extrémité.

Avale-tout-cru

(Rigaud, 1881) : Voleur qui exploite les bijoutiers. Il est myope, paraît-il, car il examine de si près les diamants non montés, qu’il lui arrive toujours d’en avaler un ou deux parmi les plus beaux. Mais il les rend… chez lui, avec ou sans le secours d’un purgatif, suivant qu’il est plus ou moins pressé.

(La Rue, 1894) : Voleur qui exploite les bijoutiers. Il avale les diamants.

(Virmaître, 1894) : Synonyme de Va de la gueule, Gueulard, Bouffe-tout et Ventre a tous grains. Ces expressions, dans le peuple, signifient : gros mangeur. Une certaine catégorie de voleurs se sont emparés de l’expression : Avale-tout-cru, pour désigner un genre de vol assez original. Le voleur se fait montrer par le bijoutier des diamants non montés, sur carte ; il paraît avoir la vue basse, il les regarde de près et d’un coup de langue habile il en avale quelques-uns (Argot des voleurs).

Avaler

(d’Hautel, 1808) : Avaler la pilule ; avaler le goujon ; avaler le morceau. Ces trois locutions ont le même sens, et signifient supporter avec patience et résignation les injures et les mauvais traitemens.
Faire avaler la pilule, ou le goujon à quelqu’un. Le duper ; surprendre sa bonne foi ; le contraindre à passer par où l’on désire.
Avaler signifie aussi vouloir tout faire ; tout envahir.
On diroit qu’il va tout avaler. Se dit par mépris, d’un homme qui fait le grand travailleur.
Il ne fait que tordre et avaler. Pour il est très-expéditif à table ; il mange en goinfre, en glouton.
Avaler du vin dans la cave. Expression dont se servent les tonneliers pour dire descendre du vin dans une cave.

Avaler (avoir l’air de tout vouloir)

(France, 1907) : Prendre une mine menaçante.

Avaler des couleuvres

(Delvau, 1867) : v. a. Éprouver des déceptions ; essuyer des mortifications. Argot du peuple.

(France, 1907) : Avoir du chagrin sans oser se plaindre, être gêné, contraint et embarrassé. Souffrir patiemment les injures sans répliquer.

Avaler la douleur

(Rigaud, 1881) : Boire un petit verre d’eau de vie.

Allons, dégourdi, avale la douleur !

(A. de Liancourt, le Rideau levé sur les mystères de Paris, 1814.)

Avaler la pilule

(Delvau, 1864) : Avaler le sperme qui s’échappe du membre de l’homme que l’on suce.

Avaler le disque

(Rossignol, 1901) : Communier.

Avaler le goujon

(Rigaud, 1881) : Mourir ; expression populaire, plus usitée au commencement du siècle que de nos jours.

Mais si j’tenions sur mon bord
Monsieur Pitt, par la ventredienne !
Oui j’li frais faire un plongeon,
Oui j’li frais avaler le goujon.

(Pus, Chans., 1806.)

Avaler le goujon, sa cuiller, sa fourchette, sa langue, sa gaffe

(La Rue, 1894) : Mourir.

Avaler le luron

(Delvau, 1867) : v. a. Communier, — dans l’argot des voleurs, qui appellent la sainte hostie le luron, sans doute après l’avoir appelée le Rond.

(Virmaître, 1894) : Communier. On dit aussi : avaler l’Auvergnat, parce que sans doute, comme lui, Dieu n’est ni homme ni femme (Argot des voleurs).

(France, 1907) : Communier ; argot des voleurs. Le luron, c’est le bon Dieu. Dans l’argot populaire, on dit : Avaler l’Auvergnat.

Avaler le pepin

(Virmaître, 1894) : Être enceinte.
— Elle en a une de bedaine la frangine. Qu’a-t-elle donc mangé ?
— Elle a avalé le pépin (Argot du peuple).

Avaler le pépin

(France, 1907) : Argot populaire, être enceinte : La nièce du curé a avalé le pépin, allusion à la pomme d’Ève.

Avaler le poisson sans sauce

(Delvau, 1864) : Être baisée par un homme qui ne décharge point, ou que l’on empêche de décharger.

Ah ! combien l’apparence est fausse !
Au chaponneau point de cresson,
Et mon amphitryon sans sauce,
Me fit avaler le poisson.

Marcillac.

Avaler les enfants des autres

(Delvau, 1864) : Gamahucher (V. ce mot) une femme qui vient d’être baisée par un autre homme et qui n’a pas eu le temps de se laver.

Au lavabo, tout de suite ! je ne tiens pas à avaler les enfants des autres.

J. Le Vallois.

Avaler sa chique

(Virmaître, 1894) : Mourir. Allusion au chiqueur qui s’étoufferait en avalant son pruneau (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Mourir, se taire, s’abstenir.

(Hayard, 1907) : Mourir.

Avaler sa cuiller

(Delvau, 1867) : v. a. Mourir, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Avaler sa fourchette, avaler sa gaffe et avaler sa langue.

(Virmaître, 1894) : Mourir. Être moins heureux que le commis des Magasins du Printemps ; il est vrai qu’il n’avait avalé qu’une fourchette (Argot du peuple).

Avaler sa cuillère

(France, 1907) : sa fourchette, sa gaffe, sa langue, ses baguettes, se disent pour mourir. On dit aussi : Casser sa pipe, son vélocipède, claquer, dévisser son billard, descendre la garde, passer l’arme à gauche, etc.

Avaler sa gaffe

(Rigaud, 1881) : Mourir, dans le jargon des marins.

D’un jour à l’autre on peut avaler sa gaffe.

(E. Sue. Atar-Gull, 1832.)

Avaler son absinthe

(Rigaud, 1881) : Faire contre mauvaise fortune bon visage, endurer avec résignation quelque désagrément.

(France, 1907) : Faire contre fortune bon cœur.

Avaler son poussin

(Delvau, 1867) : v. a. Recevoir une réprimande, être congédié. Argot des peintres en bâtiment.

(Rigaud, 1881) : Être renvoyé, — dans le jargon des peintres en bâtiments.

(France, 1907) : Être renvoyé, recevoir son sac ; argot populaire.

Avaler un crapaud

(France, 1907) : Subir quelque chose de très pénible, de très répugnant.

Pour pouvoir supporter sans dégoût les sottises que l’on dit et que l’on fait chaque jour, il faut avaler un crapaud le matin.

(Chamfort.)

On dit dans le même sens : avaler des couleuvres.

Avaleur

(d’Hautel, 1808) : Terme injurieux. On appelle ainsi celui qui prend plus d’ouvrage qu’il ne peut en faire ; qui montre une ardeur, un intérêt démesurés.
Avaleur de charrettes ferrées. Nom qu’on donne par raillerie, à un bretteur, et généralement, à ces sortes de gens qui font les redoutables et qui menacent continuellement de l’épée ceux qu’ils savent n’être pas habiles à manier cette arme.
Avaleur de pois gris. Parasite écornifleur de dîner ; pique-assiette.

Avaleur de cuivre

(Merlin, 1888) : Musicien qui joue du trombone à coulisse.

Avaloir

(d’Hautel, 1808) : Pour gorge, gosier ; ce que le peuple appelle-, plus plaisamment encore, Vallée d’Angoulême, Vallée de Josaphat.

(Larchey, 1865) : Gosier (Vidocq). — Inutile d’insister sur l’origine du mot. On voit que le gosier est ici dans l’exercice de ses fonctions.

(Delvau, 1867) : s. m., ou Avaloire, s. f. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens, dont les pères ont chanté :

Lorsque la cruelle Atropos
Aura tranché mon avaloire,
Qu’on dise une chanson à boire !

(La Rue, 1894) : Gosier.

(Virmaître, 1894) : La gorge. Elle avale tout en effet (Argot du peuple). V. Dalle.

(Rossignol, 1901) : La gorge.

(France, 1907) : Le gosier.

Avaloir, Avaloire

(Rigaud, 1881) : Gosier, — Quel avaloir ! Quel mangeur intrépide !

Avancer

(d’Hautel, 1808) : Il ressemble au cogne-fétu, il se tue et n’avance à rien. Se dit d’un homme qui semble suer sang et eau en travaillant, et qui n’est cependant rien moins qu’habile à l’ouvrage.

Avances

(Delvau, 1864) : Privautés que laisse prendre à un homme, et que parfois même prend, avec lui, la femme à qui le cul démange.

J’ai un caprice, il ne sait le deviner ; je le lui explique aux trois quarts ; il ne comprend rien, et mon butor me quitte après mes avances humiliantes.

A. de Nerciat.

Un monsieur qu’était dans l’aisance,
Désirant lui faire quelqu’avance,
S’approch’ d’elle une bourse en main.

Perchelot.

Avant

(d’Hautel, 1808) : Avant que cela arrive, il passera bien de l’eau sous les ponts. Signifie qu’une chose sur laquelle on fait fonds est douteuse et fort éloignée.
En avant. Terme militaire, dont le peuple se sert fréquemment, et d’une manière impérative.

Avant courrier

(La Rue, 1894) : Mèche anglaise à percer.

Avant hier

(d’Hautel, 1808) : L’usage n’a point encore établi de règle fixe pour la prononciation de ce mot : les uns font sonner le t, et prononcent avan tière ; les autres ne le font point sonner et prononcent avan hier ; et les personnes sans éducation, disent d’après le vulgaire, avanzière ; ce qui est un véritable barbarisme.

Avant-courrier

(Halbert, 1849) : Mèche anglaise à percer.

(Delvau, 1867) : s. m. Mèche anglaise à percer. Argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Mèche en acier dont se servent les voleurs pour percer les devantures des boutiques de bijoutiers (Argot des voleurs). V. Vrilleurs.

(France, 1907) : Mèche à percer, tarière ; argot des voleurs.

Avant-postes

(Rigaud, 1881) : Seins.

Il y en eut un qui, tenté par ses maîtres avant-postes de chair-vive, voulut prendre des libertés avec elle.

(J. Barbey d’Aurévilly, Les Diaboliques, 1874.)

Avant-postes, avant-scènes

(La Rue, 1894) : Seins développés.

Avant-scène

(Delvau, 1864) : La gorge des femmes, parce qu’elle avance plus que le reste du corps en dehors de la perpendiculaire, et que c’est la première chose que l’on remarque.

Ce ne sont pas les avant-scène qui lui manquent, mâtin !

Barthet.

(Virmaître, 1894) : Les seins. Ils avancent, en effet, quand… il y en a. (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Avant-scènes

(Delvau, 1867) : s. f. pl. La poitrine, lorsqu’elle fait un peu saillie en avant du buste, — dans l’argot des petites dames. Balzac a dit Avant-cœur.

(Rigaud, 1881) : Seins qui tournent au majestueux.

(Rossignol, 1901) : On dit d’une femme favorisée par la nature au point de vue poitrine :

Elle a une paire d’avant-scènes à la mode.

(France, 1907) : La poitrine d’une femme, lorsqu’elle est suffisamment développée. « Avoir des avant-scènes », ce que la reine Marie-Antoinette appelait « être tétonnière ». On dit aussi Avant-postes.

Le directeur d’un théâtre des boulevards reçoit l’autre jour, de Mme Hortense B…, connue pour l’opulence de ses charmes, le billet suivant :
« Cher ami
Pouvez-vous mettre ce soir à ma disposition vos deux avant-scènes ? »
Le directeur répondit tout de suite :
« Oui, à charge de revanche. »

Avant-scènes (les)

(Hayard, 1907) : Les seins.

Avantage

(Virmaître, 1894) : Les seins. Avantage, oui, quand il fait froid, mais pendant les grandes chaleurs ? (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Avantages

(Delvau, 1864) : Gorge plantureuse, poitrine à la mode de Caen.

C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset.

Auguste Villemot.

(Delvau, 1867) : s. m. pl. La gorge des femmes, — dans l’argot des bourgeois.

Avantages, avant-cœur, avant-scènes

(Larchey, 1865) : Seins.

N’étouffons-nous pas un petit brin ? lui dit-il en mettant la main sur le haut du busc ; les avant-cœur sont bien pressés, maman.

Balzac.

C’est trop petit ici : la société y sera comme les avantages de madame dans son corset.

Villemot.

Avaro

(Boutmy, 1883) : s. m. Avanie, et aussi accident. Nous orthographions ce mot à tout hasard. Quelle en est l’origine ? Nous l’ignorons. Peut-être vient-il d’avarie.

(Hayard, 1907) : Accident.

(France, 1907) : Dommage ; de avarie.

Ave

(d’Hautel, 1808) : Il ne sait ni pater ni ave. Pour il est d’une grossière ignorance.

(Rossignol, 1901) : Imbécile.

Avec (l’)

(Delvau, 1864) : La nature de la femme, avec laquelle (cum, con) l’homme jouit quand il a répudié la veuve Poignet.

Allons, cher ange, montre-moi ton avec, je te montrerai le mien et nous les marierons ensemble.

A. François.

Aveindre

(Delvau, 1867) : v. a. Aller prendre un objet placé sur un meuble quelconque, mais un peu élevé, — dans l’argot du peuple qui a parfois l’honneur de parler comme Montaigne.
Je sais bien que Montaigne se souciait peu d’écrire correctement ; en tout cas, il avait raison, et le peuple aussi, d’employer ce verbe — que ne peut pas du tout remplacer atteindre, — car il vient bel et bien d’advenire.

(France, 1907) : Attraper, atteindre ; du latin advenire. Argot populaire.

Avène

(Delvau, 1867) : s. f. Avoine, — dans l’argot des faubouriens, qui s’obstinent à parler plus correctement le français que les gens du bel air : Avène ne vient-il pas d’avena.

(France, 1907) : Avoine ; du latin avena.

Aventures (avoir eu des)

(Delvau, 1864) : Avoir eu des amants si l’on est femme, ou des maîtresses si l’on est homme.

Cette femme avait eu déjà bien des aventures.

Champfleury.

Il vint, et les tendres ébats
Agitant draps et couvertures,
Le psautier descendant plus bas,
Se trouve au fort de l’aventure.

Piron.

Aventurière

(Delvau, 1864) : Gil-Blas femelle, fille ou femme qui a eu une foultritude d’aventures amoureuses — ou plutôt galantes.

Avergot

(Clémens, 1840) : Œuf.

(M.D., 1844) : Un œuf.

(Delvau, 1867) : s. m. Œuf, — dans l’argot des voleurs.

(La Rue, 1894) : Œuf.

(France, 1907) : Œuf ; argot des voleurs.

Avergots

(anon., 1827) : Œufs.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Œufs. Il morfile les avergots, il gobe les œufs.

(Bras-de-Fer, 1829) : Œufs.

(Halbert, 1849) : Œufs.

Avertineux

(Delvau, 1867) : adj. m. Homme difficile à vivre, d’un caractère ombrageux à l’excès, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’avertineux vient d’avertin, et qu’avertin vient d’avertere (a indiquant éloignement et vertere, tourner), « mal qui détourne l’esprit ».

(France, 1907) : Soupçonneux, irritable ; argot du peuple.

Avespérir

(France, 1907) : Faire nuit ; du latin vesper.

Avesprir

(Delvau, 1867) : v. n. Faire nuit, — dans le même argot [du peuple], où l’on retrouve une multitude de vieilles formules pittoresques et étymologiques. Avesprir ! Vous voyez aussitôt se lever à l’horizon l’Étoile de Vénus, — Vesper est venu !

Avette

(France, 1907) : Abeille.
Dans le Morvan, la veille de la Chandeleur, on orne les ruches de rubans, en chantant :

Avette, éveille-toi
Travaille pour Dieu et pour moi !

Aveugle

(d’Hautel, 1808) : Changer son cheval borgne contre un aveugle. Échanger une chose défectueuse contre une autre plus défectueuse encore ; faire un sot marché.
Il crie comme un aveugle qui a perdu son bâton. Se dit d’un criard, d’un homme violent et emporté qui jette feu et flamme pour la moindre chose. Il seroit, sans doute, mieux de dire : Il est embarrassé comme un aveugle qui, etc., mais l’usage a sanctifié la première locution.
Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. Signifie que parmi les gens ignares et incapables, ceux qui le sont moins, passent pour des génies ; ou que ceux qui ont quelques défauts physiques, ne laissent pas de briller dans les lieux où se trouvent des personnes qui en ont de plus remarquables.
Pour faire un bon ménage, il faut que l’homme soit sourd et la femme aveugle. C’est-à-dire qu’il faut que la femme ferme les yeux sur les défauts de son mari : et le mari les oreilles aux criailleries de sa femme.
Un aveugle y mordroit. Pour dire qu’une chose est facile à apercevoir.

Aviander

(d’Hautel, 1808) : Ce verbe signifioit clans le vieux langage se repaître, se gorger de viande. Le peuple s’en sert encore aujourd’hui dans le même sens ; à l’exception cependant qu’il prononce Enviander ; comme il dit aussi s’Enviner, au lieu de s’Aviner, faire débauche de vin.

Avitaillé

(Delvau, 1864) : Mot grossier hors d’usage signifiant un homme pourvu de membre viril.

Duvigny était bien avitaillé et grand abasteur de bois.

Tallemant des Réaux.

Avocasser

(d’Hautel, 1808) : Ramper dans la profession d’avocat. Ne paroître que dans les affaires médiocres.

Avocat

(d’Hautel, 1808) : Avocat sans cause ; Avocat de causes perdues. Mauvais avocat sans renommée et sans clientelle.

Avocat bêcheur

(Halbert, 1849) : Procureur de la République.

(Delvau, 1867) : s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.
C’est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.

(Rossignol, 1901) : Avocat général, ministère public.

Mais vient le jour de monter sur la planche
Où le bêcheur commence à Jaspiner.
Avec sa tronche et son poing sur la hanche,
Dirait-on point qu’il va vous béquiller ?

(France, 1907) : Procureur de la République ; argot des voleurs. Homme médisant ; argot des ouvriers.

Avoine

(d’Hautel, 1808) : Manger son avoine. Se dit vulgairement, pour manger ; prendre ses repas.

(Delvau, 1867) : s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour l’exciter. Argot des charretiers.

(Rigaud, 1881) : Eau-de-vie, — dans le jargon des troupiers. C’est la ration d’eau-de-vie qu’on distribue aux soldats en campagne.

(Hayard, 1907) : Coup.

(France, 1907) : Eau-de-vie, dans l’argot militaire ; coup de fouet, dans celui des cochers.

Avoine (donner de l’)

(Fustier, 1889) : Battre, rouer de coups. De la langue des charretiers, l’expression est passée dans celle des souteneurs et des gens sans aveu.

Alphonse ne recule pas à lui donner de l’avoine (à sa maîtresse), c’est-à-dire à lui administrer une volée.

(Voltaire, 1882).

Avoine de curé

(Rossignol, 1901) : Du poivre.

(France, 1907) : Poivre, appelé ainsi à cause de ses propriétés stimulantes, aphrodisiaques.

D’attaque et d’aplomb, il était, malgré la cinquantaine voisine, vigoureux et vert-galant et toujours prêt à faire bonne chère aux dames, sans avoir besoin d’avoine de curé.

(Hector France.)

Avoiner

(France, 1907) : Repaître, régaler. Avoiner les chevaux. On dit d’un homme qui prend un bon repas : il s’avoine bien. Exciter, donner du courage au moyen d’une récompense. Avoiner un commissionnaire, un témoin.

Avoir

(Delvau, 1864) : Avoir eu, foutre ou avoir foutu avec une femme ou une fille que l’on désirait.

Eh bien ! ma mie, tu vois comme je t’aime, je laisse ma prébende pour t’avoir.

(Moyen de parvenir.)

Fais donc que j’aie cette fille, et je te rendrai riche.

P. De Larivet.

(La Rue, 1894) : Arrêter, capturer.

(Hayard, 1907) : (verbe) je l’aurai, tromper.

Avoir à la bonne

(Clémens, 1840) : Aimer.

(M.D., 1844) : Aimer.

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir de l’amitié ou de l’amour pour quelqu’un. Argot du peuple.

Avoir à la bonne, avoir dans le sang

(La Rue, 1894) : Aimer.

Avoir à sa bonne

(Delvau, 1864) : Avoir de l’amour pour…

Surtout, p’tit cochon,
N’ fais pas l’ paillasson :
Je sais qu’ t’as Clarisse à la bonne ;
Mais dis-lui d’ ma part
Qu’ell’ craign’ le pétard…

A. Dumoulin.

Avoir celui

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir l’honneur de…, — dans l’argot des bourgeois.

Avoir commerce

(Delvau, 1864) : Faire l’acte vénérien.

Jean, tu m’accusais l’autre jour
D’avoir dit à certaine dame
Qu’Anne, avant que d’être ta femme,
Avait eu commerce d’amour.

La Monnoye.

A-t-elle eu commerce avec le chevalier de Lorraine ? qu’on la brûle.

(La France galante.)

Avoir dans l’nez

(Rossignol, 1901) : Détester quelqu’un.

Je l’ai tellement dans l’nez, que je ne peux plus le supporter.

Avoir dans le naze

(Clémens, 1840) : Détester.

Avoir dans le nez

(M.D., 1844) : Détesté.

(Larchey, 1865) : Détester quelqu’un. — Mot à mot : être infecté par ses actes, par ses manières. — C’est ainsi qu’on appelle puant un homme qu’on ne peut supporter. V. Macaron.

(Delvau, 1867) : v. a. Ne pas pouvoir sentir quelqu’un ou quelque chose.

Avoir dans le ventre

(Delvau, 1867) : Être capable de…, — dans l’argot des gens de lettres.

Avoir de beaux cheveux

(Delvau, 1867) : v. a. Se dit ironiquement de quelqu’un qui est mal mis, ou de quelque chose qui est mal fait. Argot des bourgeois.

Avoir de ce qui sonne

(Delvau, 1867) : Être riche, — dans l’argot du peuple. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.

Avoir de l’agrément

(Delvau, 1864) : Jouir avec une femme, soit en la baisant, soit en se faisant branler par elle.

Tu vas avoir de l’agrément, mon chéri, je t’en réponds.

Lemercier de Neuville.

Avoir de l’anis dans une écope

(Delvau, 1867) : Façon de parler ironique, du même argot [des faubouriens], où on l’emploie pour répondre à une demande indiscrète ou à un désir impossible à satisfaire. T’auras d’l’anis dans une écope équivaut à Du vent !

Avoir de la chance au bâtonnet

(Delvau, 1867) : v. a. N’être pas heureux en affaires ou en amour. Ironiq. — Argot des faubouriens. On dit aussi Pas de chance au bâtonnet !

Avoir des as dans son jeu

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir du bonheur, de la chance dans ses entreprises. Argot du peuple. N’avoir plus d’as dans son jeu. Avoir tout perdu, famille, affection, fortune, en être réduit à mourir.

Avoir des bontés

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour accorder ses faveurs à un homme.

Tu as eu des bontés pour lui, ça prouve ton bon cœur.

Voisenon.

Une femme sensible se décide difficilement à laisser pendre un homme pour qui elle a eu des bontés.

Pigault-Lebrun.

Ayez des bontés pour moi, et mademoiselle Hortense est mariée.

H. De Balzac.

Avoir des mots avec quelqu’un

(Delvau, 1867) : v. a. Se fâcher avec lui. Avoir des mots avec la Justice. Être traduit en police correctionnelle.

Avoir des planches

(France, 1907) : Être à son aise devant le public, avoir l’habitude de la scène ; argot des coulisses.

Avoir des sens

(Delvau, 1864) : Être ardent en amour ; jouir sous l’homme quand on est femme, jouir avec la femme lorsqu’on est homme.

Et d’ailleurs, Marotte a des sens
Récompensants
Les insolents
Qui montrent des talents.

Collé.

Avoir deux médailles de sauvetage

(Rossignol, 1901) : Une femme qui a peu de poitrine a des médailles de sauvetage en place de seins.

Avoir deux œufs sur le plat

(Virmaître, 1894) : On emploie cette expression pour une femme qui a des seins à l’état de soupçon. Ce à quoi elle répond : J’en ai assez pour un honnête homme (Argot du peuple). N.

Avoir du beurre sur la tête

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou moins graves, — dans l’argot des voleurs, qui ont certainement entendu citer le proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil : il fond et tache. »

Avoir du chien

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme qui a des grâces provoquantes, qui ne baise pas comme la première venue.

Il faut être sincère, même avec des drôlesses de cette espèce : Julia a du chien, beaucoup de chien.

Lynol.

Avoir du chien dans le ventre

(Delvau, 1867) : v. a. Être hardi, entreprenant, téméraire, fou même, comme un chien enragé. Argot du peuple.

Avoir du fil à retordre

(Rossignol, 1901) : Pour mener à bonne fin une affaire difficile, il y a du fil à retordre.

D’une mauvaise femme, pour en faire une bonne, il y a du fil à retordre.

Avoir du mal

(Delvau, 1864) : Baiser beaucoup, — dans l’argot des filles de bordel.

Ce qu’ nous avons d’ bon ici, c’est d’êt’ ben nourries. Si on a du mal, on n’ meurt pas d’ faim, comme dans des maisons où j’ai été.

Henry Monnier.

Avoir du pain sur la planche

(Delvau, 1867) : Avoir des économies ou des rentes. Argot des bourgeois.

(Virmaître, 1894) : Être riche et ne pas avoir à s’occuper du lendemain. Être condamné à un certain nombre d’années de prison (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Être riche, ou condamné à plusieurs années de prison.

Avoir du sable dans les yeux

(Delvau, 1867) : Avoir envie de dormir. On dit aussi : Le marchand de sable a passé.

Avoir du truc

(Larchey, 1865) : Avoir un caractère ingénieux.

Avoir encore (l’)

(Delvau, 1864) : Sous-entendu : Son pucelage.

Ça me rappellera… le temps où je l’avais encore.

Lemercier de Neuville.

(Rigaud, 1881) : Avoir ce qu’une jeune fille doit perdre seulement le jour de son mariage.

(France, 1907) : Avoir ce qu’une fille ne peut donner qu’une fois ; posséder une vigne où nul vendangeur n’est venu.

Avoir eu froid

(M.D., 1844) : Ne pas avoir eu le courage d’achever un crime.

Avoir eu quelque chose avec une femme

(Delvau, 1864) : Avoir couché avec elle, une ou plusieurs fois ; avoir été son amant.

Tu me feras peut-être accroire que tu n’as rien eu avec Henriette ?

Gavarny.

Avoir l’eau à la bouche

(Delvau, 1864) : Avoir appétit de femme lorsqu’on est un homme, ou d’homme lorsqu’on est femme, soit en voyant baiser les autres, soit en lisant des livres de fouterie.

Avoir l’estomac dans les mollets

(Delvau, 1867) : Avoir très grand faim. Argot du peuple. On dit aussi Avoir l’estomac dans les talons.

Avoir l’étrenne

(Delvau, 1867) : Être le premier à faire ou à recevoir une chose.

(Virmaître, 1894) : S’offrir une chose neuve.

Elle me dit : Mon vieux,
Pâme-toi si tu veux,
Tu n’en auras pas l’étrenne.

Faire étrenner un camarade : lui flanquer une bonne volée (Argot du peuple). N.

(Rossignol, 1901) : Être le premier à profiter d’une chose.

Avoir l’œil

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Ne rien payer.

Avoir l’oreille de la cour

(Delvau, 1867) : Être écouté avec une faveur marquée par les juges. Argot des avocats.

Avoir la compagnie d’homme

(Delvau, 1864) : Faire l’amour avec un homme.

À moins enfin qu’elle n’ait à souhait
Compagnie d’homme.

La Fontaine.

Avoir la courte haleine

(Delvau, 1864) : Être petit baiseur, se contenter de tirer un coup ou deux et dormir après.

Vous avez la courte haleine ;
Parler d’amour une fois,
C’est me donner la migraine.

Collé.

Avoir la cuisse gaie

(Fustier, 1889) : Être de mœurs faciles.

Très gentille avec son petit nez en l’air ; je parie qu’elle a la cuisse gaie, nein !

(Vie Parisienne, 1er octobre 1881.)

Avoir la dent

(Rossignol, 1901) : Avoir faim.

Avoir la gueule de bois

(Virmaître, 1894) : S’être pochardé la veille. L’ivrogne boit de l’eau le lendemain pour éteindre le feu qui lui dessèche la gorge. Mot à mot : Il a la gueule sèche (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : S’être pochardé la veille et avoir soif ; bouche sèche.

Avoir la main occupée

(Delvau, 1864) : Se branler d’une main en lisant de l’autre un roman libertin ; ou pincer le cul à sa voisine en trinquant avec son voisin.

Souvent entre deux draps
Rêvant à ses appas,
Et d’une voix entrecoupée,
Je me dis, la main occupée,
Ah ! comme on tirait
Chez ell’ du vin clairet !

E. De Pradel.

Avoir la moelle

(Rossignol, 1901) : Force musculaire.

Avoir la peau trop courte

(Delvau, 1867) : v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus, — dans l’argot du peuple, qui croit que le corps humain n’a pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l’hiatus de la bouche se ferme, l’hiatus opposé doit s’ouvrir, d’où l’action de crepitare.

Avoir la queue verte

(Delvau, 1864) : Être frais et dispos pour le combat amoureux, être vaillant au lit.

Avoir la vache et le veau

(Delvau, 1864) : Épouser une fille enceinte des œuvres d’un autre.

Avoir laissé le pot de chambre dans la commode

(Delvau, 1867) : Avoir l’haleine homicide. Argot des voyous.

Avoir le béguin

(M.D., 1844) : Être malade d’amour.

Avoir le bras long

(Delvau, 1867) : Être en position de rendre des services importants, de protéger des inférieurs et même des égaux.

Avoir le casque

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir un caprice pour un homme, — dans l’argot des filles.

Avoir le compas dans l’œil

(Delvau, 1867) : v. a. Voir juste ; calculer exactement ; apprécier sainement.

Avoir le fil

(Virmaître, 1894) : Un couteau qui coupe bien a le fil. Un individu malin, rusé, possède le fil.
— Y a pas moyen de lui mettre à ce gonce là, il a le fil.
Avoir le fil,
être au courant de toutes choses et être constamment en éveil (Argot du peuple). N.

Avoir le front dans le cou

(Delvau, 1867) : Être chauve comme l’Occasion, — dans l’argot des faubouriens.

Avoir le nez sale

(Virmaître, 1894) : Avoir trop bu. Quand au lendemain du lundi un ouvrier dort sur son travail, les amis lui disent : Tu t’es sali le nez hein ! (Argot du peuple).

Avoir le pouce rond

(Delvau, 1867) : v. a. Être adroit, — dans l’argot du peuple, qui a constaté depuis longtemps l’adresse avec laquelle les voleurs mettent le pouce sur la pièce d’argent qu’ils veulent voler.

Avoir le sac

(Rossignol, 1901) : Être riche, avoir beaucoup d’argent.

Avoir le sacré chien

(Larchey, 1865) : Avoir le génie, l’esprit de son art. — Équivoque sur le mot précédent. — V. Chien.

Avoir le ventre en accordéon

(Virmaître, 1894) : Femme déformée qui a eu des masses d’enfants. Allusion au plissage du ventre (Argot du peuple).

Avoir le ventre en persienne

(Virmaître, 1894) : Voir ci-dessus.

Avoir le ventre plein

(Delvau, 1864) : Être enceinte.

Je crois, ma chère, que j’ai le ventre plein : cet imbécile d’Hippolyte n’aura pas mouché la chandelle.

E. Jullien.

Avoir les côtes en long

(Delvau, 1867) : Être paresseux. On dit aussi Avoir les côtes en long comme les loups, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c’est la grande excuse des paresseux.

Avoir les pieds dans l’dos

(Rossignol, 1901) : Être recherché par la police.

Avoir les talons courts

(Delvau, 1864) : Se laisser volontiers renverser sur le dos par un homme ; bander facilement pour les porte-queue.

Elle a les talons si courts, qu’il ne faut la pousser guère fort pour la faire cheoir.

(Les Caquets de l’accouchée.)

Avoir mal au bréchet

(Delvau, 1867) : v. n. Souffrir de l’estomac. Argot du peuple.

Avoir mal aux cheveux

(Larchey, 1865) : Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.

(Delvau, 1867) : v. n. Avoir mal à la tête, par suite d’excès bachiques. Argot des faubouriens.

Avoir mal aux cuisses

(Delvau, 1864) : Façon chaste de dire qu’on a beaucoup besogné avec sa voisine, ou avec toute autre femme, car c’est surtout à cet endroit du corps que se fait sentir la fatigue vénérienne. — On dit aussi, dans le même sens : avoir les cuisses coupées, ou encore, avoir les jambes brisées.

Avoir mangé de l’oseille

(Delvau, 1867) : Être d’un abord désagréable, rébarbatif ; avoir la parole aigre, être grincheux. Argot du peuple.

Avoir mangé des pois pas cuits

(Virmaître, 1894) : V. Avaler le pépin.

Avoir mangé du singe

(Rossignol, 1901) : Se dit de celui qui est de mauvaise humeur et qui ne tient pas en place.

Avoir mangé la soupe à la qué-quéte

(Virmaître, 1894) : V. Avaler le pépin.

Avoir mangé ses pieds

(Delvau, 1867) : Puer de la bouche, — dans l’argot des faubouriens.

(Virmaître, 1894) : Puer de la bouche (Argot du peuple).

Avoir mare

(France, 1907) : Être fatigué de quelqu’un ou d’une chose, en avoir des nausées ; argot des escarpes.

J’en ai mare de ce mec-là, tu sais, Coque ! Veille à ce qu’y ne me pue pas trop au nez à force d’entendre tes chansons !

(Charles-Henry Hirsch.)

Avoir organe

(M.D., 1844) : Avoir faim.

Avoir pas inventé le fil à couper le beurre (n’)

(Delvau, 1867) : Être simple d’esprit, et même niais. On dit aussi N’avoir pas inventé la poudre.

Avoir pas sa langue dans sa poche (n’)

(Delvau, 1867) : Être prompt à la riposte ; savoir parler. Argot du peuple.

Avoir perdu sa clé

(Virmaître, 1894) : Être atteint d’une foire à tout inonder et ne pouvoir se retenir. On comprend qu’il s’agit d’une clé que le serrurier ne peut remplacer (Argot du peuple).

Avoir perdu sa fleur

(Delvau, 1864) : Se dit d’une jeune fille qui a eu un fruit.

Avoir quelqu’un

(Delvau, 1864) : Avoir un entreteneur, un miché, quand on est fille ; avoir une maîtresse, être la maquereau d’une fille, quand on est homme — sans préjugés.

J’ai pas d’amant… veux-tu me l’êt’ ?… — Non. — Tas quéqu’un ?… — Oui ?… — N’en parlons plus.

Henry Monnier.

Voilà ce qu’une femme qui se sent poursuivie devrait se dire à elle-même, à tous les moments du jour : Un tel me suit, il me cherche, je le trouve partout ; donc il veut m’avoir et me mettre sur sa liste.

La Popelinière.

Une duchesse à l’œil noir
L’an passé voulut m’avoir.

Béranger.

Avoir quelqu’un à la bonne

(Virmaître, 1894) : Être très camarade, ne jamais se quitter, vivre comme deux frères (Argot du peuple).

Avoir quelqu’un dans l’sang

(Rossignol, 1901) : Est l’aimer passionnément.

Avoir quelqu’un dans le sang

(Virmaître, 1894) : Aimer violemment (Argot des filles).

Avoir quelqu’un quelque part

(Rigaud, 1881) : Mépriser quelqu’un profondément, se moquer complètement des observations de quelqu’un. Les variantes sont : Avoir quelqu’un dans le derrière, avoir quelqu’un dans le cul.

Avoir quelque chose avec une femme ou avec un homme

(Delvau, 1864) : Être son amant ou sa maîtresse ; ou s’être donné rendez-vous pour coucher ensemble.

Avoir quelque part

(Larchey, 1865) : Être ennuyé au suprême degré. Synonyme d’en avoir plein le dos. Seulement cela se prolonge un peu plus bas.

Pour ce qui est de la rousse et du guet
Je les ai queuqu’part.

Cabassol.

Avoir rôti le balai

(Delvau, 1864) : Avoir eu de nombreux amants, savoir ce que la pine en vaut l’aune, avoir fait une vie de chienne, — par allusion aux sorcières qui chevauchaient le balai pour aller au sabbat et qui le rôtissaient à la chaleur de leur cul.

C’est une fille qui a rôti le balai.

Lemercier.

Avoir sa claque (en)

(Delvau, 1867) : Avoir assez bu ou assez mangé, c’est-à-dire trop mangé ou trop bu. Argot des faubouriens.

Avoir sa cocarde

(Larchey, 1865) : Être ivre, avoir le visage teinté par un excès de boisson.

Vieux ! Avec sept cent mille francs on a bien des cocardes.

Balzac.

J’y voyais en dedans, Todore ne parlait pas. Robert nous dit : Vous avez votre cocarde.

Monselet.

Avoir sa côtelette

(Delvau, 1867) : v. a. Être chaleureusement applaudi, — dans l’argot des comédiens.

Avoir sa pistache

(Virmaître, 1894) : Être complètement gris (Argot du peuple). N.

Avoir sa pointe

(Rossignol, 1901) : Légèrement pris de boisson.

Avoir sa pointe, son grain

(La Rue, 1894) : Premier degré de l’ivresse. Les autres degrés sont : Être monté, en train, poussé, tancé, en patrouille, attendri, gai, éméché, teinté, allumé, pavois, poivre, pompette. Avoir le net piqué, son plumet, sa cocarde. Être raide, dans les vignes, dans les brouillards, dans les brindezingues, chargé, gavé, plein, complet, rond, pochard, bu. Avoir sa culotte, son casque, son sac, sa cuite, son compte, saoul comme trente-six mille, hommes, etc.

Avoir sept pouces moins la tête (en)

(Delvau, 1864) : Posséder un membre d’une longueur plus qu’estimable, et bien fait pour plaire aux femmes, — le sexe le plus goulu.

…. La belle Urinette
Au corps content, mais pas de peu,
Car il lui faut sept pouces, moins la tête,
Pour qu’elle ait un beau jeu.

Lemercier de Neuville.

Avoir son caillou

(Delvau, 1867) : Commencer à se griser, — dans l’argot des faubouriens.

Avoir son casque

(Larchey, 1865) : Voir casquette.

Avoir son compte

(Larchey, 1865) : Mourir, voir finir le compte de ses jours.

J’ai mon compte pour ce monde-ci. C’est soldé.

L. Reybaud.

(Virmaître, 1894) : Être pochard. Avoir reçu une formidable volée dans une bataille (Argot du peuple).

Avoir son jeune homme

(Larchey, 1865) : Être gris. — Allusion à la forte mesure de liquide qui dans les brasseries a reçu le nom de jeune homme, et qui vaut deux moos.

Chaque fois qu’il rentrait avec son jeune homme.

Privat d’Anglemont.

Un individu en blouse qui semblait avoir son petit jeune homme.

G. de Nerval.

(Rossignol, 1901) : Synonyme de avoir sa pointe.

Avoir son pain cuit

(Delvau, 1867) : Être rentier, — dans l’argot du peuple. Être condamné à mort, — dans l’argot des voleurs.

(Virmaître, 1894) : Mourir (Argot des boulangers).

Avoir son plaisir

(Delvau, 1864) : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Et sachez bien que je mourusse
Si mon plaisir de lui n’eusse.

(Anciens Fabliaux.)

Mais Marguerite eut de moi son plaisir.

Maroy.

Polyxène, sans être vue de personne, tira le prêtre en sa maison pour en avoir son plaisir.

P. De Larivey.

Avoir son plumet

(Rossignol, 1901) : Synonyme de avoir son pompon.

Avoir son pompon…

(Rossignol, 1901) : « J’avais mon pompon En r’venant de Suresne ; Tout le long d’la Seine J’sentais qu’j’tais rond. »

Avoir son vin au croc

(Fustier, 1889) : Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots.

Aussi lui était-il arrivé souvent d’être privé de sa ration de vin ; en terme de marin, d’avoir son vin au croc.

(Patrie, février 1887.)

Avoir toujours des boyaux vides

(Delvau, 1867) : v. a. Avoir toujours faim, — dans l’argot du peuple.

Avoir toujours l’anneau ou la bague au doigt

(Delvau, 1864) : Passer sa vie à branler les femmes, le con étant pris pour un anneau — depuis celui de la femme d’Hans Carvel.

Avoir tu toup

(M.D., 1844) : Être hardi.

Avoir un arlequin dans la soupente

(Delvau, 1864) : C’est-à-dire, dans le ventre. Être enceinte d’on ne sait qui, — de plusieurs amants, — de toutes les couleurs.

Avoir un béguin

(Virmaître, 1894) : Être coiffé de quelqu’un ou de quelqu’une. S’aimer à l’œil, ce qui ne fait pas bouillir la marmite. C’est pas l’béguin qui fait bouillir la soupe. J’te vas coller un pain. (Argot des souteneurs).

Avoir un bon doigté

(Delvau, 1864) : Savoir peloter habilement les couilles d’un homme ; faire à merveille la patte d’araignée.

Avoir un cheveu

(Delvau, 1864) : Avoir un caprice pour une femme, ou pour un homme.

Elle a un cheveu pour lui.

Charles Monselet.

Avoir un coup de marteau

(Fustier, 1889) : Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.

Avoir un coup de soleil

(Larchey, 1865) : Avoir une pointe de vin (d’Hautel, 1808). — Le vin et le soleil ont également la vertu d’empourprer Le visage.

Avoir un fil à la patte

(Rossignol, 1901) : Être tenu par sa femme ou par un emploi ; ne pas être libre de ses actions est avoir un fil à la patte.

Avoir un fruit

(Delvau, 1864) : Se dit d’une jeune fille qui s’est laissé séduire et qui a lieu de s’en repentir — neuf mois après.

Avoir un œil à la coque

(Rossignol, 1901) : Paupière noire par suite d’un coup.

Avoir un paletot sans manches

(Virmaître, 1894) : Être cloué dans un cercueil (Argot du peuple).

Avoir un pépin

(Virmaître, 1894) : Aimer. En tenir momentanément pour quelqu’un (Argot du peuple).

(Rossignol, 1901) : Désirer, aimer une personne ou un objet. On a un pépin pour un beau bijou, on a aussi un pépin pour une belle fille.

Avoir un pet de travers

(Virmaître, 1894) : Se dit d’un personnage grincheux que l’on ne sait jamais par quel bout prendre et qui gémit sans cesse, du matin au soir et du soir au matin (Argot du peuple). N.

Avoir un poil dans la main

(Larchey, 1865) : Voir main.

(Rossignol, 1901) : Celui qui est paresseux et qui ne veut travailler a un poil dans la main.

Avoir un polichinelle dans le tiroir

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme enceinte.

(Larchey, 1865) : Être enceinte.

Sais-tu ? lui dit sa femme, je crois avoir un polichinelle dans le tiroir. Le mari comprend, la femme est intéressante.

Figaro.

(Virmaître, 1894) : V. Avaler le pépin.

Avoir un pot de chambre cassé dans l’estomac

(Virmaître, 1894) : V. Trouilloter de la hurlette.

Avoir une araignée dans le plafond

(Delvau, 1867) : v. a. Être fou, maniaque, distrait. Argot de Breda-Street.

Avoir une belle presse

(Fustier, 1889) : Être complimenté par tous les journaux.

Madame est en train de lire ses journaux… Madame, à ce qu’il paraît, n’a jamais eu une si belle presse !

(De Goncourt : La Faustin.)

Avoir une carotte dans l’plomb

(Rossignol, 1901) : Être enroué.

Avoir une carotte dans le plomb

(Virmaître, 1894) : V. Trouilloter de la hurlette.

Avoir une chambre à louer

(Delvau, 1867) : Être un peu fou et en tout cas très excentrique, — dans l’argot du peuple, qui suppose que la déraison peut être produite chez l’homme par la vacuité de l’un des compartiments du cerveau, à moins qu’il ne veuille faire allusion au déménagement du bon sens.
Signifie aussi Avoir une dent de moins.

Avoir une crampe au pylore

(Delvau, 1867) : Avoir grand appétit, — dans l’argot des faubouriens.

Avoir une crane giberne

(Delvau, 1864) : Se dit d’une femme qui a de belles fesses, une Parisienne callipyge, — naturellement ou artificiellement.

Elle a une crane giberne, ton adorée, faut lui rendre justice : tout est à elle, dis ?

Charles Monselet.

Avoir une écrevisse dans la tourte

(Delvau, 1867) : v. a. Être fou, non à lier, mais à éviter. On dit aussi Avoir une écrevisse dans le vol-au-vent, et Avoir une hirondelle dans le soliveau.

Avoir une fièvre cérébrale

(Halbert, 1849) : Condamné ou menacé de mort.

Avoir une table d’hôte dans l’estomac

(Delvau, 1867) : Manger goulûment et insatiablement.

Avoir vu le loup

(Delvau, 1864) : Se dit d’une fille qui n’est plus vierge, qui connaît depuis plus ou moins de temps les mystères du pantalon de l’homme — d’où elle a vu sortir, la tête en feu, le poil hérissé, son braquemard enragé.

Toujours est-il que le loup, qui rôdait par là depuis quelque temps, sous la blouse bleue et le pantalon de velours épinglé d’un grand gars de notre village, sortit sournoisement du bois des châtaigniers, se montra tout a coup à l’ombre de la haie d’aubépines, et — qu’elle vit le loup.

A. Delvau.

(Delvau, 1867) : Se dit, — dans l’argot du peuple, — de toute fille qui est devenue femme sans passer par l’église et par la mairie.

Avoir vu péter le loup sur une pierre de bois

(Virmaître, 1894) : Les Lyonnais emploient cette expression pour dire qu’une fille a perdu tout droit à la fleur d’oranger (Argot du peuple). N.

Avorton

(d’Hautel, 1808) : Nom injurieux et de mépris que l’on donne à un homme de petite stature et de foible complexion.

(Virmaître, 1894) : Être difforme, petit adversaire (Argot du peuple).

Avril

(d’Hautel, 1808) : Poisson d’avril. Attrape que l’on fait à quelqu’un le premier de ce mois.
Donner un poisson d’avril à quelqu’un. L’engager dans des démarches inutiles, à dessein de se moquer de lui.
Poissons d’avril. Sobriquet insultant que l’on donne aux hommes qui font l’infâme métier de prostitution.

Avrillée

(France, 1907) : Averse de printemps.

Tout comme la langue classique, les patois ont d’ingénieuses trouvailles pour exprimer les divers phénomènes atmosphériques. Ainsi, en Poitou, les paysans disent d’une violente pluie d’orage : « C’est une érabinée ; mais s’il s’agit de ces tièdes averses du printemps, qui ne durent que quelques minutes, ils les baptisent du nom charmant d’avrillées. »

(André Theuriet.)

On dit aussi érabiné.

Aze

(d’Hautel, 1808) : Âne ; ouvrier inhabile, celui qui n’entend pas son métier.
L’aze me fiche, si je t’ai compris. Sorte de juron dont on se sert dans le sens de Diable m’emporte ; je veux être pendu ; je veux que le loup me croque, etc.

(Rigaud, 1881) : Âne, homme qui n’est pas au courant de son métier. Mot très usité aux XVIIe et XVIIIe siècles et emprunté au provençal.

Un barbier y met bien la main,
Qui bien souvent n’est qu’un vilain,
Et dans son métier un grand aze.

(Scarron, Jodelet maître et valet.)

Aze (l’) te foute

(Delvau, 1864) : Vieux dicton qui signifie : Va te faire foutre — par un âne.

Ainsi les dieux ont celeu
Tels oiseaux qui leur ont pleu.
Priape, qui ne voit goutte,
Haussant son rouge museau,
À taston, pour son oiseau
Print un aze qui vous foute.

Motin.

Lors, dit Catin : N’entends-tu pas ?
Quoi ? répond l’autre. — L’aze, écoute…
— Si l’aze pète : dit Colas,
Parsanguié ! que l’aze te foute !

Piron.

Azor

(Larchey, 1865) : Sac d’infanterie. Son pelage lui a fait donner ce nom de chien. — Un fantassin en route dit qu’il part à cheval sur Azor.

Le mauvais drôle avait vendu son havre-sac, qu’il appelait son Azor.

Vidal, 1833.

Appeler Azor : Siffler un acteur comme un chien.

Dites donc, mame Saint-Phar, il me semble qu’on appelle Azor.

Couailhac.

(Delvau, 1867) : s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens, — dans le même argot [du peuple]. V. Appeler Azor.

(Merlin, 1888) : Autre dénomination du havresac, fait de peau et assimilé plaisamment à un chien. Lorsqu’un troupier recevait son congé de libération, il n’était pas rare autrefois de le voir sortir de la caserne, tenant Azor en laisse, c’est-à-dire traînant à terre son sac attaché à la grande courroie, en signe de parfaite indépendance.

(Virmaître, 1894) : V. As de carreau.

(Rossignol, 1901) : Havresac de militaire.

(France, 1907) : Sac des troupiers, appelé ainsi parce qu’il est en peau de chien.

Je tendis la main au vieillard avec effusion reconnaissante, et je lui dis : « Vous avez été soldat ? — Pendant vingt-cinq ans, mon lieutenant, fit-il, en Afrique, au huitième de l’arme, et malgré ma soixantaine, si je n’étais pas perclus de rhumatismes, croyez bien que j’aurais repris Azor et le flingot pour cogner sur les Prussiens… Je les hais… Je voudrais pouvoir les détruire, comme la vermine, les uns après les autres…

(René Maizeroy.)

À cheval sur Azor, sac au dos. Tenir Azor en laisse, tenir son sac par la courroie.

(France, 1907) : Chien, nommé ainsi, dit Lorédan Larchey, depuis le succès d’un opéra de Grétry : Zémire et Azor. Appeler Azor, siffler un acteur.

Azor (appeler)

(Rigaud, 1881) : Siffler, — dans le jargon du théâtre.

Qu’est-ce que c’est ? est-ce qu’on appelle Azor ?

(Musée Philipon.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique