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Castor

Larchey, 1865 : Officier de marine qui évite les embarquements. — Le castor bâtit volontiers sur le rivage.

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau d’homme ou de femme, en feutre ou en soie, en tulle ou en paille, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie pas cette expression précisément en bonne part.

France, 1907 : Nom donné vers 1820 aux filles qui fréquentaient les galeries du Palais-Royal. Il y avait, suivant le prix que se cotaient ces dames, les demi-castors et les castors fins.

Vous savez que Paris, comme toutes les grandes villes, renferme un nombre considérable de malheureuses demandant au vice leurs moyens d’existence… je laisse de côté les hautes notoriétés du turf de la galanterie et leurs émules qu’on nomme, dans le langage imagé du boulevard, les « demi-castors »… Nous avons pour ces personnalités attrayantes, j’en contiens, du Paris élégant, des indulgences spéciales…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

France, 1907 : Officier de terre ou de mer qui s’embusque dans un poste pour en bouger le moins possible.

Il faut une longue série de mauvaises fortunes et de vexations intérieures pour que l’officier de marine prenne tout à fait la navigation en horreur et mette son habileté à se ranger dans la classe des castors. L’on qualifie ainsi plaisamment celui qui, une fois parvenu à saisir un poste sédentaire, s’y cramponne de toutes ses forces et renonce pour jamais à l’Océan…

(G. de la Landelle, Les Gens de mer)

Faire les cent coups

France, 1907 : Se livrer à toutes sortes d’excès ou de folies ; jeter sa gourme.

— Nous sommes des honnêtes gens, ici. Oui, comparativement à lui, nous sommes des honnêtes gens. Et parce qu’il vient, dans ta boutique à toi, et dans mon hôtel à moi des voyous, des escarpes et des bourgeois en redingote, des fourrures au cou, qui font du mal à des petites filles dont les mères ont faim, je dis tout de même que c’est plus honnête ici que chez lui ! Il que doit trois cent mille francs, qu’il m’a volés ! et il ne croyait pas un mot des choses dont je le payais pour qu’il les dit ! et il trouvait drôle d’être un menteur, un voleur et une crapule ! Vraiment, c’est bien, qu’une fille comme moi, qu’une garce comme moi, qu’une rouleuse comme moi, qui a fait les cent coups, qui n’a jamais rien aimé de beau, ni de bien, — ah ! je me connais, allez ! je sais ce que je vaux ! — puisse dire ça à cet ignoble journaliste, qui n’a rien à y répondre !

(Catulle Mendès, Gog)

On dit aussi dans le même sens : faire les cent dix-neuf coups :

Faites le diable à quatre, faites les cent dix-neuf coups… vous aurez de l’argent, et l’argent, dans notre siècle, il n’y a que ça !… On s’en fiche de la vertu ; la pauvreté, on la méprise…

(J. Patrice)

Fouiller (se)

Delvau, 1866 : Chercher inutilement, — dans l’argot des faubouriens, qui n’emploient ce verbe que dans cette phrase : Tu peux te fouiller. C’est-à-dire : Tout ce que tu diras et feras sera inutile.

France, 1907 : Chercher inutilement, attendre en vain. « Tu peux te fouiller, tu n’obtiendras rien. »

Le caporal, qui ne décolérait pas, me déclara que, pour la soupe, je pouvais me fouiller. La menace me fit peu d’effet. Je m’étendis sur le carreau, la tête appuyée sur mon sac, mangeant un morceau de pain qui me semblait délicieux.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

— Vous savez., l’abbé, si c’est pour de l’argent, vous pouvez vous fouiller ! Plus rien dans mes poches, ni dans celles des abonnés. N’espérez pas même une note pour une couturière à la journée suffisant seule par son travail à l’éducation de douze gosses ! Vous en ai-je assez fourré, des cinq louis, et des vingt-cinq louis ! Ah çà ! qu’est-ce que vous en fichez, de l’argent ? Ça n’est pas à nourrir vos moutards que vous l’employez, non ! ils crèvent de faim, ils finiront par se manger les uns les autres. Si vous en faites des missionnaires, c’est eux qui apprendront l’anthropophagie aux noirs.

(Catulle Mendès, Gog)

Fressure

Delvau, 1864 : Le siège des désirs amoureux, la nature de la femme.

De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparait.

(La Fontaine)

Delvau, 1866 : s. f. Le cœur et ses dépendances, siège des désirs, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait La fontaine :

Telle censure
Ne fut si sûre
Qu’elle espéroit ;
De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparoit.

France, 1907 : Cœur, le siège des passions.

De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparait.

(La Fontaine)

Vous pensez si je me sens la fressure chatouillée d’appréhension à l’idée de tous les grands hommes que je vais rencontrer dans cette promenade où il y a de si beaux arbres, et qui ne manqueront pas de me faire de la morale touchant la vie que je menai sur la terre où ils furent vertueux !

(Catulle Mendès)

Garce

d’Hautel, 1808 : Mot déshonnête et insultant que l’on ne donne qu’à une fille ou femme de mauvaise vie.

Delvau, 1864 : Mot qui, dans le vieux langage, a signifié fille pucelle, et qui, dans le langage moderne, signifie tout le contraire.

Car il n’aſſiert à garces diffamées,
User des droits de vierges bien famées.

(Cl. Marot)

Allons, la garce, haut la quille !
Mon vit est crânement drissé.

(A. Karr)

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers la compagnie des hommes, — surtout quand ils sont riches. Un mot charmant de notre vieux langage, que l’usage a défloré et couvert de boue. Il n’y a plus aujourd’hui que les paysans qui osent dire d’une jeune fille chaste : « C’est une belle garce. » S’emploie fréquemment avec de, à propos des choses.

France, 1907 : Fille nubile ; féminin de gars, auquel l’imbécillité populaire a attribué un sens injurieux.

Le mâle est gars à quatorze ans, et la femelle est garce à douze.

(Montfaucon)

— Il me faut bien avouer que j’y fus garce au-delà même de tout ce qu’il est possible ! Il n’est amant que je ne me souvienne d’avoir trompé, soit que pour m’y résoudre celui-ci me donnât un écu, ou celui-là un nœud à mettre au chignon, ou un autre rien du tout, mais il avait de noires moustaches touffues sur de belles rouges lèvres !…

(Catulle Mendès, Le Journal)

— Oh ! pourtant je vous jure bien que je n’l’aurais pas pris si je n’l’avais pas aimé. Et puis, tu m’app’lais garce toujours… Voilà tout, que j’vous dis… J’aurais p’tê’te été autrement si on m’avait appris… Maintenant, quoi ?… j’suis perdue… vous m’maudissez… j’ai voulu être… un peu heureuse, moi, j’en avais bien le droit.

(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)

Garçonnière

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris. Fille qui a des mœurs irrégulières, et qui aime à fréquenter les garçons.

Delvau, 1866 : adj. et s. Fille qui oublie son sexe en jouant avec des garçons qui profitent de cet oubli.

France, 1907 : Appartement de garçon où les femmes sont généralement bien reçues.

Aline maintenant allait trois ou quatre fois la semaine faire visite au commis-voyageur, dans la garçonnière qu’il occupait à un cinquième étage du quai des Grands-Augustins. Il avait là deux gentilles pièces très claires, très gaies, coquettement meublées, l’une en chambre à coucher, l’autre on salle à manger, salon et fumoir.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

L’épouse qui, prise en l’ornière
Des vertus, arrive dernière
Aux fêtes de la garçonnière.

(Catulle Mendès)

Et quand les sèves printanières
Mettent des baisers dans les nids,
On pleure au fond des garçonnières :
Les hivers d’amour sont finis !

(Jacques Rédelsperger)

Madame est comme une mégère,
Car elle songe avec ennui
Que la petite garçonnière
Ne la verra pas aujourd’hui.

France, 1907 : Fille qui se plaît dans la compagnie des garçons. « Toute fille est plus ou moins garçonnière. »

Gogo

d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à gogo. Pour avoir abondamment tout ce que l’on peut désirer ; être très à son aise ; être à même de se procurer les jouissances de la vie.

Larchey, 1865 : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui…Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet.

C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce.

(E. Sue)

Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende.

(F. Deriège)

Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses, — chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire. À propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route, — parce qu’ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L’un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie : l’autre trouve gogo dans François Villon et n’hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu’il a aujourd’hui. Pourquoi, au lieu d’aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l’on promet qu’ils auront tout à gogo ? Ce mot « du moyen âge » date de 1830-1835.

Rigaud, 1881 : Niais, nigaud ; abréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l’ont, par raillerie, employé comme synonyme d’actionnaire. C’est le nom d’un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.

La Rue, 1894 : Niais, dupe.

France, 1907 : Homme crédule, dupe, proie des gens d’affaires et des lanceurs d’affaires ; du vieux français gogaille, sottise, simplicité, « Paris est peuplée de gogos. » M. Gogo est un personnage de Robert Macaire et passa dans la circulation à l’époque de la grande vogue de cette pièce, c’est-à-dire de 1830 à 1835, mais le mot existait déjà depuis longtemps, puisqu’on le trouve dans une ballade de François Villon, où, raconte-t-il, la grosse Margot,

Riant, m’assit le poing sur le sommet,
Gogo me dit, et me lâche un gros pet.

En 1844, Paul de Kock donna un roman sous le titre : La Famille Gogo, et sous le même titre, en 1859, un vaudeville en cinq actes.

Avez-vous vu jouer Robert Macaire ? ou avez-vous lu ? Car il y a, sous des titres divers, Robert Macaire, pièce, et Robert Macaire, roman. Avant même que l’inventeur de cette extraordinaire et féroce bouffonnerie, inventeur resté mystérieux, — je ne m’en tiens pas aux auteurs qu’affirmait l’affiche ou la couverture, et, en tout cas, ils ont eu pour collaborateur quelqu’un qui avait plus de génie que Benjamin Entier et même que Frédérick-Lemaître. M. Tout-le-Monde ! — avant même que cette atroce farce eût popularisé Gogo, le type, sous d’autres noms, en était banal au théâtre ; car la bêtise crédule est une des formes éternelles de l’humanité. Les dieux le savent bien, et les financiers aussi.

(Catulle Mendès)

Vers minuit, la partie commençait à devenir sérieuse ; à peine si la rumeur du boulevard produisait une légère émotion parmi les membres présents, pour la plupart desquels le mot de patrie n’existe pas, car la patrie pour eux, c’était le pays où l’on peut, le plus impunément, détrousser le gogo d’une façon quelconque.

(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)

Attaquer une diligence,
En ce temps de chemins de fer,
Impossible. On met, c’est moins cher
Monsieur Gege dans l’indigence,
On pousse d’infectes valeurs,
Des métaux on annonce l’ère…
C’est bien mesquin. Tout dégénère
Aujourd’hui, — même les voleurs.

(Don Caprice, Gil Blas)

Les aventures d’Arton, aussi bien dans le monde de la finance que dans le monde galant, sont banales, et mille Parisiens les ont vécues. Seulement, lui les a vécues toutes ensemble. Il brassait les affaires comme il embrassait ses maîtresses, vingt-deux à la fois. Ce fut un type. Il a sombré — tandis que plusieurs de ses collègues en escroquerie, plusieurs de ceux qui, dans cette gigantesque odyssée du Panama, se sont enrichis avec la bonne galette des gogos, tiennent aujourd’hui le haut du pavé, font de la poussière, commanditent celui-ci, asservissent celui-là, bavardent avec les ministres et consentent à ce que certains députés et certains journalistes ramassent les miettes de leur table.

(Pédrille, L’intransigeant)

Goton

France, 1907 : Abréviation de Margoton ; fille vulgaires, malpropre et de mœurs relâchées.

— Je ne vois qu’une chose, c’est qu’un garçon qui court les bastringues et les gotons ne risque que ses deux oreilles, tandis qu’une fille, en voulant agir comme lui, s’expose à en rapporter quatre au logis, d’oreilles.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Les deux brutes se collètent et se culbutent dans le sable. Leurs muscles craquent !
Maintenant, le maigre est dessous. Le gros, pour décrocher la victoire, allonge la patte entre les cuisses de l’adversaire : il guigne les parties sexuelles… Veine ! S’il réussissait, ce serait le triomphe certain !
Et tous les pleins-de-truffe et les gotons, de jubiler au spectacle sinistre. Ça leur donne des émotions pas ordinaires… Une castration est opération rare et savoureuse.

(La Sociale)

On écrit quelquefois, mais à tort, gothon.

Or, partout, j’ai vu que les verres,
Tout larges qu’ils sont, ont un fond,
Que le sourire des chimères
Voile un ricanement profond ;
Que la plus belle des Lisettes
Finit par tourner en gothon ;
Qu’on se dégrise des grisettes
Comme on se blase du flacon.

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

Pleins de pudeur, nous constatons
Qu’au théâtre quelques gothons
Montrent leurs cuiss’s et leurs tétons.

(Catulle Mendès, Le Journal)

Greluchon

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; nom que l’on donne à un homme qui se laisse entretenir par une femme qui a plusieurs amans.

Delvau, 1864 : Homme qui tient le milieu entre l’amant de cœur et le monsieur, entre celui qui paie et celui qui est payé.

Delvau, 1866 : s. m. Amant de cœur, — dans l’argot des gens de lettres qui ont lu le Colporteur de Chevrier, et connaissent un peu les mœurs parisiennes du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Jeune niais, oisif ne s’occupant que de toilette et de plaisirs (1855).

Ces créatures attirent nécessairement une nuée de jeunes lions, de greluchons aimables, etc.

(Paris-Faublas)

Autrefois greluchon avait le sens de souteneur, jeune souteneur.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique ou d’une femme entretenue par un autre. De grelu, pauvre. Les femmes invoquaient jadis un saint Greluchon pour devenir fécondes, et lui brûlaient des cierges.
On dit à tort guerluchon.

Mon aimable moitié m’aimoit très tendrement,
Et me garda deux mois la foi fidèlement,
Ensuite, me planta fort proprement des cornes :
Sitôt que je le sçus, ma fureur fut sans bornes,
Je voulus la tuer, elle et son greluchon ;
Il n’étoit plus, ma foi, de charmante Michon.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

D’une résurrection de plaisir, elle titilla des paupières, la lèvre moins sèche, la langue, hors des dents, retroussée. Mais, à la fois, tant de subtile expérience n’était pas sans lui causer quelque alarme ; il fallait qu’il lui parût bien homme du monde, pour qu’elle ne le soupçonnât point greluchon.

(Catulle Mendès, Gog)

Je ne sommes pas de ces grisettes
Qu’avont quantité d’amourettes,
Ni de ces donzelles à bichons
Qui soutenont des greluchons !

(Vadé, Le Déjeuner de la Râpée)

Là, chaque soir, accourent tout guillerets les Lovelaces de la garnison et les greluchons des casernes, moustache cirée, cœur en croc, képi sur l’oreille, jasmin dans le mouchoir, poing sur la hanche et l’œil en coulisse.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Hurluberlutisme

France, 1907 : Dérangement d’esprit, excentricité ; néologisme dérivé d’hurluberlu, qui vient lui-même du vieux français hurlet, fou.

D’ailleurs, comme le roi David, — avec moins de lyrisme, — il sentait deux hommes en lui : Duval, modéré, paisible, casanier, aussi incapables d’un crime que d’un chef-d’œuvre, — la limace, — s’en fût volontiers tenu à un métier unique, de tout repos, qui aurait rapporté quelque chose, pas trop, assez ; mais Pineu ne laissait pas d’avoir quelque fantaisie papillonnante. Pineu poussait la sottise jusqu’à un peu d’hurluberlutisme, Duval jusqu’à l’imbécillité parfaite ; c’est Duval qui faisait les pièces.

(Catulle Mendès)

In medio stat imbecillitas

France, 1907 : Les imbéciles se tiennent dans les milieux. Locution latine qui contredit cette autre : In medio stat virtus, la vertu se tient dans un juste milieu ; autrement dit, la raison est éloignée des extrêmes.

Personnellement, je ne saurais trop approuver que l’on traite d’apothicaires les gens modérés, prudents, aimables d’ailleurs, qui n’osent se ruer ni à droite ni à gauche, — in medio stat imbecillitas — et mon amour de l’excessif, dans la beauté, jusqu’au sublime, dans la grandeur, jusqu’au colossal, dans l’amour, jusqu’à la passion, dans la grâce, jusqu’à l’afféterie, dans le comique, jusqu’a la farce, mon amour, bref, de l’excès en tout ne m’incline que fort peu à m’enchanter d’un ouvrage si dépourvu de toute espèce d’exubérance, si continent, si discret, où rien ne choque !

(Catulle Mendès)

Jacqueter, jacter

France, 1907 : Parler, bavarder.

Donc, à l’époque, on parlait d’un tas de choses… Turellement, les idées n’étaient pas aussi avancées qu’aujourd’hui. Dans les ateliers, on jacquetait, et pas mal de pauvres bougres traitaient de loufoques les copains qui parlaient de la journée de huit heures.
Faut voir ce qu’on rigolait du zigue qui gobait que huit heures de turbin c’est assez pour un ouvrier, — il était tout au plus bon à foutre à Charenton…

(Le Père Peinard)

La véritable orthographe est jacter, puisque le mot vient du latin jactare, vanter.
Il signifie aussi prier.

Sainte Lariemuche, jacte pour nosorgues !
Sainte daronne du Dabuche,
Daronne très larepoque,
Daronne gironde,
Daronne épatante,
Marmite remplie des thunes de la Sainte-Essence,
Jacte pour nosorgues,
Casserole très bat,
Cafetière rupine de la vraie ratichonnerie,
Turne de toc,
Jacte pour nosorgues,
Lourde de tielcème,
Dabuche des vieux gonzes,
Dabuche des ratichons,
Jacte pour nosorgues !
Morne du grand Dabe qui nettoie les léchés du pé du londemuche, lardonne pème à nosorgues, Dabuche !

(Catulle Mendès, Gog)

Jeudis (semaine des quatre)

France, 1907 : Semaine qui ne vient jamais. « Je te donnerai cela la semaine les quatre jeudis », autrement dit : Je ne te le donnerai jamais.

Pourquoi : des quatre jeudis ? Parce que jamais elle ne fait rien en son temps, se hâte de tout promettre, se hâte bien plus de ne rien tenir, et, en effet, se montre la plus étourdie des petites personnes qui manquent rarement, les matins, de mettre à leur pied droit leur soulier du pied gauche, et, voulant se mirer, tournent vers le miroir, au lieu de leur petite face, leur petite fesse. Ce n’est pas moins joli.

(Catulle Mendès, Le Journal)

Lapin

d’Hautel, 1808 : Un lapin ferré. Nom burlesque que le peuple donne à un cheval.
Il trotte comme un lapin. Se dit de quelqu’un qui met une grande promptitude dans ses courses.
On dit par dérision d’une femme qui fait beaucoup d’enfans, que c’est une lapine.

Larchey, 1865 : Apprenti compagnon.

Pour être compagnon, tu seras lapin ou apprenti.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Bon compagnon.

Ils ont appelé dans leurs rangs Cent lapins quasi de ma force.

(Festeau)

C’est un fameux lapin, il a tué plus de Russes et de Prussiens qu’il n’a de dents dans la bouche.

(Ricard)

L’homme qui me rendra rêveuse pourra se vanter d’être un rude lapin.

(Gavarni)

Au collège, on appelle lapins des libertins en herbe, pour lesquels Tissot eût pu écrire un nouveau Traité. Lapin a aussi sa signification dans le monde des messageries.

et puis le jeune homme était un lapin, c’est-à-dire qu’il avait place sur le devant, a côté du cocher.

(Couailhac)

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti compagnon, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. m. Camarade de lit, — dans l’argot des écoliers, qui aiment à coucher seuls. On sait quel était le lapin d’Encolpe, dans le Satyricon de Pétrone.

Delvau, 1866 : s. m. Homme solide de cœur et d’épaules, — dans l’argot du peuple. Fameux lapin. Robuste compagnon, à qui rien ne fait peur, ni les coups de fusil quand il est soldat, ni la misère quand il est ouvrier.

Rigaud, 1881 : Voyageur, — dans le jargon des conducteurs d’omnibus. — En lapin, placé sur le siège d’une voiture, à côté du cocher.

La Rue, 1894 : Voyageur d’omnibus. Fameux compagnon. Lapin ferré gendarme à cheval. Poser un lapin, abuser de la confiance d’une fille en oubliant de la payer, ou bien donner un rendez-vous galant à une femme et ne pas s’y rendre.

Rossignol, 1901 : Connu des conducteurs d’omnibus qui en étouffent le plus possible ; si ce n’est pas une grosse affaire pour le dividende des actionnaires de la compagnie, c’est toujours une augmentation de salaire pour le lapineur. Chaque voyageur qui n’est pas sonné au cadran par le conducteur, c’est pour celui-ci 30 centimes de gain, et un lapin pour la compagnie. J’en ai connu un qui trouvait que ce système n’allait pas assez vite : il avait deux clés et avant d’arriver à la tête de ligne, il descendait le cadran de vingt ou trente places. Il y a aussi le lapin pour le cocher de maison bourgeoise : c’est lorsqu’il prend un client pour une petite course pendant que son maître est au cercle ou ou en visite.

Rossignol, 1901 : Homme fort, courageux. Sans doute pour faire allusion aux quarante lapins du capitaine Lelièvre, qui tinrent à Mazagran tête pendant plusieurs jours à des milliers d’Arabes. C’est à la suite de ce fait d’armes que les zéphirs ont été autorisés a porter la moustache.

Rossignol, 1901 : Promettre une chose et ne pas la tenir est poser un lapin. Un homme qui promet de l’argent à une femme et qui ne lui en donne pas lui pose un lapin.

France, 1907 : Enfant ou adolescent vicieux qui remplit dans les collèges le rôle des mignons de Henri III ou celui d’Alcibiade près de Socrate. Corruption du vieux mot lespin, prostitué, giton. Dans le Satyricon de Pétrone, on trouve le type d’un joli lapin.

France, 1907 : Individu qui s’offre gratuitement les faveurs d’une fille galante, l’ennemi intime du chameau, dit la Vie Parisienne. On a dit de l’une de ces dames :

Adore le clicquot, très bonne fille, air mièvre,
Mais ne dînerait que de pain
Plutôt que de manger du civet ou du lièvre,
Tant elle à l’horreur du lapin.

Ab una disce omnes.

— Filou ! rasta ! lapin ! Parbleu, je m’en étais doutée. Tu étais trop malin au lit ! Mais, voyez un peu, ça se promène dans les bals, ça reluque les femmes, ça a des bagues au doigt, ça offre à souper, — à l’œil, je parie ! tu es sorti pour parler au maître d’hôtel ! — ça promet des cinq louis, ça laisse sur la cheminée des albums avec des princes et des rois… et ça n’a pas de quoi payer ses chapeaux !

(Catulle Mendès, Gog)

Luce de B…, qui vient de s’installer très luxueusement sur les grands boulevards, a baptisé l’une des pièces de son appartement du nom de « Salon de l’affichage ».
En lettres d’or sont inscrits, dans un tableau spécial, les noms de tous ces grelotteux qui passent, à tort ou à raison, pour des lapins.

(Gil Blas)

France, 1907 : Luron, homme fort ou courageux, solide et vaillant gaillard. On disait autrefois vieux lapin. Plus un lapin avance en âge, dit le Dictionnaire des Ménages, plus il augmente en chair, en peau et en poil. De là l’expression vulgaire par laquelle on désigne un homme fort et solide, en disant : « C’est un vieux lapin. » Après la défense de Mazagran, du 2 au 6 février 1840, où 123 hommes des compagnies légères d’Afrique, commandés par le capitaine Lelièvre, défendirent le fort contre 12,000 Arabes, l’on dit que Lelièvre avait sous ses ordres de fameux lapins.

On ne voit pas bien ce que la France, par exemple, a gagné à ce que les vieux lapins de l’Empire aient semé leurs germes triomphants chez les peuples vaincus de l’Iliade napoléonienne, car, de ses germes, quelques-uns ont pris, soit en Allemagne, soit en Italie, — Stendhal, là-dessus, est formel — et nous avons des frères et des cousins dans les armées de la Triplice.

(Émile Bergerat)

— Eh bien ! reprit Hulot, qui possédait éminemment l’art de parler la langue pittoresque du soldat, il ne faut pas que de bons lapins comme nous se laissent embêter par des chouans, et il y en a ici ou je ne me nomme pas Hulot. Vous allez, à vous quatre, battre les deux côtés de cette route… Tâchez de ne pas descendre la garde, et éclairez-moi cela vivement.

(Balzac, Les Chouans)

Par derrière un bois de sapins,
On installe souvent la cible ;
Ce qui n’empêch’ pas qu’on la crible
Par-dessus le bois de sapins.
Nous sommes de fameux lapins !
C’est l’tir pratiqu’, car à la guerre
Nos enn’mis ne s’montreront guère,
Nous sommes de fameux lapins !

(Capitaine Du Fresnel, Chants militaires, chansons de route et refrains de bivouac)

France, 1907 : Maître de dessin à l’École polytechnique.

France, 1907 : Voyageur supplémentaire que prennent les conducteurs de diligence ou d’omnibus. C’était, en terme de messagerie, toute place ou tout port d’article perçu en fraude par le conducteur au détriment de son administration. De là l’expression poser un lapin.

Lessive

d’Hautel, 1808 : Faire la lessive du gascon. Voyez Gascon.

Delvau, 1866 : s. f. Perte, — dans l’argot des joueurs.

Delvau, 1866 : s. f. Plaidoirie, — tout avocat ayant pour mission de blanchir ses clients, fussent-ils nègres comme Lacenaire, ce Toussaint-Louverture de la Cour d’assises.

Delvau, 1866 : s. f. Vente à perte, de meubles, de vêtements ou de livres, — dans l’argot des bohèmes et des lorettes. Faire sa lessive. Se débarrasser au profit des bouquinistes, des livres envoyés par les éditeurs ou par les auteurs, — dans l’argot des bibliopoles, qui n’en enlèvent pas assez souvent les ex-dono.

France, 1907 : Café faible comme le font certaines bourgeoises économes. On l’appelle aussi roupie de singe ou jus de chapeau.
Coulez-vous la lessive ?
Payez-vous le café ?

France, 1907 : Plaidoirie.

France, 1907 : Renvoi d’un certain nombre d’employés, épuration d’un personnel.

On a fait beaucoup de tapage à l’occasion de certaines irrégularités qui ont motivé une lessive à la Préfecture, lessive qui a porté surtout sur le service de la Sûreté.
On eût peut-être au plus sagement en faisant, comme on dit, cette lessive « en famille ». Et puis, le tapage qu’on y a fait servira-t-il à quelque chose ? J’ai bien peur que non.

(Mémoires d’un Inspecteur de la Sûreté)

France, 1907 : Vente au rabais de ses effets. Faire sa lessive, vendre les livres envoyés par les auteurs.

Catulle Mendès fait de temps à autre la lessive de sa bibliothèque.

Levée

Rigaud, 1881 : Arrestation de filles publiques ; râfle opérée par la police sur les boulevards, dans les cafés, dans les hôtels garnis, chaque fois que le flot de la prostitution menace de monter trop haut.

France, 1907 : Se dit d’une femme retenue, engagée pour l’œuvre de chair.

Dans un bal costumé du demi-monde, un jeune copurchic s’approche d’une délicieuse créature dont le galant déguisement de page met de plantureuses formes en relief et lui parle éloquemment de l’ardeur des feux que cette vue vient d’allumer.
— Vous perdez votre temps, mon cher, minaude la gente horizontale, en repoussant doucement de téméraire, la levée est faite.

— Alors, l’union libre ?
— Mais oui.
— Et, ensuite, l’éperduement vers d’autres unions libres ?
— Parfaitement.
— Pas d’hymen ?
— Si fait, jusqu’au jour où il n’y a plus d’hymen consenti par le couple hyménéen.
— Mais le devoir conjugal ?
— Un devoir lui est supérieur : le devoir d’amour.
— Elles seraient donc dans leur droit, les filles qui rôdent dans les promenoirs des music halls ?
— Oui, si, à leur espoir de la nécessaire rétribution qu’exigent les marchandes à la toilette et les loueuses de garnis, elles joignaient la joie de leurs lèvres à des levées.
— C’est aller loin !
— Non pas. Même immonde, l’amour libre vaut mieux que, même honnête, l’amour esclave. Et, quoi qu’elle fasse, de quelque façon qu’il lui plaise de mentir, sans conviction, d’ailleurs, la société moderne a pour base, comme les temples des rishis aryens, la juxtaposition, aujourd’hui moins auguste, de l’Yoni et du Lingam.

(Catulle Mendès)

Mal de Sicile

France, 1907 : Syphilis. Voir Mal de Naples.

— Arrière, pendarde ! Tu n’auras ni les sous d’or, ni la montre de ma grand’tante. D’autant plus que je crois reconnaître en toi, sous ton habit d’Égyptienne, une de la rue Glatigny, qui mit en fort mauvais point, l’autre semaine, un cocquebin, mon courtaud de boutique, lequel avait voulu apprendre, la veille de ses noces, son office de mari : et non seulement la mariée en eut le mal de Sicile, mais les sept ou huit cousins, et autres gens, à qui elle avait promis la desserte du repas nuptial. C’est une famille qui a vraiment lieu de se plaindre.

(Catulle Mendès)

Marquisette

France, 1907 : Petite marquise.

En face de la haute cheminée, sur un chevalet, un portrait de marquisette du siècle dernier se prélassait avec cette grâce particulière aux marquisettes de jadis. Le cadre, à simple monture d’or, s’ornait d’un tulle lilas formant ici et là des nœuds frais, à d’autres endroits de coquets bouillons. Et, sur la toile, vivait, presque, Marquisette.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Mascot

France, 1907 : Garçon qui n’a eu aucune relation intime avec une femme.

Si les mascottes portent bonheur, les mascots portent malheur ; et la prédominance du désastre dans l’humanité provient sans doute de cette circonstance que, contrairement à l’opinion généralement admise, ceux-ci sont plus nombreux que celles-là. Dès qu’un mascot apparaît dans une honnête famille, les portraits d’ancêtres s’éboulent des murs, les chiens gardiens mangent les perroquets mangeurs de tulipes rares, les robes se tachent toutes seules (le mascot n’y est pour rien), les pantalons craquent (non pas par sa faute !), les poules pondent des œufs noirs (il n’est pas nègre !), et, en un mot, les plus formidables catastrophes se précipitent abondamment sur la maison, cage de ce serin.

(Catulle Mendès)

Masse

d’Hautel, 1808 : C’est une grosse masse. Se dit par mépris d’une femme toute ronde, sans grace ni tournure.

Delvau, 1866 : s. f. Grande quantité de gens ou de choses, — dans l’argot du peuple. En masse. En grand nombre, en grande quantité.

La Rue, 1894 : Travail. Masser, travailler dur.

France, 1907 : Produit du travail d’un condamné qu’on lui remet à sa sortie de prison.

Avec les quelques louis de sa masse, il s’acheta des vêtements convenables, — pas de luxe inutile, des habits qui passent sans qu’on les voie, — partit pour l’Allemagne, se trouva, quatre jours après le levé d’écrou, aux environs d’Ober-Ursel, attendit le soir dans une auberge de la route.

(Catulle Mendès, La Vie et la Mort d’un clown)

France, 1907 : Somme placée par un joueur sur le tapis.

Quatre coups, masse en avant, il gagna, et fit sauter la banque qui, d’ailleurs, n’était pas considérable. Sans plus attendre, il se leva, empocha son gain et prit la porte : mais, sur son passage, il eut le temps d’entendre Philippe Marnier, le banquier décavé, qui murmurait rageusement : « Il est cocu, cet oiseau-là ! »

(Maurice Montégut)

Croupier, au lieu d’bourrer ta pipe,
Si le banquier est un bon type,
Bourre le trou, ta valade aussi,
Surtout sans fair’ bonnir un cri…
Si ton voisin battait morasse,
Plaque-lui deux sigs dans sa masse,
S’y r’naude envoie-le lascailler,
Cesse d’bourrer pour… étouffer.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

France, 1907 : Somme versée autrefois au compte du soldat. Avoir la masse complète, posséder une bourse bien garnie ; expression militaire.

Mondaine (demi)

France, 1907 : Femme qui joint l’élégance à la légèreté de mœurs. On les désignait à la fin du dernier siècle sous le nom de fille du monde.

Les demi-mondaines ont toujours plus de robes que de chemises.

(Lorédan Larchey)

Vous croyez qu’elles portent des chapeaux de vingt-cinq louis, des robes de dix mille francs, qu’elles ont des voitures attelées de chevaux sans prix ? Vous croyez que, en des hôtels somptueux, elles laissent tomber, le soir, en rentrant, après des soupers merveilleux, des manteaux de renard bleu, l’hiver, et, l’été, de légères pelisses de point d’Angleterre noir, entre les mains de trois femmes de chambre empressées ? Vous croyez qu’elles dorment, au fond des appartements de soie dorée, en des alcôves de dentelle ailée, et qu’on leur sert, en des tasses de Chine, le chocolat matinal ? Erreur parfaite. Tout ce triomphe semble être, n’existe pas en réalité. Et elles ne sont que des mensonges parés d’apparences. Il y a les chapeaux, mais il y a la modiste avec la note pas payée. Il y a les robes, mais il y a le couturier qui menace de la police correctionnelle. Il y a les voitures, amis il y a le cocher qui réclame quatre mois de foin et d’avoine ; et chaque matin, au seuil des hôtels, il y a l’huissier, bientôt suivi du commissaire de police, si on tarde à ouvrir la porte ! Car, la vérité, c’est que Paris, qui n’a pas d’argent, bien qu’il feigne d’en dépenser, n’est plus assez riche pour entretenir, tout à fait, ses courtisanes, même illustres, et la plus opulente des demi-mondaines est citée à la justice de paix pour quarante-deux francs qu’elle doit au blanchisseur !

(Catulle Mendès)

Montrer patte jaune

France, 1907 : Montrer de l’or.

Bête, mais expérimentée, la Savate conçut des inquiétudes, quant aux cinq louis : elle aurait dû exiger qu’il les lui fit voir ; ce qu’on appelle montrer patte jaune.

(Catulle Mendès, Gog)

Mouchard

Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot du peuple qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Molière. Se dit aussi de tout individu qui a l’air d’espionner, de tout ouvrier qui rapporte, etc.

Delvau, 1866 : s. m. Portrait peint, parce qu’il a l’air de vous regarder, où que vous vous mettiez.

Rigaud, 1881 : Portrait à l’huile. (Delvau).

La Rue, 1894 : Agent de la police de sûreté. Espion. Portrait.

France, 1907 : Portrait. Il aide à découvrir.

France, 1907 : Vers la fin du XVIIe siècle, on donnait le nom de mouchard aux petits-maîtres qui fréquentaient les Tuileries, pour voir autant que pour être vus. C’est maintenant l’injure que l’on adresse à tout espion, à tout dénonciateur, qu’il appartienne ou non à la police. Il y a des mouchards partout et dans tous les rangs de la société, à l’école, à l’atelier, dans les régiments, dans le monde. Qui n’a été dans sa vie la victime de quelque mouchard ?

— Moi, j’étais déjà en chemise, et lui, il ôtait son pantalon pour se mettre au lit. « Mouchard ! Mouchard ! Sale mouchard ! » J’en bavais ! Ah ! il a beau être fort, j’ai été plus forte que lui. Je l’ai empoigné à bras-le-corps, je l’ai jeté dans l’escalier, je lui ai fait descendre les marches à coups de pied dans les reins, et je l’ai fichu hors de la maison. Non, dire que j’ai couché pendant quatre ans avec cette crapule ! que je l’ai embrassé partout, ce salaud-là ! Si j’avais eu un couteau, je te les lui aurais coupé les… !

(Catulle Mendès, La Maison de la vieille)

O’clock (five)

France, 1907 : Cinq heures : le thé de 5 heures. Anglicisme. On sait que les Anglais coupent l’intervalle qui sépare le lunch, ou second déjeuner, du dîner, par un goûter appelé le thé, qui se prend généralement vers 4 ou 5 heures. L’usage du five o’clock, ou mieux de l’afternoon tea, remonte en Angleterre vers le milieu du XVIIIe siècle.

C’est extraordinaire, c’est incroyable, mais c’est est ainsi : la plupart des femmes qui paraissent dépenser trois cent mille francs par an, n’ont pas, en leur petit sac, dix francs pour acheter, elles-mêmes, une touffe de roses, et leur rêve d’avoir demain, à Auteuil, la plus éblouissante des toilettes est troublé par la peur de la marchande juive qui exige des présences au five o’clock des maisons familières, ou du commissionnaire du coin à qui l’on doit quatre courses ! Et la morphine ne fait pas tout oublier.

(Catulle Mendès)

Ondulée

France, 1907 : Fille ou femme de mœurs plus que légères.

Une femme mariée, dans un bon monde, qui passe une notable partie de ses journées à tromper son benoit époux avec des messieurs de poil divers, n’est pas, ce me semble, une personne irréprochable. Est-ce cependant une ondulée, pour me servir du mot à la mode ? Non, si elle ne s’affiche pas en se dépoitraillant jusqu’au nombril, si elle n’est pas cotée et ne mesure pas à a longueur d’une bourse la durée de ses amours.

(Albert Dubrujeaud)

Qu’ont-elles fait du brunissoir,
De l’aiguille, ces ondulées
Qu’on voit passer dans les allées
Du Bois, en coupé, vers le soir ?

(Catulle Mendès)

Pain

d’Hautel, 1808 : La rue au pain. Pour dire, le gosier, l’avaloir, la vallée d’Angoulême, de Josaphat.
C’est bien le pain. Locution vulgaire qui équivaut à, c’est bien ce qu’il faut ; cela fait bien mon affaire.
Pain de munition. Voy. Munition.
M. ou madame qui a le pain. Sobriquet que l’on donne par plaisanterie à celui ou celle qui se charge à table de servir le pain. On prononce calepin, comme si ces trois mots n’en faisoient qu’un.
Il n’y a pas long-temps qu’il mangeoit le pain d’un autre. Se dit par raillerie d’un homme qui fait le hautain, et dont la première condition étoit la domesticité.
Pain coupé n’a point de maître. Se dit par plaisanterie à table, lorsqu’en se trompant, on prend le pain de son voisin.
Il a mangé de plus d’un pain. Se dit d’un homme qui a vu du pays ; qui s’est trouvé dans des positions fort différentes les unes des autres.
Il sait son pain manger. Se dit d’un homme industrieux, intelligent, qui sait se tirer d’affaire.
Il ne vaut pas le pain qu’il mange. Se dit d’un homme oisif, paresseux et fainéant, qui ne fait œuvre de ses dix doigts.
Le pain lui vient quand il n’a plus de dents. Pour dire, que le bien arrive dans un temps où l’âge et les infirmités en ôtent toute la jouissance.
Avoir son pain cuit. Être à son aise, pouvoir vivre sans travailler ; avoir sa subsistance assurée.
C’est autant de pain cuit. Signifie qu’une chose que l’on a faite, et qui ne peut être employée pour le présent, servira dans un temps plus éloigné.
C’est du pain bien dur. Se dit d’un emploi pénible, dans lequel la nécessité contraint de rester.
Il a eu cette maison pour un morceau de pain. Pour dire à fort bon compte, à fort bas prix.
Faire passer le goût du pain à quelqu’un. Le faire mourir ; le tuer, l’assassiner.
Il a mangé le pain du roi. Pour, il a été plusieurs fois en prison.
Rendre le pain bénit, ou ses comptes. Manière basse et grossière de dire qu’un homme gorgé de nourriture la rejette, vomit.
Ôter le pain de la main de quelqu’un. Lui ôter les moyens de subsister.
Faire la guerre au pain. Manger avec appétit ou de fort gros morceaux de pain, comme le font les jeunes gens, et notamment les écoliers.
Chercher son pain. Pour dire mendier, demander l’aumône.

Delvau, 1866 : s. m. Coussin de cuir, — dans l’argot des graveurs, qui placent dessus la pièce a graver, bois ou acier.

Rigaud, 1881 : Coussinet en cuir dont se servent les graveurs pour poser la planche à graver.

Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écrit paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.

La Rue, 1894 : Coup au visage.

Hayard, 1907 : Coup.

France, 1907 : Coup de poing sur le visage.

Que, formidable, Richepin
Provoque le Géant alpin
Et le tombe et lui flanque un pain.

(Catulle Mendès)

France, 1907 : Coussin de cuir sur lequel les graveurs placent la pièce à graver.

Parnassien

France, 1907 : Nom donné à une réunion de jeunes poètes qui, vers 1860, se proposèrent de réagir contre l’influence de Lamartine et d’Alfred de Musset, raillant la fausse sentimentalité et les négligences de la forme, proclamant la souveraineté du style. Ils prirent comme axiome cette strophe de Théophile Gautier :

Point de contraintes fausses !
Mais que, pour marcher droit,
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Cette pléïade compta nombre de poètes devenus célèbres depuis : Théodore de Banville, Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme, Armand Silvestre, Catulle Mendés, François Coppée.
Catulle Mendès a publié un volume ou il donne l’histoire du Parnasse.

Patraque

d’Hautel, 1808 : Une patraque. Pour dire une mauvaise montre ; se dit généralement de toute chose mécanique dont les ressorts sont usés.
Une vieille patraque. Terme injurieux et de mépris, qui se dit d’une personne âgée, foible et débile, qui est hors d’état de supporter le travail et la fatigue.

Vidocq, 1837 : s. f. — Patrouille.

Larchey, 1865 : Montre bonne ou mauvaise. — Patraque : En mauvais état de santé.

Larchey, 1865 : Patrouille (Vidocq). — Jeu de mots ironique. — On sait que les anciennes patrouilles étaient peu redoutables ; elles marchaient aussi mal qu’une patraque. V. Moucharde.

Delvau, 1866 : adj. Malade ou d’une santé faible, dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. Vieille montre qui marche mal ; machine usée, sans valeur.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Patrouille.

France, 1907 : Patrouille ; vieil argot.

France, 1907 : Personne maladive, indolente, qui semble avoir toujours quelque chose de détraqué, et, par extension, vieilleries.

Antiques mœurs et lois patraques,
Trône, églises, tsars, dieux (ces craques),
Vieille Societé, tu craques !
Hymne auguste qui s’était tu
Et renait chanson, la Vertu
A pour refrain : Turlututu !

(Catulle Mendès)

Pedesouille

France, 1907 : Paysan. Mot à mot : pied souillé, le paysan ne nettoyant guère ses chaussures que le dimanche et ses pieds plus rarement encore.

Il est des endroits où l’on ne peut aller « qu’en chapeau haut de forme ». De sorte que Catulle Mendés, Silvestre, Bergerat et quelques autres amateurs de coiffures molles passeraient en ces lieux pour de négligeables pedesouilles, si leurs physionomies n’avaient été depuis longtemps vulgarisées par le diligent Pierre Petit !

(George Auriol)

Perdre la tramontane

France, 1907 : Perdre la tête, être déconcerté, ne plus savoir que faire.
Ce proverbe est évidemment antérieur à l’invention de la boussole (1362), que nous tenons des Arabes. On appelait tramontane l’étoile du nord, seul guide des anciens mariniers, transmontana, de trans, au delà, et montes, les monts, parce qu’elle paraissait aux yeux des marins de la Méditerranée, au delà des cimes des Alpes. Lorsque le pilote perdait cette étoile de vue, il n’avait plus rien pour diriger sa course et se trouvait égaré dans l’immensité jusqu’à ce qu’il la vit de nouveau briller à l’horizon.
Dans le langage des marins de la Méditerranée, tramontane était aussi le vent du nord ; celui du sud était le mijour ; celui du nord-est, le grec, du sud-est le siroc, appelé encore aujourd’hui siroco ; celui du sud-ouest le lebêche, et du nord-ouest le mistral.

Pour deux gouttes de marasquin
Et quatre de vin de Catane,
L’abbé, qui perd la tramontane,
Se conduit comme un Algonquin.
Il pince sous le casaquin
Lisette en l’appelant : Sultane !

(Catulle Mendès)

Pichet

Delvau, 1866 : s. m. Litre de vin.

France, 1907 : Litre de vin. En vieux français, c’est un vase, pour le vin, de terre ou de métal. Dans les Pyrénées, on appelle bouteille de piché une bouteille qui contient deux litres.

— Qu’avez-vous donc ? me demanda-t-elle, on dirait que vous êtes ivre. Ivre ? Pourquoi ? C’est à peine si, à l’auberge où nous déjeunâmes, vous avez bu deux pichets de petit vin légers ; et il me souvient que, dans nos folies nocturnes, vous videz sans être incommodé quatre bouteilles du plus capiteux bourgogne…

(Catulle Mendès)

France, 1907 : Petit vin suret ; on dit aussi pichnet ; argot populaire.

Plume sur l’eau, foi de femme

France, 1907 : Vieux dicton signifiant que la foi promise par une femme est aussi fugitive que la trace d’une plume sur l’eau. Le poète latin Catulle a écrit dans une de ses épigrammes : « Ce que dit une femme à son crédule amant doit s’écrire sur le vent ou sur l’onde rapide. »

Populo

d’Hautel, 1808 : Pour dire un petit enfant, un nouveau né.
Elle a fait un petit populo. Se dit par dérision d’une fille qui s’est laissé séduire.

Delvau, 1866 : s. m. Le peuple, — dans l’argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain que les Anglais the mob.

Delvau, 1866 : s. m. Marmaille, grand nombre d’enfants, — dans l’argot des ouvriers.

France, 1907 : Le peuple, le monde des prolétaires.

Je me méfie un peu de ceux qui équilibrent le budget devant un picon-curaçao, ou qui résolvent la question sociale en faisant une partie de tourniquet sur le comptoir, bien que l’expérience m’ait démontré que, dans tout orateur de brasserie et dans tout beau parleur de cabaret, il y a l’étoffe d’un député ou d’un conseiller municipal. Et, pour qu’on ne m’accuse pas de dédaigner la démocratie, je me hâte d’ajouter que, dans de riches salons, où les hommes avaient des cravates plus blanches que les glaciers des Alpes et où les dames étaient décolletées que c’en était indécent, j’ai entendu débiter autant de sottises politiques qu’on en rabâche dans la bohème et dans le populo.

(François Coppée)

La Seine s’endort en marais…
Prostrés, vautrés, vie abymée,
Ils dorment sous les ardent rais,
Haillons d’où monte une fumée,
Soyez bénite, heure enflammée,
Par qui le triste populo
Peut, l’âme de rêves charmée,
Dormir dans l’herbe au bord de l’eau !

(Catulle Mendès)

Porion

France, 1907 : Maitre mineur.

Sous le sol, comme un porion,
Je veux bien que l’on m’enfouisse
Pour la gorge de Marion
Plus blanche que la neige en Suisse.

(Catulle Mendès)

Poser

Delvau, 1864 : Faire valoir habilement, aux yeux des femmes, les avantages qu’on possède dans son pantalon, par exemple eu se cambrant et en se présentant de profil.

Larchey, 1865 : Chercher à paraître ce qu’on n’est pas.

Que cherches-tu sous les meubles ? — Le naïf pour qui tu poses.

(E. Augier)

Pose et Poser sont donc substantif et verbe d’un sens vif et prompt, mais d’acceptation nouvelle, laquelle nous vient des arts et a bientôt passé dans le torrent du discours. Poser, c’est ne point vouloir être soi. Pendant le sombre procès de Tulle, toutes les femmes ont posé Mme Lafarge. Hélas ! des êtres sans méchanceté pour deux liards avaient posé Lacenaire quelque temps auparavant, etc., etc.

(Luchet)

L’homme qui pose se place généralement dans la situation qu’il sait la plus favorable, aux avantages physiques que lui a ou que ne lui a pas donné la nature.

(Ed. Lemoine)

Larchey, 1865 : Mettre en évidence.

Voilà un ménage qui pose une femme.

(Balzac)

C’est une manière ingénieuse… ça pose un homme.

(L. Reybaud)

Larchey, 1865 : Se laisser mystifier.

Il croyait toujours qu’on allait ce qui s’appelle le faire poser et se moquer de lui.

(Méry)

Delvau, 1866 : v. a. Mettre en évidence. Se poser. Faire parler de soi.

Delvau, 1866 : v. n. Afficher des sentiments ou des vices qu’on n’a pas ; se vanter de succès et de richesses imaginaires. Signifie aussi Tirer avantage de qualités morales ou physiques qu’on a ou qu’on croit avoir. Poser pour le torse. Passer pour un garçon bâti comme l’Antinoüs. Poser pour la finesse. Se croire très fin, très malin.

Rigaud, 1881 : Attendre depuis longtemps. — Être mystifié. — Se donner de l’importance. — Chercher à faire valoir ses avantages, soit physiquement, soit moralement, en prenant une attitude étudiée.

La Rue, 1894 : Attendre longtemps. Faire valoir les avantages que l’on croit posséder. Se vanter. Afficher des sentiments ou des vices que l’on n’a pas. Poser un lapin. V. Lapin.

Rat

d’Hautel, 1808 : Pour caprice, fantaisie.
Il a autant de rats qu’un chat a de puces. Se dit d’un homme pétri de caprices et de fantaisies.
On dit d’une arme à feu, qu’Elle a un rat, quand le chien s’est abattu sans faire prendre l’amorce ; on le dit aussi d’une serrure mêlée, que l’on ne peut ouvrir qu’après avoir tourné la clef mainte et mainte fois.
Un nid à rats. Un taudis, un logement étroit, sale et obscur.
Une queue de rat. Se dit par raillerie de la queue d’un homme, ou d’un cheval, petite et peu garnie.
Il n’est pas plus haut qu’un rat. Se dit par mépris d’un homme de très-petite taille, qui se fourre partout, se mêle de toutes les affaires, et fait le fanfaron et le méchant.
Être comme rat en paille. Nager dans l’abondance ; être à bouche que veux-tu.
Prendre des rats par la queue. Filouter, couper des bourses.
Mon rat. Nom flatteur et caressant que l’on donne par amitié à un jeune homme ou à une jeune fille.

Ansiaume, 1821 : Voleur de balle, la nuit.

Le cardeuil l’a mis au mille pour avoir couru le rat.

Larchey, 1865 : « Cette expression s’applique à tout retardataire de l’École polytechnique. Quiconque après son examen de sortie est exclu par son rang des ponts et chaussées est rat de ponts ; le rat de soupe est celui qui arrive trop tard à table. »

(La Bédollière)

Larchey, 1865 : « Le rat est un des éléments de l’Opéra, car il est à la première danseuse ce que le petit clerc est au notaire… — Le rat est produit par les portiers, les pauvres, les acteurs, les danseurs. Il n’y a que la plus grande misère qui puisse conseiller à un enfant de huit ans de livrer ses pieds et ses articulations aux plus durs supplices, de rester sage jusqu’à dix-huit ans uniquement par spéculation et de se flanquer d’une horrible vieille comme vous mettez du fumier autour d’une jolie fleur… — Un rat à onze ans est déjà vieux. Dans deux ans elle peut valoir 60 000 francs, être rien ou tout, un nom célèbre ou une vulgaire courtisane. »

(Roqueplan. 1841)

Larchey, 1865 : « Petits pégriots qui se cachaient à la brune sous un comptoir afin d’ouvrir la nuit la porte du magasin à leurs collègues. Il paraît qu’on ne fermait qu’au pène les boutiques dans ce temps-là. Aujourd’hui le rat qui restera en vedette chez un marchand de vin aurait besoin de ses amis du dehors pour le délivrer. » — A. Monnier.

Larchey, 1865 : Avare, pauvre.

Je vous dénonce mon propriétaire qui est un rat fini.

(Bertall)

Larchey, 1865 : Bougeoir, bougie mince et tortillée dont le brin rappelle la queue du rat.

Je vous demanderai la permission d’allumer mon rat.

(H. Monnier)

Larchey, 1865 : Caprice, fantaisie trottant comme un rat dans la cervelle. V. d’Hautel, 1808.

Delvau, 1866 : s. et adj. Avare ; homme intéressé.

Delvau, 1866 : s. m. Bougie cordelée et repliée de façon à tenir dans la poche. On l’appelle aussi, rat de cave.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice, — dans l’argot du peuple, qui dit cela aussi bien à propos des serrures qui ne vont pas que des gens qui font mauvaise mine. Autrefois, Avoir des rats c’était « avoir l’esprit folâtre, bouffon, étourdi, escarbillard, farceur et polisson ».

Delvau, 1866 : s. m. Petit voleur qui entre dans une boutique un peu avant sa fermeture, se cache sous le comptoir en attendant que les maîtres du logis soient couchés, et, lorsqu’il est assuré de l’impunité, ouvre la porte à ses complices du dehors. On dit aussi Raton. Courir le rat. Voler la nuit dans une auberge ou dans un hôtel garni.

Delvau, 1866 : s. m. Petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse qui est à la première danseuse ce que le saute-ruisseau est au notaire, et qui devient bien plus facilement célèbre comme courtisane que comme rivale de Fanny Essler. Le mot date de la Restauration, quoique quelques personnes — mal informées — lui aient donné, comme date, 1842, et comme père, Nestor Roqueplan.

Delvau, 1866 : s. m. Retardataire, — dans l’argot des Polytechniciens. Rat de ponts. Celui qui, après son examen de sortie, est exclu par son rang des Ponts-et-Chaussées. Rat de soupe. Celui qui arrive trop tard au réfectoire.

Rigaud, 1881 : Apprentie danseuse à l’Opéra.

Le vrai rat, en leur langage, est une petite fille de sept à quatorze ans, élève de la danse, qui porte des souliers usés par les autres, des châles déteints, des chapeaux couleur de suie, se chauffe à la fumée des quinquets, a du pain dans ses poches et demande dix sous pour acheter des bonbons.

(N. Roqueplan)

Rigaud, 1881 : Avare. Parce qu’à l’exemple du rongeur de ce nom il rogne tout ce qu’il peut.

Rigaud, 1881 : Retardataire, par apocope, — dans le jargon de l’École Polytechnique. On est rat, lorsqu’on a raté (manqué) l’heure de la rentrée.

La Rue, 1894 : Avare. Petit voleur. Retardataire. Apprentie danseuse à l’Opéra.

France, 1907 : Avare. Être d’un rat, être d’une sordide avarice.

Deux cabotins prennent un bock dans un café du boulevard.
X…, le célèbre chanteur, survient et va s’installer à la table voisine.
— Tu vois, dit l’un des cabotins à son camarade, ce gaillard-là, c’est le fameux X…
— On dit qu’il est d’un rat !
— Précisément..… Et pourtant il a soixante mille francs de rente dans le larynx.
— Et dire qu’on ne peut pas lui faire cracher un sou !

(Zadig)

France, 1907 : Bourse. Elle se cache comme un rat. Prendre des rats par la queue, voler des portemonnaie.

France, 1907 : Petit voleur.

L’apprenti voleur est aussi appelé rat ou raton, quand il sert à éclairer une bande pour s’introduire dans les maisons par les impostes, vasistas ou soupiraux, ou qu’il se cache le jour dans un immeuble, pour en ouvrir, la nuit, la porte à ses complices.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Courir le rat, voler la nuit.

France, 1907 : Petite danseuse de ballet ; élève d’un cours de danse qui se destine au théâtre. Le mot date de la Restauration.

Déjà toute jeunette, rat du Théâtre Impérial des Bouffes à l’âge de la première communion, elle s’érigeait, très grande, avec un air de rêche femelle. Bien qu’elle eut nom Caro, on l’appelait le plus souvent la Savate ; les petites camarades disaient : « À cause qu’elle est plate comme une semelle, et qu’on y entre comme on veut. »

(Catulle Mendès, Gog)

Rose

d’Hautel, 1808 : C’est la plus belle rose de son chapeau. Se dit du plus grand honneur, du plus grand avantage qu’ait une personne.

Delvau, 1864 : La nature de la femme.

Tu n’auras pas ma rose,
Car tu la flétrirais.

(Béranger)

Là, sous l’albâtre on voit naitre l’ébène,
Et sont l’ébène une rose s’ouvrir.

(Parny)

Ma fille, avant d’céder ta rose,
Retiens bien ce précepte-là.

(É. Debraux)

France, 1907 : Virginité. « Tu n’auras pas ma rose », air connu.

Sous le frémissant abri
De ses jeunes feuilles
La rose à fleuri,
Pour que tu la cueilles.

(Catulle Mendès)

Roublardise

Rigaud, 1881 : Malice, coquinerie, astuce. — Pour la roublardise, elle n’a pas sa pareille.

France, 1907 : Même sens que roublarderie.

On couchait à l’Orphelinat Clipot pour ne pas coucher sous les ponts ou dans les carrières, et, aussi, on y allait comme on serait allé dans un mauvais lieu où ça ne coûterait rien. Espèce de maison de joie, en effet, car sous le papillonnage de l’abbé, qui, plein de roublardise pourtant, poussait sa personnelle indifférence de la luxure jusqu’à en ignorer la possibilité, peut-être même jusqu’à la tolérer, négligeable ordure, la vie s’installa par couples en le charitable et immonde refuge ; les voyous conquéraient les vrais enfants à leurs saletés souvent professionnelles ; il y avait, derrière les arbres, ou sous l’estrade du hangar, ou dans le cabinet particulier devenu chapelle, des cris tout à coup de gosses à qui l’on faisait mal. Dans le dortoir, ce fut une chose accoutumée qu’un seul lit suffisait a deux orphelins.

(Catulle Mendès, Gog)

Sauçaille

France, 1907 : Mauvaise sauce. Dans le Midi, sauciole.

Il n’y a de bonne cuisine que la cuisine française, Pourtant, l’on va quelquefois dîner dans des restaurants italiens, hongrois, espagnols. On espère, de l’exotisme des piments, la résurrection des appétits défunts. Mais une colère vous prend et l’on prémédite de ne pas donner de pourboire au garçon lorsqu’on s’aperçoit, — cela ne tarde pas, — que toute cette cuisine étrangère est faite de vieilles viandes et de sauçailles dont vous dégoûtèrent depuis longtemps les Bouillons parisiens.

(Catulle Mendès)

Sidonie

France, 1907 : Tête de carton ou de bois sur laquelle les modistes ajustent leurs chapeaux et les coiffeurs leurs perruques. Mannequin de couturière.

De toutes les personnes peu accoutumées à la vertu quotidienne, il n’y en a guère qui le soient moins que les vieilles ou jeunes dames qui, maquillées jusqu’a la ressemblance parfaite avec les sidonies des coiffeurs de banlieue et trainant des robes louées par la marchande à la toilette, où s’accrochent des diamants prêtés par l’entremetteuse, se promènent dans les promenoirs des music-halls ou des jardins où l’on danse.

(Catulle Mendès)

Snowboots

France, 1907 : Chaussures d’hiver contre la neige et le froid. Produit et mot d’importation anglaise.

C’est loin, les polaires palais !
Malgré les snowboots chauds et laids,
Ses pieds roses sont violets.

(Catulle Mendès)

Soûlard, soûlarde

France, 1907 : Ivrogne, ivrognesse.

Ceux qui font, lorsque leur amie
Veut des jovaux, économie
De vol ou d’une autre infamie,
Qui pourraient donner, un peu soûs,
À la soularde aux vils dessous
Le dernier de leurs derniers sous,
Mais qui mènent, levant la trique
De la morale, l’hystérique
Vers l’atelier ou la fabrique…

(Catulle Mendès)

Steam-boat

France, 1907 : Bateau à vapeur, Anglicisme ; steam, vapeur, et boat, bateau.

Le steam-boat sur l’Océan lisse
S’arrête. La belle malice !
Un ingénieur fit l’hélice.
Car c’est le temps, savant, préfet,
Roi, poète, ou l’homme en effet
Ne sait plus le métier qu’il fait.

(Catulle Mendès)

Tenorino

France, 1907 : Petit ténor.

Par-dessus les grands désarrois
Où roulent Sceptres, Mitres, Croix,
Les forains sont les derniers rois.
Lorsque la peur nous déconseille
La Guerre, bacchante à la seille
Pleine de sang, reste Marseille.
Ou ce joli ténorino
Qui défie et vainc, tout en eau,
Quatre lions, Juliano !

(Catulle Mendès)

Tétins

France, 1907 : Seins naissants, seins de jeune fille.

Mais ce vieux, friand de cuissages,
Le Temps, pareil aux roquentins
Qu’excite le plat des corsages
Sur le rien des petits tétins,
Trouve des ragoûts libertins,
Peut-être, à voir, à peine nées,
Avec des mollets de trottins
Courir les nouvelles années.

(Catulle Mendès)

Touffeur

France, 1907 : Touffe ; néologisme.

Ses jambes croisées laissaient deviner la touffeur de dentelles des dessous, de sa nuque folle de piments roux et voletants, à sa cheville de soie noire, elle était bien le simple corps d’amour fauve, la possédante forme de désir qui tord les nerfs et sèche la gorge. Et sur ses lèvres flottait l’indécis sourire d’inconscience, le beau sourire de perversion naïve.

(Gabriel Mourey)

Elle l’attendait en levant vers l’espéré, en un devancement de l’étreinte, de lents bras gras, qui offrent dans un recul d’ombre fauve, la double promesse touffue d’une plus intime touffeur !

(Catulle Mendès)

Trottin

d’Hautel, 1808 : Un petit commissionnaire ; un laquais que l’on n’emploie qu’à faire des courses. On donne aussi ce nom à un mauvais cheval qui ne va que le petit trot.

Larchey, 1865 : Le trottin, toujours choisi parmi les grisettes les plus jeunes et les plus espiègles du magasin, était le véritable petit clerc de tout magasin de modes.

(L. Huart)

Et de trotin toujours crotté, on en fit un petit commis.

(Troisième suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652)

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, parce qu’il trotte. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Garçon de magasin qui fait les courses ; apprentie modiste qui fait les courses.

Rigaud, 1881 : Pied.

La Rue, 1894 : Pied. Cheval. Apprentie modiste.

Virmaître, 1894 : Apprenti modiste que l’on rencontre arpentant les rues de Paris, portant une petite boîte qui contient un chapeau. C’est le gavroche femelle des ateliers de modistes. Le mot n’est pas nouveau. Scarron dit quelque part : Ensuite il appelle un trottin. (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Jeune ouvrière ou apprentie parisienne.

France, 1907 : Apprentie appelée ainsi parce qu’on l’emploie généralement à faire les courses de l’atelier.

Il y eut, dans la voiture, une odeur de bas anciens et de pieds rarement lavés. Mauve Tapir, dans le cœur une tristesse, se rappela le temps où, avant d’être bouquetière, puis faux trottin de banlieue, elle fut à l’école, chez les Sœurs, où l’on ne se débarbouille que le bout du nez. Elle se souvenait des Sœurs à cause de la Thérésine. Elle aurait pu entrer en religion, elle aussi, si elle avait eu la vocation ou si sa mère avait voulu. Oui, elle aurait pu avoir, elle aussi, cette robe bleue ! Mais, voilà, on ne sait pas, quand on est petite. On va avec des gens qui vous disent d’aller avec eux, et, le lendemain, on se jette de l’eau partout — il faut bien — et, plus tard, on se met de la poudre de riz pour sentir bon. L’honnête odeur des pieds de la nonne lui était comme un encens.

(Catulle Mendès, Gog)

C’est nous l’orgueil des Batignolles,
Nous sommes les petits trottins,
Notre maman par des torgnioles
Nous éveille tous les matins :
On se lève vite, on enfile
Sa robe au grand galop, et zou !
On descend trotter par la ville,
Grignotant un croissant d’un sou.

(L. Xanrof)

Le mot s’employait autrefois pour désigner un commis de magasin, un garçon faisant les courses.

À l’envi cependant en tous lieux on le chante,
Il n’est grands ni petits, fils de bonne maison,
Trottin, qui sur lui n’ait en poche une chanson.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Tulle

Vidocq, 1837 : s. f. — Détention, réclusion.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Vesser du bec

Delvau, 1866 : v. n. Avoir l’haleine « pire que cade », — dans l’argot des faubouriens, plus cyniques que l’Aventurier Buscon. C’est plus grave, c’est-à-dire plus désagréable que le leve peditum reproché par Catulle à Libon dans une de ses épigrammes In Cæsaris cinædos.

Voilà le hic

France, 1907 : Voilà le difficile ! Voilà le problème.

J’ai connu à Londres un poète français qui traduisait Shakespeare. C’était, si j’ai bonne mémoire, Le chevalier Chatelain, de qui se souvient notre cher grand poète Stéphane Mallarmé. Arrivé à la célèbre phrase du monologue d’Hamlet : That is the question, comment pensez-vous qu’il la traduisit ? « Telle est la question » ou : « Voilà la question ? » Pas le moins du monde ; il traduisit « That is the question », par : « Voilà de hic ! » Et pourquoi pas ? En disant Voilà le hic, n’exprimait-il pas admirablement la pensée d’Hamlet, et de Shakespeare ? La vie, la mort, les problèmes de a prévie et de la survie, voilà de hic en effet !

(Catulle Mendès)

Voix d’en bas

Delvau, 1866 : s. f. Le peditum de Catulle, ou plutôt son leve petitum, — dans l’argot facétieux des faubouriens qui ignorent que Savinien Lapointe a publié sous ce titre un recueil de poésies fort estimables.

Zig, zigue

Rigaud, 1881 : Camarade, ami. — Bon zig, zig d’attaque, bon camarade, camarade sur lequel on peut compter. — Le premier venu. Connais-tu le zig ? connais-tu l’individu ?

France, 1907 : Bon compagnon, homme brave, camarade sur lequel on peut compter. Quand les ouvriers disent en parlant de quelqu’un : « C’est un zigue », c’est le plus bel éloge qu’ils puissent faire.

— Savez-vous si on s’est battu, place Clichy ?
— Toute la nuit !
— Toute la nuit ?
— Oui. Les Versaillais, à ce qu’il parait, n’ont pas trouvé de résistance sur les grands boulevards, et ils ont marché sur Montmartre plus tôt qu’on ne croyait. Mais la barricade a tenu quatorze heures. C’est des zigues, ceux qui étaient là !

(Catulle Mendès, La Maison de la vieille)

Zig à la coule, individu malin, habile, qui connait son affaire.

Bien astiqués, après la soupe, en bande,
Chez le troquet on pinte, on liche sec ;
Chacun son tour ; on arrose, on commande,
Et l’on rigole en se rinçant le bec,
L’sapeur Beaupoil qu’est un zig à la coule,
Est en train d’faire un récit épatant,
V’là que soudain, quand tout l’monde se roule,
Pan !
De la retraite, soldats, voici l’heure,
Il faut rentrer !
Allons, troupiers, rentrons vite au quartier,
Le conscrit maladroit qui trop longtemps demeure
Et laisse passer l’heure
Sera puni par son sous-officier.

(Chant de la retraite)

Zigue à poil, individu courageux.

C’était le bon temps, nom de dieu ; les ouvriers ambitieux n’avaient pas encore fait leur trou (Joffrin n’était que mécanicien), si bien que les zigues à poil ne se mangeait pas le nez. Ah ! mon petit, ça a bougrement changé depuis !

(Le Père Peinard, 1889)

Citons, au sujet du mot zigue, une observation de M. Génin : « Un fait d’argot des plus curieux, dit-il, c’est le synonyme que donne aujourd’hui le peuple à un mot (bougre) : « C’est un bon zigue » « Tu es un bon zigue » Or il se trouve que les zigues figurent à côté des Bulgares dans une chronique grecque, en vers politiques, des premières années du XIVe. Théodore Lascaris, écrit l’auteur, approvisionna ses forteresses et prit à son service, moyennant salaire, des Turcs, des Cumans, des Lains, des Zigues et des Bulgares. (Buchon, Chronique de Roumanie.) Comment peut être venue à des hommes du peuple de l’idée de cette maligne substitution des Zigues aux Bulgares ? C’est un trait d’érudition très raffinée ! Je ne vois d’autre explication sinon que ce mot et ce rapprochement s’étaient conservés au fond de la tradition populaire depuis la conquête de Constantinople et l’établissement des Français en Morée. Mais cette explication même donne beaucoup à réfléchir et montre combien le langage du peuple mérite l’attention des philosophes. » Terminons en disant que zigue n’est que la déformation de zingari, nom des Bohémiens.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique