Larchey, 1865 : Article vigoureusement fait. — Terme de peinture.
Comme c’est écrit ! comme c’est touché !
(L. Reybaud)
Article touché
Larchey, 1865 : Article vigoureusement fait. — Terme de peinture.
Comme c’est écrit ! comme c’est touché !
(L. Reybaud)
Balançon
Ansiaume, 1821 : Barreau de fer.
Il faut deux plombes pour faucher les balançons.
Delvau, 1866 : s. m. Marteau de fer, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Marteau de fer, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Marteau de fer.
Virmaître, 1894 : Marteau. Pour frapper vigoureusement il faut balancer son marteau par le manche (Argot des voleurs). N.
Hayard, 1907 : Marteau.
France, 1907 : Marteau de fer.
Boye
Vidocq, 1837 : s. m. — Bourreau d’un bagne, forçat chargé d’administrer la bastonnade à ses compagnons d’infortune. Il est déferré.
Le forçat qui doit recevoir la bastonnade, est étendu sur le ventre et placé sur un lit de camp, nu jusqu’à la ceinture ; le Boye, armé d’une corde goudronnée, de quinze à vingt lignes de diamètre, lui en applique quinze, vingt-cinq ou cinquante coups sur le dos, chaque coup enlève la peau et quelquefois la chair.
Cet horrible châtiment emprunté aux mœurs orientales, est administré seulement sur l’ordre du commissaire du bagne, qui est présent à l’exécution, qui souvent encourage le Boye de la voix et du geste, et le menace même, si, cédant à un mouvement de commisération, il ne se sert pas de toute la vigueur de son bras.
Le Boye reçoit une carte de vin, environ trois demi-setiers pour chaque exécution ; quelquefois il compose avec le patient qui veut être ménagé, et qui a les moyens de payer ; pour celui-là, il a un rotin de coton noirci ; mais si la supercherie est découverte, il est bâtonné à son tour.
La peine de la bastonnade est une peine immorale, parce qu’elle n’est autorisée par aucune loi, parce qu’elle ne corrige pas, puisqu’il est constant que c’est presque toujours aux mêmes forçats qu’elle est infligée. Les armées françaises et prussiennes sont les seules de l’Europe dans lesquelles les punitions corporelles ne sont pas admises, et cependant ces armées sont citées à toutes les autres comme des modèles à suivre. Lorsque l’expérience a démontré l’inefficacité d’une mesure, lorsque surtout cette mesure n’est pas en harmonie avec le caractère et les mœurs du peuple chez lequel elle est usitée, on s’étonne que l’on n’y renonce pas.
Un forçat qui a reçu six ou huit fois la bastonnade, meurt ordinairement d’une maladie de poumons ; cependant il se rencontre quelquefois de ces organisations vigoureuses qui résistent à tout, et parmi celles-là, il faut citer un individu nommé Benoit, et surnommé Arrache l’âme, qui fut bâtonné trente-cinq fois dans l’espace de seize années, et qui cependant quitta le bagne frais et vigoureux.
Clémens, 1840 : Flagelleur du bagne.
France, 1907 : Condamné qui remplit les fonctions de bourreau dans les pénitenciers de Cayenne et de la Nouvelle-Calédonie. Le mot est vieux et se trouve dans Rabelais.
Coït
Delvau, 1864 : L’acte vénérien.
Union charnelle des deux sexes. C’est la volupté qui mène à la génération. En langage familier, on dit baiser (voir ce mot.) Quand la femme s’est placée dans le lit conjugal, elle se met sur le dos et écarte les cuisses. Le mari la couvre alors de son corps et, aidé par la main de sa femme, introduit l’instrument de plaisir dans l’asile qui lui est destiné. Elle referme alors légèrement les cuisses, et enlace son mari de ses jambes. Il colle sa bouche sur la sienne, et commence avec les reins ce mouvement de va-et-vient qui produit le plaisir mutuel. La femme n’a plus alors qu’à se laisser aller à la volupté, et à répondre aux baisers qu’elle reçoit. Tantôt, nonchalante et paresseuse, elle laisse agir l’homme, sans faire d’autre mouvement que celui de deux bouches qui s’unissent ; tantôt adoptant le rôle actif, elle fait onduler ses reins, en enfonçant dans le con, à chaque va-et-vient, la vigoureuse queue qu’elle tient entre ses cuisses. Ses lèvres roses pressent avidement celles de son époux. Sa langue s’enlace à la sienne ; ses seins tout rouges de baisers aplatissent leur courbe gracieuse sur sa poitrine, tant ses aras le serrent avec force. Son petit pied le talonne comme pour l’aiguillonner. De temps en temps elle se pâme en poussant de petits cris de plaisir ; ses reins souples interrompent leurs voluptueuses ondulations, et elle demeure quelques instants immobile, savourant les coups précipités du vit furieux, et les jets de la liqueur de feu dont il inonde le temple de l’Amour.
« C’est alors que se produit le coït, la volupté la plus naturelle à l’espace humaine, et qui est pour elle non-seulement un besoin, mais un devoir imposé par la Providence divine… » Ne vous livrez pas au coït, ni à toute autre volupté après avoir mangé : attendez que la digestion soit faite.
(Comtesse de N***, Vade mecum des femmes mariées)
Ces jours à jamais effacés,
J’y pense ;
Où sont-nos coïts insensés,
Passés ?
(Parnasse satyrique)
Découdre
d’Hautel, 1808 : On dit d’un ouvrier très-habile à l’ouvrage, qu’il en découd quand il est en train.
En découdre. Signifie aussi en venir aux mains ; se prendre aux cheveux, se battre vigoureusement.
Décrotter une femme
Delvau, 1864 : La brosser vigoureusement avec son vit, de façon à lui désobstruer le con, si par hasard il était embarrassé et embroussaillé de restants de sperme ou de sang menstruel.
Il me répond : Ne te fâche, Babeau,
Avant partir tu seras décrottée.
(Recueil de poésies françaises)
Dondon
d’Hautel, 1808 : Une grosse dondon. Sobriquet injurieux que l’on donne à une servante d’auberge ; à une grosse réjouie ; à une femme grasse et d’un solide embonpoint.
Delvau, 1864 : Femme facile, qui se laisse prendre le cul par le premier venu, et, au besoin, se laisse baiser par lui.
Toinette, fraîche dondon,
Chantait ainsi son martyre.
(Jules Poincloud)
Delvau, 1866 : s. f. Femme chargée d’embonpoint ; servante de cabaret — dans le même argot [du peuple].
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot dédaigneux des bourgeoises.
France, 1907 : Grosse femme aux forts appas.
C’est la remplaçante, une dondon au grand nez rouge, prétentieuse, endimanchée, et munie d’un vaste panier vide, qu’elle dissimule tout d’abord dans le recoin le plus obscur de l’entrée. Puis elle demande les cabinets, y passe un instant ; entre ensuite à la cuisine, retrousse la jupe de sa vieille robe de soie puce, épingle un torchon sur son large bedon afin de ne pas se salir, et demande à Julie la clef de la cave.
(Paul Alexis, Quelques originaux)
C’estoit une grosse dondon,
Grasse, vigoureuse, bien saine,
Un peu camuse à l’afriquaine,
Mais agréable au dernier point.
(Scarron, Virgile travesti)
Écrire
d’Hautel, 1808 : Ce qui est écrit est écrit. Phrase explétive, pour faire entendre qu’on ne veut pas démordre d’un engagement contracté par écrit.
On dit contradictoirement, et en plaisantant, d’une personne qui n’a le talent ni de bien chanter, ni de bien écrire, mais qui en a cependant la prétention, qu’Il a une belle main pour chanter, et une belle voix pour écrire.
Écrire de bonne encre. Avec fermeté ; en style de menace, vigoureusement.
Enrayer
Rigaud, 1881 : Renoncer aux amours et même à l’amour.
France, 1907 : Renoncer aux plaisirs et à l’amour.
Et, par le fait, malgré sa jeunesse relative et des apparences encore vigoureuses, il vivait solitaire, ennuyé et farouche : lorsque, devant lui, quelqu’un parlait d’amour sérieux ou fou, il haussait les épaules, grognait des sarcasmes, affirmait avoir enrayé, avoir dételé, lâché tout cela, toutes ces sottises.
(Maurice Montégut, Gil Blas)
Faiseur
d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.
Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier
Gâter impunément de l’encre et du papier,
de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :
Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.
C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.
Halbert, 1849 : Commerçant.
Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.
Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.
Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.
(H. Murger, Lettres)
On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.
La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.
Hayard, 1907 : Escroc.
France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :
Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !
Fermer
d’Hautel, 1808 : Fermer la bouche à quelqu’un. Lui interdire la parole par des répliques vigoureuses.
Il est bien temps de fermer l’écurie quand les chevaux s’en sont enfuis. Se dit de ceux qui se mettent sur leurs gardes quand un malheur est arrivé.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Attacher solidement, rendre ferme, — dans l’argot des coulisses, où l’on emploie ce verbe à propos de décors.
France, 1907 : Attacher solidement.
Feu (faire)
Rigaud, 1881 : Terme de la vieille école au mélodrame et de la tragédie, signifiant et exprimant le geste de l’acteur qui marque la fin de chaque phrase d’un coup de talon vigoureusement frappé sur les planches ; l’acteur qui faisait feu à la plus grande satisfaction du public, fut sans contredit le célèbre Tautin. (Petit dict. des coulisses.)
France, 1907 : Souligner des mots à double entente.
Four chaud
Vidocq, 1837 : La question. Une des maximes de l’ancienne magistrature était de ne condamner un accusé à la mort que sur ses propres aveux, qui devaient, dans tous les cas, venir corroborer les déclarations des témoins. Mais pour lui arracher ces aveux, qui devaient tranquilliser leur conscience, les juges ne reculaient devant aucuns moyens, et presque toujours la question ordinaire et extraordinaire était appliquée à l’accusé contre lequel s’élevaient quelques présomptions. Louis XVI signala son avènement au trône par plusieurs actes de haute justice dont l’histoire lui tiendra compte, et notamment par l’abolition de cette mesure cruelle.
Il ne fit en cela que céder aux cris de l’indignation publique qui, depuis déjà long-temps, s’était élevé contre cet usage barbare.
L’expérience, au reste, avait démontré l’inefficacité et l’inutilité de la question ; on avait acquis la certitude que des innocens, vaincus par les tourmens, avaient avoué des crimes qu’ils n’avaient pas commis, et que des coupables, au contraire, grâce à la force de leur constitution, avaient été acquittés après avoir supporté la question ordinaire et extraordinaire. Il ne faut, pour acquérir la preuve de ce que j’avance ici, que feuilleter le recueil des Causes Célèbres.
La question était venue remplacer en France les duels judiciaires, qui eux-mêmes avaient été précédés par les épreuves que l’on nommait jugemens de Dieu. Ceux de mes lecteurs qui ne connaissent pas parfaitement les anciens usages de la France, ne seront peut-être pas fâchés de trouver ici quelques détails sur la manière dont se rendait autrefois la justice.
Les ecclésiastiques qui tenaient des fiefs à titres féodaux, et qui, par conséquent, possédaient sur leurs terres, comme tous les tenanciers du roi, le droit de haute et basse justice, mirent les premiers les épreuves en usage. L’accusé qui n’avait pas cessé de protester de son innocence y était soumis sur sa demande. Il y en avait de plusieurs sortes, mais les plus usitées étaient les épreuves de l’eau et du feu. Dans le premier cas, on liait l’accusé de manière à ne point lui laisser la liberté de faire un seul mouvement, et dans cet état il était jeté dans une vaste cuve pleine d’eau, s’il allait au fond il était déclaré coupable, si, au contraire, il surnageait, personne ne songeait à douter de son innocence. Dans le second, il devait, pour donner la preuve de son innocence, tenir entre ses mains, durant un certain temps, et sans en être brûlé, une barre de fer rougie au feu. On conçoit tout ce que ces épreuves avaient d’incertain, aussi elles ne furent pas long-temps en usage et furent remplacées par les duels judiciaires. Celui qui accusait ou qui était accusé pouvait demander à prouver par le combat la vérité de son accusation ou de sa défense. L’histoire fait mention d’un grand nombre de combats de ce genre, parmi lesquels on cite celui de Jarnac contre La Chataigneraye, qui a donné naissance à un proverbe, et celui du chien d’Aubry de Montdidier contre le chevalier Macaire.
Je me suis un peu éloigné du sujet principal de cet article, auquel je me hâte de revenir. J’ai dit que lorsque la question fut abolie, l’expérience avait prouvé depuis long-temps son inutilité et son inefficacité, et que pour acquérir la preuve de ce que j’avançais, il ne fallait que feuilleter le recueil des Causes Célèbres, on y verrait en effet que la question n’arracha pas un aveu à la plupart des grands criminels qui y furent soumis, et que des accidens imprévus amenèrent seuls leur condamnation. Que l’on me permette de citer à l’appui de ce que j’avance, un fait encore récent, et dont j’ai été témoin oculaire et auriculaire.
En l’an V de la république, il y avait au bagne de Brest, salle Saint-Antoine, un Breton surnommé le Rifodé, qui avait été condamné aux travaux forcés à perpétuité par la cour de justice de Nantes ; cet homme avait fait partie d’une troupe de voleurs et d’assassins de grande route, et si ses aveux étaient venus corroborer les charges qui s’élevaient contre lui, il aurait été rompu vif ; mais il avait supporté avec une constance inaltérable la question ordinaire et extraordinaire, de sorte que les magistrats, quoique bien convaincus de sa culpabilité (que du reste il ne cherchait pas à mettre en doute lorsque je le vis, puisqu’il montrait avec une sorte d’orgueil ses membres mutilés et brûlés, et sa poitrine que l’eau, en tombant d’une grande hauteur, avait creusée) n’avaient pu le condamner au supplice de la roue ainsi que ses complices. Le Rifodé assurait que deux personnes compromises dans son affaire, et qui, moins vigoureuses que lui, avaient avoué tout ce qu’on avait voulu pour échapper aux tourmens, avaient subi, quoique très-innocentes du crime dont elles étaient accusées, cet horrible supplice.
Après la promulgation du Code de 1791, et vingt-quatre années de séjour au bagne, le Rifodé recouvra sa liberté, et quitta Brest très-bien portant.
Gaillard d’arrière
France, 1907 : Derrière.
Un sultan, s’ennuyant, dit un matin à sou bouffon :
— Il faut, sous peine de décapitation, qu’avant la fin du jour tu me fasses la plus grande injure qu’on puisse faire à un sultan, et qu’aussitôt tu trouves, pour ton excuse, une injure plus grande encore.
Le fol, qui tenait à sa tête, comme sa tête tenait à lui, ne la perdit pas.
Il laisse tomber vigoureusement sa main sur le gaillard d’arrière du tyran turc.
Puis :
— Mille pardons, maître, je croyais taper sur celui de la sultane.
(Le Grelot)
Il me porte Bicêtre
France, 1907 : Il me porte malheur. Bicêtre, d’abord hôpital pour les maladies honteuses, où nos bons vieux pères n’admettaient les malades qu’après les avoir vigoureusement frappés de verges, devint ensuite prison, puis hospice de fous. D’où s’explique ce dicton qui n’est plus guère usité.
Jérômisme
France, 1907 : Parti du prince Jérôme Bonaparte, la faction la plus libérale du bonapartisme.
Cette opposition au roi Jérôme et à son fils se reproduisit vigoureusement après le coup d’État dans le Sénat nouveau, lorsqu’on y discuta les sénatus-consultes des 7 novembre et 25 décembre 1852, rétablissant le gouvernement impérial. Le Sénat refusait obstinément l’hérédité, non point pour entraver les désirs du chef de la dynastie napoléonienne et contaminer le pouvoir naissant, mais uniquement pour pouvoir ruiner le jérômisme.
(Jules Richard, Comment on a restauré l’Empire)
Pâmer (se)
Delvau, 1864 : S’évanouir agréablement en jouissant, soit lorsqu’on se branle, soit lorsqu’on est femme et qu’on sent besogner vigoureusement le mâle.
La nature entière se pâme
Sous le vit du plus beau des dieux.
(Anonyme)
Paniers, vendanges sont faites (adieu) !
France, 1907 : La saison de faire une chose est passée. Trop tard, petit bonhomme ne vit plus. Brantôme donne une explication de ce dicton. Le grand prieur de Lorraine, François de Guise, envoya en course, du côté du Levant, deux de ses galères sous le commandement du capitaine de Beaulieu, brave et vaillant homme. Vers l’Archipel, il rencontra un grand navire vénitien et se mit à le canonner. Mais celui-ci lui répliqua si vigoureusement qu’il lui emporta à la première volée deux de ses bancs avec leurs forçats et son lieutenant du nom de Panier, bon compagnon, dit Brantôme, qui n’eut que le temps de dire ce seul mot : « Adieu, Panier, vendanges sont faites ! » Il y a tout lieu de supposer que ce dicton existait déjà dans la langue avant ledit Panier et que cet officier des chiourmes n’a fait qu’un jeu de mot sur son nom. C’est, du reste, un débris de chanson, dont Édouard Fournier donne l’histoire dans son livre des Chansons populaires.
Passer à la couverte
France, 1907 : Brimade militaire qui consiste à faire sauter un homme dans une couverture, à le berner.
À peine le Suisse venait-il de fermer l’œil que ses camarades de chambrée l’empoignèrent, lui jetèrent dans une couverture en compagnie d’une paire de bottes éperonnées, de deux pistolets et de deux étrilles, et bientôt, au commandement trois, le malheureux fut lancé dans l’espace à l’aide d’une savante et méthodique secousse imprimée à la couverture par huit vigoureuses poignes. C’est ce que s’appelle sauter en couverte. Le brigadier faisait mine de ronfler.
(Les Joyeusetés du régiment)
Pâtée
d’Hautel, 1808 : Au propre, nom que l’on donne aux alimens que l’on prépare à certains animaux ; et par une extension basse et triviale, à la nourriture de l’homme.
Aller manger la pâtée. Pour aller prendre de la nourriture, ses repas accoutumés.
C’est une véritable pâtée. Se dit par mépris, des mets, des alimens qu’on a laissés trop cuire, et qui sont en bouillie.
Larchey, 1865 : Correction.
Il avait voulu manger un grand gaillard. Aussi a-t-il reçu une pâtée.
(Delagny, les Souteneurs, 1861)
Delvau, 1866 : s. f. Correction vigoureuse et même brutale. Recevoir une pâtée. Être battu.
Delvau, 1866 : s. f. Nourriture, — dans l’argot des faubouriens. Prendre sa pâtée. Déjeuner ou dîner.
France, 1907 : Volés, raclée ; argot populaire.
Pendule (coup de la)
France, 1907 : Mettre un homme la tête en bas et le secouer vigoureusement pour faire tomber l’argent et les objets qu’il peut avoir dans les poches. Pour de vigoureux coquins, ce moyen est plus expéditif que celui de fouiller.
Pétard
Vidocq, 1837 : s. m. — Haricot.
Clémens, 1840 : Éveil, se faire de la bile.
un détenu, 1846 : Un sou.
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, esclandre.
N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !
dit une chanson populaire.
Delvau, 1866 : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.
Fustier, 1889 : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.
Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.
(Gazette des Tribunaux, 1882. )
Fustier, 1889 : Sou.
À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Gaulois, 1882)
La Rue, 1894 : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.
Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Crois-tu qu’elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Le derrière.
Rossignol, 1901 : Sou.
Rossignol, 1901 : Tapage, bruit.
Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.
France, 1907 : Bruit, tapage.
Comment, v’là d’jà ménuit qui sonne !
Ej’ croyais pas qu’l’était si tard,
C’est vrai qu’on rencont’ pus personne
Et qu’on n’entend pus grand pétard.
Vrai, si j’étais propriétaire,
J’irais ben m’coucher un moment…
Mais je n’suis mêm’ pas locataire…
(Aristide Bruant)
Faire du pétard, faire du bruit, récriminer, protester vigoureusement, causer du désordre.
Autrefois, elle était fantasque,
Capricieuse, et f’sait du pétard,
Ne r’gardant pas à faire un’ frasque,
Encor moins à faire un cornard.
Mais maintenant on peut sur elle
Se reposer de tout souci,
Comme un pigeon dessous une aile…
(Henri Bachmann, La Femme mûre)
Faire un pétard est, en terme littéraire et artistique, produire une œuvre sensationnelle, qui heurte les idées courantes, choque les préjugés bourgeois, et l’on ne se doute pas du nombre de bourgeois que contient le monde artistique et littéraire. En littérature, Nana, d’Émile Zola, fut un pétard ; en peinture, la Salomée de Henri Regnault en fut un également.
Si je fais du théâtre, ce sera pour être joué, et, tout en le faisant comme je comprends qu’il doit être, — l’image de la vie. Je ne casserai aucune vitre, ne lancerai aucun pétard.
(Émile Zola)
France, 1907 : Le derrière, maître Luc, ce que l’intellectuel Armand Silvestre admire le plus chez la femme.
Le timbré s’est fait une théorie bien à lui sur les différents types de femmes. Il prétend qu’il faut être, et il est, lui, gourmand avec les brunes, gourmet avec les blondes, glouton avec les rousses, et goinfre avec les châtaines bien capitonnées, aux tétons fermes et abondants, aux croupes plantureuses et charnues, car l’adjudant apprécie la quantité au même titre que la qualité.
— J’aurais dû rentrer dans l’artillerie ou le génie, dit-il quelquefois, car j’adore les pétards, moi !
(Le Régiment)
Je les ai vus égayant
La foules ivre d’allégresse :
Chacun d’eux, certe, est bruyant
Étincelant, flamboyant,
Mais, je le confesse,
Rentré chez moi sur le tard,
Je me suis dit à moi-même :
« Ces pétards, nom d’un pétard !
Ne valent pas le pétard
De celle que j’aime ! »
(Gil Blas)
France, 1907 : Pièce d’un sou ; corruption du vieux français patard.
— J’aimerais mieux encore turbiner d’achar du matois à la sorgue pour affurer cinquante pétards par luisant que de goupiner.
(Mémoires de Vidocq)
À droite un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin :
C’est là qu’on verse
Les rhums, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Chanson du Père Lunette)
France, 1907 : Soufflet. Ça claque.
Pince
d’Hautel, 1808 : Il est sujet à la pince. Se dit d’un homme dont la bonne foi est souvent en défaut.
Il craint la pince. Pour il redoute les poursuites de la justice.
Il a de bonnes pinces. Se dit de quelqu’un qui a le poignet fort ; qui sert vigoureusement ce qu’il tient.
Rigaud, 1881 : Main, — dans le jargon du peuple.
Ne vous essuyez pas la pince à votre mouchoir ou à votre paletot.
(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres)
France, 1907 : Dent incisive. « Il a perdu ses grosses dents, il est obligé de manger de la pince. » Patois du Centre.
France, 1907 : Main ; argot populaire.
Si pour ces bêtis’s vous m’cédez,
Mon cher, topez là, vous m’avez, —
Si j’vous dégoûte… adieu, mon prince !
Mais brûlez c’papier : si papa
L’trouvait, j’vois sa tête, oh là là !
— J’vous serre la pince !
(L. Xanroff)
Poigne (à)
France, 1907 : On dit de quelqu’un qu’il est à poigne, lorsqu’il est énergique, qu’il n’hésite pas a prendre des mesures vigoureuses, à faire empoigner les turbulents. « Un préfet à poigne. »
Poireau (être de la nature du)
France, 1907 : Être vert-galant comme Henri IV ; conserver dans un âge avancé, en ce qui concerne les joutes amoureuses, la vigueur de la jeunesse.
— Tu me reproches mon poil grisonnant et ne considères point comment il est de la nature des pourreaux esquels nous voyons la teste blanche et la queue verte, droicte et vigoureuse.
(Rabelais)
Ragoût
Delvau, 1866 : s. m. Assaisonnement d’un plaisir quelconque. S’emploie souvent en mauvaise part :
J’aurois un beau teston pour juger d’une urine,
Et, me prenant au nez, loucher dans un bassin
Des ragousts qu’un malade offre à son médecin,
dit Mathurin Régnier en sa satire la Poésie toujours pauvre.
Delvau, 1866 : s. m. Relief, accentuation de couleur, hardiesse de brosse, — dans l’argot des artistes.
Delvau, 1866 : s. m. Soupçon, — dans l’argot des voleurs. Faire des ragoûts. Éveiller des soupçons.
Rigaud, 1881 : Peinture vigoureuse, peinture en pleine pâte, dans le jargon des peintres.
Virmaître, 1894 : Soupçon.
— J’ai du ragoût sur sézières, il s’est mis à table sur mon orgue.
— Fais attention de ne pas faire de ragoût, le quart nous a au chasse (Argot des voleurs).
France, 1907 : Crainte, inquiétude ; argot populaire.
Redouiller
d’Hautel, 1808 : Se redouiller. Riposter à des propos injurieux ou répondre vigoureusement à des voies de fait ; en venir aux mains.
Rigaud, 1881 : Rembarrer, frapper, maltraiter.
Y veut se r’lever, mais j’ le r’douille à coups de passif dans les merlins.
(Le Parfait catéchisme poissard)
France, 1907 : Riposter, pousser, maltraiter ; argot populaire
Rouler
d’Hautel, 1808 : Si l’argent est rond, c’est pour mieux rouler. Manière d’excuser de folles dépenses, des prodigalités.
Rouler dur. Pour dire travailler fort, avec ardeur, avec zèle.
Rouler quelqu’un. Lui donner une roulance, se moquer de lui ; terme typographique.
Si cela continue il roulera bientôt voiture. Se dit d’une personne dont la fortune augmente chaque jour ; et souvent dans un sens tout à fait opposé.
Rouler carosse. Pour dire être fort riche, avoir un équipage, des chevaux à ses ordres.
Rouler sur l’or, sur l’argent. Pour dire être très-fortuné, avoir des coffres inépuisables.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Aller d’un lieu à un autre, se promener.
Larchey, 1865 : Battre, vaincre. — Mot à mot : rouler à terre.
Enfin je suis seul contre le gouvernement avec son tas de tribunaux et je les roule.
(Balzac)
Roulée : Vigoureuse correction.
Larchey, 1865 : Voyager. — Roulier est classique.
Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un. Signifie aussi : Tromper, agir malignement.
Delvau, 1866 : v. a. Se moquer, lutter d’esprit et d’impertinences, — dans l’argot des gens de lettres. Se faire rouler. Avoir le dessous dans une affaire, dans une discussion.
Delvau, 1866 : v. n. Aller bien comme santé ou comme commerce. Ne s’emploie guère qu’à la troisième personne de l’indicatif présent : cela roule. C’est l’équivalent de : Cela boulotte.
Delvau, 1866 : v. n. Vagabonder, voyager, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Rouler sa bosse.
Rigaud, 1881 : Vagabonder. — Tromper grossièrement.
On ne le roule plus aujourd’hui ; il n’est plus votre dupe, vous êtes sa victime.
(J. Vallès, Le Dimanche d’un jeune homme pauvre)
Boutmy, 1883 : v. intr. Aller d’imprimerie en imprimerie.
La Rue, 1894 : Battre. Vagabonder. Se bien porter. Tromper, voler.
Rossignol, 1901 : Son adversaire à un jeu quelconque est le gagner.
Rossignol, 1901 : Tromper, induire en erreur.
Je l’ai trompé, je l’ai roulé.
France, 1907 : Tromper, duper.
Au 18 mars 1871, les bons bougres qui s’opposérent à la prise des canons et les soldats qui levèrent la crosse en l’air n’étaient pas, eux non plus, des gas farcis de socialisme. C’était des gas d’attaque, agissant sans trop savoir pourquoi ; parce que le gouvernement de Versailles les dégoûtait, parce qu’ils étaient furieux d’avoir enduré le siège et de s’être vus roulés par les généraux.
À ce moment-là, c’était des inconscients qui se révoltaient d’instinct.
(Le Père Peinard)
Voler. Se faire rouler, se faire voler.
Vous verrez à cette heure des parties fort animées dont les victimes ordinaires sont d’honnêtes commerçants, des pères de famille, des gens très raides et très circonspects dans les affaires ordinaires et qui, une fois assis à la table verte, perdent toutes leurs qualités de finesse, de prudence, de défiance même et se laissent rouler comme des enfants.
(Edmond Lepelletier)
Quand un naïf dans leurs mains tombe,
Il est plumé dans les grands prix,
Il faut qu’il casque, qu’il succombe,
Pour la bell’ dont il est épris ;
Par un habile maquillage,
Aux bons s’rins ell’s font avaler
Qu’ell’s possèd’nt encor leur… corsage…
Croyant l’avoir, ils s’font rouler.
(G. Chavanne)
Saxe (le mulet du maréchal de)
France, 1907 :
Quand le général Changarnier, à cheval, à la tête de sa brigade, vit l’ennemi s’engouffrer dans les ravins, jugeant le moment venu d’attaquer, il se jeta sur lui vigoureusement, lui fit subir des pertes cruelles et le mit en fuite dans le plus grand désordre, mais sans attendre le signal des trois coups de canon. Le général Bugeaud aimait à faire sur le terrain même une sorte de conférence aux généraux et aux chefs de corps pour leur faire comprendre sa pensée, lorsqu’il s’agissait d’entreprendre une opération délicate, ou pour juger une manœuvre quand elle était exécutée. Nous croyons bonnement avoir emprunté aux Allemands la critique après les manœuvres, tandis qu’elle est au contraire, chez eux, une importation toute française. Le soir de cette affaire, il réunit ses officiers au bivouac pour faire devant eux l’examen de la journée. « Nous avons, dit-il, infligé à ces Kabyles un traitement dont ils se souviendront ; mais notre succès eût été plus complet si la brigade, postée en embuscade, avait attendu le signal que je devais donner. De la place que j’occupais, j’embrassais tout le théâtre de l’action, et j’étais mieux à même que personne de juger quand il convenait d’attaquer.
— Mais, mon général, s’écria aussitôt le général Changarnier, c’est moi qui commandais cette brigade. C’est par mon ordre qu’elle a attaqué avec une fougue et une impétuosité dont vous avez pu juger les résultats.
— Eh bien, si c’est vous qui avez commis la faute, c’est à vous que s’adresse mon observation.
— Il y a six ans, mon général, que je fais la guerre en Afrique sans interruption. Je crois y avoir acquis quelque expérience, et jamais on ne m’a adressé un pareil reproche. »
Le général Bugeaud, émoustillé par le ton que prenait la conversation, lança alors cette réplique célèbre dont il ne calculait pas la portée : « Qu’est-ce que cela fait ? Le mulet du maréchal de Saxe avait fait la guerre vingt ans, et il était toujours un mulet. »
Il est facile de s’imaginer l’effet que produisirent ces paroles sur les assistants et surtout sur un interlocuteur dont l’excès de modestie n’était pas le défaut saillant, qui avait au contraire conscience de son incomparable valeur et dont l’amour-propre était encore excité par les éloges qu’on lui avait justement prodigués.
(Général du Barail, Mes Souvenirs)
Talons courts (avoir les)
Delvau, 1866 : Se dit de toute femme ou fille qui ne sait pas défendre assez vigoureusement son honneur, et qui succombe trop aisément.
Rigaud, 1881 : Se dit d’une femme que le moindre souffle de l’amour renverse dans la position horizontale.
Virmaître, 1894 : Fille ou femme qui succombe sans résistance. L’image n’est pas exacte ; ce fait ne se produit généralement que lorsqu’une femme porte des talons hauts ; elle perd alors l’équilibre facilement (Argot du peuple).
France, 1907 : Ne pas savoir résister aux tentations ni aux attaques amoureuses. Cette expression métaphorique ne s’explique guère, car plus le talon est court, plus le pied a d’aplomb, et moins l’on est exposé à faire une chute.
Tante
Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.
Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.
* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.
Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.
Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Christophe)
Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »
(1837, Vidocq)
Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.
(Balzac)
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Moreau Christophe)
Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.
Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.
Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.
Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.
Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.
(J. Dementhe)
La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.
Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Voir chatte.
Hayard, 1907 : Pédéraste.
France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.
Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.
Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »
Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.
(Émile Bergerat)
Taper à tour de bras
Virmaître, 1894 : Cogner vigoureusement.
— J’ai beau taper ma femme à tour de bras, quand elle me fait un impair, elle me gobe tout de même (Argot du peuple).
Terre
d’Hautel, 1808 : Il a peur que la terre ne lui manque. Se dit par ironie d’un homme qui se lamente les mains pleines, qui tremble à chaque instant que l’argent ne vienne à lui manquer.
Cette parole n’est pas tombée à terre. Pour dire qu’on l’a relevée, qu’on y a risposté vigoureusement.
Aller terre à terre. Se comporter avec prudence, ne pas sortir des bornes de sa condition.
Trempe
d’Hautel, 1808 : Il est d’une bonne trempe. Se dit par ironie d’une personne qui fait des propositions ridicules et que l’on ne veut point accepter.
Trempe. Terme de mépris, pour, espèce, sorte, rang. Je ne vois pas les gens de cette trempe.
Delvau, 1866 : s. f. Vigoureuse et brutale correction. On dit aussi Trempée.
Vinaigrette
Fustier, 1889 : Argot des voyous et des malfaiteurs. La vinaigrette est cette voiture, peinte en vert foncé, que nous avons vu circuler par les rues et qui va prendre dans les différents postes de police, pour les conduire au Dépôt près la Préfecture, les personnes qui, après avoir été arrêtées, sont retenues par le commissaire de police ou le chef de poste.
La Rue, 1894 : Le fourgon cellulaire. Correction vigoureuse.
France, 1907 : Correction.
France, 1907 : Voiture cellulaire, Vois Panier à salade.
Zéphyr
Hayard, 1907 : Soldat des bataillons d’Afrique.
France, 1907 : Soldat des bataillons d’infanterie légère d’Afrique. C’est en 1831 que furent organisés ces bataillons avec des hommes de tous les régiments, infanterie et cavalerie, ayant subi une condamnation n’entraînant pas la dégradation militaire. Ces bataillons, qui étaient au nombre de trois avant la réorganisation de l’armée, avaient chacun leur surnom. Le premier s’appelait chacal ; le second, zéphyr ; le troisième, chardonneret. De ces trois surnoms zéphyr seul est resté ; chacal est devenu celui des zouaves ; quant à chardonneret, il a depuis longtemps disparu.
La plupart de ces soldats réfractaires ont d’excellents instincts, de vigoureuses qualités. Ils sont braves, spirituels, inventifs, plein de mépris pour le danger et toujours prêts aux entreprises extravagantes. Quelques-uns sont rétifs au joug, incorrigibles ; mais ceux-là même ont le mérite de la bravoure quand les balles sifflent et que le drapeau est menacé. Il y a parmi ces hommes des cœurs chauds, des bras dévoués, des intelligences élevées, et, pourquoi ne pas le dire, de véritables héros : Mazagran l’a prouvé.
(Dick de Lonlay, Au Tonkin)
V’là l’zéphyr qui passe,
L’joyeux, joyeux, joyeux !
Les laskars d’leur classe
Qu’ont pas froid aux yeux !
(Chant des Bataillons d’Afrique)
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