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Abattis

Rigaud, 1881 : Nombreuses révocations dans un personnel administratif. — Hécatombes de fonctionnaires de l’État que la cognée ministérielle abat comme la cognée du bûcheron abat les arbres d’une forêt.

C’est pour affirmer… que le journal de M. Decazes a collaboré à l’abattis, en quelques semaines, de 54 préfets, de 38 secrétaires généraux et de 125 sous-préfets.

(Aug. Vacquerie, le Rappel du 23 octobre 1877)

La Rue, 1894 : Les pieds, les mains, les membres en général. Abattis canailles, extrémités grosses, rougeaudes, massives.

Rossignol, 1901 : Les bras et jambes sont des abattis.

France, 1907 : Les pieds et les mains ; argot du peuple.

Parigo, quoi !… Des Batigneulle’,
Toujours prêt à coller un paing,
Mais j’comprends pas qu’on s’cass’ la gueule
Pour gagner d’quoi s’y tout’ du pain
El’travail… c’est ça qui nous crève,
Mêm’ les ceux qu’est les mieux bâtis,
V’là pourquoi j’m’ai mis en grève…
Respec’ aux abattis.

(Aristide Bruant)

Avoir les abattis canailles, avoir les extrémités massives et larges. Numérote tes abattis.

anon., 1907 : Membres. Mettre ses abattis dans les torchons : se coucher.

Balayer ses enfants

Delvau, 1864 : Enlever avec un balai ou avec un torchon les gouttes de sperme qu’on a laissées tomber sur le parquet en se branlant ou en baisant une femme sur une chaise.

Bougon, bougonne

France, 1907 : Grognon, bourru. D’après Alfred Delvau, ce mot serait une onomatopée de bugones, abeilles, tandis que Lorédan Larchey le fait dériver de bouquer, gronder, qui pourrait bien avoir la même origine :

Car toujours madame Bougon
Fait carrillon
Et le torchon
Brûle en tous temps dans ma pauvre maison.

(Les vrais Rigolos)

Cachemire

Delvau, 1866 : s. m. Torchon, — dans l’argot ironique des faubouriens. Donner un coup de cachemire sur une table. L’essuyer.

Camelotte

d’Hautel, 1808 : C’est de la camelotte ; ce n’est que de la camelotte. Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité en est au-dessous du médiocre.

Ansiaume, 1821 : Marchandise.

J’ai de la camelotte en rompant, mais pour du carle, niberg.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sperme.

Vidocq, 1837 : s. f. — Toute espèce de marchandises.

M.D., 1844 : Marchandise.

un détenu, 1846 : Mauvaise marchandise.

Delvau, 1866 : s. f. « Femme galante de dix-septième ordre, » — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise marchandise ; besogne mal faite, — dans l’argot des ouvriers ; Livre mal écrit, dans l’argot des gens de lettres. Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif ; ils ont dit : Un mariage camelotte.

Rigaud, 1881 : Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chiffonniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail ; le cuivre, du rouget, le plomb, du mastar ; le gros papier jaune, du papier goudron ; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos ; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies ; les croûtes de pain, des roumies ; les têtes de volaille, des têtes de titi ; les cheveux, des douilles ou des plumes ; les tissus laine et coton, des gros ; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs ; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.

Rigaud, 1881 : Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d’un mauvais usage, faite de poils de chèvre, de laine, de soie et de coton de rebut, d’où camelotte. — Tout l’article-Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelotte.

Ah ! ce n’est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se déchire quand on la regarde.

(Balzac, L’Illustre Gaudissart)

Rigaud, 1881 : Prostituée de bas étage.

Rigaud, 1881 : Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J’ai de la bonne camelotte, j’ai de la bonne marchandise.

Virmaître, 1894 : Marchandise. Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit : c’est de la camelotte (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Marchandise.

France, 1907 : Objet de nulle valeur ou marchandise volée.

— Si elle ne veut pas de la camelotte, une autre en voudra.
— Si j’en étais sûr !…
— Viens avec moi chez ma fourgate.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Camelotte en pogne, être pris en flagrant délit de vol. On dit aussi camelotte dans le pied. Prostituée de bas étage.

Chiffonner

d’Hautel, 1808 : Une figure chiffonnée. Un visage dont les traits, sans être beaux ni réguliers, forment cependant un ensemble agréable.
Cela me chiffonne. Pour cela m’embarrasse, m’inquiète, me tourmente.

Delvau, 1866 : v. a. Contrarier, ennuyer, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.

Et lorsqu’ils sontpochards, ils chiffonnent les bonnes

(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)

La Rue, 1894 : Contrarier.

France, 1907 : Contrarier, ennuyer.

— Si vous ne voulez pas être mon obligée, soyez tranquille, je vous demanderai quelque chose en échange : comme ça, nous serons quittes !
— Quoi donc ? Que me demanderez-vous ?
— De me faire mes heures supplémentaires la semaine prochaine. Je suis de garde et ça me chiffonne.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Agacer, tripoter une femme ou une fille ; littéralement, lui chiffonner les jupes ou essayer de lever sa chemise.

— L’épouser ! L’épouser ! exclama bruyamment le capitaine, en battant du bras ; ce petit torchon… ce laideron, cette grêlée !… Il pensait à chiffonner ça parce que c’est jeune. Un amour d’étape. J’aurais deviné ça du coup… et je l’aurais secoué.

(Alexis Bouvier, La Belle Grêtée)

— Savez-vous comment on peut chiffonner le plus une soubrette au minois chiffonné ?
— En ne la chiffonnant pas.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Coup de bas

Larchey, 1865 : Coup dangereux.

Ces fats nous donnent un rude coup de bas.

(Chansons. Clermont, 1835)

Coup de chien, peigne, torchon : V. ces mots.

Virmaître, 1894 : Coup dangereux. Achever quelqu’un, le finir (Argot des voleurs).

France, 1907 : Coup définitif qui achève la victime.

Coup de torchon

Delvau, 1866 : s. m. Baiser, — dans l’argot des faubouriens, qui sans doute, veulent parler de ceux qu’on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvres essuient le visage.

Rigaud, 1881 : Duel au sabre, en terme de régiment. Se flanquer un coup de torchon.

France, 1907 : Combat, bataille.

— Eh ! margi, lui criai-je à travers les barreaux de ma lucarne, quoi de nouveau ?
— Il y a qu’on va se flanquer des coups de torchon, mon fils. Une belle occasion de dépuceler ton sabre.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Hop là ! hardi ! Il va y avoir un coup de torchon !
Pas un pioupiou ne boude.
Sac au dos ! empoignez-moi votre flingot, la cartouchière sur le bedon, et, pas gymnastique, en avant, marche !

(Traité de civilité militaire et honnête, enseignée par Dache)

Se donner un coup de torchon, se battre en duel.

Coup de torchon (se donner un)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se battre en duel ou à coups de poing, comme des gentilshommes ou comme des goujats. C’est une façon comme une autre d’essuyer l’injure reçue. Même argot [des faubouriens].

Déquiller

France, 1907 : Éstropier. Mot à mot : faire tomber les quilles, c’est-à-dire les jambes.

Les gars dont le cœur battait ferme entre les côtes se foutaient en révolte. Formés en bandes, toujours prêtes aux coups de torchon, ils dévalisaient les diligences, ratiboisaient le pognon de l’État, déquillaient les gendarmes, s’emparaient des villes.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Dondon

d’Hautel, 1808 : Une grosse dondon. Sobriquet injurieux que l’on donne à une servante d’auberge ; à une grosse réjouie ; à une femme grasse et d’un solide embonpoint.

Delvau, 1864 : Femme facile, qui se laisse prendre le cul par le premier venu, et, au besoin, se laisse baiser par lui.

Toinette, fraîche dondon,
Chantait ainsi son martyre.

(Jules Poincloud)

Delvau, 1866 : s. f. Femme chargée d’embonpoint ; servante de cabaret — dans le même argot [du peuple].

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot dédaigneux des bourgeoises.

France, 1907 : Grosse femme aux forts appas.

C’est la remplaçante, une dondon au grand nez rouge, prétentieuse, endimanchée, et munie d’un vaste panier vide, qu’elle dissimule tout d’abord dans le recoin le plus obscur de l’entrée. Puis elle demande les cabinets, y passe un instant ; entre ensuite à la cuisine, retrousse la jupe de sa vieille robe de soie puce, épingle un torchon sur son large bedon afin de ne pas se salir, et demande à Julie la clef de la cave.

(Paul Alexis, Quelques originaux)

C’estoit une grosse dondon,
Grasse, vigoureuse, bien saine,
Un peu camuse à l’afriquaine,
Mais agréable au dernier point.

(Scarron, Virgile travesti)

Essui

France, 1907 : Torchon.

Foutre le camp

Delvau, 1866 : Déguerpir, s’enfuir au plus vite. Signifie aussi : Disparaître, — en parlant des choses, « Le torchon blanc a foutu le camp ! » s’écrie le concierge de la comtesse Dorand dans le roman cité plus haut.

France, 1907 : S’en aller, se sauver.

— Vous pensez ! Mais ça lui était bien égal ! Il n’a aucune pudeur… Et il vociférait, hurlait… Vous savez comme il est mal embouché ? — Fous-moi le camp ! Fous-moi le camp ! Ah ! Il faut que tu déblatères sans cesse contre les hommes ! Ah ! nous ne sommes que des lâches, des goujats, de la crapule ! Ah ! nous ne valons pas mieux que les pourceaux nos frères ! Eh bien, j’en ai assez, j’en ai trop, de tes compliments et de tes gentillesses, et, cette fois, nom de Dieu, tu crieras pour quelque chose !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

— Tu pourras aller dire d’ma part à Pie IX que j’me fous d’sa fiole et d’tous les autres Pie d’son espèce.
Là-d’sus mon capucin fout le camp en m’faisant des yeux comme des clous d’souliers.

(Gustave Grison, Les Aventures du colonel Ronchonnot)

Girofflé

Ansiaume, 1821 : Beau, belle, joli, jolie.

Il est girofflé, je lui donnerais un fameux coup de torchon.

Mec à la mie de pain

France, 1907 : Voleur maladroit et craintif.

C’était un môme assez costeau,
Mais il ’tait avec eun’ cathau
Qu’était blèche :
I’ la r’levait à la mi’ d’pain,
Il était, au lieu d’êt’ rupin,
Dans la dèche.

(Aristide Bruant)

Vous m’direz : Mon vieux cochon,
Quand on veut qu’eun’ marmott’ turbine,
Faut pas qu’alle ay’ l’air d’un torchon
Ni qu’a soy’ trop dans la débine,
— Oui… mais ça m’fait r’naquer du fla
D’avoir l’air d’un mec à la mie,
Quand on s’paye eun’ anatomie
Et eun’ gueul’ comm’ la cell’ que v’là.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Net comme torchette

Delvau, 1866 : adj. Se dit, — dans l’argot du peuple, — des choses ou des gens excessivement propres.

France, 1907 : Chose excessivement propre ; argot populaire ; en quoi l’argot populaire fait erreur. Net comme torchette est une corruption de net comme torchon, qui s’employait dans un sens ironique pour désigner une chose très sale, comme l’est souvent un torchon. On en trouve un exemple, cité par Charles Nisard, dans la Nouvelle Fabrique des excellents traits de vérité de Philippe d’Alerippe :
« Je ne souhaiteray autre chose sinon que je souhaite que nostre veau guarisse des dartres tous ceux qui luy mettront le doigt au trou du cu… Ce qui advint, comme depuis on l’a vue par expérience de plusieurs ayant des dartres, eux retourner dudit veau, après avoir fiché leur doigt au trou du cu, clairs et nets comme torchons. »

C’était elle qui le faisait vivre, qui le soignait tendrement, qui l’établissait, chaque matin, dans son fauteuil, avec du linge blanc, net comme torchette, et qui entretenait chez lui l’illusion d’être un bourgeois, un homme établi.

(François Coppée)

Pitaine-Crayon

Rigaud, 1881 : Garçon de la salle de dessin à l’École Polytechnique, — dans le jargon des Polytechniciens. Pitaine-torchon, garçon de laboratoire à la même école.

Rouler sa viande dans le torchon

Delvau, 1866 : v. a. Se coucher, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Se coucher. On dit plus communément :
— Je vais remiser ma viande. (Argot du peuple).

France, 1907 : Se coucher.

Salopète

Rigaud, 1881 : Il (le canotier de la Seine) porte la salopète, cotillon de grosse toile à torchon ; la salopète ne se lave pas, chaque tache lui est un honneur.

(E. Briffault, Paris dans l’eau, 1844)

Sentir mauvais

Delvau, 1866 : v. n. Devenir grave, sérieux ; se gâter, — en parlant des choses. Cela sent mauvais est une phrase de la même famille que Le torchon brûle.

Virmaître, 1894 : Quand un voleur est sur le point d’être pris, quand on éveille un condamné à mort pour sauter le pas, quand on est embarqué dans une sale affaire, cela sent mauvais (Argot du peuple). N.

Sézière, sézigue

France, 1907 : Lui, elle. Rouscaillez à sézière, parlez-lui.

Et les punit en la forme qui suit : premièrement on lui ôte tontine son frusquin, puis on urine dans une saliverne de sabri avec du pivois aigre, une poignée de marrons et un torchon de frétille, et on frotte à sézière tant son proy qu’il ne demorfle d’un mois aprés.

(Le Jargon de l’argot)

Tocasson

Delvau, 1866 : s. f. Femme laide, ridicule et prétentieuse, — dans l’argot de Breda-Street. On dit aussi Tocassonne.

Rigaud, 1881 : Femme laide et vieille, ridiculement accoutrée. — Quel tocasson !

Virmaître, 1894 : Fille qui depuis des années est dans la circulation, qui veut conserver des airs de jeunesse et se refuse à dételer son vieux fiacre.
— Crois-tu que c’est pas dégoûtant, la mère Tocasson qui trime encore à 72 berges (Argot des filles).

Rossignol, 1901 : Vieux, mauvais. Un mauvais cheval est un tocasson.

France, 1907 : Laid ; s’emploie pour les deux genres.

Eh ! ben zut ! Eh ben, nom de Dieu !
C’est ça qu’on appelle une étoile ?
Ell’ s’rait même pas bonne au pieu…
Elle est frusquée comme un torchon ;
Faut vraiment que le public soit pantre
Pour applaudir ce tocasson,
Cette femme-là n’a rien dans le ventre.

(Chambot et Girier, La Chanson des Cabots)

Torcher

d’Hautel, 1808 : C’est un ouvrage bien torché. Se dit ironiquement d’un ouvrage fait avec peu de soin ; bousillé.
Torcher quelqu’un. Le battre ; le maltraiter ; l’arranger d’une rude manière.
Des torche-cadet. Des papiers inutiles, des actes qui ne sont bons à rien, ou dont on ne fait aucun cas.

Rigaud, 1881 : Donner des coups, battre ; d’où l’expression se donner un coup de torchon.

Rigaud, 1881 : Tourner avec grâce et facilité un petit travail littéraire ; faire dans les mêmes conditions une œuvre d’art sans importance.

Monselet qui a si galamment torché le si joli sonnet à l’asperge.

(L. Veuillot)

Fustier, 1889 : Faire vite et mal. — Manger. Torcher les plats. Avoir appétit.

France, 1907 : Faire.

Torchon

d’Hautel, 1808 : Elle est faite comme un torchon ; c’est un torchon. Se dit par mépris d’une femme peu soigneuse, sale et malpropre dans ses vêtemens.
Le torchon brûle. Locution populaire qui signifie que la mésintelligence et la discorde règnent entre deux personnes.

Rigaud, 1881 : Sale fille publique. Le torchon est une fille publique placée dans l’échelle de la prostitution bien au-dessous du linge. — Cuisinière malpropre, souillon de cuisine.

Fustier, 1889 : Argot de cabotins. La toile, le rideau.

La Rue, 1894 : Prostituée commune. L’élégante s’appelle linge.

France, 1907 : Fille malpropre, souillon.

Maintenant, de l’ancien petit torchon, s’était dégagé une fille très bonne, l’air fin et joli, qui avait la gorge dure, les membres élastiques et forts de fausses maigres.

(Émile Zola, La Terre)

France, 1907 : Nom donné dans certaines communautés religieuses à un genre de châtiment infligé aux enfants ou jeunes filles coupables de quelque faute et dont voici l’explication :

Plus que la cellule le torchon nous faisait peur. Pour un rien souvent, pour une boutonnière mal faite, la sœur nous faisait lever au milieu de l’atelier. Elle prenait un linge, un essuie-mains, une serviette, une chemise, propre ou sale, n’importe quoi. Elle le trempait dans l’eau et nous emmaillotait la tête et les épaules, jusqu’à l’étouffement.
J’ai eu le torchon plusieurs fois. Quand j’étais prise là-dessous, je sautais comme une folle. Un jour je me suis abattue, raide, sur le parquet. On me crut morte.
J’ai vu une de mes camarades, qui était phtisique et à qui la sœur avait infligé cette punition. Quand on lui découvrit la tête, elle rendait le sang à pleine bouche. Trois jours après, elle était enterrée.

(R. Chaughi, Les Temps Nouveaux)

Torchon (coup de)

Rigaud, 1881 : Fusillade ; coups de fusil, coups de sabre. Se donner un coup de torchon, se battre en duel à l’arme blanche, se battre contre l’ennemi, dans le jargon des troupiers.

France, 1907 : Bataille, lutte ; argot militaire.

Oh ! il n’y a pas à se le dissimuler, le coup de torchon se donnera avant peu. Quel est celui qu’il faudra nettoyer le premier ?…
Voilà la question posée et que doivent résoudre les patriotes qui nous mèneront au feu.

(La Baïonnette)

Duel au sabre. Se flanquer un coup de torchon.

Torchon (donner un coup de)

Ansiaume, 1821 : Baiser quelqu’un.

J’ai donné un coup de torchon au messière, il ne se gâte pas.

Torchon (se donner un coup de), se torcher

Larchey, 1865 : Se battre. — Même allusion que dans frotter. — Se dit aussi pour faire toilette.

Allons jusqu’aux chouans, leur donner un coup de torchon.

(Henry, Ch. 1836)

Le torchon brûle à la maison se dit pour annoncer une querelle domestique.

Je ne suis plus son jujule, son chou, son rat, son trognon, l’torchon brûle, l’torchon brûle à la maison.

(Dalès)

Torchon brûle (le)

Delvau, 1866 : Se dit de deux amants qui se boudent, ou de deux amis qui sont sur le point de se fâcher.

Rigaud, 1881 : Ça va mal dans le ménage.

La Rue, 1894 : Querelle dans le ménage.

France, 1907 : Locution métaphorique. La discorde s’est introduite dans le ménage.

Bref, pour finir, sans nul mystère,
Moi, j’y veux aller carrément
Camarades, sur cette terre,
Nous passons un mauvais moment ;
Quand le peuple est sage, tout cloche
Chez nous, avec juste raison,
De Loyola, sonnons la cloche !
Le torchon brûle à la maison !

(Julien Fauque, Le Chant des Jésuites)

Torchon, torchon littéraire

Rigaud, 1881 : Journal méprisable, journal dont on ne partage pas l’opinion, — dans l’argot de la petite presse.

Torchonner

d’Hautel, 1808 : Chiffonner ; fripper.
Un habit, une robe torchonnée. C’est-à-dire, faits sans goût, ou frippés.
On dit aussi d’une personne mal vêtue, ou trop surchargée d’ornemens, qu’Elle est torchonnée.

France, 1907 : Battre.

France, 1907 : Essuyer avec un torchon.

Des piles de soucoupes se dressaient, d’une blancheur d’albâtre, sur l’éclat miroitant des marbres : des femmes passaient, vêtues d’une jupe de flanelle à plis qui tuyautait jusqu’au milieu du mollet et d’une camisole lâche de satinette où sursautait un triple rang de fausses perles plus grosses que des noisettes. Elles passaient des bocks, torchonnaient un coin de table, virvoltaient lourdement, avec des tournures hommasses et des coups de reins de lutteuses de foire, sous leurs jupes blanches qui bombaient comme des culottes ou comme des corsage de la dame du comptoir ; puis, entre deux tournées, elles venaient s’abattre auprès des clients pour allumer une cigarette et pousser à la consommation.

(Camille Le Senne, Cher Maître)

France, 1907 : Travailler mal et salement.

Torchonnièrement

France, 1907 : Négligemment. Vieux français.

Torchons

anon., 1907 : Draps de lit.

Viande

d’Hautel, 1808 : De la viande à gens soûls. Alimens peu substantiels, peu solides : tels que les asperges, les concombres, et tout autre légume de ce genre.
On dit aussi dans un sens tout-à-fait semblable, de la viande creuse.
Montrer sa viande. Montrer des objets que la pudeur et la modestie prescrivent de dérober soigneusement aux regards.
Un mangeur de viande apprêtée. Un paresseux, un fainéant, qui aime à se divertir aux dépens des autres.

Delvau, 1864 : Femme publique.

Je vais connaître cette maison et savoir quelle viande il y a à son étal, à cette boucherie-la.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. f. La chair, — dans l’argot du peuple. Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on emploie cette expression froissante pour l’orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d’une maîtresse, disait il y a trois cents ans :

Une claire brune face
Qui ne soit maigre ny grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne put ny ne picque point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.

Rigaud, 1881 : La chair humaine. Montrer sa viande, se décolleter. — Cacher sa viande, cacher un sein qu’on ne saurait voir.

Cache donc ta viande que je mange mon pain !

(É. Zola)

La Rue, 1894 : Le corps humain, la chair. Soigner sa viande, se bien nourrir, avoir soin de soi.

Virmaître, 1894 : Chair. A. Delvau trouve que cette expression est froissante pour l’orgueil humain. Pourquoi donc ? Est-ce que la chair humaine n’est pas de la viande au même titre que celle de n’importe quel animal ? Quand une femme a une belle carnation, rose, fraîche, c’est un hommage que lui rend le langage populaire en disant :
— Ah ! la belle viande, on en mangerait.
C’est assez rare en cette fin-de-siècle, pour que ce mot soit accepté comme une louange et non comme une grossièreté (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chair humaine. Celui qui tombe ramasse sa viande.

France, 1907 : Chair. Étaler sa viande, se décolleter. Être en viande, être bien en chair. Mettre sa viande dans le torchon, se coucher. Ramasser sa viande, tomber. Basse viande, femme laide, avachie, basse prostituée. Viande de morgue, individu bon à tuer ; se dit aussi pour miséreux, vagabond.

Une claire brune face
Qui ne soit maigre ni grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne pue ny ne pique point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.

(Les Touches du Seigneur des Accords, 1583)

Viande dans le torchon (se coller la)

Rigaud, 1881 : Se coucher, — dans le jargon de MM. les voyous.


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Dictionnaire d’argot classique