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Allumer (s’)

Delvau, 1864 : Être en érection, soit devant une femme, soit devant une photographie obscène.

Il ne s’allume pas !… Je ne s’rais pourtant pas fâchée qu’i m’ baise car il a un rude membre.

(Lemercier de Neuville)

France, 1907 : Prendre feu aux rayons des yeux d’une femme.

Entre horizontales.
— Tu sais ? Ce vieux à favoris blancs qui m’a fait l’autre soir une déclaration au Jardin de Paris ?… Voici deux fois que je dîne avec lui et il ne s’allume pas.
— Méfie-toi, ma chère, il doit être de la régie.

Barbe

d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

Fustier, 1889 : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin)

Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Chabannais

Delvau, 1866 : s. m. Reproches violents, quelquefois mêlés de coups de poing, — dans le même argot [du peuple]. Ficher un chabanais. Donner une correction.

Rigaud, 1881 : Bruit, tapage, dispute. Faire un joli chabannais.

Tout le monde, y compris N. savait qu’il y aurait le soir du chabannais.

(Figaro, du 14 juillet 1880)

Virmaître, 1894 : Faire du tapage, du bruit.
— Allons, viens boire le dernier verre,
— Y a pas de pet, la bourgeoise ferait un rude chabannais.
Faire du chabannais dans une assemblée : troubler l’ordre (Argot du peuple).

France, 1907 : Bruit, tapage. Faire du chabannais ; ficher un chabannais, donner une correction.

Coup de bas

Larchey, 1865 : Coup dangereux.

Ces fats nous donnent un rude coup de bas.

(Chansons. Clermont, 1835)

Coup de chien, peigne, torchon : V. ces mots.

Virmaître, 1894 : Coup dangereux. Achever quelqu’un, le finir (Argot des voleurs).

France, 1907 : Coup définitif qui achève la victime.

Dégel

Larchey, 1865 : Mortalité.

Il y aura un rude dégel.

(Watripon)

On connaît les effets dissolvants du dégel.

Rigaud, 1881 : Mort. — Dégelé, cadavre. — Dégeler, mourir. — Se dégeler, se suicider.

France, 1907 : Mort.

Emplâtre

d’Hautel, 1808 : Où il n’y a point de mal, il ne faut point d’emplâtre. Signifie que quand on se porte bien, il est inutile de prendre des médicamens.
C’est un vrai emplâtre ; un pauvre emplâtre. Se dit d’une personne sans vigueur, sans capacité, d’un homme valétudinaire et rempli d’infirmités. Le peuple fait ce mot féminin, et dit une emplâtre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Empreinte.

Larchey, 1865 : Empreinte (Vidocq). Allusion à la couche de cire molle sur laquelle est prise l’empreinte.

Delvau, 1866 : s. m. Empreinte, — dans l’argot des voleurs, qui se garderaient bien d’en prendre avec du plâtre (comme l’insinue M. Francisque Michel) et qui se servent au contraire de substances molles, ou se malaxant entre les doigts, collant enfin (ένπλάσσω) comme la cire, la gomme-résine, etc.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans énergie, pusillanime, qui reste collé en place, sans pouvoir se décider à bouger. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Empreinte à la cire.

Rigaud, 1881 : Portée de cartes dont se servent les tricheurs. Faire un emplâtre ou placard, placer une série de cartes dans un ordre déterminé. Les grecs cachent l’emplâtre dans une tabatière à double fond, sous l’aisselle. Au lansquenet et au baccarat, choisissant le moment propice, le tricheur place adroitement l’emplâtre sur le paquet de cartes qu’il tient ostensiblement à la main. Il faut se méfier d’un individu qui tire de sa poche soit son mouchoir, soit sa tabatière ou tout autre objet en gardant les cartes à la main. Il faut surveiller également celui qui, ayant posé les cartes sur le tapis, les couvre un instant avec une tabatière. Il y a cent à parier contre un que la tabatière est à double fond. Le double fond recèle un emplâtre que la pression du doigt fera descendre sur le paquet de cartes.

La Rue, 1894 : Empreinte (d’une clé, d’une serrure) à la cire. Portée de cartes à l’usage des grecs.

France, 1907 : Cravate longue.

France, 1907 : Empreinte à la cire d’une serrure ; argot des voleurs.

France, 1907 : Paquet de cartes préparé pour tricher au jeu ; argot des grecs. Plaquer une emplâtre, poser une portée.

Avant de plaquer ton emplâtre,
Tâche au moins qu’elle soit chenâtre.

(Hogier-Grison)

France, 1907 : Propre à rien ; homme sans énergie et mou comme un emplâtre.

— Eh ! dites donc, là-bas, crie le sous-officier au conscrit, votre cheval est donc malade ?
— Je ne sais pas, maréchal des logis.
— Comment, vous ne savez pas… il a pourtant un rude emplâtre sur le dos.

(Facéties de Caserne)

Estomac

d’Hautel, 1808 : Il a un estomac d’autruche, il digéreroit le fer. Se dit d’un gourmand à qui rien ne peut faire mal ; et d’un homme qui a l’estomac bien constitué.

Delvau, 1866 : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot :

Quant je voy Barbe en habit bien luisant,
Qui l’estomac blanc et poli desœuvre.

Rigaud, 1881 : Courage, intrépidité, — dans l’argot des joueurs.

Avoir de l’estomac au jeu, c’est poursuivre la veine sans se déconcerter, sans broncher, dans la bonne ou la mauvaise fortune.

(Les Joueuses, 1868)

Peu de joueurs étaient aussi crânes, avaient un pareil estomac !

(Vast-Ricouard, le Tripot, 1880)

Beau joueur, Grandjean, et quel estomac !

(Figaro du 5 mars 1880)

On dit d’un joueur très intrépide qu’il a un estomac d’enfer.

La Rue, 1894 : Courage, audace au jeu.

France, 1907 : Aplomb, audace, sang-froid, effronterie. On dit d’un beau joueur : « Il a de l’estomac. » Se dit aussi d’un politicien roublard et sans vergogne.

Le langage populaire désigne deux sortes d’intrépidité par deux locutions spéciales ; et cette phrase : « Il n’a pas froid aux yeux », ne signifie pas précisément la même chose que : « Il a un rude toupet. » Or nous sommes tellement démoralisés que nous en arrivons à ne plus sentir cette nuance. Combien de fois, devant un coquin qui se carre dans sa mauvaise réputation et porte beau sous l’infamie, n’avez-vous pas entendu dire : « Il est crâne, il a de l’estomac… »

(François Coppée)

Je ne suis certes pas pessimiste, et j’aime la bataille par tempérament, mais j’avoue que le métier de député, accepté d’une certaine manière, est un métier abominablement écœurant.
Il exige, pour quelques-uns, une réelle maîtrise dans la canaillerie familière et dans la roublardise. Il faut de l’estomac, comme on dit, pour bien tenir l’emploi.

(A. Maujan)

Avoir de l’estomac se dit aussi pour avoir une grosse fortune, offrir de sérieuses garanties dans les affaires. « Vous pouvez aller en toute confiance, le patron a de l’estomac. »

Faire la salle

Rigaud, 1881 : Chercher, un soir de première représentation, à se rendre le public favorable en semant des billets de faveur au ban et à l’arrière-ban de ses amis et connaissances, de ses fournisseurs, de ses créanciers ; chercher à composer une salle d’amis et de gens bienveillants. Il y a encore des auteurs assez naïfs pour compter sur l’enthousiasme des camarades. Il n’y a encore rien de tel que le zèle et la conviction et l’enthousiasme des créanciers. L’auteur qui pourrait en bonder une salle obtiendrait un rude succès… le premier soir.

Fête le fou reste (après la)

France, 1907 : On emploie cette expression au sujet des gens qui, ayant été invités à une soirée, une fête, une noce, ne se décident pas à partir.
« Le premier qui a dit qu’après la fête le fou reste devait être un rude astrologue », s’écrie Jean-l’ont-pris, héros d’un conte languedocien du XVIIIe siècle.

(Histoire de Jean-l’ont-pris, par l’abbé Favre)

Fil à la patte (avoir un)

France, 1907 : Être gêné, entravé. « J’ai une maîtresse crampon qui est un rude fil à la patte. »

Fil à la patte (en avoir un)

Virmaître, 1894 : Être gêné par quelqu’un. Être entravé dans ses affaires, n’avoir pas ses coudées franches. Une femme crampon est un rude fil à la patte (Argot du peuple).

Flanche

Clémens, 1840 : Pas.

un détenu, 1846 : Chose mauvaise, de mauvais goût.

Larchey, 1865 : Jeu de roulette. — Flancher : Jouer franchement (Vidocq). — Flancher, Flacher : Plaisanter (Bailly). — Flanche : Plaisanterie.

Delvau, 1866 : s. f. La roulette et le trente-et-un, — dans l’argot des voleurs. Grande flanche. Grand jeu.

Delvau, 1866 : s. m. Affaire, — dans le même argot [des voleurs]. S’emploie ordinairement avec l’adjectif comparatif mauvais. « C’est un mauvais flanche », pour : C’est une mauvaise affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Truc, secret, ruse, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Jeu ; ruse ; plaisanterie. — Affaire. — Reculade. — Grande flanche, jeu de la roulette, jeu du trente et quarante.

La Rue, 1894 : Jeu, ruse, plaisanterie. Affaire. Peur, reculade. Pas. Flancher, jouer, se moquer, reculer, s’effrayer, tricher.

Virmaître, 1894 : Affaire.
— Si tu veux, mon vieil aminche, nous avons un rude flanche en vue ?
— Je le connais ton flanche à la manque (Argot des voleurs).

France, 1907 : Affaire, truc, ruse, secret. Un sale flanche, une mauvaise affaire. Connaître le flanche, connaître son affaire. C’est flanche, tout va bien. Accoucher d’un flanche, écrire un article.

Il va pistonner un journaleux qui accoucha d’un flanche dégueulasse.

(La Sociale)

France, 1907 : Jeu de cartes. La grande flanche, la roulette et le trente et un. « J’ai joué la grande flanche. »

Galoubet (en avoir)

Virmaître, 1894 : Posséder une belle voix ou crier bien fort. On dit d’un chanteur émérite :
— Il a un rude galoubet.

Gars à poil

Delvau, 1864 : Homme qui a des couilles au cul et passe pour un rude jouteur.

… Mon aîné ?… c’est un gars à poil, et qui vous a une vraie pine de famille. Il foutra votre femme, vos deux filles, et vous enculera par-dessus le marché, histoire de dire qu’il a mis un pied chez vous.

(Les Deux Beaux-Pères)

Gas

Delvau, 1866 : s. m. Garçon, enfant mâle, — dans l’argot du peuple, qui trouve plus doux de prononcer ainsi que de dire gars. Beau gas. Homme solide. Mauvais gas. Vaurien, homme suspect.

France, 1907 : Garçon solide. « Un rude gas », un vigoureux gaillard.

Gilet

Delvau, 1866 : s. m. Estomac ; poitrine. S’emplir le gilet. Boire ou manger. Avoir le gilet doublé de flanelle. Avoir mangé une soupe plantureuse. Gilet à la mode. Belle gorge de femme, où le lard abonde.

Virmaître, 1894 : La poitrine. On dit d’une femme qui en possède une copieuse :
— La nature à rien été généreuse, pige donc le bath devant de gilet.
On dit également :
— Elle a un rude plastron.
Cela a donné naissance à un jeu de mots que les farceurs ne manquent jamais de faire. À l’époque des élections, ils arrêtent une fille dans la rue et lui demandent :
— Mademoiselle, pour qui vos tétons ?
Une autre plaisanterie est encore commune :
— Mademoiselle qu’avez-vous donc dans votre corset ?
— Du foin pour amuser les ânes ? (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Estomac, poitrine.

Lapin

d’Hautel, 1808 : Un lapin ferré. Nom burlesque que le peuple donne à un cheval.
Il trotte comme un lapin. Se dit de quelqu’un qui met une grande promptitude dans ses courses.
On dit par dérision d’une femme qui fait beaucoup d’enfans, que c’est une lapine.

Larchey, 1865 : Apprenti compagnon.

Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Bon compagnon.

Ils ont appelé dans leurs rangs Cent lapins quasi de ma force.

(Festeau)

C’est un fameux lapin, il a tué plus de Russes et de Prussiens qu’il n’a de dents dans la bouche.

(Ricard)

L’homme qui me rendra rêveuse pourra se vanter d’être un rude lapin.

(Gavarni)

Au collège, on appelle lapins des libertins en herbe, pour lesquels Tissot eût pu écrire un nouveau Traité. Lapin a aussi sa signification dans le monde des messageries.

et puis le jeune homme était un lapin, c’est-à-dire qu’il avait place sur le devant, a côté du cocher.

(Couailhac)

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Camarade de lit, — dans l’argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls. On sait quel était le lapin d’Encolpe, dans le Satyricon de Pétrone.

Delvau, 1866 : s. m. Homme solide de cœur et d’épaules, — dans l’argot du peuple. Fameux lapin. Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

Rigaud, 1881 : Voyageur, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. — En lapin, placé sur le siège d’une voiture, à côté du cocher.

La Rue, 1894 : Voyageur d’omnibus. Fameux compagnon. Lapin ferré gendarme à cheval. Poser un lapin, abuser de la confiance d’une fille en oubliant de la payer, ou bien donner un rendez-vous galant à une femme et ne pas s’y rendre.

Rossignol, 1901 : Connu des conducteurs d’omnibus qui en étouffent le plus possible ; si ce n’est pas une grosse affaire pour le dividende des actionnaires de la compagnie, c’est toujours une augmentation de salaire pour le lapineur. Chaque voyageur qui n’est pas sonné au cadran par le conducteur, c’est pour celui-ci 30 centimes de gain, et un lapin pour la compagnie. J’en ai connu un qui trouvait que ce système n’allait pas assez vite : il avait deux clés et avant d’arriver à la tête de ligne, il descendait le cadran de vingt ou trente places. Il y a aussi le lapin pour le cocher de maison bourgeoise : c’est lorsqu’il prend un client pour une petite course pendant que son maître est au cercle ou ou en visite.

Rossignol, 1901 : Homme fort, courageux. Sans doute pour faire allusion aux quarante lapins du capitaine Lelièvre, qui tinrent à Mazagran tête pendant plusieurs jours à des milliers d’Arabes. C’est à la suite de ce fait d’armes que les zéphirs ont été autorisés a porter la moustache.

Rossignol, 1901 : Promettre une chose et ne pas la tenir est poser un lapin. Un homme qui promet de l’argent à une femme et qui ne lui en donne pas lui pose un lapin.

France, 1907 : Enfant ou adolescent vicieux qui remplit dans les collèges le rôle des mignons de Henri III ou celui d’Alcibiade près de Socrate. Corruption du vieux mot lespin, prostitué, giton. Dans le Satyricon de Pétrone, on trouve le type d’un joli lapin.

France, 1907 : Individu qui s’offre gratuitement les faveurs d’une fille galante, l’ennemi intime du chameau, dit la Vie Parisienne. On a dit de l’une de ces dames :

Adore le clicquot, très bonne fille, air mièvre,
Mais ne dînerait que de pain
Plutôt que de manger du civet ou du lièvre,
Tant elle à l’horreur du lapin.

Ab una disce omnes.

— Filou ! rasta ! lapin ! Parbleu, je m’en étais doutée. Tu étais trop malin au lit ! Mais, voyez un peu, ça se promène dans les bals, ça reluque les femmes, ça a des bagues au doigt, ça offre à souper, — à l’œil, je parie ! tu es sorti pour parler au maître d’hôtel ! — ça promet des cinq louis, ça laisse sur la cheminée des albums avec des princes et des rois… et ça n’a pas de quoi payer ses chapeaux !

(Catulle Mendès, Gog)

Luce de B…, qui vient de s’installer très luxueusement sur les grands boulevards, a baptisé l’une des pièces de son appartement du nom de « Salon de l’affichage ».
En lettres d’or sont inscrits, dans un tableau spécial, les noms de tous ces grelotteux qui passent, à tort ou à raison, pour des lapins.

(Gil Blas)

France, 1907 : Luron, homme fort ou courageux, solide et vaillant gaillard. On disait autrefois vieux lapin. Plus un lapin avance en âge, dit le Dictionnaire des Ménages, plus il augmente en chair, en peau et en poil. De là l’expression vulgaire par laquelle on désigne un homme fort et solide, en disant : « C’est un vieux lapin. » Après la défense de Mazagran, du 2 au 6 février 1840, où 123 hommes des compagnies légères d’Afrique, commandés par le capitaine Lelièvre, défendirent le fort contre 12,000 Arabes, l’on dit que Lelièvre avait sous ses ordres de fameux lapins.

On ne voit pas bien ce que la France, par exemple, a gagné à ce que les vieux lapins de l’Empire aient semé leurs germes triomphants chez les peuples vaincus de l’Iliade napoléonienne, car, de ses germes, quelques-uns ont pris, soit en Allemagne, soit en Italie, — Stendhal, là-dessus, est formel — et nous avons des frères et des cousins dans les armées de la Triplice.

(Émile Bergerat)

— Eh bien ! reprit Hulot, qui possédait éminemment l’art de parler la langue pittoresque du soldat, il ne faut pas que de bons lapins comme nous se laissent embêter par des chouans, et il y en a ici ou je ne me nomme pas Hulot. Vous allez, à vous quatre, battre les deux côtés de cette route… Tâchez de ne pas descendre la garde, et éclairez-moi cela vivement.

(Balzac, Les Chouans)

Par derrière un bois de sapins,
On installe souvent la cible ;
Ce qui n’empêch’ pas qu’on la crible
Par-dessus le bois de sapins.
Nous sommes de fameux lapins !
C’est l’tir pratiqu’, car à la guerre
Nos enn’mis ne s’montreront guère,
Nous sommes de fameux lapins !

(Capitaine Du Fresnel, Chants militaires, chansons de route et refrains de bivouac)

France, 1907 : Maître de dessin à l’École polytechnique.

France, 1907 : Voyageur supplémentaire que prennent les conducteurs de diligence ou d’omnibus. C’était, en terme de messagerie, toute place ou tout port d’article perçu en fraude par le conducteur au détriment de son administration. De là l’expression poser un lapin.

Lapin (un rude)

Virmaître, 1894 : Homme fort, un risque tout, en tout et en toutes choses. Dans le peuple, une femme dit :
— Mon homme est un rude lapin (Argot du peuple). N.

Merde

d’Hautel, 1808 : De la merde à Marie-Gaillard, ou du prince d’Orange. Les écoliers apellent ainsi une espèce de mélasse, que les épiciers vendent en cornet, et dont ils sont très-friands.
Merde. Mot ignoble et grossier, dont le bas-peuple se sert dans un sens négatif ; pour dire qu’ou ne se soumettra pas à une chose que l’on exige.
Plus on remue la merde plus elle pue. Signifie qu’il ne faut pas approfondir une matière dégoûtante, une affaire déshonnête.
Aux cochons la merde ne pue pas. Pour dire que l’on peut parler de choses sales, devant les personnes malpropres, ou d’une condition vile.
Un maître de merde, un auteur de merde. Expression basse et injurieuse, pour dire qu’on ne fait nil cas de son maître, d’un auteur, d’une personne quelconque.
On dit ignoblement, et par mépris, d’un homme brusque et grossier, d’un butord, qu’il est poli comme une poignée de merde.

Larchey, 1865 : « Mot ignoble et grossier dont le bas peuple se sert dans un sens négatif. » — d’Hautel, 1808. — V. Cambronne.Merde : Homme mou, sans consistance. — Merde alors ! Exclamation destinée à peindre une situation critique, un accident funeste. Elle peut se traduire ainsi : Alors, voici le moment de crier merde.

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans consistance, sur lequel il n’y a pas moyen de compter dans les circonstances graves.

Rigaud, 1881 : Exclamation qui sert à désigner le nec plus ultra de l’indignation ou de la colère, ou du découragement. (Voir les Misérables de V. Hugo.)

Rigaud, 1881 : Le fond de la langue française parlée par le peuple des faubourgs qui a toujours ce mot plein la bouche.

Rigaud, 1881 : Personne faible de caractère.

Virmaître, 1894 : À bout d’argument, dans le peuple, on dit :
— Merde, est-ce français ?
C’est-à-dire : Me comprends-tu ?
Ce à quoi on répond :
— Goûtes tes paroles.
— Tu peux te retourner et te mettre à table.
— S’il pleuvait de la merde et que chacun en ait suivant son grade, t’en aurais un rude paquet, car tu es le colonel des imbéciles (Argot du peuple). N.

Oignons (aux petits)

France, 1907 : D’une façon excellente. « Je vais vous faire cela aux petits oignons, vous vous en lécherez les babines. »

— Vous savez, elle est cocasse votre chanson et vous l’avez détaillée aux petits oignons !

(Edgar Monteil)

On dit aussi petites oignes :

On ne saurait trop imiter les maîtres, surtout lorsqu’ils vous donnent l’exemple et la manière de cuisiner eux-mêmes la ratatouille de leur gloire et d’en éplucher les pelites oignes. J’ai choisi, d’ailleurs sans fatigue, mes gribouillages les plus récents, soit ceux de la semaine dernière.

(Émile Bergerat, Mon Journal)

Cette expression s’emploie également pour désigner une façon de traiter quelqu’un rudement : « Je vais vous arranger aux petits oignons. »
Marchand d’oignons se connait en ciboules, expression proverbiale signifiant que quand on exerce un métier, on en connaît toutes les parties.

Pieu

d’Hautel, 1808 : Roide comme un pieu. Se dit d’une personne qui a de la roideur dans son maintien, dans ses manières, entièrement dépourvue de graces.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lit.

Vidocq, 1837 : s. m. — Lit.

M.D., 1844 : Un lit.

un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Lit.

Larchey, 1865 : Lit. — Allusion à la dureté des lits de bagne, de prison et de corps-de-garde.

On peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n’y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Lit, couchette, — dans l’argot des faubouriens. Aller au pieu. Aller se coucher. Se coller dans le pieu. Se coucher. Être en route pour le pieu. S’endormir.

Rigaud, 1881 : Lit ; barre ; traverse. — Rivé au pieu, passionnément épris d’une fille, d’une femme galante ; c’est-à-dire rivé au lit.

Ce mot terrible, dont l’argot a baptisé le lit des sales amours.

(Ed. et J. de Goncourt, Le Vieux Monsieur)

Merlin, 1888 : Lit. — Le lit militaire n’a, en effet, rien à envier à la dureté du pieu.

La Rue, 1894 : Lit.

Virmaître, 1894 : Le lit. Se fourrer au pieu. Se coller dans le pieu. Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Lit.

France, 1907 : Lit ; argot populaire et militaire. Ce mot ne vient pas de ce que le lit de troupe ou celui du pauvre est dur comme un pieu, mais du vieux français piautre, paillasse, dont l’argot du voleur a fait piaucer, dénaturé en pioncer par l’argot populaire.

— À peine était-elle fourrée au pieu que j’allais l’y rejoindre. Ah ! mes enfants, si vous aviez entendu ses petits cris étouffes ! « Allez-vous-en ! me disait-elle. Vous avez encore un rude aplomb, vous ! Allez-vous-en, ou j’appelle maman ! — Appelle si tu l’oses. — Oui, je vais oser. — Ose donc ! » Il n’y avait pas de danger. J’étais trop sûr de mon affaire, et je continuais à me glisser dans le petit pieu.

(Les Joyeusetés du régiment)

A’s ont pus d’pain
Car le chopin
N’est pas rupin…
C’est du lapin.
A’s ont pus d’feu,
A’s pri’nt l’bon Dieu,
Qu’est un bon fieu,
D’chauffer leur pieu.

(Aristide Bruant)

Être rivé au pieu, être attaché passionnément a une femme.

anon., 1907 : Lit.

Politicard

France, 1907 : Individu vivant de la politique comme rat en fromage, ou espérant en vivre.

Comment, les politicards socialos qui, presque tous, sont des renégats de la révolution opérée par le peuple et qui, précédemment, avaient affirmé et démontré que le populo doit faire ses affaires lui-même et ne compter sur personne, sont-ils parvenus à embistrouiller à leur tour le pauvre monde ?

(Le Père Peinard)

On dit aussi, mais plus rarement, politiculard.

Y a pas… C’est un rude homme tout de même que l’Bismarck qui vient de gueuler comme un tonnerre au Reichstag… En v’là z’un qui leur z’y parle comme y méritent, à ce troupeau de politiculards allemands, presque aussi tocs que les nôtres, au fond, je m’imagine.

(Le Cri du Peuple, janvier 1887)

Rude

d’Hautel, 1808 : Du rude. Nom que l’on donne à toute liqueur forte et spiritueuse, telle que le punch, le rhum, le rack, l’eau-de-vie.
On appelle dans un sens opposé, toutes les liqueurs huileuses, sucrées, et agréables à boire, du doux.
Voulez-vous du doux
ou du rude. Se dit à celui à qui l’on propose de boire un petit verre.
Il est rude aux pauvres gens. Se dit d’un homme qui répond brusquement à ceux qui lui demandent quelque service.

Larchey, 1865 : Remarquable.

Eh ! mon vieux sabre, tu peux te vanter d’appartenir à un rude lapin.

(About)

V. Raide, Balle, Doux. — Rudement : Remarquablement.

Delvau, 1866 : adj. Courageux.

Delvau, 1866 : s. f. Chose difficile à croire, événement subit, désagréable, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Extraordinaire. — Rude aplomb, rude toupet, rude appétit.

France, 1907 : Crin.

France, 1907 : Eau-de-vie.

Stopper

Delvau, 1866 : v. n. Arrêter, faire escale. C’est le verbe anglais To stop.

Virmaître, 1894 : Stopper, arrêter. Le mécanicien arrête la machine, il stoppe. On dit à un orateur qui fait un discours maladroit : stoppez, dans le sens de taisez-vous. La science du tailleur a créé le stoppeur, celui qui reprise les accrocs aux vêtements. Il est regrettable que son aiguille habile ne puisse repriser les consciences, il aurait eu un rude ouvrage au Palais-Bourbon (Argot du peuple).

Tabernacle

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où l’on serre précieusement le dieu — des jardins.

Elle est belle, ma Joséphine ! elle a un chouette maître-autel !… un rude tabernacle !…

(Tisserand)

Rigaud, 1881 : Derrière, — dans le jargon des voyous. — Je te vas défoncer le tabernacle. — Ouvrir le tabernacle, sacrifier à crepitus.

France, 1907 : Ventre. Ouvrir le tabernacle, étriper ; argot faubourien. Se dit aussi pour le derrière. Défoncer le tabernacle, donner un coup de pied au cul.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique