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Blague

Larchey, 1865 : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel.
Blague : Verve ; faconde railleuse.

Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague.

(Balzac)

Blague : Plaisanterie.

Je te trouve du talent, là sans blague !

(De Goncourt)

Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin !

(Monselet)

Pousser une blague : Conter une histoire faite à plaisir.

Bien vite, j’pousse une blague, histoire de rigoler.

(F. Georges, Chansons)

Ne faire que des blagues : Faire des œuvres de peu de valeur.
L’étymologie du mot est incertaine. d’Hautel (1808) admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayions trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part. On en trouverait peut-être la racine dans le mot blaque qui désignait, du temps de ménage, les hommes de mauvaise foi (V. son dictionnaire). — M. Littré, qui relègue blague et blaguer parmi les termes du plus bas langage, donne une étymologie gaëlique beaucoup plus ancienne blagh souffler, se vanter.

Delvau, 1866 : s. f. Gasconnade essentiellement parisienne, — dans l’argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre, — MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc., — et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu’à Ménage ? Un gamin s’est avisé un jour de la ressemblance qu’il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut ! Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar. Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu’on sait ; parler avec habileté de ce qu’on fait. Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d’écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester. Pousser une blague. Raconter d’une façon plus ou moins amusante une chose qui n’est pas arrivée.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bavardage, plaisanterie, verve.

Ils (les malthusiens) demandent ce que c’est que la morale. La morale est-elle une science ? Est-elle une étude ? Est-elle une blague ?

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

M. F. Michel fait venir blague de l’allemand balg, vessie à tabac, avec transposition de l’avant-dernière lettre. M. Nisard soutient que le mot descend de bragar, braguar, qui servait à désigner soit une personne richement habillée, soit un objet de luxe. Quant à M. Littré, il le fait remonter à une origine gaélique ; d’après lui, blague vient de blagh, souffler, se vanter. Quoi qu’il en soit, le mot a été employé d’abord et propagé par les militaires, vers les premières années du siècle, dans le sens de gasconnade, raillerie, mensonge (V. Dict. de d’Hautel, 1806, Cadet Gassicourt, 1809, Stendhal, 1817). Sans remonter aussi loin, il ne faut voir dans le mot blague qu’un pendant que nos soldats ont donné au mot carotte.

France, 1907 : À un grand nombre de significations ; d’abord, mensonge, hâblerie. « Blague à part, causons comme de bons camarades que nous sommes. »

— Non, ma chérie, le bonheur n’est pas une blague, comme tu le dis, mais les gens sont idiots avec leur manière de concevoir la vie. Être heureux, qu’est-ce que cela évoque à l’esprit ? Une sensation pareille qui dure des années après des années ! Vois combien c’est inepte… L’existence est faite d’une quantité de secondes toutes différentes et qu’il s’agit de remplir les unes après les autres, comme des petits tubes en verre. Si tu mets dans tes petits tubes de jolis liquides colorés et parfumés, tu auras une suite exquise de sensations délicates qui te conduiront sans fatigue à la fin des choses… On veut toujours juger la vie humaine par grands blocs, c’est de là que vient tout le mal… Amuse la seconde que tu tiens, fais-la charmante, ne songe pas qu’il en est d’autres… Voilà comment on est heureux… le reste est de la blague.

(J. Ricard, Cristal fêlé)

Blague signifie ensuite plaisanterie, raillerie.

Le spectacle est d’autant plus curieux qu’on est les uns sur les autres et que la promiscuité y est presque forcée.
Le garçon du restaurant y blague le client qu’il servait tout à l’heure avec respect ; les souteneurs y débattent leurs petites affaires avec leurs douces moitiés au nez et à la barbe de ceux qui viennent de payer ces filles.
C’est la tour de Babel de la débauche nocturne.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

C’est à l’héroïque blague, à l’irrespect du peuple de Paris, que Rochefort dut son succès. La Lanterne d’Henri Rochefort est une œuvre collective. C’est l’étincelle d’un courant. Ce courant lui était fourni par la pile immense, surchargée des mécontentements publics.

(Paul Buquet, Le Parti ouvrier)

Blague, faconde, verve, habileté oratoire.

Un homme d’esprit et de bonnes manières, le comte de Maussion, a donné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : l’art de se présenter sous un jour favorable, de se faire valoir, et d’exploiter pour cela les hommes et les choses.

(Luchet)

Blague, causerie.

Décavé

Larchey, 1865 : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.

À Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.

(Villemot)

Delvau, 1866 : s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.

Rigaud, 1881 : Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.

La Rue, 1894 : Ruiné.

France, 1907 : Joueur ruiné. Mot à mot : qui ne peut plus caver, c’est-à-dire ponter à la roulette.

Oh ! soyez assuré que son exemple n’empêchera pas demain une autre fille de marchand de lavements ou de débitant de limonades purgatives d’épouser le premier inutile rencontré, décavé, vanné, vidé, éteint, mais apportant à sa femme le droit de mettre sur ses cartes de visite une couronne plus ou moins entortillée.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Corrects et mis à peindre, en costume gris fers,
Tubés, rasés de près et la peau satinée,
Deux par deux, stick en main, toute la matinée,
On les voit faire au Bois les cent pas du « masher »,
L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair,
L’autre à son corsetier sa taille bondinée,
Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée,
Et chacun au mépris l’objet dont il est fier.
Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de famille,
Prétentieux chercheurs de mariages rêvés,
De la Concorde au Bois, ce sont les décavés.

(Jean Lorrain)

— Tiens ! le petit vicomte ! quelle tête il fait ! Encore décavé, sans doute !

(Adolphe Belot)

Mail-coach

France, 1907 : Voiture attelée à quatre chevaux de piste à grandes guides. Anglicisme.

Les sonneurs du temps n’ayant pas de mail-coachs pour y accrocher ces monuments encombrants, on se préoccupa de les réduire et c’est vers le XVe siècle qu’on eut l’idée de replier les tubes les uns sur les autres de manière à diminuer le volume sans atténuer le son. Les cors d’harmonie, trompettes et clairons étaient nés.

(Jean Frollo)

Et les fouets claquent et les cris redoublent, et s’en vont roulant les berlines et mail-coachs, les coucous, les voitures de déménagement, les omnibus hors d’usage, tout cela sonnant la ferraille et les grelots…

(F. Laffon, Le Monde des courses)

Omnibus

Larchey, 1865 : Prostituée, femme se donnant à tous.

On y remarque aussi quelques femmes jeunes encore, pauvres beautés omnibus.

(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)

Omnibus de coni : Corbillard (Vidocq). — Mot à mot : voiture de mort. — Omnibus rappelle que tous doivent faire un jour le voyage.

Delvau, 1866 : s. m. Femme banale, — dans l’argot du peuple, pour qui cette Dona Sol au ruisseau lucet omnibus.

Delvau, 1866 : s. m. Garçon supplémentaire pour les jours de fête, — dans l’argot des garçons de café.

Delvau, 1866 : s. m. Résidu des liquides répandus sur le comptoir d’un marchand de vin, et servi par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des arlequins.

Delvau, 1866 : s. m. Verre de vin de la contenance d’un demi-setier, la mesure ordinaire de tout buveur.

Rigaud, 1881 : Batteurs de pavé.

C’est-à-dire des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui diffèrent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.

(Paul Mahalin)

Rigaud, 1881 : Femme qui a autant et plus de droit à ce sobriquet que les voitures de ce nom.

Rigaud, 1881 : Garçon d’extra, dans un restaurant, dans un café.

Rigaud, 1881 : Loges d’avant-scène au théâtre de l’Opéra.

Excepté la loge de l’Empereur et la loge voisine réservée pour le service de Sa Majesté, excepté les deux loges qui sont en face et les deux avant-scènes du rez-de-chaussée, au côté droit, toutes les loges d’avant-scène jusqu’au troisième rang non compris, sont occupées par des hommes et organisées en omnibus ainsi qu’on dit à l’Opéra et à Londres.

(N. Roqueplan)

Rigaud, 1881 : Verre de vin, verre d’eau-de-vie, de la capacité d’un demi-setier. On lit encore à la devanture de quelques débits de vin, extra-muros : « Ici l’on prend l’omnibus. » Rinçures de verres, résidu de vin répandu sur le comptoir et débité aux consommateurs assez ivres pour ne plus y regarder de près.

Fustier, 1889 : Les employés des télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées qui sont expédiées par les tubes.

Le temps qu’ils (les télégraphistes) distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les omnibus à tuber attendent aussi.

(Cri du Peuple, août 1885)

Ces cartes-télégrammes sont aussi nommées petit-bleu à cause de la couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.

La Rue, 1894 : Verre de vin ordinaire. Garçon d’extra. Gouttures du comptoir d’un marchand de vin. Prostituée.

Virmaître, 1894 : Femme à tous. On dit aussi : wagons et omnibusardes. Fréquemment, ces omnibus là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Garçon de café payé par les autres garçons pour les aider dans les moments de presse.

Rossignol, 1901 : Lorsque l’omnibus d’une fille publique est embourbé, elle ne peut travailler.

Hayard, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Batteur de pavé : individu qui erre par les rues, sans moyen apparent d’existence.

Omnibus, des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris, comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui différent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.

(Paul Mahalin)

France, 1907 : Garçon d’extra que prennent les cafetiers, cabaretiers, restaurateurs aux jours de fête.

France, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Superflu de liquides tombé sur le comptoir de zinc d’un marchand de vin recueilli dans un récipient et revendu aux clients.

France, 1907 : Verre de la capacité d’un demi-setier.

Sapin (sentir le)

France, 1907 : Être très malade ; allusion aux cercueils faits généralement en bois de sapin.

Qu’importe qu’Henner s’imagine
Être très fort parce qu’il peint
Avec des tubes de morphine
Des gens qui sentaient le sapin ?

(Jacques Rédelsperger)

On dit d’un mauvais rhume qu’il sonne le sapin.

Elle avait un fichu rhume qui sonnait joliment le sapin.

(Émile Zola)

Yankee Doodle

France, 1907 : Air national des États-Unis, littéralement Yankee niais. Rien de plus niais, en effet, que cette vieille chanson digne de prendre place dans les chants dont se servent les nourrices pour endormir leurs poupons. Les Yankees en ont fait cependant leur chant de guerre et marchent au combat aux accents de cet hymne que les soldats anglais, au temps de Charles Ier, chantaient pour humilier les révolutionnaires marchant sous les ordres de Cromwell. On célèbre dans cette chanson les aventures d’une sorte de Jocrisse, Yankee Doodle. Le poème débute ainsi ;

Yankee Doodle came to town,
Riding on a pony,
Stuck a feather in his cap
And said t’was macaroni.

Traduction : Yankee Doodle se rend en ville, monté sur un poney, il pique une plume à son chapeau, et dit que c’est du macaroni.
Au couplet suivant Yankee Doodle tue un porc et constate que cet animal tenait à la vie. D’autres couplets suivent tout aussi bizarres au point de vue littéraire et national.
Ajoutons qu’en parlant de macaroni, Yankee Doodle ne veut pas dire qu’il a orné son chapeau d’un bout de ces tubes de pâte si appréciés des sujets du roi Humbert. Le mot « macaroni » ainsi employé est une expression d’argot qui signifie élégant, chic, dernier cri.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique