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Blagues à tabac

Delvau, 1864 : Se dit des tétons qui ne se tiennent pas assez.

Ceux qui disent que les tétons
Flottent au vent comme des vagues,
Suzanne, tant des polissons :
On voit bien que ce sont des blagues.

(Anonyme)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Seins plus dignes d’une sauvagesse de la Nouvelle-Calédonie que d’une femme civilisée. Argot des faubouriens.
« Si encore il y avait un peu de tabac dans tes blagues ! » ai-je entendu dire un jour par un faubourien à une fille qui buvait au même saladier que lui.

Rigaud, 1881 : Seins qui, selon l’expression d’une de nos plus volumineuses actrices, pourraient passer dans un anneau de rideau, et même dans un anneau de mariage.

Rossignol, 1901 : La femme qui a des seins tombants a des blagues à tabac.

Godemichet

Delvau, 1864 : Phallus de cuir ou de velours avec ou sans ressorts, que les femmes libertines ou pusillanimes substituent au véritable phallus de chair et d’os que la prévoyante nature nous a soudé à tous au bas du ventre pour nous reproduire, et surtout pour jouir. Ce mot vient du latin : Gaude mihi, fais-moi plaisir. Cet engin, aussi singulier qu’ingénieux, — le rival sérieux de l’homme, dont la vigueur est malheureusement limitée, — cet engin est en usage depuis que le monde est monde, c’est-à-dire livré à la corruption. Les dames romaines s’en servaient bien avant les dames françaises, comme l’indique le Satyricon, où l’on voit le pauvre Encolpe-Polyænos étrangement arrangé par Œnathée, la vieille prêtresse. — Une autre preuve, c’est le passage suivant de l’École des Filles, où Suzanne la délurée dit à Fanchon, à peine déniaisée par son ami Robinet :

J’ai leu dans un livre l’histoire d’une fille de roy, qui se servoit d’une plaisante invention, au défaut du véritable masle. Elle avoit une statue d’homme de bronze, peinte en couleur de chair et fournie d’un puissant engin d’une matière moins dure que le reste. Cest engin estoit droit et creux, il avoit la teste rouge et un petit trou par le bout, avec deux pendants en forme de couillons, le tout imité au naturel. Et quand la fille avoit l’imagination eschauffée de la présence de ce corps, elle s’approchoit de cest engin, qu’elle se fourroit dedans le con, elle empoignoit les fesses de cette statue et les trémoussoit vers elle ; et quand ce venoit à descharger elle tournoit un certain ressort qui luy sortoit derrière les fesses, et la statue jettoit incontinent par l’engin une certaine liqueur chaude et espaisse, blanche comme bouillie, dans le con de la fille, dont elle estoit arrosée et satisfaite pour le coup.

Les anciens écrivains gaillards avaient donc raison d’écrire gaudemichi — qui se rapproche plus, étymologiquement, de gaude mihi que godemichet.

L’une se trouva saisie et accommodée d’un gros godemichet entre les jambes, si gentiment attaché avec de petites bandelettes autour du corps, qu’il semblait un membre naturel.

(Brantôme)

Il ne reste plus rien du bien de mon partage
Qu’un seul godemichi, c’est tout mon héritage.

(Théophile)

Et feignant de prier en fermant son volet,
Pour un godemichet quitte son chapelet.

(Piron)

Goutte militaire

Delvau, 1864 : Sécrétion gonorrhéique qui vient chaque matin au bout du membre viril qui a été à la guerre amoureuse et qui y a été blessé — sans daigner se guérir.

Rigaud, 1881 : Souvenir persistant d’un coup de pied de Vénus.

Rossignol, 1901 : Voir plombé.

France, 1907 : Blennorrhagie chronique, appelée ainsi parce qu’elle est commune dans les régiments où le soldat ne peut guère s’offrir des filles de choix.

La chaste Suzanne :
Ah ! ces deux vieillards me dégoûtent !
Je crois même qu’ils ont la goutte
Militaire.
Le chœur :
Bien qu’ils ne l’aient jamais été !

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Tralala

Larchey, 1865 : Appareil.

La fougue, l’audace et tout le grand tralala de l’excentricité féminine.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Embarras, cérémonies ; luxe de toilette. — dans l’argot du peuple. Se mettre sur son tralala ou sur son grand tralala. S’habiller coquettement, superbement.

France, 1907 : Bataille, synonyme de danse au sens métaphorique.

On s’apprête pour le départ dans la direction de Verdun ; tous mes braves sont bien reposés, et l’un d’eux me demande gaiment : « Est-ce pour aujourd’hui le grand tralala, mon capitaine ? — Peut-être… Par le flanc droit, arrrche ! »

(Lieut.-col. Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)

Il importe beaucoup que la
Chose ne soit pas sue
Avant le final tralala,
C’est mon coup de massue.

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Déploiement de toilette, grand appareil ; expression populaire.

Il revint à l’Ermitage où il tomba sur la bande, grossie d’une nuée de petites femmes, parmi lesquelles il reconnut Suzanne en grand tralala.

(André Desroches, L’Éternelle illusion)

Se dit aussi pour grand apparat, réception luxueuse.

… Soit parce qu’un instant elle avait été modèle chez le sculpteur Pierre Ferras, s’était alors accoutumée aux paresseuses flâneries dans l’atelier tiède, aux tranquilles impudeurs que reflète une haute psyché, soit parce qu’elle avait dans la peau rose et dorée des braisillements de soleil provençal, que le frôlement des batistes et des surahs les plus légers l’importunait et l’énervait, ou peut-être aussi parce qu’elle y trouvait son compte, étant fûtée, libertine et savante en l’art d’allumer un homme comme pas une, Noële Désir gardait cette habitude de se dévêtir des pieds à la tête pour un oui, pour un non, n’était jamais aussi heureuse que toute nue et dans son alcôve tendue de satin noir, et en cabinet particulier, et même quand elle recevait, en grand tralala, le samedi.

(René Maizeroy)

Trumeau

Delvau, 1866 : s. m. Comédie ou vaudeville Louis XV, — dans l’argot des gens de lettres et des gens de théâtre.

Rigaud, 1881 : Femme de mauvaise vie. — Vieux trumeau, prostituée hors d’âge.

Virmaître, 1894 : Comédie ou vaudeville Louis XV. Trumeau signifie vieille femme. On dit dans le peuple :
— Sale trumeau, ta gueule est bonne à foutre dans les lieux pour faire chier les gens de peur (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Prostituée. Vieille catin.

Je ne sais ce qui s’est passé entre Trublot et Suzanne ; mais Trublot m’a déclaré avant hier que la vieille le dégoûtait, qu’il ne pouvait plus faire un pas sans être cramponné par elle, que ses camarades commençaient à tourner cet amour en ridicule ; bref, que, malgré son grand désir de m’être utile, il aimait encore mieux reprendre son service au quartier que de continuer à se frotter à pareil trumeau !

(Richard Cross-Country)

Vie (faire la)

Delvau, 1866 : S’amuser plus que la morale et la santé ne le permettent ; se débaucher, les femmes avec les hommes, les hommes avec les femmes.

France, 1907 : Se livrer à la débauche, chanter en action Vive le vin, l’amour et le tabac !

Elles causèrent, elles parlèrent de Suzanne… mise dans un atelier de couture, et qui, au bout de six mois, s’était envolée, pour faire la vie… Faire La vie, c’étaient des orgies de sirop de groseille et d’eau de Seltz, au milieu d’une débandade d’hommes, des douzaines vous passant à la file sur le corps, dans des arrière-boutiques de marchande de vin.
— Oui, ma chère, c’est comme ça !

(Émile Zola, La Terre)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique