M.D., 1844 : Devant tout le monde.
À la tête du can
Abadis
Vidocq, 1837 : s. f. — Foule, multitude, rassemblement.
Larchey, 1865 : Foule, rassemblement (Vidocq). — Vient du vieux mot de langue d’oc : abadia : forêt de sapins. V. Du Cange. — L’aspect d’une multitude ressemble à celui d’une forêt. On dit : Une forêt de têtes.
Pastiquant sur la placarde, j’ai rembroqué un abadis du raboin.
(Vidocq)
Abajoues
Delvau, 1866 : s. f. pl. La face, — dans l’argot du peuple.
Il n’est pas de mots que les hommes n’aient inventés pour se prouver le mutuel mépris dans lequel ils se tiennent. Un des premiers de ce dictionnaire est une injure, puisque jusqu’ici l’abajoue signifiait soit le sac que certains animaux ont dans la bouche, soit la partie latérale d’une tête de veau ou d’un groin de cochon. Nous sommes loin de l’os sublime dédit. Mais nous en verrons bien d’autres.
France, 1907 : La face, dans l’argot du peuple qui compare volontiers son semblable à un cochon.
Abbaye de Monte-à-Regret
Bras-de-Fer, 1829 : Guillotine.
Vidocq, 1837 : ou de Monte-à-Rebours, s. f. — Nos romanciers modernes, Victor Hugo même, qui, dans le Dernier Jour d’un Condamné, paraît avoir étudié avec quelque soin le langage bigorne, donnent ce nom à la Guillotine, quoiqu’il soit bien plus ancien que la machine inventée par Guillotin, et qu’il ne s’applique qu’à la potence ou à l’échafaud.
Celui qui jadis était condamné à passer tous ses jours à la Trappe ou aux Camaldules, ne voyait pas sans éprouver quelques regrets se refermer sur lui les portes massives de l’abbaye. La potence était pour les voleurs ce que les abbayes étaient pour les gens du monde ; l’espoir n’abandonne qu’au pied de l’échafaud celui qui s’est fait à la vie des prisons et des bagnes ; les portes d’une prison doivent s’ouvrir un jour, on peut s’évader du bagne ; mais lorsque le voleur est arrivé au centre du cercle dont il a parcouru toute la circonférence, il faut qu’il dise adieu à toutes ses espérances, aussi a-t-il nommé la potence l’Abbaye de Monte-à-Regret.
un détenu, 1846 : Échafaud.
Halbert, 1849 : L’échafaud.
Larchey, 1865 : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.
Delvau, 1866 : s. f. L’échafaud, — dans l’argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.
Rigaud, 1881 : L’ancienne guillotine, — dans le langage classique de feu les pères ignobles de l’échafaud. Terrible abbaye sur le seuil de laquelle le condamné se séparait du monde et de sa tête.
La Rue, 1894 : L’échafaud.
Virmaître, 1894 : La guillotine. L’expression peut se passer d’explications : ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : La guillotine. Cette désignation n’a plus raison d’être depuis 1871, époque à laquelle les treize marches pour y monter ont été supprimées.
Hayard, 1907 : L’échafaud.
France, 1907 : La potence ou l’échafaud.
Comme une abbaye l’échafaud sépare de ce monde, et c’est à regret qu’on monte les marches.
(Lorédan Larchey)
Mon père a épousé la veuve, moi je me retire à l’Abbaye de Monte-à-regret.
(Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné)
Les voleurs appellent encore l’échafaud Abbaye de Saint Pierre, la guillotine étant autrefois placée sur cinq pierres, devant la Roquette.
Abri-fou
France, 1907 : Voile tendu sur la tête des mariés pendant la bénédiction nuptiale. Expression des provinces de l’Ouest.
Abruti de Chaillot
France, 1907 : Lourdaud, tête de pioche. Cette expression est très vieille ; on disait autrefois :
Aheury de Chaliéau,
Tout estourdy sortant du bateau.
Cette expression vient évidemment de l’époque où Chaillot, avant d’être un faubourg de Paris, était un petit village tourné en ridicule par les citadins.
On connait l’air étonné et ahuri des paysans qui arrivent pour la première fois dans une grande ville, et si ceux de Chaillot ont eu les honneurs du proverbe, c’est sans doute pour l’unique raison que Chaliéau rimait à peu près avec bateau, ou qu’il est peut-être le plus ancien village de la Seine.
Quant au mot aheury, il appartient, suivant Ch. Nodier, au patois de Paris et de sa banlieue, et parait être une onomatopée des sons que font entendre les campagnards dans l’ébahissement.
Il convient d’ajouter, avec Lorédan Larchey, que le village de Chaillot fut toujours le point de mire des mauvais plaisants. Quand on parlait d’une Agnès de Chaillot, c’était pour désigner une fille suspecte.
On dit : « À Chaillot, les gêneurs ! »
Académicien
Rigaud, 1881 : Terme de profond mépris lancé par les romantiques de 1830 à la tête de tous les bourgeois qui s’habillaient à peu près comme tout le monde, pensaient et vivaient à peu près comme tout le monde.
Quelle injure, alors ! tout homme à tête chauve était académicien de droit, et, à ce titre, subissait, etc.
(J. Claretie, Pelrus Borel le Lycanthrope)
Il lui fit voir l’échelle ascendante et descendante de l’esprit humain… Comment ensuite l’on ne comptait plus, et que l’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux-toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante : Académicien et membre de l’Institut !
(Th. Gautier, Les Jeunes-France)
Accident
d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.
Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.
La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.
(Collé)
France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?
Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?
(« Germinal », Mot d’Ordre)
Accoutumer
d’Hautel, 1808 : Il est accoutumé à cela comme un chien d’aller nu-tête. Comparaison basse et burlesque, qui équivaut à, il a une grande habitude de ce travail ; il le fait sans effort, sans y penser le moins du monde.
Acheter quelqu’un
Virmaître, 1894 : Se moquer, lui faire croire des choses insensées, se payer sa tête. Mot à mot : prendre un individu pour un imbécile. Acheter à la course, voler en passant un objet quelconque à un étalage (Argot du peuple).
France, 1907 : Le tourner en ridicule, se moquer, se payer sa tête.
Aigrette conjugale
Delvau, 1864 : Au figuré : ornement de tête de MM. les cocus ; les cornes que leur font porter mesdames leurs épouses.
X… a couché avec madame Z… ? Encore un fleuron à ajouter à l’aigrette conjugale de son mari.
(Diable au corps)
Alambiquer (s’)
d’Hautel, 1808 : S’inquiéter, se troubler ; se fatiguer l’esprit par de vaines chimères.
La tête lui tournera à force de s’alambiquer l’esprit. C’est-à-dire tant il s’agite et se tourmente.
Aller
d’Hautel, 1808 : Ça ne va pas pire. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un qui demande des nouvelles de votre santé, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; que l’on se porte passablement bien.
Faire aller quelqu’un. Le railler finement et sans qu’il s’en aperçoive ; le faire jaser dans le dessein de le tourner ensuite en ridicule.
Cette locution signifie aussi mener quelqu’un par le bout du nez ; faire un abus révoltant de sa foiblesse et de sa bonne foi.
Aller sur la hauteur. Façon de parler qui exprime, parmi une certaine classe du peuple de Paris, l’action d’aller riboter, prendre ses ébats, se divertir dans les guinguettes qui sont situées hors de la ville.
Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à veau l’eau. Ces trois manières de parler ont à-peu-près le même sens et signifient qu’une fortune considérable s’est trouvée dissipée, anéantie, par la mauvaise conduite de celui qui la possédoit.
On dit aussi d’une affaire sur laquelle on comptoit, et qui ne prend pas une tournure favorable, qu’Elle s’en est allée en eau de boudin.
Il va et vient comme trois pois dans une marmite. Phrase burlesque qui exprime assez bien les allées et venues, le mouvement, l’agitation continuelle qu’un homme impatient et brouillon se donne pour des choses qui n’en valent souvent pas la peine.
Ne pas aller de main morte. Signifie frapper de toute sa force ; montrer de la vigueur et de l’énergie dans une affaire.
Un las d’aller. Paresseux, fainéant qui a toutes les peines du monde à travailler ; qui ne sait que faire de sa personne.
Cela va sans dire. Pour cela est clair, évident, incontestable.
Cela va et vient. Manière mercantile de parler, et qui signifie que le gain du commerce n’est pas réglé ; qu’il va tantôt en augmentant, et tantôt en diminuant.
Aller ou le roi va à pied. C’est-à-dire, aux privés, où l’on ne peut envoyer personne à sa place.
Tout y va la paille et le blé. Signifie, il se ruine en de folles dépenses ; il sacrifie toute sa fortune à l’objet de son enthousiasme.
Aller un train de chasse. Marcher avec précipitation ; mener une affaire tambour battant.
Tous chemins vont à Rome. Pour dire qu’il y a plusieurs voies pour parvenir dans un lieu, ou réussir à quelque chose.
Cela n’ira pas comme votre tête. Se dit par réprimande à quelqu’un, pour cela n’ira pas suivant votre désir ; selon que vous l’imaginez.
Cette maison est son pis aller. C’est-à-dire, il s’y emploie quand il ne trouve pas mieux ailleurs ; il y entre et il en sort à volonté.
Aller son petit bon-homme de chemin. Faire droitement sa besogne ; n’entendre finesse en rien ; se conduire avec prudence et probité.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Se dit par raillerie d’une personne qui travaille avec une activité et une ardeur ridicules, sans faire pour cela beaucoup d’ouvrage.
Cela ne va que d’une fesse. Pour dire qu’une affaire, ou un ouvrage va lentement ; qu’on ne le pousse pas avec la vigueur et l’activité convenables ; qu’il est mal dirigé.
Cela va comme il plaît à Dieu. Manière fine et ironique de faire entendre qu’une affaire est mal menée ; qu’on en néglige absolument la conduite.
Toujours va qui danse. Voy. Danser.
Il va comme on le mène ; il va à tout vent. Se dit d’un homme foible et pusillanime, sans énergie, sans force de caractère, qui n’a d’autre impulsion que celle qu’on lui donne ; qui change continuellement de résolution.
À la presse vont les fous. C’est-à-dire qu’il faut être dénué de sens pour mettre l’enchère sur une chose que beaucoup de personnes veulent acquérir.
Que les plus pressés aillent devant. Se dit par humeur, quand on se trouve en société avec des personnes qui marchent fort vite, et qu’on ne peut pas suivre.
Qu’il aille au diable. Imprécation que l’on se permet dans un mouvement de colère, contre quelqu’un qui importune, et qui équivaut à qu’il aille se promener ; qu’il me laisse tranquille.
Tout va à la débandade. Pour tout est en désordre, dans la plus grande confusion.
Il s’en va midi. Pour dire l’heure de midi approche ; elle n’est pas éloignée.
On se sert souvent, et à tort, du verbe être au lieu du prétérit du verbe aller, et l’on dit : Je fus ou nous fûmes hier au spectacle ; pour J’allai ou nous allâmes, etc.
Aller à Niort
un détenu, 1846 : Ne rien dire, se taire, garder le silence.
Delvau, 1866 : v. a. Nier, — dans l’argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d’Eutrapel.
Virmaître, 1894 : Nier. Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction. Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria : N’avouez jamais (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire l’ignorant.
Un voleur qui ne veut rien avouer, s’il fait l’ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, va à Niort.
Hayard, 1907 : Nier, ignorer.
France, 1907 : Nier. Suivre le dernier avis d’Avinain : « N’avouez jamais. » Cette expression vient des contes d’Eutrapel et n’est guère plus employée que par les voleurs. On trouve dans Vidocq : « S’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons » (S’il nie il faut lui brûler les pieds).
Aller comme une corneille qui abat des noix
France, 1907 : Se trémousser étourdiment, aller à l’aventure, mettre tout le corps en mouvement comme le ferait une corneille, de la tête et de la queue.
On dit aussi dans le même sens : Aller et venir comme un pois en pot.
Allumer
d’Hautel, 1808 : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.
Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder attentivement.
Clémens, 1840 : Regarder.
Larchey, 1865 : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.
Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.
(Almanach des Prisons, 1795)
Allumer : Déterminer l’enthousiasme.
Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.
(Reybaud)
Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.
Allume ! allume !
(H. Monnier)
Allumé : Échauffé par le vin.
Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?
(Montépin)
Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.
Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.
(La Correctionnelle, journal)
Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.
Delvau, 1866 : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.
Rigaud, 1881 : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.
Avec un costume neuf elle allumerait une salle.
(Huysmans, Marthe)
Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.
Rigaud, 1881 : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.
Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.
(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)
Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.
Rigaud, 1881 : Stimuler un cheval à coups de fouet.
Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !
(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs)
La Rue, 1894 : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.
Virmaître, 1894 : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Regarder.
Allume la tronche de la môme qui radine.
Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.
Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.
France, 1907 : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :
Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.
(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)
Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !
anon., 1907 : Regarder. Allume tes chasses : ouvre tes yeux.
Alorie
France, 1907 : Oiseau dont la tête est ornée d’une huppe. Vieux français, d’où est dérivé alouette.
Alouette
d’Hautel, 1808 : Manger comme une alouette. Faire la petite bouche ; manger très-peu. On dit en sens, contraire : Manger comme un ogre. Pour dire gloutonner manger excessivement.
Si le ciel tomboit, il y auroit bien des alouettes de prises. Réponse que l’on fait à ceux qui se creusent la tête à prévoir des accidens qui ne peuvent arriver, et qui ajoutent a tout des si et des mais.
Il croit que les alouettes tombent toutes rôties dans le bec. Manière figurée de dire qu’un homme est si nonchalant et si paresseux, qu’il ne se donne aucun mouvement même pour se procurer les choses de première nécessité.
Âne
d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier les ânes se battent. Locution proverbiale qui signifie que la mésintelligence et la discorde se mettent bientôt dans un ménage où l’indigence se fait sentir.
Un roussin d’Arcadie. Pour dire un baudet ; un âne.
Faire l’âne pour avoir du son. Feindre d’ignorer une chose dont on est parfaitement instruit, à dessein de se moquer ensuite de celui à qui on veut la faire raconter.
Méchant comme un âne rouge. Proverbe qui se dit d’un enfant espiègle et mutin, capable de toutes sortes de malices.
Il y a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin. Se dit à celui qui, par la ressemblance des noms de deux personnes, a commis quelqu’équivoque.
Brider l’âne par la queue. Faire une chose à rebours ; la commencer par où elle doit finir.
Faute d’un point, Martin perdit son âne. Signifie qu’il s’en est fallu de bien peu de chose, que l’on ne gagnât la partie au jeu.
Chercher son âne quand on est dessus. Chercher une chose que l’on tient sans y prendre garde, comme il arrive quelquefois que l’on cherche son chapeau lorsqu’on le tient à la main ou qu’on l’a sur la tête.
Tenir son âne par la queue. Prendre ses mesures, se précautionner pour ne pas perdre ce que l’on ne possède que d’une manière incertaine.
Un âne bâté. Mot injurieux qui signifie sot, stupide, ignorant.
Sangler quelqu’un comme un âne. Au propre, le serrer dans ses habits à l’étouffer ; au figuré, le traiter avec la dernière rigueur.
C’est le pont ou la poste aux ânes. Pour dire qu’une chose est très-facile à faire lorsqu’on y est habitué ; que ce n’est qu’une routine.
Des contes de peau d’âne. Des discours dénués de vraisemblance : vieilles histoires dont on berce les enfans.
Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Dicton usité en parlant d’un homme excessivement ignorant ; ou de celui qui écrit tellement mal, qu’il ne peut lui-même se déchiffrer.
Elle ne vaut pas le pet d’un âne mort. Se dit d’une personne que l’on méprise extrêmement, et d’une chose à laquelle on n’accorde aucune espèce de valeur.
Monter sur l’âne. Pour dire, faillir, faire banqueroute, mettre la clef sous la porte.
Avoir des oreilles d’âne. Au propre, avoir de grandes oreilles ; et métaphoriquement, être d’une lourde ignorance.
L’âne du commun est toujours le plus mal bâté. Signifie qu’on s’inquiète peu de tout bien qui n’est pas particulier.
Boire en âne. Locution bachique qui équivaut à faire du vieux vin ; ne pas vider son verre tout d’un trait.
Têtu comme un âne, comme un mulet. Extrêmement opiniâtre.
On ne sauroit faire boire un âne, s’il n’a soif. Façon de parler incivile, pour dire qu’il n’est pas aisé de contraindre un obstiné à faire quelque chose contre sa volonté.
Anses
Delvau, 1866 : s. f. pl. Oreilles, — parce qu’elles sont de chaque côté de la tête comme les anses de chaque côté d’un pot.
La Rue, 1894 : Oreilles. Anses de panier, bras.
Araignée
d’Hautel, 1808 : Main d’araignée ; Pate d’araignée ; Doigts d’araignée. Main sèche, étique et décharnée ; doigts longs, fluets et maigres.
Delvau, 1864 : Faire patte d’araignée. Action de prendre les couilles et le vit de l’homme de manière à chatouiller le tout à la fois en allant de la tête du vit au périnée et au trou du cul, de haut en bas, à droite et à gauche et retour, en y joignant des coups de langue au filet du vit décalotté, le tout jusqu’à jouissance complète. — Voir patte d’araignée.
Rigaud, 1881 : Voiture montée sur roues très-hautes et pourvue seulement d’un siège. Elle a des airs de faucheux ; d’où son nom. Elle sert spécialement aux maquignons pour essayer les chevaux.
Fustier, 1889 : Vélocipède à deux roues dont l’une, celle de devant, est très grande, et l’autre, celle de derrière, d’un diamètre très petit.
France, 1907 : Femme maigre et mal bâtie, Araignée de comptoir. Signifie aussi prostituée, Araignée de bastringue, de trottoir :
Elle attend les flâneurs qui passent, l’Araignée ;
Qu’il fasse ou non soleil, qu’il fasse chaud ou froid,
Elle est à la fenêtre ; en regardant, on voit
Aux rideaux entr’ouverts sa tête mal peignée.
(Jérôme Monti, Le Traquenard)
Avoir une araignée dans le plafond, avoir une idée fixe, ou un grain de folie.
Ardoise
Rigaud, 1881 : Tête. — Chapeau. — Se fourrer dans l’ardoise, se mettre dans la tête.
La Rue, 1894 : Tête. Chapeau.
Arlequin
d’Hautel, 1808 : Un habit d’arlequin. On appelle ainsi et par mépris, un enfant né d’un commerce illicite ; une composition de toutes sortes de pièces qui n’ont aucun rapport entr’elles ; un habit racommodé de morceaux de diverses couleurs.
Larchey, 1865 : Rogatons achetés aux restaurants et servis dans les gargotes de dernier ordre.
C’est une bijoutière ou marchande d’arlequins. Je ne sais pas trop l’origine du mot bijoutier ; mais l’arlequin vient de ce que ces plats sont composés de pièces et de morceaux assemblés au hasard, absolument comme l’habit du citoyen de Bergame. Ces morceaux de viande sont très copieux, et cependant ils se vendent un sou indistinctement. Le seau vaut trois francs. On y trouve de tout, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.
(Privat d’Anglemont)
Delvau, 1866 : s. m. Plat à l’usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d’aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu’à la tête de maquereau. C’est une sorte de carte d’échantillons culinaires.
Rigaud, 1881 : Épaves de victuailles recueillies pêle-mêle dans les restaurants, dans les grandes maisons, et débitées aux pauvres gens. La variante est : Bijou.
En effet, c’est une chose affreuse que les arlequins… une chose affreuse, puisqu’elle a empoisonné deux hommes, la semaine dernière, l’un en vingt-quatre heures.
(Le Titi, du 17 janv. 1879)
Ça un arlequin, la petit’ mère ! vous vous foutez de moi… c’est tout au plus du dégueulis.
La Rue, 1894 : Reste de victuailles des maisons bourgeoises et des restaurants.
Rossignol, 1901 : Rogatons divers ramassés dans les restaurants et vendus dans les marchés aux malheureux ; arlequin, parce que du poisson peut être mêlé avec du lapin ou autres victuailles.
France, 1907 : Assemblage de restes achetés dans les restaurants par les gargotiers de dernier ordre et provenant de la desserte des tables. On y trouve de tout, dit P. d’Anglemont, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.
Autrefois chez Paul Niquet
Fumait un vaste baquet
Sur la devanture,
Pour un ou deux sous, je croix,
On y plongeait les deux doigts,
Deux, à l’aventure,
Les mets les plus différents
Étaient là, mêlés, errants,
Sans couleur, sans forme,
Et l’on pêchait, sans fouiller,
Aussi bien un vieux soulier
Qu’une truffe énorme.
(Richepin, La Chanson des Gueux)
Assaut
d’Hautel, 1808 : Faire assaut de bêtises et de malhonnêtetés. Débiter à qui mieux mieux des sornettes, des contes biscornus ; se dire réciproquement de grosses injures.
Assiette au beurre
France, 1907 : Figure populaire pour signifier les honneurs, les places, les pots-de-vin que se partagent les gens au pouvoir, députés, sénateurs, ministres, etc.
Une poignée d’intrigants, de tripoteurs, d’aventuriers au passé louche ont barboté la fortune de la France. Ils se partagent les emplois, les honneurs, les distinctions, les sinécures. Rien ne peut contre eux, ni les concussions avérées, ni les honteux trafics, ni le népotisme éhonté, ni les scandales, ni le discrédit qu’ils nous attirent devant les nations, ni même leur propre médiocrité. Comme l’hydre de Lerne qui multipliait ses têtes à mesure qu’on en abattait, il semble que chaque honte nouvelle les raffermisse au pouvoir.
Et le peuple, qui a d’abord assisté avec indignation et stupeur à ce spectacle de nos hontes, retombe dans sa fataliste indifférence jusqu’à ce que le coup de fouet d’un suprême scandale vienne le secouer de sa torpeur. Alors, d’un formidable coup de pied, il enfoncera la porte de la salle où l’on se partage l’assiette au beurre et chassera la tourbe aux gémonies.
(Hector France, Lettres rouges)
Attendre l’omnibus
France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.
Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !
(Alph. Karr, Les Guêpes)
Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.
Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.
(Oudin, Curiositez françoises)
Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.
(Ch. Nisard)
Attrape-science
Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.
Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.
France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.
Attrapper
d’Hautel, 1808 : Attraper une bonne maladie ; un bon mal de tête. Locution contradictoire et bizarre, qui signifie tomber dangereusement malade ; avoir un grand mal de tête.
Les plus fins y sont attrapés. Se dit pour exprimer que la qualité d’un objet quelconque est si difficile à connoître, qu’une fraude est faite avec tant de subtilité, qu’il faut y regarder de bien près pour ne pas s’y laisser tromper.
As-tu été attrapé ? — Non. — Eh ! bien, que la f… t’attrape. Rébus bas et ignoble, fort en usage parmi le peuple au temps du carnaval.
Aumônier
Rigaud, 1881 : Variété de voleur à la détourne. Un gentleman est, chez un joaillier, en train de choisir dans un fort lot de bagues à brillants, lorsqu’une tête de mendiant apparaît à la porte. L’acheteur met la main à la poche et glisse au pauvre diable, avec deux ou trois sous, une ou deux magnifiques bagues de la collection. Le gentleman est un filou, le mendiant, un compère.
La Rue, 1894 : Voleur à la détourne qui, chez le bijoutier où il s’est présenté comme acheteur, glisse un bijou dans la main d’un mendiant, son compère, qui vient demander l’aumône.
Virmaître, 1894 : Vol à l’aumône. Autrefois, cette expression désignait les dévaliseurs de bijoutiers. Le voleur marchandait des bijoux, un mendiant survenait et sollicitait une aumône. L’attention du bijoutier était détournée pendant qu’on lui dévalisait ses vitrines ; quand il s’apercevait du vol, les voleurs étaient loin (Argot des voleurs).
Avoir du beurre sur la tête
Vidocq, 1837 : v. p. — Être couvert de crimes ; proverbe argotique des voleurs juifs ; ils disent en hébreu : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil : il fond et tache. »
Delvau, 1866 : v. a. Avoir commis quelques méfaits plus ou moins graves, — dans l’argot des voleurs, qui ont certainement entendu citer le proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil : il fond et tache. »
Avoir mal aux cheveux
Larchey, 1865 : Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir mal à la tête, par suite d’excès bachiques. Argot des faubouriens.
Avoir sept pouces moins la tête (en)
Delvau, 1864 : Posséder un membre d’une longueur plus qu’estimable, et bien fait pour plaire aux femmes, — le sexe le plus goulu.
…. La belle Urinette
Au corps content, mais pas de peu,
Car il lui faut sept pouces, moins la tête,
Pour qu’elle ait un beau jeu.
(Lemercier de Neuville)
Avoir vu le loup
Delvau, 1864 : Se dit d’une fille qui n’est plus vierge, qui connaît depuis plus ou moins de temps les mystères du pantalon de l’homme — d’où elle a vu sortir, la tête en feu, le poil hérissé, son braquemard enragé.
Toujours est-il que le loup, qui rôdait par là depuis quelque temps, sous la blouse bleue et le pantalon de velours épinglé d’un grand gars de notre village, sortit sournoisement du bois des châtaigniers, se montra tout a coup à l’ombre de la haie d’aubépines, et — qu’elle vit le loup.
(A. Delvau)
Delvau, 1866 : Se dit, — dans l’argot du peuple, — de toute fille qui est devenue femme sans passer par l’église et par la mairie.
Baccante
Virmaître, 1894 : Barbe, favoris. Il en est qui écrivent : bacchantes, c’est l’orthographe que je donne qui est la bonne. Pour favoris, on dit aussi : côtetettes (Argot des voleurs). N.
Bache
Virmaître, 1894 : Casquette. Elle abrite la tête comme la bâche les voitures (Argot des voleurs).
Bâche
Rigaud, 1881 : Casquette. Elle couvre la tête comme la bâche couvre la marchandise.
Rigaud, 1881 : Drap, — dans le jargon des troupiers, qui ne couchent pas précisément dans de la batiste. — Se bâcher, se mettre dans la bâche, se coucher.
Rigaud, 1881 : Enjeu, — dans l’ancien argot des Grecs. — Faire les bâches, bachotter, établir des paris entre compères dans le but d’exploiter des dupes. Allusion à la grosse toile nommée bâche qui sert à garantir une marchandise. La bâche garantit le floueur contre les mauvaises chances du jeu.
La Rue, 1894 : Casquette. Enjeu. Faire les bâches, bâchotter, se dit de grecs qui simulent entre eux des paris dans le but de tromper des dupes.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Casquette.
France, 1907 : Casquette ; argot des voleurs.
anon., 1907 : Casquette.
Bachi-bozouks ou bachi-bouzoucks
France, 1907 : Troupe irrégulière et indisciplinée ; argot militaire, importé du turc, pendant la guerre de Crimée, où 4.000 Bachi-bouzouks se mirent à la solde de la France, et autant à celle de l’Angleterre.
Bachi-bouzouk, en turc, cela veut dire tête folle, et l’expression ne paraitra pas trop dure à quiconque aura connu ces hordes barbares.
(Vicomte de Noé, Souvenirs de la guerre d’Orient)
Badouillarde
Rigaud, 1881 : Femelle du badouillard.
Toute badouillarde devra prouver à la société que, des pieds à la tête, elle ne possède aucune infirmité.
(Physiologie du Carnaval, 1842)
Baigneuse
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tête.
Vidocq, 1837 : s. f. — Chapeau de femme.
Halbert, 1849 : Tête.
Larchey, 1865 : Chapeau de femme (Vidocq). — Du nom d’une coiffure à la mode vers la fin du siècle dernier.
Delvau, 1866 : s. f. Chapeau de femme, — dans le même argot [des voleurs] qui a conservé des reflets de l’argot de la mode au XVIIIe siècle. Baigneuse ou bagnole, c’était tout un.
Delvau, 1866 : s. f. La tête, — dans l’argot des voleurs, qui se lavent et à qui on lave plus souvent la tête que le reste du corps.
France, 1907 : Chapeau de femme.
Baisser la tête
Rigaud, 1881 : Perdre au jeu, être vaincu dans une partie de cartes. (Jargon des marins.) — Baisse la tête, tu as perdu.
Balancer le chinois (se)
Delvau, 1864 : Jouer avec son membre pour jouir, le faire dodeliner de la tête, comme un poussah, jusqu’à ce que, l’érection arrivant, il se tienne roide comme la justice et pleure silencieusement toutes les larmes de son œil unique.
Rigaud, 1881 : Se livrer à l’onanisme.
Balinstriquer
Fustier, 1889 : Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner.
Tu sais, lui avait-il dit, j’ai fait un sale coup, j’ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c’est ma tête qui est à couper.
(Gazette des Tribunaux, septembre 1884)
La Rue, 1894 : Assassiner. Jeter de haut.
Balle
d’Hautel, 1808 : Enfans de la balle. Ceux qui suivent la profession de leurs pères. On désigne aussi sous ce nom et par mépris, les enfans d’un teneur de tripot.
Il est chargé à balle. Manière exagérée de dire qu’un homme a beaucoup mangé ; qu’il crève dans sa peau.
Il y va balle en bouche, mèche allumée. Pour il n’y va pas de main morte ; il mène les affaires rondement.
d’Hautel, 1808 : Ustensile d’imprimerie qui sert à enduire les formes d’encre.
Démonter ses balles. Expression technique : au propre, l’action que font les imprimeurs lorsqu’ils mettent bas, et qui consiste à détacher les cuirs cloués au bois des balles. Au figuré, et parmi les ouvriers de cette profession, cette phrase signifie s’en aller en langueur ; dépérir à vue d’œil, approcher du terme de sa carrière.
anon., 1827 : Franc.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Franc (vingt sous).
Bras-de-Fer, 1829 : Franc.
un détenu, 1846 : Un franc, pièce de vingt sous.
Halbert, 1849 : Une livre ou un franc.
Larchey, 1865 : Tête. — Comme Boule et Coloquinte, balle est une allusion à la rondeur de la tête. Une bonne balle est une tête ridicule. Une rude balle est une tête énergique et caractérisée.
Une balle d’amour est une jolie figure.
(Vidocq)
Être rond comme une balle, c’est avoir bu et mangé avec excès. Balle : Franc. — Allusion à la forme ronde d’une pièce de monnaie.
Je les ai payées 200 fr. — Deux cents balles, fichtre !
(De Goncourt)
Balle de coton : Un coup de poing. — Allusion aux gants rembourrés des boxeurs.
Il lui allonge sa balle de coton, donc qu’il lui relève le nez et lui crève un œil.
(La Correctionnelle)
Delvau, 1866 : s. f. Occasion, affaire, — dans l’argot du peuple. C’était bien ma balle. C’était bien ce qui me convenait. Manquer sa balle. Perdre une occasion favorable.
Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’un franc, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. f. Secret, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. f. Visage, — dans l’argot des voyoux. Balle d’amour. Physionomie agréable, faite pour inspirer des sentiments tendres. Rude balle. Visage caractéristique.
Rigaud, 1881 : Ballet.
Rigaud, 1881 : Figure, tête, physionomie.
Oh c’tte balle !
(Th. Gautier, Les Jeunes-France)
Rigaud, 1881 : Occasion. Rater sa balle, manquer une bonne occasion.
Rigaud, 1881 : Pièce d’un franc. Une balle, un franc. Cinq balles, cinq francs.
Rigaud, 1881 : Secret.
S’il crompe sa Madeleine, il aura ma balle (s’il sauve sa Madeleine, il aura mon secret.)
(Balzac)
Mot à mot ; ce qui est caché dans ma balle, dans ma tête. — Faire la balle de quelqu’un, suivre les instructions de quelqu’un.
Fais sa balle, dit Fil-de-Soie.
(Balzac, La Dernière incarnation)
La Rue, 1894 : Secret. Physionomie. Pièce d’un franc. Occasion.
Virmaître, 1894 : Celle femme me botte, elle fait ma balle (Argot du peuple). V. Blot.
Rossignol, 1901 : Chose qui convient qui plaît, qui fait l’affaire.
ça fait ma balle.
Rossignol, 1901 : Visage, celui qui a une bonne figure a une bonne balle.
France, 1907 : Pièce d’un franc. Blafard de cinq balles, pièce de cinq francs.
France, 1907 : Secret, affaire, occasion. Cela fait ma balle, cela me convient.
— C’est pas tout ça, il faut jouer la pièce de Vidocq enfoncé après avoir vendu ses frères comme Joseph.
Vidocq ne savait trop que penser de cette singulière boutade ; cependant, sans se déconcerter, il s’écria tout à coup :
— C’est moi qui ferai Vidocq. On dit qu’il est très gros, ça fera ma balle.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Manquer sa balle, manquer une occasion ; faire balle, être à jeun.
Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.
(Alphonse Humbert)
On dit aussi dans le même sens : Faire balle élastique.
J’avais fait la balle élastique tout mon saoul.
(Henri Rochefort)
Faire la balle, agir suivant des instructions ; enfant de la balle, enfant élevé dans le métier de son père ; rond comme une balle, complètement ivre.
France, 1907 : Tête, figure. Balle d’amour, beau garçon, argot des filles ; rude balle, contenance énergique ; bonne balle, figure sympathique ou grotesque ; balle de coton, coup de poing.
Balochard
Delvau, 1866 : s. m. Type d’un personnage de carnaval, fameux sous le règne de Louis-Philippe, et complètement oublié aujourd’hui. Il portait un bourgeron d’ouvrier, une ceinture rouge, un pantalon de cuirassier, et, sur la tête, un feutre défoncé. Tel le représente Gavarni.
Rigaud, 1881 : Personnage de carnaval, à la mode dans les bals masqués de 1840 à 1850.
C’était une variété de chicard avec un feutre défoncé pour casque.
(L. Larchey)
Chicard, le grand Chicard, l’empereur du carnaval, le protecteur de la confédération des flambards et balochards.
(Musée Philipon)
Hayard, 1907 : Fainéant.
France, 1907 : Type d’un personnage de carnaval du temps de Louis-Philippe. Gavarni l’a représenté dans plusieurs de ses dessins. Le balochard portait un bourgeron d’ouvrier, un pantalon de cavalerie et sur la tête un casque.
Aussi j’laisse l’chic et les chars
Aux feignants et aux galupiers
Et j’suis le roi des Balochards,
Des balochards qui va-t-à pied !
(Jean Richepin, Les Gueux de Paris)
Balocher
Vidocq, 1837 : v. a. — Tripoter, faire des affaires illicites.
Larchey, 1865 : « C’est quelque chose de plus que flâner. C’est l’activité de la paresse, l’insouciance avec un petit verre dans la tête. »
(T. Delord)
Balocher : S’occuper d’affaires véreuses. — Vidocq.
Delvau, 1866 : v. a. Tripoter, faire des affaires illicites. Argot des voyous.
Delvau, 1866 : v. n. Fréquenter les bals publics ; se trémousser. Argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : v. n. Remuer, pendre, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos des choses.
Rigaud, 1881 : Courir les bals à l’époque où fleurissaient balochards et balocheuses.
Rigaud, 1881 : Dérober, faire des affaires illicites.
France, 1907 : Fréquenter les bals publics, se trémousser ; dans l’argot des voleurs, c’est s’occuper d’affaires véreuses.
Banque
Delvau, 1866 : s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur. Faire une banque. Imaginer un expédient — d’une honnêteté douteuse — pour gagner de l’argent.
Delvau, 1866 : s. f. Paye, — dans l’argot des typographes.
Delvau, 1866 : s. f. Tout le monde des saltimbanques, des banquistes. Truc de banque ! Mot de passe et de ralliement qui sert d’entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d’une autre spécialité que la leur.
Rigaud, 1881 : Association entre escrocs. Art de flouer son prochain. Faire une banque, combiner une escroquerie.
Rigaud, 1881 : Métier du saltimbanque.
Rigaud, 1881 : Paye des ouvriers typographes.
Rigaud, 1881 : Ruse, frime.
C’est une banque.
(Scribe, L’honneur de ma fille, 1836)
Rigaud, 1881 : Troupe de théâtre, — dans l’ancien, argot des comédiens.
Le gonze qui est à votre ordre est-il de la banque ? Celui qui est à côté de vous est-il un comédien ?
(Mémoires de Dumesnil)
Boutmy, 1883 : s. f. Paye des ouvriers. Le prote fait la banque aux metteurs en pages, qui à leur tour la font aux paquetiers. Ce mot entre dans plusieurs locutions. Par exemple on dit : La banque a fouaillé, pour indiquer que le patron n’a pas payé au jour dit. Être bloqué à la banque, c’est ne rien recevoir. Faire banque blèche s’emploie dans le même sens.
La Rue, 1894 : Troupe de théâtre. Métier de saltimbanque. Ruse, frime. Paye des ouvriers typographes. Association entre voleurs : Faire une banque, être de la banque.
Virmaître, 1894 : Les voleurs qui se partagent le produit d’un vol emploient cette expression (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Les forains propriétaires des grandes baraques, Pezon, Bidel, Marquetti, Corvi, sont ce que l’on nomme dans les fêtes la Banque, parce qu’ils sont riches.
France, 1907 : Escroquerie, duperie ; paiement, dans l’argot des ouvriers imprimeurs ; réunion de saltimbanques. Être de la banque, faire partie d’une bande d’escrocs ; faire la banque, allécher le client ; faire une banque, imaginer, préparer une escroquerie. Tailler une banque, tenir les cartes au baccara.
Baptême
d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Cette planche lui est tombée sur le baptême. Pour dire, qu’une planche est tombée sur la tête de quelqu’un.
Delvau, 1866 : s. m. La tête, — dans l’argot des faubouriens, qui se souviennent de leur ondoiement.
La Rue, 1894 : Tête.
Virmaître, 1894 : La tête. Le mastroquet baptise son vin. Le peuple, qui a horreur de l’eau, dit des vins baptisés : Ils sont chrétiens. Le buveur fait sa tête (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Tête ; argot de faubouriens. Se mettre sur les fonds du baptême, se mettre dans l’embarras.
Barbote
Vidocq, 1837 : s. f. — Fouille d’un détenu à son entrée en prison.
Delvau, 1866 : s. f. Visite minutieuse du prisonnier à son entrée en prison. On dit aussi Barbot s. m.
Rigaud, 1881 : Visite pratiquée sur la personne des détenus, au moment de leur incarcération.
La Rue, 1894 : Visite sur la personne des détenus.
France, 1907 : Visite minutieuse des prisonniers et des femmes à leur entrée en prison, de la tête au pieds, jusque dans les parties les plus secrètes.
Barrée
France, 1907 : Tête dure.
Bas (le)
Delvau, 1864 : La nature de la femme, à cause de sa situation.
Gargamelle commença à se porter mal du bas.
(Rabelais)
Elle s’accointa de l’un des clercs, lequel par aventure lui mettait l’intelligence de ces mots en la tête par le bas.
(Bonaventure Desperriers)
Bas-bleu
Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?
France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :
La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.
(Jean de Meun)
« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »
Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.
(G. Meurier, Trésor des sentences)
Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.
(Adages français, XVIe siècle)
Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :
Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.
Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :
Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !
Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.
Bataille (chapeau en)
Larchey, 1865 : Chapeau à cornes tombant sur chaque oreille. Mis dans le sens contraire, il est en colonne. Terme de manœuvres militaires.
Les uns portent d’immenses chapeaux en bataille, les autres de petits chapeaux en colonne.
(La Bédollière)
France, 1907 : Se dit du chapeau à deux cornes placé horizontalement sur la tête, comme le portait Napoléon Ier et comme le portent encore les gendarmes : en colonne, c’est verticalement comme les généraux et les officiers d’état-major.
Bâton
d’Hautel, 1808 : C’est un bâton merdeux, on ne sert par où, le prendre. Locution, basse et grossière pour dire qu’un homme est revêche et acariâtre ; qu’on ne peut l’aborder sans en recevoir quelques duretés, quelques malhonnêtetés.
Le tour du bâton. Espèce de correctif que l’on aux monopoles, aux exactions, aux friponneries que se permettent certaines gens dans leur emploi. L’homme probe a en horreur le Tour du bâton.
Faire quelque chose à bâtons rompus. C’est-à-dire, après de fréquentes interruptions.
S’en aller le bâton blanc à la main. Se ruiner dans une entreprise, dans une spéculation ; se retirer sans aucune ressource.
C’est son bâton de vieillesse. Pour dire le soutien de ses vieux jours.
Martin bâton. Bâton avec lequel on frappe les ânes.
Avoir le bâton haut à la main. C’est-à-dire être pourvu d’une grande autorité, d’un grand pouvoir.
C’est un aveugle sans bâton. Se dit d’un homme inhabile dans son métier, ou qui manque des choses nécessaires à sa profession.
Tirer au court bâton. Disputer, contester quelque chose avec vigueur et opiniâtreté ; ne céder qu’à la dernière extrémité.
Il crie comme un aveugle qui a perdu son bâton. Voy. Aveugle.
Delvau, 1864 : Le membre viril, à cause de ses fréquentes érections qui lui donnent la dureté du bois — dont on fait les cocus. Les femmes s’appuient si fort dessus qu’elles finissent par le casser.
Vous connaissez, j’en suis certaine,
Derrière un petit bois touffu,
Dans le département de l’Aisne,
Le village de Confoutu.
Par suite d’un ancien usage
Qui remonte au premier humain,
Tout homme y fait pèlerinage,
La gourde et le bâton en main.
(Eugène Vachette)
Virmaître, 1894 : Juge de paix (Argot des voleurs). N.
Battre l’œil (s’en)
Delvau, 1866 : Se moquer d’une chose, — dans l’argot des faubouriens. L’expression a une centaine d’années, ce qui étonnera certainement beaucoup de gens, à commencer par ceux qui l’emploient. On dit aussi, dans le même argot, S’en battre les fesses, — une expression contemporaine de la précédente.
Rigaud, 1881 : S’en moquer.
France, 1907 : S’en moquer.
— Eh bien !… Je m’en moque ; parbleu ! Je n’épouse pas une vierge. Après tout, qu’elle ait eu pour mari un âne crapuleux comme le défunt thaumaturge ou le bon prince… ou tous les deux à la fois, je m’en bats l’œil !… Elle est comme toutes les autres, ni meilleure, ni pire ; ce n’est pas à vous autres chrétiens de venir nous vanter la chasteté de vos femmes !
(Michel Delines, La Chasse aux Juifs)
Battre la breloque
Virmaître, 1894 : Les tapins, au régiment, battent la breloque pour annoncer l’heure de la soupe. Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante cinq minutes, bat la breloque. Avoir le coco fêlé, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est battre la breloque. On dit également : battre la campagne (Argot du peuple).
France, 1907 : Ne pas savoir ce que l’on fait ; perdre la tête ; aller comme une pendule détraquée.
Bécot (donner un)
Delvau, 1864 : Baiser la tête d’un vit comme on baise le bec d’une clarinette. Cette aimable action ne faisant aucun bruit, on peut aller longtemps : d’abord moderato, puis allegretto, vivace… chaque pause vaut un soupir.
Et quand je lui donne un bécot,
Comme il lève la tête,
Jacquot !
(Al. Dalès)
Béguin
Larchey, 1865 : Passion. — Vient du mot béguin : chaperon, coiffure. Allusion semblable à celle qui fait appeler coiffée une personne éprise.
Il y a bel âge que je ne pense plus à mon premier béguin.
(Monselet)
Béguin :Tête.
Tu y as donc tapé sur le béguin.
(Robert Macaire, 1836)
Delvau, 1866 : s. m. Caprice, chose dont on se coiffe volontiers l’esprit. Argot de Breda-Street. Avoir un béguin pour une femme. En être très amoureux. Avoir un béguin pour un homme. Le souhaiter pour amant quand on est femme — légère.
On disait autrefois S’embéguiner.
Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Tête. C’est la tête prise pour le bonnet. Caprice amoureux. — Avoir un béguin, être épris de.
Moi, monsieur, j’ai un béguin pour les hommes rassis et pas trop spirituels… Aussi vous me plaisez.
(Almanach du Charivari, 1880)
La Rue, 1894 : Tête. Caprice amoureux.
Virmaître, 1894 : Petit serre-tête en toile que l’on met sur la tête des enfants nouveau-nés (Argot des nourrices). V. Avoir un béguin.
Rossignol, 1901 : Être amoureux d’une femme ou d’une chose.
J’ai un béguin pour cette femme. — Allons en ce café, j’ai un béguin pour cet établissement.
Béguin veut aussi dire aimer à… l’œil, sans que ça coûte.
France, 1907 : Caprice.
— J’ai toujours eu un béguin pour toi, tu sais bien, j’aime les grosses femmes, on ne se refait pas !
(Oscar Méténier)
C’est pas un’ plaisanterie,
Faut que j’passe mon béguin ;
J’suis pas jolie, jolie,
Mais j’suis cochonne tout plein.
(Louis Barron)
Frère Laurent. — Alors, vous voulez vous marier ?
Juliette. — Oui, j’ai le béguin pour lui.
Roméo. — Et moi, je l’idole.
Frère Laurent. — Une bonne niche à faire à vos raseurs de pères, ça me va… Une, deux, trois, ça y est… vous l’êtes !
(Le Théâtre libre)
— J’sais bien qu’i’ n’est pas beau, va, il a une taille de hareng, i’ louche même !
Mais quoi ! elle l’aimait ! Cette asperge montée et défraichie, elle en était toquée ! « C’est bête, va, d’avoir des béguins »
(Aug. Germain)
Béguin veut dire aussi tête, dans l’argot populaire : Se mettre quelque chose dans le béguin.
Bête (la)
Delvau, 1864 : La femme, — après l’homme.
Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.
(Boileau)
Si je veux croire les railleurs,
Elle a fort peu de cheveux à la tête ;
Les sujets qu’on en dit ne sont pas les meilleurs ;
Ce n’est pas bien l’endroit par où j’ai vu la bête,
Mais elle en a beaucoup ailleurs
Où elle est souvent arrosée
Par la plus douce des liqueurs.
(Le Zombi du grand Pérou)
Ciel ! poursuit-il, quand est-ce qu’on
Pourra désabuser le monde
De foutre ces bêtes à con
Des animaux le plus immonde.
(Collé)
Beurre
d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.
Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.
Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.
Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.
(Chansons, Avignon, 1813)
Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.
Rigaud, 1881 : Argent.
La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.
Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.
France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.
Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.
(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)
Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.
Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.
(Germinal)
Beurre sur la tête (avoir du)
Rigaud, 1881 : Avoir la conscience chargée de crimes. — Les voleurs juifs disent en hébreu :
Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache.
(Vidocq)
La Rue, 1894 : Avoir la conscience chargée de méfaits.
Bibelot
Delvau, 1866 : s. m. Havresac, porte-manteau, — dans l’argot des soldats.
Delvau, 1866 : s. m. Objet de fantaisie, qu’il est de mode, depuis une vingtaine d’années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots. Par extension : Objet de peu de valeur. Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l’origine jouet d’enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd’hui qu’il n’y a plus d’enfants, ce commerce est mort ; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.
Rigaud, 1881 : Objet de peu de volume et peu de valeur. Objet de peu de volume et de beaucoup de valeur. En général, tous les menus objets, plus ou moins artistiques, depuis les bijoux anciens jusqu’aux vieilles seringues prétendues historiques, prennent la dénomination très élastique de « bibelots ».
J’ai été aussi fort bousculé par mon propriétaire, auquel je dois deux termes, et il m’a fallu vendre toutes sortes de bibelots pour m’acquitter d’un.
(H. Murger, Lettres)
Les deux peuples les plus passionnés, aujourd’hui, pour les bibelots sont le Français et le Chinois, — signe de décadence, — prétendent les philosophes. Pour satisfaire à toutes les exigences, il s’est établi des fabriques de vieux neuf qui déversent journellement leurs produits à l’hôlel Drouot.
Boutmy, 1883 : s. m. En imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d’importance, tels que factures, adresses, étiquettes, prospectus, circulaires, lettres de mariage, billets de mort, etc. Ces travaux sont aussi appelés bilboquets, et mieux ouvrages de ville.
Fustier, 1889 : Argot d’imprimerie. Travaux de peu d’importance ; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.
France, 1907 : Objet de curiosité ou de fantaisie dont il est de mode, depuis quelques années, d’encombrer ses appartements ; du mot bimbelot, jouet d’enfant.
L’appartement est somptueux. Le temple est digne de l’idole. Le lit est anglais, la commode est russe, l’armoire est italienne, le sofa est turc, les fauteuils sont allemands, les bronzes sont espagnols, mais les bibelots sont parisiens.
(Albert Dubrujeaud)
Ces objets, la plupart de cuir ouvragé, ressemblaient, tous, à ces affreux bibelots connus sous le nom d’article-Paris ; ils en avaient la forme laide et sans art, la destination vague, l’insupportable clinquant.
(Octave Mirabeau, Gil Blas)
Travaux de peu d’importance, dans l’argot des typographes.
Biberon
d’Hautel, 1808 : Franc, buveur, gourmet en vin.
Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot du peuple, qui cependant ne doit pas connaître le jeu de mots (Biberius) fait sur le nom de Tibère, impérial buveur.
Virmaître, 1894 : Pochard qui boit comme une éponge, sans soif. Mot à mot : il tète ou suce tous les liquides possibles (Argot du peuple). V. Suce-Canelle.
Rossignol, 1901 : Individu qui boit sans besoin et qui tette n’importe quel liquide.
France, 1907 : Ivrogne.
Bien
d’Hautel, 1808 : Vous serez le bien venu et le mal reçu. Antithèse par laquelle on fait entendre à quelqu’un que sa visite ne sera pas agréable.
Cet homme sent son bien. Pour dire qu’il a les manières nobles, qu’il a reçu une bonne éducation, qu’il est bien né.
En tout bien et tout honneur. C’est-à-dire comme il convient, suivant les règles de la bienséance ; à bonne intention ; à bonne fin.
Larchey, 1865 : D’apparence distinguée.
Elle aime à causer, surtout avec les messieurs bien.
(Privat d’Anglemont)
Être bien : Être gris. Éprouver le bien-être factice causé par un commencement d’ivresse.
Bien mis : Fashionable.
Ohé ! ce bien mis, il vient faire sa tête, parce qu’il a du linge en dessous.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : adj. et s. Distingué, — dans l’argot des petites dames.
Delvau, 1866 : s. m. Mari ou femme, — dans l’argot du peuple, qui a tout dit quand il a dit Mon bien. C’est plus énergique que ma moitié.
Bigarreau rouge (le)
Delvau, 1864 : Le gland, lorsqu’il n’est plus recouvert par la peau du prépuce et qu’il montre aux regards des jeunes filles sa tête chauve, source de volupté pour elles.
À force de se bander comme je dis, il y a une peau vers le haut qui se retire contre le ventre et découvre une tête qui est faite comme un grog bigarreau rouge.
(Mililot)
Bilboquet
d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à une femme courte, grosse et mal faite.
On donne aussi ce nom à tout ouvrage frivole, léger, et auquel on n’attache aucune importance.
Delvau, 1866 : s. m. Femme grosse et courte, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui est le jouet des autres.
Delvau, 1866 : s. m. Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, etc., — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Litre de vin.
Une jeune fille à l’œil égrillard qui acceptait un bilboquet à quinze.
(Léon Paillet, Voleurs et Volés)
Rigaud, 1881 : Menues impressions, telles que prospectus, couvertures, têtes de lettres, — dans le jargon des typographes. (A. Delvau)
Rigaud, 1881 : Personne trapue.
Boutmy, 1883 : s. m. V. Bibelot.
Virmaître, 1894 : Grosse femme. Il paraît pourtant impossible de jongler avec elle. C’est sans doute par allusion à la boule du bilboquet (Argot des voleurs).
France, 1907 : Femme grosse et courte ; litre de vin. Dans l’argot des typographes, on appelle bilboquet de petits travaux tels que : prospectus, tête de lettres, etc.
Bille
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argent.
Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.
Halbert, 1849 : Argent.
Delvau, 1866 : s. f. L’argent, — dans l’argot des voleurs, qui n’ont pas l’air de se douter que nous avons eu autrefois de la monnaie de billon.
Rigaud, 1881 : Monnaie de cuivre, dans le jargon des revendeurs. — Le mot avait la signification d’argent aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Ne pouvant pas s’empêcher
Pour de la bille attraper.
(Parnasse des Muses)
Rigaud, 1881 : Tête, — dans le jargon des voleurs, et, principalement, tête de dupe. — Faire une drôle de bille.
La Rue, 1894 : Tête. Monnaie de cuivre. Bille à l’estorque, fausse monnaie.
France, 1907 : Figure ; même sens que balle. Argot populaire.
Bille de billard
Fustier, 1889 : Crâne dénudé et, par extension, vieillard.
Ah ! mince alors ! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse !…
(Meilhac et Halévy, Lolotte)
France, 1907 : Tête chauve. Une bille à la châtaigne, une tête ridicule, à cause de l’habitude de quelques gens de s’amuser à graver des figures grotesques sur des châtaignes.
Billet de logement
Virmaître, 1894 : Quand les filles vont à Montretout (la visite sanitaire), si elles sont malades, elles sont retenues et dirigées sur l’infirmerie de Saint-Lazare ; le médecin inscrit la nature de la maladie sur un bulletin dont la couleur varie suivant la gravité du cas. Une fois installées dans leur lit, le bulletin est placé à la tête du lit dans un petit cadre spécial. De là le nom de billet de logement (Argot des filles).
France, 1907 : Bulletin que délivre le médecin aux filles malades que l’on envoie à l’infirmerie de Saint-Lazare.
Billot
d’Hautel, 1808 : J’en mettrois ma tête ou ma main sur le billot. Exagération pour affirmer que l’on est certain, convaincu de quelque chose.
Binette à la désastre
Rigaud, 1881 : Tête du créancier impayé. (Almanack des débiteurs, cité par L. Larchey)
Biribi
La Rue, 1894 : Médaillon. Le bataillon de discipline.
Rossignol, 1901 : Compagnies de discipline. À la suite d’un certain nombre de punitions, le militaire est envoyé après conseil de corps à biribi ; si là il se conduit mal, il est expédié dans une compagnie coloniale que l’on nomme les Cocos. À biribi il n’a rien de la tenue militaire, il porte veste, pantalon et képi en drap noir, il a les cheveux courts et la figure entièrement rasée ; c’est la différence qu’il y a entre le militaire envoyé aux travaux publics à la suite d’un conseil de guerre, car celui-ci porte toute sa barbe et a la tête entièrement rasée, de là le nom de « tête-de-veau ». Le travail du disciplinaire consiste à casser des cailloux et à faire du terrassement, mais tous trouvent la terre trop basse et qu’il serait plus facile de la travailler si elle était sur un billard. Ils feraient certainement autant de travail si on leur faisait botteler du sable ou piler du liège.
Rossignol, 1901 : Jeu qui se joue dans le genre du bonneteau, mais avec trois quilles creuses, trois coquilles de noix, ou encore trois dés à coudre et une petite boule de liège. À ce jeu bien connu des Arabes, il y a toujours escroquerie puisque la boule que l’on croit être sous une des coquilles, qu’il faut découvrir pour gagner, reste le plus souvent entre les doigts du teneur.
Hayard, 1907 : Les compagnies de discipline.
France, 1907 : Compagnie de discipline.
Un auteur, encouragé sans doute par les succès de Descaves, profita de son passage involontaire aux compagnies de discipline pour faire un livre à sensation. Il se plaint avec fracas du régime auquel on l’a soumis, et s’étonne que certains sous-officiers aient pu se départir vis-à-vis de lui de la plus exquise politesse. Biribi, à l’en croire, est un enfer effroyable où, sous le couvert de l’uniforme et avec la permission de l’État, des hommes peuvent impunément supplicier d’autres hommes et exercer leur pouvoir sans contrôle avec des raffinements de cruauté chinoise.
(Marzac, Gil Blas)
Y en a qui font la mauvais’ tête
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À biribi.
(Aristide Bruant)
Bistoquette
Delvau, 1864 : La pine.
Savez-vous, bons citadins.
Ce que le dieu des jardins
A bien plus gros que la tète ?
Turlurette,
C’est la bistoquette.
(Louis Pesteau)
Blague à tabac
Virmaître, 1894 : Vieilles tétasses molles et flasques qui tombent outrageusement (Argot du peuple).
France, 1907 : Sein de vieille femme. Titis, tétés, tétons, tétasses, tétarasses, pour arriver aux blagues à tabac. Ce sont les diverses formes qu’affectent les seins des filles et des femmes.
Blanchir
d’Hautel, 1808 : À blanchir un nègre on perd son savon. Pour dire que toutes les représentations ne font rien sur un homme incorrigible.
Tête de fou ne blanchit jamais. Parce que les fous sont exempts, dit-on, des soucis qui font blanchir les cheveux.
Blanchir quelqu’un. C’est le laver d’une accusation ; le tirer d’une mauvaise affaire.
France, 1907 : C’est, en terme de journaliste, multiplier es alinéas dans un texte, ou encore revoir et corriger le texte d’un auteur :
Henri Heine ne savait pas le français grammaticalement, a écrit l’auteur des Souvenirs intimes. Il se faisait traduire par un certain Wolff, sorte de pion alsacien, et quand d’aventure il écrivait lui-même en français, il se faisait blanchir d’abord par Gérard de Nerval, puis par un employé de Buloz. — Faut-il reconnaître sous ce dédaigneux qualificatif professionnel Saint-René Taillandier ?
(Gonzague-Privat)
En argot typographique, blanchir « c’est jeter des interlignes » dans le texte.
Bobèche, bobe, bobéchon
Rigaud, 1881 : Tête. Se monter le bobe, se monter le bobéchon, se passionner pour.
Bobéchon
France, 1907 : La tête, la bobèche où flambent les idées. Se monter le bobèchon, se monter la tête, s’illusionner.
Bobèchon
Delvau, 1866 : s. m. La tête, — dans l’argot du peuple, par allusion à la bobèche qui surmonte le chandelier. Se monter le bobèchon. S’illusionner sur quelqu’un ou sur quelque chose ; se promettre monts et merveilles d’une affaire — qui accouche d’une souris.
Bobinasse
France, 1907 : Tête.
Un vieux, empaqueté comme un oignon en hiver, fait boire une fille à l’air ingénu, malgré tout.
— La Mionette, encore un verre !
Elle, de sa bouche sur laquelle l’argot est triste, répond :
— Oui, encore, toujours ! p’tête que je te trouverai moins enrenardant, quand la vinette m’aura enchevêtré la bobinasse.
(Louise Michel)
Bobine
un détenu, 1846 : Figure risible.
Delvau, 1866 : s. f. Tête, visage, — dans l’argot du peuple, qui a constaté fréquemment les bobes ou grimaces que les passions font faire à la figure humaine, d’ailleurs terminée cylindriquement.
Rigaud, 1881 : Tête, physionomie. — Bobine décidée, crâne chauve. La variante est : Bille d’ivoire.
Comme ta bille d’ivoire reluit ! disait à Murger une Aspasie au rabais. — Je crois bien, je fais venir le frotteur une fois par semaine.
Virmaître, 1894 : Tête (Argot du peuple). V. Tronche.
Rossignol, 1901 : Visage.
Tu es malade, il faut te soigner : tu as une sale bobine.
Hayard, 1907 : Visage.
France, 1907 : Figure ; du vieux français bobe, moue, grimace.
Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Votre figure est charmante et mutine.
Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Laissez-moi baiser votre cou mignon.
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
De l’échafaud j’ai sauvé ma bobine ;
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
Car j’ai fait la nique au grand coutelas.
(Jules Jouy)
Plus de fil sur la bobine, être chauve.
France, 1907 : Montre.
Bobine, bobéchon
La Rue, 1894 : Tête.
Bobonne
Rigaud, 1881 : Bonne, servante.
Tout au plus si les petits garçons qui marchaient en tête risquèrent une observation sur la bobonne d’Emma.
(Ed. About, Trente et quarante, 1865)
France, 1907 : Servante, bonne d’enfants.
Aux bobonnes tu souriras
Et leur feras du boniment.
(É. Blédort)
Boche
Delvau, 1866 : s. m. Mauvais sujet — dans l’argot des petites dames, qui le préfèrent au muche. (V. ce dernier mot.)
La Rue, 1894 : Mauvais, laid. Allemand. Tête de boche, individu entêté ou d’esprit borné, tête dure.
Virmaître, 1894 : Allemand (Argot du peuple). V. Alboche.
France, 1907 : Mauvais garnement ; argot des petites dames. Tête de boche, Allemand.
Boche (tête de)
Rigaud, 1881 : Tête dure, individu dont l’intelligence est obtuse, c’est-à-dire tête de bois, — dans le jargon du peuple. Dans le patois de Marseille une boule à jouer est une boche.
Boutmy, 1883 : s. f. Tête de bois. Ce terme est spécialement appliqué aux Belges et aux Allemands parce qu’ils comprennent assez difficilement, dit-on, les explications des metteurs en pages, soit à cause d’un manque de vivacité intellectuelle, soit à cause de la connaissance imparfaite qu’ils ont de la langue française et de leur impardonnable ignorance de l’argot typographique.
Bogue ou polard ?
Rossignol, 1901 : On raconte que les fakirs Indiens s’y passent en signe de chasteté, un gros anneau en fer.
Boire à la bouteille du bourreau
France, 1907 :
Cette expression, qui avait encore cours au siècle dernier, a pour origine un curieux châtiment infligé pendant le moyen âge, aux femmes querelleuses ou calomniatrices en France, en Allemagne et dans presque tout le nord de l’Europe. On les promenait trois fois autour de l’hôtel de ville d’abord avec un chien ou une roue de charrue au cou, puis ce fut une pierre parfois sculptée en tête de femme avec une langue pendante et haletante, « comme celle d’un chien fatigué », ou l’image d’un chien ou d’un chat, enfin une bouteille appelée la bouteille du bourreau. On montre à Budissin (Hongrie) une de ces pierres représentant deux femmes qui se disputent et qui furent publiquement châtiées en 1675. C’est la dernière date ou cette peine fut infligée.
Bois
d’Hautel, 1808 : Recevoir une voie de bois. Pour recevoir une volée de coups de bâton ; être étrillé, houspillé.
Cela vaut une voie de bois. Se dit en plaisantant à celui qu’un exercice ou un travail pénible a mis en sueur.
On sait de quel bois il se chauffe. Pour on connoit sa conduite ; on sait ce dont il est capable.
Ne savoir de quel bois faire flèche. Pour, ne savoir où donner de la tête, ni comment subsister.
On dit d’une viande dure ou trop cuite, qu’Elle est dure comme du bois.
Un visage de bois flotté. Visage blême, pâle et défait.
À gens de village trompette de bois. Signifie qu’il faut que les choses soient proportionnées à la condition des personnes.
Qui craint les feuilles n’aille pas au bois. Pour dire qu’un peureux ne doit point se hasarder dans des opérations dangereuses.
Gare le bois ! Pour dire gare les coups de bâton !
Il est du bois dont on fait les flûtes. Pour il a l’humeur douce et égale ; il est de l’avis de tout le monde ; il ne s’oppose à rien.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se mêler des querelles entre mari et femme.
Trouver visage de bois. C’est trouver la porte fermée quand on va chez quelqu’un.
Il est du bois dont on les fait. C’est-à-dire d’un rang, d’un mérite à pouvoir prétendre, aspirer à cet honneur, à cet emploi.
Rossignol, 1901 : Meubles ; mes bois, mes meubles.
Boisseau
d’Hautel, 1808 : Il a la tête comme un boisseau. Manière exagérée de dire que quelqu’un a la tête très-enflée.
Dire des boisseaux de paroles ou d’injures. Caqueter, jaser perpétuellement ; n’ouvrir la bouche que pour dire des paroles sottes et grossières.
Cacher la chandelle sous le boisseau. C. à d. déguiser ses talens, ses moyens, sa capacité ; dissimuler ; se présenter sous de faux dehors.
Clémens, 1840 : Shako.
Delvau, 1866 : s. m. Schako, — dans l’argot des vieux troupiers.
Rigaud, 1881 : Litre de vin. — Demi-boisseau, demi-litre.
Rigaud, 1881 : Schako. — Chapeau haute forme.
Merlin, 1888 : Schako, comme le précédent.
La Rue, 1894 : Litre de vin. Tête. Chapeau haut de forme.
Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion de forme et aussi à la grandeur de certains chapeaux qui, assurément, pourraient servir à mesurer des pommes de terre (Argot du peuple). V. Bloum.
Rossignol, 1901 : Chapeau haut de forme.
France, 1907 : Litre de vin ; chapeau à haute forme.
Boîte
d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à la malice. Se dit d’un enfant spirituel, espiègle et malin.
Il semble toujours qu’il sorte d’une boîte. Se dit par ironie d’une personne qui est toujours tirée à quatre épingles ; dont le maintien est roide et affecté.
Dans les petites boîtes les bons onguents. Manière, honnête d’excuser la petitesse de quelqu’un, parce que les choses précieuses font ordinairement peu de volume.
Mettre quelqu’un dans la boîte aux cailloux. Pour le mettre en prison ; le coffrer.
Delvau, 1864 : Sous-entendu : à jouissance, ou bien encore, boîte à pines. Fille publique.
Delvau, 1866 : s. f. Théâtre de peu d’importance, — dans l’argot des comédiens ; bureaux de ministère, — dans l’argot des employés ; bureau de journal, — dans l’argot des gens de lettres ; le magasin ou la boutique, — dans l’argot des commis.
Rigaud, 1881 : Atelier, maison, magasin, établissement quelconque
Dans l’argot domestique, tout ce qui n’est pas une bonne maison est une boîte. Une bonne maison est celle où les maîtres ne sont pas regardants et où l’on peut s’arrondir sans être inquiété.
(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)
Boutmy, 1883 : s. f. Imprimerie, et particulièrement mauvaise petite imprimerie. C’est une boîte, dit un vieux singe ; il y a toujours mèche, mais hasard ! au bout de la quinzaine banque blèche. Casse. Faire sa boîte, c’est distribuer dans sa casse. Pilleur de boîtes ou fricoteur, celui qui prend, à l’insu et au détriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caractères les plus courantes dans l’ouvrage qu’il compose, et qui manquent au pilleur ou qu’il a déjà employées. V. Planquer des sortes.
Fustier, 1889 : Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte : être souvent puni ; avoir une tête à boîte : être affligé d’une maladresse qui attire sur vous les préférences de l’instructeur. — Grosse boîte, prison.
Rossignol, 1901 : Salle de police. Tous ceux qui ont été militaires ont certainement entendu dire par tous les grades.
Je vais vous flanquer à la boîte.
Rossignol, 1901 : Terme d’employés ou d’ouvriers. Un agent de police qui va à la préfecture va à la boîte. Pour un employé, son magasin est sa boîte ; l’atelier pour l’ouvrier est sa boîte.
France, 1907 : Mauvaise maison, logement où l’on est mal. Aussi ce terme est-il employé pour désigner tout endroit où l’on travaille, ou du moins où l’on est obligé de travailler : pour l’ouvrier, son atelier ou son usine est une boîte ; pour l’employé, c’est son magasin ou son bureau ; pour le domestique, c’est la maison de ses maîtres ; pour l’écolier, c’est la pension, le collège ou l’école.
Pourquoi, en dépit des souffrances endurées, n’éprouve-t-on aucune amertume rancunière contre la boîte, comme nous l’appelions en nos mauvais jours, lorsque les minutes paraissaient si longues ?
(René Maizeroy)
Boîte à cornes
Delvau, 1866 : s. f. Chapeau, coiffure quelconque, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Chapeau d’homme.
Virmaître, 1894 : Chapeau. Allusion aux cocus qui y cachent leurs cornes (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Chapeau haut de forme ou autres.
Hayard, 1907 : Chapeau.
France, 1907 : Chapeau ou bonnet. Boîte à dominos, bouche, allusion aux dents ; cercueil, allusion aux os ; — à gaz, estomac ; — à surprise, la tête ; — à violon, cercueil ; — à biscuit, pistolet ; — à jaunets, écrin ; — à femmes, brasserie ; — à pastilles, ciboire ; — à pandore, boîte contenant de la cire molle pour prendre l’empreinte des serrures ; — au sel, tête ; — aux cailloux ou aux réflexions, prison ; — aux refroidis, la Morgue ; — d’échantillons, tonneau de vidange ; — au lait, la gorge. Tête à boîte, tête à punitions, figure d’imbécile ou de raisonneur, dans l’argot militaire.
Boîte à surprises
Delvau, 1866 : s. f. La tête d’un homme de lettres. Argot des voleurs.
Boîte au sel
Delvau, 1866 : s. f. La tête, siège de l’esprit. Argot des faubouriens. Avoir un moustique dans la boîte au sel. Être un peu fou, un peu maniaque.
Bombe
d’Hautel, 1808 : Il est tombé comme une bombe. Signifie que quelqu’un dont on ne désiroit pas la présence est venu subitement, à l’improviste.
Nom d’une bombe ! mille bombes ! Jurons populaires et bouffons, qui équivalent à morbleu ! tubleu !
Rigaud, 1881 : Demi-setier, quart de litre de vin, — dans le jargon des ouvriers.
Virmaître, 1894 : Mesure non classée qui contient environ un demi-litre de vin. Quand un ouvrier en a bu un certain nombre, ses camarades disent : Il est en bombe. Quand il rentre au logis, la ménagère fait une scène épouvantable ; les voisins entendant le pétard disent : la bombe éclate, gare ! (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Verre de vin contenant 25 centilitres. Quand un ouvrier ne va pas à l’atelier le lundi, c’est qu’il est en bombe ; faire la noce est faire la bombe.
France, 1907 : Mesure de vin, environ un demi-litre. Bombe de vieux oint, vessie de graisse. Gare la bombe ! Attention ! Voilà un mauvais coup qui s’apprête, garons-nous.
France, 1907 : Partie du casque recouvrant la tête. Au régiment, on attache beaucoup d’importance à son éclat.
Pendant huit jours, ils frottent, ils astiquent, ils polissent le cuivre et l’acier, surtout la bombe.
(Dutreuil de Rhins, La Bohème militaire)
Bondieusard
Rigaud, 1881 : Marchand d’objets de dévotion. Le quartier St-Sulpice est peuplé de bondieusards. — Enlumineur d’images de sainteté.
Un bondieusard habile pouvait faire ses six douzaines en un jour. Un bondieusard passable, ni trop coloriste ni trop voltairien, pouvait gagner son salut dans l’autre monde et ses quarante sous dans celui-ci.
(J. Vallès, Les Réfractaires)
Le mot a été créé par Gustave Courbet, qui l’employait souvent pour désigner soit un peintre de sujets religieux, soit un de ces peintres qui semblent s’inspirer des enlumineurs d’estampes. Par extension les libres-penseurs donnent du « bondieusard » à quiconque croit en Dieu, à quiconque fait montre de sentiments religieux.
France, 1907 : Marmotteur de prières ; fabricant ou marchand d’objets de sainteté.
Bondieuserie
Rigaud, 1881 : Métier du bondieusard. — Commerce d’objets de sainteté, — dans le jargon des peintres réalistes.
C’étaient ces nombreuses boutiques, ces innombrables bondieuseries, dont la rue est pleine.
(Huysmans, Les sœurs Vatard, 1879)
France, 1907 : Objets de dévotion.
Bonjourier, ou chevalier grimpant
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur au bonjour. La Gazette des Tribunaux a souvent entretenu ses lecteurs des Bonjouriers ou Chevaliers Grimpans ; les vols au bonjour, à la tire, à la détourne, qui peuvent être classés dans la catégorie des délits simples, justiciables seulement de l’article 401 du Code Pénal, sont ordinairement les premiers exploits de ceux qui débutent dans la carrière ; aussi la physionomie des Bonjouriers, des Tireurs, des Détourneurs n’a-t-elle rien de bien caractéristique. Le costume du Bonjourier est propre, élégant même ; il est toujours chaussé comme s’il était prêt à partir pour le bal, et un sourire qui ressemble plus à une grimace qu’à toute autre chose, est continuellement stéréotypé sur son visage.
Rien n’est plus simple que sa manière de procéder. Il s’introduit dans une maison à l’insu du portier, ou en lui demandant une personne qu’il sait devoir y demeurer ; cela fait, il monte jusqu’à ce qu’il trouve une porte à laquelle il y ait une clé, il ne cherche pas long-temps, car beaucoup de personnes ont la détestable habitude de ne jamais retirer leur clé de la serrure ; le Bonjourier frappe d’abord doucement, puis plus fort, puis encore plus fort ; si personne n’a répondu, bien certain alors que sa victime est absente ou profondément endormie, il tourne la clé, entre et s’empare de tous les objets à sa convenance ; si la personne qu’il vole se réveille pendant qu’il est encore dans l’appartement, le Bonjourier lui demande le premier nom venu, et se retire après avoir prié d’agréer ses excuses ; le vol est quelquefois déjà consommé lorsque cela arrive.
Il se commet tous les jours à Paris un grand nombre de vols au bonjour ; les Bonjouriers, pour procéder plus facilement, puisent leurs élémens dans l’Almanach du Commerce ; ils peuvent donc au besoin citer un nom connu, et, autant que possible, ils ne s’introduisent dans la maison où ils veulent voler, que lorsque le portier est absent ; quelquefois ils procèdent avec une audace vraiment remarquable ; à ce propos on me permettra de rapporter un fait qui s’est passé il y a quelques années. Un Bonjourier était entré dans un appartement après avoir frappé plusieurs fois ; et, contre son attente, le propriétaire était présent, mais il était à la fenêtre, et paraissait contempler avec beaucoup d’attention un régiment qui passait dans la rue, enseignes déployées et musique en tête, il venait probablement de se faire la barbe, car un plat d’argent encore plein d’eau était sur le lavabo placé près de lui ; les obstacles ne découragent pas le Bonjourier, il s’approche, prend le plat, le vide et sort : le domicile du receleur n’était pas éloigné, et il est à présumer que le plat à barbe était déjà vendu lorsque son propriétaire vit qu’il avait été volé. L’auteur de ce vol, qui s’est illustré depuis dans une autre carrière, rira bien sans doute si ce livre tombe entre ses mains.
Rien ne serait plus facile que de mettre les Bonjouriers dans l’impossibilité de nuire ; qu’il y ait dans la loge de chaque concierge un cordon correspondant à une sonnette placée dans chaque appartement, et qu’ils devront tirer lorsqu’un inconnu viendra leur demander un des habitans de la maison. Qu’on ne permette plus aux domestiques de cacher la clé du buffet qui renferme l’argenterie, quelque bien choisie que soit la cachette, les voleurs sauront facilement la découvrir, cette mesure est donc une précaution pour ainsi dire inutile : il faut autant que possible garder ses clés sur soi.
Lorsqu’un Bonjourier a volé une assiette d’argent ou toute autre pièce plate, il la cache sous son gilet ; si ce sont des couverts, des timbales, un huilier, son chapeau couvert d’un mouchoir lui sert à céler le larcin. Ainsi, si l’on rencontre dans un escalier un homme à la tournure embarrassée, tournant le dos à la rampe, et portant sous le bras un chapeau couvert d’un mouchoir, il est permis de présumer que cet homme est un voleur. Il serait donc prudent de le suivre jusque chez le portier, et de ne le laisser aller que lorsqu’on aurait acquis la certitude qu’il n’est point ce qu’il paraît être.
Les Grinchisseurs à la desserte sont une variété de Bonjouriers, dont il sera parlé ci-après. (Voir Grinchir à la desserte.)
Bonnet
d’Hautel, 1808 : Ramasse ton bonnet. Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se laisse tomber, ou lorsqu’on a adressé quelqu’épithète satirique à une personne qui ne peut y parer sur-le-champ.
Un bonnet de cochon. Facétie grossière ; pour dire un bonnet de coton porté par un rustre, un malpropre.
Triste comme un bonnet de nuit. Se dit d’un homme taciturne et ennuyeux, parce qu’un bonnet de nuit est ordinairement dépourvu d’ornemens.
Ce sont trois têtes dans un bonnet. Se dit de trois personnes qui, par la bonne intelligence qui règne entr’elles, sont toujours du même sentiment ; et quelquefois en mauvaise part, de trois personnel qui forment entr’elles une coalition.
Un janvier à trois bonnets. Homme extrêmement frileux, qui se couvre beaucoup.
Il a mis son bonnet de travers. Pour dire, il ne sait à qui il en veut ; il est de mauvaise humeur ; il querelle tout le monde.
On dit des Picards, qu’ils ont la tête près du bonnet, parce que les gens de ce pays s’emportent aisément, et se mettent facilement en colère.
J’y mettrois mon bonnet. Espèce d’affirmation qui équivaut à, je gagerois, je parierois, etc.
Un bonnet vert. Banqueroutier ; parce qu’autrefois ces sortes de gens portoient un bonnet vert comme marque de réprobation.
Opiner du bonnet. C’est marquer par un signe de tête que l’on adopte un avis, que l’on y donne sa sanction.
Jeter son bonnet par-dessus les moulins. Se moquer du qu’en dira-t-on ; braver l’opinion et les conséquences ; n’être arrêté par aucune considération.
C’est bonnet blanc blanc bonnet. Pour, c’est tout de même, c’est absolument la même chose d’un côté comme de l’autre.
Un gros bonnet. Un matador, un personnage important par sa fortune, son crédit et ses emplois.
Rigaud, 1881 : Coterie autoritaire dans un atelier typographique.
Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste.
(Boutmy)
Boutmy, 1883 : s. m. Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie d’abord, et, s’il en reste, aux ouvriers plus récemment entrés qui ne lui inspirent pas de crainte. Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste, comme toute coterie. Il tend, Dieu merci ! à disparaître ; mais c’est une peste tenace.
Hayard, 1907 : Bonneteau.
France, 1907 : Secrète entente parmi les imprimeurs.
Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie.
(E. Boutmy)
Bonnet ou bonnet à poil
Delvau, 1864 : La nature de la femme, que l’homme place sur la tête de son priape à la grande satisfaction de celui-ci. Il y a des bonnets pour toutes les têtes et des têtes pour tous les bonnets.
Ma Lisa, ma Lisa, tiens bien ton bonnet.
(É. Debraux)
Tu vas me dire, je le gage,
Que la chaleur de ton bonnet
Fera transpirer son… visage.
(Guillemé)
Un bonnet à poil, je te jure,
Aujourd’hui ferait son bonheur ;
Pour faire admirer sa tournure,
Coiffe mon petit voltigeur.
(Guillemé)
Mon ourson ne serait plus guère ;
Car, comm’ disait notre aumônier :
J’connais c’pays qu’on prône,
Novi, Florence, Ancône ;
Mais l’Italien, peu guerrier,
Rarement coiffe — un bonnet d’guernadier.
(Henri Simon)
Bonnetier
d’Hautel, 1808 : Il est comme le bonnetier, il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme opiniâtre, revêche et entêté, qui ne veut suivre l’avis de personne.
Delvau, 1866 : s. m. Homme vulgaire, ridicule, — dans l’argot des gens de lettres, qui méprisent les commerçants autant que les commerçants les méprisent.
Boston
Fustier, 1889 : Képi, chapeau, coiffure d’homme.
Restait à choisir un képi. Impossible ; tous couvraient la tête jusqu’aux épaules et Pompignan dut aller jusqu’à la réserve où parmi les anciens bostons, il en trouva un qui pouvait servir.
(Revue alsacienne, juillet 1887)
Bou-ci bou-la
Virmaître, 1894 : Deux numéros tête-bêche. 69 (Argot du peuple).
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