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Archisuppôt de l’argot

France, 1907 : Haut dignitaire de l’ancienne truanderie.

Les archisuppôts sont ceux que les Grecs appellent philosophes, les Hébreux scribes, les Latins sages, les Égyptiens prophètes, les Indiens gymnosophistes, les Assyriens chaldéens, les Gaulois druides, les Perses mages, les Français docteurs. En un mot, ce sont les plus savants, les plus habiles marpeaux de toutine l’argot, qui sont des écoliers débauchés, et quelques ratichons, de ces coureurs qui enseignent le jargon à rouscailler bigorne, qui ôtent, retranchent et réforment l’argot ainsi qu’ils veulent, et ont aussi puissance de trucher sur le toutine sans ficher quelque floutière.

(Langage de l’argot réformé)

Argot, arguche

Larchey, 1865 : Diminutifs d’argue. Ruse, finesse. V. Roquefort. — L’argot n’est en effet qu’une ruse de langage. V. Truche.

Autruche

d’Hautel, 1808 : Un estomac d’autruche. Estomac complaisant qui digère avec promptitude et facilité toutes sortes d’alimens : tel est ordinairement celui des parasites et des épicuriens.

Canard, couac

Larchey, 1865 : « Ces explosions criardes des instruments à vent si connues sous le nom de canards. » — V. Luchet. — Le second mot est une onomatopée, et la comparaison d’une fausse note au cri du canard (couac) a fait former le premier.

Rigaud, 1881 : Fausse note, — note qui ne sort pas du gosier du chanteur. Quand l’émission du son commande plus d’une note, le canard prend le nom d’oie. L’autruche est un canard considérable, tout ce qu’il y a de plus fort en couacs, — dans le jargon des chanteurs.

Digérer

d’Hautel, 1808 : C’est bien dur à digérer. Se dit d’une offense, d’une insulte, d’une injustice dont on est la victime, et que l’on ne peut oublier,
Il a un estomac d’autruche, il digéreroit du fer. Exagération usitée en parlant d’un grand mangeur, d’un goinfre, d’un glouton à qui rien ne fait mal.

Estomac

d’Hautel, 1808 : Il a un estomac d’autruche, il digéreroit le fer. Se dit d’un gourmand à qui rien ne peut faire mal ; et d’un homme qui a l’estomac bien constitué.

Delvau, 1866 : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot :

Quant je voy Barbe en habit bien luisant,
Qui l’estomac blanc et poli desœuvre.

Rigaud, 1881 : Courage, intrépidité, — dans l’argot des joueurs.

Avoir de l’estomac au jeu, c’est poursuivre la veine sans se déconcerter, sans broncher, dans la bonne ou la mauvaise fortune.

(Les Joueuses, 1868)

Peu de joueurs étaient aussi crânes, avaient un pareil estomac !

(Vast-Ricouard, le Tripot, 1880)

Beau joueur, Grandjean, et quel estomac !

(Figaro du 5 mars 1880)

On dit d’un joueur très intrépide qu’il a un estomac d’enfer.

La Rue, 1894 : Courage, audace au jeu.

France, 1907 : Aplomb, audace, sang-froid, effronterie. On dit d’un beau joueur : « Il a de l’estomac. » Se dit aussi d’un politicien roublard et sans vergogne.

Le langage populaire désigne deux sortes d’intrépidité par deux locutions spéciales ; et cette phrase : « Il n’a pas froid aux yeux », ne signifie pas précisément la même chose que : « Il a un rude toupet. » Or nous sommes tellement démoralisés que nous en arrivons à ne plus sentir cette nuance. Combien de fois, devant un coquin qui se carre dans sa mauvaise réputation et porte beau sous l’infamie, n’avez-vous pas entendu dire : « Il est crâne, il a de l’estomac… »

(François Coppée)

Je ne suis certes pas pessimiste, et j’aime la bataille par tempérament, mais j’avoue que le métier de député, accepté d’une certaine manière, est un métier abominablement écœurant.
Il exige, pour quelques-uns, une réelle maîtrise dans la canaillerie familière et dans la roublardise. Il faut de l’estomac, comme on dit, pour bien tenir l’emploi.

(A. Maujan)

Avoir de l’estomac se dit aussi pour avoir une grosse fortune, offrir de sérieuses garanties dans les affaires. « Vous pouvez aller en toute confiance, le patron a de l’estomac. »

Fantasia (faire la)

France, 1907 : Faire du bruit avec grand déploiement de costumes, à la façon des Arabes qui, dans les noces et à certaines fêtes, tirent des coups de fusil et déploient leurs brillants oripeaux. C’est faire, en un mot, plus de bruit que de besogne.
La fantasia est une course de chevaux particulière aux Arabes, une fête à cheval en guerre comme en paix.
La course se fait soit en ligne, soit par groupes de cavaliers, soit un à un. Au signal donné, on s’élance au galop en poussant le cri de guerre, chacun décharge son arme, et, debout sur les étriers, lance son fusil en l’air et le rattrape, toujours chargeant avec une merveilleuse dextérité. Aux noces, aux fêtes de la tribu, la fantasia s’exécute près des tentes devant les femmes réunies qui acclament les cavaliers par des you you prolongés.

Fantasia ! Fantasia ! les coups de feu se précipitent. Les cavaliers s’ébranlent ; les longs chelils de soie aux franges d’or flottent sur les croupes ; les fusils jetés en l’air retombent dans les mains habiles ; jeunes et vieux, courbés sur les encolures, sont lancés au galop et, suivis des éclats stridents des femmes, disparaissent dans les tourbillons de sable jaune. Et dans les grandes lignes dorées de la plaine on voit fuir les couples d’autruches et bondir les troupeaux d’antilopes et de gazelles.

(Hector France, L’Amour au pays bleu)

Ficher la colle gourdement

Halbert, 1849 : Être bon trucheur en perfection.

Médium

Larchey, 1865 : Homme qui prétend servir d’intermédiaire entre ses semblables et certains esprits plus ou moins infernaux. — Ses évocations sont désignées aussi par un adjectif nouveau : médianymique.

Delvau, 1866 : s. m. Individu qui évoque les Esprits, — les lémures, auxquelles les modernes croient avec la même foi aveugle que les anciens. Le mot est nouveau, si la chose est vieille. Argot des spirites.

Rigaud, 1881 : Interprète de l’autre monde. Celui qui se charge de mettre le premier naïf venu en rapport de conversation avec feu M. de Voltaire ou avec tout autre grand homme trépassé. Le médium est le trucheman entre ce monde et l’autre. Il y a des gens qui se font des rentes avec ce métier-là.

Millard

Vidocq, 1837 : s. m. — Mendiant de l’ancien Paris, qui ne reconnaissait pas l’autorité du grand Coësré.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

France, 1907 : Variété de mendiants qui portent une besace sur leurs épaules et opèrent plus spécialement dans les campagnes.

Millards sont ceux qui trollent sur leur andosse de gros gueulards ; ils truchent plus aux champs qu’aux vergnes, et sont haïs des autres argotiers, parce qu’ils morflent ce qu’ils ont tout seul.

(Le Jargon de l’argot)

Pampeluche

Vidocq, 1837 : s. — Paris.

France, 1907 : Paris ; argot des voleurs. Ils disent aussi Pantruche.

Pante, pantre, pantinois

Larchey, 1865 : Bourgeois bon à exploiter ou à voler. — Pante et Pantre sont des formes abrégées de Pantinois et Pantruchois, c’est-à-dire : bourgeois de Pantin ou Pantruche (Paris). On sait que la grande ville est pour les voleurs un séjour de prédilection. — V. Lever.

J’ai reniflé des pantes rupins.

(Paillet)

Pantin

Vidocq, 1837 : s. — Paris.

M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Paris.

Larchey, 1865 : « Pantin, c’est le Paris obscur, quelques-uns disaient le Paris canaille, mais ce dernier s’appelle en argot, Pantruche. » — G. de Nerval. — Cette définition manque de justesse. Pantin est Paris tout entier, laid ou beau, riche ou obscur. — étymologie incertaine. Peut-être le peuple a-t-il donné à Paris, par un caprice ironique, le nom d’un village de sa banlieue (Pantin). — V. Pré.

Delvau, 1866 : n. de l. Paris, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Pampeluche et Pantruche. « Pantin, dit Gérard de Nerval, c’est le Paris obscur. Pantruche, c’est le Paris canaille. » Dans le goût de Pantin. Très bien, à la dernière mode.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, — dans l’argot du peuple oui sait que nous sommes cousus de fils à l’aide desquels on nous fait mouvoir contre notre gré.

Rigaud, 1881 : Paris, la ville des pantes. Et les variantes moins usitées : Pantruche, pampeluche.

Virmaître, 1894 : Paris.

Quand on a bien billanché pour son compte,
On defourage et renquille à Pantin.
L’long du trimard, bequillant son décompte,
De gueule en gueule on pique un gai refrain.

Pantin : Argot du peuple.
Pantruche : Argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Paris. Que vous soyez d’Aubervilliers ou de Vincennes, vous êtes toujours Pantinois de Pantin.

France, 1907 : Homme sans caractère, sans énergie, que l’on fait mouvoir et agir à sa volonté.

L’ignorance, au gré des scrutins,
Fait mentir les temps où nous sommes ;
Hélas ! on nomme des pantins,
Quand il faudrait nommer des hommes.

(Clovis Hugues)

France, 1907 : Paris ; argot des faubouriens ; la ville des pantes.

Pantin, la capitale des stupéfactions parce que celle des étrangetés.

(Alfred Delvau)

On dit aussi Pampeluche et Pantruche.

Pantin ou pantruche

Halbert, 1849 : Paris.

Pantin, Pantruche

anon., 1907 : Paris.

Pantin, Pantruche, Pampeluche

La Rue, 1894 : Paris. Pantinois, pantruchois : Parisien.

Pantruche

un détenu, 1846 / Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Paris.

France, 1907 : Déformation argotique de Pantin, Paris.

Pantin, c’est le Paris obscur ; Pantruche, c’est le Paris canaille.

(Gérard de Nerval)

Rouffion, rouffionne

France, 1907 : Petit garçon de boutique, apprenti, apprentie.

— Faites donc pas tant le naïf, mon vieux birbe. Ça vous va juste comme une plume d’autruche au derrière d’un goret. Est-ce que ça manque dans Paris, les petites rouffionnes de douze et dix ans que des vieilles servent, toutes chaudes, à de vieux salopiots, bourgeois, rentiers, magistrats ?…

(Michel Morphy)

Truc

Vidocq, 1837 : s. f. — Une des diverses manières de voler, profession d’un voleur.

un détenu, 1846 : Tout faire. Homme à truc : métier.

Halbert, 1849 : Industrie quelconque.

Larchey, 1865 : Manière de voler (Vidocq). — Du vieux mot truche (V. Roquefort). — La truche était l’art d’exploiter la pitié des gens charitables.

Grand Coësre, dabusche des argotiers et des trucheurs le grand maître, vivent les enfants de la truche ! vivent les enfants de l’argot !

(Vidocq)

Cette juxtaposition de truche et de argot confirme notre pensée sur l’origine de ce dernier mot… Argot n’est qu’une forme d’argue : ruse, subtilité. — Au moyen âge, les mots truffe, trulle et trut avaient le même sens de finesse et d’imposture. Ce dernier, qui ne diffère pas beaucoup de truc, se trouve, dès le quatorzième siècle, dans une chronique rimée du duc de Bretagne, Jean IV (Lobineau, t. II, col.730) :

François prenoient trop divers noms Pour faire paour aux Bretons, Mais ils avoient plus de viel Trut Que vueille truie qui est en rut.

V. Roustir, Lem. Notre société a adapté le mot truc, au théâtre c’est la machine destinée à produire un changement à vue, les féeries sont des pièces à trucs, pour un auteur dramatique, le truc est la science des détails. On dit d’un écrivain qui file la scène avec difficulté, qu’il manque de truc.

Delvau, 1866 : s. m. Ficelle, secret du métier, — dans l’argot des saltimbanques. Débiner le truc. Révéler le secret d’un tour.

Delvau, 1866 : s. m. Machine destinée à produire un changement à vue, — dans l’argot des coulisses. Signifie aussi Entente des détails et de la mise en scène.

Delvau, 1866 : s. m. Tromperie ; malice, — dans l’argot du peuple. Avoir du truc. Avoir un caractère ingénieux. Connaître le truc. Connaître le secret d’une chose.
Le truc était, au commencement du XVIIIe siècle, un billard particulier, plus long que les autres, et pour y jouer proprement il fallait en connaître le secret.

Rigaud, 1881 : Commerce infime en plein air, petit trafic de toute sorte d’objets sans valeur.

Le gamin de Paris fait tous les petits commerces qu’on désigne sous l’appellation de trucs. C’est sa qualité native.

(Ménetier, Les Binettes des cafés-concerts)

Rigaud, 1881 : Machine servant à produire un changement à vue au théâtre. — Le changement à vue lui-même. Les féeries sont des pièces à truc.

Rigaud, 1881 : Métier, — dans l’argot des voleurs. — À la Cour des Miracles le truc était un genre de vol qui consistait à dépouiller celui dont on implorait la charité.

Rigaud, 1881 : Ruse, mensonge ingénieux.

Est-ce que je ne connais pas toutes les couleurs ? J’ai le truc de chaque commerce.

(Balzac, L’Illustre Gaudissart)

Son chef-d’œuvre est l’invention du truc à l’amour.

(Mémoires de Thérésa)

Ce farceur de Mes-Bottes avait eu le truc d’épouser une dame très décatie.

(É. Zola)

Boutmy, 1883 : s. m. Façon d’agir, bonne ou mauvaise ; plus souvent synonyme de ruse, de tromperie : Tu sais, mon vieux, je n’aime pas ces trucs-là. Usité aussi dans d’autres argots. Piger le truc, découvrir la ficelle, la ruse. Rebiffer au truc, recommencer une chose déjà faite, à manger et à boire, par exemple.

La Rue, 1894 : Métier. Ruse, tromperie. Secret d’un métier, d’un tour. Petit commerce. Racolage.

Virmaître, 1894 : Connaître le truc, être malin. Avoir du truc, avoir les moyens de réussir. Truc : machine de théâtre employée dans les féeries pour un changement de décors à vue. Truc : moyen secret que possède un individu de faire quelque chose (Argot des camelots et des saltimbanques).

Hayard, 1907 : Signifie n’importe quoi, comme fourbi.

France, 1907 : Tromperie, ficelle, ruse, secret de métier. On appelait autrefois truc une sorte de billard qu’il fallait étudier et dont il était nécessaire de connaitre le secret pour pouvoir y jouer avec avantage.

— Si jamais Monsieur avait besoin de moi… et de mon associé, nous serions bons, là, pour n’importe quelle besogne… — et nous avons pas mal de trucs dans notre sac… et des fameux… — Il ne s’agit que d’y mettre le prix. — Monsieur nous trouverait à ses ordres.

(Xavier de Montépin, Le Mariage de Léone)

Lorsqu’un de ses protecteurs lui fait une scène et parle de la lâcher, la petite Simonne de L…, qui n’est pas une sotte, a trouvé un bon truc.
Elle se couche, absolument nue, devant la porte de son boudoir, en s’écriant d’une voix dramatique :
— Avant de sortir d’ici, Monsieur, vous me passerez sur le corps.
Ça lui a toujours réussi.

(Le Diable amoureux)

Truche

Delvau, 1866 : s. f. Manière de voler, — dans l’argot des prisons.

Virmaître, 1894 : Est une manière spéciale de voler. Le voleur qui la pratique est un trucheur (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Aumône.

France, 1907 : Mendicité. Le faire à la truche, mendier.

Je suis ce fameux argotier,
Le grand Coesre de ces mions,
J’entrerve truche et doubler
Dedans les boules et fremions.

(Chanson des argotiers)

Enfants de la truche, mendiants.

Vive les enfants de la truche,
Vive les enfants de l’argot.

(Même chanson)

Trucher

d’Hautel, 1808 : Caimander, gueuser, mendier par fainéantise.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Demander l’aumône.

La Rue, 1894 : Mendier.

France, 1907 : Mendier ; vieux français.

Grenipille ou bien Misère,
C’est même chose en deux mots,
C’est de hameaux en hameaux
Traîner un ventre qu’on serre,
Pour soi-même et les marmots
Trucher le pain nécessaire,
Envier leur sort même aux
Plus pauvres des animaux,
Égrener le noir rosaire
Dont tous les grains trop gémeaux
Sont des maux, des maux, des maux…
Grenipille ou bien Misère,
C’est même chose en deux mots.

(Jean Richepin)

Trucher, tuner

Rigaud, 1881 : Mendier, — dans l’ancien argot.

Trucheur

d’Hautel, 1808 : Voyez Truand.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur.

Trucheur, tuneur

Rigaud, 1881 : Mendiant. — Trucheuse, tuneuse, mendiante. Truche, mendicité. La faire à la truche, implorer la charité. Les mots « trucher, trucheur », sont des dérivés de l’ancien mot truc. (V. truquer.)

Trucheux

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Gueux.

France, 1907 : Mendiant.

Qui veut rouscailler,
D’un appelé du grand Coesre,
Dabusche des argotiers,
Et des trucheux le grand maître ?

(Chanson des argotiers)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique