Virmaître, 1894 : Four chaud, dans lequel les vêtements des prisonniers sont passés au soufre pour détruire la vermine (Argot des voleurs).
Abbaye ruffiante
Azor
Larchey, 1865 : Sac d’infanterie. Son pelage lui a fait donner ce nom de chien. — Un fantassin en route dit qu’il part à cheval sur Azor.
Le mauvais drôle avait vendu son havre-sac, qu’il appelait son Azor.
(Vidal, 1833)
Appeler Azor : Siffler un acteur comme un chien.
Dites donc, mame Saint-Phar, il me semble qu’on appelle Azor.
(Couailhac)
Delvau, 1866 : s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens, — dans le même argot [du peuple]. V. Appeler Azor.
Merlin, 1888 : Autre dénomination du havresac, fait de peau et assimilé plaisamment à un chien. Lorsqu’un troupier recevait son congé de libération, il n’était pas rare autrefois de le voir sortir de la caserne, tenant Azor en laisse, c’est-à-dire traînant à terre son sac attaché à la grande courroie, en signe de parfaite indépendance.
Virmaître, 1894 : V. As de carreau.
Rossignol, 1901 : Havresac de militaire.
France, 1907 : Chien, nommé ainsi, dit Lorédan Larchey, depuis le succès d’un opéra de Grétry : Zémire et Azor. Appeler Azor, siffler un acteur.
France, 1907 : Sac des troupiers, appelé ainsi parce qu’il est en peau de chien.
Je tendis la main au vieillard avec effusion reconnaissante, et je lui dis : « Vous avez été soldat ? — Pendant vingt-cinq ans, mon lieutenant, fit-il, en Afrique, au huitième de l’arme, et malgré ma soixantaine, si je n’étais pas perclus de rhumatismes, croyez bien que j’aurais repris Azor et le flingot pour cogner sur les Prussiens… Je les hais… Je voudrais pouvoir les détruire, comme la vermine, les uns après les autres… »
(René Maizeroy)
À cheval sur Azor, sac au dos. Tenir Azor en laisse, tenir son sac par la courroie.
Cabriole
d’Hautel, 1808 : Saut de joie ; danse folâtre.
Faire des cabrioles. Danser de joie ; manifester un grand contentement
Rigaud, 1881 : Chambre, chambrée, — dans le jargon des voleurs ; c’est une déformation de cambriolle. Choper une cabriole au rendêve des espagnols, louer une chambre dans un hôtel garni de dernier ordre ; c’est mot à mot : louer une chambre au rendez-vous de la vermine.
France, 1907 : Chambre ; corruption de cambriole.
Casaquin
d’Hautel, 1808 : Diminutif de casaque, pour dire le derrière de la poitrine, le dos.
On lui a donné sur le casaquin. C’est-à-dire, il a reçu une volée de coups de bâton.
Traîner son casaquin. Mener une vie disetteuse et pénible.
Larchey, 1865 : Corps (d’Hautel 1808).
Je te tombe sur la bosse, je te tanne le casaquin.
(Paillet)
Delvau, 1866 : s. m. Le corps humain, — dans l’argot du peuple. Sauter ou tomber sur le casaquin à quelqu’un. Battre quelqu’un, le rouer de coups. Avoir quelque chose dans le casaquin. Être inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie.
France, 1907 : Le corps humain. Avoir quelque chose dans le casaquin, être mal à son aise. Tomber sur le casaquin de quelqu’un, le battre.
Un de ces quatre matins, le populo tombera sur le casaquin de toute cette vermine, et la foutra en capilotade.
(Père Peinard)
Se faite crever le casaquin, se faire tuer.
Si s’rait parti pour el’ Tonkin,
L’s’rait fait crever l’casaquin
Comm’ Rivière…
(Aristide Bruant)
Se faire crever le casaquin se dit aussi pour se fatiguer.
Chicanou
France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.
Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.
(Old Nick, L’Avocat)
C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Coquignon
un détenu, 1846 : Vermine.
Dormir à la corde
Virmaître, 1894 : Avant l’invention des refuges municipaux (les haras de la vermine) il existait, rue des Trois-Bornes, un bouge tenu par le père Jean. L’unique salle avait à peu près vingt mètres de long sur trois mètres de largeur. Dans toute la longueur, une grosse corde était tendue ; elle était terminée par deux forts anneaux qui la fixaient à chaque extrémité. Les clients, la plupart des giverneurs, payaient trois sous d’entrée ; cette somme leur donnait le droit de s’accroupir les bras sur la corde et de dormir. Cinquante environ pouvaient y trouver place. À cinq heures du matin le père Jean sonnait le réveil en tapant avec un morceau de fer sur une vieille casserole. Parmi les dormeurs il y en avait dont le sommeil était dur : ils ne se levaient pas. Alors le père Jean décrochait la corde et les dormeurs tombaient sur les dalles. Dormir à la corde est resté légendaire (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Voir Corde.
Écoper
Delvau, 1866 : v. n. Boire, — dans l’argot des typographes.
Delvau, 1866 : v. n. Recevoir des coups, — dans l’argot des gamins.
Rigaud, 1881 : Boire, — dans le jargon des typographes.
Rigaud, 1881 : Recevoir. — Recevoir un coup, se heurter.
On se rencontre dans la rue, on se saute dessus, on se tape, il y en a un qui écope.
(A. Bouvier, Mademoiselle Beau-Sourire, 1880)
Merlin, 1888 : Être puni, ou battu.
La Rue, 1894 : Être victime. Boire. Écoper la centrouse, être condamné à la centrale.
France, 1907 : Boire ; d’écope, petite soucoupe profonde.
France, 1907 : Recevoir des coups, ou, dans l’argot militaire, une punition.
Au coup de midi, l’officier de semaine Mousseret, — un petit, tout petit sous-lieutenant sorti quelques mois auparavant de l’école, — donna ordre de faire rassembler. Il dit qu’on allait procéder à l’appel des réservistes, et que les retardataires écoperaient de quatre jours.
(Georges Courteline)
Écoper se dit aussi dans le sens d’attraper : écouper une contravention. Écoper la centrousse, être condamné à une prison centrale.
Chaque soir, quand il n’y voyait plus, le peintre Bonvin coiffait un chapeau plus que mou, bourrait et allumait sa pipe, et s’en allait, en vareuse et en galoches, à la gare de Sceaux, où il achetait régulièrement son journal.
Un soir, il arrive au moment où sortent les voyageurs d’un train, une dame l’aperçoit, lui place une valise dans les bras, et en route. Bonvin suit respectueusement à trois pas. Enfin, la dame s’arrête devant un petit hôtel, reprend sa valise et tend une pièce blanche à l’artiste, qui refuse.
— Est-ce que vous n’êtes pas médaillé ? lui demande la dame.
— Hélas ! madame, je n’ai que des médailles de peinture. Et, si un agent passait, ça ne m’empêcherait pas d’écoper une bonne contravention !
Combien de peintres ayant pignon sur rue et rentes sur l’État sont loin de cette bonne humeur !
(Théodore Massiac)
— Ce qu’il nous faut ? Je le sais bien, et je vais vous le dire. Une bonne petite paroisse avec pas trop de dévotes. Les dévotes ça ne vaut rien. Ça ne pense qu’à se fourrer dans les jambes du curé. De là propos, jalousies, médisances, un tas de vilaines histoires, jusqu’à ce qu’un beau jour, patatras, le pauvre monsieur écope. Si vous voulez m’en croire, nous nous arrangerons dans notre nouvelle paroisse à ne pas nous laisser envahir par cette vermine.
(Hector France, Marie Queue-de-Vache)
Espagnol
Rigaud, 1881 : Pou, vermine. Est-ce parce que la vermine abonde en Espagne, que les grands de première classe ont le privilège de rester couverts devant le roi ?
France, 1907 : Pou.
Extrait de garni
Rigaud, 1881 : Sale individu, sale femme, — dans le jargon des barrières. Allusion à la vermine des hôtels garnis de dernier ordre.
France, 1907 : Servante malpropre, souillon.
— Parbleu ! Je me souviendrai toujours de cette gamine à la prunelle luisante, de cet extrait de garni, qui répandait autour d’elle des parfums âcres et sadiques. C’est mon premier amour, et cela devait être. Elle avait quatorze ans. Ne vous effarouchez pas, pudiques vieilles demoiselles, pères La Pudeur ramollis, puritains farouches et imbéciles philistins ! Je n’en avais que treize. Elle sortit vierge de nos entretiens. Si j’eusse eu vingt ans de plus, ce malheur ne fût pas arrivé !
(Hector France)
Garnison
d’Hautel, 1808 : On dit par plaisanterie d’une personne qui est sujette à la vermine, aux poux, qu’Elle a une garnison dans la tête.
Delvau, 1866 : s. f. Pediculi, — dans l’argot du peuple. Naturellement c’est une garnison de grenadiers.
Rigaud, 1881 : Réunion de poux sur une seule et même tête. — Collection de vermine dans un logement.
France, 1907 : Vermine de corps.
N’approchez pas de ce loqueteux, il a de la garnison.
Garno
Rigaud, 1881 : Garni, par antiphrase, sans doute. — Misérable chambre, misérable cabinet dégarni de meubles ; un lit, une chaise et, quelquefois, une commode, voilà l’ameublement du garno.
Rigaud, 1881 : Hôtel garni. Les garnos de dernier ordre fréquentés par la crapule de Paris ont reçu des noms typiques ; en voici quelques-uns : le Pou volant, le Grand Collecteur, le Chien mort, la Gouape, la Retape, la Carne, la Camarde, la Boîte à Domange, la Débine, le Corbillard, la Loupe, la Gadoue, l’Auberge des Claque-Dents, la Charmante, la Punaise enragée, la Ruine, l’Abattoir, la Pégrotte, la Bérésina, le Choléra, le Grand-Pré, tous noms qui présentent une signification sui generis, qui dégagent une odeur de crime et de vermine.
Rossignol, 1901 : Hôtel garni.
Gau
Delvau, 1866 : s. m. Pou, — dans l’argot des voleurs. Basourdir des gaux. Tuer des poux. On a écrit autrefois Goth ; Goth a été pris souvent pour Allemand ; les Allemands passent pour des gens qui « se peignent avec les quatre doigts et le pouce » : concluez.
La Rue, 1894 : Pou. Gau picandi, pou de corps.
Hayard, 1907 : Pou.
France, 1907 : Coq. Vieux mot, déformation du latin gallus.
France, 1907 : Pou, dans l’argot des voleurs ; corruption de Goth, Allemand. Les mercenaires allemands avaient, au moyen âge, la réputation d’être couverts de cette vermine.
Gaux
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vermine.
Halbert, 1849 : Époux.
Larchey, 1865 : Pou (Vidocq).
Rigaud, 1881 : Poux, vermine. — Estourbir des gaux, tuer des poux.
Gaux ou picantis
Vidocq, 1837 : s. m. — Pou, vermine.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Gerce
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous pour qui, sans doute, c’est la vermine.
Rigaud, 1881 : Maîtresse, — dans le jargon des voleurs. C’est garce, avec changement d’une lettre.
Virmaître, 1894 : Femme (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Femme.
France, 1907 : Fille, maîtresse ; du patois normand où gerce signifie brebis, ou peut-être de gerce, fente dans la peau, allusion aux organes sexuels, ou peut-être encore de gerce, teigne qui ronge les étoffes.
Quant au choix qu’i’ faut en faire,
Les p’tit’s gerc’s, c’est pus girond ;
Mais ça n’sait qu’l’ap’ de l’affaire
Et ça rent’ quèqu’fois sans l’rond.
(Blédort)
Grouiller
d’Hautel, 1808 : Se mouvoir, se remuer, fourmiller.
Il a six enfans tout grouillans. C’est-à-dire, vivans. Cette locution ne s’emploie ordinairement qu’en parlant d’un homme indigent, et pour faire entendre qu’il ne peut suffire aux besoins de sa famille.
Il est tout grouillant de vers. Se dit d’un fromage, d’un morceau de viande dans lequel les vers fourmillent.
Que je te voie grouiller de-là. Se dit par menace à un enfant, pour, que je te voie remuer, broncher de-là.
La tête lui grouille. Pour, la tête lui remue, lui tremble.
Tout grouillant de vermine. Pour dire rempli, rongé de vermine.
Delvau, 1866 : v. n. Remuer, s’agiter, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : S’agiter, remuer, du vieux français crouler, même sens.
C’était, derrière le semeur rose,
Sous un ciel pâle au teint de chlorose,
Des cœurs flétris, spongieux et verts,
En champignons où grouillaient les vers.
(Jean Richepin)
Avec lui dans nos prairies
Tu t’en vas batifoler ;
Vous jasez comme deux pies
Et moi je n’ose parler.
Il t’embrasse, il te chatouille,
Il te caresse l’grouin ;
Et moi d’abord que je grouille,
Tu me flanque un coup de poing.
Marchand de sommeil
Delvau, 1866 : s. m. Logeur en garni, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Teneur de chambres et cabinets garnis… de vermine, la plupart du temps ; logeur à la nuit et à la corde. Marchand de soupe. Maître de pension ; homme juste mais sévère qui, sous prétexte d’enseigner le grec et le latin à l’espoir de la France, tient une table d’hôte où fleurissent le haricot, la lentille, la pomme de terre et le chou.
La Rue, 1894 : Logeur. Marchand de soupe, maître de pension.
France, 1907 : Hôtelier, propriétaire de garnis.
Marmiteux
d’Hautel, 1808 : Pour, taciturne, triste, piteux de mauvaise humeur, qui est mal dans ses affaires.
Delvau, 1866 : s. et adj. Piteux, ennuyé, malade, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Souffrant, pleurnicheur. L’épithète de « marmiteux » a été accolée au nom d’un de nos hommes politiques, ancien ministre, sénateur, académicien, orateur disert, mais larmoyant.
Virmaître, 1894 : Homme qui a sans cesse la larme à l’œil. Corruption par extension du mot miteux (qui a la cire aux yeux) (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Pleurnichard, qui cherche à apitoyer sur lui.
La Révolution a livré la France aux hommes d’argent qui, depuis cent ans, la dévorent. Ils y sont maîtres et seigneurs. Le gouvernement apparent, composé de pauvres diables piteux, miteux, marmiteux et calamiteux, est aux gages des fins renards. Depuis cent ans, dans ce pays empanaché, quiconque aime les pauvres est tenu comme traître à la société. Et l’on est un homme dangereux quand on dit qu’il est des misérables.
(Anatole France, Les Lys rouges)
Marmiteux, honteux d’être né,
Rongé d’ennui et de vermine,
Au hasard le gueux mit son nez,
Malgré soucis, pluie et famine.
(André Gill, La Muse à Bibi)
On condamne à mort un malheureux qui érafla les nez d’une demi-douzaine d’honorables ; par la terreur d’un engin opportunément déposé, à 2 heures du matin, au seuil d’un grand magasin, on refrène le mouvement de pitié publique. Donc, on va couper le cou de l’anarchiste Vaillant à l’aube prochaine. Et maintenant, apprenez, maîtres gueux, à respecter les justes du Parlement et à ne pas mépriser les dieux de la République !
(Henry Bauër)
Mie de pain
Vidocq, 1837 : s. m. — Pou.
Larchey, 1865 : Vermine (Vidocq). — Allusion à la démangeaison causée par une mie de pain égarée.
Delvau, 1866 : s. f. Chose de peu de valeur, — dans l’argot des typographes. Ils disent cela à propos des gens qui ne leur conviennent pas.
Delvau, 1866 : s. f. Pou, — dans l’argot des voleurs, qui savent combien une miette de pain égarée sous la chemise cause de démangeaisons à la peau.
Rigaud, 1881 : Objet de nulle valeur. — Individu déplaisant, — dans le jargon des typographes. — Pellicules de la tête, — dans le jargon des enfants.
Boutmy, 1883 : s. f. Chose de peu d’importance, de mince valeur Compositeur mie de pain, ouvrier peu habile. Metteur en pages mie de pain, celui qui n’a que des ouvrages de peu d’importance, ou qui n’est chargé que par occasion de la mise en pages d’un travail de cette sorte.
Virmaître, 1894 : Moins que rien. Les typos, par la grande habitude, savent, du premier coup d’œil, discerner un bon article d’un mauvais. Le mauvais, c’est de la mie de pain (Argot d’imprimerie).
Virmaître, 1894 : Pou. On sait combien une mie de pain est désagréable sur la peau ; le pou occasionne une démangeaison semblable (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Pou.
dis donc, Gugusse, quoiq’t’as sur le cou ? — C’est une mie de pain. — Une mie de pain ? ça marche !
France, 1907 : Chose de nulle valeur. Ouvrier mie de pain, mauvais ouvrier. Mac à la mie de pain, souteneur qui ne sait pas tirer profit de sa marmite.
Pègr’… mais pas pègre à la mie d’pain,
Pègre d’naissanc’, d’autor et d’riffe,
Pègre d’la haute et j’colle un paing
Au pantrio, quand i’ se r’biffe.
(Aristide Bruant, Dans la rue)
France, 1907 : Pou.
— Oui, hier, je me peignais avec les doigts, rapport que j’ai oublié mon démêloir dans mon dernier garni. Vlan ! Voilà que j’en ramène un. Saleté de bête ! que je dis, et j’allais l’écraser quand je vois un capitaine d’artillerie qui passe avec sa dame.
— Permettez, mon officier, que j’y fais.
— Quoi donc ?
— Là, sur votre dolman, une mie de pain, vous aurez coudoyé quelqu’un de sale.
Et je fais celui qui enlève le pou en ayant l’air de me cacher de la dame.
— Merci, mon ami, qui dit.
Et il m’allonge une pièce de vingt ronds.
(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)
Morbec
Rigaud, 1881 : Vermine tenace qui fait élection de domicile sur certaines parties du corps humain.
La Rue, 1894 : Vermine. Enfant désagréable.
France, 1907 : Vermine ; morpion, avec changement de finale.
Négresse
Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.
Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.
Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.
Larchey, 1865 : Punaise.
Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.
(Lecart, Ch., 1851)
Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.
Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.
Delvau, 1866 : s. f. Punaise.
Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.
Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.
Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.
Rigaud, 1881 : Puce.
J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.
(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)
Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.
(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)
La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.
Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Puce.
Hayard, 1907 : Bouteille de vin.
Hayard, 1907 : Puce.
France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.
— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !
(Ch. Dubois de Gennes)
Une négresse morte, une bouteille vide.
Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.
France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.
France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.
France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.
Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !
(La Cloche de bois)
Os
d’Hautel, 1808 : Il est rongé jusqu’aux os. Se dit d’un homme rempli de vermines, ou qui a quelque maladie honteuse et secrète qui le mine.
Donner un os à ronger à quelqu’un. Lui susciter une mauvaise querelle ; ou l’embarrasser dans une mauvaise affaire ; l’amuser, détourner son attention.
Les os sont pour les absens. Voyez absent.
Elle n’a que la peau sur les os. Se dit d’une personne fort maigre.
Il ne fera pas de vieux os. Pour, son existence ne sera pas longue, il mourra bientôt.
Jeter un os à la gueule de quelqu’un. Voyez chien.
Il n’y a pas de viande sans os. Dicton des bouchers de Paris, quand leurs pratiques se plaignent du trop grand poids des os qu’ils donnent, et qui signifie qu’il faut que tout passe ensemble.
Larchey, 1865 : « Dans la langue populaire parisienne, on appelle os le numéraire. » — Mornand. — « Il faut cependant que je lui donne de l’os. » — Lynol. — Pourquoi ne dirait-on pas au figuré, de l’os, comme on dit du nerf, pour désigner aussi l’argent ?
Delvau, 1866 : s. m. Argent, or, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Avoir l’os. Être riche.
La Rue, 1894 : Argent, monnaie. Avoir de l’os ou avoir l’os signifie aussi courage, énergie, force, moelle.
Virmaître, 1894 : Argent, or ou monnaie.
— J’ai de l’os à moelle dans ma poche (plusieurs pièces de cent sous) (Argot du peuple).
France, 1907 : Argent. Ce terme vient évidemment des maisons de jeu où la mise des joueurs est représentée par des jetons en os. « Je n’ai plus d’os », c’est-à-dire je n’ai plus de jetons, et par conséquent d’argent.
— Y ne manque pas d’aplomb, ce vieux, de vouloir essayer d’enjôler les filles : plus de cheveux, plus de dents, une sale trombine… Si encore il avait de l’os !
(René de Nancy)
L’soir on rencontr’ plus d’un’ fripouille
Extra muros
Qui vous assomme et vous dépouille
De votr’ pauvre os…
C’est pas la pein’ d’app’ler du monde
D’vos cris plaintifs :
Y a qu’l’écho qui nous réponde
Sur Les fortifs.
(Victor Meusy)
Pegosse
un détenu, 1846 : Vermine.
Pétrousquin
Delvau, 1866 : s. m. La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Petzouille. Privat d’Anglemont (Paris-Anecdote) donne à ce mot la signification de Bourgeois, public. Il s’est trompé.
Rigaud, 1881 : Derrière. Paysan. — Public, dans le jargon des saltimbanques. Entortiller le pétrousquin en faisant la manche, soutirer de l’argent au public en faisant la quête.
La Rue, 1894 : Le postérieur. Badaud.
Virmaître, 1894 : La partie du corps sur laquelle on tombe le plus souvent. A. D. Pétrousquin, paysan. Malgré la croyance populaire, le paysan n’est pas aussi cul qu’il le paraît. Ce n’est donc pas de là, que vient l’expression. Pétrousquin, ne viendrait-il pas de Pétrus, avec une finale ajoutée (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Paysan.
France, 1907 : Fainéant, vaurien. C’est, en terme propre, le derrière.
Je fréquente un tas de pétrousquins dont les figures ne me vont guère.
— Comment ?
— Des pratiques, des loupeurs, des gouapes. La vermine de Paris, parbleu !
(Paul Mahalin, Le Megg)
France, 1907 : Paysan, badaud ; euphémisme pour cul. D’après Lorédan Larchey, Pétrousquin serait un nom d’homme, diminutif de Petrus, Pierre.
Philosophe
Vidocq, 1837 : s. m. — Misérable.
Larchey, 1865 : Pauvre. — Philosophie : Misère (Vidocq). — Allusion ironique à la nécessité de la sagesse. — Philosophe : Savate, vieux soulier revenu des vanités de ce monde V. Arpion.
Delvau, 1866 : s. m. Misérable, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Misérable, — dans l’argot de la police. — Grec opérant sans compère. (L. Larchey) Dans l’argot des grecs, on entend encore, par philosophe, le tricheur qui se contente d’un petit bénéfice et cultive les dupes d’un petit rapport. C’est sous ce nom que les matadors de la Grèce désignent leurs confrères en blouse qui exercent chez les marchands de vin.
Fustier, 1889 : Argot des lycéens. Élève de la classe de philosophie.
La Rue, 1894 : Misérable. Grec. Vieux soulier.
France, 1907 : Misérable, voleur.
Lorsqu’un de ces philosophes fait un bon coup, il enlève ses loques, prend un bain pour tuer sa vermine, s’habille au Temple et devient souteneur, camelot, vendeur de programmes, de contremarques, et quelquefois l’aide d’un petit bookmaker. Le fourline ou philosophe est de tous les malfaiteurs le moins habile ; toute prévoyance, même élémentaire, lui est inconnue, il ne dérobe que ce qu’il voit bien à sa portée. D’abord on se défie de lui, car sa misère et ses haillons le font facilement connaitre. Il explore de préférence les poches apparentes, larges, et commet souvent le vol « au poivrier. »
(G. Macé, Un Joli Monde)
Piquepoux
France, 1907 : Tailleur. « Cette expression, dit M. Paul Homo, doit venir de l’habitude qu’ont certains ouvriers tailleurs, dits appiéceurs, de passer souvent l’aiguille dans leurs cheveux, pour la graisser un peu lorsqu’elle doit traverser un drap épais ou double : d’autre part, il se peut que ce sobriquet vienne des réparations à faire dans de vieux vêtements qui peuvent contenir de la vermine. » Voir Pique-prunes.
Renardière
France, 1907 : Cave ou pièce obscure où les compagnons du Devoir enfermaient les renards ou postulants en attendant les épreuves. Nous donnons, à titre de curiosité, un extrait de Hugues Le Roux où sont décrites ces épreuves :
Nous attendions dans la renardière, inquiets dans le fond, quand, tout d’un coup, les compagnons entrèrent dans la cave. Ils étaient à moitié saouls. Ils criaient :
— À genoux, cochons, sales bêtes !
Alors ils nous montèrent sur le dos et, à quatre pattes, à grands coups de talon, ils nous firent galoper autour de la cave. Puis une voix cria :
— Le numéro un, à la Cayenne !
C’était moi. On me banda les yeux et, avec mon compagnon sur le dos, on me poussa au fond d’un couloir, dans une salle.
Ils étaient là une vingtaine qui faisaient un bruit d’enfer. Tout de suite, ils me saisirent par les oreilles, et je sentis qu’on me roulait dans un tonneau. Il cogna le mur, je fus jeté sur la tête tout étourdi. J’allais me relever, quand deux compagnons me saisirent. Ils me tenaient par le collet. Ils me firent courir trois fois en avant, trois fois en arrière, puis on me bascula, et je me retrouvai sur la terre à genoux. Là, un ancien s’approcha. Il me tira par les cheveux et me dit :
— Tu vas recevoir le petit baptême. Ça va te coûter de l’argent. Je te le ferai pour 50 francs.
Mois une autre voix cria :
— Cinquante francs, cochon ! Viens à moi, je te le ferai à bon compte. Tiens, salop, ce sera quinze francs !
Alors la première voix reprit :
— Cent sous, salopiot ! Cent sous, vermine ! Je vais te baptiser pour cent sous ! Ça ne te coûtera pas cher, sale bête !
Tout en parlant, ils me crachaient à la figure et me flanquaient des claques.
Safran (John)
France, 1907 : Sobriquet donné aux Chinois par les Américains.
Les Chinois, « créatures à queue de cochon », ainsi qu’ils les qualifient, ils ne se contentent pas de les maltraiter ; à l’occasion, ils les massacrent pour les voler et les dépouiller, et les tribunaux absolvent toujours ces assassins.
« Le Chinois — John Safran, la peste Jaune — ne doit pas être considéré comme un être humain, mais comme de la vermine. » Voilà encore un de leurs principes et de leurs axiomes.
(Albert Cim, Émancipées)
Tour
d’Hautel, 1808 : Tour de gueux. Mouvement circulaire des épaules et du dos, à dessein d’apaiser les démangeaisons importunes que l’on éprouve. Ce mouvement très-incivil, est familier aux indigens, aux gens chez qui la misère et la malpropreté engendrent toute sortes de vermines.
Faire le tour du cadran. Dormir douze heures de suite ; se coucher à minuit, et ne se réveiller qu’à midi.
Il fait son tour de France. Se dit d’un artisan qui voyage par la France, en exerçant sa profession.
Il est allé faire un tour en l’autre monde. Pour dire il est mort.
À ton tour paillasse. Expression bouffonne usitée parmi les batteleurs et les histrions, et que l’on emploie fréquemment dans la conversation familière, lorsque successivement on vient à commencer une opération quelconque.
Delvau, 1866 : s. m. Farce ; tromperie. Faire voir le tour. Tromper. Connaître le tour. Être habile, malin, ne pas se laisser tromper.
Verminard, vermineux
Rigaud, 1881 : Homme de néant. (Jargon des écoles.)
Vermine
d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris, pour dire la plus vile populace, la canaille, la lie du peuple.
Vidocq, 1837 : s. m. — Avocat, défenseur.
Larchey, 1865 : Avocat (Vidocq). — Mot à mot : vivant sur le corps des prévenus.
Delvau, 1866 : s. f. Avocat. — dans le même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. f. La populace, — dans l’argot des bourgeois.
Virmaître, 1894 : Avocat. Les voleurs ont raison, les avocats sont des vermines qui rongent encore plus que les huissiers (Argot des voleurs).
France, 1907 : Avocat, homme de loi.
Vermineux
France, 1907 : Agent d’affaires véreuses.
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