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Cadet

d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.

Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.

Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).

Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.

M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.

un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.

Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.

Larchey, 1865 : Derrière.

Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.

(Vadé)

Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.

Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.

(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)

Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.

Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »

Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.

Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.

Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.

La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.

Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).

France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.

Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Le derrière.

— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.

(Lucien Puech, Gil Blas)

Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.

France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.

Camouffelet

Ansiaume, 1821 : Soufflet.

Pour un rien, il recoque des camoufflets à sa larque et à ses mosmes.

Casser son sabot, sa cruche

France, 1907 : Perdre sa virginité.

Conservez bien votre chaussure,
Fille sans finesse et sans art ;
Pour vous ôter cette parure,
Souvent on vous guette à l’écart.
Le coin d’un bois, l’herbe nouvelle,
Un mouvement, le moindre mot,
Un rien fait broncher une belle,
Un rien lui casse son sabot.

(Pigault-Lebrun, Les Sabotiers)

Chaillot (à)

Larchey, 1865 : Terme injurieux fort en usage à Paris. C’est comme si on criait : À l’eau ! à l’eau ! — Et par le fait, Chaillot est au bord de la Seine. Le mot pourrait être fort ancien, si on en juge par cet extrait d’une mazarinade de 1649 (La Nape renversée).

Les gens de l’assemblée s’en allèrent je ne sçay où, à Chaillot ou à Saint-Cloud.

(La Nape renversée)

À Chaillot les géneurs.

(Les Cocottes, 1864)

Rigaud, 1881 : Mot à mot : allez vous promener à Chaillot. On envoie à Chaillot, pour s’en débarrasser, les imbéciles, les niais, les gêneurs, ceux qu’un rien étonne, les décrépits de l’intelligence.

Est-ce à cause des hôtes de Sainte-Perrine — ruines humaines pour la plupart — qu’il est de bon goût, depuis quelques années, de crier : À Chaillot ! toutes les fois que dans la conversation quelqu’un dit une sottise ou émet une proposition extravagante ?

(A. Delvau, Hist. anecdotique des barrières de Paris)

Chaillot (ahuri, abruti de)

Rigaud, 1881 : Celui qu’un rien étonne, sorte d’idiot. — Une des nombreuses parodies de Taconnet, acteur et fournisseur ordinaire de Nicolet, porte pour titre : Les Ahuris de Chaillot ou Gros-Jean Bel-esprit.

Clou

d’Hautel, 1808 : Gras comme un cent de clou. Phrase hyperbolique, pour dire maigre, étique, décharné.
Cela ne tient ni à fer ni à clou. Pour est dans un très-mauvais état ; se dit aussi d’un ornement d’une chose mobile qu’on peut emporter en changeant de logis.
Un clou chasse l’autre. Voy. Chasser.
River le clou à quelqu’un. C’est répondre d’une manière fermé et sèche à des paroles choquantes.
Compter les clous d’une porte. Se dit figurément, pour s’ennuyer d’attendre à une porte y planter le piquet.
On dit d’une chose en très bon état, qu’il n’y manque pas un clou.
Je n’en donnerois pas un clou à soufflet.
Se dit d’une chose pour laquelle on n’a aucune estime.
On dit d’un écervelé, d’un homme extravagant, qu’il faut un clou à son armet.

Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on fixe la femme sur le dos.

Larchey, 1865 : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés.

Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou.

(Luchet)

Larchey, 1865 : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué.

Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures.

(Noriac)

Delvau, 1866 : s. m. La salle de police, — dans l’argot des soldats, qui s’y font souvent accrocher par l’adjudant. Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.

Delvau, 1866 : s. m. Le mont-de-piété, — où l’on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d’argent. Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements cher un commissionnaire au mont-de-piété. Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Baïonnette, — dans le jargon des soldats.

Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété. — Mot emprunté par le peuple au jargon du régiment où clou signifie prison. Le Mont-de-Piété est la prison aux hardes. — Hospice des Enfants-Trouvés.

Rigaud, 1881 : Objet détérioré ou de peu de valeur, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac. Pousser des clous, mettre des enchères sur des objets sans valeur.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille mal.

Rigaud, 1881 : Prison, — dans le jargon des troupiers.

Vous y êtes pour deux jours de clou.

(Randon, Croquis militaires)

Rigaud, 1881 : Scène à effet, scène capitale, scène où les auteurs comptent accrocher le succès, — dans le jargon du théâtre.

Je lui ai donné la réplique et nous avons répété sa grande scène du deux !… c’est le clou de la pièce.

(Figaro du 6 juillet 1878)

Merlin, 1888 : Salle de police, prison. — Coller au clou, mettre en prison.

La Rue, 1894 : Prison. Mont-de-piété. Mauvais ouvrier. Mauvais outil. Baïonnette. Objet détérioré. Scène à effet au théâtre.

Virmaître, 1894 : Le mont-de-piété. On va, les jours de dèche, y accrocher ses habits. On dit aussi : aller chez ma tante, mon oncle en aura soin. On dit également : au plan (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Un individu bon à rien est un clou. Une mauvaise montre est un clou.

France, 1907 : Baïonnette.

France, 1907 : Mauvais outil, mauvais ouvrier. « Cela ne vaut pas un clou. » « Tu n’es qu’un clou, un rien qui vaille. »

France, 1907 : Mont-de-piété.

France, 1907 : Partie saillante d’une pièce, d’un livre, d’une représentation.

Un jeune auteur dramatique explique à un de ses amis le scenario d’une comédie future :
— Ce n’est pas mauvais, dit l’ami, mais pourquoi as-tu fait dérouler l’action dans un mont-de-piété ?
— Mais, mon cher, tout bonnement parce que le mont-de-piété sera le clou de ma pièce.

Aujourd’hui, au théâtre, il y a souvent plus de clous que de « charpente ». Le contraire nous semblerait préférable.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

M. Hector Pessard vient de publier la première série de ses petits papiers dans la Revue bleue. Le clou de cette intéressante communication est l’histoire de la fondation du Courrier de Paris par M. Clément Duvernois. Le rôle joué par cette feuille éphémère et les rédacteurs qui y ont été attachés, ainsi que le talent de l’auteur, expliquent l’accueil fait à ce récit.

(Gil Blas)

Le livre est un petit bijou,
J’ai note des pages exquises,
Dont une un véritable clou.

(Jacques Redelsperger)

France, 1907 : Prison : on y est, en effet, cloué.

Nos chefs sont remplis d’malice ;
Pour un’ faute, un rien du tout,
V’lan ! à la sall de police !
— Y en a qui nomment ça le Clou ! —

Dès qu’il s’agit d’une corvée,
Vite, dans la cour mal pavée,
On fait appeler à l’instant
Le caporal et le sergent.
Et souvent, comme récompense
(Ça se voit plus qu’on ne le pense),
On flanque au clou, si ça va mal,
Le sergent et le caporal.

(Chanson de caserne)

Dormir

d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit en plaisantant d’un enfant mutin, espiègle, et difficile à conduire.
Dormir comme un sabot. C’est-à-dire, très profondément, comme le font ordinairement les apathiques, les gens d’un sang lourd et épais ; et par allusion au sabot qui, agité fortement par le fouet d’un enfant, semble ne décrire aucun mouvement, et être tout-à-fait immobile.
Dormir comme une marmotte. Avoir l’air nonchalant, et toujours endormi. On sait que les marmottes dorment six mois de l’année.
Il ne sait s’il dort ou s’il veille. Se dit d’une personne étonnée, surprise, stupéfaite.
Des contes à dormir debout. Histoires ennuyeuses et mensongères.
Dormir la grasse matinée. C’est dormir en paresseux, toute la matinée.
Il ne faut pas réveiller le chat qui dort. Voy. Éveiller.
On dit communément parmi le peuple, dormir un somme, pour faire un somme, prendre un moment de sommeil.
Dormir sans débrider. Dormir la nuit entière sans s’éveiller.
Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c’est signe de mort.
On dit d’un homme alerte, vigilant, intrigant dans les affaires, que le diable le berce quand il dort.
Il ne dort non plus qu’un jaloux.
Pour, il a le sommeil inquiet, agité, fort léger ; un rien suffit pour le réveiller.
Dormir à bâtons rompus. Se réveiller vingt fois dans une nuit.
Le bien vient en dormant. Proverbe qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre ; et qui se dit de certaines gens à qui il arrive des bonnes fortunes qu’elles n’ont pas méritées par leurs travaux.

d’Hautel, 1808 : Qui dort dîne. Se dit par plaisanterie d’une personne qui se laisse aller au sommeil au moment où l’on se met à table.

Engueulement

Larchey, 1865 : Bordée d’injures.

Vadé est le Démosthènes de l’engueulement.

(Catéch. poissard, 1844)

Delvau, 1866 : s. m. Injure de parole, — dans l’argot du peuple. Injure de plume, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Avalanche d’injures. Langage particulier aux dames des halles du temps jadis. Les bals masqués sont des écoles d’engueulement.

France, 1907 : Même sens que engueulade et engueulage.

Néanmoins, un rien l’arrête le long du chemin : parfois il regarde en badaud, soit des journaux ouverts à l’éventaire des librairies, soit une boutique nouvelle, soit un embarras de voitures provoquant un engueulement de cochers.

(Paul Pourot, Les Ventres)

Fichaise

d’Hautel, 1808 : Des fichaises. Pour dire des choses de peu d’importance ; des bibus, des riens. Voy. Foutaise.
Des fichaises en manière d’ange. Trivialité bouffonne qui équivaut à gaudrioles, vains ornemens, prétintailles.

Larchey, 1865 : Niaiserie, chose dont on peut se ficher.

Le passé n’est qu’un songe, Une fichaise, un rien.

(Vadé, 1756)

Delvau, 1866 : s. f. Chose de peu d’importance, — dans l’argot des bourgeois, qui n’osent pas dire Foutaise.

France, 1907 : Chose sans importance. Atténuation de foutaise dans la bouche des gens polis.

Laisser pisser le mérinos ou le mouton

France, 1907 : Attendre patiemment le résultat d’une affaire.

Il ne faut qu’un rien pour faire sortir le populo de ses gonds !
Qui nous dit que ce que certains qualifient d’avachissement et d’abrutissement n’est pas du recueillement ?
Quand le lion, avant de sauter sur sa proie, s’aplatit et rase le sol, celui qui ne le verrait qu’ainsi conclurait que cet animal est un taffeur, qu’il se fait petit pour s’effacer et se cacher…
Il n’en est rien, pourtant !
Done, que les écœurements de l’heure présente ne nous découragent pas ; faisons notre turbin de propagande, éparpillons les idées aux quatre vents et laissons pisser le mouton.

(Père Peinard)

Morutier

France, 1907 : Pêcheur de morues.

— Il y a longtemps que je navigue, vous le savez, et j’ai rarement vu la mer aussi en colère. Si nous avons pu tenir avec notre gréement tout neuf, pensez à ceux qui ont été surpris sans avoir pareil atout dans leur jeu. Surtout près de la côte, avec les courants terribles qui vous drossent sur les roches en un rien de temps ! Et puis, c’est l’époque du retour des morutiers. Hier, au moment où le chambard a commencé, il y en avait plusieurs autour de nous et je n’aurais pas voulu être à leur place. Il faut avoir bourlingué sur ces goélettes, comme je l’ai fait pendant six campagnes, pour savoir ce qu’elle valent. Ah ! malheur, quelle vie de chien on mène là-dessus !

(Ivan Bouvier)

Pelet

France, 1907 : Pellicule, peu de chose, un rien. Vieux mot.

Pélot

France, 1907 : Sou. Voir Pelaud.

Ça l’a mis quasiment à sec ; comme il n’avait pas l’œil chez un bistrot, il s’est trouvé fauché, vanné en un rien de temps : plus un pélot en poche !…

(Le Père Peinard)

Vrai… y a des mois qu’on n’a pas d’veine ;
Quand j’dis des mois, j’sais pas c’que j’dis :
J’m’ai toujours connu dans la peine,
Sans un pélot, sans un radis…
Ça s’rait pas trop tôt que j’boulotte,
J’vas tomber malade à la fin ;
I’fait chaud et pourtant j’grelotte…
C’est-i’ la fièvre ou ben la faim ?

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Piper

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, filouter, escroquer.

Larchey, 1865 : Fumer la pipe.

Il me semble qu’on a pipé ici.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.

Rigaud, 1881 : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.

Rossignol, 1901 : Fumer.

France, 1907 : Boire à l’aide d’un tuyau de paille.

On pipait là des cock-tails, on sablait du dry, on se coulait des whisky, des gin et des gingember bier. Des femmes nanties d’une rencontre sirotaient des limonades en faisant les accords, subtilisaient des grogs ou s’empiffraient de sandwichs arrosés d’ale et de stout.

(Camille Lemonnier)

France, 1907 : Fumer ; argot populaire.

— Il me semble qu’on a pipé ici.

(Gavarni)

Aussitôt que la ténèbre
Vient dédorer nos coteaux,
Ce gouvernement funèbre
S’occupe de nos complots.
Certes, personne ne pipe
Non plus que s’il était mort
Ou que s’il funait sa pipe.

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Prendre, emprisonner, attraper. Piper un pègre, attraper un voleur. Les synonymes sont nombreux et montrent quelle importance l’action de piper joue dans le monde des coquins : accrocher, agrafer, boucler, coquer, colliger, coltiner, enflaquer, enfourailler, empoigner, emballer, empiauler, encoffrer, encager, enchtiber, enfourner, fourrer dedans, faire tomber malade, fabriquer, grincer, grappiner, gripper ; mettre dedans, à l’ombre, au violon ; mettre le grappin, poisser, poser un gluau, ramasser, souffler, etc.

France, 1907 : Souffler. Ne s’emploie que dans cette expression : ne pas piper mot.

Seulement, tandis que les Orientaux ont réglementé et endigué la polygamie, — cette excellente polygamie qui a l’avantage de substituer l’émulation à la jalousie, — nous, plus hypocrites et en même temps plus roublards, nous n’en avons pipé mot et lui avons laissé carte blanche.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Ces individualités, prisonnières elles-mêmes du groupe qu’elles dirigent, s’habituent, en un rien de temps, à ne voir dans la vie nationale que le conflit organisé de groupes arbitrairement constitués, sur des programmes où il n’est souvent pas pipé mot de ce qui touche le plus aux intérêts de la nation.

(Nestor, Gil Blas)

France, 1907 : Tromper, attirer dans un piège, allusion au pipeau à l’aide duquel l’oiseleur attire ses victimes dans ses gluaux.

Poique

Delvau, 1866 : s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de romans. Argot des voleurs.

France, 1907 : Écrivain, littérateur, poète ; corruption de pouic, rien, celui qui n’a pour outil qu’une plume n’étant aux yeux du populo qu’un feignant, un rien.

Pressoir

d’Hautel, 1808 : Pour taverne, cabaret, lieu où l’on vend du vin.
Rouge comme la sébile d’un pressoir. Se dit d’une jeune personne qui a beaucoup de pudeur, qu’un rien fait rougir.

Rien

d’Hautel, 1808 : Il lui a donné un petit rien entre deux plats. Facétie, pour dire rien, absolument rien.
Il ne sait rien de rien. Pour, il ignore absolument cette affaire.
On ne fait rien de rien. Pour dire qu’avec rien on a de la peine à faire quelque chose.
Ce que vous dites et rien c’est la même chose. Pour dire, ce sont des paroles inutiles ; je ne vous écoute pas.
Il n’y a rien qu’il y paroisse. Se dit d’une chose que l’on avoit mise en ordre, et qui est de nouveau troublée et confuse.

Vidocq, 1837 : s. m. — Garde chiourme, argousin.

Delvau, 1866 : s. m. Garde-chiourme, argousin, — dans l’argot des forçats.

Delvau, 1866 : s. m. Un peu, très peu, — dans l’argot du peuple. En un rien de temps. En très peu de temps. Rien de rien. Moins que rien.

Delvau, 1866 : Mot de l’argot des faubouriens, qui l’emploient comme selle à tous chevaux, pour donner plus de force et de couleur à leurs discours. Ainsi, ils disent : Il n’a rien l’air de… pour : Il a extrêmement l’air de… Il n’est rien paf, pour : Il est très gris. Ce n’est rien mauvais, pour : On ne saurait imaginer chose plus détestable, etc.
Une autre négation, sœur de celle-ci, et valant comme elle une affirmation, c’est n’être pas. Ainsi : Tu n’es pas blagueur ! signifie : « Comme tu es menteur ! »

Rigaud, 1881 : Très, beaucoup, extrêmement. Une des expressions les plus courantes parmi le peuple. — Être rien chic, être très élégant. — Être rien bate, être très joli. — Être rien poivre, être très soûl.

Boutmy, 1883 : synonyme de beaucoup. Il est rien bête, celui-là. Cette expression saugrenue appartient plutôt à l’argot des margeurs et des receveurs qu’à celui des compositeurs. V. Mince.

La Rue, 1894 : Garde-chiourme. Très, beaucoup, extrêmement : c’est rien beau !

France, 1907 : Argousin ; garde-chiourme. Voir Ruf.

France, 1907 : Beaucoup, très. « Il est rien bête. » Expression populaire.

Encore douz’ ronds, j’vâs m’payer une
Chopine su’ l’premier comptoir,
Crebleu ! Qué vent ! Quien ! V’là la lune !
Elle a rien mauvais’ min’ ce soir.

(Fulbert Mayrat)

Solir

anon., 1827 : Le ventre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vendre.

Bras-de-Fer, 1829 : Le ventre.

Halbert, 1849 : Vendre.

Larchey, 1865 : Vendre.

J’ai rencontré marcandière qui du pivois solisait.

(Vidocq)

V. Fourgat, Roue. — Solliceur : Marchand. — Solliceur de lacets : Gendarme.

Delvau, 1866 : v. a. Vendre, — dans l’argot des voleurs. Solir sur le verbe. Acheter à crédit, — c’est-à-dire sur parole.

La Rue, 1894 : Vendre. Soliceur, marchand. Soliceur de lofitudes, journaliste.

Virmaître, 1894 : Vendre. Ce mot a donné naissance à une expression des plus pittoresques. Pour dire que l’on achète sur parole, on emploie cette phrase : Solir sur le verbe (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Vendre.

France, 1907 : Vendre. Solir sur le verbe, vendre sur parole.

… Écoutez :
Pour un rien vous vous argotez,
Quoi qui vous met tant en colère ?
Des g’nilles ? V’là ce qu’y faut faire :
Faut les solir chez l’ tapissier,
Et puis partager le poussier.

(J.-J. Vadé)

Soupe au lait

Delvau, 1866 : s. f. Homme qui s’emporte pour un rien.

Rigaud, 1881 : Personne irascible. — S’emporter comme une soupe au lait, se mettre en colère pour un rien, à propos de rien.

France, 1907 : Personne qui s’emporte facilement, qui monte figurativement comme du lait sur le feu.

Voyez s’agiter dans ce groupe
Cet homme colère et replet ;
Il s’enlève comme une soupe
Au lait.

(Ch. Monselet)

Torchon

d’Hautel, 1808 : Elle est faite comme un torchon ; c’est un torchon. Se dit par mépris d’une femme peu soigneuse, sale et malpropre dans ses vêtemens.
Le torchon brûle. Locution populaire qui signifie que la mésintelligence et la discorde règnent entre deux personnes.

Rigaud, 1881 : Sale fille publique. Le torchon est une fille publique placée dans l’échelle de la prostitution bien au-dessous du linge. — Cuisinière malpropre, souillon de cuisine.

Fustier, 1889 : Argot de cabotins. La toile, le rideau.

La Rue, 1894 : Prostituée commune. L’élégante s’appelle linge.

France, 1907 : Fille malpropre, souillon.

Maintenant, de l’ancien petit torchon, s’était dégagé une fille très bonne, l’air fin et joli, qui avait la gorge dure, les membres élastiques et forts de fausses maigres.

(Émile Zola, La Terre)

France, 1907 : Nom donné dans certaines communautés religieuses à un genre de châtiment infligé aux enfants ou jeunes filles coupables de quelque faute et dont voici l’explication :

Plus que la cellule le torchon nous faisait peur. Pour un rien souvent, pour une boutonnière mal faite, la sœur nous faisait lever au milieu de l’atelier. Elle prenait un linge, un essuie-mains, une serviette, une chemise, propre ou sale, n’importe quoi. Elle le trempait dans l’eau et nous emmaillotait la tête et les épaules, jusqu’à l’étouffement.
J’ai eu le torchon plusieurs fois. Quand j’étais prise là-dessous, je sautais comme une folle. Un jour je me suis abattue, raide, sur le parquet. On me crut morte.
J’ai vu une de mes camarades, qui était phtisique et à qui la sœur avait infligé cette punition. Quand on lui découvrit la tête, elle rendait le sang à pleine bouche. Trois jours après, elle était enterrée.

(R. Chaughi, Les Temps Nouveaux)

Tuyau

d’Hautel, 1808 : Il m’a conté cela dans le tuyau de l’oreille. Pour dire mystérieusement, à voix basse, en cachette.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se jeter quelque chose dans le tuyau. Manger ou boire. Le tuyau est bouché. Quand on est enrhumé. Se dit aussi pour Oreille.

Fustier, 1889 : Argot de sport. Renseignement.

De plus, sportwoman passionnée et renseignée admirablement. Elle possède, comme on dit, les meilleurs tuyaux.

(Gazette de Cythère, journal, 1882)

En argot financier, avoir un tuyau signifie avoir reçu confidence d’un mouvement préparé par les banquiers, maîtres du parquet.

Rachetons, avait dit Léontin. — Pas encore, avait répondu le fils Marleroi. Ça n’est pas fini. La panique gagne les départements. J’ai un tuyau. Nous pouvons racheter plus bas encore.

(Cadol, La colonie étrangère)

La Rue, 1894 : Communication confidentielle.

Virmaître, 1894 : Le gosier. Le tuyau est bouché, pas mèche de boulotter (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Renseignement.

France, 1907 : Botte, soulier percé ; argot populaire.

France, 1907 : Gosier. Se rincer le tuyau, boire. Argot populaire.

France, 1907 : Renseignement confidentiel, de bonne source, sur l’état d’entrainement des chevaux qui doivent courir, les intentions de leurs propriétaires, le gagnant probable. Terme de course appelé ainsi parce qu’on se le glisse dans le tuyau de l’oreille.

Le samedi, veille de Grand Prix, mon patron, qui est notaire à Pontoise, me confie trois mille francs, avec mission de les déposer au Crédit lyonnais. J’arrive à Paris, j’entre chez un coiffeur pour me faire raser. Clients et garçons ne parlaient que de la course du lendemain. Il y avait des millions à brasser, une fortune à faire avec quelques louis, un rien, et ils le prouvaient par des calculs infaillibles, avec une certitude contagieuse, convaincante. Alors le garçon qui me rasait, une bonne figure sympathique, me dit à l’oreille :
— Monsieur veut-il un tuyau pour demain ? Une affaire d’or, mais nous partagerons les bénéfices.
Qu’est-ce que je risquais ? Je réponds :
— Dites toujours.
Alors il m’explique qu’il est le cousin du valet de chambre d’un gros entraineur de Chantilly, qu’il a une certitude pour le lendemain, et finalement il me donne rendez-vous jour le soir même dans un bar de la rue d’Amsterdam.
Plus souvent que j’y aurais manqué !

(Saint-Yrieix)

Comme je n’suis pas trop mal faite,
Dans un bar anglais je m’rends,
Et j’essaye la conquête
D’un garçon d’entrainement ;
Lui, pas fier, me dit de suite :
C’est un gagnant qu’il vous faut,
V’nez m’voir à Maisons-Lafitte,
Je vous donn’rai un tuyau.

(Puce)

Du monde des sports, tuyau est passé sur le boulevard et se dit maintenant pour toute information confidentielle concernant les personnes, les affaires.

Mme de Vizavih. — C’est une vieille catin ! Non, ça me met en colère qu’une femme comme ça vienne vous faire de la morale. Si on avait autant de toupet qu’elle, ça serait rudement facile de lui répondre, de lui river son clou. Mais la prochaine fois, si elle se met encore à rosser, je te promets que je ne me gênerai pas. Elle a été la maîtresse de l’oncle de mon mari et j’ai des tuyaux sur elle, ma chère, épatants. Ah ! elle trouve les femmes d’à-présent détraquées… et de son temps, c’était bien autre chose. Figure-toi qu’en 1840.

(Maurice Donnay)

Et nos frères, qui, au mépris de nos chastes oreilles, — tante Félicie, j’emprunte votre style ! — osent chanter devant nous les refrains à la mode, qu’ils rapportent de leurs cafés-concerts ! Et nos cousins, donc : en voilà qui fournissent de précieux tuyaux !

(Fernand Berolend)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique