Delvau, 1866 : s. m. Enfant qui emprunte les billes ou les tartines de ses camarades ; homme qui vole les porte-monnaie et les mouchoirs de ses concitoyens.
Chipeur
Emmargouillis
Rigaud, 1881 : Propos malhonnêtes, orduriers.
Aussi fallait voir comme on s’en payait des tartines et des potins, et des calomnies et des emmargouillis, contre cette loterie de malheur !
(Le Titi, 1879)
France, 1907 : Propos obscènes.
Loup (avoir vu le)
Rigaud, 1881 : Signifiait au XVIIe siècle avoir couru bien des dangers ; signifie aujourd’hui avoir couru bien des aventures galantes, en parlant d’une femme. Ces femmes-là n’ont pas besoin de parler du loup pour en voir la queue, et elles courent bien des dangers en s’abandonnant au premier venu.
France, 1907 : Se dit d’une fille qui a eu, comme disaient nos pères, commerce avec un homme. Toute femme qui a entendu sonner l’heure du berger a vu de loup.
On disait autrefois que la vue du loup coupait la parole ou tout au moins provoquait l’enrouement. « N’est-il pas vray que la venue du loup fait perdre ou pour le moins enrouer la voix à celuy qui le regarde, car il me semble que c’est pour cela qu’on dit, quand un homme est enroué, qu’il a veu de loup », dit Fleury de Bellingen.
L’origine de cette vieille légende vient de l’étonnement, du mouvement de stupéfaction que cause la vue subite d’un loup. De là on dit d’une fille qui a perdu sa virginité : « Elle a vu le loup », c’est-à-dire à été surprise, étonnée, et est restée muette.
Dans une idylle de Théocrite, L’Amour de Cynisea, on trouve, il est vrai, une autre origine. L’amant préféré de cette bergère s’appelle Lycos (le loup). Toute la plaisanterie porterait sur l’équivoque ; mais la première explication donnée par nos pères me semble tout aussi rationnelle.
On dit aussi dans le même sens voir la lune.
Le spirituel caricaturiste Caran d’Ache, dans une soirée composée exclusivement d’artistes des deux sexes, fit passer une série d’ombres chinoises. Comme les sujets de ces « ombres chinoises » auraient pu paraître un peu légers à des âmes timorées, Caran d’Ache crut devoir faire précéder son spectacle de l’apparition d’un petit loup. Quelques personnes ayant manifesté leur étonnement à la vue de cette exhibition dépourvue d’intérêt :
— Ceci, Mesdames, dit le satirique dessinateur, est pour m’assurer, avant de procéder à d’autres exercices, que chacune de vous a vu le loup.
Il ne faut pas, quand on est si liées ensemble, que l’une possède ce que l’autre à perdu, que celle-ci ait vu le loup, des bandes de loups, tandis que celle-là en est encore à se demander quel est cet animal et comment il a la queue faite.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Les petites filles de douze ans, de quinze ans, en leur immense majorité, sont mises en demeure de gagner leur vie comme elles pourront. Elles partent, comme le petit Chaperon rouge, avec des tartines dans leur panier, et elles rencontrent le loup, qui me fait qu’une bouchée des tartines et du petit Chaperon.
Ce loup, agile et peu altruiste, c’est l’homme, si ardent à proclamer la liberté pour tous, pour les faibles comme pour les forts.
(Gustave Geffroy)
Rentier
France, 1907 : Ouvrier sans travail ; argot des ouvriers. Rentier à la soupe, ouvrier. Rentier à tartines, bourgeois nécessiteux. Argot populaire.
Sandwich
Fustier, 1889 : Le mot date de 1884, époque à laquelle on vit à Paris, pour la première fois, de pauvres diables se promener, moyennant une modique rétribution, sur les boulevards et dans les endroits les plus fréquentés avec deux grandes pancartes, fixées l’une sur la poitrine et l’autre sur le dos, pancartes sur lesquelles sont collées des réclames de maisons de commerce. Le mot est assez bien trouvé et la comparaison serait encore plus juste si les malheureux qui exercent cette industrie n’étaient hâves et déguenillés et ne rappelaient qu’approximativement le gros jambon placé entre les deux tartines beurrées qu’aimait si fort le comte Sandwich.
On s’amusa d’abord des sandwiches qui déambulaient mélancoliquement, à la file indienne, enserrés dans des espèces de carapaces couvertes de réclames bariolées.
(Dix-neuvième siècle, décembre 1886)
France, 1907 : Homme-réclame emprisonné entre deux affiches collées sur des planches suspendues à son cou : ce qui le fait ressembler à la tranche de jambon mise entre deux tartines de beurre appelée par les Anglais sandwich.
Tartes, tartines
anon., 1907 : Souliers.
Tartine
Larchey, 1865 : Elle avait le défaut d’employer de ces immenses phrases lardées de mots emphatiques, si ingénieusement nommées des tartines dans l’argot du journalisme.
(Balzac)
Pardonne-moi la longue tartine que je viens de te faire avaler, et sur laquelle j’étale depuis une heure les confitures de mon éloquence.
(Th. Gautier)
Delvau, 1866 : s. f. Article bon ou mauvais, mais surtout mauvais. Argot des journalistes. Signifie aussi Long discours, homélie ennuyeuse. Débiter des tartines. Parler longtemps.
Rigaud, 1881 : Long couplet de prose ou de vers, — dans le jargon des comédiens. — Long, filandreux et soporifique article politique, — dans le jargon des journalistes. Allusion à la longue tranche de pain enduite de confiture.
Hayard, 1907 : Chaussures.
France, 1907 : Article de journal. « La tartine, dit Edmond Texier, est cette chose en deux ou trois colonnes qu’on nomme le plus communément le premier-Paris. C’est le filet de bœuf à la jardinière du journal. » C’est n’importe quel article long et ennuyeux.
Tartiner
Larchey, 1865 : Tu n’as pas assez de style pour tartiner des brochures.
(Balzac)
Delvau, 1866 : v. n. et a. Écrire des articles. Tartiner une brochure. La rédiger.
Rigaud, 1881 : Écrire un long article pour ne rien dire.
Rossignol, 1901 : Écrire.
France, 1907 : Écrire des articles, des tartines.
Quoi ! il est permis de tartiner d’abord dans le silence du cabinet et de débiter ensuite la tartine par cœur ? Démosthène lui-même le faisait, et ce Cicéron itou que j’idolâtre ?… Si celui qui écrit son discours d’avance, pensais-je, et même qui l’écrit trois ou quatre fois de suite, comme Jules Favre, pour le réciter ensuite, les yeux fermés, devant un public satisfait, est accepté comme orateur, je puis donc me réveiller demain conférencier, comme tout le monde ?
(Émile Bergerat)
Tartines
Halbert, 1849 : Souliers.
Delvau, 1866 : s. f. pl. Souliers éculés, pantoufles, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Vieux souliers.
Virmaître, 1894 : Souliers avachis et éculés.
— Ah ! mon vieux, quelles sales tartines (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Longue lettre, long rapport.
Il y en a une tartine !
France, 1907 : Chaussures.
— Tiens, regardez-moi c’te grande asperge montée ! Monsieur s’est déguisé en obélisque ? T’es en deuil ? T’auras perdu ton concierge ? Et c’t’autre qui va-t-à-pied ! T’as peur d’user les voitures de M. Bixio ? Fais donc au moins cirer les tartines… C’qu’elles sont sales ! ah ! J’avais pas pigé l’coup ! C’est pas des pieds, mon vieux, c’est des cercueils d’enfant ! C’est-il vrai que c’est là-dessus qu’on va bâtir la tour Eiffel ? Ah ! mince alors…
(Gil Blas)
Tartinier
Rigaud, 1881 : Rédacteur qui fait la tartine dans un journal.
France, 1907 : Fabricant de tartines politiques, scientifiques et littéraires.
N’est pas qui veut tartinier.
Il faut non pas tout savoir, mais pouvoir parler de tout à heure fixe, en deux temps trois mouvements.
Le tartinier possède toutes les questions politiques, économiques, sociales, théologiques ; Il fait ou défait l’Allemagne, rétablit la Pologne, reconstitue l’Orient, retient ou pousse les peuples, transperce celui-ci, écrase celui-là, et est toujours prêt à expectorer trois cents lignes sans respirer.
Partout où il se trouve, il écrit : il écrit sur le bout d’une table, sur son chapeau, sur son genou, et jamais d’hésitation ; la plume court, vole, sans que le cerveau ait l’air de prendre la moindre part au mouvement mécanique.
(Le Journal et les Journalistes)
Argot classique, le livre • Telegram