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Air (se donner ou se pousser de l’)

France, 1907 : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :

Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.

Besogne

d’Hautel, 1808 : Il est né un samedi, il aime bien la besogne faite. Se dit d’un paresseux, d’un homme indolent et oisif qui a une sainte horreur pour le travail.
Faire plus de bruit que de besogne. Voyez Bahutier.
Faire de belle besogne. Signifie ironiquement, ne faire rien qui vaille ; travailler en pure perte.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, que nous accomplissons sans douleur — mais non sans fatigue. C’est ce que Fourier appelle le travail attrayant.

Quand ils ont bien travaillé et qu’ils sont saouls de la besogne.

(Tabarin)

De le faire cent coups, voire à beau cul levé,
Avec votre Brillant, qui besogne en crevé.

(Trotterel)

La belle en train de bien apprendre,
Serrait Lucas, qui, las de besogner,
Par un air abattu lui fit assez comprendre
Qu’on ne peut toujours enseigner.

(VIDA)

Blouse

d’Hautel, 1808 : Se mettre dans la blouse. Se tromper dans une spéculation.
Mettre quelqu’un dans la blouse. Le faire dupe, l’attraper, le friponner.
On dit aussi d’une personne que l’on a incarcérée, qu’On l’a mis dans la blouse.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, qui, au jeu de billard amoureux, reçoit les deux billes de l’homme — avec la queue.

Que je voudrais avoir aussitôt un écu,
Voire deux, voire trois, dans ma pauvre fouillouse.
Comme on a mis de coups dedans votre belouse.

(Trotterel)

Cheminer autrement que de pieds

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, dans lequel, en effet, on fait beaucoup marcher la pine, — cette troisième jambe qui se fatigue si vite.

Lycaste pourrait bien l’avoir fait cheminer
Autrement que des pieds ; ce sexe est si fragile
Que, prenant bien son temps, vertement on l’enfile.

(Trotterel)

Conifère

Delvau, 1864 : Jeune fille ou jeune femme, — de cunnus, con, et fero, je porte.

Quand on se promène le soir dans la rue Saint-Denis, on voit trotter sur les pavés un tas de jolis petits conifères.

(A. François)

Enfiler une femme

Delvau, 1864 : Comme une perle, avec un bout de pine au lieu d’un bout de fil.

Voudrais-tu m’enfiler, mon petit homme ?

(Henry Monnier)

Si vous ne voulez pas vous laisser enfiler,
Par mon chien aussitôt je vous fais enculer.

(L. Protat)

Leste et gai, j’enfile, j’enfile, j’enfile.

(Béranger)

C’est votre bonne fille
Qu’un infâme paillard honteusement enfile.

(Trotterel)

Je ne m’étonne plus s’il l’a si bien enfilée puisqu’elle est la perle des filles.

(La Comédie des Proverbes)

Votre beauté sans seconde
Vous fait de tous appeler
La perle unique au monde ;
Il faut donc vous enfiler.

(Collé)

Gauche (à la)

Rigaud, 1881 : À la queue, — dans le jargon des soldats de cavalerie. Vous arrivez en retard, mettez-vous à la gauche. La gauche est tout ce qui n’est pas bon. — Jusqu’à la gauche signifie, dans le même jargon, jusqu’à ce que vous n’en puissiez plus, jusqu’à la mort. Vous trotterez jusqu’à la gauche, s’il le faut.

Glob-trotter

France, 1907 : Voyageur. Anglicisme : littéralement, coureur du globe.

Il n’est pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe, dit la sagesse antique. Mais ce proverbe est absurde, ou, tout au moins, il a vieilli, car il n’est pas aujourd’hui beaucoup plus malaisé d’aller à Corinthe que partout ailleurs, à Levallois-Perret, par exemple. Il faut un peu plus de temps et un peu plus d’argent ; voilà toute la différence. Que votre portefeuille soit suffisamment garni de bank-notes, et votre estomac capable de supporter la nourriture monotone des hôtels et des paquebots, et vous pouvez, entre le Grand Prix et l’ouverture des Chambres, vous transformer en glob-trotter et faire la même chose que Philéas Fogg, le fameux héros de Jules Verne.

(François Coppée)

Gouter les plaisirs, les ébats, les joies, etc.

Delvau, 1864 : Baiser, ce qui est la félicité suprême.

Mais qu’importe, si l’on goûte
Le doux plaisir de la chair ?
Qu’importe, pourvu qu’on foute ?
Cela vous paraît-il clair ?

(Collé)

Eh bien ! mon petit cœur, eh bien ! ma mignonnette,
Ne voulez-vous pas bien vous marier un jour
Pour goûter les ébats du petit dieu d’amour.

(Trotterel)

Quand elle eut commencé à goûter un peu les joies de ce monde, elle sentit que son mari ne la faisait que mettre en appétit.

(Bonaventure Desperriers)

Intertrigo

France, 1907 : Jargon médical pour désigner une inflammation causée par le frottement des parties sexuelles ; du latin inter, entre, et terere, trotter.

Jouir

d’Hautel, 1808 : Il jouit d’une parfaite santé. Locution équivoque et satirique, pour dire qu’un homme est simple d’esprit ; qu’il est dénué d’intelligence et de finesse.

Delvau, 1864 : Arriver au summum du plaisir par l’éjaculation spermatique. Jouir d’une femme, la faire jouir.

As-tu de l’abbesse
À lafin joui ?

(Collé)

Dans peu de temps d’ici, vous verrez un paillard
Qui viendra, pour jouir de son beau corps gaillard.

(Trotterel)

Entre ses bras l’heureux Adam la presse,
Brûle, jouit, et dans sa folle ivresse
Il répétait : Perdre ainsi c’est gagner.

(Parly)

Ah ! comme je jouis, mon Dieu ! comme je… jouis !… Ça me va dans la plante des cheveux.

(Henry Monnier)

Il est une heure dans l’année
Où tout ce qui vit veut jouir,
où la vierge et la graminée
Ressentent le même désir.

(A. D)

Je possède l’art du casse-noisette
Qui ferait jouir un nœud de granit.

(Parnasse satyrique)

Mais, pour faire jouir, j’ai d’ailleurs un moyen
Qui jusques à ce jour m’a réussi très bien.

(L. Protat)

Tellement que s’ils voient passer quelqu’une, dont ils aient déjà joui, ils ne disent pas simplement : J’ai baisé une telle, mais bien : J’ai foutu une telle, je l’ai chevauchée.

(Mililot)

Pas sans moi ! pas sans moi !… Ensemble !… joui… jouissons… ensemble… bien ensemble !…

(Henry Monnier)

Mal Saint-Fiacre

France, 1907 : Hémorroïdes.
« Le mal Saint-Fiacre la puisse prendre et la faire trotter ! » dit un vieux dicton, mauvais souhait adressé aux femmes acariâtres, car l’on sait que ce mal fort déplaisant vient de l’âcreté des humeurs.
Fleury de Bellingen cite à ce sujet les six vers burlesques suivants :

Grand bien fait ce mal de Saint-Fiacre,
Qui veut dire autant que fiacre,
Quand on vide le sang du cu
À gens mornes comme cocu,
À la phrénésie enragée
Par le cu la tête est purgée.

(L’Hippocrate dépaysé)

Patatrot (faire le)

France, 1907 : Décamper, se sauver ; corruption de pattes au trot. « Faire un patatrot », poursuivre à grande vitesse.
Les synonymes sont nombreux ; en voici les principaux :

Jouer la fille de l’air, faire le lézard, le jat jat, la paire, cric, gilles ; se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la couvrir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, bandrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarer, exhiber son prussien, démurger, désarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courante à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esballonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, camper.

Piano (jouer du)

Rigaud, 1881 : Trotter d’une manière irrégulière, — dans le jargon des maquignons.

France, 1907 : Se dit d’un cheval qui a le trot désuni ; on dit aussi qu’il forge.

Pousse-cailloux

Larchey, 1865 : Fantassin. — Allusion à la marche du piéton.

Votre frère était dans les dragons, moi, j’étais dans les pousse-cailloux.

(Balzac)

Cavalier… tu arriveras au grade de maréchal des logis à force de trotter… Parole d’honneur ! Vaut mieux pousser les cailloux et devenir capitaine.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Fantassin, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie de ligne. En marchant il pousse les cailloux du chemin.

Merlin, 1888 : Fantassin. — Image de la marche sur les routes fraichement chargées.

La Rue, 1894 : Fantassin.

France, 1907 : Sobriquet que les cavaliers donnent aux fantassins.

— Si les Prussiens nous ont pas mal démolis, nous ne leur avons pas ménagé les prunes. Mais, que voulez-vous ? trente contre un !… Aussi notre escadron… labouré, mitraillé, écrasé, flambé ; nos chevaux, éreintés ou éventrés !… Il a fallu faire le coup de fusil avec les pousse-cailloux et les moblots…

(Robert Vallier, Le Capitaine Silence)

On dit aussi pousquin.

Prendre le déduit

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

Elle se jeta à son col, et le mena dans sa chambre où il prit le déduit avec elle.

(D’Ouville)

M’a dit que vous veniez sitôt qu’il fera nuit
Coucher avecques elle, et prendre le déduit.

(Trotterel)

Il estimait que rire et prendre le déduit avec sa femme en temps sec lui était contraire.

(B. Desperriers)

Prendre son plaisir

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

Qui, pour la voir et fraîche et belle,
A pris son plaisir avec elle
Trois ans entiers.

(J. Grévin)

Lui, se voyant libre, ne manqua point à prendre son plaisir.

(D’Ouville)

Mais pourtant, petit cœur, quand vous m’eussiez laissé prendre un peu mon plaisir.

(Trotterel)

Elle était dans les bras de Chastel avec qui elle avait pris son plaisir au son du luth.

(Ch. Sorel)

Se trotter

Rossignol, 1901 : Se dépêcher, s’en aller. — « Je suis en retard, je vais me trotter. » — « Que fais-tu la ? veux-tu te trotter. »

Souris

d’Hautel, 1808 : On le feroit cacher dans un trou de souris. Se, dit d’un homme peureux, lâche et poltron, que la moindre chose met en alarme.
On entendroit une souris trotter. Pour dire qu’on observe en un lieu un rigoureux silence.
La montagne a enfanté d’une souris. Se dit quand le succès d’une affaire n’a pas répondu à l’attente.
Avoir la souris. Être sujet à clignoter des yeux.

Ansiaume, 1821 : Couteau de table.

J’ai toujours une souris dans ma soude pour servir les cognes.

Delvau, 1866 : s. f. Baiser sur l’œil, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins de bruit que les autres.

La Rue, 1894 : Baiser.

France, 1907 : Baiser sur l’œil. Faire une souris, donner un baiser sur l’œil.

— Ah ! mon minet… Je te ferais plutôt une souris.

(Mémoires de Vidocq)

Faire la souris, chatouiller légèrement. Faire la souris le long de la jambe, se livrer à des libertés tout à fait intimes.

Trotter

d’Hautel, 1808 : Un trotte menu. On appelle ainsi celui qui marche vite et à petits pas.

Trotter (se)

Rigaud, 1881 : Déguerpir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

La Rue, 1894 : Aller. Aller vite. Partir. S’enfuir.

France, 1907 : S’en aller, s’enfuir, ou simplement marcher.

Mélie, un bout de femme pâlotte, aux joues piquetées de taches de rousseur, aux lèvres friandes, d’une joliesse de petite bouquetière vicieuse et qui, dans sa robe nuptiale, avait l’air de s’être déguisée pour quelque chahut de mi-carême plutôt que de revenir de l’église, s’était tranquillement trottée en même temps que le trombone de l’orchestre, un solide garçon dont la tête faisait penser aux images qui ornent les romances sentimentales.

(Champeaubert, Le Journal)

Se dépêcher.

Quand je sors, c’est avec orgueil
Que je me mets en grand’ tenue ;
Les p’tits tendrons me font de l’œil,
J’vous avou’ qu’mon cœur éternue,
Mais sitôt rentré, cré mâtin !
Faut qu’aux écuri’s je me trotte,
Et quand je lav’ le cul d’Cocotte,
Pour l’amour j’n’ai plus de béguin !

(Rosario)

Trottin

d’Hautel, 1808 : Un petit commissionnaire ; un laquais que l’on n’emploie qu’à faire des courses. On donne aussi ce nom à un mauvais cheval qui ne va que le petit trot.

Larchey, 1865 : Le trottin, toujours choisi parmi les grisettes les plus jeunes et les plus espiègles du magasin, était le véritable petit clerc de tout magasin de modes.

(L. Huart)

Et de trotin toujours crotté, on en fit un petit commis.

(Troisième suite du Parlement burlesque de Pontoise, 1652)

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, parce qu’il trotte. Argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Garçon de magasin qui fait les courses ; apprentie modiste qui fait les courses.

Rigaud, 1881 : Pied.

La Rue, 1894 : Pied. Cheval. Apprentie modiste.

Virmaître, 1894 : Apprenti modiste que l’on rencontre arpentant les rues de Paris, portant une petite boîte qui contient un chapeau. C’est le gavroche femelle des ateliers de modistes. Le mot n’est pas nouveau. Scarron dit quelque part : Ensuite il appelle un trottin. (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Jeune ouvrière ou apprentie parisienne.

France, 1907 : Apprentie appelée ainsi parce qu’on l’emploie généralement à faire les courses de l’atelier.

Il y eut, dans la voiture, une odeur de bas anciens et de pieds rarement lavés. Mauve Tapir, dans le cœur une tristesse, se rappela le temps où, avant d’être bouquetière, puis faux trottin de banlieue, elle fut à l’école, chez les Sœurs, où l’on ne se débarbouille que le bout du nez. Elle se souvenait des Sœurs à cause de la Thérésine. Elle aurait pu entrer en religion, elle aussi, si elle avait eu la vocation ou si sa mère avait voulu. Oui, elle aurait pu avoir, elle aussi, cette robe bleue ! Mais, voilà, on ne sait pas, quand on est petite. On va avec des gens qui vous disent d’aller avec eux, et, le lendemain, on se jette de l’eau partout — il faut bien — et, plus tard, on se met de la poudre de riz pour sentir bon. L’honnête odeur des pieds de la nonne lui était comme un encens.

(Catulle Mendès, Gog)

C’est nous l’orgueil des Batignolles,
Nous sommes les petits trottins,
Notre maman par des torgnioles
Nous éveille tous les matins :
On se lève vite, on enfile
Sa robe au grand galop, et zou !
On descend trotter par la ville,
Grignotant un croissant d’un sou.

(L. Xanrof)

Le mot s’employait autrefois pour désigner un commis de magasin, un garçon faisant les courses.

À l’envi cependant en tous lieux on le chante,
Il n’est grands ni petits, fils de bonne maison,
Trottin, qui sur lui n’ait en poche une chanson.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique