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Chieur d’encre

Delvau, 1866 : Écrivain, journaliste.

Rigaud, 1881 : Employé de bureau. — Homme de lettres.

Virmaître, 1894 : Écrivain (Argot du peuple). V. Cul de plomb.

France, 1907 : Employé de bureau.

Ce que les Lenavet, les Panadard et les Petdeloup fournissent annuellement à la société de bureaucrates, de nullités, de chieurs d’encre, comme on dit au régiment, de déclassés, de gens propres à tout, c’est-à-dire bons à rien, est incalculable.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Gin

Delvau, 1866 : s. m. Genièvre, — dans l’argot des faubouriens, qui s’anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.

France, 1907 : Fausse eau-de-vie de baies de genièvre, que l’on fabrique en Angleterre avec des résidus de la distillation du whisky et aromatisé aux huiles de genièvre et de térébenthine. Le gin est la boisson ordinaire des femmes qui fréquentent les cabarets : c’est avec le gin qu’elles s’enivrent.

… Des pauvresses maigres à longues figures hâves et des gouges enluminées passent la tête et entrent. Elles avalent des potées de gin ou de bière, en silence, puis ressortent s’essuyant la bouche du revers de la main, ou du coin du tablier. Groupées, d’autres bavardent, essuyant des bouts de chansons ou des pas de gigue. Des jeunes de quinze ans et des vieilles de soixante hoquètent au même pot, et saoules de la même ivresse, hébétées, trébuchantes, sortent, se poussant, faisant place à d’autres, et ainsi jusqu’à minuit, l’heure où se vident les tavernes, où le publicain aidé du policeman pousse dans la rue, comme des paquets d’ordure, les clientes ivres-mortes.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Fils du genièvre et frère de la bière,
Bacchus du Nord, obscur empoisonneur,
Écoute, ô gin ! un hymne en ton honneur.

(Auguste Barbier)

Laissons à l’Angleterre
Ses brouillards et sa bière !
Laissons-là dans le gin
Boire le spleen !

(Théodore de Banville)

Godillots

France, 1907 : Souliers et spécialement souliers de soldats, du nom du fondateur de la grande fabrique de chaussures.

Il travaillait, dit le Journal, comme ouvrier maçon, à des réparations au fort de Ham lorsque Louis Napoléon s’en évada. Ce fut lui qui prêta la blouse et le prantalon de toile grossière dont se revêtit le prince, le 25 mai 1846, pour passer devant le corps de garde, une planche portée sur l’épaule dérobant son visage à la curiosité du factionnaire.
Dès le début du troisième empire, la reconnaissance du souverain se manifesta par le don d’une somme importante et la fourniture de plusieurs parties de l’équipement militaire, entre autres des escarpins de troupe, dits godillots.

Mais que devient alors la légende de « Badinguet » ?

À la fin du Directoire, au commencement du consulat, on citait les fortunes criminelles faites par certains fournisseurs aux armées au détriment de nos superbes va-nu-pieds. Les exactions les plus éhontées, les vols les plus scandaleux se commettaient au grand jour, malgré les cris de colère de nos soldats, de nos populations et de nos généraux, et le notaire de Mme de Beauharnais pouvait dire à sa cliente :
— Épousez un fournisseur et non pas un général !
Hélas ! l’état de choses a bien peu changé.
Quant au ministre, il se soucie de tout ça comme de sa première paire de godillots.

(Camille Dreyfus, La Nation)

Un de nos deux compagnons de captivité était une espèce de bohème qu’on avait enrôlé de force et qui, détestable soldat, était toujours réprimandé par les chefs. C’est lui qui, de la distribution des effets, ayant reçu une énorme paire de godillots trop grands et par conséquent très lourds, s’écriait : « Je ne pourrai jamais courir avec ça, s’il fallait battre en retraite ! »

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Moins de cirage aux godillots, plus de savon dans les chambrées ; moins de vexations et plus de discipline ! Et, surtout, que, du général au capitaine, les chefs se fassent voir davantage, s’enquièrent des malades, s’inquiètent de « l’ordinaire », s’occupent du soldat, ne le livrent pas entièrement aux contremaîtres de l’armée.

(Séverine, Gil Blas)

Limace

Ansiaume, 1821 : Chemise.

Il y avoit 2 limaces, 3 blards et 6 loubions.

Vidocq, 1837 : s. f. — Chemise.

Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Chemise.

Delvau, 1864 : Membre viril — qui n’est pas viril ; par exemple, celui des vieillards, qui ne sait plus relever fièrement la tête au premier appel d’une femme, et aspire honteusement a la tombe, comme le nez du père Aubry.

Bien qu’en toi sa limace ait été dégorgée,
Pour toi je bande encore…

(Louis Protat)

Delvau, 1866 : s. f. Chemise, — dans l’argot des voleurs et des vendeurs du Temple.

Delvau, 1866 : s. f. Fille à soldats, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Prostituée du dernier ordre.

Merlin, 1888 : Chemise, — de l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Basse prostituée. Chemise.

Virmaître, 1894 : Chemise (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : V. Rôdeuse.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chemise.

France, 1907 : Chemise ; du vieil argot lime.

Alle avait eun’ robe d’reps noir,
L’matin ça y servait d’peignoir,
La nuit ça y servait d’limace.

(Aristide Bruant)

Par les accrocs de la limace
Qui se donne un air de drapeau,
Le soleil leur chauffe la peau ;Leurs godillots font la grimace.
Il fait bon dehors pour les gueux
Qui battent le pavé des rues,
Sans bidoches et sans morues
À foutre sous leurs doigts rugueux.
Les feuilles servent de limace
Aux va-nu-pieds, aux trottins ;
Est-ce pour vivre de crottins
Que depuis si longtemps on masse ?

(Ed. Bourgeois)

France, 1907 : Fille à soldats. Les Anglais disent haquenée de caserne.

Marchand de soupe

Larchey, 1865 : Maître de pension qui spécule sur la nourriture de ses élèves.

Style universitaire ! Les marchands de soupe doivent être bien fiers.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : s. m. Maître de pension, — dans l’argot des écoliers.

France, 1907 : Chef d’institution.

N’est pas marchand de soupe qui veut. On exige certaines garanties et des connaissances. Le chef d’institution a été nourri sur le giron de l’Université. Il a fait ses humanités ; il est bachelier au moins, officier d’Académie, quelquefois chevalier de la Légion d’honneur. Il a sucé les racines grecques, scandé des vers latins, pleuré avec Virgile sur les amours de Didon :

Pauvre Didon, où t’a réduite
De tels amants le triste sort ?

Il s’est couché, couronné de roses, dans le lit d’ivoire d’Horace, la tête appuyée sur le sein de Lydie ; il a goûté en désir au doux vin de Syracuse, invectivé la vieille courtisane « digne d’avoir pour amants des éléphants noirs » et poussant plus loin ses débauches d’imagination pervertie par les classiques, il a chanté au jeune esclave, dont les belles filles jalousent la bancheur du teint :

Le myrte sied bien à ton front,
Lorsque tu remplis ma coupe,

tout en rêvant aux étranges amours du berger Corydon et du bel Alexis…
Il a débuté par être maître d’études, comme Alphonse Karr, Vallès et Daudet, ou même professeur de septième, et s’il a entrepris le commerce des soupes universitaires, c’est souvent par amour du métier — il en est pour tous les goûts — mais surtout pour atteindre ce météore

Qui vers Colchos guida Jason.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Sac à vin

Virmaître, 1894 : Ivrogne pour qui toutes les boissons sont bonnes. Mot à mot : il engloutit tous les liquides dans son sac (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui en boit beaucoup.

France, 1907 : Ivrogne. C’était autrefois le sobriquet des Angevins.

En avants deux ! Ô vous qu’on nomme
Chair à canon et sac à vin ;
Va-nu-pieds et bêtes de somme,
Traîne-misère et meurt-de-faim,
En avant deux et que tout danse
Pour équilibrer la balance.

(J.-B. Clément)

Sisez-vous

France, 1907 : Asseyez-vous.

Sisez-vous donc dessus ces bancs.
Cheminaux, vieux conteux d’sornettes,
Courandiers, j’ons du bon p’tit vin,
Traineurs de peill’s et de besaces,
Mèn’-tout, va-nu-pieds, grands flandrins,
Venez vous couleurer la face.

(Hugues Lapaire, Noël berriand)

Soupes (marchand de)

France, 1907 : Maître de pension.

C’est dans un minimum variant de trois mois à trois ans que d’habiles marchands de soupes se chargent de transformer les jeunes cancres qui leur arrivent des quatre points cardinaux, fruits secs du petit séminaire de Pont-à-Mousson ou du collège de Saint-Germain en candidats à peu près présentables aux surnumérariats de l’enregistrement, des contributions indirectes ou au premier grade universitaire.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique