Virmaître, 1894 : Fille publique qui renâcle sur le turbin pour faire tortorer son souteneur. Cette expression ancienne est fréquemment employée, car l’image est frappante. Affourchée, immobile comme le vaisseau amarré dans le port. Sur ses ancres, sur ses jambes. La fille ne trimarde pas (Argot des souteneurs).
Affourchée sur ses ancres
Flac
M.D., 1844 : Boni quelconque.
un détenu, 1846 : Argent.
Delvau, 1866 : s. m. Sac, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu rendre la flaccidité de cette enveloppe. Flac d’al. Sacoche à argent. Ils disent aussi Flacul.
France, 1907 : Sac.
Vivent le flac,
Le pognon, le fricot, le pèse,
Le plâtre, les pélots, la braise,
Millets en sac !
Vive le flac !
C’est su’ terr’ la seul’ marchandise
Pour qui que l’cœur du vrai barbize
Bat son tic tac,
Vive le flac !
Qu’i’vienn’ d’un gibier qui trimarde
Ou ben encor d’un mômignarde
Qui marne en clac.
(Blédort, Ronde du flac)
Jactage, jacquetage
France, 1907 : Bavardage, causerie.
— Me voilà, Père Peinard, tu sais, la conversation d’il y a huit jours… Si on continuait la bavette commencée ?
C’était mon trimardeur qui rappliquait. Comme il tirait à lui un tabouret pour y poser ses fesses :
— Viens donc, que j’y fais, la mère Peinard a tellement foutu de sel dans le frichti que je n’en peux pas ouvrir le bec. Viens, nous licherons une chopotte.… Rien de tel, d’ailleurs, qu’un coup de picolo pour rafraîchir les idées.
Pour lors, on va s’installer chez le bistrot et, une fois bien calés sur la banquette, nous commençons le jacquetage.
(Le Père Peinard)
Nippé
Virmaître, 1894 : Bien habillé.
— J’avais plus rien, les requins m’avaient bazardée pour payer mon probloque j’ai dégotté un miché qui m’a renippée, à présent je suis rupine je peux trimarder (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Habillé. Celui qui est bien habillé est bien nippé.
Pétasse
Rigaud, 1881 : Fille publique, pour putasse.
Virmaître, 1894 : Vieille femme avachie qui perd ses vestiges en marchant. Putain et soularde (Argot des souteneurs).
Hayard, 1907 : Sale femme.
France, 1907 : Chapeau ridicule, hors de mode, comme on en porte encore dans les campagnes éloignées des centres.
France, 1907 : Prostituée.
T’es pas dessalée que j’te dis,
T’as trimardé tout’ la soirée
Et te v’là ’cor sans un radis,
C’est toujours el’ dix ed’ purée,
Vrai, j’en ai les trip’ à l’envers !
Ça m’fait flasquer d’voir eun’ pétasse
Qui pass’ tous les soirs à travers !
Bon Dieu ! faut-i’ qu’tu soy’s conasse !
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
France, 1907 : Vieille femme.
— C’est dégoûtant, ça aussi, d’être insulté par une pétasse qui vous traite de vieille ordure et qui dit comme ça que je suis saoul.
(Georges Courteline)
Rouler sa bosse
Virmaître, 1894 : Ouvrier trimardeur, qui n’a pas de domicile fixe, qui roule sa bosse de ville en ville. C’est un mendiant déguisé qui cherche de l’ouvrage et prie le bon Dieu de n’en pas trouver (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Ne pas avoir de domicile fixe, voyager constamment c’est rouler sa bosse. Celui qui a beaucoup voyagé a roulé sa bosse.
France, 1907 : Voyager, aller d’un endroit à l’autre.
Après avoir roulé leur bosse
De Montmartre au Quartier Latin,
Il en est qui lâchent la noce,
yant séduit un vieux rupin,
Leur existence se termine,
Douce et tranquill’, dans leur pat’lin ;
À l’église, leur voix domine
Celle des chantres du lutrin,
On les voit, très pieusement,
Prier religieusement.
(G. Chavanne)
Rupinskoff
France, 1907 : Très bien, excellent.
En province, c’est un peu comme à Paris : les souteneurs de l’autorité ont l’habitude d’assommer — le plus qu’ils peuvent — tous les pauvres diables d’ouvriers et de trimardeurs qui leur tombent sous la coupe.
Aussi, en province comme à Paris, le populo a-t-il dans le nez toute l’engeance policière.
Et même, nom de Dieu ! ce qui est rupinskoff, c’est que ce sentiment de répulsion pour la pestaille paraît être international.
(Le Père Peinard)
Tas (être sur le)
Virmaître, 1894 : Être à l’ouvrage.
— Nous avons un tas de besogne pour beaucoup.
— J’ai un tas de choses à vous écrire, pour quantité.
— Ma marmite est sur le tas.
Pour indiquer qu’elle est couchée avec un miché (Argot du peuple et des souteneurs). N.
France, 1907 : Être à l’ouvrage.
Les souteneurs disent d’une fille qui s’occupe de raccrocher qu’elle est sur le tas.
Quand la marmite alle est su’l’tas,
C’est pour son marlou qu’a trimarde ;
Qu’a soye lirond’gème ou toquarde,
Faut qu’elle étrenne ou gare aux tas.
(Aristide Bruant)
Tierce
Rigaud, 1881 : Agents de police en nombre, — dans le jargon des voleurs. — Caletons, il y a de la tierce, sauvons-nous, il y a beaucoup d’agents de police.
Fustier, 1889 : Argot de bagne. Bande d’individus.
La Rue, 1894 : Bande d’individus. Clique. Se dit aussi en bonne part : la tierce élégante. Il y a de la tierce, la police est en nombre.
Hayard, 1907 : Bande, association.
France, 1907 : Bande, coterie ; allusion à la tierce du jeu de piquet ; argot faubourien.
Ah ! bon Dieu ! non, j’suis pas d’leur tierce :
J’suis un trimardeur, un voyou,
J’fais pas parti du haut commerce :
Ej’ vends mon crayon pour un sou.
(A. Bruant)
France, 1907 : Le monde choisi, les négociants.
J’suis dans l’Bottin !
Oui, dans l’Bottin avec la tierce,
Avec les poilus du quarter ;
Tous les gros bonnets du commerce
Du boul. des It. et du Sentier.
(Aristide Bruant)
Tourniquet
Vidocq, 1837 : s. m. — Moulin.
Delvau, 1866 : s. m. Chirurgien, — dans l’argot des marins.
Delvau, 1866 : s. m. Moulin, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chirurgien militaire. Il tourne autour des lits.
Rigaud, 1881 : Moulin.
La Rue, 1894 : Moulin. Chirurgien de marine.
Hayard, 1907 : Correctionnelle, conseil de guerre.
France, 1907 : Chirurgien de marine.
France, 1907 : Moulin ; argot des trimardeurs.
Trimancher
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Cheminer, marcher.
Rigaud, 1881 : Marcher, courir par la ville. Variante de trimer. (L. Larchey)
Virmaître, 1894 : Marcher. Même signification que trimarder (Argot du peuple).
France, 1907 : Marcher, cheminer, arpenter la route ; argot des vagabonds.
Trimancher, trimarder, trimer
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Marcher, cheminer.
Trimarde
un détenu, 1846 : Rue.
Delvau, 1866 : s. f. Rue. On dit aussi Trime.
France, 1907 : Rue.
Trimarder
Delvau, 1866 : Voyager.
Rigaud, 1881 : Marcher.
Virmaître, 1894 : Voyager. Quand un apprenti a appris son état, pour se former, il fait son tour de France. Il trimarde, mais en travaillant. Mot à mot : parcourir les grandes routes. Ceux qui trimardent ne sont autre chose que des vagabonds ; ils ont une profession, mais ne travaillent jamais. Cette profession leur sert pour mendier. Le truc est des plus simples : Le trimardeur, supposons le compositeur typographe, entre dans un atelier avec la quasi-certitude qu’il ne sera pas embauché, c’est ce qu’il souhaite. Il demande mèche ; on lui répond qu’il n’y a pas de place vacante, alors il lâche son boniment :
— Il vient de loin, de Paris ; il a été malade en chemin, il est dans la plus affreuse misère, il sollicite la permission de faire la quête. Le patron donne, les compagnons donnent aussi ; ils savent bien que c’est un fainéant, mais les typos ont bon cœur, ils préfèrent être volés dix fois que d’en refuser une à une misère véritable.
Avec ce métier, les trimardeurs sont les gens les plus heureux du monde (Argot d’imprimerie). N.
Hayard, 1907 : Voyager à pied.
France, 1907 : Voyager, marcher sur les routes.
Que je dise aux aminches une histoire que j’ai entendue dans les montagnes de l’Auvergne, au temps où je trimaridais :
En ce temps-là, y avait entre le village en question et la ville, à un endroit tout à fait désert appelé « les Foulanges »,un voleur à la coule, qui foutait le trac aux richards…
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Depuis bien longtemps je trimarde,
Je suis le petit camelot ;
La liberté pour camarade,
Je vais portant mon bibelot.
Le ciel pour plafond sur la tête,
Je marche au rythme de la fête.
Allons, mesdames, en avant
Pour entendre le boniment.
(Chanson des Mercadots)
Trimarder, trimancher
La Rue, 1894 : Marcher. Voyager.
Trimarder, trimer
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Cheminer, marcher.
Trimardeur
Fustier, 1889 : Voleur de grand chemin. (V. Delvau : Trimar.)
Rossignol, 1901 : Celui qui voyage sur les routes. Celui qui travaille beaucoup est aussi un trimardeur.
France, 1907 : Nomade, vagabond, individu qui marche sur les routes, qui arpente le trimard. Argot populaire.
À côté du premier anarchiste qui est un théoricien pur (Satan), nous voyons apparaître le premier magistrat bourgeois. Le créateur punit sans pitié sa créature pour une pomme volée ! Il condamne l’homme au labeur sans espoir — les travaux forcés à perpétuité, — la femme à l’esclavage, à l’enfantement dans la douleur. Il les chasse, il les exproprie, il requiert la force armée pour les expulser. Regardez Adam fuyant par le monde, nu, sans défense, terrifié sous le glaive flamboyant de l’archange, c’est le premier trimardeur. Il porte l’anarchie en lui à travers l’humanité.
(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)
Je sais bien que d’être empereur
Ou seulement roi de Hollande
Ça rapporte plus qu’d’être trimardeur
Ou que d’faire de la contrebande,
Mais c’est égal, j’crois que les pauvres vieux
N’sont plus tout à fait à leur aise
Et que d’puis le p’tit père Louis XVI
C’est un métier qu’est rien dangereux.
(J.-B. Clément)
Trimardeuse
Virmaître, 1894 : Fille publique qui fait le trottoir. L’asphalte n’est pas la grande route, on l’appelle néanmoins le trimard parce que la fille y trime (Argot des souteneurs).
Va-son-train
France, 1907 : Vagabond, trimardeur.
Elles vivaient là, toutes les trois, depuis des ans et des ans, depuis, surtout, que Bornu était parti. Bornu, c’était un rouleux, du va-son-train, le maître de la roulotte que voilà, et leur mari à toutes les trois.
(Jean Richepin)
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