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Abatage

d’Hautel, 1808 : Avoir de l’abatage. Locution figurée et populaire, qui signifie être d’une haute stature ; être fort, vigoureux, taillé en Hercule.
En terme de police, ce mot signifie l’action de tuer les chiens errans ; c’est aussi un terme reçu parmi les acheteurs de bois vif.

Rigaud, 1881 : Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.

Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.

Rigaud, 1881 : Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.

Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.

(Le Sublime)

Rigaud, 1881 : Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.

Hayard, 1907 : Réprimande, de patron à ouvrier.

France, 1907 : Abattre son jeu au baccara, argot des joueurs.

Ainsi qu’un bon comptable, il laissa passer les premiers coups sans risquer aucun enjeu ; il attendait sa main. Quand les cartes lui vinrent, il poussa trois louis, et abattit huit ; mais, en consultant son point, ses mains tremblaient de plus en plus, et de la sueur lui coulait des cheveux sur les tempes. Il fit ce qu’on appelle paroli, et, toujours plus convulsif, abattit neuf.

(Maurice Montégut)

L’autre soir, au cercle. Le banquier perdait beaucoup. Un ponte qui venait de passer quatre fois prend les cartes pour le cinquième coup, et tombe sur le tapis, foudroyé par une attaque d’apoplexie.
Le banquier (très tranquillement). — Allons bon ! encore un abatage !

On appelle aussi abatage un ouvrage rapidement exécuté, d’après l’expression bien connue : abattre de la besogne.

Aile

d’Hautel, 1808 : Cela ne va que d’une aile ; et plus communément encore, Cela ne va que d’une fesse. Pour exprimer qu’une affaire est embarrassée par quelque circonstance cachée ; qu’un ouvrage est mené mollement et avec une grande nonchalance.
Rogner les ailes. Diminuer le crédit, l’autorité, la fortune de quelqu’un.
En avoir dans l’aile. Pour dire, être amoureux, être vivement épris.
Il ne bat plus que d’une aile. Se dit d’un homme qui perd tous les jours de son crédit, et dont les affaires sont très-dérangées.
Tirer pied ou aile de quelqu’un ou de quelque chose. Rattraper ce que l’on peut d’un débiteur insolvable, d’une mauvaise créance.
Il veut voler avant que d’avoir des ailes. Se dit d’une personne qui fail des entreprises au-dessus de ses forces, et dans un temps peu opportun.
Autant qu’en couvriroit l’aile d’une mouche. Hyperbole, qui signifie en très-petite quantité.
Baisser l’aile. Déchoir de sa condition ; être triste, mélancolique.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bras.

Delvau, 1866 : s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens, l’homme étant considéré par eux comme une oie. On dit aussi Aileron.

Rigaud, 1881 : Bras. Attrapez mon aile pour la ballade ! Donnez-moi le bras pour la promenade.

Aller dare dare

France, 1907 : Se dépêcher, aller vivement. Dare et l’impératif du vieux verbe français darer, aller sans crainte, que les Anglais ont pris de nous, to dare, oser.

Allonger (se les)

La Rue, 1894 : Courir vivement.

Arquepincer

Bras-de-Fer, 1829 : Arrêter.

Vidocq, 1837 : v. a. — Saisir vivement.

Halbert, 1849 : Prendre, saisir.

Rigaud, 1881 : Dérober adroitement. — Prendre, surprendre avec adresse. — Un voleur arquepince un porte-monnaie, un agent survient qui arquepince le voleur.

La Rue, 1894 : Dérober très adroitement. Arrêter le voleur de même.

Rossignol, 1901 : Prendre, arrêter.

Attaque (d’)

Larchey, 1865 : Vivement, spontanément. — Un homme d’attaque est un homme d’action.

Rigaud, 1881 : Avec ardeur, avec courage. — Un d’attaque, c’est-à-dire un homme d’attaque, déterminé, courageux, bon travailleur. — Être d’attaque, ne pas bouder à l’ouvrage.

Il est arrivé de province, c’est un de nos pays qui est d’attaque.

(Le Sublime)

Autor et d’achar (d’)

Delvau, 1866 : Apocope d’Autorité et d’Acharnement, qu’on emploie, — dans l’argot des faubouriens, — pour signifier : Vivement, sans répliquer, en grande hâte.

Rigaud, 1881 : D’autorité et avec acharnement. Terme employé par les joueurs d’écarté, lorsqu’ils jouent sans aller aux cartes. Jouer d’autor et d’achar. — Faire de l’autor. Prendre des airs autoritaires.

France, 1907 : Achar est l’acopoque d’acharnement. Travailler d’autor et d’achar, se mettre énergiquement à l’œuvre.

Et d’autor et d’achar
Enfonce le jobard.

(Xavier de Montépin)

Balancer les châssis

Rigaud, 1881 : Regarder de tous les côtés, jeter les yeux à droite et à gauche, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Regarder vivement de tous les côtés, par ex. en faisant le guet.

France, 1907 : Faire le guet, avoir l’œil.

Barberot

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat chargé de raser ses camarades. Quoiqu’il ne soit point alloué d’appointemens aux Barberots, l’emploi qu’ils exercent est toujours vivement sollicité, et l’administration ne l’accorde qu’à celui qu’elle croit capable de pouvoir lui rendre quelques services. Le Barberot est donc en même temps frater et agent de surveillance officieux.
Ses fonctions ne se bornent pas à cela, c’est lui qui est chargé de laver, avec de l’eau et du sel, les plaies du forçat qui vient de recevoir la bastonnade.
Le Barberot est déferré, il ne va pas à la fatigue, il peut parcourir librement tous les quartiers du bagne, et il reçoit tous les jours environ trois demi-setiers de vin en sus de sa ration ; les forçats donnent aux Barberots le titre de sous-officier de galères.

Larchey, 1865 : Barbier (Vidocq). Dimin. de barbier.

La Rue, 1894 : Barbier.

France, 1907 : Barbier ; argot des forçats.

Boulotter

un détenu, 1846 : Aller lentement. Exemple : Les affaires boulottent.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Vivre à l’aise. Mot à mot : rouler sans peine dans la vie. — Diminutif de bouler.

Ils boulottaient l’existence, sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.

(De Lynol)

Boulotter : Assister (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. Manger. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Manger. — boulotter de l’argent, manger de l’argent.

Rigaud, 1881 : N’aller ni bien ni mal, marcher doucement, en parlant de la santé, des affaires. — Ça boulotte.

Boutmy, 1883 : v. intr. Manger. Aller boulotter, c’est aller prendre son repas. Cette expression est commune à d’autres argots.

La Rue, 1894 : Manger. Boulottage, mangeaille.

Virmaître, 1894 : Faire ses petites allaires. Quant ça va bien on dit : ça boulotte à la douce, comme le marchand de cerises. On sait que ce dernier pour annoncer sa marchandise crie :
— À la douce, à la douce (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Manger (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Manger ; on dit aussi lorsque ça va bien : ça boulotte.

France, 1907 : S’emploie aussi, dans l’argot des voleurs, pour aider un camarade.

France, 1907 : Vivre à l’aise sans trop se faire de bile, aller doucement, réaliser de petits bénéfices. Boulotter l’existence, vivre tranquillement, être eu bonne santé.

Ils boulottaient l’existence sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.

(Lynol)

Se dit aussi pour manger :

Quand y a plus rien à boulotter,
On va là où qu’on vous invite.

(Ch. Saint-Heant)

Boulotter de la galette, dépenser de l’argent.

Et tout le monde se disperse, vivement, excepté les trois compères et le môme, qui rentrent d’un pas tranquille dans Paris pour y fricoter l’argent des imbéciles, y boulotter la galette des sinves.

(Richepin)

Bûcher (se)

d’Hautel, 1808 : Pour dire se battre, soit à coup de bâton, soit à coup de poing ; on dit en style populaire de deux personnes qui se querellent vivement, qu’elles finiront par se bûcher.

Cavaler (se)

Bras-de-Fer, 1829 : S’évader.

Vidocq, 1837 : v. p. — S’enfuir.

un détenu, 1846 : Se sauver, prendre la fuite.

Halbert, 1849 : S’enfuir.

Larchey, 1865 : S’enfuir avec la vitesse d’un caval : cheval. V. Roquefort.

Il faut se cavaler et vivement.

(Chenu)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’enfuir comme un cheval, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Se sauver avec une vitesse qui rappelle celle du cheval.

Merlin, 1888 : Partir, fuir, naturellement… au galop.

France, 1907 : Se sauver, s’enfuir.

— Et la Cognette donc ! Vous savez qu’elle était malade, depuis la mort du maître. Alors, ou l’avait oubliée dans son lit… Elle grillait déjà, elle n’a eu que le temps de se sauver en chemise. Ah ! ce qu’elle était drôle, à se cavaler en pleins champs, les quilles nues ! Elle gigotait, elle montrait son derrière et son devant, des gens criaient : hou ! hou ! pour lui faire la conduite, à cause qu’on ne l’aime guère… Il y a un vieux qui a dit : La v’là qui sort comme elle est entrée, avec une chemise sur le cul !

(Émile Zola, La Terre)

— Dans ce cas, répondit Baltid, nous n’aurions qu’à prendre le train, et à nous cavaler le plus loin possible.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

Chapardeur

Delvau, 1866 : s. m. Maraudeur.

Rigaud, 1881 : Maraudeur. — Soldat en maraude. — Mari qui trompe sa femme.

Virmaître, 1894 : Qui chaparde (Même argot).

Rossignol, 1901 : Celui qui chaparde.

France, 1907 : Maraudeur, chipeur ; voleur de menus objets.

Cinq ou six députés ont une réputation bien établie ; on sait qu’ils se nourrissent à la buvette. On a dû réduire le service de la buvette. On ne donne plus que des bouillons, du chocolat, des sandwichs. Depuis ce temps, ces messieurs sont obligés de faire une fois par semaine un repas au dehors. Ils en sont navrés, les malheureux !
On finira par renoncer aux séances de nuit. Quand arrive une circonstance de ce genre, bon nombre de députés, ayant trop stationné à la buvette, sont disposés à égayer trop vivement la situation.
Quant aux fournitures de bureau, elles disparaissent avec une rapidité vertigineuse. Le député est chapardeur. Autrefois, la questure mettait à la disposition des représentants de la nation de fort beau papier à lettre. On en emportait tant, que la questure dut leur donner du papier de qualité inférieure.

(Petit Marseillais)

Charriage à la mécanique

Larchey, 1865 : Un voleur jette son mouchoir au cou d’un passant et le porte à demi-étranglé sur ses épaules pendant qu’un complice le dévalise.

Virmaître, 1894 : Ce genre de vol est l’enfance de l’art ; un mouchoir suffît. Le voleur le jette au cou d’un passant, il l’étrangle à moitié, le charge sur son épaule pendant qu’un complice le dévalise. C’est exactement le coup du père François, toutefois pour exécuter celui-ci les voleurs se servent d’une courroie flexible ou d’un foulard de soie (Argot des voleurs).

France, 1907 : Ce genre de vol exige deux complices. Le premier jette son mouchoir au cou d’un passant, et, tenant les deux bouts, se retourne vivement de façon à appuyer la victime sur son dos : tandis qu’il la tient soulevée et à moitié étranglée, le second la fouille et la dévalise. On l’appelle aussi le coup du Père François. Il était, il y a quelques années, fort commun à Londres, et les bandits qui le pratiquaient étaient désignés sous le nom d’étrangleurs. Mais, à la suite de nombreux forfaits de ce genre, les magistrats, indépendamment des travaux forcés, condamnèrent les étrangleurs à recevoir un certain nombre de coups d’un fouet appelé « chat à neufs queues », peine si terrible et si redoutée que l’industrie des étrangleurs cessa presque aussitôt les premières applications.

Pour se rendre compte de la cruauté du châtiment, il est bon de savoir que le fouet, instrument du supplice, se compose de neuf lanières de cuir fixées à un manche, une sorte de martinet, enfin. L’exécuteur doit manœuvrer de façon que chaque lanière laisse une trace, c’est-à-dire que chaque coup de fouet fasse neuf coupures sur la peau. Ces coups impriment des stigmates indélébiles, comme le fer avec lequel on marquait autrefois les forçats, et le condamné eu porte toute sa vie les cicatrices.

(Hector France, L’Armée de John Bull)

Chasse

d’Hautel, 1808 : C’est la chasse de St. Romain, portée par deux vilains. Brocard qui se dit pour plaisanter deux personnes qui portent ensemble quelque chose de précieux.

d’Hautel, 1808 : Donner une chasse à quelqu’un. Pour le réprimander, lui donner une mercuriale ; le gourmander vivement.

Larchey, 1865 : Mercuriale (d’Hautel, 1808).

C’est pas l’embarras, faut croire qu’il aura reçu une fameuse chasse pour être remonté si en colère.

(H. Monnier)

Donner une chasse, c’est mot à mot pourchasser à coups de langue.

Delvau, 1866 : s. f. Réprimande, objurgation, reproches, — dans l’argot des ouvriers. Foutre une chasse. Faire de violents reproches.

Rigaud, 1881 : Semonce. — Flanquer une chasse.

France, 1907 : Admonestation, réprimande sévère. Foutre une chasse, faire des réprimandes. « J’ai reçu du singe une fameuse chasse. »

Chaud

d’Hautel, 1808 : Plâtre-chaud. Sobriquet injurieux que l’on donne à un maçon qui ne sait pas son métier ; à un architecte ignorant.
Jouer à la main chaude. Au propre, mettre une main derrière son dos, comme au jeu de la main chaude. Le peuple, dans les temps orageux de la révolution, disoit, en parlant des nombreuses victimes que l’on conduisoit à la guillotine, les mains liées derrière le dos, ils vont jouer à la main chaude, etc.
C’est tout chaud tout bouillant. Pour dire que quelque chose qui doit être mangé chaud est bon à prendre. On dit aussi d’un homme qui est venu d’un air empressé et triomphant annoncer quelque mauvaise nouvelle, qu’Il est venu tout chaud tout bouillant annoncer cet évènement.
Chaud comme braise.
Ardent, bouillant, fougueux et passionné.
Tomber de fièvre en chaud mal. C’est-à-dire, d’un évènement malheureux dans un plus malheureux encore.
Avoir la tête chaude. Être impétueux, et sujet à se laisser emporter à la colère.
On dit, par exagération, d’une chambre ou la chaleur est excessive, qu’Il y fait chaud comme dans un four.
Il fait bon et chaud.
Pour dire que la chaleur est très-forte. Voy. Bon.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. C’est-à-dire, pousser vivement une affaire quand l’occasion est favorable.
À la chaude. Dans le premier transport.
Cela ne fait ni chaud ni froid. C’est-à-dire, n’influe en rien, n’importe nullement.
La donner bien chaude. Exagérer un malheur, donner l’alarme pour une un événement de peu d’importance, faire une fausse peur.
Si vous n’avez rien de plus chaud, vous n’avez que faire de souffler. Se dit à quelqu’un qui se flatte de vaines espérances, qui se nourrit d’idées chimériques.
Il n’a rien eu de plus chaud que de venir m’apprendre cet accident. Pour, il est venu avec empressement, d’un air moqueur et joyeux m’annoncer cet accident.

Larchey, 1865 : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier :

Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.

(Courrier burlesque, 2e p., 1650)

Delvau, 1866 : adj. et s. Rusé, habile, — dans l’argot du peuple, assez cautus. Être chaud. Se défier. Il l’a chaud. C’est un malin qui entend bien ses intérêts.

Delvau, 1866 : adj. Cher, d’un prix élevé.

La Rue, 1894 : Dangereux. Passionné. Se tenir chaud, être sur ses gardes.

France, 1907 : Rusé, malin. Se dit aussi pour un homme porté à l’amour ; on ajoute alors souvent : de la pince. Henri IV était très chaud de la pince. Ce n’est jamais un mal, si c’est parfois un danger. Dans le même sens, chaud lancier.

Chéquards

Virmaître, 1894 : Les députés, ou, du moins, les Cent-Quatre à qui on reprocha si vivement d’avoir reçu des chèques du baron de Reinach et du fameux Arton (Argot du peuple). N.

Côte

d’Hautel, 1808 : Mesurer les côtes à quelqu’un. C’est à-dire, le battre, lui caresser les côtes, soit à coups de bâton, soit à coups de nerfs de bœuf.
On dit aussi dans le même sens, Rompre les côtes.
Côte-à-côte.
Ensemble, tout près l’un de l’autre.
Serrer les côtes à quelqu’un. Le presser vivement ; le poursuivre l’épée dans les reins.
On dit d’un homme fier et hautain, qui s’imagine être d’une haute naissance, qu’il se croit de la côte de Saint-Louis.
On lui compteroit les côtes.
Se dit d’un homme ou d’un animal fort maigre.

Delvau, 1866 : s. f. Passe difficile de la vie, — dans l’argot des bohèmes, qui s’essoufflent à gravir le Double-Mont. Être à la côte. N’avoir pas d’argent. Frère de la côte. Compagnon de misère.

Cramponne-toi, gugusse !

France, 1907 : Exclamation populaire indiquant qu’il faut s’attendre à être vivement surpris, qu’il faut en quelque sorte se cramponner à un objet quelconque pour ne pas tomber d’étonnement.

Crampser ou cramser

France, 1907 : Mourir, de crampe ; avec le dernier hoquet vient la crampe finale.

Les fils souhaiteront à leurs vieux parents de vivre kifkif Mathieu-Salé, jusqu’à 834 ans, tandis qu’en réalité ils voudraient les voir crampser illico, afin d’hériter vivement.

(Almanach du Père Peinard, 1893)

Cuiter (se)

Rigaud, 1881 : Se soûler à fond, c’est-à-dire prendre une cuite. Le besoin d’ajouter un nouveau verbe à la liste des vingt-cinq ou trente qui existaient déjà pour exprimer cette idée, se faisait, paraît-il, vivement sentir.

Vous redescendrez avec les coteries finir la soirée chez notre troquet afin de vous cuiter carrément.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Rossignol, 1901 : Se saouler.

France, 1907 : S’enivrer.

Radical convaincu, Taupin, fonctionnaire, est consulté sur la valeur du personnel du haut clergé.
Chargé par son préfet de lui donner son opinion sur l’évêque du chef-lieu, il a envoyé à la préfecture la note ci-dessous :
— Rien à dire de l’évêque. Il se tient à sa place, est bon travailleur et il ne se cuite pas.

(Le Diable Boiteux)

Dariole

d’Hautel, 1808 : Au propre, espèce de pâtisserie légère. Au figuré, et seulement en style vulgaire, coup, morniffle que l’on donne avec la main.
Donner ou repasser des darioles à quelqu’un. Le maltraiter ; se porter sur lui à des voies de fait ; le battre.

Larchey, 1865 : Coup. — De l’ancien verbe darer : lancer vivement. V. Roquefort.

V’là que je vous y allonge une dariole
Qu’i r’pare avec son nazaret ;
Le raisinet coulait
D’son nez comm’ une rigole.

(Le Casse-Gueule, ch., 1841)

Delvau, 1866 : s. f. Soufflet, coup de poing, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Coup, contusion.

Fustier, 1889 : Pâtisserie commune. Darioleur : pâtissier.

La Rue, 1894 : Coup de poing.

Virmaître, 1894 : Soufflet, coup de poing. A. D. La dariole est une pâtisserie commune qui se vend dans les fêtes publiques. Le pâtissier se nomme darioleur (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Coup.

France, 1907 : Coup ; du vieux mot darer, lancer.

France, 1907 : Pâtisserie commune.

Desbrouf

M.D., 1844 : Vivement.

Descendre la garde

Larchey, 1865 : Mourir. — Mot à mot : n’être plus de service.

Amis, quand la camarde
M’fera descendre la garde.

(Festeau)

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Mourir (Argot du peuple).

France, 1907 : Mourir. En style militaire, c’est, après avoir fini son service de garde, qui est de vingt-quatre heures, retourner au quartier.

— Eh bien, reprit Hulot, qui possédait éminemment l’art de parler la langue pittoresque du soldat, il ne faut pas que de bons lapins comme nous se laissent embêter par des chouans… Vous allez, à vous quatre, battre les deux côtés de cette route. Tâchez de ne pas descendre la garde, et éclairez-moi cela vivement.

(Balzac, Les Chouans)

On enterrait un soldat. Un bataillon accompagnait le convoi.
Passe un gavroche :
Ce que c’est que la vie, pourtant, dit-il ; il y en a qui montent la garde et d’autres qui la descendent.

Enlevé

Larchey, 1865 : Réussi de prime-saut. — On dit : un article enlevé, au journal ; une scène enlevée, au théâtre. — Une œuvre s’enlève à la plume comme une position ennemie s’enlève a la baïonnette.

Rigaud, 1881 : Réussi : Article de journal enlevé. — Vivement fait : Ouvrage enlevé. — Vivement mené, — dit avec entrain : Une scène enlevée. — S’enlever, s’emporter. — S’enlever cher, être tourmenté par la faim, — dans le jargon des voleurs.

Enquiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Entrer.

Larchey, 1865 : Entrer. — Mot à mot : jouer des quilles dans… V. Quille. — Ancien mot, car nous trouvons déquiller : sortir, dans Du Cange. V. Baptême. — Enquilleuse : V. Détourner.

Delvau, 1866 : v. a. Cacher, — dans l’argot des voleurs. Enquiller une thune de camelote. Cacher entre ses cuisses une pièce d’étoffe.

Delvau, 1866 : v. n. Entrer quelque part comme une boule au jeu de quilles, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Caser, pourvoir d’une place. — Cacher entre ses cuisses un objet volé. Enquiller une thune de camelotte, cacher sous ses jupons une pièce d’étoffe. — Arriver, entrer.

Faut espérer que Je démoc enquiller a.

(La Patrie, du 2 mars 1852.)

La Rue, 1894 : Pourvoir d’un emploi. Arriver, entrer. Cacher sous ses jupons un objet volé, comme le fait l’anquilleuse.

Virmaître, 1894 : Entrer.
— Il y a longtemps que je cherche à m’enquiller dans cette boîte (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Entrer.

France, 1907 : Cacher entre ses jambes ou sous ses jupons un objet volé où que l’on veut soustraire aux perquisitions douanières. De quilles, jambes ; mot à mot, mettre entre les quilles.

France, 1907 : Entrer vivement.

J’enquille dans sa cambriole,
Loufa malura dondaine !
Espérant de l’entifler,
Loufa, malura dondé !

(Vidocq)

Entrefesson

Delvau, 1866 : s. m. Le périnée, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Ambroise Paré.

France, 1907 : Le périnée.

Aux bains de mer :
Le jeune Bob, âgé de six ans, se promène sur la plage avec son papa.
— Dis, p’tit père, demande-t-il tout à coup, comment s’appelle cette herbe frisée qui est là-bas ?
— C’est du varech, répond le père ; on l’appelle aussi mousse de mère.
Un ou deux jours après, le jeune Bob refuse d’aller prendre son bain.
— Mais pourquoi ? demande l’auteur de ses jours. L’eau n’est pas froide. Tu vois bien que ta grande sœur a pris le sien.
— Justement, réplique Bob, je ne veux pas qu’il m’arrive la même chose qu’à elle !
— À moi ! s’exclame la grande sœur, qu’est-ce qui m’est arrivé ?
— Oui, tu sais bien, riposte Bob ; quand je suis entré dans ta cabine au moment où tu t’essuyais…
— Eh bien, petit polisson, je t’ai vivement chassé !
— Qui, mais j’ai bien vu !
— Bien vu quoi ? fit la jeune fille en rougissant.
— La mousse de mer ! Tu avais beau te frotter, tu ne pouvais parvenir à l’enlever de ton entrefesson.

Escobar

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’homme, qui est devenu celui de tous les hommes dont la conduite est tortueuse et dont les paroles semblent louches.

France, 1907 : Jésuite, hypocrite ; du nom du fameux casuiste espagnol Escobar y Mendoza, dont les ouvrages, si vivement critiqués dans les Provinciales de Pascal, prêchent indirectement l’hypocrisie et justifient tous les crimes en les couvrant de la pureté d’intention.

Étriller

d’Hautel, 1808 : Il été a bien étrillé. Pour dire vivement réprimandée, corrigé avec rudesse. On entend aussi par cette locution, que quelqu’un a essuyé une grosse perte, a fait une forte maladie.
On y est bien étrille. Se dit d’un traiteur qui écorche ses hôtes.

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Voler, surfaire un prix, surcharger une addition.

France, 1907 : Donner des coups.

France, 1907 : Voler, surfaire un prix.

Faire compter les solives à une femme

Delvau, 1864 : La renverser sur le dos et la baiser vivement, — acte pendant lequel, tout en jouissant, elle regarde au plafond et non ailleurs.

Faiseur

d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.

Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier

Gâter impunément de l’encre et du papier,

de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :

Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.

C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.

Halbert, 1849 : Commerçant.

Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.

Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.

(H. Murger, Lettres)

On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.

La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.

Hayard, 1907 : Escroc.

France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :

Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !

Galoubet

Delvau, 1866 : s. m. Voix, — dans l’argot des coulisses. Avoir du galoubet. Avoir une belle voix. Donner du galoubet. Chanter.

Rigaud, 1881 : Voix. — Avoir un bon galoubet, avoir une belle voix. — Galoubet fêlé, voix fausse, éraillée.

La Rue, 1894 : Voix.

France, 1907 : Voix. Avoir du galoubet, posséder une belle voix ; donner du galoubet, chanter.

— En scène, les fées ! Attaquons vivement le chœur d’entrée. Du galoubet et de l’ensemble.

(Paul Mahalin)

Gendarme déguisé en bourgeois

Rigaud, 1881 : Canne à épée.

Ah ! fit-il, en repoussant vivement le poignard, ton gendarme déguisé en bourgeois.

(V. Hugo)

Habiller

d’Hautel, 1808 : Habiller quelqu’un de tafetas à quarante sols. Le traiter sans ménagement, le gourmander d’une bonne manière.
Un habillé de soie. Pour dire un pourceau, un cochon. On nomme aussi cet animal un rossignol à gland.
Habiller quelqu’un.
Pour dire, maltraiter quelqu’un de paroles, en dire beaucoup de mal.
On l’a joliment habillé. Pour on l’a vivement réprimandé, on lui a donné une forte semonce.

Delvau, 1866 : v. a. Médire de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Habiller de taffetas à 40 sous. Mettre sur le dos de quelqu’un des sottises ou des méchancetés compromettantes pour sa réputation.

Delvau, 1866 : v. a. Préparer un animal pour l’étal, — dans l’argot des bouchers.

Rigaud, 1881 : Maltraiter en paroles, médire, réprimander ; c’est une variante de l’ancien draper.

C’est moi qui vous l’a habillé de taffetas noir.

(A. Dalès, La Mère l’anecdote, chansonnette)

Rigaud, 1881 : Préparer un animal pour l’étal, — dans le jargon des bouchers.

Lapin

d’Hautel, 1808 : Un lapin ferré. Nom burlesque que le peuple donne à un cheval.
Il trotte comme un lapin. Se dit de quelqu’un qui met une grande promptitude dans ses courses.
On dit par dérision d’une femme qui fait beaucoup d’enfans, que c’est une lapine.

Larchey, 1865 : Apprenti compagnon.

Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Bon compagnon.

Ils ont appelé dans leurs rangs Cent lapins quasi de ma force.

(Festeau)

C’est un fameux lapin, il a tué plus de Russes et de Prussiens qu’il n’a de dents dans la bouche.

(Ricard)

L’homme qui me rendra rêveuse pourra se vanter d’être un rude lapin.

(Gavarni)

Au collège, on appelle lapins des libertins en herbe, pour lesquels Tissot eût pu écrire un nouveau Traité. Lapin a aussi sa signification dans le monde des messageries.

et puis le jeune homme était un lapin, c’est-à-dire qu’il avait place sur le devant, a côté du cocher.

(Couailhac)

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Camarade de lit, — dans l’argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls. On sait quel était le lapin d’Encolpe, dans le Satyricon de Pétrone.

Delvau, 1866 : s. m. Homme solide de cœur et d’épaules, — dans l’argot du peuple. Fameux lapin. Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

Rigaud, 1881 : Voyageur, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. — En lapin, placé sur le siège d’une voiture, à côté du cocher.

La Rue, 1894 : Voyageur d’omnibus. Fameux compagnon. Lapin ferré gendarme à cheval. Poser un lapin, abuser de la confiance d’une fille en oubliant de la payer, ou bien donner un rendez-vous galant à une femme et ne pas s’y rendre.

Rossignol, 1901 : Connu des conducteurs d’omnibus qui en étouffent le plus possible ; si ce n’est pas une grosse affaire pour le dividende des actionnaires de la compagnie, c’est toujours une augmentation de salaire pour le lapineur. Chaque voyageur qui n’est pas sonné au cadran par le conducteur, c’est pour celui-ci 30 centimes de gain, et un lapin pour la compagnie. J’en ai connu un qui trouvait que ce système n’allait pas assez vite : il avait deux clés et avant d’arriver à la tête de ligne, il descendait le cadran de vingt ou trente places. Il y a aussi le lapin pour le cocher de maison bourgeoise : c’est lorsqu’il prend un client pour une petite course pendant que son maître est au cercle ou ou en visite.

Rossignol, 1901 : Homme fort, courageux. Sans doute pour faire allusion aux quarante lapins du capitaine Lelièvre, qui tinrent à Mazagran tête pendant plusieurs jours à des milliers d’Arabes. C’est à la suite de ce fait d’armes que les zéphirs ont été autorisés a porter la moustache.

Rossignol, 1901 : Promettre une chose et ne pas la tenir est poser un lapin. Un homme qui promet de l’argent à une femme et qui ne lui en donne pas lui pose un lapin.

France, 1907 : Enfant ou adolescent vicieux qui remplit dans les collèges le rôle des mignons de Henri III ou celui d’Alcibiade près de Socrate. Corruption du vieux mot lespin, prostitué, giton. Dans le Satyricon de Pétrone, on trouve le type d’un joli lapin.

France, 1907 : Individu qui s’offre gratuitement les faveurs d’une fille galante, l’ennemi intime du chameau, dit la Vie Parisienne. On a dit de l’une de ces dames :

Adore le clicquot, très bonne fille, air mièvre,
Mais ne dînerait que de pain
Plutôt que de manger du civet ou du lièvre,
Tant elle à l’horreur du lapin.

Ab una disce omnes.

— Filou ! rasta ! lapin ! Parbleu, je m’en étais doutée. Tu étais trop malin au lit ! Mais, voyez un peu, ça se promène dans les bals, ça reluque les femmes, ça a des bagues au doigt, ça offre à souper, — à l’œil, je parie ! tu es sorti pour parler au maître d’hôtel ! — ça promet des cinq louis, ça laisse sur la cheminée des albums avec des princes et des rois… et ça n’a pas de quoi payer ses chapeaux !

(Catulle Mendès, Gog)

Luce de B…, qui vient de s’installer très luxueusement sur les grands boulevards, a baptisé l’une des pièces de son appartement du nom de « Salon de l’affichage ».
En lettres d’or sont inscrits, dans un tableau spécial, les noms de tous ces grelotteux qui passent, à tort ou à raison, pour des lapins.

(Gil Blas)

France, 1907 : Luron, homme fort ou courageux, solide et vaillant gaillard. On disait autrefois vieux lapin. Plus un lapin avance en âge, dit le Dictionnaire des Ménages, plus il augmente en chair, en peau et en poil. De là l’expression vulgaire par laquelle on désigne un homme fort et solide, en disant : « C’est un vieux lapin. » Après la défense de Mazagran, du 2 au 6 février 1840, où 123 hommes des compagnies légères d’Afrique, commandés par le capitaine Lelièvre, défendirent le fort contre 12,000 Arabes, l’on dit que Lelièvre avait sous ses ordres de fameux lapins.

On ne voit pas bien ce que la France, par exemple, a gagné à ce que les vieux lapins de l’Empire aient semé leurs germes triomphants chez les peuples vaincus de l’Iliade napoléonienne, car, de ses germes, quelques-uns ont pris, soit en Allemagne, soit en Italie, — Stendhal, là-dessus, est formel — et nous avons des frères et des cousins dans les armées de la Triplice.

(Émile Bergerat)

— Eh bien ! reprit Hulot, qui possédait éminemment l’art de parler la langue pittoresque du soldat, il ne faut pas que de bons lapins comme nous se laissent embêter par des chouans, et il y en a ici ou je ne me nomme pas Hulot. Vous allez, à vous quatre, battre les deux côtés de cette route… Tâchez de ne pas descendre la garde, et éclairez-moi cela vivement.

(Balzac, Les Chouans)

Par derrière un bois de sapins,
On installe souvent la cible ;
Ce qui n’empêch’ pas qu’on la crible
Par-dessus le bois de sapins.
Nous sommes de fameux lapins !
C’est l’tir pratiqu’, car à la guerre
Nos enn’mis ne s’montreront guère,
Nous sommes de fameux lapins !

(Capitaine Du Fresnel, Chants militaires, chansons de route et refrains de bivouac)

France, 1907 : Maître de dessin à l’École polytechnique.

France, 1907 : Voyageur supplémentaire que prennent les conducteurs de diligence ou d’omnibus. C’était, en terme de messagerie, toute place ou tout port d’article perçu en fraude par le conducteur au détriment de son administration. De là l’expression poser un lapin.

Lascar

Larchey, 1865 : Fantassin.

Vient de l’arabe el-askir qui a la même signification. Date sans doute de l’expédition d’Égypte.

(De Vauvineux)

A-t-il du toupet, le vieux Lascar ! dit l’invalide dans son langage pittoresque.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Nom que — dans l’argot des troupiers et du peuple — on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies. C’est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.

Rigaud, 1881 : Soldat qui a longtemps servi, soldat qui connaît toutes les ficelles du métier.

Ah ! le lascar ! se dit Max, il est de première force, je suis perdu.

(Balzac, Un Ménage de garçon)

La Rue, 1894 : Homme roué, qui connaît toutes les ficelles.

France, 1907 : Le mot a des significations diverses et contradictoires. Il signifie un malin, habile, solide au poste, un bon salut et aussi un fainéant, un tireur au flanc.

Le commandant, un vieux lascar
Dont le sang a payé les grades,
Me dis : Merci, c’est bien, moutard !
Bientôt, comme les camarades,
Je te ferai passer gabier,
Et qui sait ?… Enfant, persévère,
Un jour tu seras officier :
Devant toi s’ouvre la carriére.

— Qu’est-ce qui m’a foutu un tas de lascars comme ça… des fricoteurs qui ne songent qu’à gobeloter ? Allons, à l’ours, et vivement !

(Les Joyeusetés du régiment)

Il signifie aussi camarade, compagnon, dans l’argot des voleurs :

— Tous les lascars de l’atelier pouvaient turbiner à leur gré. Moi, je n’avais pas plus tôt le dos tourné à mon ouvrage pour grignoter mon lartif ou pour chiquer mon Saint-Père (tabac), que le louchon était sur mon dos pour m’écoper.

(Mémoires de M. Claude)

Primitivement, lascar signifiait simplement fantassin, de l’arabe el askir, même sens.

Macchabée

Delvau, 1866 : s. m. Cadavre, — dans l’argot du peuple, qui fait allusion, sans s’en douter, aux sept martyrs chrétiens. Mauvais macchabée. Mort de dernière classe, ou individu trop gros et trop grand qu’on est forcé de tasser, — dans l’argot des employés des pompes funèbres.

Boutmy, 1883 : s. m. Un mort. V. Macabre.

Virmaître, 1894 : Cadavre. Se dit plus particulièrement d’un noyé que les mariniers retirent de l’eau. Les croque-morts disent aussi du mort qu’ils vont enlever :
— Emballons vivement le macchabée, il fouette à en crever (Argot du peuple). V. Bouffi.

Hayard, 1907 : Cadavre, généralement de noyé.

Manger l’anguille sans la sauce

Delvau, 1864 : Retirer vivement la pine d’un homme au moment où il va décharger, afin de n’avoir pas d’enfants de lui, — la sauce de cette anguille étant fort agréable, mais aussi pleine d’inconvénients.

Prenez donc des précautions !
Sans la sauce mangez l’anguille !
Beau moyen et bien éprouvé :
J’en suis pour un enfant trouvé.

(Béranger)

Manger, manger le morceau, Manger sur, Manger du lard

Rigaud, 1881 : Dénoncer un complice, révéler un secret. — Manger dans la main, être très familier, ne pas observer les distances sociales. — Manger de la misère, manger de la prison, subir la misère, la prison. — Manger de la vache enragée, être misérable. — Manger de la merde, être dans le dénûment le plus profond, être abreuvé de souffrances physiques et morales. — Manger sur le pouce, manger à la hâte. — Manger du drap, jouer au billard. — Manger du pavé, chercher en vain de l’ouvrage. — Manger la laine sur le dos de quelqu’un, vivre aux dépens de quelqu’un, le ruiner sans le faire crier. — Manger du pain rouge, dépenser l’argent provenant d’un assassinat. — Manger à tous les râteliers, accepter de tous les côtés, sans scrupules. — Manger le Bon Dieu, communier. — Manger du sucre, être applaudi au théâtre. — Manger le poulet, partager un pot de vin, partager un bénéfice illicite. — Manger le gibier, faire sauter l’anse du panier de la prostitution, — dans le jargon des souteneurs qui n’entendent pas la plaisanterie sur ce chapitre. — Manger le pain hardi, être domestique. — Manger son pain blanc le premier, dépenser sans compter avec la misère à venir. — Manger l’herbe par la racine, être mort depuis longtemps. — Manger ses mots, parler vite et d’une manière incompréhensible. — Manger la consigne, oublier un ordre qu’on vous a donné. — Avoir mangé la bouillie avec un sabre, avoir une très, grande bouche. — Se manger, se manger le nez, se disputer vivement de très près, se menacer d’en venir aux mains. — Se manger les sangs, s’inquiéter. — Se manger les pouces, s’impatienter.

Marsouin

d’Hautel, 1808 : Poisson. C’est un vilain marsouin. Se dit, par injure, d’un homme laid, difforme, mal bâti.

Delvau, 1866 : s. m. Homme laid et mal fait ; marin.

Rigaud, 1881 : Contrebandier.

Rigaud, 1881 : Surnom du soldat d’infanterie de marine. Le synonyme est : Gardien de banane.

France, 1907 : Contrebandier.

France, 1907 : Soldat d’infanterie de marine, parce que, comme le marsouin, il va sur la terre et sur l’eau.

Nous sommes à moitié marins
Et, comme de vieux mathurins,
Nous savons essuyer les grains
Quand le flot fait rage.
Hommes de bonne volonté,
L’ennemi par nous est dompté :
La patrie a toujours compté
Sur notre courage !
Par nous le pays est vainqueur :
Nous allons partout, sans rancœur,
Et nous montrons toujours du cœur
À l’ouvrage.
Pour notre drapeau
Exposant sa peau,
Le marsouin est notre espérance,
Car c’est au marsouin
Qu’incombe le soin
De porter au loin
Les trois couleurs de notre France.

(Blédort, Chansons de faubourg)

On donne aussi le nom de marsouin, par analogie, aux gens de la côte et principalement aux maîtres baigneurs de nos plages.

Sur la plage de Dieppe, un baigneur essaie vainement d’apprendre à sa cliente, une jolie Parisienne, à nager sur le dos.
— C’est pourtant pas bien difficile, dit à la fin le marsouin… Faites quasiment comme si vous étiez couchée avec vot’ mari…

(Le Diable amoureux)

Mme Girandol, prenant une leçon de natation, reproche vivement à son baigneur le sans-gêne de sa pantomime sous-marine.
— Baste ! répond le marsouin, c’est dans l’eau : votre mari ne peut pas nous voir !

(Jacques Rolland)

Mercuriale

d’Hautel, 1808 : Donner une mercuriale à quelqu’un. Pour dire, le réprimander vivement.

Messie

d’Hautel, 1808 : Il est attendu comme le messie. Se dit d’un homme dont, on désire vivement la présence et qui se fait attendre long-temps.

Mettre à poil (se)

France, 1907 : Se dévêtir complètement, se mettre dans le costume de notre premier père avant le péché.

Un peintre célèbre, que je ne nommerai pas pour ne pas effaroucher sa modestie, avait pris un modèle exquis, une charmante fille de seize ou dix-sept ans, encore très innocente. Charmé de sa beauté, il l’engagea vivement à poser pour le nu. Comme elle faisait quelque difficulté pour se déshabiller devant le peintre, qu’elle rougissait et tremblait, il lui dit pour l’encourager :
— Allons, ma petite, n’ayez pas peur, que diable !… Pour vous habituer, je vais me mettre aussi à poil !

Mouscailler

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller à la selle.

Larchey, 1865 : Aller à la garde-robe (Vidocq). — De mousse.

Delvau, 1866 : v. a. Alvum deponere.

Rigaud, 1881 : Se défaire de la matière fécale.

France, 1907 : Faire ses besoins. L’esprit gaulois, vivement porté vers la scatologie, s’est exercé à plaisir sur les fonctions naturelles de l’humaine nature, et les périphrases exprimant l’acte de mouscailler sont des plus nombreuses. Voici les principales : aller à la selle, aller faire une ballade à la lune, aller au numéro cent, aller quelque part, aller à ses affaires, aller où le roi va seul, aller chez Jules, aller où le roi n’envoie pour lui personne, aller voir Bernard, aller au buen-retiro, cracher de la fesse, déponer, déposer une pêche, une médaille de papier volant ; débourrer une pipe, defalquer, enterrer son colonel, écrire à un juif, envoyer une dépêche à Bismarck, fogner, flaquer, flasquer, faire des cordes, faire le grand, faire une commission, faire une moulure, filer, flaquader, fuser, filer le câble de proue, faire un pruneau, un pêche ; faire ronfler le bourrelet, la chaise percée, faire corps neuf ; gazonner, gâcher le gros, galipoter ; mousser, mouler un sénateur, une Vénus ; poser un pépin, un factionnaire, une sentinelle ; mettre une lettre à la poste ; pousser son rond, tarter.

Ne touchez pas à la reine

France, 1907 : Ce dicton nous vient d’Espagne, où toucher la reine, ne fût-ce que du petit doigt, était réputé crime de haute trahison. On raconte qu’en 1829 Alexandre Boucher, le Paganini français, musicien du roi d’Espagne, se promenait dans le jardin de Saint-Ildefonse avec Ferdinand VII et sa jeune et belle épouse Marie-Christine. Le bas de le robe de la reine s’accrocha aux épines d’un rosier, et Alexandre Boucher se baissa aussitôt pour la dégager. « Malheureux ! qu’avez-vous fait ? s’écria Ferdinand, en le repoussant vivement… Si Calomarde, mon premier ministre, vous a vu, vous serez condamné à mort. — Très bien, Sire ! répondit le musicien, mais comme le roi m’a touché à l’épaule, je recevrai ma grâce entière. »

Ongle

d’Hautel, 1808 : Rogner les ongles à quelqu’un. Lui retrancher de ses revenus, lui diminuer son pouvoir, son emploi, son autorité.
On lui a donné sur les ongles. Pour, on l’a vivement réprimandé ; on lui a fait de grands reproches.
À l’ongle on connoît le lion. Pour dire que l’on juge du talent d’une personne par les moindres productions.

Oreille

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a vivement relevé une parole piquante, qu’on y a riposté sur-le-champ.
Je suis sourd d’un oreille et n’entends pas de l’autre. Pour dire à quelqu’un que l’on ne consentira pas à ce qu’il demande, qu’on ne peut condescendre à ses désirs, que ses souhaits sont indiscrets.
Il n’entend pas de cette oreille-là. Se dit par ironie d’un homme avare, intéressé, qui a de la peine à payer ses dettes.
Les murs ont des oreilles. Voyez Muraille.
Cela lui entre par une oreille et lui sort par l’autre. Se dit d’un homme qui ne fait aucune attention à ce qu’on lui adresse ; qui méprise toutes les représentations qu’on lui fait.
Faire la sourde oreille. Faire semblant de ne pas entendre ce qu’on dit, n’y point avoir égard.
Corner aux oreilles de quelqu’un. Vouloir lui parler continuellement d’une affaire, vouloir le persuader, le forcer à vous entendre.
Frotter les oreilles à quelqu’un, ou lui donner sur les oreilles. Pour le corriger, le battre.
Les oreilles lui cornent. Se dit à quelqu’un qui croit entendre un bruit réel ; ou qui entend tout de travers.
Baisser l’oreille. Être humilié, mortifié ; être déchu d’une bonne condition.
Il a eu sur les oreilles. Se dit de quelqu’un qui a essuyé quelque perte ou quelque grande maladie.
Avoir la puce à l’oreille. Être inquiet, tourmenté, comme le sont les jaloux ; être occupé de quelque chose qui ôte le sommeil.
Secouer les oreilles. Signe négatif, pour faire entendre que l’on ne consent pas à ce qu’on exige de vous ; qu’on ne tient nul compte de quelque chose ; qu’on s’en moque.
Il sera bien heureux, s’il en rapporte ses oreilles. Pour dire qu’un homme qui s’est exposé à un grand péril, sera bien heureux s’il en revient sain et sauf.
Du vin d’une oreille. Pour dire excellent.
Du vin de deux oreilles. Pour dire détestable, parce qu’on secoue les deux oreilles en signe d’improbation.
Il lui a fait une oreille. Se dit par raillerie de quelqu’un que l’on soupçonne avoir coopéré à la naissance d’un enfant.
Être crotté jusqu’aux oreilles. Être fort mal dans ses affaires.
Gratter l’oreille à quelqu’un. Le cajoler, le flatter, pour en obtenir ce que l’on désire.
On dit aussi d’un homme inquiet et soucieux, qui n’a pas de mémoire, qu’il se gratte l’oreille.
Il est toujours pendu à ses oreilles.
Pour dire il le suit continuellement.
Se faire tirer l’oreille. Faire quelque chose de mauvaise grace ; se faire prier long-temps pour les moindres choses.
L’argent lui fait ouvrir les oreilles. Pour le rend attentif à quelque chose qu’il ne vouloit pas entendre ; le fait consentir à une proposition à laquelle il étoit sourd auparavant.
Lever l’oreille. Être orgueilleux de ses succès ; être fier de son bonheur.

France, 1907 : Nom de plusieurs champignons à chapeau adhérent par le côté, qui poussent soit sur le tronc, soit au pied des arbres dont il portent le nom, ou sur le bois en décomposition, au pied de quelque plante : oreille d’aloyard (de peuplier blanc), oreille de suie (de sureau), oreille d’ours, oreille de chardon, que les Provençaux et les Languedociens mangent à l’huile asaisonnée d’ail, de poivre et de sel : oreille de Judas.

Orge (à Lagny combien vaut l’)

France, 1907 : Lagny est une petite ville de l’ancienne province de l’Île-de-France, dans le département de Seine-et-Marne, et voici, d’après Le Roux de Lincy, ce qui a donné lieu à cet ironique dicton : « En 1544, les moines de l’abbaye et les habitants se révoltèrent contre les troupes du roi, qui y envoya le capitaine Lorges pour les soumettre ; mais ils se défendirent courageusement. Lorges, indigné de leur résistance, pressa vivement les attaques, donna assaut sur assaut, et parvint à s’emparer de la ville. Le soir même, il invita toutes les dames à une fête qu’il donna, au milieu de laquelle il fit fermer toutes les portes, et dans un instant tous les hommes capables de porter les armes furent massacrés, et toutes les femmes, sans distinction, livrées à la brutalité des soldats. Cette action produisit bientôt une nouvelle génération qui repeupla la ville ; aussi les habitants actuels ne peuvent-ils souffrir qu’on leur rappelle leur origine : c’est ce qui fait qu’on ne peut y demander sur le marché : Combien vaut l’orge, sans avoir la main dans le sac, sinon ils croient qu’on veut faire allusion au capitaine Lorges. »

Ours

d’Hautel, 1808 : On appelle ainsi, d’après Richelet, un imprimeur à la presse, à cause de la rusticité, de la grossièreté que l’on impute à la plupart de ces ouvriers.
Un ours mal léché. Homme sauvage, mal propre, difforme et mal bâti.
Il a monté sur l’ours. Se dit d’un enfant hardi et courageux, à qui rien ne fait peur.
Velu comme un ours. Se dit d’un homme qui a beaucoup de poil à l’estomac.
Fait comme un meneur d’ours. Mal vêtu, mal tourné.
Vendre la peau de l’ours avant qu’il soit pris. Se flatter trop légèrement d’un succès favorable dans une entreprise difficile et hasardeuse.

Larchey, 1865 : Homme d’humeur brusque et sauvage.
Ours : « Ancien compagnon pressier que, dans leur argot typographique, les ouvriers chargés d’assembler les lettres appellent un Ours. Le mouvement de va-et-vient qui ressemble assez à celui d’un ours en cage, par lequel les pressiers se portent de l’encrier à la presse, leur a valu sans doute ce sobriquet. » — Balzac. — Richelet et d’Hautel ont donné ce mot.
Ours : Salle de police.

Je fus passer deux jours dans un lieu ténébreux qu’on appelle l’Ours.

(Souvenirs de Saint-Cyr)

Ours : « Tout le monde se souvient de cette farce désopilante appelée l’Ours et le Pacha. Le père Brunet représentait le pacha blasé qui veut qu’on l’amuse ; Odry jouait le montreur de bêtes, répétant à tout propos « Prenez mon ours ! » Ces trois mots obtinrent une telle vogue au théâtre, que les directeurs à l’aspect d’un auteur qui tenait un manuscrit, lui disaient de loin : Vous voulez m’amuser, vous m’apportez votre ours. — C’est une pièce charmante faite pour votre théâtre, répondait l’auteur. — C’est bien ce que je pensais, prenez mon ours ! — Depuis ce temps, l’ours est un vaudeville où un mélodrame qui a vieilli dans les cartons. » — J. Duflot.
Envoyer à l’ours : Envoyer promener. — Mot à mot : envoyer voir l’ours du Jardin des Plantes, où se rendent d’ordinaire beaucoup de flâneurs.
Ourson : Bonnet à poil d’ours.

J’allais me coiffer de l’ourson dévolu aux voltigeurs.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : s. m. La salle de police, — dans l’argot des soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier imprimeur, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : s. m. Vaudeville, drame ou comédie qui brille par l’absence d’intérêt, de style, d’esprit et d’imagination, et qu’un directeur de théâtre bien avisé ne joue que lorsqu’il ne peut pas faire autrement, — comme autrefois, aux cirques de Rome on ne faisait combattre les ours que lorsqu’il n’y avait ni lions, ni tigres, ni éléphants. On le dit aussi d’un mauvais article ou d’un livre médiocre.

Rigaud, 1881 : Article de journal qui a été offert sans succès dans plus de vingt journaux, roman refusé par tous les éditeurs, pièce de théâtre repoussée de tous les théâtres. — On dit d’un vieil ours « qu’il a de la barbe ». — Égayer l’ours, siffler une pièce.

Rigaud, 1881 : Bavardage insupportable, — dans le jargon des typographes. — Poser un ours, débiter à un camarade des bavardages insipides, lui faire des contes à dormir debout.

Rigaud, 1881 : Ouvrier pressier dans une imprimerie. — Oie, — dans le jargon des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Salle de police.

Allons, prenez vos draps et grimpez à l’ours. Vivement.

(Vte Richard, Les Femmes des autres)

Boutmy, 1883 : s. m. Bavardage ennuyeux. Poser un ours, ennuyer par son bavardage insipide. Se dit d’un compagnon peu disposé au travail, qui vient en déranger un autre sans que celui-ci puisse s’en débarrasser. Une barbe commençante se manifeste souvent de cette manière. Ce mot est récent dans ce sens.

Boutmy, 1883 : s. m. Imprimeur ou pressier. Ce Séchard était un ancien compagnon pressier que dans leur argot typographique, les ouvriers chargés d’assembler les lettres appellent un ours. (Balzac) Cette expression a vieilli. V. Singe.

La Rue, 1894 : Oie. Salle de police. Mauvais manuscrit de roman ou de pièce de théâtre repoussé de partout. Bavardage ennuyeux.

Virmaître, 1894 : Homme sombre, triste. Dans les ateliers, on dit d’un ouvrier qui fuit ses camarades : c’est un ours. En réalité, ours mal léché est synonyme de mufle (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mauvais livre qui reste pour compte à l’éditeur. Mauvais manuscrit de pièce qui dort dans les cartons du directeur. En un mot, tout ce qui ne vaut rien, qui est raté, est un ours (Argot du peuple).

France, 1907 : Bavardage lourd et ennuyeux.

France, 1907 : Pièce de théâtre ou roman qui a vieilli dans les tiroirs d’un auteur et dont il cherche le placement. Parfois le directeur prend l’ours, n’ayant rien d’autre sous la main, comme aux cirques de Rome, dit Alfred Delvau, on ne faisait combattre les ours que lorsqu’il n’y avait ni lions, ni tigres, ni éléphants. D’où l’on appelle marchand ou meneur d’ours tout auteur qui va de journal en journal ou de théâtre en théâtre offrir ses élucubrations et demander qu’on prenne son ours.
Joachim Duflot donne ainsi l’origine de cette expression :

Tout le monde se souvient de cette farce désopilante appelée l’Ours et le Pacha, que le théâtre des Variétés joua cinq cents fois au moins. Le père Brunet représentait le pacha blasé qui veut qu’on l’amuse ; Odry jouait de montreur de bêtes, répétant à tout propros : « Prenez mon ours ! Mon ours danse la gavotte, il pince de la guitare, prenez mon ours. » Ces trois mots obtinrent une telle vogue au théâtre, que les directeurs, à l’aspect d’un auteur qui tenait un manuscrit, lui disaient de loin :
— Vous voulez on amuser, vous m’apportez votre ours.
— C’est une pièce charmante, faite pour votre théâtre, répondait l’auteur.
— C’est bien ce que je pensais, prenez mon ours.

France, 1907 : Pressier ; argot des typographes.

Le mouvement de va-et-vient qui ressemble assez à celui d’un ours en cage, par lequel les pressiers se portent de l’encrier à la presse, leur a sans doute valu ce sobriquet.

(Balzac)

France, 1907 : Salle de police ; argot militaire.

Patience

d’Hautel, 1808 : Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit en plaisantant d’une personne vive, pétulante, sujette à la colère et aux emportemens.
Il faut prendre de la racine de patience. Signifie, il faut se tenir à deux mains, pour ne pas s’impatienter, pour ne pas perdre courage ; se dit aussi quand on est vivement contrarié, ou qu’on est livré à un travail pénible et rebutant.
Un ouvrage de patience. C’est-à-dire, qui demande une grande application, de grands soins, du temps et de la constance.
La patience est la vertu des ânes. Parce que cet animal endure beaucoup de mauvais traitemens sans se plaindre.
Patience ! Espèce d’interjection, qui équivaut à un moment donc, attendez, ne m’interrompez pas.
Patience ! j’aurai mon tour. Menace que l’on fait à quelqu’un dont on a reçu une offense, pour dire qu’on s’en vengera.

Delvau, 1866 : s. f. Jeu de cartes, — ou plutôt série de jeux de cartes, car il y a une trentaine de jeux de patience : la Loi salique, la Blocade, la Nivernaise, la Gerbe, le Crapaud, la Poussette, la belle Lucie, etc., etc.

Péter

d’Hautel, 1808 : On dit trivialement, et par raillerie, d’un homme logé au dernier étage d’une maison, qu’Il entend les anges péter.
Pète qui a peur.
Se dit par plaisanterie aux gens poltrons, pour les défier, les narguer ; et pour faire entendre que ceux qui sont peureux ne doivent pas s’engager dans des affaires périlleuses.
Il ne pétera plus. Se dit par ironie d’un homme qui est mort, et pour lequel on n’avoit aucune considération.
Péter comme un roussin. Péter fréquemment.
Péter plus haut que le cul. Voyez Cul.
Péter à la sourdine. Vesser ; lâcher des vents coulis, faire des pets étouffés, qui, sans faire de bruit, se font néanmoins sentir vivement à l’odorat.
Péter dans la main. Ne pas tenir sa parole ; y manquer dans le moment où la personne à laquelle on l’avoit engagée a le plus besoin de secours.

Vidocq, 1837 : v. p. — Se plaindre à la justice.

Larchey, 1865 : Se plaindre en justice (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Se plaindre en justice.

Virmaître, 1894 : Se plaindre.
— Ah ! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors ?
— De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.
Péter,
mot à mot : faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Dénoncer, se plaindre à un magistrat ; argot des voleurs.

Pian-pian

d’Hautel, 1808 : Mots dérivés de l’Italien, et qui signifient tout doucement.
Qui va pian va san, qui va san va long-temps. Signifie que celui qui va doucement va plus loin que celui qui va d’abord trop vivement.

Picolo

France, 1907 : Petit vin suret.

Les sales charognes qui trouvent le joint d’utiliser les progrès de la chimie pour fabriquer vinaigres et vins sans y foutre un grain de raisin, empoisonnent le populo qui n’a pas les moyens de s’offrir du picolo nature — et s’enrichissent vivement.
Car foutre, c’est à remarquer : les plus grands bandits, les plus grands assassins, sont — dans la société actuelle — les mieux cotés et les plus riches.

(Le Père Peinard)

Pied (donner un coup de)

Larchey, 1865 : Marcher vivement. — V. d’Hautel, 1808.

Je vais donner un coup de pied jusque dans les salons.

(About)

Pinceau

d’Hautel, 1808 : On lui a donné un vilain coup de pinceau. Se dit d’un homme contre lequel on s’est permis quelque satire, que l’on a tourné en ridicule.

Larchey, 1865 : Balai. — Allusion de forme. — V. Giberne.

Les hommes de corvée sont tous là prêts le pinceau eu main, je veux dire le balai en joue.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Balai, — dans l’argot des troupiers.

Delvau, 1866 : s. m. La main ou le pied, — dans l’argot des faubouriens, qui ont entendu parler du peintre Ducornet. Détacher un coup de pinceau. Donner un soufflet.

Delvau, 1866 : s. m. Plume a écrire, — dans l’argot des francsmaçons.

Rigaud, 1881 : Balai, — dans le jargon du régiment. — Voyons voir, administrez un coup de pinceau, et là, vivement !

Merlin, 1888 : Balai.

La Rue, 1894 : Balai. Pied.

Virmaître, 1894 : Balai.
— Quel riche coup de pinceau (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Balai.

France, 1907 : Balai ; argot de Saint-Cyr et des régiments.

Quels préjugés de caste, quels instincts nobiliaires résisteraient à cette manœuvre du balai dans les dortoirs, faite avec gaieté, avec entrain et à laquelle on a donné le nom de manœuvre de l’officier pinceau ?

(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)

Quand de corvée tu seras,
D’un pinceau tu te muniras,
En certain lieu tu te rendras,
Ceci fini, libre seras
De te croiser les dents ou de curer tes bras.

(Litanies du cavalier)

France, 1907 : Pied. « Détacher un coup de pinceau. »

France, 1907 : Plume ; argot des scribes militaires. Dans le langage des francs-maçons, la plume est appelée plume d’architecte.

Le F… Tartempion tenait le pinceau d’architecte pour tracer l’esquisse des travaux du jour.

(Procès verbal de L. M.)

Plaquer

d’Hautel, 1808 : Plaquer un soufflet sur la joue. Pour donner un soufflet.
Plaquer quelque chose au nez de quelqu’un. Lui faire en face quelques reproches offensans.

Halbert, 1849 : Venir, cacher.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Abandonner, laisser là.

Rigaud, 1881 : Confondre, interloquer, mettre dans l’impossibilité de répondre, aplatir moralement ; c’est le synonyme de coller. — As-tu vu comme je te l’ai plaqué ? il n’a plus soufflé mot.

Rigaud, 1881 : Quitter. — Remettre quelqu’un à sa place. Invectiver avec verve sans laisser à l’adversaire le temps de la réplique ; c’est-à-dire appliquer invectives sur invectives, comme on applique plaque sur plaque.

La Rue, 1894 : Quitter subitement. Venir. Cacher. Confondre, interloquer ; coller. Remettre quelqu’un à sa place. Invectiver vivement.

Rossignol, 1901 : Quitter sa maîtresse est la plaquer. Quitter une société est aussi la plaquer.

Il est tard, bonsoir, je vous plaque.

France, 1907 : Invectiver ; remettre quelqu’un à sa place.

France, 1907 : Lâcher, abandonner. Synonyme de planter là.

— Un Collignon qui bat son careau, ça me dégoûte. — Mon dernier amant, c’était un cocher de la Compagnie, un nommé Badin, il était chouette pour moi, mais il maltraitait sa bête et il m’a plaquée parce qu’un soir que j’étais en colère, je lui ai dit que l’cheval gagnait l’avoine du cocher et que l’cocher ne gagnait pas le pain de son cheval.

(Louise France, Gil Blas)

— Tu as du chagrin ?… Tu pleures ?
— Georges m’a quittée…
— Ah ! les hommes !… Mais tu voulais, toi- même, le plaquer ?…
— Précisément… j’aurais voulu être la première !

(Le Nain Jaune)

Hélas ! que j’en ai vu mourir des jeunes filles
Bien portantes et qui,
Détruites dans leur fleur par Monsieur Chouberski,
Ont plaqué leurs familles !

(Jules Jouy)

France, 1907 : Mettre. Plaquer sa viande sur l’édredon, se coucher.

Ne fabrique pas un marlou,
Il te ferait plaquer au trou.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

Poussée

d’Hautel, 1808 : Voilà une grosse poussée. Se dit par raillerie pour rabaisser la valeur, le mérite du travail de quelqu’un.
Donner la poussée à quelqu’un. Le poursuivre vivement, le tourmenter ; lui faire peur.

Delvau, 1866 : s. f. Besogne pressée, surcroît de travail, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. f. Bourrade ; coups de coude dans la foule. Par extension : Reproches, réprimande.

Rigaud, 1881 : Ouvrage pressé. Il y a de la poussée.

Poussier

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Halbert, 1849 : Poudre ou lit.

Larchey, 1865 : Poussière. — Poussier : Lit. — La poussière n’y manque pas.

Je lui paie son garni de la rue Ménilmontant, un poussier de quinze balles par mois.

(Monselet)

Poussier : Monnaie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Lit d’auberge ou d’hôtel garni de bas étage, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Monnaie, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Lit, — dans le jargon du peuple ; probablement parce qu’il n’est pas fait souvent.

Rigaud, 1881 : Monnaie de cuivre, — dans le jargon des voleurs.

Merlin, 1888 : Lit militaire, méritant fort bien ce nom : poussière dessus, poussière dedans, en guise de paille. On dit aussi plumard et panier.

La Rue, 1894 : Monnaie de cuivre. Lit. Tabac à priser. Fausse monnaie. Poudre. Pouce, main.

Virmaître, 1894 : Lit malpropre. Poussier, chambre pauvre, en désordre.
— Comment peux-tu vivre dans un pareil poussier ?
Synonyme de taudis (Argot du peuple).

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs.

France, 1907 : Lit ; argot populaire.

C’est le terme. Au pavé, les gueux. Bon débarras !…
Empile vivement dans la charrette à bras
Ton poussier disloqué, les deux chaises de paille,
Tes poêlons, tes outils, tes guenilles, canaille !

(André Gill)

Passer sur le poussier le temps entre les appels, les pansages et les manœuvres, filer l’amour profane avec les bonnes d’enfants ou les demoiselles de comptoir, faire les yeux en coulisse à toute femme que l’on suppose de bonne volonté, poursuivre dix lièvres à la fois et revenir bredouille, errer à la recherche du camarade qui doit vous rincer la dalle, avoir sans cesse envie de boire sans être pris de la moindre soif, chercher constamment la femme et être saoul d’amour, tuer les heures du soir à jouer son café dans d’interminables parties de rams et les jours où l’on touche le prêt ou le mandat, fruit des épargnes amassées péniblement par la mère pour procurer quelques douceurs au pauvre enfant, rentrer ivre à la caserne et finir la fête au bloc.
Cette vie, toute douce qu’elle soit, devient fatigante à la longue.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Raide

Delvau, 1866 : adj. Complètement gris, — parce que l’homme qui est dans cet état abject fait tous ses efforts pour que cela ne s’aperçoive pas, en se raidissant, en essayant de marcher droit et avec dignité. On dit aussi Raide comme la Justice.

Delvau, 1866 : adj. Invraisemblable, difficile à croire, — c’est-à-dire à avaler. Se dit à propos d’un Mot scabreux, d’une anecdote croustilleuse. La trouver raide. Être étonné ou offensé de quelque chose.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Rude.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie de qualité inférieure.

La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Ivre. Sans argent. Difficile à croire. Faux rouleau d’or des voleurs à l’américaine.

France, 1907 : Brusquement, vivement.

— Si, dans un mois, nos bans ne sont pas publiés, je te lâche, toi, et raide !…

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

On dit aussi dans le même sens : raide comme balle.

Alors Clarinette écarquilla les yeux : elle n’aurait jamais cru cette souillon capable de ça : d’ailleurs, quant à elle, ça lui était bien égal : elle était sûre de Jacques. Si jamais il s’avisait de la tromper, elle le cocufierait raide comme balle.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Eau-de-vie.

— Donne-moi un verre.
— Du raide ?
— Tiens ! crois-tu donc qu’on m’a changé en rosière ?… Du tord-boyaux et du chenu… j’ai besoin d’avoir la dalle grattée pour avoir la voix plus claire.

(Jules de Gastyne, La Pièce d’or)

France, 1907 : Fort, choquant. En dire, en faire de raides.

Au dessert :
Un des invités parle d’une chanson grivoise, qui fait florès au quartier Latin.
— Oh ! Chantez-nous-la, dit comtesse de Santa-Grue.
— C’est impossible ; elle est vraiment trop raide.
— Eh bien ! reprend la comtesse, dites-nous seulement les paroles !

France, 1907 : Ivre. Raide comme la justice, absolument ivre.

Ces noceurs-là étaient raides comme la justice, et tendres comme des agneaux. Le vin leur sortait par les yeux.

(É. Zola, L’Assommoir)

H’u !… nom de Dieu ! ça va pas mieux ;
C’est c’bon Dieu d’hoquet qui m’tracasse ;
Ej’ vas m’payer eun’ demi d’vieux,
Ça me r’mettra le cœur à sa place,
Eun’ demi d’vieux… c’est pas r’fus,
Dame, ej’ suis raid’ comm’ l’obélisque,
Sûr, ej’ me raidirai pas pus.
H’u ! pis j’m’en fous, moi, qu’est-c’ que j’risque ?

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Rouleau de fausses pièces, ou rouleau d’or dont se servent les escrocs dans le vol dit à l’américaine.

France, 1907 : Sans argent ; argot des grecs.

Ramage

d’Hautel, 1808 : Gronde, réprimande, grognement, murmure, mécontentement ; l’action de marmoter entre ses dents.
Il m’a fait un beau ramage. Pour, il m’a vivement réprimandé, grondé.
Auras-tu bientôt fini ce ramage ? Pour cesseras-tu de marmoter, de murmurer, de grogner ?

Repousser

d’Hautel, 1808 : Repousser quelqu’un avec perte. Pour dire, lui répliquer vivement ; lui river son clou ; le réduire à ne savoir plus que dire. On dit aussi d’une personne à qui on a refusé ouvertement ce qu’elle postuloit, qu’Elle a été repoussée à la barricade.

Rossignol, 1901 : Puer, sentir mauvais.

Riffe (de)

Rossignol, 1901 : D’autorité.

Il ne voulait pas partager j’ai pris ma part de riffe.

France, 1907 : Violemment. Y aller de riffe, faire une chose vivement. Prendre de riffe, prendre de force.

Il empoigna la bergère, la jeta sur l’herbe et la prit de riffe.

Rincer

d’Hautel, 1808 : Il a été bien rincé. Pour dire, bien mouillé ; il a reçu toute la pluie.
On se sert aussi de cette locution pour dire que quelqu’un a été vivement réprimandé ; qu’il a reçu quelque mauvais traitement.

Ansiaume, 1821 : Faire des dupes.

Je suis rincé, on a déplanqué ma camelotte.

anon., 1827 : Voler.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. Rincer la cambriole, voler tout ce qui se trouve dans une chambre.

Bras-de-Fer, 1829 : Dévaliser, voler.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler.

Halbert, 1849 : Voler.

Larchey, 1865 : Battre.

Un général, fût-il un prince, Fond sur l’ennemi et vous le rince.

(Favart, — 1750)

Tu m’as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Dévaliser.

Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups. Signifie aussi Gagner quelqu’un au jeu.

Delvau, 1866 : v. a. Dévaliser, nettoyer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Dépouiller ; voler.

La Rue, 1894 : Battre. Dépouiller, voler. Ruiner.

Rossignol, 1901 : Payer à boire. —

Nous avons soif, tu devrais bien nous rincer.

France, 1907 : Battre.

Nos officiers dans la bataille
Sont pêle-mêle avec nous tous :
Il n’en est point qui ne nous vaille,
Et les premiers ils sont aux coups.
Un général, fût-il un prince,
Des grenadiers se met au rang.
Et r’li, et r’lan,
Fond sur l’s enn’mis et vous les rince,
Relan tamplan, tambour battant.

(Favart)

France, 1907 : Dépouiller, piller. Rincer la cambriole, dévaliser une chambre, un appartement.

— Un immeuble à rincer sur le chemin de Chatou. Maison de maître dans le chic des chics, vaisselle plate dans les armoires, valeur de toute espèce dans les tiroirs des meubles. Sans compter les glaces, les pendules, les tableaux et les bibelots, qu’il n’y a qu’à se baisser pour en prendre.

(Paul Mahalin, Les Monstres de Paris)

River

d’Hautel, 1808 : River le clou à quelqu’un. Pour dire lui riposter adroitement et vivement ; lui parler ferme et de manière à ne lui laisser aucun avantage.

France, 1907 : Coïter ; vieux français.

Rond de sellette

France, 1907 : Nom donné autrefois à l’enceinte réservée dans les salles de justice.

Ce qu’on nomme aujourd’hui « l’enceinte réservée » et qu’on appelait alors le « rond de sellette » avait été vivement envahi par tout un élégant public titré, avide de savourer, commodément assis, les vives émotions de ce drame judiciaire.

(Eug. Chavette, Défunt Brichet)

Roue de derrière

M.D., 1844 : Pièce de cinq fr.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce de cinq francs en argent, — dans l’argot des cochers, qui emploient cette expression depuis longtemps, puisqu’on la trouve dans les Œuvres badines du comte de Caylus. Les Anglais ont la même expression : A hind-coach-wheel, disent-ils à propos d’une pièce de cinq shillings (une couronne).

Rigaud, 1881 : Pièce de cinq francs en argent.

Mets tes lunettes, mon vieux, c’est une roue de derrière.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13.)

La Rue, 1894 : Pièce de cinq francs. Roue de devant, pièce de deux francs.

Virmaître, 1894 : Pièce de cinq francs en argent. Quand on n’en possède qu’une, la voilure va cahin-caha, mais, quand il y en a plusieurs, on roule vivement (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Pièce de cinq francs.

France, 1907 : Pièce de cinq francs. Elle est, comme les roues de derrière des voitures, plus grande que les autres pièces ; argot des voleurs. La roue de devant est la pièce de deux francs.

Au cidre ! au cidre ! il fait chaud,
Verse dru, la mère,
Au cidre ! au cidre ! il fait chaud,
J’ons cin’ rou’ d’derrière.
Du cidre il faut
À grand verre,
Du cidre il faut
À grand pot.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

anon., 1907 : Pièce de cinq francs.

Sabrer

d’Hautel, 1808 : Sabrer une affaire. La pousser vivement ; la dépêcher sans examen ni précaution.

Halbert, 1849 : Auner.

Delvau, 1866 : v. a. Faire une chose à la hâte, et, à cause de cela, la mal faire.

France, 1907 : Remplir une tâche précipitamment et sans soin, comme si on la taillait à coups de sabre.

Serrer les pouces à quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. Le presser vivement de questions pour lui faire avouer la vérité. Argot du peuple.

Sibérie

Boutmy, 1883 : s. f. Se dit de rangs situés à l’extrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n’a aucune espèce d’accointance. Dans quelques imprimeries, on donnait ce nom à un coin de l’atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qu’à l’initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. L’attrape-science, heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où les épées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs. Mais tout, hélas ! n’était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d’une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L’un d’eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes. Ils se les étaient à peine distribuées, qu’ils furent pris d’une panique soudaine bien justifiée. On venait d’entendre le frôlement d’une robe qui n’était autre que celle de la patronne, laquelle n’entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. Il était temps ! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressa-t-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s’apercevant que l’un d’eux était couvert, et comme elle tenait au respect : « Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. — Pardon, madame ! » dit l’interpelé. Aussitôt, le roi de pique, la dame de cœur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué à recevoir la visite de caractères en rupture de casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et l’atelier. (Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame… L’enfant promettait !)

France, 1907 : Arrière-partie d’un atelier où l’on relègue les apprentis qui s’y trouvent généralement dans l’ombre et exposés an froid.

Sub rosa

France, 1907 : Sous la rose, En secret. Cette expresse est fort ancienne et fort usitée en différents pays. Elle vient de la coutume qu’avaient les Grecs et les Romains de se couronner de fleurs dans les festins et de garder le silence absolu sur ce qui s’était dit ou fait sub rosa, pendant les agapes. Sage discrétion que n’imitèrent pas les frères de Goncourt qui, dans leur manie de petits papiers et de documents prétendus humains, consignèrent au sortir de banquets littéraires un tas de propos lâchés sous l’influence des boissons et l’entrainement de discussions libres. C’était, dit l’Intermédiaire des chercheurs et curieux (20 décembre 1848), au point de vue littéraire, une véritable trahison ; les très aimables et spirituels convives réunis chez Brébant se laissaient précisément aller au charme de la libre parole, parce que celle-ci, ils le croyaient du moins, devait ne jamais dépasser le seuil. Renan, qui était des convives, et non des moins spirituels et paradoxaux, assurément, prit assez mal la publication de ces comptes rendus sommaires, et sortant pour une fois de son calme souriant, rappela un peu vivement au survivant des deux frères, que l’on ne devait jamais répéter ni surtout écrire, encore moins imprimer, ce qui est ainsi dit sub rosa.

Suce larbin

Vidocq, 1837 : s. m. — Bureau de placement de domestiques. Les bureaux de placement, tels qu’ils existent maintenant, nuisent à ceux qui se font servir, et à ceux qui servent, aussi le mal qui résulte de leur existence est-il visible à tous les yeux. Les quelques notes qui suivent, sont extraites du prospectus que je publiais lorsque je me déterminais à fonder, sous le titre de l’Intermédiaire, une agence qui, j’ose le croire, aurait rendu d’éminens services à la société si elle avait été mieux comprise.
« Un décret impérial du 10 octobre 1810 fixa la position des individus qui étaient ou qui voulaient se mettre en service en qualité de domestiques ; ce décret, à la fois juste et sévère, prévoyait tous les abus.
Les bons domestiques l’accueillirent avec plaisir ; l’homme probe ne redoute pas les investigations, il sait fort bien qu’il ne peut que gagner à être connu ; mais ceux dont la conscience n’était pas nette, employèrent tous les moyens que leur suggéra leur imagination pour éluder et paralyser les effets qu’il devait produire : celui qu’ils adoptèrent devait nécessairement réussir, à une époque où la police était ombrageuse et la population inquiète.
Si vous parlez de la police à la plupart des habitans de Paris, ils croiront tout ce que vous voudrez bien leur dire, ils flétriront du nom de mouchard tous les individus dont ils ne connaissent pas les moyens d’existence.
Les domestiques, presque tous doués d’une certaine finesse et d’une grande perspicacité, avaient remarqué celte tendance des esprits, ils l’exploitèrent à leur profit.
Lorsqu’ils se présentaient pour obtenir une place et qu’on leur demandait l’exhibition de leur livret, ils répondaient : « Monsieur ignore sans doute que tous les porteurs de livret sont vendus à la police ; nous n’avons pas voulu en prendre afin de ne pas être contraints à exercer l’ignoble métier de mouchard. » Si cette réponse eût été seulement celle de quelques individus, ce grossier subterfuge n’aurait trompé personne ; les domestiques sentirent cela, aussi lorsqu’ils se trouvaient avec ceux de leurs camarades possesseurs du livret qu’ils n’avaient pu obtenir, ils disaient : « J’obtenais aujourd’hui une excellente place, si je n’avais pas eu la maladresse de montrer mon livret ; les maitres pensent que l’on n’en délivre qu’à des agens secrets de la police. » Crédules comme tous les honnêtes gens, les bons domestiques croyaient cela, et lorsqu’à leur tour ils se présentaient dans une maison nouvelle, ils cachaient avec soin leur livret.
Les mauvais domestiques furent et sont encore favorisés dans leurs desseins par l’indifférence coupable des maîtres, qui ne cherchent pas assez à connaître l’homme qu’ils admettent dans leur intérieur, auquel ils confient leur fortune et leur vie ; ces derniers n’exigent de cet homme que des certificats sans authenticité, et qui, s’ils ne sont faux, sont très-souvent arrachés à la complaisance ; le maître les examine sans les voir, les rend au domestique et tout est dit : souvent aussi, pour ne point se donner la peine de s’habituer à un nom nouveau, il donne à celui qu’il vient de prendre à son service le nom de son prédécesseur, il se nommait Pierre, le nouveau se nommera Pierre ; le domestique dont les intentions sont mauvaises, loin de s’opposer à cette manie, la fait naître ; qu’arrive-t-il ensuite ? Pierre vole et se sauve ; où chercher Pierre ?
L’impunité enhardit les fripons : lorsqu’un domestique a commis un vol de peu d’importance, un couvert, une montre, etc., le maître qui ne veut pas sacrifier au juge d’instruction et aux audiences de la Cour d’Assises un temps qu’il peut employer plus agréablement, le chasse et lui dit d’aller se faire pendre ailleurs. Qu’arrive-t-il encore ? Le domestique ne va pas se faire pendre, il va voler ailleurs ; encouragé par l’indulgence de son maître, il ne s’arrête plus à des bagatelles, il tente un coup hardi, et s’il réussit il peut aisément se soustraire aux recherches puisque l’on ignore jusqu’à son véritable nom.
Ainsi sapé dans ses fondemens, par la ruse des domestiques et l’insouciance des maîtres, le décret de 1810 ne vécut pas long-temps : c’est souvent le sort des meilleures institutions.
Aujourd’hui rien ne régit la classe si nombreuse des domestiques (dans Paris seulement on en compte plus de quatre-vingt-dix mille), les effets déplorables de cet état de choses sont visibles à tous les yeux ; les crimes nombreux commis par des individus de cette profession épouvantent non-seulement les gens obligés de se faire servir, mais encore le philantrope qui désire l’amélioration des classes infimes. »
Une cause qui contribue puissamment à démoraliser les domestiques, est la multitude de bureaux de placement qui infestent la capitale (on en compte plus de trois cents) ; la Gazette des Tribunaux a plus d’une fois donné la mesure de la moralité des individus qui dirigent ces sortes d’établissemens : (nous apprenons au moment de mettre sous presse, que les tribunaux viennent de faire justice de deux de ces forbans. La Gazette des Tribunaux rapporte, que les sieurs Prévost et Turquin, directeurs du bureau de placement rue St.-Denis, no 357, viennent d’être condamnés à un an de prison, cent francs d’amende, et à la restitution des sommes nombreuses extorquées par eux.) Tout le monde sait que leur but unique est de gagner de l’argent ; pour arriver à ce but ils doivent désirer des mutations, car plus il y a de mutations, plus il y a d’inscriptions à recevoir.
Dans toutes les professions centralisées, lorsqu’un individu commet une faute, si elle est légère il se corrige, si elle est grave ou s’il y a récidive, il doit disparaître de la corporation ; les bureaux de placement qui admettent sans examen préalable tous ceux qui se présentent, donnent aux mauvais domestiques la faculté de se produire comme des hommes nouveaux autant de fois qu’il y a d’établissement de ce genre ; les maîtres qui choisissent là leurs serviteurs sont donc continuellement exposés, et, sans qu’ils s’en doutent, leurs domestiques (que l’on me pardonne cette comparaison) jouent chez eux le rôle de l’épée de Damoclès : au premier jour ils s’éveillent et sonnent leur domestique, il ne vient pas, ils se frottent les yeux et cherchent leur montre ; plus de montre, elle a disparu avec le domestique ayant de bons répondans. Un autre inconvénient des bureaux de placement, moins grave il est vrai, mais cependant très-désagréable, est celui-ci : vous demandez un cocher, on vous envoie un pâtissier ; vous voulez un cuisinier, c’est un palefrenier que l’on vous adresse.
Si les bureaux de placement nuisent aux maîtres, ils nuisent aussi aux bons serviteurs ; alléchés par des annonces mensongères, ces hommes laborieux grimpent bravement les quelques étages qui conduisent au cabinet du distributeur de places, paient une somme plus ou moins forte, et sortent bercés par l’espérance d’obtenir un emploi qui n’existe que sur le carton qui leur a servi d’appeau. Les directeurs de bureaux de placement ont aussi des compères chez lesquels ils envoient des sujets qui arrivent toujours trop tard.
Lorsque l’on a toujours vécu dans une certaine sphère, on ne trouve souvent dans son cœur que du mépris pour ces individus que la société repousse de son sein, et tout le monde sait que le mépris éloigne la compassion : dans la carrière pénible que j’ai parcourue, j’ai pu étudier des mœurs qui échappent aux yeux des gens du monde ; j’ai eu le courage de fouiller les sentines de la prostitution, et à quelques variantes près, j’ai toujours entendu la même histoire. Une jeune fille arrive à Paris ; lorsqu’à sa descente de voiture elle ne trouve pas certaine courtière, elle porte ses pas vers le premier bureau de placement, paye et attend patiemment la place qui lui a été promise ; le dénuement, la misère arrivent avant la place, et bientôt, ne sachant plus que faire, il faut qu’elle se prostitue à un de ces vieux libertins qui n’oseraient s’adresser à une agence recommandable, et qui vont hardiment chercher dans les bureaux de placement les victimes de leur lubricité, ou bien qu’elle meure de faim ; et que l’on ne croie pas que les choses soient ici poussées jusqu’à leurs dernières conséquences, il n’y a pas d’exagération dans ce que j’avance ; je suis seulement rigoureusement vrai. Oui, cette nécessité cruelle qui crie sans cesse aux oreilles du malheureux : il faut vivre, a poussé plus de victimes dans l’abîme, que la corruption et la débauche.
« Quelquefois aussi il arrive que ces individus sont les premiers trompés, à ce sujet que l’on me permette de citer un exemple récent.
Un sieur Gazon avait chargé un individu, à la fois écrivain public et directeur d’une agence de placement, de lui trouver une jeune fille probe et jolie. L’obligeant courtier, sans trop s’inquiéter de la première des qualités exigées, procura au sieur Gazon une jeune fille de dix-sept ans ; ce dernier la reçut chez lui, et peu de temps après la jeune innocente lui vola 35,000 francs ; la Gazette des Tribunaux a rendu compte de ce fait. (Numéros des 28 août et 11 septembre 1835.)
Un établissement créé sur une vaste échelle, qui remédierait aux inconvéniens, aux vices même qui viennent d’être signalés, établissement fondé dans l’intérêt des maîtres ct dans celui des domestiques, doit, si je ne me trompe, satisfaire un besoin général et vivement senti : les services immenses que j’ai pu rendre au commerce depuis que mes bureaux de renseignemens existent, ont engagé mes nombreux cliens à désirer cet établissement, qui doit améliorer une classe nombreuse, intéressante, et qui n’a besoin pour devenir meilleure, que d’être guidée, éclairée et surtout protégée.
Déjà bon nombre d’industriels me trouvant toujours sur leurs pas, se sont corrigés ; ils suivent d’autres erremens et manifestent l’intention de devenir honnêtes : ce qui est arrivé aux flibustiers du commerce, arrivera sans doute aux domestiques ; tous mes efforts du moins tendront à atteindre ce but : ceux qui ne seront qu’égarés seront ramenés avec douceur, ceux qu’on ne pourra corriger seront repoussés de l’administration, ils devront donc disparaître de la corporation : au reste, et qu’on ne croie pas que ce que je vais dire soit une de ces phrases de prospectus dont la banalité ne trompe plus personne ; l’intérêt n’a pas été le moteur créateur de cette entreprise, j’ai cédé aux instances des plus recommandables philantropes qui ont bien voulu m’honorer, m’aider de leurs conseils, et m’engager à ne point abandonner une entreprise dont je ne cherche pas à me dissimuler les écueils, et qui d’abord m’avait paru une utopie irréalisable.
Je n’ai pas non plus commencé à agir sans m’être entouré de toutes les lumières qu’il était possible de recueillir ; j’ai pris les avis des personnages haut placés qui se sont spécialement occupés de la matière ; j’ai consulté d’anciens et loyaux domestiques : l’approbation des uns et des autres a été une récompense prématurée dont je saurai, je l’espère, me montrer toujours digne.
Sans pourtant négliger les anciens domestiques, je m’occuperai plus spécialement des hommes nouveaux qui débuteront dans la capitale, car souvent les premiers pas d’un homme décident de sa vie toute entière. Une correspondance sera établie avec MM. les maires de toutes les communes de France qui voudront bien, sans doute, encourager mes efforts et m’adresser ceux de leurs administrés qui viendraient à Paris pour servir. Aucun domestique ne sera admis à l’agence qu’il n’ait préalablement établi son individualité d’une manière positive, et justifié de l’emploi de son temps depuis sa sortie de son pays.
Une carte dont le domestique sera porteur pour être envoyé en place, fera connaître ses nom, prénoms, ses antécédens, etc., etc. ; les maîtres sauront donc enfin quelles sont les mœurs, les habitudes et le caractère de leurs serviteurs.
Comme on l’a déjà dit, les mauvais seront impitoyablement repoussés, les bons, au contraire, seront protégés, aidés et secourus en cas de besoin.
Je ne prétends pas avancer que ces mesures détruiront de suite le mal, le temps seul peut opérer des prodiges ; mais si les maîtres veulent bien, en s’adressant exclusivement à moi, seconder mes efforts, le bien ne tardera pas à se faire sentir.
Les domestiques sortis de l’administration devront donc jusqu’à un certain point inspirer de la confiance, car enfin ils seront connus, et leur vie passée sera la garantie morale de leur vie à venir.
On appréciera, j’ose l’espérer, ce que je viens de dire, et pour être bien comprises, mes raisons n’ont pas besoin de plus longues explications : que l’on me permette seulement les quelques lignes qui suivent et qui doivent nécessairement terminer ce discours.
Ceux qui se font servir considèrent aujourd’hui leurs domestiques comme des instrumens nécessaires sans doute, mais qui peuvent être brisés sans remords ; cette funeste tendance des esprits a fait plus de coupables peut-être que les vices naturels à l’homme, dont l’éducation n’a pas corrigé les mœurs : le domestique qui ne reçoit en échange de son travail, de ses soins, de son dévouement même, que de l’argent seulement, se dégoûte bientôt d’une chaîne dont l’espoir d’un meilleur avenir ne vient pas alléger le poids ; il se sert, pour quitter cette position devenue insupportable, de tous les moyens qui se présentent à son esprit : aussi tel individu a manqué à sa destinée qui devait être celle d’un honnête homme, parce que ses protecteurs naturels n’ont pas su deviner le fruit caché sous une rude écorce. Il existe malheureusement des hommes essentiellement vicieux et contre lesquels tous les correctifs doivent échouer ; mais il en est, et le nombre de ceux-là est plus considérable qu’on ne le pense, dont les fautes sont excusables, si l’on veut bien avoir égard aux circonstances qui les ont fait commettre.
Autrefois il n’était pas rare de rencontrer des domestiques qui honoraient leur profession par des sentimens élevés et une probité à toute épreuve, cela se conçoit ; autrefois le domestique était un des membres de la famille ; le maître savait lui pardonner les fautes légères, les défauts de caractère, il s’occupait de son bien être, il cherchait à lui rendre sa position supportable, et lorsque les années avaient blanchi sa tête, il assurait son avenir. Aujourd’hui s’ils ne vont pas mourir à l’hôpital, les domestiques périssent d’inanition sur la voie publique.
On doit à tous les hommes, quelle que soit d’ailleurs leur position sociale, la considération qu’ils méritent : pourquoi les domestiques sont-ils déshérités de ce qui leur appartient ? Les maîtres trop souvent oublient en leur parlant, qu’ils s’adressent à des êtres doués d’organes semblables aux leurs et tout aussi sensibles ; ils ne ménagent pas leur susceptibilité, ne s’occupent pas de leur avenir : cette négligence, cet égoïsme, font les mauvais domestiques ; mais lorsqu’ils seront certains de n’avoir sous leur toit que des serviteurs probes, fidèles, laborieux, ils voudront bien sans doute leur accorder cette considération qui rehausse l’homme à ses propres yeux, l’encourage à bien faire et lui persuade que la droiture et l’honneur peuvent seuls constituer un bonheur véritable. »

Tac au tac (du)

France, 1907 : Instantanément, vivement. Riposter du tac au tac, répondre immédiatement.

— Vous me citiez l’Évangile ; je fais appel, moi, aux Pères de l’Église, et vous réponds du tac au tac avec saint Jérôme, que « tout possesseur d’une grande fortune est un voleur ou l’héritier d’un voleur ». Et ne m’objectez pas que saint Jérôme est mort il y a quinze cents ans, car il est de notre temps comme du sien, bien pis encore.

(Albert Cim, Émancipées)

Tailler une basane

Rigaud, 1881 : Exécuter le geste familier aux voyous, geste qui consiste à s’administrer une claque sur la cuisse et à relever vivement jusqu’au bas ventre la main, paume ouverte, les quatre derniers doigts battant l’air. L’expression appartient aux soldats de cavalerie qui ne craignent pas d’exécuter ce geste sur la basane de leur culotte.

France, 1907 : Geste d’insulte consistant à se frapper sur la cuisse et à décrire avec le pouce pour pivot un demi-cercle qui ramène la main ouverte au-dessus des parties génitales.

Et tandis que du revers de sa main il se caressait le menton, de l’autre il se gifla la cuisse, taillant une basane gigantesque au nez du colonel absent.

(Georges Courteline)

Talonner

d’Hautel, 1808 : Tourmenter, accabler presser, solliciter vivement quelqu’un, le poursuivre à toute outrance.

Delvau, 1866 : v. a. Presser, tourmenter ; poursuivre.

Tireflûter par la tangente (se)

France, 1907 : Se tirer d’affaire par des mensonges ; prendre des faux-fuyants.

Et qu’ils n’essayent pas de se tireflûter par la tangente, en prétextant que des faits pareils ne se voient qu’en Angleterre.
Tralala ! c’est partout kif-kif bourriquot.
Ceux qui ont goûté des prisons de France peuvent en témoigner.
En ce qui me concerne, j’en sais quelque chose.
Plus d’une fois j’ai vu des pauvres vieux se lamenter et pleurer comme des madeleines parce que l’heure de déguerpir de la prison était venue.
« Que faire ?… Que devenir ?… disaient-ils avec raison. Nous allons entrer dans la société et nous y serons montrés au doigt : on nous traitera en pestiférés. Notre seule ressource sera de refaire vivement un coup quelconque afin de nous faire emboiter à nouveau. »
Et ça ne ratait pas !

(Le Père Peinard)

Tomber

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a relevé une parole piquante, qu’on y a vivement riposté.
Cela n’est point tombé à terre. Pour dire, sera relevé quand les circonstances le permettront.
Tomber de son haut. Être très-étonné ; ne pouvoir revenir de sa surprise.

Ansiaume, 1821 : Être arrêté.

C’est un lofin, il est tombé deux fois cette année.

Larchey, 1865 : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré.

Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures, — dans l’argot des gens de lettres.

Delvau, 1866 : v. a. Faire tomber ; terrasser ; — dans l’argot des amis du pugilat.

Rigaud, 1881 : Apparaître sur le tapis vert, — dans l’argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu’il fait un louis au jeu et qu’il va le mettre sur le tableau.

Vingt-cinq louis qui tombent ! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Retourner en prison. — Tombé malade, repris.

Rigaud, 1881 : Séduire ; obtenir les faveurs d’une femme.

Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc… On tombe sans grand’peine une brune.

(Mémoires de Rigolboche)

Rigaud, 1881 : Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur ; terme que les journalistes ont emprunté à l’argot des lutteurs.

La Rue, 1894 : Séduire une femme. Vaincre, terrasser. Retourner en prison. Tomber en litharge, être au secret. Tomber en figure, faire une rencontre désagréable. Entrer en scène. Tomber à pic. Bien tomber.

France, 1907 : Vaincre, renverser ; argot des lutteurs.

Son industrie consistait à faire disparaître les gens qui en gênaient d’autres. De là lui était venu son nom. De même que le mot tomber est synonyme de renverser en terme de lutte et qu’on dit : tomber son adversaire, tomber l’ours, on l’avait surnommée la tombeuse d’hommes…

(Félix Remo, La Tombeuse)

Tricoter des fesses

Delvau, 1864 : Les remuer vivement dans l’acte vénérien, pour mieux, jouir ou pour mieux faire jouir l’homme.

Violon

Delvau, 1864 : Membre viril, — instrument qui fait danser les femmes et les filles.

Je jouais si vivement
En c’moment,
Qu’fatiguant mon bras,
J’ai pour ses appas,
Tant j’mettais d’action,
Rompu mon vi (ter) olon.

(Laurent)

Larchey, 1865 : « On appelle violon à Paris une prison que chaque section a dans son enceinte pour enfermer ceux qu’on arrête la nuit et qui sont le lendemain transférés dans une maison d’arrêt. »

(Almanach des Prisons, 1795)

Delvau, 1866 : s. m. Partie d’un corps de garde réservée aux gens arrêtés pendant la nuit et destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la Préfecture de police. L’expression a un siècle de bouteille. Sentir le violon. Être sans argent. Argot des voleurs.

Boutmy, 1883 : s. m. Grande galée en bois ou en métal.

Virmaître, 1894 : Cellule du poste de police. Vieux jeu de mots qui date du temps où c’était l’archer qui vous conduisait au violon (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Les serruriers, pour percer des petits trous, se servent d’un foret emmanché dans une bobine pour l’activer ; ils ont une tige d’acier flexible, garnie d’un fil d’archal, ils appuient le pivot du foret sur une plaque de fer assujétie sur l’estomac ; cette plaque se nomme conscience, la tige d’acier se nomme un archet. Par le va et vient du foret, l’ouvrier joue un air de violon (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Cellule de poste de police.

France, 1907 : Prison provisoire. L’expression est ancienne et date du temps où l’on était conduit en prison par les archers. Jeu de mot sur archer et archet.

La prison, nommée familièrement violon… est le plus abominable lieu de détention qui soit.
À côté de ce réduit fétide, une cellule à Mazas est un boudoir.
C’est sombre, humide, étouffant, et l’on n’y peut ni dormir, ni s’asseoir ; en outre, à de certains jours, on y entasse pêle-mêle les voleurs, les assassins dangereux, les inoffensifs pochards et les personnes arrêtées à la suite d’une discussion où d’une rixe. Le plus honnête homme, l’habitant le plus rangé peut être consigné une nuit dans cette geôle insalubre et subir la promiscuité la plus révoltante.
Cette prison, qui devrait être la plus soigneusement aménagée, est abandonnée à l’incurie des chefs de postes. Les suicides y sont d’ailleurs fréquents et les rixes entre codétenus s’y multiplient.

(Edmond Lepelletier)

Quand le public entre ici, il est pris d’une terreur glaciale. Ces portes aux apparences mystérieuses, ces agents vêtus de noir qui circulent silencieusement, conduisant des prisonniers encore plus silencieux et tristes, que l’on mène dans le fond de ce couloir obscur et fétide où sont les chambres de sûreté surnommées violons et qui rappellent les oubliettes des temps jadis… tout cela donne aux visiteurs un frisson d’épouvante.

(G. Macé, Un Joli monde)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique