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Œ

Œil

(d’Hautel, 1808) : Taper de l’œil. Se laisser aller au sommeil ; dormir profondément.
Retaper de l’œil. Redormir après un sommeil interrompu ; dormir de plus belle.
Tortiller de l’œil. Finir, ses jours ; mourir, s’endormir dans l’éternité.
Elle lui a donné dans l’œil. Se dit d’une femme qui a su plaire à un homme, qui a gagné son cœur.
Pas plus que dans mon œil. Pour dire point du tout.
Cela n’est pas pour tes beaux yeux. Signifie, ce n’est pas pour toi ; n’y compte pas.
L’œil du fermier vaut fumier. Pour dire que tout fructifie sous l’œil du maître.
Autant vous en pend à l’œil. Pour, il peut vous en arriver tout autant.
Une mouche qui lui passe devant les yeux, le fait changer d’avis. Se dit d’un homme inconstant et léger, qui change à chaque instant d’avis.
Cette chose lui crêve les yeux. Pour dire est ostensible, très-évidente.
Quand on a mal aux yeux, il n’y faut toucher que du coude. Pour, il n’y faut point toucher du tout.
Des yeux de chat. De petits yeux hypocrites.
Des yeux de cochon. Des yeux petits et renfoncés.
Des yeux de bœufs. De gros yeux très-saillans et fort bêtes.
Le peuple désigne ordinairement et par facétie le pluriel de ce monosyllabe par le nom de la première lettre qui le compose, et dit des II (grecs) pour des yeux.

(Larchey, 1865) : Crédit. — Noté comme terme d’argot dans le Dictionnaire du Cartouche de Grandval, 1827.

Je vous offre le vin blanc chez Toitot ; — j’ai l’œil.

Chenu.

La mère Bricherie n’entend pas raillerie à l’article du crédit. Plutôt que de faire deux sous d’œil, elle préférerait, etc.

Privat d’Anglemont.

En m’achetant à l’œil, ma plus belle marée.

Ricard.

Ouvrir l’œil : Accorder du crédit.

La fruitière n’a jamais voulu ouvrir d’œil : elle dit qu’elle a déjà perdu avec des artistes.

Champfleury.

Fermer l’œil : Ne plus vouloir accorder de crédit. — Donner dans l’œil : Plaire, fasciner.

Ma personne avait peine à te donner dans l’œil.

Le Rapatriage, dix-huitième siècle.

Avoir de l’œil, Tirer l’œil : Produire de l’effet. — Terme d’impression. On dit aussi en parlant d’un tableau à effet qu’il a de l’œil.

La chose a de l’œil. C’est léger, mais c’est trop léger.

A. Scholl.

Aux provinciaux que l’œil de son ouvrage a attirés chez lui.

P. Borel.

Faire l’œil :

Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux ; il a toujours l’air d’un Européen lâché au milieu d’un sérail… Pourtant aucune femme n’est le point de mire de cette fusillade de regards. C’est au sexe entier qu’il en veut. Il fait l’œil, et voilà tout.

Roqueplan.

V. Américain. — Ouvrir l’œil : Sur veiller attentivement. — Se battre l’œil, la paupière : Se moquer.

Gilles. Ah ! fussiez-vous elle ! — Isabelle. Ton maître s’en bat l’œil.

le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle.

Que Condé soit trompé par le duc d’Anjou, je m’en bats l’œil !

A. Dumas.

Mon œil ! Synonyme de Des fadeurs ! Des navets ! V. ces mots.

Quand le démonstrateur expose la formation des bancs de charbon de terre, mon voisin s’écrie avec un atticisme parfait : Oui ! mon œil ! Au système du soulèvement des montagnes, il répond triomphalement : « Oui ! Garibaldi ! »

E. Villetard.

Cette expression est typique. Dès qu’une chose est à la mode au point d’accaparer toutes les conversations, les Parisiens procèdent eux-mêmes contre leur engouement, et font de son objet une dénégation railleuse essentiellement variable. C’est ainsi qu’après les événements d’Italie, on a dit : Oui ! Garibaldi ! — Auparavant, on disait : Oui ! les lanciers ! parce que cette danse avait envahi les salons. — Taper de l’œil :

Dormir profondément.

d’Hautel, 1808.

Monsieur, faites pas tant de bruit, je vais taper de l’œil.

Vidal. 1833.

Si nous tapions de l’œil ? Ma foi ! j’ai sommeil.

L. Gozlan.

Tourner, tortiller de l’œil : Mourir. V. d’Hautel, 1808.

J’aime mieux tourner la salade que de tourner de l’œil.

Commerson.

J’voudrais ben m’en aller, dit le pot de terre en râlant. Bonsoir, voisin, tu peux tortiller de l’œil.

Thuillier, Ch.

Pas plus que dans mon œil. V. Braise. — Œil de verre : Lorgnon.

Ces mirliflors aux escarpins vernis, Aux yeux de verre.

Festeau.

Quart d’œil : Commissaire de police.

(Delvau, 1867) : s. m. Crédit, — dans l’argot des bohèmes. Avoir l’œil quelque part. Y trouver à boire et à manger sans bourse délier. Faire ou ouvrir un œil à quelqu’un. Lui faire crédit. Crever un œil. Se voir refuser la continuation d’un crédit. Fermer l’œil. Cesser de donner à crédit.
Quoique M. Charles Nisard s’en aille chercher jusqu’au Ier siècle de notre ère un mot grec « forgé par saint Paul » (chap. VII de l’Épître aux Éphésiens, et chap. III de l’Épître aux Colossiens), j’oserai croire que l’expression À l’œil — que ne rend pas du tout d’ailleurs l’όφθαλμοδουλεία de l’Apôtre des Gentils — est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme actuelle, il n’y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par faire de l’œil aux dames de comptoir, qui ont fini par leur faire l’œil : une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.

(Delvau, 1867) : s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d’être d’une robe, d’un tableau, d’un paysage, etc. On dit : Cette chose a de l’œil.

(Delvau, 1867) : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens facétieux. Crever l’œil à quelqu’un. Lui donner un coup de pied au derrière.

(Rigaud, 1881) : Crédit. — L’œil est crevé, plus de crédit. C’est-à-dire l’œil du crédit est crevé. Une vieille légende fait mourir Crédit d’un coup d’épée qu’il a reçu dans l’œil. Sur les anciennes images d’Épinal ou voit Crédit succombant à sa blessure et au-dessous cette devise : Crédit est mort, les mauvais payeurs lui ont crevé l’œil.

Œil (à l’)

(La Rue, 1894) : À crédit. Gratis.

(Hayard, 1907) : À crédit.

Œil (avoir à l’)

(anon., 1827) : Sans payer.

(Raban et Saint-Hilaire, 1829) : Partir sans payer.

(Bras-de-Fer, 1829) : Avoir sans payer.

Œil (avoir de l’)

(Rigaud, 1881) : Avoir bonne apparence, en parlant des choses ou des objets de consommation. — Cette étoffe a de l’œil. — Ce faisan rôti a de l’œil.

Œil (avoir l’)

(Halbert, 1849) : Sans payer.

(Delvau, 1867) : Faire bonne garde autour d’une personne ou une chose. On dit aussi Ouvrir l’œil.

(Rigaud, 1881) : Avoir crédit.

Ma bourse est en deuil,
Pour faire bombance
Bien heureux qu’a l’œil.

(J. Goizet, Bien heureux qu’a l’œil, Chans.)

Œil (donner dans l’)

(Rigaud, 1881) : Plaire à première vue, en parlant des personnes. — Avoir envie de, en parlant des choses. Cette femme m’a donné dans l’œil. — Cette bague lui a donné dans l’œil.

Œil (faire de l’)

(Delvau, 1867) : Donner à penser des choses fort agréables aux hommes, — dans l’argot des petites dames ; regarder langoureusement ou libertinement les femmes, dans l’argot des gandins.

(Rigaud, 1881) : Jouer de la prunelle comme les Espagnoles jouent de l’éventail.

(La Rue, 1894) : Chercher à séduire par des œillades. Taper de l’œil, dormir. Mon œil ! formule négative. Se battre l’œil, se moquer.

(Virmaître, 1894) : Les filles font de l’œil aux passants qu’elles veulent raccrocher :


Ses deux beaux chasses vous rembroquaient
Puis à la piaule tous les gonces rappliquaient.

dit la chanson du marlou (Argot des filles).

Œil (faire l’)

(Rigaud, 1881) : Vendre à crédit.

Elle préférerait faire crier par les rues toutes ses cuites à sa fille que de faire deux sous d’œil.

(Privat d’Anglemont.)

(Virmaître, 1894) : Avoir à crédit chez les fournisseurs. Dans le peuple, quand on oublie de payer, le fournisseur refuse crédit ; alors on dit que l’œil est crevé (Argot du peuple).

Œil (faiseur d’)

(Rigaud, 1881) : Homme qui cherche à séduire une femme au moyen d’œillades incendiaires.

Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive et précise. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux, ses yeux sont illuminés d’un feu de charbon de terre ; il a toujours l’air d’un Européen lâché dans un sérail ; sa prunelle s’abaisse, se relève comme le soufflet d’un accordéon.

(N. Roqueplan, la Vie de Paris.)

Œil (mon)

(Rigaud, 1881) : Variante de :

Des navets ! des nèfles ! du flan !

Œil (s’en battre l’)

(Rigaud, 1881) : S’en moquer. Voir une chose, entendre une proposition avec indifférence. — Je m’en bats l’œil, ça m’est bien égal. On dit aussi : s’en battre la paupière.

Œil (tape à l’)

(Rigaud, 1881) : Personne dont la paupière paralysée est complétement fermée.

Œil (taper de l’)

(Rigaud, 1881) : Dormir. — Tourner de l’œil, mourir.

Œil (tire l’)

(Rigaud, 1881) : Objet qui attire l’attention, mais qui n’a pas une grande valeur. — Clinquant.

Œil à la coque

(Virmaître, 1894) : Recovoir sur l’œil un formidalde coup de poing qui le poche et en fait un œil au beurre noir. La violence du coup fait extravaser le sang et le lendemain, l’œil est couvert par une large tâche noire. On appelle alors le blessé : tape à l’œil (Argot du peuple).

(Hayard, 1907) : Œil poché.

Œil américain (avoir l’)

(Delvau, 1867) : Voir très clair là où les autres voient trouble, — dans l’argot du peuple, qui a peut-être voulu faire allusion aux romans de Cooper et rappeler les excellents yeux de Bas-de-Cuir, qui aurait vu l’herbe pousser.

Œil bordé d’anchois

(Delvau, 1867) : s. m. Aux paupières rouges et décillées, — dans l’argot des faubouriens.

Œil d’occase

(Rigaud, 1881) : Œil de verre.

Œil de bœuf

(Delvau, 1867) : s. m. Pièce de cinq francs.

(Rigaud, 1881) : Pièce de cinq francs, — dans l’ancien argot.

Œil de cochon (faire l’œil de cochon en décomposant)

(Merlin, 1888) : Jouer de la prunelle en fin roublard.

Œil de merlan frit

(Larchey, 1865) : Œil pâmé.

Enfin cet homme de brelan à les yeux faits comme un merlan.

Troisième Suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652.

Œil de perdrix

(Clémens, 1840) : Pièce de 20 francs.

Œil de verre

(Delvau, 1867) : s. m. Lorgnon.

(Rigaud, 1881) : Monocle.

Œil en coulisse

(Delvau, 1867) : s. m. Regard tendre et provocateur, — ce que Sénèque appelle en son langage sévère oculorum fluxus. Faire les yeux en coulisse. Regarder amoureusement quelqu’un.

(Rigaud, 1881) : Œil amoureux, dont la prunelle va tantôt à droite, tantôt à gauche, mais toujours dans la direction de l’objet convoité, soit qu’il s’agisse, pour les hommes, d’une jolie femme, soit qu’il s’agisse, pour les femmes, d’un bijou de prix.

(La Rue, 1894) : Regard tendre et provocateur.

(Virmaître, 1894) : Regarder quelqu’un amoureusement, tendrement, avoir l’air de lui dire :
— Veux-tu ?
Faire le genou à sa voisine sous la table, est aussi significatif et beaucoup moins visible, surtout si le mari est là (Argot du peuple).

Œil en tirelire

(Delvau, 1867) : s. m. Regard chargé d’amour, provocateur, à demi clos.

Œil marécageux

(Delvau, 1867) : s. m. Regard langoureux, voluptueux, — dans l’argot des petites dames.

Œil qui dit merde à l’autre

(Rigaud, 1881) : Œil affecté de strabisme.

(Virmaître, 1894) : Deux yeux qui ne vivent pas en bonne intelligence, qui se regardent en chiens de faïence (Argot du peuple). V. Guigne à gauche.

Œil, du cheveu et de la dent (avoir de l’)

(Rigaud, 1881) : Être encore bien, être d’une beauté très suffisante, en parlant d’une femme. Elle a de l’œil, du cheveu et de la dent, les trois beautés théologales.

Œillade américaine

(Delvau, 1864) : Coup d’œil égrillard, que lance une femme à l’homme qu’elle veut allumer, et qui promet ordinairement plus de beurre que de pain.

L’œillade américaine est grosse de promesses : elle promet l’or du Pérou, elle promet un cœur non moins vierge que les forêts vierges de l’Amérique, elle promet une ardeur amoureuse de soixante degrés Réaumur.

Édouard Lemoine.

Œuf

(d’Hautel, 1808) : C’est au beurre et aux œufs. Se dit trivialement de tout ce qui est bon, bien fait et utile ; et notamment des alimens, pour exprimer qu’ils sont bons au suprême degré. Cette locution vient de ce que les marchands de petits pains qui courent le matin les rues de Paris, crient, pour engager les passans à leur acheter, ils sont au beurre et aux œufs.
Il pond sur ses œufs ; il couve ses œufs.
Signifie qu’un homme est riche ; qu’il n’a pas besoin de travailler pour vivre ; qu’il thésaurise.
Il est fait comme deux œufs, comme quatre œufs. Se dit d’un homme mal vêtu, mal bâti.
Plein comme un œuf ; rond comme un œuf. Se dit lorsqu’on a beaucoup mangé ; et que l’on est très repu.
On dit habituellement et vicieusement au singulier ou au pluriel, un eufe et des eufes ; au singulier, il faut prononcer un œufe, et au pluriel des œufs, comme dans le pronom personnel eux.
Le besoin de cette prononciation se fait mieux sentir quand ce mot est joint à un adjectif.
Des œufs durs, des œufs rouges ; et non des œufes durs, etc. Il en est de même du mot bœuf.

(Rigaud, 1881) : Tête, — dans le jargon des voyous. Et principalement tête chauve.

Œuf (casser son)

(Rigaud, 1881) : Faire une fausse couche. (L. Larchey)

Œuf (plein comme un)

(Larchey, 1865) : Soul. — Casser son œuf : Faire une fausse couche.

Œuf sur le plat (un)

(Rigaud, 1881) : Vingt-cinq francs en un louis d’or et une pièce de cinq francs en argent. La pièce d’argent représente le blanc de l’œuf, la pièce d’or, le jaune.

Œufs sur le plat

(Rigaud, 1881) : Seins petits et mous, — dans le jargon des bourgeoises. Un beau corsage, la femme de l’adjoint. — Taisez-vous ! deux œufs sur le plat !

(Rossignol, 1901) : La femme qui a des petits seins a des œufs sur le plat, quelquefois même des œufs sur le plat dont on a retiré le jaune.

Œuvre

(d’Hautel, 1808) : Reprendre quelqu’un en sous œuvre. Tendre un nouveau piège à une personne que l’on n’a pas réussi à tromper du premier abord.
C’est l’œuvre de Notre-Dame, qui ne finit jamais. Se dit par raillerie d’un ouvrage dont on ne voit pas la fin, parce que, dit-on, il y a quelque chose qui n’a pas été achevé dans ce monument religieux.
Il ne fait œuvre de ses dix doigts. Se dit d’un fainéant, d’un paresseux, qui reste toute la journée à ne rien faire.
À l’œuvre on connoît l’ouvrier. Pour dire, qu’on ne peut juger d’un ouvrier que quand on l’a employé.

(Delvau, 1864) : L’acte vénérien.

Qu’autant de fois que la fillette,
Commettrait l’œuvre de la chair.

(Cabinet satyrique.)

Or, les œuvres de mariage
Étant un bien, comme savez.

La Fontaine.

Ces mécréants, au grand œuvre attachés,
N’écoutaient rien, sur leurs nonnains juchés.

Voltaire.


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