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Absinthe (faire son)

Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Acanter

France, 1907 : Poser sur côté, pencher ; verser à boire ; « acante moi un coup ». Mot normand et picard, dérivé de cant, bord, coté.

(P. Malvezin)

Affluer

La Rue, 1894 : Verser une somme d’argent.

Ardillier

France, 1907 : Lieu rempli de ronces et d’épines.
Le chef d’escadron E. Peiffer, dans ses Recherches sur l’origine et ta signification des noms de lieux, donne, d’après un vieux fabliau publié par la Société Nivernaise, une anecdote sur ce mot :

La femme d’un brave villageois venait de rendre le dernier soupir ; pour la conduire à sa dernière demeure il fallait traverser un fourré rempli d’épines. Or, tandis que le convoi funèbre cheminait à travers le sentier broussailleux, une branche de ronce s’attacha au linceul qui enveloppait le corps de la défunte, si bien et si fort que les épines pénétrant dans la chair provoquèrent une douleur qui rappela la pauvre femme à la vie.
Mort n’étoit que léthargie.
À quelque temps de là il advint que la villageoise passait une seconde fois de vie à trépas, et comme on se disposait à la mener en terre.
 Lors li veuf moult ploreux
 Dit aux ansépultureux ;
 Prindes soigneusement garde
 Ke l’ardillier ne li arde.

Arguche

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs  : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.

Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.

Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.

Asseoir (s’)

Larchey, 1865 : Tomber, ironiquement : s’asseoir par terre. Allez-vous asseoir : Taisez-vous. — Allusion à la fin obligée des interrogatoires judiciaires. — Asseyez-vous dessus : Imposez-lui silence. — En 1859, M. Dallès a fait deux chansons intitulées l’une : Allez vous asseoir, et l’autre : Asseyez-vous donc là-d’sus. — Un petit théâtre de Paris a également donné ce premier terme pour titre à une revue de fin d’année.

Delvau, 1866 : Tomber. Envoyer quelqu’un s’asseoir. Le renverser, le jeter à terre. Signifie aussi se débarrasser de lui, le congédier.

France, 1907 : Tomber. Envoyer quelqu’un s’asseoir, le jeter par terre ou le congédier, le faire taire. Tu dis des âneries, va donc t’asseoir. C’est une réminiscence de la coutume des juges qui disent au témoin ou à l’accusé : « Allez vous asseoir. » S’asseoir sur le bouchon, s’asseoir par terre ; — sur quelqu’un, lui imposer silence ; — sur quelque chose, n’y attacher aucune importance.

Asseyez-vous dessus
Et que ça finisse ;
Asseyez-vous dessus
Et n’en parlons plus !

(A. Dale, Chansons)

Avoir les talons courts

Delvau, 1864 : Se laisser volontiers renverser sur le dos par un homme ; bander facilement pour les porte-queue.

Elle a les talons si courts, qu’il ne faut la pousser guère fort pour la faire cheoir.

(Les Caquets de l’accouchée)

Baiser Lamourette

France, 1907 : Réconciliation de peu de durée.

Un baiser historique célèbre et dont le souvenir fait sourire à tort, c’est le baiser Lamourette.
L’Assemblée législative de 1792 était divisée. Des députés, les uns voulaient la paix, les autres la guerre. Un parti soutenait la constitution monarchique, un autre parti essayait de la renverser pour rétablir la République.
Cependant les armées ennemies allaient passer la frontière, entrer en France.
Devant ce cri : « La patrie est en danger ! » Les discordes civiles devraient-elles continuer à troubler les discussions de l’Assemblée ? Une pensée commune ne devrait-elle pas réunir tous les citoyens ?
Un brave homme, l’abbé Lamourette, monta à la tribune et fit un appel à la conciliation.
— Jurons de n’avoir qu’un seul esprit, qu’un seul sentiment ! Jurons-nous fraternité éternelle ! Que l’ennemi sache que ce que nous voulons, nous le voulons tous, et la patrie est sauvée !
À ces mots, un souffle d’enthousiasme passa sur l’Assemblée. Les députés des opinions les plus opposées se jetèrent dans les bras les uns des autres. Il n’y eut plus ni droite ni gauche, mais des hommes confondus, échangeant un baiser fraternel. Ce ne fut qu’une trêve dans la guerre implacable entre l’ancien régime et le nouveau ; et pourtant le baiser Lamourette s’impose à l’histoire par sa grandeur, car il représente, dans la Révolution, la tolérance philosophique : des hommes épris du bien, combattant pour le triomphe de leurs idées sans cesser de s’aimer, oubliant, à un moment donné, leurs querelles dans l’élan d’un sentiment de justice et d’amour.

Bateau

d’Hautel, 1808 : Il est arrivé en quatre bateaux. Manière ironique de dire qu’une personne est arrivée quelque part avec étalage et fracas, accompagnée d’une suite nombreuse.
Il est encore tout étourdi du bateau. Pour il a encore l’esprit troublé d’un événement, d’un malheur récent qui lui est arrivé.
Il n’en vient que deux en trois bateaux. Se dit par dérision, d’une personne dont on a exagéré le mérite.
Un pas de bateau. Certain pas que l’on fait en dansant.

Rigaud, 1881 : Soulier très large. — Avec de pareils bateaux, vous pouvez traverser l’eau sans crainte, dit-on aux gens chaussés de larges souliers.

Rossignol, 1901 : Monter un bateau à quelqu’un est de lui dire souvent une chose qui n’est pas. Synonyme de scie.

France, 1907 : Chaussure.

— Quand partons-nous ?
— Demain, après-midi.
— Pourquoi pas le matin ?
— Parce que j’ai pas de souliers.
— Diable !
— Mais ne te tourmente pas. J’ai mon affaire.
— Loin d’ici ?
— Avenue du Bois. Le cocher d’un comte qui me donne ses vieux bateaux.

(Hugues Le Roux)

Bonne (prendre à la)

Larchey, 1865 : Prendre en bonne amitié. — Être à la bonne : Être aimé.

Je ne rembroque que tézigue, et si tu ne me prends à la bonne, tu m’allumeras bientôt caner.

(Vidocq)

Bonne : Bonne histoire.

Ah ! par exemple, en v’là une bonne.

(Cormon)

Bonne-grâce : Toile dans laquelle les tailleurs enveloppent les habits.

Le concierge de l’hôtel dépose qu’il a vu Crozard traverser la cour avec une bonne grâce sous son bras.

(La Correctionnelle)

Bousin

d’Hautel, 1808 : Terme bas et incivil qui signifie, tintamare, tapage, bruit scandaleux, esclandre ; et par extension, tripot, lieu de débauche et de prostitution.
Cette maison est un vrai bousin. Pour dire qu’elle est mal gouvernée, que chacun y est maître.
Faire un bousin de tous les diables. C’est-à-dire un vacarme, un bruit extravagant, semblable à celui que font ordinairement les gens vifs et emportés lorsqu’ils sont en colère, et les ivrognes dans leurs orgies.

Delvau, 1866 : s. m. Maison mal famée ; cabaret borgne. Argot du peuple.
M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche et d’aller chercher bowsing, cabaret à matelots. C’est, me semble-t-il, renverser l’ordre naturel des choses, et faire descendre François Ier de Henri II. Bowsing n’est pas le père, mais bien le fils de bousin, qui lui-même est né de la bouse ou de la boue. Pour s’en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu’à Restif de la Bretonne.

Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, scandale, — dans l’argot du peuple. Faire du bousin. Faire du tapage du scandale ; se battre à coups de chaises, de tables et de bouteilles.

Rigaud, 1881 : Tapage. C’est un dérivé de bouis.

Bute, bute à regret

Rigaud, 1881 : Guillotine. Buter, guillotiner, tuer, assassiner ; du vieux mot : buter, frapper, renverser ; d’où culbuter, dans la langue officielle.

Butter

Ansiaume, 1821 : Massacrer.

Il a été butté pour avoir fait suer un chesne.

un détenu, 1846 : Tuer quelqu’un, occire.

Larchey, 1865 : Assassiner. — Du vieux mot buter : frapper, renverser, qui a fait Culbuter. V. Roquefort.

Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner, de faire le bog et le blavin, de butter même s’il en était besoin.

(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830)

Voilà pour butter le premier rousse, dit-il en montrant un couteau.

(Canler)

Virmaître, 1894 : Tuer (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Tuer.

France, 1907 : Assassiner, guillotiner.

Et, comm’ leur fallait c’pendant
Pour s’mett’ quèqu’ chos’ sous la dent
Qu’i’ s’procur’nt de la galette,
I’ buttèr’nt un pétrousquin
Et lui tir’nt son saint-frusquin.

(Blédort)

Caboulote

Rigaud, 1881 : Hébé de caboulot. La caboulote tient à la fois du garçon de café et de la fille de maison. Elle est chargée de verser à boire, de pousser à la consommation et le client à la porte, par les épaules, s’il fait trop de tapage.

Voici des actrices, des modèles, des caboulotes, des marchandes de bouquets et de plaisir.

(Ed. Robert, Petits mystères du quartier latin, 1860.)

Chahuter

Vidocq, 1837 : v. a. — Faire tapage pour s’amuser.

Larchey, 1865 : Faire tapage, danser le chahut.

Ce verbe, qui, à proprement parler, signifie crier comme un chat-huant, vient du nom de cet oiseau autrefois appelé chahu ou cahu…

(Fr. Michel)

Ça mettra le vieux Charlot en gaîté… il chahutera sur sa boutique.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Renverser, culbuter.

Sur les bords du noir Cocyte, Chahutant le vieux Caron, Nous l’fich’rons dans sa marmite, etc.

(Chanson de canotiers)

Delvau, 1866 : v. a. Secouer avec violence ; renverser ; se disputer.

Delvau, 1866 : v. n. Danser indécemment.

Rigaud, 1881 : Bousculer, faire du vacarme. — Chahuteur, chahuteuse, danseur, danseuse de chahut, tapageur, tapageuse.

Rigaud, 1881 : Danser la chahut.

Chahuter, pincer le cancan,
Sur l’abdomen coller sa dame ;
Voilà le danseur à présent,

(P. J. Charrin, Les Actualités)

Rossignol, 1901 : Jouer, s’amuser, danser.

Finis de chahuter, je ne veux pas rire.

Au bal celui qui se démène en dansant le quadrille chahute.

France, 1907 : Danser le chahuts ; faire du tapage ou être secoué.

Et cette fille destinée à chahuter de lit en lit.

(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)

Chambarder

Delvau, 1866 : v. a. Secouer sans précaution ; renverser ; briser, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine.

Fustier, 1889 : Faire du bruit, du chambard.

Vous aurez la complaisance cette année de ne pas tout chambarder dans l’École (Polytechnique), comme vous en avez l’habitude…

(XIXe siècle, 1881)

On dit familièrement en Bretagne chambarder pour : remuer, bousculer quelqu’un ou quelque chose. (V. Delvau : Chambarder.).

Virmaître, 1894 : Tout casser, tout démolir, bouleverser une maison de fond en comble, renouveler son personnel. Mot à mot : faire balai neuf (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Jeter.

Dans un moment de colère, j’ai chambardé par la fenêtre tout ce qu’il y avait dans les meubles.

France, 1907 : Tout casser. Se défaire à vil prix de son mobilier où de ses hardes.

Louise Michel était bouclée dans la prison de Vienne, quand les gaffes viennent lui annoncer, la gueule en cul de poule, que Constans ayant pitié d’elle on allait la foutre en liberté.
Bien plus, nom de dieu ! on disait tout bas que c’était elle qui avait réclamé sa grâce.
Sous un coup pareil, Louise a bondi ! Sortir seule de prison et y laisser moisir une cinquantaine de bons copains ? — Non, non, elle ne sortirait pas !
Foutue en rage, elle s’est mise à tout chambarder !

(Le Père Peinard)

Chameau

Delvau, 1864 : Fille de mauvaises mœurs, nommée ainsi par antiphrase sans doute, le chameau étant l’emblème de la sobriété et de la docilité, et la gourgandine, l’emblème de l’indiscipline et de la gourmandise.

L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau.

(Louis Protat)

Suivre la folie
Au sein des plaisirs et des ris,
Oui, voilà la vie
Des chameaux chéris
À Paris.

(Justin Cabassoc)

Larchey, 1865 : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas.

Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte !

(Vidal, 1833)

Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer.

(F. Deriège, 1842)

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s’arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes. Le mot a une cinquantaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l’adresse d’une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit un insolent dont le nom m’échappe.

France, 1907 : Sale individu, homme sur lequel on ne peut compter, plus disposé à exploiter qu’à aider ses camarades. Encore une bizarrerie de langage à laisser étudier aux étymologistes, car le chameau est un animal utile et fort exploité et sur la sobriété duquel repose le salut des caravanes.

M’est avis que d’entrer en relations avec les pestailles, lez jugeurs et les piliers de prison, ça vous donne le dégoût de ces chameaux, et ça augmente votre haine contre les horreurs sociales.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Substantif masculin employé au féminin pour désigner une vieille ou jeune personne de morale relâchée. D’où peut venir cette expression ? Ce n’est certainement pas des protubérances naturelles au beau sexe. Faut-il voir dans cette singulière appellation une comparaison avec la docilité qu’a le chameau de se coucher pour recevoir sa charge, et celle de la fille qui subit le client ?

Mais ce déballage de honte, cette exhibition de crève-la-faim, cela soulève le cœur des catins de la haute, des salopes bourgeoises, les rivales, ces chameaux vêtues de soie et de fourrures, qui ont des amants dans tous leurs tiroirs, sans avoir, comme toi, l’excuse, la suprême excuse de la faim.

(La Révolte)

Un certain soir, des biches de la haute
Festoyaient dans un restaurant ;
De nous griser ne faisons pas La faute,
Dit l’une, et tenons notre rang !
Alors que nous sommes en noces,
Ne luttons que de gais propos,
Car, si nous nous faisions des bosses…
On nous prendrait pour des chameaux.

Charger

d’Hautel, 1808 : Il est chargé comme un mulet. Pour dire très-chargé, surchargé de travaux et de peines.
Chargé de ganaches. Se dit d’un homme qui a de grosses mâchoires.
Charger. Pour exagérer, folâtrer, faire des bouffonneries, des farces.
Charger un récit, un portrait. En exagérer les détails, les circonstances et les traits.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Enlever un décor. Argot des coulisses. C’est la manœuvre contraire à Appuyer.

Rigaud, 1881 : Enlever un décor, — dans le jargon du théâtre.

Chargez là-haut… les bandes d’air… Chargez encore… là… bien.

(Ed. Brisebarre et Eug. Nus, la Route de Brest, 1857)

Rigaud, 1881 : Prendre un voyageur, — dans le jargon des cochers de fiacre. — Avoir trouvé acquéreur, — dans celui des filles.

Merlin, 1888 : Pour les cavaliers, sortir en ville, faire une sortie.

Fustier, 1889 : Verser du vin, remplir un verre de liquide.

Charge-moi vite une gobette de champoreau.

Traduction : Sers-moi un verre de café additionné d’eau-de-vie. (Réveil, 1882)

France, 1907 : Enlever un décor. Placer le décor se dit appuyer.

France, 1907 : Verser à boire.

Chaufournier

Rigaud, 1881 : Garçon chargé de verser le café.

Chemin

d’Hautel, 1808 : Il va son petit bonhomme de chemin. Se dit d’un homme prudent et réservé, qui sans faire des affaires brillantes, ne laisse cependant pas que de se soutenir honorablement.
Il ne va pas par trente-six chemins. Se dit d’une personne qui s’explique ouvertement, sans détour, qui brusque les façons et les cérémonies.
Le chemin de Saint-Jacques. Pour dire la voie lactée.
Prendre le chemin des écoliers. Prendre le plus long, faire de grands détours pour arriver au but.
Faire son chemin. Pour dire se produire, par venir, faire ses affaires.
Il ne faut pas aller par quatre chemins. Pour il ne faut pas tergiverser ; il faut se décider, dire franchement et sans ménagement ce que l’on pense.
Il trouvera plus d’une pierre dans son chemin. Pour, il rencontrera bien des obstacles.
À chemin battu il ne croit point d’herbe. Signifie qu’il n’y a aucun bénéfice à faire dans un état dont tout le monde se mêle en même temps.
Je te mènerai par un petit chemin où il n’y aura pas de pierres. Se dit par menace à un enfant mutin, pour je te ferai marcher droit ; et en riant, d’un chemin étroit et difficultueux, dans lequel on ne peut passer que les uns après les autres : c’est le chemin du paradis.
Il n’en prend pas le chemin.
Pour, il ne se met pas en mesure de faire telle ou telle chose ; de réussir dans une affaire quelconque.
Il prend le chemin de l’Hôpital. Se dit d’un prodigue, d’un dépensier, qui se ruine en de folles dépenses.
Aller droit son chemin. Se conduire avec probité, d’une manière franche et loyale.
Suivre le grand chemin des vaches. On dit plus communément la poste aux ânes ; ce qui signifie la routine ordinaire.

Chien

d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

Halbert, 1849 : Secrétaire.

Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

(d’Hautel, 1808)

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Larchey, 1865 : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.

Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens)

Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :

Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.

Chineur

Delvau, 1866 : s. m. Marchand de peaux de lapins, — dans l’argot des chiffonniers. Signifie aussi Auvergnat, homme qui court les ventes et achète aussi bien un Raphaël qu’un lot de fonte.

Rigaud, 1881 : Marchand d’habits ambulant qui va déverser ses achats sur le carreau du Temple. — Marchand qui va offrir à domicile des objets souvent volés. — Filou qui vole en augmentant frauduleusement la valeur apparente des objets.

Le Mont-de-Piété n’a guère à se défendre que contre deux sortes de filous parfaitement catégorisés : les chineurs et les piqueurs d’once. il ne faut pas croire que cette fraude s’arrête aux objets précieux ; on chine tout.

(Maxime du Camp, Revue des Deux-Mondes 1873)

Un des procédés du chineur consiste à forer les chaînes, les bracelets, pour en extraire l’or qu’il remplace par du cuivre. Les employés du Mont-de-Piété ont été, plus d’une fois, victimes de ce genre de vol. — Dans le jargon des chiffonniers, un chineurest un marchand, un commerçant quelconque.

Merlin, 1888 : Méchante langue ou mauvais plaisant.

La Rue, 1894 : Colporteur. Marchand d’habits.

Virmaître, 1894 : Genre de voleurs dont les procédés se rapprochent de ceux des charrieurs. Ils sont pour la plupart originaires du Midi (Argot des voleurs).

France, 1907 : Voleur au chinage. Marchand qui fréquente les ventes publiques et achète tout ce qui est à bas prix, d’où le populaire a baptisé de ce nom le marchand de peaux de lapins. On appelle aussi chineurs ou roulants les marchands de vieux habits qui courent les marchés et les foires et ceux qui vont à domicile offrir des étoffes à bas prix.
Dans le Pavé, voici ce qu’écrit sur ce mot Jean Richepin : « En argot, chineur veut dire travailleur, et vient du verbe chiner… Mais ce mot se spécialise pour désigner particulièrement une race de travailleurs sui generis…
Elle campe en deux tribus à Paris. L’une habite le pâté de maisons qui se hérisse entre la place Maubert et le petit bras de la Seine, et notamment rue des Anglais. L’autre niche eu haut de Ménilmontant, et a donné autrefois son nom à la rue de la Chine… Les chineurs sont, d’ailleurs des colons et non des Parisiens de naissance. Chaque génération vient ici chercher fortune, et s’en retourne ensuite au pays. »

Comme s’il en pleuvait

Rigaud, 1881 : Beaucoup, à foison. — Verser du Champagne comme s’il en pleuvait. La variante est : Comme si ça ne coûtait rien.

Coup de la petite chaise

France, 1907 : Il consiste à saisir la victime par le collet et à la renverser en arrière en l’asseyant sur le genou qui est la petite chaise. De même que dans le coup de la bascule, cas précédent, il perd l’équilibre et ne peut faire usage de ses mains, ce qui donne au copain tout loisir d’explorer ses poches.

Cuillère (verser la) au magasin

Merlin, 1888 : Mourir.

Cul

d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.

Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.

En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.

(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)

France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.

Culbuter une femme

Delvau, 1864 : En jouir, — parce que, pour en arriver là, il faut la renverser sur le dos.

Mademoiselle, aimez-vous bien à être culbutée ?

(Sorel)

Déboulonner sa colonne

Virmaître, 1894 : Mourir. Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).

France, 1907 : Mourir. Allusion à la colonne Vendôme que Courbet voulait faire déboulonner et que les communards renversèrent.

Demi-tour

Fustier, 1889 : Jargon des élèves de l’école de Saint-Cyr. Le demi-tour est une sorte de brimade qui consiste à jeter bas de leurs lits les nouveaux élèves et à renverser leur literie.

Le soir, les élèves se livrèrent à ce qu’ils appellent le demi-tour.

(Événement, juillet 1884)

Déroyaliser

Delvau, 1866 : v. a. Détrôner un roi, enlever à un pays la forme monarchique et la remplacer par la forme républicaine. L’expression date de la première Révolution et a pour père le conventionnel Peysard.

Rigaud, 1881 : Renverser un souverain de son trône. Enlever à un roi la couronne de dessus la tête, et quelquefois la tête, avec la couronne.

Devant

d’Hautel, 1808 : Préposition de lieu.
Si vous êtes pressé, courez devant. Se dit aux gens qui affectent des airs expéditifs et, empressés.
Mettre tout sens devant derrière, sens dessus dessous. Mettre tout en confusion, en désordre ; bouleverser quelque chose de fond en comble.
Bâtir sur le devant. Voy. Bâtir.

France, 1907 : Le côté opposé au derrière, dans le langage des petites filles qui n’ont pas encore été en pension.

À la place Maubert,
Un jour, une harengère
De monsieur Saint-Hubert
Insulta la bannière.
Pour punir cette infame,
L’on vit, soudainement,
Son chaudron plein de flamme,
Griller tout son devant.

(J.-J. Vadé, Cantique de Saint-Hubert)

Dialogue surpris sur le boulevard :
— Cocher, vous avez quelque chose qui se lève par devant, n’est-ce pas ?
— Oui, madame.
— Bien, c’est pour que ma bonne puisse s’asseoir dessus.
— Comme madame voudra.

(Gil Blas)

Ébasir, esbasir

Rigaud, 1881 : Assommer. Mot à mot : renverser de la base. C’est sans doute une déformation d’abassir, abattre, démolir, renverser.

Embarder

Delvau, 1866 : v. n. Tergiverser, digressionner, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans l’infanterie de marine, et se rappellent combien de faux coups de barre donnés au gouvernail peuvent retarder le navire.

Virmaître, 1894 : Entrer dans une affaire (Argot du peuple).

France, 1907 : Se tromper ; argot des marins.

France, 1907 : Tergiverser, aller d’un sujet à l’autre.

Embrocher

d’Hautel, 1808 : Passer une épée à travers le corps ; attirer quelqu’un dans un panneau ; le tromper.
Il s’est fait embrocher. Pour, il s’est fait tuer.

Delvau, 1866 : v. a. Passer son épée ou sa baïonnette au travers du corps, — dans l’argot des troupiers. Se faire embrocher. Se faire tuer.

France, 1907 : Traverser quelqu’un an moyen d’une arme tranchante. Faire l’acte vénérien.

Parmi ces souvenirs, ceux qui le lancinaient tout particulièrement et d’une pointe supérieure aiguë, c’était certaines aventures où, — par une defaillance subite d’un tempérament trop nerveux, un peu timide, — il était demeuré inactif et ridicule, quand il eût fallu tout embrocher, ou, pour le moins, tout avaler.

(Maurice Montégut, Gil Blas)

Envoyer dormir

La Rue, 1894 : Renverser à plat d’un coup de poing.

France, 1907 : Renverser quelqu’un d’un coup de poing.

Épatage

Delvau, 1866 : s. m. Action d’éblouir, de renverser quelqu’un les quatre pattes en l’air par la stupéfaction ou l’admiration. Argot du peuple. On dit aussi Épatement.

France, 1907 : Étonnement.

Es

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Escroc, proprement dit, est une des nombreuses variétés de la grande famille des chevaliers d’industrie, Faiseurs et autres. Son nom même devrait être donné à ces derniers ; car, quelle que soit la manière dont ils procèdent ; le seul nom qui convienne à leurs exploits est celui d’escroquerie. Au reste, la catégorie des Escrocs est la plus nombreuse de toutes. Ce serait une entreprise difficile, pour ne pas dire, impossible, que d’énumérer les diverses manières de commettre le délit prévu par l’article 405 du Code Pénal ; les débats révèlent tous les jours de nouvelles ruses aux bénévoles habitués des tribunaux correctionnels. Mais les plus coupables ne sont pas ceux que frappe le glaive de Thémis ; aussi je ne les cite que pour mémoire ; je veux seulement m’occuper des grands hommes. La prison n’est pas faite pour ces derniers, ils se moquent des juges, et ne craignent pas le procureur du roi ; tous leurs actes cependant sont de véritables escroqueries. Quel nom, en effet, donner à ces directeurs de compagnie en commandite et par actions, dont la caisse, semblable à celle de Robert Macaire, est toujours ouverte pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires, et toujours fermée lorsqu’il s’agit de payer les dividendes échus ? Quel nom donner à ces fondateurs de journaux à bon marché, politiques, littéraires, ou des connaissances inutiles, qui promettent au public ce qu’ils ne pourront jamais donner, si ce n’est celui d’Escroc ? Nommera-t-on autrement la plupart des directeurs d’agences d’affaires, de mariages, déplacement ou d’enterrement ? oui, d’enterrement, il ne faut pas que cela vous étonne.
Je viens de dire que la qualification d’Escroc devait être donnée à ces divers individus ; il me reste maintenant à justifier cette allégation. Cela ne sera pas difficile.
Vous voulez, pour des raisons à vous connues, vendre ou louer, soit votre maison des champs, soit votre maison de ville ; vous avez, par la voie des Petites-Affiches, fait connaître vos intentions au public, et vous attendez qu’il se présente un acquéreur ou un locataire. Vous attendez vainement. Mais, s’il ne se présente ni acquéreur ni locataire, tous les matins votre portier vous remet une liasse de circulaires par lesquelles Messieurs tels ou tels vous annoncent qu’ils ont lu ce que vous avez fait insérer dans les Petites-Affiches, qu’ils croient avoir sous la main ce qui vous convient, et qu’ils terminent en vous priant de passer chez eux le plus tôt qu’il vous sera possible.
Vous vous déterminez enfin à voir un de ces officieux entremetteurs, et vous vous rendez chez lui. L’aspect de son domicile vous prévient d’abord en sa faveur. Avant d’être introduit dans son cabinet, on vous a fait traverser des bureaux dans lesquels vous avez remarqué plusieurs jeunes gens qui paraissaient très-occupés, et vous avez attendu quelques instans dans un salon élégamment meublé ; dans le cabinet de l’agent d’affaires, vous avez remarqué des gravures avant la lettre, des bronzes de Ravrio, des tapis ; aussi vous l’avez chargé de vendre ou de louer votre propriété, et vous lui avez remis sans hésiter un instant la somme plus ou moins forte qu’il vous a demandée, et qui est, à ce qu’il dit, destinée à le couvrir des premiers frais qu’il faudra qu’il fasse. Il vous a remis en échange de votre argent une quittance ainsi conçue :
« Monsieur *** a chargé Monsieur ***, agent d’affaires à Paris, de vendre ou de louer sa propriété, sise à ***, moyennant une somme de *** pour % du prix de la vente ou location, si elle est faite par les soins du sieur *** ; dans le cas contraire, il ne lui sera alloué qu’une somme de ***, pour l’indemniser de ses frais de démarches, publications et autres, dont il a déjà reçu la moitié ; l’autre moitié ne sera exigible que lorsque la propriété du sieur *** sera louée ou vendue. Fait double, etc., etc. »
Comme il est facile de le voir, l’adroit agent d’affaires a reçu votre argent et ne s’est engagé à rien, et vous ne pouvez plus vendre ou louer votre propriété sans devenir son débiteur. Un individu, nommé G…, qui demeure rue Neuve-Saint-Eustache, exerce à Paris, depuis plusieurs années, le métier dont je viens de dévoiler les ruses. Il a bien en quelques petits démêlés avec dame Justice, mais il en est toujours sorti avec les honneurs de la guerre, et il n’y a pas long-temps que, voulant vendre une de mes propriétés, il m’a adressé une de ses circulaires, en m’invitant à lui accorder le confiance dont il était digne.
L’agent d’affaires qui s’occupe de la vente des propriétés de ville et de campagne, fonds de commerce, etc., etc., n’est qu’un petit garçon comparativement à celui qui s’occupe de mariages. Le créateur de cette industrie nouvelle, feu M. Villiaume, aurait marié, je veux bien le croire, le doge de Venise avec la mer Adriatique, mais ses successeurs, quoique disent les pompeuses annonces qui couvrent la quatrième page des grands et petits journaux, ne font luire nulle part le flambeau de l’hyménée, ce qui ne les empêche pas de faire payer très-cher à ceux qui viennent les trouver alléchés par l’espoir d’épouser une jeune fille ou une jeune veuve dotée de quelques centaines de mille francs, le stérile honneur de figurer sur leurs cartons.
Ceux des individus dont je viens de parler, qui ne dépensent pas follement ou ne jouent pas l’argent qu’ils escroquent ainsi, acquièrent en peu de temps une brillante fortune, achettent des propriétés, deviennent capitaines de la milice citoyenne, chevaliers de la Légion-d’Honneur, électeurs, jurés, et condamnent impitoyablement tous ceux qui comparaissent devant eux. (Voir Suce-larbin.).
Les Escrocs auvergnats se sont à eux-mêmes donné le nom de Briseurs. Les Briseurs donc, puisqu’il faut les appeler par leur nom ; se donnent tous la qualité de marchands ambulans. Ils n’ont point de domicile fixe. Ils font passer à leur femme, qui réside en Auvergne, le fruit de leurs rapines, et celle-ci achette des biens que, dans tous les cas, les Briseurs conservent ; car, il faut remarquer qu’ils sont presque tous mariés sous le régime dotal, ou séparés de biens.
Lorsque les Briseurs : ont jeté leur dévolu sur un marchand, le plus intelligent, ou plutôt le plus hardi d’entr’eux, s’y présente, choisit les marchandises qui lui conviennent, achette et paie. Quelques jours après, il adresse au marchand son frère ou son cousin, qui se conduit de même. Cela fait, le premier revient, achette encore, paie une partie comptant, et, pour le surplus, laisse un petit billet à trois ou quatre mois de date. Mais quinze ou vingt jours sont à peine écoulés, qu’on le voit revenir, il demande si l’on a encore le billet, le reprend et ne demande qu’un léger escompte qu’on s’empresse de lui accorder.
Ce manège dure quelques mois, et si les Briseurs jugent le marchand bon, ils ne se lassent pas de le nourrir, ils lui amènent des parens, des amis, les crédits se montent, et, tout-à-coup vient la débâcle, et l’on apprend alors, mais trop tard, que l’on a été trompé.
Tous les membres d’une famille de l’Auvergne sont quelquefois Briseurs. Je puis, pour ma part, en citer sept ou huit qui portent le même nom.
Il faut remarquer que la brisure est héréditaire dans plusieurs familles de l’Auvergne. La bonne opinion que l’on a de ces enfans des montagnes facilite leurs escroqueries. Ces hommes paraissent doués d’une épaisseur et d’une bonhomie qui commande la confiance, aussi ils trouvent toujours des négocians qui se laissent prendre dans leurs filets ; cela prouve, si je ne me trompe, que personne n’est plus propre qu’une bête à tromper un homme d’esprit : ce dernier se laisse prendre plus facilement que tout autre ; car il compte sur sa supériorité et ne peut croire qu’un homme auquel il n’accorde que peu ou point de considération ait l’intention et le pouvoir de mettre sa perspicacité en défaut.
Les marchandises escroquées par les Briseurs sont, pour la plupart, achetées par des receleurs ad hoc, à 40 ou 50 pour % de perte. Au moment où j’écris, il existe à Paris plusieurs magasins garnis de marchandises brisées.
Les Briseurs changent entre eux de passeport, ce qui permet à celui qui est arrêté de prendre le nom de Pierre, lorsqu’il se nomme François, et que c’est François que l’on cherche.

Larchey, 1865 : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

Rigaud, 1881 : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.

France, 1907 : Abréviation d’escroc.

Essoper

France, 1907 : Renverser quelqu’un d’un seul coup ; corruption du vieux français escopir, battre, dérivé du latin ecopare.

Étaler quelqu’un

France, 1907 : Le renverser.

Factionnaire (relever un)

Rigaud, 1881 : Courir de l’atelier chez le marchand de vin, boire à la hâte un verre de n’importe quoi qu’un camarade a fait verser à votre intention, et retourner au travail.

France, 1907 : S’échapper de l’atelier pour avaler rapidement un verre de vin qui vous attend sur le comptoir.

Aux Halles, les porteurs ne peuvent abandonner leur poste tous à la fois pour aller boire chez le marchand de vin, ils laissent le verre de chaque camarade au comptoir, le « bistro » donne un « jeton » : quand le camarade vient boire son verre, il relève le factionnaire.

(Charles Virmaître)

Faire compter les solives à une femme

Delvau, 1864 : La renverser sur le dos et la baiser vivement, — acte pendant lequel, tout en jouissant, elle regarde au plafond et non ailleurs.

Faiseur

d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.

Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier

Gâter impunément de l’encre et du papier,

de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :

Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.

C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.

Halbert, 1849 : Commerçant.

Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.

Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.

(H. Murger, Lettres)

On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.

La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.

Hayard, 1907 : Escroc.

France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :

Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !

Foire n’est pas sur le font (la)

France, 1907 : Inutile de se presser, nous avons le temps. D’après le Dictionnaire des Curieux, de Ch. Ferrand, cette expression vient de Provence, au temps de la fameuse foire de Beaucaire, où il arrivait des marchands de tous les pays d’Europe, et même d’Afrique et d’Asie. Pour atteindre Beaucaire, séparé de Tarascon par le Rhône, il fallait traverser un pont de bateaux, qui, au fort de la foire, devait être encombré et bordé de boutiques et des échoppes de ceux qui n’avaient plus trouvé de place à Beaucaire. Donc, tant que le pont n’était pas bordé des boutiques des retardataires, il n’y avait pas lieu de se presser.

Fournier

Delvau, 1866 : s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs. Argot des limonadiers.

Rigaud, 1881 : Chef de cuisine dans un café.

Il faut savoir bien manipuler le café et faire la cuisine. On est chargé de préparer les déjeuners, d’apprêter et servir le café aux consommateurs.

(Le Livre des métiers faciles, 1855.)

France, 1907 : Garçon qui verse le café aux consommateurs.

Gaspiller

d’Hautel, 1808 : Bouleverser, gâter ; faire des dépenses inutiles.

Graillonner

d’Hautel, 1808 : Faire des efforts pour cracher ; expectorer continuellement.

Vidocq, 1837 : v. a. — Entamer une conversation à haute voix, de la fenêtre d’un dortoir sur la cour ; ou d’une cour à l’autre, correspondre avec des femmes détenues dans la même prison. Le règlement des prisons défend de Graillonner.

Larchey, 1865 : Parler (Vidocq). — Diminutif du vieux mot grailler : croasser. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : v. n. Cracher fréquemment.

Delvau, 1866 : v. n. S’entretenir à haute voix, d’une fenêtre ou d’une cour à l’autre, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Converser à haute voix, d’une cour de prison à l’autre, du dortoir à la cour.

Rigaud, 1881 : Cracher avec effort, tousser gras.

La Rue, 1894 : Écrire. Cracher. Parler d’une fenêtre à l’autre, dans une prison.

Rossignol, 1901 : Mal laver une chose ou un objet, c’est le graillonner.

France, 1907 : Écrire.

France, 1907 : Expulser avec effort des crachats.

France, 1907 : Parler ou chanter d’une voix grasse, parler d’une fenêtre de prison à une autre.

À 2 heures du matin, il y avait encore une vingtaine de buveurs graillonnant une complainte. Clarinette, les joues molles, stupide de sommeil, piquait des têtes dans le vide, tandis que Huriaux, vautré sur une table, dans une flaquée de bière, dormassait à poings fermés.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Jam’ de lav’

Fustier, 1889 : Traduction : Jamais de la vie ! Expression couramment usitée il n’y a point longtemps encore et qui tend à tomber en désuétude :

On lui dit… qu’il serait bien aimable de verser une cinquantaine de francs à la caisse de l’agence. — Jam’ de lav’ ! répond le jeune homme. — Comment ! jamais de la vie ? reprend l’employé de l’agence, qui comprenait le parisien.

(Figaro, 1886)

Jarviller

France, 1907 : Converser.

Jules

Delvau, 1866 : s. m. Pot qu’en chambre on demande, — dans l’argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C’est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.

Rigaud, 1881 : Pot de chambre ; tinette, latrines portatives des troupiers. Jules a remplacé le vieux Thomas, source d’éternelles plaisanteries. Jules est plus nouveau. On dit au régiment passer la jambe à Jules ou pincer l’oreille à Jules lorsqu’on est de corvée pour vider les tinettes.

Merlin, 1888 : Tonneau percé d’un bout, posé sur l’autre, et portant deux crochets de fer sur les côtés. C’est le meuble indispensable des salles de discipline d’où les soldats ne peuvent sortir, même pour satisfaire certains besoins. Les soldats chargés de transporter ce fameux baquet tirent les oreilles à Jules ; quand, pour le vider, ils le font basculer, ils lui passent la jambe.

La Rue, 1894 : Tinette.

Virmaître, 1894 : Pot de chambre (Argot du peuple). V. Goguenot.

Rossignol, 1901 : Baquet qui se trouve dans toutes les salles de police ou violons. Un vase de nuit est aussi nommé Jules ou Thomas.

Hayard, 1907 : Camarade à Thomas : le pot de chambre.

France, 1907 : Baquet-tinette ; argot militaire.

— Mais pour en revenir à mon histoire, maintenant que tu sais que les canards ils sont des animaux plus décents et moins parfumés que toi, dis un peu voir comment tu t’y prendrais pour faire traverser le pont de la ville à cinquante canards, après les avoir fait manger, sans que pas un y laisse sur le pont ce que tu vas donner à Jules.

(La Baïonnette)

Pincer l’oreille à Jules, prendre le baquet par les anses. Passer la jambe à Jules, vider le goguenot. Aller chez Jules, aller aux cabinets. Travailler pour Jules, manger.

Pauvre pousse-crotte, je trotte,
J’astique et je frotte
Tous mes cuirs avec un bouchon.
— Ah ! mon vieux cochon ! —
Toi ! tu vas, tu viens, tu circules…
Réveils ridicules :
Moi, je pince l’oreille à Jules,
À Jules !

(Louis Marsolleau)

Jus de tarentule

France, 1907 : Boisson fort en usage dans le Far-West. Le jus de tarentule se fait avec deux quarts d’alcool, quelques pêches brûlées, une carotte de tabac noir, le tout mis dans un baril, où l’on verse cinq gallons d’eau. Trappeurs et Indiens raffolent de cette décoction, certainement le mélange le plus capiteux que l’on puisse imaginer. Si l’on s’enivre, l’ivresse ne dure pas moins d’une semaine.

Nous poussâmes nos chevaux dans la rivière qu’ils traversèrent à la nage… L’eau étant glaciale et la quantité le jus de tarentule que nous dûmes absorber pour entretenir la circulation fut surprenante.

(Hector France, Chez les Indiens)

Kil, kilo

France, 1907 : Litre de vin.

Les trois troubades prirent la veilleuse, la déposèrent sur le lit de camp et dinèrent ; le litre de genièvre circula et fut vidé en un instant.
Un peu après la ronde du cabot de garde, un nouveau kilo fut introduit à la boîte, puis un troisième. Chacun le sien, nom de Dieu ! On est troubade ou on ne l’est pas !

(Le Père Peinard)

Traverser un kil, boire un litre de vin. Dédoser un kil, évacuer ce qu’on a bu. Poser un kilo, faire ses besoins.

Lâcheur

Larchey, 1865 : Homme sur lequel on ne peut compter. — Mot à mot : qui lâche ses amis.

Le lâcheur est la lorette de l’amitié.

(A. Scholl, 1858)

Se lâcher de : Se payer. V. Rotin.

Delvau, 1866 : s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres. Lâcheur ici est synonyme de Lâche.

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme, — dans l’argot de Breda-Street, où le rôle d’Ariane n’est pas apprécié à sa juste valeur.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui laisse ses camarades « en plan » au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu’ils sont ivres, — dans l’argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne. Beau lâcheur. Homme qui fait de cette désertion une habitude.

Rigaud, 1881 : « On appelle ainsi les pilotes qui se chargent de conduire les bateaux depuis Bercy jusqu’au Gros-Caillou, en leur faisant traverser tous les ponts de Paris. » (É. de La Bédollière)

Rigaud, 1881 : Homme qui n’est pas partisan des liaisons amoureuses de longue durée.

Méfie-toi, Nini, c’est mon lâcheur de la semaine dernière.

(Grévin)

Tous les maris sont des lâcheurs.

(Clairville et Siraudin, Le Mot de la fin)

France, 1907 : Homme qui abandonne sa maîtresse, qui quitte ses amis, ses camarades au milieu d’une partie de plaisir ou de coups de poing. Mauvais camarade qui ne prend pas votre défense. A. Scholl a dit : « Le lâcheur est la lorette de l’amitié. »

L’heure s’avançait, amoncelant les craintes ; comme il arrive dans les tempêtes, quand un navire fait eau, beaucoup de passagers quittaient leurs places pour s’enquérir des ceintures de sauvetage et des chaloupes de sûreté. Entre quelques autres, la voix de M. Nisard s’éleva : « Restons sur nos sièges ; l’empereur est prisonnier, c’est une raison pour que nous ne l’abandonnions pas. »
Je sais bien que Nisard ne risquait pas grand’-chose en disant cela et que son dévouement était des plus platoniques. Pas moins vrai que, politique à part, cette protestation de fidélité vaut son prix, dans ce temps où il est déshonorant d’être un lâche, mais où il est très habile d’être un lâcheur.

(De Vogüé, Discours à l’Académie)

Laisser mener par le bout du nez (se)

France, 1907 : N’avoir nulle volonté ; se laisser conduire.
Cette expression est fort ancienne et vient des Grecs qui disaient : Se laisser mener par le nez comme un buffle. En effet, aucun buffle ne devait traverser une ville sans un anneau ou une barre de fer passée dans le museau, ce qui le tenait en respect et le rendait docile à la main qui le conduisait, fût-ce celle d’un enfant. On en use d’ailleurs de même aujourd’hui pour les taureaux que l’on conduit au marché ou à l’abattoir.

Lancer une femme

Rigaud, 1881 : Produire une femme dans le monde où l’on s’amuse. La lancer sur le chemin de la fortune, la mettre à la mode. Les gandins prononçaient et les gommeux prononcent : Je la lince. Une femme lancée est une femme qui occupe un certain rang dans la prostitution dorée, un des premiers sujets du monde galant. « Bientôt on la fêtera, on viendra verser à ses pieds les richesses du Potose ; on l’habillera de soie, on emplumera son chapeau… Alors elle sera lancée. » (Les Filles d’Hérodiade, 1845)

Larme

d’Hautel, 1808 : Il pleure en filou, sans verser une larme. Voy. Filou.
Il est sur le pont de Sainte-larme. Se dit d’un enfant grimaud, qui témoigne quelqu’envie de pleurer.

Delvau, 1866 : s. f. Très petite quantité, — dans l’argot des bourgeois, qui prennent une larme d’eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent gris.

France, 1907 : Pelite quantité de liquide.

Mettre en pâte

Delvau, 1866 : v. a. Renverser un ou plusieurs paquets en les transportant ou en imposant, — dans l’argot des typographes. On dit aussi Tomber en pâte.

Virmaître, 1894 : Les compositeurs lient les paquets de caractères avec une ficelle. Quand le paquet est mal lié ou que le bout de la ficelle est emprisonné, le metteur en pages met le paquet en pâte, c’est-à-dire que les caractères se mélangent et qu’il faut recomposer. Quand, dans le paquet, Il y a des lettres qui ne sont pas du corps, ou que le paquet n’a pas été assez mouillé, en le déliant, si les lettres tournent, on appelle cela : faire un soleil (Argot d’imprimerie). N.

France, 1907 : Renverser plusieurs paquets de composition ; argot des typographes.

À cette dernière et brillante transformation de son idée, le rêveur n’y tient plus, il fait un mouvement comme pour prendre la coupe, et dans ce mouvement, sa composition, retenue par une simple ficelle, tombe avec bruit et se met en pâte, c’est-à-dire que toutes les lettres sont éparpillées, mêlées, amalgamées, répandues dans une confusion horrible.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Midi à quatorze heures (chercher)

France, 1907 : Chercher des difficultés où il n’y en a pas, tergiverser.

Elle commença, sans chercher autrement midi à quatorze heures, par surexciter Flamboche et l’affoler au désir. Sous cet amour respectueux et presque religieux, qui se dupait lui-même à se croire en extase uniquement devant la splendeur morale de la sainte, elle avait tout de suite flairé, elle, le secret bouillonnement de la puberté en éveil. Elle en avait tant l’expérience, de ces chaleurs animales dont fermentent les adolescents ! Elle en avait tant su éteindre, après les avoir attisées dans son officine de la rue de la Lune !

(Jean Richepin, Flamboche)

Monouille

Hayard, 1907 : Monnaie.

France, 1907 : Argent, monnaie ; argot populaire.

S’il n’eût craint les débinages, il aurait sacrifié ses deux héritiers… La mort dans l’âme, il s’est décidé à leur sauver la mise, et à verser la belle monouille.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Nettoyer

d’Hautel, 1808 : Nettoyer un homme sans vergette. Le rosser, le battre avec un bâton ; le maltraiter, l’étriller d’importance.

M.D., 1844 : Donner une roulée.

un détenu, 1846 : Voler de fond en comble, dévaliser quelqu’un.

Halbert, 1849 : Voler ou achever quelqu’un.

Larchey, 1865 : Ruiner, voler. V. Lavage.

Delvau, 1866 : v. a. Voler ; ruiner, gagner au jeu ; dépenser ; battre, et même tuer, — dans l’argot des faubouriens. Se faire nettoyer. Perdre au jeu ; se laisser voler, battre ou tuer.

Rigaud, 1881 : Battre, renverser à coups de poing. Prendre de force la place de quelqu’un, le chasser d’un endroit. — Ruiner. Nettoyer un établissement, faire faire faillite à son propriétaire. Nettoyer la monnaie, manger l’argent de la paye, — dans le jargon des ouvriers. — Nettoyer les plats, ne rien laisser dans les plats. — Nettoyer ses écuries, se curer le nez.

La Rue, 1894 : Voler. Ruiner. Gagner au jeu. Dépenser. Battre. Tuer.

France, 1907 : Dépenser, dissiper.

— De la jolie fripouille, les ouvriers ! Toujours en noce… se fichant de l’ouvrage, vous lâchant au beau milieu d’une commande, reparaissant quand leur monnaie est nettoyée.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Vider, rendre net. Nettoyer une poche, voler tout ce qu’elle contient ; nettoyer un plat, manger entièrement ce qui y était servi. Faire plat net.

Niort

France, 1907 : Aller à Niort, nier, mentir.

Va, lorsque t’es ballon à Niort
Si tu jaspinais, t’aurais tort.

(Hogier-Grison)

Ce jeu de mot est ancien, car on le trouve dans les proverbes en rimes du XVIIe siècle :

À Niort qui veult aller
Faut qu’il soit sage à parler.

On dit aussi prendre le chemin de Niort.
Autres jeux de mots sur des noms de localités et que l’on pourrait appeler calembours géographiques :
Faire passer par la voie d’Angoulême, avaler (goule, bouche, gosier).
Avoir besoin d’aller à Argenton, avoir besoin d’argent.
Aller à Cracovie, mentir, inventer des histoires (de craque, menterie, hâblerie).
Aller à Crevant, mourir, Crevant est le nom d’un petit bourg qui se trouve à trois lieues de la Châtre, et les gens de la campagne voisine ont l’habitude de dire, en parlant d’une personne qui se meurt ou qui est morte : Elle va ou elle est allée à Crevant.
Partir à Dormillon. Dormillon, nom de localité, domaine près d’Issoudun et dont le nom est passé en proverbe dans la langue facétieuse des vignerons. « Le v’là parti à Dormillon », quand on voit quelqu’un se laisser aller au sommeil. De dormeille, envie de dormir et diminutif de sommeil.
Aller à Turin, plaisanterie populaire à Issoudun qui se dit de tout mauvais chasseur. Jeu de mot : Turin, tue-ren (ren, rien, se prononce rin).
Aller à Versailles, verser, en parlant d’une voiture et des personnes qu’elle contient.

Ognon

d’Hautel, 1808 : Pérette à l’ognon. Petite fille babillarde et inconséquente, qui fait la bégueule et la mijaurée.
Il y a de l’ognon. Locution basse et triviale, tirée d’une chanson populaire, pour, il y a quelque chose là dessous ; on trame quelque mauvaise affaire.
Il croît à la façon des ognons. Pour dire que quelqu’un épaissit et ne grandit pas.
Être vêtu comme un ognon. Se dit de quelqu’un qui porte un grand nombre d’habits les uns sur les autres.
Se mettre en rangs d’ognons. Se placer en un rang ou il y a des personnes plus considérables que soi.
Il s’est frotté les yeux avec un ognon. Se dit par ironie d’une personne peu sensible, et qui affecte de verser des larmes pour un évènement qui ne l’intéresse que faiblement.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse montre, de forme renflée comme un bulbe, — dans l’argot du peuple, ami des mots-images. On remarquera que, contrairement à l’orthographe officielle, j’ai écrit ognon et non oignon. Pour deux raisons : la première, parce que le peuple prononce ainsi ; la seconde, parce qu’il a raison, oignon venant du latin unio. J’ai même souvent entendu prononcer union.

Oignon

Vidocq, 1837 : s. f. — Montre.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Montre (Vidocq). — Allusion de forme. — Aux petits oignons : Très-bien. — On sait combien le peuple aime ce légume. — On dit par abréviation : Aux petits oignes ! — V. Aux pommes. — Il y a de l’oignon : Il y a du grabuge. — Allusion aux pleurs que l’oignon fait verser.

S’prend’ de bec c’est la mode,
Et souvent il y a de l’oignon.

(Dupeuty)

Rigaud, 1881 : Montre d’argent épaisse et large.

La Rue, 1894 : Grosse montre démodée. Aux petits oignons, très bien.

Virmaître, 1894 : Montre énorme. Argot du peuple qui dit : ognon.
— Ton ognon marque-t-il l’heure et le linge ? (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Grosse montre.

France, 1907 : Argent. « Tu peux l’épouser, elle à de l’oignon. » L’expression est très ancienne ; on la trouve dans les vieux poètes :

Ainsi parloyent les compaignons
Du bon maistre Françoys Villon,
Qui n’avoyent vaillant deux ougnons,
Tentes, tapis ne pavillon.

(Les Repenes franches)

Les Dannois jadis et Saxons
À vous, Anglois, firent grans armes ;
Ils n’y gagneront deux oygnons,
Non obstant leurs grans vuaquarmes.

(Robert Gaguin, Le Passe-temps d’oysiveté)

France, 1907 : Bruit, tapage, grabuge. « Il a de l’oignon » est le refrain d’une chanson populaire fort en vogue sous le consulat et les premières années de l’empire. Cette expression s’emploie aussi pour dire qu’il y a quelque chose de désagréable, que des difficultés vont surgir, métaphore tirée de ce que les vapeurs d’oignons piquent les yeux et arrachent les larmes.
Le comte Jaubert raconte que, l’empereur Napoléon Ier rentrant un jour aux Tuileries de très mauvaise humeur, le suisse dit tout bas à son voisin : « Il paraît qu’il y a de l’oignon. » L’empereur, qui l’avait entendu, se dirigea vers lui et lui dit : « Eh bien ! oui, il y a de l’oignon ! » Le malheureux faillit tomber à la renverse.
On disait autrefois, quand on se jouait de quelqu’un, qu’on lui baillait de l’oignon :

— Par nostre Dame ! on m’a baillé de l’oignon, et si ne m’en doubtoye guères…. Le dyable emporte la gouge… !

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

France, 1907 : L’anus, autrement dit le trou de balle ; argot des souteneurs. On dit aussi oignon brûlé.

France, 1907 : Montre épaisse, telle qu’on les faisait autrefois, ce qui leur donnait quelque similitude avec un oignon.

Omelette

Larchey, 1865 : Mystification militaire en usage à Saint-Cyr.

Voici en quoi consiste le supplice de l’omelette : Au milieu de votre sommeil quatre vigoureux anciens saisissent votre lit et le retournent comme une omelette.

(R. de la Barre)

L’omelette de sac consiste à bouleverser le havre-sac de celui qu’on veut ennuyer.

Delvau, 1866 : s. f. Mystification militaire qui consiste à retourner sens dessus dessous le lit d’un camarade endormi. Omelette du sac. Autre plaisanterie de même farine qui consiste à mettre en désordre tous les objets rangés dans un havre-sac, — ce qui est une façon comme l’autre de casser les œufs et de les brouiller.

France, 1907 : Plaisanterie d’un goût douteux que les anciens font aux conscrits dans les régiments et les écoles militaires et qui consiste à prendre le lit d’un camarade endormi et à le retourner sens dessus dessous.
À l’École polytechnique, c’est le bouleversement complet d’une chambre.

Au milieu du casert, semblable à une immense poêle, tous les meubles ont été renversés ; les lits enchevêtrés les uns dans les autres, les matelas, draps, couvertures, jetés pêle-mêle, tous les ustensiles de toilette, les cuvettes, brisés en mille pièces, les sacs à linge, les boîtes à claque, les bottes, les uniformes en fouillis inextricables, forment une omelette d’un genre tout particulier, sur laquelle toute l’eau de la fontaine a été répandue : telle est l’aimable farce que les anciens se plaisent à faire aux conscrits dans la première semaine de leur arrivée.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

L’omelette du sac est une plaisanterie de même farine consistant à bouleverser tous les effets d’un sac. On en fait ou faisait autant des diverses pièces des armes quelques instants avant l’exercice.

Les omelettes donnèrent plus vite le secret du fusil et de son mécanisme que les meilleurs instructeurs ; on se pressa, on lit mal d’abord, mieux, puis bien, et, pour me servir d’une expression de l’École, en se volatilisant.

(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)

Ôte-toi de là que je m’y mette

France, 1907 : Dicton qui est le fond de presque toutes les convictions politiques.

En tout cas, les ennemis que je me suis faits comme ceux que je puis me faire encore reconnaîtront que je ne les ai jamais attaqués dans un but de concurrence même loyale, ou dans un sentiment de rivalité basse. Au lien de dire à celui que j’essayais de renverser : « Ôte-toi de là que je m’y mette », j’ai toute ma vie pratiqué cette autre maxime : « Ôte-toi de là que je ne m’y mette pas »

(Rochefort, Les Aventures de ma vie)

Parti national

France, 1907 : Nom donné au parti boulangiste qui comprenant des gens de toutes les opinions politiques, unis dans le but de renverser le gouvernement opportuniste.

Depuis 1889, la honte du Parlement s’est accrue bien au delà de ce qu’annoncèrent, dans leur pessimisme éclairé, les prédicateurs du Parti national. Ce que nous requérions de justice en ce temps devient, pour les adversaires mêmes, une évidence imminente à réaliser.

(Paul Adam)

Passer la jambe

Larchey, 1865 : Donner un croc-en-jambes, et par extension, supplanter.

Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la jambe.

(Vidal, 1833)

Passer la jambe à Thomas (V. ce mot), c’est, dans l’armée, être de corvée pour l’enlèvement des goguenots. — Allusion à l’action de les renverser dans les latrines.

Delvau, 1866 : v. a. Donner un croc-en-jambe.

Pâte (tomber en)

Rigaud, 1881 : Renverser un ou plusieurs paquets composés. — Forme tombée en pâte, forme qui se renverse pendant le trajet de l’atelier de composition à l’imprimerie, forme qui n’est pas assez serrée et dont les caractères s’éparpillent et tombent, — en terme de typographe.

Pincher

France, 1907 : Crier d’une voie aiguë.

France, 1907 : Verser. Pincher de l’eau, uriner.

Piquepoux

France, 1907 : Tailleur. « Cette expression, dit M. Paul Homo, doit venir de l’habitude qu’ont certains ouvriers tailleurs, dits appiéceurs, de passer souvent l’aiguille dans leurs cheveux, pour la graisser un peu lorsqu’elle doit traverser un drap épais ou double : d’autre part, il se peut que ce sobriquet vienne des réparations à faire dans de vieux vêtements qui peuvent contenir de la vermine. » Voir Pique-prunes.

Pissoter

d’Hautel, 1808 : Uriner ; pisser fréquemment.

Delvau, 1866 : v. n. Avoir une incontinence d’urine.

France, 1907 : Lambiner, tergiverser, demeurer longtemps à une besogne que l’on reprend pour la quitter et la reprendre comme les personnes atteintes d’une incontinence d’urine qui s’arrêtent à toutes les pissotières sans parvenir à évacuer le trop-plein de leur vessie.

Pleurer

d’Hautel, 1808 : Il pleure en filou sans verser une larme. Voyez Larme.
Elle pleure aussi facilement qu’un autre pisse. Se dit par raillerie d’une femme qui pleure à volonté ; qui fond en larmes à la moindre contrariété qu’elle éprouve.
Faire pleurer la bonne Vierge. Se dit en plaisantant des enfans qui font des grimaces, qui se tirent les yeux et s’élargissent la bouche avec les doigts.
Pleurer comme un veau, comme une vache. Se dit par ironie d’une personne qui verse une grande quantité de larmes, qui jette les hauts cris pour des choses qui n’en valent pas la peine.
Il pleure d’un œil et rit de l’autre. Se dit d’un enfant contrarié qui pleure et rit tout à la fois.
Ne pleurer quelqu’un que d’un œil. Affecter une fausse sensibilité par l’absence ou la perte de quelqu’un que l’on ne regrette qu’en apparence.
Il pleure le pain qu’il mange. Se dit d’un avare qui se reproche la nourriture, les premiers besoins.
On diroit qu’il a pleuré pour avoir un habit, un chapeau. Se dit par ironie d’un homme qui a un habit écourté ou un petit chapeau, quand la mode est d’en porter un grand.

Delvau, 1864 : Décharger.

Maman, j’ai plus d’une fois
Trouvé ma couche trempée :
Mon cœur était aux abois ;
Je fus bientôt détrompée.
Je fis cesser mes alarmes :
Ces pleurs qui mouillaient mon lit,
Ces pleurs n’étaient pas des larmes…
Mon petit doigt me l’a dit.

(V. Combes)

Purée

d’Hautel, 1808 : C’est comme de la purée. Pour exprimer qu’une eau est trouble et bourbeuse.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cidre.

Delvau, 1866 : s. f. Cidre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Cidre. Absinthe. Une purée, un verre d’absinthe.

Rigaud, 1881 : Misère, — dans le jargon des voyous qui, pour en désigner l’étiage, disent tantôt dix de purée et tantôt vingt-cinq de purée. Être dans la purée, être dans la misère.

La Rue, 1894 : Cidre. Absinthe (V. hussarde). Misère.

Virmaître, 1894 : Absinthe. Quand elle est forte, la liqueur épaisse ressemble, en effet, à une purée de pois cassés (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Absinthe carabinée est une purée de pois.

Rossignol, 1901 : Misère.

Tu as des enfants tous les ans, tu seras toujours dans la purée, tu ne peux donc pas t’abstenir ? — Ce sont mes seuls bons moments, car quand le bonheur vient, la misère s’en va.

Hayard, 1907 : Absinthe.

France, 1907 : Misère, gène excessive. Avoir le dix de purée, être réduit à la dernière misère.
Voici, sous forme de commandements de l’Église, les conseils donnés par une dame du quart-de-monde aux jeunes personnes qui se trouvent dans cette pénible situation :

Dans la purée quand tu seras,
Mets ta robe à triple volant,
Et, laissant retomber les bras,
Marche mélancoliquement,
Les chaines d’or tu lorgneras
Et, les hommes de cinquante ans,
D’un doux sourire accueilleras
L’offre d’un rafraîchissement,
Un léger pleur tu verseras
En contant tes égarements.
Bouquets, voiture accepteras
Et plus encor, s’il a des gants.
Mais, surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant,
Toujours d’avance exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon, tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.

 

Puis, quand vint la dèche, même la purée et la déveine noire, Solange connut des sensations toutes spéciales, des émotions cuisantes, mais non sans volupté. Devenue bohème elle-même, il lui arriva de diner d’une absinthe et de souper enfin, à 4 heures du matin, d’un sandwich procuré par le hasard.

(Paul Alexis)

France, 1907 : Verre d’absinthe où l’eau se trouve en quantité médiocre. On dit aussi purée de pois.

Quatre (article)

France, 1907 : L’article quatre est la bienvenue que paye un ouvrier en entrant dans un atelier de typographie. D’après Eugène Boutmy, cette expression viendrai du temps où chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie pur un règlement, que stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. L’argent retiré de leur vente contribuait à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L’article 4, le seul resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, dit E. Boutmy, en parlant de l’article 4, les mots verset 20, qu’il faut traduire : Verser vin. V. Quatre heures.

Rechigner

d’Hautel, 1808 : Regimber ; avoir de l’aversion pour quelque chose, y répugner ; le faire avec humeur ; grogner, gronder, murmurer entre ses dents.
Un visage rechigné. Pour dire, un air dur, revêche ; une figure rebutante et refrognée.

France, 1907 : Hésiter ; exécuter une chose de mauvaise grâce.

Un jour, pendant des manœuvres aux environs de Neufchâteau, où il était colonel, le régiment se trouva obligé de traverser à gué une petite rivière. Voyant que les hommes et les officiers avaient l’air de rechigner un peu, le colonel descend de cheval, se place au milieu de la rivière et, dans l’eau jusqu’à la ceinture, il regarde défiler son régiment jusqu’à la dernière compagnie. Le soir, il alla faire un tour au cercle des officiers, et ceux-ci purent remarquer que le colonel, voulant leur donner une leçon, n’avait changé ni sa culotte ni ses bottes.

(Alex. Tisserand, Le Voltaire)

Registre (faire le)

Boutmy, 1883 : v. C’est, en imprimant la retiration, faire tomber exactement les pages l’une sur l’autre. Au figuré, c’est verser le contenu d’une bouteille de façon que chacun ait exactement sa part.

France, 1907 : Faire tomber exactement les pages l’une sur l’autre en imprimant la retiration ; au figuré, c’est verser le contenu d’une bouteille dans des verres de façon que chacun ait une part égale. Argot des typographes.

Renverser

Delvau, 1866 : v. n. Rejeter ce qu’on a bu ou mangé avec excès ou mal à propos.

Renverser la marmite

Delvau, 1866 : v. a. Cesser de donner à dîner, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Ne plus inviter à diner.

Renverser sa chaufferette

Virmaître, 1894 : Mourir. Synonyme d’éteindre sa braise (Argot du peuple).

Renverser sa marmite

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Mourir. Renverser la marmite : ne plus tenir table ouverte, évincer les parasites. Renverser la marmite : refuser le service. Allusion aux Janissaires qui renversaient la marmite pour indiquer qu’ils se mettaient en état d’insurrection. Nous avons, c’est le progrès, la marmite à renversement des anarchistes (Argot du peuple). N.

Renverser son casque

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des saltimbanques, probablement depuis la mort du fameux marchand de crayons Mengin.

Renverser son écuelle

France, 1907 : Mourir.
Une scie de café-concert créée par le chanteur Sulbac donne les différentes expressions argotiques pour passer de vie à trépas.

Je viens de faire, ah ! quel malheur !
Une perte des plus cruelles,
Des plus cruelles.
Ma chèr’ bell’-mèr’, ce pauvre cœur,
Vient de renverser son écuelle,
Tant pis pour elle !
Elle a fêlé son saladier,
Elle a dégringolé l’échelle,
Priez pour elle !
Elle a manqué le marchepied,
Elle a retourné sa flanelle,
Tant pis pour elle !
Je n’entendrai donc plus sa voix
Mélodieus’ comme un’ crécelle,
Priez pour elle !
Car la pauvr’ femm’ vient cette fois
De terminer sa ritournelle,
Tant pis pour elle !
Aujourd’hui je suis satisfait
Qu’elle soit partie, la cruelle,
Priez pour elle !
Elle a débridé son bonnet.

Retourner sa flanelle

France, 1907 : Voir Renverser son écuelle.

Rompre

d’Hautel, 1808 : Rompre le cou à quelqu’un. Pour le ruiner, lui faire perdre sa fortune.
Rompre la glace. Faire les premiers pas dans une entreprise périlleuse, surmonter toutes les difficultés qui s’opposent à son succès.
On verra beau jeu si la corde ne rompt. Signifie que si l’on ne met ordre à une affaire, elle dégénérera en trouble et en confusion.
Il rompra tout si on ne le marie. Se dit d’un fanfaron, d’un pédant, d’un libertin.
Elle ne rompra pas de sitôt. Se dit d’une femme d’un embonpoint grossier.
Rompre les dés à quelqu’un. Le traverser dans ses projets, dans ses desseins.
À tout rompre. Pour dire tout au plus, à toute extrémité, avec transport.
Rompre la tête à quelqu’un. Faire tapage, vacarme, importuner quelqu’un par des discours bruyans.
Rompre en visière. Se brouiller avec quelqu’un, sans sujet, lui dire à propos de rien des choses offensantes.
Rompre la paille. Rompre tout commerce d’amitié avec quelqu’un.
Avoir les bras rompus. Pour dire être découragé, ne pas travailler avec ardeur à un ouvrage ; être lâche et paresseux.

France, 1907 : Partir ; argot militaire.

Rubis

d’Hautel, 1808 : Faire rubis sur l’ongle. Locution bachique. Renverser la dernière goutte d’un verre sur l’ongle du pouce et le lécher après, en l’honneur d’une personne absente pour marquer l’estime qu’on lui porte.
Payer rubis sur l’ongle. Pour dire avec une grande exactitude.
On dit d’un buveur, d’un homme qui a la figure remplie de boutons, qu’il a la figure remplie de rubis.

Rubis sur l’ongle

Virmaître, 1894 : Être régulier, payer recta ses dettes à l’échéance. Boire son verre jusqu’à la dernière goutte.
— Il a séché son glacis rubis sur l’ongle (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Complètement, d’une façon définitive. Allusion à la coutume populaire de verser sur l’ongle la dernière goutte d’un verre de vin : quand c’est du vin rouge, la goutte a l’apparence d’un rubis.

Je sirote mon vin, quel qu’il soit, vieux, nouveau,
Je fais rubis sur l’ongle et n’y mets jamais d’eau.

(Regnard)

Sabreur

d’Hautel, 1808 : Mot injurieux. En terme militaire, un officier à qui la hardiesse, l’audace et l’emportement tiennent lieu des sages combinaisons du génie ; qui bouleverse impitoyablement tout ce qui se rencontre sur son passage. C’est aussi le nom qu’on donnoit, dans les troubles de la révolution, à ces furieux dont les discours et les mesures ne tendoient qu’à frapper, renverser, détruire.

Halbert, 1849 : Auneur.

Delvau, 1866 : s. m. Bousilleur, ouvrier qui travaille trop vite pour travailler avec soin.

Delvau, 1866 : s. m. Matamore, homme qui ne parle que de tuer.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille vite et mal.

France, 1907 : Militaire agressif et fanfaron.

France, 1907 : Ouvrier maladroit.

Saladier (fêler son)

France, 1907 : Voir renverser son saladier.

Semer

France, 1907 : Jeter à terre, renverser. Semer la camelotte, jeter en fuyant ce qu’on a volé. Semer des miettes, vomir. Semer quelqu’un, s’en débarrasser, le lâcher.

Semer quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. S’en débarrasser, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Le renverser, le jeter à terre d’un coup de poing ou d’un coup de pied.

Rigaud, 1881 : Se débarrasser d’un importun. — Terrasser un adversaire.

La Rue, 1894 : Se débarrasser d’un importun. Terrasser un adversaire.

Sentinelle

Larchey, 1865 : Excrément isolé aux abords d’un édifice. V. Factionnaire.

Delvau, 1866 : s. f. Résultat de la digestion. Stercus. Poser une sentinelle. Alvum deponere.

Rossignol, 1901 : Voir colombin.

Hayard, 1907 : Étron.

France, 1907 : Étron dépose le long d’un mur ou au bord d’un chemin.

Il est un vieux dicton, que je réprouve,
Qui dit qu’au pied du mur on voit le maçon,
C’est pas le maçon bien souvent qu’on y trouve,
Mais plus souvent des sentinelles… en faction.

France, 1907 : Verre de vin, d’absinthe ou d’eau-de-vie qu’un camarade a fait verser et paye pour un absent et qui attend celui-ci sur le comptoir. Dès qu’il pourra s’esquiver de l’atelier, il viendra relever la sentinelle.

Taupiner

d’Hautel, 1808 : Manier brusquement et sans soin ; tripoter, patiner ; bouleverser quelque chose.

Fustier, 1889 : Assassiner.

France, 1907 : Assassiner ; littéralement, envoyer chez les taupes ; argot des malfaiteurs.

Terminer sa ritournelle

France, 1907 : Voir Renverser son écuelle.

Tomber

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a relevé une parole piquante, qu’on y a vivement riposté.
Cela n’est point tombé à terre. Pour dire, sera relevé quand les circonstances le permettront.
Tomber de son haut. Être très-étonné ; ne pouvoir revenir de sa surprise.

Ansiaume, 1821 : Être arrêté.

C’est un lofin, il est tombé deux fois cette année.

Larchey, 1865 : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré.

Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures, — dans l’argot des gens de lettres.

Delvau, 1866 : v. a. Faire tomber ; terrasser ; — dans l’argot des amis du pugilat.

Rigaud, 1881 : Apparaître sur le tapis vert, — dans l’argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu’il fait un louis au jeu et qu’il va le mettre sur le tableau.

Vingt-cinq louis qui tombent ! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Retourner en prison. — Tombé malade, repris.

Rigaud, 1881 : Séduire ; obtenir les faveurs d’une femme.

Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc… On tombe sans grand’peine une brune.

(Mémoires de Rigolboche)

Rigaud, 1881 : Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur ; terme que les journalistes ont emprunté à l’argot des lutteurs.

La Rue, 1894 : Séduire une femme. Vaincre, terrasser. Retourner en prison. Tomber en litharge, être au secret. Tomber en figure, faire une rencontre désagréable. Entrer en scène. Tomber à pic. Bien tomber.

France, 1907 : Vaincre, renverser ; argot des lutteurs.

Son industrie consistait à faire disparaître les gens qui en gênaient d’autres. De là lui était venu son nom. De même que le mot tomber est synonyme de renverser en terme de lutte et qu’on dit : tomber son adversaire, tomber l’ours, on l’avait surnommée la tombeuse d’hommes…

(Félix Remo, La Tombeuse)

Tortiller

d’Hautel, 1808 : Tortiller de l’œil. Pour dire, payer le tribut à la nature, expirer, mourir.

Ansiaume, 1821 : Dénoncer.

Quoi qu’il arrive, j’espère que personne n’ira tortiller.

Ansiaume, 1821 : Manger.

Tu ne me verras jamais tortiller avec eux.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Manger.

Halbert, 1849 : Boiter.

Larchey, 1865 : Faire des façons.

L’ordre est formel. Il n’y a pas à tortiller.

(L. Desnoyer)

Tortiller de l’œil : V. œil. — Tortiller : Avouer (Vidocq). V. Bayafe.

Larchey, 1865 : Manger.

En trois jours nous aurons tout tortillé.

(Vidal, 1833)

Voyez-vous, j’avais tortillé une gibelotte et trois litres.

(Ricard)

V. Bec. — Allusion au mouvement des mâchoires.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger.

Delvau, 1866 : v. n. Avouer, dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. n. Faire des façons, hésiter, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie jamais ce verbe qu’avec la négative. Il n’y a pas à tortiller. Il faut se décider tout de suite. On dit aussi Il n’y a pas à tortiller des fesses ou du cul.

Rigaud, 1881 : Déterminer une mort prompte. — Le poison tortille. — Être tortillé, mourir en peu de temps. — Être tortillé par le choléra.

Rigaud, 1881 : Faire des révélations, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Manger, manger vite, — dans le jargon du peuple. — Comme tu tortilles !

La Rue, 1894 : Manger. Avouer. Mourir. Boiter.

Virmaître, 1894 : Manger.
— Il te tortille un morceau de lartif en une broquille.
Se tortiller
pour ne pas vouloir dire la vérité : chercher des faux-fuyants.
— As-tu vu comme elle tortille des fesses en marchant ?
— Il n’y a pas à tortiller du cul, il faut que tu avoues.
— Il ne faut pas tortiller, faut y passer (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Manger.

France, 1907 : Avouer ; avouer, c’est manger le morceau ; argot des voleurs.

France, 1907 : Manger.

France, 1907 : Tergiverser, hésiter, prendre des détours ; expression populaire.

Aussi, comme on m’trouv’ gentille
Et que j’suis lasse d’tout ça,
J’vais fair’ comm’ ma tant’ Camille
Qu’habit’ le quartier Bréda,
C’n’est pas un métier qui m’botte,
Mais n’y a point à tortiller,
Demain j’m’établis cocotte :
Pour vivr’ faut bien travailler !

(Georges Gillet)

On dit aussi tortiller des fesses. « Il faut faire cela, il n’y a pas à tortiller des fesses. »

Urle

Halbert, 1849 : Parloir de prison.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Parloir d’une prison.

Virmaître, 1894 : Parloir de prison. L. L. Ce n’est pas urle qui est en usage, c’est urloir. En effet, les visiteurs sont forcés, à cause des grilles qui les séparent des détenus, de hurler pour se faire entendre et converser (Argot des voleurs). V. Parloir des singes. N.

Hayard, 1907 : Parloir de prison.

Verser

d’Hautel, 1808 : Versez ? Mot de commandement en usage dans les cafés de Paris ; pour dire apportez du café, versez du café à cette personne.

Verseur

Delvau, 1866 : s. m. Garçon chargé de verser le café aux consommateurs.

France, 1907 : Garçon qui verse le café dans les établissements publics.

Vivre aux crochets de quelqu’un

France, 1907 : Vivre à son compte, à ses dépens. Se faire héberger, se faire entretenir.

— Vous n’avez jamais travaillé sérieusement. Vous aviez une sœur danseuse à la Porte-Saint-Martin, morte il y an environ trois mois dans de tragiques circonstances.
— Me parlez pas de ça, mon magistrat, vous me feriez verser toutes les larmes de mon corps.
— Vous vivier à ses crochets.
— C’était par esprit de famille.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

— Si tu savais comme c’est un homme léger ! Il ne va voir ses électeurs que six mois après leur mort. On le dit à qui veut l’entendre dans le quinzième arrondissement, où on ne le connait pour ainsi dire pas. Il est bon pour faire la noce et vivre à tes crochets.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Voir rouge

France, 1907 : Être pris du désir de tuer, de verser le sang.

Le pire alcoolisme, on ne saurait trop le répéter, est celui de l’absinthe. Il offre ceci de particulier de pousser à la violence encore plus qu’au délire. Beaucoup de buveurs d’absinthe ne déraisonnent pas sous l’influence de ce poison, qui ne les grise point, Mais, pour peu qu’on les excite en les contrariant, qu’on les vexe dans leur vanité, qu’on les blesse dans leur intérêt, qu’on allume leur colère, même sans le vouloir, ils voient rouge. Même les plus naturellement pacifiques deviennent des bêtes féroces déchaînées soudainement, capables de stupides et abominables forfaits.

(Thomas Grimm, Le Petit Journal)

Watriner

Fustier, 1889 : Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.

Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l’univers.

(Galette anecdotique, février 1887)

En avant ! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.

(Grève sociale, février 1886)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat.

Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l’assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.

(Parti national, mars 1887)

France, 1907 : Assassiner le contremaitre ou le patron ; néologisme créé depuis l’assassinat de l’ingénieur Watrin par ses propres ouvriers aux troubles de Decazeville en 1886. C’est une expression très caractéristique et spéciale à ajouter à celles indiquant l’acte de tuer son prochain et dont voici les principales : abasourdir, buter, capahuter, cônir, couper le sifflet, crever la paillasse, chouriner, décrocher, dégringoler, démolir, descendre, dévisser le trognon, écharper, endormir, entailler, envoyer ad patres, érailler, esbasir, escarper, escoffier, estourbir, estrangouiller, expédier, faire banque, faire flotter, faire passer le goût du pain, faire un macchabée, faire suer un chêne, faire la grande soulasse, faire le pante, foutre à l’ombre, laver son linge dans la saignante, lingrer, moucher le quinquet, rebâtir, rebouisser, refroidir, sabler, saigner, scionner, suager, sonner, suriner, terrer, tortiller le gaviot, tourner la vis, tourlourer, watiner.

J’ai ce qu’il faut dans ma boutique,
J’ai le tonnerre et les éclairs,
Pour watriner toute la clique
Des affameurs de l’univers.

(Chanson anarchique.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique