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Anglais

Clémens, 1840 : Créancier.

Delvau, 1864 : Noble étranger, fils de la perfide Albion ou de la rêveuse Allemagne, qui consent à protéger de ses guinées une femme faible — de vertu — pendant toute la durée de son séjour à Paris.

Amélie ne te recevra pas, Polyte : elle est avec son Anglais.

(Watripon)

Larchey, 1865 : Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais.

Assure-toi que ce n’est point un anglais.

(Montépin)

Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire.

(Crétin)

Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique.

Il est aussi brave
Que sensible amant,
Des Anglais il brave
Le débarquement.

(Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851)

Delvau, 1866 : s. m. Créancier, — dans l’argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l’on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu’il se trouve dans Marot ; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l’oubli pendant près de trois cents ans, puisqu’il ne parait être en usage à Paris que depuis une trentaine d’années.

Delvau, 1866 : s. m. Entreteneur, — dans l’argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu’il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des Victoires et Conquêtes.

Rigaud, 1881 : Créancier. Avoir un tas d’anglais à ses trousses. Par suite d’une vieille antipathie de race, le débiteur a octroyé au créancier le surnom d’anglais, ennemi.

Rigaud, 1881 : Menstrues. Allusion à l’uniforme rouge des soldats anglais. — Avoir ses anglais. Les anglais sont débarqués.

Fustier, 1889 : Terme de sport. On dit qu’un cheval a de l’anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.

Virmaître, 1894 : Créancier. Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804. Napoléon Ier avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins, deux heures au moins avant ses collègues. L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.
— Sire, répondit le commis c’est à cause des anglais.
— Je ne vous comprends pas.
— Sire, les anglais sont vos ennemis, mes créanciers sont les miens.
— Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.
Le mot est resté et est employé fréquemment (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Créancier.

Ne passons pas devant ce troquet, c’est un Anglais, je lui ai planté un drapeau.

France, 1907 : Ce nom est employé dans le sens de créancier. Est-ce parce que, comme le dit Alfred Delvau, tout individu à qui l’on doit est considéré comme un ennemi ? Ce serait alors un signe de la vieille haine contre nos voisins d’Outre-Manche, haine d’ailleurs partagée par eux, car le mot remonte fort loin. Suivant Pasquier, il viendrait des réclamations continuelles des Anglais qui prétendaient que la rançon du roi Jean fait prisonnier à la bataille de Poitiers, en 1356, et fixée à trois millions d’écus d’or par le traité de Brétigny, n’avait pas été entièrement payée. Oudin, dans ses Curiositez françoises cite ce proverbe : « Il y a des Anglois dans cette rue, je n’y veux pas aller », c’est-à-dire des créanciers. Enfin on trouve dans Clément Marot :

Oncques ne vis Anglois de votre taille,
Car a tout coup, vous criez baille, baille !

— Menstrues, argot des filles ; allusion à la couleur de l’uniforme des fantassins anglais qui ont, à l’inverse des nôtres, la tunique rouge et le pantalon bleu : Les Anglais ont débarqué, les menstrues sont venues.

Brandouiller

Delvau, 1864 : Branler doucettement quelqu’un où quelqu’une, pour le — ou la — faire bander et l’exciter à jouir.

Qui n’invoque point le secours
D’une main gui vous le brandouille.

(Satan et Eve, 47)

Le roi disait à la reine Victoire :
Si tu voulais,
Une heure ou deux, me brandouiller l’histoire,
Je banderais…
Plus d’une fois, une main sous ta cotte,
Tandis que l’autre écartait ton fichu.
Je caressais et brandouillais ta motte…
Dis-moi, Marton, dit-moi, t’en souviens-tu ?

(Chansons anonymes modernes.)

Brossée

Larchey, 1865 : Grêle de coups, défaite.

Les Turcs ont reçu une brossée.

(Ricard)

Brosser : Battre. Mot à mot : brosser de coups.
Se brosser le ventre : Se brosser le ventre pour lui faire oublier l’heure du repas. Pris souvent au figuré.

Vous brosser le ventre faute d’un éditeur.

(Commerson)

Dès 1808, on disait Ça fait brosse, pour :

Rien, pour toi ! tout est brossé.

(d’Hautel)

Brosse pour lui ! Zut pour lui ! Fallait pas qu’y liche.

(A. Dalès, Chanson)

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Victoire remportée à coups de poing sur un ennemi intime. — Victoire remportée à coups de fusil sur des ennemis en bataille rangée. — Donner, recevoir une fameuse brossée.

Champ de bataille

Delvau, 1864 : Le lit, sur lequel se tirent tant de coups et, tout au contraire de l’autre, se fabriquent tant de créatures humaines. — On employait autrefois ce mot pour : la nature de la femme. L’expression moderne est plus exacte.

Il fallut abandonner le champ de bataille et céder Haria.

(Diderot)

Quoiqu’il me parût fort dur de quitter le champ de bataille avant d’avoir remporté la victoire, il fallut m’y décider pourtant.

(Louvet)

Comtois

un détenu, 1846 : Feinte. Battre comtois, faire semblant, singer, etc.

Larchey, 1865 : Niais. — Diminutif de c-n : imbécile. — V. Battre.

Sans doute qu’elle bat comtois.

(Decourcelle)

La Rue, 1894 : Compère. Niais. Scène feinte. Mensonge.

Rossignol, 1901 : Voir Battre comtois ou Chiquer contre.

Hayard, 1907 : Compère.

France, 1907 : Boniment.

— Ni comme moi, reprend un collègue : je n’ai pas mon pareil, je m’en flatte, pour débiter un comtois. Je suis sûr de mon effet ; les badauds m’achètent tout ce que je veux.

(Louis Barron, Paris Étrange)

France, 1907 : Compère.

Des tonnerres de bravos accueillirent la victoire du comtois. En une seconde, l’arène fut pleine d’oranges, de cigares et de fleurs.
— T’auras du moins d’quoi fumer ! dit le jongleur de poids, en aidant l’Italien à ramasser cette moisson. Mais, pour ta soupe, je crois qu’tu feras bien de la chercher ailleurs.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Conquêtes

Delvau, 1864 : Coups tirés, femmes baisées, hommes cocufiés.

O ma chère Victoire, quelles conquêtes vous avez faites dans votre putain de vie.

(J. Le Vallois)

Adieu, conquêtes,
Joyeuses fêtes,
Où le Champagne au lansquenet s’unit.

(Gustave Nadaud)

Déchanter

d’Hautel, 1808 : Être obligé de rabattre du ton que l’on avoit pris, ou des spéculations que l’on avoit faites ; dire tout le contraire de ce que l’on s’étoit d’abord proposé.
Il y a bien à déchanter. Pour, il en faut bien rabattre.

Delvau, 1866 : v. n. Revenir d’une erreur ; perdre une illusion ; rabattre de ses prétentions, — dans l’argot du peuple, fidèle sans le savoir à l’étymologie (décantare).

Rigaud, 1881 : Être désenchanté, par abréviation.

France, 1907 : Revenir d’une erreur. Voir s’effondrer ses espérances. Devenir modeste à la suite de déceptions. « On a chanté trop tôt victoire, on déchante maintenant. »

Leur vie d’autrefois recommença, morne et lourde après une courte accalmie. Elle avait été reprise d’une de ces fougasses amoureuses qui lui irritaient le sang, à chacune de ces comédies et décevaient Huriaux, comme un renouveau, un retour au bon temps. La fringale passée, il fut bien contraint de déchanter.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Déconner

Delvau, 1864 : Sortir du con de la femme, soit parce qu’on a fini, soit parce qu’elle remue trop les fesses. Il y a des gens qui peuvent, comme l’Ascylte de Pétrone, rester deux jours sur une femme. Heureux Ascylte ! Plus heureuse femme !

Ah ! me voilà déconné !

(La Popelinière)

Le vit alors, bien convaincu
Qu’on ne peut voir un con vaincu,
Renonce à la victoire :
Il déconne et s’adresse au cu.

(Chanson anonyme moderne)

Avec cet outil-là, je puis, sans me gêner
Fournir mes douze coups, dont six sans déconner.

(Piron)

France, 1907 : Radoter, Mot à mot : devenir vieux, s’affaiblir.

Donjuanesque

France, 1907 : Se rapportant à la conduite du fameux séducteur don Juan.

Alexandre Dumas, qui sera toujours un grand moqueur, die aujourd’hui qu’il n’a pas reçu de lettres de « belles inconnues », ces insatiables qui veulent tourmenter tous les esprits, faute d’avoir tourmenté tous les cœurs. Dumas joue ainsi au « donjuanesque » qui ne daigne pas se souvenir de ses victoires féminines d’antan.

(Arsène Houssaye)

Drôlesse

d’Hautel, 1808 : Terme insultant et de mépris, qui équivaut à coureuse, femme dévergondée, de mauvaise vie.

Delvau, 1864 : Fille ou femme de mœurs plus que légères — qui souvent n’est pas drôle du tout, à moins qu’on ne considère comme drôleries les chansons ordurières qu’elle chante au dessert.

Mais tout n’est pas rose et billets de mille francs dans l’existence phosphorescente, fulgurante, abracadabrante de ces adorables drôlesses, qui portent leurs vingt ans sans le moindre corset.

(A. Delvau)

Delvau, 1866 : s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre Cythère, — dans l’argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne sont que dévergondées.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, concubine, — dans l’implacable argot des bourgeoises, jalouses de l’empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec leur fortune.

France, 1907 : Nom que des femmes vertueuses, ou supposées telles, donnent généralement à celles qui ne le sont pas. Mais à quoi tient la vertu des femmes : une affaire de tempérament, ou encore, comme l’a écrit La Rochefoucauld, l’amour de leur réputation et de leur repos.
Léon Rossignol, dans les Lettres d’un mauvais jeune honme à sa Nini, définit ainsi la drôlesse :
« C’est une femme qui quitte un beau soir l’atelier de son père, ou la loge de sa tante, et qu’on retrouve quinze jours après à Mabille ou dans les avant-scènes des Variétés, couverte de velours, de soie, de bijoux et de dentelles, que son déshonneur a payé trop largement. Elle adorait hier le pot-au-feu et le pain bis de la famille, elle les devorait, — l’honnêteté lui servait d’absinthe. Aujourd’hui, elle grignote du bout des dents les pains viennois et les perdreaux truffés des restaurants en vogue, et insulte les garçons. Elle sent le vice, elle se maquille, elle dégoûte. »

Salomon, repu de mollesses,
Étudiant les tourtereaux,
Avait juste autant de drôlesses
Que Leonidas de héros !

(Victor Hugo, Chansons des rues et des bois)

La Victoire est une drôlesse ;
Cette vivandière au flanc nu
Rit de se voir mener en laisse
Par le premier goujat venu.

(Ibid.)

Rien n’est plus rigolo que les petites filles,
À Paris. Observez leurs mines, c’est divin,
À dix, douze ans, ce sont déjà de fort gentilles
Drôlesses qui vous ont du vice comme à vingt.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Écrouelleux

France, 1907 : Sobriquet que les Jacobins donnaient à la jeunesse doré du Directoire à cause de l’immense cravate où s’engloutissait leur menton et qui semblait cacher des écrouelles.

On aura peine croire qu’au milieu des victoires de Ney, de Championnet et du général Bonaparte, on n’observait dans la capitale, sur nos boulevards et places publiques, aucun enthousiasme, aucun mouvement de joie. S’il faut ajouter créance aux journaux contemporains, on passait froidement, avec la plus complète indifférence, à côté des crieurs qui annonçaient les plus grands succès de nos généraux… L’agiotage avait gagné toutes les classes, la griserie de la mascarade anéantissait les idées nobles dans tous ces cerveaux. Les Écrouelleux, les Inconcevables, des Merveilleux, le menton caché dans leurs cravates démesurées, maudissaient le gouvernement des Directeurs, méconnaissaient le mérite de nos soldats, disant d’un air affadé : Pa’ole victimée, cela ne peut pas du’er !

(Octave Uzanne, La Française du siècle)

Étendard d’amour (l’)

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui conduit les femmes à la victoire et au bonheur.

Parfois, chez le polisson,
D’amour l’étendard se hausse.

(Jules Poincloud)

Faire Charlemagne

Delvau, 1866 : Se retirer du jeu après y avoir gagné, sans vouloir donner de revanche, — dans l’argot des joueurs, qui savent ou ne savent pas leur histoire de France. « Charlemagne (dit Génin en ses Récréations philologiques) garda jusqu’à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires ; » le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne : il fait Charlemagne :
Se non è vero… Je ne demande pas mieux d’en croire Génin, mais jusqu’ici il m’avait semblé que Charlemagne n’avait pas autant fait Charlemagne que le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu’il y avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis… Mais le chevalier de Cailly avait raison !

France, 1907 : À l’explication donnée au mot Charlemagne il faut ajouter celle-ci :

C’est une allusion à Charlemagne qui sut garder toutes ses conquêtes et qui quitta le jeu des batailles sans en avoir perdu une seule. Voici pourquoi on dit du joueur qui se retire les mains pleines : Il a fait charlemagne, comme, si l’on disait : Il a fait comme Charlemagne on bien encore il a fait le Charlemagne.

(Didier Loubens)

Fromage (manger du)

Rigaud, 1881 : Bisquer, rager. Les enfants disent entre eux en ratissant un de leurs doigts sur l’autre : Tu bisques, tu rages, tu manges du fromage.

Victoire ! foutre ! victoire ! aristocrates, que vous allez manger du fromage !

(Le Père Duchêne)

Godiche

Delvau, 1866 : s. et adj. Niais, ou seulement timide. On dit aussi Godichon.

France, 1907 : Niais, nigaud, benêt. Corruption de Claude.

Un jour, elle était revenue au Culot, en robe de velours, des bagues à tous les doigts, si joliment astiquée que le village entier avait processionné devant les fenêtres pour la voir ; même le vieux et la vallée, interloqués par ses airs de grande dame, n’avaient su quoi lui offrir à manger. C’est ça qui s’appelait avoir de la chance ! Elle aurait pu en faire autant si elle avait été moins godiche.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

— Si, au lieu d’avoir fait de mes deux grandes, de mon Adèle comme de ma Victoire, ce que j’en ai fait, de leur avoir mis à toutes les deux le balai et l’aiguille à la main, j’avais été assez godiche pour leur faire étudier un tas de belles choses comme celles qu’on a enseignées aux princesses d’ici, de la pédagogie qu’elles appellent ça, de la géométrie… de l’anatomie, de la… mythologie, je ne sais plus quoi ! je les aurais encore sur les bras.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

— Si tu crois que c’est amusant d’être là comme une godiche de jeune fille… et de se heurter la cervelle à un tas d’affaires qu’on devine à moitié… et auxquelles on n’ose pas croire tout de même… parce que c’est tellement fort ! tellement fort ! Alors, dans ces moments-là, on pense à ses amies qui sont mariées… on va les trouver ; on les interroge tout doucement, gentiment, comme je le fais… et puis elles, qui savent à présent tout ce qu’on peut savoir et qui en font de toutes les couleurs… puisque ça leur est permis !…

(Henri Lavedan)

…Nous nous sommes regardés profondément… un de ces regards qui déshabillent le corps et fouillent l’âme… Puis, dans ses yeux, un sourire ineffable, car elle s’apercevait que, douze ans après, je la trouvais toujours belle et désirable… Puis, tout à coup, elle devint distraite… Et, à la vue d’un tout jeune homme, à l’air à la fois malin et godiche, qui l’accompagnait, j’ai compris qu’il n’était plus temps de réparer une erreur de ma jeunesse.

(Paul Alexis)

Comme autrefois, l’amour, cachant ses ailes,
Sur son blason met deux cœurs enflammés ;
Comme autrefois, les femmes sont fidèles,
Comme autrefois, les maris sont aimés.
Les amoureux seront toujours godiches ;
Les innocents seront toujours dupés ;
Les daims courront toujours après les biches,
Mais ce sont eux qui seront attrapés.

(La Toile ou mes quat’ sous, Revue de 1859)

Goton

France, 1907 : Abréviation de Margoton ; fille vulgaires, malpropre et de mœurs relâchées.

— Je ne vois qu’une chose, c’est qu’un garçon qui court les bastringues et les gotons ne risque que ses deux oreilles, tandis qu’une fille, en voulant agir comme lui, s’expose à en rapporter quatre au logis, d’oreilles.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Les deux brutes se collètent et se culbutent dans le sable. Leurs muscles craquent !
Maintenant, le maigre est dessous. Le gros, pour décrocher la victoire, allonge la patte entre les cuisses de l’adversaire : il guigne les parties sexuelles… Veine ! S’il réussissait, ce serait le triomphe certain !
Et tous les pleins-de-truffe et les gotons, de jubiler au spectacle sinistre. Ça leur donne des émotions pas ordinaires… Une castration est opération rare et savoureuse.

(La Sociale)

On écrit quelquefois, mais à tort, gothon.

Or, partout, j’ai vu que les verres,
Tout larges qu’ils sont, ont un fond,
Que le sourire des chimères
Voile un ricanement profond ;
Que la plus belle des Lisettes
Finit par tourner en gothon ;
Qu’on se dégrise des grisettes
Comme on se blase du flacon.

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

Pleins de pudeur, nous constatons
Qu’au théâtre quelques gothons
Montrent leurs cuiss’s et leurs tétons.

(Catulle Mendès, Le Journal)

Guinche

Halbert, 1849 : Barrière.

Delvau, 1866 : s. f. Bal de barrière, — dans l’argot des voyous, qui appellent de ce nom la Belle Moissonneuse, Aux Deux Moulins, le Vieux chêne, rue Mouffetard, le Salon de la Victoire, à Grenelle, etc.

Delvau, 1866 : s. f. Grisette de bas étage, habituée de bastringues mal famés.

Rigaud, 1881 : Bal public, — Cabaret mal famé, — dans le jargon des voyous.

À la porte de cette guinche, un municipal se dressait sur ses ergots de cuir.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Guinche est une altération de guinguette. Le mot n’est pas moderne, mais il est très usité depuis quelque temps.

La Rue, 1894 : Bal public mal famé. Guincher, danser.

Virmaître, 1894 : Bal de barrière (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bal.

France, 1907 : Danse, bal de barrières.

Ils ont de bell’s cravates,
De petits airs lascifs ;
Ils vont fair’ leurs épates,
Le jour, sur les fortifs,
L’soir, avec les aminches,
Ils tricot’nt des fuseaux,
Car ils fréquent’nt les guinches,
Les petits gigolos !

(Léo Lelièvre)

France, 1907 : Jeune personne de mœurs légères qui fréquente plus le bastringue que l’atelier.

Magasin de blanc ou de fesses

France, 1907 : Maison de prostitution.

La belle Victoire, après une vie de bâtons de chaise, ayant hérité d’une vieille tante dévote, se mit à tenir un magasin de fesses dans un quartier discret fréquenté par de pieux personnages.

(Les Propos du Commandeur)

Maze

France, 1907 : Abréviation de Mazas.
À ce propos, il nous a paru curieux de rechercher l’origine du nom de Mazas, et voici ce que nous avons trouvé, à notre vive surprise :
Mazas était, sous le premier empire, colonel de la 34e brigade. Son courage était à ce point légendaire que ses soldats l’avaient surnommé le Brave : il avait pris part à vingt batailles, essuyé le feu de toutes les troupes coalisées ; cent fois, il avait eu de terribles aventures, risqué sa peau pour assurer le gain d’une victoire ; son corps portait, de la nuque au talon, des balafres énormes, et si sa mâchoire était toute de travers sous sa rude moustache, c’est qu’un coup de fusil l’avait fracassée. Un jour, à Austerlitz, trouvant que la déroute de l’ennemi était trop lente à se dessiner, Mazas avait, en un coup de folie, commis une grave imprudence et s’était fait broyer par un boulet de canon.
Pour récompenser tant d’héroïsme, Napoléon, en 1806, avait décidé qu’une place de Paris porterait ce nom glorieux, et Mazas était entré dans l’histoire, en la compagnie des preux de l’épopée impériale.
Mais, quarante-cinq ans plus tard, afin de donner l’hospitalité à des gueux et à des assassins, une prison s’élevait à côté de cette place ; les architectes avaient déployé, dans sa construction, tous les raffinements de la prudence et de la solidité ; ils l’avaient faite spacieuse, avec des cellules noires comme des tombeaux et des serrures où grinçaient des clefs longues comme des sabres. Et quand cette prison, chef-d’œuvre d’architecture pénitentiaire avait été achevée, on n’était pas allé chercher bien loin un nom pour la baptiser. Il y avait tout à côté la place Mazas, pourquoi n’y aurait-il pas la prison Mazas ? Et vite on avait gravé sur la porte les cinq lettres glorieuses.
C’est ainsi que le héros d’Austerlitz et de vingt combats fameux, l’homme qui avait donné sa vie pour défendre son drapeau et était tombé sur le champ de bataille en criant : « Vive la France ! » servit un jour d’enseigne à une maison de scélérats.
N’est-il pas affreusement choquant de voir le nom d’un héros ainsi disqualifié par l’inconsciente application qu’on en a faite à une maison de prévention ?
À quoi pensent donc les débaptiseurs officiels qui pullulent, pourtant à l’Hôtel de Ville ?
Nous leur indiquons — avec le plus grand désintéressement — une admirable occasion d’exercer leur zèle.
Qu’ils se hâtent donc d’effacer l’injure, prolongée depuis un demi-siècle, qu’on a faite au brave Mazas.
Ils n’ont qu’à choisir, parmi tant de notabilités contemporaines, pour remplacer, à propos, ce nom trop glorieux…

Moine-lai

Delvau, 1866 : s. m. Invalide tombé en enfance, comme on en voit quelques-uns dans la Salle de la Victoire, — l’infirmerie de l’Hôtel des vieux braves.

Mufle

Rigaud, 1881 : Mal élevé, grossier personnage. Le peuple prononce mufe.

France, 1907 : Gymnastique. Poudre de mufle, résine ; argot de l’École navale.

France, 1907 : Homme mal élevé, grossier et hôte, digne d’avoir un mufle au lieu de figure.

Le dimanche, c’est le jour de sortie des mufles. On ouvre les portes toutes grandes et on les lâche. Ils circulent, ils font ce qu’ils veulent. On ne voit que des gens laids, mal habillés, gauches, qui parlent fort et qui rient bête. Ils ont un nom : les endimanchés. Ils sont en récréation. Les jardins publics, les avenues, les boulevards, les cafés leur appartiennent. Ils envahissent les musées et ils disent devant la Joconde ou la Victoire de Samothrace des choses écœurantes, à taper dessus. Des brutes joviales. Les parents se mettent le doigt dans l’œil et les enfants dans le nez. Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? D’où sortent-ils ? C’est de l’humanité inférieure.

(Henri Lavedan)

On dit et écrit à tort muffe.

Ceux qui tuent journellement, lentement, des travailleurs, par économie sur le matériel ou sur le salaire, le font du moins, il faut en convenir, dans des enceintes ad hoc et privées, loin des beaux quartiers, sans scandale et sans bruit… d’une façon comme il faut. Le sang ne coule que par accident…
Tandis que les explosions indignent, effrayent — tout le monde eût pu y être — et font passer les anarchistes pour des muffes, ce qui nuit toujours à l’avenir d’un parti.

(Séverine, Le Journal)

N-i-ni, c’est fini

France, 1907 : Formule négative familière.

— Je sais à quoi m’en tenir à ce sujet : chatte échaudée craint l’eau chaude… Je l’ai entendue assez souvent, cette « romance à Madame », et je m’y suis laissé assez pincer. Mais n-i-ni, c’est fini. — Si tu veux arriver jusqu’à ma chambre à coucher, mon bel ami, il faire en demander la clef au maire de mon arrondissement. Pas de mariage, pas de Suissesse !

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

Le langage des armées républicaines n’avait aucun rapport avec celui des salons, ainsi qu’on peut en juger par ce billet que le général Flavigny adressa à Bonaparte en 1796 :

Citoyen général,
Tes lapins manquent de pain ;
Pas de pain, pas de lapins,
Pas de lapins, pas de victoires.
Ainsi donc, veille au grain,
Et n…i…ni,
C’est fini !

Nanan

d’Hautel, 1808 : Mot d’enfant. Friandise, sucrerie.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien et la jouissance qui en est le résultat, — la plus exquise des friandises, la plus savoureuse de toutes les jouissances.

Mais avec ceux que la victoire
A trahis, fais-le gratuitement ;
Rendre service aux fils de la gloire,
C’est du nanan.

(É. Debraux)

Delvau, 1866 : s. m. Chose exquise, curieuse, rare, — dans l’argot des grandes personnes. C’est du nanan ! C’est un elzévir, ou un manuscrit de Rabelais, ou une anecdote scandaleuse, ou n’importe quoi alléchant.

Delvau, 1866 : s. m. Friandise, gâteau, — dans l’argot des enfants, qui disent cela de tout ce qui excite leur convoitise.

France, 1907 : Friandise : jargon des enfants, passé dans la langue des grandes personnes.

— Du nanan dans toutes les cantines, des belles Italiennes pour friser la moustache aux vainqueurs, et après un quart l’heure de repos, le chemin de la gloire… Halte !… front !…

(Ernest Capendu, Le Tambour de La 32e)

Ce mot s’emploie aussi au figuré :

— C’est des aubaines qui ne sont pas faites pour moi, dit-elle. Un général ! Il lui faut du nanan. Une ménagère plantureuse ou alors une jeunesse.

(Hector France, Le Roman d’une jeune fille pauvre)

Noir

d’Hautel, 1808 : C’est sa bête noire. Pour, c’est la chose qu’il déteste le plus, qu’il ne peut souffrir.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il n’est pas si méchant qu’on le fait ; qu’on ne puisse en venir à bout.
Le temps est bien noir, il pleuvra des prêtres. Se dit lorsque le temps est couvert, et menace ruine.
Il a l’ame noire comme du charbon. Se dit d’un homme chargé de crimes.
Être dans son noir. Pour, être taciturne, et dans son jour de mauvaise humeur.
Il voit tout en noir. Se dit de quelqu’un qui ne voit que le mauvais côté d’une affaire, ou qui prévoit des événemens tristes et fâcheux.

Larchey, 1865 : Café. — Allusion de couleur.

Je paie le noir et je m’enfile de douze sous.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. f. Café noir, — dans l’argot des voyous. Ils disent aussi Nègre pour un gloria, et Négresse pour une demi-tasse.

Rigaud, 1881 : Café. — Un noir chic, un café additionné de beaucoup de chicorée.

Rigaud, 1881 : Plomb, — dans l’argot des couvreurs. — Pierre noire, ardoise.

La Rue, 1894 : Café. Petit noir, tasse de café.

France, 1907 : Meurtrissure.

— Non, Monsieur, laissez-moi, je ne joue plus avec vous.
— Et pourquoi, ma grosse Victoire ?
— Parce que vous me pincez.
— Oh ! si doucement.
— Avec ça ! J’ai le derrière couvert de noirs.

(Les Propos du Commandeur)

Nounou

Delvau, 1866 : s. f. Nourrice, — dans l’argot des enfants et des mamans.

France, 1907 : Nourrice. Redoublement enfantin de la première syllabe. Dans le Midi et principalement Le Béarn, nounou signifie dormir, dans la langue des nourrices et des enfants : Ha nounou, faire dodo. A na a nounou, aller à dodo ; nana en espagnol.

Soudain il avisa sur un banc une petite nounou… Oh ! mes enfants ! ce qu’elle était chouette ! mille baïonnettes ! avec son petit tablier blanc bien plissé, son grand bonnet et sa robe noire qui moulait d’une façon avantageuse les rondeurs de la poitrine… et des rondeurs, oh ! là là !…

(La Baïonnette)

C’étaient les académiciens. En sortant de l’Institut, par ce beau jour de soleil, ils s’étaient rendus en bande aux Champs-Élysées, sans doute afin de rencontrer les nounous aux fortes mamelles qui étalent aux passants les richesses de leurs corsages.

(Don Juan)

Quelle est gentill’ ma p’tit’ nounou,
Elle arriv’ tout droit du Poitou ;
A son p’tit quand ell’ donne à boire,
Y en a pas deux comm’ ma Victoire :
Rose et joufflu’, rond’ comme un chou,
Qu’elle est gentill’ ma p’tit’ nounou !

(Villemer-Delormel)

Nunc est bibendum

France, 1907 : « Maintenant il faut boire », il faut nous réjouir : mots tirés d’une ode d’Horace célébrant la victoire d’Actium.

Ordonne (Madame j’)

France, 1907 : Femme impérieuse, qui aime à commander, qui veut que tout le monde plie devant elle, mari, enfants, domestiques.

Quand s’lèv’ Madame J’ordonne
Demand’ son chocolat :
Dépêchez-vous, la bonne,
Surtout n’en buvez pas.

(Rémy, Victoire la cuisinière)

Pacha à trois queues

France, 1907 : Cette expression, fort usitée autrefois, l’est encore en certaines provinces pour désigner un riche oisif qui passe sa vie dans une douce mollesse, comme l’on représente les pachas de l’Orient. La queue de cheval est le signe distinctif des pachas, qui la font porter devant eux au bout d’une hampe surmontée d’un croissant. C’est le fanion de nos généraux commandant un corps d’armée. Le dignitaire le plus élevé dans la hiérarchie militaire de l’empire turc est le pacha à trois queues. C’est pour célébrer une victoire remportée grâce à une queue de cheval que le général turc fit attacher à une lance en signe de ralliement, alors que ses troupes étaient en pleine déroute, que cet appendice est devenu un signe d’honneur parant les étendards. Un journal comique relate cette petite scène conjugale :

Le mari au lit, lisant son journal :
Dis donc, Lolotte, le pacha de Trébizonde qui a six cents femmes. C’est un pacha à trois queues.
La femme : Oh ! mon pauvre Joseph, quel triste pacha tu ferais !

Payent l’amende (les battus)

France, 1907 : Cette vielle et amère boutade de la sagesse des nations a malheureusement été vraie à toutes les époques et l’est trop souvent encore aujourd’hui. Le faible, le miséreux, les pauvres gens que l’adversité accable sont punis comme des coupables. On emprisonne parce qu’on n’a pas de gite, parce qu’on est pauvre, parce qu’on a faim, Au moyen âge, cette expression n’avait rien de figuré. C’était la réalité même. On vidait un différend par les armes. Le juge prononçait qu’il échéait gage de bataille, et les deux parties allaient plaider leur cause en champ clos sous les yeux du juge. Les nobles combattaient avec l’épée, les vilains se servaient du bâton. La victoire prouvait le droit ; la raison du plus fort était la meilleure. « Quand, dit Didier Loubens, les contestations reposent sur des matières criminelles, le vaincu, s’il ne succombait pas sous l’arme de son adversaire, était livré au bourreau pour avoir la main coupée… Lorsque, au contraire, elles appartenaient à des matières civiles, le vaincu et les témoins qui avait pris son parti se rachetaient de la peine encourue par la défaite en payant une amende plus ou moins forte comme satisfaction au vainqueur, de là le proverbe : « Les battus payent l’amende. » Bon vieux temps ! Le duel n’est qu’un restant de cet âge de barbarie. »

Pékin, péquin

Rigaud, 1881 : Bourgeois, tout individu qui ne porte pas l’uniforme militaire, — dans le jargon des troupiers. Mot à mot : habitant de Pékin, Chinois, pour exprimer et la distance qui sépare le civil du militaire et le peu de cas qu’on fait du bourgeois au régiment.

Les pékins et les militaires,
Toujours courant, toujours dehors,
Vont et viennent, fiévreuse foule
Comme une frémissante houle.

(A. Pommier, Paris)

France, 1907 : Sobriquet que les militaires donnent aux civils. Depuis l’obligation pour tous du service militaire, ce mot est beaucoup moins en usage qu’autrefois. L’orthographe diffère suivant l’origine qu’on lui donne et en cela les étymologistes ne sont nullement d’accord. Littré était d’abord disposé à ne voir dans pékin que l’étoffe de ce nom que, sous le premier empire, les civils portaient en pantalon comme les militaires le nankin. On distinguait de la sorte à première vue, dit-il, le militaire de celui qui ne l’était pas. Mais, d’après le supplément de son Dictionnaire, pékin daterait de la fête de la Fédération. « À cette fête il y avait des délégués militaires et des délégués des cantons ; la plaisanterie vit dans les cantons la ville de la Chine, et y substitua le nom de la capitale, Pékin. »
Ampère, de son côté, pense que ce mot vient du latin paganus, paysan, villageois, par opposition à soldat ; d’autres lui donnent pour origine l’espagnol pequeno, petit ; d’autres encore en font une altération des vieilles expressions injurieuses piquechien et pissechien. « à moins, dit Charles Royan dans ses Petites Ignorances de la conversation, qu’il ne soit tout simplement une façon de dire chinois, mot qui se prend vulgairement dans un sens dédaigneux et burlesque ».
Mais, ajoute-t-il, mous inclinons à penser que péquin, usité surtout dans l’armée, a pris naissance au milieu des soldats, et c’est pourquoi nous adoptons plus volontiers l’explication du colonel Aubert : « Le père Daniel, dans son Histoire de la milice française, parle des piquenaires, sorte de soldats à pied, qu’il ne faut pas confondre avec les piquichinis, mauvais soldats, sorte de valets d’armée, fort nombreux dans les armées de Charles VI. Les piquichinis ou piquinis, d’origine italienne, méprisés des véritables soldats, firent tant par la maraude que leur nom devint un terme de mépris dans les armées. De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mot piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny de pékin ; un autre dialogue est intitulé les pékins de Montauban. »
Élisée Reclus, de son côté, donne une autre explication qu’il a trouvée dans les ouvrages du docteur Louis-Joseph Janvier :

Les Pauvres Haïtiens étaient toujours prêts à se soulever, dans l’espérance constamment déçue d’arriver enfin à cette possession du sol qui pouvait les rendre libres. Haïti eut ses guerres de paysans ou de piquets. Telle serait aussi en France l’origine du mot péquin, changé en pékin, qu’emploient les soldats de métier pour qualifier les civils ou militaires d’occasion, c’est-à-dire des gens simplement munis de pèques ou piques, armes impuissantes contre les fusils et les canons.

Après l’expédition de Chine, le général de Montauban, averti que Napoléon III désirait lui accorder un titre rappelant ses victoires, avait une peur atroce que l’empereur ne le fit duc de Pékin. « Duc de Pékin, disait-il, cela sonnerait bien mal pour un militaire. » On sait qu’il fut fait comte de Palikao.

En vain l’on veut rester pékin,
Quand on a-z-eu la chance
De s’fourrer dans le creux d’la main
Un numéro de partance.
Le sac sur le dos,
En bott’s ou sabots,
N’y a qu’un parti-z-à prendre ;
La loi vous le dit :
En route, conscrit !
Au corps il faut se rendre.

Disons, pour terminer, que dans le patois des Pyrénées, pec, peguin signifient niais, imbécile, idiot. Ne faudrait-il pas aller là pour trouver l’étymologie de pekin ?

Petit caporal

Larchey, 1865 : Napoléon Ier. — Allusion au grade imaginaire que lui décerna l’enthousiasme de ses soldats, au lendemain d’une victoire.

Le souhait de S.M. Prussienne et les appréciations du petit caporal.

(M. Saint-Hilaire)

Delvau, 1866 : n. d’h. Napoléon, — dans l’argot des vieux troupiers. Ils disaient encore : l’Autre, le Petit Tondu et le Père la Violette.

Merlin, 1888 : Les anciens soldats désignaient ainsi Napoléon Ier, qu’ils appelaient également le petit Tondu, l’Autre, la Redingote grise, le père La Violette.

Petit-maître

France, 1907 : Ce sobriquet fut d’abord appliqué au prince de Condé et à ceux de sa suite qui, après les victoires de Lens, etc., revinrent à Paris et choquaient tout le monde par leur orgueil et leurs grands airs.

Franc étourdi qui se faisait connaitre,
Par ses grands airs, pour homme écervelé,
Et qu’à la cour on nommait petit-maître,
Vieux sobriquet qui s’est renouvellé.

(Grécourt)

Piquer le nez (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Boire avec excès, à en devenir ivre, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Se payer une belle soulographie (Argot du peuple).

France, 1907 : Se griser.

Après un duel à l’épée.
Le vainqueur a fait de sérieuses libations pour célébrer sa victoire.
Un ami le rencontre, le soir même, titubant sur le boulevard :
— Tiens ! tu as réussi à te blesser toi-même…
— Moi, blessé ?
— Dame, tu viens de te piquer le nez !

Racontar

Rigaud, 1881 : Racontage. — Bavardage imprimé dans un journal.

France, 1907 : Mensonges, cancans, faux bruits. A. Delvau attribue à Aurélien Scholl la paternité de ce mot.

Les racontars les plus effrayants circulaient de nouveau, démentis dix minutes après pair le récit d’une prétendue victoire : l’armée prussienne était anéantie ; le prince Frédéric-Charles était fait prisonnier ; Bismarck avait proposé un armistice. Puis c’était le duché de Bade envahi par un corps d’armée et les Allemande pris à revers.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Roupie

Vidocq, 1837 : s. f. — Punaise.

Larchey, 1865 : Punaise (Vidocq). — Elle a en effet la forme et la couleur d’une roupie de tabac.

Delvau, 1866 : s. f. Mucosité de couleur ambrée qui sort du nez des priseurs, et tombe tantôt sur leur chemise, tantôt dans leur potage. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Punaise, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Punaise.

Rossignol, 1901 : Une chose qui ne vaut rien, pas grand’chose ou qui est laide, est une roupie.

Hayard, 1907 : Laid, mauvais, sans valeur.

France, 1907 : Chose de nulle valeur.

— Tu vois ces bourgeois qui passent… les vieux serviteurs, les ex-militaires, nous autres, nous ne sommes que de la roupie pour eux. À peine si le pays se souvient. L’Empire, le Caporal, sa Garde et ses victoires, ça n’a abouti dans le monde qu’aux coups de chapeaux de l’étranger, des blagues ! C’est foutrement triste, mais ça y est !

(Georges d’Esparbès)

France, 1907 : Goutte qui pend au nez.

C’étaient, évidemment, des vaincus de la vie. Ils appartenaient, l’un et l’autre, à la catégorie des pauvres et mélancoliques vieillards, au linge douteux, aux vêtements râpés, qui fuient la solitude, qui sont toujours hors de chez eux, parce que leur taudis est trop lugubre, et qu’on voit somnoler l’été dans les jardins, et, l’hiver, dans les bibliothèques. Ceux-ci connaissaient bien — on pouvait le parier — les meilleures places dans les églises, près de la bouche du calorifère, et ils avaient certainement taché de plus d’une roupie les volumes de l’Arsenal et de la Mazarine.

(François Coppée)

France, 1907 : Punaise.

anon., 1907 : Laid.

Sauter le pas

Delvau, 1866 : v. a. Faire faillite et, par extension, Mourir, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi Faire banqueroute à la vertu, — en parlant d’une jeune fille qui se laisse séduire. On dit aussi La sauter.

Delvau, 1866 : v. a. Se décider à faire une chose, sans se préoccuper de ses conséquences. Argot du peuple.

La Rue, 1894 : Faire faillite. Mourir. Dire adieu à la vertu.

France, 1907 : Mourir.

Cadet Roussell’ ne mourra pas,
Car avant de sauter le pas,
On dit qu’il apprend l’orthographe
Pour fair’ lui-mêm’ son épitaphe,
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment
Cadet Rousselle est bon enfant.

(Vieille chanson)

France, 1907 : Perdre sa virginité.

Le drôle ! En lui, tout criait sa victoire si difficilement remportée, et je lus clairement en ses prunelles gouailleuses tout ce qu’il pensait et n’osait dire : « Elle a sauté le pas, enfin, et demain, sinon aujourd’hui, c’est elle qui me harcèlera. Ses contusions, elle ne s’en ressentira plus bientôt, et quand les égratignures que je lui fis seront cicatrisées, elle me suppliera de lui en faire d’autres plus profondes. »

(Léon Cladel, La Juive errante)

Siroter

d’Hautel, 1808 : Gobelotter, faire débauche de vin ; grenouiller, lamper, ivrogner.

Larchey, 1865 : Boire.

Son bonheur était d’aller siroter le vin à dix de la Courtille.

(Ricard)

Delvau, 1866 : v. a. Boire plus que de raison. Signifie aussi Boire à petits coups.

Delvau, 1866 : v. n. et a. Nettoyer à fond la tête de quelqu’un, la bien peigner, friser et pommader. Argot des coiffeurs.

Rigaud, 1881 : Boire à petits coups. Savourer ce qu’on boit.

Rigaud, 1881 : Coiffer, friser et pommader avec soin, — dans le jargon des coiffeurs.

France, 1907 : Boire. Siroter une négresse, boire une bouteille de vin.

Ils étaient vieux. Ils étaient deux :
Elle, était simplement sa bonne,
Lui n’avait servi que Bellone,
Ils étaient encore amoureux.
Le vieux aimait à siroter
Et souvent, la nuit, après boire,
L’ancien ne pouvait plus chanter victoire !

(Aristide Bruant)

Sportsman

Delvau, 1866 : s. m. Homme de cheval, habitué des courses.

France, 1907 : Homme qui s’occupe de sports.
Le pluriel est sportsmen.

Les jours du Grand Prix de Paris, Mabille était envahi par une foule de sportsmen, et suivant la nationalité du cheval qui avait remporté la victoire, Anglais ou Français la célébraient en buvant d’énormes quantités de champagne, accompagnées d’une grêle de coups de poings.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Stud-book

France, 1907 : Registre de courses où sont inscrits le nom, la généalogie, les victoires des pur sang. Anglicisme : littéralement livre des haras. Sa création en France date de 1832.

Sans être un fervent des fêtes du turf et des compétitions hippiques, ni même un parfait connaisseur du Stud-Book, j’accorde au cheval de luxe l’admiration qui est due à tout ce qui est beau, fort, noble, fier et élégant dans sa forme, son caractère et ses mouvements.

(Octave Uzanne)

Taffeur

Delvau, 1866 : s. m. Poltron. Le Royal Taffeur. Régiment aux cadres élastiques, où l’on incorpore à leur insu tous les gens qui ont donné des preuves de couardise.

Virmaître, 1894 : Poltron.
— Il est tellement taffeur que l’on ne lui fourrerait pas une feuille de papier à cigarette entre les fesses (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Poltron.

Eh ! oui, mille tonnerres, c’est surtout quand il s’agit de grèves que les bons bougres doivent être marioles.
Quand des prolos se foutent en grève s’ils sont patraques, routiniers, gnan-gnan, méticuleux et taffeurs, y a pas d’illusion à se faire sur leur sort : ce qui leur pend au nez, — mieux qu’une aune de boudin, — c’est la défaite !
Pour décrocher la victoire, il faut avoir du sang dans les veines, — et non du pissat de richard : il faut être finauds, roublards, malicieux et audacieux.

(Le Père Peinard)

On appelle Royal-taffeur un régiment imaginaire dans lequel on incorpore tous les poltrons.

Tartare

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti ; médiocre ouvrier, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi Chasseur.

Delvau, 1866 : s. m. Fausse nouvelle, canard politique, — dans l’argot des journalistes et des boursiers. Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l’Alma fût connu, le bruit courut, — et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir — qu’un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d’Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.

Rigaud, 1881 : Garçon de salle chargé d’empêcher de sortir, entre deux classes, les élèves externes qu’une pension envoie au collège.

Rigaud, 1881 : Second ouvrier tailleur, ouvrier qui aide le bœuf.

France, 1907 : Apprenti tailleur.

Des coupeurs, des culottiers, des giletiers, des pompiers, des tartares, nommés aussi petits bœufs.

(G. Macé, Mon premier crime)

Tomber sur le dos

Delvau, 1864 : Se faire baiser.

Tiens ! v’là Victoire qui roule sa bosse.
— Pauvre fille ! si gentille, si sage… car enfin elle ne sort jamais.
— Parbleu ! elle sera tombée dans l’escalier ; c’est là qu’elle aura attrapé ça.

(Souvenirs de carnaval)

Mais aussi qui ne tombe pas
Au premier mot qu’on lui dise.

(Bussy-Rabutin)

Ce sont filets et pièges pour donner le saut et faire tomber à la renverse les femmes et les filles.

(Noël du Fail)

Triomphe

d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas chanter triomphe avant la victoire. Pour, il ne faut se réjouir d’une affaire, d’une chose, que lorsqu’elle a été couronnée du succès.

Rigaud, 1881 : « Le triomphe est une vieille coutume de Saint-Cyr, qui consiste à promener sur une prolonge d’artillerie les vainqueurs du jour (lors de l’inspection) tandis, que les élèves forment dans la cour une immense farandole et chantent le chœur légendaire de la Galette. » (Figaro, du 26 juillet 1877)

France, 1907 : Vieille coutume de Saint-Cyr qui consiste à promener sur une prolonge d’artillerie les vainqueurs du jour, lors de l’inspection générale. Les élèves suivent en formant une farandole et chantant la Galette.

Veni, vidi, vici

France, 1907 : Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. Mots que César envoya au sénat romain pour annoncer sa victoire sur le roi du Bosphore et du Pont Pharnace II, à Zela.

Victoire

d’Hautel, 1808 : Crier victoire. S’enorgueillir, se glorifier, faire le fanfaron, se trop prévaloir de quelque succès.

Larchey, 1865 : « Quant à la chemise, c’est au marché Saint-Jacques, chez Mlle Victoire, qu’ils (les chiffonniers) vont la chercher. Ils l’appellent du nom de la marchande, une victoire. Elle leur coûte dix sous ; quelquefois moins, jamais plus. »

(Berthaud)

Delvau, 1866 : s. f. Chemise, — dans l’argot des chiffonniers, qui ont voulu consacrer ainsi le souvenir d’une marchande du faubourg chez laquelle ils se fournissaient.

Virmaître, 1894 : Chemise. Ce mot n’est pas employé, comme le dit A. Delvau, pour consacrer le souvenir d’une marchande qui fournissait les chiffonniers.
— Victoire ! J’ai enfin pu gagner de quoi m’acheter une limace pour balancer celle que je porte depuis six mois (Argot des chiffonniers).

Voir le loup

France, 1907 : Perdre sa virginité.

Ah ! les commères ! Il fallait que Pierre fût bien absorbé pour ne rien entendre des gentils propos :
— A pas peur, sa mère n’aura pas besoin, ce soir, de lui faire le p’tit sermon.
— Elle a vu le loup.
— Vot’ fils en sait quèque chose, hein, la mère Legrand ?
Et les rires soulignaient les saillies populacières.

(A. Roguenant)

C’est là qu’à Bébé la nounou
Raconte qu’elle a vu le loup,
Un soir, dans les bois de Saint-Cloud,
— Vraiment, Victoire ?
Il t’a fait mal ? — Pas su’l’moment,
Mais quelques mois après sûr’ment !

(L. Xanrof, Gil Blas hebdomadaire)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique