Clémens, 1840 : Marchande de pommes.
Abloquiseuse de verdouces
Arroseur de verdouze
Delvau, 1866 : s. m. Jardinier, dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Maraîcher.
Virmaître, 1894 : Jardinier (Argot des voleurs).
France, 1907 : Jardinier ; argot des voleurs.
Aujourd’hui, demain
France, 1907 : Ces deux adverbes se trouvent ensemble dans une série de dictons du XVe siècle d’une haute portée philosophique. J’en donne quelques-uns ici :
Aujourd’hui ami, demain ennemi.
— marié, — marri.
— en fleur, — en pleur.
— en chère, — en bière.
— roy, — rien.
— grand, — petit.
— maistre, — valet.
— trompeur, — trompé.
— chaud, — froid.
— en terre. — enterré.
— en verdure, — en pourriture.
— devant, — derrière.
— à moy, — à toy.
— en haut, — en bas.
— créditeur, — débiteur.
Bouchon
d’Hautel, 1808 : Faire sauter le bouchon. Pour dire boire dru et sec, sans se griser.
On appelle un petit cabaret un bouchon ; et l’on dit À bon vin, il ne faut point de bouchon, parce qu’un cabaret, ou tout autre lieu en bonne renommée n’a pas besoin d’enseigne.
Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Delvau, 1864 : Le membre viril, que la nature a destiné à fermer hermétiquement le goulot de la femme.
Larchey, 1865 : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.
Delvau, 1866 : s. m. Acabit, genre, — dans l’argot du peuple. Être d’un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.
Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret. On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d’un rameau de verdure, — boscus.
Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.
Fustier, 1889 : Bouteille de vin cacheté. (Richepin)
Virmaître, 1894 : Bourse. Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous. Pour payer une dette, on dit : boucher un trou (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin. Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx ; cela se nomme un bouchon (Argot du peuple).
France, 1907 : Bourse, argot des voleurs, corruption de pouchon, pochon, poche. On disait aussi bourçon. — Bouteille de vin cachetée et, par métonymie, cabaret. — S’emploie aussi pour acabit, qualité : Être d’un bon bouchon, être amusant, de bonne humeur, gai compagnon. S’asseoir sur le bouchon, s’entendre condamner à la prison ; argot des voleurs.
Cabotin
d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux, qui signifie histrion, batteleur ; comédien ambulant, indigne des faveurs de Thalie.
Delvau, 1866 : s. m. Mauvais acteur, — le Rapin du Théâtre, comme le Rapin est le Cabotin de la Peinture.
France, 1907 : Acteur ; argot populaire.
Edmond Garnier a esquissé en quelques vers les traits du pauvre cabotin :
Au café, riche… en espérance !
Il raconte avec assurance
Ses succès à Chose, à Machin,
Au beau temps ainsi qu’à l’orage
Opposant un même visage,
Joyeux il nargue le destin,
Juif errant de l’art, très utile,
Il va partout, de ville en ville,
Sans nul souci du lendemain,
Au bourgeois bête, qui le blâme,
Il sait montrer qu’il a de l’âme…
Quoique bouffon du genre humain.
…
Ce cabot, que Paris évince,
Un beau jour s’éteint en province
Sans ai qui pleure sa fin.
Mais tous les ans, dame Nature
Revient parer, de sa verdure,
L’humble tombe du cabotin.
Catir (se)
France, 1907 : Se vêtir ; s’envelopper.
En sa mignonne poitrine de vierge, son cœur dormait comme une rose de Noël sous la neige. Sa seule joie était de savourer au printemps le réveil de la forêt, de se plonger dans la fraicheur des cépées reverdies, de se griser de l’odeur des muguets et de s’épanouir au grand soleil. Durant l’hiver, ou les jours pluvieux, elle se catissait dans vue limousine, tête basse, et se recroquevillait frileusement près des fourneaux à charbon. La lumière la dégourdissait et elle allait joyeusement vers le soleil levant, comme on va à la fête.
(André Theuriet)
Chauffeurs (les)
France, 1907 : Nom donné à des bandes de brigands qui se formèrent pendant la Révolution, dans certaines provinces de l’ouest et du midi de la France, spécialement le Perche, le Maine, l’Île-de-France, le Languedoc. Bien armés, bien disciplinés, à cheval la plupart du temps, ils attaquaient les fermes et les maisons de maître isolées et chauffaient, c’est-à-dire brûlaient les pieds des victimes qui refusaient d’indiquer l’endroit où étaient cachés l’argent ou les bijoux. Ils se couvrirent, par la suite, d’une couleur politique et se confondirent avec les derniers chouans dans l’Ouest, et dans le Midi avec les Verdets, les Trestaillons, les Compagnons de Jéhu. Ils avaient un argot spécial dont Lorédan Larchey a reproduit le glossaire publié en l’an VIII, par P. Leclair, à la suite de son Histoire des Chauffeurs d’Orgères.
C’est à Fouché, ministre de la police, que l’on doit la disparition des chauffeurs.
Cribleur de frusques
Virmaître, 1894 : Marchand d’habits (Argot des voleurs).
France, 1907 : Marchand d’habits. Cribleur de lance, porteur d’eau ; — de macchabées, gardien de cimetière, qui avertit de l’arrivée d’un convoi ; — de malades, gardien de prison, qui appelle les détenus au parloir ; — de verdouze, marchand des quatre-saisons.
Cribleur de verdouse
La Rue, 1894 : Marchand des quatre-saisons. Cribleur de macabés, gardien de cimetière qui sonne la cloche à l’arrivée d’un convoi. Cribleur de lance, porteur d’eau.
Cribleur de verdouze
Rigaud, 1881 : Marchand des quatre saisons. — Cribleur de frusques, marchand d’habits ambulant. — Cribleur de malades, employé chargé d’appeler les détenus au parloir. — Cribleur de machabées, gardien de cimetière qui sonne la cloche pour annoncer l’arrivée d’un convoi funèbre. — Cribleur de beurre, agent de change.
Virmaître, 1894 : Marchand des quatre saisons (Argot des voleurs).
Dabuchon
France, 1907 : Père.
Une rougissante fiancée de seize printemps va rendre visite à son futur, guerrier attaché à l’artillerie royale. Il est absent, mais à sa place se présente le papa qui, quoique en cheveux blancs, se propose de remplacer son fils et de lui prouver sa verdeur. Lui aussi est ancien guerrier. « Plus faire que dire » est sa devise ; il ne perd pas son temps en longues conférences. La fiancée, plus rougissante que jamais, lutte, se débat, appelle. On frappe à la porte. « Dieu soit loué, c’est Will ! » C’est Will, en effet, il constate le trouble et l’agitation du couple.
— Qu’avez vous fait ? demande-t-il, menaçant, à l’auteur de ses jours.
— F… le camp ! réplique celui-ci, s’armant d’une solide trique.
Le fils obéit, emmenant sa fiancée que le dabuchon n’avait pas eu le temps de trop détériorer, en faisant claquer la porte.
Montrant par la qu’il n’était pas content.
(Hector France, La Nation)
Dictionnaire Verdier
Delvau, 1866 : s. m. Lexique fantastique, — dans l’argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu’un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement.
France, 1907 : « Lexique fantastique dans l’argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu’un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement. »
(Alfred Delvau)
Douzaine
d’Hautel, 1808 : La couple vaut mieux que la douzaine. Voy. Couple.
On dit, par ironie, d’un mauvais poëte, d’un mauvais écrivain, d’un artiste médiocre, que c’est un poëte, un écrivain, un artiste, à la douzaine.
Et, dans un sens opposé, pour dire qu’un sujet, qu’un objet est rare, estimable, qu’il n’y en a pas treize à la douzaine.
France, 1907 : Les douze jurés. On pourrait dire souvent douzaine d’idiots, car, comme l’écrivait Edmond Lepelletier, on se demande avec effarement, devant certains verdicts inouïs, ce qui se cache dans la caboche de ces gens-là, qui, disait Victor Hugo, « s’étant faits riches pour avoir vendu à faux poids, sont faits jurés par la loi. »
Enterrement
Delvau, 1866 : s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu, — comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout enterré dans une miche de pain de marchand de vin.
Rigaud, 1881 : Bout de charcuterie, tranche de gras-double, rogaton quelconque interné dans un morceau de pain. C’est le déjeuner de bien des pauvres gens. On voit beaucoup d’enterrements dans le quartier des halles à l’heure de midi, alors que l’oreille de morue crépite dans la poêle et que la moule nage dans un bain gris-verdâtre.
Rigaud, 1881 : Ouvrage abîmé par un apprenti ou par un ouvrier, — dans le jargon des cordonniers.
Rigaud, 1881 : Petite supercherie pratiquée par les soldats de cavalerie, laquelle consiste à cacher le crottin sous la paille, au lieu de le ramasser dans la vanette et de le porter au fumier.
Ça s’est-y bien tiré, ta garde d’écurie ?
— Ma foi, tu sais, avec des enterrements.
La Rue, 1894 : Fragment de charcuterie on rogaton interné dans un morceau de pain.
Virmaître, 1894 : Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles. On les appelle Mesdames la poêle, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine. Un enterrement de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou. Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Sandwich, c’est-à-dire morceau de viande ou de charcuterie placée dans un petit pain.
Leur spécialité consistait à vendre pour deux sous un morceau de pain dans lequel elles mettaient un morceau de gras-double rôti dans la poêle ; les plus riches allaient jusqu’à trois sous ; alors, pour ce prix, ils avaient une saucisse plate. Dans le langage du boulevard, cela s’appelait un enterrement de première classe.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
On appelle aussi enterrement de première classe une cérémonie longue et ennuyeuse.
Éverdillonner
d’Hautel, 1808 : Aiguillonner, inciter, pousser et porter à la gaieté, rendre gaillard. On dit d’une personne qui a un air capable, une gaieté en jouée et hardie, qu’elle est éverdillonnée.
Le vin blanc éverdillonne les têtes foibles.
Faire le poireau
Virmaître, 1894 : Attendre longtemps quelqu’un, si la personne ne vient pas, celui qui attend est planté là pour reverdir. On dit aussi : poiroter. Synonyme de : Attends-moi sous l’orme (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Attendre.
France, 1907 : Attendre longtemps en vain à un rendez-vous.
Après m’avoir fait faire le poireau tous les soirs pendant plus d’une semaine, la gosseline se décida enfin à rappliquer au ralliement.
(Les Gaietés du régiment)
Femelle
d’Hautel, 1808 : Le peuple prononce fumelle.
Delvau, 1866 : s. f. Femme, épouse, — dans l’argot des ouvriers, qui se considèrent comme des mâles et non comme des hommes. L’expression, — toujours employée péjorativement, — a des chevrons, puisqu’on la retrouve dans Clément Marot, qui, s’adressant à sa maîtresse, la petite lingère du Palais, dit :
Incontinent, desloyalle femelle,
Que j’auray faict et escrit ton libelle,
Entre les mains le mettray d’une femme
Qui appelée est Renommée, ou Fame,
Et qui ne sert qu’à dire par le monde
Le bien on mal de ceux où il abonde.
France, 1907 : Femme, dans la langue des jalouses et des rivales. En anglais, female désigne la femme en général.
Liverdun étanchait avec une serviette du sang qui souillait le ventre nu de l’aubergiste… Des forgerons passèrent au rasoir gluant de rouge… Louise, maintenue par des mains brutales, criait : « Maintenant, père, tu n’iras plus avec tes saletés de femelles, tu ne leur porteras plus tout l’argent d’ici… hein !… J’ai bien fait, j’ai bien fait. N’est-ce pas, monsieur Dessling, j’ai bien fait de lui couper ça. Il donnera l’argent à sa famille maintenant ! »
Pendant un sommeil d’ivresse, Louise avait à demi châtré son père. Le gros homme râlait dans sa blouse bleue. L’averse battant les vitres. Les bras de l’hystérique dansaient, malgré l’étreinte des voisins. « J’ai bien fait, bien fait ! »
(Paul Adam, Le Mystère des foules)
Grenipille à la mamelle
Connut le bonheur deux ans,
Les repas toujours présents,
Sa mère étant la gamelle.
Puis, les tétons moins pesants,
Sa mère refut femelle ;
Et la gosse aux yeux luisants
Connut les jours malplaisants
Avec l’errante, et, comme elle,
Devint de ces gueux gueusants
Aux refus des paysans.
(Jean Richepin)
Gauffeux
France, 1907 : Trompeur, flatteur. Vieux mot.
Que ces gazons sont verds ! que la guingette est belle !
Dit Cartouche à Lisette, en la mangeant des yeux,
Votre aspect, ma Déesse, embellit seul ces lieux.
Non, jamais je ne vis beauté plus accomplie,
Ni plus… — Pour belle, non, je ne suis que jolie,
Répond-elle à l’instant d’un petit air sucré.
Vous êtes un gauffeux…
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Gloriette
France, 1907 : Tonnelle dans un jarde, dans un cabaret ; de l’espagnol glorieta, cabinet de verdure.
Jean
d’Hautel, 1808 : Il n’est que de la saint Jean. Se dit pour abaisser le mérite de quelqu’un et pour faire entendre qu’un autre lui est bien supérieur.
Un Saint Jean bouche d’or. Homme qui ne peut garder un secret ; bélitre, dissipateur.
On y a appliqué toutes les herbes de la Saint Jean. Voyez Herbe.
Jean fesse. Mot injurieux que l’on adresse à quelqu’un dans un mouvement de colère, et qui équivaut à poltron, homme sans honneur.
Jean de Nivelle. Voyez Chien.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile ; mari que sa femme trompe sans qu’il s’en aperçoive. On disait autrefois Janin.
France, 1907 : Niais, imbécile, mari dupé.
Jean ? Que dire sur Jean ? C’est un terrible nom
Que jamais n’accompagne une épithète honnête.
Jean des Vignes, Jean Lorgne…. Ou vais-je ? Trouvez bon
Qu’en si beau chemin je m’arrête.
(Mme Desroulières)
— Pourquoi nommer Catin votre charmante fille ?
Appelez-la Catau, disait-on à Lubin.
— Non pas, dit-il ; en vain on en babille ;
Chez nous le mâle est Jean, la femelle Catin ;
C’est l’usage dans la famille.
(Pons de Verdun)
Jeunet, ette
Delvau, 1866 : adj. Qui est un peu trop jeune, et par conséquent trop naïf. S’emploie aussi à propos d’un vin trop nouveau et que sa verdeur rend désagréable au palais.
Jus
d’Hautel, 1808 : Il est dans son jus. Manière triviale de dire qu’une personne grasse est toute en sueur.
Un tire jus. Pour dire un mouchoir ; ce qui sert à essuyer les évacuations du cerveau.
C’est jus verd ou verd jus. Pour dire, c’est tout un, c’est absolument la même chose.
Delvau, 1866 : s. m. Grâce, élégance, bon goût, — dans l’argot des faubouriens, pour qui certaines qualités extérieures, naturelles ou acquises, sont la sauce de certaines qualités de l’âme. Avoir du jus. Avoir du chic, de la tournure. Être d’un bon jus. Être habillé d’une façon grotesque, ou avoir un visage qui prête à rire.
Delvau, 1866 : s. m. Profit, bénéfice que rend une affaire.
Rigaud, 1881 : Élégance, — dans le jargon des gommeux qui ont voulu donner un pendant au mot chic. (V. Juteuse).
Fustier, 1889 : Voici un mot qui, en argot, a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées. On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme de vin, mais il sert aussi à désigner l’eau. Je l’ai plusieurs fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaient jus de grenouille et les autres jus, tout court.
L’autre le suit, l’empoigne par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant : Va dans le jus.
(Galette des Tribunaux, août 1884)
La Rue, 1894 : Élégance. Eau. Vin.
France, 1907 : Élégance, bon goût. « Cette fille a du jus », c’est-à-dire du chic. Faire du jus, faire de l’embarras.
France, 1907 : Profit, bénéfice d’une affaire. Les gens de loi cherchent à faire rendre le plus de jus à la cause qu’on leur confie.
France, 1907 : Vin ; eau-de-vie.
Gimanton, le garde d’écurie du troisième peloton, jugea le moment propice pour aller boire son jus, remonter dans sa chambrée y prendre sa part du café matinal.
(F. Vandérem)
Mamours
France, 1907 : Caresses en paroles ou en action ; abréviation de mes amours ou mon amour. Faire des mamours.
Il faut avoir la conscience de s’avouer la vérité, même quand elle est sale. Jusqu’ici nous avons nagé jusqu’au bec dans l’hypocrisie et le mensonge. En voilà assez ! Voyons froidement ce que nous sommes et ce que valent nos liens, nos prétendues tendresses, les mots gentils, les caresses et les mamours qui constituent, ici-bas, les affections conjugale, paternelle, filiale, et cœtera pantoufle ?… Eh bien, ça ne vaut rien, moins qu’une pièce du pape ou qu’une Suisse assise.
(Henri Lavedan, Les Jeunes)
Eh bien, nous autres qui n’avons pas faim ; qui n’avons pas froid ; à qui la société prodiguerait volontiers les mamours et les risettes, mais qu’étreint, mais qu’émeut la souffrance d’autrui, nous entendons rester, quoi qu’il arrive, quoi qu’on risque, les avocats, les assistants, les tenants de l’humaine Douleur !
Ouvrez vos codes et vos geôles, recevez vos instructions, rédigez vos verdicts — nous sommes prêts ! Notre pensée restera libre et marchera de l’avant !…
(Séverine)
Planter
d’Hautel, 1808 : S’il est bien planté, il reviendra. Se dit d’une personne dont on fait peu de cas, et qui s’en est allée avec humeur.
Il est allé planter ses choux. Se dit par raillerie d’un homme qui s’est retiré à la campagne.
Planter là quelqu’un. L’abandonner, le quitter, lui retirer son amitié, sa protection, ses secours.
Arrive qui plante. Locution adverbiale qui marque la résolution dans laquelle on est, de ne pas changer d’idée quelque chose qu’il arrive.
Il m’a planté-là pour reverdir. Pour, il m’a abandonné subitement ; il m’a fait croquer le marmot.
Halbert, 1849 : Laisser.
Fustier, 1889 / La Rue, 1894 : Coïre.
France, 1907 : Sacrifier à Venus.
Planter là quelqu’un
Delvau, 1866 : v. a. Le quitter brusquement, soit parce qu’il vous ennuie, soit parce qu’on est pressé. C’est l’ancienne expression : Planter là quelqu’un pour reverdir, mais écourtée et plus elliptique.
France, 1907 : Le quitter brusquement ; le lâcher. « Planter là quelqu’un pour qu’il reverdisse. »
Pré
d’Hautel, 1808 : Il seroit mieux en terre qu’en pré. Se dit d’un homme qui est atteint d’une maladie de langueur, qui mène une vie indigente et pénible, et signifie qu’il seroit plus heureux mort que vivant.
Verd comme pré. Pour dire gaillard, frais, vigoureux.
Épargne de bouche vaut rente de pré. Pour dire que l’économie et la sobriété rendent l’homme aisé, et par allusion aux prés, dont les revenus sont certains.
Aller souvent sur le pré. Pour dire se battre fréquemment.
Ansiaume, 1821 : Galère.
Me voilà planqué pour 20 longes au pré.
Bras-de-Fer, 1829 : Bagne.
Vidocq, 1837 : s. m. — Bagne.
Clémens, 1840 : Bagne.
un détenu, 1846 : Galères. Être au pré : aller aux galères.
Delvau, 1866 : s. m. Bagne, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi le Grand pré. Aller au pré. Être condamné aux travaux forcés. On dit aussi : Aller faucher au pré.
France, 1907 : Bagne ; argot des voleurs, qui disent aussi pré des fagots, grand pré.
— C’est égal, t’as beau coquer, tu rappliqueras au pré.
(Marc Mario)
Aller au bagne, c’est faucher le grand pré.
Quand on a fauché le grand pré, on fauche un homme sûrement.
(Edmond Ladoucette)
Cayenne est appelé le pré des fagots.
Pré, grand pré
Larchey, 1865 : Travaux forcés.
Ne crains pas le pré que je brave.
(Vidocq)
On dit aussi le grand pré.
Du grand pré tu te cramperas pour rabattre à Pantin lestement.
(Id.)
Aller faucher au pré quinze ans : Avoir quinze ans de galères. — Le mot est imagé et doit être fort ancien, car le grand pré est ici la mer dont les anciens galériens coupaient en cadence de leurs longs avirons les ondes verdâtres, comme des faucheurs rangés dans une prairie. On sait qu’autrefois tous les condamnés ramaient sur les galères du Roi.
Rigaud, 1881 : Bagne ; maison de secours aujourd’hui disparue.
La Rue, 1894 : Bagne. Faucher le grand pré, aller au bagne.
Reverdir
d’Hautel, 1808 : Je l’ai planté là pour reverdir. Se dit de quelqu’un qu’on a laissé en quelque endroit et subitement sans le venir reprendre, comme on le lui avoit promis ; ou en parlant d’un mari qui a abandonné sa femme.
Rond
d’Hautel, 1808 : Il est bien rond. Pour dire, il a le ventre bien rempli, il a bien bu et bien mangé.
Cet homme est tout rond. Pour dire, franc, loyal, sans détours, sans artifice.
d’Hautel, 1808 : Le rond. Pour dire, le postérieur ; le cadet, le derrière.
anon., 1827 : Un sou.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Sou (cinq centimes).
Bras-de-Fer, 1829 : Un sou.
Vidocq, 1837 : s. m. — Sol.
un détenu, 1846 : Argent, sou.
Halbert, 1849 : Un sou.
Larchey, 1865 : Saoul.
Descendant d’la guinguette, Un soir que j’étais rond.
(Les Amours de Jeannette, chanson, 1813)
Larchey, 1865 : Sou. — Le sou est rond. — V. Balle, Roue.
Aboule tes vingt ronds, bêta !
(Montépin)
Delvau, 1866 : adj. Ivre, — dans l’argot des faubouriens. Rond comme une futaille. Ivre mort. On dit aussi Rond comme une pomme.
Delvau, 1866 : s. m. Sou, pièce de monnaie, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Rotin.
Rigaud, 1881 : Ivre. — Rond comme balle, repu.
Rigaud, 1881 : Pièce d’un sou. — Pas le rond, pas le sou. — Tourner rond, ne plus avoir d’argent.
La Rue, 1894 : Ivre. Un sou.
Rossignol, 1901 : Saoul.
Rossignol, 1901 : Sou.
France, 1907 : Sou.
— Oui, hier, je me peignais avec les doigts, rapport que j’ai oublié mon démêloir dans mon dernier garni. Vlan ! voilà que j’en ramène un. Saleté de bête, que je dis, et j’allais l’écraser quand je vois un capitaine d’artillerie qui passe avec sa dame. « Permettez, mon officier, que j’y fais. — Quoi donc ? — Là, sur votre dolman, vous aurez coudoyé quéqu’un de sale. » Et je fais celui qui enlève le pou en ayant l’air de me cacher de la dame. « Merci, mon ami », qui dit. Et il m’allonge une pièce de vingt ronds !
(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)
Jean Hiroux, convaincu d’assassinat, vient d’entendre le verdict qui le condamne à la peine de mort, plus un franc d’amende pour la partie civile.
Sur la demande du président des assises s’il n’a rien à dire sur la peine qui le frappe, Jean Hiroux répond :
— Mon président, je demande à ne faire que la moitié de la peine. — V’là les vingt ronds !
Struggle for life
France, 1907 : Lutte pour la vie. Expression anglaise, lancée par Darwin dans la circulation.
Struggle for life, la lutte pour la vie, expression brutalement inepte, éloquente, il faut le reconnaitre, dans sa bestialité, mise en crédit par le mercantilisme britannique à l’usage du mercantilisme cosmopolite, qui fait chorus admirativement. Car tel est bien le dernier mot, il ne voit pas au delà de l’esprit bourgeois, sa conception suprême : le désordre sans frein, dit autrement le régime de la concurrence, l’aléa incessant de l’agiotage ; la déprédation meurtrière, qui est l’ordre — ou la forme civilisée du cannibalisme, c’est tout un pour eux, — chez nos peuples perfectionnés ; c’est-à-dire la lutte affamée, haletante, sans moyens, sans vergogne, la bataille des fauves, à belles griffes, à belles dents, sans trêve et sans quartier. Malheur à ceux qui tombent dessous ! Struggle for life ; hourrah !
(Émile Leverdays)
On ne le peut méconnaître, dans les conditions actuelles de l’existence, la pratique de l’escrime rend plus de services que celle du vers latin, et il est plus avantageux dans le struggle for life d’avoir recours à la savate qu’aux injures en vers grecs dont usaient les héros d’Homère avec une volubilité à laquelle ne sauraient atteindre les meilleurs élèves de rhétorique.
(Grosclaude, Le Journal)
Sur le gril (être)
Vidocq, 1837 : v. p. — Attendre le prononcé de son jugement.
Rigaud, 1881 : Griller d’impatience ; cuire dans le jus de l’anxiété, Le condamné qui attend le verdict du jury est sur le gril.
Tralala
Larchey, 1865 : Appareil.
La fougue, l’audace et tout le grand tralala de l’excentricité féminine.
(Monselet)
Delvau, 1866 : s. m. Embarras, cérémonies ; luxe de toilette. — dans l’argot du peuple. Se mettre sur son tralala ou sur son grand tralala. S’habiller coquettement, superbement.
France, 1907 : Bataille, synonyme de danse au sens métaphorique.
On s’apprête pour le départ dans la direction de Verdun ; tous mes braves sont bien reposés, et l’un d’eux me demande gaiment : « Est-ce pour aujourd’hui le grand tralala, mon capitaine ? — Peut-être… Par le flanc droit, arrrche ! »
(Lieut.-col. Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)
Il importe beaucoup que la
Chose ne soit pas sue
Avant le final tralala,
C’est mon coup de massue.
(Raoul Ponchon)
France, 1907 : Déploiement de toilette, grand appareil ; expression populaire.
Il revint à l’Ermitage où il tomba sur la bande, grossie d’une nuée de petites femmes, parmi lesquelles il reconnut Suzanne en grand tralala.
(André Desroches, L’Éternelle illusion)
Se dit aussi pour grand apparat, réception luxueuse.
… Soit parce qu’un instant elle avait été modèle chez le sculpteur Pierre Ferras, s’était alors accoutumée aux paresseuses flâneries dans l’atelier tiède, aux tranquilles impudeurs que reflète une haute psyché, soit parce qu’elle avait dans la peau rose et dorée des braisillements de soleil provençal, que le frôlement des batistes et des surahs les plus légers l’importunait et l’énervait, ou peut-être aussi parce qu’elle y trouvait son compte, étant fûtée, libertine et savante en l’art d’allumer un homme comme pas une, Noële Désir gardait cette habitude de se dévêtir des pieds à la tête pour un oui, pour un non, n’était jamais aussi heureuse que toute nue et dans son alcôve tendue de satin noir, et en cabinet particulier, et même quand elle recevait, en grand tralala, le samedi.
(René Maizeroy)
Trouducuisme
France, 1907 : Sottise, préjugés.
Mais s’il fallait poursuivre tous ceux qui nous charcutent et nous tuent, parce que les opérations leur sont cher payées, que de gloires de la médecine s’en iraient au bagne !… M. Troimaux voulait une condamnation. Il n’ignore pas que les jurés, cerveaux bourrés de trouducuisme bourgeois, lisent les quotidiens, leur demandent la lumière qui ne jaillit point en leurs crânes ténébreuxs : il a suggéré à ces inconscients le verdict qui fit hurler l’assistance.
(Le Don Juan)
Verdet
France, 1907 : Le vent ; vieil argot.
Verdoucee, verdouse
La Rue, 1894 : Pomme. Verdure. Prairie. Verdouzier, pommier. Jardin. Voleur de légumes.
Verdouces
Clémens, 1840 : Pommes.
Verdouse
M.D., 1844 : Salade.
Halbert, 1849 : Pomme, prairie.
Rigaud, 1881 : Fruit. — Verdousier, verdousière, fruitier, fruitière.
France, 1907 : Pomme.
Verdouse, verdouze
France, 1907 : Prairie, verdure, légumes verts.
Verdouses
Ansiaume, 1821 : Pommes.
Apportes-moi une douzaine de verdouses pour me refaiter.
Verdousier
Halbert, 1849 : Pommier, jardin.
France, 1907 : Jardin fruitier et, par extension, jardinier.
France, 1907 : Pommier.
France, 1907 : Voleur de légumes dans les jardins des maraîchers.
Verdouze
Vidocq, 1837 : s. f. — Pomme.
Verdouzier
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Jardin.
Verdouzier, -ère
Vidocq, 1837 : s. — Fruitier, fruitière.
Verds
France, 1907 : Nom donné autrefois à la police de Paris, les verds.
— Oh ! c’est que nous avons eu la moresque d’une fière force : je sais bien que quand je m’ai senti les verds au dos, le treffe me faisait trente et un.
(Mémoires de Vidocq)
Verdun (fainéants de)
France, 1907 : Très vieux dicton qu’on retrouve dans l’ancien français li musart de Verdun. Il date sans doute de la même époque que li emfrun de Toul. Voir Toul.
Youtre
Delvau, 1866 : s. m. Israélite, — dans l’argot des faubouriens, qui prononcent presque bien, sans s’en douter, le mot allemand Jude. Jardin des youtres. Cimetière juif, — par antiphrase sans doute, car il y a plus de pierres que de verdure.
Rigaud, 1881 : Juif.
Virmaître, 1894 : Juif. Dans le peuple on ne dit pas youtre, mais youte. Vient du mot allemand jude (Argot du peuple). V. Baptisé au sécateur. N.
Rossignol, 1901 : Juif.
Hayard, 1907 : Même sens que youpin.
France, 1907 : Juif ; argot populaire.
Dupes et dupeurs, volés et voleurs, goinfres et avalés, exploités et exploiteurs, heureux et malheureux, jouisseurs et affamés : voilà le monde. L’humanité est mauvaise. Pourquoi, alors, serais-je meilleur que les autres ? Demain, si un confrère — quelque petit juif — apprend que je puis gagner mille francs en écrivant une étude dans une revue sur un sujet que je possède bien, ce petit youtre essaiera de m’empêcher de gagner cette somme et il réussira, car il ne demandera que deux cent francs, ou rien du tout encore, au directeur de la revue ; maintenant, peu importe qu’il traite mal le sujet.
(Félicien Champsaur, Le Mandarin)
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