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Abattre

d’Hautel, 1808 : En abattre. Jeter à bas beaucoup d’ouvrage ; travailler à la hâte et sans aucun soin ; en détacher. Voyez Détacher.
On dit aussi en bonne part d’un ouvrier expéditif, habile dans tout ce qu’il fait, qu’Il abat bien du bois.
Petite pluie abat grand vent. Signifie qu’il faut souvent peu de chose pour apaiser un vain emportement ; pour rabattre le caquet à un olibrius, un freluquet.

Rigaud, 1881 : Étaler son jeu sur la table, en style de joueur de baccarat. — Méry, qui cultivait pour le moins autant ce jeu que la Muse, avait érigé en axiome le distique suivant :

Quand on a bien-dîné, qu’on est plein comme un œuf, Il faut après un huit toujours abattre un neuf.

Rigaud, 1881 : Faire beaucoup d’ouvrage en peu de temps. J’en ai-t’y abattu !

Virmaître, 1894 : Faire des dettes, L. L. Abattre veut dire faire beaucoup d’ouvrage. — C’est un ouvrier habile, il en abat en un jour plus que ses compagnons en une semaine (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire beaucoup de travail est en abattre.

France, 1907 : Se disait dans le sens de posséder une femme.

Il fut trouver la dame en sa chambre, laquelle, sans trop grand effort de lutte, fut abattue.

(Brantôme)

Je me laissai abattre par un garçon de taverne sur belles promesses.

(Variétés historiques et littéraires)

Abélardiser

Delvau, 1866 : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.

France, 1907 : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :

D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.

(Pommereul)

Aboyer contre la lune

France, 1907 : Perdre son temps en criailleries inutiles et vaines. Lunam atlatrare, disaient les Romains.

Alambiquer (s’)

d’Hautel, 1808 : S’inquiéter, se troubler ; se fatiguer l’esprit par de vaines chimères.
La tête lui tournera à force de s’alambiquer l’esprit. C’est-à-dire tant il s’agite et se tourmente.

Amuser

d’Hautel, 1808 : Il se faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Phrase par laquelle les bateleurs, les saltimbanques, terminent ordinairement la harangue qu’ils font à leurs auditeurs, pour les engager à venir voir les curiosités qui ne sont point exposées à leurs regards.
S’amuser à la moutarde. Donner son temps à des choses oiseuses et frivoles, et négliger des affaires d’une utilité reconnue.
Amuser le tapis. Perdre le temps en vain discours et sans rien conclure.

Apothicaire

d’Hautel, 1808 : Mémoire d’Apothicaire. Compte surchargé, et sur lequel il y a beaucoup à rabattre.
Faire de son corps une boutique d’apothicaire. Se droguer continuellement ; prendre, sans nécessité, des médicamens.
Un apothicaire sans sucre. Homme qui ne possède aucune des connoissances nécessaires à son état.

Delvau, 1864 : Pédéraste, ou sodomite ; homme qui se trompe volontairement de côté quand il est au lit avec une femme et qui l’encule au lieu de la baiser.

Jean, ce frotteur invaincu,
Au soir, dans une taverne,
Frottait Lise à la moderne,
C’est-à-dire par le cul.
Elle, qui veut qu’on l’enfile,
Selon sa nécessité,
Disait d’un cœur irrité
Qu’un clystère est inutile
À qui crève de santé.

(Le Cabinet satyrique)

Apprentif

Delvau, 1866 : s. m. Jeune garçon qui apprend un métier, — dans l’argot du peuple, fidèle à l’étymologie (Apprehendivus) et à la tradition : « Aprentif jugleor et escrivain marri, » dit le Roman de Berte.

France, 1907 : Apprenti. En ce cas, l’argot populaire est fidèle à l’étymologie.

Arçonner

Clémens, 1840 : Prévenir, tâter, fouiller, frapper.

Halbert, 1849 : Faire parler.

Delvau, 1866 : v. a. Parler à quelqu’un, l’apostropher, le forcer à répondre. Argot des voleurs.
Pierre Sarrazin avait déjà employé ce mot dans le même sens, en l’écrivant ainsi : arresoner ; je l’ai cherché en vain dans les dictionnaires. D’un autre côté, les voleurs disent : Faire l’arçon, pour signifier : Faire le signal de reconnaissance ou d’avertissement, qui est, paraît-il, le bruit d’un crachement et le dessin d’un C sur la joue droite, près du menton, avec le pouce de la main droite.

La Rue, 1894 : Faire parler. Faire l’arçon.

France, 1907 : Apostropher à haute voix quelqu’un pour l’obliger à répondre.

Arracher du chiendent

Halbert, 1849 : Chercher pratique.

Delvau, 1866 : v. n. Chercher pratique, ou plutôt victime, — dans l’argot des voleurs, qui n’exercent ordinairement que dans les lieux déserts.

Rigaud, 1881 : Attendre en vain en plein air. — Le Don Juan de comptoir qui, les pieds dans la boue, attend sa belle pour calmer les élans de l’amour, le voleur qui, au coin d’une rue, attend une pratique convenable pour calmer les élans de la faim, arrachent, l’un et l’autre, du chiendent. Le trop confiant créancier, qui attend chez lui la visite d’un débiteur, arrache du chiendent en chambre.

La Rue, 1894 : Attendre vainement.

France, 1907 : Chercher un coup à faire, une occasion de voler ou de tuer.

Aut vincere aut mori

France, 1907 : Vaincre ou mourir. Locution latine.

Auteur beurrier

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain dont les productions ne se vendent pas en livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l’épicier, qui en enveloppent leurs produits.

France, 1907 : Auteur malheureux dont les livres ne servent que chez l’épicier ou le marchand de beurre.

Babillardeur, babillardeuse

France, 1907 : Écrivain, écrivaine.

Baisser la tête

Rigaud, 1881 : Perdre au jeu, être vaincu dans une partie de cartes. (Jargon des marins.) — Baisse la tête, tu as perdu.

Baliverner

d’Hautel, 1808 : Dire ou conter des balivernes ; se jouer de quelqu’un, le berner ; donner son temps à des occupations vaines et frivoles ; niaiser, badauder.

Bande-à-l’aise

Delvau, 1864 : Homme qui n’est que médiocrement porté par son tempérament vers les choses de la fouterie, et qui bande plus volontiers avec son cerveau qu’avec son membre — comme la plupart des écrivains.

Qu’on me baise,
Mon con, Nicaise,
Se présente à toi… ;
Viens, bande-à-l’aise,
Vite, mets-le-moi.

(Piron)

Monsieur dit des bons mots souvent,
Mais monsieur bande rarement ;
Monsieur a de l’esprit : j’en suis
Bien aise, bien aise,
Mais comme la peste, je fuis
Un bande-à-l’aise !

(Collé)

Barbouilleur

d’Hautel, 1808 : C’est un barbouilleur. Se dit d’un mauvais écrivain, d’un homme qui parle, d’une manière inintelligible ; d’un croûton ; d’un peintre au balai.

Bataille

d’Hautel, 1808 : C’est son grand cheval de bataille. Pour dire, c’est là son renfort, ce sont les argumens auxquels il a habituellement recours pour se tirer d’embarras.
Sauver quelque chose de la bataille. Sauver ce que l’on peut d’une ruine totale.

Delvau, 1864 : Sous-entendu amoureuse. L’acte vénérien, d’où nous sortons lassés, mais non rassasiés ; vaincus faute de munitions, mais non dégoûtés. — On dit aussi : Jouer à la bataille.

La lance au poing il lui présente la bataille.

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

Lors s’écrie en riant : Je vois en ce réduit
Un lit,
Qui servira toute la nuit
De champ à sanglante bataille.

(La Fontaine)

Battre l’eau

France, 1907 : Travailler en vain, se donner une peine inutile comme Xerxès, roi des Perses, qui, au dire d’Hérode, fit frapper de verges la mer, pour la punir d’avoir détruit le pont de vaisseaux qu’il avait jeté sur le détroit séparant Sestos d’Abydos, ou l’Asie de l’Europe. « Le pont était formé de vaisseaux rattachés fortement par des cables fournis par les Égyptiens et les Phéniciens ; une tempête l’ayant détruit, le despote ordonna que l’on battit les eaux de l’Hellespont de 300 coups de fouet, qu’on jetât dans la mer une paire d’entraves, et qu’on la marquât d’un fer rouge. »

Beauté vénale

Delvau, 1864 : Femme qui fait métier et marchandise de ce qu’elle devrait donner pour rien, — l’homme, après tout, ne faisant pas payer les services de sa pine, qui valent bien ceux du con.

O vous, vénales beautés
À l’humeur aventurière,
Vainement vous présentez
Le devant ou le derrière
À l’abbé
La Bédollière,
L’abbé
Qui sera flambé.

(Émile de La Bédollière)

Bec

d’Hautel, 1808 : Pour bouche.
Un oiseau à gros bec, Sobriquet bas et trivial que l’on donne à un goinfre, à un gourmand ; à un homme grossièrement ignorant.
Se refaire le bec. Prendre un bon repas ; s’en mettre jusqu’au nœud de le gorge.
Donner un coup de bec. Et plus souvent Un coup de patte. Censurer, satiriser quelqu’un ou quelque chose, quand on en trouve l’occasion.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. L’entretenir de promesses trompeuses ; le tenir dans l’attente l’alternative.
Avoir bon bec. Parler avec trop d’abondance, babiller, caqueter ; en dégoiser.
Avoir bec et ongles. Savoir repousser à propos une injure, soit par paroles, soit par les voies de faits.
Faire le bec à quelqu’un. Lui faire sa leçon ; lui apprendre ce qu’il doit dire ou répondre. Cette manière de parler signifie aussi corrompre quelqu’un ; le soudoyer pour l’engager au secret.
Mener quelqu’un par le bec. En disposer à volonté ; gouverner son esprit, se rendre maître de toutes ses actions.
Passer la plume par le bec à quelqu’un. Le fourber, le tromper, le friponner.

Larchey, 1865 : Bouche. — Casser, chelinguer du bec : Avoir mauvaise haleine. — Rincer le bec : Faire boire. — Faire le bec : Donner des instructions. — Avoir du bec : Être éloquent. — Tortiller du bec : Manger. — River le bec : Faire taire. — Fin bec : Gourmand.

Delvau, 1866 : s. m. Bouche, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Bouche, langue, langage, visage.

Quand ma muse est échauffée, elle n’a pas tant mauvais bec.

(St-Amant)

Passer devant le bec, ne pas participer à. Les bons morceaux lui passent devant le bec. — Trouilloter du bec, sentir mauvais de la bouche. Et les variantes : Schlinguer, puer repousser du bec, — avoir la rue du bec mal pavée, manquer de dents. — Se rincer le bec, boire. River le bec, imposer silence. Taire son bec, ne plus parler.

Voyons M’me Rabat-Joie, tais ton bec !… et qu’on vienne baiser son vainqueur !

(Gavarni)

France, 1907 : Bouche. Rincer le bec à quelqu’un, lui payer à boire ; se rincer le bec, boire ; tortiller du bec, manger ; chelinguer du bec, avoir mauvaise haleine ; avoir la rue du bec mal pavée, avoir les dents mal rangées ; se calfater le bec, manger ou boire, dans l’argot des voleurs ; ourler son bec, finir son travail, argot des matelots ; claquer du bec, n’avoir rien à manger, allusion aux cigognes qui font claquer leur bec lorsque la faim se fait sentir. Bec fin, gourmet ; river le bec, faire taire par des menaces ; taire son bec, cesser de parler ; avoir bon bec, avoir la langue bien pendue.

Prince, aux Dames parisiennes
De bien parler donnez le prix.
Quoi qu’on dise d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

(François Villon)

Belle (faire la)

Virmaître, 1894 : Jouer une troisième partie qui décidera quel sera le vainqueur des deux adversaires ayant perdu chacun une manche (Argot du peuple).

Benedicamus

Fustier, 1889 : Enfant de chœur. Terme populaire :

Il s’imaginait naïvement que les vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l’organiste, les petits benedicamus.

(Figaro, nov. 1885)

Bénir

d’Hautel, 1808 : Que le bon Dieu te bénisse ! Phrase interjective, qui marque la surprise, l’improbation, le mécontentement.
Dieu vous bénisse ! Salut, souhait que l’on fait à quelqu’un qui éternue. On se sert aussi de cette locution pour se débarrasser honnêtement d’un pauvre qui demande l’aumône, et auquel on ne veut rien donner.
Il dépenseroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Voyez Autant.
Eau bénite de cour. Fausses carresses, vaines protestations d’amitié.
C’est pain bénit que d’attraper un rusé, un avare. Pour dire que c’est un mal dont chacun rit.
Ventre bénit. Nom que l’on donne aux bedeaux de paroisses, parce qu’ils vivent le plus souvent du pain bénit qu’on les charge de distribuer aux fidèles.
Changement de corbillon, appétit de pain bénit. Vieux proverbe qui signifie que la diversité et la variété plaisent en toutes choses. Voyez Appétit.
Il est réduit à la chandelle bénite. Se dit d’un moribond qui approche de sa dernière heure.

Bercer

d’Hautel, 1808 : Bercer quelqu’un. Le cajoler, le nourrir de belles paroles, d’espérances vaines et chimériques.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Chloroformiser pour voler.

Bête à deux dos (faire la)

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, pendant lequel les deux fouteurs, cellés ensemble par le ventre, ont l’air de n’avoir que des dos. — L’expression a de l’usage. Coquillart s’en est servi, Rabelais après lui, et, après Rabelais, Shakespeare — dans la première scène d’Othello :

Your daughter and the Moor are now making the beast with two backs…

On s’en sert toujours avec avantage dans la conservation.

France, 1907 : Faire l’amour ; accomplir l’acte qui perpétue l’espèce humaine. L’expression est de vieille date.

Il est difficile à un auteur dramatique de s’échapper des sujets reconnus d’utilité théâtrale et de pratiquer une conception supérieure au mensonge sempiternel de l’amour et aux variations écœurantes de la bête à deux dos. En vain, nous réclamons, pour l’art dramatique avili, un champ plus vaste et plus haut d’expérience : il semble condamné au bagne de la pornographie macabre, sinistre ou farceuse, aux truculences de la pièce rosse, poncif du Théâtre-Libre, ou aux éjaculations idiotes du Vaudeville.

(Henry Bauër, Les grands Guignols)

… Les rideaux
Sont tirés. L’homme, sur la femme à la renverse,
Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce,
Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes)

Billot

d’Hautel, 1808 : J’en mettrois ma tête ou ma main sur le billot. Exagération pour affirmer que l’on est certain, convaincu de quelque chose.

Blague

Larchey, 1865 : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel.
Blague : Verve ; faconde railleuse.

Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague.

(Balzac)

Blague : Plaisanterie.

Je te trouve du talent, là sans blague !

(De Goncourt)

Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin !

(Monselet)

Pousser une blague : Conter une histoire faite à plaisir.

Bien vite, j’pousse une blague, histoire de rigoler.

(F. Georges, Chansons)

Ne faire que des blagues : Faire des œuvres de peu de valeur.
L’étymologie du mot est incertaine. d’Hautel (1808) admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayions trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part. On en trouverait peut-être la racine dans le mot blaque qui désignait, du temps de ménage, les hommes de mauvaise foi (V. son dictionnaire). — M. Littré, qui relègue blague et blaguer parmi les termes du plus bas langage, donne une étymologie gaëlique beaucoup plus ancienne blagh souffler, se vanter.

Delvau, 1866 : s. f. Gasconnade essentiellement parisienne, — dans l’argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre, — MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc., — et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu’à Ménage ? Un gamin s’est avisé un jour de la ressemblance qu’il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut ! Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar. Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu’on sait ; parler avec habileté de ce qu’on fait. Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d’écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester. Pousser une blague. Raconter d’une façon plus ou moins amusante une chose qui n’est pas arrivée.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bavardage, plaisanterie, verve.

Ils (les malthusiens) demandent ce que c’est que la morale. La morale est-elle une science ? Est-elle une étude ? Est-elle une blague ?

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

M. F. Michel fait venir blague de l’allemand balg, vessie à tabac, avec transposition de l’avant-dernière lettre. M. Nisard soutient que le mot descend de bragar, braguar, qui servait à désigner soit une personne richement habillée, soit un objet de luxe. Quant à M. Littré, il le fait remonter à une origine gaélique ; d’après lui, blague vient de blagh, souffler, se vanter. Quoi qu’il en soit, le mot a été employé d’abord et propagé par les militaires, vers les premières années du siècle, dans le sens de gasconnade, raillerie, mensonge (V. Dict. de d’Hautel, 1806, Cadet Gassicourt, 1809, Stendhal, 1817). Sans remonter aussi loin, il ne faut voir dans le mot blague qu’un pendant que nos soldats ont donné au mot carotte.

France, 1907 : À un grand nombre de significations ; d’abord, mensonge, hâblerie. « Blague à part, causons comme de bons camarades que nous sommes. »

— Non, ma chérie, le bonheur n’est pas une blague, comme tu le dis, mais les gens sont idiots avec leur manière de concevoir la vie. Être heureux, qu’est-ce que cela évoque à l’esprit ? Une sensation pareille qui dure des années après des années ! Vois combien c’est inepte… L’existence est faite d’une quantité de secondes toutes différentes et qu’il s’agit de remplir les unes après les autres, comme des petits tubes en verre. Si tu mets dans tes petits tubes de jolis liquides colorés et parfumés, tu auras une suite exquise de sensations délicates qui te conduiront sans fatigue à la fin des choses… On veut toujours juger la vie humaine par grands blocs, c’est de là que vient tout le mal… Amuse la seconde que tu tiens, fais-la charmante, ne songe pas qu’il en est d’autres… Voilà comment on est heureux… le reste est de la blague.

(J. Ricard, Cristal fêlé)

Blague signifie ensuite plaisanterie, raillerie.

Le spectacle est d’autant plus curieux qu’on est les uns sur les autres et que la promiscuité y est presque forcée.
Le garçon du restaurant y blague le client qu’il servait tout à l’heure avec respect ; les souteneurs y débattent leurs petites affaires avec leurs douces moitiés au nez et à la barbe de ceux qui viennent de payer ces filles.
C’est la tour de Babel de la débauche nocturne.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

C’est à l’héroïque blague, à l’irrespect du peuple de Paris, que Rochefort dut son succès. La Lanterne d’Henri Rochefort est une œuvre collective. C’est l’étincelle d’un courant. Ce courant lui était fourni par la pile immense, surchargée des mécontentements publics.

(Paul Buquet, Le Parti ouvrier)

Blague, faconde, verve, habileté oratoire.

Un homme d’esprit et de bonnes manières, le comte de Maussion, a donné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : l’art de se présenter sous un jour favorable, de se faire valoir, et d’exploiter pour cela les hommes et les choses.

(Luchet)

Blague, causerie.

Boiter des chasses

Delvau, 1866 : v. n. Être borgne ou être affecté de strabisme, — dans l’argot des voleurs, qui se sont rencontrés ici dans la même image avec l’écrivain qui a dit le premier, à propos d’Ésope, qu’il louchait de l’épaule.

Bonisseur

Delvau, 1866 : s. m. Celui qui fait l’annonce, le boniment. Argot des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Pitre chargé du boniment. — Candidat à la députation en tournée électorale.

La Rue, 1894 : Discoureur. Celui qui fait le boniment dans les foires.

Hayard, 1907 : Parade de forain, beau parleur.

France, 1907 : Faiseur de boniments, menteur, avocat.

Un accusé fait de grands frais d’imagination pour convaincre le tribunal de sa prétendue innocence. — Pourquoi mentir, lui demande doucement le président, n’avez-vous pas un avocat ?

(Triboulet)

Bonisseur de la batte, témoin à décharge (batte, apocope de batterie, mensonge).

Bouche

d’Hautel, 1808 : Être sur sa bouche. Signifie faire un dieu de son ventre ; employer tous ses revenus à la table.
Il a la bouche cousue. Se dit d’un homme dont on a acheté le secret.
Il est comme Baba la bouche ouverte. Se dit par raillerie d’un niais ; d’un Colas ; d’un sot, qui a toujours la bouche béante, et qui s’extasie sur les choses les plus frivoles et les moins dignes d’attention.
Être à bouche que veux-tu. Nager dans l’abondance : avoir tout ce que l’on peut désirer. On dit dans un sens à-peu-près semblable, Traiter quelqu’un à bouche que veux-tu, pour le servir à souhait.
Avoir bouche à cour. Avoir son couvert mis dans une grosse maison.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Se dit de quelqu’un qui parle contre sa façon de penser ; qui s’épuise en vaines protestations.
Faire bonne bouche. Garder le meilleur pour la fin.
Faire bonne bouche à quelqu’un. Le flatter par ce que l’on sait qu’il aime à entendre ; amuser son imagination par des chimères agréables.
Faire la petite bouche. Faire des façons, des simagrées ; faire mal à propos le petit mangeur, le discret.
Manger de broc en bouche. C’est-à-dire, brûlant, à la manière des goulus.
Il n’a ni bouche ni éperons. Se dit d’un homme qui manque de tête, d’esprit et de cœur.
Un homme fort en bouche. Manant, homme grossier, qui a la repartie vive et injurieuse.
Un Saint Jean bouche d’or. Bavard ; homme faux, inconséquent, indiscret.
Faire venir l’eau à la bouche. Mettre en appétit ; faire désirer quelque chose à quelqu’un, l’induire en tentations.
Il a toujours la parole à la bouche. Se dit d’un homme qui est toujours prêt à parler.
Entre la bouche et le verre il arrive beaucoup de choses. Pour dire qu’il ne faut qu’un moment pour faire manquer une affaire qui paroissoit très-assurée.
S’ôter les morceaux de la bouche pour quelqu’un. Manière exagérée de dire que l’on épargne, que l’on économise beaucoup pour fournir aux dépenses de quelqu’un.
Laisser quelqu’un sur la bonne bouche. Le laisser dans l’attente de quelque chose qui touche fortement ses interêts.

Bougre

Delvau, 1864 : Pédéraste, — en souvenir des hérétiques albigeois et bulgares qui, en leur qualité d’ennemis, étaient chargés d’une foule d’iniquités et de turpitudes par le peuple, alors ignorant — comme aujourd’hui.

Des soins divers, mais superflus,
De Fiévée occupent la vie :
Comme bougre il tache les culs,
Comme écrivain il les essuie.

(Anonyme)

Larchey, 1865 : Mot à noter comme ayant perdu sa portée antiphysique. Ce n’est plus qu’un synonyme de garçon. On dit : un bon bougre.
Bougrement : Très. — Pris en bonne comme en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. m. Homme robuste, de bons poings et de grand cœur, — dans l’argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu’il a eu pendant longtemps. Bon bougre. Bon camarade, loyal ami. Bougre à poils. Homme à qui la peur est inconnue. Mauvais bougre. Homme difficile à vivre.

La Rue, 1894 : Brave homme sur lequel on peut compter. Se dit aussi en mauvaise part : bougre d’animal.

France, 1907 : Nous écartons l’idée primitivement obscène attachée à ce mot dérivé des Bulgares adonnés à certaine passion commune dans l’Orient et même en Occident, pour nous renfermer dans ses significations purement populaires. « Le berger Corydon brûlait d’amour pour le bel Alexis » (Églogues de Virgile). Bon bougre, excellent camarade, aimable garçon ; mauvais ou sale bougre, vilain personnage, mauvais coucheur ; bougre à poil, homme solide et courageux. Il précède généralement, dans l’argot populaire, tous les substantifs injurieux : bougre d’animal, bougre d’âne, bougre de cochon.
M. Louis Besson, au sujet de bougre, a jeté sur le caractère et les mœurs du grand Condé un jour très particulier en citant un fragment de la correspondance de la duchesse d’Orléans, mère du Régent, daté du 5 juin 1816 :

Lorsque le grand Condé était amoureux de Mlle d’Épernon, il alla à l’armée en compagnie de jeunes cavaliers ; quand il revint, il ne pouvait plus souffrir les dames ; il donna pour excuse qu’il était tombé malade et qu’on lui avait tiré tant de sang, qu’on lui avait ôté toute force et tout amour. La dame, qui aimait sincèrement le prince, ne se paya pas de cette réponse ; elle chercha à savoir ce qui en était, et, lorsqu’elle connut la véritable raison de cette indifférence, elle en éprouva un tel désespoir qu’elle se retira au couvent des Grandes-Carmélites, renonça entièrement au monde et se fit religieuse.

« Le bougre qu’il est, et je le maintiens bougre sur les saintes Évangiles », disait le marquis de Coligny… « Je prétexte devant Dieu que je n’ai jamais connu une âme si terrestre, si vicieuse, ni un cœur si ingrat, ni si traitre, ni si malin. » Cette particularité du grand Condé était commune, d’ailleurs, à Alexandre le Grand, César et au grand Frédéric. Je ne veux pas citer Henri III parmi ces noms illustres.

Bouif

Rigaud, 1881 : Faiseur d’embarras, orgueilleux. — Mauvais ouvrier, celui qui connaît mal son métier. — Faire du bouif, faire des embarras, prendre de grands airs.

Virmaître, 1894 : Mauvais ouvrier. On disait cela primitivement des ouvriers cordonniers, mais depuis, cette expression s’est étendue à tous les corps de métiers. Un mauvais écrivain ou un mauvais acteur, c’est un bouif (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Cordonnier. Un mauvais ouvrier cordonnier est un bouif.

Hayard, 1907 : Cordonnier.

France, 1907 : Ouvrier cordonnier.

Boulangisme

France, 1907 : État d’esprit qui, à un moment donne, fut celui de la grande majorité des Parisiens et d’une partie de la France, et qui démontre suffisamment l’écœurement d’une nation en face des tripotages, des malversations, du népotisme du gouvernement opportuniste.
Voici une définition très exacte du boulangisme cueillie dans le Gaulois et signée Arthur Meyer :

Le boulangisme, substantif masculin singulier. Aspiration vague et mystique d’une nation vers un idéal démocratique, autoritaire, émancipateur ; état d’âme d’un pays qui, à la suite de déceptions diverses, que lui ont fait éprouver les partis classiques dans lesquels il avait foi jusque-là, cherche, en dehors des voies normales, autre chose sans savoir quoi, ni comment, et rallie à la recherche de l’inconnu tous les mécontents, tous les déshérités et tous les vaincus.

Écoutons d’autres cloches.

On sait qu’en beaucoup d’endroits, on vit, au début de cette agitation, quelques radicaux et quelques socialistes, trompés par la phraséologie pompeuse des lieutenants du boulangisme, se faire les alliés du parti césarien naissant. La plupart sont heureusement revenus de leur erreur. Ils comprirent à temps qu’on voulait leur faire jouer le rôle de dupes.

(Le Parti ouvrier)

Le boulangisme fut un mouvement démocratique, populaire, socialiste même, qui s’incarna dans un soldat jeune, brave, actif et patriote. Il trouva ses solides assises dans le peuple, dans les grands faubourgs ouvriers… Malheureusement pour le général, on lui montra cette chimère : la possibilité de triompher plus vite en prenant des alliés à droite.

(Mermeix)

Bousin

d’Hautel, 1808 : Terme bas et incivil qui signifie, tintamare, tapage, bruit scandaleux, esclandre ; et par extension, tripot, lieu de débauche et de prostitution.
Cette maison est un vrai bousin. Pour dire qu’elle est mal gouvernée, que chacun y est maître.
Faire un bousin de tous les diables. C’est-à-dire un vacarme, un bruit extravagant, semblable à celui que font ordinairement les gens vifs et emportés lorsqu’ils sont en colère, et les ivrognes dans leurs orgies.

Delvau, 1866 : s. m. Maison mal famée ; cabaret borgne. Argot du peuple.
M. Nisard, à propos de ce mot, éprouve le besoin de traverser la Manche et d’aller chercher bowsing, cabaret à matelots. C’est, me semble-t-il, renverser l’ordre naturel des choses, et faire descendre François Ier de Henri II. Bowsing n’est pas le père, mais bien le fils de bousin, qui lui-même est né de la bouse ou de la boue. Pour s’en assurer, il suffit de consulter nos vieux écrivains, depuis Régnier jusqu’à Restif de la Bretonne.

Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, scandale, — dans l’argot du peuple. Faire du bousin. Faire du tapage du scandale ; se battre à coups de chaises, de tables et de bouteilles.

Rigaud, 1881 : Tapage. C’est un dérivé de bouis.

Bride

d’Hautel, 1808 : Mener quelqu’un par la bride. Signifie posséder la confiance de quelqu’un au point de lui faire faire tout ce que l’on désire.
Secouer la bride. S’esquiver de la dépendance de quelqu’un.
Brides à veaux. Vains argumens dont on persuade les gens pusillanimes et d’un esprit borné.
Tenir la bride haute. Pour tenir quelqu’un en respect, ne lui permettre aucune familiarité. On dit dans le sens contraire :
Tenir la bride lâche. Pour abandonner quelqu’un à ses volontés.
Avoir la bride sur le cou. Expression contradictoire, qui signifie à-la-fois, être en liberté, et travailler paisiblement.

Ansiaume, 1821 : Chaîne de montre.

Pour trois brides de bogues le fourga m’a recoqué 6 balles.

Bras-de-Fer, 1829 : Chaîne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Chaîne de forçat.

un détenu, 1846 : Chaîne.

Halbert, 1849 : Chaîne de montre.

Delvau, 1866 : s. f. Chaîne de montre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Chaîne de montre, — dans le jargon des voyous. — Si j’avais seulement une bride pour attacher mon oignon.

La Rue, 1894 : Chaîne de montre. Menotte. Homme de rebut.

Virmaître, 1894 : Chaîne de montre. Elle bride le gilet (Argot des voleurs). V. Cordelettes.

Rossignol, 1901 : Chaine de montre. Lorsqu’elle est en or c’est du jonc ; en argent, du platre ; en faux, du toc.

France, 1907 : Chaîne ; se dit aussi pour menottes. Vieille bride, homme de rien ; bride d’Orient, chaîne d’or.

Brodancheur en cage

Rigaud, 1881 : Écrivain public. — Brodancheur à la cymbale, brodancheur aux macarons, notaire, huissier, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Écrivain public.

Broder

Vidocq, 1837 : v. a. — Écrire.

Clémens, 1840 : Écrire.

Larchey, 1865 : Écrire — Allusion au va-et-vient de la plume sur le papier. — Un brodeur est un écrivain. — En revanche, on a dit brodancher pour broder, pris dans son acception ordinaire. V. Ravignolé.

Rossignol, 1901 : Écrire. Dans les prisons, certains détenus pour correspondre avec un complice au dehors se servent du procédé suivant : Dans les interlignes d’une lettre insignifiante écrite à l’encre, ils écrivent à l’aide d’une plume neuve et de salive ce qu’ils veulent recommander ou faire connaître au complice. La salive une fois sèche, ce qui a été écrit avec devient invisible. Le destinataire, qui sait à quoi s’en tenir, jette de l’encre sur toute la lettre et la trempe aussitôt dans l’eau, alors la salive qui s’est imprégnée d’encre devient aussi lisible que le reste.

Brodeur

Vidocq, 1837 : s. m. — Écrivain.

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain public — ou particulier.

Fustier, 1889 : Escroc, faussaire. Argot des voleurs. Au sens d’écrivain public qu’ont donné à ce mot brodeur Delvau et ses continuateurs, il convient d’ajouter celui d’escroc et de faussaire.

Dans le langage spécial de la haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui, naturellement, ne sont jamais payées.

(Figaro, octobre 1885)

Fustier, 1889 : Prêteur d’un cercle qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l’aide d’un bon, en vous soutenant effrontément qu’il vous a prêté 12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.

La Rue, 1894 : Écrivain public. Escroc, faussaire.

France, 1907 : Écrivain. Faussaire.

Brodeur sur mince

Ansiaume, 1821 : Écrivain.

Aubri, les brodeurs sur mince sont les plus heureux.

Brosser

d’Hautel, 1808 : Ce verbe, dans le sens qui lui est propre, signifie frotter avec une brosse ; mais dans le langage vulgaire il reçoit une autre acception.
Cette affaire sera bientôt brossée. Pour dire quelle ne traînera pas ; qu’on la fera aller grand train ; qu’elle sera promptement expédiée.
On dit aussi brosser un ouvrage. Pour le faire à la hâte ; le bousiller, n’y apporter aucun soin.

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups. Signifie aussi Gagner une partie de billard. Se faire brosser. v. réfl. Se faire battre, — au propre et au figuré.

Rigaud, 1881 : Battre, vaincre son adversaire.

Broyeur de noir en chambre

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain mélancolique ; personne qui se suicide à domicile.

France, 1907 : Gendelettre qui assomme tout le monde par de lugubres récits Cette race semble se multiplier.

Cancre

d’Hautel, 1808 : Un pauvre cancre. Terme injurieux et de mépris. Ignorant crasse ; homme d’une avarice sordide ; égoïste.

Delvau, 1866 : s. et adj. Avare, homme qui n’aime point à prêter. Argot du peuple. Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par incapacité, soit par inconduite.

Delvau, 1866 : s. m. Collégien qui ne mord volontiers ni au latin ni aux mathématiques, et qui préfère le Jardin des plantes de Buffon au Jardin des racines grecques de Lancelot.

France, 1907 : Écolier fainéant. Avare, pauvre diable.

Cancre, hère et pauvre diable,
Dont la condition est de mourir de faim.

(La Fontaine)

S’il est arrivé que des enfants obtus, des cancres de collège, devinssent plus tard des écrivains de mérite, l’élève prodige se reconnaît toujours à certains signes dans la littérature.

(É. Zola)

Caner

Vidocq, 1837 : v. a. — Agoniser, être prêt à mourir.

Larchey, 1865 : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane.

Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne.

(Rabelais)

Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre.

(Marco Saint-Hilaire)

Larchey, 1865 : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.

Delvau, 1866 : v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres. Caner son article. Ne pas envoyer l’article qu’on s’était engagé à écrire.

Delvau, 1866 : v. n. Avoir peur, s’enfuir, faire la cane ou le chien.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Agoniser, mourir, tomber. — Sacrifier à Richer. — Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot caler qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l’ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier.

C’est un art que les canes possèdent d’instinct… Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burlesques.

(Ch. Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)

Déjà dans Rabelais, nous relevons l’expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner :

Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu.

(L. L.)

Virmaître, 1894 : Avoir peur, reculer. Caner : synonyme de lâcheté (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Avoir peur ou ne pas oser faire une chose. Un gamin cane l’école, lorsqu’il ne s’y rend pas.

Hayard, 1907 : Avoir peur.

France, 1907 : Avoir peur, reculer, vieux mot qu’on trouve dans Rabelais et Montaigne ; argot populaire. Du latin canis, chien, qui recule et fuit quand on lui montre le bâton.

À la sortie de ses bals, des rixes terribles avaient lieu fréquemment ; les habitués se disputaient la possession d’une fille publique, à coups de poings et souvent à coups de couteau. Ils se battaient dans les rues… le suprême du genre, le comble de la force, consistait à manger le nez de l’adversaire ; les camarades faisaient cercle autour des combattants… C’était une grosse affaire que de posséder une fille en vogue qui ne renâclait pas sur le turbin, et qui régnait en souveraine au bon coin du trottoir ; l’existence du souteneur en dépendait : luxueuse si la fille rendait, médiocre ou décharde si elle canait.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Mourir. Caner la pégrenne, mourir de faim.

— Que veux-tu, mon bonhomme, quand on cane la pégrenne, on ne rigole pas.
— Caner la pégrenne ! C’est un peu fort, toi qui passe pour un ami (voleur).
— C’est pourtant comme ça.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Mettre bas culotte.

Capon

d’Hautel, 1808 : Câlin, flatteur, hypocrite ; homme lâche et poltron. Les écoliers appellent capon, pestard, celui de leurs camarades qui va se plaindre ou rapporter au maître. Le mot capon signifie aussi parmi le peuple un joueur rusé et de mauvaise foi, qui est très-habile au jeu.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Écrivain des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Lâche, — dans l’argot du peuple, trop coq gaulois pour aimer les chapons.

France, 1907 : Poltron, lâche. Se dit aussi pour filou.

Capons

anon., 1827 : Les écrivains des autres.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujet du roi des argotiers, larrons et coupeurs de bourses.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Capou

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain public, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Écrivain public (Argot des voleurs).

France, 1907 : Écrivain public ; argot des voleurs.

Capous

Halbert, 1849 : Les écrivains des autres.

Cas

d’Hautel, 1808 : Mettre des si et des cas dans une affaire. Signifie, hésiter, tâtonner, barguigner ; être dans l’incertitude ; ne savoir à quoi se décider.
Tous vilains cas sont reniables. Parce qu’il est de la foiblesse humaine de nier les fautes que l’on a commises.
On dit faire son cas. Pour se décharger le ventre ; faire ses nécessités.

Delvau, 1864 : Le membre viril aussi bien que la nature de la femme.

Un capucin, malade de luxure,
Montroit son cas, de virus infecté…

(Piron)

Je croyois que Marthe dût être
Bien parfaite en tout ce qu’elle a ;
Mais, à ce que je puis connoître,
Je me trompe bien à cela,
Car, bien parfaite, elle n’est pas
Toujours en besogne à son cas.

(Berthelot)

Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, et le cas mol, s’il demande à le faire, est un fol.

(Moyen de parvenir)

Mon cas, fier de mainte conquête.
En Espagnol portoit la tete.

(Régnier)

Il avoit sa femme couchée près de lui, et qui lui tenoit son cas à pleine main.

(Brantôme)

Les tétons mignons de la belle,
Et son petit cas, qui tant vaut.

(Marot)

Le cas d’une fille est fait de chair de ciron, il démange toujours ; et celui des femmes est de terre de marais, on y enfonce jusqu’au ventre.

(Brantôme)

La servante avait la réputation d’avoir le plus grand cas qui fût dans le pays.

(D’Ouville)

Delvau, 1866 : s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute (casus) est plus ou moins bruyante. Faire son cas, Alvum deponere. Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.

France, 1907 : Le derrière, où ce qui en sort. Montrer son cas, faire son cas.

Et parce qu’un ivrogne a posé là son cas,
Pourquoi, mèr’ Badoureau, faire autant de fracas !
Cela pourra servir d’enseigne à votre porte
Il a l’odeur du cuir ; il est vrai qu’elle est forte.

(Vieux quatrain)

Les écrivains du XVIe siècle appellent cas ce que Diderot a plus tard appelé bijou. Au chapitre LXIV du Moyen de parvenir, l’auteur s’adresse aux femmes qui se font un revenu de leur cas. « Je vous dis que vous mesnagiez bien vos métairies naturelles. »

Chahut

Larchey, 1865 : Danse populaire.

Un caractère d’immoralité et d’indécence comparable au chahut que dansent les faubouriens français dans les salons de Dénoyers.

(1833, Mansion)

La chahut comme on la dansait alors était quelque chose de hideux, de monstrueux ; mais c’était la mode avant d’arriver au cancan parisien, c’est-à-dire à cette danse élégante décemment lascive lorsqu’elle est bien dansée.

(Privat d’Anglemont)

Larchey, 1865 : Dispute.

Je n’ai jamais de chahut avec Joséphine comme toi avec Millie.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme mêlé de coups, — dans l’argot des faubouriens. Faire du chahut. Bousculer les tables et les buveurs, au cabaret ; tomber sur les sergents de ville, dans la rue.

Delvau, 1866 : s. m. Cordace lascive fort en honneur dans les bals publics à la fin de la Restauration, et remplacée depuis par le cancan, — qui a été lui-même remplacé par d’autres cordaces de la même lascivité. Quelques écrivains font ce mot du féminin.

Rigaud, 1881 : Bruit, tapage. Faire du chahut.

Rigaud, 1881 : Cancan poussé à ses dernières limites, l’hystérie de la danse. On dit également le ou la chahut.

Un d’eux, tout à fait en goguette, se laissera peut-être aller jusqu’à la chahut.

(Physiologie du Carnaval)

La Rue, 1894 : Dispute, tapage, mêlée. Danse de bastringue.

France, 1907 : « Le chahut est la danse par excellence, dit l’auteur des Physionomies parisiennes, danse fantaisiste, sensuelle, passionnée, plus d’action et de mouvement que d’artifice, qui se prête aux improvisations les plus hardies et les plus excentriques… Le cancan est l’art de lever la jupe : Le chahut, l’art de lever la jambe. »
S’il faut en croire le même auteur, ce qui caractérise le chahut, c’est la décence ; car, dit-il, tout ce qui est simple et naturel est décent, et le chahut est la plus simple et la plus naturelle de toutes les danses.
Le chahut remonte à la plus haute antiquité. Cette danse à été et est encore celle de tons les peuples primitifs. Les austères Lacédémoniennes dansent le chahut en costume des plus légers : c’est le chahut que le saint roi David dansait devant l’arche, et le Parisien badaud a pu jouir d’un vrai chahut sauvage avec les Peaux-Rouges du colonel Cody.

— Hein ! quelle noce à la sortie du bloc ! Que de saladiers rincés joyeusement et de chahuts échevelés pour célébrer le sacrifice ! Franchement, ça vaut ça !

(Montfermeil)

France, 1907 : Bruit, tapage.

Peu à peu, le cabaret du Hanap d’Or s’était rempli de monde. Adèle, Marie étaient venues entourées d’une bande de petits gommeux qui, ce soir-là, avaient trouvé amusant d’aller faire du chahut à l’Élysée-Montmartre.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

Champi

France, 1907 : Enfant trouvé, bâtard, Dans l’avant-propos d’un de ses romans, George Sand donne ainsi la définition de ce mot :

— Un instant, dit mon auditeur sévère, je t’arrête au titre. Champi n’est pas français.
— Je te demande bien pardon, répondis-je. Le dictionnaire le déclare vieux, mais Montaigne l’emploie, je ne prétends pas être plus français que les grands écrivains qui font la langue. Je n’intitulerai donc pas mon conte François l’enfant trouvé, François le Bâtard, mais François Le Champi, c’est-à-dire l’enfant abandonné dans les champs, comme on disait autrefois dans le monde, et comme on dit encore aujourd’hui chez nous.

Chanson

d’Hautel, 1808 : Pour sornettes, fadaises, contes en l’air.
Il ne se paie pas de chansons. Signifie, il veut des effets et non de vaines paroles.
C’est la chanson de rịcochet, on n’en voit pas la fin. Pour dire, c’est une conversation aussi sotte qu’ennuyeuse ; c’est toujours les mêmes paroles, la même répétition.
C’est bien une autre chanson. Pour c’est bien une autre affaire ; c’est une affaire à part.

Chant du cygne

France, 1907 : On appelle ainsi, sur la foi de l’antiquité, le dernier poème ou la dernière composition d’un écrivain, d’un artiste. Pourquoi ? S’il faut s’en rapporter à l’Intermédiaire des chercheurs of des curieux, « ce sont les anciens qui ont fait du cygne, au moment de son agonie, on chantre merveilleux. Buffon lui trouve une voix sourde, comme une sorte de strideor, semblable à ce que l’on appelle le jurement du chat, et il rapporte le jugement de l’abbé Arnaud, qui compare cette voix au son d’une clarinette embouchée par quelqu’un à qui cet instrument ne serait pas familier. »
D’un autre côté, Erman, dans ses Voyages en Sibérie, affirme que le cygne blessé exhale ses derniers souffles dans des notes musicales extraordinairement nettes, claires et élevées.
Selon Nicol, la voix du cygnus musicus ressemble aux sons d’un violon, quoique plus aiguë. Dans l’Islande, ses cris présagent le dégel du printemps, et ce fait peut bien ajouter quelque chose à leur charme dans les oreilles des indigènes. De là peut-être aussi la réputation sacrée et prophétique du cygne (svan) dans les traditions norraines (Gylfa Ginning de Snorri Sturleson).
Tout cela est bien vague.

Chardon du Parnasse

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais écrivain, — dans l’argot des Académiciens, dont quelques-uns pourraient entrer dans la tribu des Cinarées.

France, 1907 : Mauvais écrivain.

Chateaubriand

Rigaud, 1881 : Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restaurants. — Un Chateaubriand aux pommes.

France, 1907 : Transformation du beef-steack sur la note du restaurateur. Une maison qui se respecte ne sert aux clients que des chateaubriands. Le publie bénévole paye le baptême. Pourquoi ce nom célèbre à un morceau de bœuf ? Théodore de Banville raconte qu’il voulut en avoir le cœur net :

Enfin, je n’y tins plus, je voulus absolument le savoir, et j’interrogeai Magny. À ce qu’il m’apprit, le chateaubriand fut baptisé ainsi, parce qu’il avait été inventé sous les auspices de… M. de Chabrillan ! N’est-ce pas là l’origine commune des histoires et des légendes qui, sauf de rares exceptions, sont toutes nées d’une faute de langue ou d’une faute d’orthographe ?

Il est vrai qu’il reste à ce grand écrivain, à ce philosophe morose, la popularité, énorme, permanente, la gloire en billon circulant du bouillon Duval au cabaret du Lyon d’Or, d’avoir servi de patron à un beefsteack renommé — lui qui n’en mangeait jamais et ne se nourrissait que de laitage, d’encens et de souvenirs. Ô ironie ! ô reconnaissance des peuples ! Un beefsteack aux pommes, voilà peut-être tout ce qui restera un jour d’un Atlas de la pensée, d’un Archimède de la philosophie. Il portait un monde dans son vaste cerveau, il rêvait d’en soulever un autre avec sa plume, et le résultat de tout cela : un nom qu’on crayonne sur un menu de restaurant. C’est ça la gloire !

(E. Lepelletier)

On vient d’installer à la Bibliothèque nationale un petit buffet, très commode pour les travailleurs. L’un de ceux-ci y pénètre dernièrement :
Que désire monsieur ?
— Qu’est-ce qu’on peut bien manger dans celte cité des lires ? Donnez-moi un Chateaubriand.
— Voilà, monsieur.
— Grand format, surtout.

Chaud

d’Hautel, 1808 : Plâtre-chaud. Sobriquet injurieux que l’on donne à un maçon qui ne sait pas son métier ; à un architecte ignorant.
Jouer à la main chaude. Au propre, mettre une main derrière son dos, comme au jeu de la main chaude. Le peuple, dans les temps orageux de la révolution, disoit, en parlant des nombreuses victimes que l’on conduisoit à la guillotine, les mains liées derrière le dos, ils vont jouer à la main chaude, etc.
C’est tout chaud tout bouillant. Pour dire que quelque chose qui doit être mangé chaud est bon à prendre. On dit aussi d’un homme qui est venu d’un air empressé et triomphant annoncer quelque mauvaise nouvelle, qu’Il est venu tout chaud tout bouillant annoncer cet évènement.
Chaud comme braise.
Ardent, bouillant, fougueux et passionné.
Tomber de fièvre en chaud mal. C’est-à-dire, d’un évènement malheureux dans un plus malheureux encore.
Avoir la tête chaude. Être impétueux, et sujet à se laisser emporter à la colère.
On dit, par exagération, d’une chambre ou la chaleur est excessive, qu’Il y fait chaud comme dans un four.
Il fait bon et chaud.
Pour dire que la chaleur est très-forte. Voy. Bon.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. C’est-à-dire, pousser vivement une affaire quand l’occasion est favorable.
À la chaude. Dans le premier transport.
Cela ne fait ni chaud ni froid. C’est-à-dire, n’influe en rien, n’importe nullement.
La donner bien chaude. Exagérer un malheur, donner l’alarme pour une un événement de peu d’importance, faire une fausse peur.
Si vous n’avez rien de plus chaud, vous n’avez que faire de souffler. Se dit à quelqu’un qui se flatte de vaines espérances, qui se nourrit d’idées chimériques.
Il n’a rien eu de plus chaud que de venir m’apprendre cet accident. Pour, il est venu avec empressement, d’un air moqueur et joyeux m’annoncer cet accident.

Larchey, 1865 : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier :

Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.

(Courrier burlesque, 2e p., 1650)

Delvau, 1866 : adj. et s. Rusé, habile, — dans l’argot du peuple, assez cautus. Être chaud. Se défier. Il l’a chaud. C’est un malin qui entend bien ses intérêts.

Delvau, 1866 : adj. Cher, d’un prix élevé.

La Rue, 1894 : Dangereux. Passionné. Se tenir chaud, être sur ses gardes.

France, 1907 : Rusé, malin. Se dit aussi pour un homme porté à l’amour ; on ajoute alors souvent : de la pince. Henri IV était très chaud de la pince. Ce n’est jamais un mal, si c’est parfois un danger. Dans le même sens, chaud lancier.

Cheval

d’Hautel, 1808 : Il se tient à cheval comme une pincette sur le dos d’un âne. Se dit par dérision d’un mauvais écuyer ; d’un homme à qui l’art du manège est absolument inconnu.
Monter sur ses grands chevaux. Se fâcher ; prendre un ton menaçant, colère, et quelquefois injurieux.
Faire voir à quelqu’un que son cheval n’est qu’une bête. Convaincre un sot, un présomptueux de son ignorance et de son inhabileté.
C’est un bon cheval de trompette. Se dit d’un homme que les cris et les emportemens ne peuvent émouvoir.
Changer son cheval borgne pour un aveugle. Voy. Aveugle.
Il fait bon tenir son cheval par la bride. C’est à-dire, gouverner son bien par ses propres mains.
Il est aisé d’aller à pied, quand on tient son cheval par la bride. Pour dire qu’on endure bien de petites incommodités, quand on peut s’en délivrer à volonté.
N’avoir ni cheval ni mule. Être dans une condition médiocre ; être contraint d’aller à pied.
C’est un cheval échappé. Se dit d’un jeune homme fougueux qui se laisse aller à de grands déportemens.
L’œil du maître engraisse le cheval. Pour dire que la vigilance du maître ajoute à la valeur de son bien.
À cheval hargneux, étable à part. Signifie qu’il faut écarter les gens querelleurs de la bonne société.
Parler cheval. Pour dire, baragouiner ; s’exprimer d’une manière inintelligible.
Un coup de pied de jument ne fait point de mal au cheval. Pour dire qu’il faut prendre gracieusement tout ce que disent les femmes, quelque piquant que cela soit.
Un cheval de bât. Voy. Bât.
Des hommes et des chevaux, il n’en est point sans défauts. Proverbe que l’expérience n’a point encore démenti.
À jeune cheval vieux cavalier. C’est-à-dire, qu’il faut un cavalier expérimenté pour monter un cheval mutin et indompté.
On dit d’un parasite qui ne sait pas monter à cheval, qu’Il se tient mieux à table qu’à cheval.
Qui a de beaux chevaux, si ce n’est le roi ?
Se dit quand on voit des choses de grand prix dans les mains d’un homme très-opulent.
Une selle à tous chevaux. Chose qui peut servir à plusieurs usages ; remède que les empiriques emploient pour toutes sortes de maladies.
C’est l’ambassade de Viarron, trois chevaux et une mule. Se dit par dérision d’un train en désordre.
Une médecine de cheval. Se dit d’une médecine dont les effets sont très-violens.
Un travail de cheval. C’est-à-dire, très-pénible, très-fatigant, et souvent peu lucratif.
Il est bien temps de fermer l’écurie, quand le cheval est échappé. Se dit à quelqu’un dont la négligence a entraîné quelque malheur, et qui prend des précautions quand il n’y a plus de remède.
Écrire à quelqu’un une lettre à cheval. Lui écrire d’une manière menaçante et injurieuse.
Une fièvre de cheval. Une fièvre dévorante. Voy. Bataille.
Les enfans appellent un cheval un Dada. Voy. Broncher, brider.

Larchey, 1865 : Homme brusque, grossier.

Rigaud, 1881 : Les figures et les dix au jeu de baccarat. — Il n’y a donc que des chevaux au tirage.

France, 1907 : Rustre, brutal, grossier.

France, 1907 : Terme de joueurs de roulette. Un cheval est une mise placée sur deux numéros : l’enjeu est par le fait à cheval c’est-à-dire au milieu de la ligne qui sépare les deux cases Pour un cheval gagnant, la banque paye dix-sept fois la mise.

Chicanou

France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.

Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.

(Old Nick, L’Avocat)

C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Chien

d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

Halbert, 1849 : Secrétaire.

Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

(d’Hautel, 1808)

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Larchey, 1865 : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.

Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens)

Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :

Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.

Chieur d’encre

Delvau, 1866 : Écrivain, journaliste.

Rigaud, 1881 : Employé de bureau. — Homme de lettres.

Virmaître, 1894 : Écrivain (Argot du peuple). V. Cul de plomb.

France, 1907 : Employé de bureau.

Ce que les Lenavet, les Panadard et les Petdeloup fournissent annuellement à la société de bureaucrates, de nullités, de chieurs d’encre, comme on dit au régiment, de déclassés, de gens propres à tout, c’est-à-dire bons à rien, est incalculable.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Cigale

Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce d’or.

Larchey, 1865 : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

Delvau, 1866 : s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque « la bise est venue ».

Delvau, 1866 : s. f. Cigare, — dans l’argot du peuple, qui frise l’étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs, qui aiment à l’entendre sonner dans leur poche. Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

Rigaud, 1881 : Chanteuse ambulante.

France, 1907 : Pièce de vingt francs.
Depuis La Cigale et la Fourmi, de La Fontaine, le mot s’applique aux chanteuses des rues.

France, 1907 : Société artistique et littéraire, fondée à Paris en 1875 par un groupe de poètes, d’écrivains, d’artistes méridionaux. Un dîner, intitulé Dîner de la Cigale, les réunit à certaines époques. La politique est exclue de ces réunions. Paul Arène explique plaisamment le but de cette fondation :

C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale ;
On parle cent, à la fois, cent !…
C’eat pour ne pas perdre l’ « assent ».
Mais cette Cigale, on le sent,
De rosée à l’ail se régale :
C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale.

Clapier

Delvau, 1864 : Grand con où peuvent se loger lapin et la pine.

Je les ai furetés tous deux, ces clapiers-là, j’en connais peu d’aussi logeables.

(A. de Nerciat)

Mais au clapier de qui les bords
Sont couverts de nouvelle mousse.

(Cabinet satyrique)

Delvau, 1866 : s. m. Maison mal famée, où l’on élève du gibier domestique à l’usage des amateurs parisiens. L’expression se trouve dans beaucoup d’écrivains des XVe et XVIe siècles.

France, 1907 : Lupanar de has étage, bordel hanté par de pauvres filles vieilles ou laides, épave de la prostitution et à bout de ressources.

J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le préfet, de ne pas confondre l’établissement que je veux monter avec ceux déjà existants dans la capitale, avec ces mauvais clapiers dont la situation, la malpropreté et l’espèce de femmes qui les habitent, sont faites pour écarter tous les honnêtes gens, ainsi que le peu de sûreté qu’on y trouve, tant individuelle que pour la santé, parce qu’on n’y trouve que la lie des femmes qui fréquentent sans choix et indistinctement toutes les classes d’hommes qui osent les aborder.

(Lettre d’une dame de maison au préfet de police)

Colère

d’Hautel, 1808 : La colère du Père Duchêne. Rage vaine et impuissante ; courroux dérisoire dont on n’a rien à redouter. Voyez Duchêne.

Colin-maillard (jeu de)

France, 1907 : Jean Colin Maillard était un chevalier du pays de Liège qui vivait vers la fin du Xe siècle. Doué d’une force herculéenne, il avait coutume de se battre avec un énorme maillet ou maillard ; de là son surnom. Ayant eu les deux yeux crevés dans une bataille contre le comte de Louvain, il continua de combattre, frappant à l’aventure sur l’ennemi.
C’est à cette particularité dramatique qu’on fait remonter l’origine de ce jeu si cher aux enfants petits et grands.

Les yeux bandés, le bras tendu,
Colin-maillard court à la ronde,
À la ronde il court éperdu,
Au grand plaisir du petit monde,

Quand il croit surprendre une main,
Sur un croc-en-jambe il trébuche ;
Et nigaud, d’embûche en embûche,
Mesure en chutes son chemin.

Et c’est le monde, et c’est la vie :
Le jeu d’enfants que chaque jour
Nous revoyons avec envie,
Nous le rejouons dans l’amour.

(Albert Gros)

… Ce qui est plus extraordinaire, c’est le jeu de colin-maillard qu’on joue ensuite après être passé au salon, quand portes et fenêtres sont bien closes et gens de maison partis. Le sort désigne d’abord celui qui, les veux bandés, doit prendre un camarade ou une amie.
Dès qu’il tient une victime, sa main ne doit la reconnaître qu’à ce signe particulier qui, jusqu’a ce jour, ne nous avait paru appelé qu’à distinguer les sexes. Mais, pour diminuer les difficultés, il a le droit de pousser aussi loin qu’il le juge nécessaire ses précieuses investigations.

(Gil Blas)

Coller

Larchey, 1865 : Examiner. — Colleur : Répétiteur chargé d’examiner.

Un colleur à parler m’engage.

(Souvenirs de Saint-Cyr)

Larchey, 1865 : Jeter. V. Clou.

On l’a collé au dépôt, envoyé à la Préfecture de police. — V. Colle.

(Monselet)

Pas un zigue, mêm’un gogo, Qui lui colle un monaco.

(Léonard, Parodie, 1863)

Larchey, 1865 : Prendre en défaut.

Voilà une conclusion qui vous démonte. — Me prêtes-tu 500 fr. si je te colle ?

(E. Auger)

Delvau, 1866 : v. a. Donner, — dans l’argot des faubouriens, qui collent souvent des soumets sans se douter que le verbe colaphizo (χολάπτω) signifie exactement la même chose. Se coller. S’approprier quelque chose.

Delvau, 1866 : v. a. Mettre, placer, envoyer, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Confisquer, — dans le jargon des collégiens.

Le pion m’a collé ma traduction d’Homère.

(Albanès)

Mettre en retenue, — dans le même jargon. — Je suis collé pour dimanche.

Rigaud, 1881 : Dans une controverse, c’est embarrasser son interlocuteur jusqu’au mutisme. — Dans un examen scolaire, c’est convaincre un élève d’ignorance. — Coller sous bande, mettre dans un grand embarras ; expression empruntée aux joueurs de billard.

Rigaud, 1881 : Donner ; coller une danse, donner des coups. Coller du carme, donner de l’argent. Coller un paing, donner un soufflet.

Rigaud, 1881 : Mettre ; coller au bloc, mettre en prison. Coller son ognon au clou, mettre sa montre au Mont-de-Piété.

Rigaud, 1881 : Raconter ; coller des blagues, raconter des mensonges.

La Rue, 1894 : Mettre, poser, placer. Interloquer. Réduire au silence. Appliquer ; Coller un pain, donner un soufflet.

France, 1907 : Donner, mettre.

— C’est une sale rosse, vous savez ? C’est elle qui a débauché la petite Lemeslier.
— M’étonne pas ! Je les voyais toujours ensemble.
— Elle lui avait collé un ami de son type.
— Joli cadeau.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Coller an clou, mettre au mont-de-piété ; — au bloc, mettre en prison ; — des châtaignes, donner des coups ; — dans le pieu, mettre au lit ; — une biture, enivrer ; — dans le cornet ou dans de fusil, manger ou boire ; — dans la coloquinte, mettre dans la tête ; — un pain, donner un coup de poing.

Les p’tites gigolettes
Raffol’nt de types rupins :
Messieurs d’la Rouflaquette
Qui savent coller des pains.

(Léo Lelièvre, Les Gigolos parisiens)

Tybalt — Dis donc, Roméo, parait que tu fais de l’œil à ma cousine ?
Roméo — Et puis après ?
Tybalt — Fais pas le malin ou je te colle un pain.

(Le Théâtre libre)

Coller sous bande, aplatir quelqu’un, soit en actes, soit en paroles.

France, 1907 : Examiner. Ce mot s’emploie dans un grand nombre de significations différentes. Se faire coller, ne pouvoir répondre aux questions d’un professeur on d’un examinateur. Argot des écoliers.

France, 1907 : Pousser, jeter rudement.

L’unique garçon, suant comme un cheval de maître après un long trait de galop, se démène pour arriver à servir tout le monde à cette heure où la saoulerie bat son plein. Malheur à qui lui barre le passage ! d’un coup de coude ou d’une poussée d’épaule il le colle contre le mur, quand il ne l’envoie pas s’asseoir brusquement sur la poitrine d’une ivrognesse.

(G. Macé, Un Joli monde)

Compositrice

Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.

Conspiration du silence

Rigaud, 1881 : Entente tacite de la presse, — la seule peut-être qui existe — dans le but d’étouffer un nouveau journal sous le poids du silence, un silence plus préjudiciable que les critiques les plus acerbes. En vain pour le faire rompre, le nouveau venu passe-t-il de la flatterie aux invectives et des invectives à la provocation : Nouvelles à sensation, premiers-Paris remarquables, articles originaux, autant d’encre perdue. Les vétérans du journalisme demeurent muets ; puis, un beau jour, la feuille infortunée rend le dernier soupir sans que le public se soit seulement douté de son existence ; et un autre beau jour, les articles originaux morts-nés, légèrement démarqués, obtiennent un succès prodigieux dans la feuille d’un des conspirateurs sans délicatesse.

Conter

d’Hautel, 1808 : Conte ton conte. Se dit par ironie, pour avertir quelqu’un que l’on n’est pas dupe de ses discours ; que c’est en vain qu’il cherche à en imposer.
Contes de vieilles ; de Peau-d’Âne ; de la Mère-l’Oie ; contes à la cigogne, à dormir de bout ; conte en l’air ; conte borgne ; conte bleu ; conte jaune, etc., etc. Niaiseries, frivolités insipides, dénuées de vraisemblance et de fondement ; vieilles histoires dont on berce les enfans.
En conter à quelqu’un. Le tromper, lui dissimuler la vérité.
On dit aussi d’une femme qui prête l’oreille aux discours galans, qu’Elle s’en fait conter.
En conter de rudes, de pommées.
Se complaire à débiter des faussetés, à faire de grossiers mensonges.

Copie

d’Hautel, 1808 : Original sans copie. Homme bizarre, ridicule à l’extrême.

Delvau, 1866 : s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à l’imprimeur, — dans l’argot des gens de lettres, qui écrivent copiosissimè dans l’intérêt de leur copia. Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour une revue. Caner sa copie. Ne pas écrire l’article promis. Pisser de la copie. Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets. Pisseur de copie. Écrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l’étranger, de sa prose ou de ses vers.

Boutmy, 1883 : s. f. Ce qui sert de modèle au compositeur. Elle est manuscrite ou imprimée ; la copie manuscrite est, on le comprend, payée un peu plus cher que la réimpression. Au figuré, faire de la copie sur quelqu’un, c’est dire du mal de lui, en médire.

France, 1907 : Manuscrit d’un auteur. Faire de la copie, écrire un article. Caner sa copie, manquer d’exactitude dans l’envoi de ses articles. Pisser de la copie, écrire abondamment sur tous les sujets, même ceux que l’on ignore le plus.

Lorsqu’un auteur agit bien avec le compositeur, lorsqu’il se met à son niveau, lorsque sa copie, c’est-à-dire son manuscrit, est lisible, l’ouvrage sera soigné, le texte ne sera pas déparé par des contresens, des lettres retournées, des fautes de français, des mots tantôt trop écartés, tantôt trop rapprochés l’un de l’autre. Le compositeur fera même disparaître des erreurs qu’il est capable d’apercevoir et de corriger. Mais si vous affectez de la morgue à son égard, si vous le traitez du haut de votre grandeur, si votre copie n’est pas mieux écrite que celle de M. Alphonse Karr (qui semble se servir de son terre-neuvien en guise de secrétaire), si votre manuscrit est couvert de ratures, surchargé d’ajoutés, le compositeur se dégoûte et prend à tâche de mal faire.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Une génération nouvelle de reporters a grandi, dont l’ardeur d’indiscrétion ne le cède qu’à son indifférence entière pour les idées. Semblables à cet orateur qui ne pensait pas, disait-il, quand il ne parlait pas, ces jeunes gens ne pensent point, quand ils interrogent point. Leurs victimes les fournissent de copie, et ils y ajoutent les inexactitudes… C’est justement ce qu’on appelle être bien informé…

(Brunetière)

Mais applaudir aux explosions et trouver que Ravachol était dans le vrai, parce que les journaux où l’on paye refusent d’insérer votre copie, ou parce que toute l’édition d’un volume de vers est encore en magasin, cela n’est vraiment pas du tout raisonnable et passe la limite de fureur et de vengeance permise au plus exaspéré des fruits secs.

(François Coppée)

Coquille

d’Hautel, 1808 : Vendre bien ses coquilles. Être avare, intéressé ; faire trop valoir son travail ; vendre tout au poids de l’or.
Rentrer dans sa coquille. Se retirer prudemment d’une mauvaise affaire.
On dit aussi d’un homme dont on a réprimé le caquet et les mauvais propos, qu’on l’a fait rentrer dans sa coquille.
Qui a de l’argent a des coquilles.
Pour dire qu’avec de l’argent, on se procure tout ce qui peut faire plaisir.
À qui vendez-vous vos coquilles ? Locution usitée, en parlant à des marchands, pour leur faire entendre qu’on n’est pas leurs dupes ; que l’on sait apprécier la valeur de leurs marchandises.
À peine s’il est sorti de sa coquille. Espèce de reproche que l’on adresse à un jeune rodomont, qui prend trop de familiarité avec des gens plus âgés et plus expérimentés que lui.

Delvau, 1864 : La nature de la femme — dans laquelle l’homme aime à faire entrer son petit limaçon, qui y bave tout à son aise. Con, cha ? demanderait un Auvergnat.

Et Laurette, à qui la coquille démangeait beaucoup, s’y accorda facilement.

(Ch. Sorel)

Delvau, 1866 : s. f. Lettre mise à la place d’une autre, — dans l’argot des typographes.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Assiette.

France, 1907 : Lettre ou mot mis à la place d’un autre. Il est des mots curieux, et d’autres fort désagréables pour les auteurs, qui voient leurs articles non seulement défigurés, mais rendus incompréhensibles et souvent ridicules. Un ouvrier compositeur s’est amusé, dans le Paris Vivant, à énumérer quelques-unes des espiègleries de la coquille.

Toi qu’à bon droit je qualifie
Fléau de la typographie,
Pour flétrir tes nombreux méfaits,
Ou, pour mieux dire, tes forfaits,
Il faudrait un trop gros volume,
Et qu’un Despréaux tint la plume,
S’agit-il d’un homme de bien,
Tu m’en fais un homme de rien ;
Fait-il quelque action insigne,
Ta malice la rend indigne,
Et, par toi, sa capacité
Se transforme en rapacité ;
Un cirque à de nombreux gradins,
Et tu Ie peuples de gredins ;
Parle-t-on d’un pouvoir unique,
Tu m’en fais un pouvoir inique,
Dont toutes les prescriptions
Deviennent des proscriptions…
Certain oncle hésitait à faire
Un sien neveu son légataire :
Mais il est enfin décidé…
Décidé devient décédé…
À ce prompt trésor, pour sa gloire,
Ce neveu hésite de croire,
Et même il est fier d’hésiter,
Mais tu le fais fier… d’hériter ;
A ce quiproquo qui l’outrage,
C’est vainement que son visage
S’empreint d’une vive douleur,
Je dis par toi : vive couleur ;
Plus, son émotion visible
Devient émotion risible,
Et si allait s’évanoir,
Tu le ferais s’épanouir…
Te voilà, coquille effrontée !
Ton allure devergondée
Ne respecte raison ni sens…

Dans la constitution Exurge, Domine, donnée par le pape Léon X en 1520, se trouve une coquille qui a fait bondir de nombreuses générations de dévots. Au lieu de Sauveur, Jésus-Christ y est traitée de sauteur ! Le mot saltator est imprimé dans le texte, au lieu de salvator.

Corde sensible (la)

Delvau, 1864 : C’est, chez l’homme, son membre, chez la femme, son clitoris : on n’y toucha jamais en vain.

Il n’est de femmes froides que pour les hommesqui ne sont pas chauds et qui ne savent pas toucher leur corde sensible.

(Léon Sermet)

Coucher

d’Hautel, 1808 : Va te coucher, tu souperas demain. Se dit par impatience à un enfant dont on ne peut sur-le-champ contenter les désirs.
Faire coucher quelqu’un. Expression métaphorique qui signifie réduire au silence, soit par menaces, soit par des paroles malignes et choquantes, un homme dont les propos étoient indécens, railleurs ou trop familiers. C’est dans ce sens que l’on dit en plaisantant de celui que l’on a fait taire : Bonsoir, il est couché.
Si vous n’en voulez pas, couchez-vous auprès.
Se dit par vivacité à une personne qui refuse une offre juste et convenable.
Coucher à la belle étoile, à l’enseigne de la lune. Coucher dans la rue, au bel air.
Coucher en joue. Viser, épier, considérer quelqu’un, dans une intention quelconque.
Coucher dans son fourreau. C’est-à-dire tout habillé.
Comme on fait son lit on se couche. Signifie que l’on est heureux ou malheureux, suivant l’ordre que l’on met dans sa conduite.
Coucher gros. Hasarder beaucoup au jeu.
Coucher gros. Signifie aussi se ruiner en vaines promesses.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui s’attarde volontairement dans une maison où il ne devrait jamais même mettre les pieds.

France, 1907 : Client passager d’une nuit dans une maison de prostitution ou chez une fille. « Madame, j’ai un coucher, crie, du haut de l’escalier, Aspasie à la matrone. »

Course

d’Hautel, 1808 : Prendre sa course. S’esquiver, se sauver en toute hâte

Delvau, 1864 : Coup tiré avec une femme, que l’on fait ainsi voyager à cheval sur un bâton, comme sorcière allant au sabbat.

Argant, de ses nombreuses courses
Tout fatigué, s’échappe enfin,
Hélas ! il emporte ses bourses
L’amante qui supplie en vain.

(B. de Maurice)

Craquerie

d’Hautel, 1808 : Menterie, bourde, gasconnade ; conte en l’air, hâblerie, promesse vaine et de nul effet.

Crever la faim

France, 1907 : Expression bizarre autant que ridicule qui n’est ni de l’argot ni du français, mais du simple baragouin et dont abusent certains écrivains des plus à la mode. On crève de faim, on ne crève pas la faim.

Autour du billard et à travers la fumée de cent fourneaux de pipes, on distinguait, grouillant, braillant et gesticulant, un tas de fainéants, de crève-la-faim, et aussi de petits bourgeois venant régulièrement là chaque soir pour y tenter la chance.

(Louis Davyl)

Nous croyons que le monde est mal fait, qui permet à tel fils de raffineur d’avoir 3000 fr. à dépenser par jour ; qui permettait à feu le général Maltzeff de posséder vingt-neuf mines, d’occuper cinquante-cinq mille ouvriers — alors que les peuples crèvent la faim.
Nous ne sommes pas cruels… puisque, même devant ces contrastes, nous ne souhaitons pas la réciproque, mais seulement une plus juste répartition des biens.

(Séverine)

Croquer un marmot

Delvau, 1866 : Attendre en vain, — dans l’argot du peuple.

Cube

France, 1907 : Élève de l’École Centrale ou élève de mathématiques spéciales.

Dans la salle se pressaient les parents, les amis et les professeurs des centraux, venus avec la ferme intention d’applaudir — enfin sur une vraie scène — les jeunes cubes en activité.

(La Nation)

Se dit aussi pour lourdaud, imbécile, car de tous temps les savants faisant des mathématiques une étude exclusive ont eu, près des gens de lettres, la réputation de philistins. Voltaire a dépeint ainsi le cube de son temps :

Entends-tu murmurer ce sauvage algébriste,
À la démarche lente, au teint blême, à l’œil triste,
Qui, d’un calcul aride à peine encore instruit,
Sait que quatre est à deux comme seize est à huit ?
Il méprise Racine, il insulte à Corneille ;
Lulli n’a point de sons pour sa pesante oreille,
Et Rubens vainement sous ses pinceaux flatteurs
De la belle nature assortit les couteurs,
Des x, x redoubles admirant la puissance,
Il croit que Varignon fut seul utile en France,
Et s’étonne surtout qu’inspiré par l’amour,
Sans algèbre autrefois, Quenault charmât la cour.

(Stances)

Cuiter (se)

Rigaud, 1881 : Se soûler à fond, c’est-à-dire prendre une cuite. Le besoin d’ajouter un nouveau verbe à la liste des vingt-cinq ou trente qui existaient déjà pour exprimer cette idée, se faisait, paraît-il, vivement sentir.

Vous redescendrez avec les coteries finir la soirée chez notre troquet afin de vous cuiter carrément.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Rossignol, 1901 : Se saouler.

France, 1907 : S’enivrer.

Radical convaincu, Taupin, fonctionnaire, est consulté sur la valeur du personnel du haut clergé.
Chargé par son préfet de lui donner son opinion sur l’évêque du chef-lieu, il a envoyé à la préfecture la note ci-dessous :
— Rien à dire de l’évêque. Il se tient à sa place, est bon travailleur et il ne se cuite pas.

(Le Diable Boiteux)

Curieux

d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme curieux, indiscret et avare, qu’Il veut tout savoir et ne rien payer.

Vidocq, 1837 : s. m. — Juge d’instruction, président du tribunal.

Halbert, 1849 : Juge.

Larchey, 1865 : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. V. Escrache.

Le curieux a servi ma bille (mon argent).

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Le juge d’instruction, — dans l’argot des voleurs, qui, en effet, n’aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits secrets.

Rigaud, 1881 : Commissaire de police. — Juge d’instruction.

La Rue, 1894 : Commissaire de police. Juge d’instruction. Président d’assises.

Virmaître, 1894 : Juge (Argot des voleurs). V. Palpeurs.

Rossignol, 1901 : Juge. C’est un curieux, parce qu’il met le nez dans vos affaires.

Hayard, 1907 : Juge.

France, 1907 : Amateur de scènes crapuleuses qui fréquente les bains de vapeur pour assister à des actes honteux. Dans les maisons de tolérance, on les appelle voyants.

En dehors des gens qui se rendent aux bains de vapeur pour satisfaire leurs passions, il y a la clientèle courante que l’hygiène amène seule et où figurent des individus connus sous le nom de curieux. Ils n’aiment pas les femmes, n’ont aucun goût pour les plaisirs contre nature, et cependant ils séjournent des journées entières dans ces établissements : ils mangent, boivent, fument, circulent dans les salles et semblent heureux d’entendre des paroles obscènes, et d’assister à des actes répugnants. C’est là une curiosité maladive assez commune qui charme leurs oreilles et satisfait leur vue.

(Gustave Macé)

France, 1907 : Juge. Il veut, en effet, tout savoir.

— Son couteau… son couteau à lui. Prenez-lui son couteau dans la poche… Vous ne comprenez donc pas, double brute, que quand on trouvera ce couteau, les curieux seront convaincus qu’ils sont en présence d’un suicide… Là ! y êtes-vous ?… Moi, je m’empare des précieux papiers.

(Georges Pradel, Cadet Bamboche)

Grand curieux, président de cour d’assises. Curieux de la planche au pain, président de tribunal. Curieux à mal faire, voleur maladroit.

Dam

France, 1907 : Dommage, détriment ; apocope de damnation.

Napoléon, c’est le régiment qui passe. Or, le régiment les fait toutes tourner, les têtes, toutes ! Un de mes amis, un réfractaire — on a tant d’amis ! — court à sa fenêtre quand vibre le dzim boum boum des cuivres militaires, et, convaincu, dit à son fils — dix-huit mois — dont les prunelles et le sphincter pareillement se dilatent, au grand dam de la manche paternelle : « Mon gars, tu iras au canon !… »

(Paul Bonnetain)

Dandy

France, 1907 : Fat oisif dont la seule occupation est de se parer. Le dandy est l’ancien petit-maître du XVIIe siècle, le marquis de Molière, ridicule espèce de parasite social, que l’immortel moraliste La Bruyère a si bien décrit et qui traverse les âges avec de simples variations de costumes, étalant son outrecuidance et sa nullité sous des noms divers : élégant, incroyable, merveilleux, dameret, muscadin, gandin, cocodès, petit crevé, gommeux, pschutteux, etc.
Dandy, comme fashionable, est une importation d’outre-Manche. Apocope du vieil anglais dandeprat ou dandiprat, terme usité quelquefois en signe de mépris, dit Johnson dans son Dictionnaire, pour petit drôle, moutard, « a little fellow, an urchin ». Il est donc erroné de prétendre, comme le fait Littré, que ce mot vient du français dandin, avec lequel, du reste, il n’a aucun rapport.
L’importation date de 1838 ; Mme de Girardin, dans ses Lettres Parisiennes, protestait déjà à cette époque contre l’anglomanie :

Les dandys anglais ont fait invasion à Paris ; leur costume est étrange : habit bleu flottant, col très empesé, dépassant les oreilles, pantalon de lycéen, dit à la Brummel, gilet à la maréchal Soult, manteau Victoria, souliers à boucles, bas de soie blancs, mouchetés de papillons bruns, cheveux en vergette, un œil de poudre, un scrupule de rouge, l’air impassible et les sourcils rasés, canne assortie.

George Brummel, dit le beau Brummel, plus tard, chez nous, le comte d’Orsay furent les plus célèbres type du dandysme.
« Le dandy, dit Barbey d’Aurevilly, a l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur. » Le même écrivain donne de curieux exemples des raffinements que les dandies apportaient dans la conception de leur toilette.

Un jour, ils eurent la fantaisie de l’habit râpé. Ils étaient à bout d’impertinence, ils n’en pouvaient plus. Ils trouvèrent celle-là, qui était si dandy, de faire râper leurs habits avant de les mettre, dans toute l’étendue de l’étoffe, jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’une espèce de dentelle — une nuée.
Ils voulaient marcher dans leur nuée, ces dieux ! L’opération était très délicate et très longue, et on se servait, pour l’accomplir, d’un morceau de verre aiguisé. Eh bien ! voilà un véritable fait de dandysme. L’habit n’est presque plus. — Et en voici un autre encore : Brummel portait des gants qui moulaient ses mains comme une mousseline mouillée. Or, le dandysme n’était pas dans la perfection de ces gants, qui prenaient le contour des ongles comme la chair le prend, c’était qu’ils eussent été faits par quatre artistes spéciaux, trois pour la main, et un pour le pouce.
Telle est la façon subtile dont les dandys pratiquaient l’élégance.
 
Le dandy n’est qu’une transformation du raffiné, du muguet, du roué, de l’homme à la mode, de l’incroyable et du merveilleux.

(Frédéric Soulié, L’Âme méconnue)

J’ai dit que ce type avait existé en tous temps et dans tous les pays ; rapprochons des lignes de Barbey d’Aurevilly ces lignes de Sénèque sur les dandies de son époque, qu’il considérait comme les gens les plus occupés du monde.

Jouissent-ils du repos, ceux qui passent les heures entières chez un barbier pour se faire arracher les poils qui ont pu croître dans la nuit précédente, pour prendre conseil sur l’arrangement de chaque cheveu, sur la façon de les faire revenir ou de les ramener sur le front, afin de remplacer ceux qui leur manquent ? Voyez comme ils se mettent en colère quand le barbier n’y a point apporté toute son attention et s’est imaginé qu’il avait affaire à des hommes !
Voyez comme ils entrent en fureur lorsqu’on leur a coupé quelques cheveux des côtés, lorsque quelques-uns passent les autres et ne forment pas la boucle ! Est-il un de ces personnages qui n’aimât mieux voir la république en désordre que sa coiffure, qui ne soit plus inquiet de sa frisure que de sa santé et qui ne préfère la réputation d’être l’homme le mieux coiffé à celle d’être le plus honnête ? Jouissent-ils du repos, ces hommes perpétuellement occupés d’un peigne et d’un miroir ?

Débourrer (se)

France, 1907 : Se décharger Le ventre ou, encore, s’émanciper.

En vain, nous, sexe fort,
Pour nous débourrer vite,
Nous avons encore tort.
Pour le beau sexe on fait
Des chalets de toilette,
Où la dame coquette
Fait… tout ce qui lui plaît.

(Henry Buguet)

Débrouiller (se)

Larchey, 1865 : Vaincre les obstacles. — Usité dans la marine, où un homme qui se débrouille est un homme aguerri qui sait son métier.

France, 1907 : Savoir se tirer d’affaire, vaincre les difficultés.

Le fait est que monseigneur ayant prononcé l’interdit, il se trouvait sur le pavé, sans sou ni maille, comme un pauvre, un gueux ou un simple communard au retour de Nouméa. Comment vivre ? Ah ! oui, comment vivre ? À lui de se débrouiller.

(Hector France, Marie-Queue-de-Vache)

Déconner

Delvau, 1864 : Sortir du con de la femme, soit parce qu’on a fini, soit parce qu’elle remue trop les fesses. Il y a des gens qui peuvent, comme l’Ascylte de Pétrone, rester deux jours sur une femme. Heureux Ascylte ! Plus heureuse femme !

Ah ! me voilà déconné !

(La Popelinière)

Le vit alors, bien convaincu
Qu’on ne peut voir un con vaincu,
Renonce à la victoire :
Il déconne et s’adresse au cu.

(Chanson anonyme moderne)

Avec cet outil-là, je puis, sans me gêner
Fournir mes douze coups, dont six sans déconner.

(Piron)

France, 1907 : Radoter, Mot à mot : devenir vieux, s’affaiblir.

Déduit

Delvau, 1864 : L’acte amoureux, — du verbe latin deducere, tirer, faire sortir, c’est-à-dire, en vieux français, se divertir en tirant — un coup.

Qu’il ne manquait ou de jour, ou de nuit,
Sous prétexte de voir son ingrate maîtresse,
De faire naître avec adresse
Un rendez-vous pour l’amoureux déduit.

(La Fontaine)

L’homme noir, friand du déduit,
De dire : l’aventure est bonne.

(Grécourt)

Il est minuit,
C’est l’instant du mystère,
Il nous invite à l’amoureux déduit.

(Pebraux)

France, 1907 : Vieux mot toujours neuf qui exprime la mature de la femme.

— Six pieds de taille, une poitrine large comme un rempart de ville, des bras à briser un arbre en l’étreignant, des jambes à faire vingt lieues sans fatigue, bête comme plusieurs oies d’ailleurs, mais prêt à se faire couper la tête pour le déduit, stupide, mais convaincu, ne vous laissant jamais le temps ni de pleurer ni de rire. Allez, mes enfants ! voilà ce qu’il y a encore de mieux.
Une voix hoquetante, dont le timbre extra-humain sonna comme une volée de glas aux oreilles des vieilles épouvantées, murmura très distinctement toutefois :
— Elle a raison !

(Armand Silvestre)

Delenda Carthago

France, 1907 : « Il faut détruire Carthage. » Ce latinisme s’emploie en parlant d’un orateur où d’un écrivain qui ramène sans cesse et avec obstination ses discours ou ses écrits sur le même sujet, une idée qu’il croit bonne et utile à la cause qu’il défend, comme le célèbre Caton, dit l’Ancien ou le Censeur, qui ne prenait la parole au sénat romain que pour terminer ses discours par ces mots « et delenda Carthago ». La reprise de l’Alsace-Lorraine est le delenda Carthago des patriotes.

Demoiselles (ces)

Rigaud, 1881 : Nom générique donné à toutes les femmes qui, de près ou de loin, touchent au métier ou à l’art de la prostitution. « Ces demoiselles ont été successivement appelées : Lorettes, Filles de marbre, Dames aux camélias, Biches, Cocottes, autant de mots que l’on chercherait en vain dans le dictionnaire de l’Académie. » (G. Claudin, Paris et l’Exposition.) Le succès de la Dame aux camélias, pièce de M. A. Dumas fils, valut à ces demoiselles l’honneur d’un nouveau baptême. En souvenir de l’héroïne de la pièce — qui méritait mieux — elles furent sacrées : dames aux camélias. Le prototype a existé sous le nom de Marie Duplessis « Remarquablement jolie, grande, médiocrement faite, ignorante, sans esprit, mais riche d’instinct. Ex-paysanne normande, elle s’était composé une généalogie nobiliaire, et, de son autorité, rapprochait d’un nom historique son nom légèrement modifié. » (N. Roqueplan, Purisme.)

Démolisseur

France, 1907 : Pamphlétaire ; critique mordant et acerbe. Un écrivain d’un grand talent, Léon Bloy, s’est intitulé « entrepreneur de démolitions ».

Dépenser sa salive

Delvau, 1866 : v. a. Parler, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Perdre sa salive, dans le sens de : Parler inutilement.

Rigaud, 1881 : Parler-On dit de quelqu’un de taciturne : En voilà un qui a peur de dépenser sa salive.

Virmaître, 1894 : Orateur qui parle à un auditoire distrait ; il parle en pure perte et dépense sa salive inutilement. On dépense sa salive à vouloir convaincre quelqu’un qui ne veut rien savoir (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Parler inutilement.

Déséquilibrée

France, 1907 : Femme atteinte d’une maladie spéciale, causée par l’état anormal où nous met notre civilisation ou par l’abus de lectures idiotes ou de plaisirs excessifs ou hors nature.

Or, c’est un point remarquable que toute la littérature d’à présent tend aux mêmes héroïnes. Pour peu qu’un écrivain s’attaque à une étude de psychologie conjugale, il y a cent à parier contre un qu’il nous présentera une petite déséquilibrée qui n’aura pas de plus grand ennemi au monde que son mari.

(E. Depré)

Dessus du panier

France, 1907 : Ce qu’il y a de mieux. Allusion aux maraîchères qui étalent, au dessus de leurs paniers, leurs fruits les plus beaux ou leurs plus fraiches marchandises.

Trop pressé de signer un livre,
Pauvres vers, éclos en rêvant,
Sans raisonner, quand je vous livre
À tous les caprices du vent ;
Lorsque durant toute ma vie,
Ne vous mirant qu’à mon miroir,
J’aurais, sans peur et sans envie,
Pu vous garder dans mon tiroir,
Peut-être vainement j’enroule
Vos fleurs d’un ruban printanier ;
Ceci, me répondra la foule,
N’est pas le dessus du panier.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

Détaché

Fustier, 1889 : Argot de sport. Qui est en avant des autres chevaux. Tel cheval est arrivé second, mais il était complètement détaché du reste du champ, c’est-à-dire qu’à l’exception du vainqueur, tous ses rivaux étaient loin derrière lui.

France, 1907 : En argot du sport, c’est le cheval qui, quoique arrivé second, laisse tous les autres chevaux loin derrière lui ; il est, par conséquent, complètement détaché du reste.

Détourneur, -euse

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleurs dans l’intérieur des boutiques. On ne saurait, dans le commerce, prendre de trop minutieuses précautions, l’on objecterait en vain que la méfiance est un vice, pour ma part je suis de l’avis du proverbe qui dit que la méfiance est la mère de la sûreté ; il est encore une considération qui doit, si je ne me trompe, lever les scrupules des ames timorées qui croiraient, en se tenant continuellement sur leurs gardes, blesser la susceptibilité des individus avec lesquels elles peuvent se trouver en relation, cette considération peut être formulée en peu de mots : la loi punit le crime, mais elle ne le prévient pas ; le législateur a voulu, sans doute, laisser ce soin aux particuliers. Combien, à l’heure qu’il est, y a-t-il, dans les bagnes et dans les prisons, de malheureux qui jamais n’auraient succombé, si l’incurie et la négligence n’avaient pas pris le soin d’écarter tous les obstacles qui pouvaient les embarrasser.
Ces réflexions devaient naturellement trouver place ici ; mais, pour être conséquent, il faut de suite pouvoir indiquer le remède propre à combattre le mal que l’on signale ; voici, au reste, les précautions qu’il faut prendre pour éviter les vols que tous les jours encore les Détourneurs et Détourneuses commettent dans l’intérieur des magasins.
Lorsqu’il se présente une femme, il faut examiner avec soin si, immédiatement après elle, et au même comptoir, il n’en vient pas une ou deux autres pour faire diversion ; s’il en est ainsi, la première entrée demande toujours des marchandises placées dans des rayons élevés ; elle examine et pousse de côté la pièce destinée à sa compagne, qui marchande de son côté, observe et saisit le moment propice pour escamoter une pièce et la faire adroitement passer par l’ouverture d’une robe à laquelle sont jointes, sur le devant, des poches dont la capacité peut facilement contenir deux pièces de taffetas ou de toute autre étoffe du même genre, de 25 à 30 aunes ; ces robes, on le pense bien, sont presque toujours très-amples ; ainsi l’ampleur excessive d’une robe à poches est un diagnostic qui trompe rarement.
L’hiver le manteau de ces femmes leur sert à exécuter la même manœuvre.
D’autres femmes ne volent que des dentelles ou malines, et quelque difficile qu’elle paraisse, voilà cependant leur manière de procéder : tout en marchandant, elles laissent, ou plutôt font tomber une ou deux pièces de dentelles qu’elles ramassent avec le pied et savent cacher dans leur soulier qui est un peu grand et sans cordons autour de la jambe, le bout du bas est coupé, ce qui forme une sorte de mitaine. Ces femmes se servent du pied avec une dextérité vraiment étonnante ; la première qui imagina ce genre de vol, que l’on nomme grinchir à la mitaine, la grande Dumiez, était douée d’une adresse extraordinaire.
Quoique ces femmes soient ordinairement vêtues avec une certaine élégance, avec de l’attention et la clé de leur individualité, il n’est pas difficile de les reconnaître ; elles prononcent souvent ces mots dans la conversation, coquez ou servez (prenez). Quelquefois aussi, si l’une d’elles remarque de l’attention de la part du commis qui la sert ou de quelqu’autre, elle prononce celui-ci : rengraciez (ne faites-rien, on regarde) ; ou bien elle affecte une sorte de crachement, cherchant à imiter celle qui aurait de la peine à expectorer.
D’autres voleuses de dentelles, voiles, foulards, etc., procèdent de la manière suivante. L’une d’elles arrive seule, et tandis qu’elle marchande, une femme d’une mise propre, mais quelque peu commune, arrive, tenant un enfant entre ses bras ; au même instant la première arrivée laisse tomber devant elle l’objet destiné à l’arrivante, celle-ci se baisse pour poser son enfant à terre, ramasse l’objet et le cache sous les jupes de l’enfant, qu’elle pince instantanément ; il crie, elle le relève avec une phrase ad hoc, et sort après avoir montré un échantillon qu’on ne peut lui assortir. Ainsi, si, contre toute attente, on venait à s’aperçevoir du vol qui vient d’être commis, celle qui reste n’a rien à craindre.
D’autres Détourneuses se servent d’un carton à double fond, qu’elles posent sur l’objet qu’elles convoitent, quoique ce carton paraisse toujours très-bien fermé, il peut néanmoins s’ouvrir très-facilement.
Les hommes qui exercent le métier de Détourneurs sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les femmes, quoiqu’ils agissent d’une manière à-peu-près semblable. Beaucoup disent qu’ils viennent acheter pour une dame très-difficile, mais très-souvent ils travaillent de complicité avec une femme. Bon nombre de voleurs sont vêtus à la mode des gens de province, ou en marchands forains. Les Détourneuses les plus adroites sont évidemment celles qui ont été surnommées Enquilleuses, elles savent placer à nu entre leurs cuisses une pièce d’étoffe de vingt à vingt-cinq aunes, et marcher sans la laisser tomber et sans paraitre embarrassées, si ce n’est pour monter ou descendre un escalier.
Il faut être bien convaincu que les voleurs que je viens de faire connaître ont continuellement les yeux attachés sur la proie qu’ils convoitent, et qu’ils ne laissent pas échapper l’occasion lorsqu’elle se présente ou qu’ils l’ont fait naître ; on ne saurait donc exercer sur tous ceux qui se présentent dans un magasin, une trop grande surveillance. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par une mise recherchée, voire même par un équipage : les voleurs savent se procurer tous les moyens d’exécution qui leur paraissent nécessaires ; un excellent ton n’indique pas toujours un homme comme il faut, donc examinez comme les autres, et peut-être plus que les autres, celui qui se ferait remarquer par l’excellence de ses manières.
Lorsqu’ils auront conçu quelques soupçons sur un acheteur, le maître de la maison et l’inspecteur devront dire assez haut pour être entendus : Donnez-la sur les largues, ou bien : Allumez la Daronne et le Momacque, si ce sont des femmes du genre de celles qui ont été signalées.
Remouchez le Rupin et la Rupine, si ce sont des hommes ou des femmes vêtus avec élégance.
Débridez les chasses sur les Cambrousiers, si ceux que l’on soupçonne ressemblent à des marchands forains ou gens de la campagne.
On peut même, lorsque l’on soupçonne les personnes qui sont à un comptoir, venir dire au commis chargé de les servir : Monsieur, avez-vous fait les factures de M. Détourneur et de Mme l’Enquilleuse, cela suffira ; et si les soupçons étaient fondés, les voleurs se retireront presque toujours après avoir acheté. La mise en pratique de ces conseils, qui sont dictés par une vieille expérience, ne peut manquer de prouver leur sagesse.
Il y a parmi les Détourneurs de nombreuses variétés, entre lesquelles il faut distinguer ceux qui ont été surnommés les Avale tout cru ; ces voleurs sont presque toujours vêtus avec élégance, ils portent des lunettes a verres de couleur, du plus bas numéro possible, afin de passer pour myopes.
Ils se présentent chez un marchand de diamans et de perles fines, et demandent à voir de petits diamans ou de petites perles. Ces pierres sont ordinairement conservées sur papier ; le marchand leur présente ce qu’ils demandent ; comme ils sont myopes ils examinent la carte de très-près et savent, avec leur langue, enlever une certaine quantité de perles ou de diamans qu’ils conservent dans la bouche sans paraître gênés : ces voleurs sont rarement pris, et gagnent beaucoup.
Après les Avale tout cru, viennent les Aumôniers, ces derniers, comme ceux dont je viens de parler, sont toujours vêtus avec élégance ; ils entrent dans la boutique d’un joaillier, et demandent des bijoux que le marchand s’empresse de leur présenter ; tandis qu’ils les examinent, un mendiant ouvre la porte du magasin, et demande la caristade d’une voix lamentable, l’Aumônier, généreux comme un grand seigneur, jette une pièce de monnaie, le mendiant se baisse, et avec elle il ramasse soit une bague, soit une épingle de prix que l’Aumônier a fait tomber à terre. L’Aumônier se retire après avoir acheté quelque bagatelle ; mais si avant son départ le marchand s’est aperçu du vol qui a été commis à son préjudice, il insiste pour être fouillé, et ne sort que lorsque le marchand croit avoir acquis les preuves de son innocence.

Douzaine

d’Hautel, 1808 : La couple vaut mieux que la douzaine. Voy. Couple.
On dit, par ironie, d’un mauvais poëte, d’un mauvais écrivain, d’un artiste médiocre, que c’est un poëte, un écrivain, un artiste, à la douzaine.
Et, dans un sens opposé, pour dire qu’un sujet, qu’un objet est rare, estimable, qu’il n’y en a pas treize à la douzaine.

France, 1907 : Les douze jurés. On pourrait dire souvent douzaine d’idiots, car, comme l’écrivait Edmond Lepelletier, on se demande avec effarement, devant certains verdicts inouïs, ce qui se cache dans la caboche de ces gens-là, qui, disait Victor Hugo, « s’étant faits riches pour avoir vendu à faux poids, sont faits jurés par la loi. »

Duchène

d’Hautel, 1808 : Le père Duchène. Nom apocryphe d’un vil folliculaire qui, pendant les troubles de la révolution, et à la faveur d’un style bas, grossier, trivial et populaire, vomissoit, dans une feuille ainsi intitulée, des imprécations et de sanglantes injures contre les premières autorités de l’état.
Le peuple a fait justice de cet écrivain incendiaire, en le livrant au mépris qu’il mérite ; et lorsqu’il veut parler d’une rage vaine, d’un cour roux impuissant et dont on a n’a rien à redouter, il dit : c’est la colère du père Duchène.

Dur à cuire

d’Hautel, 1808 : Un dur à cuire. Nom baroque et de mépris que les ouvriers donnent à leur maître, quand il montre de la résistance à leurs volontés ; qu’il sait se faire obéir et respecter.
Dur à la desserre. Voyez Desserre.
Il est dur comme du fer. Se dit d’un homme raisonnable que rien ne peut attendrir.
Quand l’un veut du mou, l’autre veut du dur. Se dit par comparaison de deux personnes qui sont continuellement en opposition.
Avoir l’oreille dure. Pour dire être un peu sourd.
On dit figurément d’un homme intéressé et parcimonieux, qui ne prête pas facilement de l’argent, qu’Il a l’oreille dure.

Larchey, 1865 : Homme solide, sévère, ne mollissant pas. V. d’Hautel.

En voilà un qui ne plaisante pas, en voilà un de dur à cuire.

(L. Reybaud)

Rigaud, 1881 : Individu qui ne se laisse ni attendrir, ni intimider facilement. — Vieux dur à cuire ; par allusion aux légumes secs qui ne cuisent pas facilement.

France, 1907 : Homme qui en a vu de toutes les couleurs. Vieux troupier dont le corps s’est endurci dans les fatigues et qui a passé par toutes sortes d’épreuves.

Les durs à cuire avaient raison : ce n’était pas juste que le bénéfice fût seulement pour quelques-uns et la peine, la ruine, la misère pour les autres. Un levain de colère fermentait enfin en lui, toujours si raisonnable, contre les iniquités d’un état social qui faisait éternellement pencher d’un même côté le plateau des douleurs et des humiliations.

(Camille Lemonnier, Happe-chair)

Au four crématoire :
Premier neveu. — Sapristi ! c’est dur à tirer. Cette incinération n’en finira donc pas ?
Second neveu. — Dame ! il faut patienter. Tu sais bien que notre baderne d’oncle étant un vieux

Écoute

d’Hautel, 1808 : Je t’entends bien, mais je ne t’écoute guères. Locution goguenarde et populaire, pour dire à quelqu’un qu’on se moque bien de ce qu’il dit ; qu’on ne déférera pas à ses avis, à ses propositions ; que tout ce qu’il dit et rien est tout-à-fait le même chose.
Ce sont des écoute s’il pleut. Pour, ce sont de vaines promesses, des mensonges, des gasconnades, auxquels il ne faut pas se fier.
Être aux écoutes. Chercher à entendre ce que l’on dit en un lieu où les portes sont fermées ; s’inquieter des nouvelles d’une affaire ; être aux aguets.
Sonnez comme il écoute. Se dit lorsqu’on veut faire écouter un bruit qu’on n’entend pas.
Il s’écoute trop. Pour, il a trop soin de sa personne ; il se dorlotte, il se délicate trop.

France, 1907 : Oreille. Écoute s’il pleut, reste tranquille, tais-toi. On donne le sobriquet d’écoute s’il pleut, dans certaines campagnes, aux gens faibles, irrésolus. Cette expression à aussi le sens de fadaise, promesse illusoire, espérance irréalisable.

Écrivassier

d’Hautel, 1808 : C’est un écrivassier. Epithète mordante que l’on donne par mépris à un mauvais auteur, à un pamphlétaire, à un misérable petit écrivain.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais écrivain. Le mot a été employé pour la première fois en littérature, par Gilbert.

France, 1907 : Mauvais écrivain. Le mot s’emploie au féminin où le clan des écrivassières est encore plus considérable que celui des écrivassiers.

Quand Mirecourt sentit venir sa fin prochaine,
Tournant ses yeux mourants, pleins d’une sombre haine,
Vers le clan des écrivassiers,
Il s’écria : « Je vais casser ma pipe ! Était-ce
La peine d’amasser tant d’amère tristesse
Et de déchaîner tant d’huissiers ! »

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Empousteur

Vidocq, 1837 : s. m. — Les Empousteurs sont presque tous des juifs, et le moyen qu’ils emploient pour tromper ceux qui veulent bien leur accorder une certaine confiance est très-ingénieux.
Un individu qui se donne la qualité de commis, ou de commissionnaire, se présente chez un marchand épicier ou papetier, et lui offre des crayons qu’il laissera, dit-il, à un prix très-modéré ; le marchand, dont les provisions sont faites, refuse presque toujours cette proposition, mais cela est fort indifférent à l’Empousteur. « Vous ne voulez pas m’acheter ces crayons, dit-il au marchand, vous avez tort ; mais permettez-moi de vous en laisser quelques douzaines en dépôt. » Le marchand ne peut refuser cette proposition, il accepte, et l’Empousteur sort après lui avoir promis de revenir. Quelques jours après, un individu vient demander au marchand des crayons absolument semblables à ceux que l’Empousteur a laissés en dépôt, il achette tout et paie sans marchander, en témoignant le regret qu’on ne puisse pas lui en fournir davantage ; le marchand qui attend la visite de l’Empousteur l’engage à repasser dans quelques jours. Le lendemain, l’Empousteur vient chez le marchand, et lui demande des nouvelles du dépôt. « Tout est vendu, dit le marchand. — Je vous l’avais bien dit, répond l’Empousteur, que vous en tireriez un bon parti. En voulez-vous d’autres ? » Le marchand achette et paie tout ce que veut lui vendre l’Empousteur, et attend vainement le chaland sur lequel il comptait.

Larchey, 1865 : « Escroc faisant métier de vendre à des détaillants des produits dont le premier dépôt a été acheté par des compères. »

(Vidocq)

Rigaud, 1881 : Autre variété de filou. Celui-là sait allécher les entrepositaires par des dépôts de marchandises, qu’achètent très avantageusement des compères. Lorsqu’il a gagné la confiance des entrepositaires, l’empousteur fait de forts dépôts qui lui sont, en partie, payés comptant. Le tour est joué : la marchandise est invendable. « Un empousteur poussa l’audace jusqu’à vendre à plusieurs marchands-de la rue Saint-Denis plus de mille douzaines de faux-cols en papier et de voilettes en papier dentelle. » (L. Paillet, Voleurs et volés)

Virmaître, 1894 : Truc très commun employé par des placiers. Ils déposent chez des commerçants des mauvaises marchandises, à condition ; des compères les achètent ; les marchands alléchés prennent de nouveaux dépôts qui, cette fois, leur restent pour compte (Argot des voleurs).

France, 1907 : Industriel qui vend des marchandises falsifiées aux marchands.

Enfanture

France, 1907 : Création d’une œuvre. Néologisme qui à sa raison d’être, l’enfanture n’ayant rien de commun avec l’enfantement, terme impropre employé jusqu’ici.

Songez que, durant un an, six mois ou quinze semaines, l’écrivain est resté enclos dans sa création… Ce fut pour lui une enfanture toute spéciale, une incubation intellectuelle dont il s’est engrossé et enorgueilli inconsciemment jusqu’à l’amour-propre et l’égotisme le plus paradoxal. Il s’est enfermé avec son œuvre jusqu’à ce que son œuvre sortit de lui.

(Octave Uzanne, Zigzags d’un curieux)

Enfiler

d’Hautel, 1808 : Il s’est laissé enfiler dans cette entreprise. Pour, il s’y est laissé entraîner ; il en a été la dupe.
Ce n’est pas pour enfiler des perles que je suis venu ici. C’est-à-dire, ce n’est pas sans sujet ; ce n’est pas en vain, etc.
On dit aussi des choses qui offrent des difficultés dans leur exécution, Cela ne s’enfile pas comme des perles.
S’enfiler.
Terme de jeu. Se laisser aller à jouer gros jeu, à perdre tout son argent.

Fustier, 1889 : Se faire enfiler, se faire arrêter.

France, 1907 : Avoir des rapports sexuels avec une femme.

Un maître qui envoie son domestique en course lui indique l’itinéraire à suivre.
— Arrivé là, vous voyez devant vous trois rues par où sortent de jeunes ouvrières. Vous enfilez la première…
— (Ahuri.) Oh ! monsieur, comme ça… tout de suite ?…

(Le Diable Joyeux)

France, 1907 : Manger.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique