Rossignol, 1901 : Vomir. — Celui qui fait des efforts pour vomir prononce exactement burque.
Appeler burque
Bas-bleu
Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?
France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :
La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.
(Jean de Meun)
« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »
Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.
(G. Meurier, Trésor des sentences)
Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.
(Adages français, XVIe siècle)
Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :
Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.
Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :
Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !
Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.
Boyau
d’Hautel, 1808 : Je sens mes boyaux qui crient. Pour, je commence à avoir besoin ; je sens que voilà bientôt l’heure du repas qui arrive.
Râcler le boyau. Pour dire jouer mal du violon ou de quelqu’autre instrument à corde.
Il a toujours six aunes de boyaux de vides. Se dit d’un goinfre, d’un gouliafre, d’un homme qui est toujours prêt à manger.
Rendre tripes et boyaux. Regorger, vomir excessivement.
Aimer quelqu’un comme ses petits boyaux. Voy. Aimer.
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui semble sortir du ventre — et qui y rentre quelquefois, au grand déplaisir de la femme.
Lorsque je bande,
Je me demande.
Si j’ai dans le boyau pinal
Tous les sabres de l’arsenal.
(Chanson moderne)
Adieu ! et jamais plus ne t’advienne entreprendre
Défaire le vaillant, toi gui ne saurait tendre.
Adieu ! contente toi, et ne pouvant dresser.
Que le boyau ridé te serve pour pisser.
(Rémy Belleau)
Virmaître, 1894 : Il a toujours un boyau de vide pour soiffer (Argot du peuple). V. Poivrot.
Carreau
d’Hautel, 1808 : Traiter quelqu’un comme un valet de carreau. Pour dire n’en faire aucun cas ; le malmener ; lui marquer un grand mépris.
Mettre le cœur sur le carreau. Rébus bas et vulgaire, pour dire rejeter les alimens que l’on a pris ; vomir.
Larchey, 1865 : Lorgnon monocle.
M. Toupard, cinquante-deux ans, petite veste anglaise, chapeau capsule, un carreau dans l’œil.
(Mém. d’une Dame du Monde, 1861)
Rigaud, 1881 : Œil, — dans le jargon des voleurs. — Carreau brouillé, œil louche. — Carreau à la manque, borgne. — Affranchir le carreau, surveiller, ouvrir l’œil ; et par abréviation : franchir le carreau.
La Rue, 1894 : Œil. Affranchir le carreau, surveiller, regarder attentivement. Pince d’effraction.
France, 1907 : Fausse clé.
Carte (revoir la)
Larchey, 1865 : On comprend l’ironie du mot en se rappelant qu’on entend par carte la liste des mets choisis pour son repas.
France, 1907 : Vomir après le repas.
Chemises (compter ses)
Larchey, 1865 : Vomir. — Allusion à la posture penchée de l’homme qui vomit.
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Vomir.
France, 1907 : Vomir : allusion à la position que l’on a dans cette opération désagréable, où l’on est penché comme si l’on cherchait quelque chose à terre.
Chercher midi à quatorze heures
Delvau, 1866 : v. a. Hésiter à faire une chose, ou s’y prendre maladroitement pour la faire, — dans l’argot du peuple, ennemi des lambins. Signifie aussi : Se casser la tête pour trouver une chose simple.
France, 1907 : S’y prendre maladroitement pour faire une chose : chercher des difficultés où il n’y en a pas.
Voltaire, au bas d’un cadran solaire de village, a écrit ce quatrain :
Vous qui vivez en ces demeures,
Êtes-vous bien, tenez-vous y
Et n’allez pas chercher midi
À quatorze heures.
Nodum in scirpo quærere, chercher un nœud dans un jonc, disaient les Latins.
Parmi les rares choses que nous cherchons, il n’y a guère lieu de signaler que : noise, pouille et midi à quatorze heures.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
On va chercher midi à quatorze heures pour expliquer la dégénérescence de la race, son abâtardissement an point de vue physique, son aplatissement au point de vue moral — et cette mortelle tristesse qui fait que les petits de vingt ans ont littéralement l’air de vomir la vie.
Ils ont « mal à l’âme », disent-ils. Ce n’est pas vrai — ils ont mal à l’estomac ! Nous les avons, culinairement, mal élevés et mal nourris. Le chef remplacé la cuisinière… il n’en faut pas plus, sans paradoxe, pour faire dégringoler une nation.
(Jacqueline, Gil Blas)
Chien
d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger. Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache. Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux. Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort. Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.
Halbert, 1849 : Secrétaire.
Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.
Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.
Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.
(d’Hautel, 1808)
N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.
Larchey, 1865 : Compagnon.
Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.
(Biéville)
Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.
Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.
Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Avare.
Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.
(A. Tauzin, Croquis parisiens)
Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.
Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.
Notre pion est diablement chien.
(Albanès, Mystères du collège, 1845)
Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.
Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.
La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.
France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :
Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.
Cœur
d’Hautel, 1808 : À deux mains trois cœurs. Locution adverbiale et populaire, pour dire avec ardeur, avec empressement, de tout cœur.
Mettre du baume de son cœur sur quelque chose. Voy. Baume.
Dîner par cœur. Se passer de dîner ; ce que l’on appelle plus populairement encore, se serrer le ventre.
Un sans-cœur. Homme lâche et paresseux, sans orgueil, sans amour-propre ; peu délicat sur le point d’honneur, et à qui aucune remontrance ne fait impression.
Il a bon cœur, il garde tout, et ne rend rien. Se dit par raillerie, d’un envahisseur ; d’un homme qui ne rend pas fidèlement ce qu’on lui a prêté.
Mettre le cœur sur le carreau. Rébus populaire qui signifie vomir, après avoir mangé avec excès.
Mettre le cœur au ventre. Animer, exciter quelqu’un ; lui donner du courage.
Faire contre fortune bon cœur. Montrer de la résignation et de la fierté dans des circonstances difficiles.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Voyez Bas.
Cela lui ronge le cœur. C’est-à-dire, le chagrine, l’agite, le tourmente, le consume.
Cela lui tient au cœur. Pour, il met une grande importance à cette affaire.
Cela fait mal au cœur. Pour, cela fait pitié ; cause un grand déplaisir.
Se dit aussi d’un ouvrage mal exécuté, fait grossièrement et sans propreté.
On dit d’un homme qui se laisse insulter sans venger son honneur, qu’Il n’a pas de cœur, s’il souffre cela.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Pour, il affecte des sentimens qu’il n’a pas ; il dit le contraire de ce qu’il pense.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, — un muscle creux comme l’autre — Le mot est de Boufflers et au XVIIIe siècle, où la sentimentalité était inconnue, et où il était tout simple, alors, que les femmes eussent le cœur — où les poules ont l’œuf.
Dans ce cœur tendre, aussitôt ce satyre
Enfonce un long… sujet de pleurs.
(Béranger)
Dès que cet enfant n’est pas de vous, ma belle nymphe, et qu’avec un cœur neuf, vous m’apportez en mariage des beautés immaculées, pourquoi rougirais-je ?
(A. de Nerciat)
Un jour cet amant divin,
Qui mettait l’amour au vin,
Sur le revers d’une tonne
Perça le cœur d’Érigone.
(Collé)
Cœur sur du carreau (mettre du)
Rigaud, 1881 : Vomir. — Jeu de mots : c’est rendre à force d’efforts son cœur sur le parquet (carreau.)
Cœur sur le carreau (jeter du)
Larchey, 1865 : Vomir. — Ce calembour se trouve déjà dans Le Roux (1718) et dans les Jeux d’esprit de La Châtre.
Cœur sur le carreau (mettre du)
France, 1907 : Vomir ; jeu de mots. On vide sur le carreau ce qu’on à sur le cœur.
Cœur sur le carreau (mettre le)
Virmaître, 1894 : Vomir (Argot du peuple).
Compter ses chemises
Delvau, 1866 : v. a. Vomir, — dans l’argot des marins et du peuple. Les Anglais ont une expression analogue : To cast up one’s accounts (rendre ses comptes), disent-ils.
Compter ses chemises ou son linge
France, 1907 : Vomir.
Cracher
d’Hautel, 1808 : On lui en crachera. Manière basse et triviale qui équivaut à, on lui en donnera ; il n’a qu’à compter là-dessus.
Quand on crache en l’air, cela retombe sur le nez. Signifie que lorsqu’on se porte à quelqu’excès, ou que l’on commet des étourderies, on en est tôt ou tard la victime.
On dit d’une personne que l’on méprise, et contre laquelle on est irrité : qu’on lui cracheroit au nez, si l’on ne se retenoit.
Faire cracher quelqu’un. Le forcer à payer une chose qu’il ne doit pas ; lui soutirer de l’argent.
On dit aussi dans le même sens : Faire cracher quelqu’un au bassin.
Cracher du grec et du latin. Faire à chaque instant, et sans nécessité, des citations dans ces deux langues.
C’est son père tout craché ; c’est son portrait tout craché. Pour dire, c’est absolument la ressemblance de son père ; c’est son portrait véritable.
Cracher des injures. Pour débiter, vomir des propos injurieux et grossiers.
Vidocq, 1837 : v. a. — Parler.
Larchey, 1865 : Décharger. — Le canon crache la mitraille.
Larchey, 1865 : Parler (Vidocq). — Mot à mot : cracher des paroles.
Delvau, 1866 : v. n. Parler, — dans l’argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Faire des aveux en justice.
La Rue, 1894 : Avouer en justice. Parler.
France, 1907 : Parler. Avouer en justice. Faire cracher, faire causer. Se dit aussi d’un canon qui crache.
Débagouler
d’Hautel, 1808 : Au propre, dégueuler, vomir. Au figuré, parler sans ménagement, clabauder, en dégoiser.
On dit d’un bavard, d’un homme qui se plaît à dire des grossièretés, des injures, que quand il aura tout débagoulé, il finira par se taire.
Delvau, 1866 : v. a. Parler, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Cette expression est usitée dans les faubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Parler avec abondance.
France, 1907 : Parler.
Il montra le poing à la vision de cet inconnu hostile, débagoula un flot d’injures en sacrant effroyablement.
(C. Lemonnier)
Pour qu’on entende tes harangues,
Braille-les dans l’argot du jour ;
Pourquoi pas ? Tu dois, tour à tour,
Débagouler toutes les langues.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Débecqueter
Fustier, 1889 : Vomir.
Rossignol, 1901 : Dégoûter. — « Tu me dégoûtes, tu me débectes. » Une chose écœurante est débectante. — « Je suis passé à la morgue, c’était débectant. »
Débecter
La Rue, 1894 : Vomir. Ennuyer.
France, 1907 : Vomir.
Déborder
Delvau, 1866 : v. n. Rejeter hors de l’estomac le liquide ou la nourriture ingérés en excès, — dans le même argot [du peuple]. Se faire déborder. Se faire vomir.
France, 1907 : Vomir.
Décœurer
France, 1907 : Se débarrasser de ce qu’on a sur le cœur, vomir.
Dégobillade
Delvau, 1866 : s. f. Résultat d’une indigestion, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Vomissement, chose malpropre et répugnante.
Dégobillage
Rigaud, 1881 : Matières rejetées hors de l’estomac. — Dégobiller, vomir. — Pratiquer sa cambrure dans un fort dégobillage escrabouillé sur le trot. Mettre le pied dans un fort dégobillage aplati sur le trottoir.
Dégobiller
d’Hautel, 1808 : Vomir les viandes, que l’on a prises avec excès ; regorger le vin dont on s’est enivré.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir une indigestion.
Virmaître, 1894 : Vomir (Argot du peuple). V. Mettre du cœur sur le carreau.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Vomir.
France, 1907 : Vomir : de gobiller, fréquentatif de gober.
Lors je fis mettre le couvert
Sous un rocher creux et couvert
De quantité d’arbres sans nombre,
Où l’on pouvoit manger à l’ombre,
Aussi tost que l’on eut servy,
Tout aussi-tost tout fut ravy
Par ces franches escornifleuses :
O bon Dieu ! les braves mangeuses !
Le chancre près d’elles n’est rien,
Quoy qu’un chancre mange très bien,
Mais les porques dégobillèrent
Et toutes nos napes souillèrent.
(Scarron, Le Virgile travesti)
Dégobillis
d’Hautel, 1808 : Vomissement ; rejet des alimens que l’on a pris avec trop d’abondance. Le peuple dit par corruption, dégobillage.
Déguelade, dégueulage
France, 1907 : Vomissement.
Dégueulade, dégueulage, dégueulis
Fustier, 1889 : Vomissement. Dégueulage a aussi, dans le peuple, le sens de cravate.
Dégueulas
Delvau, 1866 : adj. Dégoûtant, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses.
Rigaud, 1881 : Dégoûtant.
Rossignol, 1901 : Chose écœurante à voir.
France, 1907 : Qui donne envie de vomir. Le féminin est dégueulasse.
Voir cette fin de siècle, dégueulasse au possible, où tout est menteries, crapuleries et brigandages, — et assister la bouche close à tout ça : nom de Dieu ! je pouvais pas m’y faire.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Dégueulas, dégueulatif, dégueuldif, dégoutatif et emmerdatoire
Virmaître, 1894 : Individu à l’aspect tellement dégoûtant que sa vue soulève le cœur et donne envie de vomir (Argot du peuple). N.
Dégueulatif
Rigaud, 1881 : Être, objet dégoûtant, dont la vue fait vomir.
Vos pareils ont l’habitude vraiment dégueulative d’attendre les filles du peuple à la sortie des ateliers.
(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres, 1879)
Dégueuler
d’Hautel, 1808 : Terme bas et ignoble quand on l’applique à un être doué de raison, et qui signifie vomir, dégorger. On dit figurément d’un grossier, d’un butor qui se plait à dire des injures, qu’il ne fait que dégueuler.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir une indigestion, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Dénoncer ses complices.
France, 1907 : Parler avec abondance, comme si l’on vomissait ses paroles.
Réciter de mémoire une leçon du professeur, tout un chapitre de chimie : parler d’abondance sans s’inquiéter de comprendre ce que l’on dit. Certains « colleurs » prétendent coter l’intelligence de l’élève ; d’autres apprécient uniquement le dégueulage. Le comble de l’astuce est de dégueuler sa réponse, en s’exprimant avec une légère hésitation, afin de laisser croire qu’on a trouvé par réflexion la réponse à la question posée.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
France, 1907 : Vomir.
Françoise, qui toujours est prête
À faire entendre son caquet,
Veut crier plus haut ; un hoquet
Lui coupe soudain la parole,
Il redouble. — Oh ! lui dit Nicole,
Ne nous dégueulez pas au nez…
(J.-J. Vadé, Œuvres poissardes)
Dégueulis
Delvau, 1866 : s. m. Résultat d’une indigestion.
Rigaud, 1881 : Matières rejetées hors de l’estomac. Mot à mot : au-delà de la gueule.
France, 1907 : Vomissement.
Duchène
d’Hautel, 1808 : Le père Duchène. Nom apocryphe d’un vil folliculaire qui, pendant les troubles de la révolution, et à la faveur d’un style bas, grossier, trivial et populaire, vomissoit, dans une feuille ainsi intitulée, des imprécations et de sanglantes injures contre les premières autorités de l’état.
Le peuple a fait justice de cet écrivain incendiaire, en le livrant au mépris qu’il mérite ; et lorsqu’il veut parler d’une rage vaine, d’un cour roux impuissant et dont on a n’a rien à redouter, il dit : c’est la colère du père Duchène.
Écorcher
d’Hautel, 1808 : Être écorché. Être rançonné ; payer trop cher ce que l’on achète.
On dit d’un traiteur chez lequel il faut donner beaucoup d’argent pour dîner, qu’on est écorché quand on va chez lui.
Beau parler n’écorche point la langue. Signifie qu’il ne coûte pas plus de parler civilement qu’avec arrogance.
Écorcher un auteur. L’entendre mal, ou le traduire à contre-sens.
Il est brave comme un lapin écorché. Se dit d’un poltron ; d’un homme pusillanime et lâche.
Écorcher le renard. Pour dire, vomir, dégobiller, regorger.
Écorcher les oreilles. Prononcer mal ; parler mal devant quelqu’un qui est instruit.
Autant fait celui qui tient que celui qui écorche. Signifie que le recéleur est aussi coupable que le voleur même.
Il crie comme si on l’écorchoit. Se dit d’une personne délicate, et aimant à crier ; qui fait beaucoup de bruit pour rien.
Faire quelque chose à écorche cul. En rechignant ; de mauvaise grace.
Il faut tondre les brebis, mais non pas les écorcher. Il faut plumer la poule, etc. Voyez Crier.
Delvau, 1866 : v. a. Surfaire un prix, exagérer le quantum d’une addition, de façon à faire crier les consommateurs et à les empêcher de revenir.
Rigaud, 1881 : Faire payer un objet deux ou trois fois sa valeur ; c’est la qualité dominante chez la plupart des boutiquiers de Paris dont les boutiques sont placées, sans doute, sous le patronage de Saint Barthélémy.
France, 1907 : Surfaire un prix ; présenter un compte d’apothicaire. Écorcher une langue, la mal parler. Écorcher les auteurs, les mal traduire.
Pour signer la paix, la Prusse a exigé de la France une indemnité de guerre de cinq milliards.
Ce n’est pas seulement en parlant que les Allemands écorchent le français.
On dit aussi écorcher un rôle.
À cette époque aussi, Albert Glatigny, dégingandé, si long qu’il était sans fin, si souple qu’il était sans consistance, Glatigny écrivait ses poèmes archi-lyriques ; mais il était, en même temps, acteur à un petit théâtre de banlieue, ce qui lui dont à manger à peu près chaque jour. Or, un matin, Théodore de Banville surpris ledit Glatigny en train de répéter le rôle d’Achille dans l’Iphigénie de Racine.
— Eh quoi ! sécria-t-il, tu vas jouer une pièce de ce… monsieur ?
— Parbleu ! répondit Glatigny ; et c’est précisément parce que je l’exècre que je le joue. Car personne, songes-y bien, personne ne lui fit plus de tort que je ne lui en prépare à ce moment.
Alors comme Banville demeurait soupçonneux :
— Théodore, ajouta Glatigny, viens seulement, ce soir, au théâtre de Montmartre : et tu verras comment je le joue, ce polisson, tu verras comment je l’écorche !
Écorcher le renard
France, 1907 : Vomir.
Tous les matins écorchoit le renard.
(Rabelais)
Faire siphon
Fustier, 1889 : Argot des voyous. Vomir.
Fusée
d’Hautel, 1808 : Démêler la fusée. Découvrir une entreprise, une fourberie, une intrigue ; vider une querelle ; terminer une affaire d’honneur.
Delvau, 1866 : s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d’un homme qui en a trop bu. Lâcher une fusée. Vomir.
Rigaud, 1881 : Résultat de l’indigestion. Violente projection de la nourriture congédiée par l’estomac ; elle part au loin comme une fusée.
Fustier, 1889 : Argot des gens de Bourse. La fusée est l’enlevée en hausse d’une valeur. On entend dire couramment à la Bourse : Le Trois vient de faire une fusée de quinze sous.
Rossignol, 1901 : Vomissement. — Celui qui a trop bu lâche une fusée.
Hayard, 1907 : Déjection d’ivrogne.
France, 1907 : Vomissement. Lâcher une fuser, vomir ou évacuer abondamment et avec bruit du derrière.
Fusée (lâcher une)
Larchey, 1865 : Vomir. — Mot imagé.
Ghetto
France, 1907 : Juiverie ; italianisme. Quartier de Rome, de Turin et autres villes d’Italie, réservé aux juifs et qu’on fermait la nuit au moyen de chaînes. Le nom de ghetto a été donné à tous les quartiers juifs.
Naples de même et ses ghetto révèlent mieux, en une brève escale, la crasse orientale à venir que les relations de voyage les plus documentées.
(Paul Bonnetain)
Entre ces parquets à jour l’eau fuit, rapide comme un malfaiteur. Les délayages ignobles des savonnages, des teintures, les immondices, les épluchures ont déposé un humus de vase qui est de la lie humaine. Des papiers, des débris d’assiettes collent sur ce fond une mosaïque. Des poignées de cheveux s’y fixent en façon d’algues. Et l’on songe tout ensemble à une Venise de truands et à un ghetto de lépreux, où l’ordure se coagule dans le vomissement des ivresses et dans le sang des rixes.
(Hugues Le Roux)
Gorge
d’Hautel, 1808 : Faire grosse gorge. Se pavaner, faire l’orgueilleux, tirer vanité de quelque chose.
Ses ris ne passent pas le nœud de la gorge. Se dit de celui qui rit par complaisance ; d’un homme froid, flegmatique et sérieux, qui ne rit que forcément.
Rire à gorge déployée. Pour dire follement ; de toutes ses forces.
Rendre gorge. Pour vomir, dégobiller.
C’est un bon mâle, il a la gorge noire. Se dit d’un garçon jeune et vigoureux qui a la barbe noire et bien fournie.
Mettre le pied sur la gorge à quelqu’un. Tenir quelqu’un de très-près, l’opprimer ; ne pas lui donner de répit qu’il n’ait satisfait à ce qu’on exige.
Prendre quelqu’un à la gorge. En agir mal avec lui, le traiter de turc à more.
Se couper la gorge. Se battre en duel ; vider un différent à la pointe de l’épée.
Un coupe gorge. Lieu obscur et dangereux, où il ne fait pas bon à se trouver seul pendant la nuit.
Delvau, 1866 : s. f. Étui, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Étui, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Étui.
Goujon
d’Hautel, 1808 : Faire avaler le goujon à quelqu’un. V. Avaler.
Delvau, 1864 : Le membre viril, — qui frétille dans le con de la femme comme poisson dans l’eau.
Mais surtout prenez ce goujon,
Et mettez-le dans la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.
(Chanson anonyme moderne)
Delvau, 1866 : s. m. Homme facile à duper, — dans l’argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et leurs regards ; — ainsi que dans l’argot des faiseurs, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.
Rigaud, 1881 : Jeune voyou qui vit aux crochets d’une pierreuse ou de toute autre prostituée ignoble. « Petit poisson deviendra grand / Pourvu que Dieu lui prête vie. »
Rigaud, 1881 : Petit morceau de fil de zinc dont les marbriers se servent, en guise de clou, pour ajuster les plaques de marbre.
La Rue, 1894 : Petit souteneur. Homme facile à duper.
France, 1907 : Dupe. Avaler le goujon, mourir. Lâcher son goujon, vomir.
France, 1907 : Petit souteneur.
Goujon (lâcher son)
Rigaud, 1881 : Vomir.
T’as lâché ton goujon
Sur mon baluchon.
(Chans. pop.)
Guenipe
d’Hautel, 1808 : Terme bas et insultant, qui équivaut à gourgandine, vile prostituée.
France, 1907 : Fille ou femme sale et de mauvaise vie ; du hollandais knippe, lieu de prostitution.
À douze ans, il but et fuma comme un homme, jamais à court d’argent, qu’elle lui donnait ou qu’il volait, se guédant de bière et de genièvre au point de rouler, vomissant dans le ruisseau ; puis il connut les guenipes qui, postées aux portes des usines les jours de paye, se prostituent pour six sous. Et dès ce moment il eut le dégoût de sa petite cœur, la battit quand elle s’approchait de lui, câline, avec des étirements de jeune chatte.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
— T’as donc l’enfer en pension
Dans ta chienne d’âme pourrie !
Vieille anguille de la voirie !
Guenipe ! — Moi, guenipe ! moi !
Margot, mon p’tit cœur, bon pour toi :
Guenipe est le nom qu’on te garde.
(J.-J. Vadé)
Jeter
d’Hautel, 1808 : Il se jette dessus comme la pauvreté sur le monde. Se dit d’une personne qui saisit avidement quelque chose ; d’un homme affamé qui mange avec avidité, et d’un ennuyeux qui obsède par ses importunités.
Jeter un beau coton. Manière ironique, pour dire faire mauvaise figure ; ne pas bien réussir dans ses entreprises ; traîner en langueur.
Jeter des fusées. Pour vomir ; être ivre-mort.
Jeter le manche après la cognée. Se dégoûter d’une entreprise pour le succès de laquelle on éprouve de grands obstacles.
Jeter la plume au vent. Se laisser conduire par le hasard.
Se jeter à la tête de quelqu’un. Se prodiguer ; rechercher les faveurs de quelqu’un d’une manière affectée ; offrir ses services à vil prix.
Tout le monde lui jette la pierre. Se dit de quelqu’un qui, dans l’adversité, se voit accuser publiquement par ceux qui lui faisoient avant une cour assidue.
Il ne jette pas sa part aux chiens. Se dit d’une personne qui ne cède en rien de ses prétentions, ou de la part qui lui revient dans quelque chose.
Jeter de la poudre aux yeux. Briller d’un faux éclat, comme font les imposteurs, les hypocrites et les charlatans.
Jeter des perles devant les pourceaux. Tenir de beaux discours devant les ignorans ; donner des effets de valeur à ceux qui n’en connoissent pas le mérite.
Jeter de l’huile sur le feu. Exciter, animer des gens déjà en colère.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Voyez Chat, Chien, Jambes.
Delvau, 1866 : v. n. Suppurer, — dans l’argot du peuple.
Rossignol, 1901 : Renvoyer, mal recevoir.
J’ai été solliciter un emploi, je me suis fait jeter.
Celui qui se fait renvoyer de son emploi ou de son atelier, se fait jeter.
Hayard, 1907 : Renvoyer, congédier.
Jeter du cœur sur le carreau
France, 1907 : Vomir.
Jouer
d’Hautel, 1808 : Jouer des jambes. Pour dire, décamper, s’enfuir au plus vite.
Jouer à la faillousse. Jeu auquel se divertissent les écoliers, et notamment les petits polissons des rues, et qui consiste à introduire autant de pièces que l’on peut d’un seul coup dans un petit trou fait en terre, que l’on nomme le pot.
Faire jouer du pouce à quelqu’un. Pour lui faire débourser de l’argent contre sa fantaisie.
Jouer à quitte ou double. Risquer le tout pour le tout.
Jouer une pièce à quelqu’un. Pour, lui jouer quelque tour.
Jouer des griffes, ou des mains. Pour dire, filouter, voler avec adresse.
Jouer des prunelles. Clignoter les yeux ; regarder quelqu’un ou quelque chose avec une grande attention.
Jouer de son reste. Employer le peu de temps que l’on a à se divertir ; tenter les derniers efforts dans une affaire désespérée.
Jouer des éperons. Pour, donner des coups de pieds.
Jouer des épinettes. Pour, friponner, tricher, voler.
Il joueroit jusqu’à sa chemise. Se dit d’un joueur déterminé ; d’un homme qui s’entête au jeu.
Jouer du cœur. Pour, vomir, dégobiller.
Jouer quelqu’un par-dessus la jambe. Avoir une grande supériorité sur quelqu’un ; le gagner sans effort.
Jouer du cœur
Delvau, 1866 : Rejeter les vins ou les viandes ingérés en excès ou mal à propos, — dans l’argot du peuple, à qui les concetti ne déplaisent pas. Nos aïeux disaient Tirer aux chevrotins.
France, 1907 : Vomir.
Lest (jeter son)
Rigaud, 1881 : Rejeter par en haut le lest de la nourriture, vulgo vomir.
Lèvre
d’Hautel, 1808 : Avoir le cœur sur les lèvres. Être sincère ; parler franchement et ouvertement. Signifie aussi éprouver une grande envie de vomir.
Avoir la mort sur les lèvres. Être dangereusement malade ; traîner en langueur.
Avoir quelque chose sur le bord des lèvres. Voy. Bord.
Mérangoises
France, 1907 : Dévoiement d’estomac causé par un excès de nourriture ou de boissons. Provincialisme qu’on n’entend plus guère que dans quelques campagnes de l’Orléanais. On trouve dans le dictionnaire de Ménage l’étymologie de ce mot qui viendrait d’un certain Des Méranges, ministre de la religion réformée, qui, arrivé de Genève à Orléans en 1559, et étant monté en chaire après de trop copieuses libations, vomit sur son auditoire. De là faire méranges, pour dégobiller, dit Ménage, d’où mérangoises, vomissure. Cependant, ce qui contredirait l’origine rapportée par Ménage, c’est que l’on trouve dans le Glossaire de la langue romane de Roquefort : « Mérange, marance, maranche, peine, douleur, affliction, ennui. »
Mettre le cœur sur carreau
Rossignol, 1901 : Vomir.
Miette
d’Hautel, 1808 : Faire sauter les miettes. Manger avec un grand appétit, avidement ; mettre les morceaux doubles, comme il arrive lorsqu’on a pris beaucoup d’exercice, ou que l’on s’est appliqué à un travail pénible.
Rendre les miettes. Pour vomir, rendre les alimens que l’on a pris avec excès.
Pain
d’Hautel, 1808 : La rue au pain. Pour dire, le gosier, l’avaloir, la vallée d’Angoulême, de Josaphat.
C’est bien le pain. Locution vulgaire qui équivaut à, c’est bien ce qu’il faut ; cela fait bien mon affaire.
Pain de munition. Voy. Munition.
M. ou madame qui a le pain. Sobriquet que l’on donne par plaisanterie à celui ou celle qui se charge à table de servir le pain. On prononce calepin, comme si ces trois mots n’en faisoient qu’un.
Il n’y a pas long-temps qu’il mangeoit le pain d’un autre. Se dit par raillerie d’un homme qui fait le hautain, et dont la première condition étoit la domesticité.
Pain coupé n’a point de maître. Se dit par plaisanterie à table, lorsqu’en se trompant, on prend le pain de son voisin.
Il a mangé de plus d’un pain. Se dit d’un homme qui a vu du pays ; qui s’est trouvé dans des positions fort différentes les unes des autres.
Il sait son pain manger. Se dit d’un homme industrieux, intelligent, qui sait se tirer d’affaire.
Il ne vaut pas le pain qu’il mange. Se dit d’un homme oisif, paresseux et fainéant, qui ne fait œuvre de ses dix doigts.
Le pain lui vient quand il n’a plus de dents. Pour dire, que le bien arrive dans un temps où l’âge et les infirmités en ôtent toute la jouissance.
Avoir son pain cuit. Être à son aise, pouvoir vivre sans travailler ; avoir sa subsistance assurée.
C’est autant de pain cuit. Signifie qu’une chose que l’on a faite, et qui ne peut être employée pour le présent, servira dans un temps plus éloigné.
C’est du pain bien dur. Se dit d’un emploi pénible, dans lequel la nécessité contraint de rester.
Il a eu cette maison pour un morceau de pain. Pour dire à fort bon compte, à fort bas prix.
Faire passer le goût du pain à quelqu’un. Le faire mourir ; le tuer, l’assassiner.
Il a mangé le pain du roi. Pour, il a été plusieurs fois en prison.
Rendre le pain bénit, ou ses comptes. Manière basse et grossière de dire qu’un homme gorgé de nourriture la rejette, vomit.
Ôter le pain de la main de quelqu’un. Lui ôter les moyens de subsister.
Faire la guerre au pain. Manger avec appétit ou de fort gros morceaux de pain, comme le font les jeunes gens, et notamment les écoliers.
Chercher son pain. Pour dire mendier, demander l’aumône.
Delvau, 1866 : s. m. Coussin de cuir, — dans l’argot des graveurs, qui placent dessus la pièce a graver, bois ou acier.
Rigaud, 1881 : Coussinet en cuir dont se servent les graveurs pour poser la planche à graver.
Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écrit paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.
La Rue, 1894 : Coup au visage.
Hayard, 1907 : Coup.
France, 1907 : Coup de poing sur le visage.
Que, formidable, Richepin
Provoque le Géant alpin
Et le tombe et lui flanque un pain.
(Catulle Mendès)
France, 1907 : Coussin de cuir sur lequel les graveurs placent la pièce à graver.
Piquer un renard
Larchey, 1865 : Vomir. — V. Renard. — Piquer un soleil : Rougir subitement. — Piquer l’étrangère : V. ce mot. — Piquer une tête : S’élancer ou tomber la tête la première. — Piquer un laïus : V. ce mot. — Piquer une carte :
Lui imprimer certaines marques imperceptibles, et susceptibles de ne les faire connaître a d’autres qu’à vous.
(Mornand)
Piquer sur quatre : Gagner une partie d’écarté presque perdue, lorsque votre adversaire a sur vous quatre points d’avance. — Se piquer le nez : V. ce mot. — Pas piqué des vers, des hannetons : Vigoureux, intact, frais, sain.
C’est qu’il fait un froid qui n’est pas piqué des vers ici !
(Gavarni)
Une jeunesse entre quinze et seize, point piquée des hannetons, un vrai bouton de rose.
(Montépin)
C’est qu’elle n’était pas piquée des vers, Et oui, morbleu ! C’est ce qu’il faut à Mahieu.
(Les amours de Mahieu, ch., 1832)
Rigaud, 1881 : Restituer forcément un bon ou un mauvais repas.
France, 1907 : Vomir.
Queue (faire la)
Larchey, 1865 : Escroquer. V. Perruque.
Giromont finissait de compter son argent et disait : le scélérat m’a fait la queue.
(E. Sue)
Faire la queue : Tromper.
Il faut se contraindre et vous avez un fameux toupet si vous parvenez à lui faire la queue.
(Phys. de la Chaumière. 1841)
Queue : Infidélité galante.
Je connais un général à qui on a fait des queues avec pas mal de particuliers.
(Gavarni)
Queue romantique : Jeu de mots altérant le sens raisonnable de la phrase. Murger a ridiculisé cet exercice dans sa Vie de Bohème. Dès 1751 paraissait une Histoire du prince Camouflet qui peut passer pour un recueil complet de ces stériles tours de force. C’est de là que datent « je le crains de cheval, — sous un beau ciel de lit bassiné, » etc.
Ruban de queue : « Comme ces grandes routes ruban de queue de quatre ou cinq lieues de long qui rien qu’à les voir toujours toutes droites, vous cassent les jambes. » — E. Sue.
Queue-rouge : Paillasse grotesque dont la perruque est nouée par un ruban rouge.
Le public préfère généralement le lazzi au mot et la queue-rouge au comédien.
(De la Fizelière)
Queue de rat : Tabatière dont le couvercle de bois était soulevé par une longue et étroite lanière de cuir.
Une de ces ignobles tabatières de bois vulgairement appelées queues de rat.
(Ch. Hugo)
Queue de renard : Trace de vomissement. V. Renard.
Rigaud, 1881 : Tromper en matière de payement.
Queue de renard
Larchey, 1865 : Longue trace de vomissement.
Un homme sans éducation qui a fait une queue de renard dans le plat de son voisin.
(Cabarets de Paris, 1821)
Delvau, 1866 : s. f. Témoignages accusateurs d’un dîner mal digéré. Argot du peuple.
France, 1907 : Vomissement qui laisse une longue et épaisse traînée.
Refilé (aller au)
La Rue, 1894 : Vomir. Payer. Ne pas aller au refilé, nier.
France, 1907 : Faire des aveux ; argot des voleurs.
Regorger
d’Hautel, 1808 : Abonder.
Faire regorger. Signifie obliger quelqu’un à rendre ce qu’il a acquis d’une manière illicite.
Regorger de santé. Jouir d’une bonne santé.
Regorger. Avoir de tout en quantité ; vomir, rendre les alimens que l’on a pris.
Renard
d’Hautel, 1808 : Un vieux renard. Pour dire un homme adroit, fin, rusé.
Se confesser au renard. Découvrir son secret à quelqu’un qui en tire avantage, qui en fait son profit, et qui est intéressé à empêcher l’affaire dont il s’agit.
Écorcher le renard. Pour dire vomir, rendre les alimens, ou le vin qu’on a pris immodérément.
Le renard cache sa queue. Pour dire que les gens adroits cachent leurs finesses, leurs ruses.
Le renard prêche aux poules. Se dit d’un imposteur, qui cherche à attrapper, par ses discours, des gens simples et crédules.
Le renard a pissé dessus. Se dit en parlant du raisin, que l’ardeur du soleil a rendu roux, et qui est très-mûr.
Larchey, 1865 : « Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti, plus tard tu passeras renard ou aspirant. » — Biéville. — V. Chien.
Delvau, 1866 : s. m. Aspirant compagnon, — dans l’argot des ouvriers.
Delvau, 1866 : s. m. Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière, forcés d’employer toutes les ruses de leur imagination pour en obtenir un des familles inconsolables, mais « dures à la détente ».
Delvau, 1866 : s. m. Résultat d’une indigestion, — dans l’argot du peuple. Piquer un renard. Vomir. Du temps de Rabelais et d’Agrippa d’Aubigné, on disait Écorcher le renard. Les Anglais ont une expression analogue : to shoot the cat (décharger le chat).
Rigaud, 1881 : Aspirant au compagnonnage.
Rigaud, 1881 : Pourboire, — dans l’argot des marbriers de cimetière. (A. Delvau) C’est le résultat prévu du pourboire.
La Rue, 1894 : Pourboire. Vomissement. Trahison. Espion de bagne.
France, 1907 : « Livre rare et curieux déterré par un amateur dans l’étalage d’un brocanteur qui en ignorait le prix. »
(Gustave Fustier)
France, 1907 : Mouchard, espion ; argot des forçats.
Sur ce fond de boue et de sang se détache une troisième physionomie, la physionomie du forçat mouchard ou du renard.
(A. Dauvin)
France, 1907 : Postulant compagnon au temps où les ouvriers faisaient leur tour de France.
— Nous étions dix ou douze renards qui s’étaient donné le mot pour se faire initier. On avait déjà passé une nuit dans la cave de la Mère, à boire et à chanter. Eux nous avaient fait « piquer » et « battre le cordeau », pour vérifier notre savoir.
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Résultat d’une absorption trop copieuse. Voir Renarder.
Renard (cracher un)
Hayard, 1907 : Vomir étant ivre.
Renard (faire un)
Rossignol, 1901 : Vomir.
Renard (piquer un)
Larchey, 1865 : Vomir. — On a commencé par dire écorcher le renard. — Le renard est une bête si puante qu’on s’expose à vomir de dégoût en voulant l’écorcher. V. Gaz.
Et tous ces bonnes gens rendoient leurs gorges devant tout le monde, comme s’ils eussent escorché le regnard.
(Rabelais)
Le voyageur Jacques Lesaige dit en faisant allusion aux effets du mal de mer :
Loué soit Dieu ! Javons bon apétit car je n’avois fait que escorchier le regnart. (1518)
Renard, queue de renard
Rigaud, 1881 : Résultat d’une indigestion. Les queues de renard s’étalent les samedis de paye, le soir, le long de certains trottoirs. — Renarder, vomir.
Renarder
d’Hautel, 1808 : Pour dire vomir, rendre le superflu des alimens.
Larchey, 1865 : Vomir.
Je suis gris… Vous me permettrez de renarder dans le kiosque.
(Balzac)
On disait autrefois renauder. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : v. n. Rendre le vin bu ou la nourriture ingérée avec excès ou dans de mauvaises dispositions d’estomac.
France, 1907 : Vomir. On dit aussi piquer un renard, écorcher de renard, dégobiller. Sur l’origine de ces expressions, Le Duchat s’exprime ainsi : « Pour retourner la peau d’un renard, il faudrait que la queue lui passât par la gueule. Or, comme les fusées que fait un ivrogne qui vomit ont quelque rapport avec la grosse et longue queue d’un renard, de là est venu qu’on a appelé renarder et écorcher le renard le vomir des ivrognes… Peut-être que, comme de vulpes nous avons fait goupil, de goupil sera venu dégobiller qui est la même chose qu’écorcher le renard. »
Renarderie
Rigaud, 1881 : Vomissement.
Après cette renarderie
Qui ne fut qu’une raillerie.
(Voyage de Brème)
France, 1907 : Finesse de renard, tour de renard.
Renauder
d’Hautel, 1808 : Pour maugréer, rechigner, regimber, faire malgré soi et à contre cœur un ouvrage quelconque, marmoner entre ses dents ; être rassasié, renoncer sur quelque chose.
Vidocq, 1837 : v. a. — Bisquer.
Clémens, 1840 : Se fâcher.
M.D., 1844 : Bisquer.
un détenu, 1846 : Être en colère, refuser, ne pas vouloir.
Larchey, 1865 : Renâcler (Vidocq). — Signifiait jadis vomir. V. Roquefort.
Quand elle quête, merci ! Chacun renaude ou détale.
(Léonard, parodie 1863)
Delvau, 1866 : v. n. Se refuser à faire quelque chose, être de mauvaise humeur. Argot du peuple. C’est le verbe arnauder de la langue romane. Renauder signifie aussi Se plaindre.
Boutmy, 1883 : v. intr. Murmurer, grommeler d’un air de mauvaise humeur ; souvent synonyme de gourgousser.
La Rue, 1894 : Grogner. Refuser. Se fâcher. Faire des reproches.
Virmaître, 1894 : Ne pas être content. Ce mot vient du verbe arnauder. Avoir du renaud contre quelqu’un veut également dire : avoir de la rancune. Synonyme de l’expression être à feu (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Voir renaudeur.
Hayard, 1907 : Même sens — être en colère.
France, 1907 : Grogner, récriminer, refuser.
La victime — qui se voyait déjà emboitée, pour de bon — soupirait et, contente d’en être quitte avec du pognon, crachait sans trop renauder.
(Le Père Peinard)
Rendre
d’Hautel, 1808 : Il m’a rendu cela comme un lavement ou un remède. Se dit par raillerie d’une personne qui rend une honnêteté aussitôt qu’elle l’a reçue ; qui débite sans grace quelques complimens ; ou qui rend ce qu’il avoit emprunté sans avoir pris le temps de s’en servir.
C’est un homme qui a bon cœur, il ne rend rien ; ou, Quant il emprunte, c’est à ne jamais rendre. Se dit d’un homme qui ne rend pas fidèlement ce qu’on lui a prêté.
Rendre les miettes. Vomir, dégobiller ; rejeter les alimens que l’on a pris avec excès.
On dit aussi dans le même sens, rendre tripes et boyaux.
C’est un prêté pour un rendu. Se dit quand on riposte habilement à quelqu’un ; qu’on lui a joué un tour qui surpasse celui qu’il vous avoit joué auparavant.
Dieu vous le rende en paradis, chaud comme braise. Se dit par ironie quand un homme fait quelque mauvais souhait à un autre.
Rendre ses comptes
France, 1907 : Vomir.
Restituer
France, 1907 : Vomir. Restituer sa doublure, mourir.
Restitution
d’Hautel, 1808 : Faire restitution. Pour dire vomir, dégobiller, mettre le cœur sur le carreau.
Retourner
d’Hautel, 1808 : Retourner quelqu’un comme un gant. S’emparer de toutes ses volontés ; s’en rendre le maître absolu.
Retourner à ses moutons, à son vomissement. Retomber dans la même faute, suivre ses inclinations,
La Rue, 1894 : Survenir inopinément. Être question : de quoi retourne-t-il ? de quelle chose est-il question ?
Revoir la carte
Delvau, 1866 : v. a. Rendre son déjeuner ou son dîner, — ce qui est une façon désagréable de s’assurer de ce qu’on a mangé. Argot du peuple.
France, 1907 : Vomir après un repas, « ce qui, dit Delvau, est une façon désagréable de s’assurer de ce qu’on a mangé. »
Saints (vomir les diables et manger les)
France, 1907 : Vieux dicton appliqué aux dévotes qui, anges à l’église, sont généralement furies à la maison ; après avoir mangé le saint en compagnie de M. le curé, elles vomissent le diable sur la tête le leur mari.
Semer
France, 1907 : Jeter à terre, renverser. Semer la camelotte, jeter en fuyant ce qu’on a volé. Semer des miettes, vomir. Semer quelqu’un, s’en débarrasser, le lâcher.
Siphon (faire)
Fustier, 1889 : Argot du peuple. Vomir.
Tirer aux chevrotins
France, 1907 : Expression vieillie signifiant vomir.
Tortillé
Rigaud, 1881 : Gauche, maladroit. Espèce de tortillé.
France, 1907 : Mort.
Comme les Européens y crèvent à mouche que veux-tu ? je suis surpris que le Gabonais Lafargue n’ait pas pensé à cette île plus qu’insalubre pour y envoyer les relégués de Casimir y finir promptement leurs jours. Ce pays pestilentiel est tout indiqué pour qu’on y expédie les Jean Grave, les Sébastien Faure, les Félix Fénéon et, en général, tous les écrivains indépendants, y faire une cure de vomito negro. C’est tout à fait précieux. On y est tortillé en deux heures.
(Henri Rochefort)
Tribut
d’Hautel, 1808 : Payer le tribut à la mer. Pour dire, vomir.
Tripe
d’Hautel, 1808 : Rendre tripes et boyaux. Vomir avec effort.
Troisième dessous
Larchey, 1865 : « Dans le troisième dessous des sociétés, pour emprunter à l’art dramatique une expression vive et saisissante, le monde n’est-il pas un théâtre ? Le troisième dessous est la dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra, pour en recéler la rampe, les apparitions, les diables bleus que vomit l’enfer. » — Balzac.
Delvau, 1866 : s. m. La dernière cave pratiquée sous les planches d’un théâtre pour recevoir la rampe, les trucs, les machines, etc. Tomber dans le troisième dessous. Se dit d’une pièce sifflée, dont la chute est irrémédiable.
Delvau, 1866 : s. m. Le monde des coquins, « la dernière sape, inferi », de la société, « la fosse des ténèbres, la grande caverne du mal », dit Victor Hugo, qui la peint à grands coups de brosse, comme Dante, son Enfer.
Cette cave est au-dessous de toutes et est l’ennemie de toutes. C’est la haine sans exception. Elle a pour but l’effondrement de tout, — de tout, y compris les sapes supérieures, qu’elle exècre. Elle ne mine pas seulement, dans son fourmillement hideux, l’ordre social actuel : elle mine la philosophie, elle mine la science, elle mine le droit, elle mine la pensée humaine, elle mine la civilisation, elle mine le progrès. Elle est ténèbre et elle sent le chaos. Sa voûte est faite d’ignorance. Elle s’appelle tout simplement vol, prostitution, meurtre et assassinat. Détruisez la cave-ignorance, vous détruirez la taupe-crime.
France, 1907 : Voir Tomber.
Trôlée
France, 1907 : Quantité.
Des trôlées d’hommes en ribotte dévalent par les escaliers glissants des hautes rues montantes ; des injures et des chansons se croisent, vomies dans tous les idiomes de la Méditerranée et de l’Orient et par des voix enrouées qui sont des voix du Nord, et par des voix zézayantes qui sont des voix du Midi. Vareuses et tricots rayés, bérets et bonnets de laine descendent, qui par deux, qui par groupes, jamais seuls, les yeux rieurs et la bouche tordue sur la chique, avec des gestes de grands enfants échappés de l’école.
(Jean Lorrain)
Tronche
d’Hautel, 1808 : Pour dire la tête.
Gare la tronche. Pour, prends garde à ta tête.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Tête.
Vidocq, 1837 : s. f. — La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc. Je crois qu’il serait difficile d’exprimer d’une manière à la fois plus concise et plus énergique deux idées plus dissemblables.
un détenu, 1846 : Tête.
Larchey, 1865 : La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc.
(Vidocq, 1837)
Gare la tronche ! prends garde à la tête.
(d’Hautel, 1808)
Delvau, 1866 : s. f. Visage ; tête, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Tête, visage. — Tronche à la manque, sergent de ville, agent de police, — dans le jargon des voleurs ; c’est-à-dire vilaine tête.
La Rue, 1894 : Tête. Visage. Tronche à la manque. Gardien de la paix. Figure mauvaise.
Virmaître, 1894 : Tête (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Tête.
Je lui ai envoyé un coup de tronche dans l’estomac, qui l’a envoyé à dame.
Hayard, 1907 : Tête.
France, 1907 : Tête. Tronche à la manque, agent de police.
Le protestantisme a une tronche moins rébarbative que le catholicisme — parce qu’il est une minorité et qu’il a été persécuté. Mais, il ne faut pas se gourrer : s’il était le maître, il serait aussi inquisiteur que le papisme. Et la preuve c’est que, en Allemagne, en Angleterr et en Amérique, il est bougrement intolérant.
(Père Peinard)
Et quand on r’tombe au temps présent,
On n’trouv’ pas ça plus amusant ;
Y font vomir les satisfaits
À qui pus rien ne fait d’effet ;
Et vomir les poir’s, les bett’raves,
Les résignés, à tronch’s d’esclaves
Et tous les genr’s de revoltés
Qui finiss’nt par êt’ députés !
(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)
anon., 1907 : Tête.
Ulcére (faire dégorger son)
France, 1907 : Se masturber ; argot populaire. Se dit aussi pour vomir.
Vomir tripes et boyaux
Rigaud, 1881 : Vomir copieusement et avec de grands efforts.
Vomitatoire
France, 1907 : Repoussant, répugnant, qui fait vomir ; argot faubourien.
Et c’est affreux et si tellement
Malpropre, obscur et délétère,
Qu’on s’figur’rait qu’les z’éléments
Sont sous l’régim’ parlementaire ;
Voui ! les cieux sont si dégueulas,
Corrompus et vomitatoires,
Qu’on a dit : — C’est cor’ eun’ drôl’ d’histoire,
Arton a dû passer par là.
(Jehan Rictus, Les Soliloques du Pauvre)
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