Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Bas-bleu

Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?

France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :

La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.

(Jean de Meun)

« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »

Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.

(G. Meurier, Trésor des sentences)

Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.

(Adages français, XVIe siècle)

Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :

Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.

Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :

Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !

Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Biche

Larchey, 1865 : Lorette. — Abréviation de biche d’Alger, synonyme populaire de chameau.

Une biche, — il faut bien se servir de cette désignation, puisqu’elle a conquis son droit de cité dans le dictionnaire de la vie parisienne, — se trouvait cet été à Bade.

(Figaro, 1858)

Forte biche : Lorette élégante.
Bicherie : Monde galant.

Mme Marguerite V., de la haute bicherie du quartier d’Antin.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : s. f. Demoiselle de petite vertu, comme l’encre de Guyot ; variété de fille entretenue. Le mot a été créé en 1857 par Nestor Roqueplan.

Rigaud, 1881 : Une des nombreuses appellations des coryphées de la prostitution élégante et élevée… comme tarif. Ainsi nommées parce qu’on les rencontre généralement au Bois où elles courent le daim.

Les biches sont des demoiselles plus que douteuses.

(L. Gozlan)

(En 1869) à l’époque de l’Exposition universelle, on l’appelait le guide de l’étranger dans Paris.

(Jules de Vernay)

Rossignol, 1901 : Quand un pêcheur prend du poisson, c’est que ça biche (ça mord). Lorsqu’un individu cherche à faire une dupe et que la dupe mord à l’hameçon, ça biche.

France, 1907 : Petite dame, féminin de daim, qui est le nom donné à l’amant de ces demoiselles. Il était autrefois fort en usage et semble tombé en désuétude.

Parmi les femmes que l’on désigne sous la dénomination générale de lorettes, il y a trois classes bien distinctes : la femme entretenue, la lorette et la biche… La biche est une apprentie lorette ; ses amants de la veille ne sont jamais ceux du lendemain. On les rencontre un peu partout ; elles ont soin de se placer sous vos pas et viennent au-devant de toutes vos tentations. Le moindre louis, un succulent dîner, ont toujours raison des blondes comme des brunes, voir même des rouges, car il en faut pour tous les goûts.

(Ces Dames)

Assez rares dans les sentiers des bois, les biches pullullent sur les trottoirs des grandes villes.

(Dr Grégoire)

Dandysme

Larchey, 1865 : « Cette fatuité commune à tous les peuples chez lesquels la femme est quelque chose n’est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelque temps à s’acclimater à Paris. L’une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l’autre d’une vanité particulière et très-particulière : de la vanité anglaise… Voilà pourquoi le mot dandysme n’est pas français. Il restera étranger comme la chose qu’il exprime… Bolingbroke seul est avancé, complet, un vrai dandy des derniers temps. Il en a la hardiesse dans la conduite, l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur et la vanité incessamment présente. Enfin, il inventa la devise même du dandysme, le nil mirari de ces hommes qui veulent toujours produire la surprise en gardant l’impassibilité. »

(B. d’Aurevilly)

Ébrener

d’Hautel, 1808 : Mot bas qui signifie nettoyer les petits enfans au maillot. Ce mot se trouve ainsi orthographie dans tous les dictionnaires français ; néanmoins, il est universellement reçu de dire éberner ; ce qui, selon quelques savans, est plus conforme à l’étymologie.

Fruit vert

France, 1907 : Fillette à peine nubile et qui souvent ne l’est pas encore, fort appréciée par cela mème d’une nombreuse catégorie de messieurs.

Elle vendait à tempérament aux cocottes, prêtait sur gages, avançait les appointements aux artistes, fournissait des petites filles aux amateurs de fruits verts ; elle avait un stock de Chouards pour les Germinys, de gouvernantes discrètes pour les curés de province, une collection d’amies de pension pour dames seules ; bref, c’était une fenrrne universelle.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Afin d’exciter leur faiblesse,
À l’oreille des vieux pervers,
La pseudo-fleuriste, drôlesse,
Vient chantonner : fruits verts ! fruits verts !
Pomme du Nord, peau rose et blanche,
Orange et Citron du Midi,
Nous en avons, et sur la branche,
Les cueillera le plus hardi.
On traite à forfait (propre terme !),
Le plaisir se paie au comptant ;
Revenez et commandez ferme,
Monsieur, si vous êtes content.

(Pontsevrez)

Manger le nez (se)

Delvau, 1866 : Se battre avec acharnement, — dans l’argot des faubouriens, qui jouent parfois des dents d’une manière cruelle. Par bonheur, ils jouent plus souvent de la langue, et, dans leurs « engueulements », — qui rappellent beaucoup ceux des héros d’Homère, — s’il leur arrive de dire, en manière de début : « Je vais te manger le nez ! » ils se contentent de se moucher.

France, 1907 : Se battre. Cette expression n’est pas seulement symbolique, elle exprime une réalité, et, dans les disputes et les batailles des souteneurs et des voyous de barrière, il arrive souvent que l’un des adversaires coupe d’un coup de dents le nez de l’autre.

Puisque ce rêve de paix universelle est traité d’utopie par ceux-là mêmes qui auraient le plus d’intérêt à le propager : puisque, à les en croire, l’humanité se mangera le nez et les tripes jusqu’à la consommation des siècles, pourquoi laisser place à la confusion, pourquoi ne pas préciser le mode de meurtre qui conciliera à son auteur le plus d’indulgence — et, parfois, de sympathie ?

(Séverine)

Marxiste

France, 1907 : Partisan des doctrines de Karl Marx.

Que l’on compare leur attitude (celle de Guesde et de Vaillant) à celle des socialistes allemands qui réclamaient encore tout récemment au Reichstag, par l’organe de Bebel, qu’ils prendraient tous les armes si la France osait revendiquer ses provinces volées.
Dans leur rêve de fédération socialiste universelle, les marxistes de France sont évidemment les dupes volontaires ou involontaires des marxistes allemands, et je les ai trop souvent entendus exalter la supériorité intellectuelle de la race germanique pour croire qu’ils sont des dupes involontaires.

(La Nation)

Pallasseur

Delvau, 1866 : s. m. Faiseur de discours, bavard.

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui a l’habitude de faire des phrases, des pallas.

La Rue, 1894 : Faiseur de belles phrases, de pallas.

Virmaître, 1894 : Individu qui parle d’abondance, longuement, sur tout ce qu’il ne sait pas.
— Gare aux inondations ! le pallasseur a ouvert son robinet (Argot du peuple).

France, 1907 : Beau discoureur, débiteur de panacée universelle.

Parigot

Fustier, 1889 : « C’est le surnom qu’on donne à la campagne au malheureux enfant de Paris, placé par l’Assistance publique. »

(Bibliothèque universelle, novembre 1887)

Mme de Pressensé a écrit une nouvelle qui a pour titre : Parigot.

La Rue, 1894 : Parisien, dans l’argot des paysans.

Pérorateur

France, 1907 : Bavard, débitant de panacée universelle, guérisseur idiot des misères sociales, exploiteur verbeux de la sottise ou de la crédulité populaire.

J’allai entendre des orateurs, et puis des pérorateurs. En démocratie, on est exposé partout à ce plaisir. Et là, le désespoir me prit, non point tant de constater l’ânerie de l’exercice que de savoir qu’il était rapporté par la critique à l’art littéraire. Jeunes écoliers, n’en croyez pas un mot, vos professeurs vous trompent. Si l’art oratoire se rattache à la littérature, c’est comme le singe se rattache à l’arbre, par la queue.

(Émile Bergerat)

Pot

d’Hautel, 1808 : Être sur le pot. Terme d’atelier, pour dire être sans place, sans ouvrage ; avoir perdu son emploi.
Bête comme un pot. Epithète injurieuse pour dire qu’une personne est très-bornée.
Un pot à beurre, un pot à l’eau. Un usage vicieux fait dire presque généralement au pluriel, des po tà beurre, des po tà l’eau ; au lieu de pot sà beurre, pot sà l’eau.
On n’en mettra pas plus grand pot au feu.
Se dit quand on invite quelqu’un à dîner, pour lui faire entendre qu’on ne fera pas plus grande dépense que celle qu’on a coutume de faire ; que sa présence n’occasionnera aucun frais.
Être ensemble à pot et à rot. Vivre en très-grande familiarité ; être compère et compagnon.
Se dit aussi d’une femme qui, sans être mariée, vit librement avec un homme.
Payer les pots cassés. Supporter les charges, les dommages d’une affaire dont les autres ont fait leur profit.
C’est un pot de terre contre un pot de fer. Pour c’est un homme foible contre un homme puissant.
Faire bouillir le pot. Fournir aux dépenses d’un ménage.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cabriolet.

Delvau, 1866 : s. m. Cabriolet, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Cuiller à pot et Potiron roulant.

Delvau, 1866 : s. m. Trou fait au pied d’un mur ou au pied d’un arbre pour bloquer les billes. Argot des gamins.

France, 1907 : Dans un opuscule de Louis Randol, pseudonyme d’Eusèbe Salveste, Un pot sans couvercle, ou Les Mystères de la rue de la Lune, paru en l’an VII, l’auteur s’amuse à citer toutes les expressions auxquelles le pot a donné lieu :

Passons en revue, dit-il, tous les pots imaginables, afin de découvrir celui sous lequel le diable est caché, et de ne pas tenir trop longtemps l’assemblée sur le pot. Je ne parlerai point de la fortune du pot. De cette expression proverbiale encore, parce qu’elle est consacrée par une expérience bien plus universelle ; l’infortune du pot. Sans citer non plus le pot aux roses, je distingue le pot à fleurs, le pot à feu, le pot en tête, le pot cassé, qui rappelle un proverbe que rien d’ailleurs ne rappellerait ici ; les pots cassés, qu’il faut tâcher de ne jamais payer ; le pot au noir, où nous avons tous donné ; le petit pot, d’où les belles tirent des appas éphémères, dont la séduction nous procure quelquefois plus d’un an de regrets ; le pot à part, que dans un malheur général chaque individu voudrait pouvoir faire pour son compte ; le pot de fer, qui se casse contre le pot de terre ainsi qu’on le voit dans les tragédies de La Fontaine ; le pot au lait dont l’histoire peut nous être rappelée par l’issue de mainte grande fortune, le pot à ville qui, lorsqu’il est sans couvercle et qu’il n’y a rien dedans, présente un emblème terrible de la famille ; le pot de vin, bien connu de nous, de nos maîtresses et de nos protectrices ; le pot pourri, auquel ressemblent tant de conversations, tant de livres, tant d’ouvrages dramatiques ; le pot à deux anses, que nous figurons si gracieusement au bal : enfin le pot de chambre… Faut-il tant tourner autour du pot ?…

Taper toujours sur le cheval qui tire

France, 1907 : Aux bons et patients les coups. Vérité universelle reconnue chez tous les peuples, ce qui n’est pas en faveur de l’humanité. Toute la charge pèse sur le cheval de bonne volonté, disent les Anglais. Les Russes : Fais-toi mouton, le loup est prêt. Les Allemands : Fais-toi âne et chacun te chargera de son sac. Les Italiens : si vous laissez mettre le veau sur votre dos, on ne tardera pas à y mettre la vache. Les Latins exprimaient la même idée. L’on trouve dans Publius Synes : Patiendo multa veniunt quæ neques pati.

Tolstoïsme

France, 1907 :

Ayons le courage de le dire et même de le crier, sans nous émouvoir d’une phalange de dévots obstinés…
M. Tolstoï est devenu le plus sinistre raseur moralisant et le prédicant le plus insupportable que la terre ait produit depuis Jean-Jacques Rousseau (de Genève)…
Je n’insiste pas ; il s’agit d’expliquer le tolstoïsme.
D’une façon générale, cette doctrine, ou plutôt cette religion, est une sorte de christianisme humanitaire mâtiné de socialisme et de fouriérisme, tel qu’il fleurissait en France vers 1848. On se figure que les livres de Tolstoï qui nous parviennent ont été écrits récemment ; si beaucoup, au contraire, sont assez vieux et les premiers, les plus curieux, les autobiographies, remontent à 1852. L’Europe, à ce moment, sortait à peine de la crise sentimentale ; elle venait, pendant plusieurs années, de rêver de bonheur et de fraternité ; on prêchait l’union des classes et l’union des peuples : des ouvriers, en pleurant, embrassaient le curé qui jetait son eau bénite (et un mauvais sort avec) sur l’arbre de la Liberté. Partout régnait une considérable mais attendrissante niaiserie. Nul doute que cet universel état d’esprit n’ait influé sur l’âme de Tolstoï, et que nos pseudo-réformateurs français n’aient été les inspirateurs de sa foi nouvelle. N’est-ce pas à Fourier qu’il a emprunté sa théorie du travail agréable ?
Mais les idées de Tolstoï qui ont fait connaître son nom sont plus récentes ; elles touchent principalement à l’amour et elles sont comme le résumé et la conclusion des théories sociales ou religieuses qu’il avait exposées antérieurement.
Voici donc la grande découverte morale de Tolstoï : la loi de l’homme, l’amour, est une aspiration au bien des autres ; mais il faut que cette aspiration altruiste soit constante et universelle ; il faut aimer non un seul être, mais tous les êtres : l’amour particulier est un vol fait à l’amour universel…
C’est faire un bien grand détour pour revenir à la doctrine de saint Paul et des premiers moralistes chrétiens, et c’est aussi une grande naïveté que de s’imaginer que l’on va captiver les hommes, et surtout les femmes, avec de pareilles formulettes. On peut, le christianisme primitif l’a prouvé, diriger l’idéal humain vers le renoncement, mais on ne pourra jamais l’orienter dans cette voie douloureuse au nom d’entités aussi ridiculement vagues que l’amour universel.
Cela est absurde. Amour universel, mot vif, parole vaine ! L’amour est particulier ; il n’y a pas d’amour sans objet, — et aimer tout et tous, c’est n’aimer rien et personne. Un tel sentiment, s’il était possible, se confondrait absolument, par l’identité des contraires, avec le pur et simple égoïsme.

(Rémy de Gourmont)

Toujours on tape sur le cheval qui tire

France, 1907 : Aux bons et aux patients les coups. Vérité universelle reconnue chez tous les peuples ; ce qui ne prouve pas en faveur de l’humanité. En voici quelques exemples tirés des dictons populaires de diverses nations :
Anglais : All lay load on the wiling horse ; toute la charge pèse sur le cheval de bonne volonté.
Allemands : Wer sich zum Esel macht, dem will jeder seinen Sack auflegen ; fais-toi âne et chacun te chargera de son sac.
Italiens : Se ti lasci metter in spalla il vitello, quindi a poco ti mitteran la vacca ; si tu laisses mettre le veau sur ton dos, on y mettra bientôt la vache.

Tournure

France, 1907 : Derrière postiche que s’appliquent les femmes pour donner plus d’ampleur à cette partie cependant importante de leur personne. Elles portèrent suivant les époques différents noms, entre autres celui de polisson.

La clientèle de ces tournures était formidable. Toutes les classes de la société. Pas une femme ne serait sortie sans être garnie de ce postiche. Et quelles variétés de formes, et quelles manières différentes de porter ce supplément de bagage charnel ! Un observateur qui aurait donné son temps à cette étude aurait pu, à la suite de quelques comparaisons, à l’aide de quelques points de repère, dire les professions, les caractères, juger des tendances d’esprit, d’après le volume et l’allure de cette tournure devenue universelle. Il en était de fines, d’énormes, de vulgaires, de prétentieuses. Celle-ci était l’indice d’une invincible modestie, celle-là d’un parfait équilibre des facultés et des sens, cette autre semblait insolente au possible, cette autre encore, mal attachée, remuante, était affichante comme une enseigne.

(Gustave Geffroy, La Justice)

Tuer le ver

Delvau, 1866 : v. a. Boire un verre de vin blanc en se levant, — dans l’argot des ouvriers, chez qui c’est une tradition sacrée. On dit aussi Tuer un colimaçon.

Delvau, 1866 : v. a. Étouffer ses remords, — dans l’argot des voleurs, qui ne commettent pas souvent de ces meurtres-là, le vol étant leur élément naturel.
Les Anglais ont la même expression, ainsi qu’il résulte de ce passage de Much Ado about nothing, où Shakespeare appelle la Conscience le Seigneur Ver (Don Worm).

Rigaud, 1881 : Boire la première goutte, le premier verre de vin blanc, le matin à jeun. M. Ch. Rozan fait remonter l’origine de cette expression au temps de François Ier, et cela d’après l’autorité du journal d’un bourgeois de Paris de cette époque, qui prétend qu’un ver extrait des intestins d’une noble dame passa de vie à trépas dès qu’on lui eut administré du pain trempé dans du vin.

Par quoi il en suyt qu’il est expédient de prandre du pain et du vin au matin, au moings en temps dangereux, de peur de prandre de ver.

conclut ce Prudhomme du XVIe siècle.

J’aime beaucoup moi-même à tuer le ver sur le zinc, et je me fais un plaisir de vous offrir une tournée.

(Bernadille, Esquisses et croquis parisiens, 1876)

La variante donne : Tuer le colimaçon, mais l’expression est beaucoup moins répandue ; et encore : Asphyxier le ver.

Rigaud, 1881 : S’étourdir, mettre des liqueurs fortes sur ses remords pour essayer de les éteindre, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire tuer le ver qui ronge la conscience.

La Rue, 1894 : Étouffer un remords. Boire du vin blanc en se levant.

Virmaître, 1894 : Boire la goutte, le matin, ou un verre de vin blanc. Quand on suppose que le ver est solitaire (dur à tuer), les ouvriers boivent plusieurs tournées, alors ce n’est pas le ver qui est tué, mais bien le buveur. Les voleurs disent également qu’ils ont tué le ver lorsqu’ils ont des remords. Ils ne le tuent pas souvent (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Boire le matin à jeun. Expression due à la croyance populaire qu’un verre d’eau-de-vie, pris au réveil, tue les vers intestinaux.

C’est, disent les ouvriers de Paris, un remède infaillible pour tuer le ver qui, à cette heure-là, leur pique l’estomac. Mais comme ils se l’appliquent tous les jours, il faut croire que le remède est inefficace ou que le ver est immortel. Ils ont beau doubler la dose, le résultat est le même, et chaque jour le ver, comme le phénix de ses cendres, renait de cette immersion.

(Charles Nisard)

Dans un très curieux petit roman du XVIIIe siècle, on trouve cette expression qui laisse supposer qu’on appelait ainsi le petit déjeuner du matin : « Je n’ai rien pris de tout aujourd’hui qu’au tue-ver. » On tuait aussi le ver le soir, mais avec du vin, ainsi qu’il appert d’un vau de Vire, de Jehan de Houx :

Les vers nous font mourir,
J’en prends pour m’en guarir
Et nettoyer mon ventre.
Au soir estant couché,
Suis malade et tranché
Si quelque vin n’y entre.

(La Panacée universelle)

En juillet 1519, M. de la Vernade, maître des requestes du roi, perdit sa femme. Elle fut ouverte et on lui trouva sur le cœur un ver en vie.
On prit ce ver, qui avait percé le cœur, et on crut le tuer avec du mithridate. Cet antidote n’ayant pas réussi, on essaya du pain trempé dans du vin. Le ver mourut aussitôt.
D’où les médecins conclurent qu’il est expédient de prendre du pain et du vin au matin, au moins en temps dangereux, de peur de prendre le ver.
De là le petit coup de vin blanc ou d’eau-de- vie par lequel les ouvriers commencent leur journée.

(Le Courrier de Londres)

Universelle

France, 1907 : Prostituée ; ce mot peu usité a été mis en circulation par Auguste Vacquerie.

Volapück

France, 1907 : Langue universelle, baptisée ainsi par son inventeur, Schleyer, de Constance. Volapück est formé de deux mots pris dans la langue elle-même, vol, univers, et pük, langue. Le volapück ne s’est jamais répandu en France, mais en Allemagne il eut un moment de vogue. En 1886 les étudiants de Prague parlaient le volapück et à Dresde il était en usage même dans les classes ouvrières. Il est aujourd’hui à peu près abandonné, quoique reposant sur une idée fort juste et qui depuis plusieurs siècles à préoccupé les plus grands esprits. Il suffira de citer Bacon, Descartes, Leibniz, Voltaire, Montesquieu, Volney, Ampère, qui tous ont reconnu la nécessité d’une langue universelle. Nombre d’essuis ont été tentés ; les derniers en France sont le Sol-ré-sol, la Langue Bleue ou Bolak du nom le Léon Bollack, son inventeur, et l’Esperanto.

Vox populi, vox dei

France, 1907 : La voix du peuple est la voix de Dieu. Sentence latine originaire des Grecs. Aristide défendant Périclès soutenait « que ce qui était universellement reçu par le peuple était fondé sur la vérité et devait devenir la croyance générale, parce que la masse rend toujours hommage à la vérité ». Rien de plus faux. L’erreur gouverne les masses ; elles ce courbent sous tous les préjugés, écoutent tous les mensonges et sont esclaves de tous les charlatans. La voix du peuple n’est le plus souvent que le verbe d’une foule ignorante, inconsciente et inepte, un écho répété par d’autres échos. L’illustre Phoeion, qui commanda quarante-cinq fois les armées athéniennes et qui connaissait bien la versatilité populaire dont il devait devenir victime, s’écria, tandis que le peuple applaudissait avec frénésie un de ses discours : « J’ai donc laissé échapper quelque sottise ! » « L’opinion est la reine du monde parce que, disait Chamfort, la sottise est la reine des sots. » Donc est tenu pour maxime le proverbe vulgaire :

Qui est aimé du Populus
Il est aimé de Dominus.

C’est pourquoi l’on voit la faveur populaire entourer si souvent des pitres ou des coquins.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique