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Astiquer la baguette

Delvau, 1864 : Branler un homme, — le ventre de la femme servant de tambour à cette baguette-là, que nous savons tous manier aussi bien que les tapins de profession.

Celle-ci, d’un tambour astiquait la baguette.

(Louis Protat)

Battre la breloque

Virmaître, 1894 : Les tapins, au régiment, battent la breloque pour annoncer l’heure de la soupe. Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante cinq minutes, bat la breloque. Avoir le coco fêlé, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est battre la breloque. On dit également : battre la campagne (Argot du peuple).

France, 1907 : Ne pas savoir ce que l’on fait ; perdre la tête ; aller comme une pendule détraquée.

Coup du père François

Virmaître, 1894 : Ce coup est très ancien. Autrefois les détenus l’employaient pour se débarrasser d’un personnage qui moutonnait. Il consiste simplement à l’étrangler en passant à l’aide d’un foulard de soie. Louis le Bull-Dogue, élève du père François explique ainsi la manière d’opérer :

Pour faire le coup du Père François,
Vous prenez un foulard de soie ;
Près du client en tapinois
Vous vous glissez sans qu’il vous voie
Et crac ! vous lui coupez la voix.
Sitôt qu’il est devenu de bois
Vous lui prenez son os, ses noix.
Et c’est ainsi qu’un Pantinois
Peut faire fortune avec ses doigts.

France, 1907 : Strangulation à l’aide d’un foulard, appelé ainsi du nom d’un célèbre coquin qui le pratiquait avec succès. Charles Virmaître cite la manière d’opérer tirée de Louis le Bull-dogue :

  Pour faire le coup du Père François,
  Vous prenez un foulard de soie ;
  Près du client en tapinois
  Vous vous glissez sans qu’il vous voie
  Et crac ! vous lui coupez la voix.
  Sitôt qu’il est devenu de bois
  Vous lui prenez son os, ses noix.
  Et c’est ainsi qu’un Pantinois
  Peut faire fortune avec ses doigts.

Le coup du père François serait l’idéal du gredin professionnel si quelques petits incidents désagréables me l’accompagnaient parfois. Il arrive, quand l’opération se prolonge un peu trop, ou que l’opéré a la respiration un peu courte, que ce dernier ne se réveille pas de son évanouissement. C’est ce qui s’est produit pour Ollivier, l’usurier qui resta entre les mains de la bande de Neuilly. En ce cas, les jurés ne plaisantent point. Mais, tout compte fait, ces hasards sont rares et, jusqu’à ce qu’on ait trouvé mieux, le coup du père François sera enseigné avec respect de la Glacière à Ménilmontant.

(Guy Tomel)

On l’appelle aussi le coup du père Martin.

Rien de plus désagréable, par exemple, que le coup du père Martin, sur les deux ou trois heures du matin. Quand il est bien fait, vous en êtes quitte pour un fort torticolis et la perte de votre porte-monnaie ; mais on cite des gens qui en sont morts.

(Berty, La Nation)

Dabin

Halbert, 1849 : Tambour.

France, 1907 : Tambour ; corruption de tapin.

Flafla

Larchey, 1865 : Grand étalage. — Onomatopée.

Delvau, 1866 : s. m. Étalage pompeux, en paroles ou en actions, — dans l’argot du peuple, très onomatopéique. Car je ne pense pas qu’il faille voir autre chose qu’une onomatopée dans ce mot, qui est une imitation, soit d’une batterie de tambour bien connue, soit du fracas de l’éclair.
Comme Parisien, ayant emboîté le pas aux tapins de mon quartier, lorsque j’étais enfant, je pencherais volontiers pour la première hypothèse ; comme étymologiste, j’inclinerais à croire que la seconde vaut mieux, — d’autant plus que les Anglais emploient le même mot dans le même sens. Flash (éclair), disent-ils ; flash-flash (embarras, manières.)
Faire du fla-fla. Faire des embarras.

Rigaud, 1881 : Embarras, manières. — Faire du flafla, faire des embarras. — Un objet qui a du flafla, c’est du clinquant.

France, 1907 : Étalage pompeux, soit de costume, soit de paroles.
Faire du flafla, faire des embarras. Flafla vient de l’onomatopée anglaise flash, éclair, d’où flas-flash, embarras, manières affectées et prétentieuses.

— Sale type que le bourgeois parisien. J’ai ouï dire par mon père qui l’a fréquenté jadis, qu’il n’y a rien de plus mesquin et de plus ladre dans son intérieur. Tout est pour le flafla, le dehors. Paraître plus riche que l’on n’est, jeter de la poudre aux yeux des voisins et des connaissances ; faire passer la plus grande partie des recettes ou des appointements en toilettes et en colifichets… mesurer la nourriture et peser le pain de la servante… se serrer le ventre pour se gonfler le torse.

(Hector France, La Mort du Czar)

Quart d’œil

Larchey, 1865 : Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

(Balzac)

Comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, nous y voyons plutôt une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires dite cardeuil. V. Fr. Michel. — V. Parrain.

Rigaud, 1881 : Surnom attribué autrefois par les voleurs au commissaire de police. Aujourd’hui les voyous et leurs modèles les voleurs donnent indistinctement ce nom aux commissaires de police et aux sergents de ville. Un étymologiste de la petite Roquette que nous avons consulté nous a affirmé que ce sobriquet leur avait été inspiré par les allures de ces agents de l’autorité, qui les guettent en tapinois et ne montrent que le quart de l’œil.

Virmaître, 1894 : Commissaire de police (Argot du peuple). V. Moissonneur.

Rossignol, 1901 : Commissaire de police.

France, 1907 : Commissaire de police. Voici quelle serait, d’après Balzac, l’origine de ce sobriquet :

Quarante-huit commissaires de police veillent sur Paris, comme quarante-huit providences au petit pied ; de là vient le nom de quart d’œil que les voleurs leur ont donné dans leur argot, puisqu’ils sont quatre par arrondissement.

Mais, objecte Lorédan Larchey, comme le mot est antérieur à l’organisation susdite, on doit y voir plutôt, avec M. Michel, une allusion à l’ancienne robe noire des commissaires, dite cardeuil.

— C’est pas assez de se voir déshonorer par sa fille… Faut encore être insultée par un goaupeur. Eh bien ! puisque c’est comme ça, je vas m’en aller… mais je vas revenir avec le quart d’œil, c’te fois-ei !… Et c’est lui qui te montrera ce que ça coûte, grand feignant, de vouloir se payer des pucelles de quinze ans moins trois mois… Attends un peu !

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Coup d’œil furtif, œillade amoureuse que l’on jette en passant, du coin, du quart de l’œil, à une personne d’un sexe différent que l’on veut aguicher ou qui vous plait. Provincialisme.

Nombre de jeunes pensionnaires à qui l’on donnerait le bon Dieu sans confession sont déjà expertes dans le quart d’œil.

Tap

Ansiaume, 1821 : Carcan.

Tandis que j’étois au tap, j’ai vu ta larque qui lansquinoit.

Virmaître, 1894 : Se disait autrefois des condamnés à être exposés publiquement et marqués au fer rouge. Travaux forcés à temps, T. F. T. Travaux forcés à perpétuité T. F. P. Faire le tapin c’était être exposé (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Pilori ; échafaud où l’on exposait autrefois les forçats sur les places publiques avant de les expédier au bagne.

Je monte à la Cigogne,
On me gerbe à la grotte
Au tap et pour douze ans.

La tape était la marque infligée sur l’épaule avec un fer rouge. On l’appelait aussi taroque. Faire la parade au tap, c’était être exposé au pilori. Cette coutume barbare cessa en 1830.

Tap ou tapin

Delvau, 1866 : s. m. Poteau du pilori, — dans l’argot des voleurs. Faire le tapin. Être exposé. On dit aussi Faire le singe.

Tap ou tapin (faire le)

Vidocq, 1837 : v. a. — Être attaché au poteau.

Tapin

d’Hautel, 1808 : Sobriquet militaire ; apprenti tambour ; mauvais et petit tambour.

Larchey, 1865 : Tambour. — Mot à mot : petit tapeur (de caisse). — Usité dès 1808.

Le tapin qui tambourinait en tête de l’escouade.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Tambour, — dans l’argot des troupiers. Le mot a au moins cent ans de bouteille.

Merlin, 1888 : Tambour. — Celui qui en bat.

La Rue, 1894 : Tambour.

Rossignol, 1901 : Celui qui bat du tambour.

France, 1907 : Tambour, le soldat qui en bat ; argot militaire.

Tapin, tape-à-mort

Rigaud, 1881 : Tambour.

Tapiner

France, 1907 : Se cacher ; argot des voleurs.

Tapinophage

France, 1907 : Juge, homme de loi ; du grec tapeinos, humble, et fago, je dévore. Dévoreur d’humbles, de petits. Néologisme.

Tapiquer

Delvau, 1866 : v. n. Habiter, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Habiter.

Virmaître, 1894 : Habiter (Argot des voleurs).

France, 1907 : Même sens que tapiner ; se dit aussi pour habiter ; argot des voleurs.

Tapis

Ansiaume, 1821 : Cabaret.

Je n’irai plus à ce tapis, car la raille y va.

Vidocq, 1837 : s. m. — Auberge, hôtel garni, cabaret.

Halbert, 1849 : Café.

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret, auberge, hôtel, — dans l’argot des voleurs, qui se servent là d’un vieux mot de la langue romane, tapinet (lieu secret), dont on a fait tapinois. Ils disent aussi Tapis franc, c’est-à dire Cabaret d’affranchis. Tapis de grives. Cantine de caserne. Tapis de malades. Cantine de prison. Tapis de refaite. Table d’hôte.

Delvau, 1866 : s. m. Conversation, causerie, — dans l’argot des bourgeois. Être sur le tapis. Être l’objet d’une causerie, le sujet d’une conversation. Amuser le tapis. Distraire d’une préoccupation sérieuse par une causerie agréable.

Rigaud, 1881 : Auberge, cabaret. — Tapis vert, table de jeu. — Tapis de grives, cantine militaire. Tapis de dégelés, la Morgue. Tapis de refaite, table d’hôte. Tapis bleu, le ciel.

La Rue, 1894 : Cabaret. Tapissier, cabaretier.

Hayard, 1907 : Débit où se réunissent les malfaiteurs.

France, 1907 : Auberge, cabaret, hôtel garni. Tapis franc, cabaret de voleurs. Tapis de grives, cantine. Tapis de malades, cantine de prison. Tapis de dégelés, la Morgue. Tapis de refaite, restaurant. Tapis vient du vieux français tapinet, retraite, lieu caché où l’on se tapit. Amuser le tapis, amuser la société, la compagnie.

Tapis franc

Ansiaume, 1821 : Cabaret où l’on reçoit les voleurs.

Ici, buvons et bouffardons sans souci.

Vidocq, 1837 : s. — Cabaret, hôtel garni ou auberge où se réunissent les voleurs.

Clémens, 1840 : Maison de receleur.

M.D., 1844 : Maison rendez-vous des gens de mauvaise vie.

Larchey, 1865 : Cabaret. — Franc fait allusion à la clientèle qui est composée d’affranchis ou voleurs. — Tapis est une abréviation du vieux mot tapinet : lieu caché. V. Roquefort. — V. Empoivrer, Crosser. — Tapis de refaite : Table d’hôte. — Tapis de malades : Cantine de prison. — Tapis de grives : Cantine de caserne. — Tapis vert : Prairie. — Tapissier : Cabaretier. V. Baptême, Ogre.

Trompion

Hayard, 1907 : Clairon.

France, 1907 : Trompette ; le soldat qui joue de cet instrument.

Tout le monde connaît l’histoire de ce trompette qu’un tambour avait appelé collègue.
— Collège ! fit le trompette d’un air superbe. Apprends qu’un chien est un chien, qu’un tambour n’est rien et qu’un trompette est un musicien.
— Possible, répondit le tambour justement froissé, mais ce qu’il y a de certain, c’est que parmi les grands hommes du Panthéon on trouve un tapin… tandis qu’on peut se fouiller pour y découvrir un trompion !

(A. Foubert, Le 39e d’artillerie)

Vendre sa fleur

Delvau, 1864 : Se laisser dépuceler par un monsieur qui en a les moyens.

Ces ouvrièr’s au gent minois
Qu’on voit parfois,
En tapinois,
Vendre leur fleur jusqu’à cent fois par mois.

(Émile Debraux)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique