Delvau, 1864 : Aller de bordel en bordel ; fréquenter les filles publiques. Se dit aussi pour : Baiser.
Du dieu Vulcain quand l’épouse mignonne,
Va boxonner loin de son vieux sournois.
(Parnasse satyrique)
Boxonner
Delvau, 1864 : Aller de bordel en bordel ; fréquenter les filles publiques. Se dit aussi pour : Baiser.
Du dieu Vulcain quand l’épouse mignonne,
Va boxonner loin de son vieux sournois.
(Parnasse satyrique)
Caramboler
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, parce que l’homme se sert de sa queue pour jouer au billard amoureux, pour y faire des effets de queue, pour mettre ses billes dans la blouse de la dame.
Larchey, 1865 : Faire d’une pierre deux coups.
Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.
Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un, et surtout plusieurs quelqu’uns à la fois ; faire coup double, au propre et au figuré.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.
Virmaître, 1894 : Au billard, faire toucher les trois billes (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.
France, 1907 : Se heurter ; argot populaire. S’emploie aussi dans le sens que Villon appelait checaulcher, et Rabelais faire la bête à deux dos.
— Voilà une môme que j’aimerais bien caramboler.
Chancre
d’Hautel, 1808 : Espèce d’ulcère qui ronge la partie du corps où il s’est formé.
Manger comme un chancre. Locution grossière, pour dire manger avec excès, comme un glouton ; être difficile à rassasier.
Delvau, 1864 : Petit ulcère cancéreux qui se déclare ordinairement sur le membre viril à la suite d’un contact malsain et qui, s’il n’est pas soigné, finit par infecter l’économie.
Jamais du moins on ne m’a vu
Foutre des chaudes-pisses ;
Pleins de chancres et de morpions.
(Parnasse satyrique)
Delvau, 1866 : s. m. Grand mangeur, homme qui dévore tout, — dans le même argot [du peuple].
France, 1907 : Personne d’un large appétit. Pour les paysans, « les vieux », c’est-à-dire le père et la mère, qui ne produisent plus, sont toujours des chancres.
Chicandard
France, 1907 : Mot dérivé de chicard dont il est le superlatif, ayant lui-même pour superlatif chicocandard, « le nec plus ultra » du beau.
Callot et Hoffmann, Hogarth et Breughel, tous les fous célèbres réunis ensemble, des prunelles dévorantes, une force comique incalculable, Sathaniel en habit de masque, un costume ou une furie qui résume les physionomies dansantes de tous les peuples, le Punch des Anglais, le Pulcinella napolitain, le Gracioso espagnol, l’almée des Orientaux, et nous, Français, nous seuls manquions jusqu’à ce jour d’un mérite de ce genre : mais aujourd’hui cette lacune est comblée, Chicard existe, c’est un primitif, c’est une racine, c’est un règne. Chicard a créé chicandard, chicarder, chicander : l’étymologie est complète.
(Taxile Delort)
Corbuche
Halbert, 1849 : Ulcère.
Delvau, 1866 : s. f. Ulcère, — dans l’argot des voleurs. Corbuche-lof. Ulcère factice.
Rigaud, 1881 : Plaie, ulcère, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Ulcère.
Corbuche loff
Virmaître, 1894 : Faux ulcère. Les mendiants, pour exciter la charité publique, employent toutes sortes de moyens ; ils se font manchots, culs-de-jatte, boiteux, etc. Le truc le plus usité est celui des faux ulcères ; une simple mouche de Milan suflit pour produire une plaie artificielle qui peut disparaître par un simple lavage. Les troupiers carottiers pratiquent ce moyen pour aller à l’infirmerie (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Ulcère factice fait à l’aide d’ingrédients.
Corbuche-lophe
Halbert, 1849 : Ulcère faux.
Cornes
Delvau, 1864 : Attributs invisibles du cocu.
C’est bien le meilleur petit homme
Que Vulcain ait dans sa séquelle :
Il rit des cornes qu’on lui met ;
Lui-même il vous fait voir la belle.
(Théophile)
Cour du roi Pétaud
France, 1907 : Réunion tumultueuse où personne ne s’entend. Lieu de désordre et de confusion où chacun veut être le maître. Molière, dans Tartufe, fait dire à madame Péronnelle, critiquant le ménage de son fils Orgon :
On n’y respecte rien, chacun y parle haut,
Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.
Pendant le moyen âge, tous les corps de métiers s’étaient établis en corporations. Les mendiants, qui pullulaient alors, eurent aussi leur corporation, leurs règlements, leur chef. On l’appelait le roi Péto, du mot latin peto (je mendie), qu’on changea plus tard en celui de Pétaud. Il est probable qu’au milieu de ces truands et de ces gueux, l’autorité de ce monarque fantastique étant plutôt nominale que réelle, et que les réunions qu’il présidait ne se terminaient pas sans cris, sans tumulte, sans injures et sans horions. De Pétaud on a fait pétaudière.
Littré cependant attribue à cette expression une autre origine malpropre et plus burlesque. Le roi Pétaud devait en tout cas avoir du fil à retordre avec ses sujets. Voici, d’après de curieuses recherches récentes, quelles étaient les différentes catégories de mendiants qui se partageaient la grande ville :
Les courtauds, qu’on ne voyait à Paris que pendant l’hiver ; ils passaient la belle saison à rapiner dans les environs de la capitale.
Les capons, qui ne mendiaient que dans les cabarets, tavernes et autres lieux publics.
Les francs-mitoux, dont la spécialité consistait à contrefaire les malades et à simuler des attaques de nerfs.
Les mercandiers. Vêtus d’un bon pourpoint et de très mauvaises chausses, ils allaient dans les maisons bourgeoises, disant qu’ils étaient de braves et honnêtes marchands ruinés par les guerres, par le feu ou par d’autres accidents.
Les malingreux. Ceux-la se disaient hydropiques, ou bien se couvraient les bras et les jambes d’ulcères factices. Ils se tenaient principalement sous les portes des églises.
Les drilles. Ils se recrutaient parmi les soldats licenciés et demandaient, le sabre à la ceinture, une somme qu’il pouvait être dangereux parfois de leur refuser.
Les orphelins. C’étaient de jeunes garçons presque nus ; ils n’exerçaient que l’hiver, car leur rôle consistait à paraître gelés et à trembler de froid avec art.
Les piètres. Ils marchaient toujours avec des échasses et contrefaisaient les estropiés.
Les polissons. Ils marchaient quatre par quatre, vêtus d’un pourpoint, mais sans chemise. avec un chapeau sans fond et une sébile de bois à la main.
Les coquillards. C’étaient de faux pèlerins couverts de coquilles ; ils demandaient l’aumône afin, disaient-ils, de pouvoir continuer leur voyage.
Les collots. Ils faisaient semblant d’être atteints de la teigne et demandaient des secours pour se rendre à Flavigny, en Bourgogne, où sainte Reine avait la réputation de guérir miraculeusement et instantanément ces sortes de maladies.
Les sabouleux. C’étaient de faux épileptiques. Ils se laissaient tomber sur le pavé avec des contorsions affreuses et jetaient de l’écume au moyen d’un peu de savon qu’ils avaient dans la bouche.
Les cagous. On donnait ce nom aux anciens qui instruisaient les novices dans l’art de couper les chaînes de montre, d’enlever les bourses, de tirer les mouchoirs et de se créer des plaies factices.
Il y avait aussi les millards, les hubains, les morjauds.
Dulcinée
d’Hautel, 1808 : Faire la dulcinée du Toboso. Expression ironique dont on se sert pour peindre une bégueule, une mijaurée, une femme qui s’en fait trop accroire.
Dulcinée, est aussi le nom que l’on donne à une femme galante, à une maîtresse, à une donzelle.
Delvau, 1864 : Maîtresse ; femme entretenue ; fille publique.
Ma dulcinée est-elle venue ?
(Auguste Ricard)
Larchey, 1865 : Maîtresse. — Dû à la vogue du roman de Cervantes.
Une mijaurée qui s’en fait accroire fait la Dulcinée du Toloso. — Dulcinée veut dire aussi une femme galante, une donzelle.
(d’Hautel, 1808)
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des bourgeois, qui cependant se garderaient bien de se battre pour la leur, même contre des moulins.
France, 1907 : Femme galante, mijaurée. Le nom vient de la maîtresse idéale de Don Quichotte, Dulcinée du Toboso.
Elle était de ces femmes qui, ne pouvant plus avoir d’amant, prennent un confesseur dans le secret espoir d’y rencontrer l’amant. « Faute de grives, on prend des merles », se dit l’abbé qui en un jour de jeûne, lorgnait ces restes ; mais cette Dulcinée le dégoûta, non parce qu’il en trouva les chairs trop molles, mais parce qu’elle avait la maladie des vieilles dont la vie a été oisive et nulle : la méchanceté, la médisance et la rageuse envie.
(Hector France)
Faire femme
Rigaud, 1881 : Au régiment, le troupier qui a l’habitude de sortir avec la même femme, celui qui, dans une maison de tolérance, consomme habituellement avec la même Dulcinée, « fait femme ». La variante est : Avoir une femme en consigne.
Guignol
Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des voleurs.
Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…
(Petit Journal, mai 1886)
France, 1907 : Homme sans consistance, sans caractère et sans parole, qui n’est bon qu’à amuser les autres et sur lequel on ne peut compter. Faire le guignol, c’est faire de grands gestes, se remuer à tort et à travers.
On a donné le nom de guignol à tous les farceurs politiques et littéraires. Henry Bauer a publié une série d’études critiques sous le titre : Les Grands Guignols.
Parfois, dans mes rares éclaircies d’obnubilation politique, il me passe comme un sentiment confus de ce qu’ils veulent dire par : le jeu des portefeuilles. J’y entrevois une sorte de conséquence farce et logique du parlementarisme où nous pataugeons, et, — vous l’avouerai-je ? — la comédie la plus burlesque de son grand guignol national. Mais ce n’est qu’un éclair dans ma nuit de contribuable.
(Émile Bergerat)
France, 1907 : Théâtre de marionnettes en plein vent, appelé ainsi de son principal personnage.
D’après Joanny Augier qui a décrit le canut dans les Français peints par eux-mêmes, Guignol aurait Lyon pour origine : « Il fréquente, dit-il en parlant du canut, un petit spectacle de marionnettes, tout à fait local, dont le principal personnage, assez semblable au Pulcinella des Italiens, au Punch des Anglais, est un nommé Guignol, type du canut lui-même, dont les lazzis moqueurs et dérisoires à son encontre font pourtant ses délices et son plus parfait amusement »
Guignol est une marionnette d’origine lyonnaise, et date de la fin du premier empire. Vers 1812 un entrepreneur de marionnettes, ruiné à la suite des guerres, se vit réduit à vendre aux enchères ses décors et ses pantins. Un seul acquéreur se présenta, un nommé Mourguet, connu depuis vingt ans dans Lyon où il vendait des chansons sur les places publiques, tandis que sa femme l’accompagnait en jouant de l’orgue de Barbarie. Il eut les marionnettes à très bon compte. Il loua alors dans un quartier pauvre de la ville, celui de Saint-Paul, une vieille salle qui pouvait contenir cent personnes, y installa, outre la scène, une galerie et un parterre. On payait de quatre à douze sous. On y joua d’abord les Jocrisse, qui étaient fort à la mode. Mais un directeur d’un des grands théâtres de la ville défendit, en vertu de son privilège, qu’on représentât les Jocrisse ailleurs que chez lui. Mourguet alors changea les types de ses personnes et appela Jocrisse Guignolant.
« Le nouveau Jocrisse était méconnaissable, dit Tony Révillon qui raconte l’anecdote dans le Drapeau noir. Son nez était aplati ; un petit serre-tête noir terminé par une queue ou salsifis en demi-cercle couvrait sa perruque rousse ; le justaucorps rouge des valets avait disparu pour faire place à la veste marron à boutons blancs de l’ouvrier lyonnais. L’accent s’était modifié comme le costume. Mourguet parlait canut. Il avait les ô et les â circonflexes de la Croix-Rousse, l’accent traînard et doux de Saint-Just.
Le succès fut immense.
Pendant six mois, on s’abordait par ces mots : « Avez-vous vu Guignol ? »
Le public, trouvant Guignolant trop long, avait baptisé lui-même le héros du théâtre lyonnais.
Mais en dépit du costume et de l’accent, Guignol rappelait trop Jocrisse. Son créateur le modifia.
Désormais il sera lui-même. Ouvrier, il représentera les misères, les tiraillements, les menues joies du peuple des tisseurs ; héros de théâtre, il incarnera la justice, protégera les faibles, se soustraira à la tyrannie par la ruse et châtiera la méchanceté par les coups. Gai comme tous les comiques, sa gouaillerie aura parfois la dent cruelle, mais la bonne humeur et la verve l’emporteront. Cette verve et le bâton de Polichinelle (le picarlat) sont italiens. Tout le reste est lyonnais, et surtout l’ami, le confident du héros, Benoit, qui plus tard deviendra Gnafron, mais qui aura laissé pour trace de son passage deux locutions : Dis donc, Benoit ! et Va donc, Benoit ! populaires aujourd’hui dans le département un Rhône. »
Un gendre de Mourguet, Josseraud, introduisit Guignol à Paris.
Jambe de dieu
Vidocq, 1837 : s. f. — Les anciens argotiers nommaient ainsi la jambe préparée de manière à ce qu’elle parût couverte d’ulcères.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Job
Bras-de-Fer, 1829 : Niais.
Vidocq, 1837 : s. m. — Niais.
Larchey, 1865 : Niais. — Abrév. du vieux mot jobelin V. Roquefort.
Si j’étais assez job pour croire que vous me donnez toute une fortune.
(E. Sue)
Jobarder : Duper.
Je ne veux pas être jobardé.
(Balzac)
Joberie : Niaiserie (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. m. Innocent, imbécile, dupe, — dans l’argot des faubouriens, qui parlent comme écrivaient Noël Du Fail en ses Propos rustiques et d’Aubigné en sa Confession de Sancy.
Delvau, 1866 : s. m. Tromperie, mensonge. Monter un job. Monter un coup. Monter le job. Tromper, jouer une farce.
Rigaud, 1881 : Niais, dupe. C’est jobard par apocope. — Se monter le job, se monter la tête, l’imagination. Une femme dit d’un homme qui prétend être aimé pour lui-même qu’il se monte joliment le job.
La Rue, 1894 : Imbécile. Tromperie.
France, 1907 : Niais, imbécile, dupe. Vieille allusion sans doute au biblique Job qui, devenu le pauvre que l’on sait, couvert de plaies et d’ulcères, couché sur son fumier, remerciait le ciel de ses maux. En qualifiant de son nom les niais et les dupes, le bon sens populaire indiquait qu’il se révoltait de celte insanité.
France, 1907 : Tromperie. Se monter le job, s’illusionner, se monter le coup.
France, 1907 : Veau ; argot des chauffeurs de l’an VIII.
Malingreux
anon., 1827 : Ceux qui ont de fausses plaies.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Malade.
Bras-de-Fer, 1829 : Qui a de fausses plaies.
Vidocq, 1837 : s. — Ancien sujet du grand Coësré. Il y en avait de deux espèces. Les premiers avaient le ventre dur et gonflé comme des hydropiques ; les seconds montraient aux passans un membre rongé d’ulcères. Les uns et les autres demandaient l’aumône dans les églises ; ils allaient, disaient-ils, en pélerinage à Saint-Merry.
Halbert, 1849 : Ceux qui ont de fausses plaies.
Delvau, 1866 : s. et adj. Souffreteux, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Anciens sujets de la Cour des Miracles, chargés d’exhiber de fausses plaies.
France, 1907 : Faible, chétif. C’était autrefois une variété de mendiants qui simulaient des maladies ou se faisaient des plaies factices.
Malingreux sont ceux qui ont des maux ou plaies dont la plupart ne sont qu’en apparence.
(Le Jargon de l’argot)
Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci
France, 1907 : « Celui-là emporte le point qui mêle l’utile à l’agréable. » Locution latine tirée de l’Art poétique d’Horace.
Os à moelle
Rigaud, 1881 : Nez. — Faire juter l’os à moelle, se moucher avec le mouchoir de ses cinq doigts. Les voyous disent aussi : « faire dégorger son ulcère. »
Merlin, 1888 : Grande flûte traversière.
Fustier, 1889 : Lorgnette.
France, 1907 : Lorgnette. Allusion au membre viril.
France, 1907 : Nez ; se dit aussi du membre viril. Faire juter l’os à moelle, se servir de ses doigts comme de mouchoir de poche ; se masturber.
Pas la graine
France, 1907 : Point du tout ; patois poitevin. « Il ne m’aime pas la graine. » « As-tu mangé aujourd’hui ? — Pas la graine. » Rabelais emploie grain au lieu de graine.
— Tu as assez crié pour boyre. Tes prières sont exaulcées de Jupiter. Reguarde laquelle de ces trois est ta coingnée et l’emporte. — Couillatris sublieve la coingnée d’or, il la reguarde et la trouve bien poisante : puys dict à Mercure : Marmes, ceste cy n’est mie la mienne. Je n’en veulx grain
(Pantagruel, livre IV, Nouveau Prologue)
Pauvre comme Job
France, 1907 : Le saint homme Job, qui est devenu si fameux par son humble patience, avait, durant toute sa vie, allié deux choses bien difficiles, une grande vertu avec de grandes richesses… Le démon ne put souffrir une si haute vertu sans lui donner quelque atteinte. Il osa porter ses calomnies jusqu’à Dieu même, et, ne trouvant rien dans la vie de Job qu’il pût blâmer, il accusa ses intentions cachées, soutenant devant Dieu qu’il ne le servait qu’à cause des avantages qu’il en recevait. Dieu, pour confondre ce méchant calomniateur, lui donna la puissance de lui ravir tout son bien. Le démon usa de ce pouvoir avec toute sa malignité ; et pour mieux accabler ce saint homme, il fit en même temps piller ses troupeaux par des voleurs, périr ses brebis par le feu du ciel, emmener ses chameaux par les ennemis, et mourir tous ses enfants sous les ruines d’une maison qu’il fit tomber pendant qu’ils étaient à table. Job reçut ces tristes nouvelles sans que sa vertu en fût ébranlée. Il se prosterna, bénit Dieu et dit ces paroles : « Dieu me l’a donné, Dieu me l’a ôté ; que son saint nom soit béni !… » Le démon alors frappa Job d’un ulcère épouvantable qui lui couvrait tout le corps. Il fut réduit à s’asseoir sur un fumier, et à racler avec le têt d’un pot la pourriture qui sortait de ses plaies et les vers qui s’y formaient. Il ne lui restait alors de tout ce qu’il possédait autrefois dans le monde que sa femme seulement, que le démon lui avait laissée pour être, non la consolatrice, mais la tentatrice de son mari, et pour le porter à l’impatience. Car cette femme, jugeant que la piété de ce saint homme était vaine, tâcha de le jeter dans des paroles de blasphème et de désespoir … Et saint Augustin, admirant sa fermeté en cette rencontre, dit que Job, n’ayant point succombé à cette Eve, est devenu incomparablement plus glorieux sur son fumier qu’Adam ne le fut autrefois dans toutes les délices du Paradis (Histoire de l’Ancien et du Nouvenu Testament).
C’est M. Lemaistre de Sacy qui analyse ainsi l’Ancien Testament sans rire, et il a la bonté de mettre en note qu’il ne sait pas au juste en quel temps s’est passée cette histoire, mais qu’il y a apparence que ce fut durant que les Israélites étaient dans le désert !
Peigne d’Allemand
France, 1907 : Les doigts. Vieille expression que l’on trouve dans Rabelais :
Après se peignoit du peigne de Almaing, c’estoit des quatre doigts et le poulce.
Penne
Vidocq, 1837 : s. f. — Clé.
France, 1907 : Fausse clé ; argot des voleurs.
France, 1907 : Plume pour écrire. Vieux mot que les Anglais ont conservé, épelé ainsi : pen.
Un chapeau ondulé d’une toison de plumes, un trophée mouvant de pennes dont avantageusement se serait affublée une femme apache dansant une pyrrhique…
(Camille Lemonnier)
Pour t’escripre, vouldrove avoir
Legière penne d’arondelle
Penne doulce, penne fidèle,
Penne de nid…
(G. de Colvé des Jardins, Les Oberliques)
Pulchre, bene, recte !
France, 1907 : Bien, très bien, parfait ; locution latine tirée d’Horace.
Romarin (donner le)
France, 1907 : Congédier un amoureux. Le romarin jouit de la propriété de cicatriser les plaies ; donner le romarin à un soupirant, c’était donc lui dire : « Va-t’en et console-toi. » L’expression est fort ancienne.
Il luy print envie (à Vulcain) de se marier, il pourchassa Minerve, tenue pour grande déesse en ciel et en terre, fille de Jupiter ; mais sans le beaucoup amuser. « luy donna le rosmarin », c’est-à-dire congédia le serrurier Vulcain, laid el boiteux.
(Loys Guyon, Miroir de la santé, 1163)
Je te hay, romarin, sans t’avoir outragé,
Par toi maint pauvre amant a reçu son congé.
(Passerat, Sonnets)
Saint Pansard
France, 1907 : Patron imaginaire des goinfres. Il était connu de Rabelais : « Aulcuns enfloyent par le ventre, et leur ventre leur devenoit bossu comme une grosse tonne. Et de cette race nasquit saint Pansard. » Dans le Midi, on appelle Saint Pansard au mannequin représentant le carnaval et qu’on va noyer le mercredi des Cendres. C’est aussi le sobriquet qu’on applique aux ventrus.
Secret de Polichinelle
Delvau, 1866 : s. m. Secret connu de tout le monde, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Chose connues de tout le monde et dont on fait ridiculement un mystère. La manière de faire les enfants est pour les fillettes de douze ans le secret de Polichinelle. On sait que Polichinel ou Polichinelle est un personnage du théâtre italien, appelé Pulcinello, cynique, voleur, menteur et même assassin puisqu’il tue sa femme à coups de bâton. Il est de plus très bavard et, comme nombre de femmes, raconte à tous ses secrets, même ceux qui peuvent le faire pendre. Les Anglais disent dans le même sens : « Le secret de Tom Noddy » (Tom Noddy’s secret). Les Espagnols : « El secreto de Anchuelos. » Anchuellos est une petite ville sise entre la gorge de deux collines, d’où l’on peut faire entendre sa voix de l’une à l’autre. Un berger et une bergère, suivant la légende, ce déclaraient leur amour à travers l’espace, se recommandant mutuellement le secret.
Silo
France, 1907 : Les silos proprement dits sont des trous profonds creusés dans la terre où les Arabes renferment leurs graines. Dans les premiers temps des guerres d’Afrique, l’on s’est servi de ces trous pour y enfermer les soldats indisciplinés ou simplement punis lorsque ces silos, vidés au préalable, se trouvaient dans le voisinage des camps. Plus tard on en creusa spécialement l’usage de certains corps tels que les compagnies de discipline et les bataillons d’Afrique. On descendait le coupable dans le trou au moyen d’une échelle et on l’y laissait jusqu’à l’expiration de la peine infligée par le colonel ou même par un simple sous-officier.
La discipline des armées de mer est aussi sévère que celle des compagnies d’Afrique, et pèse sur des hommes qui n’ont jamais été condamnés. Huit jours de fers à fond de cale ne sont pas plus cruels que huit jours de fers dans les silos.
(Général Lewal)
Le silo, noir tombeau de forme circulaire,
Dans les camps africains, que l’on creuse sous terre,
Étroit à l’orifice et large dans le fond,
Humide, sale, obscur, implacable et profond,
Une trappe sinistre, une bouche béante
Qui saisit une proie et l’envahit vivante,
Un cercle ténébreux où l’homme jeté seul,
Semble un mur oublié, sans croix et sans linceul,
Car l’on vous y descend de la seule manière
Qu’en un sombre sépulcre on descend une bière !
(Léonce Fargeas, Le Silo)
Templier (boire ou jurer comme un)
France, 1907 : Boire aves excès, jurer Comme un sacripant. Philippe le Bel voulant s’emparer des richesses immenses des Templiers après avoir vainement sollicité l’honneur d’être affilié à l’ordre, résolut de les supprimer, et pour cela les accusa de toutes sortes de crimes dont le moindre était l’ivrognerie. « Je ne boy en plus qu’une esponge, je boye comme ung templier. »
(Rabelais)
Cet ordre religieux et militaire, fondé en 1118 par Hugues des Païens, Geoffroy de Saint-Omer et sept autres chevaliers français, dans le but de protéger les pèlerins sur les routes de la Palestine, but auquel se joignit plus tard celui de défendre le Saint-Sépulcre contre les Sarrasins, avait cependant reçu du réformateur de Cîteaux, saint Bernard, une règle des plus austères. Ils devaient faire la guerre sainte jusqu’à la mort, sans quartier, fussent-ils un contre trois. Pas de rançon, pas un pan de mur, pas un pouce de terre.
Baudouin II, roi de Jérusalem, leur donna pour demeure un palais attenant à l’emplacement de l’ancien temple, de là leur nom. Le grand maître avait rang de prince et se regardait l’égal des souverains. Malgré leur vœu de pauvreté, ils avaient en effet acquis de telles richesses, qu’en 1244 ils possédaient déjà 9000 baillages, commanderies ou prieurés, auxquels attenaient des fiefs immenses et à peu près indépendants de toute juridiction autre que la leur. Quant à leur vœu de chasteté, nous n’en parlerons pas et pour cause.
Tétons
Delvau, 1864 : La gorge d’une femme.
Sur un col blanc, qui fait honte à l’albâtre,
Sont deux tétons, séparés, faits au tour,
Allant, venant, arrondis par l’amour.
(Voltaire)
Donne-moi tes tétons.
(La Popelinière)
Comme le gland d’un vieux qui baise
Flotte son téton ravagé.
(Parnasse satyrique)
Si son cœur est de roche.
Ses tétons n’en sont pas.
(J. Duflot)
Delvau, 1866 : s. m. pl. La gorge de la femme. Tétons de satin blanc tout neufs. Virgo pulchro pectore. C’est un vers de Marot resté dans la circulation.
Ulcére (faire dégorger son)
France, 1907 : Se masturber ; argot populaire. Se dit aussi pour vomir.
Vin à faire danser des chèvres
France, 1907 : Mauvais vin très aigre. Cette expression vient d’un proverbe rimé du XVIIe siècle :
Vin qui est de Bretigny,
De Villejuif ou de Gagny,
Propre à faire les chèvres danser,
Ou en Caresme pain saulcer.
L’abbé Tuet, dans ses Matinées sénonaises, explique ainsi le proverbe du vin de Bretigny qui fait danser les chèvres : « il y avoit à Bretigny, près Paris, un particulier nommé Chèvre, c’étoit le coq du village, et une grande partie du vignoble lui appartenoit. Ce bonhomme ne haïssoit point le jus de la treille, et quand il avoit bu, sa folie étoit de faire danser sa femme et ses enfans. »
Voilà comment le vin de Bretigny faisait danser les Chèvres.
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