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À la corde (logement)

France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre)

Absinthe (faire son)

Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Adjudant (tremper un)

Merlin, 1888 : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour les cuisiniers en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont, pour divers motifs, le plus d’intérêt à satisfaire. Aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut rechercher l’origine de cette expression ?

Fustier, 1889 : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d’intérêt à satisfaire ; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut chercher l’origine de cette expression ?

(Merlin, La langue verte du troupier)

France, 1907 : Tremper un morceau de pain dans le premier bouillon, ce que font généralement toutes les cuisinières ; argot militaire.

Américaine

Larchey, 1865 : Voiture découverte à quatre roues.

Une élégante américaine attend à la porte de l’hôtel Rothschild. Un homme fort bien mis y monte, repousse un peu de côté un tout petit groom, prend lui-même les guides et lance deux superbes pur-sang au galop.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. f. Voiture découverte à quatre roues. Argot des carrossiers.

Arche de Noé (c’est l’)

France, 1907 : Il y a toute sorte de bêtes. Se dit d’une maison ouverte à tout le monde.

Arnaque

Halbert, 1849 : Agent de sûreté.

Virmaître, 1894 : Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.

Rossignol, 1901 : Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.

Arranger

d’Hautel, 1808 : Il l’a joliment arrangé. Pour il l’a vertement réprimandé ; il l’a invectivé ; il l’a houspillé de manière à ce qu’il s’en souvienne.

Rossignol, 1901 : Tromper ou se tromper dans une vente ou un achat, c’est-à-dire payer ou vendre plus cher que la chose ne vaut, est être arrangé ou arranger. Arrangé veut aussi dire : avoir besoin des soins de spécialistes qui affichent l’adresse de leur domicile dans les urinoirs.

Hayard, 1907 : (Voyez arnaquer) tromper.

France, 1907 : Voler ou tricher.

Assassin

d’Hautel, 1808 : Le peuple dit Assassineur. Si un littérateur distingué, avance dans une Néologie dont il est l’auteur, que l’on doit dire assassinateur, assassinement, pourquoi ne seroit-il pas permis au peuple, privé des ressources de l’étude et de l’instruction, de dire tout simplement assassineur ?
Un assassineur de morts.
Terme de dérision, pour dire un bravache, un fanfaron, un enfonceur de portes ouvertes.

France, 1907 : Adversaire politique ou religieux ; homme qui ne pense pas comme vous.

L’abbé Grégoire, le conventionnel, écrivait un jour à l’un de des collègues :
— Venez donc dîner demain chez moi. Hier, à la tribune, vous m’avez appelé assassin. Mais, en politique, on sait qu’un assassin est un homme qui n’a pas les mêmes opinions que vous.

Avertineux

Delvau, 1866 : adj. m. Homme difficile à vivre, d’un caractère ombrageux à l’excès, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’avertineux vient d’avertin, et qu’avertin vient d’avertere (a indiquant éloignement et vertere, tourner), « mal qui détourne l’esprit ».

France, 1907 : Soupçonneux, irritable ; argot du peuple.

Avoir la queue verte

Delvau, 1864 : Être frais et dispos pour le combat amoureux, être vaillant au lit.

Bailler une cotte rouge à une fille

France, 1907 : Lui prendre sa virginité. Cette expression, qui date du XVIe siècle, s’est conservée dans quelques provinces. Bailler une cotte verte, c’était jeter une fille sur l’herbe.

Jaques au lieu de bailler la cotte verte à s’amie, luy bailla la cotte rouge.

(Heptaméron)

Dans le patois d’Auvergne, on dit d’une fille séduite : O toumbat un fer. La paysanne dépucelée, honteuse et croyant que tous l’observent, a en effet l’allure fausse d’un cheval qui a perdu un fer.

Basane

Delvau, 1866 : s. f. Amadou, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Peau du corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Tanner la basane. Battre quelqu’un.

La Rue, 1894 : Peau du corps humain. Amadou. Faire une basane. Défier du geste.

Virmaître, 1894 : Peau. Les tabliers des forgerons se nomment basane (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Taper sa cuisse en faisant avec la main un geste significatif et dire : « Tiens, voilà pour toi, ou va porter ça à ton capitaine », est tailler une basane.

France, 1907 : La peau. Tanner la basane à quelqu’un, le battre ; tailler une basane, « Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, avec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante. » (Léon Merlin, La langue verte du troupier)

On dit aussi basane pour amadou.

Bâter l’âne

France, 1907 : Accomplir l’acte qui perpétue les espèces ; vieille expression.

Depuis, pour parler en paroles couvertes, on a dit bâter l’âne.

(Béroalde de Verville)

Battre la couverte

Delvau, 1866 : v. a. Dormir, — dans l’argot des soldats.

Rigaud, 1881 : Dormir, — dans le jargon des troupiers, C’est-à-dire : rabattre la couverte.

France, 1907 : Dormir.

Belle petite

France, 1907 : Même sens que ci-dessus.

Pour la circonstance, elle avait pris ce que les femmes de cette catégorie appellent une tenue de femme honnête. Elle portait un petit chapeau fermé, très simple, recouvert d’une épaisse voilette, et sous la fourrure entr’ouverte on voyait une robe de soie noire d’une parfaite sévérité. Néanmoins, il s’exhalait de toute sa personne ce léger parfum de la femme galante, ce je ne sais quoi provocant qui fait qu’un Parisien expérimenté reconnait aussitôt ce que nos pères appelaient une cocotte, et que l’argot du jour appelle une belle petite.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

Bibine

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.

On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.

(Imbert, À travers Paris inconnu)

Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.

Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.

Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.

Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.

France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.

Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.

Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.

Bleue, verte, pure

anon., 1907 : Absinthe.

Bon

d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron.
Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.

Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.

Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !

(Balzac)

C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.

Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.

(Chenu)

Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.

Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.

Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.

La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.

France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.

Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.

(Zola)

Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.

Bonjour (voleur au), bonjourier

Larchey, 1865 : « Voleur s’introduisant de grand matin dans les maisons où les bonnes laissent les portes entr’ouvertes et dans les hôtels garnis dont les locataires ne ferment pas leurs chambres. » — Canler. — Allusion ironique à l’heure matinale choisie par le voleur ; il vous souhaite en quelque sorte le bonjour.

Bouche

d’Hautel, 1808 : Être sur sa bouche. Signifie faire un dieu de son ventre ; employer tous ses revenus à la table.
Il a la bouche cousue. Se dit d’un homme dont on a acheté le secret.
Il est comme Baba la bouche ouverte. Se dit par raillerie d’un niais ; d’un Colas ; d’un sot, qui a toujours la bouche béante, et qui s’extasie sur les choses les plus frivoles et les moins dignes d’attention.
Être à bouche que veux-tu. Nager dans l’abondance : avoir tout ce que l’on peut désirer. On dit dans un sens à-peu-près semblable, Traiter quelqu’un à bouche que veux-tu, pour le servir à souhait.
Avoir bouche à cour. Avoir son couvert mis dans une grosse maison.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Se dit de quelqu’un qui parle contre sa façon de penser ; qui s’épuise en vaines protestations.
Faire bonne bouche. Garder le meilleur pour la fin.
Faire bonne bouche à quelqu’un. Le flatter par ce que l’on sait qu’il aime à entendre ; amuser son imagination par des chimères agréables.
Faire la petite bouche. Faire des façons, des simagrées ; faire mal à propos le petit mangeur, le discret.
Manger de broc en bouche. C’est-à-dire, brûlant, à la manière des goulus.
Il n’a ni bouche ni éperons. Se dit d’un homme qui manque de tête, d’esprit et de cœur.
Un homme fort en bouche. Manant, homme grossier, qui a la repartie vive et injurieuse.
Un Saint Jean bouche d’or. Bavard ; homme faux, inconséquent, indiscret.
Faire venir l’eau à la bouche. Mettre en appétit ; faire désirer quelque chose à quelqu’un, l’induire en tentations.
Il a toujours la parole à la bouche. Se dit d’un homme qui est toujours prêt à parler.
Entre la bouche et le verre il arrive beaucoup de choses. Pour dire qu’il ne faut qu’un moment pour faire manquer une affaire qui paroissoit très-assurée.
S’ôter les morceaux de la bouche pour quelqu’un. Manière exagérée de dire que l’on épargne, que l’on économise beaucoup pour fournir aux dépenses de quelqu’un.
Laisser quelqu’un sur la bonne bouche. Le laisser dans l’attente de quelque chose qui touche fortement ses interêts.

Boule

d’Hautel, 1808 : Pour dire tête. Perdre la boule. Signifie perdre la tête, la tramontane, devenir fou.
Tenir pied à boule. Être assidu, attache à besogne, ou marquer de la tenacité dans une affaire.
Rond comme une boule. Se dit d’un homme surchargé d’embonpoint, gros, bouffi et replet.

Vidocq, 1837 : s. f. — Foire ou fête.

Vidocq, 1837 : s. f. — Tête.

Halbert, 1849 : Foire.

Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.

Polissonne de boule ! en fais-tu des caprices ?

(Les Amours de Mayeux, chanson, 1833)

Perdre la boule : Perdre la tête.

Mais Javotte a perdu la boule.

(E. de Pradel, 1822)

Boule de son : Figure couverte de rousseurs. — Celles-ci sont appelées communément taches de son. L’image est juste. — Boule de son : Pain de munition. — Il contenait autrefois beaucoup trop de son. — Boulendos : Bossu (Vidocq). — Allusion à l’effet de la bosse sous l’habit : on paraît avoir une boule dans le dos.

Delvau, 1866 : s. f. Foire, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple. Bonne boule. Physionomie grotesque. Perdre la boule. Ne plus savoir ce que l’on fait.

Rigaud, 1881 : Chien boule-dogue, boule-terrier.

Rigaud, 1881 : Foire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tête, visage. — Boule de siam, visage grotesque. — Boule de singe, personne laide.

La Rue, 1894 : Foire. Tête.

France, 1907 : Tête. Bonne boule, physionomie drôle ou sympathique ; perdre la boule, ne pas savoir ce que l’on fait ; avoir la boule détraquée. Boule de Siam, tête grotesque ; boule de neige, nègre ; boule de son, figure marquée de taches de rousseur appelées aussi taches de son.

Bouquet

d’Hautel, 1808 : On dit d’un vin qui a un goût agréable, qu’il a un joli bouquet.
Vous n’êtes pas encore au bouquet. Se dit par ironie d’une affaire désagréable-dont le résultat doit être pis encore que les commencemens.
Voilà le bouquet. Pour dire la fin, la conclusion.
Elle a le bouquet sur l’oreille. Se dit d’une demoiselle qui est à marier, ou qui montre de bonne heure des dispositions à l’œuvre du mariage.
Faire porter le bouquet. C’est-à-dire, être infidèle à la foi conjugale.
Donner le bouquet à quelqu’un, équivaut à donner le bal. C’est-à-dire, lui faire de vives réprimandes, le tancer vertement.

Ansiaume, 1821 : Don.

Il faut un bouquet au vadoult pour qu’il donne l’affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Accident heureux ou malheureux. C’est le bouquet ! Cela complète mon malheur.

Delvau, 1866 : s. m. Boni, prime de 25 pour cent accordée à L’homme de peine qui a voulu s’abstenir ; chopin de la première affaire. Argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Cadeau, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Gratification de voleur à voleur.

Rigaud, 1881 : La fin d’un événement important, d’une conversation. — C’est le bouquet, c’est le plus beau, le plus surprenant de l’affaire ; par allusion au bouquet final d’un feu d’artifice.

Virmaître, 1894 : Quand un nourrisseur de poupard a bien préparé une affaire, et que le vol a été fructueux, il reçoit une prime de ses complices, quelquefois quarante pour cent ; cela se nomme recevoir un bouquet (Argot des voleurs).

France, 1907 : Cadavre, à cause sans doute de l’odeur ; argot des faubourgs. « Mince ! il y a cinq bouquets à la Morgue. » Cadeau. C’est le bouquet, c’est le comble, ce qui termine le désastre ou la fête ; allusion au bouquet des feux d’artifices.

Bourbe (la)

Delvau, 1866 : Nom que le peuple s’obstine à donner à l’hospice de la Maternité de Paris, malgré l’espèce d’infamie cruelle qui semble attachée à cette appellation.

Rigaud, 1881 : L’hospice de l’Accouchement, — dans le jargon du peuple. Ainsi nommé eu souvenir de la rue de la Bourbe où cet hospice était primitivement situé. — Aller pondre à la Bourbe. — Aller faire dégonfler son ballon à la Bourbe, aller accouchera la Bourbe.

La Rue, 1894 : L’hospice de la Maternité.

France, 1907 : Hôpital de la Maternité ; argot des faubouriens.

Le moment terrible vint ou les douleurs de l’enfantement se firent sentir. La malheureuse n’avait plus de gite. Elle avait dépensé son dernier sou. Elle errait dans les rues sans dormir ni manger. Enfin, elle alla frapper à la porte de la Maternité qui ne lui fut pas ouverte. « Il n’y a plus de place à la Bourbe, ma petite, lui dit un interne, va voir à la Clinique. »

(Michel Morphy, Le Vampire)

Boye

Vidocq, 1837 : s. m. — Bourreau d’un bagne, forçat chargé d’administrer la bastonnade à ses compagnons d’infortune. Il est déferré.
Le forçat qui doit recevoir la bastonnade, est étendu sur le ventre et placé sur un lit de camp, nu jusqu’à la ceinture ; le Boye, armé d’une corde goudronnée, de quinze à vingt lignes de diamètre, lui en applique quinze, vingt-cinq ou cinquante coups sur le dos, chaque coup enlève la peau et quelquefois la chair.
Cet horrible châtiment emprunté aux mœurs orientales, est administré seulement sur l’ordre du commissaire du bagne, qui est présent à l’exécution, qui souvent encourage le Boye de la voix et du geste, et le menace même, si, cédant à un mouvement de commisération, il ne se sert pas de toute la vigueur de son bras.
Le Boye reçoit une carte de vin, environ trois demi-setiers pour chaque exécution ; quelquefois il compose avec le patient qui veut être ménagé, et qui a les moyens de payer ; pour celui-là, il a un rotin de coton noirci ; mais si la supercherie est découverte, il est bâtonné à son tour.
La peine de la bastonnade est une peine immorale, parce qu’elle n’est autorisée par aucune loi, parce qu’elle ne corrige pas, puisqu’il est constant que c’est presque toujours aux mêmes forçats qu’elle est infligée. Les armées françaises et prussiennes sont les seules de l’Europe dans lesquelles les punitions corporelles ne sont pas admises, et cependant ces armées sont citées à toutes les autres comme des modèles à suivre. Lorsque l’expérience a démontré l’inefficacité d’une mesure, lorsque surtout cette mesure n’est pas en harmonie avec le caractère et les mœurs du peuple chez lequel elle est usitée, on s’étonne que l’on n’y renonce pas.
Un forçat qui a reçu six ou huit fois la bastonnade, meurt ordinairement d’une maladie de poumons ; cependant il se rencontre quelquefois de ces organisations vigoureuses qui résistent à tout, et parmi celles-là, il faut citer un individu nommé Benoit, et surnommé Arrache l’âme, qui fut bâtonné trente-cinq fois dans l’espace de seize années, et qui cependant quitta le bagne frais et vigoureux.

Clémens, 1840 : Flagelleur du bagne.

France, 1907 : Condamné qui remplit les fonctions de bourreau dans les pénitenciers de Cayenne et de la Nouvelle-Calédonie. Le mot est vieux et se trouve dans Rabelais.

Bredouille

d’Hautel, 1808 : Dire deux mots et une bredouille. S’expliquer franchement et avec sévérité sur le compte de quelqu’un ; dire ouvertement ce qu’on pense de lui.
Se coucher bredouille. Pour se coucher sans souper. Signifie aussi se coucher ivre.

Virmaître, 1894 : Suivre une femme et ne pas réussir à la lever. Aller à la chasse et revenir bredouille (n’avoir rien tué). Aller chercher de l’argent et n’en pas recevoir. Mot à mot, bredouille est le synonyme de rater (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Partir pour une affaire et ne pas réussir, c’est revenir bredouille. Le chasseur qui n’a rien tue revient bredouille.

Brown-Séquardiser

France, 1907 : Ce néologisme a été introduit tout récemment (1889), à la suite des découvertes ou prétendues découvertes du docteur Brown-Séquard, qui, au moyen d’injections sous-cutanées de liquides organiques spéciaux, affirmait rendre aux vieillards la force et la virilité de la jeunesse.

Disons que si la méthode brown-séquardienne a rencontré dans le monde savant de très passionnés détracteurs, en revanche elle a trouvé dans le public des partisans enthousiastes. Cela se comprend, à notre époque où la note mystique va s’accentuant de plus en plus, car malgré les résultats négatifs obtenus elle n’a pas peu contribué à suggestionner les cerveaux faibles et séniles, follement épris de cette idée, consolante, d’ailleurs, du rajeunissement perpétuel, et qui ont vu là comme un second mystère de l’incarnation.

(Dr G. Légué)

Il aime aussi celles qui vont.
Sous l’or et les feux d’un plafond.
En découvrant leurs seins sans fraude,
Brown-séquardiser tour à tour,
À la double ruche d’amour
Tous les vieux frileux en maraude.

(Auguste Marin, Femmes d’hiver)

Buisson

d’Hautel, 1808 : Battre les buissons. Aller à la découverte, rôder, espionner, fureter, chercher avec soin.

Californien

Larchey, 1865 : Riche. — Grâce à des découvertes aurifères bien connues, ce mot a remplacé le Pérou dans nos locutions proverbiales.

La jeune fille regrettait de ne pouvoir garder pour elle-même cette bonne fortune californienne.

(Montépin)

France, 1907 : Homme riche. C’est en Californie qu’on allait autrefois faire fortune.

Canapé

Vidocq, 1837 : s. m. — On trouve dans le langage des voleurs, dix, vingt mots même, pour exprimer telle action répréhensible, ou tel vice honteux ; on n’en trouve pas un seul pour remplacer ceux de la langue usuelle, qui expriment des idées d’ordre ou de vertu ; aussi doit-on s’attendre à trouver, dans un livre destiné à faire connaître leurs mœurs et leur langage, des récits peu édifians. J’ai réfléchi long-temps avant de me déterminer à leur donner place dans cet ouvrage ; je craignais que quelques censeurs sévères ne m’accusassent d’avoir outragé la pudeur, mais après j’ai pensé que le vice n’était dangereux que lorsqu’on le peignait revêtu d’un élégant habit, mais que, nu, sa laideur devait faire reculer les moins délicats ; voilà pourquoi cet article et quelques autres semblables se trouveront sous les yeux du lecteur ; voilà pourquoi je n’ai pas employé des périphrases pour exprimer ma pensée ; voilà pourquoi le mot propre est toujours celui qui se trouve sous ma plume. Je laisse au lecteur le soin de m’apprendre si la méthode que j’ai adoptée est la meilleure.
Le Canapé est le rendez-vous ordinaire des pédérastes ; les Tantes (voir ce mot), s’y réunissent pour procurer à ces libertins blasés, qui appartiennent presque tous aux classes éminentes de la société, les objets qu’ils convoitent ; les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot, sont des Canapés très-dangereux. On conçoit, jusques à un certain point, que la surveillance de la police ne s’exerce sur ces lieux que d’une manière imparfaite ; mais ce que l’on ne comprend pas, c’est que l’existence de certaines maisons, entièrement dévolues aux descendans des Gomorrhéens, soient tolérées ; parmi ces maisons, je dois signaler celle que tient le nommé, ou plutôt (pour conserver à cet être amphibie la qualification qu’il ou elle se donne), la nommée Cottin, rue de Grenelle Saint-Honoré, no 3 ; la police a déjà plusieurs fois fait fermer cette maison, réceptacle immonde de tout ce que Paris renferme de fangeux, et toujours elle a été rouverte ; pourquoi ? je m’adresse cette interrogation, sans pouvoir y trouver une réponse convenable ; est-ce parce que quelquefois on a pu y saisir quelques individus brouillés avec la justice ; je ne puis croire que ce soit cette considération qui ait arrêté l’autorité, on sait maintenant apprécier l’utilité de ces établissemens où les gens vicieux se rassemblent pour corrompre les honnêtes gens qu’un hasard malheureux y amène.

Larchey, 1865 : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevards sont de tristes canapés.

Delvau, 1866 : s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon, — dans l’argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.

Rigaud, 1881 : Lieu de promenade ordinaire, sorte de petite Bourse des émigrés de Gomorrhe et des Éphestions de trottoir. — Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot étaient, d’après Vidocq, des canapés très dangereux. Aujourd’hui le passage Jouffroy et les Champs-Élysées sont devenus les lieux de prédilection de ces misérables dévoyés.

La Rue, 1894 : Lieu où se réunissent les individus de mœurs innommables.

Virmaître, 1894 : Femme copieusement douée du côté des fesses. Le mot est en usage chez les pédérastes qui ne recherchent pas cet avantage du côté féminin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Femme copieusement douée du côté des fesses.

Casquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Donner aveuglément dans tous les pièges.

Halbert, 1849 : Croire un mensonge.

Delvau, 1864 : Donner de l’argent à use femme galante quand on est miche, à un maquereau quand on est femme galante. Casquer, c’est tendre son casque ; tendre son casque, c’est tendre la main : la fille d’amour tend la main, et l’homme qui bande y met le salaire exigé pour avoir le droit d’y mettre sa queue.

En ai-je t’y reçu de l’argent des menesses !… Oui, elles ont casqué, et dru !…

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Donner dans un piège. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière — armée — de déposer votre offrande dedans.
Signifie aussi : donner aveuglément dans un piège, — de l’italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première, — celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple : J’ai casqué pour le roublard (je l’ai pris pour un malin).

Rigaud, 1881 : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au casque de Bélisaire dans lequel les âmes sensibles de l’époque déposaient leurs aumônes. — Celui à qui l’on tire une carotte « casque ».

C’est pas tout ça ! Casques-tu, oui ou non ?

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Boutmy, 1883 : v. intr. Payer plus souvent qu’à son tour : faire casquer un plâtre. Par extension, taquiner.

Merlin, 1888 : Abouler, payer pour les autres.

La Rue, 1894 : Payer. Donner dans un piège. Ne pas casquer, refuser.

Virmaître, 1894 : Payer (Argot des filles). V. Billancher.

Rossignol, 1901 : Payer, croire.

C’est une banne pâte, nous allons le faire casquer d’une tournée. — Il casque ; il croit ce que je lui ai dit.

Hayard, 1907 : Payer.

France, 1907 : Payer ; argot populaire.

Un député, occupant, par suite de circonstances spéciales, une très haute position et disposant, de par sa parenté, d’influences considérables, aurait dit ou fait dire à un aspirant au ruban rouge :
— Si vous voulez la décoration, intéressez-vous dans mes affaires pour une somme de…
L’homme aurait casqué, et… aurait été décoré.

(Le Mot d’Ordre)

— Les femmes, vous le savez, je les estime à leur juste valeur et faut vraiment être un vrai pante pour casquer avec elles… Vous savez aussi si je les aime, les pantes… Pourtant il y a des cas où un homme d’honneur est obligé de faire comme eux…

(Oscar Méténier)

Tranquilles, jouissons,
Mangeons, buvons, pissons,
Vivons sans masque,
Jusqu’à satiété,
Car qui, qui Casque ?
C’est la société !

(Jules Jouy)

Mort aux vaches ! Mort aux fripons !
Ceux qui chassent la bête humaine,
Faut-il donc que l’on se démène
Pour aller coucher sous les ponts !
L’œil au guet et l’oreille ouverte,
On se fout un peu des roussins,
On peut se faire des coussins
Avec des paquets d’herbe verte.
On dort mieux sous le bleu du ciel
Quand les megs ont l’âme romaine :
Pas casquer c’est l’essentiel,
La rue apparait large ouverte,
On rigole loin des roussins
Et les mômes ont des coussins
Pour leur tête sur l’herbe verte.

(Edmond Bourgeois)

anon., 1907 : Payer.

Casser le nez (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Avoir une déception plus ou moins amère, depuis celle qu’on éprouve à trouver fermée une porte qu’on s’attendait à trouver ouverte, jusqu’à celle qu’on ressent à voir un amant chez une femme qu’on avait le droit de croire seule.

Rigaud, 1881 : Ne trouver personne, trouver porte close.

France, 1907 : Éprouver une déception.

Casseur

d’Hautel, 1808 : Un casseur. Terme injurieux et de mépris qui équivaut à tapageur, crâne, mauvais sujet, hâbleur, fanfaron.

Larchey, 1865 : Tapageur, prêt à tout casser.

La manière oblique dont ils se coiffent leur donne un air casseur.

(R. de la Barre)

Delvau, 1866 : s. m. Fanfaron, qui a l’air de vouloir tout casser, — dans l’argot du peuple. Mettre son chapeau en casseur. Sur le coin de l’oreille, d’un air de défi.

La Rue, 1894 : Tapageur. Dénonciateur.

France, 1907 : Dénonciateur.

France, 1907 : Tapageur. Se coiffer en casseur, mettre son chapeau sur l’oreille à la façon des anciens fiers-à-bras. Le type est un peu passé, on s’est aperçu que tous ces casseurs n’étaient au fond que des casseurs d’assiettes et des enfonceurs de portes ouvertes. On disait autrefois casseur d’acier.

Cerf-volant

Vidocq, 1837 : s. f. — Femme qui dépouille les petits enfans dans une allée ou dans un lieu écarté.

Delvau, 1866 : s. m. Femme qui attire sous une allée ou dans un lieu désert les enfants entrain de jouer pour leur arracher leurs boucles d’oreilles et quelquefois l’oreille avec la boucle — Argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Jouet d’enfant composé de baguettes d’osier, recouvertes de feuilles de papier, que les gamins enlèvent en l’air avec une ficelle. Les voleuses qui dans les jardins publics s’emparent des boucles d’oreilles des jeunes enfants se nomment des cerf-volants parce que le vol accompli elle se sauvent en courant comme un cerf (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voleuse dont la spécialité est de dépouiller les enfants dans les promenades et les jardins publics. C’est généralement sur Les broches et les boucles d’oreilles des petites filles qu’elle opère, et, le larcin accompli, disparait comme un cerf.

Chasse à courre

Rigaud, 1881 : Verte réprimande qui se termine par un congé en bonne forme.

Chemin

d’Hautel, 1808 : Il va son petit bonhomme de chemin. Se dit d’un homme prudent et réservé, qui sans faire des affaires brillantes, ne laisse cependant pas que de se soutenir honorablement.
Il ne va pas par trente-six chemins. Se dit d’une personne qui s’explique ouvertement, sans détour, qui brusque les façons et les cérémonies.
Le chemin de Saint-Jacques. Pour dire la voie lactée.
Prendre le chemin des écoliers. Prendre le plus long, faire de grands détours pour arriver au but.
Faire son chemin. Pour dire se produire, par venir, faire ses affaires.
Il ne faut pas aller par quatre chemins. Pour il ne faut pas tergiverser ; il faut se décider, dire franchement et sans ménagement ce que l’on pense.
Il trouvera plus d’une pierre dans son chemin. Pour, il rencontrera bien des obstacles.
À chemin battu il ne croit point d’herbe. Signifie qu’il n’y a aucun bénéfice à faire dans un état dont tout le monde se mêle en même temps.
Je te mènerai par un petit chemin où il n’y aura pas de pierres. Se dit par menace à un enfant mutin, pour je te ferai marcher droit ; et en riant, d’un chemin étroit et difficultueux, dans lequel on ne peut passer que les uns après les autres : c’est le chemin du paradis.
Il n’en prend pas le chemin.
Pour, il ne se met pas en mesure de faire telle ou telle chose ; de réussir dans une affaire quelconque.
Il prend le chemin de l’Hôpital. Se dit d’un prodigue, d’un dépensier, qui se ruine en de folles dépenses.
Aller droit son chemin. Se conduire avec probité, d’une manière franche et loyale.
Suivre le grand chemin des vaches. On dit plus communément la poste aux ânes ; ce qui signifie la routine ordinaire.

Cheminer autrement que de pieds

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, dans lequel, en effet, on fait beaucoup marcher la pine, — cette troisième jambe qui se fatigue si vite.

Lycaste pourrait bien l’avoir fait cheminer
Autrement que des pieds ; ce sexe est si fragile
Que, prenant bien son temps, vertement on l’enfile.

(Trotterel)

Chicorée

Larchey, 1865 : Voir café.

Delvau, 1866 : s. f. Femme maniérée, chipie. Faire sa chicorée. Se donner des airs de grande dame, et n’être souvent qu’une petite dame.

Delvau, 1866 : s. f. Verte réprimande, reproches amers qui souvent se changent même en coups. Tout le monde connaît le goût de la cichoriumendivia ou non endivia.

Rigaud, 1881 : Réprimande.

La Rue, 1894 : Réprimande. Danse.

France, 1907 : Réprimande, la chicorée étant amère. Fort de chicorée, trop fort. Ficher de la chicorée, réprimander. Faire sa chicorée, prendre de grands airs : « Ne fais donc pas ta chicorée. »
On appelle aussi chicorée une danse dérivée du pas chicard.

Chinois

d’Hautel, 1808 : Un Chinois de paravent. Nom injurieux que l’on donne à un bambin, à un homme petit, laid, difforme et ridicule, comme on nous représente les Chinois.

Delvau, 1864 : Le vit, toujours chauve — par la tête — et pour qui le con est le céleste empire. On dit : se polir, ou se balancer le Chinois, pour se branler.

Larchey, 1865 : Homme original, fantasque.

Là-dessus, v’là mon Chinois qui se fâche.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Original ; quidam quelconque, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Chinois de paravent.

Delvau, 1866 : s. m. Petite orange verte, confite dans l’eau-de-vie, qui est, à ce qu’il paraît, le produit d’un oranger particulier, le citrus vulgaris chinensis, le bigaradier chinois.

France, 1907 : Cafetier.

France, 1907 : Homme bizarre, singulier, original. On dit aussi : Chinois de paravent. Allusion aux Chinois que l’on représente spécialement sur les paravents.

France, 1907 : Petite orange confite dans l’eau-de-vie.

Claque-dents

La Rue, 1894 : Cabaret du plus bas degré. Prostibulum. Tripot.

France, 1907 : Maison de jeu de bas étage, cercle ou tripot clandestin.

— Voulez-vous donner un coup d’œil au Lincoln, le plus beau claque-dents de Paris, comme qui dirait Le Chabannais des tripots… Les grands tripots sont à couvert… beaucoup de gens importants sont les obligés du patron… et l’on assure même que plus d’un légume de la préfecture a son couvert mis, sans parler d’un crédit ouvert à la caisse, dont on ne parle jamais, dans chaque tripot sérieux…
— Mais alors que faites-vous dont, vous autres agents de la brigade des jeux ? À quoi se borne votre fonction ?
— Nous donnons la chasse aux pauvres diables… nous surveillons et nous déférons aux tribunaux les petits cafés, les crèmeries, les liquoristes où par hasard une partie s’est organisée… Oh ! pour ceux-là, nous sommes impitoyables. Dame ! ils ne se sont pas mis en règle avec la préfecture et n’ont pas les moyens de se payer le luxe d’un sénateur on d’un homme de lettres célèbre comme président…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Et, par là-dessus, des difficultés à son cercle, un convenable claque-dents, fréquenté par des rastaquouères et des grecs, mais bien tenu, et dont, la veille, le commissaire des jeux lui avait fait interdire l’entrée jusqu’à nouvel ordre, sous prétexte qu’il ne jouait pas assez gros. Plus de tripot et pas de position sociale : que devenir ?

(Paul Alexis)

On entend dire tout d’un coup que le chef du cabinet du préfet de police était le protecteur attitré d’un claque-dents de la dernière catégorie. Il était en rapport avez des croupiers de bas étage ; on l’avait vu s’attabler avec eux et traiter, sans la moindre gène, ses petites affaires.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

France, 1907 : Maison de prostitution.

Ce qui fit enfin le triomphe de Zola dans la foule, ce ne fut pas assurément la précision d’une analyse impitoyable, non plus que la force d’un style merveilleusement net et brillant. Ce fut la langue verte de certains de ses héros qu’il avait surpris dans l’ignominie des assommoirs et des claque-dents, et qu’il coula tout vifs dans le moule de sa terrible observation.

(Abel Peyrouton, Mot d’Ordre)

Zola va dans les claque-dents, au fond des ateliers, dans les ruelles des faubourgs, il descend dans la nuit des mines, et, des ténèbres de ce monde de misères, de vices, de déchéances, de vertus aussi, il tire les acteurs puissants de son drame.

(Henry Fouquier)

Louise Michel a écrit un volume intitulé Le Claque-dents : « Il y a, dit-elle, le vieux monde, le claque-dents de l’agonie ; Shylock et satyre à la fois, ses dents ébréchées cherchent les chairs vives : ses griffes affolées fouillent, creusent toutes les misères aiguës, c’est le délire de la faim. »

Cliché

Larchey, 1865 : Invariable. — Synon. de Stéréotypé et emprunté comme lui à certains procédés d’impression.

Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit vin d’Argenteuil donne la cliché.

Boutmy, 1883 : s. m. Réplique ou propos qui est toujours le même. Tirer son cliché, c’est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.

France, 1907 : Banalité ressassée à la tribune ou dans la presse. Tirer son cliché, répéter toujours la mème chose.

Un paquet tout fait, que chacun se repasse de confiance, sans avoir jamais eu l’indiscrétion de l’ouvrir. C’est le paletot, l’écaille du lieu commun.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Qu’est-ce qui a jamais su ce que c’était, au fond, qu’un honnête homme ? On condamne, tous les jours, en police correctionnelle, des gens arrivés à la limite de la vie et qui, la veille encore de l’arrêt, passaient pour « d’honnêtes gens ! » Ainsi des « femmes fidéles » dont la vertu n’attend que la découverte de l’adultère : ainsi des « amies dévouées » dont une trahison ferait déchirer le masque demain ; ainsi des « politiques habiles » qui sont toujours à la veille de faire quelque abominable sottise. Autant de clichés qui ne demandent qu’à être démentis par les événements. Feuilles mortes, feuilles mortes que le vent emporte sur les allées humides du bois, vous êtes l’image de toutes ces choses, dans le fragile néant où nous sommes nous mêmes emportés.

(Armand Silvestre)

Coco

d’Hautel, 1808 : Nom d’amitié que l’on donne aux petits garçons.
C’est aussi un terme mignard et cajoleur dont les femmes gratifient leurs maris ou leurs bien aimés, pour en obtenir ce qu’elles désirent.

d’Hautel, 1808 : Tisanne rafraîchissante, faite de chiendent, de réglisse et de citron, que l’on vend à Paris dans les promenades publiques. Boire un verre de coco.
Coco
signifie aussi eau-de-vie, rogome, brande-vin.
Boire le coco. C’est boire l’eau-de-vie le matin à jeun, suivant l’usage des journaliers de Paris.

Larchey, 1865 : Cheval.

Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco.

(Aubryet)

Larchey, 1865 : Homme peu digne de considération.

Joli Coco pour vouloir me faire aller.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco.

(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Boisson rafraîchissante composée d’un peu de bois de réglisse et de beaucoup d’eau. Cela ne coûtait autrefois qu’un liard le verre et les verres étaient grands ; aujourd’hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès !

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot du peuple. Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est mal tiré d’une affaire, qui a mal rempli une commission.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans le même argot [des faubouriens]. Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.

Delvau, 1866 : s. m. Homme singulier, original, — dans le même argot [des faubouriens]. Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu’un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce, désagréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un Coco nucifera. Coco déplumé. Tête sans cheveux. Redresser le coco. Porter la tête haute. Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l’imagination.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.

Rigaud, 1881 : Individu, particulier. Ne s’emploie guère qu’accolé au mot joli, dans un sens ironique : C’est un joli coco.

Rigaud, 1881 : Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.

Elle lui fit payer du coco.

(Cabinet satirique)

Aujourd’hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l’eau-de-vie fortement additionnée d’eau. — Marchand de coco, marchand de vin. Allusion à l’eau que le débitant met dans le vin et les liqueurs.

Rigaud, 1881 : Tête ; allusion de forme. Se monter le coco, s’illusionner, se monter la tête.

France, 1907 : Cheval. Ce mot est employé surtout dans la langue du troupier.

Pour faire un vrai soldat, et devenir par la suite un bon officier, il faut avoir tiré toutes les ficelles du métier et savoir : balayer la chambrée ; cirer la planche à pain ; bichonner Coco…

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Colle-toi ça ou passe-toi ça dans le coco.

France, 1907 : Mauvais vin on mauvaise eau-de-vie. Allusion à la fade boisson que vendent les marchands de coco.

France, 1907 : Tête. Avoir de coco déplumé, être chauve ; avoir le coco fêlé, être fou. Dévisser le coco, étrangler. Se monter de coco, s’exciter.
Jean Richepin, dans ses compliments de nouvelle année, souhaite, entre autres :

À Barbier, de trouver l’écho
De la voix qui cria les lambes,
Et, pour lui monter le coco,
Du poil à gratter dans les jambes.

Graisser la patte à Coco, gagner quelqu’un en lui donnant de l’argent. S’emploie aussi dans un mauvais sens, précédé de vilain ou de joli : Vilain coco ! joli chien ! ou bien il signifie simplement un individu.

Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

France, 1907 : Triste sire, homme méprisable ou, tout simplement, dont on n’est pas satisfait. Le mot est généralement précédé des adjectifs joli, fameux, ou vilain.

— Ah ! vous êtes un fameux gaillard ! un joli coco ! Vous arrivez comme le marquis de Chose-verte, trois heures après la bataille. Vous pouvez bien tourner les talons, et remporter votre lard pourri. Avez-vous du liquide, au moins ?

(Hector France, Sous le Burnous)

— Et v’là qu’elle est lâchée salement par un vilain coco Il est vrai que des filles qui n’ont pas le sou et qui ne savent même pas éplucher une salade, ne sont pas d’un placement avantageux, ni facile, par conséquent !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

C’est aussi un nom d’amitié :

J’vais te donner un p’tit bécot,
Viens, mon coco !

Compte-gouttes

Rossignol, 1901 : « Ta trousse est ouverte, prends garde de perdre ton compte-gouttes. »

Concubiner

Delvau, 1864 : Vivre maritalement avec quelqu’un.

L’abbé de La Rivière, le favori de Gaston d’Orléans, entretenait ouvertement une demoiselle Legendre ; il la gardait auprès de lui dans son château de Petit-Bourg et concubinait avec elle, sans seulement songer à sauver les apparences. « Elle est à cette heure comme sa ménagere », écrivait Tallemant vers 1660.

(Hist. de la prostitution)

Rigaud, 1881 : Vivre en état de concubinage.

Lui qui concubinait avec une servante dans sa propre maison.

(J. Barbey d’Aurévilly, Les Diaboliques, 1874)

Conduite de Grenoble

Rigaud, 1881 : Ce fut primitivement un terme de compagnonnage. — Cette conduite se fait dans une société à un de ses membres qui a volé ou escroqué.

J’ai vu au milieu d’une grande salle peuplée de compagnons un des leurs à genoux ; tous les autres compagnons buvaient du vin à l’exécration des voleurs ; celui-là buvait de l’eau ; et quand son estomac n’en pouvait plus recevoir, on la lui jetait sur le visage. Puis on brisa le verre dans lequel il avait bu, on brûla ses couleurs à ses yeux ; le rôleur le fit lever, le prit par la main et le promena autour de la salle ; chaque membre de la société lui donna un léger soufflet ; enfin la porte fut ouverte, il fut renvoyé, et quand il sortit, il y eut un pied qui le toucha au derrière. Cet homme avait volé.

(Agricol Perdiguier, Du Compagnonnage)

Costière ou côtière

France, 1907 : Poche secrète dont se servent les grecs, ouverte sur le côté du gilet.

Aussi se promit-il de faire agir avec plus d’adresse, plus d’acharnement, les rois, les atouts et les as qu’il tenait en réserve dans sa côtière.

(Mémoires de M. Claude)

Couper la verte

France, 1907 : Boire de l’absinthe.

Couper la verte, l’alfa

Fustier, 1889 : Argot militaire. Boire de l’absinthe.

Couverte (battre la)

Merlin, 1888 : Dormir ; se coucher. Faire une heure de couverte.

France, 1907 : Dormir. Faire passer à la couverte, brimade militaire, consistant à faire sauter un homme dans une couverture ont chaque coin est tenu par un troupier.

Couverte (faire passer à la)

Merlin, 1888 : Berner. Genre de punition infligée par les soldats à un mauvais camarade, à un mouchard, à un voleur.

Couverte, couvrante

Hayard, 1907 : Couverture.

Couvreur, couvrir une femme

Delvau, 1864 : Homme qui baise, parce qu’en baisant il couvre de son ventre, en guise de toit, cette délicieuse habitation qu’on appelle la con de la femme, et que, sous prétexte d’empêcher la pluie d’y tomber, il inonde, lui, de son sperme.

Plus vous couvrirez une femme, plus il pleuvra.

(Tabarin)

Faut voir comm’ leurs femm’s sont couvertes.

(Rougemont)

Crasse, crasseux

France, 1907 : Lésinerie, ladrerie, indélicatesse.

Crasseux, sale, se prend figurément dans le sens de ladre, indélicat ; et, par suite, faire une crasse se prend pour une lésinerie, un acte d’avarice sordide et mesquin. Rattacher le mot au personnage d’une comédie (de Poisson ?), le Baron de la Crasse, personnage agrémenté de ce vilain défaut.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

L’expression faire une crasse, dit Francisque Sarcey, est très usitée dans la langue familière des Parisiens parisiennants, gens de lettres, artistes, boursiers, etc.
Crasse est um pseudonyme de mauvais procédé. Delvau ne mentionne pas le mot dans son Dictionnaire de langue verte, mais Lucien Rigaud, dans son Dictionnaire de l’argot parisien, ne manque pas de le donner.
L’étymologie est assez facile à établir par analogie. Rappelez-vous d’ailleurs que, dans la vieille langue littéraire, crasseux ne voulait pas dire seulement sale où avare, mas encore désagréable, insupportable, fertile en mauvais procédés.
Mon crasseux de mari… cela disait tout : c’était un homme qui ne faisait que des crasses à sa femme.

Cravate verte

France, 1907 : Souteneur.

Dame verte

France, 1907 : Absinthe.

Damer le pion à quelqu’un

Delvau, 1866 : Le supplanter, lui jouer un tour quelconque pour se venger de lui, lui répondre vertement. Argot des bourgeois.

Danse

d’Hautel, 1808 : Donner une danse à quelqu’un. Le réprimander ; le tancer vertement ; et, dans un sens plus étendu, lui donner une volée, lui caresser les épaules à coups de bâton.
Entrer en danse. Signifie entrer en matière ; entamer une conversation, un discours.

Larchey, 1865 : Grêle de coups. — allusion ironique aux piétinements forcés de la lutte.

je prends le sabre. — c’est dit, et à quand la danse ?

(about)

Delvau, 1866 : s. f. Combat, — dans l’argot des troupiers.

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans le même argot [du peuple]. Danse soignée. Batterie acharnée.

Rigaud, 1881 : Batterie, bataille. — Étape militaire, marche forcée, — dans le jargon des troupiers.

Fustier, 1889 : Puanteur. (V. Delvau, Danser.)

La Rue, 1894 : Coup. Combat. Infection.

France, 1907 : Bataille.

Dans cette bagarre, on ramassa dix-sept morts et trente-cinq blessés. La dispute avait commencé au sujet d’un jeu de monte. Un joueur qui perdait se mit à tirer des coups de revolver dans les lampes et, pendant ce petit sport, tua un homme en face de lui : d’où la danse.

(Hector France, Chez les Indiens)

France, 1907 : Coups. Donner, recevoir une danse.

France, 1907 : Mauvaise odeur, infection.

Darwinisme

France, 1907 : Doctrine de Charles Darwin sur l’Origine des espèces. Ce célèbre naturaliste explique la formation graduelle des individus, animaux et végétaux, ayant une origine commune et se modifiant insensiblement à travers les âges, par suite de l’influence des milieux et des sélections, de façon à former non seulement des variétés, mais des espèces différentes. Cette doctrine fut le signal d’un mouvement dont on trouverait peu d’exemples dans l’histoire de la pensée. La descendance animale de l’homme que Darwin n’ose reconnaître ouvertement, mais que tous ses écrits font pressentir, souleva le clergé tout entier contre l’auteur de l’Origine des espèces, qui portait un coupe mortel à l’argument décisif de toutes les religions, celui des causes finales, démontrant l’existence d’un Dieu intelligent. De leur côté, les socialistes prirent comme mot d’ordre les formules du naturaliste anglais, d’où ils tirèrent le terrible axiome de notre société moderne : « Struggle for life » (la lutte pour la vie).

Déboutonner

d’Hautel, 1808 : Se déboutonner avec ses amis. Parler librement et ouvertement à ses amis, leur dire franchement ce que l’on a sur le cœur.

Virmaître, 1894 : Parler, avouer.
— Tu peux te déboutonner mon vieux, il faut que nous sachions ce que tu as dans le ventre. On dit aussi : Déculotte ta pensée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dire la vérité, se décider à avouer une chose. On dit aussi : il s’est déboutonné, il m’a donné ce que je lui demandais.

Il nous a offert une bouteille, ce n’est cependant pas son habitude de se déboutonner.

Décapité parlant

Rigaud, 1881 : Imposteur. — Petit homme à grosse tête. — Le décapité parlant est un tour d’escamotage qui consiste à présenter au public une tête humaine sur une table recouverte d’une draperie. La tête répond aux questions qu’on lui adresse. Le tour s’exécute au moyen d’un système de miroirs combinés.

Demi-fortune

France, 1907 : Voiture à un cheval.

Aux Champs-Élysées, officiers et jeune-mondains à cheval luttent de vitesse et de noble allure, tandis que les financiers se prélassent au fond de leur berline fermée, et que les jolies femmes sourient dans leur calèche découverte ou leur demi-fortune.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Déplceleur de femme enceinte

Virmaître, 1894 : V. Enfonceur de porte ouverte.

Déshabillé

France, 1907 : Terme de boucherie, synonyme d’écorcher, dépouiller. On déshabille un mouton ou un bœuf en lui enlevant la peau.

Les aides mettaient la main au couteau. En une seconde, la gorge était ouverte, la robe fendue du mufle aux mamelles, la bête déshabillée ; et sur le sol où ruisselait le sang, la peau traînait à terre, comme, après un bain, un peignoir foulé. Puis par les deux pieds de derrière, un treuil élevait le bœuf au-dessus du sol, la tête en bas.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Dieu garde la lune des loups

France, 1907 : Vieux dicton que l’on adressait ironiquement aux bravaches et aux enfonceurs de portes ouvertes qui tempêtent, menacent, crient et s’en tiennent là. Allusion aux hurlements des loups et des chiens, qui, suivant l’expression, aboient à la lune.

Dos vert, dos d’azur

Rigaud, 1881 : Souteneur de filles. Allusion aux écailles vertes d’un poisson sous le nom duquel les souteneurs sont généralement désignés.

C’est aussi un dos vert de la plus belle espèce.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Douanier

Rigaud, 1881 : Absinthe. — Allusion à la couleur verte du costume des douaniers.

France, 1907 : Absinthe, à cause de sa couleur verte.

Drôlesse

d’Hautel, 1808 : Terme insultant et de mépris, qui équivaut à coureuse, femme dévergondée, de mauvaise vie.

Delvau, 1864 : Fille ou femme de mœurs plus que légères — qui souvent n’est pas drôle du tout, à moins qu’on ne considère comme drôleries les chansons ordurières qu’elle chante au dessert.

Mais tout n’est pas rose et billets de mille francs dans l’existence phosphorescente, fulgurante, abracadabrante de ces adorables drôlesses, qui portent leurs vingt ans sans le moindre corset.

(A. Delvau)

Delvau, 1866 : s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre Cythère, — dans l’argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne sont que dévergondées.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, concubine, — dans l’implacable argot des bourgeoises, jalouses de l’empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec leur fortune.

France, 1907 : Nom que des femmes vertueuses, ou supposées telles, donnent généralement à celles qui ne le sont pas. Mais à quoi tient la vertu des femmes : une affaire de tempérament, ou encore, comme l’a écrit La Rochefoucauld, l’amour de leur réputation et de leur repos.
Léon Rossignol, dans les Lettres d’un mauvais jeune honme à sa Nini, définit ainsi la drôlesse :
« C’est une femme qui quitte un beau soir l’atelier de son père, ou la loge de sa tante, et qu’on retrouve quinze jours après à Mabille ou dans les avant-scènes des Variétés, couverte de velours, de soie, de bijoux et de dentelles, que son déshonneur a payé trop largement. Elle adorait hier le pot-au-feu et le pain bis de la famille, elle les devorait, — l’honnêteté lui servait d’absinthe. Aujourd’hui, elle grignote du bout des dents les pains viennois et les perdreaux truffés des restaurants en vogue, et insulte les garçons. Elle sent le vice, elle se maquille, elle dégoûte. »

Salomon, repu de mollesses,
Étudiant les tourtereaux,
Avait juste autant de drôlesses
Que Leonidas de héros !

(Victor Hugo, Chansons des rues et des bois)

La Victoire est une drôlesse ;
Cette vivandière au flanc nu
Rit de se voir mener en laisse
Par le premier goujat venu.

(Ibid.)

Rien n’est plus rigolo que les petites filles,
À Paris. Observez leurs mines, c’est divin,
À dix, douze ans, ce sont déjà de fort gentilles
Drôlesses qui vous ont du vice comme à vingt.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Eau (nager en grande)

France, 1907 : Avoir une grande fortune ; être revêtu de hautes fonctions. De là les anciennes expressions : rompre l’eau à quelqu’un, apporter un obstacle à sa fortune, entraver ses affaires ; revenir sur l’eau, rétablir ses affaires après avoir été ruiné, remonter au pouvoir après en être descendu ; laisser courir l’eau, ne s’occuper de rien, être indifférent ; nager entre deux eaux, n’oser prendre ouvertement un parti, parler ou se comporter d’une manière ambiguë, paraître tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre.

C’est la coutume des intrigants et des roublards de nager entre deux eaux.

Éberluer

France, 1907 : Surprendre, étonner à tel point qu’on en a la berlue.

…Droit aux yeux ça se jette…
Vois-tu comme ça tarluit !
Chien ! ça m’éberluette !

(Vadé)

Et ceux qui de la route apercevaient cette tête de vieux négrier aux tons de bistre comme le cuir d’une bourse qui a traîné dans toutes les mains, les balafres qui entaillaient le front et les joues, ces sourcils broussailleux, ces cheveux qui débordaient en rades écheveaux de laine d’un chapeau de paille, ces doigts larges, épais, ces yeux allumés de brusques éclairs de chaleurs, ce corps trapu et solide, taillé pour les cognades et les belles saouleries, étaient éberlués de le voir tranquillement arroser ses salades et ses balzamines, fumer sa pipe avec des gestes de bourgeois paisible, bavarder en compagnie d’une douzaine de perruches vertes qui piaillaient sur leurs perchoirs.

(Mora, Gil Blas)

Écarteur

France, 1907 : Champion des courses landaises, lesquelles se font avec des vaches rétives. L’écarteur est ainsi nommé à cause des écarts et sauts plus ou moins savants et gracieux qu’il fait, à l’imitation des toreros espagnols, lorsque la vache se précipite pour l’encorner.

Dans ce temps-là, c’était précisément le jeu des courses qui es passionnant le plus, le jeu des courses landaises que pratiquent tous les gamins du pays. Ils s’en allaient dans une lande couverte de bruyères. Lui faisait l’écarteur, naturellement ; elle faisait le taureau… Hop ! hop !… Et elle fondait sur lui, toutes ses jupes relevées par le vent.

(Jean Rameau, L’Écarteur de Bénaruc)

Elle est couverte d’ardoise

Delvau, 1864 : Sous-entendu : Les crapauds ne montent pas dessus. Se dit d’une femme trop belle ou trop bégueule pour qu’il n’y ait pas folie à vouloir la grimper comme une simple drôlesse.

Empoigner

d’Hautel, 1808 : Prendre et serrer avec le poing.
Empoigne cela, il n’y a pas d’arrête, pour dire prends cela, il n’y a rien qui puisse te faire mal.

Larchey, 1865 : Critiquer.

Attends donc à demain, mon cher, tu verras comment Lucien t’a empoigné.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Séduire, émouvoir.

Me parlerez-vous de la fille aux yeux bleus ? Il parait que vous avez été solidement empoigné.

(About)

On dit d’un drame à effet qu’il empoigne son public.

Delvau, 1866 : v. a. Critiquer vertement un livre, — dans l’argot des gens de lettres ; Siffler un acteur ou une pièce, — dans l’argot des coulisses.

Rigaud, 1881 : Charmer, séduire, émouvoir. — Une scène, un roman qui vous empoigne.

Rigaud, 1881 : Critiquer sans mesure. — Se moquer à haute voix d’un acteur en scène.

France, 1907 : Critiquer, siffler.

France, 1907 : Émouvoir.

Enfonceur

d’Hautel, 1808 : Enfonceur de portes ouvertes. Hâbleur, fanfaron qui se vante de choses qu’il n’a pas faites, et qu’il est même incapable de faire.

Vidocq, 1837 : s. m. — Agent d’affaires, payeur de rentes, etc. On peut fort bien ne pas être partisan des privilèges, et cependant s’élever contre les abus qui résultent presque toujours d’une trop grande liberté. Il serait injuste sans doute de mettre des entraves au libre exercice de telle ou telle industrie ; mais, je crois que dans l’intérêt de la sécurité publique, on pourrait sans inconvénient en soumettre la pratique à certaines conditions.
Chacun, aujourd’hui, peut, sans contrôle, s’établir agent d’affaire ou receveur de rentes, aussi une foule d’individus, qui ne sont ni capables, ni moraux, ni solvables, puisqu’un grand nombre d’entre eux sont logés en garni, ont ouvert boutique, et se sont mis à faire les affaires de leurs concitoyens. L’incapacité notoire de ces individus cause quelquefois à leurs cliens un préjudice considérable ; mais cet inconvénient, tout grave qu’il est, est le moindre. Presque tous les agents d’affaires, receveurs de rentes sont d’insignes fripons ; je ne crains pas de m’exprimer ainsi, l’expérience a malheureusement prouvé ce que j’avance ; et au moment où j’écris, j’ai entre les mains un grand nombre de dossiers contre plusieurs agens d’affaires qui sont disparus furtivement de leur domicile, en enlevant à leurs cliens des sommes assez considérables.
Pour remédier aux maux que je signale, il faudrait que ceux qui se présentent pour exercer la profession d’agens d’affaires fussent forcés de se soumettre à un examen propre à donner la mesure de leur capacité, et tenus de déposer à la Caisse des Consignations un cautionnement proportionné à la classe à laquelle ils voudraient appartenir, et au loyer du local occupé par eux. Cette mesure ne déplairait qu’aux fripons ; ceux qui exercent leur profession avec loyauté et intelligence l’accueilleraient, au contraire, avec un vif plaisir. (Voir Ogre.)

Larchey, 1865 : Agent d’affaires, faiseur (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Mercadet gros ou petit, agent suspect d’affaires véreuses.

Rigaud, 1881 : Faiseur. (Vidocq.) — Critique violent. — Enfonceur de portes ouvertes. Celui qui fait plus de bruit que de besogne. — Homme qui cherche à faire croire qu’il a inauguré les faveurs d’une femme, et qui, en réalité, n’a été admis que bien longtemps après l’inauguration.

La Rue, 1894 : Faiseur. Escroc.

Virmaître, 1894 : Banquier qui promet 50 % par mois aux imbéciles et qui termine ses opérations en emportant la grenouille à l’étranger (Argot du peuple).

France, 1907 : Trompeur, homme d’affaires véreuses.

Toute la bande, voleurs et recéleur, fut écrouée à la Force dans l’expectation du jugement.
Là ils ne tardèrent pas à apprendre que le camarade qui avait joué le personnage de Vidocq enfoncé était Vidocq l’enfonceur.
Grande fut leur surprise ; comme ils durent s’en vouloir de s’être enferrés d’eux-mêmes avec un comédien aussi fort !

(Marc Mario et Louis Launay)

Enfonceur de porte ouverte

Virmaître, 1894 : Homme qui se vante d’avoir pris la virginité d’une fille alors qu’elle était enceinte de six mois (Argot du peuple). N.

Enfonceur de portes ouvertes

Delvau, 1864 : Homme qui se vante d’avoir pris le pucelage d’une foule de femmes — violées trois ou quatre cents fois par d’autres que par lui.

Enfonceur me portes ouvertes

Delvau, 1866 : s. m. Faux brave, qui ne se battrait même pas contre des moulins, de peur de recevoir un coup d’aile.

Enfonceur on portes ouvertes

France, 1907 : Bravache, fanfaron ; même sens que dépuceleur les femmes enceintes ou de nourrices.

Épaté

France, 1907 : Étonné, stupéfait.

Adorés des deux sexes,
Respectés des maris
Pour nos clystèr’s complexes
Et nos coups d’bistouris,
De l’effet d’nos pommades
Les peupl’s sont épatés ;
Aussi les gens malades
Nous nomment députés.

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Quand, pour demander mon chemin,
J’interpelle un sergent de ville
Et que, la coiffure à la main,
J’attends, l’attitude servile,
Si par une incivilité
L’agent répond à ma demande
Ou vertement me réprimande,
J’en suis rarement épaté.

(Blédort)

Épée

d’Hautel, 1808 : Pousser une épée de longueur. Donner indirectement des atteintes de quelque chose qu’on ne veut pas dire ouvertement ; sonder la façon de penser de quelqu’un, tâcher de lui arracher finement son secret.
Un nœud d’épée. Le peuple appelle ainsi les paquets de couenne que vendent les charcutiers.
Jouer l’épée à deux talons. Reculer, montrer le dos, s’enfuir.
Mettre quelque chose du côté de l’épée. Signifie détourner secrètement quelque chose, se l’approprier.
Il est brave comme l’épée qu’il porte. Se dit souvent en dérision d’un homme qui ne porte point d’épée, et qui est très-poltron.
Il a couché dans son fourreau comme l’épée du roi. Pour il a couché tout habillé.
Il se fait blanc de son épée. Signifie il compte sur son crédit, sur sa force, pour réussir dans une affaire.
Il s’est passé son épée au travers du corps. Se dit en plaisantant d’un soldat qui a vendu son épée pour boire.
À vaillant homme courte épée. Se dit d’un homme fort brave qui ne fait pas parade de son épée.
Se débattre de l’épée qui est chez le fourbisseur. Voyez Débattre.
On appelle aussi trivialement une épée une rouillarde.

Es

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Escroc, proprement dit, est une des nombreuses variétés de la grande famille des chevaliers d’industrie, Faiseurs et autres. Son nom même devrait être donné à ces derniers ; car, quelle que soit la manière dont ils procèdent ; le seul nom qui convienne à leurs exploits est celui d’escroquerie. Au reste, la catégorie des Escrocs est la plus nombreuse de toutes. Ce serait une entreprise difficile, pour ne pas dire, impossible, que d’énumérer les diverses manières de commettre le délit prévu par l’article 405 du Code Pénal ; les débats révèlent tous les jours de nouvelles ruses aux bénévoles habitués des tribunaux correctionnels. Mais les plus coupables ne sont pas ceux que frappe le glaive de Thémis ; aussi je ne les cite que pour mémoire ; je veux seulement m’occuper des grands hommes. La prison n’est pas faite pour ces derniers, ils se moquent des juges, et ne craignent pas le procureur du roi ; tous leurs actes cependant sont de véritables escroqueries. Quel nom, en effet, donner à ces directeurs de compagnie en commandite et par actions, dont la caisse, semblable à celle de Robert Macaire, est toujours ouverte pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires, et toujours fermée lorsqu’il s’agit de payer les dividendes échus ? Quel nom donner à ces fondateurs de journaux à bon marché, politiques, littéraires, ou des connaissances inutiles, qui promettent au public ce qu’ils ne pourront jamais donner, si ce n’est celui d’Escroc ? Nommera-t-on autrement la plupart des directeurs d’agences d’affaires, de mariages, déplacement ou d’enterrement ? oui, d’enterrement, il ne faut pas que cela vous étonne.
Je viens de dire que la qualification d’Escroc devait être donnée à ces divers individus ; il me reste maintenant à justifier cette allégation. Cela ne sera pas difficile.
Vous voulez, pour des raisons à vous connues, vendre ou louer, soit votre maison des champs, soit votre maison de ville ; vous avez, par la voie des Petites-Affiches, fait connaître vos intentions au public, et vous attendez qu’il se présente un acquéreur ou un locataire. Vous attendez vainement. Mais, s’il ne se présente ni acquéreur ni locataire, tous les matins votre portier vous remet une liasse de circulaires par lesquelles Messieurs tels ou tels vous annoncent qu’ils ont lu ce que vous avez fait insérer dans les Petites-Affiches, qu’ils croient avoir sous la main ce qui vous convient, et qu’ils terminent en vous priant de passer chez eux le plus tôt qu’il vous sera possible.
Vous vous déterminez enfin à voir un de ces officieux entremetteurs, et vous vous rendez chez lui. L’aspect de son domicile vous prévient d’abord en sa faveur. Avant d’être introduit dans son cabinet, on vous a fait traverser des bureaux dans lesquels vous avez remarqué plusieurs jeunes gens qui paraissaient très-occupés, et vous avez attendu quelques instans dans un salon élégamment meublé ; dans le cabinet de l’agent d’affaires, vous avez remarqué des gravures avant la lettre, des bronzes de Ravrio, des tapis ; aussi vous l’avez chargé de vendre ou de louer votre propriété, et vous lui avez remis sans hésiter un instant la somme plus ou moins forte qu’il vous a demandée, et qui est, à ce qu’il dit, destinée à le couvrir des premiers frais qu’il faudra qu’il fasse. Il vous a remis en échange de votre argent une quittance ainsi conçue :
« Monsieur *** a chargé Monsieur ***, agent d’affaires à Paris, de vendre ou de louer sa propriété, sise à ***, moyennant une somme de *** pour % du prix de la vente ou location, si elle est faite par les soins du sieur *** ; dans le cas contraire, il ne lui sera alloué qu’une somme de ***, pour l’indemniser de ses frais de démarches, publications et autres, dont il a déjà reçu la moitié ; l’autre moitié ne sera exigible que lorsque la propriété du sieur *** sera louée ou vendue. Fait double, etc., etc. »
Comme il est facile de le voir, l’adroit agent d’affaires a reçu votre argent et ne s’est engagé à rien, et vous ne pouvez plus vendre ou louer votre propriété sans devenir son débiteur. Un individu, nommé G…, qui demeure rue Neuve-Saint-Eustache, exerce à Paris, depuis plusieurs années, le métier dont je viens de dévoiler les ruses. Il a bien en quelques petits démêlés avec dame Justice, mais il en est toujours sorti avec les honneurs de la guerre, et il n’y a pas long-temps que, voulant vendre une de mes propriétés, il m’a adressé une de ses circulaires, en m’invitant à lui accorder le confiance dont il était digne.
L’agent d’affaires qui s’occupe de la vente des propriétés de ville et de campagne, fonds de commerce, etc., etc., n’est qu’un petit garçon comparativement à celui qui s’occupe de mariages. Le créateur de cette industrie nouvelle, feu M. Villiaume, aurait marié, je veux bien le croire, le doge de Venise avec la mer Adriatique, mais ses successeurs, quoique disent les pompeuses annonces qui couvrent la quatrième page des grands et petits journaux, ne font luire nulle part le flambeau de l’hyménée, ce qui ne les empêche pas de faire payer très-cher à ceux qui viennent les trouver alléchés par l’espoir d’épouser une jeune fille ou une jeune veuve dotée de quelques centaines de mille francs, le stérile honneur de figurer sur leurs cartons.
Ceux des individus dont je viens de parler, qui ne dépensent pas follement ou ne jouent pas l’argent qu’ils escroquent ainsi, acquièrent en peu de temps une brillante fortune, achettent des propriétés, deviennent capitaines de la milice citoyenne, chevaliers de la Légion-d’Honneur, électeurs, jurés, et condamnent impitoyablement tous ceux qui comparaissent devant eux. (Voir Suce-larbin.).
Les Escrocs auvergnats se sont à eux-mêmes donné le nom de Briseurs. Les Briseurs donc, puisqu’il faut les appeler par leur nom ; se donnent tous la qualité de marchands ambulans. Ils n’ont point de domicile fixe. Ils font passer à leur femme, qui réside en Auvergne, le fruit de leurs rapines, et celle-ci achette des biens que, dans tous les cas, les Briseurs conservent ; car, il faut remarquer qu’ils sont presque tous mariés sous le régime dotal, ou séparés de biens.
Lorsque les Briseurs : ont jeté leur dévolu sur un marchand, le plus intelligent, ou plutôt le plus hardi d’entr’eux, s’y présente, choisit les marchandises qui lui conviennent, achette et paie. Quelques jours après, il adresse au marchand son frère ou son cousin, qui se conduit de même. Cela fait, le premier revient, achette encore, paie une partie comptant, et, pour le surplus, laisse un petit billet à trois ou quatre mois de date. Mais quinze ou vingt jours sont à peine écoulés, qu’on le voit revenir, il demande si l’on a encore le billet, le reprend et ne demande qu’un léger escompte qu’on s’empresse de lui accorder.
Ce manège dure quelques mois, et si les Briseurs jugent le marchand bon, ils ne se lassent pas de le nourrir, ils lui amènent des parens, des amis, les crédits se montent, et, tout-à-coup vient la débâcle, et l’on apprend alors, mais trop tard, que l’on a été trompé.
Tous les membres d’une famille de l’Auvergne sont quelquefois Briseurs. Je puis, pour ma part, en citer sept ou huit qui portent le même nom.
Il faut remarquer que la brisure est héréditaire dans plusieurs familles de l’Auvergne. La bonne opinion que l’on a de ces enfans des montagnes facilite leurs escroqueries. Ces hommes paraissent doués d’une épaisseur et d’une bonhomie qui commande la confiance, aussi ils trouvent toujours des négocians qui se laissent prendre dans leurs filets ; cela prouve, si je ne me trompe, que personne n’est plus propre qu’une bête à tromper un homme d’esprit : ce dernier se laisse prendre plus facilement que tout autre ; car il compte sur sa supériorité et ne peut croire qu’un homme auquel il n’accorde que peu ou point de considération ait l’intention et le pouvoir de mettre sa perspicacité en défaut.
Les marchandises escroquées par les Briseurs sont, pour la plupart, achetées par des receleurs ad hoc, à 40 ou 50 pour % de perte. Au moment où j’écris, il existe à Paris plusieurs magasins garnis de marchandises brisées.
Les Briseurs changent entre eux de passeport, ce qui permet à celui qui est arrêté de prendre le nom de Pierre, lorsqu’il se nomme François, et que c’est François que l’on cherche.

Larchey, 1865 : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

Rigaud, 1881 : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.

France, 1907 : Abréviation d’escroc.

Esbrouffer

un détenu, 1846 : Étonner, surprendre, ébahir.

Halbert, 1849 : Effaroucher.

Larchey, 1865 : Intimider, en imposer. — Du vieux mot esbrouffer : éclabousser. V. Du Cange.

Allons ! mouche-lui le quinquet, ça l’esbrouffera.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : v. a. En imposer ; faire des embarras, des manières, intimider par un étalage de luxé et d’esprit. Signifie aussi Réprimander.

Rigaud, 1881 : Faire des embarras. — Chercher à étonner, à éclipser. Esbrouffer son monde.

Virmaître, 1894 : Dire des sottises à quelqu’un, le secouer vertement (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme d’épater. Dire des sottises à quelqu’un, s’il ne sait que répondre et reste coi, c’est esbrouffer.

Hayard, 1907 : Intimider, brusquer quelqu’un, prendre des grands airs.

France, 1907 : Imposer, intimider.

— Ah ! se dit-il un usurier ?… Ça doit avoir de l’argent ?… de l’argent mignon, sous la main et facile à esbrouffer…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Escarpin

d’Hautel, 1808 : Lever l’escarpin. S’esquiver, s’échapper, s’enfuir ; faire banqueroute.
Des escarpins à paillettes. Souliers de porteurs d’eau, d’hommes de peine, dont la semelle est ordinairement couverte de clous à large tête.
Escarpin de Limoges. Gros sabots de bois.

Et ta sœur ?

Virmaître, 1894 : Façon ironique de répondre à une question ennuyeuse. Il arrive fréquemment que la réponse est raide.
— Et ta sœur ?
— Elle est à Saint-Lazare qui bat du beurre ; quand elle battra de la merde la crème sera pour toi.
— Et ta sœur ?
— Elle est couverte d’ardoises, les crapauds ne montent pas dessus.
— Et ta sœur ?
— Elle est à Saint-Lazare qui fait de la charpie pour la tienne.
— Et ta sœur ?
— Elle est au Panthéon qui prie le bon Dieu pour que tu soies moins… melon.
On pourrait varier à l’infini ces citations (Argot du peuple). N.

Étouffer un perroquet

Boutmy, 1883 : v. Expression pittoresque pour dire : Boire un verre d’absinthe, sans doute à cause de la couleur verte de ce funeste breuvage.

France, 1907 : Boire un verre d’absinthe. Allusion à la couleur verte.

Être de la nature des poireaux, la tête blanche et la queue verte

Delvau, 1864 : Se dit d’un vieillard qui bande encore pour le beau sexe et n’a de neige que sur la tête.

Facile à la détente

Fustier, 1889 : Généreux.

Mon mari, dit une marquise,
Hier s’est généreusement
Fendu d’une parure exquise.
— C’est fort aimable, assurément,
Dit une comtesse charmante ;
Mon époux, malheureusement,
Est moins facile à la détente.

(Marcellus : Le langage d’aujourd’hui)

France, 1907 : Personne généreuse, à main ouverte. Dans le sens contraire on dit : dur à la détente.

— Mon mari, dit une marquise,
Hier s’est généreusement
Fendu d’une parure exquise.
— C’est fort aimable assurément,
Dit une comtesse charmante ;
Mon époux malheureusement
Est moins facile à la détente.

(Marcellus, Langage d’aujourd’hui)

Faire à l’oseille (la)

Delvau, 1866 : v. a. Jouer un tour désagréable à quelqu’un, — dans l’argot des vaudevillistes. L’expression sort d’une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple, et n’a que quelques années. La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l’oseille, où il y avait souvent plus d’oseille que d’œufs. Un jour elle servit une omelette… sans œufs. — « Ah ! cette fois, tu nous la fais trop à l’oseille, » s’écria un cabotin. Le mot circula dans l’établissement, puis dans le quartier ; il est aujourd’hui dans la circulation générale.

Rigaud, 1881 : Faire une plaisanterie de mauvais goût, une mauvaise charge, se moquer de quelqu’un.

D’abord les pions sont en vacances, et s’ils ne sont pas contents, on la leur fait à l’oseille.

(Bertall, Les Courses de la saison)

D’après M. Jules Richard (Journal l’Époque, 1866, cité par M. L. Larchey), cette expression aurait vu le jour dans un gargot du boulevard du Temple, à la suite d’une contestation culinaire entre la patronne et un client. Ce dernier ne trouvant pas assez verte une omelette aux fines herbes, la nymphe du gargot s’écria : « Fallait-il pas vous la faire à l’oseille ? » Sans compter qu’il faut accueillir avec beaucoup de réserve les étymologies anecdotiques, l’expression « la faire à l’oseille » ne ferait-elle pas plutôt allusion à l’acidité de l’oseille qui, pour beaucoup de personnes, n’a rien d’agréable au goût.

France, 1907 : Jouer un tour désagréable à quelqu’un.
D’après Alfred Delvau, qui fait remonter cette expression à environ 1861, elle sortirait « d’une petite gargote de cabotins de la rue de Malte, derrière le boulevard du Temple… La maîtresse de cette gargote servait souvent à ses habitués des œufs à l’oseille où il y avait souvent plus d’oseille que d’œufs. Un jour, elle servit une omelette sans œufs : « Ah ! cette fois, tu nous la fais trop à l’oseille ! » s’écria un cabotin. Le mot circula dans l’établissement, puis dans le quartier : il est aujourd’hui dans la circulation générale. »
Charles Virmaître, dans son Dictionnaire d’argot fin de siècle, fait remonter cette expression à plus de cinquante ans, en donnant une variante à son origine :

Le petit père Vinet, mort il y a deux ans dans un taudis de la rue de Tourtille, à Belleville était, vers 1850, un chansonnier en vogue. Il avait été « sauvage » au Caveau des Aveugles, au Palais-Royal, avant le père Blondelet :il mangeait dans la gargote citée par Delvau. La gargote était non rue de Malte, mais rue de la Tour. Un jour, après déjeuner, il composa une chanson intitulée : Vous me la faites à l’oseille. Bouvard, l’« homme à la vessie », la chantait encore en 1848, place de la Bastille. En voici un couplet :

Comme papa j’suis resté garçon,
Pour bonne j’ai pris Gervaise,
Elle est maîtresse à la maison ;
Je la trouve mauvaise
De la cave au grenier
La danse du panier
Que c’est une merveille.
Elle mange à son goût
Mes meilleurs ragoûts…
Vous me la faites à l’oseille.

Faire suisse

Virmaître, 1894 : Ouvrier qui boit seul et ne fraternise jamais avec ses camarades (Argot du peuple). V. Ours.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Boire seul.

France, 1907 : Boire ou manger seul, dépenser son argent en égoïste sans inviter un camarade. Ce délit de lèse-camaraderie était sévèrement puni dans l’ancienne armée, — je parle de celle où l’on faisait sept ans de service. Généralement, quand le coupable était surpris, on lui enlevait son verre qu’on vidait à sa santé ; la seconde fois, on lui en jetait le contenu au visage, et, s’il y avait récidive, on faisait sauter le lascar en couverte.

— Ah ! vous n’en savez rien ? continua Hurluret ; eh bien, moi, je m’en vais vous le dire. Ça signifie purement et simplement que vous êtes un goinfre et un porc, qui cachez vos provisions dans un lit qui n’est même pas le vôtre, pour les dévorer sournoisement, à l’insu de vos camarades !
À ces mots, un murmure s’éleva :
— Hou ! Hou ! Il fait suisse !l Il fait suisse !
— Parfaitement, reprit Hurluret, vous vous conduisez d’une façon ignoble, et si vos camarades vous passaient en couverte, ce n’est fichtre pas moi qui les en empêcherais.

(G. Courteline, Les Gaietés de l’escadron)

Dans son Dictionnaire d’argot, Lorédan Larchey fait dériver cette expression de boire avec son suisse. S’appuyant sur une citation extraite de Vidal : « Le soldat a le point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire ; on dirait de lui : « Il boit avec son suisse », et le mot est une proscription. Le soldat, dit Lorédan Larchey, ne peut boire avec son suisse (concierge) puisqu’il n’en a pas : donc il boit seul. Ironie inventée pour rappeler quelque engagé d’opulente famille aux règles de la fraternité. » Je ne partage pas l’avis de l’auteur précité quant à l’origine de cette expression. On ne dit pas d’ailleurs boire avec son suisse, mais faire suisse, c’est-à-dire faire comme un Suisse. Il faut se rappeler que les Suisses ont eu de tous temps une réputation de lésinerie et d’avarice que l’avidité de leurs aubergistes n’a pas contribué à détruire : « Il était Suisse de nation, empoisonneur de profession et voleur par habitude. » Cette épigramme du marquis de Grammont dans ses Mémoires a été appliquée bien souvent aux Suisses, et, il faut l’avouer, avec quelque raison.
L’expression viendrait de la coutume des soldats des anciens régiments suisses de tirer chacun de leur côté et d’aller boire seuls.

— Allons, descends, j’aim’ pas fair’ suisse,
T’as l’temps… Y n’est qu’ménuit un quart
Et pis tu m’plais… T’as l’air jocrisse…
Les femm’s faut pas qu’ça soit roublard…

(Fulbert Mayrat)

Faiseur

d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.

Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier

Gâter impunément de l’encre et du papier,

de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :

Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.

C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.

Halbert, 1849 : Commerçant.

Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.

Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.

(H. Murger, Lettres)

On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.

La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.

Hayard, 1907 : Escroc.

France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :

Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !

Faute d’un point, Martin perdit son âne

France, 1907 : Martin, prieur de l’abbaye d’Azello, en Italie, voulut faire écrire sur le portail de son monastère cette devise latine :

Porta, patens esto.
Nulli claudaris honesto.

« Porte, sois ouverte. Ne sois jamais fermée à un honnête homme. »
Le peintre facétieux ou maladroit, en inscrivant ces deux phrases, transposa le point et au lieu de le mettre après esto, le plaça après nulli, ce qui leur donnait un tout autre sens :

Porta, patens esto nulli. Claudaris honesto.

« Porte, ne sois ouverte à personne. Sois fermée à l’honnête homme. »
Un cardinal passant par la, et remarquant cette faute à laquelle le prieur n’avait pas pris garde, le taxa d’incivilité ou d’ignorance et lui retira son abbaye. Son successeur fit bien vite rectifier la devise, mais quelque moine plaisant écrivit au-dessous :

Uno pro puncto caruit Martinus Azello.

« Pour un seul point Martin perdit Asello. » Et comme il y a beaucoup de ressemblance entre le nom de l’abbaye et celui de l’âne, asellus, les Français, qui ont la manie d’éstropier tous les noms étrangers, dénaturèrent la phrase, et cette version erronée passa en proverbe.
Les Italiens disent : Per un punto Martino perse la cappa. « Pour un point, Martin perdit la cape. » La cape est le manteau à capuchon que portaient les prieurs et les abbés.
Toute cette histoire est fort jolie, mais si l’on doit en croire Jean Masset, elle est complètement fausse. D’après lui, c’est faute d’un poil qu’il faudrait dire. Je trouve en effet, dans son Exact et facile acheminement à la Langue Françoise (Genève, 1513), l’explication suivante : « Ceux qui disent : Pour un point Martin perdit san asne, ont occasion d’avouer qu’ils ne savent l’origine de ce proverbe. Mais il sera facile à le restituer en son entier, selon qu’il est cy dessus. Le fait est qu’un nommé Martin, ayant perdu son asne à la foire, il arriva que l’on en trouva un autre qui étoit aussi perdu, de sorte que le juge du village étoit d’opinion que l’on rendit à ce Martin l’asne trouvé, mais celui qui l’avait en sa possession et le vouloit faire sien, s’avisa de demander à Martin de quel poil étoit son asne, lequel ayant répondu que l’asne étoit gris, fut débouté de sa demande, d’autant que l’asne était noir ! Ainsi pour n’avoir su dire de quel poil étoit la bête, il donna lieu à ce proverbe. »

Fauvette

d’Hautel, 1808 : Un dénicheur de fauvettes. Chevalier d’industrie, qui fait de bonnes découvertes, de bonnes fortunes en amour.

Faveurs d’une femme (obtenir les)

Delvau, 1864 : Être reçu à cuisses ouvertes par elle.

Après cela, on peut bien juger que la dame ne fut pas longtemps sans donner ses dernières faveurs au cavalier.

(Bussy-Rabutin)

Ah ! bien, dit-il, n’est-ce donc qu’avec moi
Que vous avez la fureur d’être sage ?
Et vos faveurs seront le seul partage
De l’étourdi qui ravit votre foi ?

(Voltaire)

Apprenez qu’en amour, bien souvent le divorce
Naît de la dernière faveur.

(Grécourt)

Me faudra-t-il, pour complaire à l’usage,
Du seul devoir attendre les faveurs,
Qui de l’amour doivent être le gage.

(Parny)

Céphise est lubrique à la rage.
Et favorise chaque nuit
Gnaton, en qui le sexe est à moitié détruit.

(Bruzen De La Martinière)

Judith me fait horreur ;
Je renonce à l’honneur
D’obtenir ses faveurs.

(Félix Bovie)

Fenêtres

Rossignol, 1901 : Jeux. On dit d’un borgne qu’il n’a qu’une fenêtre d’ouverte.

Fille à parties

Delvau, 1864 : « Prostituée en carte ou isolée, mais avec plus de formes. Si elle se fait suivre par sa tournure élégante ou par un coup d’œil furtif, on la voit suivant son chemin, les yeux baissés, le maintien modeste : rien ne décèle sa vie déréglée. Elle s’arrête à la porte d’une maison ordinairement de belle apparence ; là, elle attend son monsieur, elle s’explique ouvertement avec lui ; et, s’il entre dans ses vues, il est introduit dans un appartement élégant ou même riche, où l’on ne rencontre ordinairement que la dame de la maison. »

(Béraud)

Folk-loriste

France, 1907 : Anglicisme introduit nouvellement et qui est lui-même, en anglais, de récente origine, ayant été formé en 1846, par W. J. Thom, de folk, gens, et lore, science, pour désigner une catégorie d’anthropologistes qui s’occupent de faire revivre ou tout au moins de mettre en lumière les légendes, traditions, et jusqu’aux coutumes et expressions de terroir du passé. Le folk-lorisme s’est grandement développé depuis ces dernières années.

Un caractéristique réveil d’attention qui s’est manifesté, depuis quelque temps, en faveur de nos vieilles traditions françaises. Usages typiques, légendes, dictons, superstitions, proverbes, on recherche avec soin tout ce qui dans nos provinces, a gardé nie saveur de sincère originalité. Je sais tel folk-loriste (c’est le terme consacré pour désigner ces amateurs), comme MM. Paul Sébillot, Carnoy, G. Vicaire, Millien, Certeux, Blémont, qui note sur son carnet la découverte d’une expression de terroir, d’un couplet, voire d’un juron, avec autant de joie qu’un autre place dans une vitrine un bibelot longtemps désiré.

(Paul Ginisty)

Foulard rouge

France, 1907 : Souteneur. On dit aussi cravate verte.

Franc

d’Hautel, 1808 : Il est franc comme l’osier. Pour, il est sans détour d’une sincérité à toute épreuve.
Être franc du collier. Être exempt de payer sa part dans un écot. Cela s’entend aussi d’un homme sans malice ; qui va tout à la bonne.
Prendre ses coudées franches. Se mettre à son aise ; ne se gêner en rien.
Franc et le féminin franche, se joignent souvent à une épithète injurieuse pour lui donner plus de force : c’est un franc libertin, une franche bégueule ; pour dire un libertin avéré, une femme décidément bégueule.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faux. Franc mitou, faux malade.

Clémens, 1840 : Celui qui voit tout, et ne dit rien.

Halbert, 1849 : Bas.

Delvau, 1866 : s. m. Complice, — dans l’argot des voleurs. Franc bourgeois. Escroc du grand monde. Franc de maison. Receleur d’objets volés — et même de voleurs.

Rigaud, 1881 : Complice. — Endroit fréquenté par des voleurs. Tapis franc, cabaret fréquenté par des voleurs. — Franc de campagne, affilié à une bande de voleurs et chargé d’aller aux renseignements, à la découverte des affaires.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Bon, agréable. Pas d’exercice, demain ! cest franc ! (Ginisty : Manuel du parfait réserviste)

La Rue, 1894 : Bas, sans préjugé. Complice. Mensonge. Voleur sûr, éprouvé ou affilié à une bande. Tapis-franc, lieu hanté par les affranchis (voleurs). C’est franc, c’est silencieux (ce n’est pas suspect).

France, 1907 : Complice sur qui l’on peut se fier.

Richelot. — C’est Jean-Louis, un bon enfant ; sois tranquille, il est franc.
Le locataire. — Tant mieux ! il y a aujourd’hui tant de railles cuisiniers, qu’il n’y a plus de fiat du tout.
Lapierre. — Calme ! calme ! J’en réponds comme de moi. C’est un ami et un français.
Le locataire. — Puisque c’est comme ça, je m’en rapporte… Là-dessus, buvons la goutte.

(Marc Mario et Louis Launay)

Froussard

Virmaître, 1894 : Individu qui a peur (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Peureux.

France, 1907 : Poltron.

— Hein ! dans les mares dormeuses, la pêche, avec du rouge, des grenouilles toutes vertes dans le vert des lentilles d’eau et trahies seulement par leurs petits yeux d’or ! Hein ! les griffes de fer qu’on se sanglait aux chevilles pour grimper dans les hêtres dénicher les ramiers ; et là-haut, dans la griserie et le vertige des cimes bercées par les grandes brises, quelle joie d’avancer le bras dans le trou de l’écorce et de compter sous ses doigts les œufs tièdes encore ! Hein ! les vautrées dans la houle des bruyères pareilles à des marées roses et parfumées ! Et la guerre angoissante aux vipères mordorées, glissant et frétillant dans les rocailles rousses ! Et les échauffourées des lapereaux froussards nous partant dans les jambes en un brusque ressaut de leur derrière tout blanc dans les touffes d’or les genêts ! Hein ! le joli temps, frangin, le joli temps que c’était là !

(Charles Foley)

Gants (avoir les)

France, 1907 : Avoir le mérite d’une découverte, le bénéfice d’une affaire, la virginité d’un garçon ou d’une fille.

Gants de… (avoir les)

Delvau, 1866 : Avoir tout le mérite d’une découverte, tout l’honneur d’une affaire, etc. Se donner les gants de… Se vanter d’une chose qu’on n’a pas faite ; s’attribuer l’honneur d’une invention, le mérite d’une fine repartie, — en un mot, et il est de Génin, « s’offrir à soi-même un pourboire » gagné par un autre.

Goinfre

Halbert, 1849 : Chantre.

Delvau, 1866 : s. m. Chantre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chantre. Il ouvre la bouche comme s’il allait avaler tout le monde.

Virmaître, 1894 : Chantre. Sans doute parce qu’ils ouvrent, pour chanter, des bouches aussi grandes que des fours. On y engamerait un pain de deux livres (Argot des voleurs). N.

Virmaître, 1894 : Gourmand qui mange à en crever. On dit aussi : goulaffe (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Gourmand.

France, 1907 : Chantre. Allusion à la boucle grande ouverte du chantre lorsqu’il entonne ses chants d’église.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique