d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier les ânes se battent. Locution proverbiale qui signifie que la mésintelligence et la discorde se mettent bientôt dans un ménage où l’indigence se fait sentir.
Un roussin d’Arcadie. Pour dire un baudet ; un âne.
Faire l’âne pour avoir du son. Feindre d’ignorer une chose dont on est parfaitement instruit, à dessein de se moquer ensuite de celui à qui on veut la faire raconter.
Méchant comme un âne rouge. Proverbe qui se dit d’un enfant espiègle et mutin, capable de toutes sortes de malices.
Il y a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin. Se dit à celui qui, par la ressemblance des noms de deux personnes, a commis quelqu’équivoque.
Brider l’âne par la queue. Faire une chose à rebours ; la commencer par où elle doit finir.
Faute d’un point, Martin perdit son âne. Signifie qu’il s’en est fallu de bien peu de chose, que l’on ne gagnât la partie au jeu.
Chercher son âne quand on est dessus. Chercher une chose que l’on tient sans y prendre garde, comme il arrive quelquefois que l’on cherche son chapeau lorsqu’on le tient à la main ou qu’on l’a sur la tête.
Tenir son âne par la queue. Prendre ses mesures, se précautionner pour ne pas perdre ce que l’on ne possède que d’une manière incertaine.
Un âne bâté. Mot injurieux qui signifie sot, stupide, ignorant.
Sangler quelqu’un comme un âne. Au propre, le serrer dans ses habits à l’étouffer ; au figuré, le traiter avec la dernière rigueur.
C’est le pont ou la poste aux ânes. Pour dire qu’une chose est très-facile à faire lorsqu’on y est habitué ; que ce n’est qu’une routine.
Des contes de peau d’âne. Des discours dénués de vraisemblance : vieilles histoires dont on berce les enfans.
Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Dicton usité en parlant d’un homme excessivement ignorant ; ou de celui qui écrit tellement mal, qu’il ne peut lui-même se déchiffrer.
Elle ne vaut pas le pet d’un âne mort. Se dit d’une personne que l’on méprise extrêmement, et d’une chose à laquelle on n’accorde aucune espèce de valeur.
Monter sur l’âne. Pour dire, faillir, faire banqueroute, mettre la clef sous la porte.
Avoir des oreilles d’âne. Au propre, avoir de grandes oreilles ; et métaphoriquement, être d’une lourde ignorance.
L’âne du commun est toujours le plus mal bâté. Signifie qu’on s’inquiète peu de tout bien qui n’est pas particulier.
Boire en âne. Locution bachique qui équivaut à faire du vieux vin ; ne pas vider son verre tout d’un trait.
Têtu comme un âne, comme un mulet. Extrêmement opiniâtre.
On ne sauroit faire boire un âne, s’il n’a soif. Façon de parler incivile, pour dire qu’il n’est pas aisé de contraindre un obstiné à faire quelque chose contre sa volonté.
Âne
Balancer la tinette
Delvau, 1866 : Vider le baquet-latrine, — dans l’argot des troupiers.
Rigaud, 1881 : Vider le baquet aux excréments, — dans le jargon des troupiers. — Quitter un endroit, vider les lieux, jeu de mots facile à saisir.
Balanceur de tinettes
Virmaître, 1894 : Auxiliaires des prisons qui vident les tinettes. Quand elles sont pleines de mouscaille, elles sont lourdes ; ils impriment un balancement pour les vider : Une, deux et trois. C’est fait. Les troupiers disent : Passer la jambe à Jules. Quand la tinette déborde un loustic s’écrie :
— Prenez-la par les oreilles.
Dans le peuple on dit : Passer la jambe à Thomas (Argot du peuple).
Bayafe
Vidocq, 1837 : s. m. — Pistolet. Terme des voleurs de grande route du midi de la France.
Larchey, 1865 : Pistolet.
On peut remoucher les bayafes. Alors le taffetas les fera dévider et tortiller la planque où est le carle.
(Vidocq)
France, 1907 : Pistolet ; vieux mot languedocien.
Bazarder
Delvau, 1866 : v. a. Vendre, trafiquer. Bazarder son mobilier. S’en défaire, l’échanger contre un autre.
Rigaud, 1881 : Se défaire d’un objet. — Bazarder son mobilier, vendre son mobilier. — Dans l’argot du régiment, bazarder c’est vendre ses effets de linge et de chaussures.
Au bataillon d’Afrique, la fréquence de ce délit en fait une vertu de corps. Tout conscrit doit, au moins, vider une fois son havre-sac.
(A. Camus, Les Bohèmes du drapeau)
France, 1907 : Vendre.
Elle vendit, bazarda d’urgence, sans pitié, fermes et domaines, y compris le rustique castel où elle était née, le pigeonnier de ses ancêtres, comme elle l’appelait en ricanant.
(Albert Cim, Institution de Demoiselles)
Bouteille (coup de)
Rigaud, 1881 : Ivresse. Mot à mot : coup que le contenu de la bouteille produit sur la tête.
Il avait un coup de bouteille comme à l’ordinaire.
(É. Zola)
Écraser une bouteille, vider une bouteille.
Brûlot
d’Hautel, 1808 : Faire avaler un brûlot à quelqu’un. Mauvaise plaisanterie qui consiste à farcir un morceau de viande de toutes sortes d’épiceries, et le servir à quelqu’un qui mange avec avidité, dans le dessein de lui embraser la bouche et le gosier.
Larchey, 1865 : Mélange de sucre et d’eau-de-vie brûlée.
Ils cassent les tasses où ils allument leur brûlot quotidien.
(De la Barre)
Delvau, 1866 : s. m. Petit punch à l’eau-de-vie.
Rigaud, 1881 : Terme de joueur. — Baccarat à toute vapeur ; on donne une seule carte et le tapis compte pour dix. Il y a des gens qui ne savent qu’imaginer pour perdre plus vite leur argent.
France, 1907 : Mélange de sucre et d’eau-de-vie que l’on fait brûler dans une soucoupe.
Le soir de son départ, les gradés se réunirent et vidèrent les saladiers de vin chaud ; les hommes dans les chambrées se cotisèrent pour allumer un brûlot.
(Lucien Descaves, Sous-Offs)
Canonner
Delvau, 1866 : v. n. Crepitare, — dans l’argot facétieux des faubouriens, amis du bruit, d’où qu’il sorte.
Delvau, 1866 : v. n. Fréquenter les cabarets.
Rigaud, 1881 : Boire des canons de vin.
À l’heure où Paris canonne, alors que la France ouvrière s’imbibe en lisant la feuille de la rue du Croissant.
(Vaudin, Gazetiers et Gazettes)
Rigaud, 1881 : Tirer le canon. Sacrifier à crepitus ventris. Canonnade, série d’offrandes à crépitas ventris.
Virmaître, 1894 : Boire des canons sur le zinc du mastroquet (Argot du peuple).
France, 1907 : Boire avec excès, fréquenter les cabarets, vider des canons sur le comptoir.
Casser le cou à une négresse
Delvau, 1866 : v. a. Vider une bouteille.
Casser le goulot à une bouteille
Rigaud, 1881 : Vider une bouteille en un clin d’œil. — Lorsqu’ils sont pressés… de boire, et faute de tire-bouchon, les ivrognes cassent le goulot de la bouteille, c’est ce qu’ils appellent : « Guillotiner la négresse. »
Cassolette
d’Hautel, 1808 : On donne figurément, et par plaisanterie, ce nom aux boîtes des gadouards, lorsqu’ils viennent de vider quelques fosses.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche, — dans l’argot des faubouriens. Plomber de la cassolette. Fetidum halitum emittere.
Delvau, 1866 : s. f. La matula de Plaute, et le « Pot qu’en chambre on demande » de Lancelot, — dans l’argot du peuple, qui va chercher ses phrases dans un autre Jardin que celui des Racines grecques. Se dit aussi du Tombereau des boueux, quand il est plein d’immondices et qu’il s’en va vers les champs voisins de Paris fumer les violettes et les fraises.
France, 1907 : Bouche. Plomber de la cassolette, avoir mauvaise haleine. Se dit aussi pour pot le chambre et tombereau d’ordures.
Côté
d’Hautel, 1808 : Va à côté, il y a de la place. Réponse incivile que l’on fait à quelqu’un en lui refusant ce qu’il demande.
Mettre quelque chose du côté de l’épée. C’est mettre en lieu de sûreté une somme d’argent ou un effet quelconque, soit qu’on l’ait dérobé, soit qu’on l’ait acquis légitimement, à dessein de s’en servir au besoin.
Mettre une bouteille sur le côté. Pour dire, la vider.
C’est le partage de Montgomery, tout d’un côté, rien de l’autre. Se dit d’une distribution inégale.
On dit d’un homme malade, ou blessé ; d’un négociant dont les affaires sont en mauvais état ; d’un courtisan disgracié, qu’il est sur le côté.
Il est du côté gauche. Pour dire, c’est un enfant naturel, illégitime ; un bâtard.
Culotter
Delvau, 1866 : v. n. Noircir, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe spécialement à propos des pipes fumées.
Rigaud, 1881 : Noircir le fourneau d’une pipe selon les règles de l’art du fumeur.
… Sans vider le brûlot Chargez, chargez toujours sur le même culot. Fumez-le lentement, sans brutale secousse, Vous le verrez bientôt prendre une teinte rousse, Assombrir par degrés son cordon régulier, Jusqu’à ce que, formant un superbe collier, Il étale à la fois sa couleur blanche et noire, La culotte d’ébène et le turban d’ivoire.
(Paris-Fumeur.)
Démêler
d’Hautel, 1808 : Démêler une fusée avec quelqu’un. Avoir une explication, débrouiller une affaire par intrigue ; vider une querelle, un différent.
Demoiselle
d’Hautel, 1808 : C’est une demoiselle dont auquel. Phrase équivoque et de convention, qui se prend toujours en mauvaise part, et qui signifie une demoiselle allurée, de vertu, de mœurs suspectes ; ou celle dont l’humeur est revèche et acariâtre.
Delvau, 1864 : Fille, dirait le portier de Prud’homme — qui est encore garçon, — parce qu’elle n’est pas mariée. — Se dit aussi pour pucelle.
Par hasard la trouvant d’moiselle,
À son pèr’ je d’mandai la belle.
(É. Debraux)
Rigaud, 1881 : Bouteille. Foutre un soufflet à la demoiselle, qu’on lui en voit le derrière, vider une bouteille d’un coup en buvant à la régalade.
La Rue, 1894 : Bouteille de vin. La petite fille est la demi-bouteille.
Rossignol, 1901 : Demi-bouteille de vin rouge.
France, 1907 : Bouteille de vin. La petite fille est la demi-bouteille.
France, 1907 : Jeune personne dite comme il faut ; nom que les concierges donnent à leur fille.
Vous pensez bien qu’une adorable petite papetière comme celle-là, qui avait atteint ses vingt ans aux dernières giroflées, n’aurait pas eu de peine à trouver un amoureux ; et, bien entendu, pour le bon motif. Mais voilà. Elle était trop fine, trop demoiselle, pour se contenter du monde, assez vulgaire, du faubourg.
(François Coppée)
Dessaquer
d’Hautel, 1808 : Vider ses sacs.
Il a dessaqué ses écus. Se dit par raillerie d’un avare qui est contraint à faire une grosse dépense.
Détacher le bouchon
anon., 1827 / Halbert, 1849 : Couper la bourse.
Delvau, 1866 : v. a. Couper la bourse ou la chaîne de montre, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Aller à la selle. — Les anciens tireurs employaient cette expression dans le sens de voler la bourse.
Virmaître, 1894 : Vider ses intestins. Allusion à la bouteille qui se vide le bouchon retiré (Argot du peuple). V. Débourrer sa pipe.
France, 1907 : Ouvrir le derrière, c’est-à-dire mettre culotte bas.
Dévidage à l’estorgue
Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation.
Larchey, 1865 : Acte d’accusation.
Rigaud, 1881 : Mensonge. — Acte d’accusation.
Virmaître, 1894 : Acte d’accusation lu en cours d’assises par le greffier. Dévider : parler : à l’estorgue, faussement (Argot des voleurs). Dévider : promenade en dévidoir que font les prisonniers sur le préau (Argot des voleurs). V. Queue de cervelas.
France, 1907 : Accusation, mensonge.
Dévider
Larchey, 1865 : Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à l’estorgue : Mentir. — Dévideur : Bavard (Vidocq).
Delvau, 1866 : v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder. Dévider à l’estorgue. Mentir. Dévider le jar. Parler argot. On dit aussi Entraver le jar.
Rigaud, 1881 : Parler. C’est dévider le fil d’un discours dans le langage métaphorique et précieux. — Dévider le jars, parler argot.
La Rue, 1894 : Parler. Dévidage à l’estorgue, mensonge, acte d’accusation. Dévidage d’amiches, dénonciation d’amis.
Rossignol, 1901 : Parler.
France, 1907 : Parler, mentir. Dévider le jars, parler argot.
Les mots rigolbocheurs, épars
De tout côtés dans le langage,
Attrape-les pour ton usage,
Et crûment dévide le jars.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Dévider son chapelet, commérer, bavarder sans relâche en disant du mal du prochain. Dévider une retentissante, casser une sonnette. Dévider son peloton, parler sans prendre haleine, faire une confession.
Dévider le jars
Halbert, 1849 / Hayard, 1907 : Parler argot.
Dévider son chapelet
Virmaître, 1894 : Les portières se chargent de cette opération en cancanant sur les locataires (Argot du peuple).
Dévider, dévider à l’estorgue
Vidocq, 1837 : v. a. — Parler long-temps, mentir.
Épuiser ses munitions
Delvau, 1864 : Baiser avec excès, dépenser tout son sperme au profit d’une seule femme, et n’en plus avoir pour les autres.
Pourquoi commettre cette imprudence de contenter ma femme, quand Urinette m’attendait ?… Cela s’appelle épuiser ses munitions.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1864 : Lui vider ses réservoirs à sperme par des branlages répétés, ou par des suçages réitérés, ou par des coups trop fréquemment tirés avec lui.
Elle épuise elle tue, et n’en est que plus belle.
(Alfred de Musset)
Mais on sait
Qu’en secret
Elle épuisait un nerveux récollet.
(Collé)
Estorgue
Vidocq, 1837 : s. f. — Fausseté, méchanceté.
Clémens, 1840 : Mal fait.
Larchey, 1865 : Fausseté. — Chasses à l’estorgue : Yeux louches (Vidocq). — Du vieux mot estor : duel, conflit. V. Roquefort. — Deux yeux louches ont l’air en effet de se contrarier ; et, comme on dit dans le peuple, ils se battent en duel. — Un centre à l’estorgue (faux nom) amène de même un malentendu (estor). V. Dévider.
Delvau, 1866 : s. f. Fausseté, méchanceté, — dans l’argot des voleurs. Centre à l’estorgue. Faux nom. Chasse à l’estorgue. Œil louche, — storto.
Rigaud, 1881 : Fausseté, malice, méchanceté, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Fausseté, mensonge, malice, méchanceté. Mal fait.
France, 1907 : Mensonge, méchanceté, malice. Chasse à l’estorgue, œil louche. Centre à l’estorgue, faux nom.
Extravagant
Fustier, 1889 : Verre de bière d’une capacité plus qu’ordinaire.
France, 1907 : Grand verre de bière ; ce que les Allemands appellent vidercome, le hanap enfin. Quand on en a bu une demi-douzaine, on est capable, en effet, de toutes les extravagances.
Faire la retourne des baguenaudes
France, 1907 : Vider les poches
Faire la tire
France, 1907 : Vider les poches, généralement au moyen d’une paire de ciseaux ou d’un canif.
Faire tout
Delvau, 1864 : Ce qu’une fille qui raccroche un homme dans la rue lui promet de faire quand ils seront seuls dans une chambre du bordel ; cela consiste à se mettre nue, à le branler, à le sucer, etc., etc.
J’te collerai cent sous… Mais tu m’f’ras tout !
(Lemercier de Neuville)
France, 1907 : Vider son ventre.
Est allé à la rencontre
De Marlborough, ce dit-on,
Quand il fut en sa présence,
Il entendit le canon.
Il eust si grand peur aux fesses
Qu’il fit tout sur ses talons.
(Chanson contre le maréchal de Villeroi)
Faner
France, 1907 : Vider. Mon verre est fané, mon verre est vide.
Fioler
d’Hautel, 1808 : Pour boire avec excès, s’enivrer ; synonyme de Pinter, siroter, etc.
Delvau, 1866 : v. a. Boire, vider une ou plusieurs fioles de vin. Fioler le rogome. Boire de l’eau-de-vie.
Rigaud, 1881 : Boire.
Rigaud, 1881 : Envisager. — Qu’est-ce qu’il a ce pante, à me fioler ?
Fustier, 1889 : Dévisager.
France, 1907 : Boire, mettre le nez à la fiole.
France, 1907 : Dévisager.
Fusée
d’Hautel, 1808 : Démêler la fusée. Découvrir une entreprise, une fourberie, une intrigue ; vider une querelle ; terminer une affaire d’honneur.
Delvau, 1866 : s. f. Jet de vin qui sort de la bouche d’un homme qui en a trop bu. Lâcher une fusée. Vomir.
Rigaud, 1881 : Résultat de l’indigestion. Violente projection de la nourriture congédiée par l’estomac ; elle part au loin comme une fusée.
Fustier, 1889 : Argot des gens de Bourse. La fusée est l’enlevée en hausse d’une valeur. On entend dire couramment à la Bourse : Le Trois vient de faire une fusée de quinze sous.
Rossignol, 1901 : Vomissement. — Celui qui a trop bu lâche une fusée.
Hayard, 1907 : Déjection d’ivrogne.
France, 1907 : Vomissement. Lâcher une fuser, vomir ou évacuer abondamment et avec bruit du derrière.
Galipoter
Delvau, 1866 : v. n. Cacare.
France, 1907 : Se vider les entrailles.
Gare l’eau !
France, 1907 : Pot de chambre. Dans nombre de villes du Midi, il était et il est encore d’usage de vider le vase de nuit par la fenêtre avec ou même sans l’avertissement Gare l’eau ! Les vieux quartiers de Marseille sont longtemps restés célèbres pour cette façon de se débarrasser des immondices.
Gobelotter
Delvau, 1866 : v. a. Aller de cabaret en cabaret. Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.
Rigaud, 1881 : S’amuser, rire, boire et chanter. — Le dictionnaire de l’Académie le donne dans le sens de boire à plusieurs petits coups.
France, 1907 : Aller boire de cabaret en cabaret, vider des gobelets. « Façon de boire, quand on n’a pas soif, dit le docteur Grégoire. Et c’est la bonne. »
— Hein ? crois-tu que ça commence à être agréable d’être député ? Qu’est-ce que ce sera quand nous serons les maîtres… les maîtres en plein ?… Ce qu’on va gobelotter !
— Ah ! mais… vous savez, il y a une grande réception au ministère du commerce, ce soir : on va gobelotter à l’œil. Ah ! merci, il est temps ! Mac-Mahon, il se fiche de ça, lui. Il a beau mouiller son uniforme, il a, pour se chauffer, le bois de l’État, il vit aux frais de la princesse ; mais nous, nous qui votons les fonds de tous les budgétivores, grands et petits, nous ne gobelottons pas. En voilà un métier de faire gobeletter les autres, si on ne gobelotte pas soi-même. Moi, ce soir, je ne dépote pas du buffet.
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
Gobette
Virmaître, 1894 : Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centilitres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu. Passer à la gobette, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (Argot des voleurs). N.
Hayard, 1907 : Gobelet.
France, 1907 : « Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centimètres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu. »
(Charles Virmaître)
France, 1907 : Distribution de vin dans les prisons.
Puis vient l’heure attendue de la gobette. C’est la distribution quotidienne de vin que le cantinier est autorisé, moyennant finances, à faire aux détenus. Chacun se presse, se bouscule. C’est à qui approchera du guichet étroit par lequel passe le merveilleux et désiré gobelet contenant le liquide adoré. Malheur à qui n’est pas agile et vigoureux, car le gobelet qu’il tient et qu’il s’apprête à vider, tout à coup lui échappe, emporté par un concurrent plus prompt, plus fort. La loi de Darwin est souveraine au Dépôt. Tant pis pour les faibles !
(Edmond Lepelletier)
Gorge
d’Hautel, 1808 : Faire grosse gorge. Se pavaner, faire l’orgueilleux, tirer vanité de quelque chose.
Ses ris ne passent pas le nœud de la gorge. Se dit de celui qui rit par complaisance ; d’un homme froid, flegmatique et sérieux, qui ne rit que forcément.
Rire à gorge déployée. Pour dire follement ; de toutes ses forces.
Rendre gorge. Pour vomir, dégobiller.
C’est un bon mâle, il a la gorge noire. Se dit d’un garçon jeune et vigoureux qui a la barbe noire et bien fournie.
Mettre le pied sur la gorge à quelqu’un. Tenir quelqu’un de très-près, l’opprimer ; ne pas lui donner de répit qu’il n’ait satisfait à ce qu’on exige.
Prendre quelqu’un à la gorge. En agir mal avec lui, le traiter de turc à more.
Se couper la gorge. Se battre en duel ; vider un différent à la pointe de l’épée.
Un coupe gorge. Lieu obscur et dangereux, où il ne fait pas bon à se trouver seul pendant la nuit.
Delvau, 1866 : s. f. Étui, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Étui, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Étui.
Jar
Vidocq, 1837 : s. m. — Argot.
Larchey, 1865 : Argot (Vidocq). — Abréviation du vieux mot jargon : langage. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : s. m. Argot des voleurs, qui n’est pas autre chose qu’un jargon. Dévider le jar. Parler argot. Le peuple disait autrefois d’un homme très fin, très rusé : Il entend le jar. Et souvent il ajoutait : Il a mené les oies, — le jar étant le mâle de l’oie.
Rossignol, 1901 : Argot.
Jar, jars
France, 1907 : Argot. Abréviation de jargon. Dévider le jar, parler argot.
Jarguer
Delvau, 1866 : v. n. Parler argot, dévider le jar.
France, 1907 : Parler argot.
Jars
d’Hautel, 1808 : Il entend le jars. Se dit pour exprimer qu’un homme est fin, qu’il n’est pas aisé de lui en faire accroire.
Halbert, 1849 : Argot.
Rigaud, 1881 : Argot ; apocope de jargon. — Jaspiner te jars, dévider le jars, parler argot.
La Rue, 1894 : Argot. Dévider le jars, parler argot.
Hayard, 1907 / anon., 1907 : Argot.
Jules
Delvau, 1866 : s. m. Pot qu’en chambre on demande, — dans l’argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C’est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.
Rigaud, 1881 : Pot de chambre ; tinette, latrines portatives des troupiers. Jules a remplacé le vieux Thomas, source d’éternelles plaisanteries. Jules est plus nouveau. On dit au régiment passer la jambe à Jules ou pincer l’oreille à Jules lorsqu’on est de corvée pour vider les tinettes.
Merlin, 1888 : Tonneau percé d’un bout, posé sur l’autre, et portant deux crochets de fer sur les côtés. C’est le meuble indispensable des salles de discipline d’où les soldats ne peuvent sortir, même pour satisfaire certains besoins. Les soldats chargés de transporter ce fameux baquet tirent les oreilles à Jules ; quand, pour le vider, ils le font basculer, ils lui passent la jambe.
La Rue, 1894 : Tinette.
Virmaître, 1894 : Pot de chambre (Argot du peuple). V. Goguenot.
Rossignol, 1901 : Baquet qui se trouve dans toutes les salles de police ou violons. Un vase de nuit est aussi nommé Jules ou Thomas.
Hayard, 1907 : Camarade à Thomas : le pot de chambre.
France, 1907 : Baquet-tinette ; argot militaire.
— Mais pour en revenir à mon histoire, maintenant que tu sais que les canards ils sont des animaux plus décents et moins parfumés que toi, dis un peu voir comment tu t’y prendrais pour faire traverser le pont de la ville à cinquante canards, après les avoir fait manger, sans que pas un y laisse sur le pont ce que tu vas donner à Jules.
(La Baïonnette)
Pincer l’oreille à Jules, prendre le baquet par les anses. Passer la jambe à Jules, vider le goguenot. Aller chez Jules, aller aux cabinets. Travailler pour Jules, manger.
Pauvre pousse-crotte, je trotte,
J’astique et je frotte
Tous mes cuirs avec un bouchon.
— Ah ! mon vieux cochon ! —
Toi ! tu vas, tu viens, tu circules…
Réveils ridicules :
Moi, je pince l’oreille à Jules,
À Jules !
(Louis Marsolleau)
Marchi
France, 1907 : Syncope de maréchal des logis ; on dit aussi margi, margis.
Et tous ces souvenirs lui revenaient en foule tandis qu’elle tenait tête à un superbe marchi de spahis en train de vider consciencieusement avec elle un immense cruchon de curaçao.
(Gil Blas)
Mœurs (les)
France, 1907 : La police des mœurs.
— Heureusement que j’ai fini par tomber sur la Viande, un type qui m’a comprise, un garçon rangé et économe ! Si je l’avais connu il y a vingt ans… j’aurais de quoi aujourd’hui… Mais je regrette rien, je me suis bien amusée ! Je sais bien que j’ai moins d’agrément, je ne suis plus jeune… mais je ne crève pas de faim tout de même !… J’ai appris à vivre. Je manigance mon petit truc tranquillement et je mange tous les jours mon content !… Je suis bien avec les mœurs, qui savent que si je braille quelquefois, je ne suis pas méchante ; eh bien ! alors, qu’est-ce que tu veux de plus ?
(Oscar Méténier, Madame la Boule)
Dieu sait si les mœurs et les messieurs à rouflaquettes s’entendent pour cogner sur ces pauvres filles ! Après avoir avalé plusieurs litres à seize sur le zinc du coin, que de fois arrive-t-il que l’agent en bourgeois et le souteneur en six ponts s’entendent comme larrons en foire pour vider la marmite et l’envoyer à Saint-Lago !
(La Nation)
Nettoyer
d’Hautel, 1808 : Nettoyer un homme sans vergette. Le rosser, le battre avec un bâton ; le maltraiter, l’étriller d’importance.
M.D., 1844 : Donner une roulée.
un détenu, 1846 : Voler de fond en comble, dévaliser quelqu’un.
Halbert, 1849 : Voler ou achever quelqu’un.
Larchey, 1865 : Ruiner, voler. V. Lavage.
Delvau, 1866 : v. a. Voler ; ruiner, gagner au jeu ; dépenser ; battre, et même tuer, — dans l’argot des faubouriens. Se faire nettoyer. Perdre au jeu ; se laisser voler, battre ou tuer.
Rigaud, 1881 : Battre, renverser à coups de poing. Prendre de force la place de quelqu’un, le chasser d’un endroit. — Ruiner. Nettoyer un établissement, faire faire faillite à son propriétaire. Nettoyer la monnaie, manger l’argent de la paye, — dans le jargon des ouvriers. — Nettoyer les plats, ne rien laisser dans les plats. — Nettoyer ses écuries, se curer le nez.
La Rue, 1894 : Voler. Ruiner. Gagner au jeu. Dépenser. Battre. Tuer.
France, 1907 : Dépenser, dissiper.
— De la jolie fripouille, les ouvriers ! Toujours en noce… se fichant de l’ouvrage, vous lâchant au beau milieu d’une commande, reparaissant quand leur monnaie est nettoyée.
(Émile Zola, L’Assommoir)
France, 1907 : Vider, rendre net. Nettoyer une poche, voler tout ce qu’elle contient ; nettoyer un plat, manger entièrement ce qui y était servi. Faire plat net.
Passer la jambe à Thomas
Delvau, 1866 : v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée, — dans l’argot des soldats et des prisonniers.
Merlin, 1888 : Voyez Jules.
France, 1907 : Vider le baquet-latrines ; argot des troupiers. On dit aussi prendre l’oreille à Jules.
C’est un vrai velours que la goutte
Pour les débiles estomacs,
Surtout si cela te dégoûte
De passer la jambe à Thomas.
(Raoul Fauvel)
Passer la jambe à Thomas, à Jules
La Rue, 1894 : Vider la tinette.
Peigne
d’Hautel, 1808 : Se donner un coup de peigne. Pour dire, se battre ; vider une querelle, un différend à coups de poing.
Sale comme un peigne. C’est-à-dire, au-delà de toute expression.
Vidocq, 1837 : s. f. — Clé.
Delvau, 1866 : s. m. Clé, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Clé. De même que le peigne débrouille les cheveux, la clé débrouille la serrure.
La Rue, 1894 : Clé.
France, 1907 : Clé ; argot des voleurs, qui disent aussi pigne. « Faire le pique », prendre Ja fuite
Pigeon
d’Hautel, 1808 : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.
Clémens, 1840 : Facile à gagner au jeu.
Delvau, 1864 : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.
Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !
(Ant. Watripon)
J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.
(Chanson nouvelle)
J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.
(les Bohémiens de Paris)
Delvau, 1866 : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :
…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.
Rigaud, 1881 : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.
La Rue, 1894 : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.
Virmaître, 1894 : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).
France, 1907 :
Qui veut tenir nette sa maison
N’y mette prêtre ni pigeon.
(Vieux dicton)
France, 1907 : Dupe, simple, naïf, facile à attraper. Élever des pigeons, engager des dupes à jouer pour les tricher et leur vider les poches.
Il est malheureusement avéré qu’une partie de la population des grandes villes sert de pâture a l’autre, mais il faut avouer aussi que l’étourderie et la distraction de certains pigeons font la partie trop belle aux exploiteurs.
(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)
Au salon — quelques bambins absorbés par l’innocent jeu de « pigeon vole », les yeux fixés sur la jeune fille qui parle :
— Hanneton vole !
Une douzaine de petits doigts montrent le plafond.
— Mon oncle Charles vole !
Personne ne bouge.
— Tout le monde un gage, dit Bébé.
Récriminations sur toute la ligne ; intervention de l’oncle Charles qui demande une explication.
— Mais oui, que tu voles, faut l’espiègle, parce que petite mère a dit que pour te faire plumer comme ça tous les jours à la Bourse, il fallait que tu sois un fameux pigeon.
(Aladin, Germinal)
France, 1907 : Part des recettes dues à un auteur par un directeur de théâtre ou acompte que reçoit l’auteur sur une pièce à l’étude.
Pinter
d’Hautel, 1808 : Ivrogner, ribotter, faire débauche de vin.
Delvau, 1866 : v. n. Boire abondamment.
Rigaud, 1881 : Boire. Pinte-à-mort.
France, 1907 : Boire, vider des pintes ; argot populaire. En patois béarnais, on écrit et prononce pintère. Enter pintère, en vidant des pintes ; c’est le latin inter pocula.
Pipe (casser sa)
Larchey, 1865 : Mourir. — Ceux qui sont morts ne fument plus.
Papa avait beaucoup de blessures, et un jour il cassa sa pipe, comme on dit au régiment.
(Méry)
Rigaud, 1881 : Mourir. Les morts ne fument plus… que la terre. — Cette expression a, sans doute, été consacrée par le peuple qui a voulu faire une vulgaire allusion à un usage emprunté au cérémonial des funérailles des évêques. D’après le cérémonial, la crosse d’un évêque mort est brisée et figure placée sur un coussin, dans le cortège funèbre.
On place aux pieds du prélat (Mgr Dupanloup), sur un second coussin cramoisi, la crosse brisée en trois tronçons.
(Figaro, du 24 octobre 1878, funérailles de Mgr Dupanloup)
Nous avons prédit cent fois pour une que Dupanloup briserait sa crosse sans être cardinal.
(Tam-Tam, du 20 octobre 1878)
France, 1907 : Mourir. Les synonymes sont aussi nombreux que variés : avaler sa langue, sa gaffe, sa cuiller, ses baguettes ; n’avoir plus mal aux dents ; aller manger les pissenlits par la racine ; avoir son coke ; baiser la camarde ; cracher son âme ; claquer ; cracher ses embouchures ; casser son crachoir ; canner ; camarder ; casser son câble, son fouet ; couper sa mèche ; calancher ; dévisser ou décoller son billard ; déposer ses bouts de manche ; déteindre ; donner son dernier bon à tirer ; descendre la garde ; défiler la parade ; dévider à l’estorgue ; déralinguer ; déchirer son faux col, son habit, son tablier ; dégeler ; éteindre son gaz ; épointer son foret ; être exproprié ; fumer ses terres ; fermer son parapluie ; faire ses petits paquets, sa crevaison ; fuir ; graisser ses bottes ; ingurgiter son bilan ; lâcher la perche, la rampe ; laisser fuir son tonneau ; ; laisser ses bottes quelque part ; mettre la table pour les asticots ; poser sa chique ; péter son lof ; perdre son bâton ; passer l’arme à gauche ; perdre le goût du pain ; piquer sa plaque ; pousser le boum du cygne ; recevoir son décompte ; remercier son boulanger ; rendre sa secousse ; saluer le public ; souffler sa veilleuse ; tourner de l’œil, etc.
Plumeuse
France, 1907 : Femme qui sait vider la bourse d’un mari ou d’un amant, de façon à le laisser nu comme une volaille plumée ; argot populaire.
La gouge avait les cheveux blonds, les yeux bleus, l’air candide d’une gamine qui va recevoir la sainte hostie. Certes, on la lui aurait donnée sans confession, tant elle inspirait de confiance. Mais c’était la plus effrontée plumeuse que j’aie jamais connue. J’étais, je le sus plus tard, le huitième amant qu’elle essayait de mettre sur la paille.
(Les Propos du Commandeur)
Relicher
Rigaud, 1881 : Vider un verre ou une bouteille sans laisser une goutte de liquide au fond. Les garde-malades s’entendent très bien à ce genre de travail.
France, 1907 : Embrasser ; argot populaire.
Ah bien ! qu’elle se laissât surprendre à se faire relicher dehors, elle était sûre de son affaire !…
(É. Zola)
Revider
France, 1907 : Reviser.
Revider, reviser
Rigaud, 1881 : Se livrer au revidage.
Sardine
Rigaud, 1881 : Galon de caporal, galon de sergent.
Merlin, 1888 : Galon d’or pour sous-officiers.
France, 1907 : Galon d’or ou d’argent sur la manche des sous-officiers.
Sur la manche de la tunique
Il a la fin’ sardine d’or :
Pour l’élégance, il est unique
Quand, le dimanche, il prend l’essor.
Arroser la sardine, payer à boire à ses camarades lorsque l’on vient d’être promu sous-officier.
Avancement, anniversaire,
Tout est motif au régiment
Pour vider un bon petit verre
Et faire un diner succulent.
Quand on arroser la sardine
D’un fourrier ou bien d’un sergent,
Faut voir alors comment on dine
À la cantine !
(Griolet)
Se poisser
Larchey, 1865 : S’enivrer, boire trop de poissons.
Je ne voulais pas boire… mais quand j’ai vu qu’il allait se poisser, je l’ai aidé à vider les bouteilles : c’était pour le sauver.
(La Correctionnelle)
Sécher
Delvau, 1866 : v. n. Être fruit sec, — dans l’argot des Polytechniciens.
Rigaud, 1881 : Ennuyer.
Voilà deux heures que vous séchez les ouvriers chez eux.
(L’art de se conduire dans la société des pauvres bougres)
On dit encore plus familièrement : Tu me sèches ta tata.
Fustier, 1889 : Boire.
Sa plus grande privation était de ne plus pouvoir sécher une douzaine de bocks chaque soir.
(Figaro, 1882)
La Rue, 1894 : Boire. Être en prison. Sécher l’école, ne pas y aller. Sécher un devoir, ne pas le faire.
France, 1907 : Boire. Sécher un verre, le vider, le rendre sec.
Il séchait des bocks à faire croire que son gosier était capable d’absorber le canal Saint-Martin.
(Mémoires de M. Claude)
France, 1907 : Manquer à. Sécher de lycée, faire l’école buissonnière. Sécher le bureau, y manquer.
— N’empêche qu’elle est dans la désolation. Elle est allée chez le commissaire ; elle est allée à la Morgue ; elle est allée dans les journaux. Y en a qui se fichent d’elle au lieu de la plaindre, et qui lui demandent si c’est Dieu possible de se tourner les sangs de cette façon, parce qu’un gaillard de vingt et un ans a séché son atelier et a oublié de rentrer coucher chez maman…
(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)
France, 1907 : Ne pas réussir dans ses examens : sortir fruit sec ; argot des écoles militaires.
Par extension, sécher signifie aussi priver de quelque chose. Ainsi les conscrits, durant la première semaine, sont chaque année séchés de poulet par les anciens.
(L’Argot de l’X)
Tafe, taffe, taftaf, taftas
Rigaud, 1881 : Peur ; fuite.
Le taf est cette impression étrange qu’éprouve le lièvre devant le chasseur, le soldat au premier coup de canon, et l’acteur au moment d’entrer en scène… Un soir qu’Harel le voyait (Frédérick Lemaître) vider une bouteille dans la coulisse : — Que diable faites-vous ? lui demanda-t-il ? — Je noie le taf, répondit Frédérick.
(Paris-Comédien)
Un exemple de ce mot a été relevé par M. Fr. Michel dans les bigarrures et touches du seigneur des Accords, 1008. — À la Cour des Miracles (XIIe siècle), on appelait thafurs, les vagabonds. Les vagabonds n’ont jamais précisément brillé par le courage. Pourquoi thafur n’aurait-il pas fait taf, peur, et taffeur, poltron ?
Taffetas
France, 1907 : Peur. Voir Taf.
Le taffetas les fera dévider et tortiller la planque où est le carme.
(Vidocq)
Tartir
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Chier.
Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Aller à la selle.
Virmaître, 1894 : Vider ses intestins. Quand la marchandise est molle, elle s’aplatit en rond, comme une tarte, dont, d’ailleurs, elle a la couleur. Dans le peuple, on dit :
— Je viens de faire une tarte bourbonnaise.
Encore un emprunt à Rabelais (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voir Tarter.
Tasseau, tube
Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous. — Se sécher le tasseau, se vider le tube, se moucher. — Se piquer le tasseau, se coiffer le tube, se soûler.
Téter
Delvau, 1866 : v. n. Vider une bouteille, dans l’argot du peuple, qui prétend que le vin est « le lait des vieillards ». Oui, des vieillards — et surtout des adultes.
Rigaud, 1881 : Boire. — Donnez-y donc à téter à ce soulot et qu’il ne gueule plus !
France, 1907 : Boire. Téter la négresse, boire à même à la bouteille, ou à la peau de bouc, récipient goudronné que l’on donne aux troupes à cheval de l’armée d’Afrique.
Tette, tette la négresse,
Vide, vide son téton.
Et il me tendit sa peau de bouc, toute juteuse du vin qu’elle recélait.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Thomas
d’Hautel, 1808 : À la Saint-Thomas, les jours les plus bas. Manière proverbiale de dire qu’à cette époque on s’aperçoit sensiblement du décroissement des jours.
Vidocq, 1837 : s. m. — Pot de nuit.
Larchey, 1865 : Pot de chambre. V. Goguenot.
Parmi les consignés occupés à passer la jambe à Thomas (vider les baquets d’urine).
(La Bédollière)
Équivoque sur les mots vide Thoma de l’hymne populaire de Pâques.
Delvau, 1866 : s. m. « Pot qu’en chambre on demande », — dans l’argot du peuple. Passer la jambe à Thomas. Vider le goguenot. La veuve Thomas. La chaise percée.
Rigaud, 1881 : Pot-de-chambre haute forme. Allusion au verset de l’hymne de Pâques : Vide Thomas, vide pedes, vide manus. — La mère Thomas, la veuve Thomas, chaise percée. — Avoir avalé Thomas, avoir l’haleine fétide.
Boutmy, 1883 : Nom générique sous lequel on désigne, dans quelques imprimeries de province, l’ouvrier typographe et spécialement le pressier. Il existe une pièce de théâtre qui a pour titre Thomas l’Imprimeur.
Merlin, 1888 : Voyez Jules.
La Rue, 1894 : Tinette. Vase de nuit. On dit aussi Jules.
France, 1907 : Tinette, pot de chambre. Avoir avalé Thomas, avoir l’haleine fétide. Passer la jambe à Thomas, vider la tinette. On dit aussi dans le même sens : Prendre Thomas par les oreilles.
C’est un vrai velours que la goutte
Pour les débiles estomacs,
Surtout si cela te dégoûte
Le passer la jambe à Thomas.
(Raoul Fauval)
Ce singulier nom de Thomas serait une équivoque plaisante sur Vide Thoma, hymne de Pâques, dont les jeunes paysans, qui chantaient autrefois tous en chœur dans les églises de village, se seraient souvenus en vidant le baquet de la salle de police, car l’expression est toute militaire. Voir Jules.
On a chanté le muguet et la rose,
Le frais lilas et l’œillet embaumé,
Le réséda que la nuée arrose,
Et qu’a bercé le zéphyr parfumé,
On a chanté les parfums d’Arménie,
Le patchouli, l’ambre et l’encens divin,
Les enivrantes odeurs d’Arabie,
Le lis, l’iris, le musc et le benjoin !
Aussi je veux qu’on vous rende justice
Et vous chanter, vous qu’on ne chante pas,
Qui parfumez la salle de police,
Jules divin et céleste Thomas !…
(Griolet)
Tinette (balancer la)
France, 1907 : Vider le baquet où, selon une coutume aussi malpropre qu’antihygiénique les soldats punis de salle de police déversent le résidu solide ou liquide de leur digestion. Chevalier de la tinette, vidangeur.
Tirer l’oreille à Thomas
France, 1907 : Vider le baquet de la salle de police. Voir Thomas.
C’qu’est dégoûtant dans l’mélétaire,
C’est d’tirer l’oreille à Thomas !
Thomas c’est un’manièr’ de tonne
Ousqu’un chacun met ses fricots ;
C’est formidabl’ c’que ça poisonne
Quand c’est un jour à z’haricots !
Tomber une bouteille
Delvau, 1866 : La vider, la boire.
Torcher les plats
France, 1907 : Vider leur contenu ; avoir un appétit formidable Argot populaire.
Travailler
d’Hautel, 1808 : Travailler le casaquin à quelqu’un. Lui donner des coups de bâtons, le rosser.
On dit par menace à un enfant indocile, qu’on lui travaillera le casaquin.
Ansiaume, 1821 : Voler.
Il est temps de travailler, je n’ai plus de carle.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler.
Larchey, 1865 : Voler.
X. était prudent : il travaillait toujours seul, et son discret recéleur était des plus fins.
(H. Monnier)
V. Butter.
Delvau, 1866 : v. n. Aller au persil.
Delvau, 1866 : v. n. Voler.
Rigaud, 1881 : Voler ; assassiner ; se prostituer, — dans le jargon des voleurs et des filles.
France, 1907 : Le verbe varie de significations suivant le genre d’occupations auxquelles on l’applique. Le grec, le voleur, l’assassin, la prostituée travaillent tout comme l’ouvrier : chacun travaille pour son saint, c’est-à-dire pour gagner sa vie.
Le pain est cher, le vin falsifié est inabordable, les objets d’alimentation sont hors de proportion avec les salaires ouvriers ou les appointements des employés de toute catégorie, avec les minuscules rentes des petits bourgeois, avec les infimes retraites des anciens fonctionnaires et des vieux soldats : la matière première devient inaccessible aux petits industriels, et tout cela grâce à des syndicats, à des coalitions qui opérent soit au grand jour, soit dans l’ombre, où il serait facile, si on le voulait, de démasquer ou de punir leurs complots.
Courez partout, fouillez les dessous de notre organisme économique, financier, industriel, commercial, agricole ; partout vous verrez des syndicats « travaillant » comme travaillent les bandes de brigands qui s’entendent si bien, pour emplir leurs poches, à vider celles des voisins ou des passants.
(Le Parti Ouvrier)
France, 1907 : Voler.
Les champs de courses sont les seuls endroits où le tireur anglais travaille le mieux, et s’oublie en ne mettant pas en pratique les règles de sagesse qui, ailleurs, le guident constamment. Là, le terrain est favorable pour ses exploits, il se multiplie et commet des vols successifs.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Vider
d’Hautel, 1808 : Vider les pots et les verres. Pour dire faire ripaille ; boire avec excès.
Fustier, 1889 : Assommer, tuer.
On dut s’interposer ; la mère Teston perdant toute mesure, ne parlait de rien moins que de le vider. (Huysmans, les Sœurs Vatard)
La Rue, 1894 : Assommer. Tuer.
Vider (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Mourir, — dans l’argot des faubouriens.
Vider le plancher
Delvau, 1866 : v. a. S’en aller de quelque part, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : S’en aller.
— Mon p’tit, ça ne marche plus, tu vas vider le plancher (Argot du peuple).
Vider sa poche à fiel
Virmaître, 1894 : Soulager son cœur, dire tout ce que l’on pense sans ménager ses expressions (Argot du peuple). N.
Vider son panier à crottes
Virmaître, 1894 : Satisfaire un besoin. Il est aussi agréable de vider son panier que de l’emplir (Argot du peuple).
Vider son petit porteur d’eau
Virmaître, 1894 : Expression employée dans les couvents par les jeunes filles, pour dire qu’elles ont un petit besoin à satisfaire (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Expression employée dans les couvents par les jeunes filles, pour dire qu’elles ont un petit besoin à satisfaire. (Ch. Virmaître)
Vider un homme
Delvau, 1866 : v. a. Le ruiner, — dans l’argot des petites dames.
Virmaître, 1894 : Il y a plusieurs manières de le vider. On lui vide son porte-monnaie. On le vide en le surmenant. Une maîtresse amoureuse le vide, et quand il rentre au domicile conjugal, sa femme peut le fouiller… et elle aussi (Argot du peuple). N.
Zutisme
France, 1907 : Situation d’esprit de quelqu’un qui se moque de toutes choses. Synonyme de je m’en-foutisme.
Schopenhauer, quand il avait larmoyé en ces écrits avec cette rare autorité qui en fait un précepteur dangereux pour la jeunesse, s’en allait tranquillement vider des pots de bière et trousser la cotte de la servante. Le maître allemand donnait en cela une belle leçon de zutisme aux pleurnicheurs français.
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