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Bazardement

France, 1907 : Enlèvement, destruction, vente.

Sans être un puits de science, je ne suis pas pourtant l’ignorant passionné que tout homme a le droit d’être par ces temps de doute historique et de bazardement général des traditions.

(Émile Bergerat, Écho de Paris)

Chant du cygne

France, 1907 : On appelle ainsi, sur la foi de l’antiquité, le dernier poème ou la dernière composition d’un écrivain, d’un artiste. Pourquoi ? S’il faut s’en rapporter à l’Intermédiaire des chercheurs of des curieux, « ce sont les anciens qui ont fait du cygne, au moment de son agonie, on chantre merveilleux. Buffon lui trouve une voix sourde, comme une sorte de strideor, semblable à ce que l’on appelle le jurement du chat, et il rapporte le jugement de l’abbé Arnaud, qui compare cette voix au son d’une clarinette embouchée par quelqu’un à qui cet instrument ne serait pas familier. »
D’un autre côté, Erman, dans ses Voyages en Sibérie, affirme que le cygne blessé exhale ses derniers souffles dans des notes musicales extraordinairement nettes, claires et élevées.
Selon Nicol, la voix du cygnus musicus ressemble aux sons d’un violon, quoique plus aiguë. Dans l’Islande, ses cris présagent le dégel du printemps, et ce fait peut bien ajouter quelque chose à leur charme dans les oreilles des indigènes. De là peut-être aussi la réputation sacrée et prophétique du cygne (svan) dans les traditions norraines (Gylfa Ginning de Snorri Sturleson).
Tout cela est bien vague.

Comemensal (vol au)

Vidocq, 1837 : Il est de ces vérités qui sont devenues triviales à force d’être répétées ; et parmi elles, il faut citer le vieux proverbe qui dit que : Pour n’être jamais trompé, il faut se défier de tout le monde. Les exigences du proverbe sont, comme on le voit, un peu grandes ; aussi n’est-ce que pour prouver à mes lecteurs que je n’oublie rien, que je me détermine à parler du vol au commensal ; seulement, je me bornerai à rapporter un fait récemment arrivé à Saint-Cloud.
Paris est environné d’une grande quantité de maisons bourgeoises habitées par leurs propriétaires ; ces propriétaires, durant la belle saison, louent en garni les appartemens dont ils ne se servent pas, et si le locataire paie cher et exactement, si son éducation et ses manières sont celles d’un homme de bonne compagnie, il est bientôt un des commensaux de la famille. Bon nombre de vols et d’escroqueries commis par ces hommes distingués, devraient cependant avoir appris depuis long-temps aux gens trop faciles, le danger des liaisons impromptu, mais quelques pièces d’or étalées à propos font oublier les mésaventures du voisin, surtout à ceux qui sont doués d’une certaine dose d’amour-propre, qualité ou défaut assez commun par le temps qui court.
Dans le courant du mois d’avril 1836, un individu qui prétendait être un comte allemand (ce qui au reste peut bien être vrai, car tout le monde sait que rien, en Germanie, n’est plus commun que les comtes et les barons), arriva à Saint-Cloud et prit le logement le plus confortable du meilleur hôtel de la ville ; cela fait, il visita un grand nombre d’appartements garnis, mais aucun ne lui plaisait ; enfin il en trouva un qui parut lui convenir : c’était celui que voulait louer un vieux propriétaire, père d’une jeune et jolie fille ; le prix de location convenu, le noble étranger arrête l’appartement ; il paie, suivant l’usage, un trimestre d’avance, et s’installe dans la maison.
Le comte se levait tard, déjeunait, lisait, dînait à cinq heures, il faisait quelques tours de jardin, puis ensuite il rentrait chez lui pour lire et méditer de nouveau ; cette conduite dura quelques jours, mais ayant par hasard rencontré dans le jardin Mme L… et sa fille, il adressa quelques compliments à la mère, et salua respectueusement la demoiselle : la connaissance était faite. Bientôt il fut au mieux avec ses hôtes, et il leur apprit ce que sans doute ils désiraient beaucoup savoir : il était le neveu, et l’unique héritier, d’un vieillard qui, par suite de malheurs imprévus, ne possédait plus que soixante et quelques mille francs de rente.
« On ne saurait trop faire pour un homme qui doit posséder une fortune aussi considérable, se dit un jour M. L…, monsieur le comte est toujours seul, il ne sort presque jamais, il doit beaucoup s’ennuyer ; tâchons de le distraire. » Cette belle résolution une fois prise, M. L… invita le comte à un grand dîner offert à un ancien marchand d’écus retiré, qui avait conservé les traditions de son métier, et qui savait mieux que personne ce que peut rapporter un écu dépensé à propos. Cette réunion fut suivie de plusieurs autres, et bientôt le comte, grâce à ses manières empressées, à son extrême politesse, devint l’intime ami de son propriétaire. Le comte avait dit qu’il attendait son oncle, et des lettres qu’il recevait journellement de Francfort, annonçaient l’arrivée prochaine de ce dernier ; l’oncle priait son neveu de lui envoyer la meilleure dormeuse qu’il pourrait trouver, de lui choisir un logement, etc. Comme on le pense bien, le gîte de l’oncle fut choisi dans la maison de M. L…, l’époque de son arrivée étant prochaine. Le comte, sur ces entrefaites, demande la jeune personne en mariage, les parens sont enchantés, et la jeune fille partage leur ravissement.
M. R***, l’ami de la famille, est mis dans la confidence ; le comte lui demande des conseils, et parle d’acheter des diamans qu’il destine à sa future ; mais comme il ne connaît personne à Paris, il craint d’être trompé, M. R*** conduit lui-même le comte chez un bijoutier de ses amis, auquel il le recommande. Un comte présenté par M. R***, qui a été payeur de rentes trente-six à quarante ans, et qui doit certainement connaître les hommes, devait inspirer de la confiance, enfin M. le comte achette des boucles d’oreilles superbes, qu’il remet à sa prétendue ; il fait tant et si bien, qu’il obtient pour 16 à 18,000 fr. de diamans sans argent ; le bijoutier, qui croyait voir dans M. le comte une ancienne connaissance de M. R***, livra aveuglément. Mais il fallait reprendre les boucles d’oreilles données à la prétendue. Le comte dit à la demoiselle : « Il me semble que les boucles d’oreilles qu’on vous a remises ne sont pas aussi belles, à beaucoup près, que celles que je vous destinais. » Il les examine : « C’est infâme, dit-il, d’avoir ainsi changé les diamans ; il y a plus de 1,500 fr. de différence ; je ne puis souffrir cela, etc. »
Il doit aller au-devant de son oncle, il emprunte 7 à 800 fr. au beau-père, qui, pour ne pas fatiguer M. le comte, porte les 800 fr. dans ses poches ; mais, arrivé à Paris, le comte prit la peine de le décharger de ce fardeau, et ne revint plus.
Il emporta 16 à 18,000 fr. au bijoutier, 800 fr. à son beau-père en herbe, et 800 fr. au traiteur.
Il est inutile d’ajouter que l’oncle d’Allemagne n’était qu’un compère qui s’est prêté à cette manœuvre.

Fendre l’ergot

Delvau, 1866 : S’enfuir, — dans l’argot du peuple, fidèle aux vieilles traditions. On dit aussi, mais moins, Bander l’ergot.

France, 1907 : S’enfuir.

Folk-loriste

France, 1907 : Anglicisme introduit nouvellement et qui est lui-même, en anglais, de récente origine, ayant été formé en 1846, par W. J. Thom, de folk, gens, et lore, science, pour désigner une catégorie d’anthropologistes qui s’occupent de faire revivre ou tout au moins de mettre en lumière les légendes, traditions, et jusqu’aux coutumes et expressions de terroir du passé. Le folk-lorisme s’est grandement développé depuis ces dernières années.

Un caractéristique réveil d’attention qui s’est manifesté, depuis quelque temps, en faveur de nos vieilles traditions françaises. Usages typiques, légendes, dictons, superstitions, proverbes, on recherche avec soin tout ce qui dans nos provinces, a gardé nie saveur de sincère originalité. Je sais tel folk-loriste (c’est le terme consacré pour désigner ces amateurs), comme MM. Paul Sébillot, Carnoy, G. Vicaire, Millien, Certeux, Blémont, qui note sur son carnet la découverte d’une expression de terroir, d’un couplet, voire d’un juron, avec autant de joie qu’un autre place dans une vitrine un bibelot longtemps désiré.

(Paul Ginisty)

Gogotesque

France, 1907 : Qui tient du gogo, naïf, facile à duper.

Monsieur Quart aura été, parmi nous, le vivant symbole de l’épargne… de cette petite épargne, courageuse et féconde que nulle déception n’atteint, que nul malheur ne lasse et qui, sans cesse trompée, volée, ruinée, n’en continue pas moins d’entasser, pour les déprédations futures et au prix des plus inconcevables privations, un argent dont elle ne jouira jamais, et qui jamais ne sert, n’a servi et ne servira qu’à édifier la fortune et à assouvir les passions… des autres.
Abnégation merveilleuse ! Tirelire idéale, ô bas de laine !
Ce sera, dans une époque troublée comme la nôtre, d’être demeuré fidèle, per fas et nefas — par ce qui est permis et ce qui est défendu — comme dit le poète, à des traditions nationales et gogtesques.

(Octave Mirabeau)

Impure

Delvau, 1864 : À la fin du XVIIIe siècle, on donnait ce nom aux filles entretenues qui aimaient à se pavaner en public. Le mot est encore dans la circulation.

C’est une impure
Presque aussi sûre
Que ces belles
Demoiselles
Là !

(Collé)

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, — dans l’argot des vieux galantins, qui ont conservé les traditions du Directoire.

Le, la, les

Rigaud, 1881 : Articles que messieurs les maîtres d’hôtel des maisons qui se respectent — s’inspirant des traditions de la Régence, — ne manquent jamais de placer avant le nom de chaque plat porté sur le manuscrit gastronomique, vulgo menu. Ainsi ce sera : Le potage velours, les filets de sole à la Joinville, la poularde truffée, les asperges en branche, la timbale de Bontoux. C’est-à-dire : le merveilleux potage, les admirables filets, la succulente poularde, les énormes asperges, la sans pareille timbale.

Mac

Vidocq, 1837 : s. m. — Amant et souteneur d’une fille publique. Il s’est opéré une telle fusion dans nos mœurs, que plusieurs types se sont effacés sans laisser la moindre trace de leur existence. Bientôt le Mac sera un de ceux-là ; il est déjà fossile, bientôt il sera anté-diluvien. Mais cela ne prouve rien en faveur de nos mœurs ; notre belle jeunesse d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle d’autrefois ; les dehors sont sans doute moins repoussans, mais l’intérieur est le même, et la seule conclusion qu’il soit possible de tirer de ce qui se passe, c’est que le nombre des êtres vicieux est plus grand. Le métier de Mac, autrefois, n’était guère exercé que par des voleurs ou des mouchards. Ces messieurs étaient jadis les seuls sultans des harems publics ; maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amans des jeunes gens de famille, ils ne volent personne, ils ne rendent aucun service à la préfecture de police, ils ont même de l’honneur ! Ce qui ne les empêche pas d’envoyer leur femme au vague, et d’avoir conservé toutes les traditions du métier, hormis celles qui pouvaient les compromettre. Que l’on ne croie pas cependant que les filles de joie ont gagné à cet échange ; il y avait autrefois entre elles et leurs amans une certaine conformité de périls et d’infortunes qui rendait la communauté plus douce, communauté qui n’existe plus maintenant. Cependant celui qui s’est fait le despote d’une courtisane, à la charge par lui de la défendre envers et contre tous, s’il n’est ni voleur ni mouchard, est bien prêt de devenir tout cela.
Le monde des Macs était autrefois un monde à part. On voyait ces Messieurs, réunis dans les bouges de la Grève et des environs, prêts, au premier signal, à aller jeter par la fenêtre le malheureux qui, pour son malheur, était entré dans un des mauvais lieux qui, à cette époque, infestaient les rues de la Tannerie, de la Vieille-Lanterne, de la Vieille-Place-aux-Veaux, de la Mortellerie.
Les Macs de l’ancien régime étaient tous costumés de la même manière ; grand chapeau à cornes, cravate d’une ampleur démesurée, veste très-courte, pantalon large, bas à coins de couleur, et chaussure des magasins de la mère Rousselle. Une chique énorme et un bâton long et noueux leur servaient de signes de reconnaissance.
Les filles étaient chargées de pourvoir aux besoins et aux plaisirs de MM. les Macs, et, à cet effet, chacune d’elles avait un compte ouvert chez Dupuis, la mère Bariol, la mère Sans-Refus, taverniers en grande renommée à cette époque. Chaque Mac inscrivait sur une ardoise sa dépense, que sa femme était chargée de payer. L’éponge passée sur une ardoise servait de quittance générale. (Voir Rutière).

Delvau, 1864 : Abréviation de maquereau.

Ça m’ fera peut-être rigoler un brin, de changer d’rôle, et de mac devenir miché.

(Lemercier de Neuville)

Après tout, ce n’est pas si bête
D’avoir fait quatre cents binettes.
D’hommes de lettr’s, de peintr’s et de mac ?

(A. Pothey)

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Maquereau, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Apocope de maquereau, souteneur de filles ; et mecque avec changement de l’a en e. — De maque, marchand ; d’où maquignon.

Virmaître, 1894 : Diminutif de maquereau. Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque. C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Individu qui vit du produit d’un labeur vaginal.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Abréviation de maquereau.

Machiavélisme

France, 1907 : Mot employé pour exprimer la mauvaise foi, l’astuce, la théorie du crime politique et de la tyrannie.
Cette opinion a été basée sur la réputation que des traditions contemporaines avaient faite à l’œuvre de Machiavel. En effet., dans son traité du Prince, l’illustre Florentin, en examinant ce qu’est une principauté, combien il y en a d’espèces, comment on les conserve et comment on les perd, enseigne que les mots de bonne foi, de justice, de clémence et d’humanité doivent être constamment dans la bouche des princes, mais qu’ils ne sont tenus de ne faire que ce qu’ils jugent nécessaire à la conservation de leur pouvoir.
Le prince a donc le droit de tromper, d’empoisonner, d’égorger, pourvu que tout se fasse habilement. Mais une lecture attentive montre que le livre de Machiavel est un avertissement pour les peuples. « J’ai, dit-il, enseigné aux princes à être tyrans, mais j’ai aussi enseigné aux peuples à détruire les tyrans. »

Raca

France, 1907 : Synonyme de merde. Mot syriaque exprimant une grossière injure et que l’on trouve dans l’Évangile. De raca l’on a fait racaille.

L’étudiant est devenu aristocrate, mais de cette vilaine aristocratie du parvenu, c’est-à-dire la morgue et l’insolence unies ensemble, la fusion de l’égoïsme et de la sottise, le mariage incestueux des petites idées et des petites vanités…
Cette classe de jeunes homes qui ont jeté par-dessus les moulins le peu qui restait encore de principes incontestés, de traditions religieusement conservées, ont arboré un drapeau honteux qu’ils suivent la tête haute, comme s’il y avait lieu d’en être fier. Ils ont commencé par se compter, par passer en revue leur armée ; puis ils ont dit : « Toi, combien as-tu ? — Tant. — Il t’est permis d’être des nôtres ! » — « Toi, que possèdes-tu ? — Tant. — Arrière !… Raca ! »

(Eugène Vermersch, Le Latium moderne)

Struggler

France, 1907 : Lutteur, au sens figuré. Anglicisme.

Si les grands maîtres ont laissé, au Palais, des héritiers de leurs traditions, l’Ordre est envahi par une racaille de jeunes strugglers qui en compromettent étrangement la respectabilité.

(Séverine, Le Journal)

Tradition

Delvau, 1866 : s. f. Effet non indiqué dans la pièce écrite ou imprimée, mais qui, trouvé par un acteur, se transmet à ceux qui jouent le rôle après lui. Se dit aussi pour Addition à un rôle. Les traditions — à la Comédie française, — sont des conventions auxquelles il ne saurait être dérogé sans blesser le goût… des vieux amateurs de l’orchestre.

Turlutaine

Delvau, 1866 : s. f. Fantaisie, caprice, lubie.

France, 1907 : Baliverne.

Au premier choc, au moindre frôlement, à l’attaque d’une phrase équivoque, d’une prière libertine, elle avait une façon de dévisager les gens de ses prunelles calmes, emplies comme de l’eau morte et limoneuse d’une mare, de sourire comme si on lui eût murmuré de l’hébreu, de retirer doucement ses mains des doigts qui essayaient de les emprisonner, de parler aussitôt de n’importe quelle turlutaine qui retournait les plus téméraires, qui les rendait soudainement respectueux.

(René Maizeroy)

France, 1907 : Toquade, rengaine ; argot populaire.

Je pense comme M. de Rémusat, quand il disait qu’un gouvernement n’à guère rien de mieux à faire que de jouer le même air de flute que le gouvernement précédent, mais à condition de le jouer mieux ; et c’est ma turlutaine de vouloir qu’on ne remplace définitivement un pouvoir qu’en lui empruntant quelque chose et même beaucoup de ses traditions.

(Henry Fouquier)

Vendre son piano

Delvau, 1866 : v. a. Jouer de façon à faire pleurer les spectateurs, — dans l’argot des coulisses, où Bouffé (rôle de Pauvre Jacques) a laissé des souvenirs et des traditions. Par extension, dans la vie réelle, on dit d’une Femme qui pleure hypocritement : Elle vend son piano.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique