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Abouler

Bras-de-Fer, 1829 : Compter.

Vidocq, 1837 : v. a. — Venir.

Clémens, 1840 : Venir de suite.

M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Venir.

Larchey, 1865 : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.

Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.

(Labiche)

Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :

Mais quant aux biscuits, aboulez.

(Balzac)

Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

Rigaud, 1881 : Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.

Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.

(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856)

Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.

La Rue, 1894 : Donner, remettre. Venir.

Virmaître, 1894 : Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.

— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.

On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Donner.

Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.

Hayard, 1907 : Donner, à regret.

France, 1907 : Donner, apporter : « mais, ainsi que dit Charles Nisard, l’idée de sommation ou de violence en est inséparable. »

Pègres et barbots, aboulez des pépettes…
Aboulez tous des ronds ou des liquettes,
Des vieux grimpans, brichetons, ou arlequins.

(Le Cri du Peuple, Fév. 1886)

Le patois et l’argot, auxquels il est commun, l’entendent ainsi. Que le patois l’ait pris de l’argot ou l’argot du patois, il est sûr qu’on n’en fait pas moins d’usage dans l’un que dans l’autre, que la plupart de nos provinces se le sont approprié, et qu’il fleurit même parmi le peuple de Paris.

(Curiosité de l’étymologie française)

Signifie aussi venir, dans l’argot des voleurs.

Et si tézig tient à sa boule,
Fonce ta largue, et qu’elle aboule
Sans limace nous cambrouser.

(Richepin, La Chanson des Gueux)

Il signifie également accoucher. — Voir Affouler

Acagnarder (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se plaire dans la solitude, vivre dans son coin y comme un vieux chien las d’aboyer à la lune et de courir après les nuages, — ce gibier que nous poursuivons tous sans pouvoir même en jouir comme Ixion.
J’ai souligné à dessein coin et chien : c’est la double étymologie de ce verbe, que n’osent pas employer les gens du bel air, quoiqu’il ait eu l’honneur de monter dans les carrosses du roi Henri IV. (V. les lettres de ce prince.) S’acagnarder vient en effet du latin canis, chien, ou du vieux français cagnard, lieu retiré, solitaire, — coin. On dit aussi s’acagnarder dans un fauteuil.

France, 1907 : Fainéanter, vivre seul en son coin, argot populaire ; du vieux français cagnard, lieu retiré, encore en usage dans le Midi où, en beaucoup de localités, la promenade publique s’appelle le cagnard.
Dans certains départements du Nord, ce mot précédé du préfixe en a la signification de s’encanailler, ce qui montre sa dérivation du latin canis, chien : « Elle s’encagnarde avec tous les voyous. »

Soumis, toujours content quand il pouvait en pantoufles s’accargnarder au logis, — c’était lui qui époussetait les meubles, nettoyait les lampes et vidait les eaux dans les plombs.

(Camille Lemonnier)

Affranchir

Ansiaume, 1821 : Gagner quelqu’un, corrompre.

Nous ne craignons plus le lubin, je l’ai affranchi.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Initier.

Vidocq, 1837 : v. a. — Corrompre, apprendre à quelqu’un les ruses du métier de fripon ; ainsi l’on dira : Affranchir un sinve avec de l’auber, corrompre un honnête homme avec de l’argent, l’engager à taire la vérité ; affranchir un sinve pour grinchir, faire un fripon d’un honnête homme.

Larchey, 1865 : Pervertir, c’est-à-dire affranchir des règles sociales.

Affranchir un sinve pour grinchir : pousser un honnête homme à voler.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Châtrer, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Couper.

Delvau, 1866 : v. a. Initier un homme aux mystères du métier de voleur, faire d’un voyou un grinche.

Rigaud, 1881 : Donner des leçons de vol à un novice. Pousser quelqu’un au vol, corrompre un témoin.

Fustier, 1889 : Terme de joueur : On dit qu’une carte est affranchie lorsqu’elle n’est plus exposée à être prise. J’ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame. — Mettre au courant des ruses des grecs. Il y a des professeurs d’affranchissement.

Virmaître, 1894 : Châtrer, faire ablation des parties génitales à un animal quelconque. Le tondeur de chiens est l’affranchisseur des chats, comme le chanoine Fulbert le fut pour Abélard (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Exciter un individu mâle ou femelle au vice ou au vol. S’affranchir d’une tutelle gênante (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Faire connaître à un complice les êtres d’une maison où l’on veut commettre un vol est l’affranchir.

Hayard, 1907 : Débaucher.

France, 1907 : Initié un adepte. Le débarrasser de ses derniers scrupules. Se dit également pour châtrer. La châtré est en effet affranchi de certaines passions.

Aller à Cythère

Delvau, 1864 : Ce que les délicats appellent Ad summam voluptatem parvenire, et les voyous Aller au bonheur — le seul voyage que l’on ne puisse faire seul, et que l’on fait toujours à cheval sur une belle jument.

J’aime, dit Ros’, quand on m’mène à Cythère,
Qu’on se promèn’ pendant plusieurs instants ;
Dès qu’on r’ssort, ça n’ m’amuse guère.

(Dida)

Aller à l’arche

Delvau, 1866 : v. n. Aller chercher de l’argent. Argot des voyous.

France, 1907 : Aller en quête d’argent ; argot des voleurs.

Allez donc vous laver !

Delvau, 1866 : Interj. de l’argot des voyous, pour signifier : Allez-vous-en donc ! vous me gênez ! On dit aussi Allez donc vous asseoir !

Ambassadeur

Halbert, 1849 : Cordonnier.

Halbert, 1849 : Entreteneur d’une fille.

Delvau, 1866 : s. m. Cordonnier — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour souteneur de filles.

Rigaud, 1881 : Cordonnier, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau) — Souteneur bien vêtu. Le bal qu’ils fréquentent est d’ailleurs très connu sous le nom « d’ambassade. » — « Allons à l’ambassade » disent les artistes du quartier Pigalle qui veulent s’encanailler ou qui cherchent des sujets d’études immorales. — Autrefois c’était un « ambassadeur d’amour. »

C’est un ambassadeur d’amour.

(Molière, George Dandin)

Anglaise

Delvau, 1866 : s. f. Écot, part de chacun dans une affaire ou dans on dîner. Argot des saltimbanques. Faire une anglaise. Payer chacun son écot.

Delvau, 1866 : s. f. Jeu de gouapeurs qui consiste à jeter les sous de chacun et à garder pour soi les faces ; un second prend les piles qui restent et rejette, etc. Jouer à l’anglaise. Jouer aux sous.

Rigaud, 1881 : Jeu de sous à pile ou face, jeu favori des voyous.

Araignée de bastringue

Rigaud, 1881 : Fille qui tend ses toiles dans les bals publics ; (Riche-en-gueule ou le nouveau Vadé, 1824) Les voyous d’aujourd’hui appellent les filles qui raccrochent : des araignées de pissotière. Quœrens quem devoret.

Aristo

Larchey, 1865 : Aristocrate.

C’est vrai ! tu as une livrée, tu es un aristo.

(D’Héricault)

Delvau, 1866 : s. des deux g. Apocope d’Aristocrate, qui, depuis 1848, signifie Bourgeois, Réactionnaire, etc., — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que ce mot signifie le meilleur, l’excellent, άρίστοσ. Ils disent aristo pour aristocrate, comme sous la Fronde les pamphlétaires disaient Maza pour Mazarin.

Rigaud, 1881 : Aristocrate — Pour l’ouvrier, un aristo est le monsieur qui porte des gants gris-perle ; pour le voyou, c’est l’ouvrier qui se paye un cigare de dix centimes ; pour le pégriot, c’est le voyou qui vient de ramasser un cigare à moitié fumé.

France, 1907 : Apocope d’aristocrate, nom généralement donné par les ouvriers aux bourgeois.

Arnache

Vidocq, 1837 : s. m.— Tromperie.

Larchey, 1865 : Tromperie (Vidocq). — Du vieux mot harnacher : tromper.

Delvau, 1866 : s. f. Tromperie, trahison, dans l’argot des voyous. À l’arnache. En trompant de toute manière. Être à l’arnache. Être rusé, tromper les autres et ne jamais se laisser tromper par eux.

Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Agent de police. A.D. Arnache : trompeur. (L. L.) Les voleurs disent : Arnaque. Cette expression vient du vieux mot français : harnacher ; il est employé, sans doute, par les voleurs, parce que les agents les harnachent en les ligottant, soit avec les alliances, soit avec le cabriolet (Argot des voleurs).

France, 1907 : Tromperie, trahison. Être à l’arnache, être rusé ; argot populaire. Dans l’argot des voleurs, arnache signifie policier, mouchard.

Arnau

Halbert, 1849 : Mauvaise humeur.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise humeur, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. C’est une contraction de Renauder.

Rigaud, 1881 : Braillard, individu qui se répand en criailleries, dès qu’il s’aperçoit qu’on veut lui faire du tort, qui renaude, dans le jargon des voyous. C’était, autrefois, le pante arnau, la dupe braillarde et récalcitrante. — Pourquoi avez-vous assassiné cet homme ? — Dame ! mon président, il était aussi par trop arnau.

Arracher un pavé

Rigaud, 1881 : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.

Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.

Rossignol, 1901 : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.

France, 1907 : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.

Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…

(Pompon, Gil Blas)

Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.

Arsouille

Larchey, 1865 : Anagramme du vieux mot souillart : homme de néant. La souillardaille était jadis la canaille d’aujourd’hui. V. Du Cange.

C’étaient des arsouilles qui tiraient la savate.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. m. Homme canaille par ses vêtements, ses mœurs, son langage. Argot du peuple. Milord L’Arsouille. Tout homme riche qui fait des excentricités crapuleuses.

Rigaud, 1881 : Individu qui a le genre et les goûts canailles.

La Rue, 1894 : Voyou, crapule.

France, 1907 : Individu ignoble, soit par ses vêtements, ses mœurs ou son langage. Du vieux mot souillart qui a le même sens. Le surnom de Milord l’arsouille fut donné à Lord Seymour à cause de ses crapuleuses excentricités.

Artiste

Delvau, 1866 : s. m. Médecin vétérinaire, — dans l’argot des faubouriens et des paysans.

Rigaud, 1881 : Vétérinaire, — dans le jargon des voyous.

Fustier, 1889 : Cadavre exposé à la Morgue. Argot des voyous pour qui la Morgue est, en effet, un théâtre.

La salle d’exposition… est divisée en deux parties par une cloison vitrée derrière laquelle sont rangées… douze dalles destinées à recevoir les cadavres que les affreux gavroches, habitués de ce lugubre théâtre, appellent les artistes. Quand toutes les places sont vides, ils disent qu’on fait relâche.

(Du Boisgobey, Le fils de Monsieur Lecoq)

Fustier, 1889 : Dans le jargon des ouvriers : camarade, compagnon.

Asseyez-vous dessus

Rigaud, 1881 : Faites-le taire à tout prix. Mot à mot : étouffez ses cris, au besoin, en vous asseyant sur lui. Se dit surtout, dans le monde des voyous, lorsqu’un enfant au maillot piaille. Asseyez-vous dessus, et que ça finisse.

Avoir laissé le pot de chambre dans la commode

Delvau, 1866 : Avoir l’haleine homicide. Argot des voyous.

Baguenauder

d’Hautel, 1808 : Au propre, aller à la recherche des baguenaudes, pour s’amuser à les faire claquer. Au figuré, niaiser, badauder, perdre son temps à des bibus, à des riens.

Delvau, 1866 : v. n. Flâner, vagabonder, — les mains dans les poches. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se promener, flâner, paresser, — dans le jargon des voyous. C’est-à-dire avoir les mains dans les baguenaudes, dans les poches.

Virmaître, 1894 : Flâner, errer par les chemins sans avoir un but déterminé. Être longtemps sans ouvrage (Argot du peuple).

Hayard, 1907 / France, 1907 : Flâner.

Baignoire à bon Dieu

Delvau, 1866 : s. f. Calice, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Calice.

Virmaître, 1894 : Le calice. Cette figure peint bien l’hostie consacrée baignant dans le saint-ciboire (Argot des voleurs).

France, 1907 : Le calice.

Balade

Delvau, 1866 : s. f. Promenade, flânerie dans l’argot des voyous. Faire une balade ou Se payer une balade. Se promener.

Rigaud, 1881 : Promenade, flânerie.

Je m’aboule pour une balade.

(Huysmans, Les sœurs Vatard, 1879)

Faire la balade, être en balade, se promener.

Boutmy, 1883 : s. f. « Promenade, flânerie », dit Alfred Delvau. C’est vrai ; mais, pour les typographes, la balade est quelque chose de plus ; c’est une promenade au bout de laquelle il y a un déjeuner, un dîner, ou tout au moins un rafraîchissement ; c’est aussi la promenade au hasard et sans but déterminé ; mais il arrive presque toujours que l’un des baladeurs a une idée lumineuse et entraîne ses camarades dans quelque guinguette renommée.

La Rue, 1894 : Promenade. Se balader.

Balancer ses chasses

Delvau, 1866 : v. a. Regarder ça et là, distraitement. Argot des voyous.

Ballant

Rigaud, 1881 : Bras, — dans le jargon des barrières. Les voyous marchent les bras ballants ; d’où le surnom.

Balle

d’Hautel, 1808 : Enfans de la balle. Ceux qui suivent la profession de leurs pères. On désigne aussi sous ce nom et par mépris, les enfans d’un teneur de tripot.
Il est chargé à balle. Manière exagérée de dire qu’un homme a beaucoup mangé ; qu’il crève dans sa peau.
Il y va balle en bouche, mèche allumée. Pour il n’y va pas de main morte ; il mène les affaires rondement.

d’Hautel, 1808 : Ustensile d’imprimerie qui sert à enduire les formes d’encre.
Démonter ses balles. Expression technique : au propre, l’action que font les imprimeurs lorsqu’ils mettent bas, et qui consiste à détacher les cuirs cloués au bois des balles. Au figuré, et parmi les ouvriers de cette profession, cette phrase signifie s’en aller en langueur ; dépérir à vue d’œil, approcher du terme de sa carrière.

anon., 1827 : Franc.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Franc (vingt sous).

Bras-de-Fer, 1829 : Franc.

un détenu, 1846 : Un franc, pièce de vingt sous.

Halbert, 1849 : Une livre ou un franc.

Larchey, 1865 : Tête. — Comme Boule et Coloquinte, balle est une allusion à la rondeur de la tête. Une bonne balle est une tête ridicule. Une rude balle est une tête énergique et caractérisée.

Une balle d’amour est une jolie figure.

(Vidocq)

Être rond comme une balle, c’est avoir bu et mangé avec excès. Balle : Franc. — Allusion à la forme ronde d’une pièce de monnaie.

Je les ai payées 200 fr. — Deux cents balles, fichtre !

(De Goncourt)

Balle de coton : Un coup de poing. — Allusion aux gants rembourrés des boxeurs.

Il lui allonge sa balle de coton, donc qu’il lui relève le nez et lui crève un œil.

(La Correctionnelle)

Delvau, 1866 : s. f. Occasion, affaire, — dans l’argot du peuple. C’était bien ma balle. C’était bien ce qui me convenait. Manquer sa balle. Perdre une occasion favorable.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’un franc, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Secret, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Visage, — dans l’argot des voyoux. Balle d’amour. Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres. Rude balle. Visage caractéristique.

Rigaud, 1881 : Ballet.

Rigaud, 1881 : Figure, tête, physionomie.

Oh c’tte balle !

(Th. Gautier, Les Jeunes-France)

Rigaud, 1881 : Occasion. Rater sa balle, manquer une bonne occasion.

Rigaud, 1881 : Pièce d’un franc. Une balle, un franc. Cinq balles, cinq francs.

Rigaud, 1881 : Secret.

S’il crompe sa Madeleine, il aura ma balle (s’il sauve sa Madeleine, il aura mon secret.)

(Balzac)

Mot à mot ; ce qui est caché dans ma balle, dans ma tête. — Faire la balle de quelqu’un, suivre les instructions de quelqu’un.

Fais sa balle, dit Fil-de-Soie.

(Balzac, La Dernière incarnation)

La Rue, 1894 : Secret. Physionomie. Pièce d’un franc. Occasion.

Virmaître, 1894 : Celle femme me botte, elle fait ma balle (Argot du peuple). V. Blot.

Rossignol, 1901 : Chose qui convient qui plaît, qui fait l’affaire.

ça fait ma balle.

Rossignol, 1901 : Visage, celui qui a une bonne figure a une bonne balle.

France, 1907 : Pièce d’un franc. Blafard de cinq balles, pièce de cinq francs.

France, 1907 : Secret, affaire, occasion. Cela fait ma balle, cela me convient.

— C’est pas tout ça, il faut jouer la pièce de Vidocq enfoncé après avoir vendu ses frères comme Joseph.
Vidocq ne savait trop que penser de cette singulière boutade ; cependant, sans se déconcerter, il s’écria tout à coup :
— C’est moi qui ferai Vidocq. On dit qu’il est très gros, ça fera ma balle.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Manquer sa balle, manquer une occasion ; faire balle, être à jeun.

Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.

(Alphonse Humbert)

On dit aussi dans le même sens : Faire balle élastique.

J’avais fait la balle élastique tout mon saoul.

(Henri Rochefort)

Faire la balle, agir suivant des instructions ; enfant de la balle, enfant élevé dans le métier de son père ; rond comme une balle, complètement ivre.

France, 1907 : Tête, figure. Balle d’amour, beau garçon, argot des filles ; rude balle, contenance énergique ; bonne balle, figure sympathique ou grotesque ; balle de coton, coup de poing.

Balocher

Vidocq, 1837 : v. a. — Tripoter, faire des affaires illicites.

Larchey, 1865 : « C’est quelque chose de plus que flâner. C’est l’activité de la paresse, l’insouciance avec un petit verre dans la tête. »

(T. Delord)

Balocher : S’occuper d’affaires véreuses. — Vidocq.

Delvau, 1866 : v. a. Tripoter, faire des affaires illicites. Argot des voyous.

Delvau, 1866 : v. n. Fréquenter les bals publics ; se trémousser. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. n. Remuer, pendre, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos des choses.

Rigaud, 1881 : Courir les bals à l’époque où fleurissaient balochards et balocheuses.

Rigaud, 1881 : Dérober, faire des affaires illicites.

France, 1907 : Fréquenter les bals publics, se trémousser ; dans l’argot des voleurs, c’est s’occuper d’affaires véreuses.

Banquette

Vidocq, 1837 : s. m. — Menton.

Larchey, 1865 : Menton (Vidocq). — La saillie du menton forme en effet une banquette au bas du visage.

Delvau, 1866 : s. f. Menton, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Menton. — Allusion à la forme du menton.

La Rue, 1894 : Menton.

Virmaître, 1894 : Le menton. Allusion à ce qu’il avance sur le visage (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Menton ; argot des voleurs.

Barbichon

Vidocq, 1837 : s. m. — Capucin.

Delvau, 1866 : s. m. Capucin, — dans l’argot des voyous.

Virmaître, 1894 : Capucin. Allusion à ce que ces religieux laissent croître leur barbe (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Moine à barbe.

Barbot

Vidocq, 1837 : s. m. — Canard.

Larchey, 1865 : Canard (Vidocq). — L’acte est mis pour l’acteur. Barbot : Fouille. — Allusion à la main fouillant une poche, comme un bec de canard barbotte dans un trou.

Je fis le barbot et je m’emparai de quelques pièces de vingt et quarante francs.

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Canard, — dans l’argot des voyous.

Rossignol, 1901 : Souteneur voleur. — Un voleur est un barbot, les barbots (souteneurs) sont en général des barboteurs.

France, 1907 : Souteneur ou voleur. Voler au barbot ou faire le barbot, fouiller les poches.

Bateau (monter un)

Rigaud, 1881 : Faire une mauvaise plaisanterie, chercher à tromper, — dans le jargon des voyous ; formule empruntée aux saltimbanques. C’est une déformation de l’ancien batte, battage qui veut dire en argot menterie. La variante mener en bateau est plus particulièrement usitée chez les voleurs dans un sens analogue, c’est-à-dire donner le change, chercher à égarer la justice en lui faisant prendre une fausse piste.

La Rue, 1894 : Faire une mauvaise plaisanterie, chercher à tromper. Mener en bateau, faire des promesses, causer pour détourner l’attention.

France, 1907 : Tromper.

Si rien n’est prêt, c’est votre faute,
Bel amiral qui parlez tant !
Vous avez compté sans votre hôte,
C’est un détail très important ;
Votre confiance est falotte,
Un peu plus d’actes ! moins de mots !
Vous laissez tomber notre flotte,
Mais vous nous montez des bateaux !

(Gringoire)

Batif

Clémens, 1840 : Bon.

M.D., 1844 : Quelque chose de tout neuf.

Larchey, 1865 : Neuf (Vidocq). — Corruption de battant.

Delvau, 1866 : adj. Neuf, joli, — dans l’argot des voyous. Le féminin est batifone ou bative.

Battoirs

Rigaud, 1881 : Mains. — Faire trimer les battoirs, applaudir bruyamment, à la manière des claqueurs, comme si l’on se servait de battoirs pour le linge.

Virmaître, 1894 : Les mains, allusion au bruit que font les blanchisseuses avec leur battoir ; quand les claqueurs applaudissent trop bruyamment, les voyous logés au poulailler crient : Remisez donc vos battoirs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Les mains.

Battre le beurre

Delvau, 1864 : Introduire son engin dans un vagin un peu gras et l’y agiter avec énergie comme dans une baratte.

D’un moule à merde il fait un moule à pine
Et bat le beurre au milieu d’un étron.

(Parnasse satyrique XIXe siècle)

Rigaud, 1881 : Vendre et acheter à la criée les fonds publics à la Bourse, — dans le jargon des voyous. — Est-ce une allusion au bruit de la baratte ? Est-ce une assimilation du terme : faire son beurre, retirer un profit de. En effet les agents de change font le beurre des spéculateurs, sans oublier de faire aussi le leur.

Fustier, 1889 : Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.

Et ta sœur ? — Ma sœur ? elle bat l’beurre !

La Rue, 1894 : Mener une vie déréglée. Spéculer a la bourse.

France, 1907 : Spéculer et voler à la Bourse ; argot des bourgeois. Mener une vie déréglée ; argot des faubouriens.

Et ta sœur ? — Ma sœur ? elle bat le beurre.

(Gustave Fustier)

Battre sa flème

Delvau, 1864 : Courir le guilledou, aller dans les quartiers où la femme donne le plus.

Eh bien ! puisque je suis en train de battre ma flème, je vais connaître cette maison.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : v. n. Flâner, — dans l’argot des voyous.

Bédouin

Delvau, 1866 : s. m. Garde national de la banlieue autrefois, — dans l’argot des voyous irrespectueux. Ils disaient aussi Gadouan, Mal-ficelé, Museau, Offarmé, Sauvage.

Delvau, 1866 : s. m. Homme dur, brutal, — dans le même argot [du peuple].

France, 1907 : Homme dur, impitoyable. Les Anglais disent dans le même sens : Tartar.

Bélier

Vidocq, 1837 : s. m. — Cocu.

Larchey, 1865 : Cocu (Vidocq). — Allusion aux cornes symboliques du cocuage.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — dans l’argot des voyous, pour qui les infortunes domestiques n’ont rien de sacré.

Rigaud, 1881 : Mari trompé. Délicate allusion aux cornes du bélier.

France, 1907 : Cocu. Le roi des cocus.

Bête-à-cornes

Delvau, 1866 : s. f. Fourchette, — dans l’argot des voyous.

La Rue, 1894 : Fourchette.

Bibine

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.

On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.

(Imbert, À travers Paris inconnu)

Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.

Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.

Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.

Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.

France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.

Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.

Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.

Bifteck à Maquart

Rigaud, 1881 : Sale individu, sale femme, — dans le jargon des voyous. — Maquart est le nom d’un équarrisseur bien connu.

Bigorgnion

Rigaud, 1881 : Mensonge — dans le jargon des voyous. Lancer des bigorgnions, débiter des mensonges.

Bissard

Halbert, 1849 : Pain bis.

Delvau, 1866 : s. m. Pain bis, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Pain bis. Passer au bissard, manger du pain bis.

France, 1907 : Pain bis ; argot des écoliers.

Blaireauteau

Rigaud, 1881 : Individu pourvu d’un grand nez ; c’est un dérivé de blair, — (jargon des voyous).

Blanc (envoyer au)

Rigaud, 1881 : Envoyer promener, — dans le jargon des voyous ; par altération pour « envoyer au banc », c’est-à-dire envoyer s’asseoir. Adressée à une femme, l’expression prend le sens de « envoyer raccrocher », et fait partie du vocabulaire des souteneurs. L’étymologie est la même que dans mangeur de blanc.

Blanc (faire du)

Rigaud, 1881 : Faire le joli cœur, l’empressé auprès d’une femme. C’est mot à mot : « faire les yeux blancs, les yeux amoureux », — dans le jargon des voyous. — Quand t’auras fini de faire du blanc, faudra le dire. On dit aussi faire le blanc, pour le blanc de l’œil.

Bleu

Vidocq, 1837 : s. m. — Manteau.

Larchey, 1865 : Conscrit. — Allusion à la blouse bleue de la plupart des recrues.

Celui des bleus qui est le plus jobard.

(La Barre)

Bleu : Gros vin dont les gouttes laissent des taches bleues sur la table.

La franchise, arrosée par les libations d’un petit bleu, les avait poussés l’un l’autre à se faire leur biographie.

(Murger)

Delvau, 1866 : adj. Surprenant, excessif, invraisemblable. C’est bleu. C’est incroyable. En être bleu. Être stupéfait d’une chose, n’en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle. Être bleu. Être étonnamment mauvais, — dans l’argot des coulisses.
On disait autrefois : C’est vert ! Les couleurs changent, non les mœurs.

Delvau, 1866 : s. m. Bonapartiste, — dans l’argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l’appellent rouge, la monnaie de leur couleur. Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs.

Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers ; cavalier nouvellement arrivé, — dans l’argot des élèves de Saumur.

Delvau, 1866 : s. m. Manteau, — dans l’argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.

Delvau, 1866 : s. m. Marque d’un coup de poing sur la chair. Faire des bleus. Donner des coups.

Delvau, 1866 : s. m. Vin de barrière, — dans l’argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets. On dit aussi Petit bleu.

Rigaud, 1881 : « C’est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds ; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réalise au bruit du canon. »

(A. Camus)

En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey)

Rigaud, 1881 : Manteau ; à l’époque où l’homme au petit manteau-bleu était populaire.

Merlin, 1888 : Conscrit.

La Rue, 1894 : Conscrit. Vin. Manteau. C’est bleu ! c’est surprenant.

Virmaître, 1894 : Jeune soldat. Se dit de tous les hommes qui arrivent au régiment. Ils sont bleu jusqu’à ce qu’ils soient passés à l’école de peloton (Argot des troupiers).

Rossignol, 1901 : Soldat nouvellement incorporé. À l’époque où on ne recrutait pas dans le régiment de zouaves, celui qui y était admis après un congé de sept ans était encore un bleu ; les temps sont changés.

Hayard, 1907 : Jeune soldat.

France, 1907 : Conscrit. Ce terme remonte à 1793, où l’on donna des habits bleus aux volontaires de la République. L’ancienne infanterie, jusqu’à la formation des brigades, portait l’habit blanc. Bleu, stupéfait, le conscrit étant, à son arrivée au régiment, étonné et ahuri de ce qu’il voit et de ce qu’il entend ; cette expression ne viendrait-elle pas de là, plutôt que de « congestionné de stupéfaction », comme le suppose Lorédan Larchey ? J’en suis resté bleu signifierait donc : J’en suis resté stupéfait comme un bleu. On dit, dans le même sens, en bailler tout bleu. On sait que les chouans désignaient les soldats républicains sous le sobriquet de bleus.

Bloûm

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, dans le jargon des voyous. Allusion au bruit produit par un coup de poing appliqué sur un chapeau haute forme ; le renfoncement est un genre de plaisanterie très goûté dans le monde des voyous.

Blousier

Larchey, 1865 : Voyou, mot à mot : porteur de blouse.

Vous verrez là des blousiers qui viennent fumer.

(Delvau)

Delvau, 1866 : s. m. Voyou, porteur de blouse, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Individu vêtu d’une blouse ; se prend, le plus souvent, en mauvaise part, pour désigner un voyou.

France, 1907 : Voyou.

Bois pourri

Vidocq, 1837 : s. m. — Amadou.

Delvau, 1866 : s. m. Amadou, dans l’argot des voyous.

France, 1907 : Amadou ; bois tortu, vigne.

Aussi le jus du bois tortu
Sera mon but toute ma vie.

(Ballard)

Boîte à Jouanne

Rigaud, 1881 : Ventre, — dans le jargon des voyous. Jouanne est le nom d’un célèbre marchand de tripes à la mode de Caen, le Napoléon de la tripe.

Boîte à puces

Rigaud, 1881 : Lit, — dans le jargon des voyous.

Puis chacun songea à regagner sa boîte à puces.

(La Caricature, 7 fév. 1880)

Bonbon à liqueur

Rigaud, 1881 : Furoncle, bouton pustuleux. — Bonbon anglais, petit bouton sec, — dans le jargon des voyous.

Bonbonnière à filous

Delvau, 1866 : s. f. Omnibus, — dans l’argot des voyous, qui savent mieux que personne avec quelle facilité on peut barboter dans ces voitures publiques.

Rigaud, 1881 : Omnibus. (Colombey)

Virmaître, 1894 : Omnibus. Les voyageurs sont serrés, le vol à la tire est facile ; il y a des voleurs qui n’ont que la spécialité de voler les morlingues en bonbonnière (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Omnibus. (Charles Virmaître)

Boniment

Vidocq, 1837 : s. m. — Long discours adressé à ceux que l’on désire se rendre favorables. Annonce d’un charlatan ou d’un banquiste.

M.D., 1844 : Conversation.

un détenu, 1846 : Parole, récit ; avoir du boniment : avoir de la blague.

Halbert, 1849 : Couleur, mensonge.

Larchey, 1865 : Discours persuasif. — Mot à mot : action de rendre bon un auditoire.

Delvau, 1866 : s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu’il donne naturellement comme bonne ; Parade de pitre devant une baraque de « phénomènes». Par analogie, manœuvres pour tromper.

Rigaud, 1881 : Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu’à l’épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment.

C’était le prodige du discours sérieux appelé le boniment : boniment a passé dans la langue politique où il est devenu indispensable.

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

Le coup du boniment, le moment, l’instant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment, lâcher son boniment, dégueuler, dégoiser, dégobiller son boniment.

La Rue, 1894 : Propos, discours.

Virmaître, 1894 : Discours pour attirer la foule. Forains, orateurs de réunions publiques, hommes politiques et autres sont de rudes bonimenteurs. Quand un boniment est par trop fort, on dit dans le peuple : c’est un boniment à la graisse de chevaux de bois (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Discours.

France, 1907 : Discours destiné à tromper le public ; camelots, charlatans, bazardiers, orateurs de mastroquets, candidats électoraux et bonneteurs font tous leur boniment.

Accroupi, les doigts tripotant trois cartes au ras du sol, le pif en l’air, les yeux dansants, un voyou en chapeau melon glapit son boniment d’une voix à la fois trainante et volubile… « C’est moi qui perds. Tant pire, mon p’tit père ! Rasé le banquier ! Encore un tour, mon amour. V’là le cœur, cochon de bonheur ! C’est pour finir. Mon fond, qui se fond. Trèfle qui gagne. Carreau, c’est le bagne. Cœur, du beurre pour le voyeur. Trèfle, c’est tabac ! Tabac pour papa. Qui qu’en veut ? Un peu, mon n’veu ! La v’là. Le trèfle gagne ! Le cœur perd. Le carreau perd. Voyez la danse ! Ça recommence. Je le mets là. Il est ici, merci. Vous allez bien ? Moi aussi. Elle passe ! Elle dépasse. C’est moi qui trépasse, hélas… Regardez bien ! C’est le coup de chien. Passé ! C’est assez ! Enfoncé ! Il y a vingt-cinq francs au jeu ! etc… »

(Jean Richepin)

Bonir

Vidocq, 1837 : v. a. — Dire, assurer.

Clémens, 1840 : Dire.

un détenu, 1846 : Dire, parler.

Delvau, 1866 : v. a. Dire, parler, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. n. Se taire, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Rigaud, 1881 : Parler, raconter, affirmer, avertir avec emphase, chercher à persuader. — Bonir au ratichon, se confesser. — N’en bonir pas une, garder le silence ; mot à mot : ne pas prononcer une parole, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Se taire, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau)

La Rue, 1894 : Parler, raconter. Signifie aussi se taire.

Hayard, 1907 : Parler.

Bouant

Delvau, 1866 : s. m. Cochon, — dans l’argot des voyous, sans doute à cause de la boue qui sert de bauge naturelle au porc.

France, 1907 : Cochon.

Boui

Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum, — dans l’argot des voyous.

Boule de neige

Delvau, 1866 : s. f. Nègre, — par une antiphrase empruntée à nos voisins d’outre-Manche, qui disent de tout oncle Tom : Snow-ball, — quand ils n’en disent pas : lily-white (blanc de lis).

Rigaud, 1881 : Nègre, moricaud, — dans le jargon du peuple. Il est rare qu’un voyou en belle humeur ne salue pas un nègre du sacramentel :

Ohé ! boule de neige !

Rossignol, 1901 : Nègre.

Bouleau, bûche

Rigaud, 1881 : Batterie, — dans le jargon des voyous. Y va y avoir du bouleau, on va se battre. Dans certains bals de barrière, il n’y a pas de bonnes soirées sans bouleau, au moins à la sortie ; cela fait partie du programme.

Fustier, 1889 : (V. Delvau : Bûcherie).

Boulendos

Delvau, 1866 : s. m. Bossu, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Bosco, Bossemar.

Virmaître, 1894 : Bossu. On dit aussi : boscando. Dans le peuple par allusion à la gibbosité on dit également :

— Il a volé un pain.
— Il a un orgue de Barbarie dans le dos.
— Il a un durillon dans le dos.

Les troupiers disent d’un bossu :

— Il a le sac au dos (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / France, 1907 : Bossu.

Bouler

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller.

Larchey, 1865 : Aller (Vidocq). Même étymologie que Abouler.
Bouler : Battre (id., id). — Bouler, c’est rouler son combattant à terre.

Si tu dis mot, j’te boule.

(Chanson, Avignon, 1813)

Delvau, 1866 : v. a. Pousser quelqu’un brusquement, le secouer brutalement. Argot du peuple. S’emploie aussi, au figuré, pour gronder, faire d’énergiques reproches.

Delvau, 1866 : v. n. Aller, rouler, — dans le même argot [des voyous].

Rigaud, 1881 : Tromper. — Du vieux mot boule : astuce. (L. Larchey) Envoyer bouler. (V. Boulage).

Boutmy, 1883 : v. a. Refuser, mal accueillir, repousser.

La Rue, 1894 : Tromper. Refuser. Aller, rouler. Pousser. Secouer brutalement.

Virmaître, 1894 : Envoyer promener quelqu’un. Sabouler veut dire la même chose.
— Je l’ai salement saboulé ce pierrot-là (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : renvoyer, recevoir mal quelqu’un.

France, 1907 : Refuser, rebuffer ; tromper ; battre, pousser. Envoyer bouler quelqu’un, l’envoyer au diable.

Boulet jaune

Delvau, 1866 : s. m. Potiron, — dans l’argot des voyous.

Bouquet

d’Hautel, 1808 : On dit d’un vin qui a un goût agréable, qu’il a un joli bouquet.
Vous n’êtes pas encore au bouquet. Se dit par ironie d’une affaire désagréable-dont le résultat doit être pis encore que les commencemens.
Voilà le bouquet. Pour dire la fin, la conclusion.
Elle a le bouquet sur l’oreille. Se dit d’une demoiselle qui est à marier, ou qui montre de bonne heure des dispositions à l’œuvre du mariage.
Faire porter le bouquet. C’est-à-dire, être infidèle à la foi conjugale.
Donner le bouquet à quelqu’un, équivaut à donner le bal. C’est-à-dire, lui faire de vives réprimandes, le tancer vertement.

Ansiaume, 1821 : Don.

Il faut un bouquet au vadoult pour qu’il donne l’affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Accident heureux ou malheureux. C’est le bouquet ! Cela complète mon malheur.

Delvau, 1866 : s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L’homme de peine qui a voulu s’abstenir ; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Cadeau, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Gratification de voleur à voleur.

Rigaud, 1881 : La fin d’un événement important, d’une conversation. — C’est le bouquet, c’est le plus beau, le plus surprenant de l’affaire ; par allusion au bouquet final d’un feu d’artifice.

Virmaître, 1894 : Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent ; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).

France, 1907 : Cadavre, à cause sans doute de l’odeur ; argot des faubourgs. « Mince ! il y a cinq bouquets à la Morgue. » Cadeau. C’est le bouquet, c’est le comble, ce qui termine le désastre ou la fête ; allusion au bouquet des feux d’artifices.

Bourre de soie

France, 1907 : Fille ou femme entretenue ; argot des voyous.

Bourre-de-soie

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme entretenue, — dans l’argot des voyous.

Bout-de-cul

Rigaud, 1881 : Gamin, homme de petite taille, — dans le jargon des voyous. — Nous verrons bien si un bout-de-cul comme toi me fera aller.

Bramer

France, 1907 : Crier à plein gosier, chanter à tue-tête ; argot des bourgeois.

Tu brames tous les soirs d’infâmes ritournelles
Et que la bouche en cœur, l’œil clos, le bras pendant,
Tu souris aux voyous, ô la Reine des belles !

(J.-K. Huysmans, Marthe)

Brandilleuse

Delvau, 1866 : s. f. Sonnette, — dans l’argot des voyous.

France, 1907 : Même sens que brandillante ; de brandiller.

Branlantes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Dents des vieillards, — dans le même argot [des voyous].

France, 1907 : Dents des vieillards.

Bredoche

Ansiaume, 1821 : Liard.

J’ai perdu 12 cigues au flouan, il me reste 3 bredoches.

Delvau, 1866 : s. f. Liard, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi brobèche et broque.

Bricard

Halbert, 1849 : Escalier.

Delvau, 1866 : s. m. Escalier, — dans l’argot des voyous.

France, 1907 : Escalier.

Bride

d’Hautel, 1808 : Mener quelqu’un par la bride. Signifie posséder la confiance de quelqu’un au point de lui faire faire tout ce que l’on désire.
Secouer la bride. S’esquiver de la dépendance de quelqu’un.
Brides à veaux. Vains argumens dont on persuade les gens pusillanimes et d’un esprit borné.
Tenir la bride haute. Pour tenir quelqu’un en respect, ne lui permettre aucune familiarité. On dit dans le sens contraire :
Tenir la bride lâche. Pour abandonner quelqu’un à ses volontés.
Avoir la bride sur le cou. Expression contradictoire, qui signifie à-la-fois, être en liberté, et travailler paisiblement.

Ansiaume, 1821 : Chaîne de montre.

Pour trois brides de bogues le fourga m’a recoqué 6 balles.

Bras-de-Fer, 1829 : Chaîne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Chaîne de forçat.

un détenu, 1846 : Chaîne.

Halbert, 1849 : Chaîne de montre.

Delvau, 1866 : s. f. Chaîne de montre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Chaîne de montre, — dans le jargon des voyous. — Si j’avais seulement une bride pour attacher mon oignon.

La Rue, 1894 : Chaîne de montre. Menotte. Homme de rebut.

Virmaître, 1894 : Chaîne de montre. Elle bride le gilet (Argot des voleurs). V. Cordelettes.

Rossignol, 1901 : Chaine de montre. Lorsqu’elle est en or c’est du jonc ; en argent, du platre ; en faux, du toc.

France, 1907 : Chaîne ; se dit aussi pour menottes. Vieille bride, homme de rien ; bride d’Orient, chaîne d’or.

Broches

Delvau, 1866 : s. f. pl. Dents. Argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Dents, — dans le jargon des voleurs. — Broches rouilles, dents gâtées.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Dents.

Burelin

Delvau, 1866 : s. m. Bureau, — dans l’argot des voyous.

Burlin, burrelin

France, 1907 : Bureau ; argot des voyous.

Câble

Rigaud, 1881 : Mari, — dans le jargon des voyous ; par allusion au câble du ballon captif de la cour des Tuileries, une des curiosités de l’Exposition de 1878. Aujourd’hui une gloire crevée comme tant d’autres.

Cachet de la république

Delvau, 1866 : s. m. Coup de talon de botte sur la figure. Argot des voyous.

Virmaître, 1894 : C’est un coup de pied canaille. Quand deux hommes se battent, le plus fort, d’un coup de talon, écrase la figure de son adversaire. Il lui pose le cachet (Argot du peuple).

France, 1907 : Marque d’un coup de talon de botte sur la figure ; argot des rôdeurs de barrière. Il laisse une emprunte rouge.

Cadran

d’Hautel, 1808 : Faire le tour du cadran. C’est-à-dire dormir la grasse matinée ; se coucher à minuit et se lever à midi.
Il a montré son cadran solaire. Se dit par plaisanterie des enfans qui, en jouant, laissent voir leur derrière.
Il est comme un cadran solaire. Se dit d’un homme fixe dans ses habitudes, et qui met beaucoup de régularité et d’ordre dans ses affaires.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, à laquelle le membre viril sert d’aiguille pour marquer les heures minuscules du bonheur.

Conduis vite l’aiguille au milieu du cadran.

(Théâtre italien)

Larchey, 1865 : Montre. — Cadran solaire, lunaire : derrière. — Allusion à la forme ronde du cadran.

Est-ce l’apothicaire Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?

(Parodie de Zaïre, dix-huitième siècle)

Delvau, 1866 : s. m. Le derrière de l’homme, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Cadran humain ou Cadran solaire.

France, 1907 : Le derrière. Étaler son cadran. On dit aussi cadran solaire et cadran lunaire.

Est-ce l’apothicaire
Qui vient placer l’aiguille à mon cadran lunaire ?

Dans une école de sœurs, la bonne religieuse a pris, à l’instar des pensionnats anglais de jadis, l’habitude de fouetter les élèves ; une fillette de douze ans, qui venait d’être soumise à l’épreuve du martinet, est retournée à sa place en disant :
— Ça m’est joliment désagréable de montrer à tout le monde mon cadran solaire.

(Gil Blas)

Caillou

Delvau, 1866 : s. m. Figure grotesque, — dans l’argot des voyous. Signifie aussi Nez.

Rigaud, 1881 : Figure. — Se sucer le caillou, s’embrasser. — Avez-vous fini de vous sucer le caillou ?

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau)Avoir son caillou, être légèrement pris de vin.

La Rue, 1894 : Bonne tête, Naïf. Crâne. Nez.

Virmaître, 1894 : Tête. Il a rien un sale caillou (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tête.

Hayard, 1907 : Tête chauve.

France, 1907 : Figure, crâne. Caillou déplumé, tête chauve. On dit aussi dans le même sens : n’avoir plus de mousse sur le caillou.

Un affreux rôdeur de barrière comparaît en cour d’assises ; il a assassiné un malheureux vieillard sans défense.
— Votre profession ?
— Casseur de cailloux.
Et il jette un regard menaçant et féroce sur le crâne chauve du président !

Se dit aussi simplement pour tête.

Si l’bigornot barr’ ton trimin,
Sur le caillou mets-lui un pain.

(Hogier-Grison)

Le mot caillou désigne également un naïf qui, dans les salles de vente, se laisse entraîner et se voit adjuger l’objet beaucoup plus cher qu’il ne vaut.

Calandriner le sable

Delvau, 1866 : v. a. Traîner sa misère, — dans l’argot des voyous.

Caler

d’Hautel, 1808 : Être bien ou mal calé. Signifier être bien ou mal dans ses affaires.
On dit aussi d’un homme misérablement vêtu, qu’il est bien mal calé.
Se caler. Se mettre dans ses meubles, sortir de l’état d’indigence où l’on se trouvoit.
Le voilà bien calé. Pour, le voilà bien restauré, il doit être bien satisfait. Se dit ironiquement d’une personne à qui l’on accorde un foible secours pour le dédommager d’une perte considérable.

Delvau, 1866 : v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes, — dans l’argot des enfants.

Delvau, 1866 : v. n. Céder, rabattre de ses prétentions, — ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de besogne, attendre de la copie, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Maltraiter, corriger à coups de poing, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : N’avoir rien à faire, se croiser les bras en attendant de l’ouvrage.

Boutmy, 1883 : v. intr. Rester sans ouvrage. Le typographe cale pour deux raisons : soit parce qu’il manque de copie, soit parce que les sortes font défaut ; quand il n’a pas de disposition au travail, il flème.

La Rue, 1894 : Avoir peur. Chômer. Se caler, manger.

Virmaître, 1894 : On cale un meuble avec un coin de bois. Un homme riche est calé. Les typographes emploient cette expression pour dire qu’ils attendent de la copie, ils calent (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Ne pas travailler.

France, 1907 : Rester sans ouvrage, du provençal calar, cesser de travailler, discontinuer. Caler de l’école, faire l’école buissonnière, paresser.

Si le compositeur n’est pas en train de jaser, il rêve. Sa plus grande jouissance est de caler, c’est-à-dire de ne rien faire : nunc libris, nunc somno.

(Jules Ladimir)

Calinte

Rigaud, 1881 : Culotte, — dans le jargon des voyous. — Ta calinte bâille, ta culotte est déchirée.

Calots (ribouler des)

Rigaud, 1881 : Regarder avidement, ouvrir de grands yeux étonnés, écarquiller les yeux, — dans le jargon des voyous.

Riboulant des calots à chaque devanture de boulanger.

(Le sans-culotte, 1878)

Camionner

Rigaud, 1881 : Accompagner, promener. — Camionner une grue, promener une femme, — dans le jargon des voyous.

Canage

Vidocq, 1837 : s. f. — Agonie, dernière lutte contre la mort.

Delvau, 1866 : s. m. Agonie, — dans l’argot des voyous, qui ont vu caner souvent devant la mort.

Rigaud, 1881 : Agonie. — Peur.

La Rue, 1894 : Agonie. Peur. Caner la pégrenne, mourir de faim.

France, 1907 : Agonie ; argot populaire. On cane assez généralement devant la mort.

Caner

Vidocq, 1837 : v. a. — Agoniser, être prêt à mourir.

Larchey, 1865 : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane.

Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne.

(Rabelais)

Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre.

(Marco Saint-Hilaire)

Larchey, 1865 : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.

Delvau, 1866 : v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres. Caner son article. Ne pas envoyer l’article qu’on s’était engagé à écrire.

Delvau, 1866 : v. n. Avoir peur, s’enfuir, faire la cane ou le chien.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Agoniser, mourir, tomber. — Sacrifier à Richer. — Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot caler qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l’ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier.

C’est un art que les canes possèdent d’instinct… Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burlesques.

(Ch. Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)

Déjà dans Rabelais, nous relevons l’expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner :

Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu.

(L. L.)

Virmaître, 1894 : Avoir peur, reculer. Caner : synonyme de lâcheté (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Avoir peur ou ne pas oser faire une chose. Un gamin cane l’école, lorsqu’il ne s’y rend pas.

Hayard, 1907 : Avoir peur.

France, 1907 : Avoir peur, reculer, vieux mot qu’on trouve dans Rabelais et Montaigne ; argot populaire. Du latin canis, chien, qui recule et fuit quand on lui montre le bâton.

À la sortie de ses bals, des rixes terribles avaient lieu fréquemment ; les habitués se disputaient la possession d’une fille publique, à coups de poings et souvent à coups de couteau. Ils se battaient dans les rues… le suprême du genre, le comble de la force, consistait à manger le nez de l’adversaire ; les camarades faisaient cercle autour des combattants… C’était une grosse affaire que de posséder une fille en vogue qui ne renâclait pas sur le turbin, et qui régnait en souveraine au bon coin du trottoir ; l’existence du souteneur en dépendait : luxueuse si la fille rendait, médiocre ou décharde si elle canait.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Mourir. Caner la pégrenne, mourir de faim.

— Que veux-tu, mon bonhomme, quand on cane la pégrenne, on ne rigole pas.
— Caner la pégrenne ! C’est un peu fort, toi qui passe pour un ami (voleur).
— C’est pourtant comme ça.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Mettre bas culotte.

Caoutchouc

Rigaud, 1881 : Clown qui semble en caoutchouc, tant il est souple. (Littré)

Travail extraordinaire de M. Schlan, ! homme serpent, premier caoutchouc et gymnaste du monde.

(Indépendance belge, 11 sept. 1868.)

Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété, — dans le jargon des voyous. Jeu de mots sur les qualités du caoutchouc et du Mont-de-Piété qui prêtent également l’un et l’autre, chacun à sa manière. L’immortel auteur des Pensées d’un emballeur avait déjà émis cette réflexion, empreinte d’une certaine mélancolie : « Le Mont-de-Piété prêterait davantage s’il était en caoutchouc. »

France, 1907 : Clown, paillasse ; argot populaire.

Carafe

Rigaud, 1881 : Gosier, — dans le jargon des voyous. Fouetter de la carafe, sentir mauvais de la bouche.

France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Fouetter de la carafe, avoir mauvaise haleine.

Carambolage

Delvau, 1866 : s. m. Lutte générale, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Choc de deux voitures dans la rue. Les voyous que cela amuse disent :
— Ah zut, mince de de carambolage (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Accouplement.

France, 1907 : Collision, heurt ; expression tirée du jeu de billard.

Caramboler

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, parce que l’homme se sert de sa queue pour jouer au billard amoureux, pour y faire des effets de queue, pour mettre ses billes dans la blouse de la dame.

Larchey, 1865 : Faire d’une pierre deux coups.

Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.

Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un, et surtout plusieurs quelqu’uns à la fois ; faire coup double, au propre et au figuré.

Rigaud, 1881 : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.

Virmaître, 1894 : Au billard, faire toucher les trois billes (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.

France, 1907 : Se heurter ; argot populaire. S’emploie aussi dans le sens que Villon appelait checaulcher, et Rabelais faire la bête à deux dos.

— Voilà une môme que j’aimerais bien caramboler.

Carapater

Rossignol, 1901 : Marcher, se dépêcher.

Hayard, 1907 : Fuir, se sauver.

France, 1907 : Marcher, courir.

J’ai dix ans, quoi ! Ça vous épate ?
Ben ! c’est comm’ ça, na ! J’suis voyou,
Et dans mon Paris j’carapate
Comme un asticot dans un mou…

(Jean Richepin)

Se carapater, se sauver.

J’empoigne un gardien par sa tunique et je le prie de me dire le nom des fuyards…
— C’est Colo et Mathurin, me répondit-il.
Je n’avais pas besoin d’en entendre davantage, Mathurin, je ne le connais pas ; Colo, je le connaissais, puisque j’étais venue à Toulon pour l’aider à se carapater. Le vieux marquis me regardait ; il ne savait pas si c’était du lard ou du cochon.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Carcan à crinoline

Delvau, 1864 : Nom que les voyous donnent aux drôlesses du quartier Breda, qui font de l’embarras avec leurs crinolines à vaste envergure sous lesquelles il y a souvent des maigreurs désastreuses.

C’est pas un de ces carcans à crinoline.

(Charles Monselet)

Casser

d’Hautel, 1808 : Se casser le ventre. Terme badin et militaire ; se passer de dîner, ou de manger aux heures accoutumées.
Casser les vitres. Signifie ne plus garder de mesures dans une affaire ; en venir aux gros mots, aux termes injurieux.
Je t’en casse, Minette. Manière badine et plaisante de parler, qui signifie, ce n’est pas pour toi ; tu n’auras rien de ce que tu demandes.
Il est cassé aux gages. Pour, il est tombé en défaveur en disgrace. Se dit aussi d’un domestique que l’on a congédié.
Se casser le cou ou le nez. Se blouser dans des spéculations, dans une affaire ; faire un faux calcul.
Qui casse les verres les paye. Vieille maxime, fort peu mise à exécution ; car la plupart du temps ceux qui cassent les verres ne sont pas ceux qui les payent.
Elle a cassé ses œufs. Manière basse et triviale de dire qu’une femme a fait une fausse couche.

Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.

un détenu, 1846 : Rompre. Casser sa canne : rompre son ban. Casser sur quelqu’un : révéler.

Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chiffonner un sac de bonbons en le préparant, — dans le jargon des confiseurs.

Rigaud, 1881 : Dire du mal, par abréviation de casser du sucre.

Rigaud, 1881 : Frapper, battre. — Je te vas casser. — Casser la gueule, casser la margoulette, casser la figure.

Rigaud, 1881 : Manger. Le mot date du XVIIIe siècle. On dit, dans le langage courant : « Casser une croûte », pour manger un morceau. — Casser le cou à un lapin, manger un lapin.

La Rue, 1894 : Mourir. Dénoncer. Manger. Se la casser, se sauver.

Rossignol, 1901 : Dire, avouer. Un détenu qui a fait des aveux a cassé. Dire une chose est casser.

Il me l’a dit, il me l’a cassé.

France, 1907 : Le verbe a de nombreuses significations : manger, dénoncer, avouer, couper, mourir.

— Voyons, Nib, pas tant de magnes !… On vous dit qu’on n’est pas des assassins… si vous faites du mal à la petite môme…. tant pis pour vous, nous casserons…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Casser la gueule à son porteur d’eau

Delvau, 1866 : v. a. Avoir ses menses, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Avoir ses menstrues, dans le jargon des voyous. (A. Delvau)

La Rue, 1894 : Menses. Époques de la femme.

France, 1907 : Avoir ses menstrues.

Casseur de portes

Halbert, 1849 : Voleur avec effraction.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur avec effraction, — dans l’argot des voyous.

France, 1907 : Voleur avec effraction. Ils marchent ordinairement par bandes de trois, se glissent dans les maisons, s’assurent qu’il n’y a personne dans on logis, et, tandis que l’un d’eux fait le guet, les deux autres forcent la porte.

Castroz

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Chapon.

Halbert, 1849 : Chapon du Mans.

Delvau, 1866 : s. m. Chapon, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Castion.

France, 1907 : Chapon, pour castrat.

Cavale

d’Hautel, 1808 : On dit par raillerie et par mépris d’une femme fort grande et qui a un air dégingandé, que C’est une grande cavale.

Clémens, 1840 : Évasion.

Delvau, 1866 : s. f. Course précipitée, fuite, — dans l’argot des voyous. Se payer une cavale. Courir.

Delvau, 1866 : s. f. Grande femme maigre, mal faite, déhanchée.

Rigaud, 1881 : Départ précipité, fuite, évasion, — dans le jargon des voleurs. Jouer la cavale, s’enfuir.

La Rue, 1894 : Fuite, évasion. Se cavaler.

France, 1907 : Fuite, course rapide. Tortiller une cavale, méditer une fuite.

France, 1907 : Grande femme maigre, dégingaudée et de mauvaises mœurs. On disait autrefois haquenée.

Ce n’est pas à faire !

Delvau, 1866 : Je m’en garderais bien ! Cette expression, familière aux filles et aux voyous, est mise par eux à toutes les sauces : c’est leur réponse à tout. Il faudrait pouvoir la noter.

Chaloupe

Larchey, 1865 : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C’te chaloupe ! » crie Un gamin de Gavarni derrière une élégante.

Delvau, 1866 : s. f. Femme à toilette tapageuse, — dans l’argot des voyous. Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.

Chandelier

Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle brûle la chandelle de l’homme.

Delvau, 1866 : s. m. Le nez, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous ; un nez qui laisse couler beaucoup de chandelles.

Fustier, 1889 : Souteneur de filles.

Dans l’argot des voleurs, un chandelier signifie un souteneur de filles.

(Figaro, janvier 1886. V. Infra : Relever le chandelier.)

La Rue, 1894 : Souteneur. Nez.

France, 1907 : Le nez.

Chaud (avoir)

Rigaud, 1881 : Avoir peur, — dans le jargon des voyous. Le saisissement causé par la peur détermine souvent la transpiration.

France, 1907 : Se trouver dans une affaire où pleuvent balles ou horions, où, selon l’expression consacrée : Il faisait chaud !

Chauffer

d’Hautel, 1808 : Je ne me chauffe pas de ce feu-là. Pour, ce n’est pas ma manière de vivre ; je suis bien opposé à ce système.
Ce n’est pas pour vous que le four chauffe. Se dit à ceux que l’on veut exclure d’une chose à laquelle ils prétendent avoir part ; à un homme qui fait le galant auprès d’une femme qu’il ne doit point posséder.
Il verra de quel bois je me chauffe. Espèce de menace, pour dire quel homme je suis.
Allez lui dire cela, et vous chauffer ensuite à son four. Manière de défier quelqu’un d’aller redire à un homme le mal qu’on se permet de dire de lui en arrière.

Larchey, 1865 : Applaudir chaleureusement. V. Chaud.

Elle recueillait les plaintes de son petit troupeau d’artistes… on ne les chauffait pas suffisamment.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. n. Aller bien, rondement, avec énergie.

Rigaud, 1881 : Battre ; arrêter, dans le jargon des voyous. Se faire chauffer, se faire arrêter. — Se faire chauffer par un cerbère, se faire arrêter par un sergent de ville.

Rigaud, 1881 : Faire l’empressé auprès d’une femme. — Stimuler, pousser, jeter feu et flamme. Chauffer des enchères, chauffer une affaire. — Chauffer une entrée, saluer d’une salve d’applaudissements un acteur à son entrée en scène. La mission de la claque est de chauffer le entrées et les sorties des acteurs en vedette.

La Rue, 1894 : Battre. Arrêter. Courtiser avec ardeur. Aller bien, vite. Fouiller pour voler.

Virmaître, 1894 : On chauffe une pièce pour la faire réussir et obtenir un succès. Chauffer une réunion publique. Chauffer une femme : la serrer de près, lui faire une cour assidue. On disait autrefois : coucher une femme en joue. On ajoute de nos jours, par ironie :
— tu ne la tireras pas, ou bien encore : Ce n’est pas pour toi que le four chauffe.
Chauffer
une affaire pour attirer les actionnaires (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Prendre, battre.

Joseph a chauffé sa femme en partie fine avec un amoureux ; il a aussi chauffé l’amoureux de quelques coups de poing.

France, 1907 : Fouiller les poches, voler, Se dit aussi pour châtier.

Si tu fais un faux entiflage,
Choisis une largue en veuvage,
Qu’elle ait du fast, du monaco,
Et puis au jorn’ du conjungo ;
Chauffe l’magot avec madrice,
Cavale en plaquant ton caprice…

(Chanson d’un vieux voleur, recueillie par Hogier-Grison)

Chie dessus

Rigaud, 1881 : Chislehurst, — dans l’argot des voyous qui trouvent la prononciation anglaise trop difficile, sans doute.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique