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Affe

Delvau, 1866 : s. f. La vie, — dans l’argot des voleurs, qui me font l’effet d’avoir à dessein confondu avec affres, leur existence étant un perpétuel effroi de la justice et des gendarmes. Eau d’affe. Eau-de-vie.

Virmaître, 1894 : La vie. Les voleurs vivant dans des transes continuelles, comme le mourant, ils ont des affres. Affres en français signifie angoisses (Argot des voleurs). V. Affe.

Aiglefin

Delvau, 1866 : s. m. Chevalier d’industrie, escroc du grand et du petit monde, vivant aux dépens de quiconque l’écoute.
C’est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable, — c’est-à-dire aussi problématique, — que l’orthographe officielle, aigrefin. Le peuple prononce le nom comme je l’écris : est-ce par euphonie, est-ce par tradition ? je l’ignore, et les savants n’en savent pas plus que moi là-dessus « Aigre faim, faim très vive (homme affamé) », dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite aiglefin, et les escrocs ne sont pas moins affamés d’argent que d’autre chose.

France, 1907 : Filou, chevalier d’industrie. Le peuple prononce ce mot tel qu’il doit être écrit, tandis que les puristes disent aigrefin, qui n’a aucune signification. L’orthographe populaire s’explique d’elle-même, escroc hardi et entreprenant, vivant comme l’aigle de hardies rapines. C’est aussi le nom d’une ancienne monnaie.

Bon

d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron.
Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.

Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.

Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !

(Balzac)

C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.

Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.

(Chenu)

Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.

Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.

France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.

Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.

(Zola)

Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.

Boute-en-train

d’Hautel, 1808 : Bon vivant, compère la joie, toujours disposé à la ribotte, et qui met les autres en gaieté, en bonne humeur.

Boutique

d’Hautel, 1808 : On dit en plaisantant d’une femme qui, en tombant, a laissé voir son derrière, qu’Elle a montré toute sa boutique.
C’est une mauvaise boutique où personne ne peut rester. Se dit par mépris d’une maison où l’on est mal payé et mal nourri.
Faire de son corps une boutique d’apothicaire. Voy. Apothicaire.
Adieu la boutique. Se dit par plaisanterie, lorsque quelqu’un laisse tomber à terre ce qu’il tenoit à la main.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.

Oh ! ma mie, venez ici, et fermez la boutique, c’est aujourd’hui fête.

(Moyen de parvenir)

J’avais pourtant encor bonne pratique
Et pour cela ne fermai la boutique.

(J. Du Bellay)

Bien souvent à telle pratique
Les femmes ouvrent leur boutique.

(Variétés historiques et littéraires)

Vertu de ma vie ! c’était une belle boutique.

(Tabarin)

Larchey, 1865 : « Ce n’est pas une chose, c’est un esprit de petit négoce, de profits troubles et de soigneuses affaires, qui ne recule devant rien pour arriver à un gain quelconque. Il y a la boutique industrielle comme la boutique scientifique, artistique et littéraire. » — A. Luchet.

On dit en plaisantant d’une femme qui en tombant a laissé voir trop de choses, qu’elle a montré toute sa boutique.

(d’Hautel, 1808)

Quelle boutique ! : est synonyme de quelle baraque ! quelle mauvaise organisation !
Il est de la boutique : Il fait partie de la maison de l’administration ou de la coterie.
Boutiquer : Fagoter, mal faire. — Boutiquier : Homme à idées rétrécies, parcimonieuses.

Delvau, 1866 : s. f. Bureau, — dans l’argot des employés ; journal, — dans l’argot des gens de lettres. Esprit de boutique. Esprit de corps. Être de la boutique. Être de la maison, de la coterie.

Delvau, 1866 : s. f. Ce que les petites filles laissent voir si volontiers, — comme dans le tableau de l’Innocence. Argot du peuple. S’applique aussi à l’autre sexe. Montrer toute sa boutique. Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.

La Rue, 1894 : L’étui aux couteaux et le fusil que les bouchers de l’abattoir portent suspendus à la ceinture.

France, 1907 : « La plus jolie chose du monde, suivant Delvau, que les petites filles laissent voir si volontiers. » Montrer toute sa boutique, laisser voir certains endroits que, d’après la morale bourgeoise, on ne doit montrer qu’entre époux.
Se dit aussi d’un bureau, d’un journal, d’une administration. Être de la boutique, faire partie de la maison. Esprit de boutique, idées, préjugés, sentiments dont on s’empreint en vivant dans un milieu. Parler boutique, parler de sa profession. Dans l’argot des bouchers, la boutique est leur tablier garni de couteaux.

Buen retiro

France, 1907 : Italianisme, Endroit secret, lieu discret de rendez-vous.

Angèle Renard, modiste, rue de Richelieu, et proxénète, avait à Auteuil un buen retiro où se rencontraient des femmes et des libertins qui s’y livraient à de honteuses saturnales.
Foubert, chef du cabinet au ministère de l’intérieur, quoique vivant maritalement avec une jeune fille du peuple, se rendait très souvent chez Angèle Renard pour jouir du spectacle de tableaux vivants qu’on lui préparait avec art et qu’on lui faisait payer fort cher.
La marquise de B… était aussi une habituée du buen retiro et elle s’y abandonnait aux plus raides débauches.
On assure même que cette grande dame aurait tellement abusé des faiblesses et des complaisances d’une jeune fille de quinze ans que celle-ci aurait failli en mourir.

(Numa Gilly, Mes Dossiers)

Buen retiro. Cabinet d’aisances. « …Endroit écarté où, pour se mettre à l’aise, on a la liberté. »

Au moment où l’air connu : C’est Boulange, lange, lange ! retentissait sur les boulevards, un pâle gavroche fait irruption dans un buen retiro à cinq centimes.
— Madame, dit-il à la préposée, fermez bien vite… on va piller !

(Le Diable boiteux)

Cadavre

Delvau, 1866 : s. m. Secret qu’on a intérêt à cacher, — faute ou crime, faiblesse ou malhonnêteté. Argot des gens de lettres. Savoir où est le cadavre de quelqu’un. Connaître son secret, savoir quel est son vice dominant, son faible.

Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de corps. Même argot [du peuple]. Se mettre quelque chose dans le cadavre. Manger.

Rigaud, 1881 : Corps humain vivant. Promener son cadavre, se promener. — Aller se refaire le cadavre, aller manger. — Travailler le cadavre de quelqu’un, rouer quelqu’un de coups.

France, 1907 : Corps vivant. Se lester le cadavre, manger ; argot populaire. Ce mot s’emploie aussi pour la preuve d’une action répréhensible, faiblesse ou malhonnêteté, et quelquefois pis, commise dans un passé plus ou moins lointain. Chercher le cadavre de quelqu’un, c’est éplucher sa vie pour découvrir quelques délits secrets.

Tous ces gens ont, comme moi, leur petit cadavre. Le mien, je l’exhibe et le revendique : c’est la Commune. Eux cachent le leur et ils ont raison. Je ne les blâme pas et les laisse en paix — à chacun le droit de vivre — mais je les trouve parfois trop vertueux, trop importants et trop enclins aux coups de grosse caisse.

(Hector France, La Nation)

Carotteur, carottier

Larchey, 1865 : Tireur de carottes.

Allons, adieu, carotteur !

(Balzac)

Joyeux vivant, mais point grugeur et carottier.

(Vidal, 1833)

Cayenne

Delvau, 1866 : s. m. Atelier éloigné de Paris ; fabrique située dans la banlieue. Argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Cimetière extra muros, — dans l’argot du peuple, pour qui il semble que ce soit là une façon de lieu de déportation. Il dit aussi Champ de Navets. — parce qu’il sait qu’avant d’être utilisés pour les morts, ces endroits funèbres ont été utilisés pour les vivants.

Rigaud, 1881 : Ancien cimetière de Saint-Ouen, au-delà du boulevard Ornano. — Surnom du village qui avoisine ce cimetière ; ainsi nommés parce que l’un et l’autre sont très éloignés.

Rigaud, 1881 : Atelier, usine, — dans le jargon des ouvriers, pour qui le travail est un supplice.

France, 1907 : Atelier de la banlieue, cimetière.

Allusion au Cayenne de la Guyane qui passait pour un vrai cimetière. Pour le premier sens, c’est une assimilation de l’ouvrier au condamné aux travaux forcés.

(Lorédan Larchey)

Champ d’oignons

Delvau, 1866 : s. m. Cimetière, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que les morts empruntent aux vivants un terrain utilisé pour l’alimentation de ceux-ci.

Claquer

d’Hautel, 1808 : Donner une claque, un soufflet, ou tout autre coup avec la main.
Faire claquer son fouet. Se prévaloir hautement de quelqu’avantage ; faire le glorieux, le vaniteux.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Manger — Allusion au bruit des mâchoires.

Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit.

(Wado, Chanson)

On dit au figuré Claquer : dissiper.

Larchey, 1865 : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service.

C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc.

(Delvau)

Delvau, 1866 : v. a. Donner des soufflets.

Delvau, 1866 : v. a. Vendre une chose, s’en débarrasser, — dans le même argot [du peuple]. Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir. — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Dépenser. — Avoir tout claqué, avoir tout dépensé.

Rigaud, 1881 : Manger ; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.

Rigaud, 1881 : Mourir.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mourir. Ce mot n’est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l’attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu’aux faubourgs.

La Rue, 1894 : Mourir.

La Rue, 1894 : Vendre.

Virmaître, 1894 : Donner une claque sur la figure ou sur le contraire. Synonyme de gifle. Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mourir. Allusion à un objet qui claque, qui casse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir. Il est bien malade : il va claquer.

Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Faire retentir.

L’œuvre de Corneille est grande, sévère, admirable en certaines de ses parties où passe un souffle ardent de passion. Le fameux « Qu’il mourut ! » peut trouver son application dans nos récentes épreuves, et certains vers claquent encore sur Bazaine à travers l’histoire. Mais enfin c’est du vieux jeu, c’est du poncif tragique, c’est de l’antinaturel, de l’antivivant poussé à la dernière expression. Et n’est-il pas dans le répertoire moderne de pièce d’une portée aussi haute et dans laquelle on sente vibrer la conscience moderne ?

(Le Mot d’Ordre)

France, 1907 : Manger. Se dit aussi au figuré pour dissiper : « J’ai claqué tout mon argent. »

Quand on est de ceux qui prétendent représenter une nation, élus par la moitié des citoyens, et que de cette moitié on acheta les trois quarts, on reste à boire, au cabaret, le fond des caisses électorales, mais on a la pudeur de se taire.
Quand on chourine, pour les voler, d’humbles épargnistes, on claque leur galette en compagnie de femmes au chignon jaune, mais on ne parle pas d’honnêteté.

(Jean Grave, La Révolte)

Claquer du bec, jeûner ; imitation des cigognes, qui font claquer leur bec.

France, 1907 : Mourir.

— Elle peut traîner un mois, six semaines, comme elle peut s’en aller cette nuit, claquer ce soir, subito, sans même que tu t’en aperçoives.

(Albert Cim)

Léda la laissa débiter son boniment, puis, pressée de questions par tous, dit qu’elle ne savait rien, sinon que la femme assassinée n’était pas morte et que seul l’English était claqué.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

— L’hospice ! Non ! non ! je ne veux pas ! J’y ai été, quand j’ai eu la cuisse cassée. Y a des sœurs qui vous font dire des prières… On voit des camarades à côté de vous qui claquent… Les carabins avec leurs tabliers blancs… Non ! non ! je veux pas…

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Vendre.

Compère

d’Hautel, 1808 : Compère Loriot. Grivois, bon vivant, bout-en-train ; enfant de la joie.
On donne aussi ce nom à une pustule qui vient aux paupières.

Complet

Rigaud, 1881 : Vêtement complet, c’est-à-dire veston, gilet et pantalon levés sur la même pièce.

Il se sent plus à l’aise sous sa veste blanche que sous les complets que lui expédient les bons faiseurs de Londres.

(Figaro, du 11 déc. 1878)

France, 1907 : Habillement d’homme taillé dans la même toile, gilet, veston et pantalon. La grande banalité du costume, qui mous vient, comme tout ce qui est laid, d’Angleterre.

Costumé, par la Belle Jardinière,
D’un complet comme on en rêve un au ciel,
Gentlemanisé, presque officiel,
Digne des croisées dont il était l’hôte,
Et narguant enfin l’hôpital Broussais
D’un sourcil, ô vent ! que tu rebroussais,
Verlaine, vivant, entrait dans la Haute !

(Émile Bergerat)

Coquille

d’Hautel, 1808 : Vendre bien ses coquilles. Être avare, intéressé ; faire trop valoir son travail ; vendre tout au poids de l’or.
Rentrer dans sa coquille. Se retirer prudemment d’une mauvaise affaire.
On dit aussi d’un homme dont on a réprimé le caquet et les mauvais propos, qu’on l’a fait rentrer dans sa coquille.
Qui a de l’argent a des coquilles.
Pour dire qu’avec de l’argent, on se procure tout ce qui peut faire plaisir.
À qui vendez-vous vos coquilles ? Locution usitée, en parlant à des marchands, pour leur faire entendre qu’on n’est pas leurs dupes ; que l’on sait apprécier la valeur de leurs marchandises.
À peine s’il est sorti de sa coquille. Espèce de reproche que l’on adresse à un jeune rodomont, qui prend trop de familiarité avec des gens plus âgés et plus expérimentés que lui.

Delvau, 1864 : La nature de la femme — dans laquelle l’homme aime à faire entrer son petit limaçon, qui y bave tout à son aise. Con, cha ? demanderait un Auvergnat.

Et Laurette, à qui la coquille démangeait beaucoup, s’y accorda facilement.

(Ch. Sorel)

Delvau, 1866 : s. f. Lettre mise à la place d’une autre, — dans l’argot des typographes.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Assiette.

France, 1907 : Lettre ou mot mis à la place d’un autre. Il est des mots curieux, et d’autres fort désagréables pour les auteurs, qui voient leurs articles non seulement défigurés, mais rendus incompréhensibles et souvent ridicules. Un ouvrier compositeur s’est amusé, dans le Paris Vivant, à énumérer quelques-unes des espiègleries de la coquille.

Toi qu’à bon droit je qualifie
Fléau de la typographie,
Pour flétrir tes nombreux méfaits,
Ou, pour mieux dire, tes forfaits,
Il faudrait un trop gros volume,
Et qu’un Despréaux tint la plume,
S’agit-il d’un homme de bien,
Tu m’en fais un homme de rien ;
Fait-il quelque action insigne,
Ta malice la rend indigne,
Et, par toi, sa capacité
Se transforme en rapacité ;
Un cirque à de nombreux gradins,
Et tu Ie peuples de gredins ;
Parle-t-on d’un pouvoir unique,
Tu m’en fais un pouvoir inique,
Dont toutes les prescriptions
Deviennent des proscriptions…
Certain oncle hésitait à faire
Un sien neveu son légataire :
Mais il est enfin décidé…
Décidé devient décédé…
À ce prompt trésor, pour sa gloire,
Ce neveu hésite de croire,
Et même il est fier d’hésiter,
Mais tu le fais fier… d’hériter ;
A ce quiproquo qui l’outrage,
C’est vainement que son visage
S’empreint d’une vive douleur,
Je dis par toi : vive couleur ;
Plus, son émotion visible
Devient émotion risible,
Et si allait s’évanoir,
Tu le ferais s’épanouir…
Te voilà, coquille effrontée !
Ton allure devergondée
Ne respecte raison ni sens…

Dans la constitution Exurge, Domine, donnée par le pape Léon X en 1520, se trouve une coquille qui a fait bondir de nombreuses générations de dévots. Au lieu de Sauveur, Jésus-Christ y est traitée de sauteur ! Le mot saltator est imprimé dans le texte, au lieu de salvator.

Coup de foudre

France, 1907 : Amour à première vue qui frappe soudainement le cœur et explique le dard dont la mythologie armait Cupidon. Les très jeunes gens sont spécialement sujets aux coups de foudre. L’on peut être foudroyé ainsi nombre de fois sans en mourir, ni même sans en être malade.

— À un bal de la sous-préfecture, je rencontrai le capitaine de Langallery… Croyez-vous aux coups de foudre, mon cher abbé ? Vous me direz que cela ne vous regarde pas : mais je vois bien qu’au fond vous n’y croyez point. Eh bien, vous avez tort. J’ai reçu le coup de foudre, moi. Au retour de ce bal où je n’avais dansé qu’une seule fois avec M. de Langallery, j’ai emmené maman dans ma chambre, je me suis jetée dans ses bras et je lui ai dit :
— Ma petite maman chérie, il faut que j’épouse M. de Langallery !
Tête de mère ! Elle me crut folle :
— M. de Langallery ? Qu’est-ce que c’est que M. de Langallerry ?
— Comment, tu ne l’as pas vu ? Le capitaine ?… celui qui a une moustache brune et des yeux noirs, avec de si jolis sourcils ?
Elle ne savait pas ! Elle n’avait rien remarqué, ni les jolis sourcils, ni la moustache brune, ni les yeux noirs ! Elle n’avait pas distingué ce capitaine des autres capitaines. Elle n’avait pas reçu le coup de foudre, elle. Il y a une grâce d’état pour les personnes âgées.

(Marcel Prévost)

— Parlez-moi de l’étincelle, du coupe foudre ! C’est toujours l’inconnu, enveloppé de tout son charme mystérieux, cet idéal, entrevu dans un rêve et qui nous apparait un jour, sous la forme animée et rayonnante d’un brillant cavalier, bien réel, bien vivant et ne demandant qu’à faire notre bonheur.

(Fernand Béroland)

Coup de Raguse

Delvau, 1866 : s. m. Traîtrise, acte déloyal, trahison, — dans l’argot des ouvriers, chez qui le souvenir de la défection de Marmont est toujours vivant. C’est pour eux ce au’est le coup de Jarnac pour les lettrés.

Crémer

France, 1907 : Incinérer, du latin cremare, brûler.

On disait jadis « crémation », mais crémation n’est plus de mode ; bien plus, on en blaguait : qui donc, à moins d’une conviction bien tenace, eût consenti à se faire crémer ?

(Georges Collet)

Ce sont les États-Unis qui ont pris la tête de ce moyen sanitaire de faire disparaitre les morts, danger croissant pour les vivants. New-York, Boston. Chicago, San-Francisco, Waterloo et nombre d’autres villes ont ouvert des crématoires depuis 1883. En 1893, l’Union des Sociétés de langue allemande pour la réforme des funérailles et la crémation facultative a fondé un prix de 500 marks pour le meilleur mémoire sur incinération, au point de vue de la médecine et de l’hygiène. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, nous sommes en retard. On a fait construire à Paris deux fours à crémer.
En Angleterre, comme aux États-Unis, c’est à l’initiative privée que revient l’honneur de la mise en pratique de l’incinération dans d’excellentes conditions.
À Buenos-Ayres, la crémation des cadavres d’individus morts de maladies infectieuses est obligatoire.

Dandin

d’Hautel, 1808 : Un George-Dandin. Épithète insultante que l’on donne à un mari d’humeur facile et complaisante ; et généralement à un homme simple et pusillanime dont la bonté approche beaucoup de la bêtise.

France, 1907 : Mari trompé, personnage d’une pièce de Molière : Georges Dandin ou le Mari confondu. Mais, avant Molière, Rabelais avait déjà fait un nom propre de ce mot si expressif de notre vieille langue, qui signifiait un niais, un badaud.

De plus, nous vivons dans un milieu aimable où l’indulgence souriante est de bonne compagnie. Non seulement où ne s’indigne nullement à l’idée qu’une jolie femme trompe son mari, mais les pièces de théâtre, les romans et les journaux — que le Gil Blas prenne sa part de responsabilité ! — nous prêchent la vie facile et excusent, pour ne pas dire glorifient, l’adultère. Depuis certain général qui semble la personnification vivante de la bravoure française et de l’élégance aristocratique, il n’est plus du tout ridicule pour un marquis d’être un successeur de Sganarelle ou de Dandin.

(Colombine, Gil Blas)

Diable

d’Hautel, 1808 : Que le diable te ramasse ! Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se baisse pour ramasser ce qu’il a laissé tomber.
Quand un homme bat sa femme, le diable s’en rit. Manière plaisante d’excuser les brutalités que certains hommes exercent sur leurs femmes.
On dit vulgairement, lorsqu’il pleut pendant que le soleil luit sur l’horizon, que c’est le diable qui bat sa femme.
Il a le diable au corps.
Se dit d’un homme qui fait des choses extravagantes et nuisibles à ses propres intérêts.
Que le diable m’emporte, si je lui cède ! Espèce de jurement pour affirmer qu’on est résolu de tenir tête à quelqu’un.
Le diable ne sera pas toujours à ma porte. Pour dire que l’on espère n’être pas éternellement malheureux.
Tirer le diable par la queue. Vivre péniblement, et avec une grande économie.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il, est meilleur qu’il ne le paroit.
On dit de quelqu’un qui n’a aucune succession à attendre, et auquel on ne fait jamais de don, que si le diable mouroit, il n’hériteroit pas même de ses cornes.
Diable ! comme il y’va !
Interjection qui marque la surprise et le mécontentement.
Je crois que le diable s’en mêle. Se dit d’une affaire dans laquelle on éprouve continuellement de nouveaux obstacles.
Se donner à tous les diables. S’impatienter, se dépiter, se dégoûter de quelque chose.
Cela s’en est allé à tous les diables. C’est-à dire, s’est dispersé, sans qu’on sache ce que c’est devenu.
Faire le diable à quatre. Faire du bruit, du tintamare ; mettre tout en désordre ; se déchaîner contre quelqu’un ; lui faire tout le mal possible.
En diable. Il a de l’argent en diable ; des dettes en diable. Pour dire, extraordinairement.
Que le diable t’emporte ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un, dans un mouvement d’humeur.
Qu’il s’en aille au diable ! Qu’il aille où il voudra, pourvu qu’il ne m’importune plus.
C’est un bon diable. Pour, un bon enfant, un bon vivant.
On dit aussi ironiquement, un pauvre diable, pour un misérable ; un homme de néant.
Un méchant diable ; un diable incarné ; un diable d’homme. Pour dire, un homme à craindre, et dont il faut se méfier.
Quand il dort, le diable le berce. Se dit d’un chicaneur, d’un méchant qui se plaît perpétuellement à troubler le repos des autres.
C’est un grand diable. Pour, c’est un homme d’une grande stature ; mal fait, mal bâti.
Un valet du diable. Celui qui fait plus qu’on ne lui commande.
Crever l’œil au diable. Faire le bien pour le mal ; se tirer d’affaire malgré l’envie.
Il est vaillant en diable ; il est savant en diable. Pour, il est très-courageux, très-savant.
Le diable n’y entend rien ; y perd son latin. Pour exprimer qu’une affaire est fort embrouillée ; que l’on ne peut s’y reconnoître.
Le diable étoit beau, quand il étoit jeune. Signifie que les agrémens de la jeunesse donnent des charmes à la laideur même.
Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne vous tue. Pour, il vaut mieux tuer son ennemi que de s’en laisser tuer.
Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. Pour dire que la mauvaise fortune a ses instans de relâche.
C’est là le diable ! Pour, voilà le point embarrassant ; le difficile de l’affaire.
Un ouvrage fait à la diable. C’est-à-dire à la hâte ; grossièrement ; sans goût ; sans intelligence.

Delvau, 1866 : s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.

Delvau, 1866 : s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.

Rigaud, 1881 : Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)

La Rue, 1894 : Agent provocateur. Coffre-fort.

Virmaître, 1894 : Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.

France, 1907 : Agent provocateur.

France, 1907 : Coffre-fort.

Donner de l’œil dans la perspective

Rigaud, 1881 : Avoir l’œil au guet, — dans le jargon des truqueurs.

En ce moment arrivent deux agents, que les associés de Mi-chon n’avaient pas vus, bien que donnant de l’œil dans la perspective.

(Paris-Vivant, le Truqueur, 1858.)

Éclairer

d’Hautel, 1808 : La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. C’est-à dire, qu’il vaut mieux faire du bien de son vivant, que par testament après sa mort.

Larchey, 1865 : Payer d’avance au jeu. — Mot à mot : faire luire (éclairer) sa monnaie.

C’est pas tout ça, l’faut éclairer. C’est six francs.

(Monselet)

Delvau, 1866 : v. n. Montrer qu’on a de l’argent pour parier, pour jouer ou pour faire des galanteries, — dans l’argot de Breda-Street.

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot du peuple, qui sait, quand il le faut, montrer pièce d’or reluisante ou pièce d’argent toute battante neuve.

Rigaud, 1881 : Mettre l’argent sur le tapis, — dans le jargon des joueurs. — Payer d’avance, — dans le jargon des filles.

La Rue, 1894 : Mettre l’argent sur le tapis de jeu. Payer d’avance.

Virmaître, 1894 : Payer.
— C’est mon vieux qui tient le flambeau.
Mot à mot qui éclaire.

Rossignol, 1901 : Donner, payer, rendre. Tu me dois 3 francs, éclaire ! As-tu éclairé la dépense ?

Il ne voulait pas me payer. Je l’ai forcé à éclairer.

Hayard, 1907 : Payer.

France, 1907 : Chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. Vieux dicton signifiant qu’il vaut mieux faire du bien de son vivant, que l’obliger par testament ses héritiers à en faire quand on est mort.

France, 1907 : Payer ; mettre au jeu l’argent sur le tapis.

— Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui, mignonne ?
— J’ai trotté toute la journée.
— Je la connais ! la couturière, la modiste, le pâtissier… Tu vas encore me coûter les yeux de la tête ce mois-ci. Toujours éclairer, cela devient bête à la fin.

(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)

Depuis quelques mois, la petite Fanny Z… est entretenue par un Brésilien, peu généreux de sa nature, mais, en revanche, jaloux comme un tigre.
Elle disait de lui dernièrement :
— J’ai toujours à me méfier… Il arrive chez moi comme la foudre… Il tonne toujours… mais il éclaire rarement !

(Le Journal)

Une belle petite accompagne jusqu’à l’antichambre un ami sérieux qui vient d’une longue visite.
— Éclairez monsieur, dit-elle à la bonne.
Pendant le dîner, Mlle Lili, jeune personne de six ans, qui a assisté au départ du visiteur, interroge sa mère :
— Pourquoi donc que tu as dit à la bonne d’éclairer ce monsieur, puisque tu disais l’autre jour qu’il faut toujours que les hommes éclairent ?

(Zadig)

En peinture, il y a deux grandes espèces d’amateur : l’amateur éclairé et l’amateur… éclairant.

Enterrer

d’Hautel, 1808 : Enterrer la synagogue avec honneur. Se retirer d’une affaire avec honneur et d’une manière irréprochable ; terminer quelque réjouissance par un dernier divertissement.
On dit d’un avare qui amasse de l’argent ; qu’il enterre ses écus, et d’un homme qui renonce à toutes jouissances humaines, qui s’éloigne de la société, qu’il s’enterre tout vivant.

Faire son cheval de corbillard

Fustier, 1889 : Faire le malin. Poser.

France, 1907 : Faire ses embarras. Allusion aux panaches dont la vanité des vivants orne les chevaux qui portent les morts en terre.

Femme de terrain

Rigaud, 1881 : Prostituée de dernier ordre.

Les pierreuses ou femmes de terrain sont des créatures repoussantes de laideur ; elles ne sortent que la nuit et rôdent dans les lieux sombres et retirés… Elles pratiquent l’onanisme.

(Paris-vivant, La Fille.)

France, 1907 : Prostituée de basse catégorie.

Fiche (va te faire) !

France, 1907 : Expression de désappointement. « Je croyais trouver la même dans sa chambre, mais va te faire fiche ! elle était déjà partie. »

Du pain de son ! des sous de cuivre !
C’est pour nous vivre ;
Mais va te faire fiche !
On nous prend pour des merlifiches !

(Jean Richepin)

… As-tu regardé, quelquefois, du fumier ?.…. C’est d’un mystère… d’une beauté déconcertante… Figure-toi un tas d’ordures, d’abord… Et puis, quand on cligne de l’œil, voilà que le tas s’anime, grandit, se soulève, grouille, devient vivant… et de combien de vies ?… Des formes apparaissent, des formes de fleurs, d’êtres féeriques, de surnaturels animaux qui brisent la coque de leur embryon… C’est une folie de germination merveilleuse, une magie de flores, de faunes, de chevelures, un éclatement de vie splendide… Oui, mais comment rendre ça dans ce sentiment ? J’ai essayé… Mais, va te faire fiche !…

(Octave Mirabeau)

On dit aussi dans le même sens : je t’en fiche, ou je t’en fous.

Qu’a caus’ quand alle a rien à faire
Ou dans l’jour, quand on est couché,
Mais l’soir, qu’a soye à son affaire
Et qu’a caus’ qu’avec le miché,
Mais j’t’en fous, faut qu’madam’ babille,
C’est des cancans, c’est des potins,
C’est La femme à Jules qu’est eun’ vrille,
Les sœurs à Pierr’ qu’est des putains…

(Aristide Bruant)

Fleur de bitume ou de macadam

France, 1907 : Floraison humaine poussée sur le trottoir et à la disposition de qui voudra la cueillir.

Provocante et parisienne
Jusqu’à la pointe de ses cils,
Ses grands yeux, fripons et subtils,
S’allongent, surchauffés de Sienne,
Elle émerge du cadre d’or
La vivante fleur du bitume !
Floraison blonde que parfume
Le moos-rose ou le cosmydor.

(Théodore Hannon, Rimes de joie)

Folichon, folichonne, folichonneuse, folichonnette, folichonner, folichonnades, folichonneries

Delvau, 1864 : Rieurs, bons vivants, folâtreries, gaillardises.

Mariette était si folichonne,
Qu’elle embrassait les cuisiniers.

(Martial O…)

Je fus épris comme un toqué d’une aimable folichonnette.

(J. Kelm)

Une folichonneuse,
Cancane et me plaît mieux.

(J.-E. Aubry)

Folichons et folichonnettes,
Rigolons et folichonnons.

(F. Vergeron)

M. M…, pour avoir lu des livres entachés de folichonnerie, copiera cent versets de la Bible.

(Ch. Joliet)

Franquette (à la bonne)

d’Hautel, 1808 : Ingénûment ; et non à la bonne flanquette, comme on le dit par corruption.

France, 1907 : Franchement, avec simplicité. Cette locution, qui vient évidemment de l’adjectif franc, était déjà employée au XVIe siècle. On disait aussi : à la franche Marguerite.

Vivant à la bonn’ franquette,
Moi, je veux avoir pour lot
Du pain blanc sur la planchette,
Au grenier plus d’un fagot,
Et pour not’ premier marmot
Une solide layette.

Frère

d’Hautel, 1808 : Un bon frère. Bon vivant ; homme qui aime à faire bombance, à se divertir.
Partager en frères. De bon cœur ; partager également.
Frère coupe-chou. Sobriquet que l’on donnoit autrefois dans les communautés au religieux qui étoit chargé des plus bas détails.

Delvau, 1866 : s. m. Citoyen, — dans l’argot des Jacobins de la première révolution.

Delvau, 1866 : s. m. Initié, — dans l’argot des francs-maçons. Faux frère. Franc-maçon qui joue de la franc-maçonnerie comme d’un instrument.

Delvau, 1866 : s. m. Philosophe, — dans l’argot des encyclopédistes. On sait que Diderot était, en religion philosophique, frère Platon, Frédéric II, roi de Prusse, frère Luc, etc.

Rigaud, 1881 : Typographe qui fait partie de la société typographique.

Boutmy, 1883 : s. m. Typographe qui fait partie de la Société typographique. Un vrai frère est aussi celui qui ne refuse jamais de prendre une tasse, et qui ne laisse jamais un autre vrai frère dans l’embarras.

Galurin

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau. Ce mot ne viendrait-il pas, par hasard, du latin galea, casque, ou plutôt de galerum, chapeau ?

Rigaud, 1881 : Chapeau.

Vous mettez votre galurin ?

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Chapeau.

Virmaître, 1894 : Chapeau. On dit quand il a une hauteur exagérée :
— Mince de galure (Argot du peuple). V. Bloum.

Hayard, 1907 : Chapeau.

France, 1907 : Chapeau ; du bas latin galerum, chapeau.

Ton galurin, rougi par le soleil, détrempé par l’averse, ta cotte déchirée aux coudes, ton grimpant qui s’effrange, et tes godillots en gueule de poisson mort, crois-tu que ça ne trouble pas la digestion de tes exploiteurs ? tu les gênes : tu es un reproche vivant et permanent contre leur existence de jouisseurs. On va te coffrer.

(La Révolte)

La poussière et l’humidité l’ayant terni, il a été décidé qu’on ferait donner un coup de fer au vénéré couvre-chef. On confia la mission aux deux fils, qui portèrent le galurin, comme un vrai saint-sacrement, chez le chapelier du coin.

(Maurice Vaucaire)

Gaudissart

France, 1907 : Hâbleur, amusant loustic, d’après le célèbre roman de Balzac qui a pour héros un commis-voyageur de ce nom. Dans le vieux français ou trouve gaudisserie, farce, bouffonnerie, folâtrerie, du latin gaudere, s’amuser, se réjouir. Ce type ne se rencontre plus guère qu’au fond de quelque province. « Les hommes de ma génération, dit Jean Richepin, en ont contemplé encore quelques exemplaires vivants ; mais nous serons les derniers à l’avoir ainsi connu en chair et en os, et désormais l’illustre Gaudissart n’existe plus qu’en effigie dans le prodigieux musée ethnologique de la Comédie humaine. Immortel chez Balzac, Gaudissart, partout ailleurs, est mort…
C’est que les commis-voyageurs d’aujourd’hui non seulement se sont transformés, mais ont à cœur qu’on s’aperçoive de leur transformation. Eux-mêmes font en quelque sorte la police de leur dignité et ne souffrent pas qu’un d’entre eux, mauvais plaisant ou imbécile, les déconsidère. Ils sont une corporation qui a sa valeur, qui le sait et qui tient à ce qu’on le sache. Et ils n’ont pas tort. »

Il débita tout cela d’une haleine, non du ton d’un commis-voyageur, d’un Gaudissart qui fait valoir la marque de la maison pour laquelle il travaille, mais du ton important de quelqu’un qui débite des vérités qu’il faut écouter, et qui sont sérieuses, et sans lesquelles le monde s’en irait dans la débâcle.

(Félicien Champsaur)

Ces Gaudissarts, comme disent quelques orléanistes cléricaux et repus, tournent, paraît-il, aux idées socialistes et ne se gênent pas pour blaguer partout les cocasses doctrines économiques du périmé Paul Leroy-Beaulieu.
Comme tous ceux qui voyagent beaucoup, qui voient sans cesse une foule de gens nouveaux et qui comparent, les voyageurs de commerce sont, en général, fort intelligents, et rien n’est plus naturel que de les entendre prôner les idées de justice sociale.

(Alphonse Allais)

Gogotesque

France, 1907 : Qui tient du gogo, naïf, facile à duper.

Monsieur Quart aura été, parmi nous, le vivant symbole de l’épargne… de cette petite épargne, courageuse et féconde que nulle déception n’atteint, que nul malheur ne lasse et qui, sans cesse trompée, volée, ruinée, n’en continue pas moins d’entasser, pour les déprédations futures et au prix des plus inconcevables privations, un argent dont elle ne jouira jamais, et qui jamais ne sert, n’a servi et ne servira qu’à édifier la fortune et à assouvir les passions… des autres.
Abnégation merveilleuse ! Tirelire idéale, ô bas de laine !
Ce sera, dans une époque troublée comme la nôtre, d’être demeuré fidèle, per fas et nefas — par ce qui est permis et ce qui est défendu — comme dit le poète, à des traditions nationales et gogtesques.

(Octave Mirabeau)

Gorges chaudes (faire des)

France, 1907 : Se moquer de quelqu’un. D’après Didier Loubens, cette expression viendrait d’un terme de vénerie. « Gorge chaude est la façon de désigner la viande du gibier vivant ou récemment tué, que l’on donne aux oiseaux de proie, comme au faucon par exemple, et c’est parce que cet oiseau se montre très friand d’un pareil festin que l’on dit des personnes qui se réjouissent d’une chose qu’elles en font une gorge chaude ou, plus souvent, des gorges chaudes » Voilà qui est s’appeler chercher midi à quatorze heures. N’est-il pas plus simple de supposer que faire des gorges chaudes vient tout naturellement de rire au point de s’échauffer la gorge ?

Grue

d’Hautel, 1808 : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.

Delvau, 1864 : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.

Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(Joachim Duflot)

Larchey, 1865 : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

Rigaud, 1881 : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.

La Rue, 1894 : Bête. Femme entretenue. V. Biche.

Virmaître, 1894 : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Fille de bas étage.

Hayard, 1907 : Fille publique.

France, 1907 : « Bête marécageuse qui plume les gros pigeons et nourrit les petits poissons », dit la Vie Parisienne. Fille ou femme de mœurs légères ; nom que donnent les femmes à leurs rivales ou simplement à celles qu’elles n’aiment pas.
D’après Lorédan Larchey, grue viendrait non de l’oiseau à longues jambes, mais du vieux français grus, qui a perdu son orthographe primitive en passant à travers les âges.

J’avais donné précédemment grue avec le sens de marcheuse, dit-il, c’est-à-dire de figurante faisant commerce d’amour à l’ombre du théâtre. Je croyais que le mot était éclos, il y a trente ans, dans les corps de ballet, où les femmes paraissent montées sur des jambes d’autant plus longues que leurs jupes sont plus courtes. Mais le Dictionnaire de Godefroy vient de me donner fort à penser. J’y trouve grus comme mot injurieux, signifiant ribaude au moyen âge. En voici un exemple justificatif daté de 1415… « Ellui Girart appela la suppliante deux ou trois fois grus ! grus ! Et pour ce qu’elle n’entendoit pas ce que c’estoit à dire de telles paroles, demanda audit Girart que c’estoit. Lequel Girart lui dit que c’estoit à dire ribaude, en l’appelant par plusieurs fois : grus : ribaude ! grus : ribaude ! »

 

— Figure-toi que, sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais amourachée de lui : ce jour-là, j’ai fait un joli coup ! Pas beau, pas d’esprit, pas d’argent : rien, quoi ! Par-dessus le marché, Monsieur me trompait avec la première grue venue ; on n’a pas idée de ça !

(Jules Noriac, Le Grain de sable)

Gladiola, dans la délicieuse revue de Blondel et Montreau, nous montre avec beaucoup de talent sa superbe poitrine et son dos ensorceleur. Ses admirables jambes, qui ne mesurent pas moins de soixante-dix centimètres vers la région communément appelée cuisse, ont été rappelées quatre fois. C’est un vrai triomphe pour la charmante jeune grue.

(George Auriol, Le Journal)

— Et quand elle a parlé des tableaux vivants… J’ai eu une envie de rire… elle qui a montré ses jambes pendant quinze ans dans toutes les revues : car c’est une ancienne actrice.
— Une actrice ! pas même… une ancienne grue.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La dame : une trentaine d’années, plutôt très jolie, mais l’air un peu grue et surtout très dinde.

(Alphonse Allais, La Vie drôle)

Fille de petits brocanteurs juifs, elle avait l’ambition et la ténacité des femmes de sa race ; jetée à seize ans sur les planches aux figurations et aux féeries, elle avait vite eu honte de ce métier de grue.

(Henry Bauër, Une Comédienne)

— Les jeunes filles nous servent d’éprouvette. On s’apprend à flirter et à aimer avec elles, pour de rire, à blanc, en attendant qu’on s’attaque plus tard sérieusement aux vraies femmes, aux femmes mariées. Comprenez-vous ? Les jeunes filles, pour moi, c’est comme le volontariat de l’amour. Une première étape, avant les grandes manœuvres que vous faisons ensuite avec les grues, et la guerre sanglante avec les dames du monde.

(Henri Lavedan)

Et puis, aussi bien je m’ennuie :
La grue, aux yeux couleur de jais,
Dans laquelle je me plongeais,
Depuis ce matin est enfuie
Et m’a laissé d’autres sujets
De tracas et de rêverie.

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Les frimas remplacent la brise ;
Tombant comme d’un encensoir,
La neige sur la terre grise
Étend son vaste et blanc mouchoir,
Sous le ciel inclément et noir,
Malgré les rafales bourrues,
Des filles vont errant le soir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
Princesses, heureuses d’avoir
Chambre bien close et rentes drues,
Ne condamnez pas sans savoir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !

(Georges Gillet)

Judas

d’Hautel, 1808 : Traître comme Judas. Se dit d’un hypocrite, d’un homme perfide, qui vous trahit en secret.
Un baiser de Judas. Fausses caresses, trahisons.
Bran de Judas. Pour, taches de rousseur qui viennent au visage.
Avoir un poil de Judas. Pour, avoir le poil roux ardent.

Delvau, 1866 : s. m. Petite ouverture au plancher d’une chambre située au-dessus d’une boutique, et qui trahit ainsi la présence d’un étranger dans celle-ci. Les judas parisiens sont les cousins germains des espions belges et suisses.

Delvau, 1866 : s. m. Traître ; homme dont il faut se méfier, — dans l’argot du peuple, chez qui est toujours vivante la tradition de l’infamie d’Iscariote. Baiser de Judas. Baiser qui manque de sincérité. Barbe de Judas. Barbe rouge. Bran de Judas. Taches de rousseur. Le point de Judas. Le nombre 13.

Languilleur

Fustier, 1889 : « Joseph deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l’homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serre jusqu’à ce qu’ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n’est pas saine et doit être refusée par les bouchers. »

(Paris-Journal, 1882)

Lion

d’Hautel, 1808 : Un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. C’est-à-dire que la mort fait disparoître tout-à-coup la puissance et les honneurs dont on étoit revêtu.
Battre le chien devant le lion. Réprimander quelqu’un sur lequel on a de l’autorité, pour une faute que commet souvent une personne que l’on n’ose reprendre.

Larchey, 1865 : « Depuis que nous avons attrapé ce mot anglais, qui s’applique à Londres à toutes sortes de notabilités, nous en avons fait abus comme du calicot et du fil d’Écosse. Il ne se fait pas un vaudeville, un feuilleton, un roman de mœurs contemporains, qui. ne parle des lions de Paris. Aujourd’hui, pour être lion, la moindre chose suffit : avec un paletot jaune, un chapeau neuf, des moustaches, vous êtes reçu lion d’emblée. » — Roqueplan, 1841. — Deriège a fait la Physiologie du Lion. — Un lionceau est un lion ridicule.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui, à tort ou à raison, — à tort plus souvent qu’à raison, — a attiré et fixé sur lui, pendant une minute, pendant une heure, pendant un jour, rarement pendant plus d’un mois, l’attention capricieuse de la foule, soit parce qu’il a publié un pamphlet scandaleux, soit parce qu’il a commis une éclatante gredinerie, soit pour ceci, soit pour cela, et même pour autre chose ; homme enfin qui, comme Alcibiade, a coupé la queue à son chien, ou, comme Alphonse Karr, s’est fait dévorer par lui, ou, comme Empédocle,

Du plat de sa sandale a souffleté l’histoire.

Être le lion du jour. Être le point de mire de tous les regards et de toutes les curiosités.

Delvau, 1866 : s. m. Le frère aîné du gandin, le dandy d’il y a vingt-cinq ans, le successeur du fashionable — qui l’était du beau — qui l’était de l’élégant — qui l’était de l’incroyable — qui l’était du muscadin, — qui l’était du petit-maître, etc. Ce mot nous vient d’Angleterre.

Rigaud, 1881 : Élégant (1840). — Lion, lionne du jour, homme, femme à la mode ; célébrité éphémère.

France, 1907 : Homme à la mode, dandy, fashionable ; toutes expressions venues d’outre-Manche. Fort usitées vers le milieu de ce siècle, elles ne le sont guère aujourd’hui que par des provinciaux qui ne sont plus dans le mouvement, Nestor Roqueplan écrivait, au moment de l’entière floraison du lion sur les boulevards, les lignes suivantes qui donnent une idée de l’homme à la mode vers 1840 :

Depuis que nous avons attrapé ce mot anglais, qui s’applique, à Londres, à toutes sortes de notabilités, nous en avons fait abus comme du calicot et du fil d’Écosse. Il ne se fait pas un vaudeville, un feuilleton, un roman de mœurs contemporaines, qui ne parle des lions de Paris. Aujourd’hui, pour être lion, la moindre chose suffit ; avec un pantalon jaune, un chapeau neuf, des moustaches, vous êtes reçu lion d’emblée. Nous avons en des muscadins, des incroyables, des impayables, des élégants, des beaux, quelques fashionables ; mais appeler lions des jeunes gens qui mangent doucement de pauvres patrimoines, c’est une parodie bien amère.

Voir Gommeux.

Loriot

d’Hautel, 1808 : Oiseau, qui est de la-grosseur du-merle.
Un compère Loriot. Un bon vivant, un réjoui bon temps.
C’est aussi le nom d’une espèce de pustule qui vient aux paupières.

France, 1907 : Baquet de boulanger.

Maboul

Merlin, 1888 : Imbécile, toqué, — de l’arabe.

Fustier, 1889 : Niais, un peu fou.

Suivant l’expression d’Eugène Tourte, elle était un peu maboule, rêvassant près de son bon ami à des amours câlins.

(Huysmans, Les Sœurs Vatard)

Le père ? dit Landart, il ne peut pas gagner sa vie ; malheureusement il est un peu maboul.

(Sirven et Siegel : Les Drames du Mont-de-Piété, 1886)

La Rue, 1894 : Un peu fou, timbré.

France, 1907 : Fou, toqué. Mot arabe rapporté par les soldats d’Afrique.

— Depuis que je ne suis plus rosse, je vois rose. C’est peut-être fou ; mais je m’en fous. Au moins c’est gai. Tandis que c’était sinistre, oh ! oui, bougrement sinistre, de toujours tout voir à travers ma bile, ma sale bile. Sans compter que c’est peut-être quand je voyais tout à travers ma bile que j’étais maboul.

(Jean Richepin, Flamboche)

De vin point du tout hasardeux,
Voire — pourquoi m’en taire ? —
Nous en foutîmes tous les deux
Trois bouteilles par terre.
Ça valait bien ça, Dieu vivant !
Ou je deviens maboul
Non, mais me voyez-vous buvant
Des eaux à la Bourboule ?

(Raoul Ponchon)

Machabée

Larchey, 1865 : « On appelle machabée tout être, homme ou animal, qui est privé de vie, et que l’on rencontre flottant sur un cours d’eau ou échoué sur le rivage. » — Val. Dufour. — Machabée : Juif. — Allusion biblique.

France, 1907 : Cadavre, principalement cadavre de noyé. « Je ne vois d’autre origine à cette expression, dit Francisque Michel, que la lecture du chapitre XII du deuxième livre des Machabées, qui a encore lieu aux messes des morts ; ou plutôt c’est de là que sera venue la danse macabre, dont l’argot a conservé le souvenir. » Machabée, qu’on écrit à tort macchabée, vient simplement de l’arabe magbarah, cimetière, dont on a fait macabre. Machabée est donc une corruption de macabré.

J’avais beaucoup à m’occuper du repêchage des macchabées, comme disent les mariniers de la Seine dans leur argot sinistre. Je ne sais si jadis on payait moins le sauvetage d’un vivant que le repêchage d’un mort, comme le racontent les vieux bateliers, mais ce que je sais bien, c’est que pour toucher la prime, plus forte dans le département de la Seine que dans celui de Seine-et-Oise, j’ai vu des bateliers remonter jusqu’à Neuilly, ayant un cadavre à la remorque. Et je me vois encore sur la berge, obligé souvent de monter dans une barque pour procéder aux constatations, car un préjugé veut que les repêcheurs de cadavres ne les tirent jamais complètement du fleuve et leur laissent tout au moins les pieds dans l’eau. Pourquoi ? Personne ne l’a jamais su. Mais le préjugé persiste toujours.

(Mémoires de M. Goron)

Les sacristains et les abbés
Répètent des cantiques
Pour attirer les machabé’s
Dans leurs sacré’s boutiques.
V’là l’choléra ! V’là l’choléra !

(Aristide Bruant)

Ce mot a donné lieu à un certain nombre d’expressions macabres : case des machabées, cimetière ; clou des machabées, morgue ; mannequin à machabées, cercueil.

France, 1907 : Juif.

France, 1907 : Sobriquet donné aux vignerons d’Issoudun qui ont assez de bien pour s’occuper toujours chez eux. L’emploi de ce sobriquet, dont le sens n’est pas déterminé, ne parait pas remonter plus loin que 1830.

Manche (faire la)

Vidocq, 1837 : v. a. — Les individus qui implorent, au coin des rues, la commisération publique, sont quelquefois plus riches que ceux auxquels ils demandent l’aumône. Quoique ce que j’avance ici puisse, au premier abord paraître incroyable, rien n’est cependant plus vrai, et tous les jours les journaux nous apprennent que tel individu qui, jusques à l’heure de sa mort, avait passé pour un misérable, vient de laisser à ses ascendans ou descendans un héritage plus ou moins considérable. La mendicité est un métier comme un autre, et ceux qui l’exercent habilement font fortune en peu de temps. Mais quelle que soit l’habileté des mendians parisiens, elle n’approche pas de celle de leurs confrères de la Flandre et de la Hollande. Il y a, dans ces contrées, des maîtres mendians qui exploitent à leur profit l’industrie de mendians subalternes. J’ai connu à Gand un individu nommé Baptiste Spilmann ; cet individu, qui jouissait d’une très-belle fortune, avait sous ses ordres au moins cinquante mendians de tout âge et des deux sexes. Ces malheureux étaient dressés à tout, ils étaient alternativement aveugles, boiteux ou culs-de-jatte. Baptiste Spilmann faisait déshabiller les individus qui obéissaient à ses ordres, et les envoyait le long des côtes solliciter, de la charité des habitans des villages voisins, des chemises, des pantalons et d’autres pièces d’habillement. Les mendians de Baptiste Spilmann n’opéraient guère que l’hiver, et les bons Flamands, touchés de les voir grelottans et presque nus, donnaient tous les vêtemens dont ils pouvaient disposer.
La femme Spilmann attendait à la sortie du village les sujets de son mari, et les vêtemens qu’ils avaient recueillis étaient déposés dans un fourgon attelé de trois ou quatre chevaux. Cette manœuvre était opérée le lendemain dans un autre village, et ainsi de suite jusqu’à ce que le fourgon fût plein, Chaque expédition valait à Baptiste Spilmann d’assez fortes sommes ; cependant il ne bornait pas à cela son industrie, il faisait mendier pour son compte aux baptêmes, noces et enterremens. Il avait même à son service des possédés qu’il présentait à la chapelle de la bienheureuse Sainte-Gudule.

Rigaud, 1881 : « Exercer la mendicité à domicile avec des allures bourgeoises et quelquefois même de grand seigneur, mais de grand seigneur ruiné. » (Paris-Vivant, Le Truqueur, 1858)

Virmaître, 1894 : Mendier, quêter. Les voleurs restés en liberté font la manche pour venir en aide à un camarade qui est en prison. Les sœurs de charité font la manche dans les maisons aisées pour soulager les pauvres et les malades des hôpitaux (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Mendier, tendre la main ou la sébile.

Le birbe avait l’air de faire la manche dans les garnaffes et les pipés.

(Mémoires de Vidocq)

Mancheur

Rigaud, 1881 : « L’espèce de truqueur dit mancheur s’introduit, sous divers prétextes, chez les gens riches ou qu’il sait généreux, et tâche de les intéresser à ses malheurs réels ou imaginaires. » (Paris-Vivant, Le Truqueur, 1858)

Rigaud, 1881 : « On appelle mancheurs ceux (les saltimbanques) qui n’ont ni baraque, ni tente en toile, mais simplement la permission, de par le préfet ou le maire, de se tordre les membres, de se casser les reins comme ils l’entendent, dans les carrefours, sur les places, au coin des rues ! Pour bureau de recette, ils ont une soucoupe cassée, un vieux plat d’étain. » (J. Vallès)

France, 1907 : Acrobate de rue, ainsi nommé parce qu’il fait la quête ou manche.

Maquereauter

Delvau, 1866 : v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes oui ne vivant elles-mêmes qu’aux dépens des hommes. On prononce Macroter. Maquereauter une affaire. Intriguer pour la faire réussir.

France, 1907 : Fréquenter les prostituées, vivre à leurs dépens.

Ce qu’il y a d’enquiquinant, c’est que les grosses légumes, pour couper la chique à notre esprit de révolte, ont entrepris de nous avachir en nous infusant leurs vices. Ils ont manœuvré pour nous donner l’envie de louper, de feignasser, de vivre à rien foutre, en maquereautant ou putassant — afin de nous rendre incapables d’agir.

(Le Père Peinard)

Marcheuse

d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.

Delvau, 1864 : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.

Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

Larchey, 1865 : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »

(Balzac)

Larchey, 1865 : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »

(Béraud)

Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.

(1783, Mercier)

Delvau, 1866 : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu’elle représente ».

Delvau, 1866 : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.

Rigaud, 1881 : Racoleuse d’une maison de tolérance.

Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.

(Paris-Vivant, la Fille, 1858)

C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.

(Béraud, Les Filles publiques de Paris, t. II, 1839)

Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?

La Rue, 1894 : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.

Virmaître, 1894 : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.

Hayard, 1907 : Femme qui fait le trottoir.

France, 1907 : Fille qui se promenait sur le trottoir devant une maison de tolérance pour engager les passants à y entrer. Un arrêté du préfet de police Andrieux supprima en 1881 ce genre d’excitation à la débauche.

Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ces annonces banales, ils doivent trouver un choix… Il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

(F. Béraud)

La marcheuse est reconnaissable à ses chapeaux modestes, uniformément noirs, qui écrasent sa tête plus qu’ils ne la couronnent. C’est elle qui a lancé la première en France ces interminables waterproofs, ces cache-misère, longs comme un de ces jours sans pain qu’elle a plus d’une fois connus.

(Édouard Petit)

France, 1907 : Jolie fille qui figure dans un Corps de ballet.

La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse où vraie, à vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni second, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenue à Paris, un homme riche qu’elle m’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop.

(Balzac)

… Les marcheuses, dont le nom tristement significatif indique qu’elles seraient mieux sur l’asphalte où on les a prises, que sur les planches de l’Opéra.

(Théophile Gautier)

Mario, mariole, mariolle

France, 1907 : Malin, rusé. Les écrivains qui emploient ce mot ne se sont pas encore entendus sur son orthographe.

Il y a deux camps parmi les petits colons, deux camps ennemis.
Le pante, en argot ordinaire, c’est la dupe, la victime. Le mariolle, c’est le malin, celui qui sait se tirer d’affaire. Donc, à la Colonie, le pante et le mariolle sont tout simplement le bon et le mauvais sujet. Le pante, flétri de ce nom par les autres comme d’un ridicule et d’une infamie, se soumet sans résistance à la dure discipline, tâche de faire de son mieux, est laborieux et obéissant. Il est rare ; et, parfois, il faut le dire, le pante n’est qu’un hypocrite, qui fuit le chien couchant auprès des gardiens, dénonce et trahit ses camarades…
Quant aux mariolles, ce sont les indomptables, les incorrigibles. Pareils aux fruits véreux que l’entassement achève de corrompre, ils sont entrés vicieux dans le bagne ; ils en sortiront scélérats. C’est l’histoire de presque tous ces malheureux enfants, et c’est la condamnation de l’absurde régime de promiscuité qu’on leur impose. Les pénitenciers d’enfants sont des pépinières de voleurs et d’assassins. On les enferme, pendant de longues années, avec l’espoir — oh ! bien faible — de les amender ; puis, un beau jour, on les lâche, exaspérés contre le sort, perfectionnés dans le mal, mûrs pour le crime.

(François Coppée, Le Coupable)

Toujours le même fourbi : se dispenser d’agir et croire à une intervention supérieure et extra-humaine.
Et donc, il n’y eut rien de changé : les prêtres de l’État remplacèrent les représentants de Dieu. À leur tour, ces birbes-là bénéficièrent de la nigauderie populaire, vivant bien et tirant riche profit des préjugés et de l’ignorance.
Or, de même que, dans le cours de la kyrielle de siècles que l’humanité a égrenés, les hommes avaient changé de Dieu, — croyant tomber sur le vrai, — le seul, l’unique — assez mariol pour faire leur bonheur ;
De même, quand ils eurent changé d’idolâtrie, remplace la croyance en Dieu par la superstition de l’État, ils changèrent de « forme » gouvernementale, comme ils avaient souvent changé de « forme » divine.

(Le Père Peinard)

I’s aurons beau fair’ leur mariole
Sous prétesque qu’i’s ont l’pognon,
J’en ai soupé, moi, d’leur sal’ fiole.
En attendant d’leur fout’ des gnons
Sur la gueul’, j’vais crier c’que j’pense !
Tant que l’populo sommeill’ra,
J’emmerd’rai les ceuss’ qu’a d’la panse ;
Et l’jour d’la révoltes on verra.

(Aristide Bruant)

Matérielle

Fustier, 1889 : « Et alors, quelques malheureux pontes… se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle. »

(Belot, La Bouche de Madame X)

France, 1907 : Gain modeste et journalier des pontes vivant sur les maisons de jeu. Faire sa matérielle, gagner sa journée au jeu.

— Je vous ferai remarquer que si ma maîtresse avait cinquante ans, je ne serais pas obligé de jouer : j’espère qu’elle subviendrait amplement à mes besoins, car je ne joue pas pour m’amuser, je joue pour gagner ma matérielle, pour vivre, en un mot.

(Maurice Donnay)

Quelques malheureux pontes se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle.

(Adolphe Belot, La Bouche de Madame X.)

— Quels sont les habitués ?
— Les boursiers, des entrepreneurs aux affaires compromises, des commerçants aux abois, des fils de famille dont le cercle est la profession… Ils y déjeunent, ils y font leur courrier ou un somme sur un confortable divan de moleskine, et y gagnent leur matérielle — c’est-à-dire les deux ou trois louis quotidiens nécessaires à leurs dépenses en dehors du cercle — avant ou après le dîner, selon la chance…

(Edmond Lepelletier)

Messaline (Valérie)

Delvau, 1864 : Impératrice romaine, deuxième femme de Claude. Célèbre par son impudicité et ses étonnantes débauches : la plus fameuse putain de son temps. Après avoir souillé la couche impériale, en y recevant des amants de toutes les conditions, elle osa, du vivant de son époux, épouser publiquement Silius, jeune homme qu’elle aimait éperdûment. Claude, à cette nouvelle, la fit mettre à mort avec tous ses complices, l’an 48 de J.-C. Juvénal, dans ses Satires, s’exprime ainsi, au sujet de cette grande impure :

Quand de Claude assoupi la nuit ferme les yeux,
D’un obscur vêtement sa femme enveloppée,
Seule, avec une esclave, et dans l’ombre échappée,
Préfère à ce palais tout plein de ses dieux,
Des plus viles Phrynés le repaire odieux.
Pour y mieux avilir le nom qu’elle profane,
Elle emprunte à dessein un nom de courtisane :
Son nom est Lisisca ; ces exécrables murs,
La lampe suspendue à ces dômes obscurs,
Des plus affreux plaisirs la trace encor récente,
Rien ne peut réprimer l’ardeur qui la tourmente.
Un lit dur et grossier charme plus ses regards
Que l’oreiller de pourpre où dorment les Césars.
Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre,
Du regard les invite et n’en craint pas te nombre.
Son sein nu, haletant, qu’attache un réseau d’or,
Les défie, en triomphe, et les défie encor.
C’est là que, dévouée à d’infâmes caresses,
Des muletiers de Rome épuisant les tendresses,
Noble Britannicus, sur un lit effronté,
Elle étale à leurs yeux les flancs qui t’ont porté.
L’aurore enfin paraît, et sa mine adultère
Des faveurs de la nuit réclame le salaire.
Elle quitte à regret ces immondes parvis,
Ses sens sont fatigués et non pas assouvis.
Elle rentre au palais, hideuse, échevelée.
Elle rentre, et l’odeur autour d’elle exhalée
Va, sous le dais sacré du lit des empereurs,
Révéler de la nuit les lubriques fureurs.

Microbe

France, 1907 : Du grec micros, petit, et bios, vie. Mot créé vers 1878 par Sédillot, chirurgien de Strasbourg, pour désigner les plus petits représentants de la nature vivante. Ces êtres se mesurent par millièmes ou dixièmes de millième de millimètre. Les microbes se reproduisent avec une vitesse prodigieuse. En 24 heures, 16 millions d’individus peuvent provenir d’un seul. Un millimètre cube de sang corrompu donne en un jour le nombre de 5,000 milliards de micro-organismes. La doctrine microbienne, dite théorie parasitaire ou doctrine du contage animé, explique les phénomènes de la contagion et de l’épidémicité des maladies infectieuses. Les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, les pneumonies, les abcès, les furoncles, la tuberculose, etc., sont causés par la pénétration du microbe dans l’organisme.
On dit « ensemencer » ou « cultiver » les microbes parce que, par une suite de gradations insensibles, ils se rattachent aux moisissures et aux algues, ce qui les a fait considérer à tort comme des végétaux.

France, 1907 : Injure signifiant avorton, être sans aucune valeur.

On se prend à douter si l’avenir, au lieu de désigner notre siècle par le nom de quelque rare génie, ne l’appellera pas le siècle de microbes ; nul mot ne rendrait mieux notre physionomie et le sens de notre passage à travers les générations.

(M. de Vogüé)

Mort

d’Hautel, 1808 : La mort n’a pas faim. Se dit par pitié et par mépris en parlant d’une personne réduite à la dernière misère, ou pleine d’infirmités, et qui vit cependant malgré toutes ces vicissitudes.
Mourir de sa belle mort. Mourir de mort naturelle.
Avoir la mort dans l’ame ; entre les dents ; sur le bord des lèvres. Être dans un mauvais état de santé, être à l’agonie.
La mort fera un triste repas. Se dit d’un malade maigre et décharné.
Il est bon pour aller chercher la mort. Se dit d’un musard, d’un lambin, d’un homme qui est très long dans toutes les commissions qu’on lui donne.

d’Hautel, 1808 : Les morts ont toujours tort. Pour dire qu’on excuse toujours les vivans aux dépens des morts.
Il a la gueule morte. Se dit d’un fanfaron, d’un médisant, d’un grand parleur à qui il est arrivé quelque mortification.

Delvau, 1866 : s. m. Partner imaginaire à qui l’on réserve des cartes comme s’il était vivant, — dans l’argot des joueurs de whist et de mistigri. Faire un mort. Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu de la quatrième — absente. Prendre le mort. Changer les cartes qu’on vous a données, et qu’on trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.

Rigaud, 1881 : Condamné, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Enjeu augmenté après coup par le procédé de la poussette. (L. Larchey)

Fustier, 1889 : Malade. Argot des élèves de l’École de Saint-Cyr. Se faire porter élève-mort.

Morticole

France, 1907 : Médecin. Le nom, créé par Léon Daudet dans son remarquable roman Les Morticoles, est composé du latin mors (mort) et colere (cultiver), mot à mot : gens vivant sur la mort.

Ces deux tartuffes sont présidents de sociétés similaires, qui donnent aux morticoles l’apparence de la vertu, telles que « l’Éloge conjugal », « la Femme préservée », « la Pudeur laïque » et vingt autres établissements, crèches, maisons de refuge et de retraite pour les jeunes filles, les jeunes femmes, les veuves, sortes de harems qu’entretiennent ces docteurs et où ils trouvent de la chair fraîche, de l’argent, des décorations.

(Léon Daudet, Les Morticoles)

Morticole s’emploie aussi adjectivement :

Un vieil article du code morticole défend aux docteurs d’accepter les legs de leurs clients, tant l’on craint qu’ils ne hâtent l’échéance avec délices ; mais il est des moyens pour tourner cette difficulté. Le plus simple est d’engager les suicidés à laisser leur fortune à une salle déterminée d’hôpital…
Je remarque que les morticoles se plaisent à employer les termes les plus extraordinaires, tirés du grec et du latin, quelquefois de l’hébreu, qui servent à masquer leur ignorance…
Cet énorme succès tenait à la simple connaissance de la femme morticole qui, de vingt à trente ans, a de la vanité ; de trente à quarante, des sens ; de quarante à cinquante, de l’ambition et de l’esprit d’intrigue ; de cinquante à soixante, un tempérament d’entremetteuse…
Les uns étaient allés s’échouer dans une sorte de lazaret, où ils avaient succombé à d’horribles contagions. D’autres étaient tombés aux mains des morticoles, faiseurs d’expériences, les plus redoutables de tous, qui les avaient torturés d’une manière atroce, afin d’attirer sur leurs nullités l’attention des académies.
Il y avait même cinq ou six de ces infortunés qu’on avait laissés mourir de faim, pour observer si leur estomac ne se digérerait pas lui-même.

(Léon Daudet)

Moule de pipe à Gambier

Rigaud, 1881 : Personne grotesque ; caricature vivante.

France, 1907 : Tête grotesque.

Muette (la)

Vidocq, 1837 / M.D., 1844 / Halbert, 1849 / La Rue, 1894 : La conscience.

Rossignol, 1901 : Conscience.

France, 1907 : La conscience. Avoir une puce à la muette, éprouver un remords.

D’après la réponse de mon individu, je sais tout de suite si j’ai affaire à un honnête homme ou à un bon vivant d’une conscience facile.
Si mon compagnon se récrie avec indignation, je me reprends aussitôt :
— Vous avez bien raison. Il faudrait être bien canaille pour flibuster un homme aussi confiant et aussi généreux.
Mais si un geste, un clignotement des yeux m’a révélé l’état d’âme de « ma victime », très disposée à une bonne affaire, malgré toutes les protestations de sa conscience, la muette, comme nous disons en argot, je fais signe à mon compère l’Anglais, qui, sous prétexte de demander le lavabo au garçon, me laisse seul quelques instants avec le pante.
C’est alors que je dois déployer toute mon habileté. C’est le moment difficile, le moment où l’on peut faire un beau travail.

(Mémoires de M. Goron)

Nière

un détenu, 1846 : Imbécile, idiot, niais.

Delvau, 1866 : s. m. Individu quelconque, — dans l’argot des voleurs. Bon nière. Bon vivant, bon enfant. Mon nière bobéchon. Moi.

Rigaud, 1881 : Complice, — dans le jargon des voleurs. — Un complice est un autre soi-même. — Manger son nière, dénoncer son complice. — Cromper son nière, sauver son complice. Nière à la manque, complice sur lequel on ne doit pas compter.

Rigaud, 1881 : Maladroit. — Individu, particulier. — Mon nière, moi, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Complice. Un individu quelconque. Maladroit. Nière à l’estorgue, complice peu sûr.

Virmaître, 1894 : Homme quelconque, lui.
— Le gonce a rudement le trac pour son nière.
On dit aussi : mon nière bobéchon pour moi. Bobéchon, ici, fait double emploi (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Moi, lui. Mon nière, moi ; son nière, lui.

Hayard, 1907 : Passant, individu.

France, 1907 : Complice. Manger son nière, dénoncer un complice. Cromper son nière, sauver son complice. Nière à la manque, complice sur lequel on ne peut se fier. Se dit aussi d’un maladroit.

N’affranchis jamais un nière,
Il repasserait ta messière.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

Officier

d’Hautel, 1808 : Il officie bien à table. Pour, c’est un bon convive, un bon vivant, un homme de bon appétit, qui tient un rang distingué à table.

d’Hautel, 1808 : Officier de la manicle. Filou, fripon, coupeur de bourses.

Delvau, 1866 : s. m. Garçon d’office, — dans l’argot des limonadiers.

Rigaud, 1881 : « Tous les jolis bonbons glacés ou en sucre candi, exposés aux étalages des marchands confiseurs, sont l’ouvrage des officiers. »

(P. Vinçard, les Ouvriers de Paris)

Rigaud, 1881 : Garçon d’office dans un café. Il fait chauffer le café, prépare les grogs et souvent lave la vaisselle.

Rossignol, 1901 : Celui qui rince les verres dans les cafés et restaurants.

France, 1907 : Garçon d’office ; argot des domestiques.

Oiselle

France, 1907 : Fillette, petite ouvrière.

Elle me contait sa vie, la vie simple des petites oiselles de Paris, vivant seules dans de tristes nids glacés par les décembres… Puis… puis, minuit passé, nous nous réchauffions bien gentiment, dans mon petit lit, et nous nous jurions de nous aimer toujours…

(Don Juan)

Omne vivum ex ovo

France, 1907 : « Tout être vivant sort d’un œuf (d’un germe). » Aphorisme biologique latin émis par le célèbre médecin anglais William Harvey.

Paillasson

Delvau, 1864 : Homme trop porté sur son membre ; libertin à qui la qualité importe peu, pourvu qu’il ait la quantité.

J’ pine à l’œil et j’ m’en fais gloire,
C’est mon gout d’êtr’ paillasson.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Libertin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d’une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu’a aujourd’hui la chanson de l’Assommoir :

Chaque soir sur le boulevard
Ma petit’ femm’ fait son trimar,
Mais si elle s’port’ sus l’paillasson,
J’lui coup’ la respiration :
Je suis poisson !

Rigaud, 1881 : Homme aimé un moment pour lui-même, — dans le jargon des filles.

Celui avec lequel elle passe un caprice, auquel ce se donne sans lui demander de l’argent, un paillasson.

(Paris-vivant, La Fille. 1858)

Rigaud, 1881 : Libertin qui ne craint pas de se frotter à toutes les paillasses des drôlesses.

Paillasson, quoi ! cœur d’artichaut. C’est mon genre : un’ feuill’ pour tout l’monde. Au jour d’aujourd’hui, j’gob’ la blonde ; Après-d’main, c’estlabrun’qu’im’faut.

(La Muse à Bibi, Le Paillasson)

La Rue, 1894 : Libertin. Amant de cœur.

France, 1907 : Amant d’une fille publique, d’une paillasse.

C’est d’nature, on a ça dans l’sang :
J’suis paillasson ! c’est pas d’ma faute,
Je m’fais pas plus marioll’ qu’un aut’e,
Mon pèr l’était ; l’Emp’reur autant !

(André Gill, La Muse à Bibi)

France, 1907 : Chevelure. N’avoir plus de paillasson à la porte, être chauve.

— Eh ben ! en v’là un vieux gâteux avec son crâne à l’encaustique ! S’il avait des cheveux, il serait encore assez réussi. Mais il n’a plus de fil sur la bobine, plus de crin sur la brosse, plus de gazon sur le pré ; il a le caillou déplumé, quoi ! Enfin, n’y a plus de paillasson à la porte.

(Baumaine et Blondelet)

France, 1907 : Petite pièce en un acte donnée avant une grande, autrement dit : lever de rideau.

Paix

d’Hautel, 1808 : Dieu lui fasse paix. Se dit en parlant d’une personne morte, pour exprimer qu’on lui pardonne tout le mal qu’elle a fait de son vivant.

Pandore

d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à Pandore. Se dit d’une femme, qui, sous des dehors séduisans, cache une ame noire et atroce, par allusion à la boîte que Jupiter donna à la femme d’Épiméthée, et où tous les maux imaginables étoient renfermés.

France, 1907 : Gendarme. Ce sobriquet vient de la fameuse chanson de Gustave Nadaud, Les Deux Gendarmes, où chaque couplet se termine par ce refrain :

Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.

À ce propos, disons comme simple renseignement historique que c’est le 15 janvier 1797 quis le conseil des Cinq-Cents vota le projet présenté par Richard, qui décidait la formation du corps de la gendarmerie actuelle.

Les soldats turcs n’ont pas été plus féroces que les soldats versaillais foutant., en 1871, Paris à feu et à sang, que, plus récemment, les troufions de France, au Tonkin, au Dahomey et à Madagascar.
Les conquérants, les envahisseurs sont partout identiques : l’homme s’efface — la bête humaine reparait avec tous les instincts féroces et sanguinaires des anciens âges.
Sur la route de Paris à Versailles, les pandores attachaient les communards à la queue de leurs chevaux ; aux Buttes-Chaumont, un colonel célèbre faisait arroser de pétrole et griller vivants ses prisonniers.
Au Tonkin, les pousse-cailloux violaient et pillaient à cœur joie.
Au Dahomey, un ratichon distribuait des cigares aux troufions qui lui rapportaient des tètes de moricauds.

(Le Père Peinard)

Parler comme Sénèque de la pauvreté

France, 1907 : Mentir à ses théories, afficher des principes que l’on ne met pas en pratique, être faux sage, faux vertueux. La prétendue sagesse de Sénèque consistait à ne pas manger de viande et à ne pas boire de vin, suivant les préceptes de Pythagore ; mais, à part ces vertus négatives, il cultivait tous les vices. Il séduisit la femme de Domitius, son bienfaiteur, fut exilé en Corse, puis chassé de Corse pour ses mauvaises mœurs, car il n’aimait pas la viande des animaux morts, il aimait la chair vivante des fillettes et des petite garçons. S’il dédaignait les plaisirs de la table, il ne se refusait aucun des autres. Il professait le mépris des richesses et sa maison était la plus somptueusement meublée de Rome. Il se fardait. portait des vêtements efféminés et écrivit sur un pupitre d’or massif ses plus éloquentes pages sur la pauvreté. Tel est celui dont « Rome estimait les vertus ». Combien, dans le monde, de vertueux comme Sénèque ! Méfions-nous des stoïques et des purs !

Pègre

Ansiaume, 1821 : Voleur.

C’est un bon pègre, mais il n’est pas franc.

M.D., 1844 : Voleur.

un détenu, 1846 : Petit voleur.

Larchey, 1865 : Voleur.

Un jour à la Croix-Rouge, nous étions dix à douze, tous pègres de renom.

(Vidocq)

Pégrenne : Faim, misère. — Pégrenner : Faire maigre chère. V. Bachasse.

Delvau, 1866 : s. f. Le monde des voleurs. Haute pègre. Voleurs de haute futaie, bien mis et reçus presque partout. Basse pègre. Petits voleurs en blouse, qui n’exercent que sur une petite échelle et qui ne sont reçus nulle part — qu’aux Madelonnettes ou à la Roquette.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur. Ce mot est fils du précédent, comme le vice est fils de la misère — et surtout de la fainéantise (pigritia, — piger). Pègre à marteau. Voleur de petits objets ou d’objets de peu de valeur.

Rigaud, 1881 : Voleur, de l’italien pegro, pigro, fainéant.

La Rue, 1894 : Voleur. La pègre, le monde des malfaiteurs. Pègre ou peigne à marteau, voleur sans notoriété. Pegriot, jeune voleur. Pègre de la grande vergne, voleur de Paris.

France, 1907 : Faussaire, filou, escroc et voleur, et aussi le monde des voleurs. Du mot latin pigrilia, paresse, mère de tous les vices et de tous les crimes.

Les pègres se divisent en deux classes principales : la haute et la basse pègre.
La haute pègre comprend les escrocs raffinés et de bonne compagnie, les beaux voleurs, qui savent mettre leurs mains dans nos poches pour les soulager de leur contenu, avec grâce et sous les formes les plus exquises.
La basse pègre réunit tous les prolétaires de la profession, ceux qui pratiquent le vol ordinaire et banal, souvent sans spécialité définie, vivant, comme les filles, de la rencontre et du hasard…
La haute et la basse pègre travaillent quelquefois de concert, mais alors c’est la basse qui est l’instrument, la main-d’œuvre, tandis que la haute se borne à l’initiative et à la direction ; elle ordonne et on lui obéit. Le travail fait, on partage le gain, puis on se sépare et l’on ne fraie pas ensemble.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Pègres traqueurs, qui voulez tous du fade,
Prêtez l’esgourde à mon due boniment :
Vous commencez par tirer en valade,
Puis au grand truc vous marchez en taffant,
Le pante aboule,
On perd la boule,
Puis de la toile on se crampe en rompant,
On vous roussine
Et puis la tine
Vient remoucher la butte en rigolant.

(Lacenaire)

Périsprit

France, 1907 : D’après les théories spirites, intermédiaire entre le corps et l’esprit, sorte de lien fluidique qui relie l’esprit au corps et qui, à la mort, se dégage de celui-ci pour accompagner celui-là. Du grec peri, autour.

Les spirites attribuent à l’âme une tendance à un perfectionnement indéfini, qui s’opère au moyen d’incarnations successives. L’âme, accompagnée de son perisprit, doit se réincarner autant de fois qu’il lui est nécessaire pour qu’elle ait atteint son parfait développement. Entre ces incarnations, elle flotte dans les espaces interplanétaires, mais elle peut être rappelée à la surface de la terre par l’action de certains hommes et entrer en communication avec les vivants.
Au moment de la mort, le périsprit abandonne progressivement le corps, entraînant l’esprit et le laissant dans le trouble et dans le doute de la mort. Le mort voit encore ses parents et peut se manifester à eux par l’action de son périsprit sur les objets matériels ; de là ces craquements bizarres, inexpliqués, attribués parois à des influences météorologiques.

(Les Mystères des sciences occultes)

Petit bonhomme vit encore

France, 1907 : Vous me croyiez mort, eh bien ! non, je suis vivant. Cette expression vient d’un jeu symbolique des Athéniens consistant à courir dans la lice en se passant de main en main un flambeau allumé, emblème de la vie. Ce jeu est imité chez nous, mais une allumette a remplacé le flambeau : on se la passe à la ronde et celui en la main de qui elle s’éteint paye l’amende.

Le vieillard, certes, tout honteux
Du feu sacré qui le dévore,
Lui dit tout bas, baissant les yeux :
Petit bonhomme vit encore.
De Cythère j’ai fait le tour…
Mon cœur, hélas ! ne bat plus guère…
J’ai trop fait la chasse à l’amour
Et l’amour m’a trop fait la guerre.
Près de vous, Madame, pourtant
Mon couchant redevient aurore
Et je répète en soupirant :
Petit bonhomme vit encore.

(Bouilly)

Petite Provence

France, 1907 : « Il y a, dans le jardin du Luxembourg, derrière l’ancienne Orangerie, aujourd’hui arrangée en Musée des artistes vivants, une allée large, bien sablée, sans arbres, et doucement baignée de soleil, dans les heures, trop rares, où il daigne sourire aux Parisiens. Le long du bâtiment, règne une série de bancs de pierre encastrés dans la muraille, exposés en plein midi, abrités du vent froid et tout de suite tiédis par le moindre rayon. On trouve des coins semblables dans la plupart des promenades publiques, et tous ont reçu, comme celui-ci, le nom de Petite Provence. Les nourrices et les bonnes d’enfants s’y donnent, naturellement, rendez-vous et l’on y rencontre aussi quelques vieilles gens qui viennent là distraire leur tristesse oisive et chauffer leurs rhumatismes. »

(François Coppée)

Pique-en-terre

Larchey, 1865 : Volaille. — Mot imagé. On sait que les poules piquent toujours la terre du bec.

Delvau, 1866 : s. f. Volaille quelconque vivante, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Poule ; argot populaire.

Police (se mettre à la)

Rigaud, 1881 : Se faire inscrire sur le registre des filles soumises.

Elle donna ensuite dans les employés, dans les commis, quitta le théâtre par paresse et se mit à la police.

(Paris-vivant, La Fille, 1858)

Politicard

France, 1907 : Individu vivant de la politique comme rat en fromage, ou espérant en vivre.

Comment, les politicards socialos qui, presque tous, sont des renégats de la révolution opérée par le peuple et qui, précédemment, avaient affirmé et démontré que le populo doit faire ses affaires lui-même et ne compter sur personne, sont-ils parvenus à embistrouiller à leur tour le pauvre monde ?

(Le Père Peinard)

On dit aussi, mais plus rarement, politiculard.

Y a pas… C’est un rude homme tout de même que l’Bismarck qui vient de gueuler comme un tonnerre au Reichstag… En v’là z’un qui leur z’y parle comme y méritent, à ce troupeau de politiculards allemands, presque aussi tocs que les nôtres, au fond, je m’imagine.

(Le Cri du Peuple, janvier 1887)

Pot-au-feu

Delvau, 1864 : Les fesses d’une femme, quand elles sont d’un embonpoint agréable, — comme celles de la Vénus Callipyge.

Mais tournez-vous donc un peu…
Quel superbe pot-au-feu !
C’est d’la fière marchandise,
Mam’zelle Lise !

(F. de Calonne)

Larchey, 1865 : Casanier, arriéré.

Ce n’est pas cet imbécile qui m’aurait éclairée… il est d’ailleurs bien trop pot-au-feu.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Entreteneur fournissant de quoi faire aller le pot-au-feu.

L’Anglais : Lorsque nous aimons, Nous finançons, Afin de plaire. D’où vient qu’en tout lieu on dit : un milord pot-au-feu.

(Désaugiers)

Delvau, 1866 : s. et adj. Commun, vulgaire, bourgeois, — dans l’argot des petites dames. Être pot-au-feu. Être mesquin. Devenir pot-au-feu. Se ranger, épouser un imbécile ou un myope incapable de voir les taches de libertinage que certaines femmes ont sur leur vie.

Delvau, 1866 : s. m. L’endroit le plus charnu du corps humain, — dans l’argot des faubouriens, qui l’ont pris depuis longtemps pour cible de leurs plaisanteries et de leurs coups de pied.

Rigaud, 1881 : Casanier, casanière.

Rigaud, 1881 : Creuset de faux monnayeur, — dans l’argot de la police.

France, 1907 : Le derrière ; argot populaire.

France, 1907 : Personne casanière, paisible, terre-à-terre, ne s’occupant que de son ménage.

Louise peut passer justement pour le modèle des épouses… Que saurais-je lui reprocher ? Tout au plus d’être un petit peu trop pot-au-feu. En effet, parfois je l’eusse désirée plus extérieure et plus mondaine.

(Paul Arène)

Rose Pompon est vivante, très vivante, toujours rose avec un peu moins de pompon qu’autrefois, voilà tout. Elle est ma voisine à Bougival. C’est une honorable rentière, s’il vous plaît ! Elle arrose ses pelouses, porte des bandeaux toujours noirs, à la vierge, une fanchon de dentelles et se promène, parmi ses rosiers, un sécateur à la main. Elle est embourgeoisée, pot-au-feu, mariée enfin, et, par-dessus tout, heureuse et jouissant des plaisirs calmes de l’arrière-saison.

(Edmond Lepelletier)

Cette expression s’emploie aussi adjectivement : une existence pot au feu.

— Oh ! il ne se passe jamais rien, ici. C’est la vie la plus pot-au-feu du monde. Dieu merci ! le plus train-train du petit ordinaire !

(Paul Hervieu)

Poulet

d’Hautel, 1808 : Mot satirique et injurieux qui équivaut à bête, nigaud, sot, stupide, homme simple et borné.
C’est aussi un terme caressant que l’on donne aux petits enfans. Mon poulet ; ma poulette.

Delvau, 1866 : s. m. Billet doux, ou lettre raide, — dans l’argot du peuple, qui se sert du même mot que Shakespeare (capon).

France, 1907 : Billet doux, missive d’amour. Ce nom viendrait de ce qu’en Italie c’était généralement des marchands de volailles qui se chargeaient des messages d’amour. Allant de maison en maison, ils pouvaient s’acquitter de ces commissions sans éveiller la méfiance des maris ou des parents. Ils cachaient d’ordinaire le billet sous l’aile de la volaille qu’ils présentaient au destinataire. D’après le géographe Duval, qui écrivit en 1636 un Voyage en Italie, ceux que l’on surprenait dans ce commerce d’entremetteur étaient punis du supplice de l’estrapade avec deux poulets vivants attachés à leurs pieds.

Une institutrice avait écrit dans ses mémoires : « Poulet, oiseau à quatre cuisses. »

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Pas de danger que tu m’apprennes
Les potins du jour ; tes poulets
N’ont vraiment rien dans leurs bedaines,
Et cependant, si tu voulais…

(Jacques Rédelsperger)

Pré

d’Hautel, 1808 : Il seroit mieux en terre qu’en pré. Se dit d’un homme qui est atteint d’une maladie de langueur, qui mène une vie indigente et pénible, et signifie qu’il seroit plus heureux mort que vivant.
Verd comme pré. Pour dire gaillard, frais, vigoureux.
Épargne de bouche vaut rente de pré. Pour dire que l’économie et la sobriété rendent l’homme aisé, et par allusion aux prés, dont les revenus sont certains.
Aller souvent sur le pré. Pour dire se battre fréquemment.

Ansiaume, 1821 : Galère.

Me voilà planqué pour 20 longes au pré.

Bras-de-Fer, 1829 : Bagne.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bagne.

Clémens, 1840 : Bagne.

un détenu, 1846 : Galères. Être au pré : aller aux galères.

Delvau, 1866 : s. m. Bagne, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi le Grand pré. Aller au pré. Être condamné aux travaux forcés. On dit aussi : Aller faucher au pré.

France, 1907 : Bagne ; argot des voleurs, qui disent aussi pré des fagots, grand pré.

— C’est égal, t’as beau coquer, tu rappliqueras au pré.

(Marc Mario)

Aller au bagne, c’est faucher le grand pré.

Quand on a fauché le grand pré, on fauche un homme sûrement.

(Edmond Ladoucette)

Cayenne est appelé le pré des fagots.

Probloque

Virmaître, 1894 : Propriétaire (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Propriétaire. Loueuse de garni aux filles.

Ce sont ces veill’s logeus’s aux min’s baroques,
Vivant d’l’amour en tenant des garnis,
Volant les femm’s jusqu’au dernier radis
Et leur gardant jusqu’à leurs dérnièr’s loques,
Les probloques, les probloques.

(Héros-Cellarius)

— V’là maintenant que les probloques se mettent avec la rousse pour assassiner le pauvre monde !… À moi, les hommes !

(Oscar Méténier)

Professionnel

France, 1907 : Personne exerçant une profession et en vivant.

Il voyait l’athée dans le prêtre, car le prêtre digne de ce nom est un apôtre, et, au dix-neuvième siècle, il cherchait en vain les apôtres ecclésiastiques. Les prêtres n’étaient que des professionnels comme les épiciers, et ils vendaient des prières comme les autres du sucre et des épices. Les pratiques recommandées et obligatoires sont pour eux un moyen d’asservir les consciences, de diriger les hommes, d’avoir les femmes et les enfants, et par ceux-ci les maris, les frères.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Regard de basilic

France, 1907 : Regard menaçant et diabolique exprimant le courroux et la haine.
Toutes les absurdités imaginables, l’ignorant les invente. Le basilic est un petit lézard de mœurs fort douces, de l’Amérique équatoriale, qui se nourrit d’insectes et dont la chair est excellente. Mais les Grecs appelaient basilic une espèce de dragon terrible dont le seul regard donnait la mort. Il portait une couronne, emblème royal, dont le nom basilic est la traduction. Il provenait de l’œuf d’un coq et nul être vivant ne l’avait jamais vu ; naturellement. Pendant le moyen âge et longtemps après encore les marchands d’orviétan vendaient de petites raies desséchées, vernies et façonnées d’après la figure qu’on supposait être celle du basilic. Il est encore des collections où l’on peut les voir figurer comme témoignage de la crédulité humaine.

Rester

d’Hautel, 1808 : Il est resté en plan. Se dit par raillerie d’un homme, ou d’un effet qu’on a laissé dans un endroit pour caution ou gage ; et souvent pour dire que l’on ne sait pas ce qu’une personne est devenue, si elle est morte ou vivante.

Retourné (chevalier de la)

France, 1907 : Joueur : individu vivant du jeu.

Rire à la caisse

Rigaud, 1881 : Toucher chez un agent de change ou recevoir des mains d’un spéculateur en perte le montant d’une différence ou d’une prime. (Paris-Vivant, Le Million)

Roger-Bontemps

France, 1907 : Personne joyeuse, sans souci, prenant le temps comme il vient, les hommes pour ce qu’ils valent et les femmes comme elles sont. Les étymologistes se sont fort démenés pour chercher dans les chroniques ce qu’était ce Roger Bontemps. Les uns ont cité un certain Roger, prêtre, poète et secrétaire d’un évêque d’Auxerre, que son humeur joyeuse avait fait surnommer Bontemps. De leur côté, les pères de Trévoux ont exhumé un Roger Bontemps fort estimé dans le Vivarais pour sa valeur, son humeur gaie et son amour de la bonne chère et des jolies filles. C’est bien du tracas pour rien, car Le Duchat et Pasquier ont tranché la question en démontrant que ce nom d’un prétendu personnage n’est qu’une altération de Réjoui bontemps, ou de Rouge bontemps, surnoms que l’on donnait autrefois aux bons vivants, parce que, dit Pasquier, pour ce dernier surnom, la couleur rouge au visage d’une personne est indice de santé et de bonne humeur.

Roger-bontems

d’Hautel, 1808 : Pour dire un homme de bonne humeur, un réjoui, un bon vivant. Ce nom tire, dit-on, son origine d’une famille du Vivarais, dont le chef étoit renommé par sa gaieté, son courage et sa bonne table.

Romanichels, romanigos

La Rue, 1894 : Bohémiens parcourant la France et vivant de rapines.

Saint-André (rêve de la)

France, 1907 : C’est une croyance populaire qui existe en Alsace et dans presque toute l’Allemagne que le 29 novembre, fête de saint André, la jeune fille verra pendant la nuit, en rêve, l’homme qu’elle doit épouser, si, avant de se mettre au lit, elle récite consciencieusement les versets suivants :

Aujourd’hui Saint-André
Dorment tous les gens,
Tous les gens vivant
Entre le ciel et la terre,
À l’exception de l’homme
Qui devra m’épouser.

 

Dans quelques provinces, la demoiselle pétrit un gâteau de farine, lui donne la forme humaine et le mange. Sa prière est pressante dans les vers qui suivent :
   Je vais entrer au lit,
   Saint André, je te prie,
   Laisse-moi voir mon bien-aimé,
   Qu’il soit jeune ou vieux,
   Laisse-moi le voir.
Nul doute qu’encouragée par son rêve, la jouvencelle n’aide à sa réalisation dans la mesure de ses moyens.

(Félix Regnault, Folklore)

On dit dans le Midi : À la Saint-André, tue le porc, attache de bœuf.

Shake hand

France, 1907 : Poignée de main ; anglicisme ; littéralement, secouement de mains, de to shake, secouer, et hand, main.

Le mode a d’inexplicables caprices. Nous ririons de bon cœur si nous voyions un revenant du siècle de Louis XIV entrer dans un salon en faisant les trois révérences de rigueur, mais ce survivant d’un autre âge rirait peut-être d’aussi bon cœur de notre shake hand estropié.
Il paraît qu’il y a des contrées de la Chine où pour saluer un ami on lui pince l’oreille. L’ami répond à sa politesse en tirant la langue. Que dites-vous de ce petit jeu ? N’est-il pas pittoresque ?

(Petit Parisien)

Silo

France, 1907 : Les silos proprement dits sont des trous profonds creusés dans la terre où les Arabes renferment leurs graines. Dans les premiers temps des guerres d’Afrique, l’on s’est servi de ces trous pour y enfermer les soldats indisciplinés ou simplement punis lorsque ces silos, vidés au préalable, se trouvaient dans le voisinage des camps. Plus tard on en creusa spécialement l’usage de certains corps tels que les compagnies de discipline et les bataillons d’Afrique. On descendait le coupable dans le trou au moyen d’une échelle et on l’y laissait jusqu’à l’expiration de la peine infligée par le colonel ou même par un simple sous-officier.

La discipline des armées de mer est aussi sévère que celle des compagnies d’Afrique, et pèse sur des hommes qui n’ont jamais été condamnés. Huit jours de fers à fond de cale ne sont pas plus cruels que huit jours de fers dans les silos.

(Général Lewal)

Le silo, noir tombeau de forme circulaire,
Dans les camps africains, que l’on creuse sous terre,
Étroit à l’orifice et large dans le fond,
Humide, sale, obscur, implacable et profond,
Une trappe sinistre, une bouche béante
Qui saisit une proie et l’envahit vivante,
Un cercle ténébreux où l’homme jeté seul,
Semble un mur oublié, sans croix et sans linceul,
Car l’on vous y descend de la seule manière
Qu’en un sombre sépulcre on descend une bière !

(Léonce Fargeas, Le Silo)

Singe

d’Hautel, 1808 : Payer en monnoie de singe, en gambades. Se moquer de celui à qui l’on doit, au lieu de le satisfaire. Ce proverbe vient de ce qu’autre fois les bateleurs qui montroient des singes, étoient obligés, pour tout péage, à l’entrée des villes, de faire danser leurs singes. ACAD.
Singe. C’est le nom que les imprimeurs à la presse donnent aux compositeurs qui ne font pour ainsi dire que copier le manuscrit, et pour se venger de ces derniers, qui les appellent ours.
C’est un vrai singe.
Se dit d’un homme qui imite avec trop d’affectation les gestes d’un autre homme.
Adroit comme un singe. Se dit d’un homme agile et industrieux.
Malin comme un singe. Se dit d’un enfant fort espiègle, très-avisé.

Halbert, 1849 : Chef d’atelier, le patron.

Larchey, 1865 : « En revanche, les ours ont nommé les compositeurs des singes à cause du continuel exercice qu’ils font pour attraper les lettres dans les cinquante-deux petites cases où elles sont contenues. » — Balzac.
Monnaie de singe : Grimace. V. Roupie.

Il la payait, comme dit le peuple en son langage énergique, en monnaie de singe.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier compositeur, — dans l’argot des imprimeurs.

Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.

Rigaud, 1881 : Apprenti typographe.

Rigaud, 1881 : Patron. Nom donné primitivement par les peintres en bâtiment aux bourgeois qui les employaient, et, par extension, par tous les ouvriers à leurs patrons. Aujourd’hui ce sobriquet est trop connu pour qu’il soit employé en présence du patron ou’ du contre-maître. Dans la plupart des ateliers on choisit un sobriquet qui rappelle soit les mœurs, soit les habitudes, soit une infirmité du patron.

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n’est plus guère usité aujourd’hui et qui a été remplacé par l’appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite. Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.

Les noms d’ours et de singe n’existent que depuis qu’on a fait la première édition de « l’Encyclopédie », et c’est Richelet qui a donné le nom d’ours aux imprimeurs, parce que, étant un jour dans l’imprimerie à examiner sur le banc de la presse les feuilles que l’on tirait, et s’étant approché de trop près de l’imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l’auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l’auteur d’appeler les imprimeurs à la presse des ours, et aux imprimeurs à la presse d’appeler les compositeurs des singes.

(Momoro)

Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d’hommes de lettres, et MM. les imprimeurs de celui d’hommes du barreau.

Virmaître, 1894 : Patron. Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers, nomment leur patron un singe. Singe, ouvrier compositeur. Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut chercher des grimaces (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Patron.

France, 1907 : Dessin d’imitation ; argot des polytechniciens.

Le singe imite tout ce qu’il voit faire, de là le mot singe employé pour désigner le dessin d’imitation… Les uns dessinent d’après les estampes, d’autres le paysage, d’autres des chevaux ; une section occupe un petit amphithéâtre réservé à la bosse ou à l’étude du modèle vivant. Ces différents genres de dessin sont ce qu’on appelle le singe mort, le jodot, les zèbres et le singe vivant.

(Albert Lévy et G. Pinet)

France, 1907 : Patron, directeur, chef, maître quelconque. Ce sobriquet est général, il est passé des ouvriers, des domestiques, aux employés de magasins et de bureaux.

France, 1907 : Petite fille ou femme laide, chétive, disgracieuse.

— Conment ! ce petit laideron que j’ai accueillie par charité, cette horreur que je suis forcé de voir chaque jour à ma table, qui a déjà apporté chez moi une maladie contagieuse… cette petite guenon, amenant le vice chez nous, est la cause de la mort de ce pauvre garçon… L’imbécile ! un singe comme ça !

(A. Bouvier, La Grêlée)

France, 1907 : Sobriquet donné autrefois aux ouvriers typographes à cause des gestes saccadés qu’ils font en levant la lettre. Ce mot a été remplacé par celui de typo.

France, 1907 : Viande de conserve ; argot militaire.

Comme de coutume au régiment le 14 juillet on nous a fait faire ripaille. Les grands chefs avaient ordonné à nos sacrés capitaines de bien nourrir leurs hommes.
Ah ! ils nous ont bien nourris !
Un de ces gradés n’a rien trouvé de mieux que de nous faire bouffer du singe.
Tu dois penser que ça ne doit pas être fameusement ragoûtant. Il s’en faut ! C’est de la bidoche qui a au moins cinq ans de magasin et qui, peut-être, est en conserves depuis six ou huit ans…, sinon plus !

(Le Père Peinard)

anon., 1907 : Patron.

Sorbonne

d’Hautel, 1808 : Pour dire, le chef, la tête.
Quand il a mis quelque chose dans sa sorbonne, le diable ne lui en feroit pas sortir. Se dit d’un homme opiniâtre, entêté.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tête. Porter la sorbonne à Charlot, aller à l’échafaud.

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. V. d’Hautel, 1808.

La sorbonne est la tête de l’homme vivant, son conseil, sa pensée.

(Balzac)

Date du temps où les décisions de la Sorbonne faisaient plus de bruit dans le monde intellectuel. — V. Paumer.

Delvau, 1866 : s. f. La tête, — parce qu’elle « médite, raisonne et conseille le crime ». Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tête. Autrefois, c’était la tête sur les épaules, la tête qui pense. L’autre, la tête coupée, était la tronche. Messieurs les assassins, qui ne sont jamais sûrs de conserver cette partie si essentielle de leur individu, avaient créé deux mots pour exprimer les deux manières d’être, de la tête. Aujourd’hui sorbonne n’est guère plus usité.

Virmaître, 1894 : Tête. Vieille expression ; on lit en effet, dans la chanson du Canstel :

Des réflexions m’trottaient dans la Sorbonne. (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, considérée comme réceptacle de la pensée. Voir Tronche.

Dehors, c’est drôle ! on fait bien du potin…
À l’écouter, ma sorbonne se plisse ;
Serait-ce pour aujourd’hui, cré matin ?
C’est sûr ! j’entends les pas de la police,
Et du bourreau la sinistre milice.

(Tibou, Ballade du Raccourci)

Sub rosa

France, 1907 : Sous la rose, En secret. Cette expresse est fort ancienne et fort usitée en différents pays. Elle vient de la coutume qu’avaient les Grecs et les Romains de se couronner de fleurs dans les festins et de garder le silence absolu sur ce qui s’était dit ou fait sub rosa, pendant les agapes. Sage discrétion que n’imitèrent pas les frères de Goncourt qui, dans leur manie de petits papiers et de documents prétendus humains, consignèrent au sortir de banquets littéraires un tas de propos lâchés sous l’influence des boissons et l’entrainement de discussions libres. C’était, dit l’Intermédiaire des chercheurs et curieux (20 décembre 1848), au point de vue littéraire, une véritable trahison ; les très aimables et spirituels convives réunis chez Brébant se laissaient précisément aller au charme de la libre parole, parce que celle-ci, ils le croyaient du moins, devait ne jamais dépasser le seuil. Renan, qui était des convives, et non des moins spirituels et paradoxaux, assurément, prit assez mal la publication de ces comptes rendus sommaires, et sortant pour une fois de son calme souriant, rappela un peu vivement au survivant des deux frères, que l’on ne devait jamais répéter ni surtout écrire, encore moins imprimer, ce qui est ainsi dit sub rosa.

Tante

Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.

Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.

* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.

Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.

Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

(Christophe)

Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »

(1837, Vidocq)

Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.

(Balzac)

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

(Moreau Christophe)

Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.

Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.

Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.

Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.

Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.

(J. Dementhe)

La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.

Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Voir chatte.

Hayard, 1907 : Pédéraste.

France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.

Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.

Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »

 

Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.

(Émile Bergerat)

Tête de Turc

Delvau, 1866 : s. f. Homme connu par ses mœurs timides et par son courage de lièvre, sur lequel on s’exerce à l’épigramme, à l’ironie, à l’impertinence, — et même à l’injure, — assuré qu’on est qu’il ne protestera pas, ne réclamera pas, ne regimbera pas, et ne vous cassera pas les reins d’un coup de canne ou la tête d’un coup de pistolet. C’est une expression de l’argot des gens de lettres, qui l’ont empruntée aux saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Dynamomètre vivant, souffre-douleur, mystifié, bouc émissaire.

France, 1907 : Personne timide, faible et débonnaire que l’on croit pouvoir vexer et bafouer avec impunité. Allusion aux têtes de Turc des fêtes foraines généralement remplacées depuis la guerre de 1870 par des têtes de Prussien, et sur lesquelles on tape pour essayer sa force. Servir de tête de Turc.

Je savais que dans les réunions publiques, mes collègues et moi étions la tête de Turc sur laquelle s’exerçaient à plaisir et essayaient leurs forces les orateurs plébéiens de l’époque.

(Gustave Macé)

Toile de Pénélope

France, 1907 : Travail qui traine en longueur et dont on ne voit pas la fin.
Tout le monde connait la fable de Pénélope, femme d’Ulysse, roi d’Ithaque et mère de Télémaque, qui, pressée en l’absence de son mari, qu’on croyait mort après le siège de Troie, de choisir un époux parmi ses nombreux soupirants attirés par sa beauté et aussi par l’espoir de partager le trône, éluda leur poursuite en leur promettant de faire son choix lorsqu’une toile, à laquelle elle feignait de travailler assidûment et qu’elle destinait à ensevelir son beau-père, Laerte, encore vivant, serait terminée. Il faut croire que les amoureux de ce temps-là étaient plus patients et plus confiants que ceux d’aujourd’hui, car pendant vingt ans ils attendirent, Pénélope ayant le soin de défaire la nuit ce qu’elle avait tissé pendant le jour. Aussi la toile était loin d’être achevée lorsque Ulysse arriva enfin et tua ses rivaux à coups de flèches.

Tortorer

Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Rigaud, 1881 : Manger. — Tortorer le pain à cacheter, communier.

Virmaître, 1894 : Manger (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Manger.

Hayard, 1907 : Même sens — manger.

France, 1907 : Manger.

Que n’j’y foutrai dans la trompette
À c’lancier-là, s’il vient vivant ?
À moins qu’il sorte un jour que j’pète
Et qu’il veuill’ tortorer du vent.

(J. Richepin, La Chanson des gueux)

Tournet de nez

France, 1907 : Nom que l’on donnait autrefois au masque qui servait à cacher le visage des femmes, et remplaçait le voile. Il fut importé d’Italie en France au XVIe siècle. On l’appelait aussi cache-laide, coffin à roupies. En 1783, une ordonnance défendit aux femmes masquées de pénétrer dans les églises. Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe que les masques des femmes commencèrent à disparaître pour faire place aux mouches, et la Révolution leur porta le dernier coup. Vivant comme toujours d’emphase et de grands mots, elle le proscrivit comme « attentatoire à la dignité humaine ».

Train

d’Hautel, 1808 : Il va un train de chasse. Pour, on ne peut le suivre, tant il va vite ; il travaille avec une grande ardeur ; il mène une vie d’enfer.
Mener quelqu’un grand train, belle manière. Le mener vertement, avec vigueur.
Un bout en train. Un homme de joyeuse humeur, un roger-bontemps ; un bon vivant qui met tout le monde en gaieté.

Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, rixe de cabaret, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Émeute. Il y aura du train dans Paris. On fera des barricades et l’on se battra.
Originairement le mot signifiait Prostibulum, et, par une métonymie fréquente dans l’Histoire des mots, la cause est devenue l’effet. De même pour Bousin.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Coup de pied dans le train.

La Rue, 1894 : Vacarme. Le postérieur. Être en train, être légèrement ivre.

Trois bateaux (arriver en)

France, 1907 : Expression très ancienne, employée quand on veut relever comiquement l’importance d’une chose.

Le singe de sa part disait : Venez, de grâce ;
Venez, Messieurs : je fais cent tours de passe-passe,
Cette diversité dont on vous parle tant,
Mon voisin Léopard l’a sur soi seulement ;
Moi, je l’ai dans l’esprit. Votre serviteur Gille,
Cousin et gendre de Bertrand,
Singe du pape en son vivant,
Tout fraîchement en cette ville
Arrive en trois bateaux, exprès pour vous parler.

(La Fontaine, Le Singe et le Léopard)

Rabelais, parlant de la jument de Gargantua, dit : « Et fut amenée par mer en trois quarraques et ung briguantin, jusques au port de Olone en Thalmondoys. » (Livre I, chapitre XVI)

Trois glorieuses (les)

France, 1907 : Les trois journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, où la monarchie constitutionnelle succéda à celle de droit divin. Il était d’usage que chaque année les survivants des combattants se rendissent à la place de la Bastille pour déposer des couronnes sur le socle de la colonne. Le 29 juillet 1897, il ne restait plus que six de ces combattants.

Trouducuteries

France, 1907 : Niaiseries, sottises, balivernes.

On a célébré, avec une foultitude de flaflas, une messe carillonnée, en l’honneur de la Noël russe. On a braillé un tas de trouducuteries tout comme chez les ratichons crétins et on a adoré le tzar, empereur et dieu vivant, le petit père de son peuple.

(La Sociale)

Vermine

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris, pour dire la plus vile populace, la canaille, la lie du peuple.

Vidocq, 1837 : s. m. — Avocat, défenseur.

Larchey, 1865 : Avocat (Vidocq). — Mot à mot : vivant sur le corps des prévenus.

Delvau, 1866 : s. f. Avocat. — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. f. La populace, — dans l’argot des bourgeois.

Virmaître, 1894 : Avocat. Les voleurs ont raison, les avocats sont des vermines qui rongent encore plus que les huissiers (Argot des voleurs).

France, 1907 : Avocat, homme de loi.

Vivant

d’Hautel, 1808 : Un bon vivant. Un réjoui bon-temps, un homme d’une humeur aimable ; un bout en-train.

Vive la souris (encore est)

France, 1907 : Nous donnons à titre documentaire cette vieille expression signifiant qu’on est encore vivant, debout et valide et qui a servi à une des plus jolies ballades de Charles d’Orléans, qui, fit prisonnier à la bataille d’Azincourt où périt la fleur de la chevalerie française, revint après une longue captivité en Angleterre et répondit à ceux qui avaient fait courir le bruit de sa mort :

Nouvelles ont couru en France
Par maints lieux que j’estoye mort,
Dont avoient peu desplaisance
Aucuns qui me hayent à tord.
Aultres en ont eu desconfort
Qui m’ayment de loyal vouloir
Comme mes bons et vrays amis,
Si fait à toutes gens scavoir
Qu’encore est vive la souris.

Warrants

France, 1907 : Objets consignés dans des magasins spéciaux en garantie de sommes que l’on a avancées. En cas de non-remboursement de la somme dans un temps déterminé, les objets sont vendus ; le produit de la vente est partagé entre le prêteur et le magasinier et le surplus, s’il en reste, est remis au consignataire. Le mot est anglais et signifie garantie. Nombre d’industriels ont, sous l’enseigne de warrants, ouvert des magasins qu’ils remplissent d’objets donnés en consignation par d’autres marchands et qu’ils vendent comme des articles de seconde main aussi cher qu’ailleurs, vivant ainsi de liquidations fictives. Le public se laisse toujours attraper.

Zigue (bon)

Merlin, 1888 : Luron, bon vivant, camarade. Montrez-vous-le, bon zigue, lecteur, en réservant un indulgent accueil à ce petit lexique.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique