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Aller au vague

M.D., 1844 : Aller commettre un vol.

Araignée dans le plafond (avoir une)

Larchey, 1865 : Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.

Rigaud, 1881 : Extravaguer par instant. Le plafond figure le crâne ; l’araignée y file sa toile et empêche les idées de sortir claires et nettes.

Virmaître, 1894 : Synonyme de loufoque. Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).

Baleine

Rigaud, 1881 : Lame, vague de la mer.

Veux-tu fermer la bouche, braillard, lui dit Simon, ou tu avaleras la première baleine qui tombera à bord.

(E. Sue, Atar-Gull, 1832)

Fustier, 1889 : Femme de mauvaise vie.

France, 1907 : Prostituée. Se dit aussi pour braillard. Rire comme une baleine, rire à gorge déployée et d’une façon ridicule.

Bath

Larchey, 1865 : Remarquable. — Terme contemporain du papier anglais dit papier bath, qui fut notre premier papier à lettre. Sans l’h final, nous aurions vu là une abrév. de batif. V. ce mot.

Nous avons fait un lansquenet un peu bath cette nuit.

(Vitu)

Delvau, 1866 : s. m. Remarquablement beau, ou bon ou agréable, — dans l’argot de Breda-Street. Bath aux pommes. Superlatif du précédent superlatif.
Il me semble qu’on devrait écrire Bat, ce mot venant évidemment de Batif. Le papier Bath n’est pour rien là dedans.

Rossignol, 1901 : Joli, bon, beau. Un bon patron est bath. Du bon vin est bath. Le bon fricot est bath. Être bien, c’est être bath.

Hayard, 1907 : Bien, beau.

France, 1907 : Or, argent.

France, 1907 : Très beau, excellent ; argot des faubouriens. Bath à faire, benêt, c’est-à-dire bon à voler ; bath au pieu, paillard ; bath aux pommes, superlatif de bath nec plus ultra.

Les messieurs en frac disaient : Elle est superbe ! et les gavroches, là-haut : Elle est rien bath ! Un murmure d’admiration montait comme une vague et venait déferler à ses pieds.

(Georges Forgues)

On dit aussi bot.

anon., 1907 : Beau, belle.

Berge

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Année, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Année.

Virmaître, 1894 : Année.
— Je tire cinq berges à la Centrousse de Melun (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Brigadier. Pour distinguer un sous-ordre, on ne dit pas un sous-brigadier mais par abréviation un S. B. (Argot des agents de police). N.

Rossignol, 1901 : Année.

J’ai été sapé à cinq berges pour un vague qui ne m’a rapporté que peau.

Hayard, 1907 : Année.

France, 1907 : Année ; argot des voleurs.

C’était un malheureux paillasse, sorti de prison, où il avait tiré trois berges pour attentat à la pudeur. À part cela, le meilleur zig du monde, affirmait-il.

(Jean Richepin)

I’s apprirent à biffiner ;
Mais i’s n’aimaient pas chiner.
C’qui fait qu’à leur quinzièm’ berge
I’s plaquèr’nt tous deux l’boulot
Afin d’faire l’rigolo
Aux fortifs et l’long d’la berge.

(Blédort)

France, 1907 : Brigadier de police. Sous-berge, sous-brigadier.

anon., 1907 : Année.

Bibelot

Delvau, 1866 : s. m. Havresac, porte-manteau, — dans l’argot des soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Objet de fantaisie, qu’il est de mode, depuis une vingtaine d’années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots. Par extension : Objet de peu de valeur. Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l’origine jouet d’enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd’hui qu’il n’y a plus d’enfants, ce commerce est mort ; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.

Rigaud, 1881 : Objet de peu de volume et peu de valeur. Objet de peu de volume et de beaucoup de valeur. En général, tous les menus objets, plus ou moins artistiques, depuis les bijoux anciens jusqu’aux vieilles seringues prétendues historiques, prennent la dénomination très élastique de « bibelots ».

J’ai été aussi fort bousculé par mon propriétaire, auquel je dois deux termes, et il m’a fallu vendre toutes sortes de bibelots pour m’acquitter d’un.

(H. Murger, Lettres)

Les deux peuples les plus passionnés, aujourd’hui, pour les bibelots sont le Français et le Chinois, — signe de décadence, — prétendent les philosophes. Pour satisfaire à toutes les exigences, il s’est établi des fabriques de vieux neuf qui déversent journellement leurs produits à l’hôlel Drouot.

Boutmy, 1883 : s. m. En imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d’importance, tels que factures, adresses, étiquettes, prospectus, circulaires, lettres de mariage, billets de mort, etc. Ces travaux sont aussi appelés bilboquets, et mieux ouvrages de ville.

Fustier, 1889 : Argot d’imprimerie. Travaux de peu d’importance ; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.

France, 1907 : Objet de curiosité ou de fantaisie dont il est de mode, depuis quelques années, d’encombrer ses appartements ; du mot bimbelot, jouet d’enfant.

L’appartement est somptueux. Le temple est digne de l’idole. Le lit est anglais, la commode est russe, l’armoire est italienne, le sofa est turc, les fauteuils sont allemands, les bronzes sont espagnols, mais les bibelots sont parisiens.

(Albert Dubrujeaud)

Ces objets, la plupart de cuir ouvragé, ressemblaient, tous, à ces affreux bibelots connus sous le nom d’article-Paris ; ils en avaient la forme laide et sans art, la destination vague, l’insupportable clinquant.

(Octave Mirabeau, Gil Blas)

Travaux de peu d’importance, dans l’argot des typographes.

Blagues à tabac

Delvau, 1864 : Se dit des tétons qui ne se tiennent pas assez.

Ceux qui disent que les tétons
Flottent au vent comme des vagues,
Suzanne, tant des polissons :
On voit bien que ce sont des blagues.

(Anonyme)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Seins plus dignes d’une sauvagesse de la Nouvelle-Calédonie que d’une femme civilisée. Argot des faubouriens.
« Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues ! » ai-je entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier que lui.

Rigaud, 1881 : Seins qui, selon l’expression d’une de nos plus volumineuses actrices, pourraient passer dans un anneau de rideau, et même dans un anneau de mariage.

Rossignol, 1901 : La femme qui a des seins tombants a des blagues à tabac.

Blanc

d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

M.D., 1844 : Connu.

Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur)

Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Boulangisme

France, 1907 : État d’esprit qui, à un moment donne, fut celui de la grande majorité des Parisiens et d’une partie de la France, et qui démontre suffisamment l’écœurement d’une nation en face des tripotages, des malversations, du népotisme du gouvernement opportuniste.
Voici une définition très exacte du boulangisme cueillie dans le Gaulois et signée Arthur Meyer :

Le boulangisme, substantif masculin singulier. Aspiration vague et mystique d’une nation vers un idéal démocratique, autoritaire, émancipateur ; état d’âme d’un pays qui, à la suite de déceptions diverses, que lui ont fait éprouver les partis classiques dans lesquels il avait foi jusque-là, cherche, en dehors des voies normales, autre chose sans savoir quoi, ni comment, et rallie à la recherche de l’inconnu tous les mécontents, tous les déshérités et tous les vaincus.

Écoutons d’autres cloches.

On sait qu’en beaucoup d’endroits, on vit, au début de cette agitation, quelques radicaux et quelques socialistes, trompés par la phraséologie pompeuse des lieutenants du boulangisme, se faire les alliés du parti césarien naissant. La plupart sont heureusement revenus de leur erreur. Ils comprirent à temps qu’on voulait leur faire jouer le rôle de dupes.

(Le Parti ouvrier)

Le boulangisme fut un mouvement démocratique, populaire, socialiste même, qui s’incarna dans un soldat jeune, brave, actif et patriote. Il trouva ses solides assises dans le peuple, dans les grands faubourgs ouvriers… Malheureusement pour le général, on lui montra cette chimère : la possibilité de triompher plus vite en prenant des alliés à droite.

(Mermeix)

Boussole

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.

Ansiaume, 1821 : Teste.

Il lui a fauché la boussole avec une souris.

Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.

J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.

(Vidal, 1833)

Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.

Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.

Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.

(Ch. Nisard)

Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La tête.

Tu divagues, tu perds la boussole.

On dit aussi la boule.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.

Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.

(Marc Mario et Louis Launay)

Chahutoir

France, 1907 : Bastringue, lieu public où l’on danse le chahut.

Le chahut et les chahutoirs, ces immenses rendez-vous d’ennuyés et de filles, la Goulue en est l’étoile : l’étoile de Montmartre levée au chair de lune du Pierrot de Willette au-dessus des buttes du Sacré-Cœur, et des ailes fantômes des défunts moulins, gloire cynique faite à la lois de caprice et de boue, fleur de cuvette prise dans un jet de lumière électrique et tout à coup adoptée par la mode ; et la vogue, la vogue, cette aveugle quelquefois guérie, qui pendant dix ans a passé, sans rien voir, devant les affiches de Chéret et ne découvre une femme qu’une fois roulée dans les vagues de la prostitution.

(Écho de Paris)

Chant du cygne

France, 1907 : On appelle ainsi, sur la foi de l’antiquité, le dernier poème ou la dernière composition d’un écrivain, d’un artiste. Pourquoi ? S’il faut s’en rapporter à l’Intermédiaire des chercheurs of des curieux, « ce sont les anciens qui ont fait du cygne, au moment de son agonie, on chantre merveilleux. Buffon lui trouve une voix sourde, comme une sorte de strideor, semblable à ce que l’on appelle le jurement du chat, et il rapporte le jugement de l’abbé Arnaud, qui compare cette voix au son d’une clarinette embouchée par quelqu’un à qui cet instrument ne serait pas familier. »
D’un autre côté, Erman, dans ses Voyages en Sibérie, affirme que le cygne blessé exhale ses derniers souffles dans des notes musicales extraordinairement nettes, claires et élevées.
Selon Nicol, la voix du cygnus musicus ressemble aux sons d’un violon, quoique plus aiguë. Dans l’Islande, ses cris présagent le dégel du printemps, et ce fait peut bien ajouter quelque chose à leur charme dans les oreilles des indigènes. De là peut-être aussi la réputation sacrée et prophétique du cygne (svan) dans les traditions norraines (Gylfa Ginning de Snorri Sturleson).
Tout cela est bien vague.

Charriage au pot

Larchey, 1865 : Il débute de la même façon que le précédent. Seulement l’américain offre à ses deux compagnons d’entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d’un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.

Virmaître, 1894 : Ne demande pas non plus un grand effort d’imagination : un pot et un imbécile aussi bête que lui suffisent. Deux voleurs abordent un individu à l’air naïf. Après quelques stations dans les cabarets, ils lui offrent de le conduire dans un bocard éloigné. En chemin, ils avisent un terrain vague, l’un des deux voleurs exprime à ses compagnons la crainte d’être volé car il porte sur lui une grosse somme. Devant eux il la cache dans le pot qu’il enterre. Plus loin il se ravise et dit au naïf d’aller déterrer l’argent caché, mais auparavant il lui fait donner ce qu’il a sur lui. Le naïf part, ne trouve que des rouleaux de plomb dans le pot et quand il revient les voleurs sont loin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Même procédé que celui « à l’américaine », avec cette différence que l’Américain propose à ses compagnons une partie de lupanar. Craignant d’être volé, il met son or et un paquet de bank-notes, en présence de sa dupe, dans un vase ou une boîte qu’on enfouit en quelque coin ou qu’on cache dans une armoire. Mais, à la porte du lupanar ou dans le lieu même, le charrieur se ravise. Il feint l’ivresse ainsi que son complice et offre de régaler les filles et a besoin de son argent. Il demande à la dupe d’aller le chercher. Mais attention ! hé ! hé ! Il y a là une grosse somme ! En outre, il faut payer le champagne comptant. La dupe laisse sa bourse en gage, court au trésor, le rapporte essoufflé ! Les charrieurs ont levé le siège, et le pot ne contient que des billets de la banque de Sainte-Farce et des jetons.

Cigale

Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce d’or.

Larchey, 1865 : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

Delvau, 1866 : s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque « la bise est venue ».

Delvau, 1866 : s. f. Cigare, — dans l’argot du peuple, qui frise l’étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs, qui aiment à l’entendre sonner dans leur poche. Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

Rigaud, 1881 : Chanteuse ambulante.

France, 1907 : Pièce de vingt francs.
Depuis La Cigale et la Fourmi, de La Fontaine, le mot s’applique aux chanteuses des rues.

France, 1907 : Société artistique et littéraire, fondée à Paris en 1875 par un groupe de poètes, d’écrivains, d’artistes méridionaux. Un dîner, intitulé Dîner de la Cigale, les réunit à certaines époques. La politique est exclue de ces réunions. Paul Arène explique plaisamment le but de cette fondation :

C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale ;
On parle cent, à la fois, cent !…
C’eat pour ne pas perdre l’ « assent ».
Mais cette Cigale, on le sent,
De rosée à l’ail se régale :
C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale.

Coup de vague

Larchey, 1865 : Vol improvisé. — Le voleur est dans le vague sur les résultats de son coup.

Delvau, 1866 : s. m. Vol improvisé.

Rigaud, 1881 : Vol d’inspiration, vol à l’aventure ; c’est le contraire du poupon oapoupart. Pousser un coup de vague, commettre un vol à l’aventure.

Coups de vague

Halbert, 1849 : Vol improvisé.

Croquer

d’Hautel, 1808 : Faire croquer le marmot. Faire attendre long-temps quelqu’un ; le laisser sans occupation et dans une espérance vague.
On dit aussi simplement croquer le marmot, pour, s’amuser à des minuties, à des futilités, se croiser les bras par paresse.
Cet argent sera bientôt croqué. C’est-à-dire, dépensé. Cette locution ne s’emploie qu’en parlant d’un bélître, d’un dissipateur, d’un homme qui n’a ni ordre ni économie.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Par où le drôle en put croquer,
Il en croqua.

(La Fontaine)

Tout
Est de votre goût,
Vous croquez tout.

(Collé)

Larchey, 1865 : Esquisser, dessiner.

Si je croquais ce chêne avant de déjeuner !

(Marcellin)

Delvau, 1866 : v. a. Dessiner à la hâte, — dans l’argot des artistes.

Delvau, 1866 : v. n. Faire crier les souliers en marchant, — dans l’argot des enfants et des ouvriers.

France, 1907 : Craquer.

France, 1907 : Dessiner rapidement.

Déplanquer

Ansiaume, 1821 : Voler des objets cachés.

Tu lansquine parce qu’on a déplanqué ta camelotte, viens, nous allons retrouver.

Vidocq, 1837 : v. a. — Découvrir, retirer des objets d’une cachette.

un détenu, 1846 : Ôter, découvrir, dégager du Mont-de-Piété.

Halbert, 1849 : Déterrer.

Larchey, 1865 : Exhiber (Vidocq). V. Vague.

Delvau, 1866 : v. a. Retirer des objets d’une cachette ou du plan, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Retirer un objet caché, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Quand un voleur est en prison, il est en planque. Il est également en planque quand il est filé par un agent ; quand il sort de prison ou quand il grille l’agent, il se déplanque (Argot des voleurs). V. Déplanqueur.

Hayard, 1907 : Sortir de prison.

France, 1907 : Retirer des objets de chez le recéleur ; de planque, cachette. Se dit aussi pour un voleur sorti de prison.

Dérailler

Rigaud, 1881 : Sortir de son sujet, perdre le fil d’un discours — Dans le vocabulaire de l’amour, c’est… dame, c’est difficile à dire, quoique le sens soit le même.

Fustier, 1889 : Divaguer.

France, 1907 : Déclassé, homme jeté en dehors de sa vocation.

France, 1907 : Se déranger, divaguer. Courir la pretantaine.

Quèqu’ tu r’gard’ ? eun’ jument qui pisse…
Ça t’fait donc encor’ de l’effet ?
Vrai, j’taurais pas cru si novice,
Les femm’s !… tiens… (il crache) v’là l’effet qu’ça m’fait.
Viens, mon salaud, viens, guide à gauche,
T’es trop vieux, vu, pour dérailler,
D’ailleurs, c’est pour ça qu’on t’embauche :
Tu n’es pus bon qu’à travailler.

(Aristide Bruant)

Donner du vague

Halbert, 1849 : Chercher pratique.

La Rue, 1894 : Chercher fortune, vagabonder.

France, 1907 : Vagabonder, aller an hasard.

Douce

d’Hautel, 1808 : Aller à la douce, comme les marchands de cerises. Faire tout doucement ses petites affaires, par allusion avec les marchands de cerises qui vont très-lentement dans les rues, en criant leur marchandise.

Vidocq, 1837 : s. f. — Soierie.

Larchey, 1865 : Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.

Delvau, 1866 : s. f. Étoffe de soie ou de satin, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Fièvre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Soie, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Soie. Fièvre.

France, 1907 : Étoffe soyeuse.

France, 1907 : Fièvre.

France, 1907 : Masturbation. Se donner ou se faire donner une douce.

L’habitude du vieux paillard était d’aller chaque semaine, à la nuit, vers les terrains vagues qui avoisinent le pont de Grenelle, et de s’y faire donner une douce par quelques gosselines dressées à ce métier lucratif.

(Les Propos du Commandeur)

Eau (battre l’)

France, 1907 : Travailler inutilement, se démener pour un résultat nul. Allusion à la prétendue histoire de Xerxès, roi de Perse, qui fit fouetter la mer avec des chaînes pour la punir d’avoir renversé de ses vagues un pont de bateaux destiné à franchir l’Hellespont.

Engueulage

France, 1907 : Même sens que engueulade.

Et à entendre ces jurons rudes de mathurins, ces bouts de chansons qui traînent le soir dans les rues diffamées des ports, ces engueulages rauques qui se dispersaient sous le ciel bleu, ces appels libertins comme il en sort des lèvres avinées, des portes qui bâillent sur quelque corridor noir vaguement éclairé d’une lampe fumeuse, l’on se serait cru en un bouge où les rires se heurtent, où les gabiers en bordée ont des filles sur chaque genou et les dépoitraillent, les embrassent à pleine bouche.

(Mora, Gil Blas)

Étage

d’Hautel, 1808 : Être fou à triple étage. Pour extravaguer, être sot au dernier point.

Fortifs

France, 1907 : Fortifications.

Après tout, la fleur de la pastorale est bien libre de pousser à Grenelle ou aux Lilas, dans les terrains vagues, entre une boîte à sardines et un vieux soulier lavé et rougi par cent averses. Votre gamine — je ne me rappelle plus si elle est brunisseuse ou corsetière — qui, ayant pour le lendemain un rendez-vous décisif, veut se parer pour la chute et lave son linge à la borne-fontaine, sous le bec de gaz, me plaît autant que Nausicaa, Pourquoi pas l’églogue le long des boulevards extérieurs et l’oaristys sur les fortifs ?

(François Coppée)

Sur l’talus posant leurs derrières
Au mêm’ niveau,
On y voit des famill’s entières
Mangeant du veau,
En guis’ d’absinthe ou d’anisette,
D’apéritifs,
On a des odeurs de poudrette
Sur les fortifs.

(V. Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Gomme (la)

Rigaud, 1881 : Manière d’être, état, genre du gommeux. Classification des élégants surnommés gommeux. Il y a la haute et la petite gomme. Les commis de magasin, les seconds clercs de notaires, les collégiens en rupture de bancs… de collège, qui veulent singer les gommeux du High-Life, font partie de la petite gomme.

France, 1907 : Le monde élégant. Ce mot signifiait autrefois excellence et n’était guère employé qu’en parlant des vins.

Mais non pas d’un pareil trésor
Que cette souveraine gomme.

(Parnasse des Muses)

L’Alcazar d’Hiver avait été adopté par la gomme ; dans les loges, les baignoires, en un décor vaguement mauresque, ce n’étaient qu’horizontales et entre-bâillées, toutes les fétarles que nous fêtons encore aujourd’hui (c’est pourquoi je propose pour elles ce nom : les immortelles). Ce n’étaient que boulevardiers en habit, cravate blanche, fleur à la boutonnière ; une fois par semaine, il tenait là ses assises, le chic, le copurchic, le pschutt, le gratin, le v’lan, le flan…
Sur la scène un défilé de femmes… des grosses, des maigres, des brunes et des blondes, des châtaines et des rousses ; elles égrenaient un chapelet de naïvetés lamentables et de turpitudes sanieuses.

(Le Journal, La Vie parisienne)

Puis, les fameuses de la gomme,
Passant tout le jour à chercher,
Ainsi que Diogène… un homme
Avec qui l’on va se… cacher.

(Jacques Rédelsperger, Nos ingénues au Salon)

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Guadeloupe

Rigaud, 1881 : Bouche, — dans l’argot des barrières. Le mot « guadeloupe » rappelle vaguement le mot « gueule ». Charger pour la Guadeloupe, manger.

Houppée

France, 1907 : Écume des vagues ; terme de marine.

Jaboter

d’Hautel, 1808 : Caqueter ; parler à tort et à travers ; ne dire que des choses frivoles et inutiles.

Larchey, 1865 : Causer.

Asseyez-vous donc un peu… nous jaboterons.

(Ricard)

On trouve jaboter avec ce sens dans Roquefort.

Delvau, 1866 : v. n. Parler, bavarder. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne :

Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte ;
Voyez comme l’esprit
Dans un jeune cœur s’introduit.

Rossignol, 1901 : Causer, parler.

France, 1907 : Bavarder.

Lise était sotte,
Maintenant elle jabotte.

(Restif de la Bretonne)

Le babillage politique de Léonide Leblanc, ses prétentions d’Égérie attestaient assurément plus de bonne volonté que d’information. Son esprit s’honora, du moins, par quelques curiosités intellectuelles. Elle déclarait un jour à un des plus spirituels rédacteurs en chef parisiens « Téléphonez-moi vers 5 heures, tous les jours : nous jaboterons politique… »

(Francis Chevassu)

Sous la brise fraîche,
Filant comme flèche,
Des bateaux de pêche
Passent au lointain ;
Les baigneurs barbotent,
Les vagues clapotent,
Les dames jabotent,
C’est l’heure du bain.

(L. Xanrof)

Kamchatka

France, 1907 : Néologisme inventé par Léon Daudet pour désigner la nombreuse catégorie de gens qui dénigrent tout et n’ont rien su produire.

Un véritable écrivain est-il sorti de leurs rangs, ce qui excuserait, et au delà, le long crédit que leur ont fait tous les gens de bonne foi ? Je leur serais reconnaissant de me le nommer. Ont-ils la même excuse de misère et de vague philanthropie que défendait Dupont et Durand contre la satire de Musset ? Pas le moins du monde. Les « Kamchatkas » sont donc venus, à leur heure, pour leur dire leur fait. Et puis, le ton est amusant, d’une vraie gaieté, un peu féroce d’ailleurs, d’une forme et d’un style bien français.

(Armand Silvestre)

Lanterner

d’Hautel, 1808 : Au propre, tarder, marchander, hésiter, être dans l’irrésolution ; impatienter, ennuyer.
Lanterner. Pendre quelqu’un à une lanterne : exécution funeste que le peuple se permettoit fréquemment dans les troubles de la révolution.

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer quelqu’un, le faire attendre plus que de raison, se moquer de lui.

Delvau, 1866 : v. n. Temporiser ; hésiter ; marchander et n’acheter rien. Argot du peuple.

Fustier, 1889 : N’être plus apte aux choses de l’amour.

— Dis-moi, petite… crois-tu que… ? — Dame ! vous savez, monsieur avec mamz’elle, faut pas lanterner… — Ben oui ! mais voilà ! à présent c’est que j’lanterne !…

(Almanach des Parisiennes, 1882)

Virmaître, 1894 : Faire une chose mollement, accomplir un travail à regret : lanterner pour l’achever. Lanterner : synonyme de muser (abréviation de s’amuser). Marcher comme un chien qu’on fouette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire une chose lentement. Mettre deux heures pour faire un travail de vingt minutes, c’est lanterner.

France, 1907 : Ennuyer quelqu’un, se moquer de lui.

Et il s’étonna de ne plus éprouver à présent qu’un embêtement vague de mari lanterné. Sûrement non, ce n’était plus la même chose qu’auparavant ; et il soupirait, regrettait de bon temps de leur petit ménage des commencements, dans leur coin de campagne là-bas, alors qu’elle l’attendait venir le soir sur le pas de la porte, après le trimage de la galère, pour lui manger le cou et se rouler dans ses tétins.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : N’être plus propre aux joutes amoureuses. Voir Limer.

— Dis-moi, petite… crois-tu que… — Dame ! vous savez, Monsieur, avec Mam’zelle, faut pas lanterner… — Ben oui ! mais voilà ! à présent que je lanterne…

(Gustave Fustier)

Lignard

Larchey, 1865 : Officier ou soldat des troupes de ligne.

Delvau, 1866 : s. m. Soldat de la ligne, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Pêcheur à la ligne, — dans le jargon des canotiers de la Seine.

Rigaud, 1881 : Rédacteur de journal payé à la ligne.

Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie de ligne.

Rigaud, 1881 : Typographe chargé de la ligne courante.

Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur qui fait spécialement la ligne courante.

Virmaître, 1894 : V. Fantaboche.

France, 1907 : Dans l’argot des typographes, c’est le compositeur chargé spécialement de la ligne courante.

France, 1907 : Peintre qui s’attache plus à la pureté du dessin, à la perfection de la ligne qu’à la couleur.

France, 1907 : Soldat d’infanterie de ligne. Les cavaliers désignent aussi les fantassins sous les sobriquets de homard, écrevisse de rempart, bigorneau, carapata, méfiant, mille-pattes, fiflot, etc.

Un dragon, de taille gigantesque, cause avec un tout petit lignard, lequel se plaint amèrement que le soleil lui tape sur la tête.
Alors le cavalier, d’un ton de supériorité dédaigneuse :
— Que dirais-tu si tu étais à ma place ? Car je crois que ma tête est infiniment plus près du soleil que la tienne !

C’est le printemps : dans sa cuisine,
Quand Madame va faire un tour,
Elle trouve avec Catherine
Un lignard jaspinant d’amour.

(Grammont)

Le petit lignard, si bon, si dévoué, si naïf, est la glorieuse personnification de notre armée. C’est un héros qui s’ignore lui-même. Dans l’âme de ce descendant des Gaulois couve le feu sacré qui fit de nous la grande nation ; au moindre choc, l’étincelle jaillit, l’odeur enivrante de la poudre éveille les instincts guerriers qui sommeillent dans sa poitrine ; quand les mâles accords du clairon retentissent, un frisson de fierté passe dans ses veines ; il s’exalte lorsque tonne la grosse voix du canon ; ses narines se dilatent en aspirant les émanations brûlantes du combat ; son sang s’échauffe, sa tête s’anime et resplendit, il pousse à pleins poumons la clameur stridente des batailles, et il s’élance avec une fougue indicible au milieu de la mêlée…
C’est alors que l’infanterie fournit ces charges fameuses, ces charges furieuses et échevelées comme les vagues de la tempête, terribles et foudroyantes comme les avalanches des Alpes.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin)

Concluons par ces beaux vers que Geogres d’Esparbès a dédiés au 46e de ligne, à l’anniversaire de la mort du brave La Tour-d’Auvergne :

Ô lignard ! bleu soldat de France
À l’œil ferme, au cœur vivandier,
Troubade, fils du grenadier,
Pousse-caillou de l’espérance,
Coq des blés vermeils et des seigles,
Sonne l’appel des bataillons,
Arme ton ergot d’aiguillons,
Vole vers le Rhin ! sus aux aigles !
Hardi, biffin ! boucle ta hotte,
Gretchen prépare ton fricot,
Mets une aile à ton godillot,
Loge une âme sous ta capote,
Les clairons font signe aux trompettes…
Bois un quart de vieux vin gaulois,
Et comme D’Auvergne autrefois,
Vas emplir ton sac de conquêtes !

Lorette

Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.

Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu

(G. Nadaud)

Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.

Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.

(Les Mémoires du bal Mabille)

Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.

(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)

Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.

(Ed. et J. de Goncourt)

Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.

(Paris-Lorette)

Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.

(Idem)

Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.

(Paris à vol de canard.)

France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.

Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.

Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.

(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)

L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Loupe

Larchey, 1865 : Fainéantise, flânerie.

Ma salle devient un vrai camp de la loupe.

(Decourcelle, 1836)

Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder.

Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice.

(Le Gamin de Paris, ch., 1838)

Loupeur : Flâneur, rôdeur.

Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ?

(Lynol)

Delvau, 1866 : s. f. Paresse, flânerie, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s’en est allé jusqu’en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. « Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L’allemand a Läufer… le danois lœber… ; enfin le suédois possède lopare… Tous ces mots doivent avoir pour racine l’anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir. »
L’ardeur philologique de l’estimable M. Francisque Michel l’a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler : soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s’acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s’acquérant que dans la pauvreté ; — soit les Lupanarii, où l’on ne fait rien de bon, du moins ; soit les lupilli, qu’employaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s’étend au soleil comme un lézard ; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

Rigaud, 1881 : Bamboche, paresse, flânerie. — Bambocheur, fainéant, flâneur. — Camp de la loupe, réunion de vagabonds.

C’était, — c’est peut-être encore — une guinguette du boulevard extérieur, près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté, par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin nommé Feignant.

(A. Delvau)

La Rue, 1894 : Bamboche, flânerie, paresse. Loupeur, bambocheur, flâneur.

France, 1907 : Paresse, bamboche ; du hollandais looper, coureur. Enfants de la loupe, ouvriers bambocheurs ; bande de vagabonds.

Les Enfants de la loupe et les Filendèches habitaient de préférence l’extérieur des carrières, leurs fours à briques ou à plâtre.

(Mémoires de M. Claude)

Au coin de la rue des Montagnes, un bonhomme avait loué un terrain vague ; il avait fait planter des pieux sur lesquels il avait cloué des planches à bateaux ; il avait planté du gazon dans l’intervalle des tables, afin que les buveurs pussent cuver leur vin à l’aise ; puis, à la barrière en planches qui servait de porte, il avait barbouillé ces mots : Au Camp de la Loupe, tenu par Feignant.
Il faut croire que les loupeurs étaient nombreux, car il gagna un joli pécule.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Mac

Vidocq, 1837 : s. m. — Amant et souteneur d’une fille publique. Il s’est opéré une telle fusion dans nos mœurs, que plusieurs types se sont effacés sans laisser la moindre trace de leur existence. Bientôt le Mac sera un de ceux-là ; il est déjà fossile, bientôt il sera anté-diluvien. Mais cela ne prouve rien en faveur de nos mœurs ; notre belle jeunesse d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle d’autrefois ; les dehors sont sans doute moins repoussans, mais l’intérieur est le même, et la seule conclusion qu’il soit possible de tirer de ce qui se passe, c’est que le nombre des êtres vicieux est plus grand. Le métier de Mac, autrefois, n’était guère exercé que par des voleurs ou des mouchards. Ces messieurs étaient jadis les seuls sultans des harems publics ; maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amans des jeunes gens de famille, ils ne volent personne, ils ne rendent aucun service à la préfecture de police, ils ont même de l’honneur ! Ce qui ne les empêche pas d’envoyer leur femme au vague, et d’avoir conservé toutes les traditions du métier, hormis celles qui pouvaient les compromettre. Que l’on ne croie pas cependant que les filles de joie ont gagné à cet échange ; il y avait autrefois entre elles et leurs amans une certaine conformité de périls et d’infortunes qui rendait la communauté plus douce, communauté qui n’existe plus maintenant. Cependant celui qui s’est fait le despote d’une courtisane, à la charge par lui de la défendre envers et contre tous, s’il n’est ni voleur ni mouchard, est bien prêt de devenir tout cela.
Le monde des Macs était autrefois un monde à part. On voyait ces Messieurs, réunis dans les bouges de la Grève et des environs, prêts, au premier signal, à aller jeter par la fenêtre le malheureux qui, pour son malheur, était entré dans un des mauvais lieux qui, à cette époque, infestaient les rues de la Tannerie, de la Vieille-Lanterne, de la Vieille-Place-aux-Veaux, de la Mortellerie.
Les Macs de l’ancien régime étaient tous costumés de la même manière ; grand chapeau à cornes, cravate d’une ampleur démesurée, veste très-courte, pantalon large, bas à coins de couleur, et chaussure des magasins de la mère Rousselle. Une chique énorme et un bâton long et noueux leur servaient de signes de reconnaissance.
Les filles étaient chargées de pourvoir aux besoins et aux plaisirs de MM. les Macs, et, à cet effet, chacune d’elles avait un compte ouvert chez Dupuis, la mère Bariol, la mère Sans-Refus, taverniers en grande renommée à cette époque. Chaque Mac inscrivait sur une ardoise sa dépense, que sa femme était chargée de payer. L’éponge passée sur une ardoise servait de quittance générale. (Voir Rutière).

Delvau, 1864 : Abréviation de maquereau.

Ça m’ fera peut-être rigoler un brin, de changer d’rôle, et de mac devenir miché.

(Lemercier de Neuville)

Après tout, ce n’est pas si bête
D’avoir fait quatre cents binettes.
D’hommes de lettr’s, de peintr’s et de mac ?

(A. Pothey)

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Maquereau, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Apocope de maquereau, souteneur de filles ; et mecque avec changement de l’a en e. — De maque, marchand ; d’où maquignon.

Virmaître, 1894 : Diminutif de maquereau. Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque. C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Individu qui vit du produit d’un labeur vaginal.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Abréviation de maquereau.

Mikel

Vidocq, 1837 : s. m. — Je conçois fort bien que l’on accorde à celui qui montre à travers les verres d’une lanterne magique, monsieur le Soleil, madame la Lune et le palais de l’Empereur de la Chine, qui avale des barres de fer et des lames de poignard, qui danse sur la corde ou exécute des tours de souplesse, le droit d’exercer son industrie sur la place publique : il ne fait de mal à personne, et quelquefois il amuse les badauds de la bonne ville ; mais ce que je ne puis concevoir, c’est qu’une police bien organisée accorde à certains individus le droit de voler impunément à la face du soleil. Il n’y a, je crois, que deux genres d’industrie, celles qui servent à l’utilité et à l’amusement, et celles qui ne servent absolument à rien ou plutôt qui ne sont que les moyens dont se servent quelques individus pour escroquer de l’argent aux niais : c’est évidemment dans cette dernière classe que doivent être rangées celles qui sont exercées par ces marchands de pommade propre à faire croître les cheveux, de baume propre à guérir les cors aux pieds. Si les charlatans qui débitent ces spécifiques sont dangereux, combien sont plus dangereux encore ces devins et devineresses en plein vent, qui prédisent au Jean-Jean qu’un jour il sera colonel, à la servante d’un homme seul que son maître la couchera sur son testament, à la fille publique qu’elle trouvera un entreteneur.
Lorsque vous passerez dans la rue de Tournon, arrêtez-vous au numéro 5, et entrez chez mademoiselle Lenormand, vous trouverez toujours dans le salon plusieurs individus des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions, attendant avec impatience l’instant d’être admis dans l’antre de la pythonisse ; allez vous promener sur les boulevards, sur la place du Châtelet ; arrêtez-vous au milieu du cercle qui entoure le sieur Fortuné, ou tout autre « élève favori du célèbre Moreau, qui a eu l’honneur de tirer les cartes à sa majesté Napoléon, » et vous verrez toutes les mains tendues lorsque le Pitre offrira aux amateurs la carte révélatrice.
Les individus qui vont demander des conseils aux tireurs de cartes sont des imbéciles, sans doute, mais il ne doit cependant pas être permis de les exploiter ; aussi, je le répète, je ne comprends pas l’indulgence de la police.
L’établissement d’un tireur de cartes se compose ordinairement d’une petite table, de trois gobelets de fer-blanc, de quelques petites boules de liège ou muscades, de plusieurs jeux de cartes, et d’un Pitre ou paillasse ; c’est dans un quartier populeux et à proximité d’un marchand de vin que l’Éteilla moderne exerce ; le Pitre commence ordinairement la séance par quelques lazzis de mauvais goût, ou quelques chansons plus que grivoises ; c’est lui, qui, en termes du métier, est chargé de faire abouler le trèpe, lorsque la foule est assez grande pour promettre une bonne recette, le devin arrive et débite son boniment ; le Pitre distribue les cartes et reçoit la rétribution fixée ; cela fait, le devin explique à voix basse et hors du cercle, la dame de carreau ou l’as de pique ; si parmi les individus qui ont pris, moyennant deux sols, une carte du petit jeu ou jeu de piquet, il s’en trouve un qui écoute avec plus de recueillement que les autres les vagues explications auxquelles sa carte donne lieu, et qui paraisse ajouter une foi entière aux discours du devin, celui-ci propose de lui faire le grand jeu ; si l’individu accepte, un signe du devin avertit le Pitre qui sait très-bien s’acquitter de la tâche qui lui est imposée. Il va trouver le Mikel, et tout en buvant une chopine avec lui, il lui tire adroitement les vers du nez, et bientôt il sait ce qu’il est, d’où il vient, où il va et ce qu’il espère ; il rapporte à son maître ce qu’il vient d’apprendre, et celui-ci est pris pour un grand homme par le Mikel, qui ne se doute jamais qu’il ne fait que lui répéter ce que lui-même disait il n’y a qu’un instant, et il ne regrette pas ce qu’il a payé pour se faire expliquer une ou deux cartes du jeu du tarot. Après le jeu du tarot il se fait faire le jeu égyptien, puis encore d’autres jeux qu’il trouve plus merveilleux les uns que les autres ; si bien, qu’il quitte le devin plus pauvre de quelques pièces de cinq francs, mais bien convaincu que dans peu de temps il n’aura plus de souhaits à former.
Si les tireurs de cartes bornaient à cela leur industrie, cette industrie, il est vrai, ne serait rien moins que délicate, mais au moins elle ne serait pas dangereuse, et si l’on voulait bien être très-indulgent elle serait même bonne à quelque chose, ne fût-ce qu’à donner à de pauvres diables ce qui ne saurait être payé trop cher : l’espérance ; mais il n’en est pas ainsi, les devins ne se contentent pas toujours de faire naître, moyennant finances, l’espérance dans le cœur du Mikel, ils veulent bien se charger de la réaliser. Lorsqu’ils ont trouvé un niais de force à croire qu’ils peuvent le faire aimer d’une femme, gagner à la loterie, ou découvrir un trésor caché, ils puisent à poignées dans sa bourse ; ce sont tous les jours des consultations, qui alors ne se donnent plus pour deux sous, mais qui sont payées fort cher ; ce sont des présens qu’il faut faire au génie familier du sorcier, etc., etc. Il arrive souvent, très-souvent même, que le Mikel n’est désabusé que lorsqu’il est complètement ruiné.
On mit un jour sous les yeux de M. Anglès, alors préfet de police, une pétition qui relatait toutes les ruses mises en œuvre par le sorcier que j’ai nommé plus haut, le sieur Fortuné, pour dépouiller un Mikel ; M. Anglès indigné écrivit en marge de cette pétition : « Si cet escamoteur ne rend pas ce qu’il a escroqué, je l’escamote à Bicêtre. » L’escamoteur rendit, pour ne pas être escamoté ; ce qui pourtant ne l’empêcha pas de faire de nouvelles dupes.

Larchey, 1865 : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Dupe, — dans l’argot des saltimbanques.

Moucharabi

France, 1907 : Petite fenêtre des maisons de l’Orient couverte d’un grillage de bois.

Dans cette admirable ville qui vous prend tous les pores, vous ouvre tant de sensations, et qui elle-même s’intitule la Fée aux mille amants, on sent peser sur soi la peine de l’homme seul ; rues où ne passent que quelques ménagères vagues et pressées ; boutiques, — merceries, modes, où derrière le comptoir ou la machine à coudre on n’aperçoit que l’homme au fez imperturbable ; volets mi-clos, moucharabis où l’on n’entrevoit pas même un bout de voile blanc qui tremble ; on est comme amputé de la moitié du genre humain et appauvri de ce qui est en réalité le meilleur de soi…

(Alexandre Hepp)

Murgériforme

France, 1907 : Style à la Murger.

On va me trouver, j’en ai peur, bien murgériforme et un peu « pauldekockniste ». Pour le moment, on ne s’intéresse plus qu’aux dames pâles d’Ibsen, sans cœur ni sexe, qui lâchent leur mari et leurs enfants sans qu’on sache au juste pourquoi, parce qu’elles ont du vague à l’âme et que tout n’est pas pour le mieux sur ce globe. Moi, je veux bien ; mais je n’ai d’émotion vraie que devant les choses moins compliquées.

(François Coppée)

Obnubilation

France, 1907 : Éblouissement vague, état ténébreux ; du latin obnubilus, nébuleux. Néologisme médical.

Nous vivons de papier noirci. Pas un étage de maison dans nos villes, pas une chaumine dans nos campagnes où, le matin, avec la soupe ou le café au lait, du citoyen français ne se débrouille de l’obnubilation nocturne en parcourant la feuille familière : et de sa cahute roulante, le berger hèle le porteur du Petit Journal qui passe sur la route en sonnant de sa trompe.

(Émile Bergerat, Journal)

Ocréas

Delvau, 1866 : s. m. pl. Souliers, — dans l’argot des Saint-Cyriens, qui se souviennent de leur Virgile et de leur Horace. Ocreatus in nive dormis, a dit ce dernier, qui n’était pas fait pour dormir tout botté sous la neige, comme un soldat, car on sait qu’à la bataille de Philippes il prit la fuite en jetant son bouclier aux orties.

France, 1907 : Souliers ; argot de Saint-Cyr ; c’est-à-dire réceptacle d’ocre. On sait que l’ocre est une terre argileuse colorée par un peroxyde de fer ou par du tritocarbonate de fer, laquelle offre une vague ressemblance avec le résidu appelé plaisamment essence de facteur rural ; à moins que le mot ne vienne du latin ocréa, bottine.

Outils

Larchey, 1865 : Instruments de voleur. V. Vague.
Outil de besoin : Mauvais souteneur (Bailly).

Delvau, 1866 : s. m. pl. Ustensiles de table, en général, — dans l’argot des francs-maçons.

Rigaud, 1881 : Instruments à l’usage des voleurs.

France, 1907 : Ustensiles de table ; argot des francs-maçons.

Palpitant

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Cœur.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cœur.

Halbert, 1849 : Cœur.

Larchey, 1865 : Cœur ému. V. Coquer, Battant.

Delvau, 1866 : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Cœur, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Cœur.

Virmaître, 1894 : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort. N.

France, 1907 : Le cœur.

— Nous l’avons échappé belle. J’en ai encore le palpitant qui bat la générale.

(Mémoires de Vidocq)

Une extase, vague et sans bornes,
Dilate tous les palpitants…
Bien des fronts sont dotés de cornes…
C’est le printemps ! C’est le printemps !

(Grammont)

Panier à salade

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voiture destinée à transporter les prisonniers.

M.D., 1844 : Voiture dans laquelle on transfère les détenus.

Halbert, 1849 : Voiture des prisons.

Larchey, 1865 : « Geôle roulante appelée par le peuple dans son langage énergique des paniers à salade… Voiture à caisse jaune montée sur deux roues et divisée en deux compartiments séparés par une grille en fer treillissé… Ce surnom de panier à salade vient de ce que primitivement la voiture étant à claire-voie de tous les côtés, les prisonniers devaient y être secoués absolument comme des salades. » — Balzac.

Delvau, 1866 : s. m. Petite voiture en osier à l’usage des petites dames, à la mode comme elles et destinée à passer comme elles.

Delvau, 1866 : s. m. Voiture affectée au service des prisonniers, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Souricière.

Rigaud, 1881 : Fourgon destiné au transport des prisonniers. Le panier à salade va, deux fois par jour, chercher aux différents postes de police le contingent déclaré bon pour le dépôt de la préfecture. Le nom de panier à salade est dû aux cahots que procure ce véhicule mal suspendu. Les prisonniers auxquels le gouvernement ne peut pas fournir des huit-ressorts y sont secoués comme la salade dans un panier.

La Rue, 1894 : Fourgon cellulaire.

Virmaître, 1894 : Voilure cellulaire pour conduire les prisonniers des postes de police au Dépôt de la préfecture, ainsi nommée parce qu’autrefois cette voiture était à claire-voie (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Voiture spéciale que l’on fait prendre aux détenus pour les conduire des postes de police au dépôt, ou encore d’une prison préventive à l’instruction ou au tribunal correctionnel.

Hayard, 1907 : Voiture servant à transporter les gens en prévention et les condamnés.

France, 1907 : Voiture cellulaire appelée ainsi parce qu’on y est secoué comme la salade qu’on égoutte dans le panier de ce nom. Ce sont de grands omnibus d’un vert sombre, clos et grillagés à l’extrémité où l’on aperçoit la silhouette d’un garde de Paris ; tombereaux — dit Edmond Lepelletier — où l’on entasse pêle-mêle, détritus de la grande ville, le crime, l’infamie, la honte, la misère, la faiblesse et aussi la vertu.

Le panier à salade se compose d’une allée centrale et de deux rangées de huit ou dix compartiments très exigus dans chacun desquels on enferme un prisonnier.
Dans ces sortes de boîtes formant armoires, on éprouve une sensation de malaise instinctif ; ceux qui ont passé par là, — et ça cube, à Paris — pourraient en témoigner.
Je ne sais quelle crainte vague et indéfinissable vous prend lorsqu’on se sent ainsi calfeutré, ramassé sur soi-même, assis, tassé, resserré, sans pouvoir se remuer… Chaque cahot de la rude guimbarde sans ressorts plaque les « voyageurs » contre les parois en bois et en tôle.
On est assis, bien entendu, dans le sens du cocher. On ne voit personne, puisque le compartiment est entièrement fermé et bouclé. C’est à peine s’il y a, par-ci par-là, quelques petits ajours pour laisser passer l’air.
On sort de ce trou — si l’on n’est pas une frappe et une pratique, ce qui est la majorité des cas, — moulu, brisé, démoralisé, avec des larmes de honte et de désespoir qui vous brûlent les yeux.

(Aristide Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Pas d’omelette sans casser d’œufs

France, 1907 : Cette locution s’explique d’elle-même. Pour obtenir une chose, il faut en sacrifier une autre, et l’on ne vit pas de l’air du temps. Mais d’où vient le mot omelette, ce mets exquis inconnu des Anglais et que seuls les Français savent bien réussir ? Littré n’en donne qu’une vague étymologie ; il se contente de dire qu’en picard l’on dit amelète et amelette dans le bas Maine, ce qui donnerait quelque appui à ceux qui y voient un diminutif d’âme, l’âme de l’œuf ! Il ajoute qu’au XIVe siècle on a dit alumelle et alumette parce que l’omelette est plate commune une alumelle, lame de couteau, amelète étant une corruption d’alumelle. D’autres donnent une étymologie plus tourmentée encore ; ils font venir omelette de l’italien animella et du grec ama luein. Il n’était pas besoin de chercher hors de France, ni de remonter aux temps héroïques. Omelette vient tout simplement d’œufs-meslettes, vieux français diminutif d’œufs mêlés.

Pègre (haute)

Vidocq, 1837 : Le plus fécond de nos romanciers, celui qui sait le mieux intéresser ses lecteurs au sort des héros qu’il met en scène, parle, dans une de ses dernières publications (le Père Goriot), d’une association de malfaiteurs qu’il nomme la Société des Dix Mille, parce que tous ses membres se sont imposé la loi de ne jamais voler moins de 10,000 francs. La Société des Dix Mille n’abandonne jamais celui de ses affiliés qui est toujours resté fidèle au pacte d’association. Tout en donnant carrière à son imagination, le spirituel romancier semble n’avoir voulu parler que de la Haute Pègre.
La Haute Pègre, en effet, est l’association des voleurs qui ont donné à la corporation des preuves de dévouement et de capacité, qui exercent depuis déjà long-temps, qui ont inventé ou pratiqué avec succès un genre quelconque de vol. Le Pègre de la Haute ne volera pas un objet de peu de valeur, il croirait compromettre sa dignité d’homme capable ; il ne fait que des affaires importantes, et méprise les voleurs de bagatelles auxquels ils donnent les noms de Pégriot, de Pègre à marteau, de Chiffonnier, de Blaviniste.
L’association des Pègres de la Haute a ses lois, lois qui ne sont écrites nulle part, mais que cependant tous les membres de l’association connaissent, et qui sont plus exactement observées que celles qui régissent l’état social. Aussi le Pègre de la Haute qui n’a pas trahi ses camarades au moment du danger n’est jamais abandonné par eux, il recoit des secours en prison, au bagne, et quelquefois même jusqu’au pied de l’échafaud.
On rencontre partout le Pègre de la Haute, chez Kusner et au café de Paris, au bal d’Idalie et au balcon du théâtre Italien ; il adopte et il porte convenablement le costume qui convient aux lieux dans lesquels il se trouve, ainsi il sera vêtu, tantôt d’un habit élégant sorti des ateliers de Staub ou de Quatesous, tantôt d’une veste ou seulement d’une blouse. Le Pègre de la Haute s’est quelquefois paré des épaulettes de l’officier-général et du rochet du prince de l’église ; il sait prendre toutes les formes et parler tous les langages : celui de la bonne compagnie comme celui des bagnes et des prisons.
Quoique le caractère des hommes soit, à très peu de chose près, toujours le même, les associations de voleurs ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles étaient autrefois. La Haute Pègre, maintenant, n’est guère composée que d’hommes sortis des dernières classes de la société, mais jadis elle comptait dans ses rangs des gens très-bien en cour. La plupart d’entre eux, placés par leur position au-dessus des lois, se faisaient une sorte de gloire de la braver. « L’administration de la justice, dit Dulaure dans ses Essais sur Paris, faible et mal constituée, accessible à la corruption et à tous les abus, tentait de réparer d’une main les abus qu’elle faisait naître de l’autre ; une législation vague et incertaine laissait un champ vaste à l’arbitraire, et, à la faveur des formes compliquées de la procédure, la chicane et la mauvaise foi pouvaient manœuvrer sans péril.
Le hasard de la naissance tenait lieu de génie, de talens et de vertus ; dépourvus de ces qualités, le noble n’en était pas moins honoré ; doué de ces qualités, le roturier n’en était pas moins avili.
Tant de germes de corruption, des institutions vicieuses et sans force pour lutter avec avantage contre les passions humaines, encouragées par l’intérêt du gouvernement, ne pouvaient qu’égarer l’opinion et pervertir la morale publique. »
Aussi, dit l’auteur de la Pourmenade du Pré aux Clercs, ouvrage publié en 1622, « des vols et assassinats très-multipliés se commettent, non-seulement la nuit, mais encore en plein jour, à la vue de la foule qui ne s’en étonne pas. »
Bussi Rabutin (Mémoires secrets, tome 1er, page 22) raconte qu’étant à Paris, deux filoux de qualité, le baron de Veillac de la maison de Benac, et le chevalier d’Andrieux, ayant appris qu’il avait reçu 12,000 livres pour faire les recrues de son régiment, vinrent en armes, pendant la nuit, entrèrent dans sa chambre par la fenêtre et lui en volèrent une partie ; ces Messieurs auraient, dit-il, volé le tout si la peur ne les avait fait fuir.
L’époque à laquelle Bussi Rabutin écrivait ses Mémoires, fut, sans contredit, l’âge d’or de la Haute Pègre : les temps sont bien changés ; les derniers membres renommés de la Haute Pègre, les Cognard, les Collet, les Gasparini, les Beaumont, sont morts depuis déjà longtemps, et n’ont pas laissé de dignes successeurs.
Il serait à peu près inutile de chercher à moraliser les membres de la Haute Pègre, ils volent plutôt par habitude que par besoin ; ils aiment leur métier et les émotions qu’il procure ; captifs, leur pensée unique est de recouvrer la liberté pour commettre de nouveaux vols, et leur seule occupation est de se moquer de ceux de leurs compagnons d’infortune qui témoignent du repentir, et manifestent l’intention de s’amender.
Plusieurs nuances distinguent entre eux les membres de la Haute ; la plus facile à saisir est, sans contredit, celle qui sépare les voleurs parisiens des voleurs provinciaux ; les premiers n’adoptent guère que les genres qui demandent seulement de l’adresse et de la subtilité : la Tire, la Détourne, par exemple ; les seconds, au contraire, moins adroits, mais plus audacieux, seront Cambriolleurs, Roulottiers ou Venterniers ; les parisiens fournissent généralement la masse de la population des maisons centrales, les provinciaux fournissent celle des bagnes. Quoi qu’il en soit, les uns et les autres ne pêchent pas par ignorance : les Pègres de la Haute sont tous d’excellents jurisconsultes, ils ne procèdent, pour ainsi dire, que le Code à la main.
Celui d’entre eux qui a adopté un genre de vol, renonce plus difficilement au métier que celui qui les exerce tous indifféremment, et cela peut facilement s’expliquer : celui qui ne pratique qu’un genre acquiert bientôt une telle habileté qu’il peut, en quelque sorte, procéder impunément ; cela est si vrai, que l’on n’a dû qu’à des circonstances imprévues l’arrestation de la plupart des Pègres de la Haute qui ont comparu devant les tribunaux.
J’ai dit plus haut que maintenant la plupart des Pègres de la Haute sortaient des dernières classes de la société, cela n’empêche pas qu’ils ne se piquent d’être doués d’une certaine grandeur d’âme et de beaucoup d’amour-propre ; lorsque les Jambe d’argent, les Capdeville, qui à une certaine époque étaient les premiers de la corporation, après s’être introduits à l’aide de fausses clés ou d’effraction dans un appartement qu’on leur avait indiqué, trouvaient dans les meubles qu’ils avaient brisés des reconnaissances du Mont-de-Piété ou quelques autres papiers qui indiquaient que la position de celui qu’ils voulaient voler n’était pas heureuse, ils avaient l’habitude de laisser, sur le coin de la cheminée tout l’or qu’ils avaient en poche, comme réparation du dommage qu’ils avaient causé ; plusieurs Tireurs donnaient au premier venu la montre qu’ils venaient de voler si elle n’était pas d’or.

Larchey, 1865 : « Association des voleurs les plus anciens et les plus exercés ; ils ne commettent que de gros vols et méprisent les voleurs ordinaires qui sont appelés dérisoirement pégriots, chiffonniers, pègre à marteau, ou blaviniste, par un pègre de la haute. » — Vidocq.

La première catégorie de voleurs se compose de la haute pègre, c’est-à-dire le vol en bottes vernies et en gants jaunes. C’est un homme jeune, élégant, distingué ; vous ne le rencontrerez qu’en coupé… Deux ou trois fois par an, il travaille, mais ses expéditions sont toujours fructueuses.

(Canler)

Peloter

d’Hautel, 1808 : Peloter en attendant partie. S’amuser, s’essayer à quelque chose, que l’on doit par la suite embrasser sérieusement.
Se peloter. Pour dire, se battre, se prendre aux cheveux.

Larchey, 1865 : Caresser des charmes arrondis en pelote. — Pelotteur : Flatteur.

Se montrer rampant, pelotteur et bêta.

(Wado, Chansons)

Delvau, 1866 : v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d’Elmire. Par extension, Amadouer par promesses quelqu’un dont on attend quelque chose.

Rigaud, 1881 : C’est l’équivalent de patiner, mais avec plus de délicatesse de touche. — Flatter quelqu’un pour obtenir un service. — Peloter le carton, peloter la dame de pique, jouer aux cartes. — Peloter le carme, faire les yeux doux aux sébiles des changeurs, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Flatter. Courtiser une femme avec la main.

France, 1907 : Flatter, flagorner.

Il ne blaguait plus le sergent de ville en l’appelant Badingue, allait jusqu’à lui concéder que l’empereur était un bon garçon… C’était visible, il le pelotait.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Palper, caresser les formes d’une femme.

— Laissez-moi vous caresser, vous aimer, vous dorloter, vous peloter, petite Vanina !
— Ici ?
— Oui, ici. Tandis que le peuple chante, danse, rit ; tandis qu’il est tout à la joie, au son des marches guerrières, enfilons la cadence d’amour. Nos soupirs battront la mesure…

(Fin de Siècle)

Albertine, qui savait ce que peloter veut dire, ne se scandalisait pas pour si peu. En gloussant de plaisir comme une poule, elle ne trouva que cette protestation assez vague : — Vous me chatouillez.

(Jean Deslilas, Fin de Siècle)

Au flambe il faut voir la bergère
Sans lui peloter le derrière.

Ce distique, tiré de Pigeons et Vautours d’Hogier-Grison, ne renferme aucune idée indécente, il signifie simplement en argot des grecs :

Au jeu il faut voir la dernière carte
Sans être obligé de la toucher.

Perdre la boussole

France, 1907 : Perdre la tête, divaguer. C’est par la boussole qu’on dirige les navires : la boussole perdue, le vaisseau devient un corps sans âme ou plutôt sans cervelle.

Persil

d’Hautel, 1808 : Grêler sur le persil. Exercer son autorité, son pouvoir, son crédit, sa critique contre des gens foibles, ou sur des sujets de nulle importance.

Rigaud, 1881 : Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution.

C’était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres.

(É. Zola, Nana)

Virmaître, 1894 : Faire le persil, aller au persil : raccrocher. On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller ; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil ; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales ; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres :
— Elle a du persil dans les pieds ; de là : faire son persil (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Une fille publique fait son persil, lorsqu’elle fait les cent pas dans la rue à la recherche de michets.

France, 1907 : Le monde des cocottes, le commerce de la prostitution. Ce mot a dû être importé à Paris par les filles du midi de la France, où persil signifie argent, à moins qu’il ne vienne du latin percilum, œillade.

C’est le grand jour du Cirque, jour du persil et du gratin ; le jour des demoiselles qui se respectent et qui sont seules, du reste, à remplir cette fonction, et des messieurs dont la boutonnière se fleurit d’un gardénia acheté un louis à la bouquetière du cercle.

(Paul Mahalin, Mesdames de Cœur-Volant)

Aller au persil, faire son persil, travailler dans de persil, autant d’expressions courantes pour signifier raccrocher les hommes ; aussi dénomme-t-on les raccrocheuses Mesdames du Persil. Une partie très fréquentée du bois de Boulogne est appelée le Persil depuis la transformation et l’embellissement du bois, sous le second empire, à cause du nombre de filles galantes qu’on y rencontre soit à pied, soit en voiture.

Yen a des tas, yen a d’partout :
De la Bourgogne et du Poitou,
De Nanterre et de Montretout,
Et d’la Gascogne ;
De Pantin, de Montmorency,
De là d’où, d’ailleurs et d’ici,
Et tout ça vient fair’ son persil
Au bois d’Boulogne.

(Aristide Bruant)

Persiller

Delvau, 1864 : Se promener, le soir, quand on est putain libre, sur le trottoir des rues et des boulevards où l’on est assurée de rencontrer des hommes qui bandent ou à qui l’on promet de les faire bander.

Pour persiller l’ jour dans la pépinière,
De vingt penauds, j’ lui paye un p’tit panier.

Elles explorent le boulevard, persillent dans les squares.

(Lynol)

Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher, — dans l’argot des souteneurs de filles. On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil. Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu’il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que Pesciller, prendre. En l’absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d’insinuer que le verbe Persiller pourrait bienvenir de l’habitude qu’ont les filles d’exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues — où pousse le persil ?

France, 1907 : Raccrocher les passants.

Trop giron, trop bot pour rien faire,
C’est naturel qu’y soit feignant,
Pauvr’ chat, l’turbin c’est pas sa sphère,
Moi, j’m’en rattrape en persillant,J’me ballade, quand y pleut j’me mouille,
Y m’attend tranquill’ment au lit
Et quand j’rapporte la douille,
Ah ! faut voir comme il est poli,
Et puis l’matin, l’amour ça creuse,
J’y port’ dans l’pieu son chocolat :
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

Petiot

France, 1907 : Diminutif de petit, en usage chez le peuple des villes et des campagnes.

Pour exploiter les gosses, les crapulards ont plus d’un joint.
Il y a d’abord le coup de l’apprentissage : on colle le gosse à l’atelier et on lui fait remplir les fonctions d’homme de peine.
Il y a aussi des bagnes où on n’exploite quasiment que des mômes, sous l’hypocrite prétexte de faire de la boite une vague école professionnelle.
Mais fichtre, le pire enfer pour les mômes, c’est ces cochonnes de maisons de correction où on claquemure les petiots, — le plus souvent pour d’insignifiantes babioles qui ne seraient pas répréhensibles dans une societé libre — en supposant qu’elles y fussent encore possibles !
À un âge où les pauvrets ne devraient songer qu’à se laisser vivre, à rigoler, à chahuter, — et à s’instructionner quand ils s’en sentiraient le besoin, — on les fourre au ballon et on les traite kif-kif des forçats.

(Le Père Peinard)

Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien faim,
Les petiots claquent des dents.
Ohé ! Il faut qu ils entrent,
Vous mangez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux n’ont rien dans le ventre.
Ouvrez la porte
Aux petiots qu’ont un briquet,
Les petiots grincent des dents.
Ohé ! les durs d’oreilles !
Nous verrons là-dedans,
Bonnes gens,
Si le feu vous réveille.

(Jean Richepin)

Petit crevé

France, 1907 : Petit jeune homme élégant, oisif et nul.
Ces parasites sociaux ont existé de tout temps. L’antiquité grecque et romaine après les Medes, les Perses et les Égyptiens a fourni ses contingents de jeunes riches inutiles. On trouve chez les Grecs, dit le Courrier de Vaugelas dans son étude sur les Métamorphoses du fat à travers les âges, le kinaïdos ou mignon, qui s’épilait les jambes ; le kelidonios, aux joues enduites de vermillon, aux yeux peints, au regard mobile ; le hierogamos, paré pour les noces sacrées ; le kalos, genre Alcibiade ; le néanios ou neaniskos, petit jeune homme.
Les Romains avaient, eux, les bene barbati ou belles barbes, portant des gants et des tuniques longues jusqu’au talon ; les barbatuli, blancs-becs, dont s’entourait Catilina ; les formosuli, jeunes gens bien tournés qui marchent sur la plante des pieds, effleurant à peine le sol ; les forosi, élégants adorateurs de leur propre ventre ; les delicati, les précieux ; les gloriosi, les fanfarons ; les lepidi, les agréables ; les comatuli, les cincionatuli, les petits bouclés, les petits frisés ; les cirrati, les pommadins ; les calamistrati ; les trossuli ou petits-maîtres, dont la vague dura plus de trois cents ans.
On voit que nos petits crevés, nos boudinés, nos faucheurs ne proviennent pas d’une génération spontanée. En cela comme pour beaucoup de choses nous ne faisons que recommencer l’antiquité.

Pendant qu’aristos et millionnaires, mâles et femelles, godaillaient au bazar de la Charité, étalant leurs falbalas et se foutant du pauvre monde autant qu’un poisson d’un parapluie, voilà que la fatalité s’abat sur eux !
L’incendie les mange !
Et alors, dans ce grand bazar d’où, avec de la présence d’esprit, y aurait en mèche de sortir sans grands avaros, voilà que les petits crevés de la haute se sont fichus à cogner dur sur les femmes, à coups de canne, afin de leur passer sur le corps.

(Le Père Peinard)

Pierreuse

d’Hautel, 1808 : Prostituée, vile courtisane, raccrocheuse dans le plus bas degré. Ce sobriquet a été donné à ces femmes parce qu’elles font ordinairement leur honteux commerce dans les lieux où l’on bâtit, et où il y a un grand nombre de pierres.

Vidocq, 1837 : s. f. — Fille publique du dernier étage. Ces malheureuses exercent leur triste métier dans les bâtimens en construction. On les nomme aussi Filles de terrain (Voir l’ouvrage de Parent Duchatelet, de la Prostitution dans Paris). Elles sont toutes voleuses.

Larchey, 1865 : « Prostituée qui, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection… elle cherche toujours les ténèbres… Derrière des monceaux de démolition, des tas de pierres, des restes d’édifices en ruines, elle traque l’homme que le hasard amène. » — F. Béraud. — V. d’Hautel, 1808.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui, dit F. Béraud, même dans sa sphère de turpitudes, est tombée au plus bas degré de l’abjection. Son nom lui vient de ce qu’elle exerce dans les lieux déserts, derrière des monceaux de démolition, etc.

Rigaud, 1881 : Misérable prostituée qui rôdaille autour des maisons en construction, aux abords des terrains vagues, sans feu ni lieu, et n’a pour alcôve qu’un amas de graviers. — La pierreuse est souvent doublée d’un macrotin qui se tient à distance et surgit à l’improviste, lorsque le moment de dévaliser le client paraît propice.

La Rue, 1894 : Prostituée errante.

Virmaître, 1894 : Fille publique qui bat son quart dans les terrains vagues, où il se trouve plus de cailloux que d’herbe (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Fille publique.

France, 1907 : On donne ce nom à un genre particulier de femmes qui ont vieilli dans l’exercice de la prostitution du plus bas étage, qui sont trop paresseuses pour chercher du travail, et trop repoussantes pour être accueillies nulle part. Le jour, on ne les voit pas : elles sortent la nuit et vont roder dans les endroits retirés. Ces filles sont rarement affectées de syphilis ; mais cela tient à ce qu’elles ne s’exposent jamais à la contracter.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Les pierreuses n’ont d’autre domicile que les chantiers de maisons en démolition on en construction ; exercent la prostitution à la belle étoile, sous les ponts, sur les berges, aux remparts et dans les fossés des fortifications, quelquefois même dans les allées des maisons sans concierge.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Combien de belles l’ont maudit !
Séduisant la brune et la blonde,
Pierreuses et femmes du monde,
Chez toutes il avait crédit…

(Paul Daubry)

Pignouf

Larchey, 1865 : Chez les cordonniers, le maître s’appelle pontif, l’ouvrier gniaf, et l’apprenti pignouf.

Larchey, 1865 : Homme grossier, mal élevé.

Cet animal d’Amédée n’a pas le sou. — Prends-en un autre. — Où ça ! tous des pignoufs ici.

(1860, À bas le quartier latin)

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. — Grossier personnage, malappris.

En voilà un petit pignouf de calicot, qui m’a fait boire de la groseille quand j’avais demandé du madère !

(G. Lafosse, Petit journal amusant)

Le Pignouflard, c’est le pignouf dans toute sa beauté, la dernière expression du goujat.

Fustier, 1889 : Élève reçu à l’École normale, mais qui n’a pas encore subi l’épreuve du canularium. (V. ce mot.)

La Rue, 1894 : Grossier. Avare. Goujat. Apprenti cordonnier.

Virmaître, 1894 : Un miché qui pose un lapin à une fille est un pignouf (Argot des filles).

France, 1907 : Individu grossier, avare, égoïste, glouton. Terme de mépris que l’on adressait autrefois dans les régiments à ceux qui buvaient seuls, qui faisaient suisse. L’Intermédiaire des chercheurs et curieux donne, sous la signature Ego E-G, l’explication de ce mot :

D’après nos professeurs de langue verte, ce mot s’applique à tout individu considéré comme un goujat, un grossier personnage, comme un homme malpropre et malappris ; c’est le dernier échelon, en outre, de l’échelle sociale des savetiers, au sommet de laquelle trône le chef de l’atelier du pontife, tandis que l’ouvrier ou gniaf siège plus bas ; telle est, au figuré comme au sens propre, la signification générale de cette grotesque locution. Quant à son étymologie, faut-il la voir dans le vieux mot français pigne (peigne), dont se servaient jadis Rabelais, Regnier, Villon et leurs émules, afin de mieux adapter une portée dédaigneuse à leur pensée et qui s’est implanté plus tard, chez nous, dans une conception identique, accompagné d’une interjection (ouf) capable de lui donner à la fois un son moins vague et radical ? Doit-on, au contraire, le puiser avec un peu plus de succès dans les pinons (pommes de pin), dont la corruption a fait pignons et même peignons, afin de désigner directement ce qui reste de la laine, après qu’elle a été peignée (postquam carminata fuit tana) comparaison qui nous conduit à regarder toujours le mot dans son acception présente ? ou bien, en remontant jusqu’au celtique pen (tête, sommet), faut-il y voir le motif d’une allusion portée jusqu’au comble du mépris pour l’individu qu’elle frappe ? Quelle que soit l’origine que l’on préfère, on y trouvera toujours une portée presque identique et qui se résume dans la désignation frappante de l’homme sale comme un peigne et malappris.

 

Quelques coryphées très jeunes causent au foyer de la danse :
Qu’est-ce que c’est que les sénateurs ?
— Un tas de vieux, répondent les mieux renseignées.
— Et les députés… sont-ils plus jeunes ?
— Ils sont moins vieux.
D’où cette réflexion surnaturaliste d’une petite marcheuse, ayant déjà beaucoup marché :
— C’est donc ça qu’ils sont plus pignoufs !

Pipelet

Larchey, 1865 : Portier. Du nom d’un portier ridicule des Mystères de Paris.

Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets.

(Privat d’Anglemont)

Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

Delvau, 1866 : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des Mystères de Paris d’Eugène Sue. Chapeau-Pipelet. Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d’Eugène Sue, la victime de Cabrion.

France, 1907 : Concierge. C’est le nom d’un portier des Mystères de Paris d’Eugène Sue.

À part quelques calicots rétrogrades et quelques vagues paltoquets venus des plus lointaines provinces, personne, à l’heure actuelle, ne manifeste aucune haine contre les pipelets. Ces jeux sont surannés — et ce qui, surabondamment, le prouve, c’est la modération dont font preuve, à l’endroit des humbles gardiens de nos immeubles, les bardes des calés-concerts eux-mêmes.

(Georges Auriol)

Voir quelques extraits des chants d’un des bardes auxquels il est fait allusion ci-dessus :

Écoutez, des aïeux, l’avis plein de prudence :
Que vos pieds, armés de chaussons,
Sur l’escalier criard se posent en cadence,
Et, muets comme des poissons,
Descendez dans la nuit obscure,
Si Pipelet, sombre, a guetté,
Ne lui tapez sur la figure
Qu’à la dernière extrémité !
Du rez-d’-chaussé’ jusqu’en haut,
Sur les pip’lets délétères
Nous cogn’rons et, s’il le faut,
Nous ouvrirons les portières,
On les déménagera,
Les malheureux locataires ;
On les déménagera,
Le concierge en crèvera.

(Jules Jouy)

Porteiris

France, 1907 : Porteuse de poissons ou de mollusques ; idiome marseillais.

Sandrine est de la race des belles filles qui sucent des oranges devant la Tourette, en attendant le retour des tartanes, et des porteiris en casaque courte qui portent la corbeille sur la tête, tiennent les mains sur les hanches et gardent, en marchant, le beau roulis des vagues de la mer.

(Jean Lorrain)

Pourchas

France, 1907 : Poursuite, action de suivre, de pourchasser. Vieux mot.

Quand je connus Sainte-Beuve, une vague aspiration vers l’Académie le contenait déjà dans ses vagabondages poétiquement amoureux.
Je dis poétiquement, car la première venue lui inspirait les hémistiches bleus, quoiqu’il aimât le terre-à-terre. Il était toujours au pourchas de quelque fillette du pays latin, une désœuvrée ou une boutiquière, ce qui ne l’empêchait pas de jeter d’autres hémistiches plus endiamantés chez les femmes du monde soutachées de littérature ; mais le pur bas-bleu, il ne l’aimait pas.

(Arsène Houssaye, Souvenirs de jeunesse)

Quartier (le)

France, 1907 : Nom que les étudiants donnent au Quartier latin.

Farandol cessa d’être étudiant pour devenir bohème…
Il ne quitta point le Quartier, continua d’y vivre au jour le jour, dans un garni, s’occupant seulement d’y culotter des pipes, de pinter de la bière, et parfois de rimer des sonnets vaguement insérés à l’œil dans de petits journaux d’un tirage problématique.

(Grammont, L’Intransigeant)

Femme du Quartier, femme galante du Quartier latin.

Raison

d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas faire trente-six raisons pour cela. Se dit à quelqu’un qui fait des objections à tout ce qu’on lui commande, pour lui marquer que ses répliques ne conviennent pas.
La bête à raison. Façon de parler satirique, pour dire, qu’on approuve le sentiment d’une personne, pour laquelle d’ailleurs on n’a aucune considération.
Comme de raison. Pour, comme il est raisonnable, comme il est juste qu’on fasse.
N’avoir ni rime ni raison. Extravaguer dans ses raisonnemens.
C’est la raison que chacun sait, maître en sa maison. Dicton populaire, qui signifie que chacun doit être maître chez soi.

Raseur

Larchey, 1865 : « Le raseur est l’individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu’il tient votre bras, le raseur ne vous quitte plus. » — A. Scholl, 1853.

Rigaud, 1881 : Commis en nouveautés qui procède comme il est indiqué ci-dessus.

Virmaître, 1894 : Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard). V. Crampon.

Rossignol, 1901 : Voir raser.

Hayard, 1907 : Bavard ennuyeux.

France, 1907 : Ennuyeux importun, gêneur.

Si les sentiers du journalisme et de la littérature ne sont pas encore tout à fait encombrés par de vagues raseurs bien coiffés, c’est que ceux-ci préfèrent exercer une profession moins aléatoire que celle d’écrivain. Ce n’est pas la modestie qui les empêche d’écrire : c’est la raison. Rendons hommage à leur prudence et à leur souci de l’avenir. Grâce à cette réserve, il y a encore des gens qui, sur les feuilles de recensement, ne s’intitulent pas homme de lettres, et l’on peut écrire à son bottier sans être forcé, par la plus élémentaire des courtoisies, de l’appeler « Monsieur et cher confrère. »

(Paul Foucher)

Nous reverrons encor bien des choses insanes
Qui font lever le cœur et amènent le rot :
Sur des velours en zinc des vestales sans cuisses,
Sur des crus épinards des vierges sans tétons
Dans les grands bois sacrés d’impudiques Narcisses
Et devant des pianos des raseurs en veston.

(Don Juan)

Rodeuse

Virmaître, 1894 : Fille publique qui n’a pas de poste fixe, qui fait son persil dans les terrains vagues. On l’appelle ainsi pour cette raison (Argot des souteneurs).

Rondine

Ansiaume, 1821 : Bague.

Avec une rondine j’affranchirai la gothon.

Vidocq, 1837 : s. f. — Bague.

un détenu, 1846 : Bague.

Halbert, 1849 : Boule, canne.

Larchey, 1865 : Bague. — Même allusion. V. Vague.

Delvau, 1866 : s. f. Bague, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bague. — Canne.

La Rue, 1894 : Bague. Canoë. Rondiner, battre à coups de bâton.

France, 1907 : Canne.

Sainte blessure

France, 1907 : Nom donné par les âmes poétiques et tendres aux menstrues.

Toutes ces honnestes dames et candides Agnès qui, chaque mois, pour peu qu’il y eût du retard dans l’éclosion de leur sainte blessure, étaient saisies de terreurs folles et se precipitaient de çà de là, par bandes furtives et tremblantes théories, chez tous les médecins et toutes les matrones de la capitale.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

On dit aussi, pour qu’il n’y ait pas de méprise : sainte blessure féminine.

Et voilà que soudain une inquiétude, vague d’abord, puis obsédante et terrible, surgissait dans son esprit, une épouvante folle s’emparait d’elle : cinq semaines, six semaines, deux mois s’écoulaient, aucune gouttelette rouge n’apparaissait, la sainte blessure féminine s’entrebâillait et ne transsudait point.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Steamer

France, 1907 : Navire à vapeur. Anglicisme ; de steam, vapeur.
Nos armateurs n’ont plus de chargeurs ; ils ont des cargo-boats. On dit un steamer, et non bateau à vapeur. Ouvrez les rapports de nos ingénieurs des ponts et chaussées, ils sont remplis de mots anglais : block-system, railways, etc. Au ministère de l’agriculture, il n’est question que de mildew, black-rot, etc.

Il n’avait pas, comme les autres marins, la nostalgie des vastes horizons, des étendues bleues, infinies d’où se dégage on ne sait quelle mystérieuse attirance, il ne suivait pas d’un long regard fixe les steamers qui s’en allaient là-bas en rayant le ciel de fumées noires, les trois-mâts qui, avec leurs voiles éployées, se balançaient comme de grands goëlands qui planent au ras des vagues.

(Mora, Le Gil Blas)

Tante

Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.

Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.

* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.

Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.

Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

(Christophe)

Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »

(1837, Vidocq)

Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.

(Balzac)

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

(Moreau Christophe)

Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.

Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.

Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.

Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.

Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.

(J. Dementhe)

La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.

Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Voir chatte.

Hayard, 1907 : Pédéraste.

France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.

Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.

Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »

 

Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.

(Émile Bergerat)

Terreuse

La Rue, 1894 : Bouteille. On dit aussi rouille, rouillarde.

France, 1907 : Bouteille. Respirer une terreuse, boire une bouteille.

France, 1907 : Prostituée qui se livre à son métier dans les terrains vagues, les endroits déserts.

Terrière

Virmaître, 1894 : Raccrocheuse qui pousse son persil dans les terrains vagues (Argot des souteneurs).

Timbale (décrocher la)

Rigaud, 1881 : Surpasser, remporter un avantage sur ses rivaux, sur ses concurrents.

Celui qui a décroché la timbale lyonnaise ne vaut pas mieux comme opinion que l’ex-pensionnaire de Clairvaux.

(Le Triboulet, du 13 juin 1880)

France, 1907 : Remporter le prix. Allusion à la timbale d’argent que l’on accrochait à l’extrémité du mât de cocagne. Disons en passant que ce fut un entrepreneur de fêtes foraines, nommé Terre, qui installa pour la première fois, en 1768, sur les boulevards, près de la porte Montmartre, un mât de cocagne.

Mais enfin la timbale est décrochée. Et, des hauts et des bas subis pour l’atteindre, il ne reste plus qu’un vague souvenir, qui n’est pas toujours sans charme. D’ailleurs, à l’âge où les lauriers poussent sur ces jeunes têtes, on ne songe guère aux retours amers vers le passé : on n’a d’yeux et de pensées que pour l’avenir, si plein de promesses radieuses. Il est là, cet avenir, souriant et rose : on le touche du doigt ; on a l’esprit déjà hanté des grandes chimères tragiques, l’oreille charmée par la mélodie enivrante des bravos ; on savoure comme un délicieux avant-goût des adulations et des enthousiasmes… Quel rêve ! Mais souvent quel réveil !…

(Émile Blavet)

Tolstoïsme

France, 1907 :

Ayons le courage de le dire et même de le crier, sans nous émouvoir d’une phalange de dévots obstinés…
M. Tolstoï est devenu le plus sinistre raseur moralisant et le prédicant le plus insupportable que la terre ait produit depuis Jean-Jacques Rousseau (de Genève)…
Je n’insiste pas ; il s’agit d’expliquer le tolstoïsme.
D’une façon générale, cette doctrine, ou plutôt cette religion, est une sorte de christianisme humanitaire mâtiné de socialisme et de fouriérisme, tel qu’il fleurissait en France vers 1848. On se figure que les livres de Tolstoï qui nous parviennent ont été écrits récemment ; si beaucoup, au contraire, sont assez vieux et les premiers, les plus curieux, les autobiographies, remontent à 1852. L’Europe, à ce moment, sortait à peine de la crise sentimentale ; elle venait, pendant plusieurs années, de rêver de bonheur et de fraternité ; on prêchait l’union des classes et l’union des peuples : des ouvriers, en pleurant, embrassaient le curé qui jetait son eau bénite (et un mauvais sort avec) sur l’arbre de la Liberté. Partout régnait une considérable mais attendrissante niaiserie. Nul doute que cet universel état d’esprit n’ait influé sur l’âme de Tolstoï, et que nos pseudo-réformateurs français n’aient été les inspirateurs de sa foi nouvelle. N’est-ce pas à Fourier qu’il a emprunté sa théorie du travail agréable ?
Mais les idées de Tolstoï qui ont fait connaître son nom sont plus récentes ; elles touchent principalement à l’amour et elles sont comme le résumé et la conclusion des théories sociales ou religieuses qu’il avait exposées antérieurement.
Voici donc la grande découverte morale de Tolstoï : la loi de l’homme, l’amour, est une aspiration au bien des autres ; mais il faut que cette aspiration altruiste soit constante et universelle ; il faut aimer non un seul être, mais tous les êtres : l’amour particulier est un vol fait à l’amour universel…
C’est faire un bien grand détour pour revenir à la doctrine de saint Paul et des premiers moralistes chrétiens, et c’est aussi une grande naïveté que de s’imaginer que l’on va captiver les hommes, et surtout les femmes, avec de pareilles formulettes. On peut, le christianisme primitif l’a prouvé, diriger l’idéal humain vers le renoncement, mais on ne pourra jamais l’orienter dans cette voie douloureuse au nom d’entités aussi ridiculement vagues que l’amour universel.
Cela est absurde. Amour universel, mot vif, parole vaine ! L’amour est particulier ; il n’y a pas d’amour sans objet, — et aimer tout et tous, c’est n’aimer rien et personne. Un tel sentiment, s’il était possible, se confondrait absolument, par l’identité des contraires, avec le pur et simple égoïsme.

(Rémy de Gourmont)

Truc (débiner le)

Rigaud, 1881 : Révéler le secret d’un métier, les ruses d’un métier, la manière d’opérer.

Je vois que vous êtes du métier : ne débinez pas le truc.

(G. Escudier, Les Saltimbanques)

Maquiller le truc, organiser une affaire.

France, 1907 : Dévoiler le secret.

… Vous prenez un de ces vases d’élection et vous y jetez un petit carnet de coulissier bien gras ; puis vous en fermez le couvercle et vous le laissez fermenter dans un coin sans y penser davantage : tous les cinq ans, vous l’ouvrez, et avec une cuillère à pot, vous en ramenez de la représentation nationale, soit une infinité de petits députés députants, de petits sénateurs sénatorisants qui, au moindre rayon de soleil, grandissent en dansant et deviennent des ministres ministrants tels que nous, que dis-je, des candidats à la présidence, pour ensuite se répandre et pulluler dans l’administration, les postes lucratifs, les fonctions honorifiques, les consulats, ambassades et perceptions. Et voilà, Messieurs et Mesdames, tel est le truc du système et le système du truc. Nous avons l’honneur de vous le débiner, afin que vous sachiez par quoi nous avons remplacé les vagues régimes, monarchies ou empires…

(Émile Bergerat)

Vacquerie (aller en)

Vidocq, 1837 : v. a. — Sortir pour aller voler.

Rigaud, 1881 : Sortir pour s’entretenir la main… au vol. C’est-à-dire aller vaguer en cherchant une bonne occasion.

Vague

Delvau, 1866 : s. m. Flânerie, Vagabondage. On dit aussi Coup de vague.

Delvau, 1866 : s. m. Promenade intéressée, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs. Envoyer une femme au vague. Lui faire faire le trottoir.

Rigaud, 1881 : Va-et-vient des filles sur la voie publique. — Lancer une gousse au vague, envoyer une femme faire le trottoir, — dans le jargon des voyous. — Se lâcher du vague, aller promener sur la voie publique.

La Rue, 1894 : Flânerie. Vol. Poche. Le va-et-vient des filles sur le trottoir. Du vague ! Non, rien. Coup de vague, vol à la flan. V. flan. Être au vague, préparer un vol.

Virmaître, 1894 : Les filles qui raccrochent donnent un coup de vague, elles font leurs affaires. Vaguer, promener au hasard, est une corruption du mot français vaquer (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Vol. Commettre des vols est aller au vague.

France, 1907 : Même sens que vacquerie. Aller au vague, flâner. Se dit aussi pour faire le trottoir. Se lâcher du vague, vagabonder.

Vague (coup de)

Larchey, 1865 : Vol à la flan. Son auteur est dans le vague sur le butin qu’il en pourra tirer.

Un soir que j’étais dans la débine. Un coup de vague il me fallut donner. Pour travailler j’mis au plan ma rondine, Et mes outils nous fûmes les déplanquer.

(Bailly)

Vague (cour de)

France, 1907 : Vol au hasard.

Un certain soir étant dans la débine,
Un coup de vague il leur fallut pousser,
Car sans argent l’on fait bien triste mine.

(Clément, forçat)

Vague (du)

France, 1907 : Rien ! Néant !

Vague (du) !

Delvau, 1866 : Rien ! Néant ! Terme de refus.

Vague (en pousser une)

Virmaître, 1894 : Synonyme d’arracheur de chiendent, aller au hasard, vaguement, avec l’intention de voler n’importe qui ou n’importe quoi (Argot des voleurs).

Vaguer

un détenu, 1846 : Voler. Aller au vague : aller au vol.

Delvau, 1866 : v. n. Sortir sans savoir avec qui on rentrera ; — dans l’argot des petites dames. On dit aussi Aller au vague.

Vaguer, aller en vacquerie, être dans le vacque

La Rue, 1894 : Sortir pour voler.

Valades ou vagues

Rossignol, 1901 : Les poches.

Vulgivague

France, 1907 : Néologisme créé par Mercier, l’auteur du Tableau de Paris, dans un chapitre consacré aux filles publiques.

On compte à Paris trente mille filles publiques, c’est-à-dire des vulgivagues et dix mille environ moins indécentes qui sont entretenues et qui d’année en année passent en différentes mains. On les appelait autrefois femmes amoureuses, filles folles de leurs corps.

Wagnérisme

France, 1907 : Maladie imaginaire qui fait préférer la musique de Richard Wagner à toutes les autres.

— Et voulez-vous que je vous le dise ? La musique aussi, unie au cyclisme, tuera la littérature. On sent en musique, on ne pense pas, Richard Wagner, colosse d’ailleurs — les cloches de Parsifal m’ont fait pleurer tout comme un autre — Wagner a détrôné Hugo, Wagner est le Shakespeare vague et nébuleux des snobs qui n’ont pas lu Shakespeare et qui croient que tout date du géant de Bayreuth. Cet allemand a conquis la Gaule par une infiltration lente et sûre. Plus de musique française, de la musique wagnérienne. Plus de cafés où l’on cause, des brasseries où l’on fume. La liqueur verte et le germanisme ; adieu le vin clair et le sang de France !… Aux mythologies scandinaves, le Brocken et le Venusberg, je préfère l’élixir du vieux Pierre de Rouen, le vin de feu Hugo, le vin de Gascogne du père Dumas et le vin tourangeau de Balzac. Voulez-vous que je vous dise ? Ce qui me semble prouver l’infériorité de l’Allemagne, c’est sa supériorité en musique. M. Hugo, oui Victor Hugo nous a dit ça un jour… Ça ne m’a pas, en creusant, paru si bête que ça.

(Jules Claretie, Brichanteau, comédien.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique