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Abouler de braise

Delvau, 1864 : Payer une fille, lui donner le salaire du plaisir qu’elle va vous donner — avec la vérole ou la chaude-pisse.

Ça me semble tout drôle d’avoir à abouler d’la braise au lieu d’en recevoir.

(Lemercier de Neuville)

— Ange ! murmurai-je, plein d’aise
Comme un amoureux innocent.
— Il faut abouler de la braise,
Me dit-elle en me repoussant.

(A. Delvau)

Aller de son beurre

Delvau, 1864 : Jouir copieusement, lorsqu’on est sous l’homme, sans craindre la vérole et les enfants, et décharger deux ou trois fois sans qu’il ait déconné.

Tu m’as fait crânement jouir, cochon ! Voilà la première fois que j’y vas de mon beurre aussi franchement.

(Lemercier de Neuville)

Attraper quelque chose

Delvau, 1864 : Gagner la chaude-pisse ou la vérole dans un coït malsain, avec une coureuse ou avec une honnête femme.

Que ces drôlesses-là sont souvent de bons greniers à chaudes-pisses ! ce qu’on appelle de véritables attrape-michés.

(Comte De Caylus)

Si j’attrape quéque chose, au moins j’ l’aurai pas volé.

(Lemercier de Neuville)

Baude

anon., 1827 : Vér.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Maladie de Vénus.

Bras-de-Fer, 1829 : Vér…

Vidocq, 1837 : s. m. — Mal vénérien.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Mal vénérien.

Larchey, 1865 : Vérole (Vidocq). — Du vieux mot baut joyeux. V. Lacombe Du Cange. — La baude serait donc la joyeuse, ou plutôt le mal de la joie.

Delvau, 1866 : s. f. Mal de Naples, — dans l’argot des voleurs parisiens.

Rigaud, 1881 : Maladie vénérienne. Ce qui reste de la fréquentation des ribaudes.

La Rue, 1894 : Syphilis.

France, 1907 : Mal vénérien, la syphilis ; du vieux mot baude, débauché.

Baude (la)

Delvau, 1864 : La vérole. — dans l’argot des voleurs, qui se rapproche plus qu’on ne croit du vieux langage, puisqu’on trouve dans Eutrapel : « Je cuidai avoir le baut, c’est-à-dire avoir gagné le mal padouan. » — Baude ne serait-il pas une syncope de ribaude ?

Boîte à vérole

Virmaître, 1894 : Fille de barrières ou rôdeuse de casernes qui s’affranchit de la visite sanitaire et en fait d’eau ne connaît que l’eau d’aff (Argot du peuple).

Bordel

d’Hautel, 1808 : Terme bas et de mépris dont on évite soigneusement l’emploi dans la bonne compagnie, et qui ne se dit au propre que d’un lieu de débauche et de prostitution ; et au figuré d’un tripot, d’une maison où tout est désordre et confusion.

Delvau, 1864 : Couvent de femmes qui ont fait vœu de lubricité. C’est le ganea (γάνος, joie) des Anciens, ordinairement situé loin de la ville, et la Borde (petite maison) des Modernes, située aussi dans la campagne, loin des regards indiscrets.

L’on envoie au conscience au bordel, et l’on tient sa contenance en règle.

(P. Charbon)

Misérable Philis, veux-tu vivre toujours
Un pied dans le bordel, l’autre dans la taverne ?

(Mathard)

Cependant vengeons-nous
Sur la grosse Cateau, qui tient bordel infâme.

(La Fontaine)

Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum, — dans l’argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d’autres :

Miex ne voulaist estre mesel
Et ladres vivre en ung bordel
Que mort avoir ne le trespas.

dit l’auteur du roman de Flor et Blanchefleur.

Delvau, 1866 : s. m. Petit fagot de deux sous, — dans l’argot des charbonniers.

Rigaud, 1881 : Bruit, vacarme. — Faire un bordel d’enfer, faire beaucoup de bruit.

Rigaud, 1881 : Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel, laver un paquet de linge à soi appartenant.

Fustier, 1889 : Outils, instruments, objet quelconque.

France, 1907 : Débit de chair humaine.

On appelait autrefois borde une cabane, une maisonnette, et même une petite métairie, située à l’extrémité d’une ville. Le bordelier était l’hôte qui l’habitait. On en a fait depuis le mot bordel, parce que les lieux de prostitution étaient placés dans les faubourgs. Du saxon bord, maison.

(Glossaire de Rabelais)

Jeunes gens, défiez-vous des bordels, craignez la vérole et les sergots.

On m’a fait du bordel un bien sombre tableau… — Des Pontmartin !… laissez dire les imbéciles ; Tous les métiers sont bons en ces temps difficiles.

(Albert Glatigny)

Bourses

Delvau, 1864 : Les testicules, qui contiennent la véritable fortune de l’homme — que peut cependant lui enlever cette banqueroute amoureuse qu’on appelle la vérole.

… Un banquier, un agent
De change, un financier, disent qu’ils ont des bourses.

(Louis Protat)

Caneter

France, 1907 : Marcher d’une façon lasse, en appuyant sur l’une et l’autre hanche, à la façon des canes.

Magdelon, je suis bien malade,
J’ai les yeux caves et battus,
La face terreuse et maussade,
Les genoux maigres et pointus ;
Ceux qui me voient par la rue
Jaune comme une vieille morue,
Caneter en avant fourbu,
Estiment que c’est la vérole
Qui me fait aller en bricole
Et m’enivre sans avoir bu.

(Cyrano de Bergerac, Le Pauvre malade)

Capote

Delvau, 1864 : Autrement dit, redingote anglaise. Préservatif en baudruche ou en caoutchouc historié, dont on habille le membre viril, toutes les fois qu’on le conduit au bonheur, — ce qui ne le préserve pas du tout de la chaude-pisse ou de la vérole, d’après l’opinion du docteur Ricord, autorité compétente en cette matière, qui a dit : « La capote est une cuirasse contre le plaisir et une toile d’araignée contre la vérole. » Les frères Millan, gros et petits, sont seuls intéressés à soutenir le contraire.

Il fuyait me laissant une capote au cul.

(Louis Protat)

Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez le gros Millan,
S’enflent d’elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.

(Parnasse satyrique)

Certain bobo

Delvau, 1864 : La vérole, qui est un mal certain. Piron l’appelait un petit mal gaillard.

Un jeune élève d’Esculape
Me guérit de certain bobo…
Un beau jour, il me dit : Ma chère,
En moi, vos yeux ont excité
Certain feu. Je le laissai faire,
Pour m’assurer de ma santé.

(Gaudriole de 1834)

Champignon

d’Hautel, 1808 : Il vient comme un champignon. Se dit figurément d’un enfant plein de vigueur et de santé qui se développe sans secousse et d’une manière heureuse.
On dit aussi par ironie d’un homme qui, de pauvre qu’il étoit, s’élève subitement, qu’il est venu en une nuit comme un champignon.

Delvau, 1864 : Végétation charnue et maligne qui vient sur le membre viril par suite d’un contact suspect.

Elle n’eut jamais chaude-pisse,
Ni vérole, ni champignon.

(H. Raisson)

Complaisances pour un homme (avoir des)

Delvau, 1864 : Faire la libertine avec lui ; le mettre en état de faire une excursion à Cythère.

Et pour prix de mes complaisances,
La vérole tu m’as foutu.

(Alphonse Karr)

Coudre

d’Hautel, 1808 : Il faut coudre la peau du renard avec celle du Lion. Vieux proverbe qui signifie qu’outre la force, il faut encore, joindre la prudence, la ruse et la finesse en traitant avec ses ennemis.
Des malices cousues de fil blanc. Voyez Malice.
Il a le visage cousu de petite vérole. Pour dire il en est extrêmement marqué.
Coudre la bouche à quelqu’un. Acheter sa discrétion par des présens.
Il est cousu d’or. Expression métaphorique qui se dit d’un millionnaire, ou d’un homme qui a un habit galonné sur toutes les coutures.
Avoir le visage cousu. C’est-à-dire, avoir le visage cicatrisé, maigre et décharné.

Cristalline

Delvau, 1864 : Maladie vénérienne de l’anus, — ce que les satiriques latins appellent crista, ou marisca. Ce sont des espèces de caroncules, de crêtes, que font pousser là les habitudes sodomiques. — C’est, à tort que M. Louis Protat a, dans sa parodie de Lucrèce, dit :

Mais là, de tous les maux que redoute une pine :
Chancres, crêtes de coq, vérole, cristalline…

La pine la donne, mais ne la reçoit pas, — comme une noble et charitable dame qu’elle est.

Donner la sauce

Delvau, 1864 : Donner la vérole.

Présent le plus funeste
Que puisse faire aux vits la colère céleste.

Écumoire

d’Hautel, 1808 : Elle a la figure comme une écumoire. Se dit d’une personne qui est très-marquée de petite vérole, et à qui cette terrible maladie a laissé des traces nombreuses et profondes.

Delvau, 1866 : s. f. Visage marqué de petite vérole, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Visage ravagé par la petite vérole.

Rossignol, 1901 : Celui qui est grêlé à la figure comme une écumoire.

France, 1907 : Visage ravagé par la petite vérole.

Être échaudé

Delvau, 1864 : Gagner la vérole ou la chaude pisse.

Femme chaude

Delvau, 1864 : Femme ayant les foies chauds, femme qui aime l’homme, et jouit avec lui, quel qu’il soit, goujat ou roi, homme de peine ou de lettres, pourvu qu’il soit bon fouteur. — Femme qui bande et voudrait être baisée. Cela se dit, à propos du sexe auquel nous devons le jour — et la vérole, — comme à propos des chiennes, auxquelles nous devons des puces ; avec cette différence, cependant, — toute en faveur de la race canine, — que les chiennes, une fois qu’elles ne sont plus en chaleur, ne se laissent plus grimper par les mâles, et que les femmes se font baiser en toute saison.

Femme honnête

Delvau, 1864 : Femme mariée, — selon toutes les femmes mariées.

La femme honnête la plus folle,
Aujourd’hui, le fait est certain,
N’a plus que six fois la vérole,
Je ne veux plus être catin.

(É. Debraux)

Es-tu lass’ d’amourette ?
Enfin, dis-moi, veux-tu,
Pour dev’nir femme honnête,
Épouser un cocu ?
Encore un coup d’cu, Jeannette !

(É. Debraux)

Fièvre cérébrale

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation dont le résultat, si elle est prouvée, doit être l’application de la peine de mort.

Larchey, 1865 : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.

Delvau, 1866 : s. f. Condamnation à mort, — dans l’argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.

Rigaud, 1881 : Accusation capitale, — dans l’ancien argot. — Aujourd’hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens. — Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l’accusé.

La Rue, 1894 : Accusation entraînant la peine capitale.

Virmaître, 1894 : Condamné à mort. Il meurt en effet subitement (Argot des voleurs).

France, 1907 : Condamnation à mort.

Fleurons de vénus

Delvau, 1864 : Accidents vénériens qui forment sur le front du malade une sorte d’auréole.

Les fleurons de Vénus te servent d’auréole ;
Comme un vase trop plein tu répands la vérole
Sur tout un peuple frémissant.

(Dumoulin)

Fondement (le)

Delvau, 1864 : Les parties sexuelles, dont le fondement n’est cependant qu’une partie.

Craignez, craignez fort la vérole !
Il faut garder son fondement
Propre, avec tout son fourniment,
Pour suivre les cours de l’école.

(A. Watripon)

Gaufres (faire des)

France, 1907 : Se dit de deux personnes marquées de petite vérole qui s’embrassent.

Graver

d’Hautel, 1808 : Gravé de petite vérole. Pour, marqué de petite vérole.

Grêle

Larchey, 1865 : Tapage (Bailly) — Allusion au bruit de la grêle.

Delvau, 1866 : s. f. Petite vérole, — dans l’argot du peuple. On dit d’un homme dont le visage porte des traces de virus variolique : Il a grêlé sur lui.

Delvau, 1866 : s. m. Patron, maître, — dans l’argot des tailleurs. Le grêle d’en haut. Dieu. Grélesse. Patronne.

Rigaud, 1881 : Marques de petite vérole. — Ne s’être pas fait assurer contre la grêle, être marqué de la petite vérole.

La Rue, 1894 : Patron, dans l’argot des tailleurs.

Virmaître, 1894 : Patron. Il tombe souvent sur le dos des ouvriers comme la grêle sur les vignes.
— Attention, gare la grêle.
Signal pour prévenir les camarades (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Patron ; argot des tailleurs.

— Ils ne nous exploiteront plus, ces grêles.

(G. Macé, Un Joli Monde)

France, 1907 : Petite vérole. Ne s’être pas assuré contre la grêle, ne s’être pas fait vacciner.

France, 1907 : Tapage, bagarre.

— Il va y avoir de la grêle, c’est un raille.

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)

Grenier à lentilles

Delvau, 1866 : s. m. Homme dont le visage est marqué de la petite vérole.

Rigaud, 1881 : Visage marqué de petite vérole.

France, 1907 : Personne marquée par la petite vérole.

Gros lot (avoir, donner ou gagner le)

Delvau, 1864 : Avoir, donner la vérole, — le plus gros lot qu’on puisse gagner à la loterie de l’amour.

Gruyère (morceau de)

France, 1907 : Visage marque de la petite vérole.

Mal uni

Rossignol, 1901 : Celui qui a le visage marqué de la petite vérole.

Marqué (il est)

Virmaître, 1894 : Être gravé par la petite vérole (Argot du peuple). V. Poêle à marrons.

Massacre

d’Hautel, 1808 : Mauvais ouvrier, qui gâte tout ce qu’il touche, qui saboule l’ouvrage.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui travaille mal, qui gâte l’ouvrage, — dans l’argot des bourgeois. Signifie aussi Gaspillage de choses ou d’argent.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui abîme l’ouvrage.

Rossignol, 1901 : Marque de la petite vérole.

Rossignol, 1901 : Personne ayant un vilain physique.

France, 1907 : Gâcheur, ouvrier maladroit.

Morceau de gruyère

Delvau, 1866 : s. m. Figure marquée de la petite vérole, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux trous du fromage de Gruyère.

Virmaître, 1894 : Individu grêlé dont le visage est percé de trous comme une passoire. Morceau de gruyère est une allusion aux innombrables trous dont ce fromage est percé (Argot du peuple). N.

Moule à gaufre

Virmaître, 1894 : Individu dont le visage a été ravagé par la petite vérole. Allusion au moule employé par les gaufriers (Argot du peuple). N.

Moule à gaufres

Delvau, 1866 : s. m. Figure marquée de trous de petite vérole, — par allusion cruelle aux dessins capricieux des deux plaques de fer qui servent à faire la pâtisserie légère et croquante qui nous vient des Flandres et qu’affectionnent les enfants.

Rossignol, 1901 : Individu grêlé.

Moule à pastilles, moule à gaufres

Rigaud, 1881 : Visage marqué de petite vérole, par allusion aux trous des moules à pastilles.

Petite oie (la)

Delvau, 1864 : Le travail — attrayant — qui précède le coït ; pelotage des couilles de l’homme par la femme, gamahuchage de la femme par l’homme, etc., etc. La petite oie est moins indigeste — pour la pine — que la grande oie : il y a des gens qui s’en contentent — de peur de vérole.

Or, n’est-il pas certain que l’homme qui triche et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent on pure perte.

(Thérèse philosophe)

Elle avait déjà laissé prendre la petite oie à un homme qui la cajolait.

(Tallemant des Réaux)

Et il fut maître de ce que nous appelons en France la petite oie.

(La France Galante)

La petite oie, enfin ce qu’on appelle
En bon français les préludes d’amour.

(La Fontaine)

Je ne vis pas dessous la soie
Jambes, cuisses et la petite oie.

(Théophile)

Picote

France, 1907 : Petite vérole. La personne marquée de la petite vérole est picotée. C’est la variole dans le Béarn. Picote bourde, varicelle.

Plomb

d’Hautel, 1808 : La calotte de plomb. Pour dire, l’expérience que donnent le temps et un âge mûr.
Il lui faudroit un peu de plomb dans la tête. Se dit d’une tête légère ; d’un étourdi.
Fondre du plomb. Se croiser les bras ; paresser ; passer la journée à ne rien faire.
N’avoir ni poudre ni plomb. Être sans argent, sans moyens ; être dénué de ressources.
Jeter son plomb sur quelque chose. Former un dessein pour y parvenir.
Être en plomb. Pour dire, être mort ; être dans un cercueil de plomb.
Un cul de plomb. On appelle ainsi un homme qui ne prend pas d’exercice ; qui n’a pas d’activité. On le dit aussi d’un homme très-assidu, qui ne bronche pas quand il est à l’ouvrage.
Le plomb. Maladie honteuse et secrète qu’engendrent le vice et la débauche.

Vidocq, 1837 : s. m. — Mal vénérien.

Delvau, 1864 : La vérole — avec laquelle on blesse, et quelquefois on tue la personne à qui on la communique.

Le plus marlou peut attraper le plomb.

(Dumoulin)

Larchey, 1865 : « Gaz caché dans les fentes des pierres, et qui tue comme la foudre le vidangeur qui en est atteint. » — Berthaud. — Plomb : Vérole. — Plomber : Infecter, donner la vérole.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot des faubouriens. L’expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s’habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs. Jeter dans le plomb. Avaler.

Delvau, 1866 : s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Sagette empoisonnée décochée par le « divin archerot. »

Rigaud, 1881 : Chambre de domestique ; chambre sous les plombs du toit.

Rigaud, 1881 : Gaz délétère ; gaz hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Est-ce que c’est ton plomb ou tes pieds qui schelinguent comme ça ? — C’est les deux.

Rigaud, 1881 : Syphilis. — Être au plomb, avoir gagné la syphilis, — dans le jargon des voyous. — Manger du plomb, être blessé, tué par une arme à feu. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Gosier. Gaz délétère des fosses d’aisances. Syphilis.

Rossignol, 1901 : La gorge.

Hayard, 1907 : Estomac, gosier.

France, 1907 : La bouche, le gosier. « Ferme ton plomb », tais-toi. Avoir une carotte dans le plomb, avoir mauvaise haleine.

— D’où sert-elle donc celle-là… elle ferait bien mieux de clouer son bec.
— Celle-là !… Celle-là vaut bien Madame de la Queue-Rousse. Ferme ton plomb toi-même.

(Hector France, Le Péché de Sœur Cunégonde)

Qui qu’a soif ? Qui qui veut boire à la fraîche ?
Sur mon dos, au soleil, la glace fond.
De crier ça me fait la gorge sèche,
J’ai le plomb tout en plomb. Buvons mon fond !

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

Voici les synonymes argotiques de plomb : avaloir, bavarde, babouine, bécot, boîte, égout, entonnoir, cassolette, gaffe, gargoine, gaviot, goulot, mouloir.

France, 1907 : Maladie vénérienne ; quand on l’attrape, on est plombé.

Poêle à châtaignes

Delvau, 1866 : s. f. Visage marqué de petite vérole, — par allusion aux trous, de la poêle dans laquelle on fait rôtir les marrons.

Poêle à châtaignes, à marrons

France, 1907 : Visage marqué de la petite vérole ; argot populaire.

Poivrer

d’Hautel, 1808 : Pour, vendre trop cher.
Cette marchandise est bien poivrée. Pour dire, que le prix en est très-élevé.

Vidocq, 1837 : v. a. — Payer.

Larchey, 1865 : Donner la vérole.

Pour se venger d’un homme, elle prit du mal exprès afin de le poivrer.

(Tallemant des Réaux)

Larchey, 1865 : Vendre trop cher. On dit aussi : Saler (1808, d’Hautel).

Delvau, 1866 : v. a. Charger une note, une addition, — dans l’argot des consommateurs. C’est poivré ! C’est cher. On dit de même : C’est salé.

Delvau, 1866 : v. a. Payer.

Rigaud, 1881 : Communiquer le mal vénérien, donner un bon à toucher chez le docteur Ricord. — Être poivré, être dans les conditions requises pour obtenir une entrée à l’hôpital du Midi, payer cher un moment de plaisir.

Toi louve, toi gueuse, qui m’as si bien poivré, Que je ne crois jamais en être délivré.

(Saint-Amant)

Rigaud, 1881 : Payer, — dans le jargon des voleurs. — Surfaire. — Falsifier. Poivrer le pive, falsifier le vin.

La Rue, 1894 : Payer. Surfaire. Falsifier, empoisonner. Communiquer la syphilis.

Virmaître, 1894 : Quand la cuisinière poivre trop ses mets, elle met le feu au palais des convives. Quand une femme poivre un homme, le poivré maudit Christophe Colomb comme François Ier la belle Ferronnière (Argot du peuple).

France, 1907 : Donner la syphilis. Se faire poivrer, l’attraper. Celle qui la donne a reçu le nom de poivrière.

Ils continuaient l’histoire de Marie Mange-mon-prêt, qui avait poivré en une seule nuit quarante-trois voltigeurs, sans compter les enfants de troupe, ou la partie de piquet avec des cartes usées par six générations d’aides de cuisine, car il était difficile, à première vue, de distinguer l’as de trèfle du valet de carreau.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Toi louve, toi guenon, qui m’as si bien poivré,
Que je ne crois jamais en être délivré.

(Saint-Amant)

Poivrer un homme

Delvau, 1864 : Lui donner la vérole.

Toi, louve, toi, guenon, qui m’as si bien poivré.
Que je ne crois jamais en être délivré.

(Saint-Amand)

Va, poivrière de Saint-Côme,
Je me fiche de ton Jérôme.

(Vadé)

Raie du cul (la)

Delvau, 1864 : La rainure des fesses, la petite vallée qui se trouve entre ces deux montagnes — où tant de membres virils aiment à descendre.

Pour ne trouver la raie nette de la dame avec qui l’on s’ébat, on y gagne bonne vérole.

(Brantôme)

Trois mignons de la cour se tuèrent jaloux
Pour le bien prétendu d’une raie publique.

(Théophile)

Rastignac

France, 1907 : Jeune homme sans scrupules qui veut à tout prix arriver à la fortune ; nom tiré d’un personnage des romans de Balzac.

Les Rastignacs modernes n’ont pas besoin même d’observer l’époque, comme ceux de Balzac, et d’interpréter le milieu. Pris dès le ventre, élevés loin de l’exemple, les petits bourgeois iront du groin vers la galette comme les cochons aux truffes. La pièce de cent sous, ils ont ça dans le sang. Sous a peau, la vérole du gain. Les femelles vêlent maintenant selon l’intérêt de la caste. La semence du mâle véhicule les sales appétits.

(Charles Albert, Les Temps nouveaux)

Récurer (se faire)

Delvau, 1864 : Prendre des médicaments, mercuriels, ou autres, pour guérir des véroles gagnées au doux jeu d’amour.

Voyez, là-bas, le sémillant Mercure
Et ses fuseaux qui’tricotent gratis,
Représentant le dieu qui nous récure
Et la maison Giraudeau père et fils.

(Gustave Nadaud)

Redingote anglaise

Delvau, 1864 : Préservatif contre la vérole, (V. Capote, Ruban.)

Ribaud, ribaude

Delvau, 1864 : Homme et femme de mauvaise vie ; luxurieux et impudiques.

Je suis la grande Gargouillaude,
Garce dit souverain Gagoux,
Chaude putain, fière ribaude,
Pleine de vérole et de loups.

(Le Sr de Sygognes)

France, 1907 : Homme ou femme de mauvaises mœurs. Le mot est vieux. On trouve dans les anciens fabliaux : « Mauvais ribaud, d’où reviens-tu ? » et dans Rabelais : « Votre femme sera ribaude. »

D’autres demeurent dans la tradition légendaire des complaisantes ribaudes qui faisaient, aux armées en roule, une arrière-garde de joie et de luxure, hantent durant les grandes manœuvres les bonnes petites villes paisibles, les bourgs où gitent, entre deux étapes, les régiments et les états-majors.

(Le Journal)

Veau

d’Hautel, 1808 : Des brides à veau. Coq à l’âne ; absurdités, raisons impertinentes et ridicules dont on amuse les sots.
Tuer le veau gras. Faire un régal extraordinaire pour témoigner la joie qu’on éprouve de revoir quelqu’un.
Un veau d’or. Un Midas ; un riche sans lettres ; un parvenu.
S’étendre comme un veau. S’étaler d’une manière incivile et souvent incommode aux autres.

Delvau, 1864 : Gourgandine, fille de la dernière catégorie, — sans doute par allusion à sa chair fadasse, plus adipeuse que musculée, plus lymphatique que sanguine, qui ne donne pas le moindre appétit.

Un soir, à la barrière,
Un veau
Tortillait son derrière
Bien beau.

(Vachette)

O vous, jeunes étudiants,
De veaux si vous êtes amants,
Craignez, craignez fort la vérole.

(A. Watripon)

Larchey, 1865 : Jeune fille de joie, condamnée au rôle futur de Vache. V. ce mot.

Je rencontre à la barrière Un veau (bis).

(Chanson populaire)

Delvau, 1866 : adj. Paresseux, nonchalant, — dans l’argot du peuple. Il ne fout pas croire l’expression nouvelle. Galli socordes et stultos vituli nomine designare soliti sunt, dit Arnoult de Féron dans son Histoire de France. Et Régnier, dans sa satire à Mottin, dit de même :

Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux
Qui mettent à l’encan l’honneur dans les bordeaux.

Delvau, 1866 : s. m. Jeune fille qui a des dispositions pour le rôle de fille. Argot des faubouriens.

Merlin, 1888 : Voir Azor.

Virmaître, 1894 : Femme de barrière, rôdeuse de caserne (Argot des voyous).

Virmaître, 1894 : Toute jeune fille qui n’a pas grand chemin à faire pour devenir vache. Il existe à ce sujet une vieille chanson qu’il serait impossible de citer en entier :

Un jour, à la barrière,
Un veau,
Un veau,
Tortillant du derrière.
Fort beau,
Fort beau.
Je la … sur parole.

Neuf jours plus tard, le camarade était au Midi (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Femme publique.

France, 1907 : Imbécile, niais, balourd. L’expression est vieille ; on la trouve dans un dicton du XVIe siècle : Celuy se monstre estre bien veau, qui par la poincte rend le couteau.

L’autre soir, on parlait métempsycose.
Le jeune vicomte des Étoupettes, pour se rendre intéressant, soutenait avec un aplomb imperturbable qu’il se souvenait fort bien d’avoir été le veau d’or des anciens Hébreux.
— Pardon, demanda en s’approchant une jeune personne, mais l’or, qu’en avez-vous fait ?
 
Cependant, j’avais soif encor ;
J’allais dans un autre décor
Boire un verre de vulnéraire,
Eh bien, croyez-vous qu’à nouveau
Devant moi je trouve mon veau
Qui me ressemblait comme un frère !

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Jeune fille de mœurs légères : destinée à devenir vache.

L’ami. — Ne blaguez pas les dessous de bras, mon cher ! Je connais une petite bonne femme qui doit sa fortune à ses aisselles. Uniquement ! Elle n’a que ça, cette enfant, mais elle l’a ! Oh ! la mâtine, elle l’a bien ! Savez-vous ce qu’elles sentent, ses aisselles ?
M. de Grangel. — Non ! moi, j’ai connu une princesse polonaise, très ordinaire comme tête, mais qui embaumait les chrysanthèmes. Quand elle levait les bras, c’était délicieux.
L’ami. — Ma petite camarade, dont je vous parle, sent le foin coupé. Mais vous savez, tout à fait le foin coupé. On se croirait dans une prairie.
Claude. — Avec un veau.

(J. Marni)

France, 1907 : Paresseux, débauché. Le mot est vieux dans ce sens, on le trouve dans Mathurin Régnier.

Ce malheur est venu de quelques jeunes veaux
Qui mettent à l’encan l’honneur dans les bordeaux.

(Satire à Moltin)

Vérole

Delvau, 1864 : Maladie vénérienne, plus commune aujourd’hui que jamais, pour laquelle il y a à Paris un hôpital spécial, l’hôpital du Midi.

Cent escoliers ont pris la vérole avant que d’être arrivés à leur leçon d’Aristote la Tempérance.

(Montaigne)

Si j’ suis paumé, j’enquille aux Capucins,
Ricord guérira ma vérole.

(Dumoulin)

Vingt couches, autant de véroles,
Ont couturé son ventre affreux,
Hideux amas de tripes molles
Où d’ennui baille un trou glaireux.

(Anonyme)

Delvau, 1866 : s. f. Syphilis, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot :

Il mourut l’an cinq cens et vingt
De la verolle qui lui vint.

On dit aussi Grosse vérole, pour la distinguer de l’autre — la Petite vérole.

Vérole (boîte à)

France, 1907 : Fille publique.

Vérole noire

France, 1907 : Accusation entraînant la peine de mort.

Véroleuse

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, qui s’expose à donner ce qu’elle est exposée à recevoir.


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