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Ardent (buisson)

France, 1907 : La touffe soyeuse de poils qui ombrage la partie du bas du ventre de la femme. Le très galant duc de Bourgogne créa l’ordre de la toison d’or en l’honneur du buisson ardent de la belle Marie de Crumbrugge.

La baronne de Santa-Grue,
Sous les baisers de son amant
— Qui ne s’oublie en tel moment ? —
Émit une note incongrue.

L’amoureux en reste bredouille
Et tout aussitôt s’interrompt ;
Puis s’incline, courbe le front
Et dévotement s’agenouille.

Mais elle, payant de toupet,
Lui dit, comme s’il se trompait :
— Qu’est-ce, m’amour ? — Vive l’Église !

Je crois, tel miracle m’aidant ;
J’entends sortir, nouveau Moïse,
Une voix du buisson ardent.

Embander

anon., 1827 : Prendre de force.

France, 1907 : Prendre de force ; argot des voleurs.

Après que la Toison par eux fut embandée,
Jason à son retour l’aprit à sa Médée
Qui depuis s’en servit dans ses enchantemens ;
Hercule en ses Travaux l’employa fort longtemps,
Thésée en ses Exploits, Orphée en sa Musique
Avec utilité le mirent en pratique.

(Nicolas R. de Grandval)

Loubete

France, 1907 : Brebis dont la toison a la couleur du poil du loup ; c’est louvet par la substitution basque et pyrénéenne du b au v.

Mouton de Panurge

France, 1907 : Sauter l’un après l’autre comme les moutons de Panurge, faire comme tout le monde, imiter sottement ses voisins.
Cette expression est tirée de Rabelais. « Panurge, retournant du pays de Lanternois, se trouva sur le bateau avec Dindenault, le marchand de moutons. Après de longs débats, il lui en achète un, le paye, choisit de tout le troupeau un beau et grand mouton, et l’emportoit criant et beslant, oyant tous les aultres et ensemblement beslants et regardants quelle part on menoit leur compagnon… Soubdain, je ne sçai comment, Panurge, sans aultre chose dire, jecte en pleine mer son mouton criant et beslant ». Tous les autres moutons criant et bêlant se jettent en mer à la file. « La foule estoit à qui premier y sauteroit après leur compagnon. Possible n’estoit les en garder. Comme vous sçavez estre du mouton le naturel, tousjours suivre le premier, quelque part qu’il aille. Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux périr voyoit et noyer ses moutons, s’efforçoit de les empescher et retenir de tout son pouvoir. Mais c’estoit en vain. Tous à la file saultoient dedans la mer et périssoient. Finablement il en print un grand et fort, par la toison sur le tillac, cuidant ainsi le retenir et sauver le reste aussi conséquemment. Le mouton fut si puissant qu’il emporta en mer avec soi le marchand, et fut noyé… Autant en firent les aultres bergers et moutonniers, les prenants uns par les cornes, aultres par les jambes, aultres par la toison. Lesquels tous feurent pareillement en mer portés et noyés misérablement. »

À partir de ce moment, j’eus mes admirateurs. Ils se recrutèrent, d’abord, parmi les fruits secs qui seraient bien aises d’écraser les supériorités réelles sous certaines célébrités excentriques et d’une valeur discutable. L’admiration pour la médiocrité qui se déguise en bizarrerie est une des formes les plus fréquentes de la jalousie littéraire. Puis, vint se mettre à la suite de mes thuriféraires une bonne partie du troupeau des moutons de Panurge. Aujourd’hui, la foule ne veut plus être avec la foule. Bien des gens, pour éviter la banalité, se jettent à corps perdu dans l’océan de l’absurde. Comme, de temps à autre, parmi les insanités que je publie, j’intercale certaines des choses raisonnables que l’on me refusait autrefois, les critiques s’occupent de mes œuvres et me regardent comme un génie égaré qui eût pu monter très haut s’il n’eût été entraîné par les désordres d’une vie anormale et les chimères d’un esprit exalté.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Ourson

Delvau, 1864 : La toison qui protégé la nature de la femme, et qui est souvent hérissée comme un petit ours blanc ou noir.

Thomas est un monsieur sans gêne :
Malgré mon r’fus, il va son train ;
Dans mon ourson couleur d’ébène,
Sans façon il glisse la main.

(Laujon)

Delvau, 1866 : s. m. Bonnet de grenadier, — dans l’argot des gardes nationaux.

Rigaud, 1881 : Ancien bonnet à poil de l’ancienne garde nationale.

France, 1907 : Mot que les grenadiers de la garde nationale donnaient à leur bonnet à poil.

Pelarde

Delvau, 1866 : s. f. Faulx.

France, 1907 : Faux. Elle pèle la toison des prés.

Penne

Vidocq, 1837 : s. f. — Clé.

France, 1907 : Fausse clé ; argot des voleurs.

France, 1907 : Plume pour écrire. Vieux mot que les Anglais ont conservé, épelé ainsi : pen.

Un chapeau ondulé d’une toison de plumes, un trophée mouvant de pennes dont avantageusement se serait affublée une femme apache dansant une pyrrhique…

(Camille Lemonnier)

Pour t’escripre, vouldrove avoir
Legière penne d’arondelle
Penne doulce, penne fidèle,
Penne de nid…

(G. de Colvé des Jardins, Les Oberliques)

Puffiste

Larchey, 1865 : Faiseur de puffs.

Ne laissant nulle trêve à l’essaim des puffistes.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. et adj. Charlatan, inventeur de pommades impossibles, d’élixirs invraisemblables ; montreur de phénomènes c’est-à-dire, par exemple, d’un cheval à toison de brebis, d’un veau à deux têtes, d’une Malibran noire, de frères spirites, etc. Les Français vont assez bien dans cette voie ; mais ils ne sont pas encore allés aussi loin que les Anglais, et surtout les Américains, parmi lesquels il faut citer M. Barnum, le prince de la blague (prince of humbug).

Rigaud, 1881 : Charlatan, faiseur de réclames extravagantes.

France, 1907 : Charlatan, marchand d’orviétan forain, politique, littéraire ou religieux.

Sapeur

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui ne respecte rien, — dans l’argot des bourgeoises, qui n’aiment pas les gens barbus. D’où la fameuse chanson à la mode :

Rien n’est sa…a…cré pour un sapeur !

Rigaud, 1881 : Cigare presque entier, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : V. As de pique.

France, 1907 : Cigare en partie fumé ; argot populaire.

France, 1907 : Juge ; argot des voleurs ; de saper, condamner.

France, 1907 : La toison des parties sexuelles de la femme.

France, 1907 : Ouvrier des champs travaillant seul avec une sape.

Toison

Delvau, 1864 : Les poils qui garnissent l’entrée du con.

Pour garder certaine toison,
On a beau faire sentinelle.
C’est temps perdu lorsqu’une belle
Y sent grande démangeaison.

(La Fontaine)

Au soleil tirant sans vergogne
Le drap de la blonde qui dort,
comme Philippe de Bourgogne
Vous trouveriez la toison d’or.

(Th. Gautier)

Va sur Acomat au poil raide,
Sur Fatime, à la toison d’or.

(H. De Maurice)

Delvau, 1866 : s. f. Chevelure opulente, absalonienne, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Rabelais : « Comme tomba la rousée sus la toison de Gédéon, » dit Panurge effrayé des paroles dégelées qui planent au dessus de sa tête (Liv. IV, ch. LV.). Signifie aussi Pudenda mulieris.

Yeux de lynx (avoir des)

France, 1907 : Avoir de bons yeux à cause de la vue extraordinaire attribuée au lynx, dont le nom vient de λύγξ, lumière. Le lynx, espèce de chat, possède, comme tous les animaux de la race féline, une vue très perçante et les naturalistes de l’antiquité, qui n’y regardaient pas de si près, avaient accrédité la fable que le lynx jouissait de la faculté de voir à travers les murailles.

Lynx envers nos pareils et taupe envers nous,

dit La Fontaine.
On a donné une autre explication de cette expression proverbiale :
Lorsque Jason partit à la conquête de la Toison d’or, il avait parmi ses compagnons un nommée Lyncée, fils d’Apharée, doué d’une vue telle qu’il apercevait les écueils dans la mer et prévenait le pilote ; et jusque dans les profondeurs de la terre découvrait les trésors enfouis. Il est probable que ce Lyncée était un habile marin qui, ayant navigué dans le Pont-Euxin, en connaissait les côtes et savait à certains indices reconnaître les terrains aurifères.
Suivant les anciens, l’urine du lynx avait la propriété de se changer en pierre précieuse : le lapis lyncurius.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique