Rigaud, 1881 : Chemin. — Battre l’antif, battre le pavé, le chemin. Au dix-huitième siècle, on disait dans le même sens : Battre la calabre, par altération pour calade, montée.
Antif, antiffe
Antiffe
anon., 1827 : Marche.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Marcher. Batter l’antiffe, marcher vite.
Bras-de-Fer, 1829 : Marche.
Delvau, 1866 : s. f. Église, — dans le même argot [des voleurs]. On dit aussi Antiffle et Antonne.
Virmaître, 1894 : Église (Argot des voleurs). V. Antonne.
Antiffer
France, 1907 : Marcher.
Artie, artif, artiffe
France, 1907 : Pain ; argot des voleurs.
Battre entiffe
Virmaître, 1894 : Faire le le niais, l’imbécile.
— Tu battras entiffe quand le quart te demandera comment tu as rousti la tocante à ta dabe (Argot des voleurs).
Battre l’antiffe, battre l’estrade
anon., 1827 / Halbert, 1849 : Marcher.
Entiffe
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Église.
Entiffe, entonne
anon., 1827 / Halbert, 1849 : Église.
Entiffer
Delvau, 1866 : v. a. Enjôler, ruser, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Entifler.
Delvau, 1866 : v. n. Entrer, — dans l’argot des faubouriens.
La Rue, 1894 : Entrer. Enjôler. Ruser.
France, 1907 : Entrer.
France, 1907 : Orner, décorer, enjôler.
Estiffet
d’Hautel, 1808 : Et plus ordinairement Estiflet. Bibus, bagatelle, la moindre chose, presque rien.
Je m’en soucie comme d’un estiflet. Pour, je m’en mets peu en peine.
Je n’en donnerois pas un estiflet. C’est-à-dire, moins que rien.
Cela ne vaut pas un estiflet. Pour, cela ne vaut pas la moindre chose.
Être entiffé d’une largue
Clémens, 1840 : Aimer une femme.
Guenippe
Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie ; guenon.
Mais présentement que l’on grippe,
Et Lise, et toute autre guenippe.
(La France Galante)
Sus donc, gentilles guenippes,
Prenez vos plus belles nippes,
Sans vos attiffets laisser…
Et vous faites enchâsser.
(Le Sr de Sygognes)
L’attiffe
Halbert, 1849 : Linge blanc.
Lance
d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.
Ansiaume, 1821 : Eau.
J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.
Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.
Clémens, 1840 : Eau, larme.
un détenu, 1846 : Eau pour boire.
Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.
Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].
Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.
Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.
Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.
La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.
Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.
Rossignol, 1901 : Eau.
Hayard, 1907 : Eau, pluie.
France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.
France, 1907 : Eau.
— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.
(Le Père Peinard)
Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.
(Le Père Peinard)
Pivois sans lance, vin sans eau.
France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.
France, 1907 : Pluie.
Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.
(Laerte, Le Radical)
France, 1907 : Urine.
À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.
(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)
Latif, lattife
France, 1907 : Linge blanchi ; argot des voleurs ; d’atiffer, faire toilette.
Luis, luisant
France, 1907 : Jour.
Les convertis sont ceux qui changent de religion… Quand ils savent un excellent prédicateur, ils bient le trouver et lui rouscaillent ainsi : « Mon père, je suis de la religion, et tous mes parents aussi ; j’ai ouï quelqu’unes de vos prédications qui m’ont touché, je voudrais bien que vous m’eussiez un peu éclairci. »
Alors il se passe deux ou trois luisans en conférence, puis il faut faire profession de foi en public ; puis sept à huit luisans durant, ils se tiennent aux lourdes des entiffes et rouscaillent ainsi : « Messieurs et dames, n’oubliez pas ce nouveau catholique, apostolique et romain… »
(États généraux du Grand Coëre)
Je rouscaille tous les luisants au grand haure de l’oraison.
(Le Jargon de l’argot)
Messière
Ansiaume, 1821 : Honnête homme.
Le messière ne veut pas guimper, il est marloux.
Clémens, 1840 : Honnête homme.
Delvau, 1866 : s. m. et f. Victime, — dans le même argot [du peuple]. Messière franc. Bourgeois. Messière de la haute. Homme comme il faut. Ne serait-ce pas le Messire du vieux temps ?
La Rue, 1894 : Monsieur. Dupe, victime. La messière, la police.
France, 1907 : Monsieur, bourgeois ; corruption du vieux mot messer, seigneur.
J’enquill’ dans sa cambriole
Espérant de l’entiffer ;
Je rembroque au coin du rifle
Lonfa malura dondaine !
Un messière qui pionçait,
Lonfa malura dondé !
France, 1907 : Police.
Narquois
d’Hautel, 1808 : Pour, fin, subtil, rusé, adroit, trompeur.
Parler narquois. Parler un langage qui n’est compris que de ceux qui sont d’intelligence ensemble pour tromper quelqu’un.
anon., 1827 : Soldat mendiant.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mauvais soldat.
Bras-de-Fer, 1829 : Soldat mendiant.
Vidocq, 1837 : s. m., ou Homme de la petite flambe — Sujet du grand Coësré qui contrefaisait les soldats estropiés, et mendiait l’épée au côté.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Soldat.
Rigaud, 1881 : Mendiants, voleurs, anciens soldats adonnés à la mendicité, à l’époque de la Cour des Miracles. — Les narquois ont beaucoup contribué à la formation de l’argot. Parler narquois, c’était parler argot, parler la langue des gueux.
France, 1907 : Soldat vagabond ; vieil argot. Dans le vieux patois bourguignon, narquois signifie trompeur, filou. C’est aussi la signification qu’on lui donnait en français ; de là on appelait le langage des gueux, c’est-à-dire l’argot, le narquois.
Drilles ou narquois sont des soldats qui touchent la flamme sous le bras, et battent en ruine les entiffes et tous les creux des vergues. Ils ont fait banqueroute au grand couëre et ne veulent pas être ses sujets ni le reconnaître.
Ramener
Rigaud, 1881 : Garnir tant bien que mal le sommet du crâne avec quelques rares mèches de cheveux empruntées à la nuque. C’est ce qu’Alphonse Karr appelle :
En emprunter un qui vaut dix.
Rossignol, 1901 : Se dit de celui qui est dénudé, qui laisse pousser ses cheveux longs sur les côtés de la tête, pour les ramener au sommet.
France, 1907 : Rassembler les cheveux des côtés de la tête pour dissimuler la calvitie.
Oui ! J’les ramèn’ : quoi ! C’est mon chic !
Tout chacun fait c’qu’i’ veut d’ses tiffes,
Pis, je m’en fous ben de c’que l’public
— Un tas d’gonss’ qui vaut pas trois giffes —
Peut dir’ d’ma façon de m’peigner,
Si sus les temp’s je m’coll’ des guiches,
C’est par magnère d’témoigner
Qu’en vrai barbiz’ j’aime pas les riches.
(É. Blédort)
France, 1907 : Terme d’équitation. Faire baisser la tête et le nez à un cheval qui les tient trop en avant, qui n’encapuchonnne pas.
Rentiffer
France, 1907 : Rentrer ; argot populaire.
Tiffes
Fustier, 1889 : Cheveux.
Virmaître, 1894 : Les cheveux. Tiffe est une corruption de tignasse (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Les cheveux.
Tifs, tiffes
France, 1907 : Cheveux ; argot des voleurs.
— Tu vois, ma petite, faut faire à ma façon… c’est la bonne… et y filera doux… sans te toucher seulement les tifs…
(G. H. Hirsch)
Trottant
anon., 1827 : Rat.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Rat. Trottant d’entiffe, rat d’église.
Bras-de-Fer, 1829 : Rat.
Delvau, 1866 : s. m. Rat, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Trotteur.
La Rue, 1894 : Rat. Trottante, souris. Trotteuse, raccrocheuse.
France, 1907 : Rat ; argot faubourien.
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