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Fort comme un Turc

France, 1907 : La force extraordinaire des matelots et des portefaix de Constantinople a de tous temps frappé les voyageurs.
« Les Turcs, écrit Blaise de Montluc (Commentaires, liv. I) à propos de l’assaut qu’unis aux Provenceaux ils donnèrent en 1543 à Venise, les Turcs méprisaient fort nos gens : aussi crois-je qu’ils nous battraient à forces pareilles ; ils sont plus robustes, obéissants et patients que nous, mais je ne crois pas qu’ils soient plus vaillants ; ils ont un advantage, c’est qu’ils ne songent qu’à la guerre. » Quelques écrivains ont attribué au croisement des races, aux alliances des Turcs avec les Géorgiennes et les Circassiennes cette vigueur qui les a toujours caractérisés.
Au XVIe siècle, pour fournir le service des galères, le nombre de forçats n’étant pas toujours suffisant, il fallait à tout prix des rameurs ; et à Gênes, à Venise, à Naples, en Sicile, on recrutait la chiourme sur les côtes du Grand Seigneur, s’emparant de tout ce qui tombait sous la main, Turcs ou Grecs, que l’on mettait aussitôt à la chaîne. Mais les Turcs étaient plus recherchés que les Grecs à cause de leur force et de leur résistance à supporter les horribles fatigues des bancs de galères.
En 1570, dit l’amiral Jurien de la Gravière, le sénateur Zane général de la flotte vénitienne, ne remplaça pas autrement les rameurs qu’il avait perdus. Il détacha, pendant qu’il hivernait dans les ports de Candie, le provéditeur Marco Quirini avec une division de choix vers les îles de l’Archipel. Marco Quirini s’acquitta de sa mission avec une activité et un zèle qui lui méritèrent les éloges du Sénat : il est vrai que les Grecs des Cyclades se souviennent encore de son passage.
Nos rois furent plus honnêtes que les doges et les amiraux de Venise : ils ne volèrent pas les esclaves, ils les achetèrent. Un Turc se payait au XVIIe siècle de 400 à 450 livres, argent comptant. « Ces esclaves disait-on alors, sont extrêmement vigoureux, très endurcis à la fatigue, fort grands, infiniment plus propres pour cette raison que les forçats à servir d’espaliers et de vogue-avant. » C’est très probablement des galères de Louis XIV que nous est venue l’expression : fort comme un Turc. Les Anglais disent dans le même sens : fort comme un Tartare.

Gibraltar

France, 1907 : Gros pâté de foie gras ; sobriquet donné aux Anglais après qu ils se furent emparés par surprise du fameux rocher qui commande l’entrée de la Méditerranée.

Vraiment, vraiment, Marguerite, il y a de quoi rire
De voir dans c’monde toutes ces figures tartares,
Des drôles d’habits, des poches comme une tirelire,
S’cachant du col comme des vrais Gibraltars.

(Vadé)

Koumiss

France, 1907 : Liqueur que les Tartares font au moyen de la fermentation du lait de jument. Elle est d’une saveur acide et douce et enivre à la dose d’une pinte.

Petit bœuf

France, 1907 : Apprenti ; argot des tailleurs, qui disent aussi tartare.

Sterlet

France, 1907 : Poisson que l’on pêche dans le Volga, le Dnieper et quelques fleuves sibériens. Sa chair est fort estimée des Russes.

Le petit verre de fine sera remplacé par un petit verre de kummel ou d’eau-de-vie de grain : il n’y aura pas moyen de l’éviter. Et au prochain vernissage je vois déjà poindre, au déjeuner, un sterlet sauce tartare, qui remplacera le saumon sauce verte.

(Gil Blas)

Tartare

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti ; médiocre ouvrier, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi Chasseur.

Delvau, 1866 : s. m. Fausse nouvelle, canard politique, — dans l’argot des journalistes et des boursiers. Se dit depuis la dernière guerre de Crimée. Un peu avant que le résultat de la bataille de l’Alma fût connu, le bruit courut, — et ce furent évidemment des spéculateurs qui le firent courir — qu’un cavalier tartare était arrivé à franc étrier au camp d’Omer-Pacha, annonçant la victoire des armées alliées contre les Russes. On le crut à Paris, et les fonds montèrent. Quelques jours après, la nouvelle apocryphe devenait officielle.

Rigaud, 1881 : Garçon de salle chargé d’empêcher de sortir, entre deux classes, les élèves externes qu’une pension envoie au collège.

Rigaud, 1881 : Second ouvrier tailleur, ouvrier qui aide le bœuf.

France, 1907 : Apprenti tailleur.

Des coupeurs, des culottiers, des giletiers, des pompiers, des tartares, nommés aussi petits bœufs.

(G. Macé, Mon premier crime)

Tonneau des Danaïdes

France, 1907 : Ouvrage inutile, sans fin, sans but. Personne dépensière, gaspilleuse, aux exigences de qui l’on ne peut suffire. Allusion aux quarante-neuf filles du roi d’Argos Danaüs : sur l’ordre de leur père, à qui un oracle avait prédit qu’il périrait de la main d’un de ses gendres, elles égorgèrent leurs maris la première nuit de leurs noces. Jupiter, par punition, les condamna à remplir éternellement dans le Tartare des tonneaux percés. Strabon explique l’allégorie de cette fable en nous montrant les Danaïdes creusant des puits et des canaux pour féconder les plaines d’Argos, dont le sol aride exigeait une quantité considérable d’eau. Lucien, dans ses Dialogues, adopta cette explication.

Turc

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux pour dire, un avare, un juif, un homme dur, barbare, inexorable et sans pitié.

Halbert, 1849 : Tourangeau.

Delvau, 1866 : s. m. Homme idéalement fort, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot aussi bien à propos de la robusticité du corps que de l’adresse des mains.
Les Anglais, eux, ont le Tartare, l’homme qui excelle dans une spécialité quelconque, à la boxe ou au billard. He is quite a Tartar at billiards, disent-ils en leur argot à propos d’un rival de Berger. To catch a Tartar (prendre un Tartare), c’est, pour eux, s’attaquer à une personne de force ou de capacité supérieure.

Delvau, 1866 : s. m. Tourangeau, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tourangeau.

La Rue, 1894 : Tourangeau. Turquie, Touraine. Turcan, Tours.

France, 1907 : Tourangeau ; argot des voleurs.


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