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Balancer ses chasses

Delvau, 1866 : v. a. Regarder ça et là, distraitement. Argot des voyous.

Casserole

d’Hautel, 1808 : Récurer la casserole. Pour dire se purger après une maladie.

Larchey, 1865 : Personne dénonçant à la police. Il est à noter que le dénonciateur s’appelle aussi cuisinier.

Delvau, 1866 : s. f. L’hôpital du Midi, — dans l’argot des faubouriens. Passer à la casserolle. Se faire soigner par le docteur Ricord : être soumis à un traitement dépuratif énergique.

Delvau, 1866 : s. f. Mouchard, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Étudiant de dixième année, qui n’a jamais étudié que l’absinthe et la pipe, qui a pris ses inscriptions dans tous les caboulots, qui a soutenu des thèses d’amour avec toutes les filles du quartier latin, — dans le jargon des étudiantes de 1860.

Rigaud, 1881 : Tout dénonciateur auprès de la police, homme ou femme, est une « casserole », — dans le jargon des voleurs qui prononcent de préférence caste-rôle. — C’est également le nom donné aux agents de police. Passer à casserole, se voir dénoncer.

Fustier, 1889 : Prostituée.

La casserole en argent est celle qui constitue à son amant de cœur un revenu quotidien de vingt à cinquante francs.

(Réveil, juin 1882)

La Rue, 1894 : Dénonciateur. Agent de police. L’hôpital du Midi. Prostituée.

Rossignol, 1901 : Indicateur de la police. Tout individu qui donne des indications à la police pour faire arrêter un voleur est une casserole. Dans le public, il y a une fausse légende qui dit que les marchands de vin ou de quatre saisons sont de la police et touchent deux francs par jour. Cela n’est pas ; aucune casserole n’est attachée officiellement à la police, elle est payée par l’agent (sur le visa de son chef) à qui elle a donne une indication ayant amené l’arrestation d’un voleur ; la somme varie selon l’importance de l’affaire indiquée, généralement de cinq à dix francs (plutôt cinq francs par tête). La préfecture de police n’a absolument aucun rapport avec les casseroles qui sont en général des repris de justice. La casserole des brigades politiques est certainement plus canaille que les précédentes, parce que cette casserole est souvent un ami que vous recevez à votre table et qui vous trahit ; aussi est-il appointé suivant l’importance des services qu’il peut rendre et mieux que les agents officiels ; il n’est connu que du chef de brigade avec qui il correspond et son nom est un numéro. Il touche au mois ou à la semaine sur les fonds secrets alloués ; il y en a partout, dans les salons, les ateliers et même la presse ; leurs services ne valent certes pas la dépense.

Hayard, 1907 : Mouchard.

France, 1907 : L’hôpital du Midi, à Paris : spécialement destiné aux vénériens, que l’on passe à la casserole. Passer à la casserole, c’est subir un traitement sudorifique très énergique, qu’on appelait autrefois : passer sur les réchauds de Saint-Côme.

France, 1907 : Mouchard. Se dit aussi pour prostituée. Coup de casserole, dénonciation. Oscar Méténier est l’auteur d’un drame joué en 1889, sur le Théâtre-Libre, intitulé : La Casserole. C’est aussi le nom que les escarpes donnent à une femme qui dénonce ses amants à la police.

Soudain, du tas des dormeurs, sort une brunette adorable, dix-sept ans à peine. — Voilà le type de la Casserole ! s’écrie Méténier. Approche, petite. La fille approche et se laisse retourner de tous les côtés…

(Lucien Puech)

France, 1907 : Poids creux dont se servent certains hercules forains ou ambulants.

Pauvres avaleurs de sabre, combien est ingrate leur profession ! Elle est une de celles qu’on prend le moins au sérieux et cependant elle est peut-être la seule qui ne permette pas le truquage. Le lutteur s’entend avec son adversaire qui lui prête ses épaules, le faiseur de poids travaille avec des poids creux que, dans sa langue spéciale, il appelle des poids moches, des casseroles. À l’avaleur de sabre, contrairement à l’opinion commune, toute supercherie est interdite. Le sabre à lame articulée n’existe que dans l’imagination des spectateurs, Tous ceux qu’il emploie sont d’une authenticité absolue, et il en est sûrement plus d’un parmi eux qui, avant de pénétrer dans un gosier d’une façon si inoffensive, a traversé la poitrine d’un soldat ennemi.

(Thomas Grimm, Le Petit Journal)

Chaude lance

La Rue, 1894 : Gonorrhée.

Virmaître, 1894 : Maladie qui se soigne à l’hôpital Ricord, ou chez les charlatans qui vantent leurs spécifiques dans les pissotières.
— Traitement facile à suivre, en secret, même en voyage, guérison radicale sans rechute (Argot du peuple).

Chiquenaude

d’Hautel, 1808 : Il ne vaut pas une chiquenaude. Manière injurieuse et exagérée de dire qu’un homme n’a aucune espèce de mérite.
On ne lui a pas seulement donné une chiquenaude. Pour exprimer que l’on n’a fait aucun mauvais traitement à un enfant qui jette les hauts cris.

Chirurgie (être en)

Rigaud, 1881 : Être en traitement dans un hôpital pour une affection chirurgicale. — Être en médecine, être, en qualité de malade, dans le service de la médecine, — dans le jargon des hôpitaux.

Cliabeau

Rigaud, 1881 : Médecin, — dans le jargon des filles en traitement à Saint-Lazare. C’est-à-dire beau client, par corruption et par ironie.

Crinière

d’Hautel, 1808 : Une vilaine crinière. Vilaine chevelure ; perruque vieille, crasseuse et dégoûtante.
Prendre quelqu’un par la crinière. Pour, le prendre par le chignon, lui faire un mauvais traitement ; en venir aux voies de fait avec lui.

Électrocution

France, 1907 : Mise à mort par l’électricité ; néologisme. Ce système, adopté par les Yankees, ne semble pas avoir donné les résultats les plus satisfaisants, puisqu’il a été prouvé qu’un condamné exécuté ainsi prouvait être ranimé à l’aide d’un traitement usité dans les cas d’asphyxie.

L’évidence est donc aussi que l’électrocution ne tue pas et que, pour mettre à mort, il faut la doubler d’un procédé qui produise une lésion mortelle, rupture ou section de la moelle allongée, par exemple, par pendaison ou décapitation. C’est la condamnation formelle de l’emploi des courants électriques, la mise à mort devant être, si possible, instantanée.
Il y a maintenant apparence que le scandale va cesser et que les Yankees retourneront à leur corde.

(Courrier de Londres)

Ce procédé, dont l’application a fait travailler le cerveau de tous les criminalistes européens, n’est certes pas appelé chez nous — du moins, nous l’espérons — à jouer un rôle quelconque. On a multiplié les discussions, entassé les mémoires, fait un appel aux savants de toutes les nationalités, pour aboutir à un résultat négatif. Il est surabondamment démontré que ce genre de mort est le plus barbare, le plus épouvantable qu’il soit possible de faire endurer à un patient. À la dernière électrocution qui a eu lieu, de nombreux spectateurs se sont évanouis, paraît-il, et tous ont remporté cette conviction que les procédés d’exécution de la vieille Europe valaient encore mieux que la cruelle invention de la jeune Amérique.

(Dr G. Legué)

Empoté

Delvau, 1866 : s. et adj. Paresseux, maladroit, — dans l’argot du peuple, qui trouve volontiers têtes comme des pots tous les gens qui n’ont pas ses biceps et ses reins infatigables.

France, 1907 : Paresseux, maladroit.

Le massier était parti, après deux semaines de traitement, réconforté par les bouillons et le claret séveux des deux sœurs, une grosse fille de cinquante-six ans, sœur Angélina, ragote, empotée dans une graisse pâle et boulante de vieille vierge.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Et s’adressant à moi, cet ivrogne, qui avait trouvé de l’eau-de-vie on ne savait où et s’en était largement gargarisé, écumant de colère me dit :
— Je te croyais plus débrouillard que ça ! bougre d’empoté !

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Il ne s’agit pas d’être empotée de rester là comme une grosse mère, les pieds sur une chaufferette, devant le guichet d’abonnements, et de s’exclamer à chaque malheur nouveau qu’on signale. On n’a pas le temps de s’attendrir, de disserter — il faut se mouvoir !
La mort gratte à la porte de tous les taudis sans feu ; on dirait qu’un troupeau de loups dévorants a envahi nos faubourgs…

(Séverine)

Frotte (la)

Delvau, 1866 : La gale, — qu’on guérit en frottant énergiquement le corps.

Rigaud, 1881 : Traitement de la gale à l’hôpital Saint-Louis où les galeux se frottent mutuellement avec de la pommade soufrée, suivant le précepte de la maison : « Frottez-vous les uns les autres ». Passer à la frotte, suivre le traitement antigaleux.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Gale.

Médeciner

d’Hautel, 1808 : Se médeciner. Terme ironique qui signifie prendre continuellement, sans nécessité, des médicamens.

La Rue, 1894 : Empoisonner.

France, 1907 : Traitement des maladies, surtout par les empiriques de campagne.
Les façons de médeciner sont aussi grotesques qu’amusantes… pour ceux qu’on ne médecine pas. En voici quelques échantillons : tel empirique charge la poitrine d’un malade atteint de pleurésie d’un gros matou tout chaud qu’on vient d’exécuter ; tel autre place sur l’épigastre une planchette et la serre de toutes ses forces à l’aide d’une corde jusqu’à ce que le patient sente craquer ses côtes : c’est pour relever le crochet de l’estomac ! lisez : guérir la gastrite. Avez-vous des coliques ? Buvez un verre d’urine. Si ce sont des rhumatismes, il faut de la graisse de chrétien. Cette drogue ne se trouve pas dans les pharmacies, mais le guérisseux en conserve un petit pot, qu’il fait payer fort cher. Mais les plus habiles et les plus appréciés des bonnes femmes, ce sont ceux qui les médecinent à l’aide de paroles cabalistiques. Il en est pour toute espèce de maux. Ajoutons qu’un pâté de rats est souverain contre les fièvres tenaces. Peut-être pensez-vous que nous parlons de la façon de médeciner au moyen âge ? Erreur, nous parlons de la fin du XIXe siècle.

Mettre

d’Hautel, 1808 : Mettre les petits plats dans les grands. Se dit pour exprimer l’empressement que l’on met à recevoir quelqu’un.
Mets ça dans ta poche. Locution ironique qui se dit à quelqu’un qui s’est attiré des paroles pi quantes ou quelque mauvais traitement.
Mettre la charrue devant les bœufs. V. Bœuf.
Mettre son nez partout. Se mêler mal-à-propos, et par indiscrétion, de ce qui ne vous concerne pas, comme font ordinairement les curieux et les indiscrets.
Mettre le cœur au ventre, ou le feu sous le ventre. Voyez Feu.
Se mettre sur la friperie de quelqu’un. Signifie se mettre sur le compte de quelqu’un ; le maltraiter en actions et en paroles.
Se mettre sur son propre. S’endimancher, s’approprier.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Mettre tout en capilotade. N’épargner personne dans ses médisances, dans ses bavardages ; mettre tout en pièces.
Se mettre sur son quant à moi. Faire entendre par des paroles vaniteuses qu’on est au-dessus des gens qui vous entourent.
Se mettre en quatre pour quelqu’un. Lui rendre des services importans ; faire tout au monde pour l’obliger.
Mettre le pied clans la vigne du Seigneur. Pour, boire à excès, s’enivrer.
Mettre quelqu’un ou quelque chose au rang des oublis. Pour, perdre absolument le souvenir d’une promesse que l’on a faite à quelqu’un ; oublier totalement ce dont on s’étoit chargé.
Il ressemble aux chaudronniers, il met la pièce à côté du trou. Se dit de quelqu’un qui applique un remède à côté du mal, qui se méprend sur l’emploi de quelque chose.
Se mettre à la gueule du loup. Courir un grand danger, en voulant en éviter un petit ; se fier à un fourbe, à un hypocrite.
Mettre la main à la pâte. Mettre la main à l’œuvre ; se mêler des plus petits détails d’un ouvrage.
Mettre en presse. Emprunter, mettre en gage.
Mettre à quia. Pousser à bout, mettre à l’extrémité, réduire une personne à ne savoir que devenir.
Mettre in pace. Mettre en terre, inhumer ; emprisonner, enfermer.
Mettre les voiles au vent. Pour dire, se décharger le ventre ; faire ses besoins naturels.
Mettre quelqu’un en jeu. Le citer, le mêler sans son aveu dans une affaire.
Mettre les pieds dans tous les souliers. Essayer de tout ; se mêler dans toutes les affaires.

Panier (recevoir le)

Rigaud, 1881 : C’est, dans le langage des filles en traitement à Saint-Lazare, recevoir des aliments ou des friandises apportés du dehors. Mot à mot : recevoir le panier aux provisions.

Panuche

Rigaud, 1881 : Femme à son aise, femme heureuse, — dans le jargon des voleurs et des filles. À Saint-Lazare, les filles insoumises appellent ainsi les femmes de maison qui, à leur tour, les traitent de connasses, connassons, niaises, petites niaises. Aux yeux de l’insoumise, le sort de la panuche en traitement est le sort le plus beau, le plus digne d’envie. « Madame » s’intéresse à elle, « madame » lui envoie argent, vin de Bordeaux et friandises. Et puis, quand Saint-Lazare lui aura refait une santé, ne retrouvera-t-elle pas tout de suite toilettes fraîches, bon souper, bon gîte et le reste ?

La Rue, 1894 : Femme bien mise. Femme de maison.

Virmaître, 1894 : Femme élégamment mise, L. L. Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). V. Maman-maca.

Hayard, 1907 : Femme élégante.

France, 1907 : Prostituée, argot des souteneurs, ou maîtresse de lupanar.

Pièce

d’Hautel, 1808 : Une bonne pièce, une méchante pièce. Se dit en plaisantant d’une personne fine, adroite et rusée, et notamment d’un enfant espiègle.
Il est tout d’une pièce. Pour, il a trop de roideur dans son maintien ; il a l’air gauche et emprunté.
Emporter la pièce. Railler quelqu’un d’une manière outrageante.
Mettre quelqu’un en pièces. Le déchirer par des médisances, des calomnies.
C’est l’ordinaire, c’est la pièce de bœuf. Se dit de quelque chose qui est d’un usage journalier ; d’un ouvrage de longue haleine, que l’on peut suspendre et reprendre à volonté.
Jouer pièce à quelqu’un. Lui faire quelques méchans tours, quelqu’affront.
Il lui donnera la monnoie de sa pièce. Pour, il lui rendra injure pour injure ; mauvais traitement contre mauvais traitement.
Être près de ses pièces. Être mal dans ses affaires ; être dénué d’argent.
On lui a donné la pièce. Pour dire, on lui a donné une petite gratification, un pour-boire.

Delvau, 1866 : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Entière et Petit Monde.

Rigaud, 1881 : Lentille, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Lentille.

France, 1907 : Lentille ; argot des voleurs.

Quinte-et-quatorze

Delvau, 1866 : s. m. Mal au traitement duquel est affecté l’hôpital du Midi. Avoir quinze-et-quatorze. N’avoir pas su écarter la dame de cœur, — ou plutôt la dame de pique.

Reste

d’Hautel, 1808 : Il n’a pas demandé son reste. Pour dire que quelqu’un, après avoir reçu un mauvais traitement, s’est retiré promptement, s’est hâté de fuir.
Voilà le reste de nos écus. Se dit en plaisantant d’un homme qui se présente dans une compagnie sans y avoir été invité.
Il donne un sou à douze pauvres, et il demande son reste. Se dit par raillerie d’un homme avare, intéressé et sordide.

Rincer

d’Hautel, 1808 : Il a été bien rincé. Pour dire, bien mouillé ; il a reçu toute la pluie.
On se sert aussi de cette locution pour dire que quelqu’un a été vivement réprimandé ; qu’il a reçu quelque mauvais traitement.

Ansiaume, 1821 : Faire des dupes.

Je suis rincé, on a déplanqué ma camelotte.

anon., 1827 : Voler.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. Rincer la cambriole, voler tout ce qui se trouve dans une chambre.

Bras-de-Fer, 1829 : Dévaliser, voler.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler.

Halbert, 1849 : Voler.

Larchey, 1865 : Battre.

Un général, fût-il un prince, Fond sur l’ennemi et vous le rince.

(Favart, — 1750)

Tu m’as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Dévaliser.

Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups. Signifie aussi Gagner quelqu’un au jeu.

Delvau, 1866 : v. a. Dévaliser, nettoyer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Dépouiller ; voler.

La Rue, 1894 : Battre. Dépouiller, voler. Ruiner.

Rossignol, 1901 : Payer à boire. —

Nous avons soif, tu devrais bien nous rincer.

France, 1907 : Battre.

Nos officiers dans la bataille
Sont pêle-mêle avec nous tous :
Il n’en est point qui ne nous vaille,
Et les premiers ils sont aux coups.
Un général, fût-il un prince,
Des grenadiers se met au rang.
Et r’li, et r’lan,
Fond sur l’s enn’mis et vous les rince,
Relan tamplan, tambour battant.

(Favart)

France, 1907 : Dépouiller, piller. Rincer la cambriole, dévaliser une chambre, un appartement.

— Un immeuble à rincer sur le chemin de Chatou. Maison de maître dans le chic des chics, vaisselle plate dans les armoires, valeur de toute espèce dans les tiroirs des meubles. Sans compter les glaces, les pendules, les tableaux et les bibelots, qu’il n’y a qu’à se baisser pour en prendre.

(Paul Mahalin, Les Monstres de Paris)

Roque (grande)

France, 1907 : Prison de la Grande Roquette. La petite Roque, c’est la prison des jeunes détenus. Citons, au sujet de cette dernière maison de détention, un passage de Francois Coppée :

Le système cellulaire. Vous entendez bien. Des enfants ! — des enfants ! — comdamnés à la solitude constante, au silence absolu ! Cela fonctionne encore, je crois, pour les emprisonnements préventifs, pour les peines courtes. On peut voir, à la Petite Roquette, des enfants ayant chacun leur prison particulière. On peut les voir, en regardant par un judas, enfermés comme des fous furieux. C’est à faire dresser les cheveux sur la tête. Ils sont assis sur un tabouret, devant une planche fixée au mur, et tripotent je ne sais quel vain travail. Même le dimanche, à la messe, ils sont bouclés dans des espèces d’alvéoles, dans des guérites de bois, d’où ils ne peuvent apercevoir que l’officiant à l’autel. La chapelle de la Petite Roquette est même une des curiosités de Paris. C’est un instrument de torture très ingénieux. Parions que l’inventeur était encore un philanthrope qui, sans doute, par amour de ses semblables, a palpé toute sa vie un gros traitement.

(Le Coupable)

Saboulade

d’Hautel, 1808 : Mercuriale, gronde, gourmade, mauvais traitement en paroles ; propos injurieux et offensant.

Saxe (le mulet du maréchal de)

France, 1907 :

Quand le général Changarnier, à cheval, à la tête de sa brigade, vit l’ennemi s’engouffrer dans les ravins, jugeant le moment venu d’attaquer, il se jeta sur lui vigoureusement, lui fit subir des pertes cruelles et le mit en fuite dans le plus grand désordre, mais sans attendre le signal des trois coups de canon. Le général Bugeaud aimait à faire sur le terrain même une sorte de conférence aux généraux et aux chefs de corps pour leur faire comprendre sa pensée, lorsqu’il s’agissait d’entreprendre une opération délicate, ou pour juger une manœuvre quand elle était exécutée. Nous croyons bonnement avoir emprunté aux Allemands la critique après les manœuvres, tandis qu’elle est au contraire, chez eux, une importation toute française. Le soir de cette affaire, il réunit ses officiers au bivouac pour faire devant eux l’examen de la journée. « Nous avons, dit-il, infligé à ces Kabyles un traitement dont ils se souviendront ; mais notre succès eût été plus complet si la brigade, postée en embuscade, avait attendu le signal que je devais donner. De la place que j’occupais, j’embrassais tout le théâtre de l’action, et j’étais mieux à même que personne de juger quand il convenait d’attaquer.
— Mais, mon général, s’écria aussitôt le général Changarnier, c’est moi qui commandais cette brigade. C’est par mon ordre qu’elle a attaqué avec une fougue et une impétuosité dont vous avez pu juger les résultats.
— Eh bien, si c’est vous qui avez commis la faute, c’est à vous que s’adresse mon observation.
— Il y a six ans, mon général, que je fais la guerre en Afrique sans interruption. Je crois y avoir acquis quelque expérience, et jamais on ne m’a adressé un pareil reproche. »
Le général Bugeaud, émoustillé par le ton que prenait la conversation, lança alors cette réplique célèbre dont il ne calculait pas la portée : « Qu’est-ce que cela fait ? Le mulet du maréchal de Saxe avait fait la guerre vingt ans, et il était toujours un mulet. »
Il est facile de s’imaginer l’effet que produisirent ces paroles sur les assistants et surtout sur un interlocuteur dont l’excès de modestie n’était pas le défaut saillant, qui avait au contraire conscience de son incomparable valeur et dont l’amour-propre était encore excité par les éloges qu’on lui avait justement prodigués.

(Général du Barail, Mes Souvenirs)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique