Larchey, 1865 : Un homme à poils est un homme résolu. C’est le brave à trois poils de Molière.
Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir.
(1793, Hébert)
M’est avis qu’il faut z’être un artiste à poil (de mérite) pour ça.
(Désaugiers)
À poils
Larchey, 1865 : Un homme à poils est un homme résolu. C’est le brave à trois poils de Molière.
Des bougres à poil, déterminés à vivre libres ou mourir.
(1793, Hébert)
M’est avis qu’il faut z’être un artiste à poil (de mérite) pour ça.
(Désaugiers)
Abéqueuse
Delvau, 1866 : s. f. Nourrice ou maîtresse d’hôtel.
Virmaître, 1894 : Maîtresse d’hôtel ou nourrice : elles donnent la becquée. Cette expression s’applique depuis peu aux voleuses qui dévalisent les magasins de nouveautés en se servant d’un enfant. Ce vol nécessite trois personnages : la mère, la nourrice et le momignard. Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profilant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne d’une impatience très vive.
— Te tairas-tu, lui dit-elle ; allez-vous en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois.
Leur manière d’opérer se nomme le vol à la nourrice (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Nourrice ou maîtresse d’hôtel.
Aller
d’Hautel, 1808 : Ça ne va pas pire. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un qui demande des nouvelles de votre santé, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; que l’on se porte passablement bien.
Faire aller quelqu’un. Le railler finement et sans qu’il s’en aperçoive ; le faire jaser dans le dessein de le tourner ensuite en ridicule.
Cette locution signifie aussi mener quelqu’un par le bout du nez ; faire un abus révoltant de sa foiblesse et de sa bonne foi.
Aller sur la hauteur. Façon de parler qui exprime, parmi une certaine classe du peuple de Paris, l’action d’aller riboter, prendre ses ébats, se divertir dans les guinguettes qui sont situées hors de la ville.
Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à veau l’eau. Ces trois manières de parler ont à-peu-près le même sens et signifient qu’une fortune considérable s’est trouvée dissipée, anéantie, par la mauvaise conduite de celui qui la possédoit.
On dit aussi d’une affaire sur laquelle on comptoit, et qui ne prend pas une tournure favorable, qu’Elle s’en est allée en eau de boudin.
Il va et vient comme trois pois dans une marmite. Phrase burlesque qui exprime assez bien les allées et venues, le mouvement, l’agitation continuelle qu’un homme impatient et brouillon se donne pour des choses qui n’en valent souvent pas la peine.
Ne pas aller de main morte. Signifie frapper de toute sa force ; montrer de la vigueur et de l’énergie dans une affaire.
Un las d’aller. Paresseux, fainéant qui a toutes les peines du monde à travailler ; qui ne sait que faire de sa personne.
Cela va sans dire. Pour cela est clair, évident, incontestable.
Cela va et vient. Manière mercantile de parler, et qui signifie que le gain du commerce n’est pas réglé ; qu’il va tantôt en augmentant, et tantôt en diminuant.
Aller ou le roi va à pied. C’est-à-dire, aux privés, où l’on ne peut envoyer personne à sa place.
Tout y va la paille et le blé. Signifie, il se ruine en de folles dépenses ; il sacrifie toute sa fortune à l’objet de son enthousiasme.
Aller un train de chasse. Marcher avec précipitation ; mener une affaire tambour battant.
Tous chemins vont à Rome. Pour dire qu’il y a plusieurs voies pour parvenir dans un lieu, ou réussir à quelque chose.
Cela n’ira pas comme votre tête. Se dit par réprimande à quelqu’un, pour cela n’ira pas suivant votre désir ; selon que vous l’imaginez.
Cette maison est son pis aller. C’est-à-dire, il s’y emploie quand il ne trouve pas mieux ailleurs ; il y entre et il en sort à volonté.
Aller son petit bon-homme de chemin. Faire droitement sa besogne ; n’entendre finesse en rien ; se conduire avec prudence et probité.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Se dit par raillerie d’une personne qui travaille avec une activité et une ardeur ridicules, sans faire pour cela beaucoup d’ouvrage.
Cela ne va que d’une fesse. Pour dire qu’une affaire, ou un ouvrage va lentement ; qu’on ne le pousse pas avec la vigueur et l’activité convenables ; qu’il est mal dirigé.
Cela va comme il plaît à Dieu. Manière fine et ironique de faire entendre qu’une affaire est mal menée ; qu’on en néglige absolument la conduite.
Toujours va qui danse. Voy. Danser.
Il va comme on le mène ; il va à tout vent. Se dit d’un homme foible et pusillanime, sans énergie, sans force de caractère, qui n’a d’autre impulsion que celle qu’on lui donne ; qui change continuellement de résolution.
À la presse vont les fous. C’est-à-dire qu’il faut être dénué de sens pour mettre l’enchère sur une chose que beaucoup de personnes veulent acquérir.
Que les plus pressés aillent devant. Se dit par humeur, quand on se trouve en société avec des personnes qui marchent fort vite, et qu’on ne peut pas suivre.
Qu’il aille au diable. Imprécation que l’on se permet dans un mouvement de colère, contre quelqu’un qui importune, et qui équivaut à qu’il aille se promener ; qu’il me laisse tranquille.
Tout va à la débandade. Pour tout est en désordre, dans la plus grande confusion.
Il s’en va midi. Pour dire l’heure de midi approche ; elle n’est pas éloignée.
On se sert souvent, et à tort, du verbe être au lieu du prétérit du verbe aller, et l’on dit : Je fus ou nous fûmes hier au spectacle ; pour J’allai ou nous allâmes, etc.
Amitié
d’Hautel, 1808 : L’amitié passe le gant. Se dit par excuse à quelqu’un dont on serre la main sans se déganter, ce qui est fort incivile.
Delvau, 1864 : Dans tout vocabulaire érotique, amitié est le synonyme d’amour. — C’est tout un petit drame intime et bourgeois, qui se joue à trois personnages ; la femme, le mari et l’amant. S’il en survient un quatrième, c’est l’ami de l’amant, qui, presque toujours, est à l’amant…
…Ce que l’amant est au mari.
(Gavarni)
Arnaque
Halbert, 1849 : Agent de sûreté.
Virmaître, 1894 : Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.
Rossignol, 1901 : Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.
Artaban (fier comme)
France, 1907 : Se dit d’un vaniteux orgueilleux. Artaban est le héros d’un roman de La Calprenède.
La Calprenède a de l’imagination. Ses héros ont le front élevé ; il offre des caractères finement dessinés, et celui d’Artaban a fait une espèce de fortune, car il est passé en proverbe. Il est vrai que ce proverbe môme prouve le ridicule de l’exagération.
(Laharpe, Cours de littérature)
Vous voyez là, sous son ruban,
L’auteur de trois pets, quatre vesses
Que l’on renifle à Montauban.
Le voyez-vous, sous son ruban
Qu’il étaie comme Artaban,
Et plus large que ses deux fesses ?
Vous voyez là, sous son ruban,
L’auteur de trois pets, quatre vesses.
(Raoul Ponchon)
Bas du… derrière
Rossignol, 1901 : Homme de petite taille.
Trois pouces de jambes et le… derrière tout de suite.
Bidonnier
Rossignol, 1901 : Truc importé à Paris par des Lyonnais, qui est maintenant blanchi (connu) ; il n’y en a plus que deux pu trois qui se livrent à ce commerce. Le bidonnier achète trois coupons de 1,10 m de mauvais drap de couleur différente ne valant pas plus de 2 fr. 50 le mètre. Il plie les trois coupons de façon à les intercaler les uns dans les autres, il en parait six du côté apparent ; le derrière est enveloppe dans sa grande blouse bleue, cela constitue le bidon. Il offre sa marchandise pour le prix de 25 francs aux consommateurs à la porte des débits. On le plaisante sur lé prix, c’est ce qu’il cherche, et tout en ayant l’air de se fâcher il répond :
Pourquoi marchander ? vous n’avez pas le sou, je parie que si je vous laisse le paquet pour 12 francs, vous ne le prendrez pas.
Le consommateur se pique d’amour-propre, le marché est conclu, il paye, la marchandise lui est ensuite livrée, c’est alors qu’il s’aperçoit ne pas avoir acheté six coupons, mais trois qui ne valent pas le prix de la façon de trois pantalons ; il est volé, mais il n’y a pas escroquerie, le bidonnier lui a parlé du paquet et non du nombre des coupons.
Hayard, 1907 : Qui vend du bidon.
Bistro
La Rue, 1894 : Marchand de vin.
Virmaître, 1894 : Marchand de vins. On dit aussi des petits commis des magasins de nouveautés qu’ils sont des bistros (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Marchand de vins.
Viens-tu chez le bistro du coin, il y a des purées a trois pétards (absinthe à trois sous).
Bonnet
d’Hautel, 1808 : Ramasse ton bonnet. Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se laisse tomber, ou lorsqu’on a adressé quelqu’épithète satirique à une personne qui ne peut y parer sur-le-champ.
Un bonnet de cochon. Facétie grossière ; pour dire un bonnet de coton porté par un rustre, un malpropre.
Triste comme un bonnet de nuit. Se dit d’un homme taciturne et ennuyeux, parce qu’un bonnet de nuit est ordinairement dépourvu d’ornemens.
Ce sont trois têtes dans un bonnet. Se dit de trois personnes qui, par la bonne intelligence qui règne entr’elles, sont toujours du même sentiment ; et quelquefois en mauvaise part, de trois personnel qui forment entr’elles une coalition.
Un janvier à trois bonnets. Homme extrêmement frileux, qui se couvre beaucoup.
Il a mis son bonnet de travers. Pour dire, il ne sait à qui il en veut ; il est de mauvaise humeur ; il querelle tout le monde.
On dit des Picards, qu’ils ont la tête près du bonnet, parce que les gens de ce pays s’emportent aisément, et se mettent facilement en colère.
J’y mettrois mon bonnet. Espèce d’affirmation qui équivaut à, je gagerois, je parierois, etc.
Un bonnet vert. Banqueroutier ; parce qu’autrefois ces sortes de gens portoient un bonnet vert comme marque de réprobation.
Opiner du bonnet. C’est marquer par un signe de tête que l’on adopte un avis, que l’on y donne sa sanction.
Jeter son bonnet par-dessus les moulins. Se moquer du qu’en dira-t-on ; braver l’opinion et les conséquences ; n’être arrêté par aucune considération.
C’est bonnet blanc blanc bonnet. Pour, c’est tout de même, c’est absolument la même chose d’un côté comme de l’autre.
Un gros bonnet. Un matador, un personnage important par sa fortune, son crédit et ses emplois.
Rigaud, 1881 : Coterie autoritaire dans un atelier typographique.
Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste.
(Boutmy)
Boutmy, 1883 : s. m. Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie d’abord, et, s’il en reste, aux ouvriers plus récemment entrés qui ne lui inspirent pas de crainte. Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste, comme toute coterie. Il tend, Dieu merci ! à disparaître ; mais c’est une peste tenace.
Hayard, 1907 : Bonneteau.
France, 1907 : Secrète entente parmi les imprimeurs.
Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie.
(E. Boutmy)
Bonneteau
Rigaud, 1881 : Toute espèce de jeux de cartes tenus dans les foires, où le public est naturellement dupe. L’antique jeu de bonneteau consiste à faire deviner une carte parmi trois que manie avec une maladresse affectée le bonneteur. On ne devine jamais, grâce à une substitution.
La Rue, 1894 : Jeu de cartes où le public est toujours dupe.
Virmaître, 1894 : Jeu des trois cartes. Ce jeu ou plutôt ce vol s’exécute à Auteuil, Saint-Ouen et dans les wagons de chemin de fer. M. Marcel Schwob, pour arriver à expliquer l’expression de bonneteur dit qu’il faut passer par des intermédiaires : bonnet. bonneteur, lingerie. Bonnet, dans les ateliers, signifie se réunir plusieurs pour former une coterie, résister au patron ou aux autres camarades. Les bonneteurs sont généralement trois pour opérer : le bonneleur qui tient le jeu, l’engayeur qui ponte pour allécher les naïfs, le nonneur qui est en gaffe pour avertir si la rousse dévale. Ce trio forme donc bien un bonnet, et bonneteur en dérive tout naturellement, et il n’est nullement question de lingerie. Bonnet et bonneteur sont deux expressions en circulation depuis plus de cinquante ans ; Vidocq en parle dans ses Voleurs (Argot du peuple).
France, 1907 : Sorte de jeu de cartes dont se servent certains filous pour attraper les naïfs. En voici une description minutieuse dans un arrêt du tribunal de Compiègne.
Le jeu des trois cartes, dit de bonneteau, qui consiste en un pari sur la place occupée par telle ou telle des cartes que le banquier a montrées à découvert et que les joueurs croient pouvoir suivre et désigner à coup sûr, constitue une escroquerie lorsque, par un tour de main pratiqué avec dextérité, le banquier est parvenu à substituer aux deux autres une carte de couleur différente sur laquelle il avait fixé l’attention des compères, et à déjouer ainsi l’attention de celui qui a parié avec lui.
En opérant ainsi, il modifie à sa volonté les conditions de l’aléa qui forme l’essence du jeu, et s’assure à l’avance un gain illicite.
Jouer sur une borne ou sur une petite tablette, le nom est bonneteau. En wagon, on appelle ce même jeu consolation, car c’est généralement en revenant des courses que les bonneteurs cherchent la victime parmi les perdants.
Boutord
Virmaître, 1894 : Tabac à chiquer. On sait que ce qui affecte le plus le prisonnier c’est la privation du tabac. Une chanson célèbre dans les prisons centrales : Pour du tabac, dit ceci :
Pour du tabac, disait un pègre.
Et pour trois pouces de Saint-Père,
J’ai basardé ma viande hier.
Et j’ai turbiné comme un nègre
Pour un petit bout de boutord.
Je vends ma bonde et mon pain même
Et, bourreau de mon pauvre corps,
Je suis doublement au système
Pour du tabac, pour du tabac.
(Argot du peuple). N.
Broquille
Vidocq, 1837 : s. f. — Minute.
Halbert, 1849 : Bague.
Larchey, 1865 : Minute (Vidocq). — Ce diminutif du vieux mot broque : petit clou, ardillon (V. Roquefort) Fait sans doute allusion au petit signe indiquant la minute sur un cadran.
Delvau, 1866 : s. f. Bague, — dans le même argot [des voleurs]. Signifie aussi Boucle d’oreille.
Delvau, 1866 : s. f. Minute, — oui est un rien de temps. Argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. f. Rien, chose de peu de valeur. Argot des cabotins. Ne s’emploie ordinairement que dans cette phrase : Ne pas dire une broquille, pour : Ne pas savoir un mot de son rôle.
Rigaud, 1881 : Boucle d’oreilles.
Rigaud, 1881 : Minute.
La Rue, 1894 : Bague. Boucle d’oreille. Minute. Chose sans valeur.
Virmaître, 1894 : Minutes (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Minute.
Il est trois plombes et dix broquilles
Trois heures dix minutes.
Hayard, 1907 : Minute, bijoux, boucle d’oreille.
France, 1907 : Objet de la valeur d’un liard.
Quand on n’est pas trop baluche
Et qu’on possède un trognon
Qui fait qu’on est la coqu’luche
Des balladeus’ de fignon,
On n’hésit’ pas un’ broquille,
On sci’ tout d’suit’ le boulot,
Pis on s’fait, pour qu’on béquille,
Qu’on ait la tôle et l’perlot…
(Blédort)
Se dit aussi pour bague, boucle d’oreille, bijoux, minute.
Casquette à pont, ou à trois ponts
France, 1907 : Souteneur de barrière, à cause de la haute casquette de soie noire dont se coiffaient ces messieurs et que beaucoup portent encore.
Charrieurs
Vidocq, 1837 : s. m. — Les Charrieurs sont en même temps voleurs et mystificateurs, et presque toujours ils spéculent sur la bonhomie d’un fripon qui n’exerce le métier que par occasion ; ils vont habituellement deux de compagnie, l’un se nomme l’Américain, et l’autre le Jardinier. Le Jardinier aborde le premier individu dont l’extérieur n’annonce pas une très-vaste conception, et il sait trouver le moyen de lier conversation avec lui ; tout à coup ils sont abordés par un quidam, richement vêtu, qui s’exprime difficilement en français, et qui désire être conduit, soit au Jardin du Roi, soit au Palais-Royal, soit à la Plaine de Grenelle pour y voir le petite foussillement pien choli, mais toujours à un lieu très-éloigné de l’endroit où l’on se trouve ; il offre pour payer ce léger service une pièce d’or, quelquefois même deux ; il s’est adressé au Jardinier, et celui-ci dit à la dupe : « Puisque nous sommes ensemble, nous partagerons cette bonne aubaine ; conduisons cet étranger où il désire aller, cela nous promènera. » On ne gagne pas tous les jours dix ou vingt francs sans se donner si peu de peine, aussi la dupe se garde bien de refuser la proposition ; les voilà partis tous les trois pour leur destination.
L’étranger est très-communicatif. Il raconte son histoire à ses deux compagnons ; il n’est que depuis peu de jours à Paris ; il était au service d’un riche étranger qui est mort en arrivant en France, et qui lui a laissé beaucoup de pièces jaunes, qui n’ont pas cours en France, et qu’il voudrait bien changer contre des pièces blanches ; il donnerait volontiers une des siennes pour deux de celles qu’il désire.
La dupe trouve l’affaire excellente, il y a 100 p. % à gagner à un pareil marché ; il s’entend avec le Jardinier, et il est convenu qu’ils duperont l’Américain. « Mais, dit le Jardinier, les pièces d’or ne sont peut-être pas bonnes, il faut aller les faire estimer. » Ils font comprendre cette nécessité à l’étranger, qui leur confie une pièce sans hésiter, et ils vont ensemble chez un changeur qui leur remet huit pièces de cinq francs en échange d’une de quarante ; ils en remettent quatre à l’Américain, qui paraît parfaitement content, et ils en gardent chacun deux : les bons comptes font les bons amis ; l’affaire est presque conclue, l’Américain étale ses rouleaux d’or, qu’il met successivement dans un petit sac fermé par un cadenas.
« Vous âvre fait estimer mon bièce d’or, dit-il alors, moi fouloir aussi savoir si votre archent il être pon. »
Rien de plus juste, dit le Jardinier. L’Américain ramasse toutes les pièces de cinq francs du pantre, et sort accompagné du Jardinier, soi-disant pour aller les faire estimer. Il va sans dire qu’il a laissé en garantie le petit sac qui contient ses rouleaux d’or.
Le simple est tout à fait tranquille ; il attend paisiblement dans la salle du marchand de vins, chez lequel il s’est laissé entraîner, qu’il plaise à ses deux compagnons de revenir ; il attend une demi-heure, puis une heure, puis deux, puis les soupçons commencent à lui venir, il ouvre le sac dans lequel au lieu de rouleaux de pièces d’or, il ne trouve que des rouleaux de monnaie de billon.
Comestaux
Rigaud, 1881 : Comestibles. Tout ce qui se vend à la cantine des prisons est connu sous le nom de comestaux, le fromage aussi bien que le saucisson. Se pousser deux ou trois comestaux, manger deux ou trois objets de consommation. Il y a des comestaux depuis un jusqu’à trois pétards.
France, 1907 : Comestibles.
Comtois (battre)
France, 1907 : Mentir, faire le niais.
On a prétendu que ce mot était une allusion à la Franche-Comté, mais cette province n’y est pour rien. C’est un simple jeu de mots sur les trois premières lettres de comtois.
(Lorédan Larchey)
Cric ! crac !
France, 1907 : Interjection usitée dans les chambrées pour s’assurer que personne ne dort quand on raconte une de ces mirobolantes histoires telles que celle du caporal La Ramée, ou celle de la princesse amoureuse du gendarme. Lorsqu’un narrateur se doute qu’un des membres de son auditoire dort, il s’interrompt pour crier cric ! et tous de répondre : crac ! Celui qui ne répond pas est mis à l’amende. Le Petit Piou-piou en donne un amusant exemple :
« Cric ! crac ! sabot, cuillère à pot, sous-pied de guêtre !… marche avec ! a force de marcher, on fait beaucoup de chemin, surtout si on ne tombe pas dans la m…élasse, on n’a pas la peine de se débarbouiller. Je traverse un fossé où il y avait cent pieds de moutarde ; on prenait la respiration par la première boutonnière de la guêtre. Je passe une Forêt où il n’y avait pas d’arbres et j’arrive dans un village où il n’y avait pas de maisons ; je frappe à la porte, tout le monde me répond. — Pan pan ! — Qui est là ? — C’est moi, ma petite Fanchon. — Attends que je fiche mon mari à la porte et que je tire le cordon. La place est chaude, viens donc. Veux-tu du poulet ou du dindon, du lard ou du cochon, de la soupe ou du bouillon, du saucisson, un oignon, où simplement une boule de son ? — Non, non, je suis bon garçon, et je me contente de baiser ton joli piton, tes petits pétons, et tes deux amours de tétons. — C’est bon ! maintenant vas-y et conte donc ! » Alors Brisquart commence. Un jour, il dit les farces de La Ramée, un autre, Aladin ou la Lampe merveilleuse, puis les trois poils du… du diable, car il en a un véritable sac, et toutes plus tordantes les unes que les autres. Écoutez et ne ronflez pas surtout, on n’aime pas le son de l’orgue. Soyez prêt lorsqu’il criera cric ! afin de voir si on ne dort pas, à répondre crac ! car ce n’est pas gai de conter pour les gamelles et les bidons.
Culot
d’Hautel, 1808 : Le culot. Pour dire le cadet ; le dernier né.
Hayard, 1907 : Effronterie, le dernier, la fin.
France, 1907 : Dernier, du latin culus, cul, extrémité. Le dernier d’une couvée, d’une famille, le dernier promu dans un grade, le dernier arrivé. En Berry, culot signifie croupion.
Des sept officiers, il ne reste plus que moi, claquant de fièvre, avec deux blessures, l’une à l’épaule et l’autre au bras gauche. Et lorsque je prends l’aigle, moi le culot du régiment, qui n’ai pas trois poils de moustache, qui porte encore mon pantalon à bande bleue de « fine galette », je me sens ragaillardi comme si je venais de boire quelque longue lampée de vieille eau-de-vie.
(René Maizeroy)
Une grande, Glaé, noire de crin et de peau, les yeux comme des myrtilles sous sa taroupe, déjà poitrinait quand à peine le culot s’éssayait à téter son suçon. Elle touchait à ses quinze ans.
(Oscar Méténier)
France, 1907 : Résidu laissé au fond d’une pipe.
Près des théâtres, dans les gares,
Entre les arpions des sergots,
C’est moi que j’cueill’ les bouts d’cigares,
Les culots d’pipe et les mégots.
(Jean Richepin)
France, 1907 : Toupet, audace, dans l’argot des polytechniciens ; Avoir du culot à la planche, ne pas se troubler au tableau.
Dandy
France, 1907 : Fat oisif dont la seule occupation est de se parer. Le dandy est l’ancien petit-maître du XVIIe siècle, le marquis de Molière, ridicule espèce de parasite social, que l’immortel moraliste La Bruyère a si bien décrit et qui traverse les âges avec de simples variations de costumes, étalant son outrecuidance et sa nullité sous des noms divers : élégant, incroyable, merveilleux, dameret, muscadin, gandin, cocodès, petit crevé, gommeux, pschutteux, etc.
Dandy, comme fashionable, est une importation d’outre-Manche. Apocope du vieil anglais dandeprat ou dandiprat, terme usité quelquefois en signe de mépris, dit Johnson dans son Dictionnaire, pour petit drôle, moutard, « a little fellow, an urchin ». Il est donc erroné de prétendre, comme le fait Littré, que ce mot vient du français dandin, avec lequel, du reste, il n’a aucun rapport.
L’importation date de 1838 ; Mme de Girardin, dans ses Lettres Parisiennes, protestait déjà à cette époque contre l’anglomanie :
Les dandys anglais ont fait invasion à Paris ; leur costume est étrange : habit bleu flottant, col très empesé, dépassant les oreilles, pantalon de lycéen, dit à la Brummel, gilet à la maréchal Soult, manteau Victoria, souliers à boucles, bas de soie blancs, mouchetés de papillons bruns, cheveux en vergette, un œil de poudre, un scrupule de rouge, l’air impassible et les sourcils rasés, canne assortie.
George Brummel, dit le beau Brummel, plus tard, chez nous, le comte d’Orsay furent les plus célèbres type du dandysme.
« Le dandy, dit Barbey d’Aurevilly, a l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur. » Le même écrivain donne de curieux exemples des raffinements que les dandies apportaient dans la conception de leur toilette.
Un jour, ils eurent la fantaisie de l’habit râpé. Ils étaient à bout d’impertinence, ils n’en pouvaient plus. Ils trouvèrent celle-là, qui était si dandy, de faire râper leurs habits avant de les mettre, dans toute l’étendue de l’étoffe, jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’une espèce de dentelle — une nuée.
Ils voulaient marcher dans leur nuée, ces dieux ! L’opération était très délicate et très longue, et on se servait, pour l’accomplir, d’un morceau de verre aiguisé. Eh bien ! voilà un véritable fait de dandysme. L’habit n’est presque plus. — Et en voici un autre encore : Brummel portait des gants qui moulaient ses mains comme une mousseline mouillée. Or, le dandysme n’était pas dans la perfection de ces gants, qui prenaient le contour des ongles comme la chair le prend, c’était qu’ils eussent été faits par quatre artistes spéciaux, trois pour la main, et un pour le pouce.
Telle est la façon subtile dont les dandys pratiquaient l’élégance.
Le dandy n’est qu’une transformation du raffiné, du muguet, du roué, de l’homme à la mode, de l’incroyable et du merveilleux.
(Frédéric Soulié, L’Âme méconnue)
J’ai dit que ce type avait existé en tous temps et dans tous les pays ; rapprochons des lignes de Barbey d’Aurevilly ces lignes de Sénèque sur les dandies de son époque, qu’il considérait comme les gens les plus occupés du monde.
Jouissent-ils du repos, ceux qui passent les heures entières chez un barbier pour se faire arracher les poils qui ont pu croître dans la nuit précédente, pour prendre conseil sur l’arrangement de chaque cheveu, sur la façon de les faire revenir ou de les ramener sur le front, afin de remplacer ceux qui leur manquent ? Voyez comme ils se mettent en colère quand le barbier n’y a point apporté toute son attention et s’est imaginé qu’il avait affaire à des hommes !
Voyez comme ils entrent en fureur lorsqu’on leur a coupé quelques cheveux des côtés, lorsque quelques-uns passent les autres et ne forment pas la boucle ! Est-il un de ces personnages qui n’aimât mieux voir la république en désordre que sa coiffure, qui ne soit plus inquiet de sa frisure que de sa santé et qui ne préfère la réputation d’être l’homme le mieux coiffé à celle d’être le plus honnête ? Jouissent-ils du repos, ces hommes perpétuellement occupés d’un peigne et d’un miroir ?
David
Fustier, 1889 : Casquette de soie. Du nom du bon faiseur.
Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front…
(Humbert, Mon bagne)
France, 1907 : Casquette de soie qu’affectionnent les souteneurs, vulgairement appelée casquette à trois ponts. David est, paraît-il, l’industriel qui, le premier, lança cette coiffure.
… Les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front…
(Humbert, Mon bagne)
Démener
d’Hautel, 1808 : Il se démène comme trois pois dans une marmitte. Pour, il est actif, vigilant, inquiet, tourmenté ; il se donne de la peine et du mouvement pour faire réussir une affaire.
On dit dans le même sens : Il se démène comme le diable dans un bénitier.
Desfoux
Rigaud, 1881 : Enorme casquette de soie, bouffante, casquette à triple étage, casquette à trois ponts, particulière aux Desgrieux de barrière. Vient du nom du fournisseur. On dit une desfoux, comme dans un autre monde, un gibus. Je viens de me fendre d’une desfoux un peu chouette, cinq balles !
France, 1907 : Casquette de soie, particulière aux souteneurs, appelée généralement casquette à trois ponts. On les appelait primitivement Desfoux, du nom d’un chapelier voisin du Pont-Neuf qui en faisait un grand débit.
Détourneuse au momignard
Virmaître, 1894 : V. Abéqueuse.
France, 1907 : Variété des voleuses de magasins. « Ce vol, dit Ch. Virmaître, nécessite trois personnes : la mère, la nourrice et le momignard. Tous trois entrent dans un magasin. La mère se fait montrer les étoffes. Elle détourne l’attention du commis par un manège quelconque. Profitant de ce moment, elle fait tomber à terre une pièce d’étoffe. La nourrice se baisse, comme pour y déposer l’enfant un instant, et cache prestement l’objet sous la pelisse du petit. Aussitôt elle le pince fortement. L’enfant crie comme un possédé. Elle fait semblant d’essayer de le calmer, mais elle le pince encore plus fort. Ses cris redoublent. Alors la mère témoigne une impatience très vive : — Te tairas-tu ? lui dit-elle ; allez-vous-en, nourrice. Nous reviendrons une autre fois. »
On dit aussi dans le même sens : détourneuse à la nourrice.
Doigt
d’Hautel, 1808 : Il y a mis les quatre doigts et le pouce. Signifie, il s’est donné beaucoup de peine pour faire réussir une affaire ; il s’y est employé avec ardeur.
Il a de l’esprit jusqu’au bout des doigts. Pour dire qu’une personne est très-spirituelle.
Ne faire œuvre de ses dix doigts. Se croiser les bras ; ne rien faire de la journée ; être excessivement paresseux.
Mon petit doigt me l’a dit. Voyez. Dire.
Ce sont les deux doigts de la main. Se dit de deux personnes liées d’une étroite amitié, et qui sont inséparables.
Il s’en est léché les doigts. Pour, il a mangé de ce mets avec plaisir ; il en désiroit encore.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. Pour, il ne faut pas s’initier dans les secrets de ménage.
Il sait cela sur le bout de son doigt. C’est-à dire, il sait cela par cœur.
Je n’en mettrois pas mon doigt au feu. Pour je n’en jurerois pas ; je n’en suis pas bien certain.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Avoir l’esprit au bout des doigts. Faire tout ce que l’on veut de ses mains ; être fort industrieux.
Un doigt de vin. Pour dire très-peu de vin.
Il s’en mord les doigts. Se dit de quelqu’un qui regrette de n’avoir pas fait une chose qui lui avoit d’abord été proposée.
Donner sur les doigts. Réprimander, corriger quelqu’un.
Être servi au doigt et à l’œil. Pour dire, à souhait ; au premier commandement.
Être à deux doigts de sa perte. Pour, être dangereusement malade ; sur le point d’être ruiné ; dans un péril éminent.
Les cinq doigts de la main ne se ressemblent pas. Pour dire que rien n’est semblable dans la nature.
Faire aller une montre au doigt et à l’œil. Se dit d’une mauvaise montre qu’on est obligé de toucher souvent pour la remettre à l’heure.
Il n’en a donné qu’à lèche doigt. C’est-à dire, avec parcimonie ; à regret.
Delvau, 1864 : Le membre viril, que nous insinuons si volontiers dans le dé de la femme.
Et moy d’un seul petit coup
J’ay gagné la chaude-pisse,
Et du doigt de quoy je pisse
On m’en a coupé le bout.
(Chansons folâtres)
Il cherche le temps et le lieu
Pour mettre le doigt du milieu
Dans la bague de ta nature.
(Théophile)
Sans y réfléchir j’enfonçai
Ce pauvre doigt jusqu’à la gard
(É. Debraux)
Ma seringue, sans nul obstacle,
Peut seule opérer un miracle :
Pour guérir radicalement.
Prenez un doigt de lavement.
(J. Cabassol)
Ce passe-temps partout d’usage
Favorise plus d’un amant :
La fillette innocente et sage,
Par là s’engage très souvent.
L’amour qui toujours nous partage
A soin que tout soit débrouillé,
Il dissipe plus d’un nuage
En conduisant le doigt mouillé.
(La Goguette du bon vieux temps.)
Écoper
Delvau, 1866 : v. n. Boire, — dans l’argot des typographes.
Delvau, 1866 : v. n. Recevoir des coups, — dans l’argot des gamins.
Rigaud, 1881 : Boire, — dans le jargon des typographes.
Rigaud, 1881 : Recevoir. — Recevoir un coup, se heurter.
On se rencontre dans la rue, on se saute dessus, on se tape, il y en a un qui écope.
(A. Bouvier, Mademoiselle Beau-Sourire, 1880)
Merlin, 1888 : Être puni, ou battu.
La Rue, 1894 : Être victime. Boire. Écoper la centrouse, être condamné à la centrale.
France, 1907 : Boire ; d’écope, petite soucoupe profonde.
France, 1907 : Recevoir des coups, ou, dans l’argot militaire, une punition.
Au coup de midi, l’officier de semaine Mousseret, — un petit, tout petit sous-lieutenant sorti quelques mois auparavant de l’école, — donna ordre de faire rassembler. Il dit qu’on allait procéder à l’appel des réservistes, et que les retardataires écoperaient de quatre jours.
(Georges Courteline)
Écoper se dit aussi dans le sens d’attraper : écouper une contravention. Écoper la centrousse, être condamné à une prison centrale.
Chaque soir, quand il n’y voyait plus, le peintre Bonvin coiffait un chapeau plus que mou, bourrait et allumait sa pipe, et s’en allait, en vareuse et en galoches, à la gare de Sceaux, où il achetait régulièrement son journal.
Un soir, il arrive au moment où sortent les voyageurs d’un train, une dame l’aperçoit, lui place une valise dans les bras, et en route. Bonvin suit respectueusement à trois pas. Enfin, la dame s’arrête devant un petit hôtel, reprend sa valise et tend une pièce blanche à l’artiste, qui refuse.
— Est-ce que vous n’êtes pas médaillé ? lui demande la dame.
— Hélas ! madame, je n’ai que des médailles de peinture. Et, si un agent passait, ça ne m’empêcherait pas d’écoper une bonne contravention !
Combien de peintres ayant pignon sur rue et rentes sur l’État sont loin de cette bonne humeur !
(Théodore Massiac)
— Ce qu’il nous faut ? Je le sais bien, et je vais vous le dire. Une bonne petite paroisse avec pas trop de dévotes. Les dévotes ça ne vaut rien. Ça ne pense qu’à se fourrer dans les jambes du curé. De là propos, jalousies, médisances, un tas de vilaines histoires, jusqu’à ce qu’un beau jour, patatras, le pauvre monsieur écope. Si vous voulez m’en croire, nous nous arrangerons dans notre nouvelle paroisse à ne pas nous laisser envahir par cette vermine.
(Hector France, Marie Queue-de-Vache)
Édredon de trois pieds
Delvau, 1866 : s. m. Botte de paille.
Rigaud, 1881 : Paille.
France, 1907 : Botte de paille.
Escargot
d’Hautel, 1808 : C’est un vrai escargot. Expression fort insultante que l’on applique à un homme mal fait, malbâti, à un sot, à un imbécile.
Vidocq, 1837 : s. m. — Vagabond.
Delvau, 1866 : s. m. Homme mal fait, mal habillé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l’argent.
Rigaud, 1881 : Vagabond. — Lampion, — dans l’ancien argot.
Merlin, 1888 : L’homme et sa tente, en campagne.
La Rue, 1894 : Vagabond, Agent de police.
Virmaître, 1894 : Casquette que portaient les souteneurs avant la david, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). N.
Virmaître, 1894 : Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les hirondelles du Pont-Neuf (Argot du peuple). Dans la pièce des Bohémiens de Paris, Colbrun chantait :
Sur mon dos comme un limaçon,
Portant mon bagage,
Mon mobilier et ma maison.
France, 1907 : Lampion que l’on pose le long des plates-bandes des jardins dans les fêtes.
France, 1907 : Lent, paresseux ; rôdeur de grand chemin, vagabond.
Fignard, figne
France, 1907 : Le derrière.
Les trois prisonniers sortirent de la boîte.
L’ivrogne zigzagait le premier. Une bourrade l’envoya rouler vers la porte.
Le camelot suivait, il emboursa pour sa part une taloche, mais se baissant, avec l’agilité d’un gaillard accoutumé à passer par les mains de la police, il esquiva le coup de pied que lui décochait l’agent qui tenait la porte.
Quant à Lucien, il eut à essuyer une formidable bordée de horions.
— Tiens, sale poisson, voilà pour toi… Attends, marlou, porte ça à la cuisine… Attends, qu’on te dessale à coups de bottes dans le figne !
Telles furent les agréables paroles qui accompagnèrent le « passage à tabac » précédant la sortie.
(Edmond Lepelletier)
Fontaine
d’Hautel, 1808 : Il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau. Se dit lorsqu’il arrive quelque chose à quoi l’on étoit bien éloigné de s’attendre.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, où s’abreuve l’humanité — altérée de jouissance.
Le vin est inventé pour vous :
Il fait rejaillir la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.
(Chanson anonyme moderne)
Nous fûmes aussitôt tous les trois près d’elle lui faire les caresses qu’elle montrait désirer ; à peine avions-nous posé nos mains sur ses fesses, qu’après deux ou trois mouvements de reins, nous l’aperçûmes tourner de l’œil, et nous vîmes couler la fontaine du plaisir.
(Mirabeau)
— On le dit aussi d’une femme qui a des flueurs ou un écoulement vénérien. De là le surnom d’une célèbre habituée de bals, Clara Fontaine :
Coule, coule toujours,
Fontaine des amours.
(G. Nadaud)
Gober
d’Hautel, 1808 : Pour dire manger, prendre de la nourriture.
Gober des mouches. Croquer le marmot, passer une vie oisive et désœuvrée.
Il a gobé le morceau. Se dit de quelqu’un qui dans une bataille ou un duel a été blessé ; d’un homme sur lequel sont tombés tous les frais d’une affaire.
Gober la chèvre. Voyez Chèvre.
Gober. Pour, prendre, se saisir.
On l’a gobé. Pour, on s’en est saisi, on l’a mis en prison.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Attraper. Être gobé, être pris sur le fait.
un détenu, 1846 : Aimer, affectionner.
Delvau, 1866 : v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu’un ; ressentir de l’enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens. Éprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon, — dans l’argot des petites dames.
Delvau, 1866 : v. a. Croire légèrement aux choses qu’on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c’étaient des vérités.
Rigaud, 1881 : Trouver bien ; trouver à son goût. Se dit principalement des personnes. Gober quelqu’un. — Ils se gobent, ils s’aiment, ils se plaisent mutuellement. — Se gober, avoir une haute opinion de sa personne, être infatué de soi-même.
Boutmy, 1883 : v. a. Avoir de la sympathie pour : C’est un bon compagnon, je le gobe. Se gober, être infatué de sa personne.
Virmaître, 1894 : Aimer quelqu’un. Gober : croire à quelque chose, même à une chose fausse.
Virmaître, 1894 : la pilule. Gober une aventure extraordinaire. Gober (se) : s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Aimer.
France, 1907 : Aimer.
Autrefois, j’aimais les gendarmes.
Drôle de goût, me direz-vous.
…
Mais je les gobais tout de même,
Comme on prise de bons enfants.
Élitre de l’armée et crème
Et fleur, ils m’étaient triomphants.
(Paul Verlaine)
Je te parlerais bien de Millaud et du Petit Journal, mais le soir même je recevrais du papier timbré. Il ne plaisante pas, le papa Millaud. Le voilà, à l’heure qu’il est, intentant trois procès à trois journaux différents, qui ne gobent pas son papier à chandelle, et qui trouvent étranges les prétentions littéraires de ce banquier journaliste, libraire et marchand de tortues.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
Moi, je n’gob’ pas
El’ son du glas
D’l’églis’ du Maine,
J’aim’ cent fois mieux
Les chants joyeux
Ed’ la Mad’leine.
(Aristide Bruant)
Gontran, vous voulez m’épouser ;
Je n’dis pas non, car vous m’plaisez,
Vous n’êt’s pas trop laid, pas trop bête,
Vous vous habillez… proprement,
Vous êtes très rich’ : (Naturell’ment !)
Et J’gob’ vot’ tête.
(L. Xanrof, L’Ingénue moderne)
France, 1907 : Croire légèrement, attraper au vol ce que l’on dit ; du gaélique gob, bouche, bec. Gober le morceau, se laisser duper.
Il lui semblait qu’elle était quelque chose de plus qu’avant, reniflait à pleines narines la senteur musquée du cosmétique mangé sur les cheveux de Ginginet, en même temps s’amusait, comme d’un bon tour, de ce mari cornard et qui n’en saurait rien. Elle lui collerait une histoire, qu’il goberait comme toutes les autres, et bernique pour le reste.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Songez-y bien et croyez-le : il n’y a chez nous que ceux partis, deux, et point davantage. Ceux qui « gobent » et ceux qui « blaguent ». Car il convient de parler la langue de son temps.
Telle est la grande division. Le reste n’est que subtilite électorale.
(Émile Bergerat)
Gondolant
France, 1907 : Drôle, amusant.
À Londres, à peine ai-je fait trois pas dans la gare que je me cogne à nouveau à un policier.
Ça devient gondolant !
(Émile Pouget)
Tout de même, est-ce assez gondolant de voir ces grosses légumes protéger des bombistes, intervenir en leur faveur, les sauver des griffes turques et les embarquer sains et saufs pour Marseille !
Cela prouve combien il y avait d’hypocrisie dans les beuglements des jean-foutres de la haute qui, à d’autres époques et dans d’autres circonstances, n’ont pas eu assez de malédictions par d’autres révoltés, — mois violents certainement que les Arméniens.
En réalité, nous en sommes tous là : on approuve ou on désapprouve suivant qu’on y a un intérêt.
(La Sociale, sept. 96)
Grec
d’Hautel, 1808 : Être grec. Signifie être avare, être lâdre et chiche ; tenir de trop près à ses intérêts ; être égoïste, sans pitié pour les maux d’autrui.
C’est du grec pour lui. Se dit d’une personne ignorante, simple et bornée, pour laquelle les plus petites choses sont des montagnes.
Ce n’est pas un grand grec. Pour dire, c’est un ignorant ; un homme peu industrieux.
Vidocq, 1837 : s. m. — Les Grecs n’ont pas d’âge, il y a parmi eux de très-jeunes gens, des hommes mûrs, et des vieillards à cheveux blancs ; beaucoup d’entre eux ont été dupes avant de devenir fripons, et ceux-là sont les plus dangereux, ceux qu’il est moins facile de reconnaître, car ils ont conservé les manières et le langage des hommes du monde ; quant aux autres, quels que soient les titres qu’ils se donnent, et malgré le costume, et quelquefois les décorations dont ils se parent, il y a toujours dans leurs manières, dans leurs habitudes, quelque chose qui rappelle le baron de Vorsmpire ; souvent quelques liaisons dangereuses se glissent dans leurs discours, et quelquefois, quoiqu’ils se tiennent sur la défensive, ils emploient des expressions qui ne sont pas empruntées au vocabulaire de la bonne compagnie. Au reste, si les diagnostics propres à les faire reconnaître ne sont pas aussi faciles à saisir que ceux qui sont propres à diverses corporations de voleurs, ils n’en sont pas moins visibles, et il devient très-facile de les apercevoir si l’on veut bien suivre les Grecs dans le salon où sont placées les tables d’écarté.
Lorsqu’ils se disposent à jouer, ils choisissent d’abord la chaise la plus haute afin de dominer leur adversaire, pour, de cette manière, pouvoir travailler les cartes à leur aise ; lorsqu’ils donnent à couper, ils approchent toujours les cartes le plus près possible de la personne contre laquelle ils jouent, afin qu’elle ne remarque pas le pont qui a été fait.
Les Grecs qui travaillent avec des cartes bisautées, qu’ils savent adroitement substituer aux autres, les étendent devant eux sans affectation lorsqu’ils les relèvent ; ceux qui filent les cartes les prennent trois par trois, ou quatre par quatre, de manière cependant à ce que celles qu’ils connaissent et ne veulent pas donner à leur adversaire restent sous leur pouce jusqu’à ce qu’ils puissent ou les tourner, ou se les donner, suivant la manière dont le jeu se trouve préparé.
Ce n’est pas seulement dans les tripots que l’on rencontre des Grecs ; ces messieurs, qui ne gagneraient pas grand chose s’ils étaient forcés d’exercer leur industrie dans un cercle restreint, savent s’introduire dans toutes les réunions publiques ou particulières. Ils sont de toutes les fêtes, de tous les bals, de toutes les noces ; plusieurs ont été saisis in flagrante delicto dans des réunions très comme il faut, et cependant ils n’étaient connus ni du maître du salon dans lequel ils se trouvaient, ni d’aucuns des invités.
Les Grecs voyagent beaucoup, surtout durant la saison des eaux ; on en rencontre à Bade, à Bagnères, à Saint-Sauveur, au Mont-d’Or, ils ont, comme les francs-maçons, des signaux pour se reconnaître, et quand ils sont réunis plusieurs dans le même lieu, ils ne tardent pas à former une sainte-alliance et à s’entendre pour dévaliser tous ceux qui ne font pas partie de la ligue ; ils emploient alors toute l’industrie qu’ils possèdent, et ceux qui combattent contre eux ne tardent pas à succomber. Comment, en effet, résister à une telle réunion de capacités ? Lorsque les Grecs vous donnent des cartes, ils savent avant vous ce que vous avez dans la main ; dans le cas contraire, leur compère, qui a parié pour vous une très-petite somme, leur apprend au moyen des Serts (voir ce mot) tout ce qu’ils désirent savoir.
Delvau, 1866 : s. m. Filou, homme qui triche au jeu, — dans l’argot des ennemis des Hellènes. Le mot a une centaine d’années de bouteille.
Rigaud, 1881 : Tricheur. — Dans le jargon des cochers de fiacre, un grec est un bourgeois, un voyageur qui manque de générosité ou qui ne donne pas de pourboire. Il floue le cocher.
La Rue, 1894 : Tricheur au jeu.
France, 1907 : Filou, voleur au jeu.
Pourquoi toute une nation se trouve-t-elle apostrophée de la sorte et à quelle époque remonte l’origine du mot grec au sens filou ? Cela remonte très haut, car du temps de Plaute le Grec avait déjà piètre réputation, Græca fide mercori, dit-il dans son Asinaria, commercer comme avec des Grecs, c’est-à-dire argent comptant sans leur faire crédit. « Nous avons aussi, est-il relaté dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, dans les Epistolæ ad familiares de Cicéron (VII, 18, 1) : Græculo cautio chirographi mei, où il veut dire que sa signature valait de l’or en barre, faisant allusion à l’argent comptant qu’on exigeait des Grecs, auxquels on ne faisait jamais crédit. Voilà deux citations du IIe et du Ier siècle avant Jésus-Christ. On trouvera aussi dans Tertullien, IIIe siècle de notre ère : Revera enim quale est, græcatim depilari magis quam amiciri, qui fait voir que dans ce temps-là les Grecs plumaient déjà les oies.
Je puis ajouter que les habitants de l’île de Mytilène jouissaient d’une grande réputation pour la ruse et la finesse. On raconte que, jadis, quelques marchands juifs allaient à Mytilène, se proposant de s’y établir ; mais que, se promenant dans les bazars le matin après leur arrivée, en voyant les Mytiléniotes qui pesaient les œufs qu’ils achetaient pour voir s’ils valaient bien les quelques paras qu’ils les payaient : « Les affaires vont mal ici, dit un juif aux autres, filons. » Ils s’en allèrent, et même aujourd’hui il n’y a pas encore de juifs à Mytilène. »
Dans le Virgile travesti, Scarron dit au sujet du cheval de Troie :
Enfin donc dans la ville il entre
Le maudit Roussin au grand ventre,
Farcy de grecs dont les meilleurs
Étaient pour le moins des voleurs !
Aujourd’hui, comme l’écrivait Léon Gozlan, le grec est partout ; il y a le grec marquis, le grec de passage, le grec ancien colonel, le grec homme de lettres, le grec anglais ; il est peu probable senlement qu’il y ait des grecs grecs.
— Et ces voleurs au jeu que vous nommez des grecs, y en a-t-il beaucoup ?… Ici s’en trouve-t-il ?…
— Pas plus qu’ailleurs !… Le grec est du reste l’indispensable auxiliaire du directeur de cercle… S’il n’y avait pas de grecs dans un cercle, on en ferait venir, car sans eux la partie périrait…
— Ils doivent être connus, signalés, éconduits et évincés à la longue ?
— Bah ! on s’y fait… Les joueurs à qui l’on signale un grec vous regardent avec incrédulité et semblent vous dire : « Vous croyez ?… » Si vous insistez, ils vous demandent des preuves toujours difficiles à fournir… On vous parle de diffamation, alors vous vous taisez… Souvent même on vous prie de vous taire sur un ton qui n’admet pas de réplique… c’est que l’on craint que vous n’empêchiez la partie… que vous ne troubliez le jeu… à moins d’une très grande maladresse des grecs et philosophes qui se contentent de n’opérer qu’à des intervalles raisonnables et seulement lorsqu’il y a un coup…
(Edmond Lepelletier)
Car le grec est rapace
(J’entends grec, un filou),
C’est une triste race
Qu’on rencontre partout.
(Alfred Marquiset)
Indecent assault
France, 1907 : Outrage aux mœurs, Anglicisme.
Trois polissons de treize à quatorze ans comparaissent devant la cour de Greenwich pour indecent assault sur la personne de Mlle Minne, âgée de douze ans. La mère, qui se doutait de quelque chose de louche, les a guettés et surpris dans un champ. À la vue de cette tête de Méduse, les deux premiers prirent la fuite et le troisième grimpa sur un arbre. Quant à miss Minnie, elle fut reconduite à coups de calottes à la maison. Examinée par le médecin, on ne trouva aucune trace de violence : c’est pourquoi les trois drôles, appréhendés d’abord, furent rendus à leur famille après avoir reçu, au préalable, de par l’ordre du magistrat, douze coups de verge de bouleau sur la partie la plus grasse des reins.
(Hector France, Lettres de Londres)
Montant
Vidocq, 1837 : s. m. — Pantalon.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Pantalon.
Larchey, 1865 : Pantalon. — Le mot a été fait pour les anciennes culottes qui montaient assez haut. — V. Tirant.
Delvau, 1866 : s. m. Forte saveur ; relief bien accusé. Se dit à propos des choses et des personnes. Une phrase a du montant quand elle est énergique. Une femme a du montant quand elle a du cynisme.
Delvau, 1866 : s. m. Pantalon, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Bas.
Quoi que ça veut dire ? criait une autre, des montants de soie dans de vieux ripatons !
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
Rigaud, 1881 : Mur. — Pantalon ; c’est le mur de la décence.
La Rue, 1894 : Mur. Pantalon. Pas.
Virmaître, 1894 : Pantalon. Il monte en effet le long des jambes. Le montant à pattes d’éléphant est, depuis des années, le signe distinctif des citoyens à trois ponts (Argot des souteneurs). V. Falzar. N.
Rossignol, 1901 / France, 1907 : Pantalon.
France, 1907 : Saveur au physique ou au moral ; excitant. Un vin qui a du montant, une femme qui a du montant.
Lorsqu’une blonde se mêle d’être piquante… elle a encore plus de bouquet, plus de montant qu’une brune.
(Eugène Sue)
L’amour charnel, qui n’est fait que de sensualité, est inspiré soit par la beauté, soit par l’élégance, soit par le montant, soit par l’étrangeté. La beauté, l’élégance et l’étrangeté sont trois accessoires de l’amour dont l’importance mérite une étude spéciale… Au montant peut suffire l’honneur d’un paragraphe.
Le montant — qui est une expression à la fois mondaine et argotique — consiste dans le mélange impressionnant de la laideur et de l’élégance ou de l’étrangeté jointe à la simplicité. Une femme a du montant quand, sans avoir rien de régulier et d’habituel en elle-même, elle se distingue par quelque particularité qui parle aux sens. Cette femme-là n’est point invoquée par les chercheurs de sensations, mais, quand elle se présent, elle fouette impérieusement le désir.
(Machecoul, Don Juan)
Mort
d’Hautel, 1808 : La mort n’a pas faim. Se dit par pitié et par mépris en parlant d’une personne réduite à la dernière misère, ou pleine d’infirmités, et qui vit cependant malgré toutes ces vicissitudes.
Mourir de sa belle mort. Mourir de mort naturelle.
Avoir la mort dans l’ame ; entre les dents ; sur le bord des lèvres. Être dans un mauvais état de santé, être à l’agonie.
La mort fera un triste repas. Se dit d’un malade maigre et décharné.
Il est bon pour aller chercher la mort. Se dit d’un musard, d’un lambin, d’un homme qui est très long dans toutes les commissions qu’on lui donne.
d’Hautel, 1808 : Les morts ont toujours tort. Pour dire qu’on excuse toujours les vivans aux dépens des morts.
Il a la gueule morte. Se dit d’un fanfaron, d’un médisant, d’un grand parleur à qui il est arrivé quelque mortification.
Delvau, 1866 : s. m. Partner imaginaire à qui l’on réserve des cartes comme s’il était vivant, — dans l’argot des joueurs de whist et de mistigri. Faire un mort. Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu de la quatrième — absente. Prendre le mort. Changer les cartes qu’on vous a données, et qu’on trouve mauvaises, contre celles réservées au partner imaginaire.
Rigaud, 1881 : Condamné, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Enjeu augmenté après coup par le procédé de la poussette. (L. Larchey)
Fustier, 1889 : Malade. Argot des élèves de l’École de Saint-Cyr. Se faire porter élève-mort.
Mort (faire le)
Larchey, 1865 : Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu d’un quatrième partenaire imaginaire.
Mais nous ne sommes que trois ! — je ferai le mort.
(Achard)
France, 1907 : Se taire, observer la plus grande discrétion…
Imiter de Conrart le silence prudent.
Un seul article parut, et il était si parfaitement insignifiant qu’il passa inaperçu et qu’on ne soupçonna point que son auteur était une victime célèbre. Le préfet fut averti cependant, et ce qui était bien superflu, il crut devoir user de rigueur pour interdire cette collaboration. Mme Lafarge a raconté, avec son habituelle phraséologie, cette scène où le fonctionnaire, découragé devant cette fureur sans cesse renaissante d’écriture, essaya de la convaincre que ce qu’il y avait de mieux à faire pour elle était de faire la morte. Il fut bien reçu ! Une fois de plus il s’en alla, exaspéré par les imprécations qui accueillirent ses remontrances.
(Paul Ginisty)
Pelé
d’Hautel, 1808 : Qui n’a point de cheveux. Il y avoit trois pelés et un tondu. Se dit par dérision d’une compagnie peu nombreuse, d’une cérémonie, d’une fête où il n’y avoit presque personne.
C’est un pelé qui se moque d’un tondu. Se dit d’un homme qui a les mêmes défauts que celui dont il veut se moquer.
Delvau, 1866 : s. m. Sentier battu.
Rigaud, 1881 : Grande route. Elle est aussi chauve qu’une demi-douzaine d’Académiciens.
La Rue, 1894 : Grand chemin, route.
France, 1907 : Route, sentier. « Arpenter le pelé. » Argot des voleurs.
Pélerin
d’Hautel, 1808 : Pour, fourbe, hypocrite, qui fait le bon apôtre.
Vous ne connoissez pas le pélerin. Se dit en mauvaise part ; pour, vous ne connoissez pas l’homme.
Rouge au soir, blanc au matin, c’est la journée du pélerin. Signifie, qu’il faut boire du vin blanc le matin, et du rouge le soir ; et dans un autre sens que ces deux couleurs de l’horizon, dénotent que le jour qui commence sera beau.
France, 1907 : Individu quelconque. Ce mot est employé généralement en mauvaise part : « Je connais le pèlerin », dit-on d’une personne dont on a eu à se plaindre.
À son avidité naturelle, il joignait le plus insupportable des vices que donne la civilisation : le drôle était économiste. Il me fit un sermon en trois points pour me démontrer que bien vivre et à bon marché était la misère des peuples sans commerce et sans industrie, tandis que la cherté est la marque de la civilisation la plus avancée… Discuter avec ces fanatiques, qui n’ont qu’une idée, le ciel m’en garde. Je connais ces pèlerins. La France, ses arsenaux, sa marine, ses armées, sa gloire, ses droits, ils livreraient tout au Grand Turc, s’il leur promettait en échange la liberté… de la boucherie.
(René Lefebvre, Paris en Amérique)
C’était chose ordinaire de trouver quatre ou cinq pendus se balancer au vent du matin, à Denver particulièrement, surtout sur le pont du Cherry, jeté sur la crique de ce nom. On faisait monter le pèlerin sur le parapet auquel on avait attaché une corde, et un nœud coulant au cou, il sautait, bon gré mal gré, dans l’éternité.
(Hector France, Chez les Indiens)
Pelés et un tondu (trois)
Rigaud, 1881 : Société peu nombreuse. Très peu de monde dans une réunion, dans une soirée, dans une salle de spectacle, à une solennité quelconque.
Les trois pelés et un tondu qui ont manifesté ces jours-ci sur la place de la Bastille.
(Le Triboulet, du 6 juin 1880)
Perlot
La Rue, 1894 : Tabac.
Virmaître, 1894 : Tabac — dérivé de semper. L. L. Semper s’écrit Saint-Père dans toutes les prisons. À la centrousse de Melun, on chante depuis des années :
Pour du tabac, disait un pègre,
Et pour trois pouces de Saint-Père. (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Tabac.
France, 1907 : Tabac ; argot des ouvriers.
anon., 1907 : Tabac à fumer.
Pétard
Vidocq, 1837 : s. m. — Haricot.
Clémens, 1840 : Éveil, se faire de la bile.
un détenu, 1846 : Un sou.
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, esclandre.
N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !
dit une chanson populaire.
Delvau, 1866 : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.
Fustier, 1889 : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.
Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.
(Gazette des Tribunaux, 1882. )
Fustier, 1889 : Sou.
À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Gaulois, 1882)
La Rue, 1894 : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.
Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Crois-tu qu’elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Le derrière.
Rossignol, 1901 : Sou.
Rossignol, 1901 : Tapage, bruit.
Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.
France, 1907 : Bruit, tapage.
Comment, v’là d’jà ménuit qui sonne !
Ej’ croyais pas qu’l’était si tard,
C’est vrai qu’on rencont’ pus personne
Et qu’on n’entend pus grand pétard.
Vrai, si j’étais propriétaire,
J’irais ben m’coucher un moment…
Mais je n’suis mêm’ pas locataire…
(Aristide Bruant)
Faire du pétard, faire du bruit, récriminer, protester vigoureusement, causer du désordre.
Autrefois, elle était fantasque,
Capricieuse, et f’sait du pétard,
Ne r’gardant pas à faire un’ frasque,
Encor moins à faire un cornard.
Mais maintenant on peut sur elle
Se reposer de tout souci,
Comme un pigeon dessous une aile…
(Henri Bachmann, La Femme mûre)
Faire un pétard est, en terme littéraire et artistique, produire une œuvre sensationnelle, qui heurte les idées courantes, choque les préjugés bourgeois, et l’on ne se doute pas du nombre de bourgeois que contient le monde artistique et littéraire. En littérature, Nana, d’Émile Zola, fut un pétard ; en peinture, la Salomée de Henri Regnault en fut un également.
Si je fais du théâtre, ce sera pour être joué, et, tout en le faisant comme je comprends qu’il doit être, — l’image de la vie. Je ne casserai aucune vitre, ne lancerai aucun pétard.
(Émile Zola)
France, 1907 : Le derrière, maître Luc, ce que l’intellectuel Armand Silvestre admire le plus chez la femme.
Le timbré s’est fait une théorie bien à lui sur les différents types de femmes. Il prétend qu’il faut être, et il est, lui, gourmand avec les brunes, gourmet avec les blondes, glouton avec les rousses, et goinfre avec les châtaines bien capitonnées, aux tétons fermes et abondants, aux croupes plantureuses et charnues, car l’adjudant apprécie la quantité au même titre que la qualité.
— J’aurais dû rentrer dans l’artillerie ou le génie, dit-il quelquefois, car j’adore les pétards, moi !
(Le Régiment)
Je les ai vus égayant
La foules ivre d’allégresse :
Chacun d’eux, certe, est bruyant
Étincelant, flamboyant,
Mais, je le confesse,
Rentré chez moi sur le tard,
Je me suis dit à moi-même :
« Ces pétards, nom d’un pétard !
Ne valent pas le pétard
De celle que j’aime ! »
(Gil Blas)
France, 1907 : Pièce d’un sou ; corruption du vieux français patard.
— J’aimerais mieux encore turbiner d’achar du matois à la sorgue pour affurer cinquante pétards par luisant que de goupiner.
(Mémoires de Vidocq)
À droite un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin :
C’est là qu’on verse
Les rhums, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.
(Chanson du Père Lunette)
France, 1907 : Soufflet. Ça claque.
Pierre blanche
Fustier, 1889 : Échafaud. Guillotine. Allusion aux pierres blanches qui se voient encore sur la place de la Roquette et sur lesquelles reposaient autrefois les montants de la guillotine.
Je sais ce qui m’attend, les trois pierres blanches ou la perpett.
(Gazette des Tribunaux, août 1883)
Plaque
France, 1907 : Pièce de cent francs ; argot des voleurs.
Croupiers, il faut dans les grands claques
Par nuit étouffer ses trois plaques.
(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)
Poil
d’Hautel, 1808 : Avoir un poil dans la main. Être disposé à ne rien faire, se laisser gagner par l’oisiveté.
Il y a laissé son poil. Se dit en parlant d’un homme qui dans une affaire a eu du dessous, ou un grand désavantage.
Poil de Judas. Cheveux ou barbe rousse.
Être au poil et à la plume. Être bon et habile à plusieurs choses.
Un brave à trois poils. Fanfaron, homme qui dit plus qu’il n’en fait.
C’est un gaillard à poil, un luron à poil. Se dit d’un homme fort, vigoureux, et bien taillé ; ou fin, habile et rusé.
Il a de beaux poils. Se dit par ironie de quel qu’un qui n’a pas de beaux cheveux.
Reprendre du poil de la bête. Se remettre au travail, reprendre ses travaux accoutumés après plusieurs jours de féerie.
Un poil ne passe pas l’autre. Se dit d’un homme ajusté, vêtu avec recherche.
Il se laisseroit arracher la barbe poil à poil. Se dit d’un poltron, qui souffre et passe sous silence les offenses les plus graves.
Larchey, 1865 : Réprimande.
Delvau, 1866 : s. m. Courage, — dans l’argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, Histoire naturelle), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l’énergie que ceux à corps glabre. D’où les deux expressions : Avoir du poil, c’est-à-dire du courage, et Être à poils, c’est-à-dire résolu.
Delvau, 1866 : s. m. Paresse, envie de flâner, — dans le même argot [du peuple]. Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N’avoir pas envie de travailler. Nos pères disaient d’un homme fainéant : « Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper. »
Delvau, 1866 : s. m. Réprimande, objurgation, — dans l’argot des ouvriers paresseux.
La Rue, 1894 : Paresse. Avoir un poil dans la main. Réprimande. Courage. Faire le poil, surpasser, tromper. Tomber sur le poil, battre.
France, 1907 : Réprimande. « Recevoir un poil. »
— Comment être sûr que celle-ci ou celle-là, à qui je devrais adresser des observations, flanquer un poil, sur la manière dont elle s’acquitte de son service, ne… fréquente pas les genoux d’un député ou d’un sénateur, aussi amoureux qu’influent ? Dans le doute, je préfère rengainer mon speech et supprimer mon poil !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Poil (avoir du)
Hayard, 1907 : Être solide, d’attaque.
France, 1907 : Être fort, passionné, courageux. On sait tout ce qu’un poil touffu signifie et les anciens qui avaient déjà fait cette remarque disaient : Vir pilosus, aut fortis aut libidinus ; homme poilu, ou courageux ou libidineux. Un homme à poils, un brave à trois poils.
— Combien y a-t-il de sortes de Français ? demande le Catéchisme militaire.
— Il n’y en a que d’une sorte : les braves à trois poils.
Dans sa curieuse Histoire des expressions populaires relatives à la médecine, Édouard Brissaud écrit à ce sujet :
Les poils sont avant tout le signe de force virile. On n’est homme qu’à partir de la puberté. De là à admettre que les poils font la force, il n’y a qu’un pas, et depuis la légende de Samson, avoir du poil, c’est être fort. Aussi les anciennes lois allemandes interdisaient-elles de tondre un homme libre. L’idée de force suggère celle d’audace à laquelle s’applique surtout la susdite expression que l’usage a consacrée. Hébert, en 1793, demandait « des bougres à poil » déterminés à vivre libres ou mourir.
Pois
d’Hautel, 1808 : Cela fait pousser les petits pois. Se dit des pluies bienfaisantes qui tombent dans les commencemens de mai, après quelques jours de sécheresse.
Cela n’empêche pas les petits pois de pousser. Se dit par manière d’excuse, quand on s’est permis quelque gaillardise, quelque propos badin.
Est-ce que je vous ai vendu des pois qui ne vouloient pas cuire ? Se dit à quelqu’un qui fait mauvaise mine ; qui vous traite avec humeur.
Il se remue comme trois pois dans une marmite. Se dit d’un homme qui affecte de la vivacité ; qui se donne beaucoup de mouvemens pour de très, petites choses.
On dit aussi dans le même sens, il va et vient comme pois en pot.
Un avaleur de pois gris. Un goulu, un friand, un gros mangeur ; un fanfaron, un charlatan.
Donner un pois pour avoir une fève. Voy. Fève.
Poisson
d’Hautel, 1808 : Il avaleroit la mer et les poissons. Se dit d’un homme affamé qui mange avec beaucoup d’appétit, d’avidité ; d’un goulu.
La sauce vaut mieux que le poisson. Pour dire que l’accessoire vaut mieux que le principal.
Il ne sait à quelle sauce manger le poisson. Se dit par raillerie d’une personne qui a reçu un affront, une injure, et qui hésite sur ce qu’il doit faire.
Un poisson d’avril. Attrape que l’on fait à quel qu’un le premier de ce mois.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Souteneur.
Clémens, 1840 : Qui vit aux dépens d’une femme.
Halbert, 1849 : Souteneur, Amant d’une fille publique.
Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles.
Camille Fontallard, des poissons le monarque.
(Dumoulin)
Le perruquier jeune et actif est lui-même un poisson. Depuis un siècle, on l’appelle merlan ; mais quelquefois, souvent même, il cumule, — et ces dames ont des merlans — maquereaux.
Larchey, 1865 : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des filles d’amour qui font le trottoir, » — Canler. — V. Mac, Paillasson.
Larchey, 1865 : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse, coupe. V. Roquefort. — V. Camphre.
J’n’ suis pas trop pompette, Viens, je régale d’un poisson.
(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)
Delvau, 1866 : s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.
Delvau, 1866 : s. m. Grand verre d’eau-de-vie, la moitié d’un demi-setier, — dans l’argot du peuple. Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.
Rigaud, 1881 : Mesure de vin, cinquième du litre. Il y a le grand et le petit poisson.
Rigaud, 1881 : Souteneur. Il nage dans les eaux de la prostitution.
La Rue, 1894 : Grand verre d’eau-de-vie. Souteneur.
France, 1907 : Mesure d’un demi-setier ; du vieux français poçon, tasse, dit Lorédan Larchey, mais plutôt parce que le contenu glisse dans le gosier comme un poisson dans l’eau.
Tous les matins, quand je m’lève,
J’ai l’cœur sans sus d’sous ;
J’l’envoie chercher cont’ la Grève
Un poisson d’quat sous.
Il rest’ trois quarts d’heure en route,
Et puis en r’montant,
I’m’lich’ la moitié d’ma goutte !
Qué cochon d’enfant !
(Les Plaintes de la portière)
France, 1907 : Souteneur ; argot populaire. Cette expression est déjà vieille, car d’après le Dictionnaire de Trévoux, on appelait déjà ainsi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle les individus se livrant à cette dégradante industrie ; mais on y ajoutait le mot avril. On lit, en effet, à l’article avril à la date de 1771 : « On appelle poisson d’avril un poisson qu’on nomme autrement maquereau, et, parce qu’on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu’on nomme aussi ces gens-là poissons d’avril. »
Les synonymes sont fort nombreux, ce qui prouve quelle place ce monde interlope occupe dans la société moderne. Bornons-nous à citer : Alphonse, Baigne-dans-le-beurre, barbise, barbe, barbillon, barbeau, bibi, benoit, brochet, bouffeur de blanc, casquette à trois ponts, chevalier du bidet, chevalier de la guiche, chiqueur de blanc, costel, cravate verte, dauphin, dos, dos d’azur, écaillé, fish (anglicisme), foulard rouge, guiche, goujon, gentilhomme sous-marin, gonce à écailles, lacromuche, marlou, mac, macque, macquet, macrottin, maquereau, maquignon à bidoche, marloupatte, marloupin, marlousier, marquant, mec, mec de la guiche, meg en viande chaude, monsieur à nageoires, à rouflaquettes, patenté, porte-nageoires, roi de la mer, rouflaquette, roule-en-cul, soixante-six, un qui va aux épinards, valet de cœur, visqueux, etc.
Léon Gambetta, peu flatté,
Nous apparait, décapité,
Dans sa sonnette,
Observant d’un œil polisson
Un autre groupe où le poisson
Porte casquette.
(Chanson du Père Lunette)
Pompier (faire)
Fustier, 1889 : Cette expression s’applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l’inspiration originale et à l’étude de la nature. C’est ainsi qu’on peut être nouveau et moderne dans l’interprétation d’un sujet emprunté à l’Illiade et qu’on peut, au contraire, faire pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s’est passée hier. (V. Le Gil Blas du mois de novembre 1880)
France, 1907 : « Cette expression, dit Gustave Fustier, s’applique à toutes les compositions littéraires et artistiques où le convenu, le lieu commun et la formule sont substitués à l’inspiration originale et à l’étude de la nature. C’est ainsi qu’on peut être nouveau et moderne dans l’interprétation d’un sujet emprunté à l’Iliade et qu’on peut, au contraire, faire pompier en représentant une scène de la vie réelle qui s’est passée hier. » Mais d’où vient l’expression ? M. Godefroy Durand, un des principaux illustrateurs du Graphic de Londres, la donne : « Du temps de David et plus tard on disait d’un artiste qui n’avait pas eu le prix de Rome : Bah ! il fera son pompier, il réussira tout de même. Or, faire son pompier, c’était peindre un grand tableau représentant un Grec ou un Romain célèbre avec casque, bouclier et lance ; une ville en flammes dans le fond ; et si le nu — car il n’y avait d’autre costume que l’armure — si le nu, dis-je, était bien, l’artiste obtenait un succès. Le pompier était acheté généralement par le gouvernement pour être placé dans un musée de province. Quand vous visiterez les musées de France, vous y trouverez au moins trois pompiers. Il paraît que les greniers du Louvre en possèdent des quantités qui y restent faute de place dans les musées. »
(A. Barrère, Argot and Slang)
Portanche
Vidocq, 1837 : s. m. — Portier. Le nombre de vols commis à l’aide d’effraction diminuerait de beaucoup si les propriétaires étaient un peu moins parcimonieux, et si surtout ils tenaient plus la main à ce que leurs portiers ou concierges fissent plus exactement leur service.
La plupart des logis ou logemens occupés par les concierges, sont placés sous des renfoncemens d’escaliers, ou dans des endroits obscurs, ce qui permet aux voleurs de s’introduire dans la maison sans être vus.
Les portiers, en général, ne sont pas payés assez généreusement ; les propriétaires choisissent ordinairement pour gardiens de leurs maisons des individus qui exercent un état quelconque : c’est un tort. Le bottier ou le tailleur s’occupe de son travail, et tire le cordon sans regarder les gens qui entrent ou qui sortent ; aussi l’on a volé mille fois dans l’intérieur d’une maison de laquelle on a sorti des paquets énormes, sans que le portier se soit aperçu de rien.
Les propriétaires, par mesure de sûreté d’abord, et ensuite par humanité, ne devraient jamais prendre pour concierge des individus exerçant un métier ou une profession quelconque, mais bien ceux que des événemens imprévus auraient mis dans l’impossibilité de travailler, ou bien qui ne le sauraient pas ; les premiers peuvent devoir leur existence à leur travail, et n’ont besoin, pour exister, du secours de personne ; l’humanité, au contraire, impose à tout le monde le devoir de pourvoir aux plus pressans besoins des seconds ; leur soin unique, si de préférence à tous les autres on leur donnait les places de concierge, serait d’approprier la maison ; ils pourraient aussi suivre dans l’escalier les personnes qui viendraient demander un locataire, et qui ne seraient pas connues. J’ai, à l’article Bonjouriers, indiqué quelques précautions à prendre pour se mettre à l’abri de l’atteinte des voleurs, et je ne crains pas de le répéter : si l’on joignait un portier vigilant et spécialement occupé des devoirs de sa place, à l’emploi de ces moyens, le nombre de vols diminuerait sensiblement, et bientôt il serait réduit à zéro.
Les Faiseurs-industriels, les chevaliers d’industrie, les escrocs, louent ordinairement dans une maison de belle apparence, un appartement meublé seulement de quelques ballots de foin et d’une caisse à jeun ; cet appartement, qui n’est composé que de deux ou trois pièces, est seulement destiné à leur servir de bureau, ils n’y logent jamais ; lorsqu’ils viennent louer, ils donnent au concierge 10 ou 20 francs, ce qui ne manque pas de le bien disposer en faveur des nouveaux locataires ; le concierge est chargé de recevoir les lettres adressées aux Faiseurs, et ceux-ci ont soin de ne payer leur note que lorsqu’elle se monte à 4 fr. 25 ou 8 fr. 75, et d’abandonner au concierge l’appoint d’une ou deux pièces de 5 francs ; enfin, ils emploient tous les moyens propres à les faire gagner. Le portier qui gagne peu et qui n’est pas généralement estimé, est très-sensible au don de quelques pièces de 5 francs et aux bons procédés ; aussi donne-t-il d’excellens renseignemens aux négocians qui viennent lui en demander, et quelquefois, sans qu’il s’en doute, il sert de compère aux Faiseurs-industriels.
Les propriétaires qui, bien certainement, ne veulent pas être complices du mal que causent au commerce les Faiseurs-industriels, devraient intimer à leurs concierges l’ordre formel de prendre des renseignemens positifs sur toutes les personnes qui viendraient habiter la maison dont ils sont les gardiens, et régler leurs paroles sur ce qu’ils auraient appris.
Delvau, 1866 : s. m. Portier, — dans l’argot des voleurs.
France, 1907 : Portier ; argot des voleurs.
Porte-casquette
France, 1907 : Souteneur, dénommé ainsi à cause de la casquette à haute forme, dite à trois ponts, adoptée par cet industriel.
Portefeuilliste
Rigaud, 1881 : Ministre. Il a un portefeuille ministériel.
Les trois portefeuillistes, M. de Marcère surtout, ont l’air foncièrement satisfaits de leurs maroquins.
(Le Réveil, du 16 décembre 1877)
Poulet d’Inde
Larchey, 1865 : Cheval.
Trois poulets d’Inde et puis monsieur feraient un fringant attelage
(Vadé, 1755)
Delvau, 1866 : s. m. Cheval.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, maladroit.
Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des soldats de cavalerie.
Merlin, 1888 : Cheval.
La Rue, 1894 : Cheval. Maladroit.
France, 1907 : Cheval.
Poilloüe de Saint-Mars a l’amour et le respect du cheval, cette moitié (quelquefois la plus intéressante) du cavalier. Il veut le poulet d’Inde bien pansé, bien nourri, bien lavé ; que la litière soit propre et la ration abondante, que les sévices soient rares ; enfin, que le pauvre animal, déchu dans la vie civile, ne garde pas un mauvais souvenir de son temps de service.
(Séverine)
Trois poulets d’Inde et pis Monsieur
Feriont un fringant attelage.
(Vadé)
Quart d’heure de Rabelais
France, 1907 : Moment critique ou il faut payer sa note dans un restaurant ou un hôtel, autrement dit sa douloureuse. L’anecdote qui donna naissance à cette expression est fort controuvée. La voici : Le curé de Meudon, l’immortel auteur de Pantagruel, s’étant arrêté à Lyon à son retour de Rome où il avait accompagné, comme médecin, le cardinal Jean du Bellay, se trouvant à court d’argent pour payer son hôtelier et pour continuer son voyage à Paris, s’avisa du stratagème suivant : il disposa trois petits paquets remplis de cendre et sur lesquels il écrivit : « Poison pour le roi — Poison pour la reine — Poison pour le dauphin. » Ces paquets laissés à dessein sur une table tombèrent sous les yeux de l’hôtelier, qui courut prévenir le lieutenant du roi. Rabelais fut arrêté et expédié, sous bonne escorte à Paris, avec les égards dus à un criminel d’importance. Conduit devant François Ier, celui-ci s’égaya fort du récit de l’aventure et, ajoute la chronique, fit asseoir le régicide à sa table.
Raccrocheuse
d’Hautel, 1808 : Nom outrageant que l’on donne aux femmes et aux filles de mauvaise vie.
Delvau, 1866 : s. f. Fille de mauvaises mœurs.
France, 1907 : Prostituée qui racole les hommes sur la voie publique.
Sur la terrasse du café Riche, les garçons rentraient hâtivement les tables et les chaises et fermaient les becs de gaz de la devanture. Trois petites filles regardaient de près cette besogne et, lorsqu’un garçon de café passait à leur côté, l’une ou l’autre lui lançait une plaisanterie sur un ton provocant.
— Voulez-vous bien vous sauver ! cria le gérant, en accourant sur elles, la serviette levée. Si ce n’est pas une honte que la police tolère ces choses-là : voici de petites raccrocheuses dont la plus âgée n’a pas quatorze ans !
(Henry Bauër)
Ci-dessous git un impudique fou,
À tel excès ententé de la gueuse,
Qu’il prit la Mort pour une raccrocheuse,
Lorsqu’elle vint pour lui tordre le cou.
(Cabinet Satyrique)
Rivet, rivette
France, 1907 : Pédéraste.
Il avait plus d’une ressource. Quand la prostitution ne donnait plus et que sa marmite rentrait les poches vides, où bien, qu’à la suite des brouilles, elle refusait de faire la planche, il la remplaçait, changeant son fusil d’épaule. Le protecteur à trois ponts se transformait en petit Jésus et ses grâces juvéniles ne manquaient pas d’attirer les rivettes.
(Dr Émile Laurent)
Rosse
d’Hautel, 1808 : Une vieille rosse. Haridelle, mauvais cheval, ce terme est fort injurieux quand on l’applique à l’espèce humaine.
Delvau, 1866 : adj. des deux g. Homme sans consistance, femme sans pudeur. Il n’est rien rosse ! Se dit pour : Est-il canaille !
La Rue, 1894 : Fainéant, canaille. Rossée, volée de coups.
France, 1907 : Méchant.
Nos fils, il faut les élever avec cette pensée qu’ils ne demandent qu’à nous échapper. C’est câlin, charmant, adorable tant que c’est faible, et que ça a besoin de nous, c’est — passez-moi le mot, mais je n’en trouve aucun d’aussi exact pour traduire ma pensée — c’est « rosse » dès que ça se découvre trois poils au menton. Maintenant, le jour où ça a quatre sous en poche, nous n’existons plus !
(Jacqueline, Gil-Blas)
Sixième
France, 1907 : Haute casquette de soie noire comme en portaient, il y a quelques années, les souteneurs, et qu’on appelait aussi casquette à trois ponts.
Soiffer
d’Hautel, 1808 : Pour riboter, ivrogner, pinter, faire débauche de vin.
Larchey, 1865 : Boire outre mesure comme si on avait grand’soif.
Là, j’soiffons, Je n’sais comme, Chacun nos trois poissons.
(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)
T’as soiffé, malheureux, Que c’en est désastreux.
(Moineaux)
Soiffard, soiffeur : Grand buveur.
Le franc soiffeur Offre son cœur, Avec un sou d’galette.
(Dalès)
Soiffard de Nini Moulin.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : v. n. Boire outre mesure, — sous prétexte de soif.
Rigaud, 1881 : Boire beaucoup.
Virmaître, 1894 : Boire comme une éponge (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Boire beaucoup.
France, 1907 : Boire.
Elle est au grand complet la collection de bouffe-galette qui, pendant quatre ans, va nous tenir sous sa coupe.
D’ici peu, ces oiseaux-là recommenceront la ritournelle de leurs prédécesseurs : ils pondront des lois et se délasseront de ce turbin en soiffant à la buvette et en chéquardant sans scrupules.
(Le Père Peinard, 1898)
anon., 1907 : Boire.
Suivez-moi gendarme
France, 1907 : Casquette à trois ponts comme en portaient il y a quelques années les souteneurs et les escarpes.
Tierce (la)
Virmaître, 1894 : Association de faux monnayeurs ; comme ils sont généralement trois : le fabricateur, l’émetteur et un complice de réserve, de ce nombre, la tierce (Argot des voleurs).
France, 1907 : Association de faux monnayeurs appelée ainsi parce qu’elle se compose ordinairement de trois personnes, le fabricateur, l’émetteur et un troisième qui sert de compère à l’émetteur.
Trente points (les)
Delvau, 1864 : Qui constituent la beauté des femmes, sont, — je cite d’après Brantôme ;
Trois choses blanches : la peau, les dents et les mains.
Trois noires : les yeux, les sourcils et les paupières.
Trois rouges : les lèvres, les joues et les ongles.
Trois longues : le corps, les cheveux et les mains.
Trois courtes : les dents, les oreilles et les pieds.
Trois larges : la poitrine, le front et l’entre-sourcils.
Trois étroites : la bouche, la ceinture et le con.
Trois grosses : le bras, la cuisse et le mollet.
Trois déliées : les doigts, les cheveux et les lèvres.
Trois petites : les seins, le nez et la tête.
Trente qualités
France, 1907 : C’est le nombre que nos aïeux exigeaient pour qu’une femme fût partiellement belle, s’en rapportant au goût des Grecs qui les attribuaient à la belle Hélène, cause des malheurs de Troie :
Trois choses blanches : Peau, dents, mains.
Trois noires : Yeux, sourcils, cils.
Trois roses : Lèvres, joues, ongles.
Trois longues : Corsage, cheveux, cils.
Trois larges : Poitrine, front, hanches.
Trois étroites : Bouche, ceinture, et…
Trois grosses : Bras, mollet, fesses.
Trois arquées : Taille, nez, sourcils.
Trois rondes : Seins, cou, menton.
Trois petites : Pied, main, oreille.
C’est beaucoup que tout cela ; les hommes de nos jours, moins exigeants que les Grecs, se contentent de quelques-unes.
Trois pas dans un boisseau (faire)
France, 1907 : Expression employée dans les départements du Centre pour se moquer d’une personne qui agit lentement, d’un lambin, d’un retardaire : C’est une bonne fille, elle est brave et honnête, mais elle fait trois pas dans un boisseau.
Trois pieds (édredon de)
France, 1907 : Botte de paille. Coucher sur un édredon de trois pieds.
Trois-huit (les)
France, 1907 : On appelle ainsi la légitime réclamation des ouvriers, au sujet de la division des vingt-quatre heures en trois parties : huit beures de travail, huit de distractions, huit de sommeil.
Les salaires tendent à hausser — ils ont doublé depuis cinquante ans — tandis que, sauf pour certaines industries, et le déplorable travail de nuit, — les heures de présence diminuaient.
En réclamant les trois-huit, les socialistes s’appuient donc sur un fait économique. Dès aujourd’hui ils auraient peut-être raison, si les industriels n’étaient jugulés par la question de concurrence.
Mais les plus intelligents d’entre ceux-ci ne font nulle difficulté de reconnaître que, souvent, l’ouvrier produit plus et mieux en huit heures de travail appliqué qu’en dix ou douze henres de travail dispersé.
(Courrier de Londres)
Prolétaires de tous pays,
Avec « les trois huit » pour devise,
Sous le même programme unis,
Rien aujourd’hui ne nous divise :
Le Français avec l’Allemand,
Ceux d’Europe et ceux d’Amérique…
Ah ! frères, croyez-vous vraiment
La fraternité chimérique ?
C’est pourquoi, la main dans la main,
Pour les « huit heures » on se lève…
Les « trois huit » ne sont qu’un chemin
Vers l’avenir de notre rêve,
L’ordre social, ô patrons,
A vu d’autres métamorphoses !
Nous les voulons, nous les auronns,
Les « huit heures »… et d’autres choses.
(Marche du 1er mai)
Viédaze !
France, 1907 : Exclamation méridionale signifiant littéralement membre d’âne ; on la retrouve en Lorraine sous la forme vieudace, en picard viez d’az. Rabelais écrivait vietdaze.
Je connais des patelins — les Landes, le Gers, par exemple — où la dime existe encore de fait, sinon de droit, et est restée ancrée dans les usages locaux. Dans l’Armagnac, des ratichons de campluche se font des deux et trois pièces d’eau-de-vie — de quoi téter une rude goutte, dirait l’évêque Soulard.
Mais ces vieilles coutumes se perdent de jour en jour, heureusement, viédaze !
(Le Père Peinard)
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