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Blague

Larchey, 1865 : Causerie. — On dit : J’ai fait quatre heures de blague avec un tel.
Blague : Verve ; faconde railleuse.

Quelle admirable connaissance ont les gens de choix des limites où doivent s’arrêter la raillerie et ce monde de choses françaises désigné sous le mot soldatesque de blague.

(Balzac)

Blague : Plaisanterie.

Je te trouve du talent, là sans blague !

(De Goncourt)

Pas de bêtises, mon vieux, blague dans le coin !

(Monselet)

Pousser une blague : Conter une histoire faite à plaisir.

Bien vite, j’pousse une blague, histoire de rigoler.

(F. Georges, Chansons)

Ne faire que des blagues : Faire des œuvres de peu de valeur.
L’étymologie du mot est incertaine. d’Hautel (1808) admet les mots blaguer et blagueur avec le triple sens de railler, mentir, tenir des discours dénués de sens commun. — Cet exemple, des plus anciens que nous ayions trouvés, ne prend blague qu’en mauvaise part. On en trouverait peut-être la racine dans le mot blaque qui désignait, du temps de ménage, les hommes de mauvaise foi (V. son dictionnaire). — M. Littré, qui relègue blague et blaguer parmi les termes du plus bas langage, donne une étymologie gaëlique beaucoup plus ancienne blagh souffler, se vanter.

Delvau, 1866 : s. f. Gasconnade essentiellement parisienne, — dans l’argot de tout le monde.
Les étymologistes se sont lancés tous avec ardeur à la poursuite de ce chastre, — MM. Marty-Laveaux, Albert Monnier, etc., — et tous sont rentrés bredouille. Pourquoi remonter jusqu’à Ménage ? Un gamin s’est avisé un jour de la ressemblance qu’il y avait entre certaines paroles sonores, entre certaines promesses hyperboliques, et les vessies gonflées de vent, et la blague fut ! Avoir de la blague. Causer avec verve, avec esprit, comme Alexandre Dumas, Méry ou Nadar. Avoir la blague du métier. Faire valoir ce qu’on sait ; parler avec habileté de ce qu’on fait. Ne faire que des blagues. Gaspiller son talent d’écrivain dans les petits journaux, sans songer à écrire le livre qui doit rester. Pousser une blague. Raconter d’une façon plus ou moins amusante une chose qui n’est pas arrivée.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bavardage, plaisanterie, verve.

Ils (les malthusiens) demandent ce que c’est que la morale. La morale est-elle une science ? Est-elle une étude ? Est-elle une blague ?

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

M. F. Michel fait venir blague de l’allemand balg, vessie à tabac, avec transposition de l’avant-dernière lettre. M. Nisard soutient que le mot descend de bragar, braguar, qui servait à désigner soit une personne richement habillée, soit un objet de luxe. Quant à M. Littré, il le fait remonter à une origine gaélique ; d’après lui, blague vient de blagh, souffler, se vanter. Quoi qu’il en soit, le mot a été employé d’abord et propagé par les militaires, vers les premières années du siècle, dans le sens de gasconnade, raillerie, mensonge (V. Dict. de d’Hautel, 1806, Cadet Gassicourt, 1809, Stendhal, 1817). Sans remonter aussi loin, il ne faut voir dans le mot blague qu’un pendant que nos soldats ont donné au mot carotte.

France, 1907 : À un grand nombre de significations ; d’abord, mensonge, hâblerie. « Blague à part, causons comme de bons camarades que nous sommes. »

— Non, ma chérie, le bonheur n’est pas une blague, comme tu le dis, mais les gens sont idiots avec leur manière de concevoir la vie. Être heureux, qu’est-ce que cela évoque à l’esprit ? Une sensation pareille qui dure des années après des années ! Vois combien c’est inepte… L’existence est faite d’une quantité de secondes toutes différentes et qu’il s’agit de remplir les unes après les autres, comme des petits tubes en verre. Si tu mets dans tes petits tubes de jolis liquides colorés et parfumés, tu auras une suite exquise de sensations délicates qui te conduiront sans fatigue à la fin des choses… On veut toujours juger la vie humaine par grands blocs, c’est de là que vient tout le mal… Amuse la seconde que tu tiens, fais-la charmante, ne songe pas qu’il en est d’autres… Voilà comment on est heureux… le reste est de la blague.

(J. Ricard, Cristal fêlé)

Blague signifie ensuite plaisanterie, raillerie.

Le spectacle est d’autant plus curieux qu’on est les uns sur les autres et que la promiscuité y est presque forcée.
Le garçon du restaurant y blague le client qu’il servait tout à l’heure avec respect ; les souteneurs y débattent leurs petites affaires avec leurs douces moitiés au nez et à la barbe de ceux qui viennent de payer ces filles.
C’est la tour de Babel de la débauche nocturne.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

C’est à l’héroïque blague, à l’irrespect du peuple de Paris, que Rochefort dut son succès. La Lanterne d’Henri Rochefort est une œuvre collective. C’est l’étincelle d’un courant. Ce courant lui était fourni par la pile immense, surchargée des mécontentements publics.

(Paul Buquet, Le Parti ouvrier)

Blague, faconde, verve, habileté oratoire.

Un homme d’esprit et de bonnes manières, le comte de Maussion, a donné au mot blague une signification que l’usage a consacrée : l’art de se présenter sous un jour favorable, de se faire valoir, et d’exploiter pour cela les hommes et les choses.

(Luchet)

Blague, causerie.

Chameau

Delvau, 1864 : Fille de mauvaises mœurs, nommée ainsi par antiphrase sans doute, le chameau étant l’emblème de la sobriété et de la docilité, et la gourgandine, l’emblème de l’indiscipline et de la gourmandise.

L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau.

(Louis Protat)

Suivre la folie
Au sein des plaisirs et des ris,
Oui, voilà la vie
Des chameaux chéris
À Paris.

(Justin Cabassoc)

Larchey, 1865 : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas.

Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte !

(Vidal, 1833)

Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer.

(F. Deriège, 1842)

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s’arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes. Le mot a une cinquantaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l’adresse d’une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit un insolent dont le nom m’échappe.

France, 1907 : Sale individu, homme sur lequel on ne peut compter, plus disposé à exploiter qu’à aider ses camarades. Encore une bizarrerie de langage à laisser étudier aux étymologistes, car le chameau est un animal utile et fort exploité et sur la sobriété duquel repose le salut des caravanes.

M’est avis que d’entrer en relations avec les pestailles, lez jugeurs et les piliers de prison, ça vous donne le dégoût de ces chameaux, et ça augmente votre haine contre les horreurs sociales.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Substantif masculin employé au féminin pour désigner une vieille ou jeune personne de morale relâchée. D’où peut venir cette expression ? Ce n’est certainement pas des protubérances naturelles au beau sexe. Faut-il voir dans cette singulière appellation une comparaison avec la docilité qu’a le chameau de se coucher pour recevoir sa charge, et celle de la fille qui subit le client ?

Mais ce déballage de honte, cette exhibition de crève-la-faim, cela soulève le cœur des catins de la haute, des salopes bourgeoises, les rivales, ces chameaux vêtues de soie et de fourrures, qui ont des amants dans tous leurs tiroirs, sans avoir, comme toi, l’excuse, la suprême excuse de la faim.

(La Révolte)

Un certain soir, des biches de la haute
Festoyaient dans un restaurant ;
De nous griser ne faisons pas La faute,
Dit l’une, et tenons notre rang !
Alors que nous sommes en noces,
Ne luttons que de gais propos,
Car, si nous nous faisions des bosses…
On nous prendrait pour des chameaux.

Décavé

Larchey, 1865 : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.

À Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.

(Villemot)

Delvau, 1866 : s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.

Rigaud, 1881 : Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.

La Rue, 1894 : Ruiné.

France, 1907 : Joueur ruiné. Mot à mot : qui ne peut plus caver, c’est-à-dire ponter à la roulette.

Oh ! soyez assuré que son exemple n’empêchera pas demain une autre fille de marchand de lavements ou de débitant de limonades purgatives d’épouser le premier inutile rencontré, décavé, vanné, vidé, éteint, mais apportant à sa femme le droit de mettre sur ses cartes de visite une couronne plus ou moins entortillée.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Corrects et mis à peindre, en costume gris fers,
Tubés, rasés de près et la peau satinée,
Deux par deux, stick en main, toute la matinée,
On les voit faire au Bois les cent pas du « masher »,
L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair,
L’autre à son corsetier sa taille bondinée,
Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée,
Et chacun au mépris l’objet dont il est fier.
Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de famille,
Prétentieux chercheurs de mariages rêvés,
De la Concorde au Bois, ce sont les décavés.

(Jean Lorrain)

— Tiens ! le petit vicomte ! quelle tête il fait ! Encore décavé, sans doute !

(Adolphe Belot)

Hurluberlu

d’Hautel, 1808 : Inconsidéré, étourdi, écervelé. Le peuple dit Hustuberlu.

Delvau, 1866 : s. m. Homme fantasque, excentrique, étourdi, et même un peu fou. Argot du peuple.

Lâcher une tubéreuse

Delvau, 1866 : (V. Se lâcher.)

Virmaître, 1894 : Pet foireux qui répand une odeur qui ne rappelle pas précisément la rose (Argot du peuple).

France, 1907 : Lâcher un vent.

Cette petite était vive et gentille, dodue et faite autour, et je l’eusse volontiers gardée comme amie. Mais, quoique bonne à orner un lit, comme disait Rabelais, elle le parfumait trop. Elle ne faisait que lâcher en dormant une succession de tubéreuses et un chapelet de pastilles n’ayant rien de commun avec celles du sérail.

(Les Joyeusetés du régiment)

Mail-coach

France, 1907 : Voiture attelée à quatre chevaux de piste à grandes guides. Anglicisme.

Les sonneurs du temps n’ayant pas de mail-coachs pour y accrocher ces monuments encombrants, on se préoccupa de les réduire et c’est vers le XVe siècle qu’on eut l’idée de replier les tubes les uns sur les autres de manière à diminuer le volume sans atténuer le son. Les cors d’harmonie, trompettes et clairons étaient nés.

(Jean Frollo)

Et les fouets claquent et les cris redoublent, et s’en vont roulant les berlines et mail-coachs, les coucous, les voitures de déménagement, les omnibus hors d’usage, tout cela sonnant la ferraille et les grelots…

(F. Laffon, Le Monde des courses)

Mastiquer

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple en général, et en particulier des francs-maçons, qui se livrent à la mastication comme de simples profanes.

Rigaud, 1881 : « Cacher ingénieusement les avaries et les voies d’eau d’un soulier, au moyen d’un enduit spécial de graisse noire ou autre drogue équivalente. » (F. Mornand, La Vie de Paris)

Rigaud, 1881 : Manger ; c’est-à-dire se livrer à la mastication.

La Rue, 1894 : Manger.

France, 1907 : Manger. La fréquence des équivalents indique mieux que toutes les statistiques morales la place tenue par certaines passions et les besoins naturels. Nous avons déjà vu quelle place tenait dans les synonymes l’acte qui perpétue les espèces et celui au moyen duquel on s’abreuve, en voici pour le manger une légion : béquiller ; becqueter ; tortiller du bec ; bouffer ; boulotter ; briffer ; brouter ; chiquer ; casser la croustille ; se caler, se calfater le bec ; se coller quelque chose dans le fanal, dans le fusil, dans le tube ; chamailler des dents ; cacher ; se caresser l’angoulême ; clapoter ; croustiller ; charger pour la Guadeloupe ; déchirer la cartouche ; débrider la margoulette ; se l’envoyer ; engouler ; engueuler ; effacer ; friturer ; friper ; se faire le jabot ; gobichonner ; gonfler ; se graisser les balots ; jouer des badigoinces, des dominos, des osanores ; se lester la cale ; mettre de l’huile dans la lampe ; morfailler ; se mettre quelque chose dans le cadavre ; pitancher ; travailler pour Jules ; passer à la tortore ; tortorer, etc.

Membre (le)

Delvau, 1864 : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.

Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !

(Lemercier de Neuville)

On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.

(Anonyme)

Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :

L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.

Microbe

France, 1907 : Du grec micros, petit, et bios, vie. Mot créé vers 1878 par Sédillot, chirurgien de Strasbourg, pour désigner les plus petits représentants de la nature vivante. Ces êtres se mesurent par millièmes ou dixièmes de millième de millimètre. Les microbes se reproduisent avec une vitesse prodigieuse. En 24 heures, 16 millions d’individus peuvent provenir d’un seul. Un millimètre cube de sang corrompu donne en un jour le nombre de 5,000 milliards de micro-organismes. La doctrine microbienne, dite théorie parasitaire ou doctrine du contage animé, explique les phénomènes de la contagion et de l’épidémicité des maladies infectieuses. Les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, les pneumonies, les abcès, les furoncles, la tuberculose, etc., sont causés par la pénétration du microbe dans l’organisme.
On dit « ensemencer » ou « cultiver » les microbes parce que, par une suite de gradations insensibles, ils se rattachent aux moisissures et aux algues, ce qui les a fait considérer à tort comme des végétaux.

France, 1907 : Injure signifiant avorton, être sans aucune valeur.

On se prend à douter si l’avenir, au lieu de désigner notre siècle par le nom de quelque rare génie, ne l’appellera pas le siècle de microbes ; nul mot ne rendrait mieux notre physionomie et le sens de notre passage à travers les générations.

(M. de Vogüé)

Nazi

Rigaud, 1881 : Maladie vénérienne, — dans le jargon des voleurs et des voyous qui ont été plus d’une fois témoins de cas de syphilis tuberculeuse, durant leur séjour à l’hôpital du Midi.

France, 1907 : Maladie vénérienne qui fait ses ravages sur le nez ; argot populaire.

Omnibus

Larchey, 1865 : Prostituée, femme se donnant à tous.

On y remarque aussi quelques femmes jeunes encore, pauvres beautés omnibus.

(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)

Omnibus de coni : Corbillard (Vidocq). — Mot à mot : voiture de mort. — Omnibus rappelle que tous doivent faire un jour le voyage.

Delvau, 1866 : s. m. Femme banale, — dans l’argot du peuple, pour qui cette Dona Sol au ruisseau lucet omnibus.

Delvau, 1866 : s. m. Garçon supplémentaire pour les jours de fête, — dans l’argot des garçons de café.

Delvau, 1866 : s. m. Résidu des liquides répandus sur le comptoir d’un marchand de vin, et servi par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des arlequins.

Delvau, 1866 : s. m. Verre de vin de la contenance d’un demi-setier, la mesure ordinaire de tout buveur.

Rigaud, 1881 : Batteurs de pavé.

C’est-à-dire des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui diffèrent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.

(Paul Mahalin)

Rigaud, 1881 : Femme qui a autant et plus de droit à ce sobriquet que les voitures de ce nom.

Rigaud, 1881 : Garçon d’extra, dans un restaurant, dans un café.

Rigaud, 1881 : Loges d’avant-scène au théâtre de l’Opéra.

Excepté la loge de l’Empereur et la loge voisine réservée pour le service de Sa Majesté, excepté les deux loges qui sont en face et les deux avant-scènes du rez-de-chaussée, au côté droit, toutes les loges d’avant-scène jusqu’au troisième rang non compris, sont occupées par des hommes et organisées en omnibus ainsi qu’on dit à l’Opéra et à Londres.

(N. Roqueplan)

Rigaud, 1881 : Verre de vin, verre d’eau-de-vie, de la capacité d’un demi-setier. On lit encore à la devanture de quelques débits de vin, extra-muros : « Ici l’on prend l’omnibus. » Rinçures de verres, résidu de vin répandu sur le comptoir et débité aux consommateurs assez ivres pour ne plus y regarder de près.

Fustier, 1889 : Les employés des télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées qui sont expédiées par les tubes.

Le temps qu’ils (les télégraphistes) distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les omnibus à tuber attendent aussi.

(Cri du Peuple, août 1885)

Ces cartes-télégrammes sont aussi nommées petit-bleu à cause de la couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.

La Rue, 1894 : Verre de vin ordinaire. Garçon d’extra. Gouttures du comptoir d’un marchand de vin. Prostituée.

Virmaître, 1894 : Femme à tous. On dit aussi : wagons et omnibusardes. Fréquemment, ces omnibus là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Garçon de café payé par les autres garçons pour les aider dans les moments de presse.

Rossignol, 1901 : Lorsque l’omnibus d’une fille publique est embourbé, elle ne peut travailler.

Hayard, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Batteur de pavé : individu qui erre par les rues, sans moyen apparent d’existence.

Omnibus, des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris, comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui différent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.

(Paul Mahalin)

France, 1907 : Garçon d’extra que prennent les cafetiers, cabaretiers, restaurateurs aux jours de fête.

France, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Superflu de liquides tombé sur le comptoir de zinc d’un marchand de vin recueilli dans un récipient et revendu aux clients.

France, 1907 : Verre de la capacité d’un demi-setier.

Orange à cochons

Delvau, 1866 : s. f. Pomme de terre, — dans l’argot des voleurs, qui apprennent ainsi aux gens honnêtes et ignorants qu’avant Parmentier le savoureux tubercule dont nous sommes si friands aujourd’hui, pauvres et riches, était abandonné comme nourriture aux descendants du compagnon de saint Antoine. Le peuple dit Orange de Limousin.

Oranges à cochon

France, 1907 : Pommes de terre. On les donnait en effet autrefois aux cochons, et ce préjugé était tel que les paysans seraient plutôt morts de faim que de goûter à ce tubercule, interdit par les prêtres.

Par les villes, par les hameaux,
Après la parole bénite,
Pendant deux cents ans les pourceaux
Mangeaient seuls la pomme maudite.
Si bien qu’on vit les paysans
Brouter l’hiver l’herbe gelée,
Tandis qu’au milieu de leurs champs
Restait la pomme ensorcelée.

(Charles Jodet)

On dit aussi oranges de Limousin.

Petit bleu

Rigaud, 1881 : Vin rouge au litre, mauvais vin rouge.

France, 1907 : Nom que les ouvriers donnent au vin, surtout celui de mastroquet qui lorsque suffisamment falsifié au bois de campêche, a des teintes bleuâtres.

Il paraîtrait — les savants l’affirment — que, enfant, on aime le jaune ; en grandissant c’est le rouge que l’on préfère, puis, au moment où le cœur parle, on rêve du bleu ; enfin, une fois adulte et marié, le jaune ne compte plus de partisan.
Adulte, adultère, cela n’a pas besoin d’explication.
Le bleu continue d’avoir des partisans, et combien y en a-t-il qui chantent le Petit Bleu !

(Gil Blas)

Brisson, ton erreur n’est pas mince :
Tu te mets les dix doigts dans l’œil
Quand tu déclares que j’en pince
Pour le petit bleu d’Argenteuil,
M’as-tu pas déjà que j’use
Sans broncher de douteux mégots ;
Tu veux aussi que je m’abuse
Sur des petits bleus visigoths ?…
C’en est trop, sans me crier gare,
Sache ceci : de même que
J’en tiens pour le parfait cigare,
Il me faut du vrai vin, morbleu !

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Télégramme expédié par tube pneumatique.

Piquer le tube (se)

France, 1907 : Se griser ; argot faubourien.

Poireau

Rigaud, 1881 : Sergent de ville stationnant sur la voie publique.

Rossignol, 1901 : Imbécile.

France, 1907 : Hautbois ; argot des musiciens. « Le hautbois et le cor anglais, dit Émile Gouget, doivent leur sobriquet de poireau au renflement de la partie de leur tube qui avoisine le pavillon, renflement qui leur donne la physionomie de cette plante potagère. »

(L’Argot musical)

Par respect pour la gal’rie,
Musiciens, nos camaraux,
Fait’s moins d’couacs, je vous en prie,
En soufflant dans vos poireaux !

(Vilmay)

France, 1907 : Pédéraste.

France, 1907 : Sergent de ville en station.

Racine de buis

La Rue, 1894 : Dent jaune ou gâtée Individu au visage contrefait.

Virmaître, 1894 : Dents. Ainsi nommées lorsqu’elles sont sales et noires. Vesinier, membre de la Commune en 1871, fut surnommé par Henri Rochefort : racine de buis, par allusion à la racine de cet arbuste qui est noueuse avec des protubérances qui ressemblent à des verrues difformes. Racine de buis caractérise la tête des individus qui ressemblent à cette racine (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Bossu, personne contrefaite. Dent longue et jaune.

Radiphone

France, 1907 : Instrument imaginé par l’Américain Bell, inventeur du téléphone, qui permettrait la transmission des sons par l’intermédiaire d’un faisceau de lumière. L’Electrical Review, de Londres, explique le fonctionnement de l’instrument en disant que les sons seraient dus aux variations de pression dans le tube placé au foyer du miroir récepteur et dans lequel l’air est, en effet, alternativement chauffé et refroidi par la vibration des rayons lumineux incidents. Le phénomène n’est pas encore bien élucidé. En tout cas, c’est une expérience de physique curieuse, qui finira peut-être par avoir des applications plus ou moins étendues.

Refiler sous le tube (s’en)

Rigaud, 1881 : Priser.

Rincer la dalle

Delvau, 1866 : v. a. Offrir à boire à quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Se faire rincer la dalle. Accepter à boire sans offrir la réciproque. On dit aussi Rincer la dent, ou le bec, ou le fusil, ou le tube, ou la gargoine, ou la corne.

Hayard, 1907 : Boire un coup.

Sac de pommes de terre

France, 1907 : Protubérance musculaire sur le biceps.

Un jeune homme frêle et charmant dans une veste de chasse dont le coutil laissait apercevoir aux biceps le sac de pommes de terre du savetier.

(Edmond de Goncourt, La Fille Élisa)

Sapin (sentir le)

France, 1907 : Être très malade ; allusion aux cercueils faits généralement en bois de sapin.

Qu’importe qu’Henner s’imagine
Être très fort parce qu’il peint
Avec des tubes de morphine
Des gens qui sentaient le sapin ?

(Jacques Rédelsperger)

On dit d’un mauvais rhume qu’il sonne le sapin.

Elle avait un fichu rhume qui sonnait joliment le sapin.

(Émile Zola)

Surfine

Rigaud, 1881 : Sœur de charité.

Fustier, 1889 : Femme qui s’introduit chez les personnes âgées et les vole sous prétexte de quêter en faveur des pauvres.

La Rue, 1894 : Sœur de charité. Voleuse qui s’introduit dans les maisons sous le prétexte de quêter.

Virmaître, 1894 : Sœur de charité (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Sœur de charité ou voleuse qui va mendier à domicile sons le prétexte d’œuvres pieuses, orphelinats, petits Chinois, tuberculeux, et autres prétextes pieux d’extorquer l’argent des bonnes âmes.

Tasseau, tube

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous. — Se sécher le tasseau, se vider le tube, se moucher. — Se piquer le tasseau, se coiffer le tube, se soûler.

Terreau

Delvau, 1866 : s. m. Tabac à priser, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.

Rigaud, 1881 : Tabac à priser.

France, 1907 : Tabac à priser. Se flanquer du terreau par le tube, prendre une prise de tabac.

Tonographe

France, 1907 : Appareil pour photographier le chant. Cet appareil, dû à un Américain, Halbrook Curtis, traduit par une image un son, une note, un chant entier. Pour comprendre cet ingénieux mécanisme, il faut se rappeler les vieilles expériences que l’on fait dans les cours de physique en mettant en vibration avec un archet des plaques saupoudrées de de sable. Il se forme sur la plaque des lignes nodales, des dessins rendus bien visibles par la distribution du sable et qui varient selon la note, c’est-à-dire selon la plaque. M. Curtis a eu l’idée de remplacer l’archet par l’émission d’une note. Il a construit un tube recourbé, comme une grande pipe ; à l’une des extrémités, celle de la partie horizontale, une embouchure ; à l’autre, celle qui se redresse verticalement, une plaque de verre placée horizontalement. On saupoudre la surface de la plaque d’un mélange de sel de table et d’émeri très fin. Puis, on fait chanter dans le tube. Pour chaque note, on obtient une distribution particulière de la poudre, une image invariable, qu’il est facile, ensuite, de photographier.

Trogne

d’Hautel, 1808 : Pour visage rubicond, jovial et facétieux ; mine de jubilation, comme l’ont ordinairement les bons buveurs.
Une trogne enluminée ; une rouge trogne.

Halbert, 1849 : Figure.

Delvau, 1866 : s. f. Visage, — dans l’argot du peuple, qui le dit surtout de toute tuberosa faciès. Belle trogne. Visage empourpré et embubeletté, comme le sont presque tous les visages d’ivrognes. Le mot a des chevrons :

Il faut être Jean Logne
Pour n’aimer pas le vin ;
Pour moi, dès le matin
J’enlumine ma trogne
De ce jus divin !

a chanté le goinfre Saint-Amand.

Virmaître, 1894 : Le visage. Quand un individu a la trogne couperosée, dans le peuple, on lui lance cette plaisanterie :
— C’est ta femme qui boit, et c’est toi qui a le nez rouge.
Avoir une trogne de vin de Bourgogne, c’est une trogne d’ivrogne (Argot du peuple).

Truffe

Delvau, 1866 : s. f. Nez d’ivrogne, — dans l’argot des faubouriens, qui trouvent que ces nez-là ressemblent beaucoup au tuber cibarium. Ils ont raison.

Rigaud, 1881 : Pomme de terre. — Gros nez, nez d’ivrogne.

La Rue, 1894 : Pomme de terre. Nez d’ivrogne. Truffe de savetier, marron.

Virmaître, 1894 : Nez, lorsqu’il est gros eu forme de groin. Allusion au cochon qui s’en sert pour chercher des truffes. Le peuple dit aussi : piton (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Naïf, imbécile.

France, 1907 : Imbécile, digne d’être accommodé aux truffes comme une oie ou un dindon.

Le départ de la chaîne était un spectacle qui avait ses fidèles habitués.
On accourait de tous les points de la capitale pour voir ce pittoresque tableau ; mais le bourgeois du Marais dominait.
Ce n’était pas l’échafaud, ce n’était pas la marque, mais enfin, c’était quelque chose qui méritait que l’on se dérangeât, disaient les Babyloniens de la fin du siècle dernier.
Les forçats, loin d’être intimidés par les spectateurs, leur lançaient de grossiers lazzis.
— Tu viendras bientôt nous retrouver !
— Arrétez-le, il a monté le coup avec moi !
— Tu ne ferais pas mieux de rester auprès de ta femme ? Ton premier garçon est en train de te remplacer.
— Oh ! là, là ! regardez-moi cette gueule ! On dirait l’hippopotame. Eh ! va donc, truffe !

(Marc Mario et Louis Launay)

France, 1907 : Nez sur lequel poussent des tubercules, nez d’ivrogne rouge et gonflé. Argot populaire.

France, 1907 : Tête ; argot populaire.

Tubard

Hayard, 1907 : Nez.

France, 1907 : Chapeau haut de forme ; allusion à sa ressemblance avec un tuyau. Les synonymes sont nombreux et la raillerie populaire s’est fort exercée sur ce vilain complément du costume moderne. En voici les principales désignations : blockaus, bloum, boisseau, bolivar, brosselard, cadratin, capsule, couvre-amour, cyclope, décalitre, lampion, tromblon, tube, tube à pression, tuyau de poêle. Voir Tube, Tuyau de poêle.

— Qu’est-ce que vous avez fait au bon Jésus et à ces damnés hommes, chérie de mes entrailles ? Dégoisez ça à votre mignonne maman, mon pauvre petit poulet d’hôpital.
— Rien, dit la petite en pleurnichant… c’est un monsieur à tubard qui m’a raccrochée comme ça parce que je vendais des fleurs à des types. Alors j’ai cru qu’il rabattait dans le truc ; je l’ai suivi dans sa piole. Mais c’était un friquet.

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)

Tube

Halbert, 1849 : Fusil.

Delvau, 1866 : s. m. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se rincer le tube. Boire. Se coller quelque chose dans le tube. Manger. Signifie aussi Voix.

Delvau, 1866 : s. m. Nez, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Nez. Se piquer le tube, se griser.

La Rue, 1894 : Gosier. Nez. Fusil. Chapeau.

Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. On dit aussi : tuyau de poêle (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Le gosier. Dans le peuple, on dit deo celui qui a le ventre creux :
— Il n’a rien à se mettre dans le tube.
Boire un bon coup, c’est se rincer le tube.
— Il est quatre heures, je vais me coller un peu de fripe dans le tube.
Mot à mot : je vais manger (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Chapeau haut-de-forme, nez.

France, 1907 : Gosier. Se coller quelque chose dans le tube, boire ou manger. Argot populaire.

La gamelle a du bon, mes fistons, et la preuve c’est que le prince d’Orléans, qui a pourtant mieux que ça à se coller dans le tube, est venu réclamer la sienne quand il a eu l’âge d’en boulotter.

(Monthabor, La Vie au régiment)

France, 1907 : Même sens que tubard ; le digue pendant de l’ignoble habit à queue de morue.

— Mon horreur pour le chapeau noir surpasse de 69 coudées 7 dixièmes la haine que Jules Lemaître professe à l’égard du même objet. Je demande pour le ridicule couvre-chef une nouvelle Saint Barthélémy !
— Parfait !
— Ce que je n’admets surtout pas, c’est la consécration tyrannique du tube par le protocole de la snoberie moderne. Certaines gens ne peuvent récupérer leur pain quotidien que si, malgré le délabrement de leur costume, ils sont coiffés de ce monstrueux cylindre !

(George Auriol)

Son successeur est un tub très à la mode,
Digne d’être chanté sur le rythme d’une ode,
Au dernier goût du jour et d’un chic élégant ;
Il luit plus qu’un miroir, il me va comme un gant.

(George Bois, Cœur au vent)

Tube à haute pression

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des voyous.

Tuber

Rigaud, 1881 : Fumer la pipe. Le mot est d’importation méridionale. — Si nous en tubions une ?

La Rue, 1894 : Fumer la pipe.

Hayard, 1907 : Bouder, être en colère.

France, 1907 : Fumer la pipe ; argot populaire. En tuber une.

Tubercule

France, 1907 : Gros nez ; argot populaire.

Tubéreuse

Delvau, 1866 : s. f. Ventris flatus male olens, — dans l’argot des faubouriens. Lâcher une tubéreuse. Ventris flatum emittere.

France, 1907 : Vesse. Lâcher une tubéreuse, vesser. Allusion à la mauvaise odeur de la fleur de ce nom.

Tutu

France, 1907 : Caleçon ; maillot que portent les danseuses.

Pour tout le monde, une belle fille est une belle fille, et qu’une danseuse appétissante, avec des cuisses, des bras et des seins, se fasse mieux valoir en tutu, cela ne m’étonne guère.
Ce qui me laisse rêveur, c’est la monomanie de ces astronomes de la petite comète, qui recherchent non pas une danseuse — mais la danseuse.

(Montjoyeux, Gil Blas)

Aujourd’hui, s’il vous plaît,
Au grand corps de ballet
Elles sont en régie.
Si bien sont leurs tutus
Et leurs jetés-battus
Sont de telle énergie
Que tous les vieux messieurs
— À l’orchestre — des yeux
Dévorent nos poulettes,
Et plus d’un, en pacha,
Veut après l’entrechat
Frotter leurs allumettes.

(Blédort, Chansons de faubourg)

France, 1907 : Danseuse.

Malgré ses cinquante ans bien sonnés, X… n’a pas encore désarmé. Son fils, un délicieux potache, âgé de 16 ans, ne dégénère pas et marche glorieusement sur ses traces. Dernièrement, il s’est échappé da colère pour aller retrouver certain tutu dont il fit la connaissance un soir d’Hippodrome.
Son père le sermonne :
— Tu n’es pas honteux… à ton âge !.. Tu me la feras connaître, cette dame… j’irai lui parler.
— Jamais de la vie… tu me la soufflerais…

France, 1907 : Le derrière. Terme enfantin.

C’était gentil, c’était mignon,
C’était le tutu d’un trognon !
De la Lolotte, de Zézèle !
Puis un jour on fut renversé
Lorsqu’on s’aperçut que c’é-
Tait celui d’une demoiselle !

(Miguel Zamacoïs, Le Sourire)

France, 1907 : Souffle.

Il donne quatre notes à la fois, le do, le mi, le sol et le contre-ut, par un seul tutu des lèvres à l’orifice du tube !

(Émile Bergerat)

Tuyau de poêle

Larchey, 1865 : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme.

Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue.

(Th. Gautier, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes. Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l’ont ainsi baptisé.

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d’infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.

Merlin, 1888 : Dans le langage familier, on désigne ainsi un chapeau de haute forme ; dans l’argot militaire, c’est une botte.

La Rue, 1894 : Chapeau haut de forme. Soulier dont l’extrémité est béante.

Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).

France, 1907 : Chapeau haut de forme appelé ainsi parce qu’il fait ressembler celui qui le porte à quelqu’un coiffé d’un tuyau de poêle tronqué. Il faut être, comme nous le sommes, habitués à cette grotesque coiffure pour ne pas en voir tout le ridicule. Cette abomination nous vient comme tant d’autres modes de la Grande-Bretagne. Ce fut un chapelier anglais, John Hetherington qui, désirant se faire une réclame monstre, s’en coiffa le premier. Il l’inaugura le 15 janvier 1797 — notez cette date mémorable dans les fastes de l’imbécillité publique — en se promenant dans les rues principales de Londres, où il provoqua un véritable scandale. Bien que fervents admirateurs de tout ce qui est excentrique, les Anglais trouvèrent que ce chapeau dépassait les bornes du laid. Le chapelier fut hué ; il y eut des bousculades ; Hetherington tint bon et reparut le lendemain et les jours suivants aves son grotesque couvre-chef, dont il avait orné de pareils sa vitrine. Le scandale ne discontinua pas et finalement son auteur fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire sous l’inculpation d’avoir troublé la paix publique. Il déclara pour sa défense qu’un citoyen anglais avait le droit de se coiffer comme bon lui semblait. Le Times lui donna raison et dès lors l’opinion fut en sa faveur.
Quelques jeunes fashionables s’affublèrent par plaisanterie du nouveau chapeau, un membre de la famille royale le trouva à son goût et dès lors la gentry l’adopta. De l’Angleterre, il passa sur le continent, et traversant les frontières, les monts et les mers, il est allé coiffer jusqu’aux têtes des rois nègres.

La perfidie du chapeau haut de forme, dit George Auriol, est du reste indéniable. Il est fatal aux crânes les plus endurcis. Il recèle le microbe de la migraine et propage le bacille de l’abrutissement. Il exige des soins constants. Dès qu’on oublie de le lisser, de le polir, de le caresser et de le lécher, — il se rebiffe !
Moi qui vous parle, lorsque par hasard je m’encombre d’un chapeau tube, je suis le plus malheureux des hommes. À peine l’horrible tuyau est-il sur ma tête, qu’il s’horripile de lui-même malgré toutes les précautions que je prends, si bien qu’au bout d’une demi-heure il ressemble à un hérisson longtemps battu par la tempête.

 

Nous sommes tous fort laids même en habits de fête :
Boutonnés, ficelés et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.
Aussi prêtons-nous mal à la mélancolie,
Et la belle qui rêve et veut l’émotion
Ne peut guère trouver que par une folie
L’emblème du monsieur qui fait sa passion.

(Aurélien Scholl)

Vit

Delvau, 1864 : « La partie qui fait les empereurs et les rois, la garce et le cocu, » dit le vertueux Pierre Richelet. En voici la description, d’après l’auteur du Noviciat d’amour :

Ce tube est le chef-d’œuvre de l’architecture divine qui l’a formé d’un corps spongieux, élastique, traversé dans tous les sens par une ramification de muscles et de vaisseaux spermatiques. Il est, à son extrémité supérieure, surmonté d’une tête rubiconde, sans yeux, sans nez, n’ayant qu’une petite ouverture et deux petites lèvres, couvert d’un prépuce, retenu par un frein délicat qui ne gêne point le mouvement d’action et de rétroaction : au bas de cet instrument précieux sont deux boules ou bloc arrondis, qui sont les réservoirs de la liqueur reproductive, qu’aspire et pompe votre partie dans le mouvement et le frottement du coït, id est, de la conjonction ; ces deux boules enveloppent deux testicules, d’où elles ont pris leur nom, et sont soutenues par le ralphé ; on les nomme plus généralement couilles et couillons…

(Mercier De Compiègne)

On dit de quelqu’un qui rougit de chaleur, de honte, de colère, ou pour toute autre cause : il est rouge comme un vit de noce.

(Dicton populaire)

L’académicien dit : Mon vit.

(L. Protat)

Ah ! je n’y tiens plus ! le cul me démange…,
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin…
Car je veux sentir le vit de cet ange
Enfoncer mon con — comme avec un coin.

(Parnasse satyrique)

Si je quitte le rang de duchesse de Chaulne
Et le siège pompeux qu’on accorde à ce nom,
C’est que Gino a le vit long d’une aune,
Et qu’à mon cul je préfère mon con.

(Collé)

De Madeleine ici gisent les os,
Qui fut des vits si friande en sa vie,
Qu’après sa mort tout bon faiseur supplie
Pour l’asperger lui pisser sur le dos.

(B. Desperriers)

Quand votre vit, à jamais désossé,
Comme un chiffon pendra triste et plissé.

(Chanson d’étudiants)

France, 1907 : Membre viril, du latin vitum, dérivé de vita, vie. C’est en effet, suivant l’expression de Boccace, le bâton avec lequel on plante les hommes et qui perpétue la vie et les espèces. Le mot est aussi vieux que notre langue et nos pères, qui, n’étant pas englués de notre fausse et ridicule pudeur, n’hésitaient pas à le prononcer ni à l’écrire.

Ton vieux couteau, Pierre Martel, rouillé
Semble ton vit jà retrait et mouillé ;
Et le fourreau tant laid où tu l’engaînes,
C’est que toujours as aimé vieilles gaines.
Quant à la corde à quoi il est lié,
C’est qu’attaché seras et marié.
Au manche aussi de corne connoît-on
Que tu seras cornu comme un mouton.
Voilà le sens, voilà la prophétie
De ton couteau, dont je te remercie.

(Clément Marot)

Vitelotte

Delvau, 1866 : s. f. Le nez, — du moins le nez de certains buveurs, qui affecte en effet la forme de cette variété de pomme de terre. Argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Nez. Quand un individu a bu beaucoup dans sa vie, son nez devient rouge et tuberculeux. Allusion à la pomme de terre que l’on nomme vitelotte, ou plutôt que l’on nommait, car elle a disparu entièrement, au grand désespoir des amateurs de gibelotte. Elle était la sauce du lapin (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Nez bourgeonné.

Hayard, 1907 : Nez.

France, 1907 : Nez rouge ; allusion à la pomme de terre de ce nom.

Yankee Doodle

France, 1907 : Air national des États-Unis, littéralement Yankee niais. Rien de plus niais, en effet, que cette vieille chanson digne de prendre place dans les chants dont se servent les nourrices pour endormir leurs poupons. Les Yankees en ont fait cependant leur chant de guerre et marchent au combat aux accents de cet hymne que les soldats anglais, au temps de Charles Ier, chantaient pour humilier les révolutionnaires marchant sous les ordres de Cromwell. On célèbre dans cette chanson les aventures d’une sorte de Jocrisse, Yankee Doodle. Le poème débute ainsi ;

Yankee Doodle came to town,
Riding on a pony,
Stuck a feather in his cap
And said t’was macaroni.

Traduction : Yankee Doodle se rend en ville, monté sur un poney, il pique une plume à son chapeau, et dit que c’est du macaroni.
Au couplet suivant Yankee Doodle tue un porc et constate que cet animal tenait à la vie. D’autres couplets suivent tout aussi bizarres au point de vue littéraire et national.
Ajoutons qu’en parlant de macaroni, Yankee Doodle ne veut pas dire qu’il a orné son chapeau d’un bout de ces tubes de pâte si appréciés des sujets du roi Humbert. Le mot « macaroni » ainsi employé est une expression d’argot qui signifie élégant, chic, dernier cri.

Zéphir

Larchey, 1865 : « L’infanterie légère d’Afrique dont les hommes sont généralement désignés sous le nom de zéphyrs. »

(Gandon)

Delvau, 1866 : s. m. Soldat indiscipliné ou bon pour les compagnies de discipline. Argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Soldat du bataillon d’Afrique.

Les zéphirs, qu’on nomme aussi joyeux, se recrutent dans tous les régiments d’infanterie et Cavalerie, et forment une petite légion fougueuse, irascible, hostile aux règlements, rebelle au devoir, qui approvisionne très consciencieusement les prisons et les conseils de guerre.

(A. Camus)

Merlin, 1888 : Soldat des bataillons d’Afrique.

Virmaître, 1894 : Quand un troupier indiscipliné est envoyé on Afrique, aux compagnies de discipline, pour casser des cailloux sur les routes, il devient, de par son incorporation, un zéphir. Quand il fait un vent doux, on dit :
— Quel doux zéphir.
Quand un malpropre lâche une tubéreuse, c’est un sale zéphir pour celui qui est sous le vent (Argot du peuple).


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique