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Entretien

France, 1907 : Conversion intime entre deux personnes d’un sexe différent, et où l’usage de la parole n’est pas absolument nécessaire.

Le soir, il mène Éléonore
Avec un vieux tout plein de feux
Qui lui dit, en baissant le store :
« Cocher, au pas… vas où tu veux !… »
Compris ! Sans souffler mot, il roule
Au bois, comme un pauvre martyr,
Dans les chemins que fuit la foule,
Mais où l’amour prend son plaisir !…
Pour ces trajets il est commode :
S’il entend un seul bruit, eh bien !
Il sifflote un air à la mode,
Il ne voit rien… de l’entretien !…

(Henri Buguet)

Frappés

France, 1907 : Pièces de monnaie.

— C’est tout plein de vaches, dans ces quartiers rupins, qui vous demandent où qu’vous rappliquez avec un baluch’… Faut chercher les frappés… Il y en a sûrement dans le comptoir…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Guitare

Larchey, 1865 : Rengaine. — Terme inventé par les Romantiques qui voulurent réagir contre l’école des Troubadours classiques de 1820. Chaque volume de vers était alors précédé du portrait de l’auteur drapé dans un manteau à grand collet et faisant vibrer son luth (guitare classique) au milieu de ruines éclairées par la lune.

On désigne au théâtre sous le nom de guitare une sorte de plainte incessante, revenant comme une mélopée, le son monotone d’une guitare modulant un rythme triste et sans fin

(Duflot)

Delvau, 1866 : s. f. Rengaine ; plainte banale, blague sentimentale, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers des Orientales de Victor Hugo.

Rigaud, 1881 : Redite, rabâchage, doléances. — Jouer de la guitare, rabâcher. — Pincer, jouer de la guitare, être en prison.

Virmaître, 1894 : Soufflet dont se servent les plombiers. Allusion de forme (Argot du peuple).

France, 1907 : Rengaine, blague sentimentale, allusion aux joueurs de guitare qui jouent toujours les mêmes airs.

— Résumons, fit le président, vous parlez trop, et nullement à votre avantage. Les promesses que vous avez faites à l’accusée étaient donc mensongères ?
— Oh ! mensonges forcés ! Ça se promet toujours, le mariage. S’il fallait épouser toutes femmes auxquelles on chante cette guitare, on serait plus polygame qu’un Turc !

(Gazette des Tribunaux)

— Assez, je connais cette guitare, on me la chante trop souvent… Nous n’avons qu’un but, c’est d’avoir des louis, beaucoup de louis, tout plein de louis ! et la chasse que nous leur faisons possède le charme que vous pouvez trouver à celle des bécasses.

(Ces Dames du Casino, 1862)

France, 1907 : Soufflet, à cause de sa forme.

Messaline (Valérie)

Delvau, 1864 : Impératrice romaine, deuxième femme de Claude. Célèbre par son impudicité et ses étonnantes débauches : la plus fameuse putain de son temps. Après avoir souillé la couche impériale, en y recevant des amants de toutes les conditions, elle osa, du vivant de son époux, épouser publiquement Silius, jeune homme qu’elle aimait éperdûment. Claude, à cette nouvelle, la fit mettre à mort avec tous ses complices, l’an 48 de J.-C. Juvénal, dans ses Satires, s’exprime ainsi, au sujet de cette grande impure :

Quand de Claude assoupi la nuit ferme les yeux,
D’un obscur vêtement sa femme enveloppée,
Seule, avec une esclave, et dans l’ombre échappée,
Préfère à ce palais tout plein de ses dieux,
Des plus viles Phrynés le repaire odieux.
Pour y mieux avilir le nom qu’elle profane,
Elle emprunte à dessein un nom de courtisane :
Son nom est Lisisca ; ces exécrables murs,
La lampe suspendue à ces dômes obscurs,
Des plus affreux plaisirs la trace encor récente,
Rien ne peut réprimer l’ardeur qui la tourmente.
Un lit dur et grossier charme plus ses regards
Que l’oreiller de pourpre où dorment les Césars.
Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre,
Du regard les invite et n’en craint pas te nombre.
Son sein nu, haletant, qu’attache un réseau d’or,
Les défie, en triomphe, et les défie encor.
C’est là que, dévouée à d’infâmes caresses,
Des muletiers de Rome épuisant les tendresses,
Noble Britannicus, sur un lit effronté,
Elle étale à leurs yeux les flancs qui t’ont porté.
L’aurore enfin paraît, et sa mine adultère
Des faveurs de la nuit réclame le salaire.
Elle quitte à regret ces immondes parvis,
Ses sens sont fatigués et non pas assouvis.
Elle rentre au palais, hideuse, échevelée.
Elle rentre, et l’odeur autour d’elle exhalée
Va, sous le dais sacré du lit des empereurs,
Révéler de la nuit les lubriques fureurs.

Plein

d’Hautel, 1808 : J’en ai tout plein et puis encore. Locution vicieuse et triviale ; pour j’en ai beaucoup, j’en ai abondamment, excessivement.
Tout plein de gens, tout plein de monde. Pour, un grand nombre de gens, beaucoup de personnes.
Cette bouteille est pleine de vide. Se dit par plaisanterie d’une bouteille où il n’y a plus rien, et où l’on croyoit trouver quelque chose.
Le sac est plein. Se dit quand un homme a mis le comble à ses iniquités, et qu’il provoque sur lui le châtiment et la vengeance. On se sert aussi de cette locution pour exprimer que quelqu’un a beaucoup mangé ; ou qu’une femme est enceinte.
Donner à pleines mains. C’est-à-dire libéralement, avec profusion.
Ce vin sent la framboise à pleines bouche. Pour dire, a le goût de la framboise, laisse à la bouche l’odeur de la framboise.
Être plein de soi. Avoir une grande présomption, être trop favorablement prévenu de son mérite.
Elle a toujours le ventre plein. Se dit par raillerie d’une femme qui a des grossesses très-rapprochées, très-fréquentes.
Un visage de pleine lune. Un visage large, plein et ouvert.
Ce drap est à pleine main. Pour dire qu’il est bien fabriqué, qu’il est bien fourni.

Fustier, 1889 : Argot des joueurs de roulette. L’un des casiers sur lesquels se trouvent inscrits les numéros correspondant à ceux de la roulette. Faire un plein, c’est placer sa mise en plein sur un numéro, au lieu de la disposer soit à cheval, soit d’une façon transversale.

Viscrit

France, 1907 : Élève de deuxième année à l’École des arts et métiers, pour vice-crit, vice-conscrit. L’élève de troisième année est le conscrit.

Puis je fus le viscrit fidèle
Qu’en un an l’école à formé.
Je revenais tout plein de zèle,
Avec un esprit transformé.
Alors relevant ma visière,
Baissant de ma veste le col,
Je cheminais la mine altière,
Fendant, prêt à prendre mon vol !
Ah ! que j’étais heureux à cet âge,
Alors je ne doutais de rien :
Laissant du conscrit le langage,
L’argot du viscrit fut le mien.

(R. Roos)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique