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Écarteur

France, 1907 : Champion des courses landaises, lesquelles se font avec des vaches rétives. L’écarteur est ainsi nommé à cause des écarts et sauts plus ou moins savants et gracieux qu’il fait, à l’imitation des toreros espagnols, lorsque la vache se précipite pour l’encorner.

Dans ce temps-là, c’était précisément le jeu des courses qui es passionnant le plus, le jeu des courses landaises que pratiquent tous les gamins du pays. Ils s’en allaient dans une lande couverte de bruyères. Lui faisait l’écarteur, naturellement ; elle faisait le taureau… Hop ! hop !… Et elle fondait sur lui, toutes ses jupes relevées par le vent.

(Jean Rameau, L’Écarteur de Bénaruc)

Félibrige

France, 1907 : Genre littéraire et association des félibres. Né en 1854, il s’étendit bientôt des Alpes au golfe de Gascogne.
On divisa, dit André Dumas, le pays en trois régions, trois maintenances, vieux mot inspiré par le souvenir des mainteneurs de l’époque des troubadours. Il y a la maintenance du Languedoc, chef-lieu Montpellier ; la maintenance de Provence, chef-lieu Avignon : celle d’Aquitaine, chef-lieu Toulouse. Le président le chaque maintenance est appelé syndic. Les félibres trois fois lauréats dans les concours sont reconnus maîtres en gai savoir.
Un brinde porté à la félibrejade par Jean Gaidan explique en quelques mots le but des félibres :

Je bois au félibrige, qui, de la fraternité littéraire et de la langue, garde l’espoir d’amener les nations latines à la fraternité politique, grande idée qui parait bien à cette heure peu réalisable, mais qui, ne serait-elle qu’un noble rêve, resterait féconde encore en belles œuvres de relèvement et d’apaisement.

(République du Midi)

Voici l’article premier des statuts : « Le félibrige est établi pour associer et encourager les hommes qui, par leurs œuvres, sauvent la langue des pays d’oc, et les savants et les artistes qui étudient et travaillent dans l’intérêt et en vue de ces contrées. »

Un peu de félibrige, quelques combats de taureaux par-ci par-là, — bien que je n’aime pas les jeux de vilains — une représentation tous les trente-six du mois, au théâtre d’Orange ? Je n’y vois pas d’inconvénient. Que Mariéton voyage, que Mistral, roi poétique du Midi, soit acclamé par tous les spectateurs aux arènes de Nîmes, que Sarcey, une fois par an, date son feuilleton de la vallée du Rhône, il n’y a aucun mal.

(François Coppée)

Ganaderia

France, 1907 : Assemblage de taureaux ou de vaches destinés aux courses. Mot espagnol.

Il y a demain course de novillas à la Plaza, quatro bravas vacas a estocado et quatro vacas in puntas, et l’auberge où l’on musique est celle où sont descendus les bouviers andalous et meneurs de ces vaches, toute la racaille en larges sombreros poussiéreux de la ganaderia qui a fourni le bétail à l’abattoir de demain.

(Jean Lorrain)

Homme de paille

Larchey, 1865 : Homme couvrant de son nom des actes, des écrits qui n’émanent pas de lui. Le journalisme et la finance emploient fréquemment l’homme de paille.

Ce Claparon fut pendant six ou sept ans l’homme de paille, le bouc émissaire de deux de nos amis.

(Balzac)

Quoi qu’il arrive, M. Bitterlin aurait été… son homme de paille, son gérant, son compère.

(About)

Larchey, 1865 : Homme étranger aux choses accomplies sous la responsabilité de son nom.

Delvau, 1866 : s. m. Bonhomme, pauvre homme et homme pauvre, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis quelque trois cents ans, comme le témoigne cette épigramme du Seigneur des Accords :

Jean qui estoit homme de paille,
N’ayant que mettre sous la dent,
Prit une vieille et de l’argent :
Maintenant il vit et travaille.

Delvau, 1866 : s. m. Gérant responsable, machine à signatures, — dans l’argot des bourgeois. Les Anglais, qui ont inventé les sociétés en commandite, devaient inventer le man of straw, — et l’homme de paille fut.

France, 1907 : Gérant responsable, homme qui figure seulement sur le papier, qui reste étranger à ce que l’on fait sous son nom.

Et, à ce propos, les courses de taureaux antiques nous donnent le mot d’une expression passée dans le langage moderne courant, sans que beaucoup de personnes en connaissent l’origine. Pour sauver l’homme que le taureau poursuivait avec acharnement, on jetait dans l’arène un mannequin rempli de paille et de foin, habillé comme les coureurs. La bête furieuse se précipite sur ce mannequin et le lançait en l’air en le transperçant, ce qui donnait à l’homme le temps d’échapper. De là l’expression homme de paille employée pour caractériser l’individu mis aux lieu et place d’un autre et qui reçoit les coups destinés à ce dernier.

(Paul Fresnays)

John Bull

France, 1907 : Jean Taureau. Sobriquet que les Anglais se donnent à eux-mêmes et qui sert à peindre leur vigueur et leur obstination. C’est Jonathan Swift, le célèbre auteur des Voyages de Gulliver, qui baptisa ainsi le premier ses compatriotes, et Arbuthnot, par son Histoire de John Bull, le popularisa.

Laisser mener par le bout du nez (se)

France, 1907 : N’avoir nulle volonté ; se laisser conduire.
Cette expression est fort ancienne et vient des Grecs qui disaient : Se laisser mener par le nez comme un buffle. En effet, aucun buffle ne devait traverser une ville sans un anneau ou une barre de fer passée dans le museau, ce qui le tenait en respect et le rendait docile à la main qui le conduisait, fût-ce celle d’un enfant. On en use d’ailleurs de même aujourd’hui pour les taureaux que l’on conduit au marché ou à l’abattoir.

Maman

d’Hautel, 1808 : Une grosse maman. Non que l’on donne à une femme qui a un embonpoint gracieux et appétissant.

Rigaud, 1881 : Vache, — dans le jargon des bouchers qui appellent « papa » le taureau ; ce qui ne les empêche pas de vendre taureau et vache pour du bœuf.

Maquereau

d’Hautel, 1808 : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.

Delvau, 1864 : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.

Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.

(Voltaire, La Pucelle)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.

Virmaître, 1894 : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui vit aux dépens des autres.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Individu qui vit d’une femme ou de la prostitution d’une ou de plusieurs femmes. Nous disons sans ambages que l’homme sans le sou qui épouse une femme riche, quelle qu’elle soit, est un maquereau.
L’étymologie de ce mot est assez douteuse. D’après les uns, il viendrait de l’hébreu machar, vendre, le maquereau vendant ou trafiquant des faveurs des filles ; d’après d’autres, dit Ch. Virmaître, cette expression viendrait d’aquarius ou d’aquariolus, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, maquariolus, d’où l’abréviation maquereau.
Dessessart, dans son Dictionnaire de polices, et Bulenger affirment que ce mot vient du latin macalarellus, bariolé, parce que, dans les anciennes comédies, les proxénètes portaient des vêtements bizarres, et que, d’après eux, le nom de maquereau a été donné au poisson de mer bien connu, parce qu’il est mélangé, bigarré de plusieurs couleurs sur le dos.

Venez tous, vrais maquereaux
De tous estats, vieux et nouveaux.

(François Villon)

On dit qu’une reine de Crète,
Dont Dédale fut macquereau,
D’une passion indiscrète
Brûla jadis pour un taureau,
Je le crois, certes, puisque Jeanne
Soupire aujourd’hui pour un âne.

(Le sieur Ménard)

On a chanté dans le monde des marlous. Souteneurs à rouflaquettes, soutenus en gris perle ont été de la fête. Ils ont dansé en l’honneur de leur patron ; l’absinthe a eu sur les zincs des éclats d’émeraude, le champagne aurait pu perler dans les coupes de Bohême des grandes prostituées et sur les tables de quelques nobles dames. Depuis toujours il y a eu des poissons dans tous les mondes, des poissons à dos vert et à ventre blanc. Oh ! marlous pour marlous, c’est encore des alphonses. Qu’on l’avoue ou qu’on s’en cache, que ce soit à la Villette, que ce soit à l’Étoile, le rôle est le même si le décor change ; la honte est égale pour le rastaquouère et pour le maquereau.

(Fin de Siècle)

Pour en finir avec ce mot, citons un passage tiré d’un curieux livre, Noel Borguignon, de Gui Barozai, pseudonyme de Bernard de La Monnoye, imprimé à Dijon en 1720 : « Maquereau, injure qu’on apprend aux oiseaux qui parlent ; sur quoi certain curé disait un jour dans son prône qu’il vaudroit bien mieus leur apprendre de bons oremus. On trouve dans Villebardouin qu’en 1200 un des ambassadeurs de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut pour la guerre sainte, avoit nom Alard Maqueriaus. M. Huet qui a trouvé que Paillard, nom de famille, étoit originairement un nom propre corrompu de Paul, dont on avoit d’abord fait Paulard, ensuite Pauliard et enfin Paillard, n’hésiterait pas à dire que maqueriaus étoit de même originairement un nom propre corrompu de Macaire, dont on avoit fait le diminutif macaireau, prononcé depuis maqueriaus » — ajoutons maquereau.

Matador

d’Hautel, 1808 : Un gros matador. Pour, un riche bourgeois, un gros fermier ; un homme puissant par son emploi, son crédit ou sa fortune.

Delvau, 1866 : s. m. Homme riche, de fait ou d’apparence, — dans l’argot du peuple. Faire le matador. Faire des embarras.

Virmaître, 1894 : Homme riche ou qui en a les apparences.
— Tu fais le matador, pour : Tu fais rudement tes embarras (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Partie de dominos. Les gros dés : double-six, double-cinq, etc., sont les matadors (Argot du boulevard). N.

France, 1907 : Glorieux, rodomont, faux brave. Terme emprunté de l’espagnol. Le matador, dans les courses de taureaux, est celui qui est chargé de mettre le taureau à mort, exécution qui ne se fait que lorsque l’animal exténué, harassé, affolé, ayant perdu déjà une partie de son sang, tient à peine debout. Se dit aussi pour gros bonnet, homme considérable.
Mata signifie en espagnol frapper, tuer.

Or donc, la danse commença jeudi dernier, sur le coup de midi, à Constantinople : une cinquantaine de révolutionnaires arméniens, revolver au poing, s’emparèrent de la Banque Ottomane ; les employés furent sans peine fichus en déroute et seuls quelques gros matadors furent cueillis et gardés comme otages.

(La Sociale)

Œuf pour avoir un bœuf (donner un)

France, 1907 : Dans le VIe chant de l’Iliade, Glaucus, en échange du présent que lui fit Diomède d’armes d’airain estimées à neuf taureaux, lui donna des armes d’or de la valeur de cent. Peut-être le proverbe vient-il de là. Les anciens disaient encore : donner de l’or pour du cuivre.

Prendre la vache par les … (ce que porte le taureau entier)

Virmaître, 1894 : Prendre les choses au rebours, commencer quelque chose par la fin (Argot du peuple).

Robin

d’Hautel, 1808 : Il en revient toujours à Robin ses flûtes. Pour dire à ce qui l’intéresse, à ses anciennes habitudes.
Un robin. Terme de mépris dont on qualifioit autrefois les gens de robe.
C’est un plaisant robin. Se dit d’un homme dont on fait peu de cas.

Delvau, 1866 : s. m. Taureau communal, — dans l’argot des paysans de Paris.

France, 1907 : Nom donné aux moutons. D’après Le Duchat, les robinets de fontaine furent ainsi appelés parce qu’on leur donnait généralement la forme d’une tête de mouton. Dans certaines campagnes de l’Est, un robinet est appelé robin.

France, 1907 : Taureau étalon.

Sénateur

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui fréquente les sénats.

Dans le temps, les tourneurs de roues étaient nommés sénateurs ; le mot s’est généralisé depuis.

(Idem).

Rigaud, 1881 : Taureau, — dans le jargon des bouchers qui disent également « pacha ».

Rigaud, 1881 : Tout individu vêtu d’un paletot ou d’une redingote, — dans le jargon des voyous.

Fustier, 1889 : On appelle ainsi les malheureux qui, dans les garnis du dernier degré, ont des planches particulières au lieu de coucher à la corde. Ce sont les richards de l’hôtel. La planche coûte un sou par jour. (Voltaire, 1882)

France, 1907 : Bourgeois, bien habillé ; argot faubourien.

Vaquero

France, 1907 : Gardien de troupeaux de taureaux et de chevaux sauvages dans la Camargue.

À vingt pas de la ferme, les vaqueros entouraient une vingtaine de petits taureaux dont les cornes avaient à peine poussé, et ils s’amusaient à les terrasser comme ils eussent fait de jeunes chiens.
Ces petites bêtes étaient déjà rageuses et ne semblaient pas commodes à manier, pourtant.
Noires comme le jais, les jambes sèches et la tête énorme, la queue battant les flancs, elles s’élançaient, rapides comme l’éclair, sur les vaqueros, qui tantôt les franchissaient, tantôt les évitaient par un mouvement aussi prompt que l’idée, tantôt les renversaient d’un coup d’épaule en leur tenant le jarret gauche.

(Fernand Delisle, Souvenirs de chasse en Provence)


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Dictionnaire d’argot classique