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Aller en Galilée

Boutmy, 1883 : v. Remanier, remettre en galée. M. Ch. Sauvestre, qui, lui aussi, est un ancien typo devenu journaliste, nous signale cette expression pittoresque :

Aller en Galilée, dit-il, c’est faire des remaniements qui nécessitent le transport d’une page ou d’une portion de page du marbre, où elle était en forme, dans la galée, sur la casse. Aller en Germanie n’est rien, comparativement au guignon d’aller en Galilée.

Galilée est évidemment une corruption plaisante de galée.

Aller en Germanie

Boutmy, 1883 : v. Remanier. Cette expression, d’allure si preste, s’applique pourtant, comme on voit, à une chose très désagréable pour le compositeur. Lorsqu’il qu’il a commis un bourdon ou un doublon et qu’il est forcé de remanier un long alinéa, on dit qu’il va en Germanie. Cette locution, récemment introduite dans quelques ateliers, vient-elle des nombreux remaniements que la Prusse a fait subir, depuis 1866, à la carte d’Allemagne, et même, hélas !, à la carte de France ? Un vieux typographe nous fait remarquer que cette locution : Aller en Germanie, dont on n’aperçoit pas distinctement l’origine, que nous venons tout à l’heure de chercher au-delà du Rhin, est purement et simplement une corruption. Quand un compositeur a commis un bourdon, il s’écrie de mauvaise humeur : Allons ! bon ! Il faut que je remanie. D’où aller en je remanie, puis en Germanie.

Amphibie

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe qui est en même temps imprimeur ou correcteur.

Annoncier

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe chargé de la quatrième page du journal, des annonces. Un bon annoncier est très apprécié.

Article 4 (payer son)

Boutmy, 1883 : v. Payer sa bienvenue en entrant dans un atelier. Voici l’origine de cette expression. Dans le temps où les compositeurs portaient l’épée, chaque imprimerie formait une sorte de confrérie ou chapelle régie par un règlement. Ce règlement stipulait le nombre d’exemplaires que les éditeurs et les auteurs devaient laisser à la chapelle. Ces exemplaires étaient vendus, et l’argent qu’on en retirait consacré à fêter la Saint-Jean-Porte-Latine et la Saint-Michel. L’article 4 de ce règlement, le seul qui soit par tradition resté en vigueur, déterminait tous les droits dus par les typographes. On ajoute quelquefois, en parlant de l’article 4, les mots verset 20, qu’il faut traduire : « Versez vin. » — Dans le nord de la France on dit : payer ses quatre heures au lieu de payer son article 4.

Associée

Delvau, 1866 : s. f. Femme légitime. Argot des typographes.

France, 1907 : Femme légitime ; argot populaire.

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Avocat bêcheur

Halbert, 1849 : Procureur de la République.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.
C’est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.

Rossignol, 1901 : Avocat général, ministère public.

Mais vient le jour de monter sur la planche
Où le bêcheur commence à Jaspiner.
Avec sa tronche et son poing sur la hanche,
Dirait-on point qu’il va vous béquiller ?

France, 1907 : Procureur de la République ; argot des voleurs. Homme médisant ; argot des ouvriers.

Baisser une espace qui lève

Virmaître, 1894 : Dans les ateliers de typographie, quand un camarade envoie chercher un litre par l’apprenti, il le met sous son rang — le prote n’aime pas que l’on boive pendant le travail ; — il verse une rasade et fait dire au copain qu’il veut régaler :
— Viens donc baisser une espace qui lève. Synonyme de lever le coude (Argot d’imprimerie). N.

Balade

Delvau, 1866 : s. f. Promenade, flânerie dans l’argot des voyous. Faire une balade ou Se payer une balade. Se promener.

Rigaud, 1881 : Promenade, flânerie.

Je m’aboule pour une balade.

(Huysmans, Les sœurs Vatard, 1879)

Faire la balade, être en balade, se promener.

Boutmy, 1883 : s. f. « Promenade, flânerie », dit Alfred Delvau. C’est vrai ; mais, pour les typographes, la balade est quelque chose de plus ; c’est une promenade au bout de laquelle il y a un déjeuner, un dîner, ou tout au moins un rafraîchissement ; c’est aussi la promenade au hasard et sans but déterminé ; mais il arrive presque toujours que l’un des baladeurs a une idée lumineuse et entraîne ses camarades dans quelque guinguette renommée.

La Rue, 1894 : Promenade. Se balader.

Balle (enfant de la)

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier compositeur dont le père était lui-même typographe, et qui, depuis son enfance, a été élevé dans l’imprimerie. L’origine de cette expression, qui est passée dans la langue vulgaire, est assez peu connue. Elle vient de ce que, avant l’invention des rouleaux, on se servait, pour encrer les formes, de tampons ou balles.

Banque

Delvau, 1866 : s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur. Faire une banque. Imaginer un expédient — d’une honnêteté douteuse — pour gagner de l’argent.

Delvau, 1866 : s. f. Paye, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : s. f. Tout le monde des saltimbanques, des banquistes. Truc de banque ! Mot de passe et de ralliement qui sert d’entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d’une autre spécialité que la leur.

Rigaud, 1881 : Association entre escrocs. Art de flouer son prochain. Faire une banque, combiner une escroquerie.

Rigaud, 1881 : Métier du saltimbanque.

Rigaud, 1881 : Paye des ouvriers typographes.

Rigaud, 1881 : Ruse, frime.

C’est une banque.

(Scribe, L’honneur de ma fille, 1836)

Rigaud, 1881 : Troupe de théâtre, — dans l’ancien, argot des comédiens.

Le gonze qui est à votre ordre est-il de la banque ? Celui qui est à côté de vous est-il un comédien ?

(Mémoires de Dumesnil)

Boutmy, 1883 : s. f. Paye des ouvriers. Le prote fait la banque aux metteurs en pages, qui à leur tour la font aux paquetiers. Ce mot entre dans plusieurs locutions. Par exemple on dit : La banque a fouaillé, pour indiquer que le patron n’a pas payé au jour dit. Être bloqué à la banque, c’est ne rien recevoir. Faire banque blèche s’emploie dans le même sens.

La Rue, 1894 : Troupe de théâtre. Métier de saltimbanque. Ruse, frime. Paye des ouvriers typographes. Association entre voleurs : Faire une banque, être de la banque.

Virmaître, 1894 : Les voleurs qui se partagent le produit d’un vol emploient cette expression (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Les forains propriétaires des grandes baraques, Pezon, Bidel, Marquetti, Corvi, sont ce que l’on nomme dans les fêtes la Banque, parce qu’ils sont riches.

France, 1907 : Escroquerie, duperie ; paiement, dans l’argot des ouvriers imprimeurs ; réunion de saltimbanques. Être de la banque, faire partie d’une bande d’escrocs ; faire la banque, allécher le client ; faire une banque, imaginer, préparer une escroquerie. Tailler une banque, tenir les cartes au baccara.

Banque (la faire)

Virmaître, 1894 : Le samedi, les ouvriers typographes se partagent le prix du travail de la semaine (Argot d’imprimerie).

Banque blèche (faire)

Rigaud, 1881 : Ne pas toucher de banque (paye), — dans le jargon des typographes.

Barbe

d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

Fustier, 1889 : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin)

Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Barbette

d’Hautel, 1808 : Diminutif de barbe : petite pointe de vin qui met en gaieté, qui fait babiller et souvent dire des choses que l’on auroit tenues cachées étant à jeun. Terme typographique.

Barbifier (se)

Fustier, 1889 : Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe.

Il s’est barbifié hier ; il a mal aux cheveux aujourd’hui.

(Typologie-Tucker, juin 1885)

Barbiste

Delvau, 1866 : s. m. Élève du collège Sainte-Barbe.

Rigaud, 1881 : Élève de l’institution Sainte-Barbe.

Il va sans dire que les anciens barbistes font élever leurs fils à Sainte-Barbe.

(Scribe, Maurice)

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe qui prend souvent des barbes, c’est-à-dire qui se grise souvent ; ouvrier qui procède par séries soulographiques, — dans le jargon des typographes.

France, 1907 : Élève ou ancien élève de l’école de Sainte-Barbe.

Bassin

d’Hautel, 1808 : Cracher au bassin. Donne, quelque chose malgré soi ; à contre-cœur.
On dit aussi Faire cracher quelqu’un au bassin. Pour lui soutirer de l’argent ; lui faire payer un écot auquel il n’a point pris part.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle le membre viril nage trop souvent.

J’eusse voulu toujours fouiller dans votre bassin.

(Tabarin)

Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux, — dans l’argot des filles et des faubouriens, qui n’aiment pas à être ennuyés, les premières surtout. On dit aussi Bassinoire.

Boutmy, 1883 : s. m. Homme ennuyeux. Ce mot appartient aussi à l’argot parisien et n’est pas spécial à la typographie : Tais-toi, vieux bassin. On dit aussi bassinoire.

Virmaître, 1894 : Insipide, ennuyeux (Argot du peuple). V. Bassinoire.

Rossignol, 1901 : Individu ennuyeux.

France, 1907 : Homme ennuyeux. On dit aussi bassinoire. « Quel bassin que ce curé ! »

Batiau

Delvau, 1866 : s. m. Préparation au Salé, — dans l’argot des typographes. Aligner son batiau. S’arranger pour avoir une banque satisfaisante.

Rigaud, 1881 : Préparation au salé. Aligner son batiau, s’arranger pour obtenir une bonne paye, — dans l’argot des typographes. (A. Delvau) Parler batiau, c’est parler des choses de sa profession, c’est-à-dire des choses de l’imprimerie. (Boutmy, Les Typographes parisiens, 1874)

Boutmy, 1883 : s. m. Le jour du batiau est celui où le compositeur fait son bordereau et arrête son compte de la semaine ou de la quinzaine. Parler batiau, c’est parler des choses de sa profession, c’est-à-dire pour les typographes des choses de l’imprimerie.

Battre le briquet

Delvau, 1866 : v. a. Cogner les jambes l’une contre l’autre en marchant. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Heurter la lettre au composteur avant de l’y laisser tomber, — argot des typographes. (Boutmy.)

Rigaud, 1881 : Marcher les genoux en dedans.

Boutmy, 1883 : v. Heurter la lettre au composteur avant de l’y laisser tomber. MM. les compositeurs ne sont pas exempts de tics dans l’accomplissement de leur tâche. Il en est de très préjudiciables à la rapidité du travail et conséquemment au gain qui en résulte. Quelques compositeurs mettent en mouvement tous leurs membres, tandis que le bras droit seul doit agir ; d’autres s’y reprennent à deux fois pour saisir la lettre ; d’autres piétinent ; mais le défaut le plus commun est de battre le briquet.

Virmaître, 1894 : Frotter en marchant les deux jambes de son pantalon l’une contre l’autre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Frotter les genoux ou talons en marchant est battre le briquet.

Bêcher

Vidocq, 1837 : v. a. — Injurier, calomnier.

Clémens, 1840 : Médire, accuser.

un détenu, 1846 : Charger, accabler de paroles, de sottises, etc.

Larchey, 1865 : Battre, dire du mal. Vient du vieux mot béchier : frapper du bec (Du Cange).

Je suis comme je suis, c’est pas une raison pour me bêcher.

(Monselet)

Avocat bécheur : Magistrat chargé du ministère public. Il bêche le prévenu.

Delvau, 1866 : v. a. Médire et même calomnier, dans l’argot des faubouriens, qui ne craignent pas de donner des coups de bec à la réputation du prochain.

Rigaud, 1881 : Dire du mal. On bêche surtout ses amis. — Mot à mot : travailler quelqu’un ou quelque chose comme on travaille la terre, à coups de bêche.

Boutmy, 1883 : v. a. Dire du mal de quelqu’un ; faire des cancans sur son compte. Ce mot, dont le sens est à peu près le même que celui de « casser du sucre », n’est pas particulier au langage des typographes, non plus que cette dernière expression.

Merlin, 1888 : Critiquer, médire.

Rossignol, 1901 : Abimer, vilipender quelqu’un.

Hayard, 1907 : Blaguer, débiner.

France, 1907 : Médire ; du vieux mot béchier, frapper du bec.

Dans un salon.
Cette excellente comtesse de B… est en train de s’en donner à cœur joie sur le compte de ses « bonnes amies ».
Taupin, l’interrompant de la façon la plus respectueuse :
— Après vous la bêche, s’il vous plaît ?

Béquet

Delvau, 1866 : s. m. Petite pièce de cuir mise à un soulier, — dans l’argot des cordonniers ; petit morceau de bois à graver, — dans l’argot des graveurs ; petit ajouté de copie, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Petite planche à graver, ouvrage de peu d’importance, — dans le jargon des graveurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Retouche faite à une pièce ou à un acte, raccord, — dans le jargon des acteurs.

Boutmy, 1883 : s. m. Hausse en papier que l’imprimeur ajoute à la mise en train ou place sous un cliché. Composition de quelques lignes. Ce mot est emprunté au langage des cordonniers pour lesquels il signifie Petit morceau de cuir joint à la semelle.

Virmaître, 1894 : Le passifleur met des béquets, des pièces, aux vieux souliers ; il en existe qui arrivent à une perfection si grande qu’il est impossible de découvrir la pièce (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Terme d’imprimerie. Petits paquets de composition pour ajouter ou compléter un grand paquet. En corrigeant un article, on ajoute des petits béquets à droite et à gauche pour le corser (Argot d’imprimerie).

Bergère

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des troupiers.

Boutmy, 1883 : s. f. Dans la langue typographique, comme dans les autres argots ce mot désigne une femme.

France, 1907 : Maîtresse ; dernière carte d’un paquet.

Bibasse (la)

Boutmy, 1883 : s. f. Nom familier sous lequel était désignée la Société typographique de Lyon.

Bibassier, biberon

Rigaud, 1881 : Vieil ivrogne. À aussi le sens de maniaque, grognon, méticuleux, tatillon, — dans le jargon des typographes. M. Décembre-Alonnier (Typographes et gens de lettres) orthographie bibacier. — Biberon est un vieux mot français.

À toi gentil Anacréon,
Doit son plaisir le biberon,
Et Bacchus te doit ses bouteilles.

(Ronsard, Ode gauloise)

Bibelot

Delvau, 1866 : s. m. Havresac, porte-manteau, — dans l’argot des soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Objet de fantaisie, qu’il est de mode, depuis une vingtaine d’années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots. Par extension : Objet de peu de valeur. Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l’origine jouet d’enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd’hui qu’il n’y a plus d’enfants, ce commerce est mort ; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.

Rigaud, 1881 : Objet de peu de volume et peu de valeur. Objet de peu de volume et de beaucoup de valeur. En général, tous les menus objets, plus ou moins artistiques, depuis les bijoux anciens jusqu’aux vieilles seringues prétendues historiques, prennent la dénomination très élastique de « bibelots ».

J’ai été aussi fort bousculé par mon propriétaire, auquel je dois deux termes, et il m’a fallu vendre toutes sortes de bibelots pour m’acquitter d’un.

(H. Murger, Lettres)

Les deux peuples les plus passionnés, aujourd’hui, pour les bibelots sont le Français et le Chinois, — signe de décadence, — prétendent les philosophes. Pour satisfaire à toutes les exigences, il s’est établi des fabriques de vieux neuf qui déversent journellement leurs produits à l’hôlel Drouot.

Boutmy, 1883 : s. m. En imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d’importance, tels que factures, adresses, étiquettes, prospectus, circulaires, lettres de mariage, billets de mort, etc. Ces travaux sont aussi appelés bilboquets, et mieux ouvrages de ville.

Fustier, 1889 : Argot d’imprimerie. Travaux de peu d’importance ; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.

France, 1907 : Objet de curiosité ou de fantaisie dont il est de mode, depuis quelques années, d’encombrer ses appartements ; du mot bimbelot, jouet d’enfant.

L’appartement est somptueux. Le temple est digne de l’idole. Le lit est anglais, la commode est russe, l’armoire est italienne, le sofa est turc, les fauteuils sont allemands, les bronzes sont espagnols, mais les bibelots sont parisiens.

(Albert Dubrujeaud)

Ces objets, la plupart de cuir ouvragé, ressemblaient, tous, à ces affreux bibelots connus sous le nom d’article-Paris ; ils en avaient la forme laide et sans art, la destination vague, l’insupportable clinquant.

(Octave Mirabeau, Gil Blas)

Travaux de peu d’importance, dans l’argot des typographes.

Bibelotier

Boutmy, 1883 : s. m. C’est l’ouvrier spécial chargé de faire les bibelots. Pour lui, les règles adoptées en typographie sont lettre morte. Il doit avant tout s’assimiler et faire ressortir l’idée du client, sans s’inquiéter des règles ordinaires. Le bibelotier est le metteur en œuvre des puffistes et des charlatans du jour. Il est l’inventeur de ces réclames bizarres qui forcent l’attention ; c’est lui qui a imaginé la disposition des billets de la loterie du lingot d’or et autres balançoires.

Fustier, 1889 : Ouvrier imprimeur, spécialement chargé des bibelots.

France, 1907 : Ouvrier qui ne travaille que dans les moments de presse ; argot des typographes.

Bilboquet

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à une femme courte, grosse et mal faite.
On donne aussi ce nom à tout ouvrage frivole, léger, et auquel on n’attache aucune importance.

Delvau, 1866 : s. m. Femme grosse et courte, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui est le jouet des autres.

Delvau, 1866 : s. m. Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, etc., — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Litre de vin.

Une jeune fille à l’œil égrillard qui acceptait un bilboquet à quinze.

(Léon Paillet, Voleurs et Volés)

Rigaud, 1881 : Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, — dans le jargon des typographes. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Personne trapue.

Boutmy, 1883 : s. m. V. Bibelot.

Virmaître, 1894 : Grosse femme. Il paraît pourtant impossible de jongler avec elle. C’est sans doute par allusion à la boule du bilboquet (Argot des voleurs).

France, 1907 : Femme grosse et courte ; litre de vin. Dans l’argot des typographes, on appelle bilboquet de petits travaux tels que : prospectus, tête de lettres, etc.

Blanc

d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

M.D., 1844 : Connu.

Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur)

Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Blanc (jeter du)

Rigaud, 1881 : Interligner, intercaler entre les lignes composées à l’imprimerie de petites lames de plomb, afin de donner du jour et de favoriser le coup d’œil typographique.

Blanches

France, 1907 : Une des différentes variétés des types de caractères d’imprimerie, dans l’argot des typographes : les blanches, les grasses, les noires, les maigres, les allongées, les larges, les ombrées, les perlées, l’anglaise, l’américaine, la grosse normande.

Blanchir

d’Hautel, 1808 : À blanchir un nègre on perd son savon. Pour dire que toutes les représentations ne font rien sur un homme incorrigible.
Tête de fou ne blanchit jamais. Parce que les fous sont exempts, dit-on, des soucis qui font blanchir les cheveux.
Blanchir quelqu’un. C’est le laver d’une accusation ; le tirer d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : C’est, en terme de journaliste, multiplier es alinéas dans un texte, ou encore revoir et corriger le texte d’un auteur :

Henri Heine ne savait pas le français grammaticalement, a écrit l’auteur des Souvenirs intimes. Il se faisait traduire par un certain Wolff, sorte de pion alsacien, et quand d’aventure il écrivait lui-même en français, il se faisait blanchir d’abord par Gérard de Nerval, puis par un employé de Buloz. — Faut-il reconnaître sous ce dédaigneux qualificatif professionnel Saint-René Taillandier ?

(Gonzague-Privat)

En argot typographique, blanchir « c’est jeter des interlignes » dans le texte.

Bloquer

d’Hautel, 1808 : Au propre, terme d’imprimerie qui signifie suppléer à une lettre manquante, par une autre lettre que l’on renverse ; au figuré, oublier quelqu’un dans une distribution où il avoit droit.
On l’a bloqué. Pour, on a pris sa part ; on n’a pas pensé à lui ; on l’a totalement oublié.

Halbert, 1849 : Abandonner.

Larchey, 1865 : Vendre. V. Abloquir.

Delvau, 1866 : v. a. Abandonner, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Jouer à la bloquette, — dans l’argot des enfants.

Delvau, 1866 : v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police, — ce qui est le boucler, vieille forme au verbe blouquet.

Rigaud, 1881 : Abandonner, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire défaut, faillir, dans le jargon des typographes ; allusion au terme d’imprimerie bloquer qui a le sens de mettre provisoirement un caractère au lieu et place d’un autre. (L. Larchey) Bloquer le mastroquet, ne pas payer le marchand de vin.

Rigaud, 1881 : Mettre en prison, au bloc — dans le jargon des troupiers.

Boutmy, 1883 : v. a. Remplacer provisoirement un signe typographique dont on manque par un autre de même force. Par extension, Manquer, faire défaut, faillir. Bloquer le mastroquet, c’est ne pas payer le marchand de vin.

La Rue, 1894 : Mettre en prison. Abandonner.

France, 1907 : Emprisonner, consigner ; se dit aussi pour abandonner. Dans l’argot des typographes, c’est remplacer temporairement une lettre par une autre.

Boche (tête de)

Rigaud, 1881 : Tête dure, individu dont l’intelligence est obtuse, c’est-à-dire tête de bois, — dans le jargon du peuple. Dans le patois de Marseille une boule à jouer est une boche.

Boutmy, 1883 : s. f. Tête de bois. Ce terme est spécialement appliqué aux Belges et aux Allemands parce qu’ils comprennent assez difficilement, dit-on, les explications des metteurs en pages, soit à cause d’un manque de vivacité intellectuelle, soit à cause de la connaissance imparfaite qu’ils ont de la langue française et de leur impardonnable ignorance de l’argot typographique.

Bœuf

d’Hautel, 1808 : Mettre la charrue devant les bœufs. Mettre devant ce qui doit être derrière.
Lourd comme un bœuf. Se dit d’un butord, d’un homme qui marche pesamment.
Saigner comme un bœuf. Pour dire, abondamment.
C’est la pièce de bœuf. Se dit d’une chose dont on fait un usage continuel, ou d’une personne que l’on a coutume de voir journellement et à des heures marquées.
Bœuf saignant, mouton bélant, porc pourri ; tout ne vaut rien s’il n’est bien cuit. Pour marquer le degré de cuisson qui convient à chacune de ces viandes.
Je ne lui ai dit ni œuf ni bœuf. Pour, je ne lui ai dit ni oui ni non ; je ne lui ai adressé aucune injure.
On dit des gens grossiers, sots et stupides ; qu’Ils sont de la paroisse Saint-Pierre-aux-Bœufs, patron des grosses bêtes.
Le bœuf ne doit pas aller avant le char. Pour dire que chacun, selon sa condition, doit se tenir à sa place.
Dieu donne le bœuf et non pas la corne. Signifie que Dieu donne les moyens et les grâces ; mais qu’elles demeurent sans efficacité lorsqu’on ne s’aide pas soi-même par un travail ardent et assidu.

Larchey, 1865 : Monstrueux. — Mot à mot : aussi énorme qu’un bœuf.

Regarde donc la débutante. Quel trac bœuf ! Elle va se trouver mal.

(Ces Petites Dames)

Se mettre dans le bœuf : Tomber dans une situation misérable. Allusion au bouilli qui représente le rôti des indigents. On lit dans une mazarinade de 1649 :

Auprès de la Bastille, Monsieur d’Elbeuf, Dans sa pauvre famille, Mange du bœuf, Tandis que Guénégaud Est à gogo.

Delvau, 1866 : adj. Énorme, extraordinaire, — dans l’argot des faubouriens. Avoir un aplomb bœuf. Avoir beaucoup d’aplomb.

Delvau, 1866 : s. m. Second ouvrier, celui à qui l’on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des cordonniers.

Rigaud, 1881 : Énorme, colossal. — Un succès bœuf, un aplomb bœuf ; n’est guère employé qu’avec ces deux mots.

Rigaud, 1881 : Mauvaise humeur, emportement, colère. Dans le jargon des typographes, ce mot est synonyme de chèvre. — Prendre un bœuf, gober son bœuf, avoir son bœuf, se mettre en colère, être en colère.

Rigaud, 1881 : Roi d’un jeu de cartes.

Rigaud, 1881 : Second ouvrier cordonnier. — Ouvrier tailleur qui fait les grosses pièces. — Petit bœuf, ouvrier qui commence une pièce, qui l’ébauche.

Boutmy, 1883 : s. m. Colère, mécontentement ; synonyme de chèvre. V. ce mot. Ajoutons cependant que le bœuf est un degré de mécontentement plus accentué que la chèvre. Le bœuf est une chèvre à sa plus haute puissance. Gober, avoir son bœuf, être très contrarié, se mettre en colère.

Boutmy, 1883 : s. m. Composition de quatre ou cinq lignes qu’un compagnon fait gratuitement pour son camarade momentanément absent. S’emploie presque exclusivement dans les journaux. On disait autrefois tocage.

Fustier, 1889 : Joli, agréable. C’est rien bœuf ! dit le peuple.

La Rue, 1894 : Mauvaise humeur. Prendre un bœuf, se mettre en colère.

France, 1907 : Roi du jeu de cartes, appelé ainsi parce qu’il est le plus gros et le plus puissant du jeu. Avoir son bœuf, être en colère ; être le bœuf, être la dupe dans une affaire ; se mettre dans le bœuf, tomber dans une situation critique, allusion au bœuf bouilli ordinaire des ouvriers et des petits bourgeois. On appelle bœuf un apprenti tailleur en passe de devenir ouvrier et les seconds ouvriers cordonniers.

Bœuf (faire un)

Rigaud, 1881 : Remplacer momentanément à la besogne un compagnon qui est allé relever un factionnaire, par exemple, — dans le jargon des typographes.

Boire de l’encre

Rigaud, 1881 : Arriver lorsqu’une tournée a été déjà absorbée ou qu’il ne reste plus rien dans un litre. (Argot des typographes).

Boutmy, 1883 : C’est la situation fâcheuse à laquelle parait réduit un frère qui, invité à prendre sa part d’une consommation, arrive quand la fiole a été vidée rubis sur l’ongle. Dans son désappointement, il ne manque pas de s’écrier : Est-ce que vous croyez que je vais boire de l’encre ? Non, car on fait alors apporter aussitôt une autre fiole.

Boîte (faire sa)

Rigaud, 1881 : Distribuer les caractères d’imprimerie dans la casse. — (Jargon des typos.)

Bonnet

d’Hautel, 1808 : Ramasse ton bonnet. Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se laisse tomber, ou lorsqu’on a adressé quelqu’épithète satirique à une personne qui ne peut y parer sur-le-champ.
Un bonnet de cochon. Facétie grossière ; pour dire un bonnet de coton porté par un rustre, un malpropre.
Triste comme un bonnet de nuit. Se dit d’un homme taciturne et ennuyeux, parce qu’un bonnet de nuit est ordinairement dépourvu d’ornemens.
Ce sont trois têtes dans un bonnet. Se dit de trois personnes qui, par la bonne intelligence qui règne entr’elles, sont toujours du même sentiment ; et quelquefois en mauvaise part, de trois personnel qui forment entr’elles une coalition.
Un janvier à trois bonnets. Homme extrêmement frileux, qui se couvre beaucoup.
Il a mis son bonnet de travers. Pour dire, il ne sait à qui il en veut ; il est de mauvaise humeur ; il querelle tout le monde.
On dit des Picards, qu’ils ont la tête près du bonnet, parce que les gens de ce pays s’emportent aisément, et se mettent facilement en colère.
J’y mettrois mon bonnet. Espèce d’affirmation qui équivaut à, je gagerois, je parierois, etc.
Un bonnet vert. Banqueroutier ; parce qu’autrefois ces sortes de gens portoient un bonnet vert comme marque de réprobation.
Opiner du bonnet. C’est marquer par un signe de tête que l’on adopte un avis, que l’on y donne sa sanction.
Jeter son bonnet par-dessus les moulins. Se moquer du qu’en dira-t-on ; braver l’opinion et les conséquences ; n’être arrêté par aucune considération.
C’est bonnet blanc blanc bonnet. Pour, c’est tout de même, c’est absolument la même chose d’un côté comme de l’autre.
Un gros bonnet. Un matador, un personnage important par sa fortune, son crédit et ses emplois.

Rigaud, 1881 : Coterie autoritaire dans un atelier typographique.

Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste.

(Boutmy)

Boutmy, 1883 : s. m. Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie d’abord, et, s’il en reste, aux ouvriers plus récemment entrés qui ne lui inspirent pas de crainte. Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste, comme toute coterie. Il tend, Dieu merci ! à disparaître ; mais c’est une peste tenace.

Hayard, 1907 : Bonneteau.

France, 1907 : Secrète entente parmi les imprimeurs.

Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie.

(E. Boutmy)

Bourdon

d’Hautel, 1808 : On dit de quelqu’un qui parle continuellement, que c’est un bourdon perpétuel.
Bourdon. En terme d’imprimerie, omission que fait le compositeur dans le manuscrit qu’il compose.

Halbert, 1849 : Femme prostituée.

Delvau, 1864 : Le membre viril, — sur lequel s’appuie si volontiers la femme qui va en pèlerinage a Cythère.

La croix et le bourdon en main.

(B. de Maurice)

Extasiée, fendue par l’énorme grosseur du vigoureux bourdon de mon dévirgineur, les cuisses ensanglantées, je restai quelque temps accablée par la fatigue et le plaisir.

(Mémoires de miss Fanny)

Delvau, 1866 : s. m. Fille publique, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Mots oubliés, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Fille de joie, — dans le jargon des voleurs.

Boutmy, 1883 : s. m. Omission d’un mot, d’un membre de phrase ou d’une phrase. Ces omissions exigent souvent un grand travail pour être mises à leur place quand la feuille est en pages et imposée dans les châssis. V. Jacques (Aller à Saint-), Aller en Galilée, en Germanie. Le bourdon défigure toujours le mot ou la phrase d’une façon plus ou moins complète. On raconte que la guerre de Russie, en 1812, fut occasionnée par un bourdon. Le rédacteur du Journal de l’Empire, en parlant d’Alexandre et de Napoléon, avait écrit : « L’union des deux empereurs dominera l’Europe. » Les lettres ion furent omises et la phrase devint celle-ci : « L’UN des deux empereurs dominera l’Europe. » L’autocrate russe ne voulut jamais croire à une faute typographique. Avouons-le tout bas, nous sommes de son avis ; car trois lettres tombées au bout d’une ligne, c’est… phénoménal. L’exemple suivant n’est que comique : il montre que le bourdon peut donner lieu quelquefois à de risibles quiproquos ; nous copions textuellement une lettre adressée au directeur du Grand Dictionnaire : « Monsieur, accoutumé à trouver dans votre encyclopédie tout ce que j’y cherche, je suis étonné de ne pas y voir figurer le mot matrat, qui est pourtant un mot français, puisqu’il se trouve dans le fragment de la Patrie que je joins à ma lettre. Agréez, etc. », Voici maintenant le passage du journal auquel il est fait allusion : « La cérémonie était imposante. Toutes les notabilités y assistaient ; on y remarquait notamment des militaires, des membres du clergé, des matrats, des industriels, etc. » M. X*** ne s’était pas aperçu du bourdon d’une syllabe et s’était torturé l’esprit à chercher le sens de matrats, quand un peu de perspicacité lui eût permis de rétablir le mot si français de magistrats.

Virmaître, 1894 : Fille qui fait le trottoir. Cette expression vient de ce que les filles chantent sans cesse, ce qui produit aux oreilles des passants un bourdonnement semblable à celui du petit insecte que l’on nomme bourdon (Argot des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Quand le metteur en page ne s’aperçoit pas qu’un mot a été oublié en composant un article, ce dernier devient incompréhensible. S’il s’en aperçoit et qu’il faille remanier le paquet, c’est enlever le bourdon (Argot d’imprimerie).

Rossignol, 1901 : Nom donné à un mauvais cheval par les cochers et charretiers. Une fille publique qui ne gagne pas d’argent est aussi un bourdon.

France, 1907 : Prostituée, dans l’argot des voleurs, sans doute à cause des paroles basses qu’elle murmure à l’oreille des passants et qui ressemblent à un bourdonnement. Faute typographique, argot des imprimeurs.

L’on oublie, en composant, des mots, des lignes, même des phrases. Ces omissions portent le nom de bourdons. Les dits bourdons exigent un grand travail pour être replacés, lorsque la feuille est imposée, ou serrée avec des coins de bois dans un cadre de fer.

(Jules Ladimir, Le Compositeur-typographe)

Bourdonniste

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe sujet aux bourdons, c’est-à-dire aux omissions de mots ou de phrases.

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui fait habituellement des bourdons.

Bourreur de lignes

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. (Boutmy.)

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier qui compose particulièrement des lignes pleines ou courantes, telles que celles des journaux, des labeurs, des brochures, etc. Se prend en bonne ou en mauvaise part. Un bon bourreur de lignes est celui qui compose habituellement et vite la ligne courante. Dire d’un ouvrier qu’il n’est qu’un bourreur de lignes, c’est dire qu’il n’est propre qu’à ce genre de besogne, qu’il ne pourrait faire ni titres, ni tableaux, ni d’autres travaux exigeant une parfaite connaissance du métier.

Cabot

Ansiaume, 1821 : Chien.

Pésille son cabot, tu en auras 20 balles.

Vidocq, 1837 : s. m. — Chien.

M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Chien.

Boutmy, 1883 : s. m. Chien, et surtout Chien de petite taille. Ce mot n’est pas particulier à l’argot typographique.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Élève-cabot, élève caporal. Cabot pris absolument dans le sens de caporal est inusité. (Ginisty, Manuel du réserviste)

La Rue, 1894 : Chien. Caporal. Cabot du quart, secrétaire (chien) du commissaire. Cabot ferré, gendarme.

Virmaître, 1894 : Chien (Argot du peuple). V. Alarmiste.

Virmaître, 1894 : Chien du commissaire de police. Par abréviation on dit simplement le cabot du quart (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Caporal.

Hayard, 1907 : Chien.

France, 1907 : Acteur : apocope de cabotin.

Je n’ai jamais couché avec un cabot, jamais je ne coucherai avec un cabot.

(Henry Bauër, Une Comédienne)

France, 1907 : Poisson, chien de mer, chien.

Avec des ciseaux, je l’confesse,
J’arriv’ derrièr’ chaque beau toutou
Qu’un brave bourgeois retient en laisse,
Et j’surin’ la cord’ d’un seul coup,
Avec le cabot j’carapatte,
Et pour me r’piger pas moyen,
Ah ! c’métier-là est vraiment batte !
Pour la fourrièr’ j’ramasse les chiens.

(S. Martel)

Cadratin

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des typographes. Au propre, le cadratin est un petit morceau de fonte qui sert à maintenir les caractères d’imprimerie. Les ouvriers, pour se distraire, ont combiné un jeu avec les cadratins.

France, 1907 : Chapeau à haute forme ; lettre apocryphe. Se dit aussi, dans l’argot des typographes, pour les petits carrés placés au commencement des alinéas.

Cadratins

Boutmy, 1883 : s. m. pl. Petits parallélépipèdes de même métal et de même force que les caractères d’imprimerie, mais moins hauts que les lettres de diverses sortes. Ils servent à renfoncer les lignes pour marquer les alinéas et portent sur une de leurs faces un, deux ou trois crans. Jeu des cadratins. On joue avec ces petits prismes rectangulaires à peu près comme avec les dés à jouer. Les compositeurs qui calent, et même ceux qui ne calent pas, s’amusent quelquefois à ce jeu sur le coin d’un marbre. Quand le joueur n’amène aucun point, on dit qu’il fait blèche. Il va sans dire que l’enjeu est toujours une chopine, un litre ou toute autre consommation. Les typographes appellent aussi cadratin le chapeau de haute forme, désigné dans l’argot parisien sous le nom si juste et si pittoresque de tuyau de poêle.

Cage

d’Hautel, 1808 : Mettre en cage. Signifie mettre en prison ; priver quelqu’un de sa liberté. On dit d’une petite maison, d’une bicoque, que c’est une Cage.

Delvau, 1866 : s. f. Atelier de composition, — dans l’argot des typographes. Ils disent aussi Galerie.

Delvau, 1866 : s. f. Prison, — dans l’argot du peuple, qui a voulu constater ainsi que l’on tenait à empêcher l’homme qui vole de s’envoler. Cage à chapons. Couvent d’hommes. Cage à jacasses. Couvent de femmes. Cage à poulets. Chambre sale, étroite, impossible à habiter.

Rigaud, 1881 : Atelier de composition des ouvriers typographes.

Rigaud, 1881 : Prison. — Oiseau en cage, prisonnier. — Mettre en cage, mettre en prison.

Ce fut peut-être le maréchal de Matignon qui mit Philippe de Commes en cage.

(Du Puy, Thuana, 1669)

Fustier, 1889 : Tête. Ne plus avoir de mouron sur la cage, être chauve.

France, 1907 : Prison ; atelier recouvert de vitres.

Il déteste l’argot d’atelier, gourmande l’apprenti sur son manque de décorum, sans espérer le corriger, et saisit le premier prétexte venu pour débaucher l’ouvrier qui nomme sa casse une boîte, l’imprimerie une cage.

(Décembre-Alonnier, Typographes et Gens de lettres)

France, 1907 : Tête.

Caler

d’Hautel, 1808 : Être bien ou mal calé. Signifier être bien ou mal dans ses affaires.
On dit aussi d’un homme misérablement vêtu, qu’il est bien mal calé.
Se caler. Se mettre dans ses meubles, sortir de l’état d’indigence où l’on se trouvoit.
Le voilà bien calé. Pour, le voilà bien restauré, il doit être bien satisfait. Se dit ironiquement d’une personne à qui l’on accorde un foible secours pour le dédommager d’une perte considérable.

Delvau, 1866 : v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes, — dans l’argot des enfants.

Delvau, 1866 : v. n. Céder, rabattre de ses prétentions, — ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de besogne, attendre de la copie, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Maltraiter, corriger à coups de poing, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : N’avoir rien à faire, se croiser les bras en attendant de l’ouvrage.

Boutmy, 1883 : v. intr. Rester sans ouvrage. Le typographe cale pour deux raisons : soit parce qu’il manque de copie, soit parce que les sortes font défaut ; quand il n’a pas de disposition au travail, il flème.

La Rue, 1894 : Avoir peur. Chômer. Se caler, manger.

Virmaître, 1894 : On cale un meuble avec un coin de bois. Un homme riche est calé. Les typographes emploient cette expression pour dire qu’ils attendent de la copie, ils calent (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Ne pas travailler.

France, 1907 : Rester sans ouvrage, du provençal calar, cesser de travailler, discontinuer. Caler de l’école, faire l’école buissonnière, paresser.

Si le compositeur n’est pas en train de jaser, il rêve. Sa plus grande jouissance est de caler, c’est-à-dire de ne rien faire : nunc libris, nunc somno.

(Jules Ladimir)

Câler

d’Hautel, 1808 : Câler. Terme typographique. Faire le paresseux ; mener une vie oisive ; rester les bras croisés quand on a de l’ouvrage.

Larchey, 1865 : Ne rien faire.

La plus grande jouissance du compositeur d’imprimerie est de câler.

(Ladimir)

Caleur

d’Hautel, 1808 : Lâche, mou, paresseux, ouvrier enclin à la dissipation et à la fénéantise.

Rigaud, 1881 : Garçon, de l’allemand Kellner, — dans l’ancien argot.

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe qui attend de la copie, que le manque de copie force à se croiser les bras. Dans les ateliers de composition, ce mot n’a plus le sens, qu’il avait autrefois, de mauvais ouvrier, fainéant et ivrogne.

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier qui n’a pas de travail. C’est à tort que B. Vinçard, qui s’intitule « typographiste », et avant lui Momoro, « le premier imprimeur de la Liberté », définissent le caleur : celui qui est nonchalant ou ivrogne. En tout cas, le mot n’a plus aujourd’hui cette signification blessante.

Hayard, 1907 : Qui ne travaille pas.

France, 1907 : Ouvrier fainéant.

Canard

d’Hautel, 1808 : Boire de l’eau comme un canard ou comme une Cane. Pour dire boire beaucoup d’eau et coup sur coup, ce qui arrive assez ordinairement à ceux qui ont fait une grande débauche de vin.
Bête comme un canard.
Donner des canards à quelqu’un.
Pour lui en faire accroire ; le tromper.

M.D., 1844 : Fausse nouvelle.

Halbert, 1849 : Nouvelle mensongère.

Larchey, 1865 : Fausse nouvelle.

Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommés canards.

(Mornand)

Larchey, 1865 : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier. autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — dès 1612, dans le ballet du courtisan et des matrones, M. Fr. Michel a trouvé « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de d’Hautel, 1808.

Larchey, 1865 : Récit mensonger inséré dans un journal.

Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie.

Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari !

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. m. Chien barbet, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l’eau comme de simples palmipèdes, water-dogs.

Delvau, 1866 : s. m. Fausse note, — dans l’argot des musiciens. On dit aussi Couac.

Delvau, 1866 : s. m. Imprimé crié dans les rues, — et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.

Delvau, 1866 : s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire, — dans l’argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des blagues qu’ils composent.

Delvau, 1866 : s. m. Mari fidèle et soumis, — dans l’argot des bourgeoises.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant, — s’ils ont été bien sages.

Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des cochers. J’ai un bon canard, bourgeois, nous marcherons vite. Ainsi nommé parce que la plupart du temps, à Paris, à l’exemple du canard, le cheval patauge dans la boue.

Rigaud, 1881 : Mauvaise gravure sur bois, — dans le jargon des graveurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Méchant petit journal, imprimé sans valeur.

Ne s’avisa-t-il pas de rimer toutes ses opinions en vers libres, et de les faire imprimer en façon de canard ?

(Ed. et J. de Goncourt)

Rigaud, 1881 : Mensonge, fausse nouvelle. — Au dix-septième siècle, donner des canards à quelqu’un avait le sens de lui enfaire accroire, lui en imposer. (Ch. Nisard, Parisianismes)

Rigaud, 1881 : Morceau de sucre trempé dans du café. Comme le canard, il plonge pour reparaître aussitôt. Rien qu’un canard, un petit canard. On donne aussi ce nom à un morceau de sucre trempé dans du cognac.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom familier par lequel on désigne les journaux quotidiens, et quelquefois les autres publications périodiques. Le Journal officiel est un canard, le Moniteur universel est un canard, tout aussi bien que le Journal des tailleurs et que le Moniteur de la cordonnerie ou le Bulletin des halles et marchés.

La Rue, 1894 : Journal. Fausse nouvelle inventée pour relever les Faits-Paris. Imprimé banal crié dans la rue.

Virmaître, 1894 : Mauvais journal. Quand un journal est mal rédigé, mal imprimé, pas même bon pour certain usage, car le papier se déchire, c’est un canard (Argot du peuple et des journalistes).

Virmaître, 1894 : Nouvelle fausse ou exagérée. Ce système est employé par certains journaux aux abois. On pourrait en citer cinquante exemples depuis les écrevisses mises par un mauvais plaisant dans un bénitier de l’église Notre-Dame-de-Lorette et qui retournèrent à la Seine en descendant par les ruisseaux de la rue Drouot ; jusqu’au fameux canard belge. Un huissier à l’aide d’une ficelle pécha vingt canards qui s’enfilèrent successivement, comme Trufaldin dans les Folies Espagnoles de Pignault Lebrun, il fut enlevé dans les airs, mais la ficelle se cassa et il tomba dans un étang ou il se noya. Ce canard fit le tour du monde arrangé ou plutôt dérangé par chacun, il y a à peine quelques années qu’il était reproduit par un journal, mais la fin était moins tragique, l’huissier était sauvé par un membre de la Société des Sauveteurs à qui on décernait une médaille de 1re classe. Pour sauver un huissier on aurait dû lui fourrer dix ans de prison (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade.
— Bec salé, c’est un sale canard (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Journal, fausse nouvelle.

France, 1907 : Fausse nouvelle insérée dans un journal pour relever les Faits Divers lorsqu’ils sont pâles. Les filous et les tripoteurs de la Bourse se servent de canards pour faire la hausse ou la baisse. Cette expression est assez ancienne, car, dans le Dictionnaire Comique de Philibert Joseph Le Roux (1735), on trouve à côté du mot l’explication suivante : « En faire accroire à quelqu’un, en imposer, donner des menteries, des colles, des cassades, ne pas tenir ce qu’on avait promis, tromper son attente. »
De là à appeler canard le journal qui ment et, par suite, tous les journaux, il n’y avait qu’un pas ; il a été franchi.
Nous allons lancer un canard, c’est-à-dire, nous allons faire un journal.

France, 1907 : Gravure sur bois.

Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade. Argot populaire.

(Ch. Virmaître)

Chien barbet, argot populaire, à cause du plaisir qu’ont ces chiens de se jeter à l’eau. Bouillon de canard, eau.
Fausse note ; argot des musiciens.
Petit morceau de sucre trempé dans le café ou l’eau-de-vie que l’on donne aux enfants.

Pendant la communion.
Bébé, regardant avec attention le prêtre en aube distribuant les hosties, se décide à tirer maman par la robe.
Maman — Quoi donc ?
Bébé — Je voudrais aller comme tout le monde près du monsieur en chemise.
Maman — Pourquoi faire ?
Bébé — Pour qu’il me donne aussi un canard.

(Gil Blas)

Canardier

M.D., 1844 : Crieur public.

Larchey, 1865 : Crieur, confectionneur de fausses nouvelles.

Place au célèbre Édouard, le canardier par excellence, le roi des crieurs publics !

(Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : s. m. Crieur de journaux. Signifie aussi journaliste.

Rigaud, 1881 : Ouvrier typographe attaché à la composition d’un journal ou canard. Pour les typographes, tous les journaux, depuis le Journal officiel jusqu’au Journal… des chiffonniers, sont des canards.

Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur d’un journal.

France, 1907 : Crieur de journaux, fabricant de fausses nouvelles et, par conséquent, journaliste.

Ne croyez point que le journal, qui vous parait si expert en matière d’escroqueries, soit à l’abri d’une fraude ! Non, quelque méfiant qu’il puisse être, quelque mis en garde qu’il soit contre l’adresse des filous, le « chef d’échos » ou de « faits divers », ou d’une rubrique quelconque, est sans cesse visé par le canardier.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)

C’est aussi un typographe attaché à un journal.

Cassetin

Boutmy, 1883 : s. m. Subdivision de la casse, petit compartiment dans lequel on met chaque sorte de lettres ou signes typographiques.

Changer de composteur

Delvau, 1866 : Passer à un autre exercice, manger après avoir causé, rire après avoir pleuré, etc. Argot des typographes et des ouvriers.

Chapelle

d’Hautel, 1808 : Jouer à la chapelle. S’occuper de choses frivoles, de futilités, comme le font ordinairement les enfans.

Delvau, 1864 : Le con — que l’homme ne voit pas sans ployer les genoux.

Il tâcha de faire entrer son idole dans ma chapelle ; à quoi je l’aidai en écartant les cuisses et en avançant le croupion autant qu’il me fut possible.

(Mémoires de miss Fanny)

Tous les passants dedans cette chapelle
Voulaient dévots apporter leur chandelle.

(La Chapelle d’amour)

Le compagnon lui plut si fort,
Qu’elle voulut en orner sa chapelle.

(Piron)

Delvau, 1866 : s. f. Cabaret, buvette quelconque, — dans l’argot des ouvriers, dévots à Bacchus. Faire ou Fêter des chapelles. Faire des stations chez tous les marchands de vin.

Rigaud, 1881 : Comptoir de marchand de vin. Une chapelle où les ivrognes vont faire leurs dévotions.

Boutmy, 1883 : s. f. Réunion des typographes employés dans la même imprimerie, et qui constituait une sorte de confrérie. Les chapelles n’existent plus.

Fustier, 1889 : Coterie.

France, 1907 : Cabaret. C’est, en effet, la chapelle de Bacchus. Fêter des chapelles, faire une tournée chez les marchands de vins.

Chèvre

d’Hautel, 1808 : Le vin fait danser les chèvres. Manière burlesque de dire qu’un vin est dur et détestable à boire, que c’est de la ripopée.
Prendre la chèvre. Ne pas entendre raillerie, bouder, se choquer de peu de chose, se fâcher.
Cette expression autrefois comique, n’est plus maintenant en usage que parmi les imprimeurs où elle a conservé ses acceptions primitives. Ainsi, en terme typographique :
Gober une bonne chèvre. Signifie être très en colère, se fâcher sérieusement.
Ménager la chèvre et les choux. Flatter le fort et l’opprimé ; ménager les intérêts de deux partis opposés.
Où la chèvre est attachée il faut quelle y broute. Voyez Attacher.
La chèvre a pris le loup. Se dit des trompeurs qui tombent eux-mêmes dans leur embûche.
On dit qu’un homme a une barbe de chèvre lorsqu’il n’a de la barbe que sous le menton et par bouquet.
Il aimeroit une chèvre coiffée. Se dit par raillerie d’un homme peu difficile en amour, et à qui toutes les femmes plaisent indistinctement.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise humeur, — dans l’argot des ouvriers, et spécialement des typographes. Avoir la chèvre. Être en colère. Gober la chèvre. Être victime de la mauvaise humeur de quel qu’un. Signifie aussi se laisser berner.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, Prendre la chèvre.

Boutmy, 1883 : s. f. Mécontentement, colère. Gober sa chèvre, c’est s’irriter, se fâcher, poussé à bout par les plaisanteries de l’atelier ou pour toute autre cause. Cette expression est très ancienne. Molière l’emploie en un sens très voisin de celui qu’elle a aujourd’hui, dans Sganarelle ou le Cocu imaginaire (scène XII), pièce représentée en 1660 :

D’un mari sur ce point j’approuve le souci ;
Mais c’est prendre la chèvre un peu bien vite aussi.

France, 1907 : Mécontentement. Gober sa chèvre, se mettre en colère. On dit aussi dans le même sens : avoir la chèvre. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, gober ou prendre la chèvre signifiait : se laisser berner. Ménager la chèvre et le chou, essayer de plaire à deux partis adverses ; jouer le rôle douteux d’ami de tout le monde.

Un vieux diplomate a donné, pour ses étrennes, à un de nos hommes d’État, une charmante chèvre et un superbe chou en sucre, avec ce mot d’envoi : « Ménagez-les bien ! »

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Oh ! c’est un rusé compère ; il sait ménager la chèvre et le chou, il est en bons termes avec tout le monde…

(Michel Delines, La Chasse aux juifs)

Chèvre (prendre la, gober la)

Rigaud, 1881 : Être en colère. Vieille expression remise dans la circulation par les typographes et que l’on rencontre déjà dans Régnier.

Et n’est Job, de despit, qui n’en eust pris la chèvre.

(Sat. X.)

Chevrotin

d’Hautel, 1808 : Homme qui prend facilement la chèvre, qui n’entend pas le badinage, qui prend les plaisanteries au sérieux. Terme typographique.

Rigaud, 1881 : Ouvrier irascible, celui qui prend facilement la chèvre, — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Irascible, toujours mécontent et grondeur. V. Chèvre.

France, 1907 : Irritable.

Chien

d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

Halbert, 1849 : Secrétaire.

Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

(d’Hautel, 1808)

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Larchey, 1865 : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.

Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens)

Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :

Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.

Chier dans le cassetin aux apostrophes

Delvau, 1866 : v. n. Devenir riche, — dans l’argot des typographes, qui n’ont pas de fréquentes occasions de commettre cette incongruité rabelaisienne.

Rigaud, 1881 : Je n’en veux plus, j’en ai plein le dos. On dit aussi : il a chié dans ma malle (Argot du peuple). N.

Boutmy, 1883 : v. Cette phrase grossière et malséante peut se traduire en langage honnête par : « Quitter le métier de typographe. »

Chier dans le panier

La Rue, 1894 : Quitter le métier, avoir assez du métier, — dans le jargon des typographes.

Chou pour chou (aller)

Rigaud, 1881 : Suivre exactement la copie imprimée. (Boutmy, Les Typographes parisiens.) C’est une réminiscence du proverbe : Chou pour chou, Aubervilliers vaut bien Paris.

Autrefois le terrain du village d’Aubervilliers était presque entièrement planté de choux qui passaient pour meilleurs que ceux des autres endroits. De là ce proverbe dont on se sert pour égaler sous quelque rapport deux choses dont l’une a été trop rabaissée, ou pour signifier que chaque chose a une qualité qui la rend recommandable.

(Quitard, Dict. des Proverbes)

Boutmy, 1883 : v. Suivre exactement la copie imprimée. C’est l’équivalent de Kif-kif.

Chouffliqueur

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais ouvrier, Savetier, — dans l’argot des typographes, qui, à leur insu, se servent là de l’expression allemande schuhflicker.

Choux (être dans les)

Rigaud, 1881 : Ne pas avoir accompli la tâche qu’un typographe est tenu de faire dans un temps donné, être en retard dans son travail.

Boutmy, 1883 : Se dit, dans les journaux, par les compagnons qui, pour une cause ou pour une autre, craignent de ne pas arriver à faire leur pige ; dans les maisons de labeur, lorsque, le jour du batiau approchant, on craint de ne pouvoir arriver à faire une banque moyenne.

Claquer

d’Hautel, 1808 : Donner une claque, un soufflet, ou tout autre coup avec la main.
Faire claquer son fouet. Se prévaloir hautement de quelqu’avantage ; faire le glorieux, le vaniteux.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Manger — Allusion au bruit des mâchoires.

Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit.

(Wado, Chanson)

On dit au figuré Claquer : dissiper.

Larchey, 1865 : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service.

C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc.

(Delvau)

Delvau, 1866 : v. a. Donner des soufflets.

Delvau, 1866 : v. a. Vendre une chose, s’en débarrasser, — dans le même argot [du peuple]. Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir. — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Dépenser. — Avoir tout claqué, avoir tout dépensé.

Rigaud, 1881 : Manger ; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.

Rigaud, 1881 : Mourir.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mourir. Ce mot n’est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l’attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu’aux faubourgs.

La Rue, 1894 : Mourir.

La Rue, 1894 : Vendre.

Virmaître, 1894 : Donner une claque sur la figure ou sur le contraire. Synonyme de gifle. Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mourir. Allusion à un objet qui claque, qui casse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir. Il est bien malade : il va claquer.

Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Faire retentir.

L’œuvre de Corneille est grande, sévère, admirable en certaines de ses parties où passe un souffle ardent de passion. Le fameux « Qu’il mourut ! » peut trouver son application dans nos récentes épreuves, et certains vers claquent encore sur Bazaine à travers l’histoire. Mais enfin c’est du vieux jeu, c’est du poncif tragique, c’est de l’antinaturel, de l’antivivant poussé à la dernière expression. Et n’est-il pas dans le répertoire moderne de pièce d’une portée aussi haute et dans laquelle on sente vibrer la conscience moderne ?

(Le Mot d’Ordre)

France, 1907 : Manger. Se dit aussi au figuré pour dissiper : « J’ai claqué tout mon argent. »

Quand on est de ceux qui prétendent représenter une nation, élus par la moitié des citoyens, et que de cette moitié on acheta les trois quarts, on reste à boire, au cabaret, le fond des caisses électorales, mais on a la pudeur de se taire.
Quand on chourine, pour les voler, d’humbles épargnistes, on claque leur galette en compagnie de femmes au chignon jaune, mais on ne parle pas d’honnêteté.

(Jean Grave, La Révolte)

Claquer du bec, jeûner ; imitation des cigognes, qui font claquer leur bec.

France, 1907 : Mourir.

— Elle peut traîner un mois, six semaines, comme elle peut s’en aller cette nuit, claquer ce soir, subito, sans même que tu t’en aperçoives.

(Albert Cim)

Léda la laissa débiter son boniment, puis, pressée de questions par tous, dit qu’elle ne savait rien, sinon que la femme assassinée n’était pas morte et que seul l’English était claqué.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

— L’hospice ! Non ! non ! je ne veux pas ! J’y ai été, quand j’ai eu la cuisse cassée. Y a des sœurs qui vous font dire des prières… On voit des camarades à côté de vous qui claquent… Les carabins avec leurs tabliers blancs… Non ! non ! je veux pas…

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Vendre.

Cliché (sortir son)

Rigaud, 1881 : Se répéter sans cesse, rabâcher la même histoire, donner toujours le même prétexte lorsque le prote fait une observation, — dans le jargon des typographes.

Cliché (tirer son)

Fustier, 1889 : Argot des typographes.

Quand un comipositeur fait une réplique ou un propos toujours le même, on dit : c’est un cliché. Tirer son cliché est synonyme d’avoir toujours la même raison à objecter, dire constamment la même chose.

(Typologie-Tucker, juin 1886)

Clous

Delvau, 1866 : s. m. pl. Outils, — dans l’argot des graveurs sur bois, qui confondent sous ce nom les échoppes, les burins et les gouges.

Rigaud, 1881 : Outils de graveur sur bois.

Virmaître, 1894 : Fausses clés (Argot des voleurs). V. Caroubles.

Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé dans les ateliers.
— Tu n’es qu’un clou (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Outils. Mes clous, mes outils.

France, 1907 : Outils, fausses clefs ; argot des voleurs. Petits clous, petites lettres ; argot des typographes. Lever les petits clous, composer.

Clous (petits)

Rigaud, 1881 : Caractères d’imprimerie. Lever les petits clous, c’est être typographe-paquetier. (Boutmy.)Clous, Têtes de clou. Caractères d’imprimerie très vieux, hors d’usage. — En terme de typographie, on dit d’un ouvrage mal imprimé : c’est imprimé avec des têtes de clou.

Ce papier, jauni parle temps, était de ceux dits à chandelle, dont en se sert pour imprimerà renfort de têtes de clou — ces canards qui…

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris, 1880)

Boutmy, 1883 : s. m. pl. Caractères d’imprimerie. Lever les petits clous, c’est être typographe, paquetier.

Commandite

Delvau, 1866 : s. f. Ouvriers travaillant ensemble pour le compte d’un tâcheron, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : « Association d’ouvriers pour la composition d’un travail quelconque. Les grands journaux de Paris sont, à peu d’exception près, tous faits en commandite. Les ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d’après le tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. » (Boutmy.)

Boutmy, 1883 : s. f. Association d’ouvriers pour la composition d’un travail quelconque. Les grands journaux de Paris sont, à peu d’exceptions près, tous faits en commandite. Il existe dans le public, à propos de la commandite typographique, une erreur qu’il importe de rectifier. Pour les uns, c’est le partage des bénéfices entre le patron et les ouvriers qu’il emploie ; pour d’autres, c’est l’annihilation même du patron, qui ne serait plus alors qu’un simple bailleur de fonds. La commandite n’est pas du tout cela. Un client apporte au bureau un journal quotidien à imprimer, par exemple ; le prix est débattu et fixé entre celui-ci et le maître imprimeur, ou plus ordinairement son prote, ce qui revient au même. Ce dernier désigne alors un certain nombre d’ouvriers pour exécuter le travail, seize à vingt pour les grands journaux, ou bien il charge l’un d’eux de réunir l’équipe nécessaire. Ces ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d’après le Tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. Voilà la commandite. Il y en a de deux sortes : la commandite autoritaire et égalitaire est celle au sein de laquelle chaque associé est obligé de faire un minimum de lignes déterminé, la somme gagnée étant ensuite partagée également entre tous les associés ; et la commandite au prorata, dans laquelle chacun touche d’après le travail qu’il a fait. C’est la plus juste des deux et la plus humaine : les jeunes gens et les vieillards peuvent y trouver place ; les hommes dans la force de l’âge et de l’habileté n’y perdent rien.

Virmaître, 1894 : Association d’un certain nombre d’ouvriers compositeurs pour faire un journal (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Association d’ouvriers pour entreprendre un travail.

Compositrice

Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.

Conscience

Delvau, 1866 : s. f. Travail spécial, fait à la journée au heu de l’être aux pièces. Argot des typographes. Être en conscience, ou à la conscience. Travailler à la journée.

Rigaud, 1881 : Travail à la journée, en terme de typographe. — L’atelier des typographes payés à la journée. Homme de conscience, typographe payé à la journée.

Rigaud, 1881 : Ventre, estomac. Se mettre un verre de vin sur la conscience, ingurgiter un verre de vin.

Puis quand il eut mis sur sa conscience un broc de vin blanc.

(Le Roux, Dict. comique)

Boutmy, 1883 : s. f. L’ensemble des ouvriers qui travaillent à la journée ou à l’heure, par opposition à ceux qui travaillent aux pièces.

Conscience (homme de)

France, 1907 : Ouvrier typographe qui travaille à la journée au lieu de travailler aux pièces. On dit : être en conscience ou à la conscience, pour : travailler à la journée, parce que le patron s’en rapporte à la conscience de l’ouvrier pour la quantité de travail à fournir.

Cope

Delvau, 1866 : s. f. Apocope de copie, — dans l’argot des typographes. Avoir de la cope. Avoir un manuscrit à composer.

Copie

d’Hautel, 1808 : Original sans copie. Homme bizarre, ridicule à l’extrême.

Delvau, 1866 : s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à l’imprimeur, — dans l’argot des gens de lettres, qui écrivent copiosissimè dans l’intérêt de leur copia. Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour une revue. Caner sa copie. Ne pas écrire l’article promis. Pisser de la copie. Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets. Pisseur de copie. Écrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l’étranger, de sa prose ou de ses vers.

Boutmy, 1883 : s. f. Ce qui sert de modèle au compositeur. Elle est manuscrite ou imprimée ; la copie manuscrite est, on le comprend, payée un peu plus cher que la réimpression. Au figuré, faire de la copie sur quelqu’un, c’est dire du mal de lui, en médire.

France, 1907 : Manuscrit d’un auteur. Faire de la copie, écrire un article. Caner sa copie, manquer d’exactitude dans l’envoi de ses articles. Pisser de la copie, écrire abondamment sur tous les sujets, même ceux que l’on ignore le plus.

Lorsqu’un auteur agit bien avec le compositeur, lorsqu’il se met à son niveau, lorsque sa copie, c’est-à-dire son manuscrit, est lisible, l’ouvrage sera soigné, le texte ne sera pas déparé par des contresens, des lettres retournées, des fautes de français, des mots tantôt trop écartés, tantôt trop rapprochés l’un de l’autre. Le compositeur fera même disparaître des erreurs qu’il est capable d’apercevoir et de corriger. Mais si vous affectez de la morgue à son égard, si vous le traitez du haut de votre grandeur, si votre copie n’est pas mieux écrite que celle de M. Alphonse Karr (qui semble se servir de son terre-neuvien en guise de secrétaire), si votre manuscrit est couvert de ratures, surchargé d’ajoutés, le compositeur se dégoûte et prend à tâche de mal faire.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Une génération nouvelle de reporters a grandi, dont l’ardeur d’indiscrétion ne le cède qu’à son indifférence entière pour les idées. Semblables à cet orateur qui ne pensait pas, disait-il, quand il ne parlait pas, ces jeunes gens ne pensent point, quand ils interrogent point. Leurs victimes les fournissent de copie, et ils y ajoutent les inexactitudes… C’est justement ce qu’on appelle être bien informé…

(Brunetière)

Mais applaudir aux explosions et trouver que Ravachol était dans le vrai, parce que les journaux où l’on paye refusent d’insérer votre copie, ou parce que toute l’édition d’un volume de vers est encore en magasin, cela n’est vraiment pas du tout raisonnable et passe la limite de fureur et de vengeance permise au plus exaspéré des fruits secs.

(François Coppée)

Copie sur quelqu’un (faire de là)

Rigaud, 1881 : Dire du mal de quelqu’un, dans le jargon des typographes qui savent mieux que personne que la copie des journalistes est, souvent, loin d’être à l’eau de rose.

Coquille

d’Hautel, 1808 : Vendre bien ses coquilles. Être avare, intéressé ; faire trop valoir son travail ; vendre tout au poids de l’or.
Rentrer dans sa coquille. Se retirer prudemment d’une mauvaise affaire.
On dit aussi d’un homme dont on a réprimé le caquet et les mauvais propos, qu’on l’a fait rentrer dans sa coquille.
Qui a de l’argent a des coquilles.
Pour dire qu’avec de l’argent, on se procure tout ce qui peut faire plaisir.
À qui vendez-vous vos coquilles ? Locution usitée, en parlant à des marchands, pour leur faire entendre qu’on n’est pas leurs dupes ; que l’on sait apprécier la valeur de leurs marchandises.
À peine s’il est sorti de sa coquille. Espèce de reproche que l’on adresse à un jeune rodomont, qui prend trop de familiarité avec des gens plus âgés et plus expérimentés que lui.

Delvau, 1864 : La nature de la femme — dans laquelle l’homme aime à faire entrer son petit limaçon, qui y bave tout à son aise. Con, cha ? demanderait un Auvergnat.

Et Laurette, à qui la coquille démangeait beaucoup, s’y accorda facilement.

(Ch. Sorel)

Delvau, 1866 : s. f. Lettre mise à la place d’une autre, — dans l’argot des typographes.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Assiette.

France, 1907 : Lettre ou mot mis à la place d’un autre. Il est des mots curieux, et d’autres fort désagréables pour les auteurs, qui voient leurs articles non seulement défigurés, mais rendus incompréhensibles et souvent ridicules. Un ouvrier compositeur s’est amusé, dans le Paris Vivant, à énumérer quelques-unes des espiègleries de la coquille.

Toi qu’à bon droit je qualifie
Fléau de la typographie,
Pour flétrir tes nombreux méfaits,
Ou, pour mieux dire, tes forfaits,
Il faudrait un trop gros volume,
Et qu’un Despréaux tint la plume,
S’agit-il d’un homme de bien,
Tu m’en fais un homme de rien ;
Fait-il quelque action insigne,
Ta malice la rend indigne,
Et, par toi, sa capacité
Se transforme en rapacité ;
Un cirque à de nombreux gradins,
Et tu Ie peuples de gredins ;
Parle-t-on d’un pouvoir unique,
Tu m’en fais un pouvoir inique,
Dont toutes les prescriptions
Deviennent des proscriptions…
Certain oncle hésitait à faire
Un sien neveu son légataire :
Mais il est enfin décidé…
Décidé devient décédé…
À ce prompt trésor, pour sa gloire,
Ce neveu hésite de croire,
Et même il est fier d’hésiter,
Mais tu le fais fier… d’hériter ;
A ce quiproquo qui l’outrage,
C’est vainement que son visage
S’empreint d’une vive douleur,
Je dis par toi : vive couleur ;
Plus, son émotion visible
Devient émotion risible,
Et si allait s’évanoir,
Tu le ferais s’épanouir…
Te voilà, coquille effrontée !
Ton allure devergondée
Ne respecte raison ni sens…

Dans la constitution Exurge, Domine, donnée par le pape Léon X en 1520, se trouve une coquille qui a fait bondir de nombreuses générations de dévots. Au lieu de Sauveur, Jésus-Christ y est traitée de sauteur ! Le mot saltator est imprimé dans le texte, au lieu de salvator.

Coup de feu

Delvau, 1866 : s. m. Moment de presse.

Boutmy, 1883 : s. m. Ivresse commençante. V. Barbe.

France, 1907 : Moment de presse. Se dit aussi pour commencement d’intoxication, quand l’intoxication est complète. Pour les typographes, c’est le coup de feu de société.

Coup de feu de société

Delvau, 1866 : s. m. Dernier degré de l’ivresse, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Le pinacle de la soulographie, — dans le jargon des typographes.

Coup de rifle

Delvau, 1866 : s. m. Ivresse, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Ivresse. Mot à mot : coup de feu.

France, 1907 : Ivresse.

Coupé (être)

Rigaud, 1881 : Être sans argent, — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : v. Être sans argent.

France, 1907 : Être à court d’argent, ce qui vous coupe en effet toutes choses, même les amitiés.

Cran (avoir son)

Rigaud, 1881 : Être en colère, — dans le jargon des typographes.

Crever

d’Hautel, 1808 : Mangé comme un crevé. Manger en goinfre, en glouton.
Il est crevé. Manière triviale et indécente de dire que quelqu’un est mort.
S’il pouvoit crever ! Se dit plattement et méchamment de quelqu’un dont on souhaite la mort.
Se crever de rire. Rire avec excès.
Crever d’orgueil. Avoir un orgueil insupportable.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, — à tuer, souvent. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. a. Congédier, renvoyer, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Congédier, renvoyer, — dans le jargon des typographes. — Le prote vient de me crever.

Boutmy, 1883 : v. a. Débaucher, congédier : Il a laissé sa copie en plan pendant deux jours, le prote l’a crevé. Être crevé à balle, être débauché d’une manière tout à fait définitive, sans espoir de rentrer.

La Rue, 1894 : Mourir. Échouer alors qu’on était sur le point de réussir.

Crever à tel endroit

France, 1907 : Arrêter la composition, en terme de typographie.

Cuiller à pot

Rigaud, 1881 : Grand composteur, — dans le jargon des typographes.

Rigaud, 1881 : Poing. Un coup de cuiller à pot, un coup de poing, — dans le jargon des voyous. — Trois coups de cuiller à pot et sa soupe est trempée, trois coups de poing et il en a assez.

Boutmy, 1883 : s. f. Grand composteur : il se sert d’une cuiller à pot pour composer.

Cuisine, cuisine de Journal

Rigaud, 1881 : Classement des articles, surveillance de la mise en page, en un mot tout ce qui comprend l’art d’accommoder un journal tant au point de vue littéraire qu’au point de vue typographique. — Cuisine d’art, explications précises d’un art.

Rapin aussi celui qui parle sans cesse cuisine d’art, qui explique comme quoi il obtient tel ton, en appliquant telle couleur, en frottant, en grattant, en étalant, en empâtant, etc.

(Paris-Rapin.)

Débaucher

Rigaud, 1881 : Congédier. Par opposition à embaucher, — dans le jargon des typographes. — Se débaucher, s’octroyer son congé.

Boutmy, 1883 : v. a. Congédier, renvoyer. Il a été débauché, on l’a remercié, on l’a renvoyé de l’atelier.

France, 1907 : Renvoyer, congédier. Le contraire d’embaucher.

Débiner

d’Hautel, 1808 : Décroître, aller en décadence, perdre sa fortune, son emploi, ses ressources, se laisser aller en guenilles.
Il est tout débiné. Pour dire, il a un habit tout déguenillé ; il est dans la pénurie, dans le besoin.

anon., 1827 : Parler contre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Parler contre un confrère, le dénoncer.

Bras-de-Fer, 1829 : Parler contre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Médire, calomnier.

M.D., 1844 : Mépriser.

un détenu, 1846 : Parler mal d’autrui.

Larchey, 1865 : Médire.

On le débine, on le nie, on veut le tuer.

(A. Scholl)

Delvau, 1866 : v. a. Médire, — et même calomnier. En wallon, on dit : Dibiner, pour être mal à l’aise, en langueur. Se débiner. S’injurier mutuellement.

Rigaud, 1881 : Dire du mal. — Déprécier. Mot à mot : mettre quelqu’un ou quelque chose dans la débine, l’appauvrir moralement.

Boutmy, 1883 : v. Dénigrer, dire du mal de quelqu’un. N’est pas particulier au langage typographique.

Virmaître, 1894 : Dire du mal de quelqu’un.
— Nous l’avons tellement débiné qu’il n’a pu réussir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Dire du mal de quelqu’un c’est le débiner.

Hayard, 1907 : Critiquer, (se), partir.

France, 1907 : Décrier, médire ; le plus grand plaisir des femmes, après celui de tromper leur amant ou leur mari, et la consolation des ratés.

— Je puis, deux heures d’affilée, débiner les camarades au café. Mais, dès que j’essaie de travailler, je sens que je vais mourir, je meurs, je m’éteins.

(Émile Goudeau, Le Journal)

— C’est comme ça, madame ! Par dépit ! Par jalousie ! Et elle nous débine toutes auprès de vous, et vous la croyez, vous la soutenez.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

anon., 1907 : Dire du mal de quelqu’un.

Décognoir

Rigaud, 1881 : Nez de forte taille, — dans le jargon des typographes. Au propre, en terme de métier, on nomme « décognoir » le morceau de bois dont on fait usage pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes.

Boutmy, 1883 : s. m. Morceau de bois dur, long de 18 à 20 centimètres, aminci par un bout, employé pour chasser les coins avec lesquels on serre les formes. Au fig. Nez. Pourquoi appelle-t-on un gros nez un décognoir ? Sans doute à cause de l’analogie de forme.

France, 1907 : Nez. Le décognoir est, en terme d’imprimerie, un morceau de bois dont une des extrémités est amincie et qui sert à chasser les coins.

Derrière le poêle chez Cosson

France, 1907 : « Phrase de l’argot des typographes, qui la mettent à toutes sauces et l’emploient surtout lorsqu’il ne leur plaît pas de répondre à une question. N’importe ce qu’on leur demande, ils vous renvoient toujours là. L’expression sort de l’imprimerie Cosson, et du patron est descendue aux ouvriers. »

(Delvau)

Dessaler

d’Hautel, 1808 : Terme typographique qui signifie s’acquitter, remplir la tâche dont on a touché le montant d’avance ; se mettre au courant de son ouvrage. Voy. Saler.
Un dessalé. Pour dire un finot, un luron alerte et éveillé ; un gaillard auquel on n’en fait pas accroire.

Rigaud, 1881 : Noyer. Dessaler le client à la faux, noyer quelqu’un après l’avoir volé.

France, 1907 : Noyer quelqu’un, d’où l’appellation de dessalés aux noyés que l’on retire de l’eau.

France, 1907 : S’acquitter.

Dessaler (se)

Larchey, 1865 : Boire.

Delvau, 1866 : v. Boire le vin blanc du matin, — dans l’argot des faubouriens, qui dorment volontiers salé, comme Gargantua.

Rigaud, 1881 : Boire, — dans le jargon des voyous. — Viens-tu nous dessaler ?

Rigaud, 1881 : S’acquitter d’une avance faite, — dans le jargon des typographes. C’est mot à mot : restituer son salé. Les avances d’argent ont reçu le nom de salé, par abréviation de salaire.

Rigaud, 1881 : Tomber malade, — dans le jargon des voleurs. Allusion aux conserves qui s’amollissent lorsqu’elles perdent leur sel.

Boutmy, 1883 : v. pr. S’acquitter, se mettre au pair, quand on a compté par avance une composition qui n’était pas faite. V. Salé.

France, 1907 : Boire le petit verre de vin blanc matinal qui dessale le gosier, ou se rendre malade.

Dictionnaire Verdier

Delvau, 1866 : s. m. Lexique fantastique, — dans l’argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu’un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement.

France, 1907 : « Lexique fantastique dans l’argot des typographes, qui y font allusion chaque fois qu’un de leurs compagnons parle mal ou orthographie défectueusement. »

(Alfred Delvau)

Doublon

Rigaud, 1881 : Répétition du même mot ou de la même phrase, — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Répétition du même mot, du même membre de phrase ou de la même phrase de la copie. Cette répétition, due au manque d’attention de l’ouvrier, a pour lui les mêmes inconvénients que le bourdon et exige souvent un remaniement.

Douillard

Delvau, 1866 : s. m. Homme riche, fourni de douille. Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.

Virmaître, 1894 : Peut s’entendre de deux manières. Clovis Hugues a beaucoup de douilles (cheveux). Rothschild a beaucoup de douilles (argent) (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui a des douilles (cheveux).

Hayard, 1907 : Ennuyeux (arg. typo).

Hayard, 1907 : Riche ; personne, travail ennuyeux.

France, 1907 : Richard, ou homme chevelu.

Je suis un pauvre bougre et je m’en contrefiche,
Ça doit être souvent emmiellant d’être riche,
D’abord, dès sa jeunesse, ayant toujours été
Un douillard, être pris par la satiété,
Et comme on peut avoir tout ce que l’on désire,
S’apercevoir qu’en soi le désir même expire,
Et que dans votre cœur lassé, blasé de tout,
Il ne vous reste rien qu’un immense dégoût…

(André Gill)

Dur (être dans son)

Rigaud, 1881 : Être très assidu à l’ouvrage, être dans le feu du travail. (Argot des typographes).

Boutmy, 1883 : v. Travailler avec une ardeur sans pareille. En général, c’est dans la semaine du batiau, quelques jours avant la remise du bordereau, que les ouvriers sont dans leur dur.

France, 1907 : Travailler avec ardeur ; argot des typographes.

Le compositeur est aux pièces, il n’est rétribué qu’en proportion de sa tâche, et son gain dépend de son assiduité. Ordinairement, lorsqu’il a des dettes, il travaille quelque temps avec ardeur et sans se déranger : c’est ce qu’il appelle être dans son dur.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Écoper

Delvau, 1866 : v. n. Boire, — dans l’argot des typographes.

Delvau, 1866 : v. n. Recevoir des coups, — dans l’argot des gamins.

Rigaud, 1881 : Boire, — dans le jargon des typographes.

Rigaud, 1881 : Recevoir. — Recevoir un coup, se heurter.

On se rencontre dans la rue, on se saute dessus, on se tape, il y en a un qui écope.

(A. Bouvier, Mademoiselle Beau-Sourire, 1880)

Merlin, 1888 : Être puni, ou battu.

La Rue, 1894 : Être victime. Boire. Écoper la centrouse, être condamné à la centrale.

France, 1907 : Boire ; d’écope, petite soucoupe profonde.

France, 1907 : Recevoir des coups, ou, dans l’argot militaire, une punition.

Au coup de midi, l’officier de semaine Mousseret, — un petit, tout petit sous-lieutenant sorti quelques mois auparavant de l’école, — donna ordre de faire rassembler. Il dit qu’on allait procéder à l’appel des réservistes, et que les retardataires écoperaient de quatre jours.

(Georges Courteline)

Écoper se dit aussi dans le sens d’attraper : écouper une contravention. Écoper la centrousse, être condamné à une prison centrale.

Chaque soir, quand il n’y voyait plus, le peintre Bonvin coiffait un chapeau plus que mou, bourrait et allumait sa pipe, et s’en allait, en vareuse et en galoches, à la gare de Sceaux, où il achetait régulièrement son journal.
Un soir, il arrive au moment où sortent les voyageurs d’un train, une dame l’aperçoit, lui place une valise dans les bras, et en route. Bonvin suit respectueusement à trois pas. Enfin, la dame s’arrête devant un petit hôtel, reprend sa valise et tend une pièce blanche à l’artiste, qui refuse.
— Est-ce que vous n’êtes pas médaillé ? lui demande la dame.
— Hélas ! madame, je n’ai que des médailles de peinture. Et, si un agent passait, ça ne m’empêcherait pas d’écoper une bonne contravention !
Combien de peintres ayant pignon sur rue et rentes sur l’État sont loin de cette bonne humeur !

(Théodore Massiac)

— Ce qu’il nous faut ? Je le sais bien, et je vais vous le dire. Une bonne petite paroisse avec pas trop de dévotes. Les dévotes ça ne vaut rien. Ça ne pense qu’à se fourrer dans les jambes du curé. De là propos, jalousies, médisances, un tas de vilaines histoires, jusqu’à ce qu’un beau jour, patatras, le pauvre monsieur écope. Si vous voulez m’en croire, nous nous arrangerons dans notre nouvelle paroisse à ne pas nous laisser envahir par cette vermine.

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Embarber

d’Hautel, 1808 : S’embarber. Prendre la barbe. Terme bachico-typographique, qui signifie faire débauche de vin ; se griser à perdre la raison.

La Rue, 1894 : Entrer, rentrer. Cerner.

Rossignol, 1901 : Entrer, pénétrer.

France, 1907 : Cerner.

France, 1907 : Entrer.

Enfoncer

Larchey, 1865 : « Lorsqu’on réussit à perdre un journal à force de le décrier, ou un théâtre à force de blâmes, cela s’appelle enfoncer la feuille rivale ou le théâtre ennemi. »

(Biogr. des Journalistes, 1826)

Larchey, 1865 : Dominer.

Vous n’êtes pas de force au piquet ; je vous enfonce.

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Duper.

Il m’apprenait la vie qu’il fallait mener pour ne pas être enfoncé.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Tromper, faire fort, duper. Signifie aussi Surpasser.

Rigaud, 1881 : Tromper.

Papa vous a bien enfoncé dans l’affaire des suifs.

(Gavarni)

Surpasser, être supérieur à.

Une telle imitation du vent enfonce cruellement les fameuses gammes chromatiques de la Pastorale de Beethoven.

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.)

Rossignol, 1901 : Tromper quelqu’un est l’enfoncer, synonyme de enturer.

Rossignol, 1901 : Voir appuyer.

France, 1907 : Tromper, duper, surpasser.

S’il quitte fréquemment son ouvrage, c’est pour régaler un ami ; s’il passe des journées entières entre les cartes et la bouteille, c’est pour ne pas se séparer de ses amis ; s’il met toute son attention à diriger une queue de billard, c’est pour enfoncer un ami.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Équipe

Delvau, 1866 : s. f. Les ouvriers qui composent une commandite, — dans l’argot des typographes.

Boutmy, 1883 : s. f. Réunion d’ouvriers pour composer un journal quotidien. Personnel nécessaire pour le fonctionnement d’une presse mécanique.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique