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Béguin

Larchey, 1865 : Passion. — Vient du mot béguin : chaperon, coiffure. Allusion semblable à celle qui fait appeler coiffée une personne éprise.

Il y a bel âge que je ne pense plus à mon premier béguin.

(Monselet)

Béguin :Tête.

Tu y as donc tapé sur le béguin.

(Robert Macaire, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Caprice, chose dont on se coiffe volontiers l’esprit. Argot de Breda-Street. Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux. Avoir un béguin pour un homme. Le souhaiter pour amant quand on est femme — légère.
On disait autrefois S’embéguiner.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Tête. C’est la tête prise pour le bonnet. Caprice amoureux. — Avoir un béguin, être épris de.

Moi, monsieur, j’ai un béguin pour les hommes rassis et pas trop spirituels… Aussi vous me plaisez.

(Almanach du Charivari, 1880)

La Rue, 1894 : Tête. Caprice amoureux.

Virmaître, 1894 : Petit serre-tête en toile que l’on met sur la tête des enfants nouveau-nés (Argot des nourrices). V. Avoir un béguin.

Rossignol, 1901 : Être amoureux d’une femme ou d’une chose.

J’ai un béguin pour cette femme. — Allons en ce café, j’ai un béguin pour cet établissement.

Béguin veut aussi dire aimer à… l’œil, sans que ça coûte.

France, 1907 : Caprice.

— J’ai toujours eu un béguin pour toi, tu sais bien, j’aime les grosses femmes, on ne se refait pas !

(Oscar Méténier)

C’est pas un’ plaisanterie,
Faut que j’passe mon béguin ;
J’suis pas jolie, jolie,
Mais j’suis cochonne tout plein.

(Louis Barron)

Frère Laurent. — Alors, vous voulez vous marier ?
Juliette. — Oui, j’ai le béguin pour lui.
Roméo. — Et moi, je l’idole.
Frère Laurent. — Une bonne niche à faire à vos raseurs de pères, ça me va… Une, deux, trois, ça y est… vous l’êtes !

(Le Théâtre libre)

— J’sais bien qu’i’ n’est pas beau, va, il a une taille de hareng, i’ louche même !
Mais quoi ! elle l’aimait ! Cette asperge montée et défraichie, elle en était toquée ! « C’est bête, va, d’avoir des béguins »

(Aug. Germain)

Béguin veut dire aussi tête, dans l’argot populaire : Se mettre quelque chose dans le béguin.

Bistoquer

Delvau, 1864 : Vieux mot hors d’usage, signifiant se servir du bistoquet, espèce de queue, de billard employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Notre mignon lui répondit
Que deux fois l’avait bistoquée.

(Recueil de poésies françaises)

Mais au moins, dites-moi, l’a-t-il point bistoquée ?

(P. De Larivet)

Bistoquette

Delvau, 1864 : La pine.

Savez-vous, bons citadins.
Ce que le dieu des jardins
A bien plus gros que la tète ?
Turlurette,
C’est la bistoquette.

(Louis Pesteau)

Bogue, toquente

Clémens, 1840 : Montre.

Bridoux

Virmaître, 1894 : Fou (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Fou, idiot, toqué.

Carme

un détenu, 1846 : Argent monnayé.

Halbert, 1849 : Miche.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot des voleurs. Quelques étymologistes veulent qu’on écrive et prononce carle, — probablement par contraction de carolus.

Delvau, 1866 : s. m. Miche de pain, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Argent. — Carmer, donner de l’argent. — Carme à l’estoque, ou carme à l’estorgue, fausse monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot des souteneurs). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent, miche de pain.

— Minute, la commère, faut pas s’emballer. Vous avez un béguin pour moi, c’est parfait. Nous f’sons des cornes au papa, c’est encore mieux ; mais là, entre nous, vous avez deux fois l’âge de bibi, et dame, faut combler la différence en belle et bonne galette. Quand on n’a plus ses dix-huit printemps, faut abouler du carme. Pas d’argent, pas d’amour.

(Michel Morphy, Les Mystères du crime)

Carme à l’estoque

Hayard, 1907 : Fausse monnaie.

Centrale

Rigaud, 1881 : École Centrale, — dans le jargon des collégiens. — Je pense entrer à Centrale si je suis retoqué à l’X, je pense entrer à l’École Centrale, si je suis refusé à l’École Polytechnique.

France, 1907 : Abréviation de prison centrale.

Conobler ou connobrer

France, 1907 : Connaître. L’origine latine cognoscere est ici visible.

— Eh bien ! esgourdes-nous… Ton patron, ce vieux poteau, est, comme tu le conobles, un de nos faisandiers les plus costeaux.

(Edmond Lepelletier)

Montron drogue à sa largue ;
Bonnis-moi donc girofle ;
Qui sont ces pègres-là
Des grinchisseurs de bogues,
Esquinteurs de boutoques ;
Les connobre-tu pas !

(Chanson en argot)

Dernier bateau (être du)

France, 1907 : Être dans le mouvement, suivre la mode.

Je sais bien que l’employé de bureau n’a plus les manches de lustrine et le toquet de velours des romans de Paul de Kock. Je le veux aussi du dernier bateau, jeunet, habillé aux laissés pour compte des grands tailleurs, cachant même Bourget dans le fond de son pupitre, ce qui indique, ce me semble, une jolie culture intellectuelle. Pris individuellement, il est charmant, spirituel même, sachant joliment tourner une lettre agressive.

(Mentor, Le Journal)

Un membre du Jockey, tout à fait dernier bateau et converti au sport moderne, sollicite la concession d’une grande piste pour bicyclettes. Je le sais par la veuve d’un officier supérieur, qui postule elle-même la location des chaises sur la piste. Les chances de cette dame respectable étaient, jusqu’ici, à peu près nulles. Elle n’avait dans sa manche qu’une douzaine de sénateurs et de députés, personnages de second plan, sans grande influence, pas même compromis dans le Panama. Mais je viens d’apprendre avec plaisir qu’elle est sérieusement recommandée par le concierge de la maîtresse du beau-frère du fameux Terront.

(François Coppée)

Écrevisse dans la tourte (avoir une)

Rigaud, 1881 : Dire, faire des extravagances.

Virmaître, 1894 : Être à moitié toqué (Argot du peuple).

Écrevisse dans la tourte ou dans le vol au vent (avoir une)

France, 1907 : Être un peu toqué. Les Anglais disent dans le même sens : « Avoir des appartements à louer. »

Emmastoquer (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se bien nourrir, — dans l’argot du peuple, pour qui c’est une façon de devenir mastoc.

Emmitoufler (s’)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se couvrir de trop de vêtements, — dans le même argot [des bourgeois]. On dit aussi S’empaletoquer et S’emmitonner, dans le même sens.

France, 1907 : Se couvrir hors de propos de trop de vêtements.

En avoir dans le toquet

Larchey, 1865 : Être ivre. — Ce terme correspond exactement à celui de Casquette. — Même étymologie.

Chez Dénoyer j’entre, Un peu dans le toquet.

(Decourcelle, Ch., 1839)

Estoc, estoque

Rigaud, 1881 : Malice, — dans le jargon des voleurs.

Estoque

Vidocq, 1837 : s. m. — Esprit, finesse, malice.

Rossignol, 1901 : Un bijou en faux est de l’estoque.

Être chipé pour, être toqué de

Hayard, 1907 : Aimer.

Félé

Virmaître, 1894 : Toqué, un peu fou.
— Il a le coco fêlé. Allusion à une marmite fêlée, elle fuit ; par la fêlure de la tête, la mémoire s’en va (Argot du peuple).

Fêlé

d’Hautel, 1808 : Pot fêlé dure long-temps. Se dit pour calmer les inquiétudes d’un valétudinaire ; d’une personne dont la santé est foible et chancelante.
Il a la tête un peu fêlée. Se dit d’un homme qui a la tête mal organisée ; qui est un peu fou.

Rossignol, 1901 : Toque, fou.

Folichon, folichonne, folichonneuse, folichonnette, folichonner, folichonnades, folichonneries

Delvau, 1864 : Rieurs, bons vivants, folâtreries, gaillardises.

Mariette était si folichonne,
Qu’elle embrassait les cuisiniers.

(Martial O…)

Je fus épris comme un toqué d’une aimable folichonnette.

(J. Kelm)

Une folichonneuse,
Cancane et me plaît mieux.

(J.-E. Aubry)

Folichons et folichonnettes,
Rigolons et folichonnons.

(F. Vergeron)

M. M…, pour avoir lu des livres entachés de folichonnerie, copiera cent versets de la Bible.

(Ch. Joliet)

Folichonneuse, folichonnette

Larchey, 1865 : Fille réjouie et aimant le plaisir.

Je fus épris, comme un toqué, D’une aimable folichonnette.

(J. Kelm)

Une folichonnerie cancane et me plaît mieux.

(Aubry, 1842)

Maboul

Merlin, 1888 : Imbécile, toqué, — de l’arabe.

Fustier, 1889 : Niais, un peu fou.

Suivant l’expression d’Eugène Tourte, elle était un peu maboule, rêvassant près de son bon ami à des amours câlins.

(Huysmans, Les Sœurs Vatard)

Le père ? dit Landart, il ne peut pas gagner sa vie ; malheureusement il est un peu maboul.

(Sirven et Siegel : Les Drames du Mont-de-Piété, 1886)

La Rue, 1894 : Un peu fou, timbré.

France, 1907 : Fou, toqué. Mot arabe rapporté par les soldats d’Afrique.

— Depuis que je ne suis plus rosse, je vois rose. C’est peut-être fou ; mais je m’en fous. Au moins c’est gai. Tandis que c’était sinistre, oh ! oui, bougrement sinistre, de toujours tout voir à travers ma bile, ma sale bile. Sans compter que c’est peut-être quand je voyais tout à travers ma bile que j’étais maboul.

(Jean Richepin, Flamboche)

De vin point du tout hasardeux,
Voire — pourquoi m’en taire ? —
Nous en foutîmes tous les deux
Trois bouteilles par terre.
Ça valait bien ça, Dieu vivant !
Ou je deviens maboul
Non, mais me voyez-vous buvant
Des eaux à la Bourboule ?

(Raoul Ponchon)

Mastoquer

un détenu, 1846 : Manger, engraisser.

Mastroquet

Larchey, 1865 : Marchand de vins. Mot à mot : l’homme du demi-setier. — Vient de demi-stroc : demi-setier.

Delvau, 1866 : s. m. Marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens. Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d’une forte corpulence ?

Virmaître, 1894 : Marchand de vin. Dernière transformation du mot mannezingue. Mann, homme, zinc, par corruption zingue, comptoir (Argot du peuple). V. Bistro.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Marchand de vin.

France, 1907 : Cabaretier, marchand de vin au détail. On attribue à Louis Veuillot, le célèbre rédacteur en chef de l’Univers, la paternité de ce mot bizarre.

Celles qui se trainent depuis la chute du jour jusques au milieu de la nuit, s’usant les jambes jusques aux genoux en arpentant les distances, se morfondant sur les trottoirs, aux coins des rues, toujours à l’affût, se portant sans cesse d’un point à un autre, et quêteuses poussives du rentrant attardé, toujours inquiètes de la rousse, fuyant l’argousin et marchant de longues heures, trempées d’humidité, transies de froid à travers les ténèbres et les brouillards, et n’ayant pour tout refuge, après la petite pièce si péniblement gagnée, que le comptoir du mastroquet où l’on boit ce qui met le vert-de-gris dans le ventre et oxyde l’estomac.

(Louis Davyl)

Les scènes scandaleuses, renouvelées de Lesbos, dont on peut être témoin dans ces maisons tolérées jusqu’à 3 heures du matin, alors qu’on fait contravention au mastroquet du coin s’il dépasse minuit…

(La Nation)

Les ouvriers ont toujours eu un faible pour les farceurs qui les grugent, et quand ces farceurs sont par-dessus le marché des mastroquets, ils les adorent.

(L’Avenir de Calais)

Au tribunal.
— Accusé, vous avez eu un passé quelque peu orageux ?
— C’est vrai, mon président.
— Cependant, vous paraissiez avoir mis un peu d’eau dans votre vin ?
— Fallait bien, mon président, j’étais devenu mastroquet.

(L’Écho de Paris)

Comme un nigaud, j’ai cherché noise
Aux patrons, à l’autorité :
Aujourd’hui, je n’ai qu’une ardoise
Chez le mastroquet d’à côté.

(Alfred Capus)

Paltoquet

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, homme grossier, lourd et épais ; un rustre, un iroquois.

Delvau, 1866 : s. m. Drôle, intrus, balourd, — dans l’argot des bourgeois.

Peau (porter à la)

France, 1907 : Exciter les désirs sensuels. « Il est des femmes qui, quoique jolies, ne portent pas à la peau, tandis que des laides font commettre des folies. »

Cela lui rappelait Emma, une institutrice de grande maison ! Très jolie, très romanesque, très idéale ! Elle avait la passion des billets doux et l’avait inondé de son style pendant plus d’un an ! Chose étrange ! Cette femme ne lui portait pas à la peau, et il l’avait aimée plus que toutes les précédentes. Un changement de garnison les avait séparés. Depuis, il avait appris qu’elle s’était mariée à un fils de famille qui s’était toqué de ses yeux bleus et de son style passionné.

(Monthabor, Le Régiment illustré)

Pipelet

Larchey, 1865 : Portier. Du nom d’un portier ridicule des Mystères de Paris.

Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets.

(Privat d’Anglemont)

Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

Delvau, 1866 : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des Mystères de Paris d’Eugène Sue. Chapeau-Pipelet. Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d’Eugène Sue, la victime de Cabrion.

France, 1907 : Concierge. C’est le nom d’un portier des Mystères de Paris d’Eugène Sue.

À part quelques calicots rétrogrades et quelques vagues paltoquets venus des plus lointaines provinces, personne, à l’heure actuelle, ne manifeste aucune haine contre les pipelets. Ces jeux sont surannés — et ce qui, surabondamment, le prouve, c’est la modération dont font preuve, à l’endroit des humbles gardiens de nos immeubles, les bardes des calés-concerts eux-mêmes.

(Georges Auriol)

Voir quelques extraits des chants d’un des bardes auxquels il est fait allusion ci-dessus :

Écoutez, des aïeux, l’avis plein de prudence :
Que vos pieds, armés de chaussons,
Sur l’escalier criard se posent en cadence,
Et, muets comme des poissons,
Descendez dans la nuit obscure,
Si Pipelet, sombre, a guetté,
Ne lui tapez sur la figure
Qu’à la dernière extrémité !
Du rez-d’-chaussé’ jusqu’en haut,
Sur les pip’lets délétères
Nous cogn’rons et, s’il le faut,
Nous ouvrirons les portières,
On les déménagera,
Les malheureux locataires ;
On les déménagera,
Le concierge en crèvera.

(Jules Jouy)

Plafond

Delvau, 1866 : s. m. Crâne, cerveau, — dans l’argot des faubouriens. Se crever le plafond. Se brûler la cervelle.

La Rue, 1894 : Tête. Front.

France, 1907 : La tête, plus spécialement l’intérieur du crâne. Ne s’emploie guère que dans cette expression : Avoir une araignée dans le plafond, être excentrique, toqué, un peu fou.

— Voilà encore un de nos jolis toqués, disait l’un d’eux à demi-voix.
— Il a une belle araignée dans le plafond, murmurait un autre.

(Philippe Audebrand)

On dit aussi avoir des trichines dans le plafond.

Poupée

d’Hautel, 1808 : Une poupée à ressorts. Terme équivoque et satirique qui signifie courtisane, fille de joie, prostituée ; femme galante et de mauvaise vie.
C’est une vraie poupée. Se dit aussi par raillerie d’une petite femme parée d’une manière ridicule.
Faire sa poupée de quelque chose. En faire ses délices ; prendre des soins particuliers à l’orner, à l’embellir.

Vidocq, 1837 : s. m. — Soldat.

Delvau, 1864 : Femme galante avec le cul de laquelle il est permis à tout le monde déjouer, comme Néron avec celui de Poppée.

Je m’en fus rue Saint-Honoré pour y trouver ma poupée. Je lui dis : ma petite femme…

(Vidal)

Larchey, 1865 : Prostituée.

Je m’en fus rue Saint Honoré pour y trouver ma poupée.

(Vidal, 1833)

En 1808, on disait une poupée à ressorts. V. d’Hautel.

Larchey, 1865 : Soldat (Vidocq). — Allusion à la raideur militaire.

Delvau, 1866 : s. f. Concubine, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants. C’est la mammet des ouvriers anglais. On dit aussi, — quand il y a lieu : Poupée à ressorts.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé. On dit aussi Cathau.

Delvau, 1866 : s. f. Soldat, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chiffon qui entortille un doigt malade.

Rigaud, 1881 : Fille publique.

Rigaud, 1881 : Soldat, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Soldat. Concubine.

France, 1907 : Femme galante, sans doute à cause de la facilité avec laquelle on peut les déshabiller comme les petites filles font de leur poupée.

France, 1907 : Femme nulle, oisive et sans cervelle qui n’a d’autre souci que celui de sa toilette ; coquette appartenant à la catégorie de ces toquées qui suggèrent par leurs allures la légende d’un dessin de Gavarni : « Que Dieu préserve vos fils de mes filles !»

Il y a parfois, chez les peuples, des heures de folie ; il faut les leur pardonner. Les femmes, faites non pour concevoir des idées, mais des enfants, peuvent bien, elles aussi, par instant, céder au vertige. Elles ne sont pas équilibrées comme nous, et quand parfois, la science fait l’autopsie de ces charmantes poupées à ressorts, elle trouve dans leurs jolies têtes beaucoup plus de poudre de riz que de cervelle.

(Louis Davyl)

France, 1907 : Figure qui se trouve à l’avant des bâtiments à voiles. « Vivre entre poupe et poupée », être en mer ; argot des marins.

France, 1907 : Maîtresse.

Le petit Anatole, garçonnet de six ans, s’est emparé de la poupée de sa sœur et s’amuse à la déshabiller. Survient la maman qui gronde son fils en lui faisant observer que les petites filles seules jouent à la poupée. Anatole ouvre des yeux énormes et reprend :
—- Mais papa y joue bien, lui, à la poupée !
— Comment cela ? que veux-tu dire ?
— J’ai entendu ma bonne qui disais à celle de la voisine : « V’là encore Monsieur qui va jouer avec sa poupée. C’est la deuxième que je lui connais… Et elle lui coûte cher. »

France, 1907 : Petite fille on petit garçon, trop richement habillé, comme les classes riches ont coutume d’accoutrer leurs enfants… pour les rendre sots, maniérés, vaniteux, guindés et augmenter leur mépris du pauvre. Cette ridicule et coupable vanité ne date pas d’hier. Il y a longtemps que Diderot écrivait à Mlle Volland, en lui parlant de son neveu : J’eus le courage de dire hier au soir à Mme Le Gendre qu’elle se donnait bien de la peine pour ne faire de son fils qu’une jolie poupée. Pas trop élever est une maxime qui convient surtout aux garçons : il faut un peu les abandonner à l’énergie de naure. J’aime qu’ils soient violents, étourdis, capricieux. Une tête ébouriffée me plait plus qu’une tête bien peignée. Laissons-les prendre une physionomie qui leur appartienne.
Si j’aperçois à travers leurs sottises un trait d’originalité, je suis content. Nos petits ours mal léchés de province me plaisent cent fois plus que tous vos petits épagneuls si ennuyeusement dressés. Quand je vois un enfant qui s’écoute, qui va la tête bien droite, la démarche bien composée, qui craint de déranger un cheveu de sa figure, un pli de son habit, le père et la mère s’extasient et disent : « Le joli enfant que nous avons là ! » Et moi je dis : « Il ne sera jamais qu’un sot. »
« La Parisienne, dit Gustave Isembert, continue à élever de jolies poupées, de petits épagneuls. Guignol ne rétablit pas l’équilibre, il le rompt, et c’est fort heureux pour Paris que les petits ours mal léchés de province, fortifiés par le grand air, viennent apporter leur sang nouveau au milieu de tant de jolies bêtes nerveuses, anémiées et distinguées. »

Recalé, retoqué

La Rue, 1894 : Refusé à un examen.

Retoqué

France, 1907 : Refusé à un examen.

Accusé de vouloir faire reculer la société française jusqu’au plus lointain moyen âge, le pseudo-gentilhomme fut assez embarrassé pour se défendre ; car, ignorant comme une carpe, et jadis retoqué trois fois de suite au bachot, il ne possédait, sur cette époque historique, que les données les plus confuses. Le médecin reçut par la figure, à plusieurs reprises, et sans preuve aucune, les gracieuses épithètes de chéquard et de panamiste ; et le bruit circula avec persistance que l’élégant socialiste trichait ordinairement aux cartes et qu’il était d’ailleurs, depuis l’âge de la puberté, entretenu par une vieille dame.

(François Coppée)

Retoquer

Rigaud, 1881 : Refuser à un examen, en terme de collège.

Rêver qu’il passe son baccalauréat ès-lettres, et qu’il n’est pas retoqué.

(Les Balançoires de la jeunesse, 1861)

Les variantes donnent : Recaler, remballer, requiller.

Saint-Pierre-aux-Bœufs (paroissien de)

France, 1907 : Homme grossier, paltoquet.

Sauterelle dans la guitare (avoir une)

France, 1907 : Même sens qu’avoir une araignée dans le plafond, être un peu toqué.

Soulographie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.

France, 1907 : Ivresse.

S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.

(Lorédan Larchey)

Sous-ventrière

Rigaud, 1881 : Écharpe de M. le maire ; écharpe de M. le commissaire.

Virmaître, 1894 : Écharpe.
— As-tu vu le quart-d’œil avec sa sous-ventrière, y la dégotte mal ?
Allusion à la sous-ventrière du cheval (Argot du peuple).

France, 1907 : Ceinture, écharpe de maire, de commissaire de police et autres autorités. En argot militaire, c’est le ceinturon. Allusion à la large courroie qui dans le harnachement passe sous le ventre du cheval.

Pourquoi sceller par une cérémonie ce qu’une autre cérémonie peut défaire. Pourquoi faire consacrer par un bonhomme sanglé d’une sous-ventrière, l’union que trois autres bonshommes en jupe et en toque pourront déclarer nulle et non avenue ?

(La Révolte)

S’en faire péter la sous-ventrière, manger ou boire avec excès.

Taconnet

France, 1907 : Toque de chasseur d’Afrique.

Toc-toc

Boutmy, 1883 : adj. Un peu toqué, hannetonné.

La Rue, 1894 : Un peu toqué.

Hayard, 1907 : Fou.

France, 1907 : Toqué, un peu fou ; argot populaire.

Toc, togue, toque

Rigaud, 1881 : Amusant, amusante. — Rusé, rusée.

Toc, toque, tocasson

Rigaud, 1881 : Laid, désagréable, qui a peu de valeur. — Elle est rien toc cette gonzesse ! cette femme est très laide.

Tocandine

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue ; drôlesse à la mode, — toquée. Le mot date de 1856-57.

France, 1907 : Vieille coquette s’attifant comme une jeune ; vieille femme galante et excentrique. Ce mot qu’Alfred Delvau traduit par femme entretenue, drôlesse à la mode, date de 1856-57. Argot populaire.

Togue ou toque

Vidocq, 1837 : s. — Malin, maline.

Toquade

Larchey, 1865 : Inclination assez forte pour en faire négliger d’autres. V. Toqué.

Hortense est sur le chemin de la fortune… Une simple toquade, et elle est perdue.

(Les Pieds qui r’muent, 1864)

V. Toqué.

Larchey, 1865 : Manie.

Prémary a une toquade. On le débine, on le nie, on veut le tuer.

(A. Scholl)

Delvau, 1866 : s. f. Inclination, caprice, — dans l’argot de Breda-Street.

Delvau, 1866 : s. f. Manie, dada.

Rigaud, 1881 : Manie, caprice amoureux, amour passager. — Avoir des toquades, s’éprendre facilement de quelqu’un, avoir fortement envie de quelque chose. — Elle a des toquades pour le premier venu.

Boutmy, 1883 : s. f. Manie, dada, fantaisie, inclination. Ce mot, généralement usité dans le langage du peuple de Paris, a été introduit dans l’atelier typographique et ne paraît pas y être né.

La Rue, 1894 : Manie. Caprice amoureux.

France, 1907 : Caprice, manie.

— Je n’ai pas la toquade du mariage, comme l’avait Mlle de Velaines, et comme l’ont, avec une si remarquable entente, toutes ces demoiselles…

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Toquante

Larchey, 1865 : Montre. Allusion au tic-toc de la montre.

Un monsieur qui me trouva gentille m’offrit un jour une toquante d’or… La montre me tentait.

(Rétif, 1778 Contemporains)

V. Billemont.

Delvau, 1866 : s. f. Montre, — dans l’argot des faubouriens, à qui Vadé a emprunté cette expression :

Il avait la semaine
Deux fois du linge blanc,
Et, comme un capitaine,
La toquante d’argent.

Les voleurs disaient autrefois Toque, une onomatopée — tic-toc.

La Rue, 1894 : Montre.

Virmaître, 1894 : Montre de peu de valeur. Double sens : elle fait tic-toc et elle est en toc (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Montre.

France, 1907 : Montre.

Il avait, la semaine,
Deux fois du linge blanc
Et, comme un capitaine,
La toquante d’argent,
Le fin bas d’écarlate
À côtes de melon,
Et toujours de ma patte
Frisé comme un bichon.

(Vadé)

Toque

Halbert, 1849 : Mauvais.

France, 1907 : Paye. Die de Toque, jour de paye. Sente toque, la sainte touche. Idiome béarnais.

Toqué

Larchey, 1865 : À moitié fou. On dit de même. ; Il a reçu un coup de marteau. C’est-à-dire : Son cerveau est bien près de se fêler.

Les collectionneurs sont toqués, disent leurs voisins.

Balzac.

V. Folichonnette.

Larchey, 1865 : Épris.

Ma chère, les hommes c’est farce ! toujours la même chanson : Une femme à soi seul ! Toqués !

(Gavarni)

Delvau, 1866 : adj. et s. Fou plus ou moins supportable ; maniaque plus ou moins aimable ; original. Argot du peuple. Le patois normand a Toquard pour Têtu.

Rigaud, 1881 : Maniaque, excentrique.

Et cependant Carnavalho n’était pas fou ; il n’était que toqué, mais de quoi ?

(R. de Beauvoir)

Celui qui est toqué a, comme on dit, la tête près du bonnet, jadis toque, toquet ; c’est-à-dire qu’il est extravagant, un peu fou.

France, 1907 : Personne à lubies, maniaque, écervelé.

Pour quelques douzaines d’hystériques, de toquées, de chercheuses d’autrement qui consentent à perdre toute pudeur, combien de femmes qui demeurent chez elles, à coudre, à filer, à surveiller leurs enfants et à plaire !

(Mot d’Ordre)

Le vidame veut absolument se marier. Toutefois, il balance entre une baronne sans cervelle, mais riche, et une petite pensionnaire sage, mais pauvre.
— Cher enfant, lui conseille sa mère, épouse la toquée. Il y a si peu de distance entre une fille sage et une femme folle, que la richesse te dédommagera de la petite différence !

Toquemann

Delvau, 1866 : s. m. Excentrique, extravagant, toqué, — dans l’argot des petites dames.

Toquer

d’Hautel, 1808 : Pour dire, choquer, trinquer ; faire le carillon avec les verres.

Rigaud, 1881 : Sonner.

Boutmy, 1883 : v. n. Remplacer momentanément. Ce mot est aujourd’hui à peu près inusité ; on dit maintenant : Faire un bœuf. V. Bœuf.

France, 1907 : Remplacer un compositeur dans un travail ; argot des typographes.

Toquer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’enthousiasmer pour quelqu’un ou pour quelque chose ; s’éprendre subitement d’amour pour un homme ou pour une femme.

Rigaud, 1881 : Se passionner pour.

On a trouvé un mot très juste pour leurs amours, elles se toquent, elles ont des toquades.

(Jean Rousseau, Paris dansant)

Je suis toqué de vous.

(Balzac)

France, 1907 : S’enmouracher, s’éprendre follement. Être toqué de quelqu’un, être amoureux.

Et les coudes sur la nappe, le buste avancé vers elle, il la poignardait de ses jeux de prunelles, chuchotait : — Moi, vous savez, je suis toqué plus que jamais ! À quoi elle répondit par une comédie d’œillades chaudes et longues, lâchant dans un soupir le regret d’être mariée, jouant la vertu aux prises avec les tentations du désir.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Toquet (en avoir dans le)

France, 1907 : Synonyme d’avoir son plumet.

Toquet de loutre

France, 1907 : Sobriquet donné vers 1881 aux femmes du monde qui spéculaient à la Bourse, à cause d’une toque garnie de loutre que les femmes portaient alors.

Toqueur

France, 1907 : Ouvrier typographe qui remplace un confrère.

Veinard

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme heureux en affaires ou en amour, — dans l’argot des faubouriens.

Virmaître, 1894 : Homme qui a de la chance. Il a de la veine, tout lui réussi. Il a trouvé une bonne veine, tout lui réussira. Il existe un vieux proverbe à ce sujet :
— Qui voit ses veines, voit ses peines (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Celui qui a de la chance est un veinard, il a de la veine.

Hayard, 1907 : Qui a de la chance.

France, 1907 : Homme heureux dans ses affaires, à qui tout réussit en argent comme en amour.

On ne s’imagine pas à quel point est docile et malléable le troupeau des filles d’amour ; ce spécialiste, qui souvent vendit quatre ou cinq fois le même mobilier, le reprenant à des malheureuses tombées malades ou ayant fait la sottise de se toquer d’un homme qui ne leur donnait point d’argent, n’a jamais eu aucun procès dangereux.
Quelques-unes ont bien protesté un peu, mais il n’a jamais rencontré la femme résolue, décidée à faire un scandale.
C’est un veinard, et maintenant qu’il est retiré des affaires, rien ne s’oppose à ce qu’on le décore.
Il doit même attendre cette petite formalité pour se faire nommer député.

(Mémoires de Goron)

Quand l’artilleur de Metz
Demande une faveur,
Toutes les femm’s de Metz
L’accordent de grand cœur,
Et le mari cornard
Craint l’artilleur veinard
Qui, malgré pluie et vent,
Va toujours de l’avant !
Artilleurs, mes chers frères,
À sa santé, vidons nos verres,
Et répétons ce gai refrain :
« Vive l’amour et le bon vin ! »

(Vieille chanson de banquet militaire)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique